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DISCOURS

SUR LE SECRET
DE LA
FRANC-MAÇONNERIE
PAR
MGR AMAND - JOSEPH FAVA
ÉVÊQUE DE GRENOBLE
DISCOURS
S UR LE SECRET

DE LA

FRANC-MACONNERIE
PAR

M gr A m a k d - J oseph FAVA

KVEQUE DE GRENOBLE

LIBRAIRIE H. OUDIN, EDITEUR

PARIS POITIERS
5 I, RUE BONAPARTE; 5 I 4 , RUE DE l ’ePERON, 4

i8S2
DISCOURS

SUR LE

SECRET DE LA FRANC-MACONNERIE
TABLE

ANALYSE DU DISCOURS.

Pages.
E x o r d e ..................................................................................................... I

II cxiste une Societe appelee la Franc-Ma^on-


ncric. — C'est une Societe secrete, mais pas
inconnue. — E lle n’est pasaussi ancienne qu’on
l'a dit. — Elle est etrangere aux Templiers. —
La Charte de Cologne de 1 535 l’annonce. —
Vicence, en Jtalie, est sonberceau.................... i
D i v i s i o n du d i s c o u r s . — L a prem iere partie prou-
vera que le secret de la Franc-Mafonnerie ,
fondee par flauste Socin, a pour but de detruire
le Christianisme et de le rcmplaccr par le Ra-
tionalisme. — Sommaire de cette i r# partie. 5
La seconds partie du discours exposera ce
q u ’il faut penser du projet de la Franc-Mafon-
nerie. — Sommaire de cette seconde partie. 7

I™ P A R T I E .

Ce qui concerne : Fauste Socin.................................... g


C r o m w e l l.......................................... 23
Ashmole. — Temoignage du F.*.
m afon Ragon. . . . . . . 32
Table.

Ce qui concernc la Doctrine des loges. — E n c y c l i -


ques de Papes................................ 37
Voltaire............................................... 38
Adam W e ish a u p t.......................... 4O
Convent de Wilhemsbad. . . . 48

Ma«;onncrie cn Italic. — Cagliostro................................ 53


Jugement de John Robison sur la Mafonnerie. . , 67
L c franc-ma?on Napoleon I « ......................................... 68

Ma<;onncrie en Espagne et cn Portugal.................... ..... 73


D ’Aranda.......................................................... 78
Pombal............................................................. 81
ChoiseuI.......................................................... 85
T annucci......................................................... 87
Jugement de M. Louis Blanc sur le role
des inafons dans la Revolution fran-
<;aisc dc I 7 y 3 .............................................. 88
Paroles de Lamartine sur la meine ques­
tion................................................................ yo
Congres de Vcronc. — Temoignage du
comte dc Haugwitz sur la Franc -
mav'onnerie.................................................. g2
Carbonari.................... ................................... 96
Haute-Vcnte................................................... 98
Unc page de Rohrbacher sur la Mafon-
neric. . . . ......................................... 99
Mazzini............................................................. 100
Parole et systeme de Ricciardi, conseii-
lant d’eviter la persecution sanglantc. io3
Nubius, chef dc la Haute-Vcnte. . . . 104
Louis-Philippe...............................................i o 5
Gregoire X V I ................................................. 106
Pie I X .......................... .................................... 108
Leon XIII......................................................... 113
Grande-Loge symboliquc ecossaise. —
Kxtrait...........................................................1 1 5
T able .
II' P A R T I E .

Que faut-il penser du projet formé par la


Franc-Ma^onnerie de détruireleChristianisme
ct de le remplacer par le Rationalisme ? . . 123
I. Ce projet n'est pas nouveau. — Diverses atta-
ques jusqu’au xiie siécle contre le Chris-
tianisme................................................................... 123
Epidemie de paganismo, au x m e. — Averroes. 12 g
Saint Th om as. — Pétrarque............................... 1 33
Marsile Ficin.......................... ................................... i 38
Platina......................................................................... 140
Appreciation de César Cantu sur ce su jet. . . 141
Machiavel et G u ich a r d in ................................... 142
II. Quel sera le sort de ce p r o j e t ? ..........................14 7
IH. C e projet est cnnemi de la liberté religieuse. 154
Ce qu'il fautentendre par Liberté de conscience. i 58
Liberté politique..................................................... 167
IV. Ce pro jet est contraire aux bonnes moeurs. . 169
V. II est antisocial.......................................................... 176
VI. Antifranfais................................................................. 187
VII. Antihumanitaire et insensé.....................................192

CONCLUSIONS.

Nos craintes............................................................. 198


Nos esperances............................... ..... 2or
Nos résolutions........................................................ 2o 3

POITIERS. — T Y P O G R A P H I E OUDIN,
DISCOURS

SUR LE

SECRET DE LA FRANC-MAgONNERIE

L A F R A N C -M A G O N N E R I E

l y a de par le monde une société q


, s ^ p p e lle la Franc-Maconnerie . On a pu
discuter ju sq u ’ á nos jours sur son o ri­
gine et la ñn q u ’elle se propose, mais
il n’ est pas possible de nier son existence, puis-
que cette société se montre a tous les yeux, parle,
agit ets’aíHrme elle-méme, chezles divers peuples
de la terre.
E lle est dite : Société secrete, parce que ses
membres se réunissent secrétement, dans dea lo-
caux appelés loges, dont Tentrée est interdite aux
profanes , c ’est-á-dire á ceux qui ne sont pas
Le Secrct

francs-magons. L c u rs resolutions doivcnt demeu-


rcr ignorees du public, la loi du silence est im -
poséc a chaqué mcmbrc, sous la foi du plu s ter­
rible sermcnt et sous les peines les plus graves,
meme la mort, suivant la gravité du cas : m alheur
au franc-ma<;on o u b lieu x de son d e v o ir ! l li e n ne
saurait le soustraire á la punition de sa iautc.
T o u tefo is, si la Fran c-M ai;o n n crie est socicté
secrete, elle n'est pas inconmie.
Un hom m e peut d issim u le r ses pensees, v iv r c
seul et cacher le secret de sa vie intime, sans ce-
pendant dem eurer ignore de ses semblables, s^il
vit au m ilie u d ’eux.
De memo, la F ra n c -M a c o n n e rie a beau v o u lo ir
dérobcr a notre connaissancc ses assem blies, ses
decisions, son action et son b u t : on sait son ex is­
tence; les yeux attentifs la suivent dans les voies
oil elle marche, si tenébreuses soient-elles, et ses
actes révelent la tin qu'elle se propose, com m e les
fruits font connaitrc Tarbre.
CTest pourquoi Ton doit s'étonner de v o ir af-
firnier, par certains auteurs, que Toriginc de la
F ra n c -M a co n n e rie se perd dans la nuit des temps*
E v id em m en t, quund cette sociéte a existe', on Pa
vue, et l ’histoire, attentive á enregistrer les faits
de cette nature, a pris soin d’en parlcr. Un hom m e
seul, vivant parmi ses semblables, ne saurait passer
inapct\u : comment done une association tout
entiere pourrait-elle cchapper aux regards et á la
curiosité du monde ?
D ésircu x nous-meme de voir clair dans cette
De la Franc-Maconnerie. 3

question, nous avons interroge les siecles passes.


T a n d is qu e nous en redescendions Je cours, nous
avons rencontre maintes societes de masons con-
structeurs. II y en avait & la T o u r de B ab el, aux
Pyram ides, au T e m p le de Salom on, au second
T e m p le , et ailleurs.
N o u s en trouvames encore h. la solde de J u li e n
l'Apostat, qui vou lait rebatir le temple de J e r u ­
salem pour d o n n e ru n d e m e n ti ¿ l a p a r o l e d eJe su s-
Christ, annongant la ruine absolue de cet edifice.
P lu s tard, se presenterent & nous les architectes
et maqons, connus sous le nom de Logeurs dn
Bon Diea : c’ etaient encore des ouvriers con-
structeurs.
On a pretendu que le s T e m p lie r s avaient donne
le jour a la M a c o n n e rie ; ce qui est certain, c’ est
que l’ O rdre des T e m p lie r s fut aboli en i 3 i 2 , et
que tous ses membres se disperserent aussitot.
L ’histoire ne nous montre aucune association
forme'e de leurs debris, et plusieurs siecles s’ e-
coulent, apres leu r supplice ou leur fuite, sans
que la F ra n c-M a g o n n erie se montre.
L e prem ier docum ent historique qui nous la
s i g n a l e , sans a v o ir aucune liaison avec ledit
Ordre, est connu sous le titre de : Charte de Co·
logne, 1 535 .
E n lisant cette piece, dont l ’original se trouve
dans les archives de la mere-loge d’Am sterdam ,
avec d ix -n e u f signatures a la fin, ce qui n’ a pas
empeche les historiens de mettre a plusieurs re­
prises son authenticitc en question, on voit, au
4 L c S ec re t

p r e m i e r coup d ’ceil, q u ’clle est le fait de macons


qu i dogmatisaient et batissaient en metric temps.
Dis ons quo ccite societe a jclc dans le mondc
europeen Tidee de la F r a n c - M a c o n n e r i e , avec
scs trois grades i'ondamentaux, d'apprenti, de
c o m p a g n o n et de m a i t r e ; puis deux grades supe-
rieur s, et un chef s u p r e m e a qui tout obeit.
D ’aprcs cette Charte, cette association date d a
xv« siecle, car elle dit, dans un de ses considerants :
« R i e n ne nous i n d i q u c quc noire association ait
etc co nnu e avant 1 4 4 0 , apres la naissance du
Ch r i s t , sous d'auirc de n om ina ti on que celle des
F F . * . de J e a n ; c'cst alors, d ’apres ce q u ’ il nous a
paru, qu'cllc comme nga a prendre lc nom de
conl'raternite des Francs -Macons, specialement a
Valenciennes, en F l a n d r e , parce q u ’a cette epoque
o n c o m m e n ^ a paries soins e t l e s s e c o u r s des F F . * .
Mag.*, de cet ordrc a batir, dans q u elq ues parties
du H a i n a u t , des hospices po u r y gucirir les pau-
vres qui etaient alors attaques de Ti ni lammation
dartreuse dite : M ai de Saint-Antoine ».
E n outre, cette Ch ar te elle-meme nous p r ou v e
que Tassociation dont elle parle, n ’est pas celle
d ’a u jo u r d 'h u i . E11 elfet, celle-ci a po u r caractcre
special la haine contrc Jesus-Christ, tandis que
Tautre n'admettait dans son sein que deschreticns
p o u r membres ; tcm oin le considcrant s u i v a n t :
« Q u o i q u c en acccordant nos bienlaits, nous ne
d e v i o n s nullement nous in quiet er de r e lig io n , ni
dc patrie, il nous a cependant paru necessaire et
prudent de ne re cc voi r jusqu'a present dans
De la Franc-Macomierie. 5

notre ordre que ceux qui, dans le tnonde pro­


fane, ou noil eclairc, profcssent la R e lig io n chre-
tienne ».
Done, la Chartc de C ologne, qu’ellesoitauthen-
tique ou non, redigee p o u r le besoin de la cause
ou d'apres la verite, ne nous montre pas encore la
Franc-Ma<;onnerie, telle que nous la connaissons.
A partir de i 545, la question devient plus claire
et les documents historiques s’offrent nombreux
pour fixer detinitivement le berceau de la F ra n c-
Maqonnerie a Viccnce, pres Venise, en Italie.
Dans ce discours, adresse a nos lecteurs et d i­
vise en deux parties, nous prouverons : i° que le
secret de la Ma^onnerie, fondeepar F a u s te S o c in ,
consiste dans le projet con^u a Vicence, et deve-
loppe ensuite, de detruire le Christianism e et de
le rem placer par le R ationalism e.
A p re s avoir expose ce qui concerne le fonda-
teur de la secte maqonnique ou Socinienne, nous
p a r le ro n s d e C r o m w e ll, q u i r a a c c u e i l li e etcomme
naturalisee en A n g le te rre ; d^Ashmole, qui lui a
prete son intelligent et puissant appui dans ce
memc p a y s ; p u is d e V o lt a i r e ,q u i T a r e n d u e s i puis-
sante en F ra n c e , de concert avec les philosophes,
ses admirateurs et ses esclaves. E n A llem agne,
nous etudierons A d a m W eishaupt, fondateur de
r i l l u m i n i s m e allem and, sectaire sans egal et le
plus profond de tous les conspirateurs, dit
M . L o u i s Blanc. N o u s su ivro n sa lo rs la Ma<;on-
nerie en Italie, ou naquit et mourut le fameux
C a g lio stro , auteur du rite de Misraim , ou rite
6 Le Secret

egyptien, personnage sin g u lie r et bateleur de


haute ecolc, qui fascina l ’ E u r o p e entiere. N o u s
passerons de lä cn E sp a g n c , en P o r tu g a l, a N a ­
ples, oti les d’A ra n d a , les P o m b a l, les T a n n u c c i,
u n is ä C h o iseu l, cxccutcnt sur la C o m p a g n ie de
Je s u s les cruels dccrcts des logcs ma<;onniques,
et, partout, nous constatcrons que le secret d e l a
M agonnerie consiste dans le projet de ru in e r ab-
solum cnt le Regne de J e s u s - C h r is t su r la terre,
de detruirc le C h r is tia n ism e ju s q u ’ ä sa racine,
po u r mettre a sa place le rationalism e, qu i trioni-
phera, un jour, en F ra n c e , sous le norn de : deesse
Raison .
C e triomphe, nous le contemplerons dans la
grande R e v o lu tio n fran^aise, preparee pendant
cinquante ans par V oltaire et ses amis, qui allu-
merent en E uro pe un incendie dont la flamme se
propagea dans le m onde entier.
A p re s la chute du mai;on Napoleon I er, aban-
donne et trahi par les loges, qui sVitaient servi de
lu i pour avanccr plus vite et plus sürement leur
oeuvre, nous suivrons la M a^onnene, en France,
sous L o u is -P h ilip p e , la R e p u b liq u e de 1848 et
P E m p ir e . Partout nous la retrouverons avec son
caractere anlichrctien , chez nous comme ä Pe­
tranger. Si nous pouvions en douter, la parole
des Pontifes romains, P ie I X et Leon X I I I , nous
Paffirmerait, avec une autorite toujours respectee
des catholiqucs, mais malheureusement peu com­
prise et pas assez obeie.
De la Franc-Maconnerie, 7

T e l l e sera, en resume, la premiere partie de ce


petit travail.
Dans la seconde, r nous mcntrerons que le pro­
jet de d é tru ire le C h ristianism e n’est pas nouveau,
et q u ’ il a été congu aussitót apres la naissancc de
Jé su s-C h rist. Aprés avo ir dit rapidement les essais
tentés dans ce but, nous parlerons de Vépidémie
de paganismo qui s’abattit sur l ’E u r o p e au xn*
siécle, penetra profondément la société chré-
tienne au x siécles suivants, inspira Socin, fon-
dateur de Therésie magonnique, avec laquelle
elle s’est perpétuée ju s q u ’á nos j o u r s ; 20 nous
m ontrerons le sort reservé á cette e r r e u r ; 3 ft nous
pro uvero ns que le projet de la Magonnerie est
hostile a la liberté religieuse, improprement ap-
pelde : Liberté de conscience; 40 contraire aux
bonnes m o e u r s; 5o antisocial; 6o antifrangais;
7 0 enfin, antihumanitaire et insensé.
N o u s ajouterons a cette étude quelques co n clu ­
sions ou nous ind iqu erons nos craintes, nos es­
perances et quelques resolutions a prendre.
C e travail n’ a point été fait en haine des francs-
magons,fréres égarés que Dieu nous ordonne d’ai-
m er et que nous aim ons, mais par am our de la
vérité et aversion de l’ erreur : Cehti qui aime
Dieu , dit P E critu re, doit hair le mal.
P lu s ie u r s fois déjá nous avons parlé de la
F ran c-M ago n n erie : dans ce petit volu m e, nous
avons v o u lu résum er la question, en y ajoutant
des apergus nouveaux, de maniere á mettre entre
les m ains de tous ceux qui savent lire, une syn-
8 Le Secret de la Franc-Maqonnerie

thése doctrínale de la Ma^onnerie, si pcu connue,


méme de ses adeptos, a écrit lui-mctnc rillu s tre
mac;on R agon .
Q u ’ il plaisc á D ic u de bénir ccs pages rapides
et au x lecteurs de les bien a c c u e i l l i r !
P R E M IE R E P A R T IE

LE SECRET DE LA KRANC-MAf.ONNERlE
>
CONSISTE A

V O U L O IR D É T R U I R E L E C H RISTI ANISME P O U R LE REM-

P L A C E R PAR L E R AT I ON AL 1SM E .

Fauste Socin , fondateur de la Franc-Maconnerie.

auste So cin naquit á Sienne , en 1 53 g . II


F appartient á la fam ille des S o ^ in i — S o c in s —
qui a donné le jo u r aux plus grands hérésiarques
de 1"*I tali e .
cc Fauste Socin , dit Feller, fut gate de bonne
heure, ainsi que p lusieurs de ses parents, par les
lettres de son oncle, Loelius Socin, auteur de la
secte Socinienne, on, si Ton veut, restaurateur de
la secte Arienne. P o u r éviter les poursuites de
r in q u i s i t io n , il se retira en France : nouvelle
prcuve que c’ est á ce tribunal que H t a lie et l ’E s -
pagne doivent la tranquillité dont eiles ont joui,
tandis que l ’état politique et religieux du reste de
T E u ro p e était ébranlé par les nouvelles sectes.
« L o rsq u 'il était á L y o n , iVétant agé que de
vingt ans, il apprit la mort de son oncle et alia
recueillir ses papiers á Zurich. »
Que renfermaient ces papiers ?
F e ller nous le dit a Particle qu’il consacre dans
son Dictionnairehistorique a Socin L é lie : « Gelui-
10 Le Secret

ci assista a une conference tenue ä Vicence, en


i 547, oil la destruction du C h ristia n ism e fut re-
s o l u e ; il conccntra scs efforts ä ren ou veler l’A r i a -
nisme et ä saper la religion par ses fondcments,
en attaquant la T r i n i t e et r in c a r n a t io n . »
Le meine auteur, en parlant d'Ochin, qui avait
aussi assiste ä ladite conference, s’exprim e dans
les termes suivants : « Dans cette assemblee de
Vicence, on convint des m oyens d ed etru ire la r e li­
g io n de Jesu s-C h rist, en formant une societe qui,
par ses succes progressifs, amena, a la fi n d u x v m ®
s ie d e , u n eap o stasie presque generale. L o rsq u e la
R e p u b liq u c de Venise, informee de cette co n ju ra­
tion, fit saisir J u l e s T r e v i s a n et Fra n g o is de R u g o ,
qu i furent etouffes, Ochin sesau va avec les autres :
la societe ainsi dispersee ne devint que plus dan­
gereuse, et c'est eile que Von connäit aujourd'hui
sous le nom de Francs-Macons . » V o ir le Voile
leve', etc. (E d itio n de 1 8 2 1 - L y o n ) .
L 'a u tc u r de cet o uvrage est Pabbe Lefranc,
to m b e so u s lahache des assassins a Paris, le 2 sep-
tembre 17 9 2 . V oici ce q u ’il dit dans l ’ouvrage
precitc, le Voile lave pour les curieux , ou histoire
de la Franc-Maconnerie, depuisson originejusqiCä
nosjours : « Vicence fut le bcrceau de la M agon-
n erie en 1546. C e fut dans la societe des athees
et des deistes, qui s’y etaient assembles pour con-
ferer ensemble sur les matieres de la R e lig io n ,
qui divisaient PA llem agne en un grand nombre
de sectes et de partis, que furent jetes les fonde-
ments de la M agonneric; ce fut dans cetteacademie
De la Franc-Maconnerie. II

celebre que Ton regarda les difficultés qui con-


cernaient les mystéres de la religión chrétienne
comme des points de doctrine qui appartenaient á
la philosophie des Grecs et n o n á la foi.
« Ges decisions ne furent pasplus tót parvenúes á
la connaissance de la R ép ub liqu e de Venise qu 'elle
en fit pou rsuivre les auteurs avec la plus grande
sévérité. On arreta J u l e s T révisan et Francois
de R u g o , qui furent étouffés. Bern ardin , Ochin,
Lcclius S o c in , Péruta, Gentilis, Ja cq u es Ghiari,
F ra n g o is L e n o ir, D a riu s Socin, A H cas, l’abbé
L é o n a rd se dispersérent oú ils p u r e n t ; et cette
dispersion fut une des causes qui contribuérent á
répandre leur doctrine en différents endroits de
T E u ro p e. Loelius So cin , apréss'étre fait un nom
fa m e u x parmi les principaux chefs des hérétiques
qu i mettaient l ’A llem agn e en feu , mourut á
Z u ric h , avec la reputation d’a vo ir attaqué le plus
fortement la v erite d u mystére d éla S a in te T rin ité ,
de celui de r in c a r n a tio n , Texistence du peché
originel et la nécessité de la gráce de Jésus-
C h rist.
« Loelius So cin — q u ’on nous permette de le
redire — laissa dans Fauste Socin, son neveu, un
defenseur habile d e s e s opinions; et c’est á ses
talents,a sa science,á son activité infatigable et á la
protection des princes qu’ il sut mettre dans son
parti, que la F ra n c -M a c o n n e rie doit son origine,
ses premiers établissements et la collection des
principes qui sont la base de sa doctrine.
« Fauste Socin trouva beaucoup d’opposition
L e S e c re t

á vaincre pour faire adopter sa doctrine parmi Ies


sectaircs de PA llem agne ; mais son caractére sou-
pie, son eloquence, ses ressources, et surtout le
b u t q u ’ il manifestait de declarer la gu e rre a P E g lis e
rom ainc el de la détruire, lui attirerent beaucoup
de partisans. Ses succes furent si rapides, que,
qu o iq ue L u th er et C a lv in eussent attaqué P E g li s e
rom aine avec la violence la plus outrée, Socin les
surpassa de beaucoup. On a mis pour e'pitaphe
su r son tombeau, á L u c la v ie , ces deux vers ;

Tota licct Babylon destmxit teda Lutherus,


Muros Calvinus, sed fundamenta Socinus .

qui signifient que, si Lu th er avail détruit le toit


de PEgÜse catholique, designee sous le nom de
Bab ylon e, si C a lvin en avait renversé les murs,
Socin pouvait se gloritier d’en avo ir arraché jus-
q u ’aux fondements. Les prouesses de ces sectaires
contre P E g lis e romaine étaient representées dans
des caricatures aussi indecentes que glorieuses á
chaqué parti; car il est a rem arquer que P A llem a-
gne était remplie de gravures de toutes especes,
dans lesquelles chaqué partí se disputait la gloire
d’a vo ir fait plus de mal á P E g lise.
a Mais il est certain q u ’a u c u n d e s sectaires ne
con^u tu n plan aussi vaste, aussi impie, que ce-
lui que forma Socin contre P E g lise ; non se u le­
nient il chercha a renverser et a détruire, il en-
treprit, de plus, d ’élever un nouveau temple ,
d a n s le q u e l il se proposa de faire entrer tous les
De la F ran c-M a co n nerie . i3

scctaires, en réunissant tous les partis, en ad-


mettant toutes les erre u rs, en faisant un tout
monstrueux de principes contradictoires; car il
sacrifia tout á la ^loire de reunir toutes les sectes,
pour fonder une nouvelle église á la place de celle
de Jésu s-Christ, q u il se fa isait un point capital
de renverser , a tin de retrancher la foi des mysté-
res, l ’usage des sacrements, les terreurs d’ une
autre vie, si accablantes pour les méchants.
« Ge grand projet de batir un nouveau temple,
de fonder une n o u v e lle religion, a donné lie u a u x
disciples de S o c i n d e s’armer de tabliers, de mar-
teaux, d'équerres, d ’aplombs, de truelles,de plan­
ches á tracer, córame s’ ils avaient envíe d’en faire
usage dans la batisse du nouveau temple que leur
chef avait projeté; mais, dans la vérite, ce ne sont
que des bijoux, des ornements qui servent de pa-
r u r e , plutót que des instruments utiles pour
batir.
« Sous Tidée d ’un nouveau temple , il faut
entendre un nouveau systéme de religion congu
par Socin , et á Texécution duquel tous les
sectateurs promettent de s’ employer. C e systéme
ne ressemble en rien au plan de la religion catho-
liquc, établie par Jésus-Christ ; il y est méme
diamétralement opposé, et toutes les parties ne
tendent qu'á jeter du ridicule sur les dogmeset les
vcritcs professées dans TEglise qui ne s'accor-
dent pas avec T orgueil de la raison et de la co r­
ruption du coeur. C e fut Fuñique moyen que
trouva Socin p o u r reunir toutes les sectes qui s’é-
i4 Le Secret

taient formees dans l ’A l l e m a g n e ; et c’est le secret


qu 'cm ploient a u jo u rd ’hui les francs-m a^ons p o u r
peupler leurs loges des homines de toutes les
religions, de tous les partis et de tous les sys-
temcs.
« I Is suivent exactement le plan que s ’etait
prcscrit S o c in de s’associer les savants, les p h ilo -
sophcs, les deistes, les riches, les hom m es, en
un mot, capables de soutenir leur societe, par
toutes les rcssources qui sont en leur p o u v o ir ;
ils gardent au dehors le plus grand secret sur
leurs mysteres : sem blablcs A So cin , qui apprit par
experience combien il devait user de menage-
ments p o u r reussir dans son entreprise. L e bruit
de ses opinions le for^a de quitter la Suisse en
1 579, pour passer en T r a n s y lv a n i e , et de 1^ en
Pologne. G e fut dans ce r o y a u m e q u ’il tro u va les
sectes des T rin ita ire s et des Antitrinitaires, di­
visees entre elles. E n chet habile, il commen^a par
sMnsinuer adroitemcnt dans l ’esprit de tous ceux
q u ’ il voulait g a g n e r; il aifecta une estime egale
pour toutes les sectes; il app rou va hautement les
entreprises de Lu th er et de G a lv in contre la G o u r
romaine ; il ajouta m£me q u ’ ils n’avaient pas mis
la derniere main a la destruction de B a b y lo n c ,
q u ’ il fallaiten arracher les fondements p o u rb a tir,
sur ses ruines, le temple veritable.
« Sa conduite repondit a ses projets. A tin que son
ouvrage avan^at sans obstacle, il prescrivit un s i­
lence pro fond sur son entreprise : comme les
francs-ma<;ons le prescrivent dans leurs loges, en
De la F ranc-M aconnerie . i5

matiere de religion, afin de n’eprouver aucune


contradiction sur Pexplication des symboles re-
ligieux dont leurs loges sont pleines; et ils font
faire serment de ne jamais parier, devant les pro­
fanes, de ce qui se passe en löge, afin de ne pas
divu lgu er une doctrine q u i n e p e u t s e perpetuer
que sous un voile mysterieux. P o u r lier plus
etroitement ensemble ses sectateurs, Socin voulut
qu’ ils se traitassent de freres, et quMls en eussent
les sentiments. De lä sont venus les noms que les
Sociniens ont portes successivement de F reres -
Unis, de Freres-polonais , de Freres-M oraves,
de F r ey-M aurur > de Freres de la Congregation ,
de Free-M u rer , de Freys-M acons , de F re e -
Macons.Entre e u x ,ils se traitenttoujours de freres
et ont, les uns pour les autres, Tamitie la plus d e ­
monstrative.
« Socin tira un grand avantage de la reunion de
toutes les sectes des anabaptistes, des unitaires et
des trinitaires, q u ’ il sut menager. II se vit maitre
de tous les etablissements qui appartenaient ä ces
sectaires; il eut perm ission de precher et d ^ c rire
sa doctrine; il fit des catechismes, des livres, et se-
rait venu ä bout de pervertir, en pcu de temps,
tous les calholiques de la Pologne, si la diete de
V arsovie n’y avait pas mis obstacle. E n effet, ja ­
mais doctrine ne fut plu s opposee au dogme ca-
tholiquc que celle de Socin. G om m e les unitaires,
il rejetait de la religion tout ce qui avait Tair de
m ysteres; selon lui, Jesus-Christ n’ etait fils de
Dieu que par adoption et par les prerogatives que
1 6 Le Secret

Dicu lui avait accordées, d ’etre noire m édiateur,


notrc prctrc, noire ponlife, q u o iq u ’il ne f ü t q u ’ un
p u r h o m m e . S e lo if S o c in et les unitaires, le Saint-
E s p r it n’est pas D ieu ; et bien loin d ’admettre
trois personnes en D ieu, S o c in n’en vou lait q u ’une
seule qui était D ieu. II regardait comme des réve-
ries le mystere de T ln carn ation , la presence réelle
de Jesus-Christ duns F E u c h a ristie , l ’existence du
peché originel, la nécessité d ’ unc gráce sancti-
íiante. Les Sacrements n’ étaient á ses y e u x que de
purés ceremonies élablics pour so u ienir la r e li­
gión du peuplc. L a tradition apostolique n'était
point, a ses yeux, une regle de f o i ; il ne recoti-
naissait point Pautorité de P E g lise pour interpre­
ter les Saintcs E c r h u r e s . E n un mot, la doctrine
de So cin cst renferméc dans deux cent v in g t-n c u f
an ieles qui ont tons pour objet de renverscr la
doctrine de Jesus- Christ. »
L'abbé Lefranc a puisé ses renseignements á
bonne source, car il cst en parfait accord avee
rh isto rie n César C antu, si bien instruit de Phis-
toire de PItalie, son pays, et si bien renseigné sur
la vie de Socin.
« N e v c u et disciple de Lélio, dit-il, il naquit á
Sienne, le 5 déccmbre i 5 3 í ) : b elé c riv a in , parlcur
lacile, distingue dans ses manieres, il étudia la
jurisprudence et ensuile les sciences á L y o n .
Ayant appris la mort de son oncle, il conrut en
P olognc pour rasscmbler les livres du defunt, ct
y fut accucilli com me un prophele destine á met-
tre la derniére main á la doctrine arienne. P o u r
De la Franc-Maconncrie. ij

le moment, il retourna dans sa patrie, et pendant


douze ans rem plit ä la C o u r de Florence d’hono-
rablcs emplois ; puis, lorsque ses parents fu-
rent persecutes, il transiera sa residence á Bale,
en t 5 74 , m algré les instances du grand-due, qui
cherchait á Ten dissuader. II se mit á étudier la
théologie et la ramena á un sens oppose á celui
qu’on lu i donnait ordinairem ent; il publia des
asuvres anonym es, par exemple, le traite de Jesu
Servatore ; mais , ayant eu une querelle avec
F ran co is P u cc i, en i S j S , il dut quitter Bale.
Fauste fut alors appelé en T ran sylv an ie et en
Pologne, ou l ’hérésie antitrinitaire avait pris
racine. »
« Sa presence, continue César Cantu, jeta un
n o uvel élément de co n fu sio n parmi les nombreu-
ses sectes de ce pays, en mettantau jour un n o u ­
veau sym bole tiré des papiers de son oncle, S y m ­
bole qui diñerait sur des points essentiels de ce­
lui des unitaires polonais. D ’apres ces nom breux
écrits, Lu th er et C a lv in avaient bien mérité, mais
cependant leurs méritos ne devaient pas satis-
faire, p u isq u ’il fallait, selon lui, débarrasserla foi
de tout dogme qui surpasse la raison... Fauste
So c in fut done un veritable hérésiarque, un héré-
siarque bien caractérisé, puisque, en proclam ant
les droits de la raison, il n'a respecté aucune l i ­
mite. Lu th er et les autres avaient sécularisé la
religion, lui sécularisa D ie u ; s’il n’ osa pas bannir
ouvertement le supra-sensible, i l n i a t o u s les dog-
mes, il conduisit á l ’incrédulité, et fut le pére du
iS Le Secrct

rationalism c, qui cst Phérésie de notrc temps. II


enseignait mcmc des errenrs sociales : en exage­
ran! la doctrine de la m ansuctude évan g éliq u e et
celle du pardon, il niait non seulement la légiti-
mitc de la guerre, m a is c n c o r c celle de toute au-
torité repressive... Gette doctrine fut soutenue par
ses disciples, qui en étendirent les consequences
jusqiPá nier le droit penal, et principalem ent la
peine de mort... E n fait, la R e fo r m e n’ était par-
ven ue q u ’a arracher les ames au Pape pour les
donner soit á un roi, soit á un consistoirc, soit á
un pasteur. Le S o c in ian ism e seul implanta l ’au-
tonomic de la ra iso n ; c’ e s t d e lu i que sortent Des­
cartes, Spín osa, B a y le , H u m e, K a n t, L e ss in g ,
Hégel, B a u e r, F e u erb ash . Strauss et ses adeptes,
en niant le Christ positif et en y substituant un
C h rist ideal, ne firent q u ’ajouter au plan socinien
Télaboration scientifique, laquelle est le propre
de Page moderne : les blasphemes arcadiqucs de
R e n á n et les propos de carrefour de B ia n c h i-
G io v a n i et de plusieurs Italiens n ’ont pas d'autre
origine. C e sont eux qui ont supprim é d’ un seul
coup la question supreme, la cié de v o u t e d e Phis-
toire, celles de la vie, de la morí, de Pavenir, Pin-
telligence du monde mystérieux. » A in s i parle
César Cantu.
II est done evident, pour tout hom m e qui sait
lire, que le Socinianism e est tils de la R éform e
protestante, et S o c in le fondateur de la sccte
m aconnique : Socin ian ism e et M aconncrie ne font
qu\m .
De la Franc-M aconncrie, 19

« L es sociniens, dit encore César C antu, en


qualité de disciples de Luther, se proclamaient
les restaurateurs du christianisme primitif, par
cela seul q u ’ ils prenaient la Sainte Ecritu re pour
unique régle de foi et pour mesure de leurs actions.
Luther, en éliminant de la B ib le ce qui íVétait pas
de son gout, conserva les dogmes de la T rin ité ,
du peché originel, de r in c a rn a tio n et de la divi-
nité du C hrist, le baptéme et une sorte d :E u c h a -
ristie : So cin supprim a tout. Le Luthéranisme
avait donné la preponderance á l ’élément divin,
le Socinianism e á Pélément humain ; les réformés
exagérérent le dogme du peché héréditaire, les
sociniens ne le reconnurent pas. Selon ceux-lá,
Dieu seul opére la justification, etl’homme reste un
etre entiérement p a s s i f ; suivant ceux-ci, Thomme
seul est agissant, il s’eléve et se perfectionne de
lui-m em e, sans que Dieu fasse autre chose que de
lui révéler sa doctrine. P o u r les protestants, le
divin S a u v e u r est venu sur la terre afín de nous
racheter par son sacrifice ; pour les sociniens,
c’ est un hom me qui a été envoyé sur la terre afin
de donner á rh u m a n ité une nouvelle doctrine et
de le u rm o n tre r en sa personne le modéle á im i­
ten Les protestants, se fiant entiérement en la
gráce, méprisent la ra is o n ; les sociniens procla-
ment que la raison et ses droits sont au-dessus de
toutm ystére, et qu^elle estseule competente pour
dlssiper les nuages épais qui enveloppent le sS a in -
tes Ecritures. « Les protestants (dit Gioberti) ont
puisé dans les ouvragesd es paiens les accessoires
20 L e Secret

et Téloquence ; les sociniens en ont renouvelé


substantiellemenl les tendances, Pespritet les do c ­
trines. E n rejetant le supra-inielligible ideal et
revelé, ils obscurcissent l'intellii^ible a force de
7 i. 7

logique, ils 1 lii enlévent cette pureté el cette per­


fection qui surabondent dans les précepies évan-
g é l i q u e s ; ils réduisent la sagesse du Christ aux
étroites proportions de celle de Socrate et de P l a ­
ton ; a Tidée lumineuse et pleine d'harmonic de
la chréticnté catholique, ils substituent Tidée boi-
teuse et nébuleuse de la philosophic paícnne. Ils
conservérent seulcment en apparcnce les vérités
supra-rationnclles de la révélation pour établir
une harmonic apparente entre Taristocratic soci-
nienne et la multitude, et pour former une doc­
trine exotérique a l'usage e x c l u s i f d u vulgaire. »
P o u r résumer la question, disons qiTaprés avoir
pu précher libremcnt sa doctrine, multiplier ses
adeptes, teñir ses assemblées, organiser sa société
secrete et symbolique, verser rer r eu r dans le sein
de la malheureuse Pologne,Fauste Socin, aidé par
Sigis mon d-Au gu ste , qui a va it accordé la liberté
de conscience á tous les ennemis de la Papauté,
put s’applaudir d ’avoi r réalisé son plan, autant
q u ’ il est accordé á l’hérésic de le f a i re ; c’ est-á-
dire, jusqu'á perdre des ames et a ruiner un ou
plusieurs pays, mais jamais au point de détruire
le C h r i s t i a n i s m e , diyin et immortel de sa na­
ture.
« Cependant Fauste Socin eut a cssuyer de sc-
rieuses contradictions á propos de ses doctrines,
De la Franc-Maconnerie
> . 21

dit César C antu. Protege par quelques grands per-


sonnages, il épousa A gn és, jeune ñlle de bonne
i am i lie, qu'il perdit en i 58j . Scs advcrsaires ex-
ciicrcnt contrc lui le peuple de Varsovie, qui le
traína dans les rues de la ville. II échappaá grand1-
pcine á ces m auvais traitements, et se retira dans
un obscur village, oü il m ourut le 3 mars 1604.»
« L a sccte socinienne, ajoule Feller, bien loin
de m o u rir ou de s’atf’a ib lir par la mort de son
chef, de vi lit consi dér&ble par le grand nombre de
personnes de qualité etde savants qui en adopte-
rent les principes. Les sociniens furent assez
puissanis, pour obtenir d a n s .Ies dietes de Polo-
gne la liberté de conscience; mais divers excés
q u ’ ils comm irent contrc la religion de l ’ Etat les
lirent eníin chasscr en i 65 8 . Les cendres de
So cin furent déterrées, menees sur les fronticres
de la petite T artarie, puis mises dans un canon
qui les envoya au pays des intidéles. »
« A Sienne, oü la fam ille des Socins s’était
illustrée, des les temps les plus reculés, par les
charges que ses membres avaient remplies, ainsi
que par leur savoir, écrit César Cantu, nous
avons recherché soigneusement quelques souve­
nirs d'eux, mais il n’en reste presque aucun. On
dit seulement que la villa de Scopeto appartenait
á cette famille. II y a peu d’années encore, on y
v o y a it un grand arbre á l ’ abri duquel, selon la
tradition, les religionn aires tenaient leurs assem-
blées ; aussi fut-il abattu par l’ ordre de la pi.euse
dame a qui il appartenait. »
9o Le Secret

Les historiens sont d’accord su r la vie et la


docirinc de Fauste S o c in . N o u s nc voulon s ajou-
ter aux tcmoi^nages dejä cites quc les paroles
d ’ un iheologicn bien cotinu : Bergier.
« Ce fut vers l'an 15 7 9 , dit Pauteur du Diction-
naire de Theologie, quc Fauste S o c in , neveu et
heritier des sentiments de L e lio So cin , a rriva en
P ologne. il y trouva les esprits divise's en autant
de sectes q u ’ il y avait de docteurs : toutes ces pre-
tendues eglises n’ eiaient rcunies q u ’en un seul
point, savo ir : Paversion contre le dogme de la
divinite de Je s u s -C h r is t. A force de disputes, d’e-
crits, de menagements, de souplesse, Socin vint
ä bout de les ra p p ro c h eret de les am cner ä peu
pres a la meme o pin io n , du m oins ä l’exterieur ;
il devint ainsi le principal chef de ce iroupeau
qu i a retenu son nom. II mourut en 1604. »
Apres avoir expose longuement la doctrine so-
cinicnne, le meme auteur ajoute : « A u s s i voyons-
nous, par les ecrits des deistes modernes^ q u ’ils
out pris cliez les Sociniens la plus grande partic
de leurs objections contre les dogmes que nous
soutenons etre revele's, de meme quc les Sociniens
ont emprunte leurs principes et la p lu p a r t de leurs
dogmes, des protestants. P u i s q u e le s premiers ne
refuseni point de reconnaitrc ceux-ci pour leurs
maitrcs, Jcs protestants ont mauvaise grace dc ne
v o u lo ir point avo u er les sociniens pour leurs d is ­
ciples. Mais nous avons fait v o ir ailleu rs que le
deismc lui-meme est un systeme inconsequent ians
lequel un ruisonneur ne peut dem eurer ferme ;
De la Franc-Maconnerie.
* 23

que de consequence en consequence il se trouve


bientot entraine a Patheisme, au materialisme, enfin
au pyrr honismeabsolu, dernierterme de Tincredu-
litc. N o u s en sommes convaincu, non seulement
par les arguments que lcs materialistes ont oppo­
ses aux deisles, mais encore par le fait, puisque
nos plus celebres incredules, apres avoir preche
quelque temps le deisme, en sont venus a ensei-
gner hautement le materialisme. Rie n ne prouve
mieux la liaison des verites qui composent la
religion chretienne des catholiques que Tenchai-
ncment des erreurs dans lesquelles tombent ne­
cessairement tous ceux qui s’ecartent du principe
sur lequel cette religion divine estfondee. »

Cromwell ( Olivier ) 5 adepte de Socin, fonde la


Maconnerie en Angleterre.

« U n e fois etablis en Pologne, dit Bergier, les


sociniens envoyerent des emissaires precher sour­
dement leur doctrine en Allemagne, en Hollande,
en Angleterre. I Is n’ eurent pas beaucoup de suc-
ces en Allemagne ; les protestants et les catholi­
ques se reunirent pour les demasquer. E n H o l ­
lande, ils se melerent parmi les anabaptistes ; en
Angleterre, ils trouverent des partisans parmi les
differentes sectes qui partageaient lcs csprits dans
ce royaume. A in si disperses, ils furent designes
sous dirfercnts n o m s, ., . On les a nommes partout
unitaires ou sociniens} et ce nom de sociniens
24 Le Secret

est devenu co m m u n a tous les scctaires qui nient


la d ivin iic de Jc s u s - C h r is t . » — A n . : Socinicns.
L ’abbe Lefranc, dcja cite, aflirmc quc la M a-
gonncrie agissante passa dc P o lo g n e cn A n g le -
terrc. « La F r a n c -M a c o n n e r ie , d it-il, est la q u in ­
tessence dc toutes les heresies qui ont d ivise
r A lle m a ^ n e dans le seiziemc siecle. L e s L u th c -
riens, les C alvin istes, les Z u in g lie n s , les A n a b a p -
tistcs, les nouvcaux A rie n s, tous ceux,en un mot,
qui attaqucnt les mysieres de la religion re voice,
tous ceux qui disputcnt a Jesus-Christ sa divinite,
a la Saintc Vierge sa matcrnitc d iv in e ; tons ceux
qui nc reconnaissont point l'autorite de T E g lise
catholique, ou qu i rejcttent les sacrcments ; c cu x
qui n'esperent point unc autre v ie ; qui ne croicnt
pas en D ieu,soit parce q u ’ i ls s c persuadent q u ’ il ne
sc melc pas des choscs de cc mondc, soit parce
q u ’ ils dosircnt'qu’ il n’y cn aitpoint,vo//a tous ccux
qui ont dnnne naissance a la Franc-Maconnerie,
ou avee Icsqucls les Francs-Macons sc sunt associes
ct dont leur ordrc est aujourd'hui form e. »
« CTest dc TA nglcterre,continue Tabbe L e fra n c ,
quc les i’rancs-magons dc Fran ce pretendent ti-
rer leur o r i g iu e ; c'cst d o n c c h e z nos v o isin s q u ’ il
faut exam iner les progres de la Magonnerie. II n7y
etait pas question d'eux uu commencement d u x v u *
siecle. Ce ne Tut quc vers lc m ilieu qu'ils y fu-
rent sou Herts sous lc regne de C r o m w e ll, parce
q u ’ ils s’ incorporerent avee les independants qui
formaicnt alors 1111 grand parti. Apres la mort
du grand protecteur, leur credit dim inua, et ce ne
De la Franc-Maconnerie.

fut que vers la fin du méme siécle q u ’ ils parvin-


rcnt a former des assemblées a part, sous le
nom de FreyS'Macons, d’ hommes libres ou de
m acons-libres; et ils ne furent connus en France
et ne réussirent á s’y faire des prosélytes que par le
moyen des A n g lais et des Irlandais, qui passérent
dans ce royaum e avec le roi Jacqu es et le préten-
dant. C ’estparm i les troupes qu’ ils ont étéd ’ abord
connus, et par leur m oyen q u ’ils ont com m ence
ä se faire des prosélytes, qui sesont rendus redou-
tables depuis 17 6 0 , q u ’ ils o n teu á leur tete M. de
C l e r m o n t , abbé de S a in t-G erm ain -d es-P rés. »
L 'a u tc u r de l’ ouvrage intitulé : Les Francs -
Macons corases — Tabbé Larud an — est d’ac-
cord avec Tabbé L efran c,T au teu r que nous venons
de citer. Im prim é á Am sterdam en 1 7 4 7 , ce v o ­
lume consacre a la doctrine de la Franc-Macon-
ncric des pages oú le secret de la secte est claire-
ment dévoilé : il consiste á nier la divinite de
N otre-Seigneur Jé s u s -C h ris t,c o m m e n o u s l ’avons
dit, po u r remplacer ce dogme, qui est la base du
Christianism e, par la relig ió n naturelle ou le ra-
tionalism c.
« C r o m w e ll, d it Tauteur de Touvrage : Les
Francs -Macons ecrascs, donna á son Ordre le ti-
ire d'O rdre des Francs-Macons1parce que son but
étail de batir en liberté un nouvel éditice, c’est-á-
dire de reformer le genre humain, en exterminant
es rois et les puissances,dont cet usurpateur était
\q fléau. Or, pour d on ner a ses partisans une idee
sensible de son dessein, il leur proposa le reta-
2,6 Le Secret

blisscm cntdu T e m p le de Sa lo m o n ; et e’est dans


ce projet que Ton doit adm irer encore davantage
la vaste intelligence de cet homme extraordinaire,
qu i, sous la cendróla plus paisible, voulait cacher
ce feu redoutable dont je fais apercevoir a u jo u r-
d ’hui les etincelles. Et, en cffct, quelle idee cut ja ­
mais plus de ra p p o rtá un projet de cette nature ? E t
c’ est ici principalem ent que je prie le lecteur
d’en exam iner attentivement j u s q i f a u x m oin d res
parties. »
« L e T e m p le de S alom o n avait oté batí par
l’ ordre que D icu en signitia a ce prince. C ’otait le
sanciuaire de la religión, le lieu consacré specia-
lement á ses augustos ceremonies; c'était pour la
splendeurde c e T e m p le q u ec esag e m o n arq u e av a it
établi tant de ministres charges d a soin de veiller
á sa pureie et á son embellissement. E n fin , aprés
plusieurs années de gloire et de magnificence,
vient une armée form idable, qui renverse cet
illuslre monument. L e peuple qui y rendait ses
liommages á la D ivin ilc est charge de fers et c o n ­
duit a B a b y lo n c ; d’ ou, apres la captivilé la plus
rigourcuse, il se voittiré par la main de son D ieu .
U n prince idolatre, choisi p o u r eire ¡ ’instrum ent
de la clémence divine, permet á ce peuple in fo r ­
tuno non seulement de rélablir le T e m p le dans sa
premiere splendour, mais encore de profiler des
moyens qu’ il leur f o u r n i t p o u r y rcussir. »
« Or e’ est dans ccltc allegoric que los franes-
ma^ons irouveni Toxacie ressemblance de leur
sociéte. Ge T e m p le , disent-ils, dans son premier
De la Franc-Maconnerie.

lustre, est la figure de l’ etat prim itif de Phomme,


au sortir du néant. Cette religion, ces ceremonies
qui s’ v exergaient, ne sont autre chose que cette
loi commune et gravée dans tous les cceurs, qui
trouve son principe dans les idees d’ équité et de
charité auxquelles les hom m cs sont obliges entre
eux. L a destruction de ce T em p le, Pesclavage de
ses adorateurs, ce sont Porgueil et Tambition,
qui ont introduit la dépendance parmi les hom-
mes. Ces A ssyrien s, cette arme'e impitoyable, ce
sont les rois, les princes, les magistrats, dont la
puissance a fait fléchir tant de malheureux qu’ ils
ont opprimés. E n tin ce peuple choisi et charge de
retablir ce T e m p le magnifique, ce sont les francs-
magons, qui doivent rcndre á Tunivers sa pre­
miere dignité. »
II est facile au lecteur de voir que Tauteur de
ces pages attribue á C ro m w e ll une allégorie
qui appartient a Fauste Socin, ainsi que nous
l’avons exposé plus h a u t ; mais reconnaissons que
C r o m w e ll Tabien développée et imprimée si vive-
ment dans l ’esprit de la Magonnerie anglaise
qu’ elle a passé sur le continent européen pour se
répandre, de la, dans la Magonnerie universelle.
D ’oú il resulte que C r o m w e ll, fidéle disciple de
So cin , répudia la R evelatio n chrétienne et rejeta
le dogm e de la divinité de Jé s u s -C h ris t, pour
suivre les simples données de la raison ; en un
mot, pour embrasser le rationalisme socinien.
L 'o u v r a g e que nous citons : Les Francs-Macons
ecrasés , a été im p rim é á Amsterdam en 1 7 4 7 ;
28 Le Secret

done quarante ans avant que Adam We ishaupt,


fondatcur de l ’ ll lu m i n i s m e allemand, no formulat
la doctrine maconnique avec la nettete qui carac-
tcrise son esprit. C ’est pourquoi nous cr oy on s
utile et interessant de citer ici quelques pages
dudit ouvrage, pourmontrer, des mainlenant, que
la doctrine magonniquc anglaise, puisee chez
Fauste Socin, est identique, au fond, a celle de
r i l l u m i n i s m c allemand , adoptee elle-meme ä
W il h em sb ad , en 1 7 8 1 , dans le grand convent qui
s’y reunit, et d’oü elle sc repandit immediatement
dans T u nivers entier,grace aux deputes qui y etaient
. e n u s d e toutes les parties du inondc.
« On me demandera sans doute, continue F a u -
teurcite, comment j’ai pu penetrer le sens de cette
allegoric, pour en faire la juste application ? Quel
rayon lumineux est vcnu percer la sainte horreur
de cette nuit profondequi m ’cn voilaitla structure?
A cela je reponds que, longtemps plonge dans les
lenebres, c om m eu ne infinite d’autres, j’ai erre ainsi
qu ’eux a Faventure, sans pouvoir hasarder lamoin-
dre decision, ju sq u’a ce q u ’enlin mille reflexions
sur la morale que Ton me communiquait m ’aient
dessille les yeux au point de m ’en faire entrcvoir
le but, et de m ’en montrer a moi-meme Fevi-
dence, apres 1111 parallele exact des ceremonies et
des usages dont j ’ai ete temoin dans les differen­
tes loges que j’ai frequentees et 011 j’ai toujours
rencontre les mcmcs hierogly plies a deviner, et
consequemment le memc sens a penetrer. Mais
revenus encore a cette L ibertd et a cette E g a lite ,
De la Franc-Maqonnerie. *9

figurees par le T e m p le de Salom on, ces attri­


buts si essentiels l ’homme, disent les francs-
masons, et si inseparables de sa nature, ne lui
ont ete donnes par le Cre'ateur que comme un
bien propre, et sur lequel personne n’avait aucun
droit. C ’est ce D ieu qu i, en tirant la nature du
neant, en a fait l ’hom me, le chef et Fornement
principal, sans le soumettre a d’autre puissance
qu’a la sienne. C ’est lui qui ne lui a donne la
terre A habiter q u ’a titre d’etre independant de ses
semblables, auxquels il ne peut rendre ses hom-
rnages sans devenir sacrilege et contrevenir for­
mellement ¿ s e s ordres. C ’ est en v a in , poursui-
vent-ils, que la superiorite des talents dans les
uns, et la sublimite du genie dans les autres, a
semble demander le tribut de son respect et de sa
veneration. T o u s ces avantages, reunis ailleurs
dans un degre plus eminent que chez lui, n’ont
rien qui justitie son impiete : le Dieu jaloux qui
Fa forme ne veut point de partage, et son encens
est im p ur a ses y e u x , des q u ’il en a brule quel­
ques grains sur l ’autel de ces idoles fragiles et
perissables qui ne valent pas qu’ on leur sacritie
de si nobles victimes. E n un mot, c’ est degrader
sa nature, e’est en obscurcir la splendeur, c’est en
perdre tout le prix, que de reconnaitre dans tout
homme quelque chose de plus qu’ un egal et dont
la condition soit preferable a la notre. T e l est le
raisonnement des francs-ma<;ons, qu’ ils tachent
de rendre plausible, ct par la peinture du m al­
heur des homines, et par les moyens q u ’ils pro-
So L e Secret

poscnt pour y remcdier. Voici comment ils expo-


sent la p r e m i e r e .— Si Phomme, discni-ils, a vu
s'aneantir ses privileges, s’ il est dechu de cet etat
g lo r ie u x , propre de sa nature ; cn uti mot, s'il se
voit a u jo u rd ’ hui subordonne avec fletrissurc et
ign om inie, ou Pambition de ses semblables, ou
Poubli de sou propre interet, Pont plonge dans
cet abime ; si Pambition P y a preeipite, e’est done
a lui ä en sortir, e’est ä lui ä relever eniin cet e'ten-
dard d’ independance et d ’ egalite, ravi par les
mains de Porgueil, et a Parborer sur les debris du
monstre im pitoyablc qui a cause sa ruine. A u
contraire, s’il est lu i-m em e Partisan de son m a l­
heur, si son abaisscmcnt est Pouvrage de ses
m ains, q u ’il ouvre done les yeux sur les fcrs ou il
s'est condamnc lu i- m e m e ; q u ’il accepte le se-
cours de cettc main qui s’ offre a les briser et a en
charger les lyrans. C'est aux francs-Ma^ons seuls
q u 'il est reserve d’ accom plir ces miracles, de ras-
sembler eu un corps toutes ces families d ifferen­
tes qui, ä mcsurc q u ’elles se sont eloignees de
leur commune origine, q u o iq ife lle s ne com po-
susscnt q i f u n lout, sont venues a se meconnai-
ire au point de v o u lo ir composer par cllcs«memes
ce tout, dont elles n’etaient que les parlies. »
E v id e m m en l, les m asons d u x v i n 0 siecle pen-
saient commc ceux d ’a u jo u r d ’hui, et ils s’expri-
maient commc leurs freresde Pepoque actuellc. S i
qu c lq u ’ un en doutc, qu’ il ecoutc la page suivante,
extraite du meme auteur : « Or celte doctrine
une fois bien digerce, dit-il, il ne resie plus q u ’ä
De la Franc-Maconnerie.

ia mettre á p r o f i t ; et c’ est alors que les francs-


macons font v o i r claireinent que rien n'est dif­
ficile á quiconqiie ose cntreprendrc: — vous en­
tendez , M essieurs les conservateurs ? — que le
contraire doit se détruire par le c o n tr a ir e ; que la
révoltedoit succéder áPobéissance,le ressentiment
a la faiblesse; q u ’il faut opposer la force á la force,
renverser Tempire de la superstition pour clever
c c l u i d ’ une relig io n v e rita b le , dissiper l ’erreur et
l’ignorance pour ne suivre que les lumiéres de la
natu re; que c’ est Dieu qui a gravé lui-méme cette
lumiére dans le coeur de l’homme, qui l'y a pla-
cée comme une lampe éternelle pour éclairer ses
actions, comme un oracle sur qui doit Tinspirer,
comme un guide invariable qui doit le c o n d u ire ;
que le Maitre du m o n d e , indiíférent d’ ailleurs
aux actions de ses créatures, n’ est jaloux que de
lcurs h o m m a g e s ; que le cuite principal qu'il en
exige est une simple reconnaissance de ses bien-
faits, un tendre sou venir de ses dons, mais que
pour cette dépendance, accréditée depuis si long-
tem p sp ar Taveuglement et le p ré ju g é , il faut enfin
dissiper le prestige, elfacer un spectacle in ju rieu x
a la Divinitc, briscr ces idoles qui ont osé lui d is­
puter rencens, et, libre par la nature, rentrer en
possession de ses privileges. Morale, comme on
le voit, digne de ses a u t e u r s . et qui a donné Üeu
sans d o u te á ces termes mystiques dont se servent
les francs-macons lo rsq u ’ils disent que leur so-
ciété est appuyée sur trois colonnes principales,
c’est-á-dirc sur la Sagesse , la Force et la Beaute\
32 Le Secret

qui ne sont précisément que les attributs de cette


1 o i J e nature dont je viens de parier, et Pusage
de cette violence que Ton doit employer. C e s t a
elle pareillement que POrdre doit ces noms m a ­
gnifiques de Temple de la Verité , de VEntree de la
Lum iére , de Monde nouveau, d'Astre radieux , de
Soleil incomparable, etc.
Qui ne voit dans ces termes de superstition , de
p re ju g es , d’aveuglcment , d’/ífotas usurpant les
honneurs dus au seul Die u de la nature, le mé-
pris jetea pleincs mains sur la R e li gi o n chrétienne
et son diviíi A u t e u r ? Le projet de la Macon-
ncrie aniHaise
O était done celui de Socin : la des-
truction du Christianisme.
Morten i 658 , C r o m w e l l eutdemagnifiques fune-
railles. « Son cadavre, dit Feller, fut embaumé et
enterre dans le tombeaudes rois,avec bea uc ou pd e
m a g ni fi c en c e; mais exhumé en i6óo. au com m en­
cement du re^ne n de Charles ÍI,' trainé sur la claie,*
pendu et cnseveli au pied du gibet. » C e s t ainsi que
le fils de Charles I er vengeait son pere sur celui
q u ’on appelait : le Protecteur de VAngleterre.
Ces événcments disperserem ceux qui s'étaient
groupés autour de C r o m w e l l ; mais les sociniens
continuérent a insinuer partout leur doctrine, qui
n’ est autre que la Ma^onnerie. Ragon, macón lort
instruit et tres suivi par la secte, complete ce que
nous venons de dire, en résumant Phistoire de la
Maconneric anglaise, dans son ouvrage intitulé :
Orthodoxie maconnique, pages 28 etsuivantes.
« E n 1646, écrit-il, le célebre antiquaire E lie
De la Franc- Maqonnerie. 33

Ashmole, grand alchimiste, fondateur du musée


d'Oxlord, sc fait admettre avcc le colonel Main -
warraing dans la confrérie des ouvriers macons,
á W arrin gton , dans laqucllc on commengait a
agrcíger ostensiblement des individus étrangers a
Tart de batir.
« Gctte méme année, une société de Rose-
C roix, formée d’aprés les idees de la Nouvelle
Atlantis de Bacon , s’ assemble dans la salle de
reunion des Freem asons á Londres. Ashm ole etles
autres freres de la R o s c -C r o ix , ayant reconnu que
le nombre des ouvriers de metier était surpassé
par celui des o uvriers de l ’intelligence, parce que
le premier allait chaqué jo u r en s’affaiblissant,
tandis que le dernier augmentait continuellement,
penserent que le moment était venu de renonccr
aux form ules de reception de ces ouvriers, quí
ne consistaient qu’ en quelques ceremonies á peu
prés semblables á celles usitees parmi tous les
gens de metier, lesquelles avaient jusque-lá serví
d’abri aux initiés pour s'adjoindre des adeptos.
lis leur substituerent, au moyen de traditions
orales dont ils se servaient pour leurs aspirants
aux sciences occultes, un mode écrit d’initiation
calquée sur les anciens mystéres et sur ceux de
TE gypte et de la G r e c e ; et le premier grade ini-
tiatique fut écrit tel, á peu prós, que nous le
connaissons. Ce premier degré ayant regu Tap-
probation des initiés, le grade de compagnon fut
rédigé en 1 6 4 8 ; et celui de maitre, peu de temps
apres. M ais la decapitation de Charles Ier, en
34 Le Secret

16 49 , et le parti que prit A shm ole en faveur des


Stuarls , apporterent de grandes modifications á
ce troisiéme et dernier grade devenu biblique,
tout en lui laissant pour base ce grand h ie ro ­
glyphic de la nature symbolisée vers la fin de
deccmbre. Cette m im e epoque v itn a itre les grades
de maUre-secret, mailre-parfait, elu , matt re -
irlandais, dont C h arles I er est le lloros, sous le
nom d'H iram ; mais ces grades de coteries po-
liiiques iVétaicnt professes nulle p a r t ; neanmoins,
plus tard, ils (eront rorn em en t de YEcossisme. »
« ih 5 o . Mais les membres non travailleurs,
acccptés dans la corporation, lui font prendre
secretcment, surtout en Ecosse, une tendance po­
litiq u e ; les chefs (protecteurs) des o u vriers e'cos-
sais, partisans des Stuarts, travaillent dans Pombre
au rélablissement du troné détruit par Cromwell.
On se sert de Pisolement qui protege les reunions
des Freemasons, po u r teñir, dans leur local, des
conciliábulos 011 Ies plans sont concertos en se'-
curité. L a decapitation de Charles Il'r devait
etre vengée ; pour y parven ir ct s’y rcconnaitre,
ses partisans proposorent un grade templier, oü
la mort violente de Pinnocent J . - B . M o la y ap­
pelle la vengeance. A sh m o le , qui partageait le
moine sentiment politique, modi fia done son grade
de niaitrc, et subslitua á la doctrine égyptienne,
qui en faisail un tout uniform e avec les deux
premiers degrés, un voile biblique, incomplet
ct disparate, ainsi que Pexigeait le systcme jé-
suitique, et dont les initialcs des mots sacres de
De la Franc-Maconnerie. 35

ces trois degrés Yeproduisaient celles du nom


du grand maítre des T e m p lie rs. Voilá pourquoi^
dcpuis cette époque, les initiés ont toujours re-
gardé le grade de maítre, seul complement de
la Franc-Maconnerie, comme un grade á re-
fa ire ; c’ est sans doute d ’aprés cette reforme que
les deux colonneset les paroles des deux, premiers
grades ont aussi recu des noms bibliques. »
« 1 7 0 3 . Decision importante des formations qui
admettent ouvertement dans Tassociation á L o n ­
.t

dres, les personnes étrangéres á l'art de batir. Les


macons philosophes, dits acceptés, mélés, depuis
longtemps, aux ouvriers constructeurs, vont se
trouver plus puissants p o u r opérer publiqnement
la transformation tant ddsirée. »
« 1 7 1 4 . Georges I er commence so n re g n e. Les
auteurs macons regardent cette e'poque comme la
fin des temps obscurs de VOrdre maconnique. lis
se trompent, il n’ existepas encore d’Ordre magon-
nique ; cette époque n’ est q u e l a f i n d e s associations
d’ouvriers constructeurs, dont l ’existence était de-
venue fort précaire, depuis que leurs secrets en ar­
chitecture étaient tombés dans le domaine public.
« 1 7 1 7 . De cette époque senle date T O r d r e
maconniquií : l ’association des constructeurs n’é-
tait q u ’ un ou plusieurs corps de métiers et ne fut
jamais un ordre. Quant au mot maconnique, ce
qualilicatif iVa pas été créé p o u r e u x , l’irréflexion
ou r ig n o r a n c e pouvait seule les en d o t e r ; car,
nous le répétons, un ouvrage de magonneríe n’ est
pas un ouvrage magonnique.
36 Le Secret

a Ccttc annce, la corporation ne com ptaitplus,


a Londres, que quatre socícítés, dites Logcs, pos-
sédant les registres ct anciens titres de la confra-
ternité et operant sous le chef cfordre d’ York.
E lle s se réunissent en ievricr : ellos adoptent les
trois rituels redigés par A sh m ole ; elles sccouent
le jo u g d ’ Y o rk et se declaren! indépendantcs et
gouvernement de la confraternitc\ sous le titre de
G r a n d e L og i: d e L o n o k k s .
« C ’est de ce foyer central et unique que la
Imianc -M ai>'.onniíhii ·:,f c’csl-a-dirc la renovation os­
tensible de la philosophic secrete des mystercs an-
cicns, pariit dans tomes les directions pour s’c-
tablir chez tous les pcuplcs du monde.
« 1 7 2 5 . A compior de cctte époque , la Fhanc-
Maíionnkhiií sc répand dans les ditferents litáis de
l 'E u r o p e ; elle a debuté en France, des 1 7 2 1 , par
lin s titu tio n , le i 3 octobre, de la loge VAmitie et
Fratcrnitú a D u n k e r q u e ; a P a ris, en 1 725 ; a
B o r d e a u x , en 1 7З2 (Ja loge YAnglaise), ct a V a le n ­
ciennes, le Г‘г janvier 1 7 3 3 , la Parfaite-Union,
E l l e penetre en Irlande en 1 7 2 9 ; en H ollandc
en 1 7 З0 ; la темпе annéc, une loge s’établit á S a ­
vannah, Etat de G é o rg ie (Amerique), puis á B o s ­
t o n en 1 7ЗЗ. E lle parait en A llcm ag n e en 1 7 З 6 ;
la Grande-Logc de I la m b o u rg est ¡nstituée le 9 dé-
cembrc 1 737 j ainsi de suite dans les aulres Etats
de P E u ro p e et des p a y s extra-curopécns, toujours
sous Pacti ve et intclligcntc direction de la G ra n d e ­
L o g e d’Angleterre. >*
Quelle était done la doctrine de toutes ccs
i
De la Franc-Maconnerie.

ioges ? L e Saint - Siége va nous le dire.


E n i / 38 , le 4° jour des calendes de rnai, C l e ­
ment X I I écrivait a tout r u n i v e r s catholique une
lettre apostolique ou nous lisons les passages sui-
vants : « N o u s a v o n s appris par la rumeur p u ­
blique elle-méme Pextension, la contagion, et les
progrés chaqué jour plus rapides de certaines
sociétés, assemblées ou conventicules appelés de
Liberi muratori ou de Francs-Macons ou de quel-
que autre nom, suivant la varióte des langues.
Dans ces associations, des hommes de toute reli­
gión et de toute secte, attentifs ä affecter une appa-
rencc d'honnéteté naturelle, lies entre eux par un
pacte aussi étroit qu ’impénetrable, suivant les lois
ct les statuts quails se sontfaits, s’engagent par un
serment rigoureux prété sur la B i b le ,et sous les pei­
nes les plus terribles, a teñir cachees par un serment
inviolable les pratiques secretes de leur socie'te.
« Mais telle est la nature du crime q u ’il se trahit
lui-mcme, et q u ’il pousse un cri qui le revele :
c’est ainsi que les sociétes ou conventicules dont
nous parlons ont excité dans les espritsdes fidéles
des soupgons si graves, que Taffiliation á ces so-
ciétés est auprés des hommes sages et honnétes
une marque de depravation et de perversion. E n
cffet, s’ils ne faisaient point le mal, ils n’auraient
pas cette haine d é la lumiere. Et la défiance qu’ ils
inspirent a grandi jusque-lá que dans tous les
pays le pouvoir séculiera prudemtnent proscrit et
banni ces sociétés comme ennemies de la sécurité
des Etats.
38 Le Secret

« C ’est pourquoi nous défendons absolument


et en vertu de la saintc obéissance, á tous et á
chucun des íidcles de Jésus-C h rist, de quelque
état, grade, condition, rang, dignitc et p r e e m i­
nence q u ’ils soient, la'iqucs ou eleres séculiers ou
reguliere... d’a v o ir l ’audace ou la présomption
d’entrer. sous quelque pretexte ou sous quelque
couleur que ce soir, dans ccs dites sociélés de
Francs-Macons ... sous peine de Yexcommunica­
tion q u ’encourent tous les contrevenants a la d e ­
fense qui vient d'etre portée, el par le l'ait méme
c t s a n s a u t r e declaration... »
E n 1 7 5 1 , le i 5 des calendes d 'a v r iljB e n o il X I V ,
analysant la Constitution de Clém ent X I I , parle
dans le méme sens et rcnouvcllc les meines con-
damnalions. A in s i feront les Pontifcs rom ains ,
leurs successeurs.
Pliit a Dicu que le cri d’alarme pousse par le
Sain t-Sieg c eut été entendu. L ’ E glise, el les d i­
vers Etats 011 la Magonnerie a pénétré, eussenl
evité les maux de lous genres dont ils ont été les
v ic tim e s, et dont nous-mémes nous soutfrons si
cruellem cnt a l'heure présente.

Voltaire, libre-pcnscur et franc-m acon , attise ,


en France , le. fe u de la haine enntre Jesus -
Christ.
D ans son Histoire de Voltaire , Paillet de
Wat'cj■ a ecrit c e q u i s u i t : « V oltaire ful mis a la
Bastille, et au bout de six mois, on lui rendit la
De la Franc-Maconnerie. 39

liberté, avec ordre de sortir de F r a n c e .II passa en


Angleterre. A in s i, á 3 i ans, Voltaire avait été
chassc de chez son pére et de chez le procureur,
renvoyé de la H o lland e, souffleté par u n come­
dien, chátié plu ssérieu sem en t encore par un of-
cier, mis á la Bastille et exilé de France. C e n’ é-
tait certainement pas avoir, observe M. Lepan,
de grandes dispositions á la p h ilo s o p h ie ; mais
celle q u ’il se proposait, peut-on répondre, n’en
demandait pas d’autre. »
« V oltaire arrive á L o n d res, 011 il passe les ali­
nees 17 2 6 , 27 et 28. C e f u t l á , dit notre historien,
dans la societé d ’un Toland, dont l ’impiéte fut
pou rsuivie et condamnée méme en Angleterre, et
dont les dernieres paroles en mourant furent : Je
vais dorm ir; d’ un Chubb, Socinien* qui disait :
Je'sus- Christ a été de la religion de 1 liornas
Chubb, mais Thomas Chubb n’est pas de la reli­
gión de JésusChrist; de Snnt^ , le R abelais de
l’A ngleterre, et qui, m algre ses dignités dans l ’ E -
glise, avait essayé sur la religion les armes les
plus affilées du ridicule ; d’ un Antoine Collinss le
plus terrible des ennemis du christianisme; d’un
Wolston, d ’un Tindal, qui vendait tour á tour sa
plum e aux amis et a u x ennemis de la foi ; de l’é-
veque Tailor, a u teu r du Guide des douleurs; de
lord Hébert de C h e r b u r j de lord Shafsterbwy,
d’ un Bolingbrocke enfin ; ce fut dans la sociéiéde
tous ceshom m es devenus ses oracles,que Voltaire
acheva dese pénétrer des sentiments les p lu sirré-
lig ie u x . Des ce moment, ses opinions parurent
40 Le Secret

fixees. II les retint quelquefois avec prudence ;


mais, commc l ’a observe M. Mazure, c’est lors-
VI / * / 1 · 1^ *
qu ll y etait engage par la cramte, I esperance ou
l'ambition. »
To land etait Tame de la societe des F ree-T h in ­
kers ou Libres'Pcnscurs , formec par les divers
personnages ci-dessus nommcs. Voltaire y fut ad-
mis avant de rcntrer en France. De retour a
Paris, il commence contre le christianisme unc
guerre sans treve ; il se lie k tous les ennemis de
la religion, en attendant q u ’il s’aililie a la Ma-
gonneric de F ra nc e et que, semblable a un g e­
neral en chef, il lance l'armee des philosophes
incredules, qui sc soumettent a ses ordres, contre
VI n f dine : c’est ainsi qu’il appelait la religion
chreticnne et son divin Fondateur.
L e baron d’ H ol bac avait ecrit : « U n aveugle
fatalismc entoure des chaines de la necessite
r h o m m e , la nature, Dieu lui-meme, s'il existe .
L 'h o m m e , comme la pierre brute, est sans rap­
port avec Dieu, ou plutot la nature est D i e u ; elle
est la cause de tout, et sa propre cause. Tout s'a-
neant it a Vheure de la mort. L a doulcur, le pJai-
sir sont les uniques mobiles de toutc la m o r a le . L e
bonheur est dans tout ce qui ilatte les sens. Les de­
voirs ? ce sont les chaines imposces par le despo-
tisme. Les bourreaux et les gibcts sont plus &
craindre que la conscience et les dieux. Entin,
puisque la societe est corrompue, il faut se cor-
rompre pour trouver le bonheur. »
Telles furentles max imesimmondes auxquelles
De la Franc-Maconnerie 41

s’abandonna Voltaire. « A p re s avoir puise dans


les sources obscures que lui offraient les reforma-
teurs du seizieme siecle — en particulier Socin —
il s’empara des blasphemes des Toland, des Collins,
des Wolston, des Tindal et des Bolingbrocke; ilcru t
que le moment etait venu de renverser les autels
de l’ E u r o p e chretienne ; il se promit d'ecraser
Yinfame et se flatta d’etablir une ere nou veile dans
les annales du monde. » (Mazure.)
Condorcet, en ecrivant l a v i e de Voltaire, a pu
dire de lui : cc II n’a point v u tout ce q u ’ il a fait,
m a is il a fait tout c e q u e nous voyons. L e s obser-
vateurs eclaires prouveront ä ceux qui savent re-,
flechir que le premier auteur de cette grande R e ­
volution estsans contredit Voltaire
« J e suis las d’entendre repeter, disait Voltaire,
que d ou zeh om m es ont suffi pour etablir le chris-
tianisme, et j’ai envie de leur prouver q u ’ il n’en
faut q u ’ uti pour le detruire.»
U n lieutenant de police d i t ä Voltaire : « Quoi
que v o u s ecriviez, v o u s ne parviendrez pas ä de­
truire la religion chretienne. — Cest ce que nous
verrons », repondit-il.
« L e s progres de I’impiete causaient ä Voltaire
une joie q u ’ il ne pouvait plus contenir. Dans un
s o u p e r d e cesph ilosoph es, chez d’Alembert, V o l ­
taire, cn regardant la c o m p a g n ie ,d it :« M essieurs,je
c r o i s q u e l e Christ setrouvera mal de cette seance ».
E t d’A lem bert a v o u e , dans une de ses lettres,
q u ’cntendant leurs infames propos, les cheveux
luidresserent sur la tete ; il les prenait, ecrit-il,
42 Le Secret

pour les conseillers du prétoire de Pilate


€ Voltaire fit un jo u r les p lu s vifs reproches á
son ami d’A lem bert de ce que celui-ci avait écrit
dans ¡'E n c y c lo p e d ic , en parlant de B a y l e : Hen-
reux s'il avait plus respecté la religion et les
mfjsurs /... P a i vu avec horreur, lui ecrivait V o l ­
taire, ce que vous ditcs de B a y l e ; vous devez
faire penitence toute votre vie d ec e sd e u x lignes...
que ces lignes soiem baignees de vos larmes ! »
A la suppression de la Societcd es Jesuites, V o l ­
taire s’était eerie avec transport : « V o ila une léte
de r h y d r e coupce ; je leve les y e u x au ciel et je
crie : ecrasc% Vinfáme ! » T o u tc s ses lettres a ses
amis intim esfinissaient par ces mots : Ecrasons
Vinfáme ! Iterase^ Vinfame ! « J e finis toutes mes
lettres par dire : Ecrase% Vinfame, comme C ató n
disait toujours : « T e l e s t mon avis, et q u ’on de-
truise Carthage ». T a n d is q u ’il faisait á la cour de
R o m e toutes ses protestations de respect p o u r
l’ Éiílisc*
O ' i i e c r i v a i t á D am ilaville : « O n em brasse
lcsphilosophes, et on les prie d’inspirer pour 1'/«-
fame toute l ’horrcur q u ’on lui doit ; courez tous
suskl*infáme, habilement. C e q u i m ’intéresse, c’est
la propagation de la Toi et de la vérité, et Tavilis-
sement de ¡ ’ infám e: Delendaest Carthago >.
M. d’ Argental lui ayant fait des reproches sur
lescandale de ses contradictions, il repond : « S i
j’avais cent mille hommes, je sais bien ce que je
ferais; mais comme je ne les ai pas, je com m unie-
rai á Paques, el vous m ’appellerez hypocrite tant
que vous voudrez ». A lo rs le roi venait de reta-
De la F r a n c -M aconnerie . 43

blir sa pension, et Voltaire, en effet, communia á


Paques d e l ’année suivante .
Qui saura lire dans l ’áme de cet homme, maitre
de ceux qui Fentouraient, dominé lui-méme par
une vanité immense ? A u j o u r d ’hui il blaspheme
contre le Christ, le lendemain il leregoit en com-
muniant. II se releve, pour Foutrager bientót en­
core ; puis tombant, un jour, aprés s’étre brisé un
vaisseau dans la poitrine, en déclamant avec v io ­
lence, ta nd isq u’ il vomit le sang á grands flots et
que T ro nch in, son docteur, declare qu’il y a dan­
ger pour sa v i e : « Vite, s’écrie-t-il, qu ’on envoie
chercher leprétre...» E t il se confessa, et il signa
de sa main une profession de foi, dans laquelle il
demandait pardon á Dieu et á F E g l i s e de ses of­
fenses. II ord o nn aq ue cette retractation füt impri­
mée dans tous les papiers publics. Rétabli, il
rccommenca la guerre contre Jésus-Christ, qu’il
continua jusqu’au jour oú il fut frappé á mort
par une cruelle maladie. L ’abbé Gaultier et le curé
de Saint-Sulpice reparurent áce moment s u p r e m e ;
mais Voltaire ctait entouré de Diderot, de d’A ­
lembert, Marmontel, la Harpe, G r i m m , etc. « Le
cure de Saint-Sulpice perga jusqu’á son lit et lui
dit avee douceur ces propres paroles : « Monsieur
de Voltaire, vous étes au dernier terme de votre vie,
reconnaissez-vousla divinitc de Jésus-Christ »? Le
mourant hesita un moment, puis étendant la main
et repoussant le curé, il r é p o n d i t : « Monsieur le
curé, laissez-moi m o u r i r en paix. » Les ecclésias-
tiques sortirent. « Quand ils fu rent partis (raconte
44 Le Secret

rh isto ricn ), M. T ro n c h in , médecin dc Voltaire, le


trouva d aas des agitations affreuses, criant avec
f u r c u r : Jc suis abandonne d e Dicu et deshommes....
L e docteur T ro n c h in , qui a raconté ce fait a des
personnes respectables, n’a pu s’empecher dc leur
dire : ·» J e voudrais que tous ccux qui ont cité sé-
duits par les livres de Voltaire cussent ététém oins
de sa morí ; Í1 n ’est pas possible de tenir contre
un pareil spectacle.» — Rccueil des particularites
curieuses de la vie et de la mart deM. de Voltaire}
Porcntruj'y i j $2 ·
V o i d Tepitaphe de V o lia ir e par un des siens :

Plus be! esprit que grand genie,


Sans Ini, sans mruurs ct sans vcrtu,
II est mort com me il a vccu,
C o n v e r t de j iloire c l d ’ i n f a m i c .

J.-J. R o u s s e a u .

A jo u io n s a v e el’ auteur de YHistoire dc Voltaire i


« Oil a vu que des philosophes s’opposerent,
autant qu’ ils le purent, á ce que Voltaire regüt les
visites et les exhortations du curé de Sain t-Su l-
pice et de l’abbé Gaultier. Dans le nombre, nous
avons cité d’ Alembert, Diderot ct Marmontel.
N o u s jugeons ά propos, a l ’ instar de M. Lepan,
de rappeler que Condorcet joua le meme role en
1 7 8 3 , a la mort de d'Alem bert, en empecham
d’ entrer dans sa chambre le curé dc S a i n t - G e r ­
main, qui vint s’y présenter. « S i je ne m'etais
De la Franc-Maconnerie. 45

pas trouvc la (a dit Condorcet), il fa isa it le plon-


gcon. » L ’année suivante, Diderot resta longtemps
chez lui, retenu pardos plaies aux jambes, et regut
plusicurs fois M. de Tersac, curé de Saint-Sul-
pice ; les adeptes de la philosophie, effrayés de
ces visites, trouvérent moyen de les empécher
jusqu’á s a mort, arrivée le 2 juillet 1784.
Marmontel, plus heureux, se montra religieux
á la fin de ses j o u r s ; il les termina, Je 3 1 décembre
17 9 9 , dans une retraite modeste qu'il avait
achetée au hatneau d’Ableville, prés de Guillon.
Quant á Condorcet, il s’était empoisonné le
28 mars 1794, á B o u r g - la -R e i n e , prés de Paris,
dans un cachot ou il avait été jeté.
T e lle íut la fin des quatre personnages qui ont
le plus marqué, dans la moderne philosophie,
auprés de Voltaire.
T o u s les details que nous venons de donner
prouvent malheureusement, jusqu’á l’évidence,
ce que nous avons dit, á savoir : que le secret de
la secte n1est pas autre que la haine de Jésus-
Christ, et le projet de détruire le christianisme.
N o us pourrions citer á Tappui de cette thése
mille autre témoignages, mais nous nous en ab-
sticndrons. Voltaire, á lui seul, résumé la société
frangaise depuis 1 7 2 8 jusqu'en 1 7 7 8 , année de
sa m o r t ; il a fait á son image ceux qui l’en-
touraient, líbres-penscurs et francs-magons, et
par eux et leurs écrits, aussi multiplies que ré-
pandus á profusion, il a corrompu son siécle et
lo monde.
2*
4 Le Secret

Adam Weishaupt fände Vllluminismc dilemand,

A la mümc ep o q u e, naquit cn A llc m ag n e


Adam W eishaupt. II ctait Age de trente ans
quand m ourut Voltaire. D oue d'un profond gcnic
d'organisaiion, il sc servit des matcriaux amasses
par la s e d e magonnique depuis So cin ju sq u ’ á
lui ; il les fagonna, et po u r achevcr d ’en faire
un etrc moral complet, il donna pour ame á ce
corps la doctrine de Spinosa , c’e s t - ä - d i r e le
Panthcismc.
Le secret de r i l l u m i n i s m c allcmand cst celui
de la Magonneric, avec laquellc il s’est identiñé
pour ne faire q u ’ un : la hainc de Jésu s-C h rist et
1c projet de detruire le christianisme. P o u r le
prouver, il nous suílira de cilcr quelques passages
des ecrits de W e ish a u p t lui*meme, dont nous
avons parle deja aillcurs.
« S o u v e n e z -v o u s , disait-il a ses a d e p te s , que
des les premieres invitations que nous vous
avons faiics pour vous attirer parmi nous, nous
avons commence par v o u s dire que, dans les
projets de notre ordre, il n’entrait aucune in te n ­
tion contre la religion ; souvenez-vous que cette
assurance vous a ele donnce dc nouveau quand
vous avez cié admis aux rungs dc nos n o v i c e s ;
q u ’elle vous a etc encore répétec lors dc votre
entree á notre Academ ic m incrvalc. Souvenez-
v o u s aussi combicn, dans ccs premiers grades,
nous vou s avons parlé de morale et de vertu ;
De la Franc-Maconnerie. 47

mais combien les études que nous vous pres-


crivions et les lecons que nous vous donnions
rcndaicnt et la vertu et la morale indépendantes
de tonte religion; combien, en vous faisant Téloge
de notre religion, nous avons su vous prevenir
qu’elle n’ était ricn moins que ces mystéres et ce
cuite degeneré entre les mains des prétres. Souve-
nez-vous avec quel art, avec quel respect simulé
nous vous avons parlé du Christ et de son Ev an -
gile, dans vos gr a d es d'Illumine majeiir, de Cheva­
lier deossais et d'Epopte ou p r e tr e ; comment
nous avons s u , de cet E v a n g i l e , faire celui de
notre raison, et de la morale, celle de la na tu re ,
et de la religion, de la raison, de la morale, de la
nature, faire la religion, la morale des Droits de
Vhomme, de VEgalität de la Liberté . Souvenez-
vous qu^en v ous insinuant toutes les diverses
parties de ce systeme, nous les avons fait éclore
de vous-mémes comme vos propres opinions.
Nous vous avons mis sur la v o i e ; v o u s avez ré-
pondu ti nos questions bien plus que nous aux
vótres. Quand nous vous demandions, par exem*
pie, si les religions des peuples remplissaient le
but pour lequel les hommes les ont adopte'es ; si
la religion pure et simple du Christ étuit celle que
professent au jo u rd ’hui les différentes sectes, nous
savions assez a quoi nous en tenir ; mais il iallait
savoir á quel point nous avions réussi á faire
germer en vous nos sentiments. Nous avons eu
bie;i des préjugés á vaincre chez vous, avant de
vous persuader que cette prétendue religion du
48 Le Secret

Christ n’etaitquc l’ouvragc des pretres, de l’ini-


posture ct dc la tyrannic. S ’ il cn cst ainsi dc cct
Évangile taut proclame, lant admire, que devons-
nous pcnscr des autres religions ? Apprcnez done
qu’cllcs ont toutes les memes fictions pour o ri­
gine j q u ’elles sont cgalcmcnt toutes fondees sur
le mensonge, 1'crreur, la chimere et l’imposture :
V o i L A NOTIíE SECRIÍT. *
« Les tours etles détours qu’il a fallu prendre,
les promesses meme qu’il a fallu vous faire, les
élogcs qu ’ il a fallu d on n erau Christ ct á ses pré-
tendues ccoles secretes,la íablc des Francs-Magons
longtcmps en possession d é l a veritable doctrine,
et notre Illuminisme, aujourd’hui seul heritier de
ses mystcres,nc vous ctonncnt plus en ce moment.
S i pour detruire tout christianisme^touicrcligiou,
nous avons fait semblant d’avoir seuls la vraie
religión, souvcnez-vous que la fin legitime les
moyens, que le sage doit prendre pour le bien tous
les mojrcns du mechánt pour le mal. Ceux dont
nous avons usé pour vous dclivrcr, ceux que
nous prcnons pour dclivrcr un jour lc genre hu-
main de toutc religion, ne sont qu’ une pieuse
fraude que nous nous rcscrvons de dcvoilcr dans
le grade dc Mage ou dc Philosophe illumine. »
Rcmarquons bien q u’ une assernblcc, ou convcnt
universal, s’cst tenue cn 1 7 8 1 , á W ilhcmsbad,
dans lc Hanau, ¿1 l’ cffct de délibérer sur la doc­
trine que la Franc-Maconnerie adopterait pour
s’ unifier, sous cc rapport, cr que ce fut celle dc
l’ Illuminismc allemand qui fut adoptéc. De sorte
De la Franc-Maconnerie. 49

que la decision prise en 1 7 8 1 , dans ledit convent,


decision suivie et gurdéc jusquVi nos jours par
les diverses loges maconniques de Funivers en-
tier, fait loi dans la secte, généralement. E n con­
sequence, la divinité de Jésus-Christ est une chi-
mére pour les francs-magons, et le christianisme
est un édifice q u ’il faut au plus tót détruire.
Parlant de ce convent, le Pere Deschamps,
dans son ouvrage magistral :Les Socie'te'ssecretes,
revu par M. C laudio Janet, nous ditque les socié-
tés maconniques, avant 1 7 8 1 , étaient divisées
comme les sectes protestantes, et que cette di­
vision nuisait beaucoupá leur action, « On re­
solut done, dit-il, d’ en venir á une reunion ou
convent general de deputes de tous les rites ma-
gonniques de Funivers, pour mettre plus d’acti-
vité dans les travaux, plus d’ensemble dans la
marche, et arriver plus sürement et plus vite au
buteommun : une révolution universelle. Wil-
hemsbadj dans le Hanau, prés de la ville de ce
nom, et a deux outrois lieuesde Francfort-sur-le-
Mein, fut choisi pour le lieu de la reunion. De
toutes les assemblées genérales tenues depuis
vingt ans par les franes-magons, aucune encore
n'avait approché de celle de Wrlhemsbad ,
soit par le nombre des élus, soit par la varióte
des sectes dont elle se composait. Done en 1 7 8 1 ,
sous Finspiration secrete de Weishaupt et sur la
convocation officielle du due de Brunswick,
de toutes les parties de PEurope, du fond de
FAmérique et des confins meme de PAsic ,
5o Le Secret

etaient accourus les agents ct les deputes des


societes secretes. C ’etait en quelque sorte tous
les elements du chaos magonnique, dit B arruel,
reunis dansle memcantrc. »
Weishaupt se fit representer au convent par
Knigge, le plus habile de ses adcptcs, et par Ditt-
furt. Ils avaient surtout pour emulcs les depu­
tes de rillu m in ism e frangais ou Martinisme de
Lyon.
« Cependant, ecrit le Pere Deschamps, P Illu -
minisme frangais ou le Martinisme n'etait point
rcste oisif devant ce travail de r illu m in is m e ba-
varo is. II venait de tcnir lui-meme unc grande
asscmblce a L y o n sous le nom de Convent des
GaulcSy ct ou il avait projetc de choisir pour chef
lc due Ferdinand dc Brunswick, qu'avcc leur
appui et ä leur instigation sans doutc, Tassemblce
dc Wilhemsbad nomine bicntot cn etfet chef su­
preme dc toule la Magonncrie, leur logc centrale,
dite des Chevaliers bienfaisants, a L y o n , ayant
acquis, on lie sait a quel litre, dit Clavel, une
haute preponderance sur les logcs d’Allema-
gne. E lle etait en quelque sorte consideree, meme
par les differentes fractions de la stricte obser­
vance, etpar les ateliers qui admcttaicnt, soit ex-
clusivcmcnt, soil en partie, lc systemc tcmplicr,
commc la loge-mcrc dc lassociation.
« Les logcs Martinistcs avaient depute A
Wilhemsbad, avee Saint-Martin lui-meme, lc
president du convent des Gaules, F.*. dc Villcr-
moz, negotiant lyonnais, ct L a Chape dc la H cu-
De la Franc-Maconnerie. 5i

zicrc. Le Martinisme, qui avait sourdement pro­


voque ce convent, et dont celui des Gaules n’avait
cte que le precurseur, ajoute Clavel, y exerga la
plus grande part d'influcnce; ses doctrines do-
minérent dans les nouveaux rituels, et le nom
desaloge-mére, les Chevaliers bienfaisants, figura
dans le titre т ё ш е de la reforme, avec Taddition:
de la cite' sainte. A ussi ses loges adoptcrent sans
exception le regime rectiíie qui fut substitué á la
Maconnerie de Saint-Martin. »
a T o u s ces envahissements de la Magonnerie
par le Martinisme et N llu m in ism e de W e is ­
haupt sont également attestés par'Barruel, ajoute
le P. Deschamps. « Forts de la protection du
vainqueur de Creveld et de Minden, dit Barruel,
Ferdinand de Brunsw ick, les deputes Martinistes
au congrés de W ilhem sbad, dont ce prince élait
president, Saint-Martin et L a Chape de la H e u ­
ziere, n’épargnérent rien, et eux et leurs agents,
pour y triompher*, ils furent appuye's, et leur vic-
toire eut etc infailliblement complete, sans le
grand nombre de députés deja gagnés par Knigge
(avec lequel cependant ils s’entendirent et s’allié-
rent), dit M. Lecoulteux de Canteleu. »
Si le lecteur se demande comment on a pu con-
naítre tous ces renseignements sur les societe's
secretes, les historiens de cette cpoque nous four-
nissent la rdponse, et Barruel, en particulier,
nous en donne les details, resumes par le Pére
Deschamps, dans les termes suivants : f E n Alle-
magne, un évenement, ménagé par la Providence
52 Le Secret

cotnmc un dernier avertissement aux monarchies,


faillit interrompre Je progres de la secte. L a ja­
lousie (it ecliiter unc rupture violente entre Wcis-
haupt et Knigge. E n outre, l ’electcur de Bavierc,
inquiet des menees soutcrraincs de ce qu’il
croyait la Franc-Magonncric proprement dite,
ordonna la fermeture de toutes les loges. Les
illumines, se croyant deja assez forts pour resister
a Pedit de l’electcur, refuserent d’y obtcmpercr.
Le hasard fit decouvrir la secte, dont on ne soup­
* A t ^ · T T * »
gonnait pas memc 1 existence. Un mimstre Pro­
testant, nommc Lanze, fut frappe de la foudre en
juillet t j 8 5 . On trouva sur lui des instructions
par lesquclles il constait qu’il etait charge, en qua-
li.le d'illumine, de voyager en Silesie, de visiter
les loges et de s’enqucrir entre autres de leur opi­
nion sur la persecution des francs-magons en
Bavierc.
a Mis sur la trace, le gouvernement proceda a
unc enquete severe. Les abbes Gosandey et R e n ­
nes, le conseiller aulique Utschneider e tl’acadcmi-
cien Griinberger, qui s’etaicnt retires de l’ordre,
des qu’ils en avaicnt connu toute l ’horrcur,
firent une deposition juridiquc. L e i i octobrc
1786, la justice fit une visite domiciliaire dans la
maison de Zwach, a Landshut, awisi que dans lc
chateau de Chandcrdor, appartenant a l’adeptc
baron dc Bassus. On y decouvrit tous les papicrs
et toutes les archives des conjures, que la cour
de Bavierc fitimprimer sous lc titrc d'E crits ori-
ginaux de Vordre et de la secte des illumines.
De la Franc-Maconnerie, 53

Etrange aveuglement des princes! L ’ appel de l’c-


lccieur de Bnvicre ne futpas entendu. L ’ interdic-
tion de i ’ordre des illumines dans Pélectorat et
dans l ’cmpire d’Autriche tut sans portée, cartous
les chefs de la secte trouvérent une protection de-
clarée dans tout le reste de l ’AUemagne. Le roi de
Prusse se refusa á toute mesure contre eux. W e is ­
haupt se retira chez un de ses adeptes, le prince
de Saxe-Cobourg-Gotha, qui lui donna une place
honoriíique et lucrative. De la, il put continuer
á diriger l’ ordre. » E n note, on lit : « Nous
avons entendu dire par M . le pasteur Munier,
president du consistoire de Genéve, que W e is ­
haupt, ayant trouvé un asile chez le prince de
Cobourg, lui promit de l ’en récompenser, et la
Magonnerie a peuplé de Cobourg les trónes de
TEurope. » M. Léon P a g é s , Valmy , p. i 3 .
Voir : Les Sociétés secretes, tome II, page 1 1 2 .

La Franc-Maconnerie en Itálie — Cagli ostro fo n -


dateur du Rite de Misra'im ou Rite Egyptien.

Puisque Tltalie était le berceau de la secte


maconnique , ainsi que nous Tavons montré en
parlant de TAcadémie de Vicence et, en particu-
licr, des Socins, il était naturel que la société des
magons y eüt son centre et regüi d’elle le m ouve­
ment. II n’en fut pas ainsi : Socin Loelius et
Fauste, son neveu, furent obliges de quitter leur
pays, oü les semeurs de fausses doctrines étaient
54 Le Sccret

traites comme le sont aujourd’hui parmi nous les


fabricants de fausse monnaic. On pensait alors, et
a juste titre, que l ’erreur religieuse est plus perni-
cieuse ä une sociélé que le faux argent, et les gou­
vernements penetres et armes de ce principe de-
mandaient á PEglise de leur signalerles doctrines
erronées, dont la predication pouvait diviser les
esprits el i’omenter ces troubles, ces revolutions,
ces guerrcs qui ont ensanglanté TEurope, en
dehors d c N l a l i c c l de PEspagne, mieux défenducs
par lours institutions queles autres nations.
Ceponduni Pltalic ne demeura pas complete-
ment éirangere á la Franc-Magonnerie. César
Cantu, dans son ouvrage : L ’’here's ic dans la Revo­
lution — page 45 — nous fournitde précicux ren­
seignements a ce sujet. E n voici quelques-uns :
« On ne sail pas d’ une maniere certaine, dit-il,
comment cette société ténébreuse pénéira en Italic.
Parm i les ciméliums de la Magonneric se trouve
unemédailleírappée a F lo ren ce,en 17 33,0 11 Phon-
neur du grand maitre le due de Midlesex. E n
17 3 9 , elle fut introduite en Savoie, dans le Pié-
moni et en Sardaigne ; ceslrois pays n’avaientqu’un
grand maitre provincial, nominé par la loge
principalc d’Anglcicrre. A lióme , rendez-vous
d’ un si grand nombre d’étrangers, il y avait des
loges en 1742, année oú ellos décernérent une
médaille a Marlin Folkes, president de la So-
ciélé royale de Londres ; mais elles demeurerent
secretes jusqiPen 178 9. »
Si Ton ignore de quelle maniere la Maconnerie
De la FranC'Maconncrie. 55

penetra en Italie, il est facile au lecteur de voir


que la secte est d’importation anglaise, en Italie
comme en France, et que les logesne demeurérent
pas tellcment secretes qu’elles aient pu échapper
ä la vigilance du Sainl-Siége, puisque C lém en tX II
les condamna par une lettre apostolique datée
de la huitiéme annce de son pontificat, c ’est-á-
direcn 17 3 8 . Cettecondamnation etles termes qui
rexpriment prouvent bien que la Magonncrie
n’avait pas changé de doctrine.
<r L a löge des Amis sinceres de la Trinité du
Mont y fut fondée, dít César Cantu, le 6 novem-
bre 17 8 7, par cinq Francais, un Américain et un
Polonais qui, en qualité de membres de loges
ctrangeres, gémissaient de vivre au milieu des
tcnebres... »
« La loge de Rome fut d'abord indépendante,
puis elle se fit conférer une institution reguliere
par le Grand-Orient de France » — creé lui-
meme, d’apres Ragon, le 24 décembre 17 7 2 , en
remplacement de la Grande-Loge de France, tom-
bee en sommcil depuis quelque temps, sous son
grand maítre le prince de Clermont, qui mourut
le 1 5 juin 1 7 7 1 .
a Naples eut diverses loges, qui toutes se fusion-
nerent, en 17 5 6 , en une loge nationale, laquelle
corrcspondait avec l ’Allemagnc. E n 1767, un mo*
ribond par scrupule de conscience, et un adepte, á
qui la sociétc avaitsupprimé les larges subventions
qu’ elle lui accordait, révélérent son existence et
firent connaitre le grand prieur duroyaum e, le
56 Le Secret

cinc cíe San Severo. C elui-ci fut arreté ; mais au


meme instant le feu fill mis a son palais ; le peii-
píe Pcteignit, en sorie que Pon put saisir la cor-
respondancc. Le due ne nía rien, ex posa la fin et
les moyens de Passociation, assura q u ’il y avait
soixante-qnatre mille macons dans la seule ville
de Naples, ct qu’il fallait compter les adeptes par
millions. » Cantu ajoute: « Suivant une notice
p u bl i é e a 1o rs a vec P i n c e r ti tu d o d o n t ét a i e n t e n ve lo p-
pées les sociétés secretes, la Maconncrie remontait
a cent soixante-cinq ans en arriere, á Pépoque oú
C r o m w e l l 'fonda une chambre de quatre secrétai-
res et sept assesscurs, un par nation ; chaqué na­
tion était suhdiviscc en cinq provinces, avec un
assesseur par province. »
« A Venise, des loges furent ouvertes des Pori-
ginc de la secte; mais on en prcscrivit la ferme-
tu reen 1 7 8 G . — L e livre porte: 1 6 8 6 . — C ’est
sans doule une faule d ’impression. — Cependant
la chose, quoique improbable, est possible, puis-
que Socin est morí en 1604, et q u ’il a pu plaire á
quelqu’un de ses adeptes de venir implanter la
secte magonnique á Venise.
« Quoi qu’il en soit, un certain Scssa, de Naples,
les retablit ; des nobles, des abbés, des négociants
s’y aíliliérent. Les vigilants inquisiteurs d’Etat en
furent informes par un rouleau de papiers que
Jéróm e Ju lian oublia dans une gondolc. Aussitót
la loge pros Saint-Simon-le-Grand fut envahic
pendant qu’il n’y avait personne; 011 en emporta
tout cet attirail mystique et burlesque de cránes, de
De la Franc-Macottnerie. 57

compas, de pentagones, de tambours, de truelles,


de tabliers, et I o n brula le tout en presence du
peuple, qui crut a un sabbat. On defendit alors
lesloges, non seulement a Venise, mais a Padoue
et a Vicence, sans pourtantsevir contre les affilies,
peut-etre parce qu'ils etaient trop nombreux et
trop puissants ; ils ne tarderent pas, du reste, a se
rallier et a conspirer pour la destruction de la
republique. »
Remarquons, ic iT que la Magonnerie ne s’offre
pas seulement avec le caractere de haine directe
et personnelle contre Je s u s -C h r is t, mais aussi
avec une opposition reelle et un mepris formel
de la verite chretienne. A l ’appui de cette pro­
position, nous citerons une page tres instructive
de Cesar Cantu, qui ne laisse pas quc d’avoir sa
note gaie :
a Observons, avant d’aller plus loin, dit-il,
qu’avec la disparition des vraies doctrines, la
superstition grandit en Allemagne et en France
d’une maniere surprenante: c’ est que Inspiration
aux realites ideales est si bien dans la nature de
Phomme, que, plutot que de renoncer a Tespe-
ranee, cette divinite supreme, il se jette tete baissee
dans les sciences occultes. On vit done apparaitre
de nouveaux thaumaturges : on avait tourne en
ridicule la metaphysique, on avait coupe les ailes
aux aspirations legitimes de l ’ame; mais, ne pou-
vant se contenter d'une philosophie sans ideal, on
ajouta foi aux charlatans, ou bien Ton recourut
au merveilleux, pour se soustraire aux severes
58 Le Secret

legons de la vérité. Quelques-uns de ces hiero-


phantes etaient des mystiques, comme Sweden­
borg, Lewater, Saint-Martin ; d’autres des révo-
lutionnaires, comme Weishaupt, Knigge, Bode ;
d’autres des charlatans et des fourbes, comme
Jean-Georgcs Schröpfer, un gargon d’hótel qui
parvint á fascincr des ministres, des diplómales
et des princes, au moyen d’operations thauma-
turgiques, jusq u’au moment 011, sc voyanl re-
connu pour un veritable escamotcur, il se tua.
Peu de sicclcs furent aussi sottement credules que
le dix-huitiem e: la grande cité des philosophcs
ful pleinc de demons, de vampires, de sylphes,
de convulsionnaircs, de magnétiseurs, de caba-
lisics, de rose-croix, d’evocateurs, de fabricants
d’clixirs de longue vie. L e marquis de Saint-
Germain, que scrvait une memoire vaste et te­
nace, traitait les grands, les savants, la socictc,
avec le plus grand sans-gcne, debitait les contes
les plus bizarres, se disait le temoin oculaire des
évenemenls les plus é lo ig n e s ; il avait connu
David, avait assisté aux noces de Gana, chassd
avec Charlemagne, bu avee Luther, et les Pa-
risiens le croyaient. II était, á ce que l ’on pense,
íils du prince llakasky de Transylvanic : ilvo ya-
geait égalcment beaucoup en Italic, sc donnant
successivcmcnt pour le marquis de Montfcrrat cl
le comte de Bellamare á Venisc, pour le chevalier
Schoning a Pise, pour le chevalier Wedon a
Milan, pour le comic Sollik of ä G e n es; il rappe-
lait souvcnt ses aventures d’ ltalie ct d’Espagne;
De la Fratic-Maconnerie. s9

il fut puissamment protege par le dernier grand-


due de Toscane, dont il avait fait un initie. »
« Ici se place, ecrit le P. Deschamps, de 1780
ä 1789, 1111 curieux episode de Taction des societes
secretes : Tintervention du fameux Cagliostro,
qui depuis longtemps etait un de leurs agents les
plus habiles... Nous avons dit que la Magon-
ncrie comptait, entre autres origines, la Kabale.
Lcs pratiques cabalistiques, jointes aux reves de
Talchimie, avaient au x v m e siecle, en plcine lu-
mierc philosophique, autant d’adhcrents qu’au
XV®. L ’histoire de la Magonnerie a cette epoque

cst remplie de recits des reunions de loges de


Kabale. Des supercheries de tout genre s’y me-
laicnt ä des prestiges dumoniaques, dont il cst
impossible de contester la realite. Ainsi en est-il
dans le spiritisme moderne, dont nous avons
smnale
p la liaison avec la Franc-Maconncric
t
jlivrc ier, ch. ii, § 9). L a Magonnerie cabalistique
exergant une fascination toute particuliere sur cer­
tains esprits, Cagliostro eut pour mission de la pro­
pager. Nous allons raconter cet episode de This-
toire de la Revolution, en faisant remarquer que
la Magonnerie ne peut pas sc dc'gager de la so­
lidarity de ce personnage, chez qui le charlatan
se joignait au posscde, car le Rite de Misräim 011
Egyptien, dont il cst fondateur, iVa jamais cesse
de faire partie de Torthodoxie magonnique.
« Ne ä Palermo cn 1 7 4 3 , ßalsamo, qui changea
plus tard son nom en celui de Cagliostro, apres
voir parcouru une grande partie de l’ Orient, de-
6o Le Secret

vint l’agent voyageur du double Illum inísm e fran-


gais etallemand auquel l’avait initic Sain t-G er­
main, et qu'il renda it plus attrayant cncorc par
Palchimie, la cabale et les secrets medicinaux, ma-
giques ct íantasmagoriques qu’ il y mélait. II par-
courait, presidant en secret ou bien ouvertement
les loges, en fondant de nouvcllcs, PAllemagne,
l’ íialie méridionale, l ’Espagne, puis PAngleterre,
toujours accompagné de Lorenza, femme remar-
quable par sa beauté, qu’il avait epousée dans son
premier voyage ¿i Rome, ct qu’ il avait fagonnee á
tous les genres de seduction. De la il passait á
Venise sous le nom de marquis Pelligrini, et tra­
v e r s a l de nouveau PAllcmagnc pour s’entendre
avec les chefs des societes secretes, et retrouver le
comte de Saint-Germain dans le Holstein, d’oü
il partait pour Courlande et Saint-Pétersbourg,
avec la riche cargaison qu'il avait amassee. Ilq u it -
tait bientót la capitule de laR u ssie, avecvin gtm ille
roubles de plus, don de l’ impératrice Catherine,
la corrcspondantc de Diderot, de Voltaire et de
d’Alembert, etla grande prótectrice des loges ma~
gonniques qu’il avait fondees dans cctte ville, ainsi
qu’a Mittau, pourleá hommes et pour les femmes.
C ’est alors qu’il parut á Strasbourg precede d’ une
reputation extraordinaire, ct muni d ’un brevet de
eolonel dülivré par le roi de Prusse. II y fonda de
nouvcllcs loges e t y íit de nouveaux proselytes. De
la il se rendit á Lyon , oú il fut regu avec de
grands honneurs par la loge de la S tr id e obser­
vance ; il y fonda avec un luxe extreme celle de
De la Franc-Maconnerie. 61

la Sagesse triomphante, qui devait devenir


la mere de tomes les autres. De Lyon, il se rendit
á Bordeaux, ou il resta onze mois á organiser les
loges magonniques, et arriva enfin á Paris pour la
scconde fois. Ge f u r a lo r s qu’il fonda une mere-
loge d’adoption ou de femmes de la haute Ma-
gonnerie égyptienne, puis dans son logis méme
une seconde pour ses di&ciples les plus instruits
ct les plus surs ; et que, dans une seance solen­
nelle oú les 72 loges de Paris avaient envoyé des
deputes, il fascina en quelque sorte par son elo­
quence et ses prestiges les fréres ébahis. Mais
bicntót compromis dans l'affaire du Collier, mis
a la Bastille, il n ’en sortit quepourpasser de nou­
veau en Angleterre. C ’est la qiTil redigea — 1787
— cette lettre celebre au peuple francais, ou il
annongait Poeuvre et la realisation des plans des
sociétés secretes, et prédisait la Revolution, la
destruction déla Bastille et de la monarchic, et
Tavénement d’ un prince, Philippe-Égalité, qui
abolirait les lettres de cachet, convoquerait les
Etats géne'raux et rétablirait la vraie religion
ou le cuite de la raison. » On le voit, le secret de
la Maconnerie cgyptienne est le méme que celui
de rillu m in ism e allemand et frangais, que celui
de la Maconnerie anglaise : c’est du socinianisme
á haute dose, c’est-á-dire la negation de la Reve­
lation chrétienne et les orgies intellectuelles du
paganismo, sans excepter ses saturnales, ni les
mysteres de la bonne déesge. E t dire que Caglios­
tro dominait l’ Europe ! qu’il fondait partout des
Le Secret

logcs ! qu'ildonnait son nomau Rite de M israím


o l í Rite Egypiien, encore suivi aujourd’hui par le

monde maconnique ! Quelle paternilé !


« Weishaupi, dit M. L o u is Blanc, avait tou-
jours professé beaucoup de mépris pour les ruses
de ralchim ie ct les frauduleuscs hallucinations
de quclqucs rose-croix. Mais Cagliostro était
d ou ed e puissants moyens de seduction ; il fut de­
cide qu’on se scrviraitdc lui. »
« Gcci vaut q u ’on le note dans l ’histoire des
aventures de Vesprit humain, dit cncorc M. L o u is
B la n c ; il se tit autour de Cagliostro un bruit
qui ressemblait á de la gloire. On vit aílluer vers
lui, nicles a des gens du pcuplc et á de simples
ouvricrs , princes , savants , nobles de race ct
nobles d’époc. II put compter au nombre de ses
partisans des personnages du plus haut rang, tcls
que le due de Luxem bourg ct des homines’d’ un
mente rcconnu, tels que le naturaliste Ramond,
magon du rang le plus eleve. Ses disciples nc l’ap-
pelaient que pero adoré, maitre augusto, et met-
taicnt a lui obóir un empressement plcin de fe r ­
vour. On voulait avoir son portrait sur des me­
dallions, sur des évcntails ; et taillé en marbre,
coulc en bronze, son busto fut mis dans des pa­
lais avoc coito inscription : Le divin Cagliostro. »
Cos paroles do M. Louis Bltme, dccrivani la
gloire, la puissance ct la folio admiration du
mondo pour Cagliostro, rappolle naiurcllemcnt
au lectcurla sconc do TEvangilo oü Satan trans­
porte le F ils de Vhomme sur une haute montagne;
De la Franc-Maconnerie. 63

puis, lui montrantlcs divers royaumes de la terre,


il lui dil : Si, tombant á mes pieds, tu ni'adores,je
te donnerai tnus ces empires. — II y a vraiment
dans Fhistoire de Pesprit humain des choses qui
nc s’expliquent que par des puissances mysté-
ricuses. Ces explications, les spirites les deman-
dent aux tables tournantes, et nous, á Penseigne-
ment infaillible d eP E glise . L ’esprit de verite cst
avec PEglise, Pesprit d’errcur avecles autres.
Mais le sujet est trop instructif pour l’abandon-
ner si vite. Ecoutons Pillustre maqon Clavel
nous parler de Caglioslro, á son tour :
a Le grand Cophte,dÍt-il,—c’est ainsi qu’ en loge
s’appelait Cagliostro,— promettait á ses sectateurs
de les conduire a la perfection, á Paide de la rege­
neration physique et de la regeneration morale.
Par la regeneration physique, ils dcvaient trou-
ver la matiere premiere ou la pierre philosophale
etPacacia qui maintient Phomnie dans la force de
la j cun esse et le rend immortel. Par la regénéra-
tions morale, il procurait aux adeptes un pentá­
gono, ou feuille vierge, sur laquelle les anges oni
gravé leur chiifre et leurs sceaux, et dont Peffet
est de ramener Phomme á Pctat d’innocence, et de
lui communiquer la puissance qu’il a v a ita v a n tla
chute de notrc premier pero, etqui consiste parti-
culicrement á commander aux purs esprits. Ces
esprits, au nombre de sept, entourent le trone de
la Divinité et sont preposés aux gouvernements
des sept planetes. ‘
a Les hommes et les femmes étaient admis aux
64 Le Secrct

| I · / * * %· 1 A
mvsteres du rite cgyptien ; el quoiqu ll y cut unc
Ma^onncric distinctc pour chaqué scxc,cepcndant
les formalités étaicnt á peu prés les mémes dans
lcs deux rituels.
« Dans le ritucl de la reception aux deux pre­
miers grades, les néophytcs se prostcrnaient a
chaqué pas devant le Vénérablc commc pour l’a-
dorer. — C ’cst toujours Clavel qui parle. — C e ne
sont ensuitc qu’insufilations, encensements, fum i­
gations, exorcismos, priores, evocations de Moise,
dos sept espriis, dos anges primitifs, qui sonr ccn-
sés apparaitrc et répondre (commc dans le spiri-
tismc) par des médiums,qui doivent etre ici un
jeune garcon ou uno jeune tille dans un état d ’in-
nocence parfaite. Le Vénérablc leur souffle sur le
visage,on prolongeantle souffle jusqu’au mentón ;
il ajoute queiques paroles sacramentelles, apres
quoi la colombe ou pupillc, c’ cst lo nom donné á
cos médiums, voit los purs esprits, qui leur dé-
clarcnt si les candidats présenles sont.ouiou non,
dignos d’etre re^us, et leur montrent dans unc ca­
rafe p lein c d ’cau et cntouréc de plusieurs bougies
allumées cc qu’ils doivent répondre aux interro­
gations curieuses qui leur sont faites sur des d i o ­
ses cachées ou fort éloignées. » — Histoirc pitto-
rosque de la F ra n c-Maconnerie et des socictes
secretes, par le F . \ Clavel, 3° édition, Pagnerre,
1 844, pagos 175 ct s.
César Cantu parle longuemcnt aussi de Ca-
gliostro :
« Annoncé par dcsaíliches apocalyptiques etp a r
De la FranC'Maconnerie. 65

les journaux, écrit-il, il arriva á Paris, prit un


appartemcnt somptueux, avec une table magnifi­
que, oil se donna rendez-vous toutce qu’il y avait
dc riche, dc beau, de docte et d’influent. Pendant
quelque temps, on ne parla que de lui dans la
grande ville, ou Ton est sur que toute espéce de
nouveaute, d’extravagance, excite momentane'ment
Penthousiasme. C ’e'tait Pépoque oü la raison, re'-
voltée contre D ieu , se prosternaitdevant les rose-
croix ; ou Ton niait les miracles, mais ou Ton
admettait les ¿vocations d’ esprit de Gossner, les
conjurations de Cazotte, les puissances invisibles
de Lewater... » a Bordes, dans ses Lettres sur la
Suisse, ne peut sé lasser de Padm irer: « Son as­
pect, dit-il, revele le g é n ie ; ses yeux de feu lisent
au fond des ames. II connaít presque toutes les
langues de PEurope et de PAsie ; son eloquence
e to u rd it;il entrame méme dans les choses quMl
connait le moins ». — On sait p o u r ta n t, dit
Cantu, que Cagliostro avait les yeux de travers,
le regard effaré, le corps difforme, un caractére
empörte, orgueilleux, dominateur, aucune p o li­
tesse dans les maniéres, aucune grace, aucune
correction dans son langage. »
Oblige de fuir d’Angleterre, puis de quitter la
Suisse, T u rin , Venise, chassé enfin de partout, il
seflatta de trouver plus facilement des dupes á
Rome. Sa femme Pentrainait aussi de ce cote, oü
Pattirait le désir de revoir sa patrie. Cagliostro
essaya vainement de recommencer son role habi­
tué! : il fut pris par le Saint-Office, en 1789, avec
66 Le Secret

tous scspapiers, tous ses symboles ettous seslivres.


Oninstruisitson p ro ces.Ilavou atou t. Ilsem o n tra
changé et repentant;c’est pourquoi il ne fut pas
livrcau brasséculier,c’est-á-dire qu ’il evita la rnort.
Son manuscrit auqael il avail donnc ce titre : L a
Maconncric cgj'pticnne, fut solcnnellement rc-
prouvc et brulc publiquement avec les insignes de
la secte ; les Francs-Macons furent de nouveau
condamnés, avec une mention particuliere du Rite
Egyptien et des Illumines (7 a vril 17 9 1).
« Enfermé au fort San-Léo^ dit Cantu, Caglios-
tro ne fit plus de miracles. II demanda á se c o n ­
fessor et tema d’étrangler le capucin qu’on lui
avait envoyé, espérant s’cchapper sous le couvert
desa robe. Surveillé de plus pros a partir de ce
moment, on n’entendit plus parlor de lui. Les
Jacobins Je mi rent au nombre des martyrs de
rfnquisition, et je m’aliends á ce que, d’un jour a
Fautrc, on en fasse une dos sai nies victimes de la
tyrannic romuine. »
Que le lecteur ne s’étonne pas du soinque nous
avons pris de lui peindre Cagliostro; mais qu’il se
souvienne plutót du role important joué par ce
personnago étrange, dans rhisioire de la Magon-
nc:*ic. Voyant alors qu’il est Je fondaicur d’un
rile encore aujourd'hui suivi dans la société
magonnique, il comprendra qu’en vertu de cette
palemité, Joseph Balsamo, dit Cagliostro, devait
ctre iraité commc nous l ’avons fait.
Arrotons-nous ici pendant quelques instants,
et demandonsa quelques écrivains de cette méme
De la Franc-Maconnerie.

époque leur jugemeni sur les faits et gestes de la


Maconnerie au xvin® siecle.
Ecoutons d’abord un franc-macon > anglais,rJohn
Robison, secretaire de l ’Académie d’ Edim bourg,
qui publia en 179 7 un livre intitulé : Preuvcs des
conspirations contre toutes les religions et tous
les gouvernements de VEurope, ourdies dans les
assemblées seci'ótes des illumines et desfran cs-
macons,
or J ’ai eu, dit-il, les moyens de suivre toutes les
icntatives faites pendant cinquante ans, sous le
pretexte spécieux d’ e'clairer le monde avec le flam­
beau de la philosophie et de dissiper les nuages
ilont la superstition religieuseet civile se servait
pour retenirtout le peuple de l’ Europe dans les
ténebres e t l’esclavage. J ’ai observé les progrés de
ces doctrines se mélant et se liant de plus en plus
ctroitcment aux différents svstémes de la Macón-
nerie; enfin j’ai vu se former une association
ayant pour but unique de détruire jusque dans
leur fondement tous les établissements religieux
et de renverser tous les gouvernements existant en
Europe. J ’ai vu cette association répandre ses
svsicmcs avec un zele si soutenu, qu’elle est de-
venue presque irrésistible, et j ’ai remarqué que les
personnages qui ont lep lu sd e p a rt ¿1 la Revolution
frangaise étaient membres de cette association ;
que leurs plans ont été congus d'aprés ses princi­
pes et exécutés avec son assistance. J e m e s u i s con-
vaincu qu’elle existe toujours, qu’elle travaille
toujours sourdement, que toutes les apparences
68 Le Secret

nous prouvent que non sculement scs cmissaires


s’efforcent de propager parmi nous ces doctrines
abominablcs, mais memo q u’ il y a en Angleterre
deslogos qui dcpuis 1784 correspondent avec la
mere-loge. C ’cst pour la demasquer, pour prou-
ver que las mcneurs ctaient des fourbcs qui pre-
chaient une morale et une doctrine dont ils con-
naissaientla faussete et le danger, et que leur veri­
table intention etait d’abolir toutes les religions,
de renverser tous les gouvernements et de faire
du mondc entier une scene de pillage et de meur-
tre, que j’ otire au public un extrait des inform a­
tions que j’ai prises sur cette matiere. » — Les
Societes sccretcs, tome II, p. i 32 .
Le lecteur trouvera dans cette citation une
preuve bien positive de ce que nous avons avance,
a savoir : que le secret de la Magonnerie consiste
dans le projet de detruire le regne de Jesus-Christ
sur la terre. John Robison va plus loin ; il dit de
toute religion.
Est-ce que la secte s’est convertie. depuis cette
epoque ?
Non, elle ne s’est pas convertie. Fatigueede des­
truction, clle a pu s’arreter un moment, comme
autrefois les bourreaux, lasses defrapper les mar­
tyrs chretiens, laissaient tomber leursbras ; mais
elle garde sa doctrine et ncdesarme jamais.
Nous lisons dans le P. Deschamps cequi suit :
« Napoleon Bonaparte etait en effet franc-magon
avance, et son regne a etel’epoque du plus grand
epanouissement dela Franc-Magonnerie. On a vu
De la Franc-Maconnerie. 6g

com ment, pendant la T erreur, le Grand-Orient


avait cesse son activite. Des que Napoleon se fut
empare du pouvoir, les loges se rouvrirent de
toutes parts. »
« Ce fut Pepoque la plus brillante de la Ma­
gonnerie, dit le secretaire du G.*. 0 . \ , B a z o t ;
pros de douze cents loges existaient dans PEm pire
frangais i a Paris, dans les departements, dans les
colonies, dans les pays reunis, dans les armees,
les plus hauts fonctionnaires publics, les mare-
chaux, les gene'raux, une foule d'ofÜciers de tous
grades, les magistrats, les savants, les artistes, le
commerce, Findustrie, presque toute la France,
dans ses notabilite's, fraternisait magonniquement
avec les magons simples citoyens : e’etait comme
une initiation generale. » — Tableau historiquede
la Maconnerie, p. 38 .
« L ’ lllum inism eet la Franc-Magonnerie,dit ega-
lement Alexandre Dumas, ces deux grands en-
nemis de la royaute, dont la devise etait ces trois
initiales : L.*. P.*. D . \ , e’est-k-dire Lilia pe-
dibus destrue : — Foule% aux pieds les lis,— eurent
une grande part ä la Revolution frangaise...
Napoleon prit la Magonnerie sous sa protection. »
II en fut le chef et Tinstrument. « L e gouver­
nement imperial, dit le F.*. Bazot, se servit de
son omnipotence, ä laquelle tant d e s t it u t io n s ,
tant d'hommes cedercnt si complaisamment, pour
domincr la Magonnerie. E lle ne s’effraya ni ne
se revolta... Que desirait-elle, en effet ? Etendre
son empire. E lle se laissa faire sujette du despo*
Le Secret

tismc pour devenir souveraine. » Code des


Francs-Maeons, p. 83 . T o u s ensemble que vou-
laient-ils ? Asscrvir PE glisc et la detruire.
« Quclqucs jours aprcs la signature du C o n ­
cordat de 1802, comme Volncy, Timpie auteur
des Ruines, dont Napoleon avait fait 1111 senateur,
]lij demandait : Fst-ce la ce que vous civic% pro-
mis ? Calmez-vous, lui rcpondit le premier con­
sul, la religion en France a la mort dans le
v e n tr e : vous en jugerez dans dix ans, » A la
meme epoque, le tribun Sanilh lui disait q u’avcc
le Concordat il donnait du pouvoir en France a
un prince etranger : « Pensez-vous, rcpondit-il,
que pour cela je me sois mis dans la dependance
du Pape ? »
« Tant que la France domina dans la penin-
sule, dit Cantu, soit au temps de la Republique
cisalpine, soit au temps des royaumes d’ ltalic,
de Naples, d’Etrurie, la toute-puissance de N a ­
poleon pesa sur l’Eglise. .Le maitre prctendait
soumettre a ses dccrets les volontes et les con­
sciences. Le Concordat qu’on avait conclu avec la
Republique italicnnenedevaitpas imposer d’aussi
grands sacrifices., parcequ’il nes’agissait pas de re-
tablir la religion, qui n’avait jamais etc abolie
dans lap en in su le; les concessions furent moindres,
et on y insera la promesse de n'introduirc aucune
innovation, si ce n'est d’accord avec le Saint-
Siege. Cependant on publia aussi en Italic lc sy lr-
ticles organiques, que Napoleon avait arbitrairc-
meat joints au Concordat, ct qui le denaturaient
De la Franc-Maconñerie. 7*

en quelque partie. SÍ on feignit de les retirer,


pour fairc droit aux plaintes du Pape, ils sub-
sisterent rcellement dans les de'crets da vice-pré-
sidcni Melzi et du ministre da cuite. Quand la
République italienne fut devenue le royaume
d'ítalie, Napoléon snpprima plusieurs couvents,
et plus tard tous les autres ; il réduisit les pa-
roisses ; il íixa le nombre des séminaristes et
cntoura d'espions le Vatican et les cardinaux. »
Au fond de ces mesures tyranniques, il faut
voir la passion de dominer, qui caractérisait le
conquérant; toutefois, n’oublions pas qu’il était
toujours Vinstrument de la secte magonnique, et
pour lui plaire, et pour garder ses suffrages, il
était oblige de lui donner sans cesse des satis­
factions qu’ elle réclamait, c’ est-á-dire des chaines
imposées á PÉglise, On l’a dit avec r a i s o n : des
gouvernants, de par la Magonnerie, ressemblent
au voyageur qui traverse les foréts de la R ussie,
poursuivi par une troupe de loups. II n’échappe
á leur dent meurtriére qu’en leur jetant, dans sa
fuite, quelquc chose á dévorer, jusqu'au moment
oú il devient lui-m ém e leur proie. T e l fut Napo-
léon.
E neffet, dit César Cantu, « le moment vint oú,
dans ses desseins, il n’y cut plus de place póur la
prudencc ct la modération. II 11c savait plus s’ar-
rcter sur ce chemin rapide qui paraissait le por­
ter au sommet et qui le conduisait cependant a
Tabime. Résolu d’enserrer méme les croyances et
le cuite dans son despotisme administratif, il son-
Le Secret

geait á s'emparcr du reste tie l ’Etat pontifical. A


ceux qui luí moniraient qiTun Papesans royaume
serait nécessairement asservi a un roi, et par suite
repousse des atures, Napoléon repondit : «. Tant
que P E u rop e a rcconnu plusicurs maitres, il
iVétait pas decent que le Pape íut soumis á Pun
d’eux, en particulier. Mais aujourd’hui qu'elle
n’en rcconnait plus d’autrc que m o i?.... Toutc
N ta lie (ccrivait-il militairement au Pape) sera
sou mise a ma loi... Votre Sai rucié cst souvcraine
de lióme, mais moi, j ’en suis PEmpereur. T o u s
mes ennemis doivent etre les siens.... »
Ces phrases á eñet, publiées au loin, retcntis-
saient jusqu ’au íond des logos. Elles íaisaient
prendre patience á la secte, sans toutei'ois la satis,
fairc. Vainement Napoleon traína Pie V I I en
prison, menaca le Pontifc, et méme osa, dit-on,
lo maltraiter; rien ne sut apaiser la Revolution
magonnique, et la secte insatiable ti nit par Paban-
donner en 1809.
« L'ordrc magonnique, dit Eckert—magon ins­
truí t— considérait Pcmpcreur Napoleon I L‘r commc
un instrument destiné a renversor toutes les na-
tionalitos curopécnncs; apres ce gigantesque dé-
blai, il espórait réaliscr plus faeilement son plan
d'une Rdpubliquc universclle. »
« A Francfort ot dans toule PAllcmagne, ra-
conté un illustre historien, Janssen, les J u ifs
Pacclamaiont commc le Messie, tant ils avaient
consciencc du renvorsement de Podifice social
chrélicu qui s'accomplissait par sos armes. »
De la Franc-Maconnerie. j3

« Des que les chefs magonniques, écrit le P.


Dcschamps, comprirent que le despotisme impe­
rial se concentran tout cntier dans une ambition
pcrsonnelle et des intéréts de famille, et que la
Magonnerie n’avaitété pourlui qu’un instrument,
des ce moment commenca á bouillonncr Peffer-
vesccnce populaire, par le moyen des Tugend-
bund, oeuvre des sommités maconniques. »
« La correspondance du haut magon Stein, mi­
nistre de P r u s s e . . demontre que la conversion
hostile a Napoleon s’étendait au loin... Sa dic-
tature marcha de défaite en défaite jusqu’a File
d'Elbe et a Sainte-Héléne, comme elle avait a u ­
trefois marché, avec Pappui de la Magonnerie, de
victoire en victoire. »
L a Magonnerie s’était aussi propagée dans les
pavs du midi de PEurope par les Anglais. « C ’est
de 1726, dit Clavel, que date Pintroduction de la
Franc-Magonnerie en Espagne. E n cette année,
des constitutions furent accordées par la Grande­
Loge d’Angleterre á une löge qui s'était formée ä
Gibraltar; en 17 2 7 , une autre löge fut formée ä
Madrid. Ju s q u ’en 1779 , celle-ci reconnut la juri-
diction de la Grande-Loge d’Angleterrejdelaquelle
elle tenait ses pouvoirs; mais, á cette époque, elle
secoua le joug et constiiua des ateliers tant a Cadix
qu’a B a r c e lo n e , á Valladolid et dans d’autres
villes. »
« Les premiéres loges, ajoute immédiatement
le méme historien, qui s’établissent en Portugal, y
furent érigées, en 1 7 2 7 , par des délégués des So-
3
71 Le Sccrct

cióles de P a ris; la G ra n d c -L o g e d ’Angleterre fonda


aussi, a partir de 1 7 35 , plusicurs ateliers a L u -
bonne et dans les provinces. Dcpuis lors, les ira-
vaux ma<;onñiques ne furent jamais cnticrcmcnt
suspendus dans ce ro y a u m e ; mais, sauf les excep­
tions que nous signalerons ailleurs, ils y furent
constammenl entourés da silence le plus pro­
fond. » — Voir les Socictcs secretes, vol. 11, p. 8.
Ge silence si profond, observé en Portugal, ne
fut pas moins gardé en Espagne, si Ton en juge
par certain exposé que nous trouvons dans Pou-
vrage dé ja cité par nous : le Voile leve pour
les curieux, lequel renferme, avec les documents
de l'abbé Lcfranc, d’autres pieces intéressantes.
« L ’ Espagne, y lisons-nous, pouvait a peine comp­
ter jusqu'alors — (les guerres de Napoléon I er) —
quelques-uns de ses enfants isolés, qui, loin de
leur patrie, avaient été initiés aux mystéres de la
Matj’o n n e rie; cette secte était presque inconnuc
parmi nous. Lorsque Plnquisition fut détruite,on
ne trouva dans les archives de ce tribunal qu’ un
tres petit nombre des proccs relatifs á la Ma^onnc-
rie, et encore les documents oífraient-ils tant
de confusion et des circonstances si vagues et si
discordantes, que N n q u isitio n paraissait n’etre
point du tout versée dans les causes relatives á la
Mayonneric. Bien plus, lorsque les prisons da
Sai nt- 0 Hice furent ouvertes dans toute PEspagne,
011 n’y trouva que trois individus arrétés comme
macons. On doit conclure de tout cela que jus-
qu’en 1 8 1 8 les franes-ma^ons n’y existaient point
De la Franc-Maconneric. j5

commc Société, car, dans le cas contraire, ils au-


raicnl difficilcinent échappé á la surveillance de
l'Inquisilion.
« Les apotres, ou, si Pon vcut, les premiers pro-
pagateurs de cette secte dans la péninsule, furent
plusieurs militairesau service de Napoleon, parmi
lesquels les généraux L ... et M... se firent remar-
quer par leur esprit de prosélytisme. Le premier
propagea la Ma^onnerie dans FAndalousie, et le
second dans la province de Soria. D ’autres mili-
taires travaillerent en meme temps, et réussirent
á Pétablir a Madrid, a cote du troné éphémére et
usurpé de Joseph. Et, soit attrait de la nouveauté,
soit nécessité de se reunir et de resserrer les
nocuds de l’amitié pour des homines qui avaient
suivi le méme parti, on vit accourir aux loges les
ministres du roi intrus, des conseillers d'Etat;
des ccrivains poliliques, et enfin tous les pre­
miers personnages parmi ceux qui avaient em-
brasse la cause de la nouvelle dynastie; et le
Grand-Orient s’établit á Madrid, sous la denomi­
nation de Sainte-Barbe ou de Sainte-Eulalie, »
Nous ne suivrons pas les diverses phases de la
Maqonnerie en Espagne ; nous dirons seulement,
avec Fauteur cité plushaut, que les sociétés secre­
tes, « maitresses de tous les moyens de communi­
cation parmi les malheureux Espagnols, aprés
avoir étouffé Fopinion publique et les cris des
gens de bien, qui ne pouvaient se plaindre sans
s’exposcr á monier sur Péchafaud, ces sociétés
gouvernaient ouplutót bouleversaient despotique-
y6 Le Secret

ment la péninsule, devenue leur patrimoine ; et se


disputant le sceptre de fer qiPelles avaient en
main, en invoquant la liberte, elles faisaicnt ver-
ser au peuple, á chaqué querelle, des torrents de
lannes et plongeaient les families dans la deso­
lation. »
Quelle ctait leur doctrine? Evidemment celle
de Socin et de la Maconnerie, en general. A ussi
Don Ferdinand V I I , roi de Castillo, rappelant le
docrct du 6 docembrc 18 2 3 , par lequel il formo les
logos (ou torres) et proscrit la secte magonnique,
s’exprimc en ces termes:
« A ceux dem on Conseil, etc... Sachezque par
décret roval du 6 docembrc de Pannde derniére
(1823), je jugeai a propos de dire a mon Conseil
qiPune des principales causes déla revolution en
Espagne ot en Amórique, et un dos rossorts les
plus cíhcaces employes pour favoriserses progrés,
ont dtd los socidtós secretes qui, sous diffórentes
1 / · » * r · · | · ·

denominations, s otaicnt introduites parnn nous,


trompant la vigilance du gouvernement, et acqud-
rant un degró de malignité inconnu dans les pays
d’ou clics tiraient leur origino primitivo. C ’est
pourquoi, convaincu que, pour apporter un
prompt ot eflicacc remedo á cette plaic morale ct
politique, il nc sufhsait pas dequelques disposi­
tions do nos lois destinóos a coupcr le mal, e tq u ’au
moins il dtait nccessairc do les corroborer et de
les approprier aux circonstances dans losquclles
nous nous trouvons, on redoublant do precautions
pour decouvrir les su sdites associations ct lours
De la Franc-Maconnerie. 77

sinistres desseins, je voulus que le Conseil, toute


affaire cessante, s’occupätde celle-ci, en me com-
muniquant c e q u ’il jugeait le plus convenable sur
la matiere. »
L ’art. i #r porte : « Sont prohibees de nouveau et
d^unc mnniere absolue, dans tous mes royaumes
ctdomaines de l’Espagne et des Indes, toutes les
congregations de francs-macons e t d ’autres socie-
tes secretes, quels que soient leur denomination
et leur objet ».
L ’art. 1 4 est ainsi con^u : « Les archeveques,
eveques et autres prelats ecclesiastiques,dans leurs
sermons, visites et instructions pastorales, feront
tout ce que leur dictera leur zele pour le salut
desames confiees a leurs soins, pour les detour-
ner de Vhorrible crime de Franc-Ma^onnerie, et
¿ ’initiation a toute autre socie'te secrete, en leur
repetant qu'elles sont proscrites par le Saini-
Siege comme vehementement soupconnees d'heresie
et subversives du tröne et deVautel ».
Art. i 5 . Je recommande tres instamment au
Conseil de redoubler de zele et de vigilance sur
les reglements des ecoles primaires, etc.

D o n n e ä Sacedon, le i cr aoüt 1824.


M o i, le R ot.

Evidemment cet acte royal et sateneur prouvent


que la Ma^onnerie savait se cacher en Espagne,
retenue sans nul doute par la crainte, car eile y
avait etc introduite, ainsi que nous l’a prouv£
Le Secret

C la v c l; et, de plus, elle y avait montre par des


actcs bicn connus sa hainc contrc Jcsu s-C h rist ct
son Eglise.
D'Akanda. — « Le comic d ’Aranda, ecrivait 1c
marquis dc I’Angle, voyagcur avancc dans la phi­
losophic maconnique, commc on va voir, est le
scul hommc pcut-ctrc de qui la monarchic espa-
gnolc puissc s'enorgueillir a present: c’est lc seul
Espagnol dc nos jours quc la posteritcpuisse ecrire
sur scs tablcttcs. (Test lui qui voulait fairc graver
sur lc frontispice dc lous lcs temples et rcunir
dans lc mcmc ccusson lcs noms dc Luther, de
Galvin, dc Mahomet, dc W illiam Penn et de
Jesus-C hrist. C ’estlui qui voulait faire vendre la
gardc-robc dcs saints, le mobilier des viergcs, et
convertir lcs croix, lcs chandclicrs, les patcnes,
etc., enponts, cnaubcrgcset en grands chcmins. »
( Voyage en Espagne, t. i, p. 127.)
« Depuis 1764, racontc I'hisloricn prussien,le
protestant Schcxill, lc due dc Ghoiseul avait ehasse
de Francc lcs J¿suites ; il pcrsccutait cet Ordre
jusqu’cn Espagne. On cmploya tous les moyens
d’en faire un objet dc tcrrcur pour lc roi,et Ton y
reussit eniin par une calomnie atroce. On assure
qu'on mit sous scs yeux une prctendue lettre du
Pcre Ricci, General dcs Jesuites, que le due de
Choiscul cst accuse d’avoir fait fabriqucr,lettre par
laquellc lc General aurait annonce a son corres-
pondant qu’ il avait rcussi a rassembler dcs docu­
ments qui prouvaicnt incontcstablcment que
Charles H i etait un enfant dc radulterc. Cette
De la Franc-Maconnerie. jg

absurde invention fit une telle impression sur le


roi qu’il se laissa arracher l’ordre d’expulser les
Jesuitcs. » — V oir les Sociétés secretes, t. n,
p. 7 0 .
Et qui done arracha cet ordre a Charles I I I ?
Ce fut d’Aranda, qui voyait seul le roi, e'cartant
de luí Monino et Campomanés, ses collegues, en
disant: « qu'iljouait sa tete ».
« T o u t á coup les autorités espagnoles, dans
les deux mondes, re^oivent des ordres minutes
dans le cabinet du roi, Ces ordres, signes par
Charles I I I , contresignés par d’Aranda, étaient
munis de trois sceaux. A la seconde enveloppe,
on lisait : Sous peine de mort, vous n’ouvrirez ce
paquetque le 2 avril 1 7 6 7 ^ 1 1 déclin du jour. »
L a lettre du roi leur ordonnait, sous peine de
mort, de saisir immediatement tous les Jesuites et
de les embarquer sur des vaisseaux de guerre.
L'historien anglican Adam donne la méme ver­
sion que Schocll,et il ajoute : « Onpeut,sans bles­
series convenances, révoquer en doute les crimes
et les mauvaises intentions attribués aux Jésuites,
et il est plus natureldc croire qu’unparti ennemi,
non settlement de leur retablissement comme
corps, mais meine de la i'eligion chrétienne, en
general,suscita cette ruine. » [Histoire d’Espagne,
t. 4, p. 2 7 1.) _
L e Pere Deschamps ajoute : « Ainsi parle L e o ­
pold Ranke, dans son Histoire de la Papauté;
ainsi Christophe de M urr, dans son journal ; il
ajoute que le due d’Albe fit l ’aveu, au moment de
So Le Secret

m ou rir, de cette lettre supposdc; ainsi p a r l e Sis-


mondi, dans son H istoire des Francais; ainsi en-
tin F A n gh iisC oxe,d an s son Histoire de VEspagne
sous les rois de la maison de B o u rb o n , pour ne
citer que les historiens protestants. »
« E n vain Clement X Í Í I prit-il la defense des
Jesuites espagnols, commc il avait pris celle des
Jesuites portugais et frangais, en vain prit-il á
tdmoin Dicu et les hommes que le corps, Finsti-
tution , Fesprit de la Socidtd de Je s u s etaicnt
innocents; que cette Socidtd dtait pieuse, utile et
sainte dans son objet, dans ses lois, dans ses m á­
x im e s; en vain declara-t-il que les actes du roi
contre les Jesuites mettaient dvidemment son sa­
lut en danger, et que, quand mcme quelques re-
lig ieu x sc seraicnt rendus coupables, on ne de-
vait pas les frapper avee tant de sdvdritd sans les
avoir auparavant accuses et convaincus : tout fut
inutile.
« D ’aprcs les ordres si rigoureux dc Charles I I I
á tous les gouverneurs de ses vastes royaumes, au
jour et á Fheurc marque«, la foudre delata en
nieme temps en Espagne, au nord et au midi de
F A friq u e, cn Asie, en A m eriq ue et dans toutes
les lies de la domination espagnole. L e secret de
cette expulsion fut si bien gardé que non seule-
ment aucun Jesuite, mais encore aucun ministre,
aucun magistral ne s’en doutait, le jour mcme ou
elle devait arrivcr. T o u s les vaisseaux de transport
se trouvcrent prets dans les diflerents ports in d i­
ques. L eu rs ordres dtaient uniformes : C om m an -
De la Franc-Maconnerie. Sr

dement supreme de la part clu roi d’aller jeter les


prisonniers sur les cötes de FEtat ecclcsiastique,
sans sc permettre, sous aucun pretexte , d’en de­
poser aucun autre part, sous peine de mort. Telle
fut la m arch edu comte d1A r a n d a : il la regardait
comme le chef-d’ceuvre d’ une politique sage et
vigoureuse ; il aimait encoreä en parier longtemps
apres. » — {Les Societes seci'ctes, t. n , p. 7 1.)
P o m b a l . — E n Portugal, Carvalho, dit Pom -
bal, s’etait fait de'jä l’ instrument des loges macon-
niques pour persecuter aussi les Jesuites, P o u r
dechristianiser le Portugal, il resolut de le pro-
testantiser, et d’ une main plaqant dans les uni-
versites des professeurs protestants, il faisait tra-
duire et repandre les ocuvres de Voltaire,de J . - J .
Rousseau, de Diderot et autres philosophes ma­
sons ; il livrait de Pautre son pays ¿1 PAngleterre,
oü il avait commence par etre charge d’affaires et
afiilie, comme Voltaire, aux libres-penseurs.
Le panegyriste de P o m b a l,M . de Saint-Priest,
est oblige de dire lui-m em e : « Ennemi du clerge
et des moines, qu’ il appelait la vermine la plus
dangereuse qui puisse ronger un Etat,ditla Biblio­
graphie universelle , il en voulut aux Jesuites
encore plus qu’ ä l’aristocratie, et ces griefs, l’e-
chafaud dresse d’avance dans son esprit contre les
hidalgues, leu rm o rt ignominieuse, n’avaient ete
pour lui q u ’un moyen. *> Un moyen! Oui, un
moyen de plaire aux philosophes masons qui le
nommaient « leur adepte»: un moyen qui allalt
bien ä sa nature^ car, disent ses historiens , il
3*
82 Le Secret

etait avare, cruel et raffiné dans sa vengeance.


T e l i 1 se montra a Tegard des Jesuites. « lis
ctaient divises en trois parts, ditle P. Deschamps.
L es novices et scolastiques des premiers voeux
ctaient soumis p a rP o m b a l, sans aucune ombre de
procedure, á tous les genres de promesses, de
menaces et de vexations propres a les amener au
renoncement de leur vocation. Les profés furent
jetes sur les terres du Pape, en Italic, avee les
premiers, qui refuserent en grande majorite d ’a-
postasier. Entasses par centaines dans des navires
de commerce, exposes á toutes les intemperies,
sans provisions, oü le pain et Teau manquaient á
dessein, ils furent jetes successivcmcnt, pousses
par les vents, dans les ports d’ Espagne, oú ils
furent abondamment secourus, et enfin á C iv ita ­
Vecchia, ou ilsfu ren tsa lu ésav cc a d m iratio n . T r o is
fois ces transports se renouveleren t; le dernier se
composa des missionnaires amenes de la Cafrerie,
d u Bresi l , d 11 M a la ba r, de tous les 1ieu x o u i ls ropa n-
daient la civilisation avec la foi catholique. Sett­
lement, plus de deux cents,dont plusieurs Frangais,
Italiens, Allemands, furent retenus, pour assouvir
la rage de Pombal, dans les cachots du T age, oú
quatre-vingt-un périrent de misero et de souf-
francc.
« Plus de cent languirent dix-huit ans dans ces
sepilieres jusqu’a la mort du roi, esclavo do son
lib ertin aje et de son ministre. Un tribunal, com ­
pose du conseil d’ Etat et des hommes les plus
recommandables par leur lumioreet leur integrite,
De la Franc-Maconnerie. <
_

fut charge par le nouveau roi et la nouvelle reine


Je rcvoir la sentence du prétendu attentat contre
le roi, déclarée injuste et sans fondement, e t i l fut
declare á la presque unanimitc que les personnes,
tant vivantes que mortes, qui furent justiciées, ou
exilées, ou emprisonnées en vertu de la sentence,
étaient toutes innocentes du crime dont on les
avait accusées. L es fatales prisons s'ouvrirent, et
Ton vit sortir de dessous terre et reparaitre parmi
les vivants huit cents personnes crues mortes
depuis lo n g te m p s ; c’était le reste de neuf mille
enlevées a PEtat par la haine, la férocité ou les
soup<;ons du ministre, sans interrogatoire et sans
jugement. L e s Je s u ite s survivantsparurent avecles
autres, a demi-nus, sans autre vétement que la
paille qui leur servait de lit, le teint l i vide, le
corps eníié, si faibles pour la plupart qu’ ils ne
pouvaient ni marcher, ni presque se soutenir,
plusieurs prives de Pusage de la vue par les téné-
bres profondes ou ils avaient été plongés, quel-
ques-uns enlin les pieds p o u rriset ?~ongés par les
rats et les insectes. »
C a rv a lh o -P o m b a l fut condamné á restituer des
sommes iminenscs extorque'es sous divers pretex­
tes, et relegué, par consideration de son grand age
et des signatures du feu roi dont il s était fait
garantir, á sa terre de Pombal, oü, en 1829, les
Jcsuiics, rappelés par don Miguel, rendirent les
derniers devoirs a son cadavre, privé jusque-lá de
sepulture. S u r c e s entrefaites arrivérent des Indes
d ix -n e u f caisses á Yadresse du marquis de Pombal,
c Le Secret

plcines d'argenterie ct de picrrcs precieuses enle-


vees au tombcau dc saint F r a n g o is -X a v ie r , · a
G oa, oil la reinc indignee lcs fit rcn vo yer sur-
le-champ. Des confiscations, ou plutot un pillage
de ce i>
sienre, avaient eu lieu dans toutes les m ai-
sons et eglises des Jesuites en Portugal et aux co­
lonies. A Porto, un parent du ministre, charge de
la saisie, se distingua par sa barbaric et son im-
piete. II laissa trois Peres m ourir miserablement,
iaute de medecins et dc rcmedes. A joutan t le
sacrilege a l'inhumanite, il fito u vrir le tabernacle
et vider sous ses yeux le saint ciboire dont il s’env
para, et q u 'il mit dans les balances d’ un orfevre
pour le lui faire peser sur Tautel mcmc.
« Qui croirait, dit Foraison funebre du roi J o ­
seph, prononccc A Lisbonne en 1 7 7 7 , qu’ un seul
homme, en abusant d e la confiance et dc l’autorite
du roi, put, durant Pespacede vingtans, enchainer
toutes les langues, former toutes les bouches, res-
serrer tous lcs ccours, tenir la verite captive, me-
ncr le mensonge en triomphc, cffaccr tous les
trails de la justice, faire respecter Piniquite et do-
miner Popinion publique d'un bout de P E u ro p e
t\ P a u tr e ? » La Maqonnerie scule peut Pexpli-
quer.
II noussouvient, qu’on nous permette ce souve­
nir, qu’en 1 858 , passant a Mozambique, nouseumes
rhonn cu r d’etre accueilli par le gouvcrneur de
Tile avcc unc extreme bienveillance. II avait,
com me palais, la maison ct le college des Peres
Jcsuiies chasses par Pombal, et j ’offris le saint
De la Franc-Maconnerie. 85

sacrifice dc la messe, plusieurs fois, dans leur


chapcllc encore pleinede splendeur et de richesse.
II y avait sur Tile plusieurs autres eglises ; mais
tout y tombait en ruine, lä, comme sur les rives
du Zambese, oü la Compagnie de Jesus avait forme
de beaux ctablissements. Pombal, par sa haine,
condamna ces belles contreesa demeurer sauvages
ct barbares. L e travail de civilisation chretienne,
commence sur cette cöte de PAfrique orientale
paries Jesuites et les autres religieux, fut arrete,
comme nous Pavons dit, et c’est ä peine s’il est
recommence depuis quelques annees, d’une fac^on
serieuse. Voilä le fait d’ un homme, mais cet
homme pourrait s’appeler : Legion, car il etait
Yadepte de la Maconnerie, Fennemi acharne de
Jesus-Christ, qui seu 1 est la vie et la resurrection
des peuples, comme des individus.
Choiseul- — Apres avoir parle dela haine de la
Maconnerie contre le regne de Je'sus-Christ,en E s-
pagne et en Portugal, nous ne saurions garder le
silence sur ce qiPelle a fait en France et ä Naples
contre la Compagnie de Jesus, appelee ä juste titre
VAvant-garde de VEglise catholique.
Dans son Tableau de P a ris, t. vi, 2e partie,
p. 3q2,etc., de Saint-Victor a ecrit cequi s u i t : « L a
faveur de Choiseul, dejä grande, s'accrut, ä la
mort de M m° de Pompadour, de toute celle qu’elle
avait possedec,de maniere a ne pas memeechapper
au soupqon bien ou mal fonde d’avoir contribue k
hater le trepas de cette maitresse dont le pouvoir
etait si absolu, et que L o u is X V oublia si facile-
86 Le Secret

mcnt. Sans cn avoir le titrc, il obtinttous les pou-


v o ir s d e premier ministre, les honneurs q iT ilv o u -
lut, Ies richesses qu'il lui plat d’accum uler, et n’y
devint que plus acluirnd contre les Jesu ites, q u ’ il
avait des motifs particuliers dc hair, motifs que
Ton a cru fort difierents d eceu x q u ’ il faisait pu-
bliqucment valoir.
« L ié avec les chefs du parti philosophique,
dont il dtait le disciple, pousse par eux et par une
perversite dgale á la leur, cet hommc, devenu le
m a itrcd c la France, avait congu le projet insense
— et des let tres dc sa main cnfon t fo i — de dd-
truire dans le monde entier Pautóme du Pape et
de la religion catholique. Or, Tentiere destruction
d'un ordrereligieux si fortement constitue, etqui,
repandu dans les deux hemispheres, soutenait et
propageait dc toutes parts la purete de la foi et la
plenitude de cette autorité apostolique, devenait
la condition premiere d'un semblable projet : il
s’y porta done de toute l'activitd de son esprit
nourri d ’intrigues et de fraudes.» ‘
Quant aux Parlements, on trouve aussi leur
brevet d’aililiationmagonnico-philosophique dans
la correspondance de Voltaire et d'Alembert, dans
les pelerinagesá Ferney des conseillers et maitres
des roquetes, et dans les nombreuses lcttres aux
principaux membres do ces cours, au rions-nouspu
dire, s’ il cut did ncccssairc d’ajouter quelque chose
aux notes premieres.
« Les plus dangcreux enncmis des Jdsuites, dit
M. de Saint-Victor, ceux qui pouvaicnt servir le
De la Franc-Maconnerie. 87

plus efficacement la vengeance de la favorite (au


sujet de Fabsolution qu’ils 1 ui avaient refusée si
elle ne quittaitla cour) étaicnt dans le Parlement.
Nous avons vu que la était le fo y e r dit ja m é -
msme, et que la secte philosophique y avait aussi
ses partisans. »
Les Jésuites, finalement, furent chassés de leurs
colleges, condamnés par les Parlements a une fai­
ble majorité, sans enquéte, sans defense, sans té-
inoins entendus, sans étre interrogds eux-mémes,
ainsi que cela s’était fait en Portugal : ils furent
proscrits en masse et individuellement comme J é -
suites ; leurs biens, fondations catholiquesdeleurs
colleges ou deleurs niaisons faites par eux-mémes
ou librement par des catholiques, furent confis­
ques; e’est la jurisprudence magonnique qui s’é-
tablit et qui bientót s’appliquera en grand á tous
les prétres et aux biens catholiques, á tous les no­
bles et á la famille royale elle meme. Quatre mille
religieux qiPil avait plu á ce tyran en simarre de
placer entre leur conscience et la faim furent ar­
ruches á leur famille, a leur pays, et forces d’ aller
mendier leur pain dans une terre étrangére. » (Les
S ocié tes secretes, t. 11, p. 64.)
T a n n u c c í . —Tannu cci, aussi ennemi des Jésui-

tes que du Saint-Sicge et de la religion, sur Por-


dre de Charles I II, qui Favait laissé ministre sou­
verain de son fils, roi de Naples, copia en tout le
ministre d’Aranda. E n A u tric h e , Marie-Thérése,
gaguee apres de longues resistances par son fils
Joseph II, qui venait d’etre aussi initic aux loges
Le Secret

magonniques, á nos mysteres, écrivait G r im m á


Voltaire, ceda elle-méme en pleurant. Désormais,
les instittiteurs chrétiens étaient bannis de r E u -
rope : la philosophic pourrait á son aise donner
renseignement qui allait preparer la Revolution.
A propos de la R ev o lu tio n , citons encore le
lémoignage d’un franc-m agon, q u ’on peut, id*,
croire sur parole. « II importe, dit M. L ouis
Blanc, d'introduire le lecteur dans la mine que
creusaient alors sous les trónes, comme sous les
autels, des révolutionnaires bien autrement pro­
fonds et agissants que les E n cyclop ed istes; une
association composée d’hommes de tous pays, de
toute religion, de tout rang, lies entre eux par
des conventions symboliques, engages sous la foi
du serment á garder d’ une maniere inviolable le
secret de leur existence intérieure, soumis á des
épreuves lúgubres, s’occupant de fatitastiques ce­
remonies, mais pratiquant d’ ailleurs la bienfai-
sance et se tenant pour égaux quoique repartís
entrois classes, apprentis, compagnons et m aitres:
c !cst en cela que consiste la Franc-Magonnerie.
Or, á la veille de la Revolution frangaise, la
Franc-Magonnerie se trouvait avoir pris un déve-
loppement immense; répandue dans T E urope en-
tierc, elle secondait le génie méditutif de FA lle-
magne, agitait sourdement la France, et presen-
tait partout Timage d’ une société fondée sur des
principes contraires á ceux de la société civile. »
Remarquons bien ce que dit M. Louis Blanc, si
nous voulons comprendrc jusqu’á quel point le
De la Franc-Maconnerie. 8g

recne de Jesus-Christ sur la terre etait menace, k


Then re oil la Revolution allait eclater. Ce n'est
passeulementla France qu’clle agitait, rnais T E u -
rope tout entiere. Que dis-je ! le monde etait
cn puissance de Maconncrie. T o u s les dele­
gues des loges etaient venus, en 1 7 8 1 , k W ilhem s-
bad, de toutes les contrees de l'univers : l’ Europe,
l’Afrique, TAmerique, l’Asiej les plus lointains
rivages oü avaient ¿¡borde les navigateurs, apötres
zelesde la Maconnerie,tous ces pays avaient voulu
etre representesä ce convent sanspareil dans This-
toire de la sectc, et tous ces deputes, desormais pe­
netres de l1 [lluminisme de Weishaupt,dont la doc­
trine n’est pasautreq ue le pantheismede Spinosa,
c’est-a-dire 1‘atheisme, etaient retournes vers ceux
qui les avaient envoyes et leur avaient verse le poi­
son deTincredulite religieuse avec une ardeurque
les orateurs du convent avaient surexcitee en eux.
L ’ Europe et le monde magonnique etaient done
armes contre le catholicisme. Aussi,quand le signal
du combat fut donne, le choc fut terrible, terrible
surtouten France, en Italie, en Espagne, chez les
nations catholiques que l ’on voulait separer du
Pape et jeter dans le schisme, en attendant qu’on
pütachever de les dechristianiser. C ’est bien lä ce
que prouventla captivite de Pie V I et de Pie V I I ,
les cardinaux disperses, les eveques arraches ä
leurs sieges, les pasteurs separes de leurs trou-
peaux, les congregations religieuses detruites, les
biens de TEglise contisques,les eglises renversees,
les couvents changes en casernes, les vases sacres
go Le Secret

voles et fondus par le sacrilege avide , les cloches


changees en monnaie ou en canons, les e'chafaiids
dressiis de toutes parts.et les victimes par milliers,
par hecatombes,choisies surtoutdans le clcrge ; en
un mot, toutes les horreurs de ce q u ’on appelle :
la Revolution, et surtout le crime qui dtait la tin
qu'elle so proposait , et le grand mobile de
scs actions : le Christ jete á bas de ses autels
pour y elrc remplace' p a r la Raison. Ge jour-
lá, les disciples de Socin, les macons enten-
dus, crurcnt que leur maitre triomphait; et, en
cfifet, il avait le triomphc que Dicu laisse a Ter-
rcur,et qui consiste en des ruines morales et ma-
tericlies amoncelees par Tabus de la liberté hu-
maine, par la liberte devenue folie indcpcndancc
et changee en furie satanique ; spectacle etrange
et mystcrieux, ou Ton voit se briser tous les liens
qui unisscm les homines, etleshom m es s’entr’egor-
ger, en attendant que, lasses de carnage, de desor­
dre, de débauche et d’impiété, ils rappellent parmi
eux l ’ Etrc supreme, leur Createur et leur pére,
qui revient á ses prodigues, avec son pardon et son
am our infini, avec la paix des amea, Thonneur des
families, le bonheur et la prosperite des nations.
Qui done, encore u n e fo is,a fait la Revolu tion ?
C e n’est pas nous qui répondrons ; la réponse sera
faite, ce coup-ci, par un macon illustre dont la
voix s’ unira á celle de M .L o u is Blanc : Lamartine.
L e 10 mars 1848, 1c supreme Conscil du rit
ecossais alia íéliciter le Gouvernement provisoire,
et L am irtin e lut repondit : « J c suis convaincu
De la Franc-Maconnerie. gi

que c’ est du fond de vos loges que sont emanes


d'abord dans l’ ombre, puis dans le demi-jour et
cnlin en pleine lumiere, les sentiments qui ont
tini par fui re la sublime explosion dont nous
avons été témoins en 1789, ct dont le peuple de
Paris vient de donner au monde la seconde et, ¡’es­
pere, la derniere representation, il y a peu de jours.»
Lamartine n’ était ni philosophe, ni prophéte : il
ctait poete. S ’il avait etc philosophe, dans le sens
vrai du mot, il aurait su que les niemes principes
produisent les mémes consequences. II aurait en-
trevu les revolutions qui ont ensanglanté et brülé
Paris ; sans méme etre prophéte, il aurait annoncé
que la parole est une semence qui produit fatale-
ment des fruits selon son espece, et que les parta-
geux de 1 8 4 S deviendraient les communards de
Pavenir, surtout si on laissaít les semeurs, facon-
nés parles lo^es, continuer leur oeuvre contre la
religion, les gouvernements et la propriété.
Ce regard jete en avant nous montre que la
Maconnerie n’ est pas restée sous les ruines qu’elle
avait faites elle-méme ; q u ’elle n'a rien compris
en face des malheurs dont elle a couvert, soit la
France et l ’Europe, 011 elle s’est établie avec les
armées triomphantes de Napoléon, soit le monde
entier, qu’elle asoulevé, parle combat contre Dieu
et Fautorite.
E n effet, nos Sociniens modernes n’ ont pas des­
armé. Aprés avoir chassé Napoléon Ier, qui, ne
voulant pas se soumettre, fut oblige de se démet-
tre, ils recommencérent leur guerre antichré-
f)2 Le See ret

tienne au fond de leurs loges. P u is, ils agí rent


sur Topinion publique, donton sait la puissance
tyranniquc, et ils jetcrcnt tant de discredit sur la
religion, q u ’il était rare, vers i 83 o, de v o ir des
homines dans les eglises. Ils s’emparerent, comme
toujours, de rcnseigncm ent, afin de propager dans
les esprits le liberalismo maconniqtie, s o u sle nom
do.: Liberte de conscience. On n’a pas assez re­
marqué la párente qui existe entre le libéralisme
et la Franc-M a^onnerie, qui est íilie du libre exa­
men protcstant. Macons et libéraux ne sont tels
que pour avoir abandonné le magistére infaillible
de T E g lise catholique et a v o i r pris le u r p r o p re raí-
son pour guide.
Puis, la secte ne craignit pas de déverser á flots
les doctrines fausses etde rEcIectísm e,qui m iten si
grand honneur le Mahometismo, et du Panthéisme
de Spinosa ou d^Averrocs. E lle s’acharna á propa*
ger les divers systomcs, plus faux les uns que les
autres, concernantla propriéte, resumes par P r o u ­
dhon en ces mots : La propriété c'est le v a l; en-
finelle prepara de nouvelles attaques contre le
catholicisme.
Congrios de Vkroxe. — a E n 18 2 2 , dit l e P . D e s -
champs, les sociétés secretes venaient de faire ex­
plosion en Espagne, á Naples, dans le Picmont,
par autant de mouvements révolutionnaires ; les
souverains, pour garantir et leurs couronnes et la
vraie liberté parmi leurs peuples, s’étaient reunís
en congres dans la ville de Vérone. Ce fut alors
que le comtc de Haugwitz, ministre du roí de
De la Franc·Maconnerie. g3

Prusse, qu’il accompagnait, fit part a l’auguste as-


scmbleed’ un rapport ou il d is a it : « Arrive a la tin
de ma carriere, je crois q u ’il estde mon devoir de
jcter un coup d'oeil sur les societes secretes dont
1c poison menace Thumanite auj ourdhui plus que
jamais, L e u r histoire est tellemcnt liec k cclle de
ma vie, que je ne puis m’empechcr de la publier
encore une fois etde vous cn donner quelques de­
tails.
« Mes dispositions naturelles ct mon education
avaient excite en moi untel desir de la science que
je nepouvais me contenterdes connaissancesordi-
naircs, je voulais penetrer dans Tessence meme
des choses ; mais Pombre suit la lum iere; ainsi
une curiosite insatiable se developpe en raison
des nobles efforts que Ton deploie pour penetrer
plusavant dans le sanctuaire de la science. Ges
deux sentiments me pousserent dans la societe des
francs-magons.
« On sait combien le premier pasqu’on fait dans
Pordre est peu de nature a satisfaire Fesprit. G ’est
la precisement le danger qui est a redouter pour
rimagination si inflammable de la jeunesse. A
peine avais-je atteint ma niajorite que deja non
seulemcnt je me trouvais a la t£te de la Magonne-
rie, mais encore j’occupais une place distinguee
auchapitre des hauts grades. Avant de pouvoir
me connaitre moi-meme, avant de comprendre la
situation ou je m’etais temerairement engage, je
me trouvais charge de la direction superieure des
reunions magonniques d’une partie de la Prusse,
g4 Le Secret

de la Pologne ctdc la R ussíe. L a Magonneriectail


alors divisee en deux partis dans ses t r a v a u x 's e ­
crets. L e premier placait dans scs emblemes Pex-
plicaiion de la pierre philosophale ; le déisme et
meme Yathéisme etaient la religión de ses sectai-
res ; le siege central de ses travaux était a Berlin,
sous la direction dix docteur Zinndorf.
« II n’en etait pas de meme de Paatre parti,
dont le prince F . de B ru n sw ick était le chef ap­
parent. E n lutte ouverte entre eux, les deux p ar­
tis se donnaient la main pour parvenir a la domi­
nation du monde ; conquerir les tremes, se servir
des r o is c o m m e d e Yordre , tel etait leur but. II
serait superñu de vous indiquer de quelle ma­
niere, dans mon ardente curiosité, je parvins á
devenir maitredu secret de P u n e t d e Pautre p a ñ i ;
la veírite est que le secret des deux sectes n’est
plus un mystere pour moi. Ce secret me revolta.
« G e fu t en 17 7 7 que je me chargeai de la d i­
rection d’ une partie des loges prassiennes, trois ou
quatre ans avant le convent de W ilhem sbad et Pen-
vahissement des loges par n i l u m i n i s m e ; mon
action s^hendit meme sur les freres disperses dans
la Pologne etla Russie. Si je n’en avais pas fait
moi-meme Pexpérience, je ne pourrais donner
moi-iTieme d u p l i c a t i o n s plausibles de Pinsou-
ciance avee laquelle les gouvcrnements ont pu
fermer les yeux sur un tel desordre, un veritable
status in statu (Etat dans l ’ Etat) ; non settlement
les chefs étaicnt en correspondanee assidue et
employaient des ehilfres particuliers, mais encore
De la Franc-Maconnerie. g5

ils s’envoyaient réciproquement des émissaires.


Excrcer une influence dominatrice sur les trónes
et les souverains, tel était notre but...
« J'acquis alors la fermc conviction que le
dramc commence en i j B S e t 1789, l a R e v o l u ­
tion KRANCAISI2, l e Régicide avec toutes ses hor-
reürs, non settlementjr avaient été résolus alors,
mais encore etaicnt le result at des associations et
des sermcnts..., etc.
« De tous les contemporains de cette époque, il
ne m’en reste qu^un seul... Mon premier soin fut
de communiquer á G u illau m e I I I toutes mes dé-
convenes. Nous acquimes la conviction que tou­
tes les associations maconniques9 depuis la plus
modeste jusqu’aux grades les plus élevés, ne peu-
vent se proposer que ¿.'exploiter les sentiments
religieux, d'exécuter les plans ¡es plus criminéis,
et de se servir des premiers com me manteaux
pour couvrir les seconds.
« Cette conviction, que S. A . le prince G u i l ­
laume partagea avec moi, me ñt prendre la ferme
resolution de renoncer absolument á la M a c o n ­
nerie... »
Le congrés de Vérone, éclairé sans doute par ce
noble aveu de M. de Haugwitz, prit des mesures
en consequence, surtout en ce qui regarde la
Russie et l ’Autriche. « Alexandre, dont les Illu ­
mines avaient pu surprendre la bonne foi á cer­
tains moments,était complétement éclairé sur leurs
vraies menees. A u lieu de protéger la Maconnerie,
comme en 1807, il la proscrivit absolument en
f)b Le Secret

1 8 2 2 ; au lieu d ’cxpulscr les Jesuites comme en


1 8 1 6 , il se rapprochait tous les jours du cath'oli-
cismc, el il envoya, en 1824, son aide de camp,
le general Michaud, au S a in i-P e re pour pre'parer
le reiour de Ja Ru ssic i\ la grande et veritable
unite chrcticnnc. Sa mort mysterieuse (18 2 5 ) a
Tacanroii doit-elle etre attribute aux societe's
secretes, qui avaient toujours conserve des afii-
des parmi son entourage ? II y a la un mystere
qui ne sera peut-etre jamais eclairci ; mais on
doit constater qu ’ immediatement apres sa mort
eclata une insurrection contre Nicolas, son suc-
cesseur designe, a ce cri de constitution , qui
etait alors le mot d’ordre des societes secretes
dans tous les pays. II fut etabli q u ’ellc avait etc
preparec de longue main, des 1 8 1 9 , par une so­
ciete modelee sur celle des Carbonari et appelee
les Esclavoniens-Unis. Un ecrivain bien informe
surces evenements aillrme que cette societe avait
cu, comme toutes les sectesparticulieres, sa base
d'operation dans ies loges magonniques, qui s’ e-
taicnt dissoutes seulement en apparence. » (Les
Societes secretes, t. 11, p. 242,)
Carbonari.— L es Carbonari, dont ilv ie n t d’etre
question, formaient, en qualite de Charbonniers,
la Haute-Vente, expressions employees, commc
celle de magons, pour cacher la nature et le but
de la societe, qui n’etait autre que la continua­
tion de Tordre magonnique, tel qu’il existait avant
la grande Revolution. E lle s e composa d'abordde
quelques grands seigneurs corrompus etde Ju ifs .
De la Franc-Maconncrie.

« Assurement, dit le Pere Deschamps, tous les


francs-magons etaient loin d'etre des Carbonari,
mais ils n’cn concouraient pas moins au memc
dcssein; car. iM esloges, par une premiere initia­
tion, preparaient le personnel ou ilsse rccrutaient:
ainsi, d’apres la constitution de la Carbonara —
Charbonnerie — italienne , les francs-macons,
quand ils demandaient a etre inities, etaient dis­
penses du premier grade, qui est celui d’apprenti,
pour arriver a ceux de compagnons et de mailres,
qui existent dans tous les r it e s ; 2° d ie s facili-
taient les demarches de leurs membrcs ; et enfin,
par la direction donnee au grand troupeau de sots
cnregimente dans les logos, d ies formaient ce
poids irresistible de Yopinion publique d'ou sor-
taient des elections qui acculaient la monarchic
dans une charte, dans une impasse a laquelle un
coup d’ Etat offrait seul une issue. »
« Les loges avaientete, dit ItSiecle, le berceau
et la pepinierede la celebre societe des Carbonari,
laquelle mit en danger la Restauration et contri-
bua dans une si large proportion a la renaissance
du parti republicain. »
Jean Witt, Su ed ois,a ecrit : « Les Carbonari ti-
rent leur veritable originede la Franc-Maqonnerie.
Aussitot que Napoleon parvint autrone, il detrui-
sit (?), en la favorisant, unc association qui avait du
danger pour lui. E lle perdit ainsi son indepen­
dance, et devint une institution de police qui ne
servit q u ’a surprendre les sentiments des adeptes
dont elle se composait. A lors s’assemblerent les
3**
9 &
Le Secret

F r ancs-Macons qui tenaient encore pour la defunte


R c p u b liq u c ; ils formerent (dans le sein de la Ma-
gonnerie) une aiiire affiliation. Besangon etait le
quartier general de ces magons charbonniers (ou
bons-cousins) et maconsphiladelphes. L e colonel
Oudet etait lcur chef; la plupart des membres
ctaient des militaires ; ceux-ci propagerent Tordre
dans le Piemont et dans les Etats septentrionaux
de rita lie . Ge ne fut que beaucoup plus tard q u ’il
s’etablit dans le sud de la pcninsule, ou, favorisd
p a r T ex-gouvcrncment (M urat),il se rcpandit avec
rapidite. On dtablit en 1809, á Capoue, la pre­
miere Vendita, qui fut en memc temps la princi-
pale. » Notons que ce Jean Witt etait inspecteur
sdncral
t? et macón > elevé de tous les rites,
La Haute-Vente etait en pleine activite sous la
Restauration, des 18 19 , deux ans avant l’assassi-
nat du due de Berry, et quoique a son principal
objectit fút la destruction de la. puissance spiri­
tuelle de l'E g lise , on voit par la correspondancc
de ses membres qu’elle se ramifiait ä Paris, á
Vienne, á Londres, en Suisse, á Berlin, ou elle
avait des aílides tres haut places. E lle poussait
activement au renversement du roi Charles X et
de la dynasiie. (Les Societes secretes, t.n , p. 244.)
Aussi ne faut-il pas s'dtonner q u ’ une fois la re­
volution de Ju illet laite, Dupin 1’aine, un haut
macón de la loge des Trinosophes, disciple de
Ragon, ait pu dire : « Ne croycz pas que trois
jours a i c n t fa it . Si la revolution a etc si
prompte et si subite, c'est qiCelle C a p ris per sonne
De la Franc-Maqonnerie. gg

au depnurvu... Mais nous Tavonsfaite en quelques·


jours, parce que nous avions une cid á mettre á la
volite, et que nous avons pu immédiatement sub-
stituerzm nouvel ordre de chases complet á celui
qui venait d’etre detruit ». (Ibid.)
« Pendant les dix-huit annees oú se de'roula le
gouvernement d eJu illet, écrit le Pere Deschamps,
les sociétcis secretes continuérent >leur oeuvre de
destruction de la Papaute etprdparérent laRdpu-
blique universelle.
« Deux courants se dessinerent bientót parmi
les hommes qui poursuivaient Passervissement de
l’Eslise et voulaient modérer la marchede’la Révo-
lution ¿i leur profit, la fix e r dans des gouverne-
ments constitutionnels: e'etait la politique de la
Haute-Vente, des révolutionnaires aristocrates
qui avaient conduit le mouvement de 1 8 1 5 et les
insurrections de 1 8 2 1 . De Pautre étaient les hom ­
mes nouveaux qui, par delá la destruction de
l'Eglise, voulaient realiser Vdgalitd de fait et p re­
parer les voies au socialisme par la Rdpublique
universelle. »
L e lecteur lira avec plaisir, et aussi avec profit,
une page de Fhistoire universelle de F E g lise ca-
tholique, par Pabbe Rohrbacher, si connu et si
apprccic, concernant la question des Carbonari.
E n outre, cette lecture sera comme une confirma­
tion de plusieurs apergus deja places par nous sous
les yeux de nos lecteurs.
« Les sociétés secretes, écrit I’illustre historien,
qui ne se forment que pour détruire la societé
100 Le Secret

publique, principalemcnt la societe universelle,


autrement PE glise caiholique, reunissent toujours
les d e u x o u tr o is caracteres de Satan : le mensonge,
Fhomicide, Fimpurete. II y en a deux principales
de nos j o u r s , la secte des francs-magons et la
secte des Carbonari on Charbonniers. La premiere,
nee en Angleterre sous le protestant et regicide
C ro m w e ll, en a importe Fesprit en France et dans
le reste de PE urope. Plusieurs princes, par anti­
pathic contrc la societe universelle du catholi-
cisme, ont favorise un ennemi de la societe p u b li­
que et dcslrönes. L a se c o n d e sectc, les Carbonari ,
qui a le m im e but, s’est formee parmi les Italiens
sous le pretexte de procurer la liberte de P Italic.
L e chef actuel est un carbonaro genois, Favocat
Joseph M a z z in i, qui lui a donne une nouvelle
forme sous le nom de Jeune Italic, laquelle ne
devait etre q u ’une branche de la Jeune Europe. La
Jeune Italic dirtcrc du carbonaristne, quant aux
principcs rclig ie u x .L cs CarZwztfW professe nt P in -
differencc en matierc de religion, ou plutöt le
materialisme voltairien. L ’avocat M azzini, au
contraire, fait parade d’une certaine religion p o l i ­
tique, d’ un pantheisme protestant, qui se trouve
afliche dans son ouvrage : Devoirs de Vhomme,
« Dicu, dit-il, existe parce que nous existons. II
est dans notre conscience, dans la conscience de
Fhumanite, dans Punivers qui nous entoure...
V o u s Padorez, memc sans le nommer, toutes les
fois quc vous sentez votre vie et la vie des person-
nes qui sont autour dc vous... L ’humanite est le
De la Franc-Maconnerie. 101

verbe vivant de D ieu... Dieu s’incarne successi-


vcmcnt dans Thumanité. » Gette hérésie ou im ­
plóte est deja vieille. C ’est l ’ancien gnosticisme,
l’ancienne idolátrie des pa'íens, qui confond Dieu
avec la creature et la creature avec Dieu. C ’est le
panthóisme idolátrique de l’ Inde, le panthéisme
prussien ou protestant importé de nos jours en
France par Victor Cousin. C ’est la cent milliéme
repetition de ce premier mensonge du premier
sophiste: N on, non, vous ne mourrez pasde mort
en mangeant du fruit que Dieu vous a d é fe n d u ;
an. contraire, vous serez com m edes dieux, sachant
le bien et le mal.
« Lorsque Mazzini et ses pareils suppriment la
divinité de Jésus-Christ et qu’ils Tappellent sim-
plement un grand homme, un philosophe, ils ne
sont que Techo de Mahomet et de TAntechrist...
« E n quoi Mazzini et les nouveaux sectaires ne
s’accordent pas moins avec le faux prophéte de la
Mecque, c ’est dans le second caractére de Satan
d’étre homicide... L ’année 1835 , un étudiant
nommé L e s s in g fut assassiné á M u n ich .P lu s tard,
quatre refugies italiens, qui voulaient bien com ­
batiré contre les princes d’ Italie, n’acceptaient pas la
doctrine sanguinaire de la secte Mazzinienne, et
s’en étaient expliques ouvertement. Le tribunal
secret s’assemble á Marseille sous la présidence
de Mazzini , condamne deux des quatre aux
verges et aux galéres, et les deux autres á morí.
C op ie de ce jugement fut saisieetexiste. Les con-
damnés étant domicilies á Rhodez, la piéce por-
3 ***
m2 Le Secret

taitc o m m e chapitre additionncl : Le president de


Rhodcz Iera choix de quaire cxccutcurs de la pro­
sente sentence, qui cn dcmeureront charges dans
le dclai de rigueur de vingt jours : celui qui s’y
refuserait encourraitla mori ipso facto. Q uelques
jours aprcs, l'un dcs condamnes, M. E m ilia n i,
passant par Ies rues de R hodcz, est attaque par six
de ses compatriotes, qui lui portent des coups de
poignards et sc sauvent. Les assassins sont arretcs
et condamnes par lc ju ry fran^ais a c i n q a n s d e
reclusion. M. E m ilian i , tout m aladif encore,
sortait de la C o u r d’assises avee sa femme, lorsquc
lui et sa femme sont poignardcs, mort, par un
nommc Saviali, qui ne fut arrctc q u ’avec peine.
L ’assassin, juge et condamne, porta la peine de
son crime. Quant a Mazzini, ajoute 1’auieur que
nous citons, rentre en Suisse, comme le tigre ren-
tre dans sa cavernc, aprcs unc scene de carnage,
il sc rcmct froidcmcnt a son (ruvrc de destruc­
tion socialc. » {Guerre et revolution d 'lia lie en
1 6*48 et 1 , par lc comte Edouard Lubienski,
p. 40-44.) _ _ _
Dison^ que l ’avocat Mazzini ne se cachait pas
pour declarer que la socicte par lui institute avait
po ir but « la destruction indispen?ahlc de tous
les gouvcrnemcnts dc la peninsule, afin dc former
un scul Elat deritalie ». — Art. 2. « En raison dcs
maux derivant du regime absolu et dc ccux plus
grands encore dcs monarchies constiuitionnclles,
nous devons reunir tous nos efforts pour consti-
tucr unc rcpubliquc unc et indivisible. » R ohr-
De la Franc-Maconnerie
ft
. io3

tucher ajoute : « Q u e lle sera done la forme de la


rJpablique mazzinienne » ? U n autre chef socia-
listc, Ricciardi, nous Fapprend : « Pour conduire
le pcuple, dit-il, il ne s’agit pas d’une assemblée
populairc, flottante, incenaine, lente a dclibérer;
nía is il faut une main de f e r , qui seule peut ré-
genter un peuple jusqu’alors accoutumé aux d i­
vergences d’opinions, á la discorde, et, ce qui est
plus encore, un peuple ccrrompu , enervé, avili
par Vesclavage. »
Si le pape G rcgoire X V I n’a pas été poignardc
avec d’autrcs prétres, le merne R icciarci nousen
donne la raison. « J e c ro is , d it-il , c r o i s que no­
tre cause sainte serait tachée par Fassassinat d’un
vieillard; outre qiFil ne suffirait pas d’etouffer le
Pape, il faudrait assassincr jusqiPau dernier car­
dinal, jL.squ’au dernier pretre, jusqu’au dernier
rcligieux de tout Punivers catholique. » Plus
loin, le meme socialiste ajoute : « La plante fu­
neste née enJudée iPest arrivée a ce haut point de
croissance et de vigueur que parce q u ’elle fut
abrcuvée de flots de sang. Si vous désirez qu’ une
errcurprennc racine parmi les hommes, mettez-y
lc fer et le feu ! V oulez-vous qu’elle to m b c?...
faitcs-cn Pobjct de vos moqueries ».
O n le voit, charbonnicrs ou macons, ils onttous
au coeur la ha in ed e Jesus-Christ : e’est leur se­
cret a tous.
Dans son ouvrage : VEglisc ramciine cnfacc de
la Revolution , C r c t in e a u - J o ly , á propos de la
H au te -Vente, nous parle d’un comité formé d’une
io 4 Le Secret

quarantaine de membres, preside par un jeune


h o m m c ' admirablcmcnt apte au role dc conspira-
teur, e t q u i ctait parvenu a sc saisir de la d irec­
tion generale dc la Haute-Vente, en dehors dc
M azzini. Gc jeune hotntnc avait pris, suivant la
coutum e des illumines, un nom ma^onnique/qui
etait Nubius. Son but etait, a lui aussi, la des­
truction du christianisme. II disait que lc meil-
Ieur poignard pour frapper TEglise catholique au
coeur, e’etait la corruption . Depraver le pretrey la
fem m e et Tenfant, telle etait la tactique de N u -
bius, et Ton voit que certains parmi nous s'en
souviennent. Cependant Mazzini , eloigne de
R om e, ou etait lc siege dudit comite, v o y ait v e ­
nir des ordres jusqu'a lui, sans q u ’il en put con-
naitre la source. II resolut de penetrer le mystere
et finit par decouvrir l’ cxistcncc du comite ; mais
\orsq\iQPaolo, ami dc N u b iu s , fit part a celui-ci du
dcsir q u ’avait Mazzini d'etre admis dans ce conseil
le president repondit q u ’on n’avait pas besoin de
Mazzini avee ses poisons et scs poignards, et lui
fit envoyer un refus formcl.
« Sur ces entrcfaites, dit Cretineau-Joly, N u ­
bius fut atteintd’ une de ces fievre lentes qui con-
sument par une prostration graduee. O rdinal re-
ment Tart nc peut ni les guerir, ni les expliquer.
Cette maladie venue si a propos avait sa raison
d’etre. Les complices de N ub ius n’en recherche*
rent point la cause. Ils savaient depuis longtemps
quo, dans les societes secretes, la surdite com-
mandc au mutisme, et q u ’il vient encore des let-
De la Franc-Maconnerie. ioS

tres de Caprée, com m e au temps de Tibére et de


Séjan. N ubius frappé d’impuissance et ses amis
de terreur, les sociétés secretes n’avaient plus á
redouter une action indépendante. » G ’est pour-
quoi le comité tout entier d i s p a r u t , et Mazzini
put ressaisir lui-méme la direction des loges.
L ouis- P hilippe . — C e n'était pas seulement en
Italie q u ’on trouvait des complots contre la Pa-
pauté ;en France et surtout en A n g le te rre je Pape-
Roi était l’objet principal en butte á la haine des
sociétés secretes.
« L o u is - P h ilip p e , dit le P. Deschamps, qui
n’avait méconnu la Maconnerie active que dans la
crainte de voir se tourner á la fois contre luí les
puissances légiti mes etles plus avancéesdes sociétés
secretes elles-mémes, voulut donner a ces der-
nieres quelque satisfaction, sans rompre cepen-
dant ostensiblement avec PE urope monarchique.
Bien convaincu, par sa propre experience, que les
plaintes mises en avant par le carbonarisme
Italien pour justifier son insurrection n’étaient
que des pretextes, il eut l ’air de les prendre au
sérieux devant les cours et les peuples. Appuyé,
ou plutót dirigé par TAngleterre et Palmerston,
chef supreme des sociétés secretes, et pendant
longtemps ministre tout-puissant dans son pays,
Í1 entrama dans cette Campagne diplomatique les
ministres francs-magons conservateurs de P A u -
triche, de la Prusse et de la Russie. Ils oserent
bien tous ensemble demander des réformes au
Souverain Pontife. »
jo6 Le Secrct

a L 1Europe consterncc tremble devant la R e v o ­


lution, a ecrit Pauiour de YEgiise romaine cn
fa c e de la Revolution . E lle n'ose ni la combatiré
ni Taifronter : e'est tout au plus si, dans sa pa-
nique, elle a la force de luí offrir le pontiíicat en
p:\turc. La Revolution annonce qiCelle va en fin ir
avec VEglise. L ’ Europe sa i si t ce moment pour
domander au Saint-Sioge des reformes dont le car-
bonarisme a proclamé rindispensable nocessite.
L 'A utriche, qui cherche a maintenira tout prix la
paix dans la poninsule italienne, est d’avis que le
Pape peut tres bien, vu rim m inence du peril, se
proter á des concessions inoffensives. La France
en propose un simulacro, atin, s’il est possible, de
former la bouche aux orateurs ct aux journaux
qui stipulent au nom des sociétés secretes. »
On sail qiTune conference cut lieu ct q u ’il cn
sorlit un Memorandum cn quatre articles, source
des malheurs futurs de Pic IX, et cct acte vient
des loges maconniques d’ Europe, plutöt que do
la diplomatic ellc-mome.
Quand on lo presenta ä Grégoire X V I , il sou-
rit. « Oh ! s'ocria-l-il, la barque de Pierre a subi
de plus rudes épreuvcs quo ccllcs-la. N ous brave-
rons certaincment la tcmpetc. Que le roi Philippe
d’Orloans tiennc done oil reserve pour lui-momc
la bonaeeia qu’il voudrait nous vendre au prix do
rh o n n c u r : son trone croulera, mais cclui-la,
non. » Et Bernetli rcpondit a Tambassadeur do
Lou is-P h ilip p e, d’abord, que la garantió franchise
paraissait tres procicusc au Saint-Sicge, mais que
De la Franc-Maconnerie. ioj

1c Pape croyait impossible de l’acheter par des


mesures qui seraient une veritable abdication de
rindcpcndance pontificale; puis aux autres, que
la garantió des cours est acqiiise de droit au
Saint-Siege, mais que cc siége romain, en appa-
rcnce si faible, nc consentirá jamais á sanction-
ner des reformes qui lui seraient dictées impé-
rieusement ct a jour fixe ; qu’il se reserve sa li­
berté d’action et son entiére ind épendance; qu’il
a depuis longtemps, d’ailleurs, prouvé par sa con-
duitc rempressement qu’il met a chercher et á
réaliser toutes les ameliorations desirables et com­
patibles a ve cla sécurité publique. (Sociétés secre­
tes, í, ii7 p. 268.)
Nubius, alors q u ’il était chef d é la Haute-Vente,
disait : « Si neus pouvions avoir un Pape avec
nous, il en ferait plus avec le petit doigt que nous
tous ensemble ».
Nubius avait raison, car, dans cette hypothése
irrcalisable, celui qui est charge de défendre
TEglise du C hrist deviendrait son plus mortel
e n n e m i; celui á qui il a éié dit : « Confirme tes
freres dans la foi », les égarerait lui-mém e ; celui
á qui a été confié le soin de paitre le troupeau
l’empoisonnerait cruellement. Aussi c ’est la un
reve insenso.
On rencontre des chefs d’Etat qui poussent Pa*
veuglement ju sq u ’a jetcr leur pays dans le
schisme et Therésie, jusqu’a trahir ses intóréts les
plus sacros, pour suivre ¡’impulsion que la pas­
sion antireligieuse leur imprime : il n’en sera
108 Le Secret

jamais ainsi du V icaire de Jcsus-Christ. Q ue Ton


interrogc lcs sieclcs ecoules dcpuis Pierre jusqu’a
L e o n X I I I , on verra les Pontiles romains, divinc-
ment aides par P E s p r itd c Dieu, m aintenir PEglise
dans la verite, et la ire triompher Tunite doctri-
nalc, en tout temps et en tous lieux, malgre tous
les obstacles. C ’est la vraiment le plus grand de
tous lcs miracles q u ’un esprit cleve puisse dcsirer
pour encourager sa l'oi, et cette preuve aura pour
lui unc force in vin cib le ,s’il veut se sou ven ir de la
faiblesse et de Pinconstance communes a tous les
hommes, quelle que soit la dignhe dont ils sont
revetus.
Les conspirateurs romains savent eux-memes
q u ’il en est ainsi, et ccpendant ils essayerenl d’at-
tirer a eux le successeur de G regoire XVI.
« Des son exaltation, dit' le Pere Deschamps,
Pie IX lut acclam ed'un bout du mondc a l ’autre,
comme le Pape si longtemps desire, le restaura­
teur de la libcrte et le liberateur des pcuples. A
Rom e, en France, en Allemagne, en Angleterre
et jusque dans les Republiques de i’Am erique, on
exaltait ses vertus, on proclamait son liberalisme,
on multipliait son buste et son portrait, on l ’im-
primait, on Tetalait jusque sur les foulards et les
chalcs. O n dressait a Rome des arcs de triomphe
a chacun de ses pas ; on applaudissail avec un en-
thousiasme inoui a chacune de ses p a r o le s ; on le
couvrait de vivat et de ileurs ; jamais on lVavait
vu de telles demonstrations et des ovations aussi
universelles. »
De la Franc-Maconnerie. lo g

« H omme de foi, de priere, de travail, de vertu


ct de science, d ’une bonte ineffable, d’une candeur
ct d’une ame'nite vraimcnt celestes, et qui se pei-
gnaient dans tous ses traits, Pie IX joignait a une
droitureet a une charilc qui nc soup^onne pas le
mal, comme parle PApotre, une fcrmete d a m e et
de conscicnce que rien n’etait capable de faire de-
vicr de la ligne du devoir connu. A vec d’aussi
cmincntes qualites, il ne pouvait songer, Pontife-
Roi, qu’a faire le bien de ses Etats et a ramener
par la liberte vraiment chretienne et les peuples et
les rois a la verite et a la pratique des vertus qui,
cn preparant k la vie eternelle, peuvent seules faire
le bonheur ici-bas. »
t Bientot on s’apercut que les bandes qui se
rassemblaient au Q u irin al ne suivaient plus le sen­
timent de la reconnaissance et du devouement au
Saint-Siege, mais qu’clles obeissaient a une im ­
pulsion secrete, q u ’elles avaient une organisation
occulte et des chefs reconnus. »
Le Saint-Pere renvoyait le peuple au travail, et
Mazzini, dans son manifeste aux amis de l'ltalie,
cn novembre 1846, leur recommandait le con-
traire.
« Profitez, leur disait-il, de la moindre conces­
sion pour reunir les masses, ne fut-ce que pour
tcmoigner leur reconnaissance. Des fetes, des
chants, des rassemblements, des rapports nom-
breux etablis entre les hommes de toute opinion,
suffiscnt pour faire jaillir des idees, donner au
peuple le sentiment de sa force et le rendre exi-
4
i jo Le Secret

geant. L a difficulty iVest pas de c o n v a in c re le p e o ­


ple ; quelques grands m o t s : liberte, droit de
r h o m m e , progres, egalite, fratcrnile, despotismo,
privileges, tyrannic, esclavage, suiliscntpour cela;
1c diilicile, e’esi d e l e reunir. Le jour ой il sera
reuní sera le jour de Гоге nou veile. »
Et P ie IX, dans ce meme mois de novembre,
adressait an monde catholique son encvolique
Quipluribus jam , ou il d i s a i l : « N u l d’entre vous
n ’ignore, Venerables Freres, que, dans ce siecle
deplorable, une guerre furieuse el acharnee est
faite an caiholicisme par des homines qui, lies
entre eux par uncsociete criminelle, rcpoussantlcs
saines doctrines et fermant l ’orcille a la voix de
la verite, produisent au grand jour les opinions
les plus funestes et iont tous leurs efforts p o u r lc s
repandre dans le public et les faire triompher.
« Nous sommes saisi d’horreur et penetré de
la douleur la plus vive, quand nous réfléchissons
i\ lant de monstrueuses erreurs, á tant de moyens
de nuire, lant d’artifices et de coupables manoeu­
vres dont se scrvent les ennemis de la verite et de
la lumiere, si habiles dans Part de tromper, 'pour
étouffer dans les espriis tout sentiment de piété,
de justice et d’honnetetc, pour corrompre les
mocurs, fouler aux pieds tous les droiis divins et
humains, ebranler la religion calholique et la
sociele civile, el meme les dctruire dc fo n d cn
cambie, s’il elait possible. Vous le savez, en eftet,
Venerables F re res, ces implacables enncmis du
nom chrelien, empörtes par une aveugle fureur
b e la Franc-Maconnerie . m
— - - - _ __________

d’impiete, en sont venus ä ce degre inou'i d’au-


dace : ouvrant leur bouclie aux blasphemes contre
Dicu , ils ne rougissent pas d'enseigner publique -
meni que les augustes mysteres de nntre religion
sont des erreurs et des inventions des hommes ; que
la doctrine de VEglise catholique est opposee au
bien et aux interets de la societe , et aussi ils ne
craigncnt pas de renier le Christ ct Dieu. »
E n quelques mots, le saint Pontife resumait la
doctrine impie de la secte ma^onnique, qui renie
le Christ et D ieu; il etaitsaisi d’horreur, ilversait
des larmes : et c’est ä peine si le bruit des triom-
phes et des vivat dont il avait ete le heros, s’etei-
gnait dans les rues de R om e. Nous Tavons dit
aillcurs : d’autres larmes avaient precede les sien-
nes. U n e Mere auguste, une divine Mere avait
gemi et pleure dans nos montagnes des Alpes,
unissant sa parole et sad o u le u r a celles du Vicaire
de son Fils. E lle d is a i t : Ils blasphement mon F ils I
Ils l ’abandonnent, ils le laissent seul sur les au-
tels ! E t P ie IX, en meme temps, au Q uirinal,
sans connaitre les plaintes de laMessagere celeste,
lui faisait echo en re p e tan t; Ouvrant leur bouche
aux blasphemes... ils ne craignent pas de renier
la Christ et Dieu.
N ous n’avons pas a retracer ici la vie de P ie IX.
O n sait son exil h Gaete, son retour ä Rome,
d'oü il avait du fa ir ; on n'ignore pas q u ’il fut
attaque et crucifiej moralement, durant tout son
pontiiicat, par les Sociniens modernes, qui ne su~
rent pas meme respecter ses cendres et son cer-
im Le Secret

cueil. II necraignait pas, il cst vrai, durant sa vie,


de ilétrir leurs máximes et de les condamncr.
QiPon se souviennc, cn particulier, de son a llo ­
cution prononccc en consistoirc secret, le 25 sep-
tembre 18í» 5, ou il d i s a i t : «Venerables Freres,
parmi les nombreuses machinations et les moyens
par lesquels les enncmis du nom chretien ont
osé s’attaquer a l ’Eglise de D ieu, et ont essayé,
quoique en vain, de Fabattre et de la dctruirc, il
faut sans nul doute compter ceite sociéié per­
verse d’hommcs, vulgairement appelée maconni-
quo, qui, contenue d’abord dans les icncbres et
Fobscurité, a tini par se faire jour ensuite, pour
la ruine com m une de la religion et de la société
h u m a in c .... Plüt au ciel que les monarqucs eus-
sent preté Foreillc aux paroles de notre prédéces-
seur ! plüt au ciel que, dans une affaire aussi
grave, ils eussent agi avec moins de mollesse !
C e n e s , nous n’aurions jamais cu, ni nos peres
non plus, i\ dcplorer tant de mouvements scdi-
tieux, tant de guerres incendiaires qui mirent
F E u r o p c c n feu, ni tant de maux amers qui ont
afíligé et qui afiligent encore aujourd’hui F É -
glise.... Aussi n’avons-nous pas vu sans douleur
dessociétés catholiques si bien faites pour exciter
la piélé ct venir en aide aux pauvres,etre aitaquées
ct meme déiruites en certains lieux, tandis q u ’au
contrairc on encourage,, ou lout au moins on
tolere la ténébreuse société maconnique, si enne-
mie de PEglise et de Dieu, si dangcreuse meme
pour la süreté d e s royaumes....»
De la Franc-Macorinerie. ii 3

T e l est le langage apostoliquede Pie IX, renou-


vclant les instructions et les excommunications
prononcccs par ses veneres prédecesseurs, depuis
Clement X II, dont nous avons rappelé F E ncy-
clique datee de 1738, jusqu a Pie IX lui-méme.
Marchant sur les traces de ces courageux Pon-
tifes, notre Saint-Pére Leon X III a signalé au
monde, avec des accents non moins énergiques et
unepleine lumiére, ces hommes qui en sont ve­
nus, aprés avoir blaspheme le Christ et Dieu, á
vouloir détruire la propriété et la famille, entrainés
qiPils sont fatalement, par la marche logique de
Perreur, qui va d’abime en abime. Dans sa der-
niére E ncy cliq u c du i 5 février 1882, Sa Sainteté,
ccrivantá ses Venerables Fréres les Archevéques
et les Evéques d’ Italie, disait : « Une secte per-
nicieuse, dont les auteurs et les chefs ne cachent ni
ne voilent leurs volontes, a pris position depuis
longtemps en Italic ; aprés avoir déclaré la guerre
á Jésus-Christ, elle s’eíforce de depouiller le
peuple des institutions chrétiennes. Jusqu’ou deja
sont allées ses audaces, il nous est d’autant moins
nécessaire de le'd ire, Venerables Fréres, que les
breches et les ruines faites aux mceurs et á
la religion s'étalent sous v o sy e u x . A u milieu des
peuples de I11 tali e, toujours si constamment
ñdéles á la foi de leurs peres, la liberté dePÉglise
est de toute part atteinte ; chaqué jour, on redou­
ble d’efforts poureffacer des institutions publiques
cette forme, cette empreinte chrétienne qui a etc
toujours et á bon droit le sceau des gloires de PJ-
Le Secret

talie. L e sm aiso n s religieuscs supprimées,les biens


d e P E g lise confisques, les unions conjugales fpr-
mées en dehors des lois et des rits catholiques, le
role de Pautorité religieuse efface dans Péducation
d éla jcunesse: elleestsans fin et sans mesure, cette
cruelle et deplorable guerre déclarceau Siegeapos-
tolique, cette guerre pour laquelle PFiglise gétnit
sous le poids d ’inexprimables soufírances, et le
Pontife rom ainse irouve réduit aux plus inexpri-
mables angoisses ; car, dépouillé du principal
civil, il lui a fallu tomber á la mere i d’un autre
pouvoir. E l Rome, cité la plus augusto des cites
chrétiennes, est une place ouvertc á tous les en-
nemis de PEglise ; de profanes nouveautés la
souillent, cá et la des temples ct des ocoles y sont
consacrés a Phérésie. O n dit m im e qu^elle va
recevoir, cette annoe, les deputes et les chefs de la
secte la plus acharnée contrc le catholicisme, qui
s’y sont donnó rendez-vous pour une solennelle
assemblce. Les raisons qui ont determiné le choix
de ce theatre nc sont point un mystere : ils veulent
par cette outrageante provocation assouvir la haine
q u ’ils nourrissent contrc PEglise, ct approcher
de plus pros leurs torches inccndiaircs du Pontifi-
cat romain, en Tattaquant dans son siége méme.
L ’ Eglise, sans aucun doute, enfin victorieuse,
dejouera les menees impies des hommes ; il est
pourtant acquis et d’expcrience que leurs c o m ­
plots ne lendent a rien moins q u ’a renverser tout
le corps de PEglise avec son chef, et, s’il était
possible, éteindre la religión.» Et tel est, pou-
De la Franc-Maconnerie. u5

vons-nous ajouter, le secret de la Maconnerie .


Les personnes qui ne lisent pas le compte-
rcndu des loges maconniques ignorent ce qui s’y
passe et ne voient pas le mal tel qu’il est. Q u ’elles
ecoutent done l ’extrait suivant d’une reunion de
la Grande-Loge sym bolique ecossaise qui a eu
lieu a Paris, en decembre 1882 :
« T e n u e du 2 i deccmbre, Le F . ’ . Gaston, m e m -
bre de la löge, a fait une tres interessante confe­
rence sur ce sujet : Dieu'devant la science .
a L ’ordre destravaux, tres charge, a m alheureu­
sement restreint le temps q u ’il eüt fallu au Confe­
rencier pour d evelopperson sujet, et il a du en une
demi-heure renfermer la matiere d’ une confe­
rence d’une heure et demie.
« N ou s esperons que ce n’est que partie remise,
et que notre F.*. Gaston aura Toccasion prochaine-
ment de traiter de nouveau cette question, mais,
cette fois, dans des conditions meilleures, et peut-
etre devant un auditoire beaucoup plus nombreux.
K Q u o i q u ’ilen soit, les bravos de l’assistanceont
maintes fois soulignela parole, ä la fois serieuse et
spirituelle, mais surtout convaincue, du conferen­
cier, ainsi que les citations, fort heureusement
trouvees, qu’il a apportees ä Pappui de sa these.
« L ’espacenous manque pour entrer dans des de­
tails a ce sujet. D u reste, ainsi que nous l ’avons
dejaannonce, notre F.*. H. Gaston va, sous peu
de jours, publier un ouvrage intitule : D ien , voilä
Vcnnemi ! dans lequel il expose d’une fa^on tres
Il6 Le Secret

nette lcs idees q u ’il n’a pu q u ’effleurer dans cette


conference.
« Notre prochain bulletin contiendra un article
bibliographique sur ce livre que nous avons en
ce .moment sous les yeux, et que nous voudrions
v o ir dans toutes les mains. »
(Com m unication du F . \ Dumonchel.)
jBulletin maconnique de la Grande-Logc symbo -
lique ecossaise, 2mo annee, n° 22, janvier 1882,
P· 295·

Apr e s c e c r i d’impiete : Dieu, voilä Vennemi!


on ne pouvait, semble-t-il, aller plus loin. II n ’y
avait plus q u 7i rappeler la de'esse Raison pour la
placer de nouveau sur les autels de Jesus-Christ ;
erreur ! I ls o n t tr o u v e moyen de dcpasscr toutes
ces impieles, et, dans leur joie triomphante, ils se
sont souvcnus instinctivement de leur pere. Ecou-
tez, lecteur, ecoutez, en tremblant, I’hymne quails
viennent de chanter, cette annee mcme, en plein
theatre, ä T u r i n :
« V oici q u ’il passe , o peuplcs, voici Satan le
grand. II passe bienfaisant, de lieu en lieu, sur
son char de feu... Salut, o Satan, salut, revolte !
Q ue montcnt sacres vers toi notre encens et nos
vceux ! T u as vaincu le Jehovah des pretres !... »
E t la foule, dit le journal auquel nous emprun-
tons ce recit, applaudissait Toouvre infame de
Josue Carducci.
Bergier avait raison : le libre examcn du pro-
De la Franc-Mac onñerie. n ¿

testantisme devait conduire á ces negations et á


ccs impiétés. II faut á l ’hommc un niaitre : Dieu
ou Satan, ct il ne saurait les servir tous deux á la
fois. Ou bien Í1 ouvre son coeur a son Créateur,
ou bien il le lui ferme. S ’il le lui ferme, il de-
vient l ’esclave du peché, par qui il a été v a i n c u ;
Tesclave de celui que Jésus-Christ a nommé :
Princeps hujus mundi, le prince de ce monde, et
saint Paul : Deus hujus sceculi, le Dieu de ce
siecle.
Nous pouvons conclure, iln o u s semble, que le
but de la Franc-Ma^onnerie est bien celui que
nous avons indiqué: la destruction du régne de
Jésus-Christ, d’une part, et, d e l ’autre, 1ztriomphe
du rationalisme.
C e dessein a été con^u par Fauste Socin : nous
Tavons prouvé historiquement, en nous appuyant
sur le temoignage d’auteurs sérieux, et malgré
les efforts que la secte a faits pour donner á son
origine une antiquité reculée, le regard de l’his-
toire a discerné la vérité et pris soin de nous Tin-
diquer.
Des historiens graves, sans remonter jusqu’á
Socin, ont vu en C ro m w e ll le pere de la Ma^onne-
rie : il n’en fut qu eT h ab ile et puissant protecteur
en Angleterre, Torganisateur secret et le sangui-
naire disciple.
U n instant rentrée dans le silence et,sans doute,
obligée de secacher par prudence, aprés la terri­
ble vengeance exercéesur Crom w ell par Charles II,
la Ma<;onnerie trouve dans la personned’Ashmole,
4*
I< Le Secret

Tillustre antiquaire, unprotecteur qui larecueille


e t l u i prodiguc ses soins. Bientot elle est assez
forte pour rcprcndre son clan ä travers le
monde.
Voltaire lui fraiela route en France. A id e puis-
samment par les sophistes, il propage de tous cotes
l ’hcresie socinienne et en penetre tous les esprits
dc son temps.
D o u e d’un rare genie d’organisation, A d a m
W eishaupt, en A llem agne, resume les divers tra-
vaux magonniques antcrieurs a lui, auxquels il
unit les systemes des sophistes anglais et fra n g a is;
il en compose un tout, qu’il nomme Illuminisme ,
et dans ce travail, unissant son äme de sectaire ä
cellc du paniheiste Spinosa, il prepare le couron-
nemcntde la Magonnerie universelle.
M a i s d e j a l a secte avait grandi et pousse ses
adeptes ä Taction. O n avait vu des bras se lever
et frapper cruellement la Com pagnie de Jesus,
avant-garde du catholieisme, en Portugal, en Es-
pagne, ä Naples, aussi bien q u ’en France.
De cette aciion combi nee et de tous ces travaux
qui sc muhipliaient chcz les diverses nations,
sous mille formes differentes, agitant tous les es­
prits, depravant les cneurs, tournant en derision
ce q u ’il y avail de plus sacre, allumant, surtout
dans les rangs de la plus haute societe frangaise,la
soif des voluptes paiennes, de toutes cesfolles de­
bauches de Tesprit et des sens devait necessaire­
ment resulter une tempcte sociale : ce fut/a grande
De la Franc-Maconnerie. iig

Revolution fra n ca ise , dont Punivers entier fut


chranlé.
Elle f u t p o u r PEglise catholique ce qu’avait etc
pour lc Christ, son E po ux, Pagonie du jardín dos
Oliviers, et meme, on peut le dire, comme un
nouveau C alvaire. Pie V I fut pris, enchainé, con­
duit en prison, oü il mourut comme son divin
Maitre, au milieu des criminéis.
Le Christ lui-méme fut de nouveau jugé et con-
damné. O n le jeta á bas de ses autels pour ymettre
á sa place, quoi done?... le rationalisme de Socin,
sous le nom de : Déesse Raison , representée par
une courtisane. Ce jour-la, reconnaissons-le, la
F ran c-M acon n eriedoctrínale etsanguinaire,athée
et saoule de crimes , triompha vraiment. La
R evolution de 1793 fut son fait, nous Pavons
prouvé.
Puis nous avons montre que la secte n’avait pas
étéddsarmee par les victimes innombrables tom-
bées sous ises coups, et que, fidéleau plan de ses
chefs, elle s’était reprise á conspirer contre le
christianisme, sorti vivant etglorieux d e s a t o m b e ;
contre PE glise redevenue Pobjet du respect et de
Pamour des peuples.
Mais la vie du catholicisme, comme celle de
son divin Fondateur, est uno souffrance continue;
aussi avons-nous vu PEglise trouver en celui qui
Pavait protegee son plus terrible ennemi ; puis­
sant par les armes, despote par la volontc, ha­
bile a forger des chaines á ceux qui ne pliaient pas
devant son ambition sans bornes et ses boutades
120 Le Secret

d ’homme m alelevc, Napoleon d e v in t p o u r P ie V II


le cruel instrument de la Franc-Magonneric,
ju s q u ’au jour oil, lassee de son dompteur, elle sc
revolta contre lui et Iui prepara, sur les champs de
bataille, des trahisons et des defaites. II comprit
d’ou venaient a sa fortune ces mysterieux revers ;
il se souvint de PAngleterrc, mere adoptive de la
Magonnerie, et il alia se confier a elle. Son sort
ne fut pas absolument celui des traitres : il en fut
quitte pour un exil lointain ä Sainte-Helene.
N ous avons vu ensuite la secte se recueillir un
moment, reprendre bientot ses trames contre PE -
glise et toute autorite legitime. N ous Pavons sur­
prise demandant a Penseignement de corrompre
de nouveau les esprits, surtout les jeunes genera­
tions, sans epargner les classes ouvrieres, a qui
eile resolut dc jeter en pature la propriete\ afin de
preparer line revolution nouvelle.
En effct, Pannee 1848 vit tomber le roi L o u is ­
Ph ilip p e et s^ecrouler son tröne. II n’avait pas
compris non plus que celui qui seme du vent re -
cueille des tcmpetes.
Evidcmment, la revolution de 1848 n’eut pas
pour caractere principal la haine religieuse qui
avait caracterisc celle de 1793. On v itm e m e , pen­
dant le mouvcment rcvolutionnaire, un crucifix
apparaitre , porle avec respect au milieu de la
fo u le , entrc les mains d’un jeune homme , et le
peuple lit un triomphe a cette image sacrce. C ’est
que la Magonnerie avail senti qiPelle avait interet
a ne v o u lo ir p a s rcnvcrser les autels, sitot apres
De la Franc-Maconnerie. 12 i

1793. E lle se réservaitpour plus tard cette odieuse


bcsogne, á laquelle elle se prepare de nos
jours.
Nous l ’avons dit : elle s’est souvenuede Julien
l'Apostat et de La Chalotais. E lle détruit les
temples spirituels d’abord , en ótant la foi des
ámes et les crucifix des ecoles. E lle prepare un
grand mouvement. N ous avons sous les yeu x les
resolutions prises le 11 juin 1879, ou n o u sliso n s
ce qui suit: a Déchristianiser la France par tous
lesmoyens, m aissurtout en étranglant le catholi-
cisme p e u á peu, chaqué année, par des lois nou-
velles contre le clergé !... arriverenfinálaferm eture
des égliser... Dans huit ans, gráce á Tinstruction
Jaique sansD ieu, on aura unegénérationathée. O n
fera alors une armée, eton la lancera sur PEurope.
On sera aidé par tous les fréres et amis des pays
qu’envahira cette armée... »
C e plan est bien suivi. Les ecoles sans Dieu
existent, et Texercice du fusil y a remplacé celui
du catéchisme. II y a bien encore des écoles oü
Penfant est instruit des vérités chrétiennes : pa­
tience. Les Italiens disent qu’avec du temps et de
la patience on arrive á t o u t ; or nous suivons pour
le moment en France la méthode Ricciardi, qui
nous conduira la ou veut la secte, á moins que
les peres de famille n’ouvrent enfin les yeu x et ne
s’ecrient : c'est asse%! Q ue Dieu leur inspire ce
noble se n tim e n t!
P o u r les encourager á remplir leur devoir et
aussi pour nous acquitter de notre charge pasto-
122 Lc Secret de la Franc-Maconnerie.

rale, nous allons continuer cettc etude, en disant


h nos lecicurs ce que Ton doit pcnscr du projet dc
la Franc-Magonnerie : ce sera la seconde partie de
ce travail.
DEUXIEME P A R T IE .

QUE F A U T - I L PENSER DU P R O J E T , FORME PAR LA FRANC-

MACONNER1E, DE D E T R U I R E LE CHRISTIANISME ET DE

LE RE MP LA CE R PAR LE RATIONALISME ?

I. — Le projet de la Maconnerie n'est pas


nouveau.

Ce projet est litteralement vieux comme H e ­


rode, non comme Herode le tetrarque de Galilee
qui se moqua de Jesus, mais comme Herode dit
l’Ascalonite, le premier des trois personnages de
ce nom dont saint Matthieu parle en ces termes :
« Jesus etant done ne ä Bethleem de Ju da, aux
jours du roi Herode, voilk que des Mages vinrent
de r O r ie n t a Jerusalem, et ils d is a ie n t : O u est
celui qui est ne roi des Juifs? C ar nous avons vu
son etoile en Orient, et nous sommes venus l ’a-
dorer. A cette nouvelle, le roi Herode se troubla,
et tout Jerusalem avec lui. Et il assembla tous les
princes des pretres et les scribes du peuple, leur
demandant oil devait naitre le Christ. Ceux-ci lui
dirent : Dans Bethleem de Ju d a, car il est ecrit
par le prophete : Et toi, Bethleem, terre de Juda,
tu n’es pas la moindre parmi les villes de Juda,
124 Le Secret

car de toi sortira lc C h e f qui doit conduire mon


people Israel. Alors Herode avant appelc'en secrct
les Mages, les inierrogea avee soin sur le temps
oú Teloile leur etail apparue. E t , les envoyant á
J3ethleem,il d i t : A llez et informez-vous exactemcnt
de l'enfant, et lorsque vous Paurez t r o u v c . dites-
le-m oi, aiin que j'aille aussLmoi-méme l'adorer j>.
Oil sail cc que signifiaient ces paroles; car,
lorsque H órodevit que les Mages s’eii ctaient alies
sans revenir par Jerusalem, il en fut violemment
irrité, et il envoya tuer tous les enfants qui étaient
a Bethléem, ainsi que dans lc pays d’alentour, de-
puis Fa ge de deux ans et au -d e sso u s, selon le
temps dont il s’était enquis des Mages.
C e massacre des saints Innocents a revelé au
monde, pour la premiere fois, le projet de dé-
truire sur la terre le regne de Jésu s-C hrist, le roi
annoncc par les prophetes et montré aux Mages
au moycn d1un astre nouveau. II servirá de tvpe
dans la suite des siecles, et souvent Ton verra la
hainc contre Jésus-Christ pousser ses ennemis á
renouveler le massacre des innocents, avec l ’es-
poir de Pattcindrc lui-m eme. Done, nous avons
raison de dire que le dessein formé par la Magon-
nerie contre notre R oi Jésus est deja bien vieux.
Simeon n’avait pas attendu rexccution de l ’ordre
cruel d’ Hcrode pour prédire au monde que le
Christ devait étre en butte á toutes les attaques;
car, lorsque le divin Enfant, apres les jours de la
purification, fut porté au temple de Jerusalem, le
saint vieillard Siméon lc prit entre ses bras, et,
De la Franc-Maconnerie.

bénissant Dieu, il dit : « C'est maintenant, Sei­


gneur, que , selon votre p a r o le , vous laisserez
votre servile ui* s'en aller en paix ; car mes yeux
ont vu votre salut, que vous avez preparé de va nt
la face de tous les p e u p le s , Lum iére pour T illu-
mination des Gentils et gloire de votre peuple
Israel. » « Et S im eon dit ä Marie sa mere :
« Voici celui qui est établi pour la ruine et pour
la résurrection d’ un grand nombre dans I s r a e l ,
et en signe auquel il sera contredit : Signum cut
contradicetur. Et le glaive transpercera votre áme,
afin que les pensées de beau coup de cceurs soient
révélées. »
Le signe auquel on contredira ! Voilá bien le
signalement toujours vrai de Jésus-Christ.
II n'en pouvait etre autrement, puisque le Sau-
veur est venu pour élever Thumanite de la vie
naturelle á la vie surnaturelle, c’est-á-dire de la
vie pa'ienne á la vie chrétienne, par laquelle il
regne en nous, connu, aim éetservi parfois jusqu’á
rhéroísme, inspirant nos lois sociales, réglant nos
families, guidant notre existence et Tordonnant en
vue d’un monde meilleur á conquérirpar la vertu.
Le Sauvcur, surtout, a divinísé la souffrance et il
en a íait une condition nécessaire á l’homme pour
se réhabiliter, expier ses fautes et devenirdigne du
Pere celeste, qui n’admet dans réternelle patrie,
dit saint Paul, que les fidéles imitateurs de son
Fils, ses images vivantes. O r, Fhumanité se plait,
d’instinct, dans la jouissance ; elle repugne á la
souffrance, elle se laisse choir au paganisme, aussi
126 Le Secret

naturellement que Fenfantlaisse libre va se jouer


dans la bouc.
C'est pourquoi olle s’emeut cn entendant le
Christ lui dire sans cessc par la voix de sonE glise:
Sursum cnrda ! Lcs coeurs en haut ! L ’aspect
severe du Calvaire l ’importunc, Tirrite en trou-
blant ses plaisirs, et le cri : T o l l k ! T o l l e ! repond
a l ’appel du divin Crucifie, idealparfait de Vhu-
manitd regendree. C ’est ainsi que lcs Juifs ont mis
ä raort le Verbe incarne et que ses ennemis Fat-
taquent sans relächc, le long des siecles qui s’e-
coulent. Uappelons done ces attaques et montrons
a ceux qui veulent voir la verite, que la guerrc
contre le Christ cst le spectacle que ce monde,
avide de jouir, nous offre constamment.
A peine N otre-Seigncur a-t-il commence sa
predication, que lcs habitants de Nazareth, irrites
de la franchise de sa parole, se saisissent de lui et
le conduiscnt s u r l c haut du rocher oü leur ville
cst bätie, pour le jeter cn bas. Mais Jesus, dit
P E van gilc, passant au milieu d’eux, s’en alla.
Son heure n’etait pas encore venue.
Vingt fois, ils forment le projet de le tuer, ces
scribes, ces pharisiens, ces princes des pretres, que
Porgueildcvorait, e tle S a u v e u r le u r d i s a i t :« Pour-
quoi voulez-vous me tuer, moi qui vous enseigne
la veriie ? · Enfin, le jour vint oü ils mirent a
execution leur criminelle resolution, avecFespoir
que c’en serait lini de lui.
V ain espoir! Le Christ sortit vivant et glorieux
du sepulcrc, impassible et immortel.
De la Franc-Maconnerie. /27
Ne pouvant plus s’attaquer á luí, le monde,
cependant, voulut déchargersa haine sur la société
qiTilavait fondée, c’cst-á-dire sur PÉglise catho-
lique. Des le commencement de Tere chrétienne,
parurent des hommes qui furent les vrais ancétres
deSocin. A u lieu de recevoir á genoux, et d’ado-
rer la doctrine que le Verbe incarné a daigné
nous révéler sur Dieu et les mystéres de Péter-
nelle v e r it é ; au lieu d’écoutcr humblement les apo­
tres et PEglise, que l ’ Esprit divin éclairait de sa
lumiére, les faux Gnostiques se prirent a dogma-
tiser. lis voulaient sonder la nature de Dieu, en
quelque sorte creer un Dieu á leur fa^on , un
Dieu qui eüt été le fils de leur raison, absolu-
ment comme font tous nos sociniens modernes,
et ils s’égarérent dans les inventions insensées de
leur orgueil.

Elles furent ardentes, ces attaques des premiers


siecles contre Jésus-Christ et sa doctrine. L ’esprit
d’erreur, écrasé au Calvaire , relevait la tete. II
ameutait contre la croix tous les partisans du
paganisme, en leur montrant les sacrifices imposes
á la nature par le Dieu des chrétiens, et il leur
disait : Com m ent pourriez-vous vivre sous'un tel
maitre et avec de pareilles lois ? Et aussitót les
sophistes se mettaient a son service pour inventer
des systémes religieux plusabsurdes le s u n s que
lesautres. La folie deTorgueil, au m esiécle, en était
venue á ce point que Manes, Thérésiarque Manes,
prétendait que l ’Esprit-Saint s’était incarné en
128 Le Secret

lui, et Ic Manichéisme, en se repandant de toutes


parís, multipliait ses victimes.
Ce ful alors que parut Arius. Celui-ci niait
cft’ronlémcni la divinité de Jésus-Christ, á qui
ccpendant il avait consacré sa vie par des serments
solennels. L’A r i a n i s m c jeta q u e l q u e éclat, et puis
■ 1 > / * ·
u s eteignit.
II eut lesort de toutes les attaqucscontre Jésus-
Christ ; lesempereurs romains avaientété vaincus :
il le futaussi. De sorte que le christianisme avait
émoussé le glaive des persecuteurs et reduit au
silence les philosophcs et les hérésiarques, quand
parut Mahomet, dont la grande máxime : « II rCy
a de Dicu que Dieu », était aussi antichréticnne,
parce qu’elle niait les divines personnesdu Fils et
du Saini-Esprit.
O n sait rhistoire brillante du Mahométisme,
qui unissait la puissance des armes aux attraits
d’une religion petrie d’orgueil et de volupté, oü
se mélaicnt quelques verités empruntées á l ’An-
cien et a a Nouveau Testament. Le croissant eut
des journées detriomphe passager; mais la C r o ix
demeura victorieuse, en protégeant les peuples
qui la défendaient elle-méme. Et le Christ Jésus,
toujours attaqué dans son Eglise et ses enfants,
passait au milieu des foules, acclamé, adoré et
serví avec un amour sans bornes. C 1est alors que
nos peres clevérent ces églises admirables et ces
cathcdralcs sans pareilles qui couvrirent, dit un
il lustre orateur, d’ombre et de gloire le Dieu de
rE ucharistie. Lc xm° siceles’ouvrit, et avec lui la
De la Franc-Maconnerie. 12 g

veritc catholique versa sur le monde des torrents


de lumicre.
Est-ce á dire que Jesus-Christ cessa d’etre un
signe de contradiction? L o in de la; jamais ii nnest
plus attaqué, d’ un cote, que quand il est plus
adoré, de Pautre. Aussi vit-on commenccr á cette
epoque, contre le christianisme, une guerre d'un
nouveau g e n r e : ce fut comme une épidémie ou
une renaissance de paganismo , dont I'Arabe Aver-
roés fut l’auteur par son commentaire dc la ph ilo ­
sophic panthéiste d’Aristote.
Cette erreur se formula en plein xiiic siccle, au
point d’attirer sérieusement Pattention de saint
Thomas d ’A q u in , qui la combattit corps á corps
dans ses ouvrages immortels.
Terrassée par Pangclique docteur, elle se releva
ccpendant et continua sa marche, sous le nom de
Renaissance, grace toujours ä Tattrait des plaisirs
sensuels et ä la soif de jouissance, qui devore la
pauvre humanité déchue. Les xiv% xvc et xvic sié-
cles en furent infectes ; le x v n ° n e réussit pasa s’en
preserver; le x v m c la cacha sous le manteau de ses
sophistes, et voici q u ’au xixe les franes-magons,
conscients 011 inconscients de leur besogne mal-
sainc, cherchcnt a nous replonger en plein paga­
nism e.
Le liu s et Fauste Socin n ’eurent qu’á condenser
en systemc les erreurs pa'iennes de leur temps
pour mettre au jour leur hérésie, dont Pessence
n^est autre que la négation de la divinité de Jésus-
i3 o Le Secret

Christ et le rctour au paganismo, par ¡’adoption


du syslomo rationaliste.
Or, il y a dans la nature une loi en vertu de
¡aquello les eaux jaillissantes aspirent á remonter
a la hauteur d’oü elles dcsccndcnt, et ¡'on dirait
volontiers que cctte loi existe aussi dans le monde
m oral; en particulicr, pour ¡e Socinianisme ma-
conniquc.
O u i, rhéresie de Socin est nee au s c i n d ’ un mi­
lieu tout impregne de pagan ism o; elle est paienne
de sa n a t u r e , paienne dans ses aspirations,
paienne dans sos consdquences et ses résultats.
C e la est evident, puisqu'cn ótant Jésus-Christ et
sa doctrine du monde moral, on replonge fatalc-
ment rhunianitú dans l ’état oü elle se trouvait
avant i ’ere chrétienne, c’cst-á-dire dans le paga-
nisme. Si les cmpcrcurs romains avaient róussi á
exterminer tous les chrétiens, le paganismo eut
triomphé; ot si, do nos jours, la Franc-M agonne-
rie, qui poursuít le momo but, arrivait á la fin
q u ’elle so propose, le rosultat de cettc vicloire se-
rait identique: ce serait lo régne nouveau du pa­
ganismo, avec ses erreurs et ses debauches.
Ccs considerations méritent d’etre misos en ¡u ­
*

miére, et il le faut pour ne laisser aucunc ombre


dans l ’osprit du lecteur.
Dans son ouvrage intitulo : Les Herctiques d’I-
talie , César Cantu, que nous avons cité deja, et
qui, á justo litro, ost loin de méconnaitre los b ril­
lantes qualhés et lo génie de sa nation, ne craint
pas ccpcndani, en iidole historien, de nous mon-
De la Franc-Maconnerie. i3 i

trer les savants Itali ens du xvicsiecle comme etant


les a d m i r a t c u r s p a s s i o n n e s du p a g a n i s m e .
« La litterature, dit-il, qui ne bornait pas alors
son action a polir la societe nouvelle, pretendait
cn modi Her les croyances et la conduite, en la
ramcnant en theoric et en pratique vers le paga-
nismc. Les sciences, elcvees dans le sanctuaire et
disciplinces par les scolastiques comme une ar-
meCj sous la direction du Verbe de Dieu, se met-
taient maintenant a disserter, et, se propageant
par la voie de la presse, mordaient le sein qui les
avait nourries. E n passant de la periode croyante
ä la periode de la controverse, Thomme par le
raisonnement en etait arrive ä se croire Tauteur
des verites qu’auparavant il recevait comme un
don de la foi, et tandis que jusqu’alors la reli­
gion etait restee teile que Ta definie Grotius, l*u-
nique principe de la justice universelle, mainte-
nant ce n'etait plus exclusivement ä l ’Eglise qu’ on
demandait la meilleure maniere de servir Dieu et
le prochain. Platon avait dit, au rapport de saint
Augustin : « La philosophic, c’est Fapprentis-
sage de la connaissance de D i e u . — Faire dela p h i­
losophic, c’est imitcr Dieu ». Raisonnement qui le
Htpreferer aux autres philosophes paries premiers
chretiens. mais qui conduisit facilemcnt a l ’idea-
lisme. La philosophie scolastique, tout armee de
logiqüe, avait pris pour oracle Aristote, un excel­
lent maitre, en verite, puisque chez lui on trouvait
aussi la critique des autres systemes, tandis que
Platon ne donnait que ses propres dogmes. A ris-
i3 2 Le Secret

tote, lui aussi, proclame et demontre un D ieu su­


preme, une loi morale, une ame im m o rte lle ; mais
le chrcticn, qui attend tout de Dicu, pouvait-il
suivre comme un guide sur le maitre qui exagere
la puissance de la nature et Fetíicacité de la vo­
lonte humaine? Le maitre qui erige en principe
absolu la nature pouvait-il rester Foraclc d’unc
science toute religieuse ? Ajoutez q u ’il arrivait en
Europe, traduit et commcnté par les musulmans,
qui lui avaient préié des sentiments absurdes et
des idees pleines de subtilités; ces infideles, en le
iraduisant, avaient fait de Fauteur un théosophe,
et, en observant le monde á leur mode fantasti-
que, avaient coní'ondu l ’astronomie avec l’astro-
logie, el celle-ci avec la médccinc. Les Italiens,
en traduisant sur leur traduction, y avaient su­
perpose de nouvcllcs crreurs; et la critique n ’était
pas en état de s’apercevoir de Faltéralion, tandis
que Fidolátrie professée pour Aristote empéchait
de le su p p o se re n faule; de la naquit un amalgame
de philosophic arabe, scolastique, ch rétien n e,
conception bátarde et sterile, une énigme indé-
chiffrable pour ceux qui voulaient la concilier
avec la théologie dogmatique. »
« Les Arabes, apres avo ir regu la revelation
de Mahomet, avaient debuté dans les discus-’
sions théologiques par Féternelle question du
libre arbitre et celle de la predestination
(Kadarites et Giabarites), d’oü ils passérent á
celle des attributs de D ic u . Mais, meme chez
eux, il y avail des sccptiques, il y avait des incre-
be la Franc-Maconnerie. i3 3

dules; les esprits oscillaient entre Penthousiasme


religieux ct la lib re-p en see; et le role qu’avait
joue chez nous la scolastique fut rempli chez eux
par le Kalain , systeme tie discussion rationnelle,
soit pour examiner, soit pour defendre par la
dialectique lcs dogmes attaques. Fa^onnee a de
tels exercices, la philosophie arabe elargit le cer­
cle des problemes poses par les peripateticiens, et
admit le principe de l'eternite de la matiere , ainsi
que la theorie de Vunite de Vintelligence. »
« C e s t qu’en eifet la philosophie d ’Averroes
s’appuie precisement sur le pantheisme ; d'aprös
eile , il n]y a qiCune seule ante. et D ieu , c’est le
monde. La generation (selon ce philosophe) n ’est
qu’ un mouvement. T o u t mouvement suppose un
sujet. C e sujet unique, cette possibility univer­
selle, c’est la matiere premiere. »
« Cette unite des intelligences a ete victorieu-
sement refute'e par saint Thomas, et au quator-
zieme siecle par ^Egidius de Rome, dont les oeu­
vres ont ete publiees dans les premiers temps de
rim prim erie, et plus tard par Gerard de Sienne et
Raym ond Lulle. Ces philosophes ne f o n t q u ’exe:
crer cet auteur impie, qui identifie Tame de Judas
avec celle de saint-Pierre, qui nie la creation, la
revelation, la T rinite, l ’efficacite de la priere, celle
de Taumöne et des invocations pieuses, la resur­
rection et rimmortalite, et qui fait consister le
souvcrain biendans les jouissances. iE g id iu s Co-
lonna de Rome, dans son traite De erroribus phi -
losophorum, accuse Averroes d’avoir renouvele
i¿4 Le Secret

toutes les erreu rsd ’Aristote, b ie n m o in s excusable


que cclui-ci, parce q u ’il attaque directement notre
foi et blame toutes les religions, tout aussi bien
ceIJc des musulmans que celle des chrétiens,
parce q u ’ils admettent que la creation succéda au
n c u n t ; il appelle de purés imaginations les op i­
nions des theologiens, et souticnt qu’aucune loi
n ’est vraic, q u oiq u ’elle puisse etre utile. »
« G ’est prccisément un des principaux repro­
ches q u ’on adresse a Averroés, que d’avoir mis en
paralléle les lois de Moise, celles du Christ et de
Mahomet. Les musulmans en avaient fait le me­
lange pour soutenir leur religion ; mais Averroés
y revint sans cessc par ses allusions dogmatiques
aux Tres loquentes trium legum , ce qui l ’a fait
croirc l ’auieur du livre des Trois imposteurs, de­
ven u une arme dont on se sert pour frapper tous
ceux q u ’on veut discreditcr. »
De ces citations , nous pouvons c o n c l u r e ,
d ’abord, qu'Averroés avait ses admirateurs au
xiii® siécle, puisque saint T hom as etlcs savants de
son époque ont pris soin de le combattre, et ont
consacrc a refuler sa doctrine une bonne partie de
leurs travaux ; puis, nous devons ajouter que
l’ Averroisme survécut aux coups q u ’il avait recus
et aux condamnations q u ’il avail subies, témoin
rillu stre poete Pétrarque, né en 1^04, disant :
« P o u r moi, plus j’cntcnds denigrer la loi du
Christ, plus j’aim clc Christ, el plus je me confirme
dans sa doctrine, com me un fils dont la tendresse
filíale se serait refroidie, la sent se rcchauticr lors-
De la Franc-Maconnerie. i3 5

qu’il apprend q u ’on attente k l ’honneur de sa


mere ». « Ces philosophes avaient coutume,dit-il
aillcurs, d’apporter a la reunion quelque pro­
bleme aristotelique, ou tel autre sur les ames ; et
moi je gardais le silence, ou je me moquais d’eux,
ou je me mettais a discourir de tout autre sujet,
ou bien je demandais ensourian t comment jamais
Aristote avait pu savoir des choses danslesquelles
la raison n’a aucun role a jouer, etou l’experience
est impossible. Ils sortaient confondus d'etonne-
ment, 'se depitaient en silence et me regardaient
comme un blasphemateur. »
U n des leurs, « de ceux qui pensent qu’on ne
fait ricn de bon, disait Petrarque, si Ton ne de-
verse pas la calomnie sur Jesus-Christ et sa doc­
trine surhumaine »,alla trouver le poete a Venise,
et il le bafouait, parce qu’il avait cite' cette parole
de saint Paul : T a i mon M aitre , et je sais en
qui j'a i mis ma f o i ; et, ajoutait-il : « garde pour
toi ton christianisme, quant a moi, je nTen crois
pas un iota ; ton Paul, ton Augustin, et tous ces
autres docteurs ont eu du babil, et rien de plus !
De grace,fais-moi le plaisir de lire Averroes, et tu
verras comme il surpasse par son vol tous vos
bouifons.» Petrarque en fut indigne,et, tout p ad-
iique qu’iletait de caractere, il prit le philosophe
temeraire par son mainteau et le chassa de sa
maison. Quatre autres de ces philosophes lui re-
prochaient de prendre au serieux le christianisme,
et ils concluaient que Petrarque etait un homme
de bien, mais un esprit ignorant : « Si ces gens-lct,
i3 6 Le Secret

s’ecric le pocte, ne craignaicnt pas plus les chati-


mcnts des hommes que ceux de Dieu, ils attaque-
raicnt la Gencse ct la doctrine du Christ, en
public. Quand la p e u r ne les retient plus, ils com-
battcnt dircctcment la verite; dansleurs concilia-
bules, ils sc rient du Christ et adorent Aristote
sans le comprendre. Dans leurs disputes , ils
avouent publiquement q u ’ils ne tiennent aucun
compte de la f o i,c e qui revient a dire q u ’ ils cher-
chent la verite en repoussant la verite, q u ’ tls cher-
chent lalu m icre entournant le dos au so leil.A pres
cela, faut-il s’etonner q u ’ils nous traitent d’hom-
mes illettres,puisqu1ils appellent Jesus un idiot?«
E n lisant Petrarque aux prises avec les p h ilo­
sophies de son temps, on croirait lire le compte-
rendu des seances ma^onniques de notre epoque.
D'un cote com me de Tautre , Jesus-Christ est
outrage. Aussi disons-nous que e’est dans cette
fange que la secte socinienne ou maqonnique a
pris naissancc, pour apparaitrc bientot, avec sa
haine contre notre divin Sauveur etMaitre. II n’y
a done rien de nouveau dans le systeme magon-
n iq u e : ils pensent ct ils parlent commc Aver-
roes, « c c c h i c n , disait encore Pe'trarque, cet en­
rage qui ne cesse d’aboyer contre le Christ ct la
religion catholique ».
« Mais si Aristote conduisait au matcrialisme,
dit aussi CtisarCantu, Platon conduisait au mys-
ticisme, et tous deux h l ’incredulite. Gemisthe
Plethon de Constantinople, venu a Florence pour
contrecarrer Tunion de l’ Eglise grecque avec l ’ E-
De la Franc-Maqonnerie. i3j

glise latine, yrep an d it les fantaisies du neo-plato-


nisme ; il affirmaitque la religion de Mahomet et
celle de Jesus-Christ periraient bientot pour faire
place ä une autre plus vraie et ayant beaucoup
d’analogie avec le paganisme.Dans son abrege des
Dogmes de Zoroastrc et de Pythagore , il met
en parallele la theologie paienne avec la theologie
chretienne, etc. »
« P lu s nom breux encore etaient les philoso-
phes dont les doctrines oscillaient entre Aristote
et Platon, entre le paganisme et le christianisme,
et en matierede religion,l'eclectisme frise de bien
pres rheresie, quand il n’en est pas une. N ous
avons deja nomme vEgidius de Rome, issu de la
tres noble famille des C o lo n n a , disciple de saint
Thomas, General des Augustins, 'puis archeveque
de Bourges, tres erudit dans la science des saintes
Ecritures et dans la philosophie aristotelique,sur-
nomme le Doctor fnndatissimus. Or, il decla-
rait qu’il y a certaines choses qui sont vraies aux
yeux du philosophe, et qui ne le sont pas aux
yeux de la foi c a th o liq u e : comme si deux verites
contraires pouvaient subsister ä la fois.Cette pro­
position fut condamnee sous Jean X X II,e t Tauteur
se retracta ; mais cette heresie devint commune au
quinzieme siecle, et on en vint ä soutenir de pures
erreurs— enseignees dans nos loges aujourd'hui,
au xixe siecle — teile que la mortalite de r ä m e , r u -
nicite de Tintelligence, Tinspiration individuelle,
sauf ä dire que c’etaient des consequences tirees
des premisses de Platon et d’Aristote, qui ne pre-
4***
Le Secret

judiciaient ca ricn aux dogmes du C h rist. Ainsi


les deux ccolcs opposces s'accordaient pour ne
point admcltrc la Revelation, non pasen la com­
batía nt, mais en afFcctnnt de n’cn pas plus teñir
comptc, pour ainsi dire, que si elle n’eüt jamais
existe; ellcs climinaient la foi et toute force ou
secours surnaturel, pour suivre seulement leurs
propres manieres de voir dans les problémes de
l ’ordre religieux, dont la solution importe á la
morale autant q u ’au bien-etre de la socictc. »
« Marsile Ficin rendait á Platon un ve'ritable
cuite ; il allait jusqu’a faire brülcr une lampe
devant son im age; il ne le separait pas de Moise,
et il trouvait en lui rintuition des mysteres les
plus profonds.... U'apres lui , toutes les ?'digions
sont bonnesy et Dleu les préfére á Virreligión ; la
religion chrétienne cst la plus pure , mais il
y a des prophétes ct des poetes dans chaqué
nation, tcls qu’O rp h é c , Virgil«, Trismcgiste, les
M ages, etc. »
lividcmmcnt, Fauste Socin n’aura qu’á se sou­
venir des idees de Marsile F icin , pour faire en-
trerdans le temple de la religion naturelle toutes
les scctes imaginables, ct declarer le dogme ma-
gonnique de la Liberté de conscicncc , ct Ton
peut ainsi se convaincre de plus en plus que les
Sozzini ou Socins n’ont cu q u ’á recueillir les er-
reurs diverses semccs autour d’eux, et á les coor-
donner en systcmc, pour mettre au jour l ’errcur
magon ñique qui porte leur nom,
Nous pourrions nous borner á cet apergu som-
De la Ffanc-Maconnerie,

maire, qui montre deja jusqu’i quel point le pa-


canisme cherchait a etouffer le christianisme en
o
plcinc E urope, a l’e'poque dont nous parlons. Ce
que nous avons dit suffirait a expliquer comment
la folic admiration pour Tantiquite paienne, pro-
voquee par Averroes, passa d’ ltalie en France et
chez les autres nations, ou clle mit en honneur
la fa ble paienne et ses souvenirs, dans les lettres
et les arts, sans parler des moeurs et des idees.
Cependant nous croyons utile d’ajouter encore
quelque developpement & cette consideration, en
vue de prouver to u jo u r s q u e le plan magonnique
contre Jesus-Christ n’estpas nouveau.
« La philosophie se mettait de plus en plus en
lutte avec la foi, dit Cesar Cantu. On ne passait
alors — fin du xve siecle — pour un gentilhomme
etun bon courtisan, si o n n ’avait pas quelque o p i ­
nion erronee ou heretique sur les dogmes. Les
gens moderes croyaient rendre hommage a la foi
en s’abstenant de toute reflexion sur elle, en ac-
ceptant les dogmes sans examen, avec cette pa-
resse voluptueuse que, dans des temps rappro-
ches du notre, un esprit fort appelait l ’indiffe­
rence et la nonchalance qui s1endort le verre en
main et eteint leslum ieres. »
« II y avait certains philosophes qui faisaient
bruler un cierge devant Pimage de P la to n ; telle
Academic celebrait des fetes a la mode antique, en
sacrifiant un bone ; b ca u co u p de personnes chan-
geaient leur nom de bapteme, comme s’ils eus-
scnt rougi de porter ceiui d ’un saint, et d’Antoine,
i4 o Le Secret

Jean, Pierre, Luc, on faisait A o n io , G ianni, Pie­


rio, Lucio ; on chungeait Victor en Vittorio on
Nicio, Marino en Glaucus, M a r e e n Callim aque,
Martin en Marzio, et ainsi de suite. »
« P au l II s’effraya de ce paganismo et fit faire
des preces contre quelques-uns de ses propaga-
teurs, parmi lesquels Pom pon iu s Littus et Bar-
thélemy Sacchi, dit le Platina. L ’accusation était
fondée sur ce motif que ces hommes latinisaient
les prénoms, et que, suivant les doctrines plato-
niciennes, ils clevaient des doutes sur Pame et sur
Dicu. »
Du fond de sa prison, Platina écrivait au cardinal
Bessarion, et parses lettres, dit notre auteur, « on
peut voir comment PAcadémie instituee par ce
Pom ponius Liictus tendait a transformer le paga­
nismo littéraire en un paganismo roligieux, puisque
ses membres célébraientpar des sacrifices paiensle
jou ran n ive rsaire d cla fo n d atio n d e R o m e; puisque
Pomponius s’agenouillait chaqué jour devant un
autel dedié á llo m u lu s, et q u ’il ne v ou laitlire au-
c u n liv r e d'une date posterieure á la dccadence
de Pempirc, füt-ce meme la Bible ou les Peres.
Quand momo ce paganismo se serait borne á la
littérature, il n’est pas d’esprit droit qui ne co n ­
volve lo tort notable que faisait á la logique, á la
morale ct a Pesthctiquc, une doctrino qui enten-
dait que Jésus-Christ et la Redemption cédassent
la place á la volupté pa'iennc et aux plaisanteríes
contre les vertus domestiques et sociales. »
« L e retour au paganisme se manifesta non
De la Franc Máconnerie.

seulement dans la science, mais plus encore dans


les bcaux-arts et dans la littérature, ou au type
conventionncl avait succédé le raffinement plas-
tique. La passion pour l ’antiquité fit croire qu’on
ne pouvait accom plir la renaissance sans rétablir
le cuite des idees que T Evangile avait dissipées,
et sans relever les ruines de la Rome pa'ienne sur
Ies é d ific e s d e la Rom e chrétienne. »
On allait admirer sur les autels les portraits de
couriisanes connues,qui représentaient la V ierge;
pour peindre sainte Catherine de Sienne, le
Titien fit le portrait de la reine Cornaro, toute
rayonnante de parures et de beauté ;· le Corrége
pcignit les Graces, sans a u c u n voile, dans lasacris-
tie de Sienne; Charles Pinti, dans Tépitaphe de la
célebre Isotta, déclarait qiCelle était l'honneur et
¡a gloire des courtisanes.
L ’éloquence sacrée elle-méme payait un large
tribut á cetengoüment general pour le paganisme.
Elle lui empruntait non seulement son style,
mais encore ses citations et ses exemples. C ’est
ainsi q u ’un auteur dit que Tange Gabriel trouva
la Vierge Marie lisant les livres sibyllins, et lors-
qu’elle consentit á devenir la Mere de Dieu, les
ombres des patriarches tressaillirent d’allégresse.
Jéróme Vida, le docte et saint évéque de Cré-
mone, qui jeünait souvent en ne se nourrissant
que de racines, ne parle dans son A rt poétique que
des Muses, de Phébus et du Parnasse. Jacob San-
nazar, célébrant la naissance du Sauveur, invoque
Le Secret

les Muses, leur faisant excuse de les appelerä


cdldbrer un enfant ne dans unc creche.
T o u te s ces splendours paiennes rejetaient dans
Tombre lc christianismc.
« Pendant quinze sieclcs, dit Gdsar C antu , on
n ’avaiie u qu’ un i d i o m e pour parier & D ieu, une
seule autoritd morale, unc seule c o n v i c t i o n ; l’Ku-
rope tout entiere, a la memo heure, au meme
jour, se sorvait des memes paroles pour envoyer
ä Dieu ses supplications, ses aspirations et ses
allegresscs. Maintcnant — aux xv° et xvi* siecles —
au Heu de presenter ce beau spectacle, on v o y a i t
la societe se decomposer jusque dans ses profon-
dcurs, depuis qu'elle avait remplace la f o i par le
raisonnement, la croyance absolue par les reli­
gions comp os dc s ; le doute, en s’inoculant dansles
ames, avait amend la corruption des moeurs, et
cesmoeurs avaient rcagi sur lescroyances. Ge S y m p ­
tome sc manifesto chez tous les ecrivains, et prin-
cipalement chcz Nicolas Machiavcl et chez F r a n ­
coi s G uichardin. C e dernier envisage lc succes,
jamais la justice d’ une cause.... « N e v o u s mettez
jamais en opposition avee la religion, ni avec les
choses qui paraissent dependre de Dieu, parce que
c e t o b j c la trop d’empire sur les sots.» II ne se
pronongait point entre Moise etN um a, entre J u ­
piter et Jesus-Christ. »
u Aprcs cela, on ne saurait plus voir, dit encore
notre auteur, un phenomene ctrangc et un m y ­
the dans Machiavcl, cet homme qui avait pris
pour modele de la civilisation nouvelle la c i v ili ­
De la FratiC'Maconnerie.

sation paienne des Grecs et des R o m a i n s , en


mcttant sous le boisseau le Christ et FEvangile. »
Ecoutez la suite, chers lecteurs, et cessez k
votrc tour de vous etonner de voir ce qui se dit,
cc qui s’ecrit, ce qui se fait, ce qui se prepare de
nos jours. Machiavel, aux premieres annees du
xvie siecle, faisait la legon a ses contemporains,
legon bien sue de nos sociniens modernes. « La
nature, ecrivait Machiavel, crea les hommes avec
la faculte de desirer tout et Fimpuissance de tout
obtenir, si bicn q u ’en portant leurs dcsirs sur les
memes objets, ils se trouvent condamncs a se
detester les uns les autres. P o u r s’arracher k cette
guerre de tous contre tous, tout est permis , et on
pent violcr tous les droits et tousles devoirs . Aussi
lasociete a-t-elle eteetablie pour com prim erranar-
chic au moyen de la force organisee, »
« E n resume, la doctrine de Machiavel est la
doctrine de FEtat athee, qui ne craint pas d’aller
en enfer, et est a lui-m em e sa fin et sa loi. II n’y
a rien de superieur aux sens ; Fidee de la justice
a pris naissance chez les hommes du jour ou ils
se sont apergus que le bien etait utile et le mal
n u is ib le ; la ncccssite seule les pousse au b i e n ;
le prince doit plutot se faire craindre que se
faire aimer ; le but des gouvernements, e’est leur
conservation, et il ne peut etre atteint que par la
repression, parce que les hommes sont naturclle-
ment ingrats, fourbes et querelleurs, si bien qu’il
convient de les retenir parlacainte dit chatiment...
C ’est un malheur q u ’a la religion des anciens,
i 44 Le Secret

p le in e d e fiertc, qui avait ses gladiateurs, un cuite


pour ses héros, une apoihcosc pour ses conque-
rants, ct qui mclait la pricre au bruit dcs'batailles,
le sang aux ceremonies religieuses, ait succcdé
une autrc religión toute d’humilité et d’abjection,
negligente de ses propres intéréls. S i Von peut
espérer qiielque bien pour Vhumanitc, il viendra de
la revolution des spheres, laquclle pourra fa ire
rcnaitre quelque cuite semblable au cuite des an-
ciens. »
Si Machiavel revenait sur la ierre et q u ’il exa-
minát nos lois athécs, la maniere dont est traitce
la religion de Jésus-Christ, la hainc du vrai Dieu
qu i va grandissant chaqué jo u r ; s’il entrait dans
les loges magonniques en voie d'inventerun cuite
nouveau fort semblable á celui des paiens, il pour-
rait se fcliciter d’avoir été lu, compris, obéi a la
lettre ; peut-eire méme serait-il jaloux, en voyant
que sur certains points il a été dépassé, et sur
certains autres trop obéi; car c’est M achiavel qui
d i s a i t : « Dans les executions, il n’y a aucun dan­
ger, parce que celui qui est mort ne peut plus
songer á la vengeance ». Ainsi parlaient nos ter-
ro ris te s; ainsi agissent á l’égard des faibles ceux
qui disent, encore avec Machiavel : « La loi su­
preme, c'esl lesalut de l 1Etat» ; tundís que Jésus-
Christ a d i t : « Cherchez d ’abord le regne de Dicu
ei sa justice ».
P o ur mctirc fin á ces considerations, citons un
dernier fait, relaté par les. historicns, et qui m on-
tre comment ceite renaissance du paganisme faillit
De la Franc-Maconnerie. 14 S

se réaliser complétement, a p r é s l a m o r t d e L é o n X ,
arrivée en r 521.
Une peste violente ayant éclaté tout a coup á
Rome, le peuple se laissa empörter á toutes sortes
de désordres. U n certain Demetrius de Sparte
voulut ressusciter les ceremonies d ela superstition
antique. A yan t couronnc de tleurs un boeuf, il le
conduisit á travers les rues de la ville, puis le
mena a ¡’amphitheatre, oú il le sacrifia. Disons
cependantque le peuple, comprenantbientót q u ’il
y avait la un cuite rendu á Satan, se prit á redou-
ter une recrudescence dans les malheurs publics
et voulut q iro n fit desolennelles expiations. « O n
vit alors une foule d’hommes. de femmes, d’en-
fants, ä moitié nus, aller en procession d’église
en église,se íiagellant le corps et criant miséricorde.
lis étaient suivis par de longues ñles de matrones,
tenant chacune un cierne á la main, elles aussi dans
une attitude de suppliantes et d’affligées Les
Prdcurseurs de la Reform e . — Cantu.
De l ’exposé qui precede, on doit conclurc que
Socin lui-m em e n a rien inventé, et que les S oci-
niens modernes ou francs-magons propagent des
erreurs communes aux Protestants, a u xA ve rro is-
tes, aux Mahométans, aux Ariens, aux Mani-
chéens, aux Gnoslíques, aux Juifs déicides, aux
Romains, aux Grecs, aux E gyptien s; au paga­
nismo, en general, depuis q u ’il y a des paüens
dans le monde.
Bossuet, parlant du paganisme des peoples
anciens, d i s a í t : « La, tout était Dieu, excepté
5
Le Secret

D ieu lui-m cm c ». C ’est ce que nous revcrrions


sans tarder, si J é su s-C h rist, Lum iere du monde
moral, disparaissait do noire sociéié moderne, em-
portant avec lui le flambeau de la foi. II n’en sera
pas ainsi, évidcm m enu puisquc P E g lisc doil de-
meurer jusqu’a la consommation des siecles, et
que dans notre chore France, malgré les égare-
menls de beaucoup de ses enfants, les justes sont
nom brcux encore.
Oil sont-ils, parmi nous, ceux qui osent blas­
phemer, en disanl que Jésus-Chrisi n’ est pas Dieu?
Sur quelles levres rencontre-l-on ces paroles im ­
ples ? Q uelle esl la portion de r h u maní té qui ne
eraim pas de les proférer, ct, au conlraire, quelle
esl celle qui s’écrie avec saint Pierre parlant a son
Maitre : « Vous éies le Christ, Fils du D icu vivant ? »
Chacun le sail : la dignilé de la vie, la noblesse
des sentiments, 1’am our de la venté, de Ja justice,
de la pudctir, de la modcsiic, le dévouement gra­
m il, les plus délicaics el les plus nobles v e n u s
s’épanouisscnt et portent leurs fruits á l ’ombre de
la croix et de Paute!; et si, dans le carnp opposé,
se rencontrent ga et la des qualites humaines et
des caracteres élevés, q u ’on remonte á leur ber-
ceau, on y trouvera souvent une mere chrétienne,
ct plus tard des maitres ehréliens, une épouse ,
p a rfo is une lamille chrétienne.
L e Christ nest pas D icu! Ce blaspheme, redit
de nos jours par des homines qui nc savent pas
douter, parce qu’ils n'ont jamais étudié ni rétléchi,
nous lc rctrouvons dans ia bouche des criminéis,
b e la Franc-Maqonnerie. 147

des assassins de 17 g 3 ; sur les lévres de W e i s ­


haupt, á Theure de ses égarements, en attendant
qiTa la fin de sa vie il allát mendier pour batir
une église catholique; dans les écrits de Voltaire,
qui se confessait, a ses mcilleurs moments; dans
les discours insidieux de C ro m w e ll, esclave de
son ambition ; dans la bouche de Socin, chasséde
sa p a trie ; d’ un Averroes, d’ un M a h o m e t, d’ un
Julien l’Apostat, qui se signait durant la n u i t ;
des faux Gnostiques, disciples sans doute des pha-
risicns et des scribes, qui s’unirent á Ca'iphe , á
Herode eta P ilate ,p o u r condamner ámort Notre-
Seigneur Jésus-Christ et l’immoler par la main
des bourreaux.
V oilá les ancétres de nos francs-macons athees,
et telle est, en resume, Thistoire de leur projet
impie, congu par Hérode TAscalonite. N on, cela
n’est pas nou veau ; cela compte bientót dix-neuf
cents ans d’age, sans avoir pu aboutir jusqu’ici.

II. — A Vavenir, ce projet triomphera-t-il?

Nous lisons au cinquieme chapitre des Actes des


Apotres que les Juits voulaient mettre á mort
Pierre etJean, parce q u ’ils annongaient au peuple
la divinilé de Jésus-Christ. Alors un pharisien,
du nom de Gamaliel, docteur de la loi, honoré de
tout le peuple, se levant dans leur conseil, or-
donna q u ’on fit sortir les deux apotres un m o­
ment, puis il d ita Tassemblée: « H o m m e sd 1Israel,
14 $ Le Secret

preñez bien garde á ce que vous ferez á l ’égard de


ces hommes. E n etfol, avantces jours-ci, Théodas
a paru, se disantun personnage, el environ quatre
cents hommes s’unirent a luí. II a été tue, et tous
ccux qui croyaient en luí ont été dissipes et re-
duiis a rien. Apres lui se leva Judas, Galiléen,
aux jours du denombrement, et il atiira le peuple
apres lui. Celui-Iá aussi a péri, et tous ccux qui
s’étaient joints á lui ont etc disperses. Maintenant
done, voici ce que j’ai á vous dire : ne vous mélez
plus de ces hommes et laissez-les, car si ccttc en­
treprise ou cene oeuvre est des hom m es, elle se
dissipera; si, au contraire, elle est de D icu, vous
ne pourrez la détruire. A insi, vous vous trouve-
riez peut-etre combatiré contre Dieu meme. lis
acquicsccrent á son avis. »
Le raisonnement de Gam aliel est celui du bon
sens et d’une veritable experience ; on ne saurait
y contredire,á moins d’avoir perdu la raison. De-
puis Gamaliel jusqu’á nous, Poeuvre de Jesús-
Christ et de ses apotres a perseveré, elle a grandi,
et maintenant elle couvre la terre : elle vient done
de Dieu, car, si elle venait des hommes, il y a
longlemps qiTclle aurait di spar u. A ussi pouvons-
nou sd irc aux francs-nía go ns, non pas commc G a ­
maliel, qu’ils s’cxposent á combatiré contre Dieu,
mais que surement c'est Dieu q u ’ils combatiente
Les empercurs romains se sont essayés, pendant
trois cents ans,á détruire celte oeuvre, et les victimes
ont vaincu les bourreaux ; les hérétiques sont ve­
nus alors, s’cfforgant de pervertir sa doctrine, et
De la Franc-Maconnerie. 14 g

vaines ont été leurs tentatives; Mahomet apparait


et sc jette sur P E urope chrétienne avec ses hordes
terribles de Sarrasins, dans Pespoir de remplacer
la croix par le croissant, et Charles Martel achéve,
a Poitiers, d’écraser la puissance m u su lm a n e ; le
Protestantisme, d o rt Fauste Socin se montra Pen-
fant terrible, arrive au jour avec Martin Luther
pour pere. II devait, dans la pensée de ses fonda-
teurs, prendre la place du catholicisme, et voici
qu’il n’a plus méme un seul dogme, comme doc­
trine; que désormais, grace au systéme du libre
examen, il est kitalement condamné á se confondre
avec le racionalisme. O r , le rationalism e, au
xviii0 siécle, a eu á son service une phalange de
philosophes qui n’ont plus leurs égaux parmi
nous, et cependant ils n’ont pas écrasé ce q u ’ils
appelaient Plnfáme. Ils croyaient lui avoir donné
des coups mortels, et voici qu’aprés un siécle, il
faut recommencer Jeur labeur impuissant.
Nos magons dePheure présente se croiraient-ils,
par h a s a rd , plus puissants que les empereurs ro­
mains, plus habiles que les premiers hérésiarques,
plus avises que Julien PApostat, plus terribles
que Mahomet, plus puissants en philosophie que
les Averroistes, plus entendus que Luther et C a l­
vin , plus sürs du triomphe que les révolution-
naires de 1793 ? Q uelle force inconnue ont-ils
done? E n eussent-ils u n e , si grande soit-elle, ils
ne vaincront jamais, car, en combattant contre
Jesus-Christ, ils combattent contre ü i e u : Christus
vincit. Le Christ est toujours victorieux de ses
i5 o Le Secret

grands et de ses petits ennemis, depuis bientöt


d ix-neuf siccles : leur projet echouera.
2° II echouera parce qu’il combat aussi, contre
le Saint-Esprit.
Rappeions en quelques mots cette doctrine fon­
damentale, dont le monde n'a pas Pintelligence,
ct c’cst pour cela que le mondc recommence sans
cesse ses atiaques concre l ’Eglise catholiquc.
Avant de quitter ses a p o lr e s , N otre-Seigneur
leur a prcdit q u ’eux et leurs successeurs seraient
persecutes, corrmc il Pavait etc lui-meme. « Le
serviteur, leur disuit-il, n’est pas au-dessus de son
maiire... Ils m’ont hai, ils vous hairont aussi...
Mais ne craignez rien, j’ai vaincu le m onde.... Je
pricrai mon Pere, et ilv o u s donncra un autre Pa*
raclet qui demcurera avee vous cterncllcm ent ,
l ’Esprit de verite, qui vous enseigneratoute verite,
et vous suggerera tout ce que je vous ai dit_V ous
recevrez sa vertu quand il dcsccndra sur vous,. ct
vous me rendrez temoignage a Jerusalem et jus-
qu\iux cxlrcmiics du mondc. »
De sorte que l ’Eglise porte dans son sein PEs-
prit de Dieu, qui est son ame ; e tc o m m e ce d ivin
Esprit ne quitte pas et ne quittera jamais l ’ Eglise,
qui est le corps du C h r i s t , elle est im m ortelle,
comme le scrait un corps humain toujours uni ¡x
son ame. V ou lo ir tuer PEglise, e’est prctendrc
teer le Saint-Esprit : e’est un reve insense.
Toutefois, « ilest nccessaire q u ’il у ait des scan-
dales, vu la malice humainc; mais malheur ä ce-
lui par qui vienU e scandale», dit le Seigneur. Ces
De la Franc-Maconnerie, i5 i

scandales mettent a decouvert les pensees et Ies


sentiments caches de. chacun, en provoquant des
temoignages de foi chez les croyants, ou des actes
d’incredulite chez les autres.
L e v ie illa rd Simeon parlait dans le meme sens
ä la sainte Vierge quancl il lui d i s a i t : « U n glaive
de douleur pcrcera votre äme, afin que les pen-
seds de beaucoup soient revelees ». Et saint P au l :
« II faut q u ’il y ait des heresies, afin que ceux qui
ont une vertu eprouvee soient connus ».
En un m o t , Dieu se sert de la malice des
mechants pour sanctifier les justes et faire res-
plcndir leur vertu cachee. Est-ce que Dieu pcr-
mettrait le mal, si le mal n’avaitpassaraison d’etre ?
La est ¡’explication des heresies et, en parti-
culier, de la Magonnerie socinienne, la pire de
toutes , puisqu’elle va plus loin que les a u tres; ce
n’est pas le toit de l’ Eglise catholique qu’elle
essaie de ruiner, ni ses murailles, mais ses fon-
dements eux-memes. Notre devoir a nous est de
lui resister.
Cette lutte du bien et du mal a certes sa gran­
deur, puisque le plus beau spectacle d’ici-bas est
celui du juste aux prises avec la douleur, a dit un
sage de l’antiquite. C e spectacle, Jesus-Christ
nous l ’a offert dans toute sa sublimite, durant sa
vie et a l’heure de sa mort surtout.
Or, il a fait ä TEglise, son epouse mystique, un
sort scmblable au sien, pour continuer sa propre
vie ä travers les siecles.
A peine nee, eile nous offre le spectacle de ses
152 Le Secret

eniants luttanl avec lcs cmpcreurs romains et lcs


bourreaux; puis eelui des docicurs, scs nobles tils,
foudroyant Phcresic; cnsuitc sa Hllc aince , la
France, cerasant, a Poitiers, les scctatcurs de
Mahomet; scs grands etsaints missionnaircs re*
foulant la barbaric par la conversion des peu-
plades du Nord, qui sc ruaient sur le midi de
PEurope, com me pour ruiner a jamais Poeuvrc
chretiennc.
Au xm°siccle, saint Francois d’Assisc, par son
amour celeste pour Dicu, flctrit la fausse pauvrete
des Fraticclles, et saint Dominique par la vraie
scicncc ecrase PAverroismc. Ignace de Loyola a
grave sur son etendard le Nom Sacre de Jesus,
juste au moment oil JSocin allait se lever pour le
blasphemer : Jesuiles et francs-ma^ons, dcsor-
mais, marchcront cote a cote, ceux-ci maudissant
le Christ, ceux-lä Hers de porter son Nom, de
vivre, de travailler , de souffrir et de mourir
pour lui.
Oui, cctte lutte du bien et du mal est un beau
spectacle, oii se deploie et s’exprime en actes la
volonte libre de Phomme, le plus grand don que
Dieu ait fait ä l'humanitc, dit Dante, le sublime
poete.
II serait interessant de voir comment PEglise
oppose la charite de saint Vincent de Paul, ses
fils et ses lilies heroiqiies, a la philanthropic
maqonnique, qui ne s'adresse qu'A scs propres
membres ; comment saint Alphonse de Liguori
combat par sa doctrine consolantc le rigorisme
De la Franc-Maqonnerie. iS 3

desesperant des janse'nistes, toujours allies & la


socle magonnique, comme Herode et P ila te ,
quand il s’agit de persecutor Jesus-Christ.
Voila le role des sociniens-magons. Semblable
au tentateur, leur secte dit aux generations qui
paraissent : « Si, tombanta mes pieds, vous me
jurez iidelite, je vous comblerai et deplaisirset de
richesses etd’honneurs ». Je vous protegerai contre
vos rivaux et vos ennemis. En verite, il faudrait
etre aveugle par la passion, pour ne pas compren-
dreque la Franc-Magonnerie, de nos jours surtout,
rcmplitau sein de notre societe l’office du tenta­
teur. Que de malheureux chretiens ont ete char­
ges de chaines par la secte socinienne ! que de
malheureux catholiques sont devenus ses esclaves!
Maintenant ils voient l’imprudence qu’ils ont
commise; mais ils ne savent comment reparer
leur faute, s’ils en congoivent le desir.
Cette tlutte, dix-neuf fois se'culaire, montre bien
que l’ Eglise est invincible, et que l’erreur n’a
jamais sur elle une victoire complete : la verite
demeure f , Terreur passe.
L ’ Eglise est un mysterieux navire sur lequel
veille l’Esprit de Dieu ; c’est son souffle qui enfle
ses voiles et le pousse a tous les rivages pour y
porter les trosors du Ciel. Non, la Magonnerie ne
le fera pas sombrer. Les peuples ont besoin de
recevoir de lui la verite etaussi la liberte, la vraie
liberte des enfants de Dieu, k laquelle est hostile
la doctrine magonnique.

5*
i 54 Le Secret

III. — Le projet dala Franc-Macannerie cst


ennemi de la liberté religiense.

Nous savons bien que les Jrancs-magons par-


lcnt beaucoup de liberté religieuse, et nous avons
sous les ycux divers diplomes d’affiliation aux
diverses obediences de la France magonnique oú
on lit, en tele, ces mots : Liberté de conscience.
Mais il ne sufíh pas, pour etre brave, de parier de
courage, ilfautle prouver par des actes. De meme,
celui qui est vraiment Fami de la liberté, lemontre
dans sa conduite.
Liberté de conscience: voyons done si cette en-
seigne placee ä la fagade du temple magonnique
cst vraie ou menteuse.
Disons d’abord que placer sur le pied de Féga-
lité le judaismo et le christianisme, le catholi-
cismc et le protestantismo, le mahométisme et
toutes les heresies quelconqucs, ce n'est pas di re,
ni prouver, qu’on respecte toutes les religions,
mais aílirmer plutót quTon les méprise toutes,
p u i s q u ’ clles s'cxcluent Pune Fautre. Je puis étre
l'ami des hommes qui sont dans Pcrreur, et user
de bienvcillancc envers les juifs, les mahométans,
les protestams et les franes-magons ; toutefois, je
ne saurais, sans éircdéraisonnable ctimpic, ai mor
en méme lemps lo judaismo qui cruciiie Jésus-
Christ, et le christianisme qui Padore comme
Dicu ; le caiholicisme qui venero lemagisterc in-
íaillible de FEglise enscignante, et lo protestan-
De la Franc-Maconnerie. i5 5

tisme qui le repudie avec horreur, en nous jetant


á la face le nom de Papistes, comme une injure.
Eh bien, c’est cependant ce que Socin a fait.
II admet dans le temple qiTil a construit toutes
les doctrines, indistinctement ; il les jette péle­
mele toutes ensemble, mais ä une condition : c’est
qiTelles céderont toutes le pas á la religion natu­
relle, autrement dit, le rationalisme : agir de la
sorte, ce n’est pas respecter ces diverses religions,
mais plutót les mépriser toutes; ce n'est pas de
la tolerance, mais de Findifterence ä sa plus haute
expression.
Cromwell s’est conduit de la meme maniere ;
mais Texplication de son systéme rationaliste est
plus nette, ainsi qu'on a pu le voir plus haut, ä
Particle consacréá ce grand conspirateur.
En ce qui concerne Weishaupt, il a declaré dans
ses écrits originaux, rapportés ci-dessus, que le
christianisme et toutes les autres religions « ont
les memos fictions pour origine ; qu’ellessont éga-
lement toutes fondees sur le mensonge, Perreur,
la chimere et Pimposture : voilä notre secret »,
ajoute-t-il.
C ’est bien ainsi que les magons modernes Pen-
tendent, et qu’ils s ’en expliquent, en paroles et en
actes. Que signifie done, en style magonnique,
cette expression : Liberté de conscience ?
Ce n’est pas nous qui ferons la réponse á cette
question,e’estWcishaupt lui-memequi a répondu,
lui dontPIlluminisme a prévalu,on s’en souvient,
au conventuniverselde Wilhemsbad. Voici ce qu’il
i5 6 Le Secret

disait : « Nous avons cu bien des prejugcs á


vaincrechez vous, avant dc vous persuader quc
ccttc prctcndue religion du Christ n’était que
Pouvragc des pretres, de Pimposturc et de la
tyrannic ». Telle est Phospitalite offerte dans les
logcs aux diverses croyances. On les appelle par
mille promcsses ct en faisant résonner, du balcón
de la porte, le grand mot de Liberté ; on les ac-
cueille avec grace, on les fait entrer, puis on ferme
la porte sur elles, et alors commence le labour ma-
gonnique, qui consiste á vaincre savamment les
préjugés , dit W eishaupt; c’est-á-dire que Ton
faitm ou rirá petit feu les croyances religieuses,
qucllcs qu’elles soicnt, quand on nc peut pas les
¿gorger d’ un seul coup. C ’est la ce qu’on entend
chez ces messieurs par liberté de conscience.
Rien íVest despote et tyrannique, au point de
vue religieux, comme la Magonnerie. Non seu-
lcmcnt clic pretend etre la vérité et avoir tous les
droits de la vérité, mais clic nc laisse aucune
liberté a ce qu’elle appelle Perreur, c’est-á-dire au
catholicismc; elle le charge de chaines, en atten­
dant qu'elle Pétouiíe ouPégorge. Ceshommes, qui
font une guerre á outrance au Syllabus, le dépas-
scntd’unc fagoncruelle. Le Saint-Siége condamne
doctrinalement Perreur, afin d’éclairer les esprits ;
mais le Syllabus demeure a Pctat de phare, pour
éclairer ceux qui veulent de sa lumiere, et les
franes-magons sont libres d’agir comme ils Fen-
tendent, tandis que les processions catholiquessont
supprimées, Penseignement catholique détruit
De la Franc-Maconnerie. i Sj

piece á piece, le Christ oté de nos écoles, le caté-


chisme répu dié, etDieu supprimé. Pourquoi ? Par
ce motif que la Magonnerie frangaise, en 18 7 7 ,
donnant une suite officielle au convent de W il-
hemsbad, a supprimé de ses statuts Inexistence de
Dieu et de rimmortalité de Táme. La Franc-Ma-
gonnerie est rationaliste etatbée; par conséquent,
elle entend que tout le monde le soit. Elle pros-
crit Pexercice de tout cuite religieux, elle ne veut
pas qu’on fasse acte public d'une religion quel-
conque, parce que la conscience des franes-ma-
gons en serait blessée.
Comprenons done, dés lors, ce que veut dire,
chez eux, cette expression : Liberté de conscience.
II s’agit de leur liberté, á eux; de leur conscience,
á eux. lis s'éprennent pour la secte magonnique
d'un tel amour, d’un tel orgueil, que le genre
humain disparaitá leursyeux. Nous, catholiques,
nous n’avons plus aucun droit, si ce n’est celui de
recevoir la loi de ces maitres impitoyables et de
nous estimer heureux qu’on nous laisse vivre,
pour le moment. Si un enfant catholique, dans
Pintérieur de sa classe, murmure tout bas sa
priere, il faut qu’il se taise : la conscience macon-
nique en est blessée... Le Pater noster lui donne
des crispations.... La vuedu Christ rimportune...
Bientót la soutane du prétre sera un crime... nos
chants sacres des cris de sedition... Catholiques,
et vous aussi, enfants, taisez-vous done, au nom
de la liberté de la conscience maconniqae, taisez-
vous, et si Dieu est votre pére, ne le nommez plus,
i 58 Le Secret

méme tout bas : la Maconnerie le veut ainsi !


De sortc que lcs francs-magons forment le pcu-
ple choisi, et nous, qui nc le sommes pas, nous
soinmes les Gentils. JIs constituent la race sainte,
et nous sommes les profanes: e’est le nom qu’en
loge ils nous donncnt; ils sont les citoyens romains
— cTautrefois — et nous les barbares. Ils disent:
Je suis franc-magon, comme saint Paul disait :
Civis romanus sum: Je suis citoyen romain. La
liberte á laquelle nous avons droit est celle qu’ils
veulent bien nous octroyer; heureux, encore une
fois, devons-nous nous estimer, de pouvoir vivre,
sans que Ton nous inquiete davantage.
Cela n’estpas nouveau. Chez les Manichdens, il
n’y avait de liberte que pour les Manichdens; ils
ne faisaient l’aumone, nous dit saint Augustin,
qu’aux Manichdens; le reste formait le vulgaire
meprisable. Tels sont, dans leurs pays, les musul-
mans pour lcs chicns de chrdtiens; d’un orgueil
sans bornes et d’unc insolence qui seraitrdvoltante,
si elle n’dtait pas risible. Nous, nous sommes
des cle'ricaux, et on nous l’a d i t : le clericalismo,
voilá Venncmi! Cette dpithete vaut les autres.
Ces appreciations sont fondees en raison. Nous
suivons depuis longtemps les travaux des logcs,
nous lisons leurs ouvrages et leurs bulletins men-
suels; nous sommes sur de ce que nous disons.
Liberte de conscience ! Ces deux mots sont-ils
faits Tun pour l’autrc ? Et les u n ir , n'est-ce pas
faire un manage force ? Je voudrais bien entendre
un franc-magonnous expliquer ce que Ton cntend
De la Franc-Maqonnerie. i5g

en Magonnerie par liberté de conscience. Si ces


messieurs n’avaient pas fait le serment de se taire,
sous les peines les plus graves, nous les prierions
de vouloir nous renseigner.
A prcndrc les mots comme ils sonnent, la cons­
cience est le jugement pratique de la raison nous
disant qu’une chose peut etre faite, ou doit étre
faite, parce qu’elleest bonne ouordonnée, ou bien
qu’on doit Tomettre, ne pas la faire, parce qu’elle
est mauvaise.
Saint Basile nomme la conscience « un tribu­
nal basé sur les lumiéres naturelles ».
G’est un esprit d’enseignement et de correction
donné á l’áme, dont elle est comme la loi inté-
rieure.
Ecoutons quelques mots de saint Thomas d’A-
quin sur ce chapitre de la conscience, et tirons de
'ses paroles les conclusions voulues par notre
sujet.
« La conscience est dite témoigner, lier, sti-
muler, ou bien encore, accuser, déchirer et re-
prendre. Or, toutes ces choses sont une conse­
quence de rapplication que nous faisons á nos
propres actes d’une connaissance ou science de
notre esprit. Cette application se fait de trois ma­
n i j e s : d’abord quand nous reconnaissons que
nous avons fait ou omis quelque chose, d’aprés
cette parole de TEcclésiaste : « Votre conscience
sait que vous avez souvent dit des maledictions
contre les autres » ; et c’cst ainsi que la cons­
cience est dite témoigner.
i6o Le Secret

« En second lieu, quand nous jug cons suivant


notre conscience qu’ tine chose doit ou ne doit pas
. I* * ^ « 4 1 ·
ctre íaite ; et c est ainsi que la cons cie nc e nous
sort de frcin ou d ’aigu ilion.
« Enfin cette application a lieu d’ une troisiemc
maniere, quand nousjugeons qu’une chose faite a
été bien ou mal faite; et c’est ainsi que la cons­
cience excuse, accuse ou déchire. »
La conscience remplit done en nousjd’apres saint
Thomas d’Aquin, la triple mission de témoigner,
dc juger et d’appliquer la sanction, et, a ces divers
titres, elle agit d’apres des principes de véritó et de
justice qui sont en elle, comme une parcipation des
principes qui sont enDieu lui-méme. Qui nevoit,
des lors, que la conscience ne saurait étre libre?
En effet, comme temoin, est-ce que notre cons­
cience peut nous dire que nous n’avons pas com­
mis telle ou telle action mauvaise, lorsqu’elle sait'
parfaitcment que nous en sommes coupables?
Allez done essayer de persuader á un pecheur,
quel quMl soit, qu’ il est innocent; au fond de
Fame, il se diráá lui-meme : les hommes peuvent
ignorer mon crime ; moi, je ne saurais Pignorer.
Que cet homme cherche lui-meme á se faire illu­
sion, sa conscience, comme une branche vigou-
reuse un moment courbée, se relevera bientót
avec une force nouvclle et lui dirá : J ’ai tout vu,
tout entendu, tout retenu; je depose et je dépose-
rai toujours contre toi, car je suis esclave de la ve-
rité incorruptible.
Groyez-vous que comme juge la conscience soit
De la Franc-Maconnerie. 16 1

plus libre? Non, évidemment. La conscience


n’etant pas autre que la raison jugeant dans un
cas particulier et prononcant qu’un acte est bon
ou mauvais á ses yeux, la conscience alors dit né-
cessairement ce qu’elle voit : la vérité. Est-ce
qu’un homme, en plein m id i, est libre de voir
ou de ne pas voir qu’il fait jour ? II a beau fermer
les ycux, il n’est pas libre de dire qu’il fait nuit,
quand il sait qu’il fait jour. S ’il le dit, il sait bien
qu’il ment á la vérité. Aussi la conscience n’est
pas libre de dire qu’elle voit autre chose que ce
qu’elle voit.
Enfin, la conscience ne saurait non plus ne pas
nous accuser quand nous avons mal agi, ne pas
nous déchirer par le remords, qu’elle enfonce en
nous córame un glaive, et qu’elle n’arrachera de
notrecoeur, que quand nous aurons expié ce crime,
cette faute, devant Dieu, qui pardonne toujours
au pdcheur contrit et repentant, dans le tribunal
de miséricorde qu’il a établi sur la terre, par le
ministere de son Eglise,quand on peuty recourir.
La conscience n’est done libre, ni comme té-
moin, ni comme juge, ni comme executrice de la
sentence ; par consequent cette expression : libe 7 'té
de conscience, en soi, est défectueuse.
Si cette locution veut dire : liberté de crnyance,
alors elle est plus intelligible, car la liberté étant
la faculté de ckoisir entre le bien et le m al : « fa­
cultas eligendi inter bonum et malum », chacun,
en vertu de cette faculté, croit ou ne croit pas á
renseignement qu’il regoit.
1 62 Le Secret

Mais encore ici nous pouvons demander ou est


le respect dc la Franc-Maqonnerie pour les croyan-
ces religieuscs d’autrui. Si ce respect existait,
les masons ne traiieraient pas les catholiques
comme ils le font, quand ils ont le pouvoir en
main ; et les Souvcrains Pontifcs n’auraient pas k
clever la voix si souventpour seplaindre de leurs
ccrits et de leurs actes.
La secte magonnique, nous l’avons dit, et cha-
cun peut s’en convaincre aujourd'hui, est d’une
intolerance inouie pour toute religion positive,
surtout pour le catholicismc. Elle Pattaque dans
les logos, — ou, dit-cllc, onnc parle ni de religion
ni de politique, — avec une violence inspircc par la
haine scctairc, et aussi par la mauvaise foi, quand
ce n’est pas de ¡'ignorance.
Nous nous faisons un devoir d’administrer la
preuve de cette affirmation, et c’est encore dans le
Bulletin de la Grandc-Loge symboliqne ecossaise
que nous la prcndrons, page 333 , n° 23 . Fevrier
1882.
0 Le F . \ Ponccrot rend compte en ces termes
d’ unc brochure oiferte a la L.*. par le F.*. Alfred
La Belle, et intitulee : Les Dogmcs.
« Dans cet ouvrage, mes F . F . \ , le F . \ La Belle,
prenant tout particulierement a partic les dogmcs
iondamentaux de la religion catholique, s’altachc
a demontrer que les theologians, ses fondateurs,
en les formulant, n’ont nullement fait oeuvre d’in-
vention, mais uniquement d’appropriation, en
cmpruntant les principaux caracteres aux reli-
De la Franc-Maconnerie. i 63

gions hindoues qui ont precede l’ére chrétienne


de plusieurs milliers d’années.
« Commengant par le peché originel, l’auteur
ctablit que la Bible hébra'ique a brodé son roman
d’Adam et d’ Eve sur le mvthe hindou de Parbre
de vie et de science qu’elle n'a fait qiTaccommo-
der aux besoins de l ’époque, et au but que pour-
suivaient Moise et plus tard les Peres de PEglise
pour expliquer á leur fagon les causes du mal et
de la déchéance originelle, cette monstruosité dont
il fait ressortir la parfaite et inique absurdité.
« De Tidée de la creation tirée du ncant et de
ce principe de la dcchéance originelle découlent
logiquement tous les autres dogmes: d’immaculée
conception, de bapteme, de confirmation, de ma­
nage, d’extreme-onction, d’ordre, d’Eucharistie,
d’immortalitc et de vie future, de purgatoire et
d’enfer, etc., etc., et finalement Pinfaillibilité
poniificale, le Pape, successeur et représentant du
Rédempteur, Fils de Dieu, devant étre nécessai-
rement infaillible.
« Je nPabstiens de suivre Pauteur dans la criti­
que détaillée qu’il fait de chacun de ces dogmes
qui — c’estle F.*. Poncerot toujours oui parle —
forment les tetes de chapitre de son volume, dog­
mes dont Pinanité n’a certes, nies F F . pas besoin
de vous etre démontrée, Pédifice étant construit
de telle sorte que, tres solide, trop solide malheu­
reusement quand 011 admet cette donnée de la
chute originelle, il s’écoule et tombe en poussiére
des que cette clef de voüte est brisée. »
16 4 Le Secret

Nous pourrions nous arréter lei ; mais si, par


hasard, le F .\ Ponccrot nous lit, un jour, pcut-
étre dira-t-il que nous n’avons pas osé citcr ce
qu’ il y a de plus fort dans son article ; nous citons
done le reste :
« Je vous dirai toutefois quelques mots du
chapitre de la Predestination, sur lequel le F . \ La
Belle s’est particulierement étendu, ctdont il a fait
rcssortir la contradiction flagrante avec les attri­
buts de bonté et de souvcraine justice dont les
croyants sc plaiscnt a parer leur Dieu.
« Ce dog me a son origine et son explication
dans le Brahmanismc, dont la civilisation relative
est fondée sur la division des classes.
a Dans PJnde, la caste sacerdotale avait besoin
de s’attribucr Pautorité, le gouvernement supreme
et la possession de la plus grande part possible
des biens terrestres; elle seprétendit, étantémanée
du cerveau meme de Brahma, prédestinée a lasu-
périoritc de Pintelligcnce et seule ti tree pour creer
la loi, le droit, s’établissant ainsi maitresse abso-
lúe de la société eniiere.
« C'était la, comme vous le voyez, une fort
nette négation des idees de liberté, d’égalité et de
fraternité. .
« Cette tradition funeste était trop bonne á ex­
ploiter, et surtout trop fructueuse pour ne pas
servir de type aux chefs des diíférentes religions
postérieures en contact avec le Brahmanismc, qui
Putiliserent autant que leur permettait de le faire
le milieu oú ils opéraicnt, et vous la retrouverez
De la Franc-Maconnerie. i 65

en traductions diverses: en Perse, en Egypte, ou


Favaient importée les émigrants hir.dous, puis
chez les Druides, les Grecs et les Latins, qui en
atténuerent toutefois Phorrible despotisme, ces
dcrnicrs surtout, en admettant, plus tard, aprés
Jésus, le relévement possible du paria, á cette
condition, toutefois, que la grácedivinc le permit,
car il est bien entendu que le Dieu de ces gens se
reserve de sauver qui il lui plait, connaissant de
toute éternité ceux-la qu’il lui convient de dam-
ner, probablement pour sa satisfaction person­
n e ls , vu qu’étant tout-puissant , il ne peut
dépendre que de lui que tous scs enfants soient
heureux et jouissent de la beatitude éternelle.
Telle est sa justice. »
Tels sont, dirons-nous a notrc tour, les raison-
nemcnts du F.·. La Belle, mis en lumiére par le
F.*. Ponccrot. Jusque-lá, rien n’était dangereux
pour l’auditoire, puisque personne n’y pouvaít
rien comprendre. La conclusion a dü Fimpres-
sionner davantage; la v o i c i : « Pour nous, mes
F F . \ , qui n’entrons dans nos at.*, mag.*. — ate­
liers magonniques — qu’aprés avoir laissé toutes
ces superstitions a la porte, unissons-nous au F . \
La Belle, en disant : Salut et merci á la méthode
scicntitique, qui expulse de parlout le procede de
la foi ».
Ce qu’il y a de plus clair en cela, c’est que la
liberte de conscience est entendue d’une fagon
singuliére par MM. les francs-magons : ils lais-
sent á la porte tons les prejuge's, c’est-á-dire toute
Le Secret

crovance
4 rcligicusc,
O 1 ct saluent avoc cnthousiasme
la méthode seicnt[fique, qui expulse de partout le
procede de la fo i. L ’cxprcssion : liberté de cons­
cience^ n est done qu’un mol destiné á iromper,
ou bien c1esi le Syllabus de rerreur maconnique.
Pour ce qui est de Fextrait lui-meme ct de sa
valeur, nous nous permettrons de dire an F.*. La
Belle et au F.*. Poncerot, qu’il leur eút été fort utile
de consultor lc travail de M. Esl!in Carpenter,
public dans lc The Nine teenth Century — décem-
bre 1880. Cot écrivain nc devait pas los eifraycr,
puisqiFil cst rationalisle. Eh bien, dans une dis­
cussion historique oü lc P. do Bonniot public un
resumé de cc travail, commc F.*. Poncerot a fait
pour lc F.·. La Belle, lc P. de Bonniot, suivant
pas á pas lc savant prccité, lire cctte conclusion:
« Ainsi, tout croulc dans cc systcmc qui fait du
christianisme une sortc do sccteboudhique. Outre
que les doctrinos sont radicalcment opposécs dans
lours parties essentielles, Fhistoirc forme obstinc-
mcnt toules les voies qui pouvaient permettre aux
idéos do Boudha de pénétrer jusqu’aux licux ou
la religion du Christ a pris nuissance avec lu i...
II nc rosto done plus rien qui permette do tircr le
Christianisme du Boudhisme. Jusqu’a cc pauvre
argument fondc sur la ressemblance, tout a dis­
pa ru ! Les origines boudhiques du christianisme
sonl une plaisanlerie scientifique.

« J . DE BONNIOT. »1

[Anuales de philosophic ckrétienne. — J u i n 1 8 8 1 . )


De la Franc-Macoñnerie.

Faisons observer que la these du F.*. La Belle


n’esi pas autre que celle des philosophcs de PAca-
dcmie de Vicence, fondateurs de la Maconnerie,
dont les ccrits ont disparu. Les uns et les autres
oublient que Jesus-Christ n’a jamais frequente les
¿coles et que les Juifs en Fécoutant parier disaient,
pleins d’admiration : « Comment celui-ci sait-il
lcslcttrcs.puisqu’il ne les a point apprises? Cepen-
dant FEvangile cst la parole de Jesus-Christ. Qui
done connaissait Boudha á Jerusalem ou memc
chez les Romains, qui n1en ont point parlé ? Et
les apotres, est-ce dans le lac de Tibériade qu’ils
ont peché le Boudhisme ? Quelques jours avant
de commencer a précher, ils étaient absolument
ce qu’on appelle des ignorants; cependant la doc­
trine qu'ils oniannoncée est absolument la memc
que celle des Peres de FEglise et la nötre. C'est
pourquoi nous disons et nous prouvons que le
F.·. La Belle et le F . *. Ponccrot font erreur. Ce
fait, sur lequel nous insistons ä dessein,montre de
quelle facón sontégares les espritspar les orateurs
des loges, comment la liberté religieuse y est peu
respectée, et ce qu’il faut entendre par la máxime
magonnique: Libertó de conscience.
Liberté de conscience ou autre, la secte ma-
tj'oiinique n’en comprend aucune. et nous nesavons
celle qiFelle pratique.
La liberté, considéréc comme faculté de choisir
entre le bien et le mal, est confondue par eux avec
le droit de choisir entre le bien et le mal ; et ce­
pendant il y a une grande difference entre la fa -
i6 S Le See ret

cuité et lc droit. U n pere a la faculte de faire ele-


ver son enfant en paíen, mais il n’en apas le druit.
J ’ai la faculte de prendre le bien d’autrui et de
violer son domicile, mais je n’en ai pas le droit.
Un législateur a la faculté de faire des lois injus­
tos, impies, mais il n’en a pas le droit. Est-ce ainsi
que messieurs les macons l ’entendent ? Leurs
acles répondent a cette question, el ils ne peuvent
nier que partout oü ils sont, la liberté pour eux
consiste dans lc droit de faire ce q u ’ils veulent,
qiTils s’appellent nihilistes, illumines, socialistes,
carbonari, libéraux o l í franes-magons.
Les droits politiques de chacun, dont le respect
assure a tous la liberté commune, savent-ils les
respecter ? Lsi-ce que depuis les empcrcurs el les
presidents de république que l ’on assassinc', jus-
q u ’au plus simple religieux que l ’on chasse de sa
demeurc, il n’y a pas une multitude de fonciion-
naires et de personnes q u i s e plaignent, et ajuste
litre, d’etre blesses dans l’exercice de leurs droits
légitimes ? M ieux vaudrait parier moins de liberté
et la praliquer davantage. N o us laissons au lecteur
le soin d’achever lui-méme cette considération,
car il est di 11ici 1 e de parier sans émotion de la
liberté, quand 011 la voit tourmentée, arretée,
enchainéect foulée aux pi e d sp ar des hom me s qui,
sous pretexte de liberté, ne connaissent que Tin-
dépendance, la licence et la révolte.
í)e la Franc-Maconnerie. i g

IV. — Le projet de la Maconnerie est contraire


aux bonnes mceurs.

Si la Magonnerie est ennemie de la vraie liberte,


elle n’est guére amie des bonnes moeurs. On peut
lui appliquer les paroles que Luther lui-meme
disaitde la Reforme protestante, puisque Soein en
a etc Tenfant terrible. Ne Toublions pas : les dis­
ciples de Socin ont gravé sur la tombe de leur
maitre ceci : & Luther a découvert le toit de I’E -
glise catholique ; Calvin en a renversé les murs, et
Socin en a arraché les fondements ».
« A peine avions-nous commencé á précher
notre Evangile, dit Luther, qu’ il y eut dans le
pays un bouleversement épouvantable; on vitdes
schismes et des sectes, et partout la ruine de Thon-
neteté, de la m o r a le s de Tordre: la licence et tous
les vices, et les turpitudes dépassérent toutes les
bornes, bien plus qu'elles ne Tavaient fait sous le
régne du papisme; le peuple, jadis retenu dans le
devoir, ne connait plus de l o i , et vit comme un
cheval débridé, sans pudeur ni frein, se laissant
emporterau gréde ses désirs matériels. Depuisque
nous prcchons, le monde devient plus triste, plus
impie, plus dcvcrgondé ; les démons se déchaí-
nent par légions sur les hommes, q u i , a la pure
lumiere d e l ’ Évangile, se montrent avides, impu-
diques, détestables, enfin pires qu’ils n’ont été
sous la papauté; depuis le plus grand jusqu'au
plus petit, on ne voit partout qu’avarice, désor-
i 5**
Le Secret

dres honteux, passions abominables. Moi-mcme,


jo suis plus negligent quc jc nc l’ai etc sous lc
papisme, cl moins quc jamais jc me plic a la dis­
cipline el aux praiiqucs de zelc quc jc dcvrais
observer. Si Dicu ne m'avait pas cache l'avenir,
jc n’eusse jamais ose propager une doctrine d'ou
doivcnt sortir tani dc calamilcs,tantde scandalcs.»
— Edition de Walch, v. 1 14.
Gene confession dc Luther, faitc dans un mo-
mcni oil la verite parlait a son amc, cst remarqua-
ble. C ’cst rcrrcur prise sur le l'ait; e’est Terrcur
avec ses eonsequcnccs immediatcs et deplorables,
retombant sur la tetc ct lc aicur du pere de la
pretcnduc Rcl'ormc, pour le punirdc son orgucil,
dc son imprudence ct de scs faiblesses coupables.
L ’abbc Lclranc, dcja cite, va nous dire cc quc
la Magonncric a fait de la France , et cc qu’etait,
par suite dc sa doctrine, lc Frangais a la fin du
xvmc sieclc.
a L ’ Europc esi ctonnec du changemcnt qui s’est
opere dans nos mocurs. Autrefois, on ne repro-
chait a un Frangais que sa galte, sa legcrcte, sa fri-
volite; aujourd’hui qu'il est devenu cruel, bar­
bare, sanguinairc, on Ta en horreur, et on le craint
commc on icrait d\mc bete feroce. Qui l’a rendu
farouche, soupconneux, toujours prcl & allenter i
la vie de scs semblables el a se repaitre de l'imagc
de la mori t Le dirai-je, el m’en croira-i-on? (Test
la Franc-Magonnerie... Oui3 je ne crains pas de
Tavancer, c’cst la Franc-Magonnerie qui a appris
aux Frangais a envisager la mort de sang-froid, a
De la Franc-Maconnerie. iyi

manier le poignard avec intrepidité, á manger la


chair des morts, á boire dans leurs cranes, et á
surpasser les peuples sauvages en barbarie et en
cruauté.
« Sous le prestige de la liberté et de Pégalité,
elle a su éteindrc le sentiment de la religion dans
le cccur des Francais, leur rendre odieux leurs
princes, leurs magistrats, leurs pasteurs les plus
fidcles; nourrir un esprit de division dans les
families les plus unies, inspirer Phorreur et le
carnage pour faire réussir ses projets insensés.
C'est á Pombre de Pinviolable secret qu’elle fait
jurer aux inities á ses mysteres, qu’elle a donné
des legons de meurtre, d’assassinat, d’incendie et
de cruauté. Elle a encouragé aux forfaits les plus
inouis, par Passurance de Pimpunité, par le nom­
bre des bras armes pour la défensc de ceux qui
suiyraient ses máximes; et elle a réussi á les sous-
traire á la sévérité des lois, quelques exces qu’ils
se soient permis. De quoi n’est pas capable, en
eífet, une société ambitieuse guidée par le fana-
tistne, qui a des correspondances dans toute PEu-
rope; qui a lié á sa cause une infinité d’individus
qui ont juré de marcher á son secours, quoi qu’il
doive leur en coüter, qui parait faite pour reunir
les hérétiques de toutes les sectes, et qui les voit
déja préparés á s’émouvoir au premier signal? »
« Le serment qu’on exige du récipiendaire a
quelque chose d’atroce. Le voici : « Aprés que
mes yeux auront été privés de la lumiere par le fer
rouge, je consens, si je révéle jamais le secret qui
Le Secret

m ’aura etc confie, que mon corps devienne la


« I / * · '
proie des v au io u r s; que nía memoire soit en exe­
cration aux enfants de la veuve par toute la terre.
Ainsi soil-il. » Gette veuve est la société soci-
nienne. »
« On dirá peut-etre que la Franc-Maconnerie
n’a pas adopté tous ces exces ? J e réponds q u ’il
n'en est aucun dont elle ne soit capable, et q u ’ on
ne puisse justement luí imputer d’apres ses p r i n ­
cipes constitutionnels. E l l e veut et prétend ad-
mettre dans son sein toutes les sectes ; done celles
qui sont modérées se trouvcront a cóté de celles
qui sont farouches,extremcs dans leurs principes.
Done, de son propre aveu, elle se trouvera formée
de sectes contradictoires, qui auront des prin­
cipes opposés, qui pourront approuver et ensei-
gner ce que d’autres trouvcront répréhensible et
insoutenable ; done les principes des franes-ma-
qons tendent á former un corps monstrueux, ca­
pable de tous les exces dans lesquels Terreur et le
fanatisme peuvent faire tomber l’homme faiblc et
aveu gl épa r les préjugéset les fausses opinions ; et
n’y eut-il dans les loges magonnes que le melange
de luthéricns et de protestants, de chrétiens et de
déistes, de juifs et de mahométans, qui peuvent
tous étre regus en loge, iVen serait-ce pas assez
pour éloigner un bon catholiquc de s’y Faire recc-
voir ? » — Le voile levé pour les curieux , p. 4 i .
Eckert, magon Protestant, a écrit ce qui suit :
« L ’histoire doit nier que la Franc-Maconnerie
ait rendu le peuple plus moral. 11 est vrai ,
De la Franc-Maqonnerie. iy 3

ajoute-t-il, qu’en 1770, époque de son introduc­


tion en Allemagne par PAngleterre, le peuple
avait moins de connaissance scientifique; mais,
en revanche, il se distinguait par la probité et les
bonnes moeurs ; il aimait son domicile, avait pitié
du pauvre, était loyal, content de ce que la Provi­
dence lui avait donné en partage; en un mot, il
vivait selon les commandements de Dieu, auquel
Í1 croyait et qu’il adorait saintement. Et aujour-
d’hui, il est plein d’un-e outrecuidante présomp-
tion, il a soif de jouissances interdites ; il est sans
foi á Dieu,á ses saints commandements, á la re­
compense du bon et á la punition du méchant; il
regarde comme lui étant permistout ce qui luipa-
raít avantageux, tout ce qui excite sa convoitise. »
On ne pouvait pas exprimer la vérité plus exac-
tement, ni indiquer d’une fa$on plus claire la
source du mal.
L ’homme cherche toujours son propre bon­
heur, dans ses actes. S ’ilcroit au ciel et áTenfer»
il agira de telle maniere qu’ilpuisse éviter le feu
éternel reservé aux pécheurs, et obtenir le bon­
heur éternel promis au chrétien obéissant á la loi
de Dieu. Aidé de la gráce divine que la priére et
la pratique des sacrements lui donnent, il s’effor-
cera de vaincre ses mauvais penchants et de pra-
tiquerla vertu, préférant se priver ici-bas du plai-
sir défendu,plutót que de s’exposer á destourments
sans fin. Mais s’il ne croit pas á une recompense
au delá de la tombe, voulant absolument son bon­
heur, il le cherchera en ce monde, et pour lui,
i? 4 Le Secret

Tobjectif de la vie, ce sera la j’ ouissance ä tout


prix. Ce sont done les croyances qui reglent la
morale, et il n’y a pas dc morale independante des
dogmcs. Or, la F r a n c - M a c o n n e r i e abolit tous les
dogmcs ; ellc va ju sq u ’aTatheisme, du m oi nsc hez
les masons qui ont adoptc purcment et simple-
ment r i l l u m i n i s m e de Weis hau pt. E n France*
ju sq u’cn 1 8 7 7 , 1e G ra nd -O rie nt ava it garde,comme
nous l ’avons dit, dans ses St a t u t s, la croyance ä
Texistencede Dieu et a Timmortalite de Tame. A
cette epoque, il a efface ccs deux croyances,pour se
faire athcie, tandis que TAngletcrre et TAm erique
se separaicntde lui, voulant conserver d an sl eu rs
rites Texistence de Dieu et Timmortalite de Tame.
Votrc Ma^onnerie est done sans Dieu, sans foi,sans
lois religieuses. E l l e professe unc morale civique,
dont la sanctionest dans Tarnende,la p r i so n ou une
peine quelconque, sans aucun rapport avec la
sanction eternelle. L o r s done qiTil n’est pas de-
fendu par la loi humainc de faire un acte, tout
immoral qiTil soil, si cet acte peut etre avanta-
geux a son auteur ou exciter sa convoitisc, dit
Eckert,il le fait sans scrupule etsans remords, car
il ne croit ni a Dieu, ni ä ses commandcments,
ni a ses recompenses,pas p l u s q u ’a ses chatiments.
C e s t pourquoi, nous pourrions appliquer au
regne de la Franc-Maconnerie parmi nous ce que
Luther disait du regne de sa propre Reforme ; ce
que Tabbe Leiranc ecrivait sur les moeurs de la
France, au moment de la Revolution dont il de-
vait etre v ic ii m e ; c e q u ’ Eckert dit de TAllemagne.
De la FranC'Maconnerie. *75

Qui ne saitle deluge de livres mauvais. de jour-


naux orduriers, de gravures obscenes, dont nous
sommes inondes, á Pepoque actuelle ? II a fallu
inventor un motdont la racine, qui s\gn\ñcprosti­
tution, exprime bien la chose : la porno graphic ,
pour pcindre d’ un trait nos images et nos moeurs.
A q u i f a u t - i l attribuer ce honteux ddsordre ? N u ­
bias, chef de la Haute-Vente, a repondu : « Le
meilleur poignard pour frapper PEglise catholi-
que au coeur, e’est la corruption ». Son conseil a
etc cntendu et suivi parmi nous. C ’est done a l a
Maconnerie qu’est dü ce mouvement de decadence
morale dans les diverses publications de notre
époque, d’ oú elle passe dans les moeurs privées et
publiques, p a r c e motif que la parole est une se-
mence qui produit fatalement des fruits, selon sa
nature bonne oil mauvaise. La Maconnerie est
done contraire aux bonnes moeurs. Le mal qu’elle
a fait, sous ce rapport, et bcaucoup d’autres, est
incalculable, i n s o n d a b l e , profond comme l’a-
bime. Depuis trois siécles, elle égare Phumanitéet
la jette en páture ä toutes les debauches de Pes-
prit et du coeur; c’est par elle surtout que la R e ­
forme a produit ses fruits les plus mauvais. Et
cela se comprend, noustenons a redire cette véritd,
principe de toute morale, c’ est parce que Socin a
quiné J csu s- C hr ist , sans qui Phomme est incapa­
ble de faire un seul acte de vertu surnaturelle.
Luther et C al vin n’avaient point pousse jusque-
la la negation. Si, un jour, Phistoire porte son
flambeau dans les loges magonniques, et q u ’elle
ij6 Le Secret

prenne i\ tachc dTen scruter les principcs et lcs


actcs, d'en peser Pinlluencc sur la vie intellec-
tuellc et morale des individus et des nations, ce
sera pour clle et pour le monde une effroyable
revelation. Elle dira que depuis le m.ilieu du sei-
ziemc siecle jusqu’i nos jours, le monde estcor-
rompu, corps et ame, rendu paien par Theresie
socinienne, qui n’est pas autre que la secte ma-
gonnique. II sera alors evident que les Papes seuls
ont vu clair, quand ilscondamnaient la Magonne-
rie, mats que tousles autres ont ete et sontdemeu-
res aveuglcs. L'Eglise nous eutsauves dece fleau.
V. — Le projet de la Maconnerie est anti social.
Le lccteur qui nous a suivi, a pu deji ap-
prendre A. cotinaitre les ditferents personnages qui
ont joue un role important dans Thistoire magon-
nique. Ils ont vu que Socin, pere de la secte,
s’elait livre a l’ctudc de la theologie et qu’ il a
donne a son oeuvre un caractere religieux, ou plu-
tot antireligieux. II a vraiment etc heresiarque.
Cromwell, hommede guerre et de diplomatic,
se livrant peu ¿t Tetude de la theologie, n’eilt pas
empreint la Magonnerie de ce caractere, s’il n’a-
vait etc endoctrine par les sociniens, venus de
Pologne en Angleterre. Cromwell est le conspira-
teur ambitieux, tel queTa peint Bossuet, le ma-
gon de haute ecole, passant de la theorie a la pra­
tique. Bossuet, en parlant de cet homme, evidem-
ment ne connaissait pas l’txiuvre commencee
par lui en Angleterre, et dont Charles Ior avait
De la Franc-MaQonnerie. /77

¿té la victime infortunée, sinon il eüt élevé la


voix, et jetantun regard sur les conséquences du
socinianisme de Cromwell, il eüt, en parlant de
lui, averti les rois du sort que leur réservait
la secte , dans l’a v e n ir; Bossuet eüt entrevu
L o u isX V I sur l’échafaud, aussi facilementqueFon
a pu prédire depuis vingt ans Fassassinat des
empereurset des presidents de républiques oppo­
ses á la secte magonnique.
Nous ne résistons pas au désír de placer ici, de
nouveau, sous les yeux du lecteur, le portrait de
Cromwell, d’autant plus qu’il est une preuve á
Pappui de ce que nous voulons prouver, ásavoir:
que le projet de la Franc-Magonnerie est anti­
social :
« U n homme s’est rencontré d’ une profondeur
d1esprit incroyable, hypocrite raffiné autant qu’ha-
bile politique, capable de tout entreprendre et de
tout cacher, également actif et infatigable dans la
paix et dans la guerre, qui ne laissait rien á la
fortune de ce qu’il pouvait lui óter par conseil
et par prévoyance ; mais au reste si vigilant et si
prét á tout, qu’il n’a jamais manqué les occasions
qu’elle lui a présentées; enfin un de ces esprits re-
muants et audacieux, qui semblent étre nés pour
changer le monde. Que le sort de tels esprits est
hasardeux et qu’il en parait dans Phistoire á qui
leur audace a été funeste! Mais aussi que ne font-
ils pas quand il plait á Dieu de s’en servir í II
íut donné á celui-ci de tromper les peuples, et de
prévaloir contre les rois. Car7comme ileut apergu
Le Secret

que dans ce melange infini de sectes, qui n'avaicnt


plus dc regies ccrtaincs, le plaisir de dogmatiser
sans etrc repris ni eontraint par aucune autorite
ccclcsiustiquc ni seculierc, etait le eharme qui
posscdait les esprits, il sat si bien les concilier
par la, qu'il lit un corps redoutable de cet assem­
blage monstrueux. Quand une fois on a trouve
le moyen de prendre la multitude par Tappat
dc la liberte, ellc suit en aveuglc, pourvu qu’elle
cn entende seulemcnt le nom. Ccux-ci, occupes
du premier objet qui lesavait transportes, allaient
toujours, sans regarder qu’ils allaient a la servi­
tude ; et leur subtil conductcur qui, cn combat-
tant,en dogmatisant, cn melant mille personnages
divers, cn fuisant le doctcur et le prophete, aussi
bien que le soldat ct le capitaine, vit qu’il avait
tcllemcnt enchante le monde, qu’il etait rcgarde
de loute Tarmce commc un chef envoye de Dieu
pour la protection dc rindcpcndance, commcnqa
a s’apcrccvoir qu’il pouvait encore les pousser
plus loin. Jc ne vous racontcrai pas la suite trop
fortunec de ses cntreprises, ni scs fameuscs vic-
toires, dont la vcrtu etait indignce, ni cette lo n ­
gue tranquillite qui a etonne l’ univers* C ’e'tait lc
conscil de Dieu d'instruirc les rois a ne point quit­
ter son Eglisc. II voulait decouvrir par un grand
exemplc toutcc que pent Thercsie ; combien elle
est nuturellement indocile et independante, com­
bien ellc cst fatale a la royaute ct k toute autorite
legitime. Au restc, quand ce grand Dieu a choisi
qiiclqtrun pour etrc ¡“instrument dc scs dcsscins,
De la Franc-Maconnerie. ijg

ríen rfen arréte le cours ; ou il enchaine ou il


avcugle. ou il dompte tout ce qui est capable de
resistance, a J e suis le Seigneur, dit-il par la
bouche de Jérémie ; c'est nioi qui ai fait hi terre
avec les hommes et les animaux, et je la mets
entre les mains de qui il me plait. Et maintenant
j’ai v o u lu soumettre ces terres ä Nabuchodonosor,
roi de Babylone, moil serviteur. » II Pappelleson
serviteur quoiqueinfidele, á cause qiTil Ta nommé
pour exécuter ses aécrets. « E t j ’ordonne ,
poursuit-il, que tout lui soit sournis, jusqu’ aux
ani maux » : tant il est vrai que tout ploie et que
tout est souple, quand Dieu commande. Mais
écoutez la suite de cette prophétie : « J e veux que
ces peuples lui obcissent et qiTils obéissent encore
á son tils, ju squ ’a ce que le temps des uns et des au-
tres vienne». Voyez, chrétiens,comme les temps sont
marques, comme les generations sont comptees.
Dieu determine jusqu'a quand doit dureiTassoupis-
sement, et quand aussi doitse réveillerle monde.»
V o il á C r o m w e ll , qui fait, des diverses sectes,
comme Socin, un assemblage monstrueux ; qui
prend la multitude par Tappát de la liberté de
conscience, de la liberté, tout court; qui cepen-
dant conduit ceux qui le suivent á la servitude et
pour son profit personnel, car il n’y a que deux
tins possibles : Dieu et soi. Or, le mag on n’agit
jamais pour Dieu. Voila C r om w el l, un des peres
de la Magonnerie, auteur de ce que Bossuet a
nommé plus tard le Cromwélisme, quand il re­
prochan á Ju r i e u , jministre protestant, d’avoir
i8o Le Secret

preché cette doctrine sanguinaire, avec Phérésie


de Socin.
Apres C r o m w e l l , comme organisateur de la
secte, vient Weishaupt, car les philosophcs fran­
ca is ont dogmatise, Voltaire a blaspheme, J e a n ­
J ac qu es Rousseau a inventé son Contrat social;
aucun d’eux n’a formé ni corps de doctrine, ni
association. II était reservé á A d a m W e is ha u pt de
résumer lout le passé magonnique, selon le génic
allcmand ; de lecomplétcr en lui dormant, comme
ame, la doctrine de Spinosa, le Panthéisme, si
fort en h o n n e u r á partir d’Averroes ; puis de for­
mer une société chargée de propager ce systeme,
baplisé du nom d'Illaminisme.
Jih bien, cei il luminism c allcmand, qui ab­
só r b a la Maconncrie pour en faire la Maconnerie
illuminée, ainsi que nous Tavons dit plus haut,
cst antisocial, d ’une fagon souvcrainc.
Voici comment il se résumé : « II n’y a pas d’au-
tre Dieu que la Nature, qui aproduit l ’h o m m c » . —
Comment ? Weishaupt ne le dit pas, cela était ré-
servéa Darwin. — Quoi q u ’ il e n so i t, Thomme a
regude la nature Tégalité etlaliberté. L ’institution
de la propriété a délruit Pégalitéj en faisant des ri­
ches et des pauvres ; et l ’ inslitution des gouvcrnc-
ments a délruit, á s o n lour, la liberté.
Or, la propriété et les gouverncmcnts reposent
sur les lois religicuses ct civiles.
Done, pour rendreá l ’homme sa liberté ct son
égalité native, il faut détruiretoute religion, tout
gouvernement, íVavoir ni Dieu, ni maitre , ni
De la Franc-Maqonnerie. 181

magistral:, ni clerge, ni armee, ni gendarmes, ni


auciine auiorite, cn attendant qu’on abolisse la
propriete. Religion , gouvcrncment, propriete , ce
sont, aux yeux du vrai macon, trois peche's origi­
nals qiTil taut eftacer, on sait comment.
1 1 est visible quc,deja,ils s’effacent parmi nous. La
Religion commence adisparaitre dans son person­
nel congreganiste ctdans renseignement.Dieuaete
chasse, et il le sera de plus en plus des ecoles, lui
qui est par excellence le lien social, puisqu’il est
lc pere de la famille humaine et le centre naturel
de toute socieie. Lc Christ deja avait ele banni,
lui Tauteur divin de la socieie chrctienne. On ne
sail pas pourquoi Ton garde les ministrcs de
Dieu et du Christ, puisque leur.s maitres ont recu
leur conge. Evidemment, on attend, pour ne
pas ameuter le peuple. Le tour du clerge viendra,
eilereste suivra, jusqu'a extinction du christia-
nisme : voila le projet et l’espoir des masons.
Onse demande, aujourd’hui,cc quepeuvenl avoir
a fairc encore parmi nous les commandements de
Dieu ei de TEglise, Dieu et Jesus-Chrisi ayant
ete supprimes ?
Les commandements de Dieu ordonneni de
^
· / T ^ 1 * · » t *t V
autonte legitime, ainsi quelapropriete:
or, la Maconnerie ne veut plus ni auiorite, ni
propriete, ni dependance. Arricre done tout cela !
Vive la Commune ! Elle a fait son apparition en
1848, avec les partagcux , eleves pratiques des
Proudhon et autres socialistes;* elle s’estessavee * en
j 8 7 t , ¿1 Paris; maintenant elle frappe a la porte
G
I& 2 Le Secret

du capital et des patrons : il n’y a quo les sourds


qui nc Pentendent pas.
P o ur lcs communards, lcs magistrals sont ge-
nants, les gendarmes aussi. Patiencc > A v a n t d ’a-
baltre un arbre, on en decouvre lcs racines, que
Ton coupc unc a une, et bientot Parbre s’incline
et tom be. Clerge', magistrature, arme'e, tel sera
votre sort, esperela secte.
Nos lecteursnous demandent raison de nos pa­
roles.
N o us leur repondrons que W e is h a u p t a bien
resume son plan, comme nous Pavons rapporte,
et si on veut le developpement de ce meme plan
pur son auteur, le voici ; « T o u t ce que nous vous
disions contrc lesdespotes, les tyrans, iPetait que
pour vous amener a ce que nous avons a vous dire
du peuple lui-meme, de ses lois et de sa tyrannie.
Cos gouvernements . democratiques ne sont pas
plus dans la nature que lesautres gouvernements ».
« Si vous nous demandez comment les h om -
mes vivront desormais sans lois et sans magis-
tratures, sans autorites constituees, reunis dans
leurs villes, la reponse est aisee. Laissez la vos
villes et vos villages et brulcz vos maisons. Sous
la vie patriarcale, les homines batissaient-ils des
villes, des maisonsj des villages? 11s etaient egaux
et libres; la terre elait a eux ; elle etait egalement
a lous, et ils vivaient egalemeni partout. L e u r
patrie etait lc monde, et non pas PAngleterre ou
Plispagne, PAllemagne ou la France. C e t a i t l o u t e
la terre, et non pas un royaumc ou une republi-
De la Franc-Maqonnerie. i83

que dans un coin de la terre. Soyez égaux et libres,


et vous serez cosmopolites ou citoyens du monde.
Sachez apprécier Tégalité, la liberté, et vous ne
craindrez pas de voir brülerRome, Vienne, Paris,
Londres, Constantinople, et ces villes quelcon-
ques, ces bourgs et ces villages, que vous appelez
votre patrie. — Frére et ami, tel est le grand se­
cret que nous réservions pour ces mystéres. » —
9c partie du Code illumine, classe des grands
mystéres : Le mage et Phomme-roi. — Ecrits ori-
ginaux de Weishaupt.
Barruel, dans ses Mémoires du Jacobinismo,
s’écriait ñ ce propos : « II n’est plus temps de dire
simplement : ce spnt la des chiméres de sophis-
tes, il faut dire aujourd’hui : ce sont la les com­
plots qui se trament contre vos propriétés; les
complots qui déjá vous expliquenttant de spolia­
tions révolutionnaires: celle de l’Eglise, celle de
la noblesse, celle de nos marchands, celle de tous
les riches propriétaires. — Je le veux, ce sont des
chiméres; mais ce sont les chiméres de Weis­
haupt... Ce que Jean-Jacques a dit a ses sophistes,
le nouveau Spartacus le dit á ses légions illumi-
nées : Les fru its sont ä tous, la torre ríest á por -
sonne. Quand la propriété a commence, Yégalité,
la liberté a disparu; et c'est au nom de cette éga-
lité, de cette liberté qu’il conspire, qu’il invite ses
conjurés t\ rendre aux hommes la vie patriarcale! »
Faisons remarquer en passant ce que signifient
ces mots, mis á la porte ou au frontispice de nos
edifices publics : Liberté, Egalité, Fraternitc .
18 4 Le Secret

Liberté veut dire : dctruise\ toute autorite ;


Egalité signilie : dctruise { la propricte ;
Fraternité : soye^ nómades comme les patriar-
ches.
Pr oud hon a résumé tout cela et montré le but,
en disanl : « U faut que Phomme soit souverain
dans sa cabane, indépendant de Dieu et des
homines ».
E t la famille, que devient-elle dans ce systéme
imm ora l ? « L e premier age du genre hum ain ,
dit Weishaupt, est celui de la nature sauvage et
gro^siere. L a famille esl la scule sociéié; la faim,
la soif, fáciles á contentor, un abri contrc Pin jure
des saisons* une femme, et apres la fatigue, le re­
pos, sont les seuls besoins de cette période. E n
cet étal, Phomme jouissait des deux biens les plus
estimables : Pégalité et la liberté. II en jouissait
dans toute leur plénitude ; il en aurait joui po u r
toujours, s’ il avait voulu suivre la route que lui
indiquail la nature. Dans ce premier élal, les com-
modités de la vie lui manquaicnt, il n’en élail pas
plus m alh eu reu x; ne les connaissant pas, il n’en
sentait pas la privation. L a santé faisait son état
ordinaire ; la douleur physique était la seule cause
de mécontenlement q u ’ il éprouvát. Heureux mor*
tels, qui n’éiaiem pas cncore as^ez éclairés pour
perdre le repos de leur ame, pour sentir ces
grands mobiles de nos miseros, cet a mo ur du
p o u v o i r el des distinctions, le penchant aux sen-
sualités, le désir des signes représeniatifs de lout
bien, ces véritables peches originéis avec toutes
De la Franc-Maconnerie
> i $5

leurs suites., Penvie, Pavarice, Pintempérance, la


maladie et tous les supplices de l’imagination. »
Telle est la famille primitive, ideal de la famille
pour Weishaupt. Le divorce commencera á nous
y ramener, en brisant les liens des époux et ceux
qui unissent les enfants aux parents, « Vautorité
du pére cesse.avec le besoin des enfants », disait
Jean-Jacques, et W eishaupt: « La puissance pa-
ternelle cesse avec la faiblesse de Penfant; le pére
offenserait ses enfants, s’il réclamait encore quel­
que droit sur eux, aprés cette epoque ».
E n prevision des objections que ces idees absur­
des pouvaient soulever, Weishaupt avait adopté
une tactique. II disait á ses fréres insinuants ou
enröleurs: « Les principes, toujours les princi­
pes, jamais les conséquences ». C ’est-á-dire, pres-
sez et insistez sur Végalité et la liberté; ne vous
laissez jamais effrayer, ni arreter par les consé­
quences, quelque désastreuses qu’elles soient.
L ’athée Gondorcet, disciple de Weishaupt,
s^écriaít en conséquence : « Périsse Punivers, que
le principe reste ! t>
Depuis quelque temps, nos révolutionnaires
maqons ont abandonné la me'thode fran<;aise, c’est-
á-dire la violence, dans Papplication de leur S y s ­
teme ä PEglise catholique. lis ont préféré adopter
la marche indiquée plus haut par Rícciardi, la-
quelle peut se résumer ainsi qu’il suit: Plus de
martyrs} plus de sang : des concessions et du ridi­
cule.
C ’est par ignorance de eette tactique, que des
i86 Le Secret

personnes, d’ailleurs bicn intentionnees, s’imagi-


nent quela secte s’arretera dans sa marche contre
le Christ ct riiglisc. Non, ricn nc Parretera, si cc
n’est lc Jond dc Pabime ou elle court, oil elle se
jettera avec les peuplcs assez aveugles pour se
ranker sous sa banniere et suivre ses cruelles ma-
ximes de destruction.
La destruction ! voila lc mot qui pcint bicn la
Franc-Magonnerie. Dc meme que la pretendue
Reforme protestante, mere de la secte socinienne,
n’a jamais su que protester contre les dogmes
catholiques, enlcs niant les uns apres 'les autres,
ainsi la Maconnerie, au point de vue social, ne
sail que dctruirc les institutions chretienncs : ni
le protestantisme, ni la Magonnerie n’ont rien
produit qui ait un avenir quelconque, par ce mo­
tif que seule la charitc chretienne est feconde,
tandis que la haine est ste'rile ; or, Pheresie a tou-
jours etc et sera toujours marquee au front dusigne
dc la haine; toujours son ca’ur en sera rempli.
Le dernier mot de la Magonneric sociale, e’est
le Nihilisme , e’est-a-dire la destruction dans toute
sa plenitude. « L ’humanitc, dit lc Nihilisme,
n’aura d’intclligencc que le jour oil tous ses mem-
bres rcunis s’egorgeront jusqu’au dernier. Alors
Petre humain, roi de la creation, n’existerait plus,
et Satan pourrait insulter au vrai Dieu ; Satan, dit
Notre-Seigncur, qui fut homicide deslc commen­
cement : Hnmicida crat ab initio. »
Tertullien appclait Satan le singe de Dieu :
Simius Dei. Voudrait-il, par hasard, se servir du
De la Franc-Maconnerie. i8 j

Nihilisme pour devancer la fin du monde? II y


aurait á le croire, á voir les mille formes et les
moyens étranges, immoraux, contre nature, em­
ployes par les nihilistes pour ddtruire l’homme.
Nous laissons á d’autres le soin de développer
ces considérations. Ici, encore, les ravages exer-
cés dans Ies socie'tés par la secte ma<;onnique sont
tellement profonds et multiplies, qu’il n’est pas
possible de les décrire sans y consacrer des volu­
mes entiers. Ce labeur attristant a déjá éte com-
mencé ; espérons qu’ilsera continué. On y verra
une preuve de la vérité chrétienne, per absur-
dum... par Pabsurde, découlant et débordant du
socinianisme maconnique.

VI. — La Franc-Maconnerie est anti-


francaise.

Elle est anti francaise, parce qu’elle est anti-


chrétienne et anti catholique.
En eífet, ce qui a fait, dans le passé, la grandeur
et la gloire de la France, c’cst son attachement á
Jésus-Christ et á son Eglisc.
La nation francaise, des écrivains et des ora-
teurs illustres l’ont dit admirablement, a été
appelée á défendre le Christianisme. Cette vo­
cation s’est révélée lorsque Clovis, entendant
le récit des souffran:es et de la mort de notre
di vi n Sauvcur, s'cst écrié : « Ah ! si j’avais été
la avec mes Francs » ! Aussi la France a été
baptisé par le Saint-Siége et nommée : La nation
18 8 Le Secret

tres chretienne. Cc titre, qui a etc á ses propres


yeux, et aux yeux des autres peuples, plein de
gloire et digne d’envie, serait-il devenu pour
notre pays une fléirissurc ?
La France a noblement servi la cause du Christ
et de son Kglise, á travers les siécles. Les noms
de nos rois tres chrcticns Pattestent, et malgré les
ombres qui voilent Phistoire de la royauté fran-
gaise, on a pu graver sur leur banniere ces mots :
Le Christ aime les Francs... et lc Christ, aime des
Francs, a fait d’cux un grand peuplc.
De leur colé, les Pontifcs de Rome, sans excepter
Pie IX et Léon X III, ont toujours pris plaisir á
reconnaitre que la France avait bien mérité de
I1 Kglise par son dévoucmcnt a la grande cause
chretienne.
Notre nation , amic du Saint-Siegc et de son
indépcndance spirituelle et tcmporelle, a con-
tribué singuliércment aussi a repandre la vérité
catholiquc dans le monde, par ses missionnai-
res d’abord, puis par ses conquetcs. Car autre­
fois nous savions coloniser, par ce motif qu’étant
franchement catholiques, nous savions donncr
Dicu ct la vérité aux peuples conquis; et ces pcu-
plcs nous aimaient. Le Canada et Pile Maurice,
entre autres , sont demeurés francais de ctuur et
catholiques, malgré leseffortsque Pona fails pour
éteindre en eux la foi etPamourde la merc-pairie.
II est impossible de parcourir le monde sans
rcncontrcr des souvenirs glorieux pour la nation
tres chrcticnnc et sans se convaincre qu’cllc a regu
De la Franc-Maconnerie. i8g

la noble mission de défendre le Christ. Cette


mission, elle l’a toujours remplie, quand elle a eu
des chefs dignes d’elle. Naguére encore, elle ne
craignait pas de porter ses armes jusque dans
l’extréme Orient pour y proteger ses mission-
naires;en Europe, elle repla^ait Pie IX sur son
troné impérissable ; en Orient, elle se fait un hon­
neur d’exercer sur les catholiques son protectorat
sóculaire; enfin en Tunisie, elle fait appel au
catholicisme pour asseoir son influence.
Faut-il que, dcsormais, la France repudie ce
passe, au lieu de s’en gloriíier?
Si done elle a le droit d’en étre fiére, pourquoi
la Maiy'onnerie travaille-t-elle á la déchristianiser?
Si la secte ma^onnique réalisait ses plans, bien
vite nous aurionscessé d’etre catholiques; partant,
la source de notre grandeur serait tarie. C ’est
pourquoi nous disons que la Franc-Maconnerie
est and fran^aise.
Quelle serait, d’aprés elle, notre mission, á
Tavenir ?
Evidemment, ce serait de propager dans le
monde Tatheisme et les maiurs palennes. La
Franc-Magonnerie, au siécle dernier, a détruit la
hierarchic catholique et renversé les autels et les
eglises du vrai Dieu, pour y introniser le ratio-
nalisme, comme nous l’avons dit : son but est
toujours le meme, nous Tavons encore prouvé.
Eh bien, une pareille mission est impie. Si notre
malheureuse patrie venait á s’en charger, bientót
6 *
igo Le Secret

on pourrait dire que la France, tombée dans la


bone etlc sang, aura it vecu,
L a Fr anc -M ac onn er ie est cncorc antifrancaise
parce qiTelle travaille á priver les enfants du peu-
ple de réducation catholique.
Plu s d’ une fois, nous avons offertá nos lecteurs
cette consideration, q u ’il est utile de rappeler ici
en quelques mots.
N o u s d i s o n s done que Tenfant du peuple, gráce
aux instituteurs catholiques q u ’il rencontrait j u s -
quVi p r e s e n t , soit congréganistes , soit la'iques
dévoués, recevait une education qui ne le cédait
pas á cel le des enfants de la classe riche. Des l ’age
de sept ans, Tenfaní du peuple apprenait le caté-
chisme, qui est un admirable résumé de la reli­
gion ; lc pretrc Pappelait pour l’instruirc et le con*
fesser, e’est-a-dire p o u r l u i montrerle bien á faire
et le mal a éviter; peu á peu Tenfant se réformait,
el alin de mériterlc bonheur de faire sa premiere
communion, il travaillait a se corrigcr de ses dé-
fauts. Qui ne sait combien ces quatre ou cinq
années employees a cette formation spirituelle
avaient, sur la plupart des jeunes gens et des je n—
nes tilles, une profonde influence?On a d i t q u 1 « á
dix ans Thomme est formé ». Gráce á la religion,
Tenfant du peuple avait re<;u le bienfait d’ une
bonne formation, que les lemons du prétre conti-
nuaient jusqu'a Page de quatorze et quinze ans.
De sorte que, parvenu a cette époque de son exis­
tence, cet enfant étaitpréparé a toutes les carrieres,
parce qu'il avait été bien élevé.
De la FranC'Maconnerie. ig i

E n effet, si l ’on cherche d’oú viennent une


foule de pcrsonncs, occupant maintenant des
positions élevées dans le clergé, dans la ma-
g i s t r a t u r e , dans Par mée de terre et de mer,
dans les divers emplois de ¡’administration
civile, du commerce, de ¡ ’industrie, on se con-
vaincra que ces personnes sortent en majeure
partie des rangs du peuple. Que de célébrités
dans la science ou dans les arts doivent leur posi­
tion á un prétre qui les a distinguées, aidées et
poussées dans leur c a r r i é r e ! Le séminaire leur a
été ouvert, et de la ils se sont élancés dans leur voie.
E n France, un jeune homme, une jeune filie,
clevés comme nous venons de le dire, sont done
aptes á suivre leur vocation, quelle q u ’elle soit,
par ce motif que le sentiment religieux, a été dé-
veloppé chez eux,et lc sentiment religieux base de
toute vraie education, detoute fo rm ati on sérieuse,
quand il existe dans une ame, lui permet de s’éle-
ver a t o u t , pourvu que rinstruction vienne com-
pléter ce premier travail.
N o u s sommes persuadé que cette observation
frappcra tout esprit droit qui voudra rapprofon-
dir, et qii’on verra, dans cette éducation donnée
parmi nous á Tenfant du peuple surtout par les
congregations religieuses enseignantes, une source
dc grandeur pour notre nation, et, par contre, une
cause certaine de decadence pour elle, dans les
écoles sans Dieu. J u s q u ’ici les sectaires avaient
épargné la femme dans leur oeuvre de destruction,
et généralement la jeune tille, en France, était éle-
ig2 Le Secret

v é : chrctiennement. Dc sorle que la mere de fa-


mille, au fover domestique., rinstitutrice laíquc»
dansson ecole, les rcligieuses,dans leurs couvcnts,
veillaient a imprimcr au cuiur de la femme le sen­
timent delicat de la pudeur, sa vraie couronne
et le plus grand bien de son sexe; ajoutons : vraie
gloire de la France et son dernier espoir.
La Maeonneric antichretienne et antisocialc
s’acharne a u jo u r d ’hui contre la femme frangaise :
jeune filie, cpouse, mere et rcligieusc cnseignantc.
E t ils sc disenipatriotcs ! N o n ; c c nc sont que dcs
traitres a la patrie.
VIL — Enfin, lc projet de la Franc-Maeonnerie
esi antihumanitairc et insense.
Antihwnanitairc. N u l nc peut nier que N o t r e -
S ei g ne ur J é s u s - C h r i s t n ’ait releve le pauvre, e n ­
courage lc malheureux, rendu la soutfrancc sup­
portable, noble ct mcritoirc. II s’ est idcntifie avee
r h u m a n i t é souffranlc, cn disant: « Lc pauvre,
c ’cst moi ; Forphclin, c ’cst m o i ; le pri sonnicr,
e’est m o i ; lc leprcux, c ’ cst moi ; tout cc que vous
faites au plus petitdes miens, c’ cst á moi que v ous
le faites ». Dcs lors, lc pauvre ct la pauvrete, qui
nc sont pas naturelleinent aimables, ont ctc aimcs
surnaturcllcmcnt, c’ cst-a-dirc pour F a m o u r dc
J e s u s- C h rist.
II s’cst fail alors dans rhumanite uncrevolution
qui a ctc loutcau profit d e c e qui portait au front
le cachet de la faiblcssc. A la v u c d u Christ lavant
les pieds a ses disci pics, les grands ont appris que
De la Franc-Maconnerie. ig 3

qui veut etre le premier doit se faire le dernier;


en face du Christ pauvre, les riches se sont de-
pouilles de leur a v a r i c e ; a Paspect de Jesus ou-
vrier, les artisans ont senti que le travail des
mains ne deshonore pas ; en voyant le Sa uve ur
attentif a guerir les malades, les ames genereuses
ont tout quitte pour se devouer au soin de leurs
freres soulfrants et au soulagcment de leurs dou-
leurs.
Ici, il ne s’agit pas d e p r e c i a t i o n s , mais de faits
historiques. L ’histoire de PEg lise catholiquc est
la sous les yeux des incredules comme sous les
notres ; iIs n’ont qu’ a Pou vrir pour se convaincre
que la doctrine de Je s u s -C h r is t a etc pour l’huma-
nite une source de biens en tous genres, et surtout
pour les malheureux. S'lls ne veulent pas Phis-
toire de PEg lise racontee par elle-meme, q u ’ils
s’adresscnt a d’autres, a ses ennemis, s’ils le pre-
fercnt, et ils se convaincront que P H o m m e -D i e u
s'est montre, parce q u ’ il Pest reellement, le pere
de Phumanite souffrante.
D ’ailleurs, il suffit d’avoir des ye ux pour voir
cette verite. Quand le voyageur traverse les rues
des villes qui ne sont pas encore athees dans leur
administration, il peut lire.-sur certaines demeu-
res, c e s m o t s q u V a v a i e n t graves nos peres: Hotel·
Dieu. C ’est la que le malheureux est accueilli,
dans cette maison que Dieu a fondee par la p a ­
role efHcace de son F i l s . Le monde est couvert de
pareils etablissements, les uns modestes, lesautres
somptueux, vrais palais eleves au Christ pauvre,
194 Le Secret

dans la personne de ses enfants, qu’ il appelle di-


vinemcnt ses membres.
Des millicrs d’o uvrages ont etc composes pour
raconter ces bieniaits, et dire comment TEglise
s’est toujours montree attentive envers ceux qui
s o u ff r e n t; il en faudrait des milliers encore pour
retracer les devouement de notreepoque en faveur
de la classe du peuple, aussi bien que pour les
riches, souvent heureux des soins de nos reli-
gieuses, äTheu re de la so u ffr an ce; oui, pour nous
ser vir de Texpression de l 'E v a n g i l e , on remplirait
le monde avcc les livres q u ’il faudrait composer
pour raconter tous les bienfaits de Je s u s - C h r i s t et
de s o n E g l i s e , depuis dix-neuf siecles.
Et, ä Pheure presente, la Franc-Ma<;onnerie pie-
tine sur rhistoire pour en effacer les souvenirs;
eile essaie de faire la nuit sur le passe catholique,
eile se prepare a de nouvelles confiscations et eile
y prelude en chassant de nos höpitaux les Hlies de
la charite, et les religieux de leurs propres demeu-
res, asiles des m a l h e u r c u x , aussi bien que de la
science et de la vertu.
Nous serions infini sur ce chapitre , si nous
voulions le developper : le lecteur Tachevera lui-
meme.
Insense. Oui, le projet de la F r a n c - M a 9 o n n e-
rie est insense, par ce motif bien evident q u ’il
r a v i t a l ’humanite tous les biens du christianisme,
sans rien mcttrc a la place.
La Franc-Maconnerie, consideree comme here-
De la Franc-Maconnerie i 95

sie socinienne, se présente á nous sous le double


aspect de la negation et de la destruction.
Filie du protestantisme, dont elle peut dire : je
suis Tenfant terrible et le plus illustre, eile nie
Pautorité infaillible de l’Eglise et le dogme fon­
damental du christianisme : la divinité de Jésus-
Christ ; en outre, ayant embrassé le panthéisme,
avec Spinosa et les Averroistes, qui l’ont portée
entre leurs bras, elle détruit radicalement, non
seulement la Révélation chrétienne, mais aussi la
Revelation primitive, dont les peuples anciens,
quoique paíens, avaient cependant conservé quel­
ques lueurs, qui mettaient sur leurs lévres ce c r i :
Mon D ieu ! Cri d’une ame naturellement chré­
tienne, disait Tertullien. Or, les francs-magons
n’en veulent plus de ce cri : ils bannissent Dieu
de partout, pour preter Poreille á Satan qui leur
d i t : Dii estis... C ’est vous-mémes qui étes des
dieux... N ’est-ce pas insensé?
S ’ils veulent se convaíncre de leur folie, qu'ils
aillent done vivre quelques années chez unpeuple
mahométan, aussi éloigné que possible du rayon-
nement de la civilisation chrétienne. La, ils
apprendront á connaitre le malheur d’une nation
qui n’a pas entendu cette parole de Jésus-Christ :
« Je vous donne un commandement nouveau,
c’est de vous aimer les uns les autres. Mandatum
novum do vobis ut diligatis invicem. Ils se con-
vaincront, dans leur commerce quotidien avec
cette société mahométane, comme nous nous en
sommes convaincu á Zanzibar et ailleurs, que le
Le Secret

dévouemcnt gratuit, inspire par le Chri st et par


lui seulcincnt, y cst i n c o n n u , absolument, ainsi
que les vertus délicates qui sont la base de notre
civilisation. E n voyant la fem m e, ou plutót les
femmes parquees dans leur sérail, ils seront o b li ­
ges de confesser que le fondateurdu chrisiianisme
a relevé l ’humanité tout entiere, en refaisant la
famille, óü la femme est redevenue, gráce á lui, la
compagnc honorée de l ’homme et la vraie mere de
ses enfants. -
Q u ’ ils aillent,s’ils le préférent, chez les peupla-
des sauvages du continent africain. La, i ls s a u r o n t
bien vite par leur propre expérience, s’ils y fon-
dent quclque établissement, que la ierre est á tout
le monde ct ses fru its á personne, selon la máxime
des socialistes; car ils seront pillés et volés, au
moment de recueillir les fruits de leurs travaux.
Voila ce q u ’est une société, quelle q u ’ elle soit,
quand elle n ’a pas le bonheur d’avoir entendu les
apotres de Jésus-Christ.
II y aurait cependant quelque chose de pire
encore : ce serait un peuple tout composé de pan-
théistes, ou de francs-macons. Chez ce peuple,
s’il s’en tenait au panthéisme, il n’y aurait plus un
seul principe pouvant grouper et u n i r ses
membres. La se réaliserait la parole de Machia-
vel, qui a d it : « La nature créa les hommes avec
la faculté de désirer tout et rimpuissance de tout
obtenir, si bien q u ’en portant leurs désirs sur les
meme objets^ ils se trouvent condamnés á se détes-
ter les uns les autres. P o u r s’arracher a cette
De la Franc-Maconnerie. 19 7

guerre de tous contre tous, tout est permis, et on


peut violer tous les droits et tous les devoirs ».
Encore une fois, n'est-ce pas insense ?
Nous laissons au lecteur le soin d’en juger, et
nous nous hatons de terminer cette etude par quel­
ques conclusions.
CON CL US10N S .
Pour conclure, nous dirons— nos craintes —
nos esperances — nos resolutions.

I. — Nos craintes.
*

Vous ne reussirez pas dans votrc projet d’ecra-


ser Finíame, ecrivait á Voltaire Frederic II, roi de
Prusse, taut que vous ne pourrez pas disposer du
pouvoir. — CFest pourquoi nous craignons, non
pour FEglise universelle qui est immortelle,
mais pour Ies Eglises particuliéres qui ne le sont
pas, de voir la Franc-Magonnerie arriver á s’em-
parer du pouvoir gouvernemental, chez les diver­
ses nations ; car, alors, ses adeptes, hisses par elle
aux premieres charges de FEtat, subiraient ses
ordres, en vue de detruire le christianisme, la ou
elle dominerait.
En ce qui conccrne la France, dans cette hypo-
these, nous serions condamnes á subir la m6me
persecution que nos peres en 1793, persecution
que nous avons décrite plus haut, dans tous ses
principaux details et ses horreurs sacrileges.
Une autre crainte, c'est que la classe appelee
dirigeantc continue á ne pas voir que la Franc-
Magonnerie dirige elle-meme mille rouages ca­
ches dont la religion, Fautoriic gouvcrnementale,
la magistrature, Farmée, le commerce, Findustrie,
De la Franc-Maconncrie.

lepays tout entier, dans ses divers interets, souf-


frent profondement. II est impossible aujourd'hui
de dire et de croire, raisonnablement, que la Ma-
gonnerie est simplement une societe inoffensive,
ne s’occupant ni dereligion, nide politique, mais
seulement de ses membres, au point de vue phil-
anthropique. Si done il y a lieu de la combattre,
ou du moinsde se defendre contre elle, il est ne-
cessairede savoir que vraiment elle est hostile au
christianisme, et qu’en resume elle veut sa des­
truction complete, par tous les moyens dont elle
dispose, moyens nombreux que Ton connait et
qu’il n’est pas besoin d’enumerer ici.
Nous craignons aussiqu’ un certain nombre de
personnes, invitees par les Freres masons de'si-
gnes sous le nom de Freres Enroleurs , n’accep-
tent de s’affilier a la Maconncrie, sans la connai-
tre, ainsi que cela s’est fait bien souvent. Nous
en pourrions dormer des preuves nombreuses.
C ’estpourquoi il faut prendre des mesures qui
fassent eviterce danger, surtout aux jeunes gens,
sans experience des hommes ni des choses.
Enfin, nous craignons que les francs-ma^ons
eux-memes ne continuent & marcher dans leur
voie, en se trompant mutuellement: les riches en
se servant des ouvriers, et lesouvriers en se lais-
sant egarer par leurs guides. Gar il y a deux clas­
ses chez les francs-ma^ons: les lettres et les illet-
tres ; parmi ceux-ci j’ai norame, en general, les
ouvriers.
Or, les lettres, qui sont pour la plupart des pro-
200 Le Secret

priétaires, forment ce que nous appellerions volon-


tiers un courant, qui va battre contrc les murs de
PKglisc, pour la renverser. Dans ce but, le:: ma-
gons lettrés se serveni et comptcnt se servir cncore,
á Tavenir, des ouvriers, pour les aider dans leur
oeuvre de destruction religieuse.
Les ouvriers, de leur cote, forment un autre
courant qui va frapper, avec non moins de vio­
lence, contre la propriété et le coffre-fort. Mes­
sieurs les lettrés se trompent, s’ils croient qu'a-
pres avoir détruit l’Eglisc, la magistrature et l’ar-
mée, remparts de la propriété, ils parviendront á
refouler le fíot populaire. Malgré toutes leurs
avances et toutes leurs concessions, ils seront en-
veloppés et entrainés i\ l’abime par le torrent.
De sorte que les riches magons auront préparé
follement leur propre ruine, etles ouvriers auront
tué la poule auxoeufs d’or, c’est-á-dire la propriété
et le capital, sans lesquels le commerce e tl’indus-
trie ne peuvent que végéter et périr. Vainement
les socialistes comptent sur la République, ou
plutót sur la Commune européenne, projet irréa-
lisable. Se realisát-il, un jour, le lendemain il se-
rait dissipépar les appétits insatiables de chacun.
Qui que vous soyez, franes-magons lettrés ou
illettrés, n’ oublicz pas qu’ il y a, malgré vous, en
ce monde, une loi providenticlJe qu’on nomme la
loi du taitón, et que vous serez traités comme vous
aurez traité vous-meme Dieu, qui est un pére, et
PEglisc catholique, qui est une mere. Si la Franc-
Magonnerie va frapper jusqu’au bout du monde
De la Franc-Maconnerie. 201

le magon qui Ta trahie, souvenez-vous-cn bien,


Dieu aussi est puissant, et sa justice inñnie exige
que toute íaute, si légére soit-elle, regoive son cha-
timent. Vous n’y échapperez pas.

II. -» Nos Esperances .

L a parole des So uv er a in s Pontifes, gardiens


fidéles de la vérité, sera écoutée á Tavenir, espé-
rons-nous, mieux que par le passé. L'expérience,
c’est-á-dire les malheurs dont la secte est Tau-
teur, et nous les victimes, commence á nous mon-
trer que les Papes o n tt o u jo u r s cu raison en con-
damnantet en cxcommuniant les franes-magons.
No us espérons que les peres de famille, ainsi
que les meres et les tuteurs, et autres personnes
chargées de guider les enfants, comprendront la
nccessitc de Tinstruction chrctiennc pour clever
la jeunesse, et á tout prix exigeront q u ’elle leur
soit donnée. E n cela, ils feront acte de chrétiens
et de vrais patriotes, parce que des jeunes gens
eleves sans principes religieux, au gré de la Ma-
gonnerie, ne seraient bons qiTá former dans dix
ans une armée d'athées, propre á bouleverser le
monde et digne de marcher, un jour, sous Teten-
dard de Tantechrist.
N o u s espérons que tous les hommes sa-
chant manier la parole ou la plume se persuade-
ront de plus en plus que la parole est une semence
qui produit fatalemcnt selon sa nature, et qu’ils
ctteront la bonne parole partout sur leur pas-
Le Sccret

sage, en s’inspirant des oeuvres de saint Thomas


d'Aquin, si bien adaptées aux besoins de notre
époque, ct si judicieusement recommandées par le
Pontife Leon X III. Nous espérons aussi que les
personnes zélées, capables de remedier par elles-
mémes, chez les grands et les petits, au manque
destru ction religieuse, aimeront á devenir apo­
tres de Jésus-Christ par tous les moyens que la
chanté leur suggcrcra.
— Nous espérons que les ames droiles et les
coeurs vaiHants se déprendront de la Franc-Ma­
gonnerie en étudiant sa doctrine. Car alors il
leur sera facile de voir que Fauste Socin, son au­
teur, a laché la bride ä la volupté, comme Maho­
met; á Porgueil de la raison, comme Luther; au
désordre social, comme tous les pires conspira-
teurs, qui fu rent ses tils.
Nous espérons, cnfin, que Dieu écoutera les
prieres de ses enfants, et qu’aprés avoir permis á
la Magonnerie, surtout depuis la mort de Gré-
goire XVI, arrivée en 1846, de travailler a s’uni-
ñer ct d’abuser de la liberté humainc pour com­
batiré l’Eglise catholique, voudra bien aussi per-
mettre une nouvelle effusion de son Esprit sur
la terre, pour en renouveler la face, et procurer á
Jésus-Christ un triomphe, qui réponde aux lon­
gues annécs de souffrance traversées par Pie IX et
Léon X III. Fasse le Ciel que les éléments d’unité
matérielle, intellectuelle et morale, amassés de­
puis cinquante ans dans le monde, par la science,
la fortune ct Taciivité humaine, par la foi et Fin*
De la Franc-Maconneric* 203

credulite elle-mSme, servent bientot a etablir


parmi les hommes l’ unite de croyance, par Jesus-
Ghrist Notre-Seigneur, et son Eglise infaillible.

I l l , — Nos Resolutions,

Pie IX disait : Ayez un coeur de mere pour les


egares et frappez ferme sur Terreur. — Nous pre-
nons la resolution d’obeir a ce conseil, soit en­
vers les francs-ma^ons, soit envers leur doctrine.
Nous invitons nos freres & ecouter aussi les pa­
roles du saint Pontife.
Nous les invitons en outre, puisque l’avenir
de PEglise de France et de la France elle-meme
depend de l’enseignement,d tournerde ce cotetoute
leur attention, tout leur devouement, toutes leurs
ressources.
Nous leur demandons de reflechir et de regar-
der attentivement au dedans d’eux-memes et au
dehors, afin de voir jusqu1^ quel point les maxi-
mcs paiennes y ont prevalu sur les maximes chre-
tiennes , le rationalisme ma(;onnique sur 1’au-
torite de l’E g lis e , Tindependance socinienne
sur Tobeissance chretienne , les mceurs volup-
tueuses de Terreur sur la mortification pratique'e
et commandee par Jesus-Christ ; en un mot, le
paganisme sur le christianisme.
Nous les prions de croire fermement que la
Franc-Ma^onnerie veut detruire tout christia*
nismc, toute revelation religieuse, au profit du
rationalisme et du pantheisme, et que si, par cal-
2 0 4 Le Secret

cul, ellc dcmolit Tediticc de la foi piece par piece,


rien ne Parrciera dans son ouuvre satanique. E n
consequence, il laut comprendre que les conces­
sions doivcnictre refusees,si on le peut. Et quene
pourrait la majorile d \ m peuple, si ellc savait
vouloir, conire une heresie servie par une m i ­
norite, qui n\i que des appetits, el pas de c o n v i c ­
tions, ni d’idcal ? Malheur a nous si nos eglises
sont un jour remplacees par les ecoles, que Ton
bath pour etre digues de devenir les temples de la
science !
xks

On disait un jour a un prince exile : Vos amis


vous aticndent dans la patrie : que doivent-ils
iaire pour vous frayer la route ? — Qit'ils se sane-
tifient, repondit Texile.
Notre prince a nous chretiens,e’est Jesus -Ch ris t,
exile de nos lois, de nos ecoles, de nos families,
de beaucoup dYimes qui lui appartiennent par le
bapteme. A ceux qui Tadorent en disant : Adve -
niat regnum tuum ! nous repondons aussi : Sane -
ti/ie^-vous.
Oui.sanctiiions-nous en redevenant chretiens et
encessunt d’etre pa'iens. A l o r s ce divin Maitre dai-
gnera se servir encore dela France pour accomplir
dans le rnonde ses desseins de misericordieuse
charite.
Sanctiiions-nous en nous soumettant sans res­
triction au magistere infaillible de l ’Egl is e, pour
nous guerir du liberalisme ou rationalisme ma-
De la Franc-Maconnerie. 20S

gonnique qui a tout envahi, et Dieu nous conser­


vera le don précieux de la foi.
Hátons-nous de nous sanctifier pour que le
Seigneur mette fin á la persecution religieuse dont
nous souffrons, et quMl convertisse nos fréres
egare's eux-memes qui, en haine de Jésus-Christ,
veulcnt teñir, cette année, un congrés ma^onni-
que á Rome, en face de son vicaire ; et un autre,
Tan prochain, a Jerusalem,en face du Calvaire,ou
TAgneau divin a cté immolé pournotre salut,sous
*lcs yeux de sa Mere, devenue la nótre... Que le
rcgne de Jdsus-Christ arrive, plus éclatant que
jamais !