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Au cours de la campagne électorale fédérale de 2006, tous les partis politiques se promettaient d’adopter

une approche plus rigoureuse envers la criminalité. Le gouvernement conservateur, minoritaire, a par la
suite déposé un certain nombre de projets de loi en Chambre pour lutter contre la criminalité. De
nouvelles lois sur les peines d’emprisonnement ont été proclamées, y compris le Projet de loi C-2, la Loi
sur la lutte contre les crimes violents, laquelle prévoit des dispositions visant à emprisonner un plus grand
nombre de délinquants avec des peines d’emprisonnement plus longues. Dans son rapport intitulé «Pour
une sécurité publique accrue», publié à la fin de 2007, le gouvernement propose des changements qui
allongeraient davantage les peines d’emprisonnement.

Ces peines d’emprisonnement encore plus rigoureuses envers la criminalité sont-elles vraiment
nécessaires? La sécurité des communautés canadiennes sera-t-elle meilleure si l’on garde les détenus plus
longtemps en prison? Quel sera le coût lié à l’augmentation du nombre de peines d’emprisonnement?

Le taux de criminalité est à la baisse…

En 2006, le taux de criminalité au Canada a atteint son niveau le plus bas, soit 30% de moins que le
sommet atteint en 1991. Selon Statistique Canada, le taux national de criminalité (le nombre total
d’infractions au Code criminel divisé par le nombre d’habitants) a diminué de 3% en 2006, après une
autre baisse de 5% en 2005. Les données de 2006 et de 2007 indiquent une tendance générale à la baisse.

En cette période où le taux de criminalité est à la baisse, il semble plus judicieux de s’attaquer à des
problèmes spécifiques avec des mesures éprouvées que de simplement imposer des peines
d’emprisonnement plus sévères sans avoir de preuves spécifiques que cette mesure est plus efficace que
d’autres.

Aucune baisse de la criminalité aux É.-U. à la suite des investissements massifs dans les prisons

Pendant plus de 20 ans, on a imposé aux États-Unis des peines d’emprisonnement plus sévères,
semblables à celles que l’on prévoit imposer au Canada. Par contre, si l’on compare les taux de
criminalité et d’emprisonnement enregistrés au Canada et aux États-Unis, on constate que l’approche
américaine est une façon très coûteuse de réduire de très peu le taux de criminalité.

En 1985, avant la «guerre à la drogue» décrétée par le président Reagan et la proclamation de lois visant
des peines d’emprisonnement plus sévères, il y avait 200 prisonniers par tranche de 100,000 habitants aux
États-Unis. En 2004, le taux était de 723 prisonniers par tranche de 100,000 américains – presque sept
fois plus élevé que le taux canadien de 107 prisonniers par tranche de 100,000 adultes.3

Si l’imposition de peines d’emprisonnement plus sévères a un effet dissuasif, le taux de criminalité aux
États-Unis devrait être considérablement moins élevé que celui du Canada. C’est pourtant l’inverse que
l’on voit. Le taux des crimes violents, soit ceux visés par les nouvelles politiques canadiennes plus
rigoureuses, est plus élevé aux États-Unis. Le taux d’homicides aux États-Unis est le triple de celui du
Canada, alors que le taux américain des voies de fait graves est un peu plus que le double.

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Les États-Unis ont maintenant le taux d’incarcération le plus élevé au monde. De nos jours, alors qu’il y a
plus de prisons aux États-Unis que de succursales Walmart, qu’il y a de graves problèmes de
surpopulation dans les prisons, et qu’il ne reste plus d’argent pour l’éducation, les services de santé et les
services sociaux, de nombreux États font marche arrière en ce qui a trait aux peines d’emprisonnement
plus sévères. On consacre maintenant plus de 60 milliards de dollars annuellement aux États-Unis aux
services correctionnels. Pourtant, si l’on consacrait ne serait-ce que 1 million de dollars aux services
d’éducation et de traitement des toxicomanies plutôt qu’aux prisons, la réduction du taux de criminalité
serait de 15 fois supérieure. La population américaine commence à comprendre que l’emprisonnement
d’un grand nombre de délinquants constitue un très mauvais investissement.

Les nouvelles politiques en matière d’emprisonnement appellent des compromis

En 2005-2006, le coût moyen d’incarcération dans un pénitencier canadien s’élevait à 88,067$ par année,
alors que ce coût était de 80,780$ par année en 2001-2002. Il en coûte beaucoup moins, soit 23,105$ par
année, pour garder un délinquant dans la collectivité, avec des résultats semblables, voire meilleurs.

Les nouvelles politiques plus rigoureuses en matière de criminalité entraîneront des besoins
considérablement plus grands en matière de capacité d’accueil des prisons, pour lesquels le gouvernement
n’a pas encore affecté les fonds. On estime que les coûts de construction d’une nouvelle «super-prison»,
telle que proposée, pouvant accueillir 2,200 prisonniers, sont d’au moins 640 millions de dollars.
L’abolition de la libération d’office nécessitera la construction de 2,310 nouvelles cellules dans les
prisons, à un coût d’environ 924 millions de dollars, et entraînant des coûts d’entretien annuels de 203
millions de dollars. Les nouvelles restrictions sur le recours à l’emprisonnement avec sursis se traduiront
par une augmentation de plus de 6,000 prisonniers par année, à un coût de 400 millions de dollars.

Cet argent sera puisé dans les poches des contribuables. Des choix devront être faits. Le système de santé
et les infrastructures de transport au Canada nécessitent un investissement massif. Les mesures de lutte
contre le terrorisme mises en place représentent une dépense récurrente considérable. L’augmentation des
dépenses aux chapitres de l’alimentation et de l’énergie constitue de nouveaux défis pour l’économie
canadienne.

Où les contribuables couperont-ils pour se permettre de constuire et d’entretenir de nouvelles prisons?

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Références :

Canadian Criminal Justice Association. The Cost of Abolishing Statutory Release (Projected), Justice Report (Winter 2008) 23:1

I. Basen“Reality Check: Doing the crime and doing the time”, CBC – Canada Votes 2006, Jan. 5, 2006. Online:
www.cbc.ca/canadavotes/realitycheck/crimetime.html

P. Greenwood et al. Diverting Children from a Life of Crime: Measuring Costs and Benefits (RAND Corporation), 1998. Online:
http://www.rand.org/pubs/monograph_reports/MR699-1/

Public Safety Canada, Corrections and Conditional Release Statistical Overview 2007, December 2007. Online:
http://www.publicsafety.gc.ca/res/cor/rep/_fl/CCRSO_2007-eng.pdf

R. Sampson et al. Report of the Correctional Service of Canada Review Panel – “A Roadmap to Strengthening Public Safety”
(Ottawa: Govt of Canada), October 2007. Online: http://www.ps-sp.gc.ca/csc-scc/cscrpreport-eng.pdf

Statistics Canada. The Daily, “Crime comparisons between Canada and the United States 2000”, December 18, 2001. Online:
http://www.statcan.ca/Daily/English/011218/d011218b.htm

The JFA Institute, Unlocking America - Why and How to Reduce America’s Prison Population, Washington DC, November
2007. Online: http://www.jfa-associates.com/publications/srs/UnlockingAmerica.pdf

W. Silver. Crime Statistics in Canada 2006. Juristat, vol. 27, no. 5. (Ottawa: Statistics Canada), July 2007. Online: http://dsp-
psd.pwgsc.gc.ca/collection_2007/statcan/85-002-X/85-002-XIE2007005.pdf

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