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Université Mohamed khidher Biskra

Faculté des sciences et de la technologie


Département d’architecture cours n°:5
3éme année L.M.D
Module :histoire et théories urbaines
Année universitaire :2013/2014

Utopie et villes utopiques


1/Introduction :
L’utopie (mot forgé par l'écrivain anglais Thomas More, du grec
οὐ-τοπος « en aucun lieu ») est une représentation d'une réalité idéale et
sans défaut. C'est un genre d'apologue qui se traduit, dans les écrits, par
un régime politique idéal (qui gouvernerait parfaitement les hommes).
une société parfaite (sans injustice par exemple, comme la Callipolis de
Platon ou la découverte de l'Eldorado dans Candide).

Une utopie peut désigner également une réalité difficilement


admissible : en ce sens, qualifier quelque chose d'utopique consiste à le
disqualifier et à le considérer comme irrationnel. Cette image de l'utopie
est évoquée dans le roman Fahrenheit 451 où une nation tout entière
n'accepte pas de lire des livres, de peur que cela ne lui ouvre les yeux
par rapport à la fausse utopie dans laquelle elle vit. Cette polysémie, qui
fait varier la définition du terme entre texte littéraire à vocation politique
et rêve irréalisable, atteste de la lutte entre deux croyances, l'une en la
possibilité de réfléchir sur le réel par la représentation fictionnelle,
l'autre sur la dissociation radicale du rêve et de l'acte, de l'idéal et du
réel.

2/Définition
Dans le sens courant du terme, l'utopie est un rêve irréalisable. Thomas
More fut le premier à utiliser ce mot pour désigner la société parfaite
qu'il imaginait. Dans le mot utopie, la racine grecque topos, signifiant

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lieu, est précédée d'une lettre remplaçant aussi bien le préfixe eu qui veut
dire bien que le préfixe ou, la négation. L'utopie est un bon lieu
inexistant. Elle est, dira Jean-Jacques Wunenburger, « la relation de
l'imagination historique avec cet ailleurs qui n'est jamais tout à fait nulle
part, et qui nous déporte toujours vers du nouveau. »
Certaines utopies, les cités idéales de Platon, de saint Augustin ou de
Thomas More sont plus proches de l'idéal que du devis; d'autres comme
le projet de Staline, celui de Marx ou celui des millénaristes libéraux
actuels sont plus proches du devis.
la Cité idéale est une conception urbanistique visant à la perfection
architecturale et humaine. Elle aspire à bâtir et à faire vivre en
harmonie une organisation sociale singulière basée sur certains
préceptes moraux et politiques

Cité idéale de Platon

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La Cité idéale, d'abord attribuée à Piero della Francesca

Si de très nombreuses « cités idéales » ne sont restées qu'au stade de


rêves dans l'esprit de leurs créateurs, certaines ont cependant été
achevées dans les faits. Il s'agit cependant de réalisations « idéales » au
sens où, contrairement à la cité spontanée, qui se développe peu à peu
selon les besoins en fonction de décisions multiples, et donc de façon
organique et parfois anarchique, la cité idéale est conceptuellement
élaborée avant d'être matériellement construite, et sa fondation
résulte d'une volonté intellectualisée et unifiée.

3/Aperçus historiques :
« Ainsi ces anciennes cités qui, n'ayant été au commencement que des
bourgades, sont devenues par succession de temps de grandes villes,
sont ordinairement si mal compassées, au prix de ces places régulières
qu'un ingénieur trace à sa fantaisie dans une plaine »

Dès l'antiquité, les hommes rêvent d'édifier une cité idéale comme en
témoigne le mythe de la Tour de Babel. Le sujet apparaît chez les
philosophes grecs dans le contexte particulier de la cité-état, La
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République de Platon (427 à 348 av. J.-C.) en étant le plus célèbre
exemple. Or, de fait, à partir du VIIe siècle av. J.-C., certaines volontés
de rationaliser l'organisation spatiale de la ville se manifestent,
notamment dans les villes nouvelles. Un plan orthogonal à damier
encore grossier, dit plan hippodamien apparaît dans plusieurs colonies
grecques telles que Sélinonte. On le retrouve par la suite aussi bien dans
les villes antiques, et contemporaines. Cette rationalisation de l'espace
urbain, dont la paternité a longtemps été attribuée à Hippodamos de
Milet (Ve siècle av. J.-C.), montre un souci de planification et
d'optimisation de la gestion de la forme urbaine qui rejoint les
préoccupations des philosophes. Selon Aristote, Hippodamos est à la
recherche de la cité idéale au sens où l'organisation de l'espace urbain
s'applique à traduire l'organisation de la république idéale, et on lui
attribue le plan en damier du Pirée, ainsi qu'en -479 av. J.-C. la
reconstruction de Milet, incendiée par les Perses.

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Ville de Milet

L'organisation sociale et urbanistique de la cité idéale est également au


cœur des réflexions d'Aristote qui, dans sa Politique, s'intéresse, après
l'avoir critiqué, à la République de Platon ainsi qu'aux cités existantes.
Organisation de l'espace, organisation sociale et organisation politique
rationnelles sont les axes selon lesquels les philosophes pensent la cité
idéale, à laquelle les architectes et les premiers urbanistes se sont déjà
attaqués sur le terrain.

La fondation des villes par les colons romains, telle que la décrit Pierre
Grimal, est effectuée selon un plan idéal obéissant à plusieurs
exigences : rationalisation de l'espace par un réseau de rues en damier à
partir d'un axe majeur fourni par l'intersection à angle droit du
decumanus et du cardo dont les extrémités vont être les quatre accès
principaux à la ville; découpage de l'espace en ilots qui seront répartis
selon le rang et la fonction des futurs occupants dans un esprit de justice
et d'égalité ; enfin orientation selon un plan est-ouest (decumanus) et
nord-sud (cardo), déterminé par rapport au soleil, qui indique la
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dimension sacrée de la ville et peut-être son rapport au monde. La cité
idéale romaine est une sorte de matrice, l'essence de la ville-mère,
l'Urbs, Rome. Traduite sur le terrain, la ville romaine doit permettre aux
citoyens de circuler, d'habiter, de travailler et d'être sous la protection
des dieux. Pierre Grimal cite l'exemple de Timgad, aujourd'hui inscrite
au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.

Timgad : ville romaine

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Axe majeur decumanus

Au Moyen Âge, le plan hippodamien est toujours utilisé dans la


création des villes nouvelles, par exemple les bastides. Cette grille
hippodamienne est aussi celle du jeu d'échecs qui sert au dominicain
Jacques de Cessoles à décrire l'organisation idéale de la cité ceinturée
dans ses murs symbolisés par les quatre tours d'angle. Selon Jacques
Heers, le fractionnement de l'espace urbain en espaces privés, l'absence
d'un pouvoir central fort, s'opposent à la conception et la réalisation de
grands projets publics au cours du Moyen Âge.
Une bastide est le nom désignant trois à cinq cents villes neuves, fondées majoritairement dans le
sud-ouest de la France entre 1222 et 1373

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Quoi qu'il en soit, le christianisme, s'appuyant sur le texte de
l'Apocalypse de Saint Jean, offre aux fidèles la promesse d'une cité
idéale qui n'est pas de ce monde, la Nouvelle Jérusalem. La cité idéale à
laquelle les hommes doivent travailler, c'est La Cité de Dieu de Saint
Augustin.

4/De la Renaissance à l'âge classique

Vue d'Utopia de Thomas More à vol d'oiseau

L'humanisme italien de la Renaissance est


fortement influencé par le retour de la cité-état.
L'organisation urbaine et la question de la "
société idéale " deviennent des sujets centraux de réflexion. Les villes
médiévales aux ruelles tortueuses et incommodes apparaissent comme
une forme dégénérée de la cité antique aux larges avenues rectilignes et
aux perspectives majestueuses. Elles ne répondent plus aux exigences
stratégiques et économiques de leur temps. Se pose aussi la question de
l'organisation politique de la cité..

Cénotaphe de Newton
Un cénotaphe est un monument dédié à la mémoire d’un mort mais à la
différence d’un tombeau il ne contient pas de corps.
Ces images montrent des projets de cénotaphes imaginés par
l’architecte français Étienne-Louis Boullée ( 1728-1799 ) qui est une des
principales figures de l’architecture néoclassique en France.
Son style comporte des formes géométriques simples, l’absence de tout
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ornement superflu, la répétition des éléments comme les colonnes, le
tout sur une échelle gigantesque.
On peut voir en autres sur les images un de ses projets de cénotaphes
à Isaac Newton, jamais construit, composé d’une sphère de 150m posée
sur une base circulaire couronnée de cyprès.

4/Villes utopiques au XIXe siècle :

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New Harmony, projet de communauté du socialiste Dessin pour le projet d’Icarie

utopique Robert Owen

Intérieur du familistère (1859 -1880) de Guise

Les idées révolutionnaires qui ont inspiré le


projet avorté des poètes anglais continuent à faire leur chemin. Au
XIXe siècle, le socialisme utopique va inspirer la réalisation de
communautés conçues pour éviter l'oppression de la majorité laborieuse
par un petit nombre d'oisifs. Ce sont les phalanstères de Fourier, qui
donnent au socialiste britannique Robert Owen l'idée des réformes de
l'usine de New Lanark, puis celle de coopératives utopiques qu'il tente
de réaliser, mais sans succès. Citons aussi Étienne Cabet et son projet
d'Icarie dont la transposition dans les faits (Icaria, Iowa dans les années
1850) est un échec, mais qui innove jusque dans la façon même dont la
ville est conçue, non plus seulement par des spécialistes, mais aussi par
une forme de ce que l'on appellerait aujourd'hui la « démocratie
participative » :

« Imagine d’abord, soit à Paris, soit à Londres, la plus magnifique


récompense promise pour le plan d’une ville-modèle, un grand
concours ouvert, et un grand comité de peintres, de sculpteurs, de
savants, de voyageurs, qui réunissent les plans ou les descriptions de
toutes les villes connues, qui recueillent les opinions et les idées de la
population entière et même des étrangers, qui discutent tous les
inconvénients et les avantages des villes existantes et des projets
présentés, et qui choisissent entre des milliers de plans-modèles le plan-
modèle le plus parfait. Tu concevras une ville plus belle que toutes
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celles qui l’ont précédée ; tu pourras de suite avoir une première idée
d’Icara, surtout si tu n’oublies pas que les citoyens sont égaux, que c’est
la république qui fait tout, et que la règle, invariablement, et
constamment suivie en tout, c’est : d’abord le nécessaire, puis l’utile,
enfin l’agréable. »

Jean-Baptiste André Godin essaiera de traduire une partie de ces


aspirations sociales dans son familistère tandis que les communautés de
saint-simoniens tenteront de mettre en pratique leurs idées de réforme
sociale.

La réflexion sur la ville est également alimentée par les problèmes


d'insalubrité, exacerbés par la croissance démographique et le début de
l'exode rural. Les épidémies, rougeole, dysenterie, typhus, font des
ravages en milieu urbain. L'épidémie de choléra qui touche Paris en
1832, par exemple, met l'accent sur les insuffisances de
l'approvisionnement en eau potable. Les grandes villes, notamment
Londres, sont accusées d'être le terrain de prédilection du crime, du vice
et de la misère.

Un exemple intéressant de réalisation du XIXe siècle est la ville


Napoléonienne de La Roche-sur-Yon (Vendée), en effet, cette dernière
est largement inspirée des idées des architectes Pierre Patte et Jean-
Jacques Huvé avec des rues rectilignes, une vaste place civique, ou
encore de nombreux espaces publics.
Le développement et la démocratisation du chemin de fer durant les
années 1850-1870 favorisent un relatif " retour à la nature " dont les
cités-jardin britanniques constituent une figure emblématique. L'idée
sera d'ailleurs ultérieurement adoptée en France, notamment à Stains
(93) et à Suresnes (92).
La montée en puissance des préoccupations hygiénistes de l'époque
transparaît dans ces différents projets. Considérant que la baisse de la
mortalité et l'allongement de la durée de vie sont un aspect essentiel du
progrès social, Benjamin Ward Richardson publie en 1876 un ouvrage
intitulé Hygeia, a City of Health dans lequel il décrit une cité idéale pour

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la santé de ses habitants. La rénovation de Paris par Haussmann,
Belgrand et Alphand est inspirée par ces théories hygiénistes comme en
témoignent la construction des espaces verts ou des égouts de Paris.

L'expression « socialisme utopique » désigne les doctrines des premiers


socialistes européens du début du XIXe siècle (qui ont précédé Marx et
Engels) tels Robert Owen en Grande-Bretagne, Saint-Simon, Charles
Fourier, Étienne Cabet et Philippe Buchez en France. Ce courant est
influencé par l'humanisme et souvent le christianisme social. Il s'inscrit à
l'origine dans une perspective de progrès et de foi dans l'Homme et la
technique. Il connaît son apogée avant 1870, avant d'être éclipsé, au sein
du mouvement socialiste, par le succès du marxisme. La notion de
Socialisme utopique a été conçue par Friedrich Engels et reprise par les
marxistes (qui l'opposent à la notion de socialisme scientifique) ; le
qualificatif d'utopique, accolé au Socialisme, est donc né d'une intention
polémique avant d'être ensuite consacré par l'usage. Les doctrines
qu'englobe le Socialisme utopique ne sont, pour les adversaires de ces
idées, pas plus utopiques que toute autre doctrine tendant vers la
réalisation d'une société idéale n'ayant encore jamais existé (y compris
les doctrines marxistes qui annoncent, à terme, l'avènement d'une société
sans classes).

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Familistère de Guise

Pavillon central du Palais social


Le fondateur :
Jean-Baptiste André Godin

Définition de familistère et phalanstère

Étymologiquement « lieu de réunion des familles », construit sur le


modèle du phalanstère de Charles Fourier, le Familistère de Guise,
dans l'Aisne, est un haut lieu de l’histoire économique et sociale
des XIXe et XXe siècles.
Le Familistère fait l’objet d’un classement au titre des monuments
historiques depuis le 4 juillet 1991 et son ancien jardin, d'une inscription
en 1991.

a- Le Familistère :
« Familistère » est le nom donné par Godin aux bâtiments d'habitation
qu'il fait construire pour ses ouvriers et leurs familles à partir de 1858 et
jusqu'en 1883, probablement à partir de plans de l'architecte fouriériste
Victor Calland. Il s'inspire directement du phalanstère de Fourier, mais,
comme il le fera toujours, effectue un tri dans la théorie pour l'adapter à
ses propres idées et surtout pour la rendre plus réalisable.
Godin proscrit la maison individuelle et donne ses raisons
dans Solutions sociales : «Les prôneurs de petites maisons ne
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remarquent pas qu'en descendant un peu, à partir de la petite maison, on
voit poindre la hutte du sauvage Dans les campagnes, le mendiant en
haillons possède un toit et un jardin. L'isolement des maisons est non
seulement inutile, mais nuisible à la société». Pour Godin, le familistère
permet de créer des «équivalents de richesse» auxquels les ouvriers ne
peuvent accéder de manière individuelle, mais qui leur sont accessibles
quand ils sont mis en commun en remplaçant « par des institutions
communes, les services que le riche retire de la domesticité ».
Godin écrit en 1874 dans La richesse au service du peuple. Le
familistère de Guise : «Ne pouvant faire un palais de la chaumière ou du
galetas de chaque famille ouvrière, nous avons voulu mettre la demeure
de l'ouvrier dans un Palais : le Familistère, en effet, n'est pas autre chose,
c'est le palais du travail, c'est le PALAIS SOCIAL de l'avenir».
b- Le Phalanstère :

Un phalanstère est un ensemble de bâtiments à usage communautaire qui


se forme par la libre association et par l'accord affectueux de leurs
membres. Pour Charles Fourier, les phalanstères formeront le socle d'un
nouvel État.
Dans sa théorie, « la terre de la Société harmonique sera divisée en trois
millions de phalanstères, chacun regroupant 1 500 personnes des trois

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sexes », (les mineurs, pour Fourier, appartiennent à un troisième sexe, un
sexe neutre ou impubère).
Le phalanstère est une sorte d'exploitation agricole avec des bâtisses
pour le logement et l'amusement, pouvant accueillir 400 familles au
milieu d'un domaine de 400 hectares où l'on cultive les fruits et les fleurs
avant tout. Fourier décrira à loisir les couloirs chauffés, les grands
réfectoires et les chambres agréables.
Destiné à abriter 1 800 à 2 000 sociétaires, le phalanstère est un bâtiment
de très grande taille : une longueur de 600 toises, soit environ 1 200 m, à
comparer aux 500 m du château de Versailles ; une surface occupée –
bâti et non bâti — d'environ 4 kilomètres carrés ; des arcades, de grandes
galeries facilitant les rencontres et la circulation par tous les temps ; des
salles spécialisées de grande dimension (tour-horloge centrale, bourse,
Opéra, ateliers, cuisines) ; des appartements privés et de nombreuses
salles publiques ; des ailes réservées au « caravansérail » et aux activités
bruyantes ; une cour d'honneur de 600 m x 300 m, dans laquelle tiendrait
la grande galerie du Louvre ; une cour d'hiver de 300 m de côté (à
comparer aux 100 m de la Place des Vosges) plantée d'arbres à feuillage
persistant ; des jardins et de multiples bâtiments ruraux…

Quand Arturo Soria y Mata (1844-1920) conçoit sa cité utopique


linéaire, en 1882, c’est le résultat d’une recherche importante qu'il
poursuit depuis longtemps. En effet, il reçoit une formation technique à
l’école du cadastre puis fait un passage dans les bureaux de statistique de
la Compagnie espagnole des chemins de fer. Cet enseignement le pousse
à se questionner sur la ville et sur les modes de déplacements. Il
s’intéresse à la croissance des êtres vivants qu’il rapproche de celle des
organismes urbains et sur le rapport organique entre la forme urbaine et
les modes de déplacement.

La Cité linéaire

La cité linéaire intervient dans un contexte de débat sur la densité et sur


la mixité fonctionnelle urbaine. Cette cité est une réponse un peu

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extrême mais qui tend à résoudre de nombreux problèmes : son projet à
pour ambition d’harmoniser les zones urbaines et rurales. Le slogan de
sa ville sera en effet un moment : « ruraliser la vie urbaine, urbaniser la
campagne. » Il crée une ville monodimensionnelle le long d’un
boulevard de 500m de large mais de longueur infinie permettant de relier
les centres urbains denses entre eux. Son projet appartient au
mouvement urbaniste de la fin du siècle mais surtout au courant culturel
espagnol de la « génération 1898 » en réaction à la crise de la perte des
restes de l’empire colonial (Cuba, Porto Rico, les Philippines) et visant à
régénérer le pays de l’intérieur. Il propose même à l’état espagnol de
systématiser l’application de sa solution urbaine à toutes les villes afin
de structurer la croissance urbaine et d’organiser le territoire par un plan
de colonisation intérieur.

C’est aussi une question sur le devenir de la ville de Madrid puisqu’il


propose son projet pour une boucle autour de la capitale espagnole sur
une longueur de 53km (dont 5 seulement seront construits) avec des
connexions avec la vieille ville de façon radioconcentrique. Son projet
vient en réponse aux réflexions menées dans toute l'Europe sur les
réseaux de transports urbains. Son projet prend place dans le courant des
villes hygiénistes puisque la rue principale de sa ville permet la
circulation et les transports tels que le chemin de fer et les tramways
mais aussi celui des réseaux de téléphone, télégraphe, chauffage urbain,
gaz, eau, pneumatique, électricité,… de plus vu la forme urbaine qu’il
adopte, il permet de créer une ville de basse densité avec un accès pour
tous les groupes sociaux aux qualités environnementales et aux progrès
vu l’étroitesse du ruban urbain. Cela place le projet dans une certaine
tradition libérale, progressiste et moderniste.

Son organisation horizontale en rupture avec l’organisation verticale de


la ville bourgeoise anticipe le modèle des cités-jardins. Il prône la petite
propriété pour chacun, garante des intérêts de tous. Dans cette idée de
mixité sociale le slogan de sa ville linéaire sera à partir de 1902 « pour
chaque famille une maison ; pour chaque maison un potager et un
jardin. ». Même si les parcelles en première ligne ont une valeur

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supérieure à celle des rues secondaires parallèles à la rue principale. Son
projet est aussi une réponse à la question posée par le congrès national
des architectes espagnols sur la concentration des habitations ouvrières.
Il dit à ce propos : « riches et pauvres vivront à proximité les uns des
autres sans pour autant être attachés à un même escalier et
superposés. » et aussi « ni sous-sols, ni greniers, ni agglomération de
misère telles que les constructions de bienfaisance moderne les
regroupent, pour engendrer de nouvelles misères ». Cette solution
urbanistique tente aussi de lutter contre la spéculation et Arturo Soria y
Mata envisage même implicitement la municipalité des terrains de sa
cité. En effet sa cité prend place hors des zones déjà urbanisées ou en
spéculation. Il réorganise l’agglomération en la prenant à revers à partir
de sa périphérie et non du centre. De plus il annule la question de la
limite urbaine puisque sa ville peut être continuée indéfiniment sans
créer de concentration excessive.

Une ville mythique est une ville qui est mentionnée dans le folklore
(oral ou écrit) mais dont on ne dispose pas de preuve d'existence. Même
si une ville imaginaire utilisée comme décor dans une fiction peut
devenir mythique (comme Métropolis ou Laputa), une ville mythique est
souvent considérée comme ayant existé réellement jadis, et ayant
disparu depuis. La cause de cette disparition est toujours un événement
assez frappant pour susciter un mythe, c'est-à-dire une catastrophe,
notamment une catastrophe que nous appelons maintenant « naturelle »
(mais qui, historiquement, apparaissait plutôt comme surnaturelle, de
sorte qu'il y a alors toujours une explication impliquant les puissances
divines ou infernales), ou une guerre particulièrement importante.

On peut citer par exemple :

 les dix capitales des régions d'Atlantide, une civilisation légendaire


mentionnée pour la première fois par Platon dans le Timée et le
Critias ;
 Kitej, ville engloutie légendaire de Russie

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 la Lémurie, un continent hypothétique situé dans l'Océan indien,
parfois confondue avec le continent Mu situé dans le Pacifique ;
 les sept capitales de Mu, un hypothétique continent englouti dans
le Pacifique ;
 le mythe des cités d'or ;
 Sodome et Gomorrhe, dans la Bible ;
 Shangri-La dans la région tibétaine ;
 Troie, considérée comme mythique jusqu'à des fouilles sérieuses ;
 Ys, la cité engloutie de la légende de Bretagne ;
 Vineta, sur la côte de la mer Baltique ;

5/Théories urbaines au XIXe siècle :


les théories urbaines depuis le XIXe siècle jusqu'à la Seconde Guerre
mondiale, qui forment les fondements d'une nouvelle science,
l'urbanisme ; reposent d'abord sur une lecture critique de la ville
classique, éclairée par le nouvel ordre économique émergent qu'est le
capitalisme et son cortège de mutations sociales et territoriales : l'îlot
mono-fonctionnel, le quartier d'affaires, la gare, l'automobile,…
Cette nouvelle donne inspire techniciens comme artistes d'une vision
fantasmatique d'un avenir meilleur dans un territoire idéal ; la ville,
support et produit de l'activité humaine, est un fait culturel. Cette
conscience révèle le possible de tous les rêves, toutes les utopies, mais
fait également apparaître l'imbrication étroite entre projet urbain et projet
sociétal.

Ça montre bien la nature théorique des premières visions de


l'urbanisme : l'inexactitude de l'analyse répandue de la ville classique
désordonnée qui évacue la question du changement d'ordre, les
divergences et controverses qui apparaissent dès les théoriciens primitifs
et qui concernent autant le projet social que sa mise en forme spatiale.
Ces travaux, ancrés dans l'abstraction du raisonnement politique
n'engendrent que des modèles utopiques, sans existence réelle, et des
projets de société, évacuant la question de la forme. Cela seul ne saurait
fonder une science.
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Dès ces penseurs primitifs, on détermine deux grands courants de
pensée, persistants dans la seconde phase de « l'urbanisme », que
s'approprient les spécialistes en le dépolitisant :

 L'urbanisme progressiste (Charles Fourier, Robert Owen, puis Le


Corbusier) : universaliste, il ambitionne d'améliorer l'homme ; la
science doit promouvoir le bien-être individuel. L'analyse
fonctionnelle structure le modèle en unité auto-suffisantes
juxtaposables, composées sur un mode symbolique ; le logement
en est le centre. Mais il souffre d'un manque de lisibilité ; en
imposant un cadre spatial nouveau sous-tendu de l'idée du
rendement, il flirte avec l'autoritarisme ; enfin, il explore peu les
possibilités techniques qui le fondait : l'urbanisme de science-
fiction est resté imaginaire ;

 L'urbanisme culturaliste (William Morris, Camillo Sitte) la ville est


une totalité culturelle au service du groupement humain ; elle doit
créer un climat existentiel propre à développer les besoins de
spiritualité du groupe, organisé autour des bâtiments
communautaires. Ses outils sont l'histoire, l'archéologie, la poésie ;
il milite pour la conservation d'une ville polaire, identifiable et
distincte de la campagne. Hélas, cet urbanisme se fonde sur la
nostalgie et évacue le progrès comme fondateur de l'urbain ; « le
mouvement historiciste se ferme à l'histoire ». L'idée de la cité se
substitue à la présence de la cité.

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6/Villes utopiques du XXe siècle :

Brasilia : on distingue encore le plan original en forme d'oiseau

Pendant que, influencés par les idées


socialistes, se développent en Palestine les
premiers kibboutzim, avec leur plan
sévèrement égalitaire et communautaire, la réflexion menée par les
architectes de la fin du XIXe siècle débouche sur la notion d'urbanisme,
terme qui apparaît en France au début du XXe siècle.

Associant préoccupations hygiénistes et sensibilité esthétique, Tony


Garnier, auteur de La Cité Industrielle (1917), reprend les principes
antiques d'une division fonctionnelle de l'espace urbain et préconise
notamment la clôture de l'ilot de la « ville-parc » en utilisant des
matériaux contemporains. Si son œuvre théorique séduit les architectes
soviétiques, elle ne trouve qu'un terrain d'application limité dans les
travaux que lui confiera la Ville de Lyon. En effet, les quartiers
industriels qu'il y réalisera ne seront finalement pas à l'image de son
manifeste où s'articulent zones d'activités et zones résidentielles à faible
densité et faible hauteur en gabarit.

Exemple :une cité industrielle de Tony Garnier : Lyon et les


premiers pas de l'urbanisme progressiste.

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« C’est, avant la Charte d’Athènes, le premier manifeste de l’urbanisme
progressiste » : tels sont les mots de Françoise Choay pour qualifier
l’introduction d’Une Cité industrielle. Publié en 1917, mais connu dès
1904, l’ouvrage de Tony Garnier présente, dans son introduction, une
utopie urbaine et architecturale qui trace la voie au futur « style
international ». Le document jette en quelques lignes les bases d’une
cité nouvelle dans un premier vingtième siècle où, en France, le
progressisme dame le pion aux quelques défenseurs de l’urbanisme
culturaliste. A mi-chemin entre la construction a priori et l’ancrage dans
la région lyonnaise, l’introduction de l’ouvrage définit l’organisation
d’une cité-type, idéale et auto-suffisante, d’après les préceptes hérités de
l’hygiénisme, des premiers débats sur le fonctionnalisme et des utopies
socialistes ; car, si elle prétend dans une certaine mesure à l’universel, la
Cité industrielle reste par essence liée à l’histoire de l’industrialisation,
tout particulièrement dans la vallée du Rhône et autour des soieries
lyonnaises –et l’enjeu est d’autant plus important que l’ouvrage a connu,
à grands traits, une application pratique. S’il fait partie de la Société des
Urbanistes et de l’Union des Architectes Modernes, à l’échelle locale,
Tony Garnier est aussi à partir de 1905, l’architecte en chef de la ville de
Lyon.

La Cité de Tony Garnier est une Cité industrieuse. L’architecte fait de


l’industrialisation un facteur indissociable de la fondation de villes
nouvelles, ancrant un peu plus ses perspectives dans la région lyonnaise.
Puisque les projections de l’urbanisme progressiste doivent être
motivées par « la proximité des matières premières à ouvrer » et
« l’existence d’une force naturelle susceptible d’être utilisée pour le
travail », Il invite aussi à mesurer l’influence de l’histoire de l’industrie

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locale sur l'œuvre de Tony Garnier ; alors que Lyon s’affirme comme
métropole d’une région industrielle à la fin du XIXe siècle 

Mais La Cité Industrielle, composée à Rome, est une projection


théorique qui dépasse par bien des points le cadre strict de la ville de
Lyon. Par plusieurs de ses propositions, Tony Garnier se range
catégoriquement du côté de l’urbanisme progressiste. A l’instar de
Walter Gropius, il organise sa Cité à partir de la fonction de chaque
bâtiment. La répartition est stricte, entre le quartier d’habitations, celui
des établissements privés, les établissements sanitaires et les lieux du
travail industriel. A échelle plus fine, la catégorisation est toujours
rationnelle –ainsi des lieux de l’administration, fermement délimités en
trois « groupes », eux-mêmes subdivisés en plusieurs bâtiments à
fonction unique.

A cette spécialisation fonctionnelle s’ajoute une standardisation des


édifices. En préférant l’individuel au collectif, en voulant débarrasser la
ville de ses constructions hautes, Garnier s’éloigne quelque peu du
progressisme fouriériste et des préceptes de Gropius. Mais il retrouve ce
dernier dans la recherche de l’essence des bâtiments. Aussi les édifices
idéaux de Tony Garnier rivalisent-ils de sobriété. Les formes sont pures
et la structure prime sur le décor. S’il convoque les « lignes de la
nature » pour définir par analogie le calme et l’équilibre de ses
constructions, Garnier prend le contre-pied des entrelacements végétaux
de l’Art Nouveau. De la nature, il garde l’essentiel ; ses habitations, ses
édifices administratifs, se disent en terme de surface. Contre les
fantaisies du culturalisme, il convoque les préceptes de la
standardisation industrielle et les transpose dans une pensée
architecturale où la géométrie devient le point de rencontre entre le beau
et le vrai.

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Ces préoccupations sociales se retrouvent chez Adriano Olivetti, qui


développe ses idées en matière d'architecture et d'urbanisme dans Città
dell'uomo (La Cité de l'homme) publiée à titre posthume. Il met en
œuvre certaines de ces idées dans le développement de la Vallée d'Aoste
et dans la reconstruction de l'Italie d'après-guerre.

Le projet de Baldwin Hills Village, qui voit le jour au début des années
quarante aux États-Unis, se situe dans la tradition des cités-jardins.

La figure de proue de la tradition utopique dans l'urbanisme d'après-


guerre est peut-être l'architecte Le Corbusier dont les idées, le purisme
notamment, vont essaimer dans le monde entier, inspirant l'architecture
des villes nouvelles d'Europe de l'Est et les instigateurs du brutalisme
anglo-saxon. Son nom est intimement lié à la naissance de villes
modernes telles que Chandigarh, dont il est l'architecte avec Albert
Mayer, mais aussi Brasilia, dont le plan d'urbanisme est réalisé par Lucio
Costa et Oscar Niemeyer. La « Charte d'Athènes » de 1933 est une
tentative pour synthétiser les concepts qui doivent, selon Le Corbusier et
ses amis, présider à l'élaboration de la « ville fonctionnelle ».

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Ville du Chandigarh/Le Corbusier

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Ville de Brasilia d’Oscar Niemeyer

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Louvain-la-Neuve est une ville nouvelle dont la construction débute
dans les années 1970. Ses concepteurs ont essayé de répondre aux
critiques faites aux villes modernes en posant trois principes : mixité,
architecture sans gigantisme à taille humaine, absence de circulation
automobile.

Cependant la construction de cités idéales reste un projet accessible à


l'initiative utopique privée. Le mouvement pacifiste des années soixante,
par exemple, se traduit par la fondation d'Auroville, ou par la
multiplication de communautés hippies informelles dans les pays
industrialisés.

Dans les années soixante-dix, des artistes américains mettent en place le


projet d'« Illichville », d'après le nom du penseur de l'écologie politique
Ivan Illich. « Illichville » est une utopie urbaine centrée sur la notion de
décroissance et de convivialité. C'est à la même époque qu'apparaissent
des concepts comme l'Arcologie de l'architecte Paolo Soleri, qui
préconise un développement vertical de la cité, concepts qui sont
largement popularisés par les auteurs de science-fiction. Plus modeste
dans sa conception, l'écovillage naît du rejet de la société de
consommation et de son gigantisme à la fin du XXe siècle.

6/Villes utopiques du XXIe siècle

Les types de cité idéale contemporaine varient : d'un côté des projets
pharaoniques de nouveaux riches, stigmatisés par leurs opposants, de
l'autre des utopies aux revendications d'égalité et de justice sociale. Un

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exemple des premiers pourrait être le développement de Dubaï, qui
réinjecte la manne pétrolière dans un urbanisme qui est un défi à la fois
aux conditions climatiques difficiles du désert et à l'architecture de l'ère
industrielle. Dubaï, encensée par Rem Koolhaas, est présentée par Mike
Davis comme le « fruit de la rencontre improbable d'Albert Speer et de
Walt Disney sur les rives d'Arabie. » Les nouvelles utopies, d'une grande
hardiesse technologique, sont souvent inspirées par le désir d'anticiper
les changements climatiques tout en pratiquant une architecture
vertueuse, soucieuse des hommes et de l'environnement, rationnelle et
esthétique à la fois. À l'heure actuelle, le débat fait rage à l'intérieur
même du camp de l'urbanisme durable entre partisans (comme Jacques
Ferrier et ses tours Hypergreen) et opposants de l'urbanisation verticale.
Le documentaire Last Call for Planet Earth - architects for a better
world (2007-2008), du réalisateur Jacques Allard, tente de résumer les
enjeux de la ville idéale du futur.

La ville est un objet socialisé qui dialogue avec une société, non avec les
spécialistes; c'est l'essence du progrès démocratique. Elle n'est pas
réductible à des fonctions vitales, à la reproduction aveugle d'un état
existant, ou à un modèle utopique quelconque. La ville est une langue
vivante, qui doit être intelligible car une autre voie est possible : la ville
« naturaliste » de Frank Lloyd Wright se fonde sur son rejet et se
développe aujourd'hui de façon autonome autour de l'individualisme du
plaisir et du refus des contraintes ; c'est la problématique actuelle du
« péri-urbain anti-urbain » contre les centres anciens paupérisé.

Le Corbusier: une ville contemporaine.


Les nombreux plans directeurs réalisés par Le Corbusier appliquent un
schéma relativement constant aux sites les plus divers. Le premier en
date est le plan pour une ville contemporaine de 3 millions d'habitants de
1922. Celui-ci inspirera plus tard les divers autres plans pour Alger,
Nemours, Barcelone, Buenos-Aires, Montevideo, Sao Paulo, etc. Le but
de ce plan pour "Une Ville Contemporaine de trois millions
d'habitants" n'était pas de vaincre des états de choses préexistants, mais

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d' "arriver en construisant on édifice théorique rigoureux, à formuler des
principes fondamentaux d'urbanisme moderne".

Plan et vue en perspective de la ville contemporaine de Le Corbusier.

La cité: 24 gratte-ciel
pouvant contenir 10.000 à
50.000 employés chacun,
les affaires, les hôtels,
etc... 400.000 a 600,000
habitants. Habitations de
villes, lotissements à
redents fermés: 600.000
habitants. Les cités-
jardins: 2.000.000
d'habitants et davantage. 

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À la fin de son étude sur ce projet, Le Corbusier déclare que pour lui,
cette ville n'est pas "d'un futurisme périlleux, dynamite littéraire jetée en
clameur à la face de celui qui regarde. C'est un spectacle organisé par
l'architecture avec les ressources de la plastique qui est le jeu des
formes sous la lumière". 

Cet exemple de projet urbanistique réalisé par Le Corbusier montre bien


l'attitude engagée, voire révolutionnaire du maître qui avait bien cons-
cience de la signification et de la finalité de ses recherches. L'insistance
et l'opiniâtreté dont il fit preuve pour défendre dans ses projets les
principaux postulats, à la fois rationnels, humains et poétiques de son
oeuvre, sont autant de facteurs qui démontrent combien il fut toujours
parfaitement conscient du rôle et de la valeur de l'architecture dans la
société moderne.

Vue générale de la Ville contemporaine de trois millions d'habitants.

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