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Cours : Droit des assurances

Auteur : Didier Krajeski


Leçon n° 7 : Le sinistre

Table des matières


Section 1. La situation de l'assuré......................................................................................................... p. 2
§ 1. La déclaration du sinistre......................................................................................................................................p. 2
§ 2. La sanction de l'inexécution de l'obligation...........................................................................................................p. 4
Section 2. La situation de l'assureur..................................................................................................... p. 5
§ 1. L'évaluation de la prestation................................................................................................................................. p. 5
A. L'application du principe indemnitaire............................................................................................................................................ p. 5
1. La valeur de la chose assurée................................................................................................................................................................................... p. 5
2. La surassurance.......................................................................................................................................................................................................... p. 7
3. Le cumul d'assurance................................................................................................................................................................................................. p. 7
B. Les limitations de garantie............................................................................................................................................................. p. 8
1. La sous assurance...................................................................................................................................................................................................... p. 9
2. Les franchise, découvert obligatoire et plafond........................................................................................................................................................ p. 10
§ 2. L'exécution de la prestation................................................................................................................................ p. 10
§ 3. Les droits de l'assureur.......................................................................................................................................p. 12
A. Le recours subrogatoire............................................................................................................................................................... p. 12
1. Le domaine du recours............................................................................................................................................................................................. p. 12
2. Les conditions du recours......................................................................................................................................................................................... p. 14
3. La portée du recours.................................................................................................................................................................................................p. 15
B. La faculté de résiliation................................................................................................................................................................ p. 16
Section 3. La situation du tiers victime............................................................................................... p. 17

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Le sinistre est " la réalisation du risque garanti par un contrat d'assurance valable en cours
d'exécution (Y. lambert Faivre, op. cit., n° 481) ".

Dans les assurances de responsabilité, le Code des assurances définit désormais la notion de
sinistre.

Selon l'article L. 124-1-1 du Code des assurances, le sinistre est « tout dommage ou ensemble
de dommages causés à des tiers, engageant la responsabilité de l'assuré, résultant d'un fait
dommageable et ayant donné lieu à une ou plusieurs réclamations ».

Le fait dommageable est « celui qui constitue la cause génératrice du dommage. Un ensemble
de faits dommageables ayant la même cause technique est assimilé à un fait dommageable
unique ».

L'assuré peut solliciter la garantie et l'assureur va devoir tenir ses engagements. La situation est
cependant complexe. L'assuré a encore des obligations et l'assureur a des droits une fois son
engagement rempli. Pour avoir une vision complète de la question, il faut envisager le sinistre du
point de vue de l'assuré et de l'assureur. Il faut encore mentionner une personne : la victime de
l'assuré dans les assurances de responsabilité. Elle pourra agir directement contre l'assureur au
moyen de l'action directe.

Section 1. La situation de l'assuré


Au moment de la réalisation du sinistre, l'assuré est soumis à une obligation de célérité : il doit
déclarer le sinistre dans un certain délai au risque de perdre son droit à garantie.

§ 1. La déclaration du sinistre
La survenance du sinistre est l'événement en vue duquel l'assuré a souscrit une garantie. Le
sinistre transforme l'engagement virtuel de l'assureur en un engagement plus concret de fournir les
prestations promises. Le sinistre fait naître une obligation à la charge de l'assuré.

Il est tenu " De donner avis à l'assureur, dès qu'il en a eu connaissance et au plus tard dans
le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l'assureur ",
C. ass., art. L. 113-2, al.4 .

Il faut déclarer le sinistre parce que l'assureur doit être tenu au courant de l'évolution de la
mutualisation des risques. Il faut aussi prévenir le plus rapidement l'assureur au cas où il pourrait
limiter les conséquences dommageables de l'accident. Cela justifie qu'il ne puisse faire sanctionner
l'inexécution de l'obligation que s'il a subi un préjudice.

Dans certaines formes d'assurance, l'obligation de déclarer le sinistre trouve un prolongement dans
une clause d'opportunité (Cass. 1re civ., 19 déc. 2000, Resp. civ. et assur. 2001, n° 96 : assistance
aux personnes en difficulté, la même logique se retrouve dans l'assurance de protection juridique).
Cela explique que l'assuré soit tenu de revendiquer son droit à garantie le plus rapidement
possible. Le manquement à cette obligation de célérité pouvant être sanctionné durement, il
convient de décrire le comportement à adopter par l'assuré afin d'exécuter correctement l'obligation
s'imposant à lui.

L'obligation de déclarer le sinistre est une obligation de célérité. A partir de quand et pendant
combien de temps l'assuré peut-il l'exécuter, sous quelle forme, par qui, et pour quel
destinataire ?

Le point de départ de l'obligation n'est pas la survenance du sinistre. Le texte précise que le point
de départ est la connaissance du sinistre par l'assuré.

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Jurisprudence
La jurisprudence en déduit que la connaissance du sinistre n'est pas seulement la connaissance
de la survenance de l'événement dommageable mais la connaissance des conséquences
dommageables de l'événement (Cass. civ., 20 juill. 1942, RGAT 1942, p. 355, note A Besson ; JCP
éd. G 1942, II, n° 2044, note A. Besson ; D. 1942, p. 129, note P. L.-P).

Il ne faut pas voir dans la décision qu'une faveur pour l'assuré, mais une recherche de cohérence.
Si l'on considère que l'assuré ne s'assure pas contre un événement mais contre ses conséquences
dommageables, le sinistre n'est pas alors l'événement lui-même mais la manifestation de ses
conséquences dommageables (sur ce point, voir : V. Nicolas, Essai d'une nouvelle analyse du contrat
d'assurance, op. cit., n° 112 s.). L'assuré ne doit donc procéder à une déclaration que lorsqu'il a
connaissance de l'existence de ces conséquences dommageables (Cass. 1re civ., 25 mai 1976, Bull.
civ. I, n° 199 ; RGAT 1977, p. 191, note A. Besson).

Le délai limite de déclaration est fixé par le contrat sans qu'il puisse être inférieur à cinq jours,
C. ass., art. L. 113-2, 5e al. (elle prévoit parfois un délai plus court). La loi n'impose pas de formes
pour faire la déclaration, ce serait contraire à l'objectif de célérité. L'assuré peut donc informer
l'assureur par tout moyen.
Le contrat d'assurance ne peut pas imposer de formes particulières de déclaration (Cass. 1re
civ., 2 mars 1994, Bull. civ. I n° 80 ; RGAT 1994, p. 605, note A. Favre-Rochex). Si le contrat
ne peut imposer de telles formes, un texte peut exceptionnellement le faire. C'est le cas pour la
déclaration du sinistre en assurance des dommages à l'ouvrage (C. ass., art. A. 243-1, annexe II).
Ce formalisme peut avoir un avantage déterminant. En effet, il appartiendra à l'assuré de démontrer
qu'il a effectivement exécuté son obligation. Il faut bien qu'à un moment donné la déclaration soit
faite sur un support pouvant servir de preuve. Celle-ci est libre. La contrainte résultant de la preuve
de l'exécution n'est cependant pas la seule. Quel que soit le support de la déclaration, l'assuré devra
démontrer qu'il a effectivement déclaré un sinistre et pas uniquement fait référence à un accident.
La déclaration doit manifester la volonté de l'assuré de mettre en jeu la garantie de l'assureur.
La solution, quoique logique, réserve des difficultés lorsque l'assuré entre en contact avec son
assureur pour déterminer si, au vu des circonstances, le sinistre est couvert. Dans ce cas, l'existence
d'une réelle déclaration semble reposer sur les seules diligences de l'assureur. Ne peut-on alors
considérer qu'il appartient à l'assureur de conseiller utilement son assuré et décider qu'il ne
peut, plus tard, invoquer l'absence de déclaration franche du sinistre? La jurisprudence n'en
est pas là.

Le sinistre est en principe déclaré à l'assureur. Cette déclaration ne provient pas nécessairement
de l'assuré. Un mandataire de l'assuré ou toute personne y trouvant un intérêt peut faire cette
déclaration. Si la situation la plus simple et la plus sécurisante est la déclaration à l'assureur, une
déclaration à une autre personne est efficace si elle est mandataire de l'assureur (Cass. 1re civ.,
7 déc. 1977, D. 1977, IR, p. 178, obs. J.-C. Berr et H. Groutel. Cass. 1re civ., 23 juin 1993, RGAT
1993, p. 788, note H. Margeat). Comme souvent, pourra éventuellement s'appliquer, en l'absence
de mandat, la théorie du mandat apparent (Cass. 1re civ., 28 juin 1983, Bull. civ. I, n° 187).

En dernière hypothèse, les mandataires de l'assuré ou de l'assureur doivent signaler le sinistre


à l'assureur. Il existe néanmoins une différence notable entre eux. Une déclaration tardive par
un mandataire de l'assureur n'a aucune incidence sur la situation de l'assuré. En revanche, une
déclaration tardive par un mandataire de l'assuré, non relayée à l'assureur, prive l'assuré de la
garantie. Il ne reste à ce dernier que deux recours : l'application de la théorie du mandat apparent
et l'action en responsabilité contre le mandataire négligent.

Si l'assuré se trompe de police lors de la déclaration, le délai continue-t-il ou peut-on estimer que
la déclaration est valable ? La jurisprudence a plutôt tendance à considérer que la déclaration est
valable (Cass. 2e civ., 20 déc. 2007, RCA 2007, 80). La bonne foi suffit à justifier cette solution, c'est
certainement ce qu'indique dans cet arrêt la référence à l'article 1134 du Code civil.

En marge de la question de la déclaration du sinistre, il faut en envisager une autre : la preuve de


la réalisation du sinistre. L'assuré doit, en effet, déclarer le sinistre et démontrer qu'il s'est produit
dans les conditions indiquées par le contrat (question déjà envisagée avec l'étude du contenu de la
garantie : vol dans telles circonstances).

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Jurisprudence
La jurisprudence considère désormais que le contrat ne peut restreindre les procédés de preuve en
application d'un principe de liberté de preuve du sinistre (Cass. 2e civ., 10 mars 2004, RCA 2004,
chron. 20 ; J. Kullmann, "De l'aménagement contractuel de la preuve du vol à la liberté de la preuve
du sinistre" la Convention Européenne des Droits de l'Homme à l'assaut du contrat d'assurance ',
RGDA 2004, 561 s. Cf la 4e leçon). Le sinistre se prouve donc par tout moyen (Liberté de preuve
du sinistre, Cass. 2e civ., 8 janvier 2009, no 08-10874, RGDA 2009, 135, obs. Abravanel-Jolly).

§ 2. La sanction de l'inexécution de l'obligation


La sanction d'une déclaration tardive est la déchéance du droit à garantie.

La déchéance est " la perte du droit à la garantie de l'assureur, édictée conventionnellement


à l'encontre d'un assuré qui n'a pas exécuté ses obligations en cas de sinistre (Y. Lambert-
Faivre, Droit du contrat d'assurance, op. cit., n° 488) ".

Déchu du droit à garantie, l'assuré n'aura pas l'indemnité encore que le contrat soit toujours en
vigueur. En droit des assurances, la déchéance est la sanction habituelle, mais ce n'est pas son
domaine exclusif, des manquements de l'assuré après la réalisation du sinistre. Pour autant, le
manquement de l'assuré n'est pas la seule condition de mise en œuvre de cette sanction. La loi
pose une condition protectrice des intérêts de l'assuré. Elle doit être prévue par le contrat
d'assurance.

C'est la condition posée par l'article L. 113-2 al. 10 du Code des assurances : " Lorsqu'elle est
prévue par une clause du contrat... ".

• Elle ne peut prévoir de déchéance en cas de violation des lois ou des règlements " à moins que
cette violation ne constitue un crime ou un délit intentionnel ", C. ass., art. L. 113-11, al.1.

Par ailleurs, aucune déchéance ne peut sanctionner le " simple retard apporté par lui à la
déclaration du sinistre aux autorités ou à des productions de pièces ", C. ass., art. L. 113-11,
al.2 (retard dans production documents médicaux : Cass. 2e civ., 30 juin 2004, JCP G 2004,
IV, 2806). Si ces négligences ne peuvent aboutir à une déchéance, le texte prévoit qu'elles
autorisent l'assureur à réclamer une indemnité en fonction du préjudice qu'elles lui causent.
• Les clauses de déchéances sont, ensuite, soumises à des conditions de forme.

L'exigence découle de l'article L. 112-4 al. 12 du Code des assurances: " Les clauses des
polices édictant des nullités, des déchéances ou des exclusions ne sont valables que si elles
sont mentionnées en caractères très apparents ".Si la clause n'est pas lisible ou si elle est
trop discrète, elle est réputée non écrite (Cass. 2e civ., 11 juin 2009, n° 08-18.778,RCA 2009,
228. - Cass. 2e civ., 15 déc. 2011, n° 10-26983, EDA 2012, 21, obs. Casson). Elle doit donc
être claire et précise. Lorsque la clause est valable, la loi soumet l'efficacité de la sanction à
une dernière condition : l'assureur doit démontrer l'existence d'un préjudice lié au retard, C.
ass., art. L. 113-2 al.9 (Cass. 2e civ., 7 mai 2009, n° 08-11.391, RCA 2009, 228). Même si
les conditions sont réunies, la déchéance n'est pas encourue si le retard a été causé par un
cas fortuit ou de force majeure. L'assureur ne pourrait, alors, opposer la clause à l'assuré. De
plus, il est possible que l'assureur renonce à se prévaloir du retard dans la déclaration comme
il peut renoncer à se prévaloir d'une omission lors de la déclaration du sinistre. En la matière,
s'appliquera la présomption de renonciation découlant de la direction du procès de l'assuré.
Enfin, la déchéance, sanction d'une négligence de l'assuré, a un effet relatif.
• Elle est opposable, au delà de l'assuré, au bénéficiaire de l'assurance, C. ass., art. L. 112-1.
En revanche, elle n'est pas opposable aux personnes exerçant une action directe en vertu d'un
droit à réparation, C. ass. art. R. 124-1 ou d'un privilège ou d'une hypothèque portant sur la
chose assurée.

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Section 2. La situation de l'assureur
Le rôle de l'assureur est simple : il doit la prestation promise en cas de sinistre. C'est un cas classique
d'exécution de l'obligation qui se pose et conduit à envisager deux phases : l'évaluation de la
prestation et les circonstances de son exécution. Bien que la prestation trouve sa source dans
un contrat, son évaluation n'en est pas moins par le principe indemnitaire. Une fois la prestation
versée, l'assureur se voit reconnaître des droits.

§ 1. L'évaluation de la prestation
La prestation est évaluée en fonction de deux principes énoncés par le Code des assurances.

Le premier découle de la règle selon laquelle : " Lors de la réalisation du sinistre ou à l'échéance
du contrat, l'assureur doit exécuter dans un délai convenu la prestation déterminée par le
contrat et ne peut être tenu au-delà ", C. ass., art. L. 113-5

Sans véritable surprise, le Code des assurances énonce un principe de liberté contractuelle. Il en
découle que le juge ne doit, en cas de litige, accorder d’indemnité que pour des risques (Cass. 2e
civ., 8 juill. 2010, n° 09-16.012, RCA 2010, 295) et des dommages dont la couverture est prévue
(Cass. 2e civ., 4 nov. 2010, n° 09-71677, EDA 01-2011, obs. Krajeski).

Le second principe est le suivant : " L'assurance relative aux biens est un contrat d'indemnité ;
l'indemnité due par l'assureur à l'assuré ne peut pas dépasser le montant de la valeur de la
chose assurée au moment du sinistre ", C. ass. art. L. 121-1.

C'est l'énoncé du principe indemnitaire. Du rapprochement des deux textes résulte l'idée que la
prestation de l'assureur, même fixée dans le contrat, est toujours calculée en considération du
principe indemnitaire. Par ailleurs, le principe de liberté peut justifier un certain nombre de limitations
de la garantie.

A. L'application du principe indemnitaire


Le principe indemnitaire est une autre façon de caractériser les assurances de dommage. Il
permet de rappeler leur vocation : l'assuré doit ressentir la moins grande perte possible du fait de la
survenance du sinistre. Il ne doit pas trouver dans le sinistre l'occasion de s'enrichir (en revanche,
l'enrichissement peut venir après : Cass. 2e civ., 12 mai 2005, Resp. civ. et assur. 2005, 235).
L'assurance est une " technique de sécurité par la mutualité des risques ", ce n'est pas un jeu (Y.
Lambert-Faivre, Droit des assurances, op. cit., n° 523).

Le principe s'appliquera chaque fois qu'un mécanisme d'assurance a été mis en place pour satisfaire
cet objectif. Il ne vaut pas pour les assurances de personne, en principe, mais il peut être appliqué à
des assurances de " personne non vie ". Lorsqu'il a vocation à s'appliquer, le principe indemnitaire
a des conséquences pratiques déterminantes. En effet, il influence le calcul de la valeur de la chose
assurée, il fait apparaître les questions de " surassurance " et de cumul d'assurance.

1. La valeur de la chose assurée


En application du principe, l'assureur doit indemniser la perte subie, ou le gain manqué, par
l'assuré. Par conséquent, le Code des assurances mentionne que l'indemnité est déterminée par
référence à la valeur de la chose assurée au moment du sinistre, (Cass. 2e civ., 11 sept. 2008, n
° 07-15.171, RCA 2008, 343, RGDA 2008, 918, obs. Kullmann ; Cass. 2e civ., 4 décembre 2008,
no 07-20867, RGDA 2009, 122, obs. Kullmann). Le principe indemnitaire se distingue du droit à
réparation intégrale du préjudice appliqué en matière de responsabilité. Ils se différencient sur le
moment où la perte est appréciée : jour du sinistre pour le 1er, jour de la décision du juge pour le
2e. En matière d’assurance de responsabilité, on appliquera le 2e (Cass. 2e civ., 12 mai 2010, n

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° 09-12056, RGDA 2010, 785, obs. Astegiano-La Rizza. - Cass. 2e civ., 8 avr. 2010, n° 08-21393,
EDA 10-2010, 3, obs. Krajeski).

L'indemnité ne peut dépasser ce montant. Le contrat indiquera le plus souvent les critères servant
à déterminer la valeur de la chose. Il pourra être tenu compte de la valeur vénale du bien, de sa
valeur à neuf ou de sa valeur d'usage.
• La valeur vénale correspond au prix qui aurait pu être retiré de la vente du bien.
• La valeur à neuf correspond au prix de remplacement ou de reconstruction du bien. Elle est
considérée comme conforme au principe indemnitaire, l'assureur ne peut donc prétendre qu'elle
produit un enrichissement de l'assuré (Cass. 2e civ., 13 sept. 2007, JCP G 2008, I, 134, obs.
Kullmann).
• La valeur d'usage vise le remplacement du bien compte tenu de sa vétusté ; la clause se référant
à cette dernière valeur est parfaitement valable (Cass. 1re civ., 27 févr. 2001, RGDA 2001, p.
403, note A. Favre-Rochex).
Le choix est opéré entre ces valeurs selon la nature du bien et la volonté de l'assureur de ne pas
accorder une indemnité trop importante pour un bien voué à l'obsolescence. Il n'est cependant pas
toujours évident de déterminer quel choix a été effectué (V. sur ce point obs. M.-H. Maleville sous
Cass. 1re civ., 29 avr. 1997, RGDA 1997, p. 865). Il n'est surtout pas certain que l'utilisation des
différentes méthodes de calcul aboutisse à un résultat respectant le principe indemnitaire. Il revient
alors au juge d'y veiller (Cass. 1re civ., 4 juill. 1995, Resp. civ. et assur. 1995, n° 336).

Lors de la souscription du contrat, la chose a déjà fait l'objet d'une évaluation. Il a fallu en tenir
compte pour fixer la prime et déterminer une limite à l'engagement de l'assureur. Cette valeur a pu
être indiquée par l'assuré (valeur déclarée) ou fixée par les deux parties (valeur agréée). Il ne faut
pas exagérer la portée de ces mentions contractuelles. Quelle que soit la valeur figurant dans le
contrat, l'indemnité ne peut excéder la valeur réelle du bien.

Jurisprudence
Le juge saisi doit rechercher " quelle était, dans la limite de l'engagement de l'assureur en cas de
perte du fonds de commerce, limite constituée par la valeur déclarée de ce bien dans la police
d'assurance, la valeur réelle du (bien) assuré au moment du sinistre " (Cass. 1re civ., 13 mai 1997,
RGDA 1997, p. 749, note J. Kullmann).

En revanche, l'existence d'une valeur agréée dans le contrat a un effet important. Elle servira de
présomption de valeur de la chose au jour du sinistre. L'assureur doit démontrer que la valeur réelle
de la chose est inférieure à la valeur agréée (Cass. 1re civ., 2 févr. 1988, Bull. civ. I, n° 28 - Cass.
1re civ., 29 févr. 2000, RGDA 2000, p. 502, note F. Vincent). C'est un avantage pour l'assuré à
qui revient, en principe, la preuve de l'étendue de son dommage par tous moyens. La valeur de la
chose est déterminée au jour du sinistre. La règle est stricte et conduit à décider que l'indemnité
d'assurance doit être calculée " en fonction de la chose assurée au jour du sinistre ", il importe peu
que l'assuré ait postérieurement vendu le bien à un prix correspondant à sa valeur vénale (Cass. 1re
civ., 11 oct. 1994, RGAT 1995, p. 43, note J. Kullmann).

Les parties peuvent décider que le préjudice sera fixé par expertise contractuelle amiable. L'assuré
doit respecter ce mode d'évaluation des conséquences du sinistre (Cass. 2e civ., 29 mars 2006,
RGDA 2006, 407, obs. Abravanel-Jolly). En cas d’obstruction, il pourrait perdre son droit à garantie
(Cass. 2e civ., 17 juin 2010, n° 09-68.096, RCA 2010, 298).

Si la perte n'existe pas au jour du sinistre, l'assureur ne doit rien (Cass. 1re civ., 21 nov. 2000,
RGDA 2001, p. 57, note J. Bigot). Le principe indemnitaire permet d'affiner la détermination de
l'indemnité. Ainsi, selon que l'assuré est ou non assujetti à la TVA, son paiement constitue une perte
dont il faut tenir compte (Cass. 1re civ., 7 janv. 1997, RGDA 1997, p. 151, note A. Favre-Rochex).
Parfois la question de la prise en compte de la TVA dépend de la détermination de la personne qui
recevra finalement l'indemnité (Cass. 1re civ., 17 juill. 2001, Resp. civ. et assur. 2001, n° 342, obs.
H. Groutel).

En outre, pour calculer l’indemnité, l’assureur devra éventuellement tenir compte des travaux
e
effectués de la main même de l’assuré (Cass. 2 civ., 14 janv. 2010, n° 09-65.22ç, RCA 2010, 94).

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Exceptionnellement, les juges doivent prendre en considération la situation de l'assuré au jour de la
fixation de l'indemnité (Cass. 1re civ., 1er déc. 1998, RGDA 1999, p. 100, note L. Mayaux).

2. La surassurance
Le principe indemnitaire révèle la situation de " surassurance " et le Code des assurances indique
les solutions pour la régler.

L'article L. 121-3 définit la " surassurance " : " Lorsqu'un contrat d'assurance a été consenti
pour une somme supérieure à la valeur de la chose assurée... ".

Il est évident que le caractère indemnitaire de l'assurance s'oppose à ce que l'assuré reçoive une
indemnité en fonction de la somme indiquée même s'il a versé des primes en conséquence. Le
traitement du phénomène dépend de la bonne ou mauvaise foi des parties. S'il y a dol ou fraude
de l'une des parties, l'autre partie peut demander la nullité du contrat et des dommages et intérêts,
C. ass, art. L. 121-3, 1e al. .

Le texte exige la démonstration d'une véritable volonté de s'enrichir à l'occasion du sinistre. Les
juges du fond apprécient souverainement la situation de " surassurance " et son caractère frauduleux
souvent révélés par un ensemble d'indices (Cass. 1re civ., 23 avr. 1969, RGAT 1969, p. 520). La
démonstration paraît plus facile s'agissant d'un assuré que d'un assureur (Cass. 1re civ., 28 juin
1979, D. 1980, IR, p. 182 ; obs. J.-C. Berr et H. Groutel). En l'absence de dol ou fraude, le contrat
est maintenu. Cependant, il ne joue que dans la limite de la valeur réelle de la chose, C. ass., art. L.
121-3, 2e al. L'assureur perd le droit aux primes pour l'excédent. Cette symétrie de calcul s'arrête là.
Les primes échues restent acquises à l'assureur et il conserve la prime de l'année courant lorsqu'elle
est à terme échu. Le système est donc une prévention contre l'enrichissement du seul assuré.

3. Le cumul d'assurance
Le Code des assurances définit le cumul d'assurance comme la situation de " celui qui est assuré
auprès de plusieurs assureurs par plusieurs polices, pour un même intérêt, contre un même
risque ", C. ass., art. L. 121-4.

Le cumul est une hypothèse dans laquelle une personne est susceptible de recevoir plusieurs
indemnités pour un même sinistre, situation incompatible avec le principe indemnitaire. Avant de
préciser la façon dont il faut résoudre cette situation, il convient de la qualifier.

Toutes les conditions citées sont nécessaires. La condition de pluralité d'assureurs et de contrats
est une composante évidente du cumul sauf à préciser que les différents contrats doivent exister
simultanément (Cass. 1re civ., 30 mai 1995, RGAT 1995, p. 541, note R. Maurice). La question
de l'identité de risque suppose que les différents contrats visent le même événement affectant un
même objet (Cass. 2e civ., 20 oct. 2005, RGDA 2006, obs. Abravanel-Joly, vol dans les entrepôts
et vol pendant le transport : ce n'est pas le cas). Il n'y aurait cependant pas de cumul si un même
événement dommageable avait des conséquences sur deux patrimoines distincts. L'incendie peut
être pris en compte pour une personne comme une assurance de chose et pour une autre comme
une assurance de responsabilité (Cass. 1re civ., 27 juin 1995, RGAT 1995, p. 865, note A. Favre-
Rochex).

Il serait alors simple de décider que l'hypothèse du cumul se limite au cas où " un même souscripteur
a souscrit auprès de plusieurs assureurs des contrats d'assurance pour un même intérêt et contre
un même risque ", c'est désormais la position de la Cour de cassation (Cass. 1re civ., 21 nov. 2000,
RGDA 2000, p. 1052, note J. Kullmann).

Le cumul d'assurance induit un certain nombre de conséquences légales. Il crée à la charge de


l'assuré une obligation d'information.

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L'assuré " doit donner immédiatement à chaque assureur connaissance des autres assureurs
", C. ass., art. L. 121-4, 1re al.

Il y a tout lieu de penser que cette obligation s'applique à chaque fois que l'assurance prend un
caractère indemnitaire même lorsque ce n'est pas sa vocation initiale. L'information est détaillée : il
faut faire connaître le nom de l'assureur et indiquer la somme assurée. Cela prépare les solutions
pour régler le cumul. Ces solutions du cumul dépendent encore une fois de l'état d'esprit de
l'assuré. Il se peut que l'assuré ait contracté de manière dolosive ou frauduleuse, en recherchant un
enrichissement par l'accumulation des contrats. Si tel est le cas, les sanctions de l'article L. 121-3
du Code des assurances s'appliquent. L'assureur peut réclamer la nullité du contrat et demander
des dommages et intérêts.

Lorsque l'assuré est de bonne foi, on peut presque dire que la situation de cumul lui est indifférente.
Le cumul résulte souvent d'une mauvaise gestion de ses affaires.

Jurisprudence
Il abandonne une activité pour une autre mais omet, en contractant un nouveau contrat d'assurance,
de mettre fin à l'ancien (Cass. 1re civ., 30 mai 1995, préc.).

L'existence d'un cumul intéresse surtout l'assureur qui a versé l'indemnité à l'assuré. L'assuré pourra
diriger sa demande vers l'assureur de son choix, C. ass., art. L. 121-4, 4e al. Ce dernier sollicitera la
contribution des autres assureurs. Le calcul de la contribution de chacun est fixé par la loi, C. ass.,
art. L. 121-4, 5e al.

La méthode de calcul paraît équitable : " la contribution de chacun est déterminée en appliquant
au montant du dommage le rapport existant entre l'indemnité qu'il aurait versée s'il avait été seul
et le montant cumulé des indemnités qui auraient été à la charge de chaque assureur s'il avait été
seul ". Pour simplifier leurs rapports, les assureurs aménagent des conventions de règlement en cas
d'assurances cumulatives.

La question demeurant est celle de savoir si le cumul peut trouver une solution d'une autre façon
et notamment par l'effet d'une clause de subsidiarité. Celle-ci, insérée dans un contrat d'assurance,
consiste à décider que l'assureur ne couvrira le sinistre qu'en l'absence d'une autre garantie. La
position de la jurisprudence a pu être rigoureuse. Elle a considéré un temps que le régime des
assurances cumulatives, modifié par la loi du 13 juillet 1982, ne permet pas de considérer comme
valables les clauses de subsidiarité (Cass. 1re civ., 22 nov. 1994, RGDA 1995, p. 27, note J.
Kullmann).

Elle semble revenir sur sa position. Il faut dire que le législateur a prévu des dérogations au système
décrit : une dérogation transitoire (C. ass., art. L. 124-5, al. 6) et une dérogation durable (C. ass.,
art. L. 251-2, al. 7).

Jurisprudence
La jurisprudence a assoupli sa position en validant des clauses de subsidiarité (Cass. 1re civ., 11
juin 2003, Resp. civ. et assur. 2003, chron. 25, Groutel). Elle semble consacrer la position de ceux
qui estiment qu'il faut distinguer parmi les clauses de subsidiarité celles ayant pour but de paralyser
le dispositif légal et celles dont l'objectif est de coordonner dans le temps l'effet des garanties.

La jurisprudence se fait plus subtile aussi, en distinguant le cumul de mécanismes qui lui sont
étrangers. Nul ne confondrait cumul et coassurance car les assureurs se répartissent la charge
du risque. Il le font aussi dans les assurances en ligne ou en excédent dans lesquelles l'assureur
intervient à compter d'un seuil de déclenchement quand d'autres garanties sont insuffisantes (Civ.
2e, 9 juill. 2009, n° 07-21.855, NPB, RCA 2009, 304, obs. Groutel ; Civ. 2e, 11 juin 2009, n°
08-16362, RGDA 2009, 735, note Bigot).

B. Les limitations de garantie


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Définir la garantie et poser des exclusions, c'est une façon pour l'assureur de délimiter son
engagement. Il peut prévoir une limitation purement financière de son engagement pour les
événements qu'il couvre.

La possibilité est ouverte par le Code des assurances : " ...l'assureur doit exécuter dans le délai
convenu la prestation déterminée par le contrat et ne peut être tenu au delà ", C. ass. art.
L. 113-5 .

Il faut en rapprocher une autre disposition : " Il peut être stipulé que l'assuré reste
obligatoirement son propre assureur pour une somme ou une quotité déterminée, ou qu'il
supporte une déduction fixée d'avance sur l'indemnité du sinistre ", C. ass. art. L. 121-1.

L'assureur fera souvent figurer dans les contrats des limites minimales et maximales. Ce sont
les mécanismes de franchise, découvert obligatoire et plafond. L'assuré peut aussi avoir fixé une
limite : c'est l'hypothèse de sous-assurance.

1. La sous assurance
" S'il résulte des estimations que la valeur de la chose assurée excède au jour du sinistre la
somme garantie,... ", C. ass. art. L. 121-5.

Le texte décrit une situation inverse à la " surassurance " pouvant avoir plusieurs origines.
L'assuré n'a pas voulu s'assurer pour la valeur intégrale du bien ou n'a pas été suffisamment vigilant
en adaptant le contrat à l'évolution de valeur du bien dans le temps. La valeur au jour du sinistre
excède la valeur déclarée dans le contrat. Si l'assuré a créé volontairement cette situation c'est
que, souvent, il aura voulu réaliser une économie de primes. Cette logique d'économie se trouve
également dans le mécanisme de l'assurance au premier risque dans laquelle la valeur déclarée est
inférieure à la valeur de l'ensemble des biens assurés. L'assuré espère ainsi (statistiques à l'appui)
que seuls certains biens seront atteints par des sinistres au cours de la période de garantie.

A la différence de la " surassurance ", il n'y a rien à redire lorsqu'une personne assure mal son bien.
Il n'y a pas lieu de distinguer entre bonne et mauvaise foi. Simplement, le phénomène est l'occasion
de caractériser l'idée que l'assurance présente toujours un poids économique. Si, à long terme, elle
garantit le maintien d'un patrimoine et la garantie des investissements, à court terme, elle signifie
surtout la mobilisation d'une plus ou moins grande partie de l'actif. C'est un élément à prendre en
considération, mais ce n'est pas le seul, lorsque l'on préconise la généralisation des assurances et
notamment par le biais d'une obligation légale.

Le Code des assurances indique encore comment traiter la situation de sous-assurance : " ...
l'assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l'excédent, et supporte, en
conséquence, une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire ".

L'économie de primes réalisée doit se répercuter sur le montant de l'indemnité. L'assuré ne reçoit
que dans la mesure de ce qu'il a versé. Il faut donc imputer du montant du dommage le " rapport
qui existe entre la valeur déclarée des capitaux assurés et leur valeur réelle assurable (Y. Lambert-
Faivre, Droit des assurances, op. cit., n° 551) ". Cette règle proportionnelle de capitaux s'applique
aussi bien en cas de sinistre total qu'en cas de sinistre partiel. Le texte prévoit la possibilité de
déroger au système de règlement mis en place. La dérogation ne résulte pas du simple fait que la
règle proportionnelle de capitaux ne soit pas visée par le contrat (Cass. 1re civ., 18 juin 1996, RGDA
1996, p. 612, note J. Kullmann).

La décision permet de préciser qu'il ne faut pas confondre la possibilité de déroger à un mécanisme
prévu par un texte avec l'obligation de prévoir ce mécanisme dans le contrat. La dérogation résulte
de la présence, dans le contrat, d'un autre mécanisme. Ce peut être une clause de tolérance, sorte
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de renonciation anticipée à la règle proportionnelle de capitaux si le jour du sinistre la différence entre
valeur réelle et valeur déclarée n'excède pas un certain seuil. A ce titre, il convient de préciser que
l'assureur peut toujours renoncer à l'application de la règle proportionnelle de capitaux. La difficulté
consistera surtout à déterminer s'il y a effectivement renonciation. Un autre mécanisme permet de
lutter contre la sous-assurance mais uniquement celle qui intervient pendant la vie du contrat : la mise
en place d'un système d'indexation (V. sur ce point, Y Lambert-Faivre, Droit du contrat d'assurance,
op. cit., n° 555).

2. Les franchise, découvert obligatoire et plafond


La franchise répond à une préoccupation de bonne gestion. L'assureur décide de ne pas exposer
de frais de gestion pour des sinistres de faible montant. Le découvert obligatoire consiste à entretenir
le sens de la responsabilité de l'assuré en laissant à sa charge une partie du sinistre. Les deux
mécanismes ne sont pas incompatibles. La plupart du temps, ils coexistent dans le contrat au point
de se confondre. Le plafond consiste à limiter la participation de l'assureur à un certain montant au
delà duquel il ne devra plus rien. Le mécanisme favorise le recours de l'assuré contre le responsable
pour le surplus.

Il est parfois difficile, pour l'assuré, de déterminer en quoi consiste le plafond. Il peut être fixé en
fonction d'un montant par sinistre ou d'un montant pour une période quel que soit le nombre de
sinistres. Il se peut même qu'il existe un montant par sinistre et un autre prenant en considération,
globalement, la période d'assurance.

Mais que décider lorsque la clause fixe un seul montant en indiquant qu'il s'agit d'un plafond
par année et par sinistre ?

Jurisprudence
Dans ce cas, il est souvent décidé qu'il y a matière à interprétation et il conviendra de privilégier
l'un ou l'autre avec les contradictions inhérentes au pouvoir souverain d'appréciation des juges du
fond (Cass. 1re civ., 9 juill. 1996, RGDA 1996, p. 919, note Ph. Rémy - Cass. 1re civ., 23 nov.
1999, RGDA 2000, p. 190, note Ph. Rémy). Le plafond est alors opposable à celui qui réclame le
versement de l'indemnité (Cass. 1re civ., 16 déc. 2003, RGDA 2004, 176, note Bruschi).

L'indemnité d'assurance peut donc être substantiellement plus réduite que le montant du dommage
par application de la liberté contractuelle. C'est au fond une autre raison de considérer que
l'assurance n'est pas un mécanisme suffisant pour réaliser un système d'indemnisation. Il est légitime
de se demander si la liberté contractuelle connaît des limites.

Jurisprudence
Il n'est pas surprenant de constater que la limite est constituée par le principe indemnitaire : " le
contrat d'assurance de dommage est un contrat d'indemnité ; que ce n'est que dans le respect de
ce principe que sont concevables les clauses de plafonnement de garantie ou de franchise que
permet son second alinéa " (Cass. 1re civ., 16 oct. 1990, Bull. civ. I, n° 213 ; RGAT 1991, p. 40,
note J. Bigot).

Le jeu cumulé des seuils minimum et maximum ne doit pas aboutir à une indemnité sans
commune mesure avec le dommage. En l'espèce il convient de noter que le contrat comportait une
franchise proportionnelle dont le montant se rapprochait du plafond de garantie pour aboutir, in fine,
à une indemnité ridicule. Cette logique nous rapproche des solutions rendues pour les exclusions de
garantie. Les mécanismes de limitation de la garantie ne peuvent aboutir à une suppression de la
garantie. Plus généralement encore, la solution peut être rapprochée des hypothèses dans lesquelles
on considère que le cocontractant ne peut échapper à l'exécution de son obligation essentielle.

Lorsque les limitations sont valablement conclues, elles sont opposables à l'assuré. Le contrat prime
alors sur les attestations (Cass. 2e civ., 10 mai 2007, n° 06-14543, JCP G 2007, IV, 2182).

§ 2. L'exécution de la prestation
Quand vient le moment pour le débiteur de s'acquitter de sa dette, plusieurs questions viennent
naturellement.
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A qui verser, quand et comment ? En matière d'assurance, la réponse à la première question
paraît simple. Le créancier de l'indemnité est le bénéficiaire du contrat.

S'agissant d'une assurance de choses, la solution est encore plus simple puisque les qualités de
souscripteur, assuré et bénéficiaire sont, le plus souvent, réunies sur une seule tête. Le lien entre
souscription et versement de l'indemnité est direct. L'intérêt d'assurance, ayant justifié la souscription
du contrat, est suffisamment large pour que l'assureur n'ait pas à vérifier que le souscripteur d'une
assurance de chose en est propriétaire. Il en découle qu'en indemnisant cette personne (locataire)
lors du sinistre, et non le propriétaire, l'assureur ne commet aucune faute (Cass. 1re civ., 15 févr.
2000, RGDA 2000, p. 504, note A. Favre-Rochex. Cass. 1re civ., 17 juill. 2001, Resp. civ. et assur.
2001, n° 341, obs. H. Groutel). Il est cependant des cas où le souscripteur originel n'est pas le
bénéficiaire de l'assurance. En effet, l'assurance est transmise, la plupart du temps avec la chose.
Il est donc des cas où il importe de savoir qui est le propriétaire.

Le créancier de l'indemnité n'est pas toujours le bénéficiaire de l'assurance :

" Les indemnités dues par suite d'assurance contre l'incendie, contre la grêle, contre la
mortalité du bétail, ou les autres risques, sont attribuées, sans qu'il y ait besoin de délégation
expresse, aux créanciers privilégiés ou hypothécaires, suivant leur rang ", C. ass. art. L.
121-13, 1re al. . L'alinéa 2 de l'article précise : " Néanmoins, les paiements faits de bonne foi
avant opposition sont valables ".

La disposition est certainement à rapprocher de la décision précitée du 15 févr. 2000. Les opérations
de paiement ne doivent pas conduire à des investigations sans fin. La jurisprudence limite le texte aux
sûretés citées. Si l'assureur verse l'indemnité à une autre personne après opposition, il est considéré
de mauvaise foi (Cass. 2e civ., 2 oct. 2008, n° 07-17.412, RCA 2008, 344). Par ailleurs, le droit des
créanciers est protégé contre les manquements de l'assuré. la jurisprudence considère, en effet,
qu'il ne saurait être affecté par aucune exception ou déchéance que l'assureur pourrait opposer à
l'assuré pour inobservation des clauses de la police (Cass. 2e civ., 3 nov. 2011, n°10-30.876,RCA
2012, comm. 22).

L'indemnité d'assurance est due dès la réalisation du sinistre s'agissant d'une assurance de choses,
mais le contrat fixe le délai dans lequel la prestation sera versée : " l'assureur doit exécuter dans
le délai convenu la prestation déterminée par le contrat ", C. ass. art. L. 113-5 . Le bénéficiaire de
l'assurance peut solliciter une provision dans les conditions du droit commun. Par ailleurs, il peut
solliciter des intérêts moratoires si l'assureur ne respecte pas cette obligation d'exécuter dans le
délai. Les intérêts moratoires ne se confondent pas avec les intérêts compensatoires pas plus qu'ils
ne se confondent avec l'indexation de la somme due (Cass. 1re civ., 6 juin 2000, Bull. civ. I, n° 170 ;
RGDA 2000, p. 829, note L. Mayaux).

S'agissant d'une assurance de choses, le point de départ des intérêts moratoires est fixé en
application de l'article 1153 du Code civil et non de l'article 1153-1.

Jurisprudence
• Cass. 1re civ., 10 mai 1988, D. 1989, somm. p. 243, H. Groutel ;
• Cass. 1re civ., 14 janv. 1992, RGAT 1992, p. 281, note R. Maurice. ;
• Cass. 1re civ., 9 mars 1999, Resp. civ. et assur. 1999, n° 158, obs. H. Groutel ; RGDA 1999,
p. 581, note L. Mayaux.

La convention des parties peut cependant venir déterminer elle-même le point de départ des intérêts,
directement ou indirectement (Cass. 1re civ., 20 janv. 1993, RGAT 1993, p. 286, note J. Kullmann. -
CAss. 2e civ., 3 mars 2011, n° 10-16903, RGDA 2011, 698, note Kullmann). Il découle de l'application
de l'article 1153 que le point de départ des intérêts moratoires est subordonné à une sommation ou
tout acte considéré équivalent. Cependant, il arrive qu'un texte d'ordre public repousse le moment
à partir duquel le bénéficiaire peut faire une sommation. C'est le cas de l'article L. 122-2 du Code
des assurances relativement à l'assurance incendie (Cass. 1re civ., 24 janv. 1995, RGDA 1995, p.
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165, note J. Kullmann ; H. Groutel, Le point de départ des intérêts de l'indemnité d'assurance, Resp.
civ. et assur. 1995, chron. n° 19).
Au delà des intérêts moratoires, le défaut de versement de l'indemnité ou son interruption engage
la responsabilité de l'assureur si l'assuré en conçoit un préjudice (Cass. 2e civ., 28 avril 2011, n°
10-15181, RGDA 2012, 46, note Pélissier : diminution des chances de sauver l'entreprise à la suite
du sinistre).

Si la convention des parties n'en dispose pas autrement, le bénéficiaire de l'assurance a la libre
disposition de l'indemnité. Il n'est pas tenu de l'employer à la remise en état ou au remplacement
du bien (Cass. 1re civ., 14 févr. 1984, RGAT 1984, p. 35, note J. Bigot. - Cass. 2e civ., 29 mars 2006,
RGDA 2006, 410, obs. Mayaux). Le contrat peut prévoir plusieurs sortes d'aménagements. Il peut
subordonner le versement à la remise en état ou au remplacement du bien. Il peut mettre en place
un système de tiers-payant dans lequel l'indemnité est versée directement à celui qui a remis le bien
en état, le bénéficiaire ne faisant aucune avance. Si l'indemnité excède le préjudice effectivement
ressenti, il y a matière à répétition au profit de l'assureur (Cass. 3e civ., 17 déc. 2003, JCP 2004,
IV, n° 1358). Cette action, très utilisée en la matière semble désormais soumise au délai de droit
commun (Cass. 1re civ., 18 mars 2004, D. 2005, pan. 1319 ; RGDA 2004, 390, BC 131).
Il est évident que le respect de la clause d'emploi suppose que la remise en état du bien soit possible
physiquement et administrativement. dans le cas contraire l'assureur doit la garantie sans justification
de quelconques travaux (Cass. 2e civ., 12 avril 2012, n° 11-18113, EDA 2012, 84, obs. Krajeski).

§ 3. Les droits de l'assureur


L'assureur qui a désintéressé son assuré a deux prérogatives. Il peut agir contre un tiers par le biais
du recours subrogatoire et mettre fin à la relation d'assurance à l'aide d'une faculté de résiliation.

A. Le recours subrogatoire
L'assureur ayant indemnisé le bénéficiaire peut exercer, s'il y a lieu, un recours subrogatoire.
Cette possibilité peut sembler discutable. Après tout, l'assureur ne perd rien puisqu'il couvre un
sinistre avec les fonds reçus des assurés sous forme de primes ou cotisations.D'un autre point
de vue, l'absence de recours profite au responsable dont la dette est payée par l'assureur. La
justification du recours subrogatoire peut être moins morale. Dans le système d'assurance directe
tel qu'il est conçu aujourd'hui, l'assureur de la victime est un intervenant chargé de simplifier les
opérations d'indemnisation. Il couvre définitivement la victime s'il est impossible d'agir contre un
responsable ou son assureur ; il se contente de fournir des avances si un tel recours est possible.
Le recours subrogatoire découle du caractère indemnitaire de l'assurance, il a vocation à s'appliquer
chaque fois qu'une assurance, fut-elle de personne, présente ce caractère. Dans ce système, le
recours subrogatoire prend tout son sens. Il est le lien entre l'assureur de la victime et l'assureur du
responsable. Il est vrai qu'aussi bien concernant le domaine, les conditions et la portée du recours,
ce sont les relations entre assureurs qui sont mises en évidence.

1. Le domaine du recours
Abstraction faite des conditions dans lesquelles le recours peut être mis en oeuvre, il a un domaine
restreint :

" L'assureur n'a aucun recours contre les enfants, descendants, ascendants, alliés en ligne
directe, préposés, employés, ouvriers ou domestiques, et généralement toute personne
vivant habituellement au foyer de l'assuré, sauf le cas de malveillance commise par une de
ces personnes ", C. ass. art. L. 121-12, 3e al. .

Jurisprudence
La jurisprudence a une interprétation large de la paralysie du recours subrogatoire. Elle rattache aux
différentes hypothèses des situations dont l'assimilation n'est pas évidente. Ainsi, ont été considérés
comme " personnes vivant habituellement au foyer " les pensionnaires d'un collège (Cass. 1re civ.,
2 juill. 1991, Bull. civ. I, n° 224 ; RGAT 1991, p. 587, note R. Maurice).

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Le texte prévoit cependant un retour au recours subrogatoire : celui à qui l'on peut imputer le
dommage bénéficie d'une immunité mais s'est rendu coupable de malveillance. La malveillance est,
cette fois-ci, interprétée de façon stricte.
• Elle suppose que la personne dont on parle ait recherché le dommage même (Cass. 1re civ.,
21 juin 1988, RGAT 1988, p. 554, note J. Kullmann).
• Elle suppose aussi que la malveillance se soit dirigée contre l'assuré même et pas n'importe
quel tiers (Cass. ass. plén., 13 nov. 1987, Bull. ass. plén., n° 5 ; RGAT 1988, p. 111, concl.
Chardonnier, note R. Bout).
En somme, la malveillance est une faute intentionnelle dont l'assuré fait les frais (C.A. Toulouse, 6
août 1998, JAMP 1999/1, p. 132 - incendie volontaire par le fils des locaux appartenant à sa mère).
Comme pour chaque texte défavorable, dans sa lettre ou son interprétation, à l'assureur, la réaction
va consister à perturber par des stipulations le jeu des immunités. Cela ne semble pas possible dans
la mesure où la jurisprudence considère que les dispositions précitées revêtent un caractère d'ordre
public (Cass. 1re civ., 6 juin 1990, RGAT 1990, p. 571, note H. Margeat et J. Landel).

Jurisprudence
La jurisprudence a, certes, une conception large mais en même temps relative des immunités
légales. Elle considère en effet que le bénéfice de l'immunité ne s'étend pas à l'assureur des
personnes citées par le texte : " Mais attendu que l'immunité édictée par le 3e alinéa de l'article
L. 121-12 du Code des assurances ne bénéficie qu'aux personnes visées au texte et ne fait pas
obstacle à l'exercice, par l'assureur qui a indemnisé la victime, de son recours subrogatoire contre
l'assureur de responsabilité de l'une de ces personnes " (Cass. 1re civ., 8 déc. 1993, Bull. civ. I, n
° 357 ; RGAT 1994, p. 120, note F. Vincent ; D. 1994, p. 235, note B. Beignier - Cass. 1re civ., 12
juill. 2007, RGDA 2008, 82, obs. Kullmann).

La solution se justifie par l'idée que les immunités édictées par le texte sont nécessairement
personnelles et ne peuvent bénéficier à une autre personne (sur la justification : B. Beignier, op.
cit., n° 219). La solution, rigoureuse pour les assureurs, doit être mise en relation avec celles qui
sont rendues relativement à la renonciation.

Si l'assureur ne peut réduire le domaine des immunités, il peut les augmenter. L'assureur
peut spontanément renoncer à exercer le recours subrogatoire. Le contrat d'assurance peut aussi
comporter une clause de renonciation à exercer le recours (Cass. 1re civ., 24 janv. 1990, RGAT
1990, p. 113, note H. Margeat et J. Landel). Ces clauses peuvent être de différentes sortes. Il se
peut que l'assureur renonce purement et simplement à exercer un recours subrogatoire. Dans ce
cas, on peut se demander si la clause profite aussi à l'assureur du bénéficiaire de la renonciation.

Jurisprudence
La position de la jurisprudence est très ferme : " la clause de renonciation à tout recours contre
la personne responsable d'un dommage n'emporte pas, sauf stipulation contraire, renonciation à
recourir contre l'assureur de cette personne (Cass. 1re civ., 26 mai 1993, Bull. civ. I, n° 186 ; RGAT
1993, p. 795, note F. Vincent. ; Cass. 1re civ., 17 mars 1998, RGDA 1998, p. 324, note F. Vincent) ".

L'assureur du responsable n'est donc épargné que par une stipulation le concernant. Quand elle
existe, elle doit jouer pleinement (Cass. 1re civ., 23 févr. 1999, RGDA 1999, p. 450, note F. Vincent).
Le contrat peut comporter une forme de renonciation plus relative. Il peut être stipulé que l'assureur
renonce à tout recours contre le responsable du dommage " sauf assurance ".

Il est évident, dans ce cas, que c'est l'assureur qui est recherché (Cass. 1re civ., 13 janv. 1987,
RGAT 1987, p. 44, note J. Bigot ; D. 1987, p. 397, note H. Groutel). Ce mécanisme est parfaitement
en accord avec le système de l'assurance directe et des recours subséquents. Afin de donner plein
effet aux clauses de renonciation, la jurisprudence décide que le tiers concerné peut valablement
opposer la stipulation à l'assureur qui l'a consentie. Elle affirme parfois que c'est un droit et, dans
ce cas, certains y voient une stipulation pour autrui (Cass. 1re civ., 27 févr. 1990, RGAT 1990, p.
334, note R. Maurice). Elle se contente d'autres fois de reconnaître au tiers la possibilité d'opposer
la clause (Cass. 1re civ., 23 févr. 1999, préc.).

Cette possibilité n'est, au fond, qu'une manifestation de l'opposabilité du contrat par les tiers.

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En définitive, les textes et la jurisprudence ont fini par donner une physionomie particulière au recours
subrogatoire. Il est évident que le recours entre assureur a été favorisé. Il est souvent possible
alors même que le recours entre les assurés ou entre assureur et assuré ne l'est pas. L'objectif de
simplification et de rapidité, essence d'un système d'indemnisation, est parfaitement atteint, d'autant
plus que les assureurs se trouvent soumis à des conventions de règlement. Une autre solution va
dans le même sens : la victime n'a pas besoin de mettre en cause le responsable afin d'exercer
l'action directe contre l'assureur de ce dernier (Cass. 1re civ., 7 nov. 2000, JCP éd. G 2000, II, n°
10456 ; D. 2001, somm. p. 3320, obs. H. Groutel ; RGDA 2000, p. 1108, note J.. Kullmann).

L'évolution de ces différents mécanismes fait du droit à réparation un droit autonome autorisant
son titulaire à agir directement contre le débiteur potentiel de la dette de réparation sans suivre les
méandres de la causalité. Celle-ci n'est au plus qu'une condition d'existence du droit, elle ne dessine
pas le parcours des actions. Les trajectoires rectilignes ont fait passer la mode des chemins sinueux.

2. Les conditions du recours


De l'article L. 121-12 découlent deux conditions pour que l'assureur puisse revendiquer ce cas de
subrogation légale. L'assureur doit avoir payé l'indemnité d'assurance et il doit exister un recours
possible contre un tiers.

En fait, la condition relative au paiement est double. Elle suppose que l'assureur se soit trouvé tenu
d'honorer ses engagements et qu'il les ait effectivement exécutés.

Le recours subrogatoire ne peut donc exister si l'assureur a versé une indemnité qui n'était pas due
pour quelque raison que ce soit. Le geste commercial est un vrai sacrifice (Cass. 1re civ., 23 mars
1999, RGDA 1999, p. 618, note J. Kullmann- Cass. 1re civ., 19 sept. et 11 oct. 2007, RGDA 2008, 86,
obs. Kullmann). La jurisprudence admet néanmoins la subrogation lorsque l’assureur a indemnisé
après prescription (com., 26 janv. 2010, n° 08-13.898, RCA 2010, 96, note Asselain). Si l'assureur a
versé au delà de ce qui était dû, son recours ne doit pas être rejeté, il doit être réduit (Cass. 2e civ.,
21 février 2008, n° 07-10401, RGDA 2008, 336, note Kullmann).

Par ailleurs, le recours subrogatoire n'existe que si l'assureur a versé l'indemnité. Il n'est pas
nécessaire que l'assuré soit le destinataire du paiement (Cass. 1re civ., 2 févr. 1994, RGAT 1994,
p. 534, note R. Maurice).

L'assureur doit cependant prouver que ce paiement a été correctement effectué. Il le fera, le plus
souvent, au moyen d'une quittance subrogative. La condition est rigoureuse mais elle n'empêche
pas de faciliter l'action de l'assureur.

Jurisprudence
La jurisprudence décide, en effet : " Est recevable l'action engagée par un assureur, avant
l'expiration du délai de forclusion décennale, contre les responsables des dommages dont il doit
sa garantie, bien qu'il n'ait pas eu, au moment de la délivrance de son assignation, la qualité de
subrogé de son assuré faute de l'avoir indemnisé, dès lors qu'il a payé l'indemnité due à celui-ci
avant que le juge du fond ait statué sur cette action (Cass. 1re civ., 29 mars 2000, RD imm. 2000.
364, obs. G. Lesguay., Cass. 1re civ., 9 oct. 2001, RGDA 2001, 975, note Karila ; RGDA 2002,
94, note Rémy) ".

Fondée en droit, NCPC, art. 126, 1e al., la solution est opportune car elle permet à l'assureur
d'exercer son recours même lorsque le délai d'action contre les responsables est pratiquement
écoulé. Cette souplesse n'a cependant pas la faveur toutes les chambres de la Cour de cassation.
La troisième réitère l'exigence d'un paiement effectif (Cass. 3e civ., 9 juill. 2003, Resp. civ. et assur.
2003, 272).

Le droit de l'assureur est subordonné à la possibilité d'exercer un recours contre un tiers qui, par son
fait, est à l'origine du dommage. On songera naturellement à un tiers responsable délictuellement
(Cass. 1re civ., 27 févr. 1990, préc.), mais il peut aussi bien s'agir d'une défaillance contractuelle
(Cass. 1re civ., 2 juin 1987, RGAT 1987, p. 408). Elle peut aussi résulter de l'application d'un
régime spécial de responsabilité. La jurisprudence a une conception large des personnes concernées

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puisqu'elle inclut la personne qui, par négligence, n'a pas vérifié que l'auteur du dommage était
assuré alors qu'elle devait procéder à cette vérification. C'est une appréhension large des causes du
dommage de l'assuré (Cass. 1re civ., 13 mai 1997, RGDA 1997, p. 861, note F. Vincent). Ce recours
suppose que l'assureur prouve toutes les conditions de la responsabilité du tiers et notamment
le lien de causalité (Cass. 2e civ., 15 mai 2008, n° 07-11662, RGDA 2008, 653, note Bigot). Le
recours peut être exercé contre l’Etat pour dysfonctionnement du service public (Cass. 2e civ., 12
mai 2010, n° 08-21966, RGDA 2010, 696, obs. Abravanel-Jolly). Il n'est pas admis lorsque l'action en
question n'était pas transmissible (CE, 7 mai 2010, n° 304-376, RGDA 2010, 1041, note Pélissier).
La jurisprudence administrative admet le recours lorsqu'il consiste à agir contre la victime pour lui
opposer sa faute (CE, 6 juin 2012, n° 342557, EDA 2012, 117, obs. Krajeski). Il n'est pas certain que
les juges judiciaires auraient adopter la même position dans la mesure où l'action contre la victime
n'est pas, à proprement parler, une action en responsabilité.

Si l'une des conditions exigées par l'article L. 121-12 est absente, l'assureur ne peut bénéficier de
la subrogation légale. Il existe des aménagements à cette situation. Lorsque le défaut d'une des
conditions peut être imputée à l'assuré, " l'assureur peut être déchargé, en tout ou partie, de sa
responsabilité envers l'assuré ", C. ass., art. L. 121-12, 2e al. . Il peut donc solliciter la restitution
des sommes versées. L'assuré qui, par son fait, empêche la subrogation est celui qui, par exemple,
transige avec le responsable et son assureur (Cass. 1re civ., 10 juill. 1995, RGDA 1995, p. 903, note
F. Vincent). Dans ce cas, le point de départ de la prescription de l'action de l'assureur contre son
assuré est la connaissance " du fait rendant impossible l'exercice du recours subrogatoire ". Le point
de départ des intérêts moratoires est la date de la quittance subrogative (Cass. ass. plén., 7 févr.
1986, RGAT 1988, p. 340, note J. Bigot).

Si l'assureur ne peut fonder son action sur la subrogation légale, il pourra toujours tenter de démontrer
l'existence d'une subrogation conventionnelle (Cass. 1re civ., 9 déc. 1997, Resp. civ. et assur. 1998,
n° 107). Celle-ci joue alors véritablement un rôle subsidiaire (H. Groutel, Subrogation légale et
subrogation conventionnelle, Resp. civ. et assur. 1998, chron. n° 5). La jurisprudence admet que
l’assureur puisse se prévaloir des deux (Cass. 2e civ., 8 juill. 2010, n° 09-69.902, RCA 2010, 332, obs.
Asselain). La quittance subrogative va alors jouer un double rôle. Elle permet de prouver le paiement,
condition de la subrogation légale, et elle permet de consentir à une subrogation conventionnelle.
Cependant, elle ne suffit pas pour ce dernier rôle, il faut encore démontrer la concomitance de la
subrogation et du paiement (Cass. 1re civ., 23 mars 1999, préc. ; Cass. com., 11 déc. 2007, n°
06-17449, RGDA 2008, 339, note Kullmann. - Cass. com., 21 sept. 2010, n° 09-14031, LEDA 2010,
3, obs. Krajeski).

Pour certaines prestations, Il n'est pas nécessaire de chercher ailleurs que dans la loi la possibilité
d'exercer le recours. C'est le cas pour les personnes autorisées à exercer un recours dans la loi du
5 juillet 1985 (Cass. 2e civ., 12 juillet 2007, RCA 2007, chron. 18 par H. Groutel).

3. La portée du recours
La subrogation fait entrer l'assureur dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers, C. ass.,
art. L. 121-12. Du moins doit-on préciser que l'assureur devient titulaire des droits non attachés à
la personne du subrogeant. Ainsi, il ne peut acquérir la qualité de victime que pouvait avoir l'assuré
(Cass. 2e civ., 31 mars 2011, n° 10-10990, LEDA 2011, 4, obs. Krajeski). En revanche, la déclaration
de créance faite par l’assuré avant le paiement de l’indemnité profite à l’assureur (Cass. Com., 7
févr. 2012, n° 10-27304, EDA 2012, 52, obs. Krajeski).

L'assureur doit exercer l'action selon les modalités et les délais auxquels l'assuré était soumis (CA
Paris, 11 juill. 1990, RGAT 1990, p. 834). Il n’est pas représenté par ce dernier à moins de lui avoir
donné mandat (Cass. com., 1er déc. 2009, n° 08-20.656, RCA 2010, 95, obs. Groutel). L'indemnité
produit des intérêts moratoires dans les conditions indiquées plus haut. L'assureur retire de l'action
le profit que l'assuré pouvait en attendre sans qu'il soit possible de mettre à sa charge une partie de
l'indemnisation (Cass. 1re civ., 12 juin 1990, RGAT 1990, p. 640, note J. Kullmann).

Il se peut donc que l'assureur et l'assuré soient en concours si l'assuré entend agir pour le surplus.
Dans ce cas, il faut appliquer la règle de l'article 1252 du Code civil (Cass. 1re civ., 4 juin 2002,
RGDA 2002, 706, note Kullmann ; N. Laurent, Ombres et lumières sur la règle "nemo contra se" en
droit des assurances, RGDA 2003, 23, spéc. n° 22 s.).

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On doit accorder la préférence à la victime d'un dommage en vertu du principe indemnitaire ou même
à son assureur (Cass. 1ère civ., 27 févr. 2007, n° 04-12414, RCA 2007, 171, obs. Groutel).

B. La faculté de résiliation
Le recours subrogatoire s'exerçait contre le responsable, la dernière prérogative s'exerce contre
l'assuré. L'article R. 113-10 du Code des assurances régit cette faculté. La police doit prévoir la
faculté de résiliation en cas de sinistre. L'assureur doit restituer les primes ou cotisations afférentes
à la période pendant la quelle les risques ne sont plus garantis.

Plusieurs éléments viennent limiter ce droit de résiliation. Si passé le délai d'un mois après
connaissance du sinistre l'assureur a accepté le paiement d'une prime correspondant à une période
d'assurance ayant débutée postérieurement au sinistre, il est censé avoir renoncé à se prévaloir de
la faculté.

En réaction au droit de résiliation de l'assureur, l'assuré a la faculté de résilier tous les contrats
d'assurance le liant à l'assureur dans le délai d'un mois après la notification, mesure de rétorsion
pouvant faire réfléchir l'assureur. La police doit mentionner cette faculté.Enfin, dans certaines
assurances, le droit de résiliation de l'assureur est subordonné à des comportements précis ayant
causé le sinistre. Par exemple, la conduite en état d'ivresse dans l'assurance automobile.

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Section 3. La situation du tiers victime
Il ressort de l'article L. 124-3 du Code des assurances une faculté pour la victime de l'assuré
d'être payé directement par l'assureur de responsabilité. La jurisprudence a largement contribué à
développer ce droit.

Au fond, l'exercice de l'action suppose que la responsabilité de l'assuré soit établie et que
la créance de réparation soit fixée. L'appel en garantie de l'assureur dans le litige opposant
le responsable et la victime permet de remplir ces deux conditions. Cette nécessité d'établir la
responsabilité de l'assuré aboutissait à imposer à la victime de mettre en cause l'assuré lorsque sa
responsabilité n'était pas établie ou reconnue par l'assureur. Cette obligation semblait inutile pour la
doctrine. D'autant plus que la jurisprudence, après avoir admis des cas où elle était effectivement
inutile, avait écarté l'exigence dans les circonstances où elle était impossible (Cass. ch. mixte, 15 juin
1979, RGAT 1979, 364, concl. Toubas et note Besson. - Y. Lambert-Faivre, Fondement et portée de
la mise en cause d'un assuré en faillite dans l'action directe exercée par la victime contre l'assureur
du responsable, D. 1979, chron. 243).

Jurisprudence
Désormais, la Cour de cassation a abandonné l'exigence : " La recevabilité de l'action directe n'est
pas subordonnée à l'appel en la cause de l'assuré par la victime (Cass. 1re civ., 7 nov. 2000, JCP
G 2000, II, no 10456, obs. Bigot; D. 2001, somm. 3320, obs. Groutel ; RGDA 2000, 1108, note
Kullmann. - aussi : Cass. 1re civ., 29 févr. 2000, Resp. civ. et assur. 2000, chron. 12, Groutel ;
RGDA 2000, 581, note Kullmann.Cass. 3e civ., 15 mai 2002, RGDA 2002, 747, note Mayaux) ".

Autre mesure de faveur, elle estime que le tiers n'a à démontrer que l'existence du contrat
d'assurance. Il revient à l'assureur d'en discuter le contenu (Cass. 3e civ., 8 juin 2010, n° 09-13482,
RGDA 2010, 1009, note Karila).

Les titulaires de l'action sont la victime, ses ayants droit et les personnes subrogées dans ses
droits. Plusieurs difficultés peuvent naître. Lorsque la victime est en même temps l'héritière du
responsable (responsable et victime sont mari et femme tous deux décédés dans l'accident),
faut-il considérer qu'il y a extinction des créances par confusion ?

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Jurisprudence
La jurisprudence estime, à l'inverse, que l'action peut être intentée (Cass. 1re civ., 25 mai 1992,
RGAT 1992, 533, note Landel. - H. Groutel, La distance entre l'action directe contre l'assureur
de responsabilité et l'action contre le responsable, Resp. civ. et assur. 1992, chron. 29). Lorsque
l'action est intentée par une personne subrogée dans les droits de la victime, cela suppose que
les conditions du recours subrogatoire soient respectées et notamment le désintéressement de la
victime.

La jurisprudence établit cependant une subtile distinction entre action directe et appel en garantie en
vue d'une action directe. Dans ce dernier cas, l'appel en garantie n'est pas subordonné au respect
des conditions de la subrogation (Cass. 1re civ., 2 févr. 1999, RGDA 1999, 677, note Rémy. - Cass.
1re civ., 21 janv. 1997, RGDA 1997, 542, note Mayaux).

Le délai de prescription de l'action directe est déterminé en fonction de la nature du droit de la


victime. Puisque l'on considère que celle-ci tient son action de son droit à réparation, c'est le délai
de prescription de ce dernier qui va s'appliquer. Mais l'action de la victime n'est pas limitée dans ce
seul délai puisqu'elle peut agir tant que l'assuré lui-même le peut : "

l'action directe de la victime contre l'assureur de responsabilité, qui trouve son fondement dans le
droit de la victime à réparation de son préjudice, se prescrit par le même délai que son action contre
le responsable et ne peut être exercée contre l'assureur, au-delà de ce délai, que tant que celui-ci
reste exposé au recours de son assuré " (Cass. 1re civ., 13 févr. 1996, RGDA 1996, 380, note A.
d'Hauteville.- Cass. 1re civ., 9 mai 1996, RGDA 1996, 705, note Kullmann. - Cass. 2e civ., 10 févr.
2011, n° 10-14.148 et 10-14.581, RCA 2011, 193, obs. GROUTEL).

La solution présente pour l'assuré un avantage certain notamment quand l'action en responsabilité
est soumise à un bref délai inférieur à celui de deux ans (Cass. 1re civ., 10 mai 2000, RGDA 2000,
907, note Mayaux. - Cass. 1re civ., 20 oct. 1998, RGDA 1999, 177, note Vincent). La solution a
un autre avantage, l'action intentée contre l'assureur dans le délai est recevable même si l'action
intentée contre l'assuré est hors délai (Cass. 3e civ., 24 oct. 2007, n° 06-17.295, JCP G 2008, II,
10040 ; RGDA 2008, 124, obs. Karila. Idem Cass. 2e civ., 21 févr. 2008, n° 07-10.951, RCA 2008,
152 ; RGDA 2008, 376, note Karila et Charbonneau).

Lorsque l'action directe est invoquée au cours d'un procès opposant victime et responsable, elle
doit l'être en première instance. Si tel n'est pas le cas l'action ne peut être exercée par la voie de
l'appel incident, car elle " ne tend pas à faire écarter la prétention par laquelle cet assureur dénie
sa garantie (Cass. 1re civ., 21 janv. 1999, RGDA 1999, 679, note Vincent) ".

Cependant, la demande est possible en appel si elle est justifiée par une évolution du litige
(Cass. 1re civ., 7 nov. 2000, RGDA 2000, 1105, note Rémy). La jurisprudence a précisé comment
comptabiliser le délai lorsqu'une interruption de prescription survient du fait d'une action en justice.
Elle considère que l'effet interruptif cesse au moment de la signification de l'action en justice (Cass.
3e civ., 15 févr. 2006, Resp. civ. et assur. 2006, 175, obs. Groutel). A partir de là le délai de droit
commun ainsi que la prescription biennale recommencent à courir.

Le droit du tiers lésé n'est pas totalement indépendant du contrat d'assurance (sur cette question :
Y. Lambert-Faivre, Droit des assurances, op. cit., no 700). L'assureur est en droit d'opposer au tiers
toutes les exceptions tenant aux conditions de l'engagement de l'assuré, C. assur., art. L. 112-6.
• Il pourra, d'abord, lui opposer le défaut de preuve du contrat d'assurance.
• Il pourra aussi se prévaloir de toutes les exceptions découlant de sa relation avec l'assuré : les
conséquences du comportement de l'assuré avant la réalisation du sinistre et la fin de leurs
relations (Cass. 1re civ., 25 févr. 1992, Resp. civ. et assur. 1992, no 205 – Cass. 3e civ., 4 juin
2009, n° 08-16.129, RGDA 2009, 881, note Astegiano-La Rizza).
• Il peut aussi opposer les limites de son engagement se manifestant sous la forme d'exclusions
ou de plafonds (Cass. 1re civ., 22 mai 1991, RGAT 1991, 603, note Bigot. - Cass. 1re civ., 9
juill. 2003, Resp. civ. et assur. 2003, 268) ou encore les franchises légales (Cass. 2e civ., 20
déc. 2007, RGDA 2008, 218, obs. Mayaux).
• De façon plus originale, il peut opposer une clause limitant l'indemnité à la part de responsabilité
incombant à l'assureur (Civ. 2e, 21 déc. 2006, RGDA 2007, 185, note J. Kullmann).
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Le tiers ne peut faire valoir le fait que l'assureur a renoncé, pour de précédents sinistres, à ces limites
(Cass. 1re civ., 8 juin 1994, RGAT 1994, 875, note Vincent). En revanche, l'assureur ne peut invoquer
les exceptions découlant du comportement de l'assuré après la survenance du sinistre, C. assur.,
art. R. 124-1. Les déchéances sont sans effet sur son action. Cette inopposabilité ne bénéficie pas
au coauteur du dommage (Cass. 1re civ., 13 févr. 1996, RGDA 1996, 430, note Rémy). Par ailleurs,
l'assureur n'est pas autorisé à déduire du montant de l'indemnité due au tiers lésé " le montant des
primes échues à la date du sinistre et non réglées (Cass. 1re civ., 31 mars 1993, RGAT 1993, 635,
note Beauchard) ".

L'opposition de l'assureur se limite aux conséquences du non-paiement des primes sur la


relation contractuelle des parties.

L'assureur n'a aucun intérêt à s'opposer, sans raison, au paiement car il pourrait engager sa
responsabilité délictuelle à l'égard du tiers (Civ. 2e, 10 mai 2007, Bull. civ. II, n°126 ; JCP G 2007,
I, 185, obs. Ph. Stoffel-Munck). A l'inverse, s'il paie spontanément mais alors qu'il ne devait pas
l'indemnité, la jurisprudence ne lui fait aucune faveur. Elle estime, en effet, que son recours doit être
dirigé, non contre celui qui a reçu l'indemnité, mais contre celui qui aurait dû la payer (Civ. 2e, 26 avr.
2007, no 06-12.225, Bull. civ. II, no 106 ; RCA 2007, no 227 et chron. 12, H. Groutel ; RGDA 2007,
587, obs. J. Kullmann Cass. 2e civ., 15 mai 2008, n° 07-14.635, RGDA 2008, 731, note Abravanel-
Jolly - Cass. 2e civ., 9 avril 2009, n° 08-11053, NPB, RGDA 2009, 753, note Astegiano-La Rizza).
La faveur pour la victime lui fait dénaturer les plus élémentaires concepts.

Précisions sur le rôle de l'assurance dans la logique d'indemnisation des victimes

Plusieurs des mécanismes que nous avons étudiés vont être articulés afin de favoriser
l'indemnisation des victimes. L'objectif est d'obtenir une indemnisation certaine le plus rapidement
possible. En dehors des systèmes légaux d'indemnisation (automobile, sang contaminé, accidents
médicaux, construction), la conjonction de l'assurance, du recours subrogatoire, des conventions
de règlement (voir dernière leçon) et de l'action directe vont aboutir à ce résultat. Des schémas
permettront de mieux comprendre leur apport.

Hypothèse 1 : Dans ce rapport simple, il n'y a que le responsable et la victime. Ils sont unis par un
contrat ou non, mais l'on suppose que le premier a causé un dommage à la seconde. Ils peuvent
s'entendre, mais la plupart du temps, elle devra exercer un recours afin d'obtenir réparation. Cela
prendra un certain temps, représentera un certain coût (à moins que la victime ne bénéficie d'une
assurance de protection juridique) et au final il reste une inconnue : la solvabilité du responsable.

Hypothèse 2 : Dans cette situation, le rapport fondamental entre victime et responsable se


complique de la présence d'un assureur. Si il assure le responsable, la victime exercera contre lui
une action directe. Elle y gagnera en solvabilité et peut être aussi en temps si la responsabilité est
bien établie et que la garantie n'est contestable. Rappelons simplement que l'assureur n'est tenu que
dans la mesure du contrat conclu avec le responsable. La victime risque de n'obtenir qu'une partie
d'indemnisation. Il y a peu de chance qu'il y ait une action en justice.

Hypothèse 3 : Cette situation ne se distingue pas fondamentalement de la précédente mais cette


fois-ci c'est la victime qui est assurée. Pour elle la situation est peut être plus simple. Elle connaît
son assureur. Elle sollicite simplement une garantie et il exercera alors un recours subrogatoire. Sur
lui pèse alors le risque d'insolvabilité du responsable. La victime n'est cependant indemnisée que
dans les limites du contrat.

Hypothèse 4 : Dans cette situation, le mécanisme de l'assurance est parfaitement intégré. Les deux
protagonistes bénéficient d'une garantie. La victime sollicite son assureur qui exerce un recours
subrogatoire contre l'assureur du responsable. Les relations des deux assureurs sont régies par
des conventions de règlement (expertise, niveau d'indemnisation, procédure d'arbitrage en cas de
difficultés). Il y aura rarement action en justice si la responsabilité est évidente et qu'aucune garantie
ne pose de problème. La responsabilité n'aura été que l'élément déclencheur du mécanisme de
l'assurance. Gain de temps, gain d'argent. A condition néanmoins que l'offre d'indemnisation faite à
la victime soit sérieuse et que la garantie soit suffisamment consistante.

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