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Méthodes quantitatives en sociologie

Licence 1 Sociologie
Année 2007-2008

Partie 1 – La production des données


par voie d’enquête
Méthodes quantitatives en sociologie
Partie 1 – La production des données par voie d’enquête

Ch. 1 – La conception du questionnaire

Objet d’étude et échantillon


Ch1 – La conception du questionnaire

I- Introduction

A – Définition du questionnaire
Série de questions (maxi =100) posées à un échantillon d’individus. Ces questions
portent sur les faits, les pratiques (passées ou actuelles), les représentations, les
opinions, les valeurs, les croyances liés au thème de l’enquête. En vue des
traitements statistiques ultérieurs, une partie du questionnaire est consacrée
aux caractéristiques socio-démographiques des individus.
Objectifs:
1. Mettre en évidence des régularités sociales
2. Etudier les déterminants sociaux des pratiques et des représentations et
donc vérifier statistiquement si les hypothèses préalablement formulées sont
généralisables.
Ex : les filles s’orientent moins souvent vers les filières scientifiques que les garçons

=> COMPARER LES PRATIQUES, LES REPRESENTATIONS DES


GROUPES SOCIAUX
Ch1 – La conception du questionnaire
I- Introduction

C- Comparaison questionnaire/entretiens Des outils


complémentaires
Questionnaire Entretien semi -directif

In té rê ts Quantité des données Qualité des données


= obtenir peu d’informations = obtenir beaucoup d’informations
sur beaucoup d’individus sur peu d’individus
Co n n ais s an c e v is é e Démarche explicative Démarche compréhensive =
= Décrire et expl iquer les Comprendre la si gnification des
comportements (sens objectif) comportements, l es processus (sens
Mettre en évidence les subjectif)
déterminants sociaux

Co n s tru c tio n d u Travail préa lable Travail plus exploratoire


q u e s tio n n aire o u d u d’objectivation (transformer les
g u id e d ’e n tre tie n concepts en variables
mesurables)
Co n s tru c tio n d e Représentativité La représentativité n’est pas une
l’é c h an tillo n préoccupation majeure
Te c h n iq u e d ’e n tre tie n Déroulement des questions Déroulement à l’écoute de
dans l’ordre prévu l’interviewé
(Guide d’entretien fermé ) (Guide d’entretien ouvert avec
question de relance )
Attitu d e d e Interrogation Ecoute
l’e n q u ê te u r
An aly s e d e s d o n n é e s Traitement quanti tatif de Analyse de contenu
données
Ch1 – La conception du questionnaire
I- Introduction

D- Les étapes d’une enquête quantitative


Définition de l’objet de recherche et des hypothèses
2&3

Définition de la population d’enquête


Entretiens exploratoires

Elaboration du questionnaire
4&5

Test du questionnaire

Passation du questionnaire (Terrain)

Codage des réponses et saisie

« Nettoyage » et mise en forme des données

Traitement statistique et interprétation sociologique


Ch1 – La conception du questionnaire
I- Introduction

D – Les étapes d’une enquête quantitative

Remarque sur le schéma précédent


Ce schéma n’est pas figé. Le chercheur se donne un cadre théorique
préalable pour définir la population d’enquête et élaborer le
questionnaire. Mais les données issues du travail empirique
conduisent ensuite à repenser, voire à modifier, la problématique
et les hypothèses de travail initiales. Elles suscitent souvent de
nouvelles hypothèses. C’est ainsi que l’objet sociologique se
construit progressivement.
Ch1 – La conception du questionnaire
II – Définir l’objet de recherche

B- La construction d’un dispositif d’enquête


2. Du concept aux indicateurs
Travail d’objectivation: On ne peut pas approcher un concept abstrait directement. On
doit le transformer sous forme de variables observables et mesurables puis
d’indicateurs, càd de questions simples qui seront posées aux individus
CONCEPT VARIABLES INDICATEURS
James (cité par Prudence -Comportements - Conduite automobile, montant de
Lazarsfeld) l’épargne…
-Attitudes… - Jugements sur le monde…
Girard Homogamie - Formation des - Fiançailles, lieu de rencontre…
couples - Profession du père, du beau-père,
- Distance… nationalité…
Quivy, Van Intérêt pour les études - Absentéisme… -Nb de cours et de TD séchés par
Campenhoudt semaine, nb de pages écrites…

Roussel, Proximité familiale -Contacts -déjeuners familiaux, appels


Bourguignon téléphoniques…
-Services… - prêt d’argent, garde des petits-
enfants…
Ch1 – La conception du questionnaire

III- Qui interroger ? Le choix de l’échantillon


A – Un peu de vocabulaire
Population (ou population Ensemble des individus concernés par Ex : population française, les
de référence ou population la recherche jeunes, une entreprise…
mère ou base de sondage)

Échantillon Ensemble des individus interrogés Ex : 100…1000 personnes


choisies au hasard
Taux de sondage Taille de l’échantillon / Taille de la Néch = 10000
population mère (x 100) À 1%
Npop = 1 million
Unité statistique (ou Objet sur lequel est mesurée la variable Ex : individus, ménages,
individu ou observation) départements, entreprises…
Variable Caractéristique mesurée Ex: sexe, âge de fin d’études,
participation associative…
Modalités Items de réponse à une variable Ex : homme/femme, oui/non…
qualitative
Valeurs Items de réponse à une variable Ex : 16, 17, 18 ans…
quantitative
Effectif Résultat d’une mesure 542 individus participent à une
association
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger ? Le choix de l’échantillon

B – Les principes de l’échantillonnage


Recensement <> Sondage
Réalisé sur l’ensemble de la Réalisé sur un échantillon
population représentatif de la population

« Le sondage est né d’une impossibilité matérielle : interroger individuellement


toute la population à laquelle on s’intéresse, et d’une possibilité statistique :
décrire le tout par une partie » (Grawitz, 1986)
Principe du sondage statistique : déduire les propriétés de toute une population
à partir de l’analyse d’un échantillon représentatif

Échantillonnage

Individu
Échantillon

Population-mère
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger ? Le choix de l’échantillon

B – Les principes de l’échantillonnage


La représentativité de l’échantillon est fondamentale sinon les
résultats seront faux même s’ils portent sur un très grand
nombre d’individus (cf. réélection de Roosevelt)
On dit qu'un échantillon est représentatif du point de vue
statistique quand les unités qui le constituent ont été choisies de
telle manière que tous les membres de la population mère ont la
même probabilité de faire partie de l'échantillon.
L’échantillon représentatif doit constituer une image fidèle de la
population mère Autrement dit, les différentes caractéristiques
et catégories de la population mère doivent se retrouver dans les
mêmes proportions dans l’échantillon représentatif.
On dit qu’un échantillon est biaisé lorsque les individus n’ont pas
tous la même probabilité de faire partie de l’échantillon.
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger ? Le choix de l’échantillon

B – Les principes de l’échantillonnage


Deux principes
• En probabilité, la loi des grands nombres fait qu'à partir d'un
certain nombre d'individus tirés au hasard dans la population
mère, on obtient une représentation fidèle de la population ou
suffisamment approchée de celle-ci pour que les écarts soient
négligeables.
Ex: Pile ou face = plus on lance une pièce, plus les proportions de piles et de
faces s’approchent de ½.

• Les individus de mêmes caractéristiques sont équivalents du


point de vue statistique à partir d’un nombre suffisant
d’individus.
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


1. L’échantillonnage aléatoire ou probabiliste (sélection au
hasard)
Il faut que les individus soient choisis indépendamment de toutes leurs
caractéristiques ou propriétés. Ainsi chaque unité à une « chance » d’être
sélectionnée => On peut calculer la probabilité pour une unité d’appartenir
à l’échantillon ou non et estimer les erreurs de sélection au moment de la
généralisation des résultats
= tirer au sort dans la population mère un nombre d'individus pris de manière
aléatoire. Le tirage au sort garantit ici le critère de représentativité de
l’échantillon car tous les individus de la population mère ont la même
probabilité d’appartenir à l’échantillon.
= « l’idéal statistique » de l’échantillon représentatif (de Singly, 1992)

Nécessite de posséder une base de sondage exhaustive et non classée


Recensement, assurance maladie, salariés d’une
entreprise, inscrits d’une bibliothèque, étudiants d’une
université, adhérents d’une association…
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


1. L’échantillonnage aléatoire ou probabiliste (sélection au
hasard)
 Tirage systématique (par intervalles)

Ex : population de 4000 individus ; taux de sondage de 1/10e ;  donne un


échantillon de 400 ; on va tirer un individu de la liste sur 10 en commençant par
un individu tiré au hasard (pas obligatoirement le premier).

 Table de nombres aléatoires (suivant une loi uniforme)


Sélection des individus (préalablement numérotés) dont le numéro
correspond aux nombres aléatoires

Ex: Si on doit tirer un échantillon dans une population de 2000 individus, on va


constituer des nombres de 4 chiffres (à concurrence de la taille de l’échantillon)
de la manière suivante :
1035 3368 8534 3174 4264 6299 4231 7986
5234 0624 9737 8156 4587 1830 8818 4477
etc.
On ne garde que les n° inférieurs ou égaux à 2000
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


1. L’échantillonnage aléatoire ou probabiliste (sélection au
hasard)

1.1 L’échantillonnage stratifié


= diviser la population-mère en groupes relativement homogènes et
mutuellement exclusifs (les strates), puis sélectionner aléatoirement un
échantillon dans chaque strate
=> comparer des sous-populations au regard d’une variable étudiée (âge, sexe,
CS, lieu de résidence…)

On peut sur-représenter les sous-populations peu nombreuses (immigrés, grandes


entreprises, agriculteurs…)  Le taux de sondage peut être différent dans
chacune des strates. L’échantillon total n’est pas représentatif de la
population-mère, mais les différentes strates le sont et peuvent être
comparées.
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


1. L’échantillonnage aléatoire ou probabiliste (sélection au
hasard)
1.1 L’échantillonnage stratifié

CS Echantillon Echantillon stratifié


(femmes) stratifié non proportionnel
proportionnel
Agriculteurs 21 167
Art, com., chefs 39 167
d’entr.
Cadres sup. 108 167
Prof. int. 242 167
Employés 486 167
Ouvriers 103 167
Total 1000 1002

Sur-représentation
INSEE première, n°1006, mars 2005
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


1. L’échantillonnage aléatoire ou probabiliste (sélection au hasard)
1.2 L’échantillonnage par grappes
= diviser l’échantillon en groupes (ou grappes) relativement homogènes de taille
semblable, puis sélectionner au hasard un certain nombre de grappes pour
représenter la population totale
Avantage : Ne nécessite pas une base de sondage exhaustive

Ex : étude de Lipset aux USA sur les


élections à l'intérieur d'un syndicat des
typographes

Autres exemples :
établissements scolaires => classes =>
élèves
Estimations électorales à 20h (échantillon
de bureaux de vote)
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


1. L’échantillonnage aléatoire (sélection au hasard)
1.3 L’échantillonnage aréolaire
= Même principe que l’échantillonnage par grappes en tirant cette fois-ci des aires
géographiques

Ex : « enquêtes ménages » de l’INSEE


1er degré : tirage au sort des cantons
2e degré : tirage au sort des communes dans les cantons
3e degré : tirage au sort des logements dans les communes

Un ménage, au sens statistique, est défini comme l'ensemble des


occupants d'une résidence principale, qu'ils aient ou non des liens de
parenté. Un ménage peut ne comprendre qu'une seule personne.

Remarque : méthode de l’ « individu Kish » pour sélectionner aléatoirement un


membre du ménage
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage

2. L’échantillonnage non probabiliste (sélection arbitraire)


Chaque unité incluse à l’intérieur d’une population n’a pas une chance égale d’être
sélectionnée => On ne peut pas estimer la marge d’erreur due à l’élaboration de
l’échantillon et généraliser les conclusions à l’ensemble de la population
Utilisé : Parce qu’on dispose rarement de la base de sondage exhaustive
Parce que plus rapide et plus économique
En phase exploratoire
Lorsque la population est relativement homogène (ex: salariés d’une entreprise)
Lorsque l’échantillonnage probabiliste est impossible (ex: SDF)
1.1 L’échantillonnage à l’aveuglette
= « Sondage accidentel » reposant sur la facilité d’accès aux individus
Ex : 100 premières personnes qui sortent d’un cinéma BIAIS
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


2. L’échantillonnage non probabiliste (sélection arbitraire)
1.2 L’échantillonnage volontaire
= Participation volontaire des enquêtés
Ex : sondages sur internet BIAIS

1.3 L’échantillonnage au jugé


= Sélection d’individus (jugés) typiques
Mais problème de l’objectivité des caractéristiques retenues BIAIS

1.4 Les sondages boule de neige


= Les premières personnes interrogées indiquent d’autres personnes
concernées par l’enquête
= réseau d’interconnaissance BIAIS
Méthode souvent utilisée dans les enquêtes par entretien
Ex: Pinçon, Pinçon-Charlot sur la grande bourgeoisie
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


2. L’échantillonnage non probabiliste (sélection arbitraire)
1.5 L’échantillonnage par quotas
Forme la plus répandue d’échantillonnage non probabiliste, très utilisé par les
instituts de sondage

On connaît la structure par sexe, âge, localisation géographique, CS… de la


population. Comme dans l’échantillonnage stratifié proportionnel, il
s’agit d’avoir les mêmes proportions dans l’échantillon que dans la
population-mère. Mais les individus sont sélectionnés arbitrairement (et
non aléatoirement). L’enquêteur est chargé d’interroger un nombre
prédéfini d’hommes, de femmes, de représentants de chaque classe
d’âge et de chaque CS…

NON REPRESENTATIF (STATISTIQUEMENT) MAIS ASSEZ FIABLE


(EMPIRIQUEMENT)
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


Les échantillons suivants sont-ils représentatifs de la population-mère?

1. L’échantillon démographique permanent de l’INSEE est constitué des bulletins


d’état civil (naissance, mariage, décès) et des bulletins de recensements de tous les
individus nés un des quatre premiers jours du mois m. Ainsi, l’EDP contient
1/100 de la population française (4/365)
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


Les échantillons suivants sont-ils représentatifs de la population-mère?

1. L’échantillon démographique permanent de l’INSEE est constitué des bulletins


d’état civil (naissance, mariage, décès) et des bulletins de recensements de tous les
individus nés un des quatre premiers jours du mois m. Ainsi, l’EDP contient
1/100 de la population française (4/365)

Réponse : Représentatif de la population française. On peut néanmoins souligner


un très léger biais. Les jours de naissance n’ont pas été choisis de manière
aléatoire. Tous les individus sont nés au cours du mois m. Cela peut avoir des
conséquences, notamment sur la scolarité. De même, il peut y avoir une sur-
représentation d’immigrés qui ne connaissent pas exactement leur jour de
naissance et déclarent le 1er jour du mois.
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


Les échantillons suivants sont-ils représentatifs de la population-mère?

2. Un institut de sondage utilise la méthode des quotas pour constituer un échantillon


de même structure socio-démographique que la population française. Les
enquêteurs appellent lors de leurs horaires de travail, soit de 9 à 18h.
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


Les échantillons suivants sont-ils représentatifs de la population-mère?

2. Un institut de sondage utilise la méthode des quotas pour constituer un échantillon


de même structure socio-démographique que la population française. Les
enquêteurs appellent lors de leurs horaires de travail, soit de 9 à 18h.

Réponse : Si les enquêteurs n’appellent que dans la journée, il y aura une sur-
représentation de femmes au foyer, d’étudiants, de retraités… Il doivent aussi
appeler le soir, le week-end pour joindre les hommes actifs.
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


Les échantillons suivants sont-ils représentatifs de la population-mère?

3. Le Figaro a mis en ligne sur son site internet la question suivante :


« Peut-on imposer un test ADN aux candidats à l’immigration? »
Sur 10 157 votes, 74% ont répondu « oui », 26% « non »
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


Les échantillons suivants sont-ils représentatifs de la population-mère?

3. Le Figaro a mis en ligne sur son site Internet la question suivante :


« Peut-on imposer un test ADN aux candidats à l’immigration? »
Sur 10 157 votes, 74% ont répondu « oui », 26% « non »

Réponse: Il s’agit d’une participation volontaire d’individus qui lisent le site


internet du Figaro, sont intéressés par la question, ont un avis à formuler et
prennent le temps de répondre. Une question similaire a été posée sur le site du
Monde : 53% des répondants jugent cette méthode acceptable.
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


Les échantillons suivants sont-ils représentatifs de la population-mère?

4. Carrefour veut réaliser une enquête de satisfaction auprès de ses clients. La société
d’études de marché tire 100 supermarchés dans la liste exhaustive fournie par
Carrefour. Elle attribue aléatoirement les jours et les horaires de présence aux
enquêteurs. Chaque enquêteur est chargé d’interroger 100 personnes (soit un
échantillon total de 10 000 personnes).
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

C- Les techniques d’échantillonnage


Les échantillons suivants sont-ils représentatifs de la population-mère?

4. Carrefour veut réaliser une enquête de satisfaction auprès de ses clients. La société
d’études de marché tire 100 supermarchés dans la liste exhaustive fournie par
Carrefour. Elle attribue aléatoirement les jours et les horaires de présence aux
enquêteurs. Chaque enquêteur est chargé d’interroger 100 personnes (soit un
échantillon total de 10 000 personnes).

Réponse : Cela dépend de la manière dont les individus ont été sélectionnés par
l’enquêteur. Si les individus ont été sélectionnés au hasard (avec une méthode:
interroger 1 personne sur 10), il s’agit bien d’un échantillonnage par grappes.
Mais si les enquêteurs ont choisi les personnes arbitrairement, il s’agit d’un
sondage à l’aveuglette. Les enquêteurs n’ont pas forcément conscience des
critères qui leur ont fait choisir un individu plutôt qu’un autre (plus sympa?
moins pressé? chariot plus rempli?...)
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

D- Deux types d’enquête


1. Enquête transversale
Les individus de l’échantillon sont interrogés à un moment donné.

2. Enquête longitudinale
Les individus de l’échantillon sont suivis dans le temps et interrogés à
plusieurs reprises. Il s’agit d’un panel ou d’une cohorte.
Ex : panel d’élèves de l’Education nationale

Les enquêtes longitudinales posent souvent un problème spécifique :


l’attrition (les individus déménagent, changent de numéro de
téléphone, ne veulent plus répondre…)  L’échantillon se
modifie d’une vague d’enquête à l’autre et perd sa représentativité
initiale.
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

E- La taille de l’échantillon
1. La représentation statistique doit être la plus fidèle possible de la
population. On peut calculer la taille de l’échantillon à partir du risque
d’erreur (de l’intervalle de confiance) que le chercheur s’autorise. Plus le
chercheur souhaite obtenir des résultats précis, plus l’échantillon doit être
grand.
Ex: Les sondages d’intention de vote sont généralement réalisés sur 800 à
1000 individus. Cela correspond à une marge d’erreur d’environ 3% (avec
un seuil à 95%) pour la population française de 18 ans et plus.

Principe de la statistique : Se fixer un intervalle avec un risque d’erreur


consenti
Ex : Pour être sûr de ne pas se tromper, on ne peut rien dire de plus que
le candidat X obtiendra entre 0 et 100% des voix. Nous voilà bien
avancés! Pour être plus précis (pour réduire l’intervalle), on doit accepter
de prendre le risque de se tromper. Ainsi, on pourra par exemple affirmer
qu’il y a 95% de chances que le candidat X obtienne entre x1 et x2% des
voix (même s’il reste 5% de chances qu’il obtienne plus ou moins)
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

E- La taille de l’échantillon
2. Il faut anticiper les traitements statistiques. La répartition des réponses aux
questions ne doit pas conduire à des effectifs trop réduits sur lesquels on ne
peut rien affirmer.

Ex : proposer 10 modalités de réponses à un échantillon 50 personnes, faire


un tableau croisé 5*5 (25 cases) sur 100 individus

3. La taille de l’échantillon dépend du degré d’homogénéité de la population


étudiée. Plus une population est hétérogène, plus l’échantillon doit
représenter la variété des caractéristiques présentes dans la population mère,
et donc plus sa taille doit être importante.

Ex : homogénéité des « personnels de service » (en termes de revenus, du


niveau scolaire, des origines sociales, etc.) <> hétérogénéité de l’ensemble
des catégories socioprofessionnelles.

Dans les faits, pour déterminer la taille de l’échantillon, on tient nécessairement


compte des contraintes de l’étude (budget, temps, moyens humains et
informatiques). Plus un échantillon est grand, plus il coûte cher!
Ch1 – La conception du questionnaire
III – Qui interroger? Le choix de l’échantillon

F- La pondération (ou coefficient de redressement)


Lorsqu’un échantillon est proche de la structure de référence mais n’est pas
parfaitement représentatif (notamment à cause des refus de réponse), il est
possible de le redresser pour le rendre représentatif c’est-à-dire de pondérer les
individus de façon à respecter le poids de chacune des sous-populations.

Définition : poids des réponses de chaque enquêté dans les résultats finaux.

Ex: Un échantillon comportant 50% d’hommes et 50% de femmes alors que la


représentativité impose respectivement 48% et 52% peut être redressé en
affectant un poids de 48/50e (0,96) à chaque homme et un poids de 52/50e
(1,04) à chaque femme.

La pondération doit ensuite être utilisée dans les calculs statistiques.


Ch1 – La conception du questionnaire

Conclusion
• Remarque : On peut combiner les diverses méthodes d’échantillonnage
Ex : enquête sur les pratiques culturelles des français (1997) = stratifiée par
région et catégorie d’agglomération puis méthode des quotas par âge, sexe, CS,
taille du ménage, activité de la femme

• Qu’est-ce qu’un « bon » échantillon? Il n’existe pas de critère absolu. Il


existe des principes généraux, plus ou moins faciles à mettre en œuvre et
garantissant une représentativité plus ou moins grande. L’intérêt d’un
échantillon se juge en fonction de son adéquation avec l’objet et les questions
de recherche. Même le critère de représentativité n’est pas nécessairement idéal.
Ex: Une étude sur les femmes dans la police doit sur-représenter cette sous-
population pour pouvoir la comparer ensuite à celles des hommes dans la
police.
Ex : Enquête auprès des personnes fréquentant les services d’hébergement ou
les distributions de repas chauds, INSEE, 2001
Ch1 – La conception du questionnaire

Conclusion
• Le choix de la population comme de celui du type d’échantillon et du degré de
fiabilité que l’on veut atteindre ne dépend pas d’abord de considérations
techniques mais des orientations théoriques et problématiques de la recherche.
Si la recherche n’apporte finalement pas grand chose, c’est bien souvent lié à la
faiblesse de la problématique et des hypothèses de travail.

• Il ne faut surtout pas s’interdire de réaliser des enquêtes quantitatives en


sociologie en raison de la difficulté à obtenir un échantillon statistiquement
représentatif. Toute enquête est entachée d’ « erreurs », y compris dans la
fabrication du questionnaire, dans sa passation… Il faut apprendre à faire
« avec ce qu’on a » en ayant conscience des biais introduits.

Ex: Les non-réponses sont inévitables. On ne peut pas forcer les individus à
répondre. On peut néanmoins analyser qui se cache derrière ces non-réponses
et en quoi leur profil socio-démographique se différencie de celui des
répondants.

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