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CHAPITRE 3

LIGNES D'INFLUENCE

CONTENU

MISE EN GARDE II 

3.1  GÉNÉRALITÉS......................................................................................................................................... 1 

3.2  EFFETS DES CHARGES MOBILES ....................................................................................................... 1 


3.2.1  Effets d'une charge concentrée..................................................................................................... 1 
3.2.2  Effets d'une charge uniforme ....................................................................................................... 3 
3.2.3  Effets d'un groupe de charges concentrées .................................................................................. 4 

3.3  LIGNES D'INFLUENCE POUR POUTRES ET TREILLIS ISOSTATIQUES........................................ 8 


3.3.1  Définition ..................................................................................................................................... 8 
3.3.2  Poutre simplement appuyée ......................................................................................................... 8 
3.3.3  Treillis articulé isostatique ......................................................................................................... 10 
3.3.4  Utilisation des lignes d'influence ............................................................................................... 12 

3.4  LIGNES D'INFLUENCE POUR LES POUTRES .................................................................................. 13 


3.4.1  Concept et applications .............................................................................................................. 13 
3.4.2  Le principe du travail virtuel...................................................................................................... 18 
3.4.3  Méthode de calcul d'une ligne d'influence ................................................................................. 20 
3.4.4  Application de la méthode du travail virtuel .............................................................................. 20 

3.5  LIGNES D'INFLUENCE POUR LES GRILLAGES .............................................................................. 24 

3.6  UTILISATION DE LOGICIELS SPÉCIALISÉS.................................................................................... 24 

RÉFÉRENCES 26 
ii Conception des ponts

MISE EN GARDE

Ce document, basé sur le code CSA-S6-14, a pour objectif de faciliter aux ingénieurs l'analyse, la
conception et l'évaluation des ponts. Toutefois ce document ne couvre pas l'ensemble des cas pouvant se
présenter, chaque pont étant un cas unique, que ce soit par sa géométrie ou les fondations qui le
supportent. Les utilisateurs sont priés de référer au code CSA-S6-14 et à son Commentaire pour juger de
la justesse et de la pertinence des indications, exemples et explications inclus dans le présent document.

Bien qu'un grand soin ait été apporté à la préparation de ce document, il n'est pas exclu qu'il puisse
comporter des erreurs. L'auteur et l'École Polytechnique déclinent toute responsabilité quant au contenu
de ce document et des erreurs ou omissions qui pourraient résulter de l'utilisation des informations qu'il
contient.

Comme ce document a été rédigé pour être utilisé dans le cadre d'un cours régulier ou de formation
continue présenté par le professeur Bruno Massicotte, seules les personnes dûment inscrites et ayant
assisté à de tels cours sont aptes à utiliser le document compte tenu des nombreux commentaires et
nuances mentionnés durant le cours.

Dans ce document la référence au code indique implicitement le code CSA-S6-14.

Toutes suggestions visant à améliorer le contenu de ce document dans les éditions futures peuvent être
envoyées à Bruno Massicotte. Les personnes ayant suivi le cours et désirant être mises au courant des
corrections importantes qui pourraient être apportées au document doivent le mentionner explicitement
à Bruno Massicotte afin d'être mises sur la liste d'envoi électronique.

 Bruno Massicotte Hiver 2018


Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
Lignes d'influence 3.1

3.1 GÉNÉRALITÉS
À l'époque où le calcul des structures et des ponts se faisait manuellement, l'utilisation des lignes d'influence
était essentielle pour déterminer les efforts dans les structures dus aux charges mobiles ou aux charges
transitoires. Cette méthode, comme beaucoup d'autres, permet de visualiser et de calculer l'effet d'une
charge mobile sur une structure au moyen de représentations graphiques.
Depuis l'avènement de l'ordinateur, et plus particulièrement des ordinateurs personnels, le recours à des
méthodes manuelles faisant appel à des concepts graphiques pour déterminer les efforts dans les structures
a peu à peu disparu du quotidien des ingénieurs, voire de leur formation académique. Cependant, la
connaissance et l'utilisation de méthodes graphiques, surtout au niveau qualitatif, permet d'améliorer la
compréhension du comportement des structures et favorise le développement d'un sens intuitif et le
jugement, utiles à l'ingénieur en structures.
Ce chapitre porte principalement sur le concept de lignes d'influence tout en servant de révision de certains
principes fondamentaux de l'analyse structurale. L'étude de l'effet de charges mobiles sur les structures est
traitée d'abord pour les poutres et les treillis isostatiques pour être par la suite étendue aux poutres continues,
aux cadres rigides et aux grillages. Les méthodes manuelles utilisées pour le calcul des lignes d'influence
sont présentées en détail. On traite, vers la fin du chapitre, de l'utilisation de tables de lignes d'influence
pour ensuite terminer par l'utilisation de l'ordinateur et des programmes de calcul adaptés aux charges
mobiles.
Le texte présenté dans ce chapitre ne couvre pas l'ensemble des concepts ou applications des lignes
d'influence. Les références [3.1 à 3.4], plus complètes, dont certaines exclusivement consacrées à la
question, peuvent être consultées au besoin.

3.2 EFFETS DES CHARGES MOBILES


Lors de la conception de structures, il est nécessaire de connaître les efforts internes engendrés par les
charges permanentes et les charges transitoires. Ces charges sont généralement appelées charge morte et
charge vive respectivement. Des exemples de charges vives sont l'occupation dans un édifice, la charge de
neige au toit ou les charges routières sur un pont. Dans les analyses structurales courantes, les charges vives
sont habituellement représentées par des charges uniformes ou des charges concentrées.
Lors de la conception, on est intéressé de connaître les valeurs extrêmes des efforts engendrés par les charges
à différents endroits dans la structure. Ainsi, la position des charges transitoires doit être sélectionnée
judicieusement de sorte qu'elles causent les effets maximaux. Bien que dans certains cas la position optimale
des charges soit évidente, il y a d'autres cas où le choix des positions critiques des charges est moins évident.
Dans cette dernière situation, il faut faire appel aux lignes d'influence pour déterminer la position des
charges qui produira les effets les plus défavorables dans la structure.
Avant de discuter des lignes d'influence proprement dit, il convient de s'attarder quelque peu sur l'effet des
charges mobiles sur une poutre simple.

3.2.1 Effets d'une charge concentrée


On peut considérer l'effet d'une charge concentrée unique se déplaçant sur une poutre simplement appuyée
tel que montré à la figure 3.1a. Pour une section quelconque n, le moment fléchissant est maximal lorsque
la charge P se situe à la section n (Fig. 3.1b). L'effort tranchant quant à lui est maximal positif lorsque P est

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3.2 Conception des ponts

juste à la droite de n alors qu'il est maximal négatif lorsque P est juste à la gauche de n (Fig. 3.1c). Le
moment fléchissant maximal et l'effort tranchant maximal s'expriment comme suit pour une charge
concentrée se déplaçant sur une poutre simplement appuyée :

x P

A n B

a) Poutre simplement appuyée

Px (Lx)
(M)
L

P (Lx)
L

+
(V)

Px

L
b) Efforts internes

Figure 3.1: Efforts dus à une charge concentrée

x  L  x
M n max   P (3.1a)
L

Vn max   P
 L  x x
ou Vn max    P (3.1b)
L L

L'expression valeur négative maximale est fréquemment utilisée en analyse des structures et est utilisée ici
pour désigner la valeur minimale au sens mathématique.
Si la position de la charge P est modifiée, on peut tracer d'autres diagrammes similaires à ceux de la figure
3.1 et construire par la suite l'enveloppe des valeurs maximales tel que montré à la figure 3.2 pour une
poutre simplement appuyée. L'enveloppe pour le moment maximal positif forme une parabole du second
degré donné par l'équation 3.1a alors que l'enveloppe des efforts tranchants maximaux positif et négatif est
formée de droites définies à l'équation 3.1b. Les valeurs données par ces enveloppes sont appelées
diagrammes des moments maximaux et des efforts tranchants maximaux.

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Lignes d'influence 3.3

P
Charge
mobile

A B

PL
4
Mmax+

Vmax+
P

++

-
P
Vmax-

Figure 3.2: Enveloppe des efforts pour une charge mobile

3.2.2 Effets d'une charge uniforme


La figure 3.3 montre les courbes définissant les moments fléchissants et les efforts tranchants maximaux
pour une charge uniforme q. La charge uniforme peut être placée sur toute la longueur de la poutre ou sur
une portion seulement afin de produire les effets maximaux.
Pour une section n quelconque, le moment fléchissant maximal se produit lorsque la charge uniforme couvre
la longueur totale de la poutre. Les efforts tranchants maximaux, positif ou négatif, se produisent lorsque q
occupe uniquement la partie droite ou la partie gauche de la poutre respectivement. Les courbes enveloppes
des efforts maximaux sont illustrées à la figure 3.4. Les valeurs maximales pour M et N sont des équations
du second degré :
x  L  x
M n max   q (3.2a)
2

q
 L  x
2
x2
Vn max  ou Vn max    q (3.2b)
2L 2L

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3.4 Conception des ponts

q q

Charge uniforme
mobile

L L

2 2
qL (M) qL
8 8
Mmax+

q
Vmax+
qL
2 +

 qL
Vmax- 
+ 2
(V)

+
(V)

Figure 3.3: Efforts dus à une charge uniforme Figure 3.4: Enveloppe des efforts pour une
charge uniforme mobile

3.2.3 Effets d'un groupe de charges concentrées


Le moment fléchissant maximal à une section n, causé par un groupe de charges concentrées se déplaçant
sur une poutre simplement appuyée, se produit lorsque l'une des charges se situe à la section n. En procédant
par tâtonnement, il est possible de déterminer la position des charges mobiles produisant Mn max+. L'effort
tranchant positif maximal à la section n se produit lorsque P1 est située juste à la droite de n alors que l'effort
tranchant négatif maximal se produit lorsque la dernière charge Pm est localisée juste à la gauche de n. Il est
possible, lorsque la première ou la dernière charge est petite comparativement aux autres charges, que
l'effort tranchant maximal (positif ou négatif) se produise lorsqu'une autre charge se situe juste à la droite
ou à la gauche de n selon le cas. Ici également, en procédant par tâtonnement, il est possible de déterminer
la position des charges mobiles produisant Vn max+ ou Vn max– à la section considérée. Lors du
dimensionnement, on est souvent intéressé à calculer les valeurs maximales absolues sur la poutre ainsi que
la position correspondante des charges.

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Lignes d'influence 3.5

Pour un groupe de charges concentrées (Fig. 3.5), le moment fléchissant absolu se produit sous l'une des
charges, identifiée habituellement par tâtonnement. Cette charge est généralement celle située le plus près
de la résultante des charges (ou centre de gravité des charges). Si on suppose que le moment maximal à la
section n se produit sous la charge j (Fig. 3.5d), on obtient alors :
i  j 1
M n  RA x j   
Pi x j  xi  (3.3)
i 1
et
L  xj  c
RA 
L
P (3.4)

où c correspond à la distance entre la résultante des charges et la position de la charge j. Le signe ± est dû à
la position relative de la charge j et de la résultante. Ainsi le signe est positif (+) lorsque la résultante est à
gauche de la charge j et négatif (-) dans le cas contraire. Le moment maximum se produit lorsque
dMn /dx = 0, ce qui donne en introduisant 3.4 dans 3.3 :
dM n
  P  L  2x  c  0
dx
donc
L c
x  (3.5)
2 2
P1 P2 Pj Pm

A n Résultante B
x c = SP

a) Définition des paramètres

P1 P2 Pm

b) Position pour Vn max +

P1 P2 Pm

c) Position pour Vn max -

P1 P2 Pj Pm

n Résultante
c/2 c/2

L/2
d) Position pour Mmax

Figure 3.5: Effets d'un groupe de charges mobiles

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3.6 Conception des ponts

Ainsi, le moment maximal causé par un groupe de charges mobiles sur une poutre simplement appuyée se
produit sous l'une des charges lorsque la résultante des charges et la charge Pj se trouvent équidistantes des
extrémités. Cette règle est basée sur l'hypothèse où toutes les charges se retrouvent sur la poutre. Il est
possible, lorsque la longueur de la poutre et la distance entre la première et la dernière charges sont
comparables, que la valeur maximale du moment se produise seulement lorsqu'une certaine partie des
charges se trouve sur la poutre. Dans ce cas, seulement ces charges doivent être considérées dans les calculs.
Le calcul du moment maximum absolu est illustré au moyen d'un exemple.

Exemple 3-1:

Pour la poutre montrée à la figure 3.6a sur laquelle circule le chargement QS-660, il s'agit de déterminer la
section où se produit le moment maximum absolu et la valeur de ce moment.

Solution

a) Positon de la résultante

La position de la résultante du chargement QS-660 par rapport à l'axe de l'essieu avant est (Fig. 3.8b):

60  0  240  4  200  10  160  16


xr   8.364 m
660

Comme le troisième essieu (P = 200 kN) est situé le plus près de la résultante, on assume que le moment
maximum se produit sous cette charge, ce qui donne:

M n max 

donc
c L c
 0.818m et x200    10.818 m
2 2 2

b) Calcul du moment maximum

La réaction d'appui en A est égale à (Éq. 3.4):

20  10.818  1.636
RA   660  357kN
20

ce qui donne un moment sous la charge de 200 kN (Fig. 3.6c):

L 
M max  RA   0.818   60  10  240  6  1822kN  m
2 

À la figure 3.6c, on donne la valeur des moments sous les autres charges du QS-660 pour la position
donnant le moment maximal dans la poutre.

c) Vérification

On peut vérifier que le choix du troisième essieu était approprié. En effet, en choisissant le deuxième essieu
comme étant celui donnant les efforts les plus critiques, on obtient les valeurs suivantes:

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Lignes d'influence 3.7

c
c  4.364 m;  2.182 m; R A  258.0kN; M max  1777 kN  m
2

Ainsi on constate que la valeur maximale du moment sous la charge de 240 kN est inférieure à celle sous la
charge de 200 kN. Ceci nous amène à conclure que le moment maximal ne se produit pas nécessairement
sous la plus grande des charges mais généralement sous celle située le plus près du centre de gravité des
charges.
240
200
160

60

4 6 6
20 m QS-660

a) Poutre et chargement
240
200
160

60

Résultante
x

b) Position du centre de gravité

240
200
160
R
60

0.818
0.818
L/2 = 10 m

292 M
+ 964
1480
1822

c) Position critique et diagramme de moments

Figure 3.6: Exemple 3.1

Il est courant lors du calcul des efforts qu'il faille considérer l'interaction entre des efforts de nature
différente (M-V; N-M; N-V), que ce soit pour les poutres ou poteaux en acier ou en béton. Dans de tels cas,
il faut user de discernement pour les combinaisons d'efforts considérées. Ainsi, pour un diagramme
d'interaction de résistance symétrique, comme on en retrouve généralement en charpentes d'acier3.5,
l'utilisation de la combinaison formée des efforts maximaux est sécuritaire mais parfois trop conservatrice.
En effet, la figure 3.7a montre un diagramme d'interaction P-M symétrique où les cas de chargement 1, 2 et
3 sont illustrés. Une conception sécuritaire requiert l'utilisation du diagramme de résistance B. Toutefois,
en utilisant la combinaison Pmax-Mmax, où Pmax = P1 et Mmax = M1, le diagramme C, plus sécuritaire, sera
requis. Pour un diagramme d'interaction non symétrique, comme on en retrouve généralement en charpentes
de béton armé3.6, l'utilisation de la combinaison des valeurs maximales n'est pas garante de sécurité. La
figure 3.7b montre que le diagramme B, satisfaisant pour la combinaison Pmax - Mmax, où Pmax = P1 et

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3.8 Conception des ponts

Mmax = M3, ne rencontre pas les critères de résistance requis pour la condition 2. Le diagramme C est donc
requis.
Dans les deux cas illustrés à la figure 3.7, on constate que l'utilisation des conditions obtenues de la valeur
maximale de chacun des effets, associés à la valeur correspondante de l'autre effort (Pmax= P1 avec M1 ou
P3 avec Mmax = M3), est satisfaite par le diagramme d'interaction A mais n'est pas nécessairement sécuritaire
pour tous les cas de chargement.
La considération des cas intermédiaires, où P  Pmax et M  Mmax, n'est pas simple et doit être faite avec
attention. Toutefois, en pratique, l'utilisation de l'ordinateur facilite grandement la tâche du concepteur dans
la détermination de ces valeurs car tant les valeurs maximales que les différents rapports entre les efforts
peuvent être obtenus. Toutefois, la visualisation des cas de charge critique avec le diagramme d'interaction
permet de constater si des conditions critiques sont probables ou non.

P P

C C
B
B 1
1 A
(P1,M3) (P1,M3)
A
2
3
3
2
M M

a) Diagramme symétrique (acier) b) Diagramme non-symétrique (béton)

Figure 3.7: Diagrammes d'interaction

3.3 LIGNES D'INFLUENCE POUR POUTRES ET TREILLIS ISOSTATIQUES


Dans cette section le concept de lignes d'influence est introduit pour le moment fléchissant et l'effort
tranchant dans les poutres simplement appuyées et pour les efforts axiaux dans les treillis isostatiques. Ce
concept sera généralisé aux sections 3.4 et 3.5.

3.3.1 Définition
La ligne d'influence d'un effet donné dans une structure (M, V, N, , etc.) est une représentation graphique
de la valeur de cet effet à une section donnée causée par une charge unitaire se déplaçant sur la structure
et dessinée le long de cette structure aux différents points d'application de la charge. On peut donc tracer
une ligne d'influence pour tous les types d'effets à différentes sections le long d'une poutre.

3.3.2 Poutre simplement appuyée


L'application la plus simple des lignes d'influence concerne les poutres simplement appuyées. Considérons
la poutre montrée à la figure 3.8 où les lignes d'influence du moment fléchissant et de l'effort tranchant à la

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Lignes d'influence 3.9

section n sont montrées. L'ordonnée  de la ligne d'influence à n'importe quelle section de coordonnée x
donne la valeur du moment fléchissant Mn ou l'effort tranchant Vn à la section n lorsque la charge unitaire
se trouve à la position x. Les valeurs positives sont tracées du côté inférieur de l'axe. On peut également
obtenir la ligne d'influence des réactions d'appuis en A et B (Fig. 3.8d). L'ordonnée  de la ligne d'influence
prend donc les valeurs suivantes pour les différents types d'efforts à la section n selon la position de la
charge.
 Pour les réactions d'appuis on trouve :

 RA 
 L  x
(3.6a)
L

 RB 
 x
(3.6b)
L

 Pour 0  x  b :
 b c  x   x 
M n        c   RB c (3.6c)
 L  b   L 
 b  x  x
Vn              RB (3.6d)
 L  b  L

 Pour b  x  L :
 b c  L  x   L  x 
M n      b   RA b (3.6e)
 L  c   L 
 c  L  x   L  x 
Vn         RA (3.6f)
 L  c   L 

Il est intéressant de noter que les lignes d'influence du moment fléchissant et de l'effort tranchant peuvent
être construites directement à partir des lignes d'influence des réactions d'appuis situées du côté opposé de
la position de la charge unitaire par rapport à la section n.

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3.10 Conception des ponts

Charge mobile
x Pn =1

A n B

b c
L
a) Dimensions
n
A B

+
bc
L
b) Ligne d’influence de Mn
1.0

b/L
-
A B
n
+ 
c/L

1.0 c) Ligne d’influence de Vn

n
A B

RA
+

1.0
n
A B
 RB
+

1.0
d) Lignes d’influence des réactions d’appui

Figure 3.8: Lignes d'influence d'une poutre simplement appuyée

3.3.3 Treillis articulé isostatique


Pour les membrures d'un treillis isostatique à membrures articulées, il est également possible de tracer des
lignes d'influence. Considérons, à titre d'exemple, le treillis montré à la figure 3.9 sur lequel circule une
charge unitaire au niveau de la corde inférieure. Les lignes d'influence des efforts sont construites à partir
des lignes d'influence des réactions d'appui d'une poutre simplement appuyée données aux équations 3.7.
On peut ainsi écrire les relations suivantes.
 Lorsque P est entre A et C, en faisant l'équilibre de la partie droite, on trouve :
 N1   RB  3b h  (3.7a)
1
 N2   RB   sin   (3.7b)
 N3   RB  2b h  (3.7c)

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Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
Lignes d'influence 3.11

 Charge mobile
2
h Pn=1
1
A B
C D

b b b b
L
x
a) Géométrie
N3

N2 Pn=1
N1
A B
C D

RA RB
b) Coupe


3b +
4h

c) Ligne d’influence de N1
1/4 sin

 +

1/2 sin

d) Ligne d’influence de N2
b/h

e) Ligne d’influence de N3

Figure 3.9: Lignes d'influence d'un treillis isostatique

 Lorsque P est entre D et B, en faisant l'équilibre de la partie gauche, on obtient :


 N1  RA  b h  (3.7d)
1
 N2   RA   sin   (3.7e)
 N3   RA  2b h  (3.7f)

Lorsque la charge se situe entre C et D, la ligne d'influence est une ligne droite joignant la valeur à C et
celle à D comme montré aux figures 3.9c, 3.9d et 3.9e.

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Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
3.12 Conception des ponts

3.3.4 Utilisation des lignes d'influence


Les lignes d'influence servent à déterminer les efforts se produisant à une section n pour une ou des charges
positionnées le long de la poutre ou de la structure. Ainsi, pour la poutre montrée à la figure 3.10 et sur
laquelle circule un groupe de trois charges concentrées, on peut calculer les efforts maximaux M et V à la
section n en utilisant la ligne d'influence de chacun de ces efforts.

P1 P2 P3
S1 S2

A n B

L
a) Charge mobile

A B A
- B
+
+ V
M

b) Lignes d’influence
P1 P2 P3

A n B
Cas 1
P1 P2 P3

A n B
Cas 2
P1 P2 P3

A n B
Cas 3
P3 P2 P1

A n B
Cas 4
P3 P2 P1

A n B
Cas 5
P3 P2 P1

A n B
Cas 6
c) Positions de charges

Figure 3.10: Utilisation des lignes d'influence

Pour chaque type d'effort, on multiplie la valeur réelle de P avec l'ordonnée de la ligne d'influence
correspondant à sa position. La somme de ces produits pour toutes les charges présentes sur la poutre donne
la valeur de l'effet considéré à la section n dû au groupe de charges:
Effort   Pi i (3.8)

En procédant par tâtonnement, par inspection ou en se fondant sur l'expérience, on détermine quelle position
des charges donne l'effort maximal. Dans le cas où les charges ont des valeurs différentes, il est nécessaire
de faire circuler les charges dans les deux directions afin d'obtenir les efforts maximaux (Fig. 3.10c).

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Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
Lignes d'influence 3.13

Exemple 3-2:

Il s'agit, pour la poutre montrée à la figure 3.11, de déterminer le moment fléchissant et l'effort tranchant
causés par un groupe de trois charges mobiles ayant les valeurs et les espacements suivants: P1 = 60 kN; P2
= 240 kN; P3 = 200 kN; s1 = 4 m; s2 = 6m. La poutre a une portée de 20 m et la section n se trouve à 8 m de
l'appui A.
Les calculs sont résumés au tableau 3.1. On peut remarquer que le moment maximal et l'effort tranchant
maximal se produisent pour le même cas de chargement ce qui n'est pas toujours le cas.

240 kN
200 kN

60 kN 4m 6m

A n B

8m
20 m

a) Poutre et charge mobile


0.4
A B A
 B
+ +
0.6 V
M
4.8
b) Lignes d’influence

Figure 3.11: Exemple 3.2

3.4 LIGNES D'INFLUENCE POUR LES POUTRES


À la section précédente, l'analyse d'une poutre a permis de voir que les efforts maximaux à certains endroits
de la structure se produisent lorsque seulement une portion de la poutre est chargée. La présente section
permet de généraliser ce qui a été vu auparavant. L'approche, qui est générale, sera appliquée dans cette
section aux poutres isostatiques, aux treillis isostatiques ainsi qu'aux poutres continues.

3.4.1 Concept et applications


Une charge transversale concentrée appliquée à une position quelconque sur une poutre cause différents
effets: moments fléchissant, effort tranchant, effort axial, réaction d'appui, déplacement. Ces effets varient
en intensité selon la position de la charge.
Si la valeur d'un effet Q à une section donnée dans la structure, causé par une charge transversale unitaire,
est dessinée en ordonnée pour toutes les positions possible de cette charge transversale, on obtient la ligne
d'influence de cet effet à la section considérée en fonction la position de la charge. On utilise dans ce chapitre
la variable  pour désigner la valeur que prend la ligne d'influence. Cette variable pourrait également être
appelée le coefficient d'influence. Dans ce texte, on se limitera au concept de ligne d'influence causée par
une charge unitaire mobile agissant sur la structure, perpendiculairement aux pièces et membrures. La
convention de signe adoptée veut la ligne d'influence soit positive dans la même direction que la charge
unitaire. Pour une poutre, la direction positive pour une charge étant vers le bas, la ligne d'influence positive
se situe donc du côté inférieur de l'axe.

 Bruno Massicotte Hiver 2018


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3.14 Conception des ponts

Tableau 3.1: Efforts selon le cas de chargement

Moment fléchissant
Cas x1 1 M1 x2 2 M2 x3 3 M3 M
total
1 8 4.8 288 12 3.2 768 18 0.8 160 1216
2 4 2.8 144 8 4.8 1152 14 2.4 480 1776
3 -2 0 0 2 1.2 288 8 4.8 960 1248
4 8 4.8 288 4 2.4 576 -2 0 0 864
5 12 3.2 192 8 4.8 1152 2 1.2 240 1584
6 18 0.8 48 14 2.4 576 8 4.8 960 1584
Effort tranchant positif
Cas x1 1 V1 x2 2 V2 x3 3 V3 V
total
1 8 0,6 36 12 0.4 96 18 0.1 20 152
2 4 0 0 8 0.6 144 14 0.3 60 204
3 -2 0 0 2 0 0 8 0.6 120 120
4 8 0.6 36 4 0 0 -2 0 0 36
5 12 0.4 24 8 0.6 144 2 0 0 168
6 18 0.1 6 14 0.3 72 8 0.6 120 198
Effort tranchant négatif
Cas x1 1 V1 x2 2 V2 x3 3 V3 V
total
1 8 -0.4 -24 12 0 0 18 0 0 -24
2 4 -0.2 -12 8 -0.4 -96 14 0 0 -108
3 -2 0 0 2 -0.1 -24 8 -0.4 -80 -104
4 8 -0.4 -24 4 -0.2 -48 -2 0 0 -72
5 12 0 0 8 -0.4 -96 2 -0.1 -20 -116
6 18 0 0 14 0 0 8 -0.4 -80 -80

L'utilisation d'une ligne d'influence peut s'illustrer comme suit. Pour la poutre montrée à la figure 3.12a, on
donne en ordonnée la valeur de la ligne d'influence d'un effet Q quelconque en fonction de la position
longitudinale des charges. La valeur de toute effet Q causé par un groupe de charges P1, P2,..., Pn peut être
obtenu en utilisant la valeur de la ligne d'influence de cet effet :
Q  1P1  2 P2  ...  n Pn (3.9a)

ou bien
Q  i Pi (3.9b)

La valeur de ce même effet, due à une charge linéique d'intensité p (Fig. 3.12b) agissant sur une portion de
longueur CD, est :
D
Q    p dx (3.10a)
C

qui prend la forme suivante pour une charge linéaire q d'intensité constante :
D
Q  q   dx (3.10b)
C

où la valeur de l'intégrale représente l'aire sous la ligne d'influence entre C et D.

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Lignes d'influence 3.15

P1 P2
Pn

n
1 2

Ligne d’influence
de l’effort Q

a) Charges concentrées

D
C 

Ligne d’influence
de l’effort Q
b) Charges linéique

Figure 3.12: Ligne d'influence

Ainsi la connaissance de la forme d'une ligne d'influence indique la position que doivent occuper les charges
afin de produire l'effet maximal. Des exemples de lignes l'influence sont donnés aux figures 3.13 à 3.15
pour une poutre isostatique, une poutre continue et un cadre rigide respectivement. On peut voir, sur la
figure 3.13, que le moment négatif maximal en E survient lorsque les travées AB et CD sont chargées alors
que la travée BC n'a aucune charge. D'une façon similaire, l'effort tranchant positif maximal à cette même
section se produit lorsque la charge occupe toute la section AB et la portion EC de la travée centrale. Sur la
figure 3.14, on observe que la réaction d'appui en B est maximale lorsque les travées AB et BC sont chargées
alors que des charges sur la travée CD réduisent la valeur de la réaction. Sur la figure 3.15, on doit interpréter
la ligne d'influence sur la béquille BE comme étant la valeur de l'effet considéré à la section n pour une
charge horizontale positive vers la droite agissant sur la béquille BE.

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3.16 Conception des ponts

Pn
P1 P2

A B E C D

a) Poutre chargée
Pn
P1 P2

RB
b) Appui B remplacé par RB

A B C  D
1 n
2 1
+

F
c) Ligne d’influence de RB

Pn
P1 P2 ME

A B C D
VE
d) Équilibre maintenu par les forces ME et VE


1
2 
A E C D
B n
+
1
F
e) Ligne d’influence de moment en E

Tangentes
parallèles 1
n 
A E C D
1 +
2 + B

f) Ligne d’influence de l’effort tranchant en E

Figure 3.13: Poutre isostatique

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Lignes d'influence 3.17

A E B F C D

a) Poutre
B 
A C D

+ 1

F
b) Ligne d’influence de RB

 F 
A B C D
+

F F
c) Ligne d’influence de MF
F
Tangentes
parallèles

 1

A B C + D

F
d) Ligne d’influence de VE

Figure 3.14: Poutre continue

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3.18 Conception des ponts

A B E C D

F G
a) Cadre

A B  C
+ D

+ + 
1

F G
F b) Ligne d’influence de la réaction en A

 B E C 
A D
+
 +
1

F F
F G
c) Ligne d’influence du moment en E

-
A B 1 C  D
+ E
+
 

F
F G

d) Ligne d’influence de l’effort tranchant en E

Figure 3.15: Cadre rigide

3.4.2 Le principe du travail virtuel


Le principe du travail virtuel, ou de Müller-Breslau, est une méthode très utile qui permet d'obtenir une
ligne d'influence. Ce principe veut que la valeur de la ligne d'influence, pour tout effet donné dans une
structure, soit égale à celle de la déformée (flèche) de cette structure obtenue, avec la retenue correspondant
à cet effet relâchée, lorsque cette structure est soumise à un déplacement unitaire associé à la retenue
relâchée. Ce principe est général et peut s'appliquer à toute structure isostatique ou hyperstatique. Il peut
être démontré à l'aide du théorème de Betti.
Rappelons brièvement que le théorème de Betti veut que
"pour deux systèmes de forces F et P, indépendants et en équilibre individuellement, la somme des
produits des forces du système F (Fi ) par les déplacements iP de ces forces engendrés par le
système de forces P est égale à la somme des produits des forces du système P (Pi ) par les
déplacements iF de ces forces engendrés par le système de forces F".

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Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
Lignes d'influence 3.19

Ce théorème s'exprime ainsi :


n m
 Fi  iP   Pi  iF (3.11)
i 1 i  n 1

Ainsi, considérons la poutre isostatique en équilibre de la figure 3.13a. On peut éliminer le support en B et
remplacer par son effet par une charge concentrée positive vers le haut, RB (Fig. 3.13b). Si la structure est
maintenant soumise à une charge concentrée F en B de sorte que la flèche en B égale l'unité, on obtient la
déformée de la poutre montrée à la figure 3.13c. Comme la structure était initialement isostatique,
l'élimination de l'appui en B rend la structure instable (mécanisme) et la force F requise pour obtenir une
flèche unitaire en B est nulle (F=0). Ceci est particulier aux structures isostatiques. En effet, pour une
structure hyperstatique l'élimination d'une restriction laisse toujours une structure stable de sorte que F n'est
pas nulle (F =/ 0).
Si on applique le théorème de Betti exprimé par l'équation 3.11, on trouve :
1P1  2 P2  ...  n Pn  1 RB  F  0 (3.12)

Cette équation indique que le travail virtuel externe fait par le groupe de charges agissant sur la poutre (Fig.
3.13b) durant le déplacement de la structure à la figure 3.13c est égal au travail virtuel externe réalisé par
le système de forces de la figure 3.13c durant le déplacement de la figure 3.13b. Cette dernière quantité est
égale à zéro car il n'y a aucun déplacement en B dans le système de la figure 3.13b. Ainsi on peut réécrire
l'équation 3.12 :
RB  i Pi (3.13)

Si l'on compare cette dernière équation à l'équation 3.9b, on voit que la flèche de la poutre de la figure 3.13c
est la ligne d'influence de la réaction RB. Ceci démontre que la ligne d'influence de la réaction RB peut être
obtenue en relâchant cet effet (ici éliminer l'appui B) en introduisant subséquemment un déplacement
unitaire en B vers le bas, c'est à dire dans la direction opposée à la direction positive de l'effet considéré, la
réaction RB. En utilisant la statique élémentaire, on peut aisément vérifier que la valeur des ordonnées de la
figure 3.13c est bien égale à la réaction d'appui en B pour une charge unitaire se déplaçant le long de la
poutre de la figure 3.13a.
De façon similaire, on peut obtenir la ligne d'influence du moment à la section E. Il faut pour cela relâcher
le moment en E en introduisant une rotule à cet endroit. On applique ensuite deux couples égaux et opposés
F afin de produire une rotation relative des deux extrémités de poutres en E. En appliquant le théorème de
Betti pour les systèmes des figures 3.13d et 3.13e, on obtient :
1P1  2 P2  ...  n Pn  1 M E  F  0 (3.21)
ou bien
M E  i Pi (3.22)

démontrant que la courbe sur la figure 3.13e est bien la ligne d'influence du moment en E.

Finalement, la ligne d'influence de l'effort tranchant en E est obtenue en relâchant cet effet en E en
introduisant un mécanisme permettant le transfert des autres efforts mais non l'effort tranchant, et en

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Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
3.20 Conception des ponts

imposant un déplacement unitaire relatif des deux extrémités de la poutre au moyen de deux charges
concentrées égales et opposées. Ceci nous permet encore une fois d'écrire à l'aide du théorème de Betti pour
les systèmes des figures 3.13d et 3.13f :
1P1  2 P2  ...  n Pn  1 VE  F  0 (3.23)
ou bien
VE  i Pi (3.24)

prouvant du fait même que la figure 3.13f est bien la ligne d'influence de l'effort tranchant en E.
Les lignes d'influence montrées jusqu'à présent étaient composées de lignes droites, typiques pour les
structures isostatiques. Ainsi le calcul d'une des valeurs de la ligne d'influence et la connaissance de sa
représentation graphique sont suffisants pour tracer la ligne d'influence au complet en connaissant la valeur
associée en tout point.
Les lignes d'influence des structures hyperstatiques sont composées de courbes nécessitant le calcul de la
valeur associée à plusieurs endroits. Aux figures 3.14 et 3.15, le principe de Müller-Breslau est appliqué de
façon générale pour obtenir les lignes d'influence de divers types d'effets pour des structures hyperstatiques.

3.4.3 Méthode de calcul d'une ligne d'influence


Les étapes suivies à la sous-section précédente, pour obtenir une ligne d'influence pour un effet quelconque
peuvent, se résumer comme suit.
1. La structure est relaxée en relâchant la retenue correspondant à l'effet considéré. Le degré
d'hyperstaticité de la structure relaxée est réduit d'une fois comparativement à la structure initiale.
2. Un déplacement unitaire est introduit dans la structure relaxée dans la direction opposée à l'effet
considéré. Ceci est fait en appliquant une force, ou une paire de forces égales et opposées, correspondant
à cette action.
3. La valeur de la déformée de la structure ainsi obtenue correspond à l'ordonnée de la ligne d'influence
de l'effet considéré. La valeur de la ligne d'influence est positive dans la même direction que la charge
externe unitaire.

3.4.4 Application de la méthode du travail virtuel


L'utilisation de la méthode du travail virtuel est illustrée à travers trois exemples: une poutre isostatique,
une ferme isostatique à joints souples et une poutre continue sur trois appuis, une fois hyperstatique. Dans
chacun des exemples, il s'agit de tracer la ligne d'influence de certains effets et de calculer la valeur
maximale de l'effet pour le chargement QS-660.

Exemple 3.3:

Pour la poutre montrée à la figure 3.16, on désire trouver les lignes d'influence pour VC, MB et RB ainsi que
leur valeur maximale de ces effets pour un chargement QS-660.
a) Effort tranchant VC :
La ligne d'influence de VC se trouve en relaxant cet effort, afin d'avoir un déplacement unitaire, tel qu'illustré
à la figure 3.16b. On voit que seulement les charges sur la travée CD vont induire un effort tranchant en C.

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Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
Lignes d'influence 3.21

L'effort maximal s'obtient en plaçant la charge de 240 kN en C et celle de 200 kN à 6 m de C vers la droite,
ce qui donne l'effort tranchant suivant, avec 240 = 1.0 et 200 = (10-6)/10 = 0.4:
VC = 1.0×240 + 0.4×200 = 320 kN

b) Moment fléchissant MB :
La ligne d'influence du moment en B est montrée à la figure 3.16c. Elle a été obtenue en relaxant le moment
en B en insérant une rotule et en imposant une rotation unitaire au même endroit. La valeur maximale de la
ligne d'influence survient en C et prend la valeur de :
C =  × L = 1 × 5 m = 5 m
Le moment maximal produit par le chargement QS-660 s'obtient en positionnant la charge de 240 kN en C,
celle de 200 kN à 6 m du côté droit de C et celle de 60 kN à 4 m à gauche de C, ce qui donne : 240 = 5.0 m,
200 = 5(10-6)/10 = 2.0 m et 60 = 5(5-4)/5 = 1.0 m. La valeur de MB est donc :
MB = 5.0×240 + 2.0×200 + 1.0×60 = 1660 kN.m

c) Réaction d'appui RB :
La ligne d'influence de la réaction en B est montrée à la figure 3.16d. Elle a été obtenue en relaxant la réaction
en B en éliminant l'appui et en imposant un déplacement unitaire au même endroit.

A B C D E F

20 5 10 5 20

a) Poutre cantilever

A B C D E F

1 +

F
b) Ligne d’influence de VC

5m
A B 1 D E F

c) Ligne d’influence de MB

A B D E F

1 +

C
d) Ligne d’influence de RB

Figure 3.16: Exemple 3.3

La réaction maximale produite par le chargement QS-660 s'obtient en positionnant la charge de 240 kN en C,
celle de 200 kN à 6 m du côté gauche de C, celle de 160 kN à 12 m du côté gauche de C et celle de 60 kN à 4 m
à la droite de C, ce qui donne : 240 = 1.0, 200 = (20+5-6)/25 = 0.76, 60 = (20+5-12)/25 = 0.52 et 60 = (10-
4)/10 = 0.6. La valeur de RB est donc :
RB = 1.0×240 + 0.76×200 + 0.52×160 + 0.6×60 = 511.2 kN

 Bruno Massicotte Hiver 2018


Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
3.22 Conception des ponts

Exemple 3.4

À la figure 3.17 on montre une ferme à membrures articulées formant une poutre en arc. On désire calculer
la ligne d'influence de la membrure 1 située entre les nœuds E et F. On procédera en faisant une coupe à
travers le panneau CDEF et en utilisant tour à tour les lignes d'influence des réactions d'appui en A et B.

a) Équilibre à gauche
En faisant l'équilibre à gauche (Fig. 3.17b), on utilise la ligne d'influence de RA pour déterminer la valeur de
la ligne d'influence de la membrure 1 lorsque la charge se situe à la droite de D.
En faisant la somme des moments autour de D, on détermine que l'effort N1 est égal à :

 M D  RA  2 a  N1  d  0
donc  M D  RA  2 a  N1  d  0
2a  R A
N1  
d
Ceci conduit à l'expression suivante pour N1 :
2a 2a  x
 N1    RA   1  
d d  L

b) Équilibre à droite
En faisant l'équilibre à droite (Fig. 3.17c), on utilise la ligne d'influence de RB pour déterminer la valeur de
la ligne d'influence de la membrure 1 lorsque la charge se situe à la gauche de C.
En faisant la somme des moments autour de D, on détermine que l'effort N1 est égal à :

 M D   RB  4 a  N1  d  0
donc
4a  RB
N1  
d
Ceci conduit à l'expression suivante pour N1 :
4a 4a  x
 N1    RB   
d d L

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Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
Lignes d'influence 3.23

b/4 F
1
b/2 E

2
b
3
A C D B

a a a a a a
a) Poutre triangulée

F
E
N1
d
N2
N3
D
C
RA b) Équilbre à gauche

E N1

d
N2
N3
C D
RB
c) Équilbre à droit

RB
RA -4a
L
-2a
L
C D

d) Ligne d’influence de N1

Figure 3.17: Exemple 3.4

c) Ligne d'influence entre C et D


La valeur de la ligne d'influence entre C et D s'obtient en reliant la valeur de la ligne d'influence en C à celle
en D.
L'équilibre à gauche nous donne comme valeur de ligne d'influence en D (x = 2a) :
2a  2a
 N1   1  
d  L 
tandis que l'équilibre à droite nous donne en C (x = a) :
4a a
 N1    
d L
L'équation de la droite reliant ces deux points est donnée par l'expression suivante:
4a x
 N1    
d L
Cette équation est identique à celle obtenue pour l'équilibre à droite.

 Bruno Massicotte Hiver 2018


Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
3.24 Conception des ponts

3.5 LIGNES D'INFLUENCE POUR LES GRILLAGES


La méthode du grillage est une technique répandue d'analyse en trois dimensions des tabliers de ponts.
Brièvement, cette méthode représente un tablier de pont, formé d'une dalle reposant sur des poutres
longitudinales, par un réseau des poutres longitudinales jointes entre elles par des poutres transversales
représentant la contribution de la dalle et des diaphragmes à la rigidité transversale du tablier.
Il est ainsi possible d'obtenir les lignes d'influence d'un grillage. Toutefois, le niveau de complexité de la
tâche se prête presqu'exclusivement au calcul numérique sur ordinateur. On peut cependant utiliser
avantageusement le principe du travail virtuel pour avoir une idée de la forme que prennent les lignes
d'influence. Un tel exercice permet de mieux comprendre le comportement structural des grillages ou de
toute autre structure.
À titre d'exemple, on illustre à la figure 3.18 la "ligne" d'influence de trois moments fléchissant : Mn1, Mn2,
et Mn3. On constate que la ligne d'influence ne se situe plus seulement sur une membrure mais s'étend plutôt
sur la structure en trois dimensions. Bien que le principe du travail virtuel s'applique aisément, il faut
l'utiliser avec prudence. Ainsi, à la figure 3.18b, on observe que la valeur de la ligne d'influence est négative
sur la poutre EIF. Cette constatation, quoique réaliste, est fonction de la rigidité transversale de la membrure
GHI par rapport à la rigidité des membrures longitudinales. Il est possible qu'il en soit autrement dans
certaines circonstances. Il importe donc d'utiliser beaucoup de discernement dans l'application de la
méthode.

3.6 UTILISATION DE LOGICIELS SPÉCIALISÉS


L'utilisation de l'ordinateur pour le calcul des tabliers de ponts est très répandue. Il est pratiquement
impossible aujourd'hui de procéder sans l'aide de l'ordinateur pour le calcul des efforts. Ainsi les méthodes
manuelles vues dans ce chapitre ne sont à peu près plus utilisées pour déterminer les efforts dans les
structures. Toutefois elles peuvent s'avérer utiles dans certaines occasions. Ainsi il est important que le
concepteur de ponts ait une connaissance qualitative du type d'effort et une connaissance quantitative de
l'ordre de grandeur et du sens (signe) des efforts auxquels il doit s'attendre dans son analyse. Ces notions
lui permettront d'éviter des erreurs grossières dues à une utilisation erronée des outils informatiques mis à
sa disposition car l'utilisation de boîtes noires, même en apparence facile, est toujours très délicate.
L'analyse se fait selon différentes approches. Sur une échelle de complexité allant du plus simple au plus
complexe, on retrouve l'extrémité de la simplicité l'analyse des structures conventionnelle et à l'extrémité
de la complexité la méthode des éléments finis. Toutefois, on doit noter que la première méthode est un cas
particulier de la seconde.

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Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
Lignes d'influence 3.25

A G B
n1

C n2 H D
n3

E I F

a) Vue en plan

A
+ D

H
1 +
F
C

I

E
b) Ligne d’influence de Mn1
B

A D

F
C
I
1

E
c) Ligne d’influence de Mn2

A G
D

B
F
C 1

E
d) Ligne d’influence de Mn3

Figure 3.18: Grillage

La différence fondamentale qui existe entre ces deux extrêmes est que la méthode d'analyse structurale
conventionnelle utilise des éléments de poutres unidimensionnels pour représenter une structure alors que
la méthode des éléments finis idéalise la structure au moyen d'éléments unidimensionnels, bidimensionnels
et tridimensionnels. La formulation des éléments finis en fait également une méthode ayant une beaucoup
plus grande polyvalence.
En analyse des ponts, les deux méthodes sont utilisées. Lorsque la géométrie d'un pont s'assimile à une
poutre ou un cadre plan, la méthode d'analyse des structures conventionnelle sera généralement préférée,
étant plus simple d'application. Lorsqu'on désire réaliser une analyse en trois dimensions d'un tablier, on

 Bruno Massicotte Hiver 2018


Usage restreint à l'enseignement du cours CIV8520 École Polytechnique de Montréal
3.26 Conception des ponts

utilisera souvent la méthode de d'analyse des structures conventionnelle en faisant une analyse de grillage,
ou bien on utilisera la méthode des éléments finis.

RÉFÉRENCES

3.1 GhalI, A., NevillE, A.M. 1989. Structural analysis - A unified classical and matrix approach. 3rd
Ed., Chapman and Hall, N-Y, 870p.

3.2 Larnach, W.J. 1964. Influence lines for statically indeterminate plane structures., MacMillan & Co
Ltd, London, 256p.

3.3 Griot, G., Lorsch, H. 1952. Influence line tables. F. Ungar Publishing, N-Y, 87p.

3.4 Eriksen, B. 1955. Influence lines for thrust and bending moments in the fixed arch. Concrete
Publication Ltd, London, 27p.

3.5 Beaulieu, D., Picard, A., Tremblay, R. Grondin, G., Massicotte, B. 2003 et 2010. Calcul des
charpentes d'acier, Tomes 1 et 2. Institut Canadien de la Construction Métallique, Ontario.

3.6 Wight, J., MacGregor, J.G. 2009. Reinforced concrete mechanics and design. Prentice Hall.

3.7 American Institute for Steel Construction 1966. Moments, shears and reactions for continuous
highway bridges.

 Bruno Massicotte Hiver 2018


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