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Procédure pénale LMD COURS

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La procédure pénale est devenue une matière complexe. Car, à la technicité imposée
par le respect du principe de légalité, s’ajoute une diversification des formes de la
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réponse aux crimes, délits et contraventions qui s’est progressivement imposée
dans un souci, non seulement d’individualisation, mais aussi d’efficacité.
Néanmoins, la procédure pénale reste une discipline centrale. Sans elle, il n’y
aurait pas de droit pénal : elle permet sa mise en œuvre. Elle doit être maîtrisée par
l’accusation et donne les meilleurs arguments à la défense. C’est elle qui donne au
procès pénal son allure si médiatique mais aussi des traits de caractère irréductibles

Procédure pénale
à tout autre.
Afin d’éveiller l’intérêt du lecteur pour cette matière passionnante, les auteurs sont

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systématiquement partis des principes issus du droit à un procès équitable avant

Procédure pénale
d’aborder dans le détail une réglementation qui tire sa légitimité de sa précision.
Les exigences constitutionnelles et européennes sont constamment rappelées.
Les illustrations jurisprudentielles les plus récentes ont été privilégiées.
Olivier Mouysset est à l’origine des développements consacrés aux principes
directeurs du procès pénal, à l’action publique et aux opérations de police judiciaire.
Emmanuel Dreyer a rédigé les chapitres consacrés à l’action civile, à l’instruction

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ainsi qu’à la phase de jugement (voies de recours et autorité de la chose jugée,
compris).
L’ouvrage est à jour de la loi n° 2016-731 du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre
le crime organisé, le terrorisme et leur financement et améliorant l’efficacité et les
garanties de la procédure pénale. À ce titre, il s’avère indispensable à l’étudiant
qui découvre la matière comme à celui qui, préparant un examen ou un concours,
souhaite mettre à jour ses connaissances. Des exercices corrigés sur des thèmes
essentiels leur offriront, en toute hypothèse, un surcroît de compétence.

E. Dreyer
O. Mouysset
Docteur en droit, Olivier Mouysset est magistrat et chargé de cours à l’Université.
Agrégé des facultés de droit, Emmanuel Dreyer est professeur à l’École de droit de Emmanuel Dreyer
la Sorbonne (Paris 1) où il dirige le master 2 « Droit pénal fondamental ».
Olivier Mouysset

LMD
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www.lextenso.fr
ISBN 978-2-275-04761-4 35 € & TD
COURS - procedure penale-BAT.indd 1 30/08/16 11:24
PROCÉDURE PÉNALE

1er exercice
Dissertation : La preuve en matière pénale
Emmanuel Dreyer

La preuve en matière pénale consiste à démontrer l’existence d’un fait qui doit être impu-
table à son auteur, qui révèle son état d’esprit (intention et parfois imprudence ou négli-
gence) et le mode de participation à l’infraction constituée (action, coaction, complicité).
En principe, le droit ne se prouve pas : une présomption de connaissance de la loi
s’applique qu’il est difficile de combattre (erreur sur le droit). Le contenu de la loi étran-
gère servant à la définition de la condition préalable de certaines infractions est tout au
plus assimilé à un élément de fait qui doit être prouvé par celui qui l’invoque. L’hypothèse
est marginale et renforce l’idée selon laquelle l’objet de la preuve pénale tient exclusive-
ment aux faits largement entendus.
Or, la preuve du fait en question (entendu aussi bien comme une action qu’une abstention,
produisant éventuellement un résultat) incombe principalement au ministère public, car il
est demandeur à l’action publique, qui est l’action principale dans le cadre du procès
pénal. Sous cet aspect, il n’est donc pas dérogé à la règle actori incumbit probatio (la
preuve incombe au demandeur) qui a pour elle l’avantage de la logique et domine
l’ensemble du droit processuel. Elle se trouve tout au plus renforcée par un autre principe
essentiel en matière pénale : la présomption d’innocence. Tant que la preuve de la culpa-
bilité n’a pas été rapportée, la personne poursuivie ne peut être traitée comme si elle était
déjà coupable. Le doute doit lui profiter et, à ce titre, le plus d’égards possible lui sont dus,
nonobstant le souci de l’autorité de poursuite d’établir la vérité des faits.
Il s’agit là de principes constants, mais qui ne disent rien sur la façon dont les preuves
sont reçues devant la juridiction répressive. Malgré l’importance de la question, le Code
de procédure pénale ne contient pas de disposition générale à ce sujet. Tout au plus, il
se déduit d’un ensemble de dispositions éparses que la preuve est libre en matière
pénale et que le juge se détermine, après débat contradictoire, selon son intime convic-
tion. Évoquons à la suite ces deux points.

I. La liberté de la preuve en matière pénale


Dire que la preuve est libre signifie que la loi n’introduit pas de hiérarchie entre les diffé-
rents modes de preuve, en écartant les uns et exigeant les autres. En d’autres termes,
une infraction peut être prouvée par tout moyen alors que, dans un système de preuve
légale, seuls certains moyens de preuve sont recevables et lient, parfois, le juge quant
aux conséquences à en tirer. Dans un système gouverné par la liberté de la preuve, le
juge peut donc se déterminer sur la base d’indices, témoignages prêtés sous serment et
dépositions, écrits, rapports d’expertise, etc. Il apprécie la force probante de chacun d’eux
sans être lié par l’importance que la loi leur attache. Ainsi, l’aveu de la personne pour-
suivie n’est-il qu’une preuve parmi d’autres (CPP, art. 428). À lui seul, il ne saurait déter-
miner la conviction du juge. En pratique, sa crédibilité suppose qu’il soit corroboré par
d’autres éléments.

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Travaux dirigés

Le droit français a clairement opté pour cette liberté de la preuve en matière de crimes et
délits. Cela résulte de l’article 353 du Code de procédure pénale faisant obligation au
président de la cour d’assises de rappeler aux jurés que la loi « ne leur prescrit pas de
règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance
d’une preuve » et de l’article 427, alinéa 1 du même code disposant, en matière correction-
nelle, que « les infractions peuvent être établies par tout moyen de preuve ».
Toutefois, ces moyens de preuve ne pourront avoir été collectés de n’importe quelle
manière. L’absence de preuve légale ne signifie pas que la preuve de l’infraction peut
être rapportée sans garantie : elle doit être loyale et respectueuse des droits d’autrui.

A. Une preuve respectueuse du principe de loyauté


De nombreuses règles de procédure pénale encadrent la façon dont l’enquête puis l’ins-
truction peuvent être menées. Pour préserver les libertés et droits les plus essentiels, la
garde à vue, les perquisitions et saisies, ainsi que les écoutes téléphoniques obéissent
ainsi à des conditions très strictes. Mais cette réglementation minutieuse n’empêche pas
la Haute juridiction de considérer qu’une preuve doit être écartée quand l’autorité de pour-
suite l’a obtenue par fraude ou au moyen d’un stratagème qui a déterminé l’infraction :
elle est, en toute hypothèse, tenue à une obligation de loyauté dans la recherche de la
vérité. La même exigence ne s’applique pas aux parties privées. Une distinction s’impose
donc.

1. La preuve rapportée par l’autorité de poursuite


Par l’autorité de poursuite, la preuve doit être recueillie de manière passive : l’infraction
ne doit pas avoir été provoquée aux seuls fins d’en démontrer l’existence. Il y a provoca-
tion si l’infraction n’avait pas été commise sans l’action du policier qui la constate. Dans
une telle hypothèse, elle ne peut être reprochée à son auteur et les procès-verbaux
établis à cette occasion méritent d’être annulés. Le principe est entendu largement :
« porte atteinte au principe de loyauté des preuves et au droit à un procès équitable, la provo-
cation à la commission d’une infraction par un agent public, fût-elle réalisée à l’étranger par
un agent public étranger, ou par son intermédiaire », sachant « que la déloyauté d’un tel
procédé rend irrecevables en justice les éléments de preuve ainsi obtenus » (Cass. crim.,
7 févr. 2007 : Bull. crim., nº 37). Sont le plus souvent en cause les agissements d’officiers
de police judiciaire sous le contrôle d’un procureur de la République au cours d’une
enquête. Mais la même exigence s’impose à ces agents intervenant sur commission roga-
toire d’un juge d’instruction.
La difficulté en la matière tient au fait que, pour autant, on ne peut écarter toute preuve
d’une infraction à laquelle un policier aurait participé dès lors qu’il ne l’a pas suscitée.
Ainsi, le seul fait d’avoir utilisé un faux nom ne saurait être reproché à un officier de
police judiciaire, qui s’est fait passer auprès d’un receleur pour un acheteur potentiel de
marchandises volées22. Pour autant, la distinction entre provocation (déloyale) à l’infraction
et provocation (légitime) à la preuve s’avère délicate. Il en va notamment ainsi à l’occasion
d’opérations d’infiltration. L’infiltration est l’une des rares techniques permettant à la

22. Cass. crim., 15 déc. 2015, nº 14-87935, Bull. crim., à paraître ; Gaz. Pal., 26 avr. 2016, p. 66, obs. F. FOURMENT.

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PROCÉDURE PÉNALE

police de démanteler des réseaux très fermés. La jurisprudence admet qu’en l’absence de
toute autre « machination », le procès-verbal dressé par le policier qui relate les infractions
auxquels il a pris part peut servir de preuve à l’encontre de ses coauteurs ou complices.
La solution a été consacrée par le législateur, s’agissant du trafic de produits stupéfiants,
à l’article 706-32 du Code de procédure pénale. Ce texte fixe néanmoins une limite infran-
chissable : « les actes autorisés ne peuvent constituer une incitation à commettre une infrac-
tion ». La même solution a été consacrée à l’article 706-81 précisant les objectifs d’une
infiltration policière en matière criminalité organisée. Il est désormais possible de provo-
quer à la preuve mais toujours pas à l’infraction.

2. La preuve rapportée par les parties privées


La même exigence ne s’impose pas aux parties privées. Depuis le début des années 1990,
la Haute juridiction considère « qu’aucune disposition légale ne permet aux juges répressifs
d’écarter les moyens de preuve produits par les parties au seul motif qu’ils auraient été
obtenus de façon illicite ou déloyale ; qu’il leur appartient seulement, en application de
l’article 427 du Code de procédure pénale, d’en apprécier la valeur probante » (Cass. crim.,
15 juin 1993 : Bull. crim., nº 210). Elle ajoute parfois qu’il ne s’agit pas là d’actes ou de
pièces de l’information judiciaire pouvant être « annulés » (Cass. crim., 27 nov. 2013 :
Bull. crim., nº 238).
Ainsi, la Cour de cassation a-t-elle admis qu’une société exploitant un supermarché peut
placer une caméra de surveillance dans une bouche d’aération afin d’établir la preuve de
vols commis par certains de ses salariés (Cass. crim., 23 juill. 1992 : Bull. crim., nº 274).
Elle a admis de même qu’un individu accusé de violences peut enregistrer les propos du
témoin qui l’accable reconnaissant au téléphone avoir fait une fausse attestation
(Cass. crim., 31 janv. 2007 : Bull. crim., nº 108). En 2003, la Haute juridiction est même
allée jusqu’à admettre qu’une partie privée – en l’occurrence une association – pouvait
recourir au testing, qui équivaut pourtant à une provocation à l’infraction. La solution est
désormais consacrée à l’article 225-3-1 du Code pénal. À l’égard des éléments de preuve
produits par les parties, seul le principe du contradictoire, découlant du respect des droits
de la défense, doit donc être respecté. Il appartient au juge de faire sa religion sur les
éléments de preuve librement débattus (CPP, art. 427, al. 2).
Mais la recherche des preuves par l’autorité de poursuite ou le juge d’instruction ne doit
pas seulement être loyale. Elle doit aussi respecter les droits d’autrui.

B. Une preuve respectueuse des droits d’autrui


Même lorsque la vérité est recherchée de façon loyale, dans un cadre légal, des précau-
tions doivent être prises. La recherche des preuves peut connaître deux types de restric-
tions : les unes sont relatives et tiennent à la protection de certains secrets, les autres
sont absolues en ce qu’elles concernent la dignité d’autrui.

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Travaux dirigés

1. Les restrictions découlant d’un droit au secret


Le droit au respect de la vie privée est de nature à restreindre considérablement les
investigations qui ne peuvent s’exercer en dehors d’un cadre légal strict en respectant
une exigence de proportionnalité.
C’est ainsi que la France a été condamnée à Strasbourg à une époque où les écoutes
téléphoniques étaient décidées sur la base d’une simple pratique judiciaire qui ne présen-
tait pas de garanties suffisantes au regard de l’exigence de légalité formulée à l’article 8
§ 2 de la Convention (CEDH, 24 avr. 1990, Kruslin c/France, § 36). Elles font désormais
l’objet d’un régime détaillé aux articles 100 et suivants du Code de procédure pénale qui
inclut un contrôle de leur nécessité par l’autorité judiciaire.
L’obligation de secret professionnel peut également être comprise comme générant un
droit au secret au profit de la personne qui s’est confiée. À ce titre, les professionnels
tenus au secret ne sont pas obligés de contribuer à la manifestation de la vérité : ils sont
tenus de comparaître mais ne peuvent être contraints de déposer (CPP, art. 109).
Par ailleurs, le secret professionnel peut également faire obstacle à l’utilisation de
certaines techniques d’enquête : la correspondance entre un avocat et son client ne peut
être saisie lors d’une perquisition au cabinet du premier, sauf s’il s’agit d’établir sa parti-
cipation personnelle aux faits reprochés. Afin de limiter le risque d’atteinte au secret
professionnel lors d’une perquisition au cabinet d’un avocat, le Code de procédure pénale
a mis en place une procédure particulière : l’opération doit se dérouler en présence du
bâtonnier ou de son délégué qui peut s’opposer à la saisie d’un document alors placé
sous scellés et transmis au juge des libertés et de la détention qui statue dans les cinq
jours sur la contestation (CPP, art. 56-1).
Ces solutions ont été indirectement étendues aux journalistes qui, sans être tenus au
secret professionnel, peuvent protéger leurs sources (CPP, art. 56-2).

2. Les restrictions découlant du respect de la dignité


Enfin, l’article préliminaire du Code de procédure pénale dispose que les mesures de
contraintes déployées au stade de l’enquête ou de la poursuite ne doivent pas « porter
atteinte à la dignité de la personne » (III, al. 4). La même solution est acquise en droit euro-
péen sur le fondement de l’article 3 de la Convention : aucune conséquence juridique ne
peut être tirée d’aveux obtenus à la suite d’un traitement inhumain ou dégradant (CEDH,
Gde ch., 1er juin 2010, Gäfgen c/Allemagne, § 168).
En toute hypothèse, le droit au procès équitable serait atteint si des preuves obtenues
sous la torture étaient déclarées recevables et servaient de fondement à une condamna-
tion (CEDH, 17 janv. 2012, Othman c/Royaume-Uni, § 267).
La preuve est donc libre en matière pénale mais elle ne peut être rapportée à n’importe
quel prix. Cette liberté dans l’administration de la preuve a pour contrepartie une liberté
tout aussi grande dans l’appréciation des éléments produits par les juges du fond.

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PROCÉDURE PÉNALE

II. L’appréciation de la preuve en matière pénale


Selon le premier alinéa de l’article 427 du Code de procédure pénale : « hors les cas où la
loi en dispose autrement, les infractions peuvent être établies par tout mode de preuve et le
juge décide d’après son intime conviction ». Le recours à l’intime conviction du juge est
ainsi une conséquence du choix législatif d’une preuve libre. Cependant, l’article 427
ajoute dans un second alinéa que « le juge ne peut fonder sa décision que sur des preuves
qui lui sont apportées au cours des débats et contradictoirement discutées devant lui ». En
d’autres termes, la libre appréciation des preuves par le juge est subordonnée au fait
que celles-ci ont pu être débattues devant lui.

A. La contradiction préalable
Le respect du contradictoire est une exigence qui s’impose à tous les stades de la procé-
dure : l’article préliminaire du Code de procédure pénale lui reconnaît une portée générale
(I, al. 1). Il joue un rôle essentiel s’agissant des preuves produites. À ce titre, le Conseil
constitutionnel lui a donné une portée supérieure en jugeant que « le principe du contradic-
toire et le respect des droits de la défense impliquent en particulier qu’une personne mise en
cause devant une juridiction répressive ait été mise en mesure, par elle-même ou par son
avocat, de contester les conditions dans lesquelles ont été recueillis les éléments de preuve
qui fondent sa mise en cause »23. De la même façon, la juridiction de Strasbourg considère
que « les éléments de preuve doivent en principe être produits devant l’accusé en audience
publique, en vue d’un débat contradictoire » (CEDH, 14 juin 2005, Mayali c/France, § 31). Elle
élargit ainsi un principe spécialement énoncé à l’article 6 § 3 d) de la Convention euro-
péenne des droits de l’homme en vertu duquel tout accusé a notamment droit à interroger
ou faire interroger les témoins à charge. Il ne peut donc être condamné sur la base des
déclarations d’un témoin auquel il n’aurait pas été confronté.
Il s’ensuit que la décision du juge ne peut être fondée sur des éléments qui ne figurent
pas au dossier de la procédure, soit parce qu’il en aurait eu une connaissance person-
nelle, soit parce qu’ils seraient de notoriété publique. Il s’ensuit également que les
parties sont tenues de communiquer les unes aux autres les éléments de preuve
qu’elles invoquent. Elles ne sont pas tenues de le faire avant l’audience de jugement
mais doivent le faire au plus tard à ce moment et un renvoi peut éventuellement être
demandé pour faciliter leur examen.
Sous cette réserve, le juge apprécie librement les preuves produites : il se détermine
selon son intime conviction.

B. L’intime conviction
L’intime conviction est érigée en principe dans la procédure pénale française, mais quel-
ques exceptions sont à relever.

23. Cons. const., déc. nº 2014-693 DC du 25 mars 2014, Géolocalisation, cons. 11.

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Travaux dirigés

1. Le recours à l’intime conviction


Cette référence à l’intime conviction ne signifie pas que la décision est rendue de façon
irrationnelle ou que le juge n’a pas à s’en justifier. Il est au contraire tenu d’expliciter son
raisonnement, soit à travers une motivation détaillée (déclaration de culpabilité en matière
correctionnelle ou de police), soit à travers les réponses qu’il apporte à une liste précise
de questions couvrant l’objet de la poursuite et, désormais, la feuille de motivation qui les
complète (en matière criminelle). En toute matière, il doit être possible de comprendre les
raisons qui ont déterminé la décision rendue sur l’innocence ou la culpabilité.
La référence à l’intime conviction du juge signifie tout au plus qu’il apprécie librement les
éléments de preuve qui lui sont soumis. Le contraire de l’intime conviction n’est donc pas
l’arbitraire, mais le système des preuves légales encadrant l’appréciation du juge. En prin-
cipe, il n’y a pas d’éléments de preuve plus importants les uns que les autres qui pour-
raient lier le juge dans son appréciation de la culpabilité de la personne poursuivie.

2. Les limites de l’intime conviction


La règle ne connaît d’exception que dans les hypothèses où une preuve légale est requise.
Il en va ainsi lorsque la condition préalable de l’infraction doit être établie selon des moda-
lités particulières : le contrat, en vertu duquel une remise doit être intervenue avant qu’un
détournement, caractéristique de l’abus de confiance (C. pén., art. 314-1), puisse être
établi, doit répondre aux exigences de l’article 1341 du Code civil.
En matière de police, la preuve des contraventions est également soumise à des règles
spécifiques. Ainsi, les procès-verbaux ou rapports établis par les agents ou officiers de
police judiciaires valent jusqu’à preuve du contraire (CPP, art. 537, al. 2). Mais seule une
preuve par écrit ou, à défaut, par témoins, est alors nécessaire : peu importe l’incohérence
des termes, ou le flou, du procès-verbal en cause. Une simple attestation ne suffit donc
pas pour en contester les termes. Il en va a fortiori de même pour l’aveu ou les dénéga-
tions du prévenu.
Enfin, certains procès-verbaux font foi jusqu’à inscription de faux. Cela signifie qu’ils ne
peuvent être contredits tant que leur auteur n’a pas été déclaré coupable de faux. Il en
va notamment ainsi pour les procès-verbaux établis par deux agents des douanes s’agis-
sant des « constatations matérielles qu’ils relatent » (C. douanes, art. 336, 1º). Leur contenu
lie le juge, même en présence d’une preuve contraire dès lors qu’il n’est pas établi qu’il y
a eu falsification (CPP, art. 642 et s.). Il s’agit soit d’éviter des discussions oiseuses dans
des contentieux de masse, soit de simplifier le travail des enquêteurs à l’égard d’infrac-
tions clandestines difficiles à établir.

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dans un souci, non seulement d’individualisation, mais aussi d’efficacité.
Néanmoins, la procédure pénale reste une discipline centrale. Sans elle, il n’y
aurait pas de droit pénal : elle permet sa mise en œuvre. Elle doit être maîtrisée par
l’accusation et donne les meilleurs arguments à la défense. C’est elle qui donne au
procès pénal son allure si médiatique mais aussi des traits de caractère irréductibles

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systématiquement partis des principes issus du droit à un procès équitable avant

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d’aborder dans le détail une réglementation qui tire sa légitimité de sa précision.
Les exigences constitutionnelles et européennes sont constamment rappelées.
Les illustrations jurisprudentielles les plus récentes ont été privilégiées.
Olivier Mouysset est à l’origine des développements consacrés aux principes
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Emmanuel Dreyer a rédigé les chapitres consacrés à l’action civile, à l’instruction

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L’ouvrage est à jour de la loi n° 2016-731 du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre
le crime organisé, le terrorisme et leur financement et améliorant l’efficacité et les
garanties de la procédure pénale. À ce titre, il s’avère indispensable à l’étudiant
qui découvre la matière comme à celui qui, préparant un examen ou un concours,
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essentiels leur offriront, en toute hypothèse, un surcroît de compétence.

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Agrégé des facultés de droit, Emmanuel Dreyer est professeur à l’École de droit de Emmanuel Dreyer
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