Vous êtes sur la page 1sur 19

RADIOGRAPHIE DE VOYAGES EN AUTOCAR DE MIGRANTS ROUMAINS

EN FRANCE OU L’IMAGINAIRE DE LA MOBILITÉ ET DU CORPS


CORVÉABLE : FRONTIÈRES VISIBLES ET INVISIBLES

Monica Salvan

L'Harmattan | « Cahiers internationaux de sociolinguistique »

2016/1 N° 9 | pages 203 à 220


© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
ISSN 2257-6517
ISBN 9782343084572
Article disponible en ligne à l'adresse :
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
https://www.cairn.info/revue-cahiers-internationaux-de-
sociolinguistique-2016-1-page-203.htm
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Distribution électronique Cairn.info pour L'Harmattan.


© L'Harmattan. Tous droits réservés pour tous pays.

La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les
limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la
licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie,
sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de
l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage
dans une base de données est également interdit.

Powered by TCPDF (www.tcpdf.org)


RADIOGRAPHIE DE VOYAGES EN AUTOCAR DE
MIGRANTS ROUMAINS EN FRANCE OU L’IMAGINAIRE
DE LA MOBILITÉ ET DU CORPS CORVÉABLE :
1
FRONTIÈRES VISIBLES ET INVISIBLES

« De même qu’il existe une langue maternelle, il existe un corps maternel,


celui avec lequel le sujet est le plus accoutumé à vivre son rapport physique au
monde ». David Le Breton (2004 : 55)
1 LE CORPS ET SES CODES CULTURELS
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
Dans un article intitulé « Comment passer la douane », Umberto Eco met
en scène de façon humoristique l’importance des apparences en tant que
critère d’évaluation sociale en prenant comme exemple le traitement
différencié des voyageurs lors du passage des frontières. L’aspect physique,
de même que le degré de confort du moyen de transport choisi, entraînent
l’attribution d’une identité sociale et un comportement en conséquence de la
part des autres, en l’occurrence les fonctionnaires des douanes.
Alors même qu’il vient de commettre un crime et qu’il transporte un
cadavre dans ses bagages, le passager du wagon-lit de luxe voyageant entre
l’Italie et la France passe la douane sans aucun souci : « Quant aux
douaniers, ils ne se seraient jamais permis de déranger un citoyen qui, en
voyageant en première et en single, déclarait ipso facto son appartenance à
une classe hégémonique, se plaçant par-là même au-dessus de tout
soupçon ». Lorsque le même personnage, pris « par un inexplicable
sentiment de culpabilité », décide de prendre quelques jours de vacances en
Suisse et de voyager sous une apparence quelconque (« en seconde classe,
vêtu d’un jeans et d’un polo au crocodile »), la situation se modifie
radicalement : « A la frontière, je fus assailli par des fonctionnaires des
douanes débordant de zèle. Ils fouillèrent mon bagage jusqu’au plus intime
et me dressèrent un procès-verbal pour avoir importé en Suisse une
cartouche de cigarettes italiennes. Ensuite, ils me firent remarquer que la
validité de mon passeport était échue depuis quinze jours. Enfin, ils
découvrirent au creux de mes sphincters 50 francs suisses d’une provenance
incertaine, pour lesquels je n’étais pas en mesure de produire un document

1
Monica Salvan, INALCO, Paris.

203
Monica Salvan Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

officiel d’achat régulier auprès un organisme de crédit » (Eco, 1997 : 54-


55). Dans la satire d’Umberto Eco l’apparence physique des individus
apparaît comme un facteur décisif y compris dans les interactions
dépersonnalisées dans un cadre institutionnel, l’imaginaire des apparences
ayant plus d’influence sur les manières d’agir que les données réelles.
Nous avons inévitablement été amenée à réfléchir à cette emprise de
l’imaginaire sur le réel au cours d’une enquête ethnographique sur la
mobilité des Roumains que nous avons réalisée sur un terrain assez
particulier : l’autocar. Nous avons investigué sur les pratiques mobilitaires et
sur les transformations de l’imaginaire identitaire de nos compatriotes,
migrants et proches de migrants, au cours de seize voyages entre la
Roumanie et la France entre avril 2005 et avril 2008. Les informations
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
recueillies en situation d’observation participante au cours de ces seize
allers-retours ont été consignées dans des carnets de bord2
La mobilité des Roumains en Europe, soumise à la nécessité d’obtenir un
visa jusqu’au 1er janvier 2002, est devenue plus fluide suite à l'intégration de
la Roumanie dans l'Union européenne le 1er janvier 2007. Cependant, la
ténacité avec laquelle les administrations occidentales surveillent
aujourd’hui encore la mobilité des ressortissants de certains pays de l’Union
Européenne met en lumière une association quasiment systématique entre
leurs déplacements et la pauvreté ou la migration clandestine. Dans le cas
des voyages en autocar, on peut supposer que la patience et l’endurance
nécessaires éveillent la suspicion et se transforment en marques négatives
d’appartenance sociale, comme si les passagers qui s’exposent à l’effort et à
la fatigue devaient être nécessairement porteurs d’une altérité menaçante.
Une trop grande tolérance à l’effort, une certaine indifférence à l’égard du
corps peut tracer, semble-t-il, des frontières entre « eux » et « nous ».
Mais en quelle mesure les critères occidentaux sont-ils appropriés pour
juger ce type de mobilité ? Quel est l’arrière-plan culturel qui fixe les
règles ?
Il est certain que les limites du bien-être de l’homme occidental
répondent à des critères spécifiques qui se sont affirmés dans un long travail
de conditionnement culturel. Dans La Civilisation des mœurs, Norbert Elias
décrit l’intériorisation graduelle des contraintes et le renforcement des
« barrières que la société impose à l’homme civilisé » (Elias, 1973 : 370)

2
Une partie des analyses suscitées par cette enquête ont été présentées au XIe congrès de
L’ARIC (Association pour la recherche interculturelle), Timişoara, Roumanie, le 7 septembre
2007.

204
Radiographie de voyage en autocar…

pendant la période qui s’étend de la Renaissance au XXe siècle. Pendant la


deuxième moitié du vingtième siècle, la « libération » du corps en Occident
a contribué également à faire apparaître des normes sociales particulières,
car elle accorde une place de choix à « l’éloge du corps jeune, sain, élancé,
hygiénique » (Le Breton, 2003 : 138) 3.
Le corps façonné par la culture roumaine n’a pas la même histoire et ne
répond pas aux mêmes critères de perception. Dans un article intitulé
« Bucarest ou le corps retrouvé », Marianne Mesnil (2000) analyse la
dimension corporelle comme l’aboutissement et l’enjeu caché d’une
construction de soi divergente entre l’Est et l’Ouest de l’Europe au XIXe
siècle. Appartenant à un monde qui « désincarne » progressivement les
individus, quelques voyageurs français ont l’impression de trouver dans la
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
capitale valaque de quoi satisfaire un « double désir de civilisation et de
liberté 4». La société roumaine fait-elle aujourd’hui encore partie des
sociétés « hospitalières au corps », selon la formule de David Le Breton
(2003 : 126) ? Nous nous intéressons dans ce qui suit à quelques repères
opérants pour les membres de la culture roumaine, ainsi qu’à la fluctuation
de ces repères à une époque de transformations galopantes de la société.
Le voyage en autocar entre Bucarest et Paris a une configuration spatio-
temporelle suffisamment contraignante pour qu’elle questionne les rapports
de l’individu avec son environnement et ses semblables : des personnes qui
ne se connaissent pas se retrouvent obligées à partager un même espace
confiné, pendant une durée assez importante (36 heures environ). D’autres
contraintes s’y ajoutent, comme le manque de sommeil et la précarité des
conditions d’hygiène. Cependant, des personnes d’âges très variés circulent
avec ce moyen de transport, allant de très jeunes enfants5 jusqu’aux
personnes de plus de soixante-quinze ans. Lors de nos voyages en autocar,
une femme enceinte revenait avec son mari de Paris, où ils avaient passé une
semaine de vacances. Autant de signes que ce type de voyage est largement
perçu comme accessible, sans difficulté particulière. Nous nous référons
parfois expressément à nos propres réactions d’observatrice et de

3
David Le Breton parle d’une « ruse de la modernité ». Ibidem.
4
L’expression appartient à Ulysse de Marsillac, dans De Pesth à Bucarest. Notes de voyage,
qui explique ainsi la nostalgie qu’éprouvent certains de ses amis ayant voyagé à Bucarest :
« Dans les pays très civilisés, à Paris, par exemple, il existe certainement des satisfactions de
l'esprit et des sens, mais il manque à nos âmes quelque chose que je ne peux définir, mais que
je sens profondément. » In Marianne Mesnil (2000).
5
Le plus jeune passager au cours de nos voyages avait à peine douze mois et rentrait d’Italie
avec sa mère ; nous les avons rencontrés dans l’autocar de la compagnie Atlassib sur la
correspondance Arad - Cluj, le 4 avril 2007.

205
Monica Salvan Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

participante au voyage, car certains de nos repères sensoriels et culturels


constituent une sorte de « baromètre » oscillant entre un double
conditionnement, roumain et français6.
1.1 L’intrusion et les frontières du corps en question
Partons d’une situation particulière qui peut soulever quelques questions
sur le rapport au corps façonné au sein de la société roumaine. Lors de deux
correspondances internes, l’une assurée par la compagnie Eurolines, l’autre
par la compagnie Atlassib, les places prévues pour les voyageurs se sont
avérées insuffisantes. Nous avons noté dans notre Carnet de bord le 13 août
2005 : « Minibus Cluj-Sebes rempli de bagages, y compris dans l'espace
étroit de passage entre les sièges. Un jeune passager commence son voyage
debout, puis il s’assoit sur une grande valise. Un autre l’invite à partager
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
son siège avec lui ». Et le 11 avril 2007, sur la correspondance Cluj - Arad :
« Trop de passagers dans l’autocar : huit qui montent à Oradea, plus un
neuvième accepté. Une femme qui voyage avec une fillette d’environ cinq
ans prendra celle-ci sur ses genoux ». Dans les deux cas, aucune
protestation, aucun reproche n’accompagne cette défaillance d’organisation
des compagnies, qui impose aux voyageurs concernés un manque de confort
pendant plusieurs heures. Bien au contraire, la situation s’arrange assez vite,
la solidarité des voyageurs palliant les lacunes de logistique.
D’autres situations de dysfonctionnement de la part des compagnies de
transport roumaines montrent que la gestion défectueuse des places
n’entraîne pas des réactions suffisamment fortes pour justifier une prise en
compte plus rigoureuse du nombre de passagers. Lors du voyage du 3-4 avril
2007, suite à des atermoiements concernant le véhicule qui allait assurer la
correspondance Arad-Bistrita, quelques personnes excédées par cette trop
longue attente ont pris à témoin le chauffeur de l’autocar7. Celui-ci, qui
revenait à peine d’Italie et recevait de nouvelles instructions en cours de
route, a désamorcé la colère des plaignants en se situant lui-même du côté de
ceux qui subissent une situation imposée. Il a expliqué comment, lui et ses
collègues, de même qu’un passager compréhensif (lequel, présent lors de la
discussion, pouvait en témoigner), s’étaient relayés pour s’asseoir dans les
escaliers à tour de rôle, les places étant insuffisantes dans l’autocar.

6
Nous utiliserons par la suite la première personne du singulier lorsqu’il s’agit d’expériences
concrètes auxquelles nous avons participé.
7
Après avoir pris place dans le minibus censé assurer la correspondance Arad-Bistrita et après
avoir attendu pendant plus d’une demi-heure, les passagers (dont j’étais) ont dû s’installer
dans un autocar, les places dans le minibus s’avérant insuffisantes. L’attente a duré environ
une heure et quart dans ce deuxième véhicule.

206
Radiographie de voyage en autocar…

Ce genre d’arrangement semble difficile à concevoir aussi sereinement


dans les sociétés occidentales, à la fois institutionnellement - à cause
d’amendes dissuasives par exemple - qu’individuellement, le fait de ne pas
avoir sa propre place pouvant être perçu comme une intrusion dans l’espace
privé ? La demande de réparations concrètes (le remboursement du voyage
ou la sollicitation d’un moyen de transport supplémentaire) auprès des
agents de l’entreprise devancerait très probablement les accommodements
entre passagers8.
Comment interpréter donc ce détachement qui apparaît chez les
voyageurs roumains dans les situations que nous avons décrites ? Le corps,
« point frontière », « à la croisée de l’enveloppe individualisée et de
l’expérience sociale, de la référence subjective et de la norme collective »
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
(Corbin, Courtine, Vigarello, 2005 : 10-11), donne à voir la relation – à la
fois apprise et inventée - de l’individu avec ses semblables et avec le monde.
Si les lieux confinés comme les transports en commun, les ascenseurs, les
salles d’attente etc. sont devenus en Occident des lieux d’un évitement
réciproque qui passe par l’effacement corporel de l’individu9, la situation
n’est pas exactement la même au sein de la société roumaine. Dès lors que
des inconnus sont amenés à partager un même endroit pendant un laps de
temps plus long, les circonstances semblent pencher plutôt du côté de la
sociabilité que du côté de la réserve et de la discrétion10.
Les groupes de conversation se forment assez facilement en voyage, où
« l’intrusion » est un procédé habituel. A deux reprises, pendant que
j’essayais d’approfondir un entretien dans le cadre de mon enquête, une
tierce personne a profité de la configuration de l’espace pour participer à son
tour au dialogue. Le 27-28 juillet 2005, alors que j’avais du mal à rassembler
les pistes de conversation assez disparates que proposait mon interlocutrice,
qui se montrait agréable sans vouloir trop se dévoiler, j’ai noté une difficulté

8
Comptant sur cette disponibilité des voyageurs, il m’est arrivé plusieurs fois de demander à
quelqu’un de me céder temporairement sa place dans l’autocar pour les besoins de mon
enquête. Le seul refus est venu d’une passagère française. Celle-ci voyageait avec sa sœur.
Cette dernière, installée à proximité, avait deux sièges à disposition, qu’elle avait ainsi
occupés pour des raisons de corpulence.
9
David Le Breton (2003 : 130) parle de « rites d’effacement » : « on s’efforce avec gêne de se
faire transparent à l’autre et de rendre l’autre transparent ».
10
Mon premier voyage dans le cadre de l’enquête de terrain commence d’ailleurs sous le
signe de l’impatience et de l’étonnement. Après presque trois heures de voyage pendant
lesquelles je n’avais pas noué de contacts, j’ai noté avec une certaine inquiétude : « Je pensais
qu’il y aurait plus de bavardages dans le car, que les liens se noueraient sans difficulté… Les
mentalités changent ? Ou bien est-ce moi ? » (Carnet de bord, notes du 18 avril 2005).

207
Monica Salvan Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

supplémentaire : « Un jeune voyageur s'installe sur un siège libre à côté de


nous et commence lui aussi à intervenir dans nos conversations. Les forces
centrifuges deviennent encore plus fortes… ». Nous étions assises, mon
interlocutrice et moi, sur les sièges à l’arrière de l’autocar, dont la disposition
peut être perçue comme propice aux échanges collectifs. A un autre moment,
pendant qu’on attendait notre tour à la frontière roumaine le 6 août 2005
(« Nous sommes dehors sur l'herbe, où sont assis des voyageurs des
différents bus en attente du contrôle »), un passager venant d’un autocar
différent du nôtre a interrompu la conversation sur la corruption que je
menais avec M. et Mme A., désireux de nous donner son avis.
1.2 Sentiment de participation et seuil de tolérance
Lorsqu’elle se déroule dans de bonnes conditions, cette volonté de
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
partage et d’échange semble influer positivement sur la perception du
contexte non verbal. Plutôt que se replier sur soi, l’individu fait partie d’un
« nous », il participe à un ensemble d’interactions qui l’intègrent à un
groupe, ne serait-ce qu’en qualité de témoin bienveillant. C’est ainsi que
nous pouvons interpréter par exemple la patience des voyageurs face à des
manifestations bruyantes ayant une dimension fédératrice. Accepté par un
groupe d’étudiants, un petit garçon de trente-deux mois est au centre d’un
amusement collectif : « Il pousse des cris lorsqu’on lui dit que la fille assise
derrière lui s’appelle Baba Cloanta, la Vieille Sorcière, et qu’elle a un balai
dans la soute. Il relance régulièrement le jeu en demandant à son baby-sitter
improvisé, un jeune homme: "Qui est derrière nous?". L’un des étudiants
finit par lui faire un dessin, David et Baba Cloanta. » (Carnet de bord, notes
du 5-6 mai 2006)
Les signaux extérieurs deviennent moins problématiques dans le partage,
attitude qui permet de s’approprier partiellement l’environnement. Le fond
sonore dans l’autocar a été rarement une source de mécontentement lors de
nos voyages. En revanche, certaines de mes notes montrent que le silence ou
la discrétion peuvent inquiéter. Ainsi, le côté réservé d’un couple roumain
m’a amenée à lui prêter spontanément un côté mystérieux, issu tout droit de
l’imaginaire de la guerre froide : « Le couple sombre à l'arrière. Ils ont l'air
à la fois de gens en fuite (des exilés roumains terrorisés) et d'espions… Ils
parlent tout bas la plupart du temps. J'apprends à la frontière qu'ils habitent
à Chypre. Le douanier demande le but de leur voyage en Roumanie. Voir de
la famille. L’homme sourit au douanier, je le vois grimacer alors qu’il
affiche le reste du temps un visage anxieux ; des chuchotements comme s'ils
avaient des choses à cacher » (Carnet de bord, notes du 5 mai 2006).

208
Radiographie de voyage en autocar…

Dans le même registre, une dispute étonnante, provoquée par un bruit


assez faible, semble montrer que le seuil de tolérance est régi par des critères
subjectifs - un sentiment d’exclusion dans ce cas particulier. Les
protagonistes de cette scène étaient deux femmes originaires de Roumanie
(belle-mère et belle-fille) et quatre jeunes Français. Les femmes reprochaient
aux jeunes le fait qu’ils grignotaient des graines de tournesol. La dame plus
âgée s’est excusée ultérieurement auprès du groupe français en invoquant
une irascibilité accrue de sa belle-fille, souffrante. Cependant, dans l’autocar
les deux femmes paraissaient en égale mesure mécontentes, la belle-mère
affirmant que « cela ne se faisait pas » 11. J’avais abordé ces deux personnes
avant cet incident : la belle-mère avait été la première à s’installer en France,
près de Nantes, à l’époque communiste déjà. Elle avait fait ensuite venir ses
fils et leurs familles, et estimait que ses petits-enfants étaient « intégrés » (le
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
mot lui appartient). Elle m’a fait savoir plus tard qu’elle était issue de la
communauté tsigane. Cela m’a fait supposer que lors de l’incident dans
l’autocar l’enjeu était symbolique : les graines de tournesol, vendues
généralement par les Roms, pouvaient apparaître à des membres d’une
communauté soumise à de nombreuses discriminations comme un rappel
non souhaité de ces origines, et donc un potentiel facteur d’exclusion.
L’attitude des jeunes Français, conciliante et polie, a eu pour effet de dissiper
la tension.
Lorsqu’il y a un sentiment d’inclusion et de participation, l’espace
collectif ainsi apprivoisé devient accueillant : le niveau sonore, le contact
physique (on peut accompagner ses paroles de gestes, les souligner en
touchant le bras de l’interlocuteur), les sollicitations du goût lors du partage
des aliments, tissent un environnement personnalisé et souvent animé. Dans
ce type de socialisation, l’individu paraît plus engagé dans la voie de
l’exploration de son extériorité que dans la voie de la maîtrise de soi.
2 CORPS QUOTIDIEN, CORPS DE FÊTE
L’adaptabilité aux difficultés du voyage puise très probablement ses
racines dans une conception du temps qui trace une frontière entre le
quotidien et la fête. Cette structure discontinue du temps que Mircea Eliade
analyse en termes binaires de « sacré » et de « profane » est à même de

11
J’ai servi d’interprète lors de cet épisode car les deux femmes ne parlaient pas couramment
le français.

209
Monica Salvan Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

rendre compte d’un certain fonctionnement symbolique des sociétés


traditionnelles12.
En nous donnant sa version sur la réussite matérielle de son fils installé à
Paris, l’un des voyageurs nous a fourni une métaphore qui illustre cette
perception de soi dans la culture roumaine. Monsieur P. nous a précisé que,
parmi les biens accumulés pas son fils en France, la famille de celui-ci
comptait deux voitures – signe de prospérité d’autant plus notable que la
possession d’une automobile dans la Roumanie totalitaire demandait des
mois d’attente et des efforts financiers considérables. Selon M. P., il
s’agissait de biens répondant à des fonctions différentes : l’une de ces
voitures était réservée aux promenades et aux visites, tandis que la seconde
faisait office de bête de somme : « C’est leur cheval », a-t-il dit, en prenant
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
ainsi des repères dans le monde rural qui semblait lui être familier. Dans sa
vision, les véhicules ne répondaient pas aux besoins d’autonomie de chaque
membre du couple, mais jouaient respectivement un rôle de représentation
sociale et un rôle instrumental. Cette analogie peut s’étendre à la perception
du corps dans la société roumaine traditionnelle : au gré des circonstances, à
travers les objets qu’il utilise et dont il s’entoure, l’individu considérerait son
corps tantôt comme un corps de fête, tantôt comme un corps quotidien,
corvéable.
2.1 Le corps corvéable du quotidien
Plusieurs exemples étayent l’hypothèse de ce corps négligé, voire
instrumentalisé13, dont on gomme les exigences en voyage. Ma voisine de
siège sur le trajet Paris-Bucarest les 22 et 23 avril 2006, Mme O., avait
emmené plusieurs bagages à main. Elle a commencé par installer l’une de
ses sacoches sur un siège libre à côté de la jeune femme qui se trouvait
derrière nous, sans lui demander sa permission – ce qui a provoqué une
certaine contrariété chez celle-ci. Un sac plus résistant a atterri à nos pieds,

12
En parlant de « l’hétérogénéité du temps », Mircea Eliade distingue l’expérience du temps
chez les peuples « primitifs » et chez les peuples « modernes ». Plus généralement, la
perception du temps dans une société est influencée par l’élément religieux. «… l’expérience
même du temps comme tel chez les peuples primitifs n’équivaut pas toujours à l’expérience
du temps d’un occidental moderne. (…) le temps sacré s’oppose à la durée profane. » (Eliade,
1949 : 326). Pour Jean-Jacques Wunenburger(1977), si le temps moderne s’aplatit, c’est à
cause même d’une recherche continuelle de l’happening et de la fête, à travers laquelle toute
dialectique est dissoute. In Ménard, 1986.
13
En décrivant les habitus corporels propres aux différentes classes sociales, L. Boltanski
parle de la relation instrumentalisée des classes populaires avec leur corps. In « Les usages
sociaux du corps », Annales ESC n° 1/ 1974, cité par David Le Breton (2002 : 104).

210
Radiographie de voyage en autocar…

limitant ainsi nos mouvements. Un dernier enfin, placé dans le couloir à côté
de son siège, a sollicité l’attention de ma voisine pendant tout le voyage :
elle devait le déplacer régulièrement lors des pauses, mais aussi lors des
montées des douaniers dans l’autocar. Dans cette dernière configuration, ma
voisine prenait ce sac assez imposant (un sac de courses portant l’enseigne
Champion) sur ses genoux et nous nous trouvions toutes les deux à moitié
camouflées derrière cet attirail.
L’oubli de sa propre fatigue et l’assujettissement aux objets transportés
était d’autant plus notable que Mme O. souffrait d’une légère réduction de la
mobilité corporelle due à un rhumatisme – elle en parlait assez volontiers et
était prête à montrer les ordonnances et les radiographies qu’elle avait sur
elle14. Par ailleurs, le sac encombrant en question allait satisfaire plus un
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
caprice qu’une nécessité : il contenait majoritairement de pousses de plantes
destinées à rejoindre le balcon déjà fleuri de son appartement à Deva en
Roumanie. Etant donné un certain conditionnement des rôles masculins et
féminins dans la société roumaine, il est utile de préciser que, chez Mme O.,
cette surcharge ne semblait pas être la conséquence directe d’un
asservissement associé à sa condition de femme15.
D’autres exemples qui illustrent le peu d’égards pour son propre corps au
cours du voyage viennent des choix que fait la compagnie de transport elle-
même. Au lieu de suivre le chemin le plus court, qui allégerait le voyage, les
trajets de la compagnie Eurolines multiplient les villes desservies même
lorsqu’ils doivent pour cela s’éloigner de la route nationale pour s’engager
sur une route départementale en mauvais état. L’autocar principal dessert
ainsi des villes qui pourraient être reliées par des correspondances – elles le
sont d’ailleurs parfois. Il faut compter une heure supplémentaire entre Deva
et Arad lorsque le trajet passe par Lugoj et Timisoara. Le carnet de bord du
5-6 mai 2006 fait place à notre sentiment de contrariété : « Lugoj: la route

14
D’une part, ce discours médicalisé sur son propre corps (Mme O. s’en est servi pour élargir
le cercle de ses interactions dans l’autocar) montre une perception de soi bien contemporaine.
En revanche, ce manque de discrétion commence à être perçu comme inconvenant. Dans une
scène du film Les Liaisons maladives de Tudor Giurgiu (2006), long-métrage qui joue sur le
contraste entre les mentalités de la Roumanie traditionnelle et de la Roumanie moderne,
l’énumération des soucis de santé faite par une personne âgée à l’intention d’une jeune femme
pressée et indifférente produit un effet comique. Comme dans l’Europe occidentale, «
l’exhibitionnisme de la maladie n’est plus de mise, réduit par l’idéal de décence » (Moulin,
2006 : 19).
15
Elle se présentait dans ses récits comme quelqu’un qui aimait affirmer ses choix et sa
volonté dans les rapports avec ses enfants et son mari. Ce dernier étant par ailleurs décédé
plusieurs années auparavant, Mme O. vivait seule au moment où nous l’avons rencontrée.

211
Monica Salvan Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

est tellement mauvaise que [lors de secousses] des objets tombent de leur
emplacement au-dessus de nos têtes. On ne peut pas lire, encore moins
écrire ». Un petit garçon de moins de trois ans supporte difficilement cette
partie du périple : « A cause des mauvaises routes qui nous secouent, l'enfant
vomit. Le car s'arrête pour que sa grand-mère puisse lui faire prendre l'air. Il
continue à vomir dehors. Commentaires des chauffeurs pour qu'elle remonte
au plus vite, car il y a de la route à faire ».
La mise en veille des exigences de bien-être est également confirmée par
la liberté que s’arrogent certains chauffeurs de bloquer l’accès aux toilettes
dans l’autocar. Si quelques-uns justifient cela par le souci d’éviter les
mauvaises odeurs et réservent l’accès aux cas d’urgence, il nous est arrivé de
constater que cet espace pouvait être réquisitionné pour y entreposer des
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
bagages. C’était le cas les 5 et 6 août 2005, selon la réponse donnée par l’un
des chauffeurs à une personne qui sollicitait le droit d’utiliser les toilettes
(nous étions une fois de plus en train de servir d’interprète). Fait significatif,
la revendication venait d’une passagère occidentale16.
Le choix des vêtements peut être un bon indicateur de cette perception de
soi. Il n’est pas rare qu’on observe chez les voyageurs roumains qui prennent
l’avion (et plus encore chez les femmes, pour lesquelles les codes culturels
sont plus forts) des tenues dont l’élégance et la recherche montrent qu’il
s’agit pour eux d’un moment privilégié. En revanche, des habits
confortables, souvent des vêtements de sport sont de mise dans l’autocar :
nous sommes dans le temps neutre du quotidien, voire même dans une sorte
de parenthèse temporelle pendant laquelle il est justifié d’oublier son corps17.
Le fait que le cumul des difficultés n’est pas évité ni par les voyageurs, ni
par ceux qui sont responsables de l’organisation du voyage appuie pour nous
l’hypothèse d’une temporalité différente engendrant des attentes corporelles
et une mise en scène de soi spécifiques18.

16
Certains voyageurs ont formulé le soupçon que cet espace est détourné par des chauffeurs
qui, s’estimant mal payés, ramènent des marchandises qu’ils ont achetées dans les
supermarchés occidentaux pour les revendre en Roumanie. (Carnet de bord, notes du 6 août
2005)
17
La différenciation vestimentaire est cependant moins opérante dans le cas des jeunes, ce qui
montre que des nouvelles mentalités sont en train d’apparaître.
18
C’est également sous le signe de cette double temporalité que nous comprenons l’attitude
des migrants roumains qui, après avoir difficilement gagné leur argent en Occident, dépensent
sans compter lorsqu’ils sont de retour chez eux. Dans son livre intitulé Vivre à l’Est, travailler
à l’Ouest : Les routes roumaines de l’Europe, Swanie Potot (2007) donne des exemples de
cette attitude qu’elle analyse comme une volonté de marquer l’appartenance au groupe
« riche » des migrants et par là-même d’obtenir d’acquérir ?... un nouveau statut social.

212
Radiographie de voyage en autocar…

2.2 Un conditionnement particulier : la pénurie et la dictature


On pourrait se demander si la capacité d’adaptation que nous évoquions
précédemment n’est pas aussi une forme de résignation, le résultat d’un
apprentissage douloureux. Un détour par le contexte de pénurie et
d’humiliations quotidiennes de la Roumanie communiste est ici nécessaire
pour évoquer un type particulier de relation au corps.
L’entraînement prolongé à l’austérité et à l’indifférence imposé pendant
l’époque communiste (austérité qui n’a pas brusquement disparu dans la
société appauvrie des années 90) avait fini par modifier les repères de la
perception du « dedans » et du « dehors » de la corporéité, obligeant les
individus à déserter partiellement leur enveloppe charnelle pour chercher
refuge là où ils pouvaient se sentir le moins agressés. Nombreux étaient les
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
lieux où les individus, transformés en marionnettes, semblaient se dissocier
d’un corps devenu pesant. Une telle image saisissante apparaît dans le
journal de l’écrivaine Tia Serbanescu, qui, en 1987, notait : « Je regarde les
gens dans la rue, dans les files d’attente, dans les arrêt de bus, et je n’arrive
plus à deviner ce qui est vivant en eux. Ils restent figés, pendant des heures
et des heures, devant un étalage, devant une enseigne, ou bien dans un arrêt
de bus. Les regards n’expriment pas grand-chose, et ce qu’ils expriment
malgré tout ne ressemble pas à quelque chose d’humain. A cause du froid, à
cause de la peur du froid et du noir, les mains et les visages ont désormais
comme une apparence bleu-grisâtre. Les gestes sont incohérents et se
recomposent, avec une fébrilité mécanique, ayant quelque chose d’instinctif,
seulement lorsque tout d’un coup il y a quelque chose à acheter » (in Cordos,
2003: 25-26)19. En évoquant la malchance de sa génération de vivre sa
jeunesse pendant les années 80, l’écrivaine Simona Popescu (2002) décrit
une « privation sensorielle » compensée par une sorte de refuge dans le
cerveau, stratégie qui intensifiait les fonctions de celui-ci et accentuait par
là-même la coupure avec le monde environnant20.
Cependant, le réflexe auto-défensif qui consiste à se replier sur soi voire à
s’absenter de son propre corps ne nous semble pas rendre parfaitement
compte de la réaction du voyageur roumain à l’épreuve des difficultés. Cet
apprentissage forcé concerne peu les jeunes générations, même si, à l’époque

19
Sauf mention particulière, les traductions du roumain nous appartiennent.
20
« La privation sensorielle était compensée par le cerveau. Très souvent, le cerveau a fait
office de corps, le cerveau a été notre corps. (…) Pendant les hivers glaciaux, chaudement
habillés, portant des bas de laine, nous lisions sous les couvertures. (…) Nous étions de sortes
d’Oblomov qui lisaient au lieu de dormir ». Ibidem, in Cordos, 2003: 29.

213
Monica Salvan Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

du totalitarisme, les enfants qui sont les jeunes adultes d’aujourd’hui


n’étaient pas tenus à l’écart de cette expérience. Voici comment le
psychologue Mircea Miclea, ayant enseigné en collège quelques années
avant 1989, évoque dans un échange épistolaire la révélation qu’il a eue sur
le quotidien de ses élèves. Alors qu’il s’acharne à découvrir les raisons pour
lesquelles le collégien qu’il interroge n’a pas appris sa leçon, celui-ci finit
par décrire ses journées où les files d’attente, le froid et les coupures de
courant occupent une place importante. « La classe a explosé ! Chacun
voulait dire tout haut où il avait fait la queue, ce qu'il avait pu acheter, s'il
avait eu froid… Telle était la vie de mes élèves de 11 ans, c'est comme cela
qu'ils vivaient au jour le jour, et moi, je n'avais même pas essayé de le
savoir » (Miclea, Miroiu, 2005 : 141)21.
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
Il est très probable que, même sans ce conditionnement préalable, cette
présence-absence corporelle soit réactivée dans des circonstances
particulières du voyage en autocar, lors des contrôles douaniers et lors de
l’attente qui leur est associée. En revanche, le mécanisme d’auto-anesthésie
ne peut pas expliquer à lui tout seul l’oubli des exigences du corps dans des
circonstances d’où l’anxiété est absente. Nous préférons voir dans
l’adaptation corporelle plutôt une disponibilité culturellement acquise, qui
entraîne donc cette ouverture à l’autre – ce qui a rendu d’autant plus malaisé
l’épisode du repli sur soi imposé par le quotidien communiste.
Cependant, dans une société en pleine transformation, les représentations
subissent elles aussi des modifications.
3 DES CODES QUI SE TRANSFORMENT
3.1 De nouveaux modèles corporels : aspirations et dégoûts
La fatigue du voyage comme ennemi du visage féminin est apparue de
façon presque obsessionnelle dans les propos d’une jeune femme (28 ans)
que j’ai rencontrée en avril 2007 en me rendant en Roumanie. Après une
journée de voyage, l’image renvoyée par les grands miroirs des relais
toilettes suscitait chez elle des réactions détaillées au sujet de nos figures
fatiguées, « livides, aux traits tirés ». S’intéressant à l’usage des crèmes de
beauté, qu’elle avait appris dans un cadre professionnel (elle avait travaillé
comme vendeuse de vêtements et cosmétiques en Roumanie, à Bacau), cette

21
L’écrivain Liviu Antonesei note dans son journal : « Le plus triste était le tableau des
enfants, réveillés aux aurores pour acheter du lait pour eux-mêmes ou pour leurs cadets,
pendant que leurs parents devaient être postés dans d’autres files d’attente, à moins qu’ils ne
fussent exténués par le réveil quotidien à 3h, 3h30 du matin ». In Cordos, 2003 : 24.

214
Radiographie de voyage en autocar…

jeune femme avait fait de l’auto-observation l’un de ses passe-temps favoris.


Elle avait pris sur son téléphone portable, parmi les photos de la famille de
sa sœur chez laquelle elle avait fait du baby-sitting pendant plusieurs mois,
de nombreuses images d’elle-même. Rappelons que cette démarche précède
de quelques années la mode des selfies diffusés via les réseaux sociaux.
Lors d’un voyage dans le sens Roumanie-France une jeune femme qui
allait faire du tourisme à Paris et qui lisait des magazines féminins roumains
(elle m’a invitée à les feuilleter) m’a parlé de la mode et m’a expliqué entre
autres ce qu’était une manucure française aux ongles carrés, qu’elle s’était
fait faire elle-même. La préoccupation pour son propre corps et pour les
apparences était encore plus évidente dans le cas d’un jeune animateur
roumain (29 ans) qui travaillait comme employé d’un club de vacances
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
français. Il arborait par ailleurs fièrement ses acquisitions technologiques :
un modèle récent de téléphone mobile qui lui permettait de prendre des
photos ; un appareil mp3 très performant selon lui ; enfin, un ordinateur
portable. J’ai pu ainsi voir des images de ses différentes missions
d’animation en Grèce, Turquie, etc., « … sous les palmiers et les cocotiers,
sur des plages ensoleillées où il pose torse nu, montrant des pectoraux très
travaillés. J’ai ensuite le droit à des images filmées dans les salles de
spectacle des différents hôtels au cours des animations », assorties de
commentaires intarissables sur sa vie privée » (Carnet de bord, notes du 18
avril 2005).
A côté de la volonté de soigner son aspect, certains interdits, rejets ou
dégoûts formulés renseignent sur le renforcement de ce que Norbert Elias
(1973 : 149-150) appelle « le mur invisible de réactions affectives se
dressant entre les corps, les repoussant et les isolant »22. Lors d’un voyage à
destination de Paris, un chauffeur a tenu à faire une sorte de discours
d’accueil qui accordait une place très importante au respect des règles
d’hygiène: « Une fois tous les voyageurs embarqués, à l'approche d'Arad,
discours du chauffeur sur les conditions d'hygiène précaires, inhérentes au
bus; sur le fait que chacun doit faire un effort de propreté, ne pas abuser des
parfums, ne pas utiliser les toilettes du bus… Le système d'aération étant tel
que les odeurs du fond sont ramenées vers l'avant. Si les passagers ne
respectent pas cela, nous tous, nous serons obligés de faire des pauses (ce
qui est déjà arrivé lors d’autres voyages) pour prendre l'air. » (Carnet de

22
Norbert Elias continue ainsi : « mur dont on ressent de nos jours la présence au simple geste
d’un rapprochement physique, au simple contact d’un objet qui a touché les mains ou la
bouche d’une autre personne » (Ibidem).

215
Monica Salvan Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

bord, notes du 13 août 2005). L’hygiène des passagers donnait lieu à un


discours spécifique adressé au groupe dans son ensemble, à une négociation
de règles communes focalisées sur la sensibilité olfactive. Prise entre deux
cultures, nous avons perçu dans un premier temps l’incongruité de cette
annonce : infantilisante voire méprisante pour le voyageur roumain, elle
formulait par ailleurs de manière explicite ce qui relève du domaine du non-
dit dans les sociétés occidentales23. Elle s’inscrivait dans un processus de
codification en cours, comme une preuve de l’apparition de nouvelles
contraintes, impliquant « une mise à distance de l’"animalité" de l’homme :
ses odeurs, ses sécrétions, son âge, sa fatigue sont proscrits » (Le Breton,
2003 : 136) 24.
Nous pourrions ajouter ici l’indignation rétrospective d’une passagère à
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
qui on avait demandé de prêter son walkman, alors qu’il s’agissait pour elle
d’un objet personnel (elle insistait sur l’usage hygiénique des casques).
Comme elle avait dû user de tact pour ne pas entrer en conflit avec cet
homme, potentiellement agressif à ses yeux, elle retenait cet épisode qui
avait eu lieu lors d’un précédent trajet parmi les moments difficiles de ses
voyages. (Carnet de bord, notes du 4 avril 2007)
Les idéaux de beauté et d’hygiène qui ont tendance à s’imposer vont de
pair avec un déplacement du niveau de tolérance face aux corps hors norme.
Les signes d’un « désordre » humain perçu comme incompatible avec
l’environnement de plus en plus moderne de certaines gares routières sont
progressivement effacés. Pendant nos huit trajets de l’année 2005, nous
avions l’habitude de voir à la gare routière d’Arad un marginal, comme le
montre une brève note du 31 octobre 2005 : « La gare routière d'Arad et son
fou affairé. Aujourd’hui il est en train de pousser un chariot en fer. » Ce
personnage qui courait d’un bout à l’autre du quai central a disparu une fois
que les travaux d’aménagement de la gare routière ont pris fin. Il n’était plus
là lors de mes voyages de 2006 et 2007. Il a été probablement confiné chez
lui ou bien relégué dans des endroits non encore atteints par la
modernisation. Le même sort a été probablement réservé à la « folle » de la
gare routière de Cluj – que j’ai vue soulever ses jupes lors d’un conflit.
Sporadiquement aperçue en 2005, elle n’est plus réapparue après la réfection
du kiosque-bar de la gare routière qu’elle semblait affectionner
particulièrement.

23
David Le Breton (2003 : 98) parle de l’absence des données afférentes au corps y compris
dans les sciences sociales, données que l’on préfère taire par une sorte de pacte avec lecteur.
24
L’auteur rappelle également la mésestime de soi qui apparaît chez ceux qui ne
correspondent pas au modèle dominant (Ibidem : 144).

216
Radiographie de voyage en autocar…

3.2 Hygiène, modernité et exclusion


Certaines situations pendant lesquelles les règles d’hygiène ont été
ouvertement évoquées véhiculent une valeur symbolique importante, dans la
mesure où ce souci de propreté inspiré par le modèle occidental peut
s’accompagner d’une volonté de démarcation sociale et d’exclusion. Ceux
qui en font prioritairement les frais semblent être les Roms, ces « autres »
tout désignés pour beaucoup de Roumains. Ainsi du regard allusif assorti
d’une grimace provoqué par l’odeur de transpiration d’une jeune femme
rom, présomption de « complicité » d’autant plus surprenante qu’elle venait
de la part d’une voisine de voyage auparavant très réservée, une
pharmacienne. (Carnet de bord, notes du 24 octobre 2005) La mauvaise
odeur de ceux qui n’ont pas accédé à la modernité a été sujet de consensus
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
également pour les passagers d’un minibus sur la correspondance Sebes-
Bistrita, censé servir uniquement au transfert des passagers internationaux
mais transportant en réalité de nombreux autostoppeurs. « Lorsque deux
Tsiganes descendent, habillées d’immenses jupes et portant des sacs bien
remplis, la jeune femme qui revient de Suisse se montre soulagée : « Qu’est-
ce que ça sentait mauvais ! » Cela fédère les autres voyageurs, critiques au
sujet du manque d’hygiène des Tsiganes, de leur réticence au savon et aux
détergents… Parmi ceux qui parlent le plus, une dame d’une soixantaine
d’années, probablement ouvrière dans une usine du coin. » (Carnet de bord,
notes du 19 avril 2005)
Un parallélisme avec le processus de modernisation de la France des
années cinquante tel qu’il est analysé par Kristin Ross dans son livre intitulé
Rouler plus vite, laver plus blanc nous semble ici éclairant. Selon cet auteur,
la modernisation, loin d’être un processus égalitaire, est « un moyen de
différenciation sociale, et notamment raciale ; une différenciation enracinée
dans le discours des années cinquante sur l’hygiène (…) » (Ross, 2006 : 23).
Le scandale provoqué par l’enquête de Françoise Giroud en 1951 dans son
magazine Elle, enquête intitulée « La Française est-elle propre ? », montre
combien les notions de sale et de propre dépassent largement la sphère
privée et relèvent de l’ordre social25. (Vigarello, 1985). Comme nous le
rappelle l’article « Déchets » dans le Dictionnaire du corps, « le sale est un
des pôles du référentiel symbolique d’une société. La définition du pur et de
l’impur contribue à délimiter un système, un ordre, une hiérarchie, par

25
Dans la démonstration de Kristin Ross (2006 : 109) : « Si la Française est sale, la France est
sale et arriérée. Or la France ne peut être sale et arriérée, puisque ce rôle est dévolu aux
colonies ».

217
Monica Salvan Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

lesquels la société se construit, car l’ordre social est maintenu par la menace
d’un péril26. » Aimantés par le modèle occidental, les Roumains, qui
identifient presque traditionnellement le groupe ethnique des Roms à une
classe sociale défavorisée (Pons, 1995), se démarquent une fois de plus de
ceux qui semblent entraver leur chemin.
Une expression très forte de cette discrimination avec toute sa violence à
la fois concrète et symbolique nous a été livrée à travers le discours d’un
jeune homme, le 18 avril 2005. Après un contrôle inopiné de la police
allemande, la « mauvaise image » de la Roumanie à l’étranger (devenue une
obsession après 1989) est devenue un sujet de conversation pour plusieurs
passagers dans l’autocar ; la « responsabilité » des Roms a été très vite
mentionnée. Ainsi, le jeune voyageur en question s’enorgueillissait-il d’avoir
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
vivement réagi en rencontrant dans le métro parisien une femme qui
mendiait en interpellant les passants. Pensant qu’il s’agissait d’une Rom, il
s’était arrêté et lui avait ordonné en roumain de « disparaitre de son champ
de vision ». Le fait qu’elle n’ait pas semblé comprendre a désamorcé la
situation et a modifié l’interprétation des faits. Le protagoniste de cette scène
dit avoir ressenti un grand soulagement : « Cette femme ne venait pas de
Roumanie… » Cette pauvreté décontextualisée pouvait désormais
s’exhiber27. Au lieu de tirer un enseignement des marginalisations auxquelles
ils sont parfois exposés en Europe, il n’est pas rare que les Roumains
réagissent en rejetant à leur tour l’altérité sur le groupe ethnique des Roms,
propageant ainsi l’exclusion selon une structure pyramidale.
Un cas intéressant en ce qu’il donnait la possibilité d’observer une
certaine insistance de se démarquer des autres, les voyageurs roumains en
l’occurrence, nous a été offert par l’attitude d’une passagère française
d’origine tunisienne (c’était également elle qui avait sollicité l’accès aux
toilettes). Elle a tenu à dire aux chauffeurs sur le ton de la blague que
l’autocar dans lequel nous voyagions devait être classé « zéro étoiles » (alors
qu’il en affichait deux), ce qui a provoqué l’hilarité des témoins de la
conversation28. Cette personne voyageait avec sa sœur ; comme nous l’avons
déjà mentionné, elles s’étaient arrangées pour occuper trois places, cela dans
une attitude de contrariété et de mécontentement affichée dès leur montée

26
Magali Pierre in Andrieu, B. (dir.), 2006.
27
Le même jeune homme a raconté avoir été ému par les mélodies d’un Tsigane violoncelliste
de Maramures, avec qui il avait discuté dans le métro et qu’il avait appelé « frère ».
28
Elle a signifié cela également par un geste, en rejoignant le pouce et l’index pour former un
« o » qu’elle a rapproché de ses yeux. Cela se passait lors d’une pause, plusieurs fumeurs
étant attroupés sur un trottoir près de la sortie des chauffeurs, à l’avant de l’autocar.

218
Radiographie de voyage en autocar…

dans l’autocar à Paris : « Je vais devenir folle pendant deux jours dans ce
tacot de merde ». Considérant que la première pause tardait, elle s’était mise
à fumer dans le car, ce qui lui avait valu une menace d’expulsion sur la
première aire d’autoroute de la part des chauffeurs. Comme si elle souhaitait
s’offrir une revanche symbolique sur les conditions de voyage, elle m’a
raconté spontanément qu’elle voyageait en Roumanie pour la première fois,
qu’elle était chef d’entreprise (je n’ai pas obtenu de précisions sur son
travail) et qu’elle comptait prendre l’avion lors de son prochain déplacement.
Cette volonté de se différencier des autres passagers était vraisemblablement
le signe que cette femme s’estimait dévalorisée par un environnement qui ne
correspondait pas à l’idée qu’elle se faisait de son statut social. Son attitude
tapageuse et peu respectueuse des autres a valu aux deux sœurs (l’autre étant
par ailleurs très discrète) le surnom de « Tsiganes françaises » de la part de
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
quelques voyageurs roumains installés à proximité - les passagers se sont
ignorés réciproquement.
En résumé, la contiguïté imposée par le voyage en autocar n’est pas
problématique pour les voyageurs roumains dans la mesure où les efforts de
prise en compte de l’environnement créent un sentiment de partage et
d’implication. L’intensité moindre du travail de refoulement et d’effacement
du corps rend probablement cette pratique moins contraignante qu’elle ne le
serait pour un touriste occidental. Cette attitude d’ouverture s’accompagne
d’une conception particulière du temps : en transit entre « ici » et « là-bas »,
le voyageur s’installe dans une durée neutre, quotidienne, pendant laquelle il
oublie son corps et se soumet aux conditions qui s’imposent à lui. Même si
les signes d’un changement de mentalités sont en cours, (mobilités des
mentalités traduites par des changements de pratiques), il nous semble que
cette double temporalité est opérante à grande échelle après 1989 car elle a
pu se greffer sur les représentations de ce que l’on considère une époque de
« transition » : parmi les migrants et leurs proches, des personnes ayant
divers statuts sociaux mettent entre parenthèses leurs exigences et
instrumentalisent leur corps au service d’un projet de vie dont la réalisation
est conditionnée par l’avènement d’une époque plus faste.

219
Monica Salvan Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

BIBLIOGRAPHIE
ANDRIEU B., (dir.), 2006, Dictionnaire du corps en sciences humaines et sociales,
CNRS Editions, Paris.
CORBIN A., COURTINE J.-J., VIGARELLO G. (dir.), 2005/2006, Histoire du
corps, Seuil, Paris (t. 1, De la Renaissance aux Lumières, dir. VIGARELLO G., T. 2, De
la Révolution à la Grande Guerre, dir. CORBIN A., T. 3, Les mutations du regard. Le
XXe siècle, dir. COURTINE J.-J.).
CORDOS S., 2003, In lumea noua (Dans le nouveau monde), Dacia, Cluj-Napoca.
ECO U., 1997/1992, Comment voyager avec un saumon. Nouveaux pastiches et
postiches, Grasset, Paris.
ELIADE M., 1949, Traité d’histoire des religions, Editions Payot, Paris.
ELIAS N., 1969/1973, La Civilisation des mœurs, Pocket, Calmann-Lévy, Paris.
© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)

© L'Harmattan | Téléchargé le 25/12/2020 sur www.cairn.info via Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (IP: 195.221.71.48)
LE BRETON D., 1990/2003, Anthropologie du corps et modernité, P.U.F., Quadrige,
Paris.
LE BRETON D., 1992/2002, Sociologie du corps, P.U.F., Paris.
LE BRETON D., 1998/2004, Les passions ordinaires. Anthropologie des émotions,
Petite Bibliothèque Payot, Editions Payot & Rivages, Paris.
MÉNARD G., 1986, « Le sacré et le profane, d'hier à demain », dans DESROSIERS
Y. (dir.), Figures contemporaines du sacré : religion et culture au Québec, Fides,
Montréal. http://pages.mlink.net/~menardg/sacre_profane.html#spn30
MESNIL M., 2000, « Bucarest ou le corps retrouvé »,
http://www.memoria.ro/?location=view_article&id=1014, consulté en juillet 2007.
MICLEA M., MIROIU M., 2005, R'Estul si Vestul (Le R’est et l’Ouest), Polirom,
Iasi.
MOULIN A. M., 2006, « Le corps face à la médecine », dans CORBIN A.,
COURTINE J.-J., VIGARELLO G., (dir.), Histoire du corps, t. 3, Les mutations du
regard. Le XXe siècle, Seuil, Paris, 15 – 69.
PONS E., 1995, Les Tsiganes en Roumanie : des citoyens à part entière ? Collection
"Pays de l'Est", L'Harmattan, Paris.
POPESCU S., 2002, « All That Nostalgia », Observator cultural, n°130.
POTOT S., 2007, Vivre à l’Est, travailler à l’Ouest : Les routes roumaines de
l’Europe, L’Harmattan, Paris.
ROSS K., 2006, Rouler plus vite, laver plus blanc. Modernisation de la France et
décolonisation au tournant des années 60, Flammarion, Paris.
VIGARELLO, G., 1985, Le propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen-
Âge, Points, Seuil, Paris
WUNENBURGER J-J., 1977, La fête, le jeu et le sacré, Éditions Universitaires,
Paris.

220