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Histoire

Début juin 1940, avant même la les chars


signature de l’armistice, le haut-com- français
mandement allemand prévoit de récu- de l’armée
pérer les blindés français pour les réem- allemande
ployer. Début juillet, quatre états-majors au combat en
spéciaux font le tour du champ de Normandie,
bataille pour rassembler les engins
abandonnés ou endommagés, pen-
dant que les industriels sont invités à
été 1944

Philippe NAUD 1944


terminer les commandes passées par
l’armée française. Les chars français Ci-dessus. En 1940, la défaite militaire aligne alors 29 Hotchkiss, 10 Somua
doivent servir dans des unités blindées Les grenadiers de la France livre d’énormes et 5 B1bis, pour moitié hors-service le
allemands appuyés
d’occupation mais aussi à des fins par deux quantités de matériels au 1er juin ! Ce bataillon perd quasiment
d’entraînement, en attendant les Pan- Beutepanzer vainqueur dont plus de tous ses chars durant la retraite.
zer « germaniques » nécessaires à la affrontent les paras 3 000 blindés. Quatre ans La Normandie accueille trois unités
formation des dix nouvelles Panzer- américains. équipées de chars français, deux dans
plus tard, quand les Alliés
divisionen voulues par Hitler. Les carac- débarquent en Normandie, le secteur américain et un dans le sec-
téristiques des engins hexagonaux – les premiers « Panzer » teur anglais. Dans ce dernier cas, il
lenteur, faible rayon d’action, tourel- rencontrés sont souvent ces s’agit du Panzer-Regiment 22 de la
le monoplace, etc. – les rendent en mêmes engins, remis en célèbre 21.Panzer, anéantie en Tuni-
effet impropres à la guerre de mou- service par les Allemands ! sie en mai 1943. Le PzRgt.100 équi-
vement voulue par les stratèges alle- pé de chars français, rebaptisé Pz.Rgt.22,
mands. Plusieurs unités de « Beute- des bandes des actualités cinémato- intègre la division avec 192 engins.
panzer », « chars de prise », voient le graphiques, en partie reprises dans le Il en cède une grande partie en échan-
jour et servent de la Finlande aux Bal- film Paris brûle-t-il ?, où ses Hotchkiss ge de PzKpfw IV, mais, début juin
kans, certaines se trouvant en Nor- tractent des remorques blindées pour 1944, conserve quand même 34
mandie en juin 1944. ravitailler des points d’appui isolés. La Somua et 2 Hotchkiss dans son II.Abtei-
compagnie met aussi en œuvre au lung aux côtés de 26 PzKpfw IV, dont
LES UNITÉS DE CHARS moins un Somua S-35, un Renault R- six Ausf. C parfaitement désuets… La
DE PRISE EN NORMANDIE 40 et des Panthers ! Le Panzer-Abtei- 21.Panzerdivision se situe à proximi-
A cette date, seuls subsistent des lung 213, cantonné dans les îles anglo- té de Caen et compte aussi des blin-
bataillons – Abteilungen, plutôt « déta- normandes, avec pas moins de 36 dés basés sur des châssis français dans
chement » – et des compagnies auto- B1bis, « Pz.Kpfw. B2 » dans la termi- ses régiments de Panzergrenadiere et
nomes. nologie allemande, se rend en mai d’artillerie, sans oublier un groupe
Plusieurs se trouvent en France mais 1945 sans avoir vu le feu. 26 de ses autonome de canons automoteurs.
loin du champ de bataille normand. engins sont des « Flamm PzKpfw. B2 D’autres unités sont également dans
Les plus notables sont au nombre de », une version où le canon de 75 mm ce cas, telle la 716.Infanterie-Division,
trois. D’abord, la 8.Kompanie, Pan- cède la place à un lance-flammes. Le avec des automoteurs antichars de
zer-Rgt.100, qui est en fait l’ex « Pan- Pz.Abt.205 reste basé près du Havre 47 mm sur châssis de R-35 et, peut-
zer-Kompanie-Paris ». Elle apparaît sur pendant la bataille de Normandie. Il être, des H-39.

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Deux Abteilungen se trouvent en engins, à savoir 2 R-35, 28 Hotchkiss, Ci-dessus. bablement de quelques Hotchkiss
secteur américain, plus précisément 10 S-35 et 6 B1bis, mais également Deux Beutepanzer du cédés par la 21.Panzer. La confusion
Panzer-Rgt.22 de la
dans la péninsule du Cotentin, der- trois canons antichars de 75 mm. 21.Panzer, un Somua
régnant chez les Allemands, malgré
rière le secteur « Utah ». Le Panzer- Ces « Panzer » sont les premiers blin- S-35 et un Hotchkiss l’arrivée d’éléments de la 21.Panzer,
Ausbildungs und Ersatz-Abteilung 100 dés allemands à connaître le feu en H-39, s’entraînent empêche le lancement de toute contre-
se trouve être d’abord une unité d’entraî- Normandie. en Normandie, attaque efficace avant que les « Ox
nement, comme son nom l’indique. probablement au and Bucks » ne soient renforcés. Bref,
Rattaché à la 91.Luftlande-Division, il LES BEUTEPANZER DU D-DAY printemps 1944.
les aéroportés gardent les ponts et,
En juin, la
possède à la mi-mai quelque 30 chars. Dans les deux secteurs, les Beute- Panzerdivision après avoir débarqué sans trop de dif-
En dehors de trois PzKpfw III – Ausf. panzer se heurtent d’abord à des compte encore ficultés à « Sword », la 3rd Infantry Divi-
G ? – il s’agit de Beutepanzer français troupes d’élite alliées, les paras de la plusieurs engins sion, puissamment renforcée, avance
de ce type, qui n’ont
soit 19 R-35, 8 Hotchkiss, 1 S-35 et 1 6th Airborne Division anglaise et de guère de valeur prudemment à l’ouest de l’Orne, vers
B1bis1. Avec plus de 660 soldats, il for- la 82nd Division américaine. militaire face aux l’intérieur des terres et Caen. Dans
me trois compagnies, dont deux mixtes Près de Caen, des détachements Sherman alliés... DR. l’après-midi, le gros du Panzer-Regi-
avec un peloton de cinq R-35 et deux d’assaut du « 2nd Ox and Bucks » pren- ment.22 contre-attaque avec en poin-
sections d’infanterie, seule la 2.Kp nent le contrôle des ponts de Bénou- te la compagnie de commandement
étant entièrement « blindée ». Le Pan- ville et Ranville sur l’Orne et le canal et la 5.Kompanie, avec cinq PzKpfw
zer-Abteilung.206, lui, est une troupe voisin vers 0 h 30 le 6 juin2. La réac- IV et neuf Somua… Près de Biéville,
blindée « classique ». Basé à Cher- tion allemande est confuse et mal- elles rencontrent les Sherman du Staf-
bourg, il doit contribuer à la défense adroite. A 2 h 30, la Panzerjäger-Kom- fordshire Yeomanry venant soutenir
du port, objectif stratégique de toute panie mécanisée de la 716.ID contre- les fantassins du King’s Shropshire
première importance. D’ailleurs, dès attaque depuis Biéville, sur la rive Light Infantry et leurs canons antichars
1941, les Beutepanzer français, en rai- occidentale de l’Orna, mais perd un de 6-Pounder. Huit chars, apparem-
son de leur faible rayon d’action et de engin suite à un tir de PIAT. Les Anglais ment tous des PzKpfw IV, sont mis
leur bon blindage, sont jugés parti- affirment avoir détruit un Panzer, en hors de combat et les Allemands n’insis-
culièrement aptes à ce type de mis- fait plutôt un « 4,7 cm Pak(t) Sfl. Auf tent pas. De toute évidence, les Somua
sion de défense côtière, en contre- Fgst.Pz. kpfw.35R », un canon de 47 Ci-dessous. n’ont pas pesé lourd dans cet enga-
attaquant l’ennemi sur les plages ! mm tchèque monté sur un châssis de PzKfpw 35H (f). gement. La tête de pont de « Sword »
Début juin, le Pz.Abt.206 aligne 46 R-35, même si la 716.ID dispose pro- (AGN Miniatures). ne sera plus menacée.
A l’ouest, les engagements se mul-
tiplient entre le Panzer-Ausbildungs
und Ersatz-Abteilung 100 – Pz.Abt.
100 – et les paras de la 82nd Division.
Malgré l’importante activité aérienne
et les tirs nocturnes, l’unité ne semble
pas avoir pris la mesure des événe-
ments de la nuit. Au matin, une cor-
vée de ravitaillement part, comme
d’habitude, chercher le lait, sans s’inquié-
ter des corolles de parachutes constel-
lant les champs, et ne revient pas. Le
Major Bardtenschlager, Kommandeur
du Pz.Abt.100, part sur ses entrefaites
pour le quartier-général de la 91.Luft-
lande-Division et disparaît à son tour.
Ces pertes sont probablement dues
à des paras de la 101st Airborne dis-
persés dans le secteur de la 82nd.

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Histoire
Cependant, vers 10 h, au sud de Sain- la 9th Division se heurte à seize chars
te-Mère-Eglise, les soldats du 505th avançant près d’Orglandes, au nord-
Parachute Infantry Regiment – PIR – est de Saint-Sauveur le Vicomte, un
voient avancer « deux compagnies des pivots de la défense allemande
d’infanterie » appuyées par quelques dans le Cotentin avec Montebourg.
blindés dont « deux ou trois petits Les blindés restant sur la défensive,
chars », sans doute du PzAbt.100. Ces les GI’s « allument » trois « Mark III »
« Panzer » encaissent quelques obus au bazooka et au canon de 57 mm,
tirés par un canon de 57 mm qui les perdant deux pièces en échange. Tout
arrête. Un autre combat se déroule laisse à penser qu’il s’agit de chars du
en fin d’après-midi à l’ouest de Sain- Pz.Abt.206. Dans tous les cas, à 9 h,
te-Mère-Eglise, au pont de la Fière, où quatre Panzer et des fantassins – de
le 1057.Infanterie-Regiment attaque, la 243.ID ? – contre-attaquent avec
bien soutenu par un feu d’artillerie et succès le 1st Battalion du 60th Regi-
de mortiers. S’ajoutent des chars du ment. Deux compagnies américaines
PzAbt.100, soit un PzKpfw III et deux perdent leurs chefs, mais la situation
R-35. Le chef de bord du PzKpfw III, est rétablie par le 2nd Battalion qui
sorti de sa tourelle pour observer le reprend une partie du terrain perdu.
terrain, est aussitôt tué, mais les trois Le lendemain, le régiment contourne
engins avancent quand même. Les les chars et progresse vers l’ouest.
défenses antichars consistent en mines, Au matin du 18 juin, il atteint la côte
un canon de 57 mm et, surtout, trois occidentale, coupe la péninsule et iso-
équipes armées de bazooka. D’ailleurs, le les Allemands défendant Cherbourg.
les soldats Heim et Dolan mettent Le Pz.Abt.206 ne joue plus qu’un rôle
avec une telle arme deux des chars de second ordre dans cette dernière
hors de combat, le troisième étant Ci-dessus. français de la 21.Panzer. Les deux phase, Somua et Hotchkiss ne faisant
également frappé par des obus du Un beutepanzer engins tirent quasiment en même pas le poids face à des GI’s mieux
victime des
canon antichar3. Nouvel échec pour parachutistes
temps et le Tetrarch, sérieusement appuyés par leurs Sherman et M10.
les Allemands qui lancent un autre américains. endommagé, doit à un écran de fumée Le 20, dans le secteur de la 79th Divi-
assaut le lendemain matin avec deux, de pouvoir se replier ! sion, pas moins de douze chars sont
ou peut-être quatre, Panzer. Les blin- Ci-dessous. Dans le secteur américain, beau- capturés intacts. Les débris du Pan-
dés sont plus prudents, restants à dis- PzKfpw 35R (f). coup plus coupé par bois et bocages, zer-Abteilung 206 se trouvent pris au
(AGN Miniatures).
tance, mais un H-39 succombe quand les Beutepanzer des deux Panzer- piège dans le port qui capitule le 27 juin,
même sous le tir de l’antichar de 57 mm. Abteilungen restent présents. Le les dernières résistances dans la pénin-
Cependant, les fantassins profitent de 1 - N. Zetterling in « Nor- Pz.Abt.100 perd la plupart de ses sule cessant le 1er juillet.
mandy 44 », J.J. Fedoro-
la protection offerte par les épaves de wicz, 2000, p. 176, indique engins sous les coups des paras du Prévus au départ pour assurer des
la veille et engagent les défenseurs à 30 chars dont un seul 508th PIR4. Le 13, attaquant sans blin- missions d’entraînement ou de « main-
courte distance. Les Américains – PzKpfw III et 5 FT-17. dés depuis leurs positions sur le Mer- tien de l’ordre », les Beutepanzer pou-
2 - « Ox and Bucks » =
Company A, 505th PIR – sont déci- « Oxfordshire and Buc- deret, ils brisent sans difficulté les lignes vaient difficilement, en 1944, prétendre
més et prêts à décrocher quand les kinghamshire Light Infan- « tenues » par le Pz.Abt.100 autour de contribuer de façon significative à
try », l’unité chargée de la
Allemands demandent une trêve pour prise des ponts et com- Beuzeville-la-Bastille et détruisent ou l’effort de guerre allemand en Nor-
évacuer leurs blessés et en profitent mandée par le Major capturent une quinzaine de chars dont mandie. Cependant, face à des troupes
pour se replier. Dans l’après-midi, un Howard, une des figures cinq « Renault ». Une partie de ces légèrement équipées ou sans appui
du « Jour le plus long ».
premier peloton de Sherman du 746th 3 - Marcus Heim se voit engins n’était probablement pas opé- blindé, R-35 et autres Somua ont, ponc-
Tank Battalion arrive sur les lieux. Les décoré de la Distinguished rationnelle. L’unité allemande part en tuellement, joué un certain rôle tac-
Service Cross pour son
Beutepanzer ne représentent plus une courage à cette occasion. morceaux et, le 19, à Prétot, l’ultime tique.
menace … 4 - Rappelons que, si l’on PzKpfw III, identifié comme un « Mk
Cependant, les chars de prise conti- suit strictement la chro- IV » par les paras, est détruit. Le 1er L’auteur tient à remercier O. Per-
nologie historique, les paras
nuent à servir en première ligne bien et rangers de « Il faut sau- juillet, le Pz.Abt.100 est officiellement ronny pour lui avoir indiqué l’excel-
après le 6 juin. ver le soldat Ryan » dissous. lent travail réalisé par Niels Hen-
devraient affronter des Beu-
Quant au Pz.Abt.206, à l’aube du kenmans sur le Pz.Abt. 100 sur le
LES BEUTEPANZER tepanzer du Pz.Abt.100 et
non des Tiger SS... 15 juin, le 60th Infantry Regiment de site Missing-Lynx.com. ❏
AU DELÀ DU D-DAY
Les « chars de prise » français brillent
peu dans le secteur anglais après le
D-Day.
Le 7 juin, les unités canadiennes qui
avancent depuis « Juno » croisent au
moins un « 4,7 cm Pak(t) Sfl. Auf
Fgst.Pz.kpfw.35R » mais les « vrais »
Beutepanzer de la 21.Panzer ne sem-
blent plus avoir été engagés. Le 1er
juillet, la division ne compte plus qu’un
Somua à son inventaire. Les engins
français n’ont de toute façon aucun
intérêt face aux Sherman et Churchill
anglais. Notons cependant un inci-
dent à l’est de l’Orne. Le 7, un des
rares chars légers aérotransportés
Tetrarch employé aux côtés des paras
rencontre un automoteur sur châssis

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