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Les infractions en matière de

protection des actionnaires

Présenté par : Bouaamri Aissa


Fourar Brahim
Tefahi Abdeljalil

Encadré par : Pr. Lasri

Master Droit des Affaires 


2017-2018
Table des matières :

Table des matières :......................................................................................................................................................... 1


Introduction :...................................................................................................................................................................... 2
I. La protection des droits extrapatrimoniaux ou politiques :...................................................................4
A- Les atteintes au droit de l’information :................................................................................................... 4
1- L’information des actionnaires :............................................................................................................. 4
2- Les assemblées d’actionnaires :.............................................................................................................. 5
B- Les infractions relatives au droit de vote :.............................................................................................. 6
1- les infractions commises par les dirigeants :..................................................................................... 6
2- les infractions commises par quiconque :........................................................................................... 7
II. La protection des droits patrimoniaux des associés :..............................................................................9
A- L’interdiction des dividendes fictifs :......................................................................................................... 9
B- La protection des actionnaires en cas de modification du capital :............................................10
1- La protection du droit de souscription préférentiel :..................................................................10
2- La protection des actionnaires en cas de réduction ou d’amortissement du capital:.....11
Bibliographie :................................................................................................................................................................. 13
Introduction :
À l’origine vierge de toute contamination répressive, le droit des sociétés a peu à peu été
colonisé par le droit pénal. En effet, le législateur s’est rendu compte que la création de
la personne morale, avec ses fonds importants, ses biens, ses mouvements de capitaux,
constituait une source importante de tentations. L’intervention du droit pénal – dans
son aspect dissuasif comme répressif – est apparue comme une nécessité pour réguler le
droit des sociétés.
Le droit pénal ne s’est intéressé au droit des sociétés (globalement) qu’assez
tardivement. Né probablement avec l’infraction de banqueroute, déjà connue du droit
romain, ce délit (qui était à l’époque un crime) est longtemps resté la seule infraction
propre au commerce et à l’industrie. Ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle, que le droit
pénal va pénétrer le domaine des sociétés.
Ainsi, l’acte de naissance du droit pénal des sociétés peut être recherché dans la loi
française du 17 juillet 1856 portant sur les sociétés en commandite par actions et qui
créa l’infraction de distribution de dividendes fictifs. L’abus de biens sociaux, lui,
n’apparaîtra que tardivement, par un décret-loi français datant du 8 aoû t 1935.
De la faillite, le droit pénal s’est donc étendu au droit des sociétés, pour finalement
appréhender en phase ultime les entrepreneurs individuels, touchés par des
dispositions rares et éparses, relevant parfois plutô t de l’encadrement répressif de
contraintes de nature quasi administrative (encadrement des immatriculations, par ex.).
Et si, pendant longtemps, le droit pénal spécial propre aux affaires ne fut que timide,
c’est parce que, souvent, le droit pénal des biens (abus de confiance, escroquerie,
recel...), ainsi que quelques autres infractions générales (corruption, faux...) suffisaient
amplement à satisfaire les besoins répressifs.
Mais, dans la seconde moitié du XXe siècle, le droit pénal a connu une intervention
accélérée, plusieurs lois multipliant les délits et contraventions (notamment la loi
française du 24 juillet 1966 et son décret d’application du 23 mars 1967 qui créèrent
plus de 100 infractions !), jusqu’à ce qu’un mouvement inverse soit enfin amorcé au
début du XXIe siècle.
Cette emprise du droit pénal sur le droit des sociétés s’explique par des considérations
financières liées à l’existence des tiers. En effet, le droit pénal est, aujourd’hui, plus
présent en droit des sociétés que dans le domaine des entreprises individuelles.
Si l’entreprise est individuelle, le droit pénal n’aura que très peu de place, aucun tiers
associé n’étant à protéger quand l’entreprise va bien. Ainsi, le commerçant ou l’artisan
qui confondrait les comptes de son activité professionnelle avec son patrimoine
personnel ne pourrait être poursuivi pénalement pour cette raison puisque, justement,
ces deux patrimoines ne sont pas – sauf exception– séparés.
Par contre, si l’entreprise est une société commerciale, le droit pénal retrouve toute sa
puissance, pour protéger ces tiers qui sont les associés ou les actionnaires. Ces derniers
étant dans toute société les détenteurs du capital, ne doivent pas être floués par des
mouvements de capitaux ou d’actions.
Le droit pénal intervient donc dans ce domaine d’une part pour s’assurer que le capital
social ne soit fragilisé par des opérations illicites et d’autre part, pour protéger, par toute
une série de dispositions pénales, les droits des détenteurs de capital. Des droits qui
vont de la convocation de l’assemblée à la tenue d’icelle, en passant par l’exercice du
droit de vote et récupération des dividendes jusqu’à la distribution du boni de
liquidation.
La question qui se pose est donc : Est-ce que le droit pénal des sociétés dans son état
actuel confère une protection efficace aux différents droits des actionnaires ?
Afin de répondre à cette problématique, il est de bonne méthode d’étudier en premier
lieu les infractions relatives aux droits extrapatrimoniaux des actionnaires, avant de
passer en revue les infractions relatives aux droits patrimoniaux des actionnaires.
I. La protection des droits extrapatrimoniaux ou politiques :
Les actionnaires ne peuvent intervenir dans la vie sociale de la société qu’en leur qualité
de membre de l’assemblée générale. Les droits s’expriment par les prérogatives qui les
associent à la vie sociale. Il s’agit de prérogatives politiques qui découlent du droit de
l’information et du droit de vote.

A- Les atteintes au droit de l’information :


1- L’information des actionnaires :
L’assemblée générale des actionnaires constitue l’organe souverain de la société
anonyme. Elle décide de la politique générale, approuve les comptes et nomme ou
révoque ad nutum les administrateurs. À l’égard des actionnaires, l’information est
ouverte très largement et la loi sanctionne tout obstacle à leur information. De même, la
tenue des assemblées est soumise au respect de formalités très strictes. La loi 17-95
comporte des dispositions qui améliorent l’information des actionnaires par des
rapports adressés à l’assemblée générale, notamment sur les méthodes de travail du
conseil d’administration ou de surveillance.
Les textes distinguent parmi les éléments d’information ceux qui doivent
obligatoirement être portés à leur connaissance, ceux seulement mis à leur disposition
et ceux communiqués sur leur demande. Ils sanctionnent des délits d’omission commis,
y compris envers des actionnaires copropriétaires d’actions indivises.
Informations obligatoirement portées à leur connaissance
-Date et ordre du jour des assemblées. L’alinéa premier de l’article 122 énonce qu’en
principe, Les convocations aux assemblées sont faites par un avis inséré dans un journal
d'annonces légales. Sous réserve des dispositions de l’alinéa 2 de l’article 122 et 123. Ces
textes fixent dans le détail le contenu de l’avis de convocation : date, lieu, nature
extraordinaire ou ordinaire, ordre du jour. Ces renseignements sont destinés à
permettre aux actionnaires de requérir l’inscription de points ou de projets dans l’ordre
du jour. À ce propos, L’article 390 punit d’une amende de 6000 à 30.000 le fait de ne pas
porter à la connaissance des actionnaires les renseignements exigés.
-Informations communiquées sur leur demande. L’article 391 énumère toute une
série de documents ou renseignements qui doivent être adressés à tout actionnaire qui
en fait la demande : procuration conforme aux dispositions réglementaires pour se faire
représenter aux assemblées dans les conditions fixées par l’article 131, liste des
administrateurs, texte des projets de résolution inscrits à l’ordre du jour, rapports du
conseil d’administration et des commissaires aux comptes soumis aux assemblées,
comptes annuels. Le fait de ne pas satisfaire à une demande est puni également d’une
amende de 6000 à 30.000.
-Informations mises à leur disposition.
-Les comptes annuels et les rapports. L’article 392 punissait d’une amende 8000 à
40.000 Dh le fait de ne pas mettre à disposition des actionnaires au siège social toute
une série de documents, comptes annuels, rapports, inventaires… pendant la durée de
quinze jours précédant la réunion des assemblées générales ou, pour certains d’entre
eux, à toute époque de l’année.
- Les procès-verbaux des délibérations du conseil d’administration. Dans la réalité,
les décisions les plus importantes concernant la gestion et l’administration de la société
sont prises au sein du conseil d’administration. Pour qu’il en reste trace et qu’elles soient
connues, la loi impose au président ou à l’administrateur président de séance de faire
constater les délibérations du conseil d’administration par des procès-verbaux formant
un registre spécial tenu au siège de la société conformément à l’article 53. L’article385
sanctionne d’une amende de 3.000 à 15.000 dirhams, le président ou l'administrateur
président de séance qui n'aura pas fait constater les délibérations du conseil
d'administration par des procès-verbaux conformément aux dispositions de l'article 53.
La pénalisation ne vise pas exclusivement le cas des omissions ou abstentions. En
revanche, toute irrégularité ou falsification dans le contenu des procès-verbaux peut
toujours être poursuivie comme faux en écriture de commerce.
2- Les assemblées d’actionnaires :
Les textes, à travers leurs rédactions successives, ont toujours soumis la convocation, la
composition, la participation et le fonctionnement des assemblées d’actionnaires à des
règles minutieuses. À cet égard, on va démontrer les infractions qui subsistent en
suivant le déroulement chronologique de l’assemblée.
Les délits en matière de convocation :
-La date de convocation. En la matière, les dispositions de la loi 17-95 imposent une
double obligation. D’une part, l’assemblée générale ordinaire doit être réunie au moins
une fois par an dans les six mois de la clô ture de l’exercice, sous réserve de prolongation
de ce délai par décision de justice. D’autre part, les commissaires aux comptes doivent
présenter un rapport certifiant que les comptes annuels sont réguliers et sincères et
donnent une image fidèle du résultat des opérations de l’exercice écoulé, ainsi que de la
situation financière et du patrimoine de la personne ou de l’entité à la fin de l’exercice.
L’article 388 punit d'une amende de 30.000 à 300.000 dirhams, le fait pour le président
ou les administrateurs d’une société anonyme, de ne pas réunir l’assemblée générale
ordinaire dans les six mois de la clô ture de l’exercice ou, en cas de prolongation, dans le
délai fixé par décision de justice. Cet article incrimine aussi le fait de ne pas soumettre à
l’approbation de l’assemblée générale ordinaire les comptes annuels et le rapport de
gestion. D’après ces textes, les coupables sont le président ou les administrateurs
auxquels il faut adjoindre les membres du directoire ou de conseil de surveillance ainsi
que les dirigeants de fait de la société anonyme.
Les délits en matière de participation.
-L’entrave à la participation. L’article 387 punit ceux qui, sciemment, auront empêché
un actionnaire de participer à une assemblée. Le délit sanctionne l’obstacle à la
participation à une assemblée d’actionnaires, indépendamment du point de savoir si
l’assemblée a pris des décisions, car le mobile qui inspire le coupable est bien souvent
d’empêcher celle-ci de délibérer faute de quorum. Le texte ne fournit aucune précision
sur les moyens – de fait ou de droit – qui pourraient être utilisés pour empêcher la
participation, ou sur la qualité des coupables qui, à la différence des infractions
précédentes, ne sont pas nécessairement des dirigeants sociaux. Parfois, les procédés
mis en œuvre sont simples mais efficaces. Tel est le cas du président qui fait commencer
l’assemblée avant l’heure prévue et profite de l’absence d’un actionnaire opposant pour
faire voter des résolutions.
En outre, l’infraction nécessite une intention coupable et ne punit que ceux qui agissent
sciemment et qui accomplissent un acte positif d’entrave, ce qui n’est pas le cas d’une
convocation publiée dans un journal d’annonces légales au mois d’aoû t en période de
vacances. Cette opposition « active » ne peut consister simplement à omettre de
convoquer des associés à l’assemblée ou à omettre d’envoyer des comptes annuels.
- La participation frauduleuse. Le même article (387) envisage l’hypothèse inverse,
celle de personnes qui, se présentant faussement comme propriétaires d’actions ou de
coupures d’actions, auront participé au vote dans une assemblée d’actionnaires, qu’elles
aient agi directement ou par personne interposée. Mais, on peut envisager de les
poursuivre pour escroquerie par usage de la fausse qualité d’actionnaire. En outre, il est
possible de prononcer la nullité des décisions prises en violation des dispositions
régissant les droits de vote attachés aux actions et d’engager la responsabilité civile des
présidents et membres du bureau.

B- Les infractions relatives au droit de vote :


Les infractions, qui punissent les irrégularités dans la tenue d’une assemblée générale
d’actionnaires ou encore touchant le droit de vote, sont prévues aux articles 387 et
suivants de la loi 17-95 qui figurent tous dans la section consacrée aux « Infractions
relatives aux assemblées d’actionnaires ». Elles visent des faits dirigés contre l’exercice
du droit de vote des actionnaires. Elles peuvent être divisées selon que ces faits ont été
commis par les dirigeants ou par quiconque, certains chercheurs parlent de la légalité et
de la sincérité du vote.
1- les infractions commises par les dirigeants :
Il s’agit d’abord des délits prévus par l’article 388 de la loi 17-95 aux termes duquel «
Seront punis d'une amende de 30.000 à 300.000 dirhams, les membres des organes
d'administration, de direction ou de gestion d'une société anonyme qui n'auront pas
réuni l'assemblée générale ordinaire dans les six mois de la clô ture de l'exercice ou
pendant la période de sa prorogation ou, qui n'auront pas soumis à l'approbation de
ladite assemblée les états de synthèse annuels et le rapport de gestion. »
Les deux délits définis sont des infractions d’omission qui sont, à ce titre, réalisées par
un acte négatif. La première infraction punit l’abstention de réunir l’assemblée générale
ordinaire dans les délais légaux ou judiciaires et la seconde, l’abstention de présenter
certains documents à cette assemblée en vue de leur approbation.
Par ailleurs, l’article 389 ajoute dans ce cadre la non-convocation des actionnaires.
qui dispose que «Seront punis d'une amende de 8 000 à 40 000 dirhams, les membres
des organes d'administration, de direction ou de gestion d'une société anonyme qui
n'auront pas convoqué, à toute assemblée, dans le délai légal, les actionnaires titulaires
depuis trente jours au moins de titres nominatifs, dans les formes prévues par les
statuts. »
Le délit est constitué par l’abstention de convocation dans les conditions légales ou
statutaires ou personnelles. Cette abstention est réalisée aussi bien par un défaut de
convocation que par une convocation différente de celle qui s’imposait.
Il y a ensuite les délits de l’article 393 qui punissent l’irrespect de certaines formalités à
observer pendant les assemblées d’actionnaires : « Seront punis d'une amende de 6 000
à 30 000 dirhams, les membres des organes d'administration, de direction ou de gestion
d'une société anonyme qui, sciemment :
1) n'auront pas fait tenir, pour toute réunion de l'assemblée des actionnaires, une
feuille de présence émargée par les actionnaires présents et les mandataires, certifiée
exacte par le bureau de l'assemblée et contenant :
2) a) les prénom, nom et domicile de chaque actionnaire présent et le nombre
d'actions dont il est titulaire ainsi que le nombre de voix attaché à ces actions ; b) les
prénom, nom et domicile de chaque mandataire et le nombre d'actions de ses mandants
ainsi que le nombre de voix attaché à ces actions ; c) les prénom, nom et domicile de
chaque actionnaire représenté et le nombre d'actions dont il est titulaire, ainsi que le
nombre de voix attaché à ces actions ou, à défaut de ces mentions, le nombre de
pouvoirs donnés à chaque mandataire ; 2) n'auront pas annexé à la feuille de présence
les pouvoirs donnés à chaque mandataire ; 3) n'auront pas procédé à la constatation des
décisions de toute assemblée d'actionnaires par un procès-verbal signé des membres du
bureau, conservé au siège social dans un recueil spécial et mentionnant la date et le lieu
de la réunion, le mode de convocation, l'ordre du jour, la composition du bureau, le
nombre d'actions participant au vote et le quorum atteint, les documents et rapports
soumis à l'assemblée, un résumé des débats, le texte des résolutions mises aux voix et le
résultat des votes. »
Il s’agit de délits d’omission qui sont matériellement constitués par les abstentions
décrites.
Il faut enfin citer le délit de l’article 394 qui punit de la peine d’amende prévues à
l'article 393, le président de séance et les membres du bureau de l'assemblée qui
n'auront pas respecté, lors des assemblées d'actionnaires, les dispositions régissant les
droits de vote attachés aux actions ».
2- les infractions commises par quiconque :
Il s’agit des délits définis à l’article 387 de la loi 17-95 qui sont punis d'un
emprisonnement de un à six mois et d'une amende de 8 000 à 40 000 dirhams ou de
l'une de ces deux peines seulement. Leur particularité répressive réside dans l’absence
de qualité déterminée de leur auteur qui n’est pas identifié comme un dirigeant, à la
différence des autres infractions à la participation aux assemblées d’actionnaires.
Ainsi l’article 387 dispose que : « Seront punis d'un emprisonnement de un à six mois et
d'une amende de 8 000 à 40 000 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement :
1) ceux qui, sciemment, auront empêché un actionnaire de participer à une assemblée
d'actionnaires ;
2) ceux qui, en se présentant faussement comme propriétaires d'actions, auront
participé au vote dans une assemblée d'actionnaires, qu'ils aient agi directement ou par
personne interposée ;
3) ceux qui se seront fait accorder, garantir ou promettre des avantages pour voter dans
un certain sens ou pour ne pas participer au vote, ainsi que ceux qui auront accordé,
garanti ou promis ces avantages. »
S’agissant de la première infraction, on parle du délit d’entrave. La seconde vise
l’usurpation de la qualité d’actionnaire, son acte matériel se caractérise par rapport à la
définition donnée par le droit des sociétés de la qualité d’actionnaire. Il s’apprécie au
moment de la participation à l’assemblée au cours de laquelle son auteur a voté en
prenant en compte toutes les circonstances de cette participation. L’infraction de
l’article 387 troisième alinéa, vise les conventions frauduleuses de vote reposant, à ce
titre, sur des avantages ou des promesses d’avantages. Elle punit une sorte de
corruption passive et active d’actionnaires constituée par le fait de se faire accorder,
garantir ou promettre des avantages ou par le fait d’accorder, de garantir ou de
promettre des avantages. L’infraction est formellù e, puisqu’elle n’exige pas que le vote
dans un certain sens ou que l’abstention de voter ait eu lieu.
II. La protection des droits patrimoniaux des associés :
A- L’interdiction des dividendes fictifs :
Le délit de distribution de dividendes fictifs est une infraction grave du droit des
sociétés dans la mesure où elle affecte le capital, gage des créanciers sociaux, la
pérennité de la société et l’ordre économique en général. En effet, la dangerosité
distribution de dividendes fictifs consiste à donner une impression générale de
fallacieuse prospérité qui risque d’être fatale à la société et à tous ceux qui auront été
amenés à s’engager avec elle. C’est la raison pour laquelle la législation marocaine a
prévu au niveau de la loi 17-95 une disposition pénale qui incrimine cette infraction.
Le dividende fictif peut être identifié par quatre éléments de preuve :
- Une distribution réelle de dividendes : il faut qu’il y ait une distribution certaine. On ne
peut pas présumer la distribution, il est nécessaire qu’elle soit faite pour la qualifier de
fictive.
- L’inventaire est frauduleux ou même inexistant : l’inventaire est un document
comptable enregistrant et prévoyant les actifs et passifs de la société.
Ainsi, à la clô ture d’un exercice, il sert de récapitulatif de l’exercice passé. L’absence d’un
tel document conduira directement à penser qu’une distribution des dividendes a été
effectuée sans que l’état des comptes soit approuvé.
De plus, le bilan, avec des actifs gonflés et/ou des passifs réduits, afin de permettre un
bénéfice comptable est considéré comme fictif par le législateur.
- Les dividendes doivent être fictifs : on appelle dividende fictif un dividende extrait de
sommes non-distribuables soit par rapport à la situation économique de l’entreprise
(bilan négatif), soit par rapport à la nature de ces sommes (capital social, réserve légale,
réserves statutaires.)
- L’élément intentionnel : il est nécessaire d’apporter la preuve que les dirigeants ont,
volontairement et en connaissance de cause, distribué des dividendes fictifs.
Les responsables de ce type de délit sont les personnes physiques positionnées à la tête
des entreprises. Aussi, sont concernés :
- Pour les sociétés anonymes, le président, les directeurs généraux, les membres du
directoire
- Pour les sociétés à responsabilité limitée, seul le(s) gérant(s)
- Pour les sociétés par action simplifiée, le président et les dirigeants
- Pour les sociétés en commandite par actions, seul le(s) gérant(s)
Il est important de préciser que les dirigeants visés, doivent avoir été en poste le jour de
l’assemblée générale, qui a permis la distribution des dividendes fictifs.
De plus, les dirigeants de fait sont tout aussi responsables. On appelle dirigeant de fait
un dirigeant n’étant pas nommé dans les statuts de la société comme dirigeant, mais,
grâ ce à une situation de fait, exerce un pouvoir de gestion sur l’entreprise.
La sanction pour les dividendes sur les bénéfices fictifs est prévue par l’article 384 de la
loi 17-95 qui dispose que : Seront punis d'un emprisonnement de un à six mois et d'une
amende de 100 000 à 1 000 000 de dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement
les membres des organes d'administration, de direction ou de gestion d'une société
anonyme qui, en l'absence d'inventaire ou au moyen d'inventaires frauduleux, auront,
sciemment, opéré entre les actionnaires la répartition de dividendes fictifs.

B- La protection des actionnaires en cas de modification du capital :


1- La protection du droit de souscription préférentiel :
Lorsqu’une augmentation de capital est réalisée, elle a pour résultat de faire entrer dans
la société de nouveaux actionnaires : les droits des anciens associés subissent une
atteinte d’autant plus sensible que le nombre des nouveaux venus est plus élevé. Anciens
et nouveaux concourront désormais à la répartition des réserves et au partage des
bénéfices réalisés et, d’autre part, l’équilibre au sein des assemblées va se trouver réduit.
Il a donc été institué au profit des anciens actionnaires et de certains obligataires un
droit préférentiel de souscription. L’article 189 de la loi 17-95, dispose que : «  les
actionnaires ont un droit de préférence à la souscription des actions nouvelles de
numéraire, proportionnellement au nombre d'actions qu'ils possèdent ».
Mais ce droit préférentiel n’est pas absolu. En effet, l’article 192 de la même loi reconnaît
en effet à l’assemblée qui décide ou autorise une augmentation de capital, la possibilité
de le supprimer pour la totalité de l’augmentation de capital ou pour une ou plusieurs
tranches de cette augmentation.
Encore faut-il que cette suppression intervienne dans des conditions normales. Ainsi,
l’incrimination portée par l’article 399 poursuit cet objectif. Est ainsi puni d’un
emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 12 000 à 120000 dirhams le fait,
pour le président, les administrateurs ou les commissaires aux comptes d’une société
anonyme, de donner ou confirmer des indications inexactes dans les rapports présentés
à l’assemblée générale appelée à décider de la suppression du droit préférentiel de
souscription des actionnaires.
Il a été jugé que l’omission d’un renseignement ne peut en principe équivaloir à la
communication d’une information inexacte. Cette jurisprudence bienveillante n’étant
pas en harmonie avec celle élaborée à propos du délit d’informations mensongères
commis par les commissaires aux comptes1.
Le législateur ne s’était pas contenté de protéger pénalement le processus de
suppression du droit préférentiel de souscription, ayant aussi édicté plusieurs
incriminations destinées à garantir l’intégrité de ce droit, tant au profit des actionnaires
que des obligataires.

1
Droit pénal des affaires Ed. 10 n°342, p. 253
Ainsi l’article 396 fulminait-il une amende de 10000 à 100000 dirhams contre les
dirigeants d’une société anonyme qui, lors d’une augmentation de capital, ne faisaient
pas bénéficier les actionnaires proportionnellement au montant de leurs actions, d’un
droit préférentiel de souscription des actions de numéraire, ou qui ne réservaient pas
aux actionnaires le délai de vingt jours au moins, à dater de l’ouverture de la
souscription, pour l’exercice de leur droit de souscription, ou qui n’attribuaient pas les
actions rendues disponibles, faute d’un nombre suffisant de souscriptions à titre
préférentiel, aux actionnaires ayant souscrit à titre réductible un nombre d’actions
supérieur à celui qu’ils pouvaient souscrire à titre préférentiel, proportionnellement aux
droits dont ils disposent.
La même amende était encore prévue à l’encontre des mêmes personnes qui, en cas
d’émission antérieure d’obligations avec bons de souscription ou d’obligations
convertibles en actions, ne réservaient pas les droits des titulaires de bons de
souscription qui exerceraient leur droit de souscription ou les droits des obligataires qui
opteraient pour la conversion
La même règle s’applique également en cas d'émission antérieure d'obligations
convertibles en actions, auront, tant qu'il existe des obligations convertibles, amorti la
valeur nominale des actions de capital ou réduit le capital par voie de remboursement,
ou modifié la répartition des bénéfices ou distribué des réserves, sans avoir pris les
mesures nécessaires pour préserver les droits des obligataires qui opteraient pour la
conversion.
L’article 397 prévoit une circonstance aggravante lorsque ces infractions ont été
commises en vue de priver les actionnaires ou certains d’entre eux de leurs droits dans
le patrimoine de la société.
En France, ces incriminations ont disparu avec la loi n° 2003-706 de sécurité financière
du 1er aoû t 1986 qui a estimé suffisante l’édiction en la matière d’un cas de nullité (C.
com. art. L. 225-149-3). Et la circonstance aggravante commune à ces six délits et portée
par l’article L. 242-19 C. com. connaît le même sort.
2- La protection des actionnaires en cas de réduction ou d’amortissement du
capital:
La réduction du capital est une mesure ambivalente, souvent révélatrice de graves
difficultés, mais aussi annonciatrice d’une prospérité nouvelle. Deux procédés
permettent d’y parvenir. Le premier moyen consiste à essayer de rééquilibrer les
comptes, creusés par un très important déficit, à partir du capital, dans le cas où les
réserves ont été épuisées.
Le second consiste à la diminution du montant nominal ou du nombre des actions qui
sont annulées par la société. Assurément licite, ce moyen ne saurait être laissé à l’entière
fantaisie des dirigeants sociaux. Ainsi, l’article 401 punit d’une amende de 10000 à
50000 dirhams le président ou les administrateurs d’une société anonyme qui
sciemment auront procédé à une réduction du capital social sans respecter l’égalité des
actionnaires.
Pour ce qui est de l’amortissement du capital, celui-ci s’analyse comme un versement
anticipé aux actionnaires de leur part dans la liquidation future de la société.
L’expression amortissement du capital est source d’erreur, il ne s’agit pas de la
restitution aux actionnaires du capital qu’ils ont apporté. Ce capital étant le gage des
créanciers, il ne peut être rendu aux actionnaires.
En réalité, la société rembourse aux actionnaires leurs fonds initialement versés sans
que ces derniers perdent leurs qualités. Leurs actions deviennent alors des actions de
jouissance leur permettant de participer aux décisions politiques de la société, de
conserver leurs droits financiers, mais sans pour autant avoir droit au boni de
liquidation.
En raison de l’incertitude que l’actionnaire percevra la somme initialement investi dans
la société au moment de sa dissolution, et parce que l’amortissement des actions
avantages certains investisseurs en capital au détriment des autres, le législateur dans
l’article 272 a prévu qu’il est interdit d’amortir les actions par voie de tirage au sort.
Selon l’article 202, l’amortissement ne peut être que par voie de remboursement égale
sur chaque d’une même catégorie.
Et afin d’assurer l’efficacité de la règle, le législateur a, dans l’article 400, prévu une
peine d’emprisonnement de un à six mois et d'une amende de 7.000 à 35.000 dirhams
ou de l'une de ces deux peines seulement, pour les membres des organes
d'administration, de direction ou de gestion d'une société anonyme qui auront procédé à
l'amortissement de la valeur nominale des actions du capital par voie de tirage au sort »
En France, dans le cadre de la dépénalisation du droit des sociétés, La loi NRE du 15 mai
2001 a abrogé l’article L. 242-22 qui punissait le fait pour le président ou les
administrateurs d’une SA de procéder à l’amortissement du capital par voie de tirage au
sort des actions.
Ne demeurait plus que l’infraction visée par l’article L. 245-3, 1°, dans sa rédaction due à
l’ordonnance du 24 juin 2004 (art. 50-III), qui punit les dirigeants sociaux d’un
emprisonnement de six mois et d’une amende de 6 000 € si la société procède à
l’amortissement de son capital alors que la totalité des actions à dividende prioritaire
sans droit de vote n’ont pas été intégralement rachetées et annulées. Infraction qui a été
supprimée à son tour par la loi du 22 mars 2012.
Bibliographie :

Ouvrages :

- Wilfrid Jeandidier, Droit pénal des affaires, 6ème édition, Dalloz.

- Pierre A. LALIVE, Problèmes relatifs à l’arbitrage international commercial,


Recueil des cours de l’Académie de droit international de La Haye, A.W Sijthoff,
1967, Volume 2.

- Philippe Conte et Jean Larguier, Droit pénal des affaires, Armand Colin, 2004

- Jacques-Henri Robert et Haritini Matsopoulou, Traité de droit pénal des affaires,


P.U.F, 2004

- Jean Didier, L’élément moral des infractions d’affaires ou l’art de la


métamorphose, Mélanges Decocq, Litec 2004

Articles :
- Mohamed Jaouhar, “Lecture dans le droit pénal des affaires: Cas du droit pénal
des sociétés anonymes”, Colloque sous le thème “Dix années de droit des
entreprise au Maroc”, IMADE 2007