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2011

Guide des
urgences
médico-chirurgi-
cales
Tirage à 7500 exemplaires
Tirage à 8000 exemplaires
Exemplaire gratuit
ANEMF Exemplaire gratuit

c/o FAGE
5, Rue Frédérick Lemaître
75020 PARIS
Tél. : 01 40 33 70 72
info@anemf.org
www.anemf.org

Hépatogastroentérologie
Hôpital du Bocage BP 77 908
21079 Dijon cedex
Téléphone : 03 80 29 37 50
patrick.hillon@chu-dijon.fr
apnet.univ-lille2.fr

Dépôt légal en cours

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


1
SOMMAIRE > 3

Avertissement au lecteur 6
Liste des auteurs 7
Préface du Professeur Queneau, Ancien Président de l’APNET 8
Editorial de Jean-Paul LORENDEAU 10
Publi-info AGMF 12

Introduction
Accueil et tri des malades consultants aux urgences 12
Chapitre I : Douleurs thoraciques
Infarctus du myocarde 15
Diagnostic d’un syndrome douloureux thoracique 16
Angor 19
Dissection aortique 21
Chapitre II : Dyspnées aiguës
Diagnostic d’une dyspnée aiguë 24
Crise d’asthme 25
Conduite à tenir devant un œdème aigu du poumon cardiogénique 28
Œdème aigu du poumon cardiogénique 29
Décompensation d’une insuffisance
respiratoire chronique 32
Embolie pulmonaire 35
Pneumopathies infectieuses communautaires 37
Pneumothorax 40
Chapitre III : Syndromes douloureux abdominaux
Sepsis intra-abdominal : Cholécystite aiguë 43
Éléments de base pour l’évaluation d’un syndrome abdominal 45
Diagnostic d’un syndrome douloureux abdominal 46
Diagnostic à évoquer devant une douleur abdominale fébrile 47
Sepsis intra-abdominal : Appendicite 48
Sepsis intra-abdominal : Diverticulite aiguë 50
Sepsis intra-abdominal : Péritonite 52
Sepsis intra-abdominal : Salpingite aiguë 54
Occlusion intestinale aiguë 56
Pancréatite aiguë 57
Ulcère gastro-duodénal 59
Grossesse extra-utérine 61
Prise en charge d’une hémorragie digestive haute aiguë 63

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


4 > SOMMAIRE
Chapitre IV : Syndromes génito-urinaires
Colique néphrétique 64
Sepsis urinaire : Pyélonéphrite aiguë 66
Sepsis urinaire : Cystite simple 68
Sepsis urinaire : Prostatite aiguë 70
Rétention aiguë d’urine 71
Diagnostic d’une douleur scrotale aiguë 73
Chapitre V : Malaises
Prise en charge d’un malaise aux urgences 74
Orientation diagnostique d’un malaise 75
Syncopes 77
Orientation diagnostique d’une syncope 80
Crise convulsive 81
Chapitre VI : Coma
Coma 84
Conduite à tenir devant un coma 85
Arrêt cardiaque 86
Arrêt cardiaque : prise en charge 88
Chapitre VII : Choc
Choc anaphylactique 89
Prise en charge d’un choc 90
Chapitre VIII : Agitation
Agitation psychomotrice et sédation médicamenteuse 91
Conduite à tenir devant une agitation psycho-motrice 92
Intoxication éthylique aiguë 93
Bouffée délirante aiguë 94
Chapitre IX : Intoxications médicamenteuses
Intoxication médicamenteuse volontaire 95
Prise en charge d’une intoxication médicamenteuse volontaire aux
urgences 97
Chapitre X : Urgences métaboliques
Diabète décompensé : conduite à tenir devant une hyperglycémie 98
Le diabétique aux urgences 101
Diabète décompensé : Hyperosmolarité 102
Diabète décompensé : Acido-cétose 105
Hypoglycémie (chez le diabétique et le non diabétique) 108
Insuffisance rénale aiguë 110
Prise en charge d’une insuffisance rénale aiguë 113
Déshydratation 114
Hyperkaliémie 116
Hypokaliemie 118
Hypercalcémie 120
Hyponatrémie 122
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
SOMMAIRE > 5

Chapitre XI : Syndromes neurologiques déficitaires


Prise en charge d’un syndrome neurologique déficitaire :hémiplégie124
Accidents vasculaires cérébraux 125
Prise en charge d’un syndrome neurologique déficitaire :paraplégie 129
Chapitre XII : Céphalées
Prise en charge d’une céphalée aiguë 130
Hémorragie méningée 131
Méningites aiguës 133
Chapitre XIII : Urgences rhumatologiques
Lombosciatique aiguë 136
Conduite à tenir devant une lombosciatique aiguë 139
Névralgie cervico-brachiale 140
Arthrite aiguë 141
Conduite à tenir devant un épenchement intra-articulaire du genou143
Chapitre XIV : Traumatologie
Petites plaies 144
Traumatismes crâniens 148
Traumatismes rachidiens 151
Traumatismes de l’épaule 154
Traumatismes du coude 156
Traumatismes du poignet 159
Traumatismes de la hanche 161
Traumatismes du genou 163
Traumatisme de la cheville 166
Traumatisme de l’avant du pied et du pied 169
Chapitre XV : Divers
Hypertension artérielle aux urgences 173
Fièvre au retour d’un pays tropical 176
Hypothermies 180
Accidents d’exposition aux liquides biologiques 182
Choix d’un traitement antirétroviral devant un accident d’exposition à un
liquide biologique 184
Traitement de la douleur aux urgences 185
Traitement de la douleur aux urgences 186
Transfusion de culots globulaires 187
Transfusion de concentrés plaquettaires 188
Médicaments de l’urgence chez la femme enceinte 189
• Remerciements 190

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


6 > Avertissement au lecteur

L
es auteurs de ce Guide des urgences médico-chirurgicales, conçus
par l’APNET, se sont efforcés de donner des informations conformes
aux connaissances médicales actuelles, notamment dans le domaine
de la Thérapeutique. Cependant la recherche clinique ouvre à des progrès
constants, au bénéfice des malades. L’étudiant ou le médecin qui utilise ce
Guide doit contrôler par les ouvrages de référence (Vidal®, Guide National
des Prescriptions, Fiches de transparence…), l’évolution possible des pres-
criptions.

En outre, il doit garder à l’esprit que chaque malade est unique, ce qui
l’amènera à toujours devoir personnaliser pour chaque patient, les conduites
thérapeutiques indiquées.

Enfin, les auteurs souhaitent recevoir les réflexions, commentaires et


critiques que susciterait la lecture de ce guide.

À noter que les algorithmes proposés dans ce guide comportent des


“loupes” stigmatisées pas le signe . Celui-ci indique que la pathologie
concernée est developpée dans un autre chapitre du Guide, auquel le lec-
teur peut se référer.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Liste des auteurs > 7

• Pr Frédéric Adnet, SAMU 93, Hôpital Avicenne - Bobigny


• Pr Jacques Amar, Service de Médecine Interne, Hôpital Purpan - Toulouse
• Pr Pierre Ambrosi, Service de Médecine Interne et Thérapeutique,
Hôpital Sainte Marguerite - Marseille
• Pr Christophe Barrat, Service de Chirurgie Générale, Hôpital Jean Verdier - Bondy
• Dr Bruno Bernot, Service des Urgences, Hôpital Jean Verdier - Bondy
• Dr Bernard Bouffandeau, Service de Néphrologie et de Médecine Interne,
Hôpital Sud - Amiens
• Dr Bertrand de Cagny, Service de Néphrologie et de Médecine Interne,
Hôpital Sud - Amiens
• Pr Bernard Chamontin, Service de Médecine Interne, Hôpital Purpan - Toulouse
• Pr Olivier Chassany, Clinique Thérapeutique , Hôpital Lariboisière - Paris
• Pr Pierre-François Dequin, Service de Réanimation Médicale Polyvalente,
Hôpital Bretonneau - Tours
• Dr Dominique El Kouri, Service de Médecine Interne, Hôpital Hôtel Dieu - Nantes
• Pr Jean-Michel Halimi, Service de Néphrologie Immunologie Clinique,
Hôpital Bretonneau - Tours
• Dr Etienne Hinglais, Service des Urgences, Hôpital Henri Mondor - Créteil
• Pr Jean-Louis Lejonc, Service des Urgences, Hôpital Henri Mondor - Créteil
• Dr Jafar Manamani, Service des Urgences, Hopital Saint-Antoine, Paris
• Dr Thierry Mathevon, Soins Intensifs de Pneumologie, Hôpital G. Montpied -
Clermont-Ferrand
• Dr Jean Louis Megnien, Service de Médecine Préventive Cardio-Vasculaire,
Hôpital Broussais - Paris
• Pr Dominique Pateron, Service des Urgences, Hopital Saint-Antoine, Paris
• Pr Gilles Potel, Service de Médecine Interne, Hôpital Hôtel Dieu - Nantes
• Pr Patrice Queneau, Service de Médecine Interne et Thérapeutique,
Hôpital Bellevue - Saint-Etienne
• Dr Jean-Luc Rey, Service de Cardiologie, Hôpital Sud - Amiens
• Dr Bruno Richard, Service de Médecine Interne, Hôpital Carémeau - Nîmes
• Pr Eric Roupie, Service des Urgences, Hôpital Henri Mondor - Créteil
• Pr Michel Salvador, Service de Médecine Interne, Hôpital Purpan - Toulouse
• Pr Jeannot Schmidt, Service des Urgences, Hôpital G. Montpied - Clermont-Ferrand
• Pr Michel Slama, Service de Néphrologie et de Médecine Interne,
Hôpital Sud - Amiens

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


8 > Préfaces
“Trop de docteurs,
Trois rêves devenus… peu de médecins”
(proverbe français) (1)

réaliTéS !
Faisons un rêve, tel est le titre d'une comédie alerte et gaie de Sacha
Guitry.
Pour ma part, mon rêve était triple.

Le premier était que l'on enseignât la médecine, et notamment la thérapeu-


tique, sa finalité même, non pas comme une science abstraite consacrée à des
maladies désincarnées (l'infarctus du myocarde, l'embolie pulmonaire, le coma
diabétique…, envisagés de façon théoricienne et anonyme), mais en fonction
des besoins et attentes réels des malades : notamment dans les circons-
tances dramatiques des Urgences, où l'enjeu est bien souvent l'alternative
entre la vie et la mort. Et où chaque malade doit pouvoir bénéficier de la
décision salvatrice : bien soigné de son infarctus du myocarde ou de son
hémorragie digestive, le malade sera sauvé ; mal soigné, il risque d'en mou-
rir…
A l'Urgence, il n'y a pas de droit à l'erreur. Plus encore qu'ailleurs, c'est un impé-
ratif éthique pour chaque interne, chaque médecin, que “d'assurer person-
nellement au patient des soins consciencieux, dévoués et fondés sur les
données acquises de la science” (article 32 du Code de Déontologie médi-
cale).
Mon deuxième rêve était celui-ci : que l'APNET (l'Association Pédagogique
pour l'Enseignement de la Thérapeutique), s'attachât à la rédaction d'un
Guide des Urgences médico-chirurgicales, exigeant et pratique, utile et
maniable, à l'usage des internes et des médecins de garde.
Et mon troisième rêve, me direz-vous ? Il était qu'un tel Guide soit conçu et
écrit, non pas seulement pour les étudiants, futurs internes, futurs médecins,
mais bien avec eux, convaincus que nous étions que l'une des clefs de sa
réussite et surtout de son utilité réelle pour eux, serait qu'ils en soient eux-aussi
les maîtres d'œuvre, depuis la conception, le choix des thèmes et de la forme
à adopter, jusqu'à la finition.
Voilà que tout cela est aujourd'hui chose faite. Et c'est une joie fantastique
que de voir réalisés tant de rêves à la fois.
Mais ce livre aura été pour moi une autre source de vrai bonheur : celle
d'avoir vécu cette aventure ensemble, enseignants et étudiants (sans jamais
oublier les étudiantes !) réunis dans ce même objectif, et passionnés par
cette perspective d'écrire ensemble ce Guide.
Aussi, je dois d'immenses remerciements à tous ceux qui ont formidable-
ment œuvré pour cette réalisation.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Préfaces > 9

Merci à tous les auteurs et relecteurs de l'APNET, admirables de motivation,


qui, une fois encore, m'ont réjoui et m'ont conforté dans la conviction que
nous étions sur la bonne voie, aimantés par l'ardent désir de guérir, de sou-
lager et d'accompagner les malades.
Merci à Anthony Gourichon, dévoué Président de l'ANEMF, et à ses succes-
seurs tous aussi ardents les uns que les autres : Christophe Orgaer, Marc
Sabourin, Guillaume Gauchotte, Marie Costes, Amandine Brunon (à qui je
vous une affection particulière en tant que stéphanois), Guillaume Müller,
Sylvain Iceta, Virginie Prade et enfin Charles Mazeaud pour tous les efforts
entrepris pour la parution annuelle de ce guide.
Merci aux vice-Présidents successifs de l'ANEMF, qui ont réussi l'impossible
pari de faire éditer cet ouvrage et de le diffuser avec un tel dynamisme :
Sébastien Pelletier, Kevin Kraft, Alexandre Lazard, Sébastien Pouzoulet,
Nicolas Boimond, Sophie Bouvaist, Matthieu Durand, Matthieu Boisson,
Lobna Hadj-Henni et Jacques Franzoni, Guillaume Boulestein et, bien
entendu, Léonard Golbin qui aura été l'artificier de cette dernière édition du
guide.
Merci à tous les étudiants de l'ANEMF qui se sont investis avec ardeur dans
cette entreprise. Merci pour leur joie de vivre et leur ferveur à se préparer à
toujours mieux soigner des malades, et non des maladies anonymes.
Merci aussi pour leur humour, si essentiel pour rester libre d'esprit et éviter
de basculer dans l'autosatisfaction stérile.
Enfin, un grand merci pour leur contribution précieuse aux partenaires sans
lesquels ce livre n'eût pas pu être remis gracieusement aux étudiants des
2ème et 3ème cycles des études médicales.
Faisons un rêve… et voilà que ce rêve est devenu réalité ! ce livre est une nais-
sance. L'enfant est beau. Il est en forme. Il crie sa joie dès le premier éveil. Il
est promis à un bel avenir. Souhaitons-lui une belle destinée, conforme à
notre attente : qu'il soit utile aux étudiants et donc aux malades, qu'il
devienne le hand book, pardon le livre de poche, de l'étudiant de l'interne à
l'urgence.
" Voir Naples et mourir " ? Je n'ai jamais vu Naples…mais je veux continuer
à vivre pour voir ce livre poursuivre son vol dans la galaxie médicale, afin de
servir les malades : enjeu éthique et noble de la médecine
que de secourir et d'apaiser l'Homme, surtout malade, sur-
tout souffrant.

Doyen Patrice Queneau


Président d’honneur de l’APNET
Membre d’honneur de l’ANEMF

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


10 > Édito

Bonjour à toutes et a tous,

L'ANEMF est fière de vous présenter le Guides des Urgences Médico-


Chirurgicales édition 2010-2011.
L'objectif de ce guide est de vous accompagner dans la poche de votre
blouse tout au long de vos journées, ou de vos nuits, à l'hôpital.
Ce guide récapitule toutes les situations d'urgence que vous pourrez rencon-
trer lors de vos stages, avec la démarche diagnostique à suivre et leurs
prises en charge.
Ce guide n'aurait pu voir le jour sans le travail de l’APNET (Association pédago-
gique Nationale pour l'Enseignement de la Thérapeutique), et plus particuliè-
rement sans la participation du Pr. PATERON et du Pr.QUENEAU.
L'ANEMF tient aussi à remercier notre partenaire le Groupe Pasteur
Mutualité qui a aussi contribué à l’édition de ce guide.
Nous espèrons que ce guide se fera une bonne place dans votre pratique
quotidienne, et vous sera utile tout au long de votre externat (voire plus!).

Nabil Dib
VP Publications de l'Anemf
Étudiant en DCEM1 à Toulouse - Rangueil

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


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12 > Introduction

Accueil et tri des malades consultants aux urgences


Un service d'urgence reçoit, à toutes heures du jour et de la nuit, des malades,
dont l'arrivée n'est pas annoncée (programmée). Plusieurs malades arrivent au
même moment, pour des motifs totalement différents et présentent des gravités
également très différentes.
Il est nécessaire d'organiser la prise en charge des malades dès le premier
accueil (dès l'arrivée). Il faut réaliser un "tri" de l'urgence avec une catégorisation
des patients afin que ceux qui le nécessitent puissent bénéficier d'une prise en
charge immédiate ("circuit court").

A - Tri des malades


c Le tri des malades s'effectue en premier lieu sur les éléments suivants :
I Motif d'arrivée
I Etat clinique
I Recueil des paramètres vitaux suivants : pouls, pression artérielle,
fréquence respiratoire, conscience, température
c "Dogmes" : tout malade présentant l'un des éléments suivants doit bénéficier
du circuit court de prise en charge thérapeutique :
I Douleur quelle qu'elle soit : antalgie immédiate puis diagnostic
I Détresse respiratoire : oxygène, intubation
I Détresse hémodynamique : pose d'une voie d'abord, remplissage
vasculaire ? Inotropes ?
I Détresse neurologique : intubation ?
I Agitation, agressivité : sédation ?
Pour ces malades, le recueil de l'anamnèse et l'examen clinique doivent être
réalisés parallèlement aux premiers gestes thérapeutiques.
c La classification clinique des malades aux urgences (CCMU) permet
aussi une catégorisation utile pour juger de leur gravité. Elle est fondée sur
le jugement initial du premier médecin accueillant le patient.

c L’évaluation porte sur l'état clinique du patient et la notion de stabilité de


celui-ci.
I Lorsque le patient présente une pathologie pour laquelle aucun risque
vital ou d'aggravation n'est prévisible à court ou moyen terme, il est
classé CCMU 1 s'il ne nécessite pas d'examen (biologique ou
radiologique) ni de geste thérapeutique. Exemple : angine. S'il en
requiert un ou plusieurs il est classé CCMU 2. Exemple : pneumopathie
communautaire du sujet jeune.
I Si le patient est susceptible de s'aggraver, la question porte sur
l'engagement, à court terme, du pronostic vital. Lorsque le pronostic
n'est pas engagé, le patient est classé CCMU 3. Exemple : pneumopa-
thie chez un patient âgé, ou crise convulsive isolée chez un éthy-
lique.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Introduction > 13

I En cas de pronostic vital engagé, le malade est classé CCMU 4


lorsqu’il n’est pas nécessaire d'entreprendre immédiatement un geste
de réanimation. Exemple : intoxication polymédicamenteuse poten-
tiellement dangereuse sans signe de gravité à l'arrivée. Si un geste de
réanimation est nécessaire dès l'arrivée, il est classé CCMU 5.

État clinique stable

OUI NON

Actes complémentaires Pronostic vital engagé

NON OUI NON OUI

Geste de
réanimation vitale

NON OUI

Classe 1 Classe 2 Classe 3 Classe 4 Classe 5

I Les détresses sont toutes classées CCMU4 et 5 (salle de déchocage)


I Les patients psychiatriques et la douleur ne sont pas classés par la
CCMU mais doivent bénéficier d'un circuit court

B • Information
L'accueil des malades implique le recueil d'informations exhaustives auprès
des différents acteurs de leur prise en charge (malade lui-même, familles,
témoins, services de secours...).
L'information recueillie auprès du malade doit l'être de façon confidentielle.
Le malade et ses proches doivent être informés des motifs d'attente et du
déroulement de leur prise en charge. En cas de sortie, le patient (et/ou son
entourage) et le médecin traitant doivent pouvoir bénéficier d'une information
éclairée sur le passage aux urgences pour que la continuité des soins soit assu-
rée. Il est fondamental de prévoir des courriers et des lettres-type pour que le pas-
sage aux urgences s'inscrive dans la continuité des soins pour chaque malade.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


14 > Introduction

consultants aux urgences

Accompagnants Services Médecins


Proches Recueil Information de secours traitants
“Témoins”

Accueil administratif

Catégorisation (CCMU)
Tri

Défaillance vitale
OUI Douleur NON
Patient agité

Circuit court
de prise en charge Circuit commun

Attente possible
Gestes immédiats (information
+ surveillance)

Diagnostic

Traitement

Décision d’orientation

Hospitalisation Non admission

Information
(patient, M.T.)
Lettre-type

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Douleurs thoraciques > 15
J.L. Mégnien
1 c Infarctus du myocarde
A - Définition
L'infarctus du myocarde (IDM) est la nécrose massive et systématisée du
myocarde sur au moins 2cm2 secondaire le plus souvent à une occlusion par
thrombose d'une artère coronaire. Dès que le diagnostic d'infarctus du myo-
carde est porté, le patient devra être conduit le plus rapidement possible en
Unité de Soins Intensifs Cardiologiques (USIC).

B - Points importants
Diagnostic
c Dans sa forme typique : douleur thoracique brutale, intense, rétrosternale
en barre,constrictive, avec irradiations aux mâchoires, au bras gauche, et aux
poignets ; cette douleur est résistante aux dérivés nitrés et prolongée (au-delà
de 20 à 30 minutes), le diagnostic est aisé.
c Il est basé sur l'interrogatoire et l'ECG : ondes T géantes faisant rapidement
place à un sus-décalage du segment ST, englobant l'onde T convexe vers le
haut (onde de Pardee), avec un aspect en miroir.

Territoire Dérivations Signes en miroir

Antérieur étendu DI, aVL, V1-V6 DII, DIII, aVF

Antéroseptal V1-V3 DII, DIII, aVF

Apical V3-V4 Microvoltage en standards

Antéro-speto-apical V1-V4

Latéral haut DI, aVL DIII, aVF

Latéro-basal V6-V7 V1-V2

Latéral étendu DI, aVL, V6-V7 DIII, aVF, V1-V3

Postéro-diaphragmatique DII, DIII, aVF V1-V3

Postéro-basal V7-V9 ± DII, DIII, aVF V1-V4, R>S en V2

Ventricule droit Sous-décalage Associé avec un IDM


ST V3R, V4R antérieur ou inférieur

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


16 >Diagnostic d’un syndrome douloreux thoracique

L’orientation diagnostique sera dominée par l’interrogatoire,


l’examen clinique, l’électrocardiogramme, les enzymes
cardiaques et la radiographie thoracique.

Localisation de la douleur

Rétrosternale Migratrice Basi-thoracique Pariétale


latéralisée

Dissection aortique : En hémiceinture :


douleur prolongée, • Zona
avec irradiation dorsale • Tassement vertébral
descendante • Tumeur
Localisée aux articulations
Douleur constrictive : chondro-costales,
• brève et à l’effort : angor manubrio-sternale ou
• prolongée + trinitrine sterno-claviculaire
• Syndrome de Tietze
résistante : IDM
• Rhumatisme
inflammatoire
Gène thoracique provoquée • Infection
et/ou renforcée par : chondro-sternale
• inspiration : péricardite
• antéflexion : reflux
gastro-œsophagien Sans fièvre :
• déglutition : spasme • Embolie pulmonaire
(la fièvre est retardée)
œsophagien • Épanchement pleural
( trinitrine sensible ) • Pneumothorax
Fièvre :
• Pneumonie infectieuse

Douleur initialement extra-thoracique

• Lithiase vésiculaire
• Ulcère gastroduodénal
• Pancréatite aigue

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Douleurs thoraciques > 17

Les enzymes cardiaques (CK-MB, Myoglobine, Troponine I) ne présen-


tent aucun intérêt dans les formes typiques. Les dosages devront être renou-
velés dans les formes atypiques (douleur atypique ou absente, OAP sans
étiologie par exemple). Si la myoglobuline est la première enzyme à s'élever
(délai d'apparition: 2 à 3 heures), cette augmentation n'est pas spécifique de
l'IDM (élevée également en cas de traumatisme musculaire ou d'insuffisance
rénale). Le délai d'apparition est de 3 à 8 heures pour les CK-MB, et de 4 à
6 heures pour la troponine I.

Pièges
c Le plus souvent les IDM sont acheminés directement par SAMU du domi-
cile du patient à l'USIC. Les IDM rencontrés aux urgences auront donc la par-
ticularité de représenter les formes atypiques (formes abdominales, indo-
lores)
c Les modifications de l'ECG peuvent être difficiles à authentifier à la phase
toute précoce de l'IDM (ondes T amples), il est donc essentiel de pouvoir
comparer le tracé à des ECG antérieurs
c Attention aux blocs de branche gauche qui peuvent masquer une nécrose
c Il est impératif de faire le diagnostic différentiel de la dissection aortique et
de la péricardite (toujours y penser !), pathologies pour lesquelles le traite-
ment anticoagulant et surtout thrombolytique sont strictement contre-indi-
qués
c Le diagnotic est parfois difficile. Il ne faut pas hésiter à appeler le réanima-
teur de l’USIC plutôt que d’attendre le résulat des enzymes cardiaques car le
traitement thrombolytique doit être administrer le plus rapidement possible
Cas particuliers
L'IDM par extension de la dissection aortique aux artères coronaires qui
contre-indique les traitements thrombolytique ou anticoagulant.
Eléments de gravité
Tout IDM est susceptible de se compliquer rapidement (troubles du
rythme ventriculaire, troubles conductifs, OAP, choc cardiogénique).
C - Traitement

c le traitement aux urgences de l'IDM répond à deux impératifs :


I Mettre en place les moyens de réanimation pour la détection et le
traitement des complications initiales représentées surtout par les
arythmies ventriculaires
I Assurer au plus tôt la revascularisation de l'artère coronaire
(thrombolyse, angioplastie) en contactant l'USIC

c aux urgences :
I Voie veineuse (G5 : 500 cc /24 heures + 2g KCl)
I Scope. Défibrillateur à proximité
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
18 > Douleurs thoraciques >

I Ne jamais faire d'IM, ni de gaz du sang (le patient sera peut-être


thrombolysé)
I Oxygénothérapie non indispensable sauf pour les patients en
insuffisance cardiaque
I Morphine en titration en l'absence d'insuffisance respiratoire
I Aspirine : 250 à 500 mg IV ou per os
I Si PAS > 100 mm Hg et en l'absence d'infarctus du ventricule droit
(penser à faire l'ECG en V3R et V4R) : trinitrine IV à la seringue
électrique afin de régler la vitesse de perfusion entre 0,5 à 1 mg/h
pour le Lénitral® ou 2 à 4 mg/h pour le Risordan® (la baisse de la
PA doit être > à 10 % chez les sujets normotendus et 30 % chez
le sujet initialement hypertendu)
I Le traitement par héparine sera administré en fonction du choix du
thrombolytique qui sera utilisé. Clopidrogel indiqué en traitement
adjuvant en cas de syndrome coronarien ST+
I Prévenir le réanimateur de garde pour la prise en charge spéciali-
sée en USIC du patient et la discussion du traitement thromboly-
tique et par bêta-bloquant

c en cas de syndrome vagal :


I Arrêt de la trinitrine
I Atropine en cas de bradycardie : 0,5 à 1 mg IVD
I Surélever les membres inférieurs

c si extrasystoles complexes (fréquentes, polymorphes, phénomène


R/T, en salves) :
I Amiodarone ou lidocaine en fonction de la situation
c en cas de tachycardie ventriculaire mal tolérée :
I Cardioversion après une courte anesthésie puis lidocaïne

c en cas de fibrillation ventriculaire, le patient est en arrêt circulatoire :


I Coup de poing sternal, massage cardiaque externe (le temps de char-
ger le défibrillateur)
I Cardioversion immédiate (200 puis 400 J si échec) puis lidocaïne

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Douleurs thoraciques > 19
J.L. Mégnien
2 c Angor

A - Définition

L'angine de poitrine est un syndrome douloureux thoracique en rapport


avec une insuffisance du débit coronaire face aux besoins en oxygène du myo-
carde. La difficulté n'est pas tant le diagnostic qui est basé sur la clinique (inter-
rogatoire), mais surtout sur le pronostic (angor stable ou instable) qui guidera
la prise en charge du patient aux urgences (urgence coronarienne).

B - Points importants

Diagnostic
c Angor stable : dans sa forme typique (douleur thoracique brutale, intense,
rétrosternale en barre, constrictive, avec irradiations aux mâchoires, au
bras gauche, et aux poignets) cette douleur brève (inférieure à 15 mn) est
sensible aux dérivés nitrés.
c Angor instable : cette appellation regroupe l'angor de novo (<2 mois),
l'angor sévère ou accéléré (> 3 fois/j), et l'angor de repos. Dans ce
cadre l'hospitalisation d'urgence s'impose.
c L'ECG per-critique permet d'authentifier un sous-décalage du segment
ST dans au moins deux dérivations concordantes.

Pièges
Dans l'insuffisance coronarienne aiguë, en dehors des douleurs, l'ECG
peut être normal.

Cas particulier
Angor spastique de Prinzmetal caractérisé par des douleurs spontanées,
nocturnes survenant habituellement entre 3 et 5 heures du matin avec un
ECG per-critique (difficile à obtenir) montrant un sus-décalage important du
segment ST avec signe en miroir mais sans onde Q de nécrose.

Éléments de gravité
Tout angor suspect d'instabilité doit être hospitalisé.

Les signes de gravité d'un angor instable sont : douleur thoracique prolon-
gée (>20 minutes), OAP, angor avec apparition ou majoration d'un souffle d'in-
suffisance mitrale, douleur thoracique de repos avec modifications dyna-
miques du segment ST > 1 mm, angor avec galop ou crépitants, angor avec
hypotension.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


20 > Douleurs thoraciques

C - Traitements

Crise d’angor stable


c Repos.
c Chez un patient assis ou allongé trinitrine par voie sub-linguale : Natispray
Fort® 0,4mg à pulvériser sous la langue, flacon horizontal, à répéter 5
minutes après en cas d'inefficacité. En cas de douleur persistante (> 15
minutes), il s'agit d'un angor instable.
c Vérifier l'observance du traitement anti-angineux, détecter un facteur aggra-
vant.
c Renforcer le traitement anti-angineux si les crises semblent plus fréquentes
et prévoir une consultation cardiologique.
c Reconsulter en cas de récidive des douleurs.

Crise d’angor instable


c Prévoir hospitalisation en USIC sous surveillance continue du rythme car-
diaque et du segment ST.
c Correction d'un facteur aggravant (trouble du rythme, hypovolémie, hypoxé-
mie). Surveillance des enzymes cardiaques (CPK-MB, myoglobine, tropo-
nine I) qui restent normales en dehors de l'évolution vers l'infarctus du
myocarde (traitement thrombolytique à prévoir alors en urgence).
c Aspirine (250 à 500 mg IV ou per os).
Héparine : 300 à 500 UI/kg/24h pour TCA à 1,5 à 2,5 fois le témoin.
c Natispray® 1-2 bouffée de 0,4mg. Puis trinitrine IV à la seringue électrique
afin de régler la vitesse de perfusion entre 0,5 à 1 mg/h pour le Lénitral®
ou 2 à 4 mg/h pour le Risordan®.
c Discuter le traitement bêta-bloquant avec le réanimateur (en l'absence de
contre-indication) : aténolol (Ténormine®) 1 amp à 5 mg IV lente (5
minutes) et une deuxième ampoule 15 minutes plus tard selon FC et PA ;
puis 1/2 cp toutes les 12h.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Douleurs thoraciques > 21

3 c Dissection aortique J. Amar, B. Chamotin, M. Salvador

A - Définition
La dissection aortique se définit comme le clivage longitudinal de l'aorte.
La dissection prend naissance au niveau de la média avec mise en
communication de l'hématome pariétal avec la lumière aortique.
En pratique, il faut distinguer :
c la dissection de type A :
I Elle intéresse l'aorte ascendante
I Il existe un risque majeur de rupture intrapéricardique
I Le traitement est chirurgical dans la majorité des cas
c la dissection de type B :
I Elle intéresse l'aorte thoracique descendante ou abdominale
I Le risque de rupture est moins important que dans le type A
I Le traitement est médical dans la majorité des cas
B - Points importants
Diagnostic
Il est évoqué sur 3 éléments :
c la douleur :
I Atroce, caractérisée par son intensité
I Dans les formes typiques : migratrice et progresse avec la dissection
I Son siège est variable : thoracique, épigastrique, abdominale ;
elle irradie fréquemment dans le dos
c l'ECG :
I Il ne montre pas de signe d’infarctus en évolution, sauf extension de la
dissection aux coronaires
c le contexte :
I Chez le sujet jeune : une maladie des fibres élastiques accompagne
la dissection
La maladie de Marfan sera évoquée devant :
• des antécédents familiaux
• un allongement excessif des membres
• une arachnodactylie
• une cyphoscoliose
I Chez la femme : la grossesse est une circonstance favorisante
I Chez le sujet plus âgé : l'hypertension artérielle est l'étiologique pré-
dominante
Autres arguments diagnostiques
c avec la progression de la dissection, l'examen clinique peut mettre en évidence :
I Un souffle d'insuffisance aortique
I Une asymétrie tensionnelle
I La disparition d'un pouls
I Des signes déficitaires neurologiques
c la radiographie thoracique peut montrer un élargissement du médiastin supérieur.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
22 > Douleurs thoraciques

Démarche diagnostique
c Elle vise à :
I Affirmer la présence de la dissection
I Déterminer son type (A ou B)
I Préciser son extension
c Elle tient compte des possibilités locales et repose sur :
I L’échocardiographie transthoracique et transoesophagienne sup-
pose une PA contrôlée et un patient sédaté
I L'angioscanner aortique impose une injection d'iode : on prendra
en compte les antécédents allergique et la fonction rénale
I Autres examens envisageables :
- l'IRM à l'excellente sensibilité et spécificité est rarement
réalisable en urgence
- l'aortographie sera proposée dans les cas douteux ou
en l'absence de moyen non invasif disponible
Pièges
Les complications de la dissection peuvent dominer le tableau et faire
errer le diagnostic.
c Nécrose myocardique
I Par extension de la dissection aortique aux coronaires.
I Dans ce contexte, la fibrinolyse peut avoir des conséquences drama-
tiques.
c Péricardite
I Du frottement péricardique au tableau de tamponnade par fissura-
tion intra péricardique de l'aorte disséquée.
c Insuffisance cardiaque
I De l'OAP au choc cardiogénique du fait de la nécrose myocar-
dique ou de l'insuffisance aortique.
c Infarctus viscéral
I Infarctus rénal, mésentérique…

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Douleurs thoraciques > 23

C - Pronostic

Le pronostic est mauvais : 50 % des patients décèdent dans les 48


heures par rupture de l'aorte. Il a été transformé par le recours à la chirurgie
dans le type A. Le type B garde un meilleur pronostic. La mauvaise tolérance
hémodynamique, l'accident neurologique avec trouble de la conscience
interdisant le recours à la chirurgie, l'ischémie viscérale sont bien sûr des
éléments péjoratifs.

D - Traitement
Dans tous les cas, quatre impératifs :
c Manoeuvres de réanimation en cas de choc

c Calmer la douleur
I Chlorhydrate de morphine (IV par titration)

c Contrôler l'hypertension
I Antihypertenseurs injectables. Les posologies devront tenir
compte de la situation clinique et biologique :
- nitroprussiate de soude (Nitriate®)
- nicardipine (Loxen®) (inhibiteur calcique)
- urapidil (Eupressyl®) (alpha bloquant)
- labétalol (Trandate® ) (alpha-béta bloquant)

c Alerter une équipe chirurgicale et anesthésiste


I Afin d'envisager en fonction de la nature de la dissection et de son
évolution une chirurgie urgente.
I En fonction du type de la dissection et de son évolution :
- type A : recours à la chirurgie le plus rapidement possible si le ter-
rain le permet.
- type B : traitement médical sous surveillance intensive. Un
recours chirurgical sera envisagé en cas d'ischémie d'un membre,
d'un viscère, d'une fissuration ou d'une rupture artérielle.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


24 > Diagnostic d’une Dyspnée aigue >
Rechercher d’emblée, puis ultérieurement, des
signes de gravité : polypnée ample sans
• conscience ( coma, astérixis, agitation, troubles du anomalie ausculatoire
comportement )
• FR>30/mn, cyanose, sueurs, encombrement, • acidose métabolique
tirage, • choc
battement des ailes du nez, respiration abdominale • anémie
paradoxale, capacité à parler, à tousser
• Tachycardie, chute de la pression artérielle, mar-
brures
Si la situation est critique :
Oxygénothérapie 10 à 15l/mn au masque à haute
concentration + appel au réanimateur + respect de la
position adoptée par le malade + pose de voie vei-
neuse périphérique

dyspnée inspiratoire dyspnée expiratoire encombrement


bruyante (cornage) diffus
• coma
• bronchite aiguë
du vieillard
• œdème de Quincke • O.A.P.
- adrénaline 0,5 mg sc
ou 0,1 mg iv • convulsion
- Solumédrol® 80 mg iv (phase post-critique)
• ingestion de caustique sibillants
crépitants
• épiglottite ou ronchi
- Claforan® 1g iv
- position asise • décompensation • O.A.P.
- pas de tentative
d’examen O.R.L. BPCO • pneumopathie
• tumeur • asthme infectieuse
• sténose post-intubation • O.A.P. • fibrose
• corps étranger
- ± manœuvre de Attention : se méfier À part :
Heimlich des pseudo-crépitants • embolie pulmo-
- extraction de stase (obèse, vieil-
lard, sujet allité) : réaus- naire
• trauma du larynx • polysympto-
culter après la toux
• paralysie dilatateurs matique +++
asymétrie • contexte, facteur
ausculatoire de risque
Dans tous les cas :
oxygène, Solumédrol® • pneumothorax, • hypoxie, signe RX
80 mg iv, pleurésie (ponction ou discrets
drainage • signes droits
appel rapide à l’O.R.L. si mauvaise tolérance)
et au réanimateur • atélectasie

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Dyspnées aigues > 25
E. Mercier, P.F. Dequin
1 c Crise d’asthme
A - Définition
L’asthme est une maladie inflammatoire chronique des bronches, qui se
manifeste cliniquement par des accès d'obstruction aiguë des voies aériennes,
résolutifs spontanément ou sous l'effet du traitement et séparés par des périodes
asymptomatiques.
B - Points importants
c une crise d'asthme peut tuer, souvent de façon très aiguë, toujours par
insuffisance de traitement
c orientation : évaluer la gravité et apprécier la réponse au traitement initial
c mesurer le débit expiratoire de pointe (DEP) = peak flow, avant et après
traitement
c traitement en urgence = oxygène, ß2-mimétiques, corticoïdes. Pas de théo-
phylline
c les ß2-mimétiques doivent être administrés par nébulisation, aussi efficace
que la voie IV et exposant à moins d'effets secondaires. Exception : les crises
d'asthme très graves, où le patient "ne respire quasiment plus"
c un patient 70 ans essoufflé et sibilant a un OAP jusqu'à preuve du contraire.
C'est l'asthme cardiaque, qui peut être amélioré par les ß2-mimétiques
c une crise d'asthme est très anxiogène pour le patient : le rassurer en res-
tant très calme
C - Critères de gravité
c antécédents : - d'hospitalisation pour crise grave
- de ventilation mécanique pour crise d'asthme
c cliniques : - obligation de reprendre son souffle pour finir une phrase
- voire parole impossible +++
- sueurs
- cyanose
- agitation ou obnubilation
- FC > 120/min
- FR > 30/min
- collapsus
- silence auscultatoire +++
c anamnèse : - crise très rapidement progressive (quelques min à
quelques heures)
- crise ressentie comme inhabituelle +++
c DEP < 150 l/min (ou < 30% de la valeur théorique)
c gazométrie :
I PaCO2 > 40 mmHg
normocapnie = alarme
hypercapnie = crise grave
I hypoxémie (rare)
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
26 > Dyspnées aigues >
D - Traitement
Crise simple sans signe de gravité
c rester calme, rassurer le patient
c oxygène par lunettes ou sonde nasale pour SpO2 = 95%
c nébulisation de broncho-dilatateurs :
I ß2-mimétique : salbutamol 5-10 mg ou terbutaline 10 mg ramenés à
5mL avec une solution saline et délivrés avec un masque facial de
nébulisation pneumatique relié à l'air
I mélangé à un anticholinergique : ipratropium 0,5 mg
I cette nébulisation étant répétée toutes les 20-30 min jusqu'à amélioration
(DEP)
c prednisone 1mg/kg per os
c Evaluer l'amélioration : DEP, FC, FR, SpO2, vocalisation. Décider de
l'orientation à la 4ème heure
I Les patients qui, à la 4ème heure : se sentent mieux, sont calmes, non
polypnéïques (FR < 20 / min), avec un DEP 75% de la théorique et
amélioré d'au moins 100 l/min par rapport à la valeur d'admission, sans
maladie associée cardiaque ou respiratoire, sans signe clinique de
pneumopathie ou de pneumothorax, ayant bien compris les consignes
et le traitement de sortie, non isolés socialement peuvent repartir à domicile
I Les patients ne répondant pas à tous ces critères doivent être gardés aux
urgences ou admis en hospitalisation (selon les habitudes et possibilités
locales). Si aggravation : traiter comme une crise grave, avis du réanimateur
c pas d'antibiotique sauf argument pour une infection bactérienne ORL ou pul-
monaire (rare)
c ni radio thoracique (sauf argument clinique), ni abord veineux
c surveiller l'état clinique, la saturation transcutanée, le DEP.
Crise avec signes de gravité
c rester calme, rassurer le patient… mais appeler le réanimateur
c quelle que soit la PaCO2, oxygène à haut débit par lunettes ou sonde nasale
pour SpO >95%
c nébulisation de broncho-dilatateurs :
I ß2-mimétique + ipratropium comme ci-dessus
I à répéter toutes les 15-20 min jusqu'à amélioration
c perfuser le patient pour :
I hydratation de l'ordre de 3-4000 mL/24h chez un adulte (favorise
l'expectoration)
I expansion volumique (solution saline à 0,9% 1000 mL rapidement)
en cas de collapsus ou d'AAG (tamponnade gazeuse)
I corticoïdes IV : méthylprednisolone 80 mg ou hémisuccinate d'hy-
drocortisone 200 mg
I en l'absence d'amélioration, associer aux nébulisations un ß2-mimétique IV
: salbutamol 1mg/h à moduler selon effet et tolérance (tachycardie, trou-
bles du rythme, tremblements, hypokaliémie, hyperglycémie, acidose lac-
tique modérée)
I surveiller : clinique, oxymétrie de pouls, scope, pression artérielle non invasive
I faire une radio thoracique au lit (pneumothorax ? pneumomédiastin ?)
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Dyspnées aigues > 27

c possibilités en l'absence d'amélioration (après avis du réanimateur) : traite-


ments moins bien évalués :
I adrénaline en nébulisation (mais risque de broncho constriction
induite par les sulfites) ou IV (intérêt si collapsus)
I sulfate de magnésium en perfusion IV
I respiration d'un mélange hélium - oxygène
c ventilation mécanique en dernier recours
c discuter avec le réanimateur de l'orientation du patient. S'il s'est amélioré
suffisamment pour rester sous votre surveillance : poursuivre l'oxygénothéra-
pie, nébulisation de ß2-mimétiques toutes les 4 heures, corticoïdes à
renouveler toutes les 6 heures, hydratation IV 2000 à 3000 ml de glucosé
à 5% / 24 h avec NaCl et KCl ;
le patient devra de toute façon être hospitalisé
Consignes de sortie pour les patients repartant à domicile
c en cas de rechute ou d'aggravation de la gêne respiratoire, malgré le traitement
: se faire conduire aux urgences sans tarder
c en cas de gêne intense : appeler le Centre 15
c dans tous les cas, consultation du médecin traitant sous 2 à 3 jours
c pour les patients disposant d'un peak-flow : mesurer régulièrement le DEP
et établir une courbe
Ordonnance-type de sortie pour les patients repartant à domicile
c corticoïdes per os prednisone (Cortancyl®) 40 mg en une prise le matin, pen-
dant 10 jours
c corticoïdes par inhalation béclométasone (Bécotide® 250) : 2 bouffées
matin et soir, sans interruption
c salbutamol (Ventoline®) : 2 bouffées 4 fois par jour, + 2 bouffées en cas de
gène respiratoire, à renouveler si elle persiste
Chez le patient connaissant bien l'emploi des aérosols-doseurs, a fortiori ayant
un asthme à symptomatologie quotidienne, remplacer le traitement de fond
par Ventoline par : salmétérol (Serevent®) : 2 bouffées matin et soir, sans inter-
ruption. Garder la Ventoline® comme traitement des crises.
Comment mesurer le débit expiratoire de pointe ?
c malade assis, jambes pendantes
c appareil tenu horizontalement
c inspirer à fond, puis souffler le plus fort possible, d'un coup sec, sans vou-
loir souffler longtemps
c bien serrer les lèvres pour éviter les fuites
c prendre la meilleure de 2 ou 3 mesures
c si l'on ne dispose pas des graphiques ou tables de référence :
les valeurs théoriques sont de l'ordre de 400 à 450 l/min chez la femme,
600 à 650 l/min chez l'homme
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Cardiopathie OAP Cardiogénique éléments de gravité
28

(ischémie, HTA, troubles de la conscience : bradyp-


valvulopathie) née, cyanose marquée, collapsus;
SaO2 : < 85 %, PaCO2 >45 mmHg

forme typique majeure :


Facteurs déclenchants le diagnotic est clinique

autres examens en traitement sans


examens en urgence USIC ou Réanimation
fonction du contexte attendre le résultat des
examens • radiographie

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


• ECBU, hémocultures • ECG
• angio-scanner pulmo- • assis, jambes pen-
dantes • gaz du sang
naire, • enzymes cardiaques
D-dimères • O2 : 6-10 L/mn
• échocardiographie • Lasilix® 80 mg IVD
• Lenitral® 1/2 à 1mg/h à amélioration persistance
la SE ou Risordan® 5 le plus souvent ou aggravation
mg en sublingual
(2cpés)

éléments de évaluation de l’efficacité


traitement d’un facteur surveillance à 1/2 heure évaluation de l’effi-
déclenchant • polypnée, tachycar- • soit amélioration cacité à 1 heure
die, PA, crépitants, • soit persistance,
diurèse refaire 80 mg Lasilix® IVD
• gaz du sang artériel
ou saturation en O2
>Conduite a tenir devant un OAP cardiogénique >
Dyspnées aigues > 29
O. Chassany
2 c Œdème aigu du poumon cardiogénique

A - Définition

L'œdème aigu du poumon cardiogénique (OAP) est la conséquence de l'extravasa-


tion excessive de liquide d'origine capillaire envahissant les espaces intersti-
tiels puis alvéolaires. C'est une insuffisance respiratoire aiguë traduisant une
insuffisance cardiaque gauche aiguë.
La cause la plus fréquente est l'ischémie myocardique.

B - Points importants

Diagnostic

Dans sa forme typique et majeure, l'OAP est facilement reconnu :


c Interrogatoire
I cardiopathie connue (HTA, angor, valvulopathie sont les plus fré-
quentes)
I dyspnée brutale (polypnée), souvent nocturne, avec sensation d'étouffe-
ment, grésillement laryngé, toux quinteuse avec expectoration mous-
seuse, chez un malade assis dans son lit, angoissé, couvert de
sueurs avec cyanose des extrémités
c Examen clinique
I crépitants généralisés ou prédominant aux bases, tachycardie (100-
130/mn)
c Examens complémentaires
I radiographie thoracique :
• opacités floconneuses bilatérales alvéolaires mal limitées, à
prédominance péri-hilaire
• confirme l'existence d'une cardiopathie sous-jacente :
cardiomégalie
I ECG :
• signes d'hypertrophie ventriculaire gauche
• recherche un facteur déclenchant : trouble du rythme,
ischémie ou nécrose myocardique
I GDS : SaO2 abaissée, hypoxie, hypocapnie, témoins de l’hyperventila-
tion
I Enzymes cardiaques
Pièges

c Formes cliniques atypiques


I forme atténuée ou débutante : aggravation d'une dyspnée d'effort,
ou d'une orthopnée avec des crises paroxystiques nocturnes et/ou
sensation d'oppression thoracique.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


30 > Dyspnées aigues >

I pseudo-asthme cardiaque : bradypnée expiratoire et sibilants, mais


l'orthopnée, la notion d'une cardiopathie, d'une cardiomégalie radio-
logique et à l'ECG, et l'absence d'ATCD d'asthme rétablissent le diag-
nostic d'OAP. Un asthme d'apparition récente chez un sujet âgé est
une insuffisance cardiaque jusqu'à preuve du contraire.

I l'intrication d'une bronchopathie chronique et d'une insuffisance car-


diaque rend le diagnostic d'OAP difficile, ce d'autant qu'une surinfec-
tion bronchique peut être le facteur déclenchant d'une décompensa-
tion cardiaque. Une oxygénothérapie à fort débit pendant quelques
heures n'est pas contre-indiquée, même en cas d'hypercapnie connue.

I chez un sujet jeune fébrile : évoquer une endocardite bactérienne


(hémocultures, sérologie VIH, recherche d'une toxicomanie intraveineuse).

Recherche de facteurs déclenchants

c infection : grippe, pneumopathie


c écart de régime avec abus de sel ou arrêt d'un traitement diurétique
c troubles du rythme : AC/FA
c ischémie : infarctus du myocarde
c traitement inotrope négatif sur un myocarde défaillant (bêta-bloquants ;
anti-arythmiques)
c plus rarement :
I embolie pulmonaire : D dimères, angio-scanner
I endocardite à évoquer dans un contexte fébrile (hémocultures)
I rupture de cordage de l'appareil mitral
C - Pronostic

c Impliquent un transfert en USIC ou en réanimation :


I absence d'amélioration rapide sous traitement diurétique
I troubles de la conscience
I épuisement respiratoire, hypercapnie (PaCO2 > 45 mm Hg) et acidose
respiratoire
I sueurs profuses, cyanose des extrémités, marbrures cutanées, SaO2 <
85%
I collapsus tensionnel (pression artérielle systolique < 80 mm Hg)
I acidose métabolique
I nécrose myocardique, rupture de cordage
D - Traitement

Dans la forme typique, on n'attend pas les résultats des examens pour
débuter le traitement. L'hospitalisation est systématique même dans les formes
modérées.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Dyspnées aigues > 31

Aux urgences
c position assise, jambes pendantes
c oxygénothérapie à fort débit (6 à 10 L/mn) par sonde nasale
c voie d'abord veineuse, garde veine : glucosé à 5% (500 cc/24h) avec 2
ampoules de KCI/24h
c diurétique d'action rapide par voie IV : 80 mg de furosémide (Lasilix®, amp
20 mg) à renouveler si nécessaire 1/2 heure après
c dérivés nitrés (vasodilatateur veineux) : Lénitral® au PSE (1/2 à 1 mg/h si
la pression artérielle systolique > 100 mm Hg) ou par voie sublinguale :
Trinitrine® ou Risordan® 5 mg (2 cp)
c éventuellement, sonde vésicale chez le patient âgé au moindre doute d'obsta-
cle prostatique
c la ventilation non invasive est discutée dans les formes sévères.
Traitement du facteur déclenchant
c antibiothérapie d'une infection après prélèvements (ECBU, hémocul-
tures)
c tachyarythmie : deslanoside (Cédilanide®) 1/2 amp/8h en IVD, héparine
à dose efficace
c embolie pulmonaire : héparine à dose efficace
c infarctus : thrombolyse ? aspirine IV (250 mg) puis per os, héparine à
dose efficace (transfert en USIC)

Eléments de surveillance
c fréquence respiratoire et cardiaque
c pression artérielle
c auscultation pulmonaire
c diurèse
c GDS ou oxymétrie de pouls
Evaluation de l'efficacité
Le traitement doit entraîner une amélioration de la dyspnée, une améliora-
tion de la saturation en oxygène, et une diurèse abondante dans la 1/2 heure
qui suit; sinon refaire 80 mg de furosémide (Lasilix®).
c hospitalisation se poursuit en Médecine ou Cardiologie
c prescription d'une héparine de bas poids moléculaire à dose préventive
(prévention des accidents thromboemboliques) tant que le patient est alité
c apport de potassium IV puis per os, adapté aux contrôles de la kaliémie
c les grands insuffisants cardiaques ont parfois besoin de posologies plus
importantes de furosémide (Lasilix®) jusqu'à 250 mg/j
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
32 > Dyspnées aigues >
O. Chassany
3 c Décompensation d’une insuffisance
respiratoire chronique

A - Définition

Les broncho-pneumopathies chroniques obstructives (BPCO) regroupent


la bronchite chronique, le plus souvent due au tabac, l'emphysème qui est souvent
une complication de la bronchite chronique, et les dilatations des bronches.

L’insuffisance respiratoire chronique se caractérise par une hypoxie


permanente, et souvent une hypercapnie. Elle peut être soit obstructive (limitation
des débits) : formes évoluées des BPCO, soit restrictive (limitation des volumes)
: résections chirurgicales, complications de la tuberculose ou de ses traite-
ments "héroïques", cyphoscolioses, obésités, affections neuromusculaires, soit
mixte.

B - Points importants

c l'oxygénothérapie non maîtrisée entraîne un risque de carbonarcose et peut


précipiter une ventilation mécanique. Il n'y a aucun intérêt à "normaliser" la
PaO2 d'un patient chroniquement très hypoxémique. C'est particulièrement
vrai du grand obèse. La PaO2 souhaitable est de l'ordre de 50 à 55 mmHg,
soit une SaO2 entre 85 et 90%.

c cette règle ne s'applique pas si le patient est moribond. L'essentiel est alors
de corriger son hypoxémie pour éviter l'arrêt cardiaque hypoxique, en atten-
dant l'intubation.

c administrer l'oxygénothérapie par une sonde naso-pharyngée, plus fiable que


les "lunettes". La mise en place d'une sonde nasopharyngée est un geste
douloureux : si la situation n'est pas trop critique, administrer de la lidocaine
(Xylocaïne®) en spray.

c le diagnostic différentiel entre décompensation de BPCO et OAP est parfois


très difficile, surtout chez le vieillard, d'autant que les deux affections peuvent
être intriquées. Un galop gauche et (ou) un reflux hépato-jugulaire et des
bicarbonates normaux ou bas sont en faveur d'une cause cardiaque mais
sont inconstants.

c connaissance du dossier (antécédents, gazométrie, ECG et radio thora-


cique de référence, dernières EFR…)
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Dyspnées aigues > 33

c dans les cas graves, ce qui est techniquement possible et ce qui est
humainement souhaitable ne vont pas toujours de pair. La décision d'intu-
ber ou non se discutera avec le réanimateur. Il faut donc si possible
recueillir d'emblée les éléments nécessaires : importance et ressenti du
handicap respiratoire, degré d'autonomie, projets de vie, maladies asso-
ciées, projets thérapeutiques, réalité du sevrage tabagique, environnement
familial et social, observance du traitement, facilité de sevrage lors d'une
ventilation antérieure, souhaits exprimés.

c un piège non rare : les insuffisances respiratoires d'origine neuromuscu-


laires, où le tableau respiratoire peut passer inaperçu car :
I installé très progressivement (maladies chroniques)
I le patient ne peut pas extérioriser de lutte respiratoire.
I l'oxymétrie de pouls est ici particulièrement trompeuse.

C - Critères de gravité

avant tout cliniques


c troubles de conscience+++, astérixis
c agitation
c impossibilité de parler
c toux inefficace +++
c respiration paradoxale (dépression de l'épigastre à l'inspiration)
c mise en jeu des muscles inspirateurs accessoires, battement des ailes du
nez
c FR > 30/min ou bradypnée avec pauses
c certaines causes de décompensation : pneumonie, sepsis

accessoirement gazométriques
c à évaluer par rapport aux gaz du sang de référence
c non pas tant sur la capnie, si elle ne s'accompagne pas de trouble franc de
conscience, que sur le pH : se méfier si pH < 7,30.
c plus rarement (si l'on respecte des PaO2 basses), hypoxémie non corri-
geable sans carbonarcose induite

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


34 > Dyspnées aigues >

D - Traitement

Principes généraux
c oxygénothérapie à faible débit (1 L/min) pour SpO2 entre 85 et 90% sans
augmentation majeure de la capnie. Si nécessaire augmenter l'oxygénothérapie
progressivement, par 0,5 L/min, en contrôlant les GDS 20 à 30 min après un
nouveau palier

c nébulisation d'une association ß2-mimétique-atropinique [ 10 mg de terbutaline


(Bricanyl®) en dosette pour inhalation + 0,5 mg d'ipratropium (Atrovent®) en
dosette pour inhalation] à nébuliser au masque (nébuliseur pneumatique, air
8 L/min). Durée nébulisation : 15 à 20 min. A renouveler toutes les 4 heures

c voie veineuse périphérique, hydratation (facilite l'expectoration)


c kinésithérapie respiratoire de drainage bronchique si encombrement

c traitement d'une cause déclenchante éventuelle : pneumothorax (drainage


systématique sur ce terrain mais attention au diagnostic différentiel avec une
bulle d'emphysème), affection cardiaque, sédatifs, pneumonie, exacerbation
infectieuse, dans les formes sévères bien souvent épuisement musculaire
progressif

c antibiothérapie si modification du volume et(ou) de la couleur de l'ex-


pectoration : amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin®) per os 1 g x 3 ou
pristinamycine (Pyostacine®) per os 1 g x 3

c en général poursuite d'un traitement par pression positive si habituel à domicile

c pas de sédatifs, d'antitussifs, de modificateurs du mucus en l'absence de


kinésithérapie efficace, de diurétiques (sauf doute sur un OAP), d'acétazolamide
(Diamox®), d'almitrine, ou de théophylline

c dans les formes graves (d'emblée, ou par échec du traitement médical) : discuter
avec le réanimateur des possibilités de ventilation non invasive ou sur intubation

Surveillance de l'efficacité du traitement

c essentiellement clinique (fréquence respiratoire+++, signes de lutte, troubles


de conscience)

c également gazométrique

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Dyspnées aigues > 35

4 c Embolie pulmonaire P. Ambrosi

A - Définition
L'embolie pulmonaire est l'occlusion d'une artère pulmonaire ou d'une de
ses branches, secondaire à la migration dans la circulation veineuse d'un
embol habituellement cruorique. Penser à l'embolie pulmonaire (EP) devant toute
dyspnée aiguë, toute perte de connaissance et toute phlébite.

B - Affirmer le diagnostic
Diagnostic clinique
c Le diagnostic est parfois évident lorsqu'il existe une phlébite associée
à une scène embolique :
I dyspnée brutale notamment à type de polypnée (84 %)
I douleur thoracique aiguë (88 %)
I angoisse (59 %)
I toux (53 %)
I hémoptysie (30 %)
c Plus souvent, le tableau est atypique :
I phlébite cliniquement absente dans 30 % des cas
I fièvre (embolie septique, embolie surinfectée)
I pleurésie (souvent secondaire à un infarctus pulmonaire)
I pseudo-OAP (des râles à l'auscultation)
I perte de connaissance isolée
I parfois asymptomatique
c Dans tous les cas, il faut rechercher :
I antécédent de phlébite
I alitement, grossesse
I notion de cancer, chirurgie récente, portacath
I traitement par tamoxifène (Nolvadex®, Tamofène®, Oncotan®,
Kessar®), androcur, oestroprogestatifs, gonadotrophines
Les examens complémentaires de base sont les suivants
c NFS :
c D-dimères par technique ELISA : test non spécifique, d'une sensibilité élevée
mais inférieure à 100 %. Donc des D-dimères normaux (<500 µg/l)permettent
d'éliminer l'EP avec une haute probabilité. Ce dosage est sans intérêt en cas
d'autres causes d'activation de la coagulation (chirurgie, hématome, etc.).
c GDS : classiquement hypoxie-hypocapnie, mais ces signes peuvent man-
quer
c ECG : il existe une tachycardie sinusale très fréquente à la phase initiale. Un
aspect S1 Q3 est très évocateur mais il est présent dans moins de 25 % des
cas. Parfois on note un bloc de branche droit de survenue récente, des anoma-
lies de la repolarisation, une déviation axiale droite du QRS, une fibrillation auri-
culaire
c écho doppler veineux des membres inférieurs : retrouve une phlébite
dans la grande majorité des cas (50-65%). Le caillot peut ne pas être apparent
s'il a migré en totalité, s'il est confiné à des veines iliaques ou à l'extrémité
d'une voie veineuse centrale
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
36 > Dyspnées aigues >

c radiographie du thorax : souvent normale ou ne présentant que des


anomalies minimes, contrastant avec la dyspnée
I surélévation d'une coupole diaphragmatique
I épanchement pleural
I atélectasie
I hyperclarté pulmonaire
c écho doppler cardiaque : montre, surtout en cas d'EP sévère, une dilata-
tion des cavités droites et une hypertension artérielle pulmonaire.
L'association à une thrombose veineuse mise en évidence à l'écho-dop-
pler des membres inférieurs est hautement évocatrice d'une EP
Si la clinique et la paraclinique de base sont en faveur du diagnostic
d'embolie pulmonaire, pratiquer en urgence soit un angioscanner spi-
ralé soit une scintigraphie pulmonaire.
c Angioscanner pulmonaire : bonne spécificité, bonne sensibilité sauf pour
le diagnostic des embolies pulmonaires distales. Contre-indiqué en cas d'insuf-
fisance rénale sévère non dialysée car nécessitant une injection de produit
iodé. Habituellement examen de choix aux urgences car facilement disponi-
ble de jour et de nuit. De plus, il peut diagnostiquer d'autres causes à la
dyspnée comme une pneumopathie etc.
c Scintigraphie pulmonaire : non spécifique, mais très sensible si elle est réa-
lisée dans les premiers jours suivant la scène embolique. Beaucoup de faux
positifs en cas de pneumopathie chronique ou aiguë et donc à ne pas pra-
tiquer dans ces cas. Souvent d'accès moins facile que l'angioscanner en
urgence.
c Angiographie pulmonaire conventionnelle : nécessite de monter une
sonde dans l'artère pulmonaire pour y injecter de l'iode. Peut se compliquer de
mort subite, d'hématome au point de ponction et d'insuffisance rénale aiguë.
Examen à réserver à de rares indications où les examens précédemment cités
ne permettent pas de conclure et à la condition que le diagnostic d'embolie
pulmonaire modifie la conduite pratique (ce qui n'est souvent pas le cas
lorsqu'il existe une phlébite).
C - Traitement
c lever interdit c monitorage PA, saturation O2, ECG c O2
c (filtre cave si hémorragie non contrôlable contre-indiquant l'héparine).
PA > 90 mmHg PA < 90 mmHg
pas d'hypoxie réfractaire hypoxie réfractaire
CI à la thrombolyse
Elohes® 500 cc antécédents d'hémorragie
Dobutamine 5 µg/kg/min
cérébrale
• Héparine® SE : ponction de vaisseau non
bolus 70 UI/Kg, Pas de CI à la thrombolyse compressible < 10 jours
puis 500 UI/Kg/24h à rt PA ou urokinase HTA sévère non contrôlée
adapter au bout de 6h ou streptokinase péricardite, TP < 50 %
1,5xte < TCA < 3xte par exemple : urokinase chirurgie < 15 jours
1million d'unités en bolus AVC ischémique > 3 mois
• ou Innohep® SC : puis 2 millions en 2 h
0,6 ml/70 kg /j si clai- antidote : aprotinine
rance créatinine >30 relais par héparine dès que embolectomie chirurgicale
ml/mn 1, 5 x Te < TCA < 2,5 x Te ou héparinothérapie
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Dyspnées aigues > 37
P.F. Dequin, E. Mercier
5 c Pneumopathies infectieuses
communautaires
A - Définition
Les pneumopathies infectieuses communautaires sont des infections du
parenchyme pulmonaire, acquises en dehors de l'hôpital, et dont l'écologie
bactérienne pose a priori peu de problèmes de résistance. Le pneumocoque,
les germes atypiques (Legionnela pneumophila, Mycoplasma pneumoniae,
Chlamydia pneumoniae), les virus et plus rarement certains bacilles à Gram
négatif en sont les principaux agents étiologiques.

B - Points importants
c une pneumopathie infectieuse peut tuer
c l'orientation du patient dépend des signes de gravité (terrain et état clinique)
qui doivent être systématiquement recherchés
c la fréquence respiratoire est un des signes de gravité les plus simples et
utiles. Sa mesure doit être répétée
c toux, expectoration sale et fièvre manquent rarement sauf chez le vieillard où
la pneumopathie peut se présenter comme un syndrome confusionnel
c faire une radio thoracique de qualité : debout face et profil si possible, mais s'il
y a des critères de gravité, faire une radio dans le box
c l’OAP est souvent fébrile (modérément), parfois asymétrique voire unilatéral :
I rechercher ATCD cardiologiques, signes d'insuffisance cardiaque
I si le doute persiste traiter les deux tableaux
c amoxicilline et macrolides représentent la base de l'antibiothérapie dans
la majorité des cas. En pratique les macrolides ne sont pas actifs sur le pneu-
mocoque. Les céphalosporines orales, même de 3ème génération, ont des CMI
très insuffisantes dans cette indication. La Pyostacine® est active à la fois sur
pneumocoque et germes atypiques, mais sa tolérance digestive est médiocre
c si vous laissez repartir le patient, prévenir son médecin et s’assurer qu'il sera
revu au 2ème ou 3ème jour

C - Pronostic
L'existence d'un signe de gravité impose l'hospitalisation:
c confusion mentale c pneumopathie d'inhalation ou sur obstacle
c FC > 125 / min c suspicion de pleurésie ou d'abcédation
c FR > 30 / min c conditions socio économiques défavorables
c PAS < 90 mmHg c inobservance
c température < 35°C et > 40 °C
c néoplasie associée c isolement

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


38 > Dyspnées aigues >
L'existence de facteurs de risque doit également faire considérer l'hospi-
talisation :

c âge > 65 ans


c insuffisance cardiaque
c maladie cérébrovasculaire
c insuffisance rénale
c hépatopathie chronique
c diabète non équilibré
c immunodépression
c drépanocytose
c antécédent de pneumopathie bactérienne
c hospitalisation dans l'année
c vie en institution

Traitement ambulatoire possible si > 65 ans sans facteur de risque, ou < 65 ans
avec un seul facteur de risque.
Hospitalisation recommandée si 1 facteur de risque après 65 ans, et 2 facteurs
avant 65 ans.

Appel au réanimateur si :
c FR > 30 / min
c PaO2 reste < 60 mmHg malgré oxygénothérapie au masque à haute
c concentration
c ou simplement si nécessité d'un débit d'02 > 6 l/min pour obtenir PaO2 > 60 mmHg
c troubles de conscience ou du comportement
c signes de choc
c signes de lutte ou d'épuisement
c comorbidité sévère (insuffisance viscérale)
c opacités bilatérales alvéolaires systématisées

D - Traitement
Si traitement ambulatoire possible
c Antibiothérapie fonction du contexte :
I adulte >40 ans et(ou) comorbidités, a fortiori si début brutal et image
systématisée : amoxicilline per os 1 g x 3 / 24 h pendant 7 à 14 jours
I adulte < 40 ans sans comorbidités, a fortiori si contexte épidémique,
début moins brutal, signes extrarespiratoires, image non systématisée ou syn-
drome interstitiel : macrolide pendant 14 jours
c contrôle clinique impératif à la 72ème heure de traitement
c en l'absence d'amélioration à 72 h: soit inverser le choix initial, soit élargir en
réalisant une bithérapie amoxicilline + macrolide, ou une monothérapie active
sur pneumocoque et atypique : levofloxacine, moxifloxacine, telithromycine.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Dyspnées aigues > 39

c hospitaliser en cas d'échec d'une antibiothérapie à large spectre, ou de l'ap-


parition de signes de gravité

Pour les patients hospitalisés

c Oxygénothérapie pour PaO2 = 60 mmHg au minimum, surveillance clinique


(FR +++) et par oxymétrie de pouls
c antibiothérapie débutée dans les 2 heures suivant l'admission (plus tôt
encore si signes de choc), non retardée par les prélèvements bactériologiques
(limités à 2 hémocultures + ponction pleurale si pleurésie: ensemencement
au lit du malade sur flacon d'hémoculture et examen direct).
c les principes ci-dessus restent valides, mais la plus grande gravité et le doute
diagnostique microbiologique nécessitent souvent une bithérapie active sur
pneumocoque et légionnelle. Une monothérapie reste licite s'il n'y a ni
détresse respiratoire vraie, ni signe de choc, avec un tableau clinico-radiologique
typique. La réévaluation à la 72ème heure reste la règle.
c voie IV impérative si signes de choc ou détresse respiratoire ou troubles diges-
tifs; sinon voie orale possible (bonne biodisponibilité de l'amoxicilline, des
macrolides et de l'ofloxacine).
c Par exemple amoxicilline per os ou iv 1 g x 3 / 24 h et(ou) ofloxacine 200 mg x
2 per os, ou IV en perfusions de 30 min
c ne pas oublier le rôle essentiel des traitements associés (hydratation, kinésithérapie
de drainage, antalgiques si douleur pleurale, …)

Cas particuliers
c Patient traité en ville et adressé pour échec. En règle hospitalisez, recherchez
des signes de gravité, vérifiez que le schéma ci-dessus a été suivi. Si persis-
tance de la fièvre à 72 h : réévaluation radiologique + changement d'antibiotique
: amoxicilline fg <-> macrolide, éventuellement bithérapie ou ou monothérapie
active sur pneumocoque et atypique : levofloxacine, moxifloxacine, telithromycine.
c Terrain débilité et (ou) choc associé et (ou) BPCO sévère avec portage
bronchique chronique : possibilité de pneumopathie à Gram négatif g rem-
placer amoxicilline par une céphalosporine de 3ème génération iv, p.ex. cef-
triaxone (Rocéphine®) 1-2 g x 1 / 24 h, et associer macrolide ou ofloxacine (±
gentalline iv 4 mg/kg en 30 min si choc).
c Pneumopathie d'inhalation (coma, éthylisme, vomissements) : amoxicilline-
acide clavulanique (Augmentin®) per os ou iv 1g x3/24h
c Abcès du poumon et(ou) pleurésie purulente : avis du réanimateur, antibio-
thérapie large englobant les anaérobies ± drainage de la pleurésie
c Patient VIH+ : les pneumopathies à pneumocoque (ou à Haemophilus) sont
fréquentes et peuvent tuer plus rapidement qu'une pneumocystose. Si celle-ci
est suspectée, traiter par Bactrim® ± corticoïdes.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
40 > Dyspnées aigues >
P.F. Dequin, J.M. Halimi, E. Mercier
6 c Pneumothorax

A - Définition

Le pneumothorax (PTX) est la conséquence d'une effraction de la plèvre. La


pression pleurale étant normalement négative, cette effraction entraîne l'entrée d'air
dans l'espace pleural, décollant les deux feuillets de la plèvre et comprimant le
poumon sous-jacent. Il peut être primaire : par rupture de petites bulles apicales
(blebs), souvent chez un homme jeune longiligne, ou secondaire : complication
d'une maladie respiratoire sous-jacente, d'un trauma ou d'une ponction pleurale ou
vasculaire.

B - Points importants
c diagnostic facile en cas de PTX primaire (ou "spontané idiopathique") : douleur tho-
racique brutale, dyspnée variable (souvent très bonne tolérance : donc inutilité
des gaz du sang), tympanisme, abolition des vibrations vocales et du murmure
vésiculaire. Bon pronostic mais risque de récidive homolatérale (30%).
c radio en inspiration : hyperclarté entre la paroi et le poumon, visualisation de
la ligne pleurale viscérale. Cliché en expiration forcée (+ en latérocubitus contro-
latéral) uniquement si PTX non vu en inspiration.
c diagnostic clinique difficile si BPCO sous-jacente : se méfier +++ d'une bulle
d'emphysème (=concavité vers la paroi thoracique ; PTX : convexité).
c PTX sur maladie respiratoire sous-jacente = drainage avec un drain de gros calibre.
c rechercher un emphysème sous-cutané et un pneumothorax radiologique lors
de toute crise d'asthme grave.

C - Critères de gravité
Cliniques
c signes d'insuffisance respiratoire aiguë (maladie sous-jacente ou (et) PTX sous
tension)
c turgescence jugulaire, déviation trachéale, hypotension, choc (PTX sous tension)
c signes de déglobulisation (hémopneumothorax : traumatique ou par rupture de
bride)
Radiologiques
c déviation controlatérale du médiastin, aplatissement coupole homolatérale
c PTX bilatéral
c bride (= accolement ponctuel de la plèvre à la paroi : risque de rupture hémorra-
gique)
c niveau liquide (= hémopneumothorax ou rarement pyopneumothorax)
c maladie du parenchyme sous-jacent
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Dyspnées aigues > 41

D - Traitement
Traitement en cas (assez rare) de mauvaise tolérance
(PTX suffocant avec signes de compression)
c oxygène 10 à 15 l/mn au masque à haute concentration
c décompression immédiate à l'aiguille : ponction dans le 2ème espace
intercostal, face antérieure du thorax, ligne médico-claviculaire, avec une
grosse aiguille (IM voire Cathlon® orange) qu'on laisse en place. Geste sim-
ple et salvateur dont l'indication est clinique.
c simultanément : voie veineuse périphérique et remplissage par gélatine
(500 ml rapidement)
c appel au réanimateur, et drainage réglé dans un deuxième temps
Traitement en cas (habituel) de bonne tolérance
c Observation ambulatoire
I elle est possible si premier PTX spontané idiopathique, chez un
patient non isolé comprenant la situation, avec un médecin de ville
informé et acceptant le suivi, pas ou peu de toux, PTX <15 %
(décollement 1 cm et limité au sommet)
I repos (+++ aucun effort)
I paracétamol ± codéine, antitussifs
I radio à la 24ème heure (aggravation ?)
I hospitalisation immédiate si dyspnée, consultation pneumologique
à distance
I prévenir d'emblée : du risque de récidive à distance, des circons-
tances favorisantes (efforts à glotte fermée, instruments à vent), de
la nécessité d'arrêt du tabagisme, des sports dangereux en l'ab-
sence de pleurodèse chirurgicale (alpinisme, plongée, parachu-
tisme)
c Hospitalisation dans tous les autres cas, impérative si PTX secondaire
même minime (aggravation imprévisible)
I exsufflation à l'aiguille :
• si premier PTX spontané idiopathique 30 % (moyenne
des décollements mesurés au sommet, à la partie
moyenne et à la base 3 cm), ou pour certains PTX iatro-
gènes (aiguille fine) 30 %.
• prendre son temps
• asepsie, anesthésie locale, insertion d'un gros cathéter à perfu-
sion IV (2ème EIC sur ligne médioclaviculaire, ou 5ème EIC
sur ligne axillaire moyenne), robinet à 3 voies, aspiration
avec une seringue de 50 ou 60 ml. Arrêt quand résistance à
l'aspiration.
• radio thoracique :
* si poumon totalement réexpansé : sortie possible et
contrôle radio à la 24ème heure
* si persistance d'air : drainage

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


42 > Dyspnées aigues >

I drainage :
• si PTX spontané idiopathique >30 % ou récidivante ou
après échec exsufflation à l'aiguille
• drain de petit calibre type Pleurocath® ; drainage avec un
drain de gros calibre si PTX secondaire, de préférence
par voie axillaire (cicatrice)
• vérification de la crase si anomalies possibles, voie vei-
neuse, atropine 1 mg IV si gros drain et (ou) sujet émotif,
asepsie, anesthésie locale soigneuse +++
• en garde, ne drainez vous-même que si vous en avez
le temps et l'habitude
• le retour du poumon à la paroi est douloureux : évacuez
l'air lentement (mise au bocal simple sans aspiration dans un
premier temps), proparacétamol (commencer par paracéta-
mol IV 1g)

c Patient venant pour une récidive de PTX


I hospitalisation systématique, drainage, pleurodèse très probable
(talc, doxycycline ou chirurgie) dans un deuxième temps

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Syndromes douloureux abdominaux> 43
D. Pateron, C. Barrat
1 c Sepsis intra abdominal :
cholescystite aigue
A - Définition

Il s'agit d'une inflammation de la vésicule biliaire liée, dans la très grande


majorité des cas, à une maladie lithiasique.

B - Éléments importants

Diagnostic

c En général aisé devant : une douleur de l'hypochondre droit irradiant vers


l'épaule, ou des douleurs épigastriques, associées à des vomissements,
une température à 38°, une défense de l'hypochondre droit inhibant l'ins-
piration profonde (signe de Murphy) et une polynucléose.
c ASP : présence de calculs vésiculaires si les calculs sont radio-opaques ; éli-
mine un pneumopéritoine.
c Échographie sus mésocolique en urgence : lithiase vésiculaire (calculs,
micro-lithiases ou sludge vésiculaire), épaississement de la paroi vésicu-
laire (>3mm), douleurs au passage de la sonde.
c NFS, transaminases et amylasémie.
Pièges

c Méconnaître une lithiase de la voie biliaire principale associée.


c Forme gangreneuse : signes généraux importants avec troubles
hémodynamiques, altération de l'état général ; signes locaux modestes.
c Atténuation des signes locaux chez le diabétique ou le malade traité par
corticoides.
c Confondre la cholécystite aiguë avec une hépatite alcoolique chez un
cirrhotique : éthylisme actif, augmentation des transaminases prédomi-
nant sur les ASAT en faveur de l'hépatite alcoolique. L'épaississement de
la paroi vésiculaire est à considérer avec prudence en présence d'ascite.
c Le siège abdominal d’une douleur biliaire est fréquemment épigastrique

C - Pronostic

Il est lié à la méconnaissance du diagnostic.


La cholécystite peut évoluer vers une péritonite biliaire, particulièrement
grave.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


44 > Syndromes douloureux abdominaux>

D - Traitement
c malade à jeun
c voie veineuse
c antibiothérapie adaptée aux entérobactéries.
Exemple : ceftriaxone 1à 2 gr IV / 24H (Rocéfine®)
c antalgiques : paracétamol IV (Perfalgan®), phloroglucinol (Spasfon®) voire
morphine
c cholécystectomie réalisée en urgence différée de 12 à 24 heures après
l’admission

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Syndromes douloureux abdominaux> 45

Éléments de base pour l’évaluation d’un syndrome


douloureux abdominal

Interrogatoire Signes généraux Signes physiques


• antécédents • pouls, pression • paleur, ictère
artérielle • cicatrice(s)
• douleur : début
évolution • température • marbrure
siège • hydratation • palpation :
• nausées, • fréquence défense
vomissements respiratoire contracture
• transit masse
• dernières règles • orifices herniaires
• signes urinaires • T.R., T.V.

Examens :
• E.C.G.
• N.F.S.
• ionogramme sanguin
Il existe : • créatininémie
• une contracture : • amylasémie
péritonite, hémopéritoine • transaminases
• un état de choc :
infarctus mésentérique,
pancréatite aigue,
suspiscion d’anévrysme fis-
suré,
occlusion avec déshydrata- Absence de signe
tion de gravité immédiate

Avis chirurgical

Réanimation Explorations
complémentaires

Examens sous
surveillance médicale:
• A.S.P.
• échographie
• scanner

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


signes fonction- penser
vomissements Signes fonction-
fièvre Divers nels gynécolo- systématique-
46
arrêt des gaz nels urinaires
giques ment

sepsis syn- selon le siège : bandelette test de grossesse


drome urinaire échographie causes
abdomino-pelvien • colique hépa- médicales :
occlusif tique pelvienne
• appendicite • IDM
• cholécystite (échographie)
• ulcère G.D. • diabète
(échographie)
• angiocholite (A.S.P.) décompensé
(échographie) • troubles fonction- • pneumopathie
• diverticulïte nels intestinaux • gastro-entérite
(scanner) (A.S.P.) • complications
• poussée de anexielles anévrysme

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


• salpingite (ovaire, trompe)
(échographie) ASP pancréatite signes • grossesse
• pyélonéphrite (échographie)
• globe vésical infectieux extra-utérine
(échographie) • nécrobiose

colon : grêle :
• douleur ± • douleur +++ NON OUI
état général long- A.E.G.
temps conservé météorisme
• météorisme +++ localisé
• niveaux hydro- • niveaux hydro-
aériques : plus aériques : coliques
hauts que larges, centraux pyélonéphrite
néphrétiques
rares, haustrations nombreux
> Syndromes douloureux abdominaux>

• bride
Diagnostic d’un syndrome douloureux abdominal

• volvulus • hernie étranglée


• cancer • invagination
Syndromes douloureux abdominaux > 47

Diagnostic à évoquer devant


une douleur abdominale fébrile
en dehors des péritonites
Flanc droit : Hypochondre droit Flanc gauche :
• pyélonéphrite et épigastre : • pyélonéphrite
• appendicite • cholecystite +++ • diverticulite
rétrocœcale • angiocholite
• diverticulite • abcès hépatique (rare)
colon droit (rare) • appendicite
sous-hépatique
• ulcère perforé bouché

Fosse iliaque droite :


• appendicite +++
• salpingite
• abcès du psoas (rare)
penser également :
Hypogastre : Fosse iliaque
• aux pathologies gauche :
médicales : • endométrite
• pneumopathie • appendicite • sigmoidite +++
• colites inflammatoires pelvienne • salpingite
(Crohn) • prostatite • abcès du psoas (rare)
• gastroentérites infec-
tieuses La fièvre peut-être un signe de complica-
• diabète décompensé tion d’une pathologie abdominale :
par infection occlusion, pacréatite, etc…
• aux cancers colorectaux
abcèdés

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


48 > Syndromes douloureux abdominaux>
D. Pateron, C. Barrat
2 c Sepsis intra-abdominal :
appendicite aigue

A - Définition
Inflammation de l’appendice iléo-caecal d’évolution imprévisible (inflamma-
tion, abcès, perforation) et caractérisée par l’absence de parallélisme ana-
tomo-clinique.

B - Points importants

Diagnostic
c facile : si douleur et défense de la fosse iliaque droite associées à une fiè-
vre à 38°, des nausées et une hyperleucocytose
c doute diagnostique : une échographie peut retrouver une image en
cocarde et provoquer une douleur au passage de la sonde ou un scanner
qui a la meilleure sensibilité diagnostique

Pièges
c la localisation des signes physiques varie en fonction de la forme anatomique
:
I appendicite sous hépatique : douleur du flanc droit et de l’hypochon-
dre droit
I appendicite rétro-caecale : douleur du flanc droit et postérieure
I appendicite pelvienne : douleur hypogastrique, douleur intense au
toucher rectal, signes urinaires
I appendicite méso-coeliaque : tableau d’occlusion fébrile
c forme gangreneuse : signes généraux très marqués avec douleur initiale-
ment intense, altération de l’état général, possible instabilité hémodyna-
mique, signes locaux modestes
c chez le sujet âgé, forme occlusive ou pseudo-tumorale
c chez la femme enceinte : déplacement progressif de l’appendice vers le
haut modifiant la topographie des signes physiques
c forme évolutive :
I plastron appendiculaire évoluant vers l’abcès : crise appendicu-
laire quelques jours plus tôt; empâtement de la fosse iliaque
droite; fébricule, constipation, nausées
I péritonite aiguë, généralisée d’emblée : contracture

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Syndromes douloureux abdominaux> 49

C - Pronostic

Il est lié à la précocité du diagnostic d’appendicite aiguë. Il est plus sévère


en cas d’appendice gangreneuse ou de péritonite.

D - Traitement

c à jeun
c voie veineuse
Ne pas traiter par antibiothérapie un sepsis intra-abdominal sans
orientation diagnostique précise
c le traitement est chirurgical
I intervention réalisée en urgence en cas de péritonite ou de suspi-
cion d'appendicite gangreneuse
I appendicectomie dans les 12 heures en cas d’appendicite aiguë
I en cas de plastron appendiculaire, l’antibiothérapie par céphalospo-
rine de 3ème génération associée à du métronidazole (Flagyl®)
peut être débutée après avis du chirurgien (diagnostic souvent dif-
ficile avant l'intervention)
c antalgiques : paracétamol IV (Perfalgan®), voire morphine

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


50 > Syndromes douloureux abdominaux>
D. Pateron, C. Barrat
3 c Sepsis intra-abdominal :
diverticulite aigue

A - Définition

La diverticulite aiguë est l’infection d’un diverticule du colon. Elle évolue


en trois phases. La diverticulite inflammatoire qui traduit un état pré-suppu-
ratif, l’apparition d’abcès diverticulaire et la diverticulite fistulisée qui entraîne
une péritonite localisée ou généralisée. Elle s’observe en général après 60
ans et est localisée dans le sigmoïde dans la majorité des cas.

B - Points importants
Diagnostic
c Sigmoïde inflammatoire ou sigmoïdite suppurée
I douleurs à type de colique de la fosse iliaque gauche spontanée
et provoquée, trouble du transit à type de diarrhée ou d’aggrava-
tion d’une constipation, fébricule, polynucléose (appendicite à
gauche)
I l’ASP élimine un pneumopéritoine et recherche une distension
colique sus-jacente à la sigmoïdite, des images hydro-aériques
I en cas de doute diagnostique, l’examen de choix est l’examen
tomodensitométrique qui montre un épaississement de la paroi
colique souvent hétérogène. L’injection de produit de contraste
provoque un rehaussement de la paroi de l’abcès
c Péritonite diverticulaire
I le tableau clinique est dominé par les signes péritonéaux qui
impliquent l’intervention chirurgicale en urgence

Pièges
c diverticulite d’un autre segment colique que le sigmoïde (plus rare), en
particulier au niveau du colon droit pouvant réaliser un tableau d’appendi-
cite chez le malade appendicectomisé
c la fistulisation d’un abcès diverticulaire dans un organe de voisinage en
particulier la vessie donnant des signes fonctionnels urinaires au premier
plan (pyurie, fécalurie, pneumaturie)

C - Pronostic

Il est lié à la rapidité diagnostique et thérapeutique et au terrain sur lequel la


sigmoïdite survient.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Syndromes douloureux abdominaux> 51

D - Traitement

c Sigmoïdite inflammatoire et suppurée


I à jeun puis si l’évolution est favorable, régime pauvre en résidus
pendant la poussée
I voie d’abord, réhydratation
I antispasmodiques et antalgiques
I antibiothérapie active sur les entérobactéries et les anaérobies
exemple : céfotaxine (Claforan®) 1g x 3 IV / jour + metronidazole
(Flagyl®) 500 mg x 3 IV / jour ± gentamycine (Gentaline®)
1,5mg/Kg x 2 IM / jour.
c Péritonite diverticulaire
I voie d’abord, réhydratation
I antispasmodiques et antagiques majeurs
I antibiothérapie active sur les entérobactéries et les anaérobies
I intervention chirurgicale : d’emblée en cas de péritonite générali-
sée, différée en cas de péritonite localisée (ponction sous écho-
graphie ou tomodensitométrie des abcès)

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


52 > Syndromes douloureux abdominaux>
D. Pateron, C. Barrat
4 c Sepsis intra-abdominal :
péritonite aigue
A - Définition
Inflammation aiguë de la séreuse péritonéale liée à la diffusion d’une infec-
tion localisée d’un viscère intrapéritonéal ou à la perforation d’un organe creux.
C'est une urgence chirurgicale.

B - Points importants
Diagnostic
c Il est aisé dans la forme généralisée
I douleur intense dont on tente d'identifier le point de départ
I fièvre dépendant du type d'infection (d'emblée en cas d'appendicite,
secondaire en cas de perforation d'ulcère)
I contracture permanente, généralisée, douloureuse et invincible des
muscles de la paroi abdominale ; c'est un signe majeur
I douleur au toucher rectal
I l’ASP recherche un pneumopéritoine et des images hydro-aériques
L'origine de la péritonite est évoquée sur la localisation initiale des signes et
la zone où les signes sont maximum.
c Ainsi l’origine de la péritonite peut être liée
I à la diffusion d’un foyer appendiculaire, biliaire ou d’origine gyné-
cologique, rarement généralisée (salpingite, pyosalpinx)
I à la perforation d’un organe creux : estomac (ulcère gastro-duodénale),
grêle, colon
I mixte : diverticule colique infecté et perforé
En pratique, le diagnostic de péritonite aiguë généralisée impose un
geste chirurgical en urgence qui permet un diagnostic per-opératoire
plus précis.
Pièges
c péritonite du sujet âgé : les signes locaux sont moins nets (péritonite
asthénique) et les signes généraux sont plus marqués, AEG, asthénie, trou-
bles hydro-électrolytiques
c péritonites localisées : liées à la diffusion loco-régionale de l’infection d’un
viscère intra-abdominal
I réalisent un plastron avec une agglutination des anses et viscères
locaux.
I rendent l’intervention en urgence difficile et peuvent être traitées
médicalement dans un premier temps (antibiothérapie et rééquilibration
hydro-électrolytique) après avis chirurgical.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Syndromes douloureux abdominaux> 53

I leur évolution peut se faire vers la constitution d’un abcès dont les
plus fréquents sont :
• l’abcès sous phrénique : contexte post opératoire, diagnos-
tic échographique ou tomodensitométrique.
• l’abcès du Douglas : signes rectaux et parfois urinaires asso-
ciés au syndrome infectieux, diagnostic tomodensitomé-
trique.

C - Pronostic

Il dépend de la rapidité du diagnostic et de l’intervention.


Les péritonites postopératoires et celles du sujet âgé sont de mauvais pro-
nostic.
Plus une perforation est distale plus le risque septique est élevé (péritonite ster-
corale colique).

D - Traitement

c le traitement associe une réanimation et un traitement chirurgical en


urgence
c voie d’abord permettant un remplissage vasculaire
c antibiothérapie dépendant de l’origine du foyer. Elle est généralement choi-
sie pour son activité sur les entérobactéries, l’enterocoque et les anaéro-
bies
c antalgiques : morphine dès que le diagnostic est posé

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


54 > Syndromes douloureux abdominaux>
J.M. Halimi
5 c Sepsis intra-abdominal : salpingite aigue

A • Définition
Inflammation aiguë des trompes et, le plus souvent, des structures avoisi-
nantes (endomètrite, cervicite, pelvi-péritonite). La précocité du traitement
conditionne la sauvegarde de la fécondité.

B • Points importants

Diagnostic
c Clinique
I contexte :
• ATCD de salpingite
• stérilet
• nombreux partenaires
• manœuvres récentes endo-utérine
I douleur pelviennes bilatérales
I fièvre
I leucorrhées malodorantes
I dyspareumie
I palpation :
• douleur à la décompression abdominale, possible défense
• TV douloureux
c Biologie
I NFS : hyperleucocytose
I prélèvements endocervicaux pour recherche de germes de MST
(gonocoque, chlamydia)
c Echographie pelvienne
I le plus souvent normale, recherche une collection (pyosalpinx)
Le diagnostic est le plus souvent affirmé lors de la cœlioscopie qui permet
des prélèvements à visée bactériologiques

Points clés
c la salpingite est due le plus souvent à des germes transmis par voie sexuelle
: Chlamydiae trachomatis, Neisseria gonorrae, Mycoplasma urealyticum, anaéro-
bies
c la clinique est essentielle au diagnostic, mais la moitié des salpingites sont
des formes atypiques ou décapitées. Ne pas attendre un tableau complet
pour traiter ; si un doute diagnostic persiste, discuter un laparoscopie
c le risque ultérieur est liée à la stérilité, la GEU et des douleurs pelviennes
chroniques
c penser à traiter le partenaire
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Syndromes douloureux abdominaux> 55

C - Pronostic

c Fonctionel
I risque de stérilité
c Evolutif
I pelvipéritonite
• nausée, vomissement
• signes d'irritation péritonéale
• douleur intense aux touchers pelviens
• constitution secondaire d'abcès

D - Traitement

c hospitalisation
c antibiothérapie : amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin®) 1gx3/jour
IV et ofloxacine (Oflocet®) ou ciprofloxacine (Ciflox®) 200mgx2/jour en per-
fusion
c antalgiques à adapter en fonction de la douleur
c discuter la cœlioscopie avec le gynécologue en cas de doute diagnostique
ou chez une femme jeune désireuse de grossesse
c traiter le partenaire
c retrait du stérilet

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


56 > Syndromes douloureux abdominaux>

Occlusion intestinale aiguë


penser aussi à : suspecté sur : préciser :
• pancréatite • douleurs • mode de début
• infarctus paroxistiques • température, π, P.A.
mésentérique • vomissements • hydratation
• colique néphré- • arrêt des matières • cicatrice
tique et des gaz • orifices herniaires
• I.D.M. • météorisme • défense
• dyskaliémie • T.R., T.V.
• hématome poser :
intramuraux • voie veineuse
• neuroleptique • sonde gastrique
• toxiques • aspiration
faire :
• A.S.P. face couché
Arguments en faveur et debout
du siège • N.F.S.
• iono sang
• hémostase
• groupe
colon grêle
• douleur ± • douleur +++
• vomissements tardifs • vomissements +++
• A.E.G. tardive • A.E.G. précoce
• météorisme +++
• N.H.A. : rares, plus • météorisme discret,
hauts que localisé
larges • N.H.A. : centraux
haustrations nombreux

mixte :
Arguments en faveur
mécanique et
du mécanisme
inflammatoire
• fièvre
obstruction : • polynucléose
strangulation : • associée à un sepsis
• douleur +++ • douleur ±
• vomissements +++ • vomissements tar-
• A.E.G. précoce difs
• A.E.G. tardive
• météorisme discret, • météorisme +++,
localisé Sepsis
ondulations abdomino-pelvien :
• A.S.P. : anse en péristaltiques • Appendicite
arceau avec N.H.A. à • N.H.A. : nombreux • Cholecystite
chaque pied cornue • Sigmoidite
• Salpingite

• Volvulus colique
• Bride Invagination • Cancer
• Hernie étranglée • Ileus biliaire

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Syndromes douloureux abdominaux> 57
D. Pateron, B. Bernot
6 c Pancréatite aigue

A - Définition
La pancréatite aiguë est une inflammation brutale du pancréas et des tis-
sus avoisinant qui réalise une véritable brûlure intra-abdominale.
Deux formes de pancréatite aiguë doivent être distinguées : la pancréatite
œdémateuse pure (75% des cas), d’évolution généralement favorable et la
pancréatite nécrosante dont la mortalité est de l’ordre de 40%.

B - Points importants

c le diagnostic est aisé devant un tableau associant douleur épigastrique


intense contrastant avec des signes locaux modestes, défense épigas-
trique modérée, nausées et/ou vomissements et hyperamylasémie. Dans
les autres cas, le recours à l’imagerie est nécessaire
c bilan paraclinique minimal initial : NFS, ionogramme sanguin, glycémie,
transaminases, amylasémie, ECG, ASP
c LDH prélevées dès que le diagnostic est fortement suspecté
c l’amylasémie normale n'exclue pas le diagnostic (élévation de la 2ème
à la 12ème heure après la douleur). La lipasémie est plus spécifique
c imagerie complémentaire : demandée en urgence uniquement s’il existe
un doute diagnostique
I échographie : souvent gênée par les gaz ; recherche d’une anoma-
lie du pancréas et d’une lithiase biliaire.
I tomodensitométrie : examen de choix en cas de diagnostic difficile.
Réalisé sans et avec injection : montre un gros pancréas,
recherche des coulées d’œdème ou de nécrose
c facteurs étiologiques :
I les principaux sont la lithiase biliaire (microlithiase) et l’éthylisme
chronique
I plus rarement :
• post cholangiographie par voie rétrograde, post opératoire,
post-traumatique
• médicamenteuses : azathioprine (Imurel®), œstrogènes,
héroïne
• virale
• dyslipidémie sévère, hypercalcémie
• tumorale

C - Pronostic

Sévère lorsqu’il existe une défaillance viscérale associée ou une complica-


tion locale (nécrose, abcès, pseudo-kyste).

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


58 > Syndromes douloureux abdominaux>

c collapsus, avant tout hypovolémique par création d’un troisième secteur


c insuffisance respiratoire favorisée par la douleur, les épanchements et
l’œdème pulmonaire lésionnel
c insuffisance rénale

Score de gravité de Ranson

à l’admission à la 48ème heure


âge > 55 ans chute de l’hématocrite > 10%
hyperleucocytose > 16000/mm3 élévation de l’urée sanguine >
8,5mmol/L
glycémie > 11mmol/L Calcémie < 1,8 mmol/L
LDH > 1,5N PaO2 < 60 mmHg
SGOT > 6N baisse des bicarbonates > 4mEq/L
séquestration liquidienne > 6 litres
Au moins 3 critères = pancréatite sévère

Score tomodensitométrique de Ranson


A pancréas normal
B pancréas élargi
C inflammation péripancréatique ;
graisse péripancréatique
D une collection liquidienne péripancréatique
E plusieurs collections liquidiennes
D et E = pancréatite sévère

D - Traitement

Hospitalisation dans tous les cas


Pancréatite non sévère
c voie d'abord et réhydratation (penser aux vomissements, à l’aspiration et au
3ème secteur)
c surveillance hémodynamique et de la diurèse
c à jeun et aspiration gastrique si vomissement
c antalgiques : paracétamol (Perfalgan®) 1 g dans 125 cc G5% en perfusion de 15
minutes. Si insuffisant : morphine de préférence en titration par voie IV lente sous
surveillance médicale

Pancréatite sévère = réanimation

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Syndromes douloureux abdominaux> 59
D. Pateron, B. Bernot
7 c Ulcères gastro-duodénaux

A - Définition

Les ulcères gastro-duodénaux sont des maladies chroniques.


Elles amènent les malades à consulter aux urgences essentiellement dans
deux circonstances : soit il s’agit d’une complication de la maladie ulcéreuse,
hémorragie, perforation ou, beaucoup plus rarement, sténose du pylore ; soit il
s’agit d’un ulcère hyperalgique ou d’un ulcère provoquant une douleur aty-
pique.

B - Points importants

c les éléments sémiologiques les plus évocateurs pour reconnaître une


maladie ulcéreuse sont le caractère rythmé de la douleur, le caractère
antalgique de l’alimentation et la sensation de faim douloureuse
c il faut toujours rechercher une prise médicamenteuse gastrotoxique
(AINS, aspirine) ainsi que des facteurs favorisants (tabac, stress)
c la fibroscopie digestive haute est l’examen de choix pour faire le diagnos-
tic d’ulcère gastro-duodénale. Elle doit être pratiquée chez un sujet à jeun.
Elle n’a pas d’indication en urgence en dehors des hémorragies.
c ASP prenant les coupoles en cas de suspicion de perforation
c si une endoscopie est réalisée les jours suivants, les traitements préférentielle-
ment utilisés dans l’attente de cet examen sont les antiacides. Lorsqu’un
malade ayant un ulcère duodénal connu, présente une nouvelle poussée
douloureuse typique, il n’est pas nécessaire de prescrire d’endoscopie
digestive avant de le traiter

C - Pronostic

Complications
c un ulcère gastro-duodénale peut être révélé par une complication notam-
ment chez le sujet âgé
c prise en charge des hémorragies digestives : cf. chapitre particulier
c la perforation d’un ulcère gastro-duodénal est suspectée devant une dou-
leur épigastrique en coup de poignard, atroce, des signes péritonéaux
(contracture, douleur du Douglas) et l’absence de signe infectieux. Elle est
confirmée par un pneumopéritoine à l’ASP
I pose d’une voie veineuse, d’une sonde gastrique avec mise en
aspiration; administration d’antalgiques. Le malade est hospitalisé
en milieu chirurgical.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
60 > Syndromes douloureux abdominaux>

D • Traitement
Poussée ulcéreuse duodénale
c Eradication d’Helicobacter pylori
I amoxicilline (Clamoxyl®) : 1g matin et soir per os pendant 7 jours
I clarythromycine (Zeclar®) : 500 mg matin et soir per os pendant 7
jours
I oméprazole (Mopral®) : 20 mg matin et soir pendant 7 jours
c Traitement de l’ulcère
I oméprazole (Mopral®) : 20 mg/j pendant un total de 28 jours
c Conseil hygiéno-diététiques
I arrêt du tabac, de l’alcool

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Syndromes douloureux abdominaux> 61
J.M. Halimi
8 c Grossesse extra utérine

A • Définition
La grossesse extra-utérine (GEU) est le développement de l'oeuf
fécondé hors de la cavité utérine (tubaire 95%).

B • Points importants

Diagnostic
c Signes cliniques
I très variés : aménorrhée, métrorragies, douleurs pelviennes bru-
tales et unilatérales, parfois insidieuses et bilatérales, syncope,
choc, signes digestifs
I la grossesse n'est pas toujours connue de la patiente (ni la
notion d'un retard de règles)
c Examens à effectuer
I en cas de signes d'hémorragie active, aucun examen (en dehors
du groupe sanguin) ne doit retarder la prise en charge chirurgicale
I dans les autres cas les examens utiles sont :
• examens biologiques : test de grossesse rapide, Beta-
HCG, groupe Rhésus, NFS, hémostase
• examens complémentaires : écho-endovaginale (une
échographie transpariétale négative n'élimine pas le diag-
nostic)

Points clés
c urgence absolue : défense abdominale ou douleur à la décompression ;
c'est un abdomen chirurgical => bloc chirurgical
c il faut connaître les facteurs de risques de GEU (infection pelvienne, chirur-
gie abdomino-pelvienne, ATCD GEU, adhérences péritubaires, endomé-
triose, stérilet, traitement de la stérilité, utilisation de micropilule progesta-
tive, âge > 40 ans)
c toucher vaginal : douleur à la mobilisation du col ou au niveau des culs de
sac vaginaux
c échographie endovaginale : examen clé
Pièges
c signes cliniques très variés
c la grossesse peut ne pas être connue de la patiente; se méfier de la date
des dernières règles : rechercher aspect ou quantité inhabituels
c l'intensité des symptômes n'est pas parallèle à l'importance de l'hémorra-
gie quand la GEU est rompue
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
62 > Syndromes douloureux abdominaux>

c se méfier des pertes sanguines minimes ("spotting") chez une femme


enceinte : évoquer GEU
c le retard diagnostique est le piège principal.
C - Pronostic

Il est lié à la précocité du diagnostic et de la prise en charge thérapeutique


Les signes d'hémorragie (syncope, choc) sont des signes de gravité

D - Traitement

c voie d'abord de gros calibre


c remplissage vasculaire en fonction des signes de perte sanguine
c le traitement de la GEU est toujours chirurgical

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Syndromes génito-urinaires> 63

Prise en charge d’une hémorragie digestive haute aiguë

• Affirmer le diagnostic : • Mesures initiales :


facile si saignement - pose de deux voies veineuses péri-
extériorisé : phériques
- hématémèse - oxygénothérapie
- méléna - pose d’une sonde gastrique
Plus difficile si : - remplissage vasculaire selon
- malaise isolé l’abondance des pertes :
- état de choc < 800 ml : cristalloides
> 800-1500 ml : colloides
Une rectorragie évoque une >1500 ml transfusions nécessaires
hémorragie basse, mais hémor- Transfusion - si Hb<7g/100ml sans
ragie haute possible si très comorbidité
active et post-pylorique. - si Hb<10g/100ml si
coronaropathie
- prélever : groupe, N.F.S., hémos-
• Éliminer : tase iono sang, créatininémie,
- épistaxis postérieur - hémoptysie E.C.G.

• Évaluer la gravité :
Apprécier l’abondance :
pertes sanguines (ml) <800 800-1500 >1500 L’hémoglobi
- P.A. (mmHg)................>120...<90 en orthostatisme......<90 némie est
- π (battements/mn)......<100............>120...............>120(fai- un reflet tardif
ble) de la perte
- neurologie.....................Nle..............Nle...................agitation sanguine
- fréquence respiratoire...Nale.............Nle......................>25 (4ème heure)
Apprécier l’activité :
- évolution hémodynamique
- évolution du lavage gastrique • Interrogatoire :
- A.I.N.S. - aspirine
Évaluer la comorbidité : - béta - , anticoagulant - U.G.D.
- coronaropathie - cirrhose - chirurgie aorte
- hépathopathie - vomissements - éthylisme
- ins. rénale
- ins. respiratoire

• Différencier dès lors les H.D.H.A. • Si hypertension portale :


sans et avec hypertension por- - remplissage prudent
tale : (augmente la pression portale)
• Surveillance : - terlipressine (Glypressine®)
-p C.I. : artériopathie notamment
- P.A. coronnaire
- lavage gastrique
- ou somatostatine

Endoscopie digestive haute dans les 12 premières heures

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


64 > Syndromes génito-urinaires>
J.M. Halimi
1 c Colique néphrétique
A • Définition
La colique néphrétique est une douleur liée à une obstruction urétérale aiguë.
B • Points importants
Diagnostic
c Clinique
I il s'agit d'une douleur lombaire unilatérale, intense, souvent à début
brutal à type de tension continue avec paroxysme, irradiation vers les
organes génitaux externes, sans position antalgique
I nausées et vomissements fréquents
I s'assurer que le malade urine et l'on note souvent une dysurie, une
pollakiurie et parfois une hématurie
I rechercher cliniquement une sensibilité à l'ébranlement de la fosse
lombaire
I faire les touchers pelviens
c Examens complémentaires : Ils doivent être effectués après avoir débuté le
traitement antalgique
I ASP debout, de face recherche une opacité se projetant sur l'arbre
urinaire
I systématiquement une bandelette urinaire
I ionogramme sanguin et créatininémie
I ECBU s'il existe des signes infectieux
I échographie rénale (et éventuellement vésicale) recherche un cône
d'ombre postérieur, une dilatation des cavités pyélocalicielles. Elle est
effectuée en urgence si le diagnostic n'est pas évident. L’absence de
dilatation des cavités calicielles à l’échographie n’élimine pas le diag-
nostic. A l’inverse, en l’absence de dilatation des cavités calicielles,
d’autres diagnostics sont possibles : dissection/fissuration d’un anévrisme
de l’aorte abdominal, infarctus rénal qui est souvent associé à une
hématurie (faire écho+doppler rénal), hernie inguinale étranglée (véri-
fier orifices herniaires), tumeur du rein ou des voies urinaires, diverti-
culite, nécrose ischémique du caecum, torsion de kyste ovarien,
appendicite, colique biliaire, pneumonie.
I Tomodensitométrie sans injection : si doute diagnostique, un scanner
spiralé sans injection visualise le calcul quelle que soit sa composi-
tion
I l'UIV n'est nécessaire immédiatement que dans les formes fébriles ou
anuriques (pas dans la forme simple)
• l'UIV se discute aussi s'il existe un doute diagnostique réel et
à distance devant la persistance des signes cliniques
• l'UIV précisera le niveau et le type de l'obstacle et permettra
de vérifier la qualité fonctionnelle de l'autre rein
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Syndromes génito-urinaires> 65

Points clés
c la douleur typique est "frénétique"
c un ASP normal et une échographie normale n'éliminent pas le diagnostic
c l’absence d'hématurie à la bandelette élimine le diagnostic à 95% : dans
ce cas, penser à vérifier la liberté des orifices herniaires, et à la dissection/fis-
suration d'un anévrisme de l'aorte abdominale

C - Pronostic

Il existe deux formes particulièrement urgentes


Les formes fébriles
c l'UIV après vérification de la créatininémie, recherche la nature et le niveau
de l'obstacle
c traitement antibiotique IV pour traiter l'infection urinaire et lever l'obstacle
rapidement. Le risque majeur est le choc septique avec pyonéphrose
Les formes anuriques
c l'UIV est à effectuer et doit être suivie immédiatement d'une dérivation des
urines ou d'une montée de sonde urétérale car il existe un risque d'insuffi-
sance rénale aiguë

D - Traitement

c il faut hospitaliser dans les 2 cas précédents ainsi que dans les formes
hyperalgiques résistantes aux traitements
c l'objectif immédiat est de soulager la douleur :
I arrêt des boissons
I kétoprofène (Profenid®) 100mg IV (hors AMM)
c si la crise cède, un traitement ambulatoire est mis en route : AINS
(Profenid®), antispasmodiques phloroglucinol (Spasfon®)
c les antalgiques du type paracétamol ou association paracétamol dextro-
propoxifène sont souvent peu efficaces
c les morphiniques sont parfois utiles mais leur utilisation limite le retour immé-
diat au domicile

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


66 > Syndromes génito-urinaires >
J.M. Halimi
2 c Sepsis urinaire : pyelonéphrite aigue
A - Définition
La pyélonéphrite est une infection du tissu interstitiel rénal par voie ascendante
(cystite toujours présente).

B - Points importants
Diagnostic
c Clinique
I le syndrome infectieux est habituellement brutal avec fièvre, fris-
sons. Il existe des douleurs lombaires (sensibilité a l'ébranlement de
la fosse lombaire) et des brûlures urinaires associées à une dysurie
c Examens complémentaires
I bandelette urinaire à la recherche d'une leucocyturie (sensibilité
92% ; valeur prédictive négative 98%), ECBU et hémocultures sont
systématiques
I NFS et la CRP (ou la VS) montrent une hyperleucocytose et un syn-
drome inflammatoire
I ASP et échographie rénale systématiques (pour éliminer un obstacle)
I Tomodensitométrie rénale (Non systématique et pas urgent le plus
souvent) . Indications : persistance de la fièvre sous traitement,
doute diagnostique, PNA récidivante, doute sur un abcès. Image
caractéristique : zones d’hypodensité triangulaire à base corticale,
plus ou moins nombreuses
Points clés
c il faut toujours rechercher une anomalie urologique (reflux, obstacle,...) ; faire
des touchers pelviens
c le germe le plus souvent retrouvé est E.Coli
c recherche d'un terrain favorisant : diabète, reflux urétéro-vésical, grossesse,
traitements immunosuppresseurs
c chez la femme enceinte, il faut hospitaliser et surveiller les bruits du coeur
foetaux
c une consultation urologique est à envisager dans les cas de récidive de
pyélonéphrite
C - Pronostic
c en cas de retard au traitement (>48h), il existe un risque d'abcès rénal, de
pyonéphrose et de septicémie ; à moyen terme et notamment en cas d'infections
urinaires répétées, risque de lésions de pyélonéphrite chronique.
c risque de nécrose papillaire chez le diabétique.
Critères de gravité : Choc septique - Septicémie - Rétention d’urines sur
obstacle - Abcès rénal - Sujet diabétique ou immunodéprimé - Age inférieur à
18 mois - Uropathie ou rein unique
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Syndromes génito-urinaires > 67

D - Traitement

c les hommes, les femmes enceintes ou les patients pour lesquels on a doute
sur l'observance ultérieure, doivent être hospitalisés.
c il faut également hospitaliser les patients lorsqu'il existe un obstacle ou un
sepsis grave (tachypnée >20/min, hypothermie), une immunosuppression
(patient greffé, HIV+,...), un choc septique, une uropathie connue ou si un
entérocoque est suspecté (Gram+ à l'examen direct).
c dans le cas où il est décidé de ne pas hospitaliser, préparer l'après-urgence
: s'assurer que le patient reverra un médecin en consultation et que l'anti-
biogramme lui parviendra. Prescrire un contrôle d'ECBU à la fin du traite-
ment.
Exemples de traitements
c Pyélonéphrite non compliquée :
I Pas de signe de gravité ou situation particulière, certitude sur la com-
pliance du patient et contrôle de son efficacité à 72h (ECBU de contrôle) :
I Monothérapie à modifier en fonction du résultat de l’antibiogramme ;
traitement par voie orale possible ; durée du traitement : 14 jours.
I Antibiothérapie initiale recommandée : per os : ciprofloxacine 500-
750 mg*2/jour ou levofloxacine 500 mg/jour per os ou IV ; ofloxacine
200mg*2 per os ou IV ou ceftriaxone 1-2 g/jour IV ou cefotaxime
1*3g/jour IV
c Pyélonéphrite compliquée ou avec signes de gravité :
I Bithérapie d’emblée pendant 3 à 5 jours ; traitement par aminosides
en monodose quotidienne ; durée totale du traitement : 21 jours.
I Antibiothérapie initiale recommandée : gentamycine 3mg/kg/jour ou
netilmycine 4-6 mg/kg/jour ET : per os : ciprofloxacine 500-
750mg*2/jour ou levofloxacine 500 mg/jour per os ou IV ; ofloxacine 200mg*2
per os ou IV ou ceftriaxone 1-2 g/jour IV ou cefotaxime 1*3g/jour IV.

c Obstacle urinaire :
I Risque de choc septique, dérivation des urines en urgence

c Pyélonéphrite chez la femme enceinte :


I Seuls traitements autorisés pendant toute la grossesse : béta-lacta-
mine et céphalosporine (aminosides et cotrimoxazole au 3e trimes-
tre) ; seule imagerie permise : échographie ; risque maternel de sep-
ticémie et risque foetal.

c Diabétique :
I Durée du traitement : 6 semaines.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


68 > Syndromes génito-urinaires >

3 c Sepsis urinaire : cystite simple J.M. Halimi

A • Définition

Il s'agit d'une infection urinaire sans fièvre ni douleur lombaire.

B • Points importants

Diagnostic
c il existe le plus souvent une pollakiurie, une dysurie, des brûlures miction-
nelles
c la bandelette urinaire permet de retenir le diagnostic : leucocyturie et
nitrite positif (entérobactéries) ; parfois hématurie micro voire macrosco-
pique
c examens complémentaires : l'ECBU n'est pas systématique si cystite aiguë
non compliquée, non récidivante chez une femme non enceinte

Points clés
c la bandelette urinaire négative (pas de leucocytes, pas de nitrite, pas d'hématu-
rie) élimine le diagnostic à 98%
c chez l'homme, pas de cystite simple : il y a toujours une infection urinaire
plus sévère associée (prostatite, pyélonéphrite) jusqu'à preuve du contraire

C • Traitement

Cystite aiguë non compliquée chez la femme non enceinte


c c'est-à-dire si :
I femme de moins de 65 ans non enceinte
I apyrexie et absence de signe clinique d'infection urinaire haute
I absence d'ATCD néphro-urologiques ou de diabète ou d'immuno-
dépression
I absence d'intervention ou endoscopie urologique récente
I traitement monodose :
I fosfomycine trométanol (Monuril®) : 1 sachet
I ou ofloxacine (Oflocet®) 400mg en une prise

Femme enceinte
c la bactériurie même non symptomatique doit être traitée
c amoxicilline 500mgx3/j pendant 7 jours
c adapter ensuite le traitement au résultat de l'antibiogramme et ultérieurement
effectuer ECBU mensuels
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Syndromes génito-urinaires > 69

Chez l'homme
c il n'y a pas de cystite simple : il y a toujours une infection urinaire plus
sévère associée (prostatite, pyélonéphrite) jusqu'à preuve du contraire

Cystite récidivante ( > 3 épisodes par an)


c traitement monodose après chaque cystite (rechercher cause locale et la trai-
ter)

Cystite compliquée (après geste chirurgical ou endoscopique, asso-


ciée à tumeur ou obstacle)
c traitement conventionnel : Nitrofurantoïne (Furadoïne®) 50-100mg x3/jour
c adapter en fonction du germe et de sa sensibilité
c durée du traitement : 7 jours

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


70 > Syndromes génito-urinaires >
J.M. Halimi
4 c Sepsis urinaire : prostatite aigue

A - Définition
Infection aiguë du parenchyme prostatique.

B - Points importants
Diagnostic
c Clinique
I le plus souvent il s'agit d'une dysurie fébrile chez l'homme
I on note fièvre et hypertrophie prostatique douloureuse au TR
c Examens complémentaires
I bandelette urinaire, ECBU, hémocultures sont systématiquement
pratiqués
I NFS, CRP ou VS montrent une hyperleucocytose et syndrome
inflammatoire
I échographie transrectale montre la présence de microcalcifica-
tions et de microabcès. Un véritable abcès prostatique est possi-
ble
Pièges
c Diagnostiquer les complications
I abcès prostatique
I épididymite
I septicémie
C - Traitement
Hospitaliser
c Forme simple
I ofloxacine (Oflocet®) 200mgx2/j per os (expliquer au patient le
risque de tendinopathie) ou sulfaméthoxazole + triméthoprime
(Bactrim®) 800mgx2/j per os
I durée du traitement : 6 semaines
c Forme sévère (septicémique, abcès), sujet diabétique ou immunodéprimé
I commencer par un traitement parentéral ofloxacine (Oflocet®)
200mgx2 IV jusqu'à l'apyrexie puis relais per os
I durée du traitement : 6 semaines
c Rétention aiguë d'urine
I cathétérisme sus-pubien
c Abcès prostatique
I rainage indispensable (écho-guidée voire chirurgicale)
Toujours effectuer un ECBU de contrôle à la fin du traitement.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Syndromes génito-urinaires> 71
J.M. Halimi
5 c Rétention aigue d’urine

A - Définition

Impossibilité totale et soudaine d'évacuer le contenu vésical.


La symptomatologie est le plus souvent bruyante.

B - Points importants

Diagnostic

c le plus souvent, la rétention aiguë d'urine entraîne une envie impérieuse et


très douloureuse d'uriner
c cliniquement, il existe un globe vésical (voussure hypogastrique, convexe,
mate, tendue, dont la palpation est douloureuse et exacerbe l'envie d'uri-
ner)
c le toucher rectal recherche l'adénome prostatique, le fécalome, la tumeur
rectale : c'est le geste clinique le plus important
c l'enquête étiologique doit comporter : interrogatoire, examen clinique, écho
rénale (pour évaluer le retentissement sur le haut appareil), vésicale et
pelvienne, UIV, écho transrectale chez l'homme
c examens biologiques : bandelette urinaire systématique, ECBU, iono-
gramme sanguin

Points clés

c mécanismes :
I obstacle (vésical, prostatique, urétral) ou insuffisance de contrac-
tion du détrusor
c étiologies :
I fécalome et hypertrophie prostatique les plus fréquents (toucher rec-
tal)
I plus rarement : sténose urétrale, calcul urétral bloqué, trauma-
tisme du bassin
I rechercher cause iatrogène (anticholinergique, psychotropes,
antispasmodiques, tricycliques, inhibiteurs calciques) ou neurolo-
gique (SEP, syndrome de la queue de cheval)
c retentissement :
I évaluer le retentissement sur le haut appareil (échographie rénale
et vésicale),
I rechercher hypertrophie prostatique, fécalome,...
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
72 > Syndromes génito-urinaires >

c particularités cliniques :
I confusion ou agitation isolée parfois chez le sujet âgé
I chez la femme, souvent associée à une infection urinaire ou une
tumeur pelvienne
I découverte d'une insuffisance rénale chez le sujet âgé

C - Gravité

Rétention aiguë d'urine fébrile ; penser à l'infection urinaire et en particulier


à la prostatite chez l'homme.

D - Traitement

c drainage en urgence : d'abord rapide puis plus lent (classiquement drai-


nage fractionné : clampage de 10 minutes tous les 200 ml)

c ce drainage s'effectue par sondage transuréthral ou cathétérisme sus-


pubien si sondage difficile (ne jamais insister ou forcer) ou impossible
c il faut ultérieurement traiter la cause

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Syndromes génito-urinaires> 73

Diagnostic d’une douleur


scrotale aiguë

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


74 > Malaises

prise en charge d’un malaise aux urgences


Épisode aigu, regressif, caractérisé par un trouble de la conscience ou de la
vigilence, avec ou sans hypotonie, pouvant occasionner une chute

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Malaises > 75
D. El Kouri, G. Potel

1 c Orientation diagnostique d’un malaise

Hypotension orthostatique

c cause iatrogène connue : hypotenseurs et psychotropes ; PA basse (tenir


compte de l’âge et état vasculaire) ; survenue en orthostatisme
c devenir du patient : sortie selon le terrain

Hypoglycémie

c patient diabétique ; médicaments hypoglycémiants; survenue à distance


des repas
c exploration : glycémie capillaire et veineuse
c devenir du patient : sortie le plus souvent

Malaise vagal
c ATCD du même type ; sujet jeune, circonstances de survenue ( émotion,
confinement, prodomes)
c devenir du patient : sortie

Intoxication éthylique

c signes d‘imprégnation ; haleine


c exploration : alcoolémie
c devenir du patient : hospitalisation brève

Intoxication au monoxyde de carbone (CO)

c malaises collectif ; source de CO ; y penser


c exploration : dosage de la carboxy-hémoglobine
c devenir du patient : oxygénothérapie pendant plusieurs heures

Hypertonie sino-carotidienne
c circonstances de survenue ; compression cervicale
c devenir du patient : hospitalisation

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


76 > Malaises >

Crise convulsive

c antécédent d’épilepsie ; circonstances de survenue (mauvaise obser-


vance, surmenage, alcoolisme ou sevrage alcoolique) ; début par une crise
partielle ; mouvements tonico-cloniques ; obnubilation post-critique ; mor-
sure latérale de langue
c devenir : cf chapitre “crise convulsive”
Causes cardiaques

c ATCD de maladie cardiaque (rétrécissement aortique, ischémie myocar-


dique) ; prise d’anti-arythmique ; absence de prodrome ; survenue à l’effort
; pâleur per-critique ; retour rapide à la normale ; palpitations ; douleur tho-
racique ; signes ECG
c cf chapitre “Syncope” . Justifient l’ECG systématique devant tout malaise
c devenir du patient : hospitalisation
Causes psychiatriques

c ATCD du même type ou de pathologie psychiatrique ; situation anxiogène;


examen normal
c exploration : eventuellement avis psychiatrique
c devenir du patient : sortie ou hospitalisation

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Malaises > 77
lM. Slama, B. Bouffandeau, B. de Cagny, J.L. Rey
2 c Syncopes

A - Définition
Une syncope est une perte de connaissance complète, de survenue brutale,
brève (quelques secondes) secondaire à une ischémie cérébrale transitoire due
à une chute brutale et importante (> 50%) du débit sanguin cérébral. Elle peut
s’accompagner de lésions traumatiques. Si elle se prolonge plus de 20 secondes,
elle peut se compliquer d’une crise convulsive généralisée avec perte d’urine.
Les lipothymies doivent être rapprochées des syncopes car partageant le
même mécanisme physiopathologique. Il s’agit d’un malaise avec impression
angoissante d’évanouissement immédiat, d’apparition brutale, durant quelques
instants et complètement réversible.
Les syncopes et les lipothymies sont toujours d’origine cardio-vas-
culaire.

B - Points importants
Diagnostic (Étiologies principales)
Causes cardiaques
c trouble du rythme et de la conduction
I bloc auriculo-ventriculaire complet paroxystique
• la syncope habituellement sans prodrome.
• l'ECG permet d’en faire le diagnostic si l’on enregistre lors d’un
malaise : passage en BAV complet paroxystique ; BAV complet
avec QRS larges, BAV du second degré (surtout Mobitz de
type II), claudication d’une branche sur l’autre, bloc de branche
droit et hémibloc postérieur gauche ou hémibloc alternant,
progression des troubles conductifs lors d’ECG successifs.
• sur le plan étiologique, éliminer en urgence un IDM, une origine
infectieuse (myocardite) ou médicamenteuse.
• traitement en urgence d’un BAV paroxystique complet : coup
de poing sternal, massage cardiaque externe, sulfate d’atropine
0,5-1 mg en IV. En cas d’inefficacité, perfusion d’isoprénaline
(Isuprel ®) 5-10 ampoules dans 500 ml de sérum glucosé iso-
tonique (la vitesse de perfusion est adaptée à la réponse en
fréquence cardiaque), hospitalisation en Unité de Soins
Intensifs Cardiologique (USIC) et mise en place d’une Sonde
d’Entraînement ElectroSystolique (SEES).
I bloc sino-auriculaire paroxystique
• diagnostic : absence d’onde P et rythme ventriculaire lent.
• traitement : sulfate d’atropine IV, hospitalisation en USIC.
SEES rarement nécessaire.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


78 > Malaises >

I torsade de pointe
• complique en général une hypokaliémie, un QT long congénital, une
intoxication par anti-arythmique, ou une bradycardie.
• parfois de courts épisodes de torsade de pointe sont mis en évi-
dence : ventriculogrammes élargis de fréquence rapide (200-
250/mn) décrivant une torsion autour de la ligne isoélectrique avec
inversion du sens des pointes. Le traitement dépend de l’étiologie:
- si cette torsade est due à une bradycardie, le traitement sera
celui du trouble de la conduction
- si hypokaliémie, il y a nécessité d’une recharge potassique et
magnésique
I tachycardie supraventriculaire ou ventriculaire
• les tachycardies supraventriculaires (fibrillation auriculaire, flutter)
peuvent être à l’origine de syncopes.
• les TV sont graves et peuvent à tout moment dégénérer en fibrilla-
tion ventriculaire.
• le diagnostic de TV se fait sur l’ECG :
tachycardie régulière avec QRS larges (0,12s), dissociation auri-
culo-ventriculaire. il faut toujours éliminer un infarctus du myocarde
à la phase aiguë. le traitement de la TV fait appel au choc électrique
externe en cas de mauvaise tolérance hémodynamique et aux anti-
arythmiques. hospitalisation en USIC.

c obstacles à l’éjection ventriculaire gauche


I sténose aortique
• syncopes d’effort qui s’accompagnent d’une dyspnée d’effort et d’un
souffle systolique éjectionnel avec disparition de B1 et B2.
• elles signent le caractère serré du rétrécissement et donc le risque
de mort subite.
• hospitaliser le patient en Cardiologie et réaliser rapidement un bilan
d’opérabilité de la sténose.
I myocardiopathie hypertrophique
• la syncope d’effort s’accompagne, comme la sténose aortique, d’une
dyspnée d’effort et d’un souffle systolique éjectionnel
• diagnostic par échocardiographie.

c autres
I angor syncopal
• La syncope est due à un trouble du rythme ou de la conduction
nécessitant une hospitalisation d’urgence.
I myxome de l’oreillette gauche
• Il s’agit de syncopes aux changements de position. Le diagnostic est
échocardiographique
I hypertension artérielle pulmonaire
• syncopes des cardiopathies cyanogènes
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Malaises > 79

Causes Vasculaires (Cf. algorithme)


C - Pronostic
Le pronostic des syncopes dépend de l’étiologie de celles-ci.

D - Traitement
c Prise en charge d’une syncope à la phase aiguë
I assurer la liberté des voies aériennes
I coup de poing sternal puis manoeuvres de réanimation si ineffica-
cité cardio-circulatoire.
I surélévation des jambes si bradycardie et hypotension artérielle
I après reprise de conscience, deux circonstances :
• il s’agit d’évidence d’un malaise vagal idiopathique chez un
patient ayant déjà eu ce type de malaise ou d’une hypoten-
sion artérielle orthostatique avec récupération clinique
complète : pas d’hospitalisation mais un bilan cardio-vas-
culaire devra être programmé
• dans tous les autres cas : hospitalisation
c Conscience normale lors de la consultation : conduite à tenir
I confirmer qu’il s’agit bien d’une syncope en particulier par un
interrogatoire du patient et de l’entourage.
I rechercher les circonstances précises de ce malaise : effort, toux,
rasage, mobilisation d’un bras au lever etc..., et les antécédents du
patient.
I effectuer un examen clinique en recherchant spécifiquement : une
hypotension artérielle orthostatique, un trouble du rythme, un souf-
fle cardiaque ou vasculaire.
I réaliser systématiquement un ECG.

c A l’issue de cette prise en charge, deux circonstances peuvent se présen-


ter
I la cause de la syncope est évidente. Il faut une prise en charge spéci-
fique.
I la cause de la syncope est inconnue : il y a nécessité d’hospitali-
ser le patient afin de compléter le bilan cardio-vasculaire.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


80 > Malaises >

Syncope : orientation diagnostic

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Malaises > 81
D. El Kouri, G. Potel
3 c Crise convulsive

A - Définition

Crise convulsive : manifestation clinique paroxystique due à une hyperexcita-


bilité cérébrale focale (crise partielle) ou diffuse (crise généralisée).
Etat de mal convulsif : trois crises successives sans reprise de conscience
ou crise se prolongeant au-delà de 5 à 10 minutes.
Menace d’état de mal : convulsions se répétant à intervalles rapprochés
avec reprise de conscience entre les crises.

B - Points importants
Examen clinique : recherche de signes d'accompagnement
Stratégie de prescription des examens complémentaires

Interrogatoire En clinique

• Antécédent d’épilepsie, Température


de traumatisme crânien,
de néoplasie (cancers solides, lymphome).
• Ethylisme chronique Signes de localisation

• Statut VIH

• Prises médicamenteuses :
anti-épileptiques, diurétiques Vigilance

• Contexte de survenue :
traumatisme crânien, grossesse,
intoxication médicamenteuse

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


82 > Malaises >

et orientation post-urgence
C - Traitement

Examens complémentaires Orientation

Tous les patients Glycémie capillaire


crise apparemment isolée

1ère crise • électroencéphalogramme Hospitalisation 24H


• scanner cérébral ou imagerie Sortie possible pour
par résonance magnétique les patients de moins
de 60 ans (si examen
postcritique normal et
entourage familial)

Maladie • dosage anti-épileptique Sortie si mauvaise


épileptique observance

Fièvre • PL précédée d’un scanner


si signes de localisation ou
d’HIC

Déficit • scanner cérébral


crise accompagnée

Confusion • calcémie, natrémie


persistante • si traumatisme crânien : Hospitalisation
(supérieure scanner cérébral. dans tous les cas
à 2 heures) • sinon : EEG et PL

Alcoolisme • alcoolémie (réanimation si état


Sevrage • si TC : scanner cérébral de mal)
Intoxication • dosage médicamenteux

Antécédent • scanner cérébral


de cancer • ponction lombaire (VIH)
Séropositif VIH

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Malaises > 83

Mesures Générales • Position latérale de sécurité


• Oxygénation
• si état de mal :

- Canule entre les dents (phases


intercritiques)
- Voie d’abord veineuse
- Intubation orotrachéale après
sédation

Crise Convulsive généralis • Aucun traitement ou clobazam


(Urbanyl®) J1 60 mg ; J2 40 mg ;
J3 20 mg le soir
• Epileptique connu : poursuite du traitement
habituel à réévaluer par le neurologue si
observance correcte

Etat de mal convulsif • clonazépam (Rivotril®) 1-2 mg en IV lente


et antiépileptique d’action prolongée IV
(fosphénitoïne Prodilantin® ou phénobar-
bital Gardénal®). Si échec appel du réani-
mateur.

Traitement de la cause • Hypoglycémie, méningite, méningo-


encéphalite, tumeur, accident vasculaire
cérébral, hyponatrémie, hypocalcémie...

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


84 > Coma >
F. Adnet
1 c Coma

A - Définition

Le coma se définit comme une altération du niveau de conscience. Il se carac-


térise par sa profondeur déterminée par l’échelle de Glasgow variant de 3 (coma
aréactif) à 15 (conscience normale). Bien que cette échelle n’ait été proposée
que pour les traumatisés crâniens, elle s’est généralisée pour tous les types de
comas. Un score de glasgow < 8 définit le coma profond.

Tableau : score de Glasgow.

Items Points

Meilleure réponse verbale


réponse adaptée 5
réponse inadaptée 4
réponse incohérente 3
geignement 2
aucune réponse 1

Meilleure réponse oculaire


ouverture des yeux spontanée 4
ouverture des yeux à la commande verbale 3
ouverture des yeux à la stimulation douloureuse 2
pas d’ouverture des yeux 1

Meilleure réponse motrice


localisatrice et adaptée 6
localisatrice en flexion des membres supérieurs 5
non adaptée 4
lente flexion des membres supérieurs 3
réaction de décérébration (extension membres supérieurs) 2
pas de réaction 1
Score de Glasgow = total des points

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Coma > 85

Conduite à tenir devant un coma

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


86 > Coma >
F. Adnet
2 c Arrêt cardiaque

A • Définition
L’arrêt cardio-respiratoire (ACR) se définie comme une inefficacité totale du
coeur à générer un débit cardiaque, il n’assure plus sa fonction mécanique.
Malgré l’amélioration des techniques de réanimation cardio-pulmonaire (RCP),
le pronostic à long terme est toujours médiocre : moins de 10% des patients
survivent sans séquelle neurologique. Le temps entre la survenue de l’ACR et
les premiers gestes de RCP est le principal déterminant pronostic.

B • Points importants
Diagnostic
c coma hypotonique, flasque avec une ventilation nulle et une absence de
pouls centraux (fémoraux, carotidiens)
c le monitorage électrocardiographique doit être réalisé immédiatement afin de
déterminer le type d’ACR :
I tracé plat : asystolie
I complexes larges en rythme lent : rythme sans pouls (RSP)
I ligne de base irrégulière anarchique ou à type de tachycardie ventriculaire
polymorphe : fibrillation ventriculaire (FV)
Pièges
c des convulsions généralisées peuvent se voir à la phase initiale d’un ACR
(hypoperfusion cérébrale)
c des mouvements respiratoires lents, en général inefficaces, peuvent être pré-
sents (gasp)
c un tracé électrocardiographique de complexes fins, réguliers, à la fréquence
de 70-80/min. doit faire rechercher la présence d’un pacemaker
c la mydriase initiale n’est pas un élément pronostic
c ne pas injecter l’adrénaline dans une tubulure contenant du bicarbonate de
sodium

C • Pronostic
Les facteurs pronostics
c allongement du délai entre l’effondrement et les premiers gestes de réanimation
c lieu de survenue de l’ACR : réanimation>hôpital>voie publique>domicile
c type d’ACR : FV>asystolie
c absence de témoin de l’effondrement
c ATCD : néoplasie, pneumopathie, insuffisance rénale
c l’âge n’est pas un facteur pronostic

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Coma > 87

D • Conduite à tenir particulière

La prise en charge se déroule en deux temps principaux


c traitement non médicalisé (geste de secourisme)
c traitement médicalisé
Les deux temps peuvent être simultanés si l’ACR se produit au sein d’une struc-
ture médicalisée.

La réanimation non médicalisé comporte :


c alerte d’une structure médicalisée spécialisée (SAMU, réanimateur de
garde...)
c pratiquer massage cardiaque externe (MCE) à un rythme d’environ 100/min
c ventilation assistée de type “bouche à bouche”. La synchronisation des deux
manoeuvres est de type 30 MCE pour 2 ventilations.

La réanimation médicalisée dépend du type de l’ACR :


c Asystolie
I le premier geste de réanimation, pendant le MCE, est l’intubation
endotrachéale et la mise en route d’une ventilation mécanique en
FiO2 = 100%
• permet de protéger les voies aériennes supérieures contre
l’inhalation pulmonaire
• améliore les échanges gazeux
• peut servir de voie d’administration des drogues d’urgences
(en particulier l’adrénaline)
I le deuxième geste est la pose d’un abord veineux de gros diamètre
au pli du coude du patient avec un soluté du type sérum physiologique

L’abord trachéal et veineux doivent être vérifiés et sécurisés


c Fibrillation ventriculaire
I le patient doit être défibrillé immédiatement sans attendre la mise en
place d’un abord veineux ou trachéal
I en cas d’échec des défibrillations : voie veineuse et intubation
endotrachéale
c Rythme sans pouls
I la prise en charge s’apparente à celle de l’asystolie
I la seule différence réside dans la recherche d’étiologies particulières
comme l’embolie pulmonaire, l’épanchement compressif (liquidien ou
gazeux) pleural, une tamponnade, une hypovolémie, une hypothermie
ou une hyperkaliémie
c la recherche de ces étiologies peut déterminer des gestes d’urgence rendant
la réanimation classique plus efficace (pose d’un drain thoracique, remplis-
sage massif, alcalinisation rapide et précoce)
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
88 > Coma >

Arrêt cardiaque :
prise en charge

Traitement
étiologique*

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Choc > 89
J. Schmidt, T. Mathevon
1 c Choc anaphylactique

A - Définition
Le choc anaphylactique est un collapsus brutal dû essentiellement à la
libération d'histamine et de leucotriène. Son pronostic est lié à la rapidité de la
mise en route du traitement.

B - Points importants
Diagnostic
c le choc anaphylactique réalise le tableau d'un collapsus "chaud"
I caractérisé par un collapsus vasoplégique avec une tachycardie, PAS
< 90 mmHg
I apparaît 2 à 20 minutes après l'exposition à l'allergène
I peut s'associer à un bronchospasme, une éruption urticaire géante et
un oedème des tissus mous
I l'oedème laryngé peut réaliser une dyspnée laryngée évoluant vers
une détresse respiratoire (oedème de Quinke)
I diarrhée avec douleurs abdominales peuvent compléter le tableau
Pièges
Il ne faut pas confondre ce type de choc avec un choc hémorragique ou congestif.

C - Traitement
C'est une urgence vitale
c soustraire l'allergène (arrêt de traitement en cours...)
c instituer une oxygénothérapie, voire une intubation en cas de détresse immé-
diatement menaçante
c prévenir le réanimateur
c le médicament est l'adrénaline à faible dose. Diluer 1 mg d'adrénaline dans 10
cc (sérum physiologique) et injecter 0,5 cc par 0,5 cc en IVD ou 0, 25 mg en
SC avant la pose d'une voie veineuse
c remplissage par cristalloïde : 1-2 litres de Ringer-lactates ou de sérum physiologique
c le bronchospasme sévère peut être traité par b-mimétiques (aérosol de
Bricanyl®). Si le bronchospasme est persistant, on peut proposer un aérosol
d'adrénaline (1mg dans 10 cc de sérum physiologique)
c les antihistaminiques H1 et les corticoïdes (Hémi-succinate d'hydrocortisone
200 mg toutes les deux heures IVD) peuvent être prescrits dans un second
temps, leur action étant retardée
Le patient doit être hospitalisé en réanimation, un bilan immunologique doit être
prévu à distance de l'accident.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


90 > Choc >

Choc

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Agitation > 91
E. Hinglais, E. Roupie, J.L. Lejonc
1 c Agitation psychomotrice
et sédation médicamenteuse

A • Quand indiquer une sédation médicamenteuse ?

c dangerosité pour autrui


c dangerosité pour lui-même :
I souffrance de la bouffée délirante : primauté de la composante déli-
rante avec adhésion majeure au délire (persécution, dépersonna-
lisation)
I soins impossibles et suspicion d’une cause organique
B • Comment prescrire une sédation médicamenteuse ?

La chimiothérapie est toujours complémentaire d’une sédation verbale


Deux classes thérapeutiques sont employées
c les Benzodiazépines dans les agitations non psychotiques :
I clorazépate dipotassique (Tranxene®) 50 à 100mg (per os ou IM),
I diazépam (Valium®) 20 mg per os
c les neuroleptiques :
I d’action brève, rapide et puissante dans les grandes crises d’agita-
tion :
• loxapine (Loxapac®) 3 à 6 ampoules IM
• tiapride (Tiapridal®) 3 ampoules IM
• halopéridol (Haldol®) 1 ampoule IM
I Sédatifs dans les agitations psychotiques :
• cyamémazine (Tercian®) 50 mg IM
• loxapine (Loxapac®) 2 à 4 ampoules IM
Il faut toujours une surveillance !!

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


92 > Agitation>

Conduite à tenir devant


une agitation psycho-motrice

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Agitation > 93
E. Hinglais, E. Roupie, J.L. Lejonc
2 c Intoxication ethylique aigue

A • Définition

Il existe plusieurs formes d’intoxication éthylique aiguë (IEA)


• l'IEA isolée, non compliquée (75%) : logorrhée avec parole hachée, bre-
douillante, incoordination motrice, injection conjonctivale, odeur caractéris-
tique de l’haleine. Les signes régressent en 3 à 6 heures.
• l'IEA excito-motrice (18 %)
• l'IEA avec troubles de la vigilance pouvant aller jusqu’au coma

B • Points importants

c Mesurer l’éthanolémie : cette mesure est indispensable s’il existe une


discordance entre l’ananèse et l’évolution clinique faisant suspecter un
diagnostic différentiel ou une cause associée (pour mémoire, le coma d’ori-
gine éthylique n’apparaît que pour une éthanolémie supérieure à 3
grammes).
Pièges
c méconnaître une pathologie associée : inhalation pulmonaire, hypother-
mie, convulsion, hypoglycémie
c méconnaître des signes de localisation : nécessité d’un scanner cérébral
en urgence
c méconnaître une intoxication éthylique aiguë possible et grave chez l’en-
fant

C • Gravité

c IEA seule dans ses formes excito-motrices et comateuses


c IEA associée, avec par exemple, notion de traumatisme crânien de co-intoxica-
tion médicamenteuse, d’une infection, d’une hypoglycémie

D • Traitements

Dans tous les cas, l’IEA justifie une surveillance hospitalière jusqu’à l’amende-
ment des symptômes. En dehors de l’IEA occasionnelle festive une évaluation
psychiatrique est nécessaire avant la sortie.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


94 > Agitation >
E. Hinglais, E. Roupie, J.L. Lejonc
3 c Bouffée délirante aigue

A - Définition

C’est un terme sémiologique : le diagnostic définitif sera fait au regard de


l’évolution.

B - Points importants
c Un diagnostic différentiel difficile : l’épilepsie complexe
Diagnostic
c adulte jeune
c survenue brusque en quelques heures
c le délire est polymorphe, les mécanismes variables et multiples : illusions,
imagination, hallucinations, intuitions, convictions. Les thèmes sont nom-
breux, fluctuants, changeants, se chevauchant. L’automatisme mental est
présent. L’adhésion est souvent complète au vécu
c impression d’absence variable et fluctuante : distractibilité, attitude
d’écoute. Le patient n’est pas perplexe mais fasciné ou effrayé par convic-
tion
c participation thymique synchrone à l’expérience : oscillant entre euphorie
et angoisse
c importance du recueil de l’anamnèse : recherche d’un facteur déclen-
chant, personnalité pré-morbide, prise ou sevrage de toxiques (amphéta-
mines, drogues hallucinogènes..., alcool, de médicaments). On recherche
également un accouchement récent, un suivi psychiatrique
Orientation
Justifie toujours une admission en hôpital psychiatrique après élimination
d’une cause organique

C - Traitement

Dans tous les cas il ne s’agit pas d’appeler le psychiatre mais de pratiquer
une sédation. Les habitudes actuelles sont une prescription de 4 à 6
ampoules de Loxapine (Loxapac®) en intramusculaire.
On peut alors avoir le temps d’affirmer le diagnostic (c’est à dire d’éliminer
toute cause organique pour alors orienter le patient vers une prise en charge
spécialisée).

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Les intoxications médicamenteuses > 95
E. Hinglais, E. Roupie, J.L. Lejonc
1 c Intoxication médicamenteuse
volontaire

A - Définition
L’intoxication médicamenteuse volontaire est un diagnostic qui doit être
évoqué de principe en cas de manifestations révélatrices (coma, convulsion,
troubles de rythme cardiaque, agitation).

B - Points importants

Diagnostic
Il est guidé par la gravité potentielle justifiant un traitement immédiat.
c la toxicité du produit
I nature et quantité du produit
I pluri-intoxication ( et association fréquente de l’alcool)
I ATCD et état du patient aggravant les effets des produits (insuffi-
sance respiratoire, hépatique, rénal, grossesse en cours...)
I complications (inhalation, coma prolongé,...)
c synonyme de gravité
I certaines classes médicamenteuses à fort potentiel toxique:
Cardiotropes (digoxine, bêta-bloquants,...), Nivaquine,
Paracétamol, Insuline...
I parmi les psychotropes, à titre d’exemple :
I tricycliques
• responsables d’un Syndrome anti-cholinergique qui asso-
cie : agitation, hallucinations visuelles, vision floue, mydriase
bilatérale peu réactive, trouble de l’élocution et hypersialor-
rhée, tachycardie, tremblement fins des extrémités, rétention
urinaire, ralentissement du transit intestinal
• également de troubles électriques : une tachycardie, un
allongement de l’espace QT, un allongement de la largeur
du QRS, un trouble de conduction auriculo-ventriculaire
des extrasystoles
Pièges

Méconnaître un autre diagnostic lorsque l’imputabilité du tableau clinique ne


correspond pas entièrement à l’intoxication présumée.
c neurologiques :
I processus expansif (hématome, cancer, abcès...)
I hémorragie méningée
I méningo-encéphalite
I état de mal convulsif
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
96 > Les intoxications médicamenteuses >

c état de choc
I hypovolémique (GEU),
I anaphylactique,
I cardiogénique
I septique
c Métabolique
I hypoglycémie
I hyponatrémie
C - Gravité

c immédiate : atteinte des fonctions vitales (neurologique, cardio-vasculaire


et respiratoire). S’apprécie sur les constantes et l’ECG peut justifier une intu-
bation (détresse respiratoire, protection des voies aériennes lors d’un coma
profond), un remplissage vasculaire (état de choc)...
c secondaire : implique une surveillance hospitalière pour éviter une éven-
tuelle complication (inhalation, coma prolongé,...)
c psychiatrique : pas de parallélisme entre le geste et le désir de mort.
Justifie un examen systématique psychiatrique pendant l’hospitalisation

D - Traitement

c le lavage gastrique a des indications très limitées, lors d’intoxications par


des produits dangereux, vues précocement
c le charbon activé (Carbomix®) : utilisation très large. Ce geste ne doit pas
être banalisé, justifiant une surveillance pendant et après l’administration
(inhalation possible et gravissime)
c Exemple d’antidote : la N-acétyl-cystéine (Fluimucil®) : antidote du paracéta-
mol. Le paracétamol a une toxicité hépatique retardée. Il peut, en effet,
créer une cytolyse irréversible dont l’apparition est à redouter jusqu’au troi-
sième jour. Les dosages de paracétamolémie permettant un pronostic
hépatique étant tardifs (au minimum 4 heures après l’absorption, puis à 8
et 16 heures pour la cinétique d’élimination), ne pas hésiter à débuter le
traitement sans preuve. pour une meilleure efficacité ; l’administration se
fait en intraveineux (lui aussi est absorbé par le charbon activé !).

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Les intoxications médicamenteuses > 97

Prise en charge d’une intoxication médicamenteuse


volontaire (IMV) aux urgences

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


98 > Urgences métaboliques >
P.F. Dequin, E. Mercier
1 c Diabète décompensé :
conduite à tenir devant une hyperglycémie
A - Orientation diagnostique

Accétose Hyperosmolarité Déséquilibre


simple
âge 45 ans (exceptions) 70 ans variable
diabète connu (type) 80% (DID) < 50% (DNID) oui
facteurs déclenchants souvent unique parfois multiples
mortalité < 5% ~50% ~nulle
Clinique
déshydratation ++ +++ - ou minime
confusion, coma +/- +++ -
signes pyramidaux - ++ -
nausées, douleurs adbo ++ +/- -
hyperventilation +++ + -
Biologie
glucose (mmol/L) > 15 > 30 en règle < 22
pH < 7,3 > 7,3 7,4
bicarbonates (mmol/L) < 15 > 15 > 20
osmolarité (mOsm/kg) variable > 330 < 310
cétonurie 3 croix 1 croix 1croix

B - A qui prescrire de l'insuline ?


c à tout diabétique déjà insulinotraité
c lors de l'arrêt des hypoglycémiants oraux, si les glycémies sont franche-
ment élevées (> 16,5 mmol/l = 3 g/l), que ce soit par affection intercurrente
ou "échappement" du diabète malgré de fortes doses de sulfamides
c par contre, si les glycémies sont modérément élevées et que l'indication
des hypoglycémiants oraux paraît discutable voire dangereuse (âge, fonc-
tion rénale,…) : il vaut mieux les arrêter, ne rien prescrire et surveiller les
glycémies capillaires

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques > 99

C - Comment prescrire l'insuline ? (dans cette situation d'urgence)

c besoins de base = 0,5 à 1 UI/kg/j, dose à répartir entre les besoins de base
(1/3) et les besoins liés aux apports glucidiques des repas (2/3), cette
répartition ne s'appliquant pas chez le patient à jeun (!) ou en nutrition
entérale continue.
c ces besoins sont augmentés par les affections intercurrentes graves (notam-
ment sepsis) ou par la corticothérapie.
c obligatoirement associés à des apports glucidiques : soit per os si le
patient peut s'alimenter (ce qui oblige à prévoir un repas y compris aux
urgences), soit bien souvent intraveineux : de l'ordre de 5 grammes/h (soit
100 ml/h de G5% ou 50 ml/h de G10%). Attention : toute interruption volon-
taire ou accidentelle de l'apport glucidique expose au risque d'hypoglycémie si
le patient a reçu de l'insuline.
c si le patient est déjà traité par insuline: en l'absence de déséquilibre
majeur, essayez de garder son schéma insulinique habituel, en assurant
un apport glucosé continu si le patient ne s'alimente pas suffisamment.
Complétez par de petites doses d'insuline ordinaire sous-cutanée si les glycé-
mies sont très élevées et(ou) s'il y a un début de cétose
c les injections sous-cutanées d'insuline ordinaire sont utilisables en l'ab-
sence de déshydratation franche. Elles peuvent être adaptées en fonction de la
glycémie capillaire mesurée toutes les 4 heures, sous réserve d'un apport
glucidique régulier.

glycémie dose d'insuline ordinaire


(mmol/L) (g/L) (unités) toutes les 4 heures
< 10 < 1,8 0
10-15 1,8-2,7 5
15-20 2,7-3,6 10
> 20 > 3,6 15

c la perfusion continue d'insuline ordinaire au PSE est la plus maniable


et rapidement réversible mais elle nécessite (au moins au début) une sur-
veillance horaire des glycémies capillaires pour éviter l'hypoglycé-
mie. Elle est impérative s'il y a un déséquilibre majeur, notamment acido-
cétose ou hyperosmolarité. Elle peut être utilisée également quand les gly-
cémies restent très élevées avec l'insuline sous-cutanée, ce qui est sou-
vent le cas chez les patients infectés. Dans ce cas, faites préparer 50 UI
d'insuline ordinaire dans 50 ml de salé à 9‰ (= solution à 1 UI / ml). Adaptez
la vitesse de perfusion en fonction des glycémies capillaires, par exemple
(voir tableau page suivante):
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
100 > Urgences métaboliques >

Débit initial
Glycémie (mmol/L) 6,1-8,0 8,1-12 >12
Glycémie (g/L) 1,10-1,45 1,46-2,20 >2,20
Débit UI/h 1 2 3

Adaptation du débit
en fonction de la glycémie capillaire mesurée toutes les heures

Glycémie Glycémie Débit d'insuline


(mmol/L) (g/L)

<3,5 <0,65 Arrêt insuline ± injection G30% (cf. clinique),


contrôle glycémie 15 min après, reprendre demidébit
quand glycémie > 6,1 mmol/L (1,11 g/L)
3,5-6 0,65-1,10 Si débit 5 UI/h : m de 2 UI/h
Si débit < 5 UI/h : m de 0,5 UI/h
6,1-8 1,11-1,45 Même débit
8,1-10 1,46-1,80 Si glycémie < à la précédente : même débit
Si glycémie à la précédente : k de 0,5 UI/h
10,1-14 1,81-2,55 Si glycémie < à la précédente : même débit
Si glycémie à la précédente : k de 1 UI/h
>14 >2,55 k de 2 UI/h

Modulez en fonction des résultats, en sachant qu'il vaut mieux augmenter


secondairement les doses que l'inverse. Restez raisonnable dans vos objec-
tifs: une glycémie stable à 11 mmol/L (2 g/L) peut être satisfaisante en urgence

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques > 101

Le diabétique au service d’accueil


et d’urgences

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


102 > Urgences métaboliques >
P.F. Dequin, J.M. Halimi
2 c Diabète décompensé :
hypérosmolarité diabétique
A • Définition

L’hyperosmolarité est la conséquence d'une hyperglycémie avec glycosu-


rie, polyurie osmotique et déshydratation majeure. Elle survient souvent chez
un patient diabétique latent, généralement âgé, à l'occasion d'une affection
intercurrente. Le foie restant soumis à l'action de l'insuline, le métabolisme
des acides gras n'est pas dévié vers la production de corps cétoniques.
B • Points importants

c troubles de conscience et déshydratation globale sont au premier plan


c souvent le diabète n'est pas connu
c s'acharner à trouver une cause déclenchante
c réhydratation énergique, traitement d'une cause éventuelle et la prévention
des complications notamment de décubitus sont l'essentiel du traitement
c un écueil grave à éviter : l’hypoglycémie, ce d'autant que les besoins en insu-
line sont souvent plus faibles que dans l'acidocétose
c grande fréquence des complications thromboemboliques, respiratoires, car-
diaques, neurologiques, explique une mortalité de 20 à 60% selon les séries
Priorités
c Apprécier cliniquement
I conscience
I degré de déshydratation et existence éventuelle de signes de choc
I existence d’une cause déclenchante (infection)
I température, souvent élevée : déshydratation
c Débuter le remplissage vasculaire sur voie veineuse périphérique
c Faire les examens urgents

I ionogramme sanguin et urinaire, GDS, ECG, NFS, lactate, hémocul-


tures, bandelette urinaire, ECBU, radio de thorax
I hyperosmolarité plasmatique > 330 mOsm/L
(osmolarité calculée (mOsm/l) = 2.Na + glucose + urée)
I glycémie> 30mmol/L
I hypernatrémie
I pH > 7,3 et CO2T > 15 mmol/L sauf cause d'acidose associée
I insuffisance rénale fonctionnelle.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques > 103

C - Gravité
c proposer le patient au réanimateur de principe, a fortiori si signes de gravité
ou atypies :
I choc non corrigé par le remplissage
I anurie (+++)
I coma profond
I hypoxie et (ou) hypercapnie
I infection grave et (ou) autre cause déclenchante
I réhydratation difficile à conduire (cardiopathie gauche)
D - Traitement
c Réhydratation +++ et remplissage vasculaire sur voie veineuse périphérique:
I si PAS < 90 mmHg (ou, chez l’hypertendu : < Pas de référence - 40
mmHg) : colloïde 500 mL en 30 min, à renouveler si PAS reste basse
ou si marbrures ; quantité globale fonction de la réponse clinique
I H0 à H2 : salé isotonique à 9‰ 2000 ml en 120 min, quelle que soit
la natrémie
I à partir d’H2 : glucosé à 5% 1000 ml en 6 h à renouveler, avec NaCl
4 g et environ 2 g de KCl, à moduler selon le ionogramme
I thiamine (Bénerva®) au moins 100 mg dans le premier flacon si éthy-
lisme et (ou) dénutrition
I si hyperglycémie et déshydratation majeures : remplacer si possible
le glucosé à 5% par du glucosé hypotonique à 2,5% 1000 ml toutes les
4 heures, avec les mêmes apports en NaCl et KCl
I boissons orales ou apports hydriques par sonde gastrique si la
conscience l'autorise : 2000 à 3000 mL/24h
c Insulinothérapie
I pas de dose de charge d’insuline
I préparation et posologie initiale : cf. acidocétose
I viser une glycémie de l’ordre de 15 mmol/L (2,7 g/L)
I ne pas arrêter l'insuline IV (demi-vie courte). Moduler la vitesse toutes
les heures en fonction de la glycémie capillaire au doigt. Perfuser en
glucosé à 10% si glycémie < 8,3 mmol/l (1,5 g/L)
I à la disparition de la déshydratation, faire un relais par voie SC, toujours
d’insuline ordinaire
• de l’ordre de 15 à 20 UI toutes les 4 h
• arrêter le PSE 60 min après la 1ère injection sous-cutanée
c Traitement d'une cause déclenchante éventuelle
I AVC
I infection (urines, peau, poumons, sphère ORL, pieds, périnée)
I infarctus du myocarde (parfois indolore)
I toute affection intercurrente ou chirurgie
I rôle des médicaments : diurétiques, cortidoïdes
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
104 > Urgences métaboliques >

c Autres mesures
I prévention des thromboses veineuses (alitement, hémoconcentra-
tion majeure) :
• contention veineuse des membres inférieurs
• et (ou) HBPM (hors AMM mais logique)
I sonde naso-gastrique (aspiration du contenu gastrique pour limitation
du risque d’inhalation) : uniquement si coma ou vomissements répé-
tés
I sonde urinaire : si choc, anurie, trouble majeur de conscience
A défaut Pénilex®
I prévention des complications de décubitus
I alimentation orale : possible dès que conscience normale
c Surveillance de l’efficacité du traitement
I toutes les heures : conscience, FC, PA, glycémie capillaire au
doigt, diurèse
I toutes les 4 heures : ionogramme sanguin, glucose créat

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques > 105
E. Mercier, P.F. Dequin
3 c Diabète décompensé :
acido-cétose diabétique

A - Définition
L’acidocétose diabétique est la conséquence évoluée d'une carence en
insuline, responsable de la non-pénétration intracellulaire du glucose. Ceci
entraîne : une hyperglycémie, elle-même responsable d'une glycosurie
avec polyurie osmotique, compensée au début par une polydipsie. Elle
entraîne des pertes massives d'eau, de sodium et de potassium ; une
déviation du métabolisme des acides gras, aboutissant à la production de
corps cétoniques, responsables d'une acidose métabolique à trou anio-
nique élevé.

B - Points importants
c attention au potassium : risque mortel (hypokaliémie, hyperkaliémie iatro-
gène)
c un écueil grave à éviter : l’hypoglycémie
c s'acharner à trouver une cause à l’acidocétose
c réévaluer très régulièrement l'état clinique et biologique, et adapter le
traitement en conséquence
c une erreur fréquente : arrêter trop tôt l’insuline IV et (ou) ne pas apporter
assez de glucose : persistance de la cétose
c un réflexe à éviter : alcaliniser sous prétexte que le pH est acide
Priorités
c Apprécier cliniquement
I conscience :
• d’habitude simple obnubilation (échelle Glasgow 14)
• rarement conscience altérée, possible si hypotension
(Pas < 90 mmHg)
• ou si association d’une hyperosmolarité
(2.Na + glucose + urée > 330 mOsm/L)
• si conscience non normalisée à H2 : chercher cause asso-
ciée (clinique, PL, TDM)
I degré de déshydratation et existence éventuelle de signes de choc
I existence d’une cause déclenchante, notamment infectieuse, sans
oublier l’examen des pieds et du périnée
I température :
• habituellement normale, ou basse si déshydratation
majeure
• fièvre inhabituelle : chercher infection déclenchante
c Débuter le remplissage vasculaire
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
106 > Urgences métaboliques >

c Faire les examens urgents


I ionogramme sanguin et urinaire, GDS, ECG, NFS, lactates, hémocultures,
ECBU, bandelette urinaire, radio de thorax
I hyperglycémie >15 mmol/L
I cétonurie
I trou aniotique (Na+K-Cl+CO2T) élevé (>16 mmol/L) par les corps
cétoniques
I pH <7,3 parfois très acide (<7), Pa CO2 souvent très basse (<10
mmHg) (hyperventilation), CO2T <15mmol/L
I hyponatrémie surestimée (Nacorr = Names + [(glu-5)/3] en mmol/L),
kaliémie souvent élevée par transfert (insulinopénie plus qu’acidose)
mais pool potassique constamment effondrée
I insuffisance rénale fonctionnelle
C - Gravité
c Proposer le patient au réanimateur si signes de gravité ou atypies :
• choc non corrigé par un remplissage modéré
• anurie (+++)
• terrain d’insuffisance rénale chronique
• coma
• hypoxie
• infection grave et (ou) autre cause déclenchante
• pH < 7,1
D - Traitement
c Réhydratation et remplissage vasculaire sur voie veineuse périphérique
I éventuellement à l’arrivée : gélatine 500 mL en 30 min si Pas < 90
mmHg
I H0 à H1: salé isotonique à 9‰ 1000 ml en 60 min
I H1 à H2 : salé isotonique à 9‰ 1000 mL en 60 min, avec du potas-
sium
I à partir d’H2 : glucosé à 5% 1000 ml en 4 h, avec NaCl 4 g et du
potassium à renouveler (besoins / 24h : 250 à 300 g de glucose, pour
arrêter la cétogénèse)
I thiamine (Bénerva®) au moins 100 mg dans le premier flacon si éthylisme
I boissons orales possibles dès que conscience normale et disparition
des nausées
c Insulinothérapie
I éventuellement à l’arrivée faire une dose de charge d’insuline : 0,1 UI
/ kg d’insuline ordinaire IVD
I perfuser au PSE à la posologie de 0,1 UI/kg/h soit 1 mL/10kg/h
(6 ml/h pour 60 kg)
I contrôler la glycémie capillaire au doigt toutes les heures
I doubler la posologie (= la vitesse) si la glycémie n’a pas diminué à H2
I quand glycémie < 15 mmol/l (2,7 g/L), s’assurer que le patient est bien
perfusé en glucosé
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Urgences métaboliques > 107

I diminuer la posologie par paliers si glycémie < 12 mmol/L (2,2 g/L)


I garder l’insuline au PSE jusqu’à disparition de la cétonurie
I à la disparition de la cétonurie, faire un relais par voie sous-cutanée,
toujours d’insuline ordinaire :
• de l’ordre de 15 à 20 UI toutes les 4 h
• arrêter le PSE 60 min après la 1ère injection sous-cutanée
c Apports de potassium
I pool effondré mais kaliémie initialement variable, parfois élevée par
transfert (ECG)
I pas de potassium de H0 à H1, pour : voir l’ECG, vérifier la diurèse,
± récupérer la kaliémie
I à partir de H1 : apports larges adaptés à la kaliémie mesurée au
moins toutes les 4 heures
I surveillance scopique indispensable : risque mortel (hypokaliémie
+++, hyperkaliémie iatrogène)
c Traitement d'une cause déclenchante éventuelle
I 20% des cas : révélation d’un DID (attention : parfois infection
précipitante)
I 80% des cas : DID connu (exceptionnellement DNID)
• insulinothérapie inadaptée (souvent arrêt à l’occasion des
premiers troubles digestifs)
• médicaments intercurrents (cortisoniques)
• infection (urines, peau, poumons, sphère O.R.L., pieds, péri-
née)
• infarctus du myocarde (parfois indolore)
• toute affection intercurrente ou chirurgie
• panne ou problème technique sur pompe à insuline
I place des antibiotiques :
• non systématiques, adaptés au contexte clinique et aux don-
nées de l’examen
• se méfier si diabétique connu d’une infection staphylococcique
ou anaérobie
c Autres mesures
I prévention des thromboses veineuses (alitement, hémoconcentration)
I sonde naso-gastrique et aspiration : uniquement si coma ou
vomissements répétés
I sonde urinaire : uniquement si choc ou anurie (rare et grave +++)
I alimentation orale : possible dès que conscience normale et dispari-
tion des nausées
c Surveillance de l’efficacité du traitement
I toutes les heures : conscience, FC, PA, glycémie capillaire au doigt
I toutes les 3 à 4 heures : Na K CO2T Cl glucose, ± pH et gaz du
sang
I à chaque miction : diurèse, cétonurie à la bandelette
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
108 > Urgences métaboliques>
P.F. Dequin, E. Mercier
4 c Hypoglycémie
(chez le diabétique et le non diabétique)

A - Définition
Il n’y a pas de définition biologique stricte : il faut une glycémie "basse" associée
à des symptômes compatibles, ne cédant pas spontanément en moins de 5 minutes.
C'est un diagnostic globalement rare, mais à conséquence thérapeutique
immédiate.
La recherche d'une hypoglycémie est donc une priorité en cas de : coma,
convulsion, signe neurologique focal (de la diplopie à l'hémiplégie), trouble psy-
chiatrique ou du comportement, y compris devant un patient agressif.

B - Points importants
• Chez le diabétique traité
I la probabilité qu'un malaise (ou a fortiori un signe neurologique) soit
lié à une hypoglycémie est ici forte
I confirmer le diagnostic (glycémie capillaire) et traiter sans attendre :
per os en l'absence de signes neurologiques, avec des sucres "rapides"
et surtout des sucres "lents" (pain), par voie veineuse en cas de
signes neurologiques francs : 30 mL de G30%, suivis d'apports glu-
cidiques per os ou d'une perfusion de G10%
I chez le diabétique insulinodépendant, si la voie veineuse est difficile à
trouver, injecter en attendant du glucagon (Glucagène®) 1 amp sous-
cutanée
I rechercher des facteurs favorisant :
• saut d'un repas
• effort physique non prévu
• erreur de dosage d'insuline
• interaction médicamenteuse avec les sulfamides hypoglycémiants
• insuffisance rénale
I un traitement ß- tend à masquer les signes annonciateurs de l'hy-
poglycémie
I en règle, le patient peut repartir après normalisation de la symptomatologie s'il
s'agit d'une hypoglycémie insulinique chez un sujet jeune, avec un ren-
dez-vous avec le médecin de famille ou le diabétologue pour renforcer
l'éducation diabétique

Par contre, en cas d'hypoglycémie liée aux sulfamides, garder le patient en


observation avec une perfusion de glucosé et une surveillance des glycémies
capillaires, en raison du risque d'hypoglycémie prolongée ou récidivante, surtout
chez le sujet âgé ou insuffisant rénal. Quant aux biguanides, seuls, ils n'entraînent
pas d'hypoglycémie.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques > 109

c En l'absence de diabète traité :

I L'hypoglycémie est ici exceptionnelle : c'est un diagnostic très sou-


vent porté par excès, parce que les symptômes mineurs de l'hypo-
glycémie (faim, sueurs, asthénie, pâleur, bouffées de chaleur) sont
très proches de ceux des malaises vagaux. Chez le non diabé-
tique, une glycémie "basse", c'est à 2,8 mmol/L (0,5 g/L).

I Attention : la glycémie capillaire ("au doigt") est souvent fausse


dans les valeurs basses. Chez le non diabétique, où le diagnostic
d'hypoglycémie est exceptionnel mais de grande importance, confir-
mer impérativement par une glycémie veineuse au laboratoire
(mais apporter du sucre sans attendre le résultat). Sachez aussi
que l'amélioration des signes après resucrage n'est en rien spéci-
fique de l'hypoglycémie.

I Le traitement est le même que chez le diabétique.

I Les causes possibles sont :


• l'insuffisance hépatocellulaire grave, surtout associée à un
sepsis
• plus rarement l'insuffisance surrénale ou antéhypophysaire
• certains médicaments : disopyramide (Rythmodan®), dex-
tropropoxyphène (Antalvic®, Di-Antalvic®), quinine, ß blo-
quants, IEC, pentamidine, IMAO…
• intoxication à l'aspirine
• les autres causes existent (insulinome) mais sont anecdo-
tiques. Attention toutefois aux intoxications volontaires
avec insuline ou sulfamides (milieu médical, familles de dia-
bétiques), souvent méconnues et potentiellement graves

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


110 > Urgences métaboliques >
J.M. Halimi, P.F. Dequin
5 c Insuffisance rénale aigue

A • Définition

L'insuffisance rénale aiguë se définie par l'altération en quelques heures à


quelques jours voire semaines de la fonction rénale (élévation de la créatini-
némie et de l'urée sanguine). Les conséquences sont l'urémie aiguë : un
ensemble de signes en rapport avec l'accumulation de déchets azotés, de
K+, d'ions H+ et éventuellement d'eau.

B • Points importants

Diagnostic
c élévation récente voire brutale de la créatininémie et de l'urée
c diurèse modifiée : souvent oligurie ou anurie mais parfois la diurèse est conser-
vée
c taille des reins conservée ou augmentée
c le plus souvent, il n'y a pas d'anémie importante, pas d'hypocalcémie, pas
d'hyperphosphorémie (sauf si évolue depuis au moins une semaine)

Bilan initial
c Clinique :
I PA, recherche de signes d'hypovolémie (hypotension orthosta-
tique, baisse de la PA, tachycardie positionnelle), toucher rectal
c Biologie :
I ionogramme sanguin, calcémie, réserve alcaline, protides, albuminé-
mie, bandelette urinaire, ionogramme urinaire, protéinurie, ECBU
c Examens complémentaires :
I échographie rénale, vésicale et pelvienne à la recherche d'un obs-
tacle
I doppler des artères rénales si suspicion de thrombose des artères
rénales (mais attention examen très opérateur-dépendant)

Points clés
c urgence thérapeutique : il faut toujours hospitaliser le malade.
Hospitalisation en réanimation/service de néphrologie si
I hyperkaliémie (>6,5 mmol/l)
I acidose majeure
I OAP résistant au traitement ou chez patient anurique

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques > 111

c différencier l'insuffisance rénale aiguë et l'insuffisance rénale chronique. Dans


l'insuffisance rénale chronique, il existe une polyurie le plus souvent (trouble
de la concentration des urines), une anémie, une hypocalcémie ; la taille des
reins est diminuée. Cependant, il peut s'agir d'une IRA sur IRC connue
c l'insuffisance rénale aiguë est obstructive jusqu'à preuve du contraire. Elle est
en fait fonctionnelle dans 90% des cas
c repérer l'insuffisance rénale aiguë rapidement progressive (histoire : souvent
contexte de vascularite, aggravation progressive de la créatininémie, hématurie
microscopique à la bandelette urinaire)

C - Mécanismes de l'insuffisance rénale aiguë

Fonctionnelle = prérénale

c Clinique
- hypovolémie vraie ou efficace (hypoperfusion rénale
éventuellement aggravée par diurétiques ou IEC), choc
ou pertes rénales ou digestives
c Biologie
- Na u < 20 mmol/l (sauf si il existe un traitement diurétique
ou des pertes d'origine rénale), Na/Ku <1, urée
urinaire/plasmatique > 10, créatininémie urinaire/plasmatique
> 40, urée plasmatique/ créatininémie plasmatique >100.
c Evolution
- si l'insuffisance rénale fonctionnelle n'est pas traitée, elle
peut entraîner une insuffisance rénale organique
(nécrose tubulaire aiguë)

Obstructive = post-rénale

Le plus souvent, elle entraîne une anurie d'apparition brutale.


c Les causes d'obstacle sont variées
I bas appareil : adénome de prostate souvent
I vessie : infiltration du trigone vésical par une tumeur pelvienne (cancer
de l'utérus ou des ovaires surtout)
I uretères : compression extrinsèque des uretères : fibrose rétropérito-
néale
I gravité de l'obstacle sur rein unique (lithiase, rarement obstacle bilatéral)

Organique
c Nécrose tubulaire aiguë (suite à choc, toxique, hémolyse, rhabdomyolyse).
c Néphropathie interstitielle aiguë (infection, allergie medicamenteuse).
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
112 > Urgences métaboliques >

c Glomérulonephrite aiguë (post-infectieux, vascularite : PAN, gloméruloné-


phrite rapidement progressive : urgence thérapeutique).
c Vasculaire : (thrombose des artères rénales, embolies de cholestérol, syn-
drome hémolytique et urémique, sclérodermie).

D - Pronostic

c hyperkaliémie, acidose et OAP peuvent être immédiatement menaçants


c fonctionnelle : très bon pronostic dans la majorité des cas
c obstructif : cède au traitement étiologique (levée de l'obstacle)
c insuffisance rénale aiguë organique :
I souvent médiocre si néphropathie vasculaire
I très bon si l'origine des lésions est tubulaire (sauf si nécrose corti-
cale)
I bon s'il s'agit d'une glomérulonéphrite aiguë post-infectieuse
I médiocre dans la plupart des autres maladies glomérulaires
I bon avec éventuellement séquelles si l'origine des lésions est intersti-
tielle
c insuffisance rénale aiguë rapidement progressive : pronostic d'autant plus
sombre que le diagnostic et donc le traitement est retardé : l'insuffisance
rénale chronique terminale à court ou moyen terme est très fréquente

E - Traitement

c correction de l'hyperkaliémie et de l'acidose


c levée de l'obstacle le plus rapidement possible si obstructive. Au décours
de la levée d'obstacle, il existe une polyurie qu'il faut compenser
c indications de l'épuration extra-rénale (le plus souvent hémodialyse) : hyperka-
liémie (>6,5 mmol/l), OAP chez un patient anurique ou malgré traitement
diurétique à forte dose, acidose majeure, urée > 40 mmol/l
c réhydratation si IRA fonctionnelle
c arrêt des médicaments néphrotoxiques (AINS, IEC, aminosides, cyspla-
tine,...)
c ne pas injecter de produits de contraste iodés (scanner, UIV, artériogra-
phie...), en particulier si diabète, myélome, hypercalcémie, déshydratation

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques > 113

Prise en charge
d’une insuffisance rénale aiguë

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


114 > Urgences métaboliques >

6 c Déshydratation D. El Kouri, G. Potel

A • Définition

La déshydratation peut intéresser uniquement le secteur extracellulaire


et la natrémie sera normale ( 140 ± 5 mmol/l ) ou basse, ou intéresser le sec-
teur intracellulaire et elle s’accompagne d’une hypernatrémie.
La constatation d’une hypernatrémie, reflet de l’hydratation intracellulaire,
traduit (presque toujours) un état de déshydratation globale.
La natrémie mesurée sous-estime la natrémie réelle en cas d’augmen-
tation de la phase solide plasmatique (diabète, hyperprotidémie, hyperlipidé-
mie).

B • Points importants
Diagnostic
c les principaux signes de déshydratation extracellulaire sont :
I perte de poids
I accélération de la fréquence cardiaque
I diminution de la PA
I oligurie
I pli cutané persistant
I élévation de l’hématocrite et de la protidémie
I insuffisance rénale fonctionnelle
c les signes de déshydratation intracellulaire sont :
I sécheresse des muqueuses, soif
I somnolence, asthénie, irritabilité, confusion
I crises convulsives, coma
I fièvre
c les signes de déshydratation intracellulaire sont d’autant plus marqués que
l’hypernatrémie est élevée et qu’elle s’est installée rapidement.
c la correction trop rapide de l’hypernatrémie peut entraîner un oedème céré-
bral.
c l’hypernatrémie survient lorsque la soif ne peut être exprimée ou assouvie
(personnes âgées ou invalides...).

C • Diagnostic étiologique devant une déshydratation


c examen clinique
c urée, créatinémie, kaliémie, calcémie
c protidémie, hématocrite
c bandelette urinaire (glucose, acétone), ionogramme urinaire
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Urgences métaboliques > 115

D - Prise en charge thérapeutique

c restaurer la volémie si désydratation extracellulaire avec troubles hémodynamiques


(colloïde

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


116 > Urgences métaboliques>
D. El Kouri, G. Potel
7 c Hyperkaliémie

A - Définition

L’hyperkaliémie est définie par l’élévation de la concentration plasma-


tique du potassium au delà de 5 mmol/l.

B - Points importants

c la symptomatologie clinique est tardive et inconstante : paresthésies, fai-


blesse musculaire, voire paralysie flasque
c le retentissement majeur de l’hyperkaliémie est cardiaque avec risque
d’arrêt cardiaque (fibrillation ventriculaire) : modifications ECG (onde T poin-
tues et symétriques ; allongement du PR et disparition de P ; élargissement
des QRS précédant de peu l’arrêt circulatoire)

C - Diagnostic étiologique

c Faire toujours un ECG

c Absence de signe ECG : pseudohyperkaliémie = quantité du prélèvement


(hémolyse)
c Hyperkaliémie vraie
I Pas de contexte évident
• prélever en urgence : créatininémie, glycémie (insuffisance
rénale, diabète) ; gazométrie artérielle (acidose) ; bande-
lette urinaire (cétonurie ?)
• secondairement (exeptionnel) : corticol ACTH, renine, aldosté-
rone (hypominéralo-corticisme)
I Contexte évident
• médicaments = diurétiques épargneurs de potassium inhibi-
teurs, enzyme de conversion, anti-angiotensine II
• excès d’apport (+ insuffisance rénale)
• hypercatabolisme : lyse tumorale, traumatisme, brûlure,
hémolyse massive

D - Traitements

c Dans tous les cas :


I arrêt des traitements hyperkaliémiants et des apports exogènes de
potassium

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques> 117

c Hyperkaliémie peu sévère


I polystyrène sulfonate de sodium (Kayexalate®) 20 à 40 mg per os
ou 50 à 100g en lavement toutes les 6 heures
I furosémide (Lasilix®) à adapter selon l’hydratation

c Hyperkaliémie > 7 mmol/L et/ou signes ECG :


I Gluconate de calcium à 10%, 10 à 20 ml en IVL contre-indiqué
chez les patients sous digitalique. Ne modifie pas la kaliémie (effet
cardio-protecteur)
I Bicarbonate de sodium semi-molaire 42 ‰ : 250 ml en 15 minutes
ou glucosé 10 % 500 ml + 10 unités d’Insuline en 30 minutes (effet
immédiat mais durée limitée)
I Polystyrène sulfonate de sodium (Kayexalate®) 20 à 40 g per os
ou 50 à 100 g en lavement toutes les 6 heures (effet retardé
mais prolongé)
Il n’existe pas d’insuffisance rénale oligoanurique
I Furosémide (Lasilix®) à adapter selon l’hydratation
Il existe une insuffisance rénale oligoanurique
I éliminer un obstacle sur les voies excrétrices (échographie)
• obstruction = urologie
• pas d’obstruction : furosémide (Lasilix®) 500 mg au PSE
sur 1 heure ± correction des troubles hémodynamiques. Si
reprise de la diurèse : furosémide (Lasilix®) à adapter
selon l’hydratation
Si pas de reprise de la diurèse : épuration extra-rénale.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


118 > Urgences métaboliques >
D. Pateron, E. Debuc
8 c Hypokaliémie

A • Définition

L'hypokaliémie est définie par la baisse de la concentration plasmatique


du potassium en dessous de 3,5 mmol/L

B • Points importants

c L'ECG reflète mieux la kalicytie que la kaliémie. Il doit être effectué dès que
le diagnostic est suspecté ou confirmé biologiquement.
c Il faut interpréter la kaliémie avec la réserve alcaline car l'alcalose s'accom-
pagne d'une hypokaliémie de transfert et avec la kaliurèse pour mener l'en-
quête étiologique.
c Les risques sont essentiellement liés aux troubles du rythme favorisés par
l'ischémie coronarienne et les digitaliques, l'hypercalcémie.

C • Diagnostic

Diagnostic positif
c Signes cliniques tardifs et inconstants, digestifs et neuro-musculaires
c ECG :
I Diffus
I Diminution d'amplitude de l'onde T
I Augmentation d'amplitude de l'onde U (pseudo QT)
I Dépression du segment ST
I Troubles du rythme : FA, ESV, torsade de pointe, FV
Diagnostic étiologique
c Rôle de l'anamnèse
c Hypokaliémie d'origine digestive (Kaliurie basse)
I Vomissements, diarrhée
I Carence d'apport (anorexie)
c Hypokaliémie de transfert
I Alcalose ventilatoire ou métabolique
I Médicaments : insuline, béta-stimulants, théophylline
I libération de cathécholamine : traumatisme crânien sévère
I paralysie familiale hypokaliémiqueVomissements, diarrhée

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques> 119

c Pertes rénales (kaliurie>20 mmol/L)


I diurétiques de l'anse (furosémide, burinex, thiazidique
I polyurie (diabète, levée d'obstacle)
I hyperaldostéronisme
I hypercorticisme, corticothérapie

Traitement :
c Arrêter les médicaments hypokaliémiant et les digitaliques
c Apports de potassium:
I 1g Kcl : 13 mmol de potassium
I 1g Gluconate de potassium : 4,3 mmol/L de potassium
c Hypokaliémie > 2 mmol sans signes ECG :
I correction per os s'il n'y a pas de troubles digestifs
c Troubles digestifs, kaliémie <2 mmol/L ou signes ECG
I Correction par voie IV sous contrôle ECG. Le débit horaire ne doit
pas être supérieur à 1,5g/h (veinotoxicité et risque d’hyperkalié-
mie)
I En cas de troubles du rythme, administrer également du MgCl ou
du MgSO4 : 2 à 3g en 30 minutes

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


120 > Urgences métaboliques >
D. El Kouri, G. Potel
9 c Hypercalcémie

A • Définition
L'hypercalcémie est définie par l'élévation du calcium plasmatique au-des-
sus de 2,6 mmol/L. Cette valeur doit être interprétée en fonction de la protidé-
mie car 40% du calcium circulant est lié aux protéines.
• Ca corrigé = Ca mesuré / {(protidémie/160) + 0,55}
• Ca corrigé = Ca mesuré + 0,02 x (40-albuminémie)
B • Points importants
Diagnostic
c L'hypercalcémie peut être asymptomatique et découverte fortuitement
(Ca < 3 mmol/L)
c Les signes d'hypercalcémie ne sont pas spécifiques.
I Signes digestifs
• anorexie, nausée, vomissements, constipation, douleurs
abdominales
I Signes neuro-psychiques
• asthénie, dépression, confusion, coma, crise convulsive
I Signes cardio-vasculaires (rares)
• tachycardie, raccourcissement du QT, fibrillation ventriculaire,
potentialisation de la toxicité des digitaliques.
I Signes rénaux
• polyuro-polydipsie, néphrocalcinose, lithiase, insuffisance rénale
Diagnostic étiologique
cf. schéma ci-après

C • Traitement
Le traitement est une urgence dans les hypercalcémies symptomatiques et (ou)
sévères (> 3,5 mmol/L). Dans tous les cas, il faut associer le traitement spéci-
fique de la cause.
c Correction de la déplétion hydrosodée : sérum NaCl 9 ‰ (2 à 4 L / jour)
avec du KCl en fonction de la kaliémie
c Augmenter la calciurie : furosémide (Lasilix®) 40 à 60 mg toutes les 4 à 6
heures par voie IV après correction de la volémie.
c Diminuer la résorption osseuse (hypercalcémie néoplasique) : après correction
de la volémie
I diphosphonate : pamidronate (Aredia®) IV dans du sérum NaCl 9‰
sur 4 heures normalise la calcémie en 3 à 7 jours
I calcitonine (Cibacalcine®) 1 à 4 mg/ jour en SC, action rapide, faible
et transitoire
Ca (mmol/L) <3 3-3,5 3,5-4 >4
pamidronate (mg) 30 30-60 60-90 90

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques> 121

c Diminuer l'absorption intestinale (sarcoïdose, intoxication vitamine D,


lymphome)
I corticothérapie
c Surveillance : PA, pouls, poids diurèse, tolérance cardiaque, ionogramme
sanguin

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


122 > Urgences métaboliques >
D. El Kouri, G. Potel
10 c Hyponatrémie

A • Définition

La valeur normale de la concentration de sodium par litre de plasma est :


140±5 mmol/L.
Une hyponatrémie entraîne une augmentation du volume intracellulaire.
Une hyponatrémie peut correspondre à une perte de sel et d’eau (la perte de
sel étant proportionnellement plus importante), à une rétention d’eau et de sel
(la rétention d’eau étant proportionnellement plus importante), à une perte de
sel (avec hydratation normale), ou à un excès d’eau (avec stock sodé normal).
L’hyponatrémie s’accompagne d’une hypo-osmolarité plasmatique. Des
fausses hyponatrémies à osmolarité normale ou augmentée se rencontrent en
cas d’hyperprotidémie, d’hyperlipidémie ou d’hyperglycémie.

B • Points importants
c les signes cliniques sont essentiellement neurologiques :
I nausées, vomissements, céphalées,
I puis obnubilation, coma, crises convulsives
c les signes sont d’autant plus marqués que l’hyponatrémie est profonde et
qu’elle s’est installée rapidement.
c la correction de l’hyponatrémie sera d’autant plus lente qu’elle est ancienne
et bien tolérée. Une correction trop rapide peut provoquer une lésion irréver-
sible du tronc cérébral (myélinolyse centro-pontine).

C • Diagnostic étiologique
Evaluer le secteur extra-cellulaire
examen clinique, NFS, Protidémie, Glycémie, Urée, Créatinine, ionogramme
urinaire sur échantillon
c secteur extra-cellulaire diminué :
I pertes digestives (diarrhée, vomissements)
I pertes cutanées (brûlures, sueurs)
I “3ème secteur” (péritonite, occlusion intestinale)
I insuffisance surrénale
I pertes rénales (diurétiques, polykystose rénale, néphropathie
interstitielle...)
c secteur extra-cellulaire normal :
I pertes cutanées, rénales, digestives modérées dont la perte en eau
est compensée
I sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences métaboliques> 123

I potomanie
I syndrome des buveurs de bière
I hypothyroïdie
I insuffisance surrénale
c augmentation du secteur extra-cellulaire
I insuffisance cardiaque I insuffisance hépatocellulaire
I yndrome néphrotique I insuffisance rénale
La natriurèse qui permet de préciser l’origine rénale ou extra-rénale des pertes
d’eau et de sel est rarement disponible en urgence pour le choix thérapeutique
initial. Elle a un intérêt diagnostique secondaire pour les cas difficiles.

Etiologies les plus fréquentes des sécrétions inappropriées d’hormone


antidiurétique
c Médicamenteuses :
I psychotropes : amitriptyline (Laroxyl®), fluoxétine (Prozac®),
neuroleptiques
I chlorpropamide (Diabinèse®), carbamazépine (Tégrétol®), bromo-
criptine (Parlodel®), diurétiques thiazidiques
c Cancers : pulmonaires, lymphomes, cérébraux
c Infectieuses : pneumopathies, tuberculose, méningite
D - Traitement
Signes de gravité (convulsions, coma) : transfert en Unité de Soins Intensifs
c Diminution de l’hydratation extra-cellulaire
I sérum physiologique NaCl 9 ‰
c Hydratation extra-cellulaire normale
I restriction hydrique inférieure à 500 ml/jour.
I Lorsque la natrémie stagne pendant 48 h et/ou altération de la fonc-
tion rénale :
• apport hydrique et sodé libres
• apport hydrique libre associé à 6 g NaCl/j pour les malades
ayant une alimentation insuffisante
• apport de G5% avec 4 g NaCl/l pour les malades buvant peu
c Hydratation extra-cellulaire augmentée
I régime hyposodé (moins de 6 g NaCl/jour) ; restriction hydrique, furo-
sémide (Lasilix“)
c Surveillance
I pouls, PA, diurèse, poids, natrémie, urémie, créatininémie, hématocrite,
protidémie
c Dans tous les cas : traitement étiologique

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Tableau nstallation contexte-terrain examen en urgence Diagnostics traitements

Hémiplégie 2 HED 2 avis neurochirurgical


traumatique 2 TDM sans injection 2 HSD
( déficit 2 2 Contusion
d’un 2 aiguë 2 AVC hémorragique:
vasculaire 2 TDM sans injection 2 avis
hémicorps) • hématome lobaire
2 neurochirurgical
ou du cervelet
• hématome
des noyaux gris 2
AVC ischémique traitement
2 symptomatique

2 adiazine ± corticoïdes
TDM sans et 2 abcès toxo.
VIH +
avec injection lymphome
2 2 2 avis neurochirurgical
progressive2

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


tumeur bénigne
avis neurochirurgical
2 2 ± corticothérapie
VIH - TDM sans et ou maligne
avec injection
2 HSD 2 avis neurochirurgical

AIT
déficitaire : hémiplégie

2 TDM sans injection 2 2 Aspirine ou Héparine


vasculaire
2 aura
interrogatoire 2 migraineuse traitement symptomatique
transitoire 2 migraineux 2 2
(<24H) 2 2 EEG, interrogatoire 2 déficit 2 traitement anti-épileptique
épileptique
2
glycémie, post-critique
Prise en charge d’un syndrome neurologique

diabétique 2 2 2 resucrage
hypoglycémie
124 > Syndromes neurologiques déficitaires>

interrogatoire
Syndromes neurologiques 125

O. Chassany
1 c Accidents vasculaires cérébraux (AVC)

A - Définition
L’AVC est lié à une chute du débit sanguin dans le territoire d’une artère
cérébrale, entraînant une hypoxie tissulaire puis une nécrose cellulaire. Il touche
des patients de 70 ans en moyenne.
Les AVC représentent la 3ème cause de mortalité dans les pays développés.
La reconnaissance dans les premières heures d'un AVC ischémique, implique
une prise en charge très rapide avec une orientation neurovasculaire pour envisager
une thrombolyse (appel du 15)"
L’accident est le plus souvent ischémique (80% des cas) par thrombose ou embolie :
l’athérosclérose est la cause la plus fréquente suivie par les cardiopathies emboli-
gènes.
• la mortalité est de 20% à 1 mois. A 1 an, 40-50% des patients sont décé-
dés des complications de l’athérosclérose (infarctus du myocarde, récidive
d’AVC).
• soixante pour cent des patients survivants gardent des séquelles invalidantes,
< 20% retrouvent une activité similaire à celle d’avant l’AVC.
L’accident est hémorragique dans 20% des cas le plus souvent lié à une
hypertension artérielle.
• la mortalité est > à 30% à 1 mois, mais la récupération est souvent meilleure.
B - Points importants

Diagnostic
Dans sa forme typique, le diagnostic clinique est simple.
c Atteinte du territoire carotidien :
I sylvien superficiel : déficit unilatéral sensitivo-moteur à prédominance
brachio-faciale controlatérale à la lésion, aphasie, hémianopsie latérale
homonyme
I sylvien profond : hémiparésie proportionnelle, dysarthrie
I artère cérébrale antérieure : hémiplégie à prédominance crurale, syn-
drome frontal
c Atteinte du territoire vertébro-basilaire :
I évoquée devant des symptômes isolés ou associés : troubles sensitifs de
tout un hémicorps, hémianopsie, troubles gnosiques visuels, syndrome
cérébelleux, atteinte des nerfs crâniens homolatérale à la lésion avec
troubles sensitifs ou moteurs controlatéraux, diplopie, confusion…
c Examens en urgence :
I biologiques : NFS, plaquettes, hémostase, glycémie, ionogramme
sanguin, urée, créatininémie
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
126 > Syndromes neurologiques déficitaires>

I scanner cérébral sans injection de produit de contraste : examen


de référence
• différencie l’hémorragie (zone hyperdense) de l’ischémie (le
scanner est normal durant les 12ères heures, puis zone hypo-
dense)
• précise la topographie de la lésion
I ECG
c Examens à visée étiologique :
I scanner avec injection de produit de contraste : en cas de doute diag-
nostique, par exemple avec une tumeur ou un abcès, devant un défi-
cit d’évolution progressive
I échodoppler cervical : recherche d’une sténose
I échocardiographie trans-thoracique ou trans-œsophagienne :
recherche d’une cardiopathie emboligène

Pièges (formes cliniques atypiques ou trompeuses)


c Accident ischémique transitoire (AIT) :
I déficit neurologique focal régressant en < 24h. Dans 60% des cas,
dure < 1 heure
I le considérer comme une urgence car précède souvent un AVC au
même titre que le syndrome de menace dans l’IDM
I plus facilement évoqué en cas d’atteinte du territoire carotidien
(cécité monoculaire, déficit sensitif ou moteur unilatéral, aphasie)
qu’en cas d’atteinte du territoire vertébro-basilaire (ataxie, troubles
visuels, diplopie, dysarthrie, troubles de la déglutition…)
I les principaux diagnostiques différentiels de l’AIT sont :
• migraine avec aura (chez un patient < 40 ans, importance des
antécédents de migraine)
• crise comitiale partielle avec déficit post-critique (rechercher
une morsure latérale de langue)
• hypoglycémie
Principaux diagnostiques différentiels de l’AVC
c tumeur cérébrale, abcès cérébral, hématome sous-dural : intérêt du scanner
c méningo-encéphalite herpétique
I symptômes : déficits multifocaux, troubles de la conscience, signes méningés
I intérêt du scanner, de la PL et de l’EEG
I urgence thérapeutique : acyclovir (Zovirax®) IV 15mg/kg/8h
c dissection artère vertébrale ou carotidienne
I diagnostic évoqué devant un AIT ou un AVC, associé à une douleur
cervicale du même côté et des céphalées, chez un sujet jeune sans
facteur de risque
I le diagnostic repose sur : artériographie, angio-IRM
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Syndromes neurologiques déficitaires> 127

c thrombophlébite cérébrale
I évoquer devant un AVC notamment chez une femme jeune (post-
partum, prise d’oestroprogestatifs) présentant des céphalées et de
la fièvre, des crises comitiales
I le diagnostic repose sur : artériographie, angio-IRM
C - Gravité
c âge
c étendue de l’infarctus au scanner
c survenue rapide de troubles de la vigilance
c déviation de la tête et des yeux
c asymétrie des pupilles

D - Traitement
Le diagnostic se fait aux urgences. Le patient est ensuite hospitalisé en ser-
vice de médecine. Rarement, le patient est transféré en réanimation
lorsqu’une intubation a été nécessaire.

Maintien des fonctions vitales


c assurer la liberté des voies aériennes : aspiration gastrique, oxygène, intu-
bation si besoin
c contrôle de la pression artérielle : il existe souvent durant les 2-3 premiers
jours une hypertension réactionnelle
c attention, ne pas faire baisser brutalement la pression artérielle, en raison
du risque d’hypoperfusion au niveau de la zone ischémiée. Ne traiter que
pour des chiffres > 200/120 mm Hg.
c pas d’alimentation orale pendant les premiers jours, en cas de troubles de
la vigilance, ou de la déglutition (absence de réflexe nauséeux), ou de vomis-
sements
c lutter contre la déshydratation, en apportant 1-1.5 L de liquide par jour
c équilibre d’un diabète, si nécessaire en recourant pendant quelques jours
à l’insuline

Traitement héparinique
c A dose curative : en l’absence de données formellement validées par des
essais thérapeutiques, il est logique d’envisager un traitement par hépa-
rine, toujours après avoir éliminé un AVC hémorragique et en l’absence de
contre-indication absolue (troubles de la vigilance, déficit massif, HTA non
contrôlée, thrombopénie) dans quelques indications :
I thrombophlébite cérébrale
I dissection artère cervicale
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
128 > Syndromes neurologiques déficitaires >

I AIT à répétition (en quelques jours)


I AIT ou AVC avec cardiopathie emboligène
I AIT ou AVC avec une sténose carotidienne serrée (> 70%)
L’héparine non fractionnée à la seringue électrique est pour l’instant préférée
aux HBPM.
Aux urgences, en cas de doute, il vaut mieux attendre le lendemain matin
pour débuter une héparinothérapie après avis du neurologue et prescrire
250 mg d’aspirine.
c A dose préventive : par contre, les HPBM sont indiquées chez tous les
patients alités pour diminuer le risque de thrombose veineuse profonde (éva-
lué entre 30 et 75% chez les patients hémiplégiques).

Nursing
c C’est le traitement capital
I prévention des escarres (matelas à eau, changement régulier de
position, massages des points de compression)
I lever au fauteuil et kinésithérapie motrice (et rééducation orthopho-
nique si nécessaire) dès que possible
I prévention de la fixation en position anormale des segments de
membres
I dépister et traiter une infection pulmonaire, une infection urinaire
(mise en place d’une sonde urinaire en cas de rétention)
I prise en charge psychologique du patient et de la famille

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Tableau nstallation contexte-terrain examen en urgence Diagnostics traitements
2 hernie discale
compres- TDM ± IRM 2 fracture du rachis vis neurochirurgical
sion traumatique 2 contusion médul- 2
médullaire 2 2
2 aigu 2 laire
• syndrome 2 hématome épidural
rachidien vasculaire 2 IRM 2 2 traitement
infarctus médullaire symptomatique
• syndrome
lésionnel
neurogène Rx Rachis + TDM
2 Spondylodiscite ATB
radiculaire fébrile 2 (pas de PL++)
2
± IRM
2 sub-aigu 22
• syndrome 2 Tumeur
apyrétique Myélopathie cervi- 2 avis neurochirurgical
sous 2 Rx Rachis + IRM 2 ±corticoides
lésionnel 2 cale
Hernie discale
• troubles
spinctériens

post-infectieux ou
LCR Syndrome
déficitaire (bis) : paraplégie

vaccinal
2 2 avis Réa.
syndrome 2 aigu 2 de Guillain Barré 2

neurogène
•alcoolique
périphé-
•diabétique 2 interrogatoire Polynévrite 2 traitement étiologique
rique 2
2 sub-aigu 2 •toxiques, médica-
Prise en charge d’un syndrome neurologique

ments
Syndromes neurologiques déficitaires> 129

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


130 > Céphalées>

Prise en charge d’une Céphalée aigüe

+/-

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Céphalées > 131
E. Roupie, E. Hinglais, J.L. Lejonc

1 c Hémorragie méningée

A - Définition

Il s’agit de la présence de sang dans les espaces méningés. Lorsqu’elle


est associée à un hématome intracrânien, il s ’agit d’une hémorragie cérébromé-
ningée.
L'hémorragie méningée est consécutive à la rupture d'un anévrysme arté-
riel ou d'une malformation artério-veineuse.
Pathologie survenant dans 50% des cas chez des patients jeunes, sa mor-
talité est élevée (1/3 décèdent brutalement).

B - Points importants

C'est une urgence diagnostique, le patient peut s'aggraver très rapidement


(coma, engagement cérébral et décès).
Diagnostic
c diagnostic à évoquer systématiquement devant une céphalée brutale,
violente, survenant souvent à l'effort. La forme clinique la plus démonstra-
tive est celle d'une céphalée en coup de poignard irradiant dans la nuque
au court d'un effort (coït, défécation).
c signes d'accompagnement fréquents mais non constants : vomissements,
nausées, leur absence n'élimine pas le diagnostic.
c rechercher un syndrome méningé non fébrile : peut être lent à apparaître.
Une fébricule à 37°5-38°C est classique.
c le premier examen à effectuer est un scanner cérébral sans injection (le pro-
duit iodé masquerait les signes scannographiques d'hémorragie ménin-
gée). Deux possibilités :
I le diagnostic est confirmé par le scanner du crâne : dans ce cas,
la ponction lombaire (P.L.) n'est pas nécessaire
I le scanner est douteux : une P.L. est effectuée, retrouvant un
liquide hémorragique sur les 3 tubes, non coagulable, ou un
liquide teinté (rouille = xanthochromique).
c devant un scanner et un examen neurologique normaux, savoir hospitali-
ser le patient pour surveillance, réévaluation et décision de P.L. différée (à
24h00 avec recherche de pigments xanthochromiques).
c toute hémorragie méningée doit bénéficier d'une exploration angiogra-
phique et d'une surveillance en milieu neurochirurgical

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


132 > Céphalées >

Pièges
c hémorragie méningée chez un migraineux chronique : doit être systémati-
quement évoquée et recherchée en cas de modification des caractéris-
tiques de la céphalée. Toujours rechercher une installation inhabituelle
et/ou brutale.
c coma : rechercher par l'anamnèse (témoins) les circonstances de surve-
nue (chute brutale précédée de céphalées ?...)
c déficit neurologique brutal chez un patient jeune : cet accident vasculaire
cérébral est une hémorragie cérébro-méningée jusqu'à preuve du
contraire....
c hémorragie méningée post-traumatique : survient à l'occasion de trauma-
tismes crâniens, parfois peu sévères. Importance considérable de recher-
cher les circonstances du traumatisme qui peut être secondaire à la rup-
ture d'un anévrysme ! L'interrogatoire du patient et des témoins est fonda-
mental ("Avez-vous eu des céphalées avant?"..., "l'accident est-il survenu
dans des circonstances claires ?")
Hospitalisation
c hémorragie méningée confirmée : neurochirurgie.
c au moindre doute, malgré un scanner et une P.L. non contributifs, garder
le patient en observation.

C - Traitement

c il est du domaine neuro-vasculaire.


I aux urgences :
• antalgiques
• surveillance
• traitement symptomatique si aggravation
- anti-épileptiques.
- intubation-ventilation si nécessaire.
c confier le patient aux neurochirurgiens le plus vite possible

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Céphalées > 133
E. Roupie, E. Hinglais, J.L. Lejonc
2 c Méningites aigues

A - Définition
Syndrome infectieux s'accompagnant d'une atteinte inflammatoire des
méninges avec présence de plus de 10 cellules / ml dans le liquide céphalo-rachidien
(LCR). Si la cause la plus fréquente est virale (méningite lymphocytaire bénigne), la
gravité est liée aux causes bactériennes qui doivent être systématiquement éliminées.
L'existence d'une méningite associée à des signes neurologiques déficitaires
doit faire évoquer une méningo-encéphalite ou un abcès cérébral qui sont des
atteintes extrêmement graves du système nerveux central (engageant le pronostic
vital et fonctionnel dans un délai bref).

B - Points importants

Diagnostic
c le diagnostic est clinique : céphalées, fièvre, raideur de nuque, photophobie,
patient couché en chien de fusil (position foetale), signe de Kernig,
c le diagnostic est établi par la ponction lombaire (PL),
c un tableau de méningite bactérienne implique une antibiothérapie urgente,
après la PL. LCR dans 3 tubes (cytologie, chimie, bactériologie). Un 4ème tube
est mis au réfrigérateur pour réaliser d'éventuelles recherches complémentaires
(PCR herpès...). 5 gouttes suffisent pour chaque tube. Des hémocultures sont
également à réaliser.
Points clés
c examen du LCR : nombre et type de cellules (lymphocytes et/ou polynucléaires),
le rapport glycorachie/glycémie, la protéinorachie, l'examen direct à la recherche
de bactéries ; culture systématique,
c antibiothérapie guidée par les résultats du LCR,
c scanner obligatoire avant PL s'il existe un signe neurologique déficitaire. Si
lésion expansive intra-crânienne (abcès, tumeur...) : contre-indication à la PL
(la ponction sera effectuée en sous-occipitale par un neurochirurgien).
Pièges
c syndrome méningé infectieux à PL normale : surveillance en milieu hospitalier
et savoir répéter la PL en dehors de la découverte d'un autre diagnostic,
c toujours vérifier si le patient n'a pas reçu d'antibiothérapie dans la semaine pré-
cédente (les résultats de la PL seront modifiés : méningite décapitée),
c présence d'une méningite clinique avec lésions purpuriques ± signes de choc
= purpura fulminants (méningocoque). Urgence majeure à l'antibiothérapie
(amoxicilline) qui précède la PL. La PL peut présenter des anomalies minimes
au début (voir un LCR normal pouvant fourmiller ou non de méningocoques).
Transfert en réanimation. Déclaration obligatoire, traitement de tous les sujets
contacts (Rifampicine),
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
134 > Céphalées >

c patient immunodéprimé (HIV + ) : demander, en plus, un examen du LCR avec


encre de chine (cryptocoque).

C - Traitement
c hospitalisation systématique de toutes méningites jusqu'à disparition de la fiè-
vre sous traitement.
c réanimation pour toute méningite avec l'un au moins de ces signes : altération
des fonctions supérieures, signes de localisation, état de choc, purpura.
c Exemple : méningite à pneumocoque (la plus fréquente chez l'adulte)
I Traitement habituel : amoxicilline 200 mg/kg/jour en 3 perfusions
I Attention si :
• Suspicion de pneumocoque à sensibilité diminuée à la Pénicilline
(PSDP)
- vie ou travail en crèche, splénectomisés, drépanocytaires,
immuno-déficients.
• Présence de signes de gravité (choc, troubles de conscience).
I Le traitement doit comprendre : C3G (Cefotaxime = 200-300
mg/kg/jour en 4 perfusions) + Vancomycine (40 à 60 mg/kg/jour en
perfusion continue).

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Céphalées > 135

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


136 > Urgences rhumatologiques
J. Schmidt, T. Mathevon
1 c Lombosciatique aigue

A • Définition

Symptomatologie traduisant une souffrance radiculaire dans le territoire


du nerf sciatique, s’exprimant par une douleur dans les dermatomes L5 ou
S1.

B • Points importants
Diagnostic
c Le terrain
I le plus souvent chez un adulte de 30 à 50 ans
I ATCD fréquents de lumbago ou de lombalgie chronique
I facteur déclenchant à type d’effort de soulèvement
I contexte professionnel ou sportif
c Clinique
I la douleur
• installation brutale (après un effort) ou quelques jours après
un lumbago
• horaire mécanique, mais influence positionnelle
• intensité variable
• impulsivité à la toux / défécation
• en règle monoradiculaire L5 ou S1, parfois tronquée

I le Syndrome rachidien
• debout :
- attitude antalgique à type d’inflexion latérale
- raideur segmentaire lombaire basse (distance doigts -
sol augmentée, indice de Schober diminué)
- contracture paravertébrale, point douloureux paraverté-
bral, signe de la sonnette
• couché :
- signe de Lasègue (douleur reproduite dans le membre
inférieur lors de son élévation en extension, pied à
angle droit ), positif si 80 °, mais, inconstant (petite her-
nie discale, hernie foraminale, canal lombaire étroit)

L’examen neurologique : élimine une urgence chirurgicale

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences rhumatologiques > 137

c Imagerie
I pas d’imagerie en dehors de cas précis :
• âge > 50 ans
• antécédents néoplasiques
• fièvre
• antécédents traumatiques récents
• douleur exquise à la palpation et/ou à la percussion d’une
épineuse
• si aggravation du tableau douloureux (malgré un traitement
médical en cours) ou si douleur persistante après 2
semaines de traitement bien conduit
* cliché dorso-lombo-pelvi-fémoral + rachis lombaire de
profil
* ± cliché centré sur L5 - S1 si sciatique S1
• si sciatique hyperalgique, sciatique paralysante ou Sd de la
queue de cheval
=> examen tomodensitométrique (3 derniers disques)
c Biologie
I uniquement en cas de suspicion de lombosciatique d’origine non
discale, en urgence :
• NFS (origine infectieuse)
• fibrinogène, Protéine C Réactive (origine infectieuse ou
inflammatoire)
• calcémie (localisations métastatiques)
• bandelette urinaire/ECBU, Hémocultures (suspicion de
spondylodiscite)
• glycémie (neuropathie diabétique)
Pièges
c Urgences chirurgicales
I Sd de la queue de cheval, sciatique paralysante
• un déficit sensitif modéré (dermatome L5 ou S1), parfois
une hypoesthésie ou une anesthésie périanale
• souvent un petit déficit contre résistance de la force muscu-
laire ne devant jamais atteindre l’impossibilité d’effectuer
une flexion dorsale (L5) ou plantaire (S1) du pied => syno-
nyme de sciatique paralysante
• réflexe ostéo-tendineux achiléen diminué ou aboli (S1)
• troubles génito-sphinctériens => suspicion de Sd de la
queue de cheval

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


138 > Urgences rhumatologiques >

c Diagnostic différentiel (rares)

I le grand nombre de diagnostics différentiels démontre l’intérêt d’un


examen neurologique complet et d’une enquête médicale méticuleuse,
l’imagerie ± la biologie orientent alors fréquemment le diagnostic :

• sciatiques secondaires non discales


- sciatiques d’origine rachidienne tumorale (métastases)
- spondylodiscites (fièvre, douleur inflammatoire, Sd inflam-
matoire, radiologie)
- canal lombaire étroit ou rétréci (sujet âgé, claudication à la
marche, pas de signe de conflit disco-radiculaire, radiolo-
gie)

• sciatiques tronculaires ou plexulaires


- abcès de la fesse,
- tumeurs (nerf, fesse, sacrum ou ischion, tumeurs pelviennes)

• douleurs des membres inférieurs simulant une douleur radiculaire :


- avec douleur antérieure de la cuisse (pseudo radiculalgie
L3-L4)
- claudication artérielle (à différencier de la claudication
radiculaire du canal lombaire rétréci)
- neuropathie métabolique (diabète)
- polynévrite éthylique ou toxique
- atteinte centrale (SEP, SLA, ischémie ou néoplasie médul-
laires, syringomyélie...)

C - Traitement

c urgences chirurgicales : neurochirurgie de garde


c forme commune :
I mise au repos
I AINS per os ou IM
I antalgiques de niveau I ou de niveau II
I myorelaxants : thiocolchicoside (Coltramyl®), méthocarbamol
(Lumirelax®), tetrazepam (Myolastan®), néphénésine (Décontractyl®),
voire diazepam (Valium®)

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Urgences rhumatologiques > 139

Conduite à tenir devant une lombosciatique aiguë

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


140 > Urgences rhumatologiques >
J. Schmidt, T. Mathevon
2 c Névralgie cervico-brachiale

A - Définition
Symptômes traduisant un conflit disco-radiculaire sur une des racines du
plexus brachial (C5, C6, C7 ou C8).

B - Points clés

Diagnostic
c Clinique
I syndrome cervical : douleur violente et insomniante avec enraidisse-
ment du rachis cervical, souvent associée à une douleur de l’angle
ou le long du bord interne de l’omoplate
I syndrome radiculaire du membre supérieur : topographie selon
racine intéressée
c Contexte
I ATCD fréquents de cervicarthrose symptomatique
c Une forme grave : la myélopathie cervicale
I tableau clinique de paraplégie spasmodique d’installation progres-
sive + Sd radiculaire du membre supérieur
I elle impose un avis spécialisé

Pièges
c Nombreux diagnostics différentiels
I douleur par atteinte plexuelle
• post-traumatique (accident de la voie publique, post-anes-
thésie, paralysie obstétricale)
• néoplasique (Sd de Pancoast Tobias)
• Sd du défilé costo-scalénique
I douleur par atteinte tronculaire
• post-traumatique (traumatisme banal, agression mécanique
de la vie courante), séméiologie propre au nerf concerné (phré-
nique, grand dentelé, circonflexe, musculo-cutané, radial,
médian, cubital, ...)
I douleur par atteinte radiculaire : difficulté diagnostique ; avant tout
d’origine néoplasique (envahissement métastatique et/ou épidurite)

C - Traitement
c repos et immobilisation par collier cervical avec appui sous-mentonnier
c antalgiques de niveau II ou III de l’OMS
c AINS ou Aspirine à dose anti-inflammatoire
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Urgences rhumatologiques > 141
J. Schmidt, T. Mathevon
3 c Arthrite aigue

A - Définition
Inflammation articulaire accompagnée d’un épanchement intra-articulaire
inflammatoire.
On distingue :
• arthrites septiques : présence de germes dans l’articulation
• arthrites microcristallines (goutte, chondrocalcinose articulaire)
• arthrites réactionnelles (origine infectieuse aseptique) et arthrites rhumatismales
B - Points importants
Diagnostic
c Clinique
I début brutal, douleur intense et permanente, impotence fonctionnelle
totale, contexte fébrile
I épanchement intra-articulaire
c Radiologie
I contours osseux normaux (stade aiguë)
I liseré d’incrustation calcique (chondrocalcinose articulaire)
I épaississement des parties molles
I signes d’épanchement intra-articulaire
Orientation diagnostique
c Arthrite septique
“Une arthrite aiguë est d’origine septique jusqu’à preuve du contraire”
I prendre en compte le contexte et rechercher :
• porte d’entrée infectieuse : geste local (infiltration, arthrographie,
arthroscopie, ...)
• point de départ infectieux à distance : ORL, pulmonaire, dentaire,
digestif, ...
• cancer, corticothérapie ou immunosuppresseurs
• un second foyer septique : endocardite infectieuse
• arguments pour gonocoque : rapport sexuel contaminant,
signes génito-urinaires ou cutanés
I ponctionner l’articulation avant toute antibiothérapie :
• liquide articulaire trouble, voire purulent, non visqueux
• riche en éléments (> 30 000 éléments/mm3, souvent 50 000
ou + éléments/mm3), dont 95 % de polynucléaires neutrophiles
I affirmer l’origine infectieuse :
• examen direct du liquide (coloration Gram) et mise en culture
• staphylocoque aureus suspecté en premier, mais selon l’âge
(gonocoque/sujet jeune) ou le point de départ, on suspecte un
pneumocoque (ORL, pulmonaire), un streptocoque (dentaire,
ORL), un BGN (digestif, génital), ...
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
142 > Urgences rhumatologiques >

c Arthrite microcristalline
I goutte
• antécédents = arthrite (MTP gros orteil, ...), lithiase urinaire,
hyperuricémie connue, tophus
• mise en évidence d’un facteur favorisant : diurétique thiazidique,
insuffisance rénale chronique, lyse cellulaire (hémopathie
maligne)
• microcristaux d’urate monosodique dans le liquide articulaire
I chondrocalcinose articulaire
• antécédents : arthrites (genoux, poignets)
• liseré d’incrustation calcique (cartilages articulaires),
méniscocalcinose
c Arthrites réactionnelles et arthrites rhumatismales

Pièges
c les AINS et les corticoïdes peuvent atténuer les signes inflammatoires
locaux et les signes infectieux généraux d’une arthrite septique aiguë
c rechercher une antibiothérapie “ intempestive ” qui peut décapiter une arthrite
septique
c les formes oligo- voire polyarticulaires d’arthrites septiques sont possibles
c distinguer un hygroma (genou/coude) d’une arthrite : pas de ponction articulaire
en cas d’hygroma
D - Traitement

Arthrite septique
c traiter rapidement :
- antibiothérapie synergique, bactéricide, prolongée
- 2 exemples d’antibiothérapie de première intention (avant les résultats
microbiologiques)
c infection communautaire = staph. méti-S : cloxacilline (Orbénine®) IV 100
mg/kg/j + péfloxacine (Péflacine®) PO 800 mg/j
c infection nosocomiale = staph. méti-R : rifampicine (Rifadine®) PO 25-30
mg/kg/j + fosfomycine (Fosfocine®) IV 12 g/j
Puis traitement en fonction du germe et de l’antibiogramme
c immobiliser l’articulation et prévoir un geste de décompression (drainage/
lavage articulaire)
c traiter la porte d’entrée
c traiter la douleur (antalgiques de niveau II ou III de l’OMS)

Arthrite microcristalline
c goutte : colchicine, 1mgx3 J1, 1mgx2 J2, 1mg les jours suivant
c chondrocalcinose : AINS
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Urgences rhumatologiques > 143

Conduite à tenir devant un épanchement intra-articu-


laire du genou (traumatismes exclus)

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


144 > Traumatologie >
E. Hinglais, E. Roupie, J.L. Lelonc
1 c Petites plaies

A - Définition

Une effraction cutanée ou muqueuse se définit cliniquement par :


• la profondeur
• le mécanisme lésionnel
• l’aspect de la plaie
• son siège
Ces notions vont permettre un diagnostic guidant le traitement : cicatrisation
dirigée, suture, exploration chirurgicale et les traitements adjuvants.
B - Points importants

c Schématiquement on peut distinguer des lésions par section et par


écrasement :
I par section : la plaie est nette et les lésions associées (vasculo-ner-
veuses ou tendineuses) sont au premier plan
I par écrasement : la plaie est contuse, déchiquetée, rendant des
lésions osseuses possibles et le problème plastique est là au pre-
mier plan
I le mécanisme peut être mixte
c On portera une attention particulière à certaines localisations anatomiques
I lorsque le trajet tendineux, nerveux ou vasculaire est superficiel
(les mains, les plis de coude, le creux poplité...)

c L’abord initial d’une plaie hémorragique


I il doit proscrire tout garrot au bénéfice d’un pansement compres-
sif. L’interrogatoire précise le type de saignement (en nappe ou en
jet), la préexistence d’un trouble de l’hémostase et l’existence pos-
sible de corps étrangers (gravillons, verre) dont l’ablation est à réa-
liser.
I cela permet aussi de préciser le siège de la lésion et donc l’éventua-
lité d’un trajet vasculaire sous-cutané.
c Ne pas s’arrêter à la plaie
I elle est témoin d’un traumatisme et il faut préciser l’existence de
traumatismes associés : traumatisme crânien lors d’une plaie de
scalp ou du front, l’existence de plusieurs plaies...
c Un cas particulier : la main
I la tension élastique de la peau est importante ; surtout à la face dor-
sale. La face palmaire a une plus grande richesse nerveuse et vas-
culaire

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Traumatologie > 145

I les éléments cutanés sont exposés aux lésions associées :


• lésions tendineuses : la plaie se produisant alors que la main
est dans une position différente de celle de l’examen, la plaie
tendineuse se trouve souvent décalée par rapport à l’at-
teinte cutanée. Le testing à distance doit être entrepris avant l’ex-
ploration de la plaie et devra être répété lors du suivi. Il faut tes-
ter phalange par phalange, en sachant que la flexion est
assurée par l’interosseux et les lombricaux pour P1, par le
fléchisseur superficiel pour P2 (P1 doit être en extension et
les autres doigts bloqués) et par le fléchisseur profond pour
P3. L’extension de P1 est due à l’extenseur, celle des 2ème
et 3ème phalanges, aux interosseux et aux lombricaux
• les lésions vasculo-nerveuses sont à rechercher lorsque la
plaie siège en regard du canal carpien et des faces latérales
des doigts. Là encore le testing d’aval reste le temps primor-
dial de l’examen clinique
C - Pronostic

c Toute lésion associée (tendineuse, vasculo-nerveuse) ou même suspectée


doit être explorée en milieu chirurgical et non aux urgences. Même si
cela se fait en bloc septique, les conditions d’asepsie sont meilleures qu’aux
urgences. Cela permet également un confort du malade (anesthésie loco-régionale,
générale) et le suivi immédiat doit être rapproché et chirurgical.
c L’attitude sera la même lors d’une perte de substance importante ou
intéressant un pli de flexion (risque de rétraction).
c Lors de toute plaie, il est fondamental de s’assurer de l’état des vaccinations
tétaniques. Le moindre doute entraînera la prescription de gammaglobulines.
c Le pronostic est fonctionnel et esthétique : la cicatrisation se fait en deux
phases : la cicatrisation proprement dite qui aboutit au retour d’une résistance
mécanique suffisante en 15 jours environ et une phase d’activité biologique
intense qui dure entre 6 et 12 mois, aboutissant à une cicatrisation fibreuse
sous-cutanée, soit excessive (chéloïdes), soit créant une rétraction. Ne pas
prendre en compte ces éléments mécaniques et esthétiques peut aboutir à
une cicatrisation plus catastrophique que “l’abstention thérapeutique”.
D - Traitement
La suture
c lors de la suture d’une plaie, plusieurs phénomènes sont à considérer. D’une
part, au niveau de la peau, en plus des tensions élastiques de voisinage, la
plaie a tendance à s’invaginer, ce d’autant que la suture n’aura pas éversé
les bords de la plaie et que la tension sur les berges sera forte.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


146 > Traumatologie >

D’autre part, il y a formation d’un caillot qui, selon la théorie de Gillmann, va


à l’encontre de la fermeture de la plaie, puisqu’il provoque une véritable coulée
épidermique, sur la tranche dermique créant à terme un “hiatus dermique”.
c en pratique, le réel point d’appui d’une suture est dermique, éversant ainsi
les berges. La tension des fils peut être soulagée par des bandelettes adhé-
sives micro-poreuses qui réalisent, de plus, l’affrontement épidermique. Pour
éliminer tout caillot, il faut faire dans les premiers jours, des pansements
humides légèrement compressifs réalisant un véritable buvard.
c enfin, l’ablation des fils se fait à une durée dépendant de la sollicitation méca-
nique et du préjudice esthétique. Ces deux notions sont inversement propor-
tionnelles : lorsque le préjudice esthétique est majeur et la tension élastique
faible, l’ablation doit avoir lieu au maximum à 4 jours (visage). Lorsque le pré-
judice esthétique est faible et la contrainte mécanique est importante, les fils
doivent être en place 15 jours.

La cicatrisation dirigée
c lors de perte de substance ou de tension mécaniques trop forte, en dehors
des éléments pronostiques déjà cités plus haut, il faut préférer la cicatrisation
dirigée. Celle-ci réalise une réparation spontanée qui aboutit à des résultats
esthétique et fonctionnel supérieurs à ceux d’une greffe : le revêtement
obtenu est en effet sensible. Diriger une cicatrisation est, dans un premier temps,
la stimulation du bourgeonnement par des pansements “pro-inflammatoires”
(pansements humides, baume du Pérou, Vaseline...) et, secondairement, si
besoin en freinant ces phénomènes (corticotulles, biogaze...).

Les traitement adjuvants


c l’anesthésie locale doit toujours être recherchée. Selon l’importance et le
siège, elle peut se compléter par une antalgie par voie générale, une anesthé-
sie tronculaire.
I la lidocaïne(Xylocaïne®) spray à 5% doit être le premier réflexe et il
faut savoir attendre 10 minutes avant toute autre intervention. Un
complément par Xylocaïne® 1% injectable, (jamais à 2% et surtout
jamais adrénaliné) est souvent nécessaire.
c la désinfection et le débridement doivent être soigneux. La Bétadine® ou la
Chloréxidine sont couramment utilisées. Cette dernière a l’avantage d’être
incolore évitant de masquer l’exploration. Il s’agit ensuite de réaliser l’ablation
des corps étrangers, des tissus non vascularisés et des caillots.
c l’antibiothérapie par voie générale ne se justifie que lorsqu’il y a des signes
généraux d’infection (fièvre, adénopathies) ou des signes locaux d’inflammation
ou de suppuration, c’est à dire en cas de plaies vues tardivement, ou de complica-
tions secondaires. Cas particulier : les morsures (cf. infra).
c l’immobilisation ou la contention sont à associer en cas de zone de forte
contrainte mécanique.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Traumatologie > 147

Une plaie vue tardivement (supérieur à 6 heures)


c elle ne doit bénéficier que d’une cicatrisation dirigée ou d’un parage chirurgi-
cal.

Les morsures
c plusieurs problèmes se posent :
I il s’agit d’une plaie de mécanisme mixte (section et compression)
et il est licite de proposer une exploration chirurgicale d’emblée.
Celle-ci présente les avantages conjugués d’un diagnostic lésion-
nel fiable et d’un lavage correct. En cas de plaie simple, un lavage
abondant doit être pratiqué et la cicatrisation dirigée est de mise.
I la validité de la vaccination antitétanique est à rechercher. Par ail-
leurs, la vaccination antirabique de l’animal est fondamentale. Il ne
faut pas hésiter à orienter les patients vers un centre antirabique
au moindre doute.
I l’antibiothérapie est systématique par amoxicilline-acide clavula-
nique (Augmentin ®) : 1 g 500 chez l’adulte pendant 10 jours.
Les complications d’une suture sont
c la désunion, qui est consécutive à un fil retiré trop tôt, d’une infection lar-
vée ou d’une nécrose cutanée. Si la plaie est propre, de simples bande-
lettes adhésives microporeuses suffisent. On préférera une cicatrisation
dirigée si la désunion est consécutive à une infection. En cas de nécrose
ou d’infection évoluée, on fera pratiquer alors une excision chirurgicale.
c l’infection pour laquelle il faudra faire des soins locaux répétés (on peut
être amené à retirer un point ou deux pour éviter la formation d’un abcès)
et à une surveillance des signes généraux d’infection. Lorsqu’ils surviennent, l’an-
tibiothérapie per os est alors indiquée, après un prélèvement bactériolo-
gique, associée à des pansements itératifs.
c la nécrose cutanée : elle est consécutive à une peau initialement écra-
sée, déchiquetée, mais aussi à une suture trop tendue responsable d’une
ischémie cutanée. Le traitement dépend de l’importance et du siège de la
lésion et peut comprendre l’excision et la cicatrisation dirigée ou le parage
chirurgical.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


148 > Traumatologie >
E. Hinglais, E. Roupie, J.L. Lelonc
2 c Traumatismes craniens

A - Définition
Le traumatisme crânien est un mécanisme lésionnel. L’atteinte du conte-
nant (le crâne fut-il fracturé) est au second plan de l’atteinte du contenu.
L’urgence est à la recherche d’une lésion cérébrale associée.

B - Points importants
c La recherche d’une lésion cérébrale associée est la classification cli-
nique des patients en fonction des critères de Masters.
c Cette classification permet des indications d’imagerie complémen-
taires. Seul le scanner cérébral doit être alors pratiqué.

L’anamnèse de l’accident
c Celle-ci doit être vérifiée auprès du patient et de l’entourage, précisant la
cinétique du choc et l’existence d’une perte de connaissance initiale dont
la durée doit être chiffrée.

L’examen clinique
c l’examen neurologique doit explorer notamment les grandes voies pyrami-
dales et l’ensemble des paires crâniennes. Il précise également l’exis-
tence de points d’impact céphaliques (plaie du scalp, traumatisme
facial...). Enfin il recherche d’autres lésions dues au traumatisme.
c Il ne faut pas méconnaître les lésions associées
I un traumatisme cérébral s’accompagne fréquemment d’un mouve-
ment contrarié du rachis cervical expliquant ainsi une association
fréquente entre traumatismes du crâne et traumatismes du rachis
cervical. La recherche de cette association lésionnelle doit être
systématique, en particulier chez le patient alcoolisé.
I lors d’un trouble de conscience témoignant d’une atteinte céré-
brale, la tension périphérique est élevée pour maintenir le débit
sanguin cérébral. Une tension normale ou basse chez un tel
patient, peut témoigner d’une profonde hypovolémie, (la rupture
splénique associée est alors à rechercher et passe en priorité)
I a contrario, certaines présentations sont trompeuses et ne doivent
pas faire oublier un traumatisme crânien, comme par exemple un
traumatisme facial ou une présentation d’intoxication éthylique
responsable de traumatisme.
I une plaie du scalp est toujours à rechercher et doit être suturée en
urgence car elle est souvent très hémorragique

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Traumatologie > 149

c L’état de conscience se juge par le score de Glasgow (cf Chap VI • 1)


I il se côte de 3 à 15, en additionnant les scores obtenus sur les sollicitations
verbales, oculaires et motrices. Il est important, sur l’observation, de
mettre à côté du score final les 3 chiffres obtenus, ce qui permet de suivre
au mieux, quel que soit l’examinateur, l’évolution de la conscience.
c De ces éléments cliniques va pouvoir être tirée une classification des
traumatisés du crâne (Masters)

• GROUPE 1 :
Patients asymptomatiques, ou présentant des céphalées, des sensations
ébrieuses, des hématomes, des blessures ou une abrasion du scalpe et l’ab-
sence de signes des groupes 2 et 3.

• GROUPE 2 :
Il s’agit soit d’une modification de la conscience au moment de l’accident ou
dans les suites immédiates, l’existence d’une intoxication concomitante
(alcool), lorsque l’histoire des circonstances est peu fiable, l’existence après
l’accident, soit de céphalées progressives, d’une crise comitiale, de vomisse-
ments, d’une amnésie. Sont également du groupe 2 tout patient présentant
un polytraumatisme ou des lésions faciales sévères, des signes de fracture
basilaire, une possibilité de fracture avec dépression ou lésion pénétrante au
niveau de la voûte, et enfin tout enfant de moins de 2 ans ou lors d’une sus-
picion de maltraitance.

• GROUPE 3 :
Lors d’une altération du niveau de conscience (à l’exclusion d’une cause
toxique ou d’une comitialité), lors de signes neurologiques focaux, lorsque
existe une diminution progressive de l’état de conscience, d’une plaie péné-
trante ou d’une embarrure probable.

c Pour indication :
I pour le groupe 1 : aucun examen complémentaire ne doit être pratiqué
I pour le groupe 3 : un scanner cérébral doit être pratiqué en urgence
I pour les patients du groupe 2, l’attitude est plus au cas par cas

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


150 > Traumatologie >

C - Pronostic

Ils sont déterminés par la classification Masters puisque les patients du


groupe 1 ont un risque faible, à l’opposé les patients du groupe 3 sont à
risque très élevé, justifiant une prise en charge neurochirurgicale immé-
diate. (Le transfert doit s’effectuer sous surveillance médicalisée, en posi-
tion proclive et avec les manoeuvres de réanimation symptomatiques
nécessaires).

D - Traitement

c Là encore la classification de Masters permet de distinguer :


I pour les patients du groupe 1, l’abstention de tout autre examen
complémentaire et un retour à domicile avec un traitement symptoma-
tique (antalgiques en cas de céphalées) et sous couvert d’une pos-
sibilité de surveillance par l’entourage après avoir expliqué les
symptômes d’alerte (modification de la conscience, céphalées d’in-
tensité croissante, vomissements, apparition de signes fonction-
nels ou déficitaires neurologiques)
I pour les patients du groupe 2, l’hospitalisation pour surveillance
reste de mise. Les éléments thérapeutiques sont les mêmes que
ceux du groupe 1
I enfin, les thérapeutiques des lésions associées sont à faire dans
le même temps

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Traumatologie > 151
E. Hinglais, E. Roupie, J.L. Lelonc
3 c Traumatismes rachidiens

A - Définition

Dans ce cadre, la définition sera double. D’une part, il s’agira, parallèlement,


de définir l’existence d’une lésion ostéo-articulaire et, d’autre part, l’existence
d’une lésion médullaire ou de sa possible apparition secondaire. En effet, si la
lésion médullaire peut être initiale (section, déchirement), l’apparition d’une lésion
médullaire peut être secondaire à un phénomène compressif (hématome du à la
fracture ou à une lésion vasculaire) ou anoxique (due à une lésion vasculaire).

B - Points importants

c L’abord initial de tout traumatisé du rachis justifie une immobilisation


dans le respect de l’axe, tête, cou, tronc, (le port du collier est obligatoire)

L’examen clinique “de débrouillage” va se baser sur deux points


c l’interrogatoire : il va retracer le mécanisme lésionnel, la cinétique du choc,
l’existence d’une zone douloureuse et de signes fonctionnels neurologiques
c l’examen clinique est alors un examen neurologique : il va rechercher avant
tout une atteinte de la sensibilité dont il sera fondamental de préciser le niveau
métamérique. Cet examen devra être minutieusement colligé, allant des racines
sacrées jusqu’à au moins C5, car, dans certains cas, cet examen sera à répé-
ter. Il est également à rechercher des atteintes sphinctériennes (globe vésical,
sensibilité péri-anale et toucher rectal) et des atteintes motrices. Cet examen
permettra également d’objectiver des traumatismes associés

Examens radiologiques
c c’est un temps fondamental du diagnostic
c la mobilisation exige un grand nombre de soignants. Il ne s’agit donc pas de
faire simplement le bon de radio, mais également, d’accompagner le patient
c les clichés sont au moins une face et un profil comprenant la zone suspect.
Lorsqu’une localisation est imprécise, il est licite de demander un rachis complet
c à propos d’incidence de radiologie, plusieurs choses sont à savoir :
I du fait de la mandibule, une face de rachis cervical ne peut comprendre les
deux premières vertèbres. Cela justifie systématiquement un cliché de
face bouche ouverte qui est, simplement, un complément du rachis cer-
vical de face. Des clichés de 3/4 articulaire gauche et droit complètent
le bilan radiologique. Sur le profil, l’ensemble du rachis doit être visua-
lisé justifiant que les membres supérieurs du patient soient systémati-
quement tirés pour dégager la charnière cervico-dorsale

Guidedes urgences médico-chirurgicales f2011


152 > Traumatologie >

I un rachis lombaire de face est centré sur L2. Du fait de la courbure


physiologique, L5 est vu en fuite et son analyse est impossible.
Cette charnière lombo-sacrée est, par contre, parfaitement cen-
trée sur un cliché de bassin de face

Pièges
c un traumatisme cérébral s’accompagne fréquemment d’un mouvement
contrarié du rachis cervical. Ceci explique une association fréquente entre
traumatismes du crâne et traumatismes du rachis cervical. La recherche
de cette association lésionnelle doit être systématique, en particulier chez
le patient alcoolisé.
c la ceinture de sécurité
I sans en retirer ses avantages indéniables, pose deux problèmes
rachidiens :
• d’une part des mouvements brusques du rachis cervical du
fait du tronc bloqué au siège et de la décélération de la tête
• d’autre part, puisqu’il n’y a que 3 points d’encrage, il peut
apparaître des mouvements de torsion du tronc pouvant
provoquer des atteintes du rachis lombaire pouvant être
soit des tassements vertébraux, soit des fractures horizon-
tales du corps vertébral ou d’un disque (seatbell fracture ou
fracture de Chance)

C • Pronostic

c Le pronostic de l’atteinte neurologique


I Il dépend de son caractère complet ou incomplet lors d’une
lésion primitive, mais aussi de la méconnaissance de l’appari-
tion d’une lésion secondaire.

c Lorsqu’il existe une fracture radiologique


I Il est important de différencier les lésions stables de
celles instables.

c Lorsqu’il n’y a pas d’atteinte ostéoarticulaire radiologique


I Il peut s’agir là d’entorses ou d’atteintes du disque interverté-
bral justifiant une consultation entre J7 et J14 pour une évalua-
tion clinique complétée éventuellement par des clichés radiolo-
giques dynamiques.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Traumatologie > 153

D • Traitement
Lors d’une atteinte neurologique
c La mise sous corticothérapie est immédiate, puis un transfert en milieu
neurochirurgical s’impose.
En cas de fracture
c Le traitement doit être décidé et entrepris en milieu chirurgical pour juger
de la stabilité de la lésion, justifiant alors une surveillance et une antalgie.
Cette surveillance est, de principe, hospitalière pour la surveillance neuro-
logique de l’apparition de tout phénomène compressif secondaire justifiant une
laminectomie d’urgence.

c En cas de lésion d’emblée instable, sera discutée la stabilisation chirurgi-


cale.
En cas de douleur rachidienne à radiographie et examen neurologique
normaux
c Le retour à domicile sera envisagé sous couvert de repos, associé à une pres-
cription d’antalgiques. Ces antalgiques pourront être au niveau 1, au niveau
2 des recommandations OMS selon l’importance de la douleur. C’est à dire
du paracétamol seul ou en association avec de la codéine ou du dextro-propoxi-
phène.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


154 > Traumatologie >
E. Hinglais
4 c Traumatisme de l’épaule

A - Définition
L'épaule se définit comme un complexe articulaire comprenant la clavi-
cule, la scapula et l'extrémité supérieure de l'humérus sur le plan osseux et,
sur le plan articulaire, la sterno-claviculaire, l'acromio-claviculaire et la scapulo-
humérale. Enfin, deux structures ont un rôle fonctionnel important,
la région sous-acromiale et la mobilité de la scapula sur le gril costal grâce à
un jeu musculaire qui s'insère sur le gril costal et le rachis cervical et dorsal.
L'impotence se définit par :
• l'impossibilité de la mobilisation active de l'épaule, complète ou partielle
(dont il faut alors noter les degrés de liberté).
• Et/ou l'impossibilité de la mobilisation passive.
• Dans les deux cas, il faut préciser le délai d'apparition après le trauma-
tisme de ces éléments s'ils existent.
La déformation se juge comparativement au membre sein par :
• l'attitude du traumatisé de l'épaule : coude décollé du thorax, avant-bras
soutenu par la main controlatérale, tête tournée vers le côté sain.
• L'existence d'un signe de l'épaulette correspondant à la saillie de l'acro-
mion ou d'un coup de hache orientant vers la vacuité de la glène.
• L'existence d'une saillie de l'acromio-claviculaire ou d'une tuméfaction
en regard de la sterno-claviculaire.

B - Eléments importants
Il faut toujours rechercher un autre site lésionnel associé.
Notamment thoracique lors d'un traumatisme direct sur la moignon de l'épaule
et du membre supérieur lors d'un traumatisme indirect.
L'examen clinique initial diffère selon les éléments retrouvés à l'interrogatoire
et à l'inspection. Par exemple :
c Lors d'une présentation clinique bruyante avec une impotence fonctionnelle
complète, une attitude du traumatisé du membre supérieur, il faut rechercher
les lésions vasculo-nerveuses d'aval et les radiographies seront le premier
temps, dont les incidences sont guidées par la palpation, après des mesures
antalgiques.
c Lors d'une présentation clinique moins bruyante, il faut laisser le patient se
déshabiller afin de noter les amplitudes articulaires possibles et l'examen cli-
nique est orienté selon les hypothèses diagnostiques soulevées par l'anam-
nèse, c'est-à-dire le mécanisme lésionnel.
c Il n'y a pas, à ce jour, d'élément permettant, comme pour la cheville et le genou,
de se dispenser de radiographie devant un traumatisme récent de l'épaule.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Traumatologie > 155

La prescription de radiographie :
En dehors d'incidence plus spécifique devant telle ou telle hypothèse diagnos-
tique, les incidences de base sont un cliché de face, un faux profil de Lamy
(enfilant la scapula de profil) et, si besoin, une clavicule de face.
A titre indicatif, les différentes lésions sont :
c les lésions osseuses :
I la fracture le la clavicule par traumatisme direct sur la clavicule ou le
moignon de l'épaule.
I La fracture de l'extrémité supérieure de l'humérus par une chute sur
le moignon de l'épaule, plus rarement par un traumatisme indirect
sur la main ou le coude.
I La fracture de la scapula par traumatisme direct sur le dos ou par
impaction de l'épaule.
c Les lésions articulaires :
I Les luxations de la scapulo-humérale.
I Les luxations de l'acromio-claviculaire.
I Les entorses de la sterno-claviculaire.

C • Pronostic
Dans tous les cas, la région sous-acromiale est mise en tension, engendrant
des lésions pouvant aller de la simple inflammation à la rupture de la coiffe des rota-
teurs. Ce degré d'atteinte conditionne le pronostic fonctionnel de l'épaule trau-
matisé, en plus du pronostic propre aux autres lésions retrouvées.

D • Traitement
L'antalgie aux urgences est à administrer dès l'arrivée.
c Elle doit associer l'immobilisation, en respectant l'attitude antalgique, et l'antalgie
médicamenteuse. Cette dernière se fera en parentérale avec une prescrip-
tion de Paracétamol (Perfalgan®). Cette antalgie peut être complétée, selon l'im-
portance de la douleur par de la Morphine en IV.
c Ces mesures doivent être mises en œuvre avant tout examen clinique ou
radiologique.

Les moyens d'immobilisation de l'épaule, à la sortie des urgences sont :


c L'écharpe qui permet la mise au repos et une limitation des mouvements.
c Le Mayo-clinique qui associe une écharpe à un blocage du coude au corps.
Le repos de l'épaule est ainsi plus complet mais n'immobilise que la scapulo-
humérale et la région sous-acromiale.
c Le Dujarrier qui, solidarisant le membre supérieur au thorax, est le seul sys-
tème immobilisant l'épaule et qui se justifie ainsi pour le traitement orthopé-
dique d'une fracture instable de l'extrémité supérieure de l'humérus.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


156 > Traumatologie >
D Pateron, J Manamani
5 c Traumatismes du coude
A - Définition
L'anatomie du coude rend les axes vasculo-nerveux vulnérables lorsqu'il
existe un traumatisme pénétrant de cette articulation ou lorsqu'une fracture
osseuse est déplacée
Dans les traumatismes fermés, les structutres osseuses sont les plus vulnéra-
bles
L'immobilisation du coude doit être courte et la rééducation précoce du fait
de l'ankylose rapide de cette articulation
Quelque que soit la nature du traumatisme, il faut enlever rapidement les
bagues des doigts

B - Points importants
Le mécanisme du traumatisme renseigne sur les lésions potentielles à
rechercher.
c Traumatismes directs :
I en cas de traumatisme pénétrant, il existe un risque vasculo nerveux
et l'exploration chirurgicale doit être large
I en cas de traumatisme non pénétrant, il faut distinguer la direction du
choc :
• choc postérieur et inférieur : risque de lésion de la palette humérale
et de l'olécrane ainsi que de la bourse séreuse olécranienne
• choc latéraux : risque de lésion de l'épicondyle latéral
c Traumatismes indirects :
I chute main en avant : les structures les plus exposées sont la tête
radiale, la palette humérale. C'est dans ce type de traumatisme que
l'on observe les cas de luxation
I en cas de mouvement forcé latéral en varus ou en valgus, les ligaments
sont les plus exposés
c en cas de traction du membre supérieur en particulier chez l'enfant, il existe
un risque de pronation douloureuse
Examen du coude :
c l'examen s'effectue si possible en flexion extension puis en pronation supination
I Les repères normaux du coude sont :
• Alignement épicondyle, olécrane, épitrochlée en extension : ligne
de Malgaigne
• Triangle isocèle de l’épicondyle, olécrane, épitrochlée en flexion :
triangle de Nélaton
I Une palpation sans douleur localisée n'élimine pas une lésion osseuse;
une flexion active indolore du coude supérieure à 90° est fortement
prédictive de l'absence de lésion osseuse
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Traumatologie > 157

Radiologie :
c face et profil : de profil, coude à 90°, l’olécrane est à la verticale de l’épitroch-
lée et de l’épicondyle
c + ou - incidence "tête radiale capitulatum"

C - Traitements selon la lésion

L'antalgie est à administrer dès l'arrivée aux urgences

c Fracture de l’extrémité inférieure de l’humérus


I Il s'agit de fractures Instables
I Il existe un risque d’atteinte du nerf ulnaire, de l’artère humérale
I Le type de fracture doit être analysé :
• Supra-condylienne, fréquente chez l’enfant, en extension for-
cée
• Condylienne externe
• Condylienne interne
I Elle nécessite l'avis chirurgical

c Luxation du coude
I Elle est due en général à une chute bras en extension
2 types de luxation sont possibles :
• luxation postéro externe du coude en valgus forcé atteinte
du ligament colatéral médial
• luxation postéro externe du coude en rotation externe forcé
atteinte du ligament colatéral latéral
I la position du coude luxé ne permet pas de définir le type de lésion,
il faut donc faire l’examen après réduction pour savoir s'il existe une
atteinte du du ligament colatéral médial ou du du ligament colaté-
ral latéral
I Clinique
• si les repères de la ligne de Malgaigne et du triangle de
Nélaton sont retrouvés, il n'y a pas de luxation
• il existe un coup de hache et perte des repères
• il existe dans ce cas un risque atteinte du nerf médian et
ulnaire qu'il faut tester avant de réduire l'articulation

c Entorse du coude
I Elles sont le plus souvent médiane en valgus et sont respoonsa-
bles d'une atteinte du ligament colatéral médial. Une atteinte mus-
culaire peut s'y associée
I Le traitement est en règle orthopédique avec une attelle brachio
anté brachiale amovible 15- 20 jours

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158 > Traumatologie >

c Fracture de l’olécrane
I Elle sont la conséquence d'un choc direct et s'associe à des
lésions cutanées.
I Il faut rechercher des lésions associées : fracture du processus coro-
noïde, de la tête radiale
I Le traitement est chirurgical

c Fracture de la tête radiale

I Classification :
• type I : sans déplacement
• type II : un fragment déplacé
• type III : comminutive
I Il faut rechercher des lésions associées fréquentes :
• Au niveau du coude
- une luxation huméro-cubitale
- la rupture ligament colatéral médial
- une fracture olécrane
- une fracture dutiers supérieur de l'ulna
• Au niveau du poignet
- une dislocation radio-cubitale inférieure
I Le traitement dépend du type de fracture et de l'existence de
lésions associées
• Stade I : attelle antalgique 3 à 4 j puis mobilisation précoce
• Stade II et III : Chirurgie

c Pronation douloureuse

I Il s'agit d'un enfant de moins de 4 ans qui a subi une traction bru-
tale du membre supérieur entrainant une impotence totale du
membre supérieur avec une attitude du coude en pronation, légère-
ment flechi
I La manoeuvre de réduction consiste en un mouvement doux de
supination et d'extension du coude se terminant par une flexion
complète du coude
I Il fait vérifier que l'enfant reprend ses activités après la réduction

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Traumatologie > 159
E. Hinglais
6 c Traumatisme du poignet

A - Définition
Le poignet est une zone articulaire reliant l'avant-bras à la main. En traumatolo-
gie, il faut dissocier les atteintes de l'extrémité distale des deux os de l'avant-
bras, comprenant également l'articulation radio-ulnaire distale, de celles du
carpe.
L'impotence se définit par :
• l'impossibilité de la mobilisation active du poignet, y compris la prono-
supination, complète ou partielle (dont il faut alors noter les degrés de liberté).
• Et/ou l'impossibilité de la mobilisation passive.
• Dans les deux cas, il faut préciser le délai d'apparition après le trauma-
tisme de ces éléments s'ils existent.
La déformation se juge comparativement au membre sein par :
• La déformation de l'extrémité distale de l'avant-bras, la plus classique
étant la déformation en dos de fourchette lors d'une fracture des deux os
(Pouteau-Colles).
• La tuméfaction en regard du carpe, sur la face dorsale.

B - Eléments importants
Il faut toujours rechercher un autre site lésionnel associé.
Notamment du coude et plus particulièrement de la tête radiale.
L'examen clinique initial diffère selon les éléments retrouvés à l'interrogatoire
et à l'inspection. Par exemple :
c Lors d'une présentation clinique bruyante avec une impotence fonctionnelle
complète, une déformation de la partie distale de l'avant-bras, il faut rechercher
les lésions vasculo-nerveuses d'aval et les radiographies seront le premier
temps, dont les incidences sont guidées par la palpation, après des mesures
antalgiques.
c Lors d'une présentation clinique moins bruyante, l'examen va permettre de
discerner les atteintes du carpe de celles de l'extrémité distale de l'avant-
bras, la palpation orientant les incidences radiologiques.
c Il n'y a pas, à ce jour, d'élément permettant, comme pour la cheville et le genou,
de se dispenser de radiographie devant un traumatisme récent du poignet.
La prescription de radiographie :
En dehors d'incidence plus spécifique devant telle ou telle hypothèse diagnos-
tique, les incidences de base sont un cliché de face, un profil et, s'il existe
une atteinte du carpe, une incidence scaphoïdienne. A titre indicatif, les diffé-
rentes lésions sont :

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160 > Traumatologie >

c les lésions osseuses :


I La fracture des deux os de l'avant-bras.
I La fracture du scaphoïde.
I La fracture articulaire du radius.
I Chez l'enfant, une fracture en motte de beurre du radius.
c Les lésions articulaires :
I La luxation rétro-lunaire du carpe.
I La luxation de la radio-ulnaire distale, toujours associées à des
lésions osseuses pouvant siéger plus haut.
I Les atteintes du ligament scapho-lunaire.
I Les entorses du carpe, c'est-à-dire des ligaments collatéraux.
Cette dernière est un diagnostic d'élimination qui peut être fait seu-
lement dans un deuxième temps.

C - Pronostic

Le pronostic est non seulement la récupération des amplitudes articulaires


mais également la stabilité du poignet, essentielle pour la préhension. Cette
stabilité est liée à l'intégrité du carpe et surtout du ligament scapho-lunaire.
Ceci explique l'importance du diagnostic de la fracture du scaphoïde mais
également de la recherche d'éléments radiologiques d'instabilité passive,
témoignant d'une atteinte du ligament scapho-lunaire dont la réparation est
chirurgicale.
Ainsi, l'analyse des radiographies doit être méthodique

D - Traitement

L'antalgie aux urgences est à administrer dès l'arrivée.


c Elle doit associer l'immobilisation, en respectant l'attitude antalgique, et l'antal-
gie médicamenteuse. Cette dernière se fera en parentérale avec une pres-
cription de Paracétamol (Perfalgan®). Cette antalgie peut être complétée,
selon l'importance de la douleur par de la Morphine en IV.
c Ces mesures doivent être mises en œuvre avant tout examen clinique ou
radiologique.

L'immobilisation du poignet, à la sortie des urgences doit être systéma-


tique.
Cela se justifie par la crainte d'une atteinte scapho-lunaire, soit osseuse soit
ligamentaire, non vue à l'examen clinique et radiologique initial, justifiant une
consultation se suivi sous huitaine avec contrôle radiologique statique et dyna-
mique afin d'infirmer cette hypothèse.
Selon l'importance des signes cliniques, celle-ci peut être soit une attelle pal-
maire en position neutre, soit une manchette plâtrée.

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Traumatologie > 161
D Pateron, J Manamani
7 c Traumatisme de hanche

A - Définition
Il existe deux contextes très différents :
• Soit il s'agit d'un sujet jeune dans le cadre d'un trauùmatisme à haute
énergie (AVP, AT), la prise en charge doit être très rapide et le risque de complica-
tions fonctionnelles est élevée. Les lésions possibles sont la fracture du col
fémoral avec un risque élevé de nécrose céphalique, la luxation de hanche
avec un risque élevé de nécrose céphalique et la fracture pertrochantérienne
qui représente une urgence opératoire différée
• Soit, de façon beaucoup plus fréquente, il s'agit d'un sujet agé dans le
cadre d'un traumatisme à faible énergie. Les lésions les plus fréquentes sont les
fractures du col et les fractures pertrochantériennes. Les complications à redou-
ter sont générales et vitales

B - Points importants
c Les lésions associées sont fréquentes chez le sujet jeune (polytraumatisme
ou traumatisme du membre inférieur
c La réduction d'une luxation de hanche est urgente et doit se faire sous anesthésie
c Chez le sujet agé, le pronostic est lié à la rapidité de verticalisation du patient
c Le degré d'ostéoporose conditionne le type d'intervention et doit être apprécié
d'emblée
c Toutes les fractures sont opérables

C - Traitements selon la lésion


L'antalgie est à administrer dès l'arrivée aux urgences
Fracture extrémité supérieure du fémur
c Fracture cervicale ou du col
c Associe une impotence fonctionnelle, un raccourcissement sauf si la fracture
est engrenée ou non déplacée, une rotation externe du pied et une adduction
c radios :hanche de face et de profil :
c fracture oblique instable
c fracture horizontal stable
c classification de GARDEN
I I : travée en valgus (20%)
I II : travée axée (5%)
I III : travée en varus (45%)
I IV : travée déplacée (30%)
c Le traitement est chirurgical, la technique dépend du type de fracture et du
terrain, l'objectif est une verticalisation la plus rapide possible

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162 > Traumatologie >

Fracture trochantérienne ou extra capsulaire


c fracture cervico trochanterienne
c fracture située à la jonction du col et le massif des trochanter, elle est stable
déplacement faible, comminution faible
c fracture pertrochantérienne
c fracture passant par le petit et le grand trochanter, stable si l'un des trochanter
n'est pas détaché
c fracture sous trochantérienne : sous le massif trochantérien
c fracture trochantéro diaphysaire : le trait de fracture avec trait de refend diaphysaire
c Toutes les fractures sont opérables
Luxation traumatique de hanche
c Elles sont dues le plus souvent à un traumatisme axial lié à un choc sur
tableau de bord ou d'une luxation sur prothèse totale de hanche
c Classification
c Luxation iliaque (vers l’iliaque ) la plus fréquente
I Rotation interne
I Extension de hanche
c Luxation ischiatique vers l’ischion, luxation des prothèse
c Luxation pubienne vers la branche pubien
c luxation obturatrice vers le trou obturateur
c Radiologie (Bassin F et P et hanche F et P)
I Perte du parallélisme des surfaces articulaires
I perte du ceintre cervico-obturateur
I Disparition du petit trochanter
I Recherche de lésions associées
I Fracture du cotyle
I Fracture parcellaire de la tête fémorale
c Recherche d'une atteinte du nerf sciatique
c Réduction
I dès que possible, sinon risque de nécrose vasculaire de la tête fémo-
rale par étirement de l’artère circonflexe
I Sous AG et malade curarisé
Traumatisme de hanche sans fracture évidente mais douleur
Il faut évoquer
c une fracture du col engrenée
c une fracture du bassin ; cadre obturateur (branche ilio et ischio pubienne)
c une bursite du grand trochanter ( blocage ou accrochage à la flexion )
c une contusion du moyen fessier
c une pubalgie
c une épiphysiolyse, une ostéochondrite ou un rhume de hanche chez l'enfant
(IRM)

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Traumatologie > 163
E. Hinglais, E. Roupie, J.L. Lejonc
8 c Traumatismes du genou
A - Définition
Un traumatisme du genou se définit par :
• Le mécanisme lésionnel. On distingue :
- les traumatismes directs où les lésions osseuses sont au premier plan
- les traumatismes indirects où la stabilité, et donc les éléments ligamentaires
sont prépondérants
- dans les deux cas, la cinétique du choc dont il faudra préciser l’importance,
permet d’apprécier la gravité potentielle
• L’impotence qui se définit par :
- l’impossibilité de l’appui du poids du corps sur le membre traumatisé
- et/ou l’impossibilité d’une mobilité de l’articulation
- dans les deux cas, il faut préciser le délai d’apparition après le traumatisme
de ces éléments s’ils existent
• La déformation se juge comparativement au membre sain par :
- la perte de l’axe normal du membre
- ou l’existence d’un épanchement articulaire
- le délai d’apparition après le traumatisme d’un épanchement articulaire
est important à définir (l’apparition précoce fait suspecter une hémarthrose,
témoin d’une atteinte intra-articulaire)
B - Points importants
c Il faut toujours rechercher un autre site lésionnel associé. Notamment
l’articulation sus et sous-jacente.
c L’examen clinique initial diffère selon les éléments retrouvés à l’in-
terrogatoire et à l’inspection
I Par exemple :
• lors d’un traumatisme direct de cinétique importante (acci-
dent de la voie publique avec choc sur le tableau de bord),
l’impotence est immédiate et il existe une déformation de l’axe
du membre. L’examen clinique est impossible. Il faut recher-
cher les lésions vasculo-nerveuses d’aval associées et les
radiographies seront le premier geste après des mesures
antalgiques (Cf. infra)
• lors d’un traumatisme indirect à type de torsion en valgus,
flexion et rotation externe (footballeur en pleine course dont le
pied a été retenu lors d’un tacle, alors que le corps a continué sa
course). La reprise de l’activité a été possible. L’impotence est
apparue secondairement après le match. Il n’y a pas de défor-
mation ou d’épanchement articulaire. On note également qu’il
n’y a pas eu de sensation de craquement dans le genou lors
du traumatisme. L’examen va rechercher une entorse, la pres-
cription de radiographies se fera selon les règles d’Ottawa du
genou (Cf. infra)

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164 > Traumatologie >
c La prescription de radiographies
I les incidences demandées seront systématiquement une face et
un profil, une incidence du défilé fémoro-patellaire lorsqu’on sus-
pecte une atteinte rotulienne. La face et le profil seront complétés
par des 3/4 lors de la suspicion d’une fracture d’un plateau tibial
I les règles d’Ottawa de prescriptions de radiographies du genou
sont les suivantes : lorsque l’âge est inférieur à 18 ans ou supé-
rieur ou égal à 55 ans, lorsqu’il existe une douleur de la tête de la
fibula, une douleur isolée de la patela, l’impossibilité de flexion à 90°,
l’impossibilité de porter son poids immédiatement ou de faire 4 pas
au SAU
I l’existence d’un de ces signes justifie la prescription de radiogra-
phies
c A titre indicatif, les différentes atteintes sont :
I les lésions osseuses :
• fracture des condyles fémoraux dans des trauma directs à
haute cinétique. L’association est alors fréquente avec des
fractures de la patela et possible avec des fractures du
cotyle
• la fracture de la patela est faite par un trauma direct
• la fracture des plateaux tibiaux est également due à des
trauma directs et également des trauma indirects lors de la
réception d’une chute sur le tiers supérieur de jambe
I les atteintes méniscales.
• elles sont rarement isolées, survenant lors d’un trauma-
tisme indirect en compression par une chute sur les pieds,
les genoux étant en extension. Elles sont souvent asso-
ciées soit à une fracture du plateau tibial, soit à une
entorse grave du compartiment du ligament colatéral
médial.
C - Pronostic
Le pronostic fonctionnel d’une entorse est lié au degré d’atteinte du ligament
croisé antérieur. C’est un diagnostic difficile aux urgences. Cela justifie une
consultation spécialisée à distance.
D - Traitement
L’antalgie aux urgences est à administrer dès l’arrivée
c Elle doit associer l’immobilisation et l’antalgie médicamenteuse. Cette der-
nière se fera en parentéral avec une prescription de Propacétamol
(Perfalgan®). Cette antalgie peut être complétée, selon l’importance de la
douleur et des lésions par de la Morphine en IV.
c Ces mesures doivent être mises en oeuvre avant tout examen clinique ou
radiologique.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Traumatologie > 165

Lors d’une suspicion d’entorse


c Les orientations thérapeutiques initiales visent au confort du malade et un
traitement anti-oedémateux pour permettre un examen clinique complet
lors de la deuxième consultation. Cela comprend :
I repos par l’arrêt de la mise en charge de l’articulation. Cela justifie
l’utilisation de cannes anglaises
I l’immobilisation, soit par une attelle plâtrée postérieure, le genou
fléchi à 10°, prenant de la racine de la cuisse jusqu’aux malléoles,
soit par des attelles préfabriquées que l’on achète en Pharmacie
(attelle de type Zimmer)
I l’élévation du membre inférieur doit être maintenue aussi long-
temps que possible
I les traitement médicaux adjuvants sont :
• traitement antalgique comportant d’emblée des médica-
ments de la classe 2 de l’OMS qui associent au paracéta-
mol, soit de la codéine, soit du dextro-proproxyphène
• un traitement anti-inflammatoire non stéroïdien, en cas de
non contre indication, (ulcère évolutif, dernier trimestre de
la grossesse) ou en respectant les précautions d’emploi
(prise au moment du repas, autre mode contraceptif en cas
de port d’un dispositif intra-utérin).

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


166 > Traumatologie >
E. Hinglais, E. Roupie, J.L. Lejonc
9 c Traumatismes de la cheville
A - Définition
Une entorse de la cheville se définit comme une atteinte de l’appareil
ligamentaire de l’articulation tibio-tarsienne, quelle que soit la sévérité de l’atteinte
ligamentaire.
Du fait de sa rareté et de son association fréquente avec une fracture bi-
malléolaire, ne sera pas abordée ici l’entorse du ligament collatéral médial mais
uniquement les atteintes du ligament collatéral latéral.
La démarche diagnostique est avant tout clinique et doit se faire en deux temps:
• le premier temps se fait aux urgences et permet d’affirmer le diagnostic
pour ainsi mettre en place une thérapeutique à visée antalgique.
• le second temps, sera fait entre j3 et j5 permettant de confirmer le diagnostic
et surtout d’apprécier l’importance de la lésion ligamentaire pour ainsi orien-
ter vers une thérapeutique adaptée.

B - Eléments importants
Affirmer le diagnostic veut dire élimination des diagnostics différentiels
c une fracture malléolaire ou du pilon tibial
c les fractures du thalus et du calcanéus
c une luxation des tendons des fibulaires latéraux
c les lésions de la syndesmose fibulo-tibiale, de la membrane interosseuse, les
fractures associées de la fibula
c les lésions de l’articulation transverse du tarse
c les lésions du tendon calcanéen
c les décollements épiphysaires de la malléole fibulaire chez l’enfant
Pièges
c Ne pas méconnaître également 2 diagnostics associés à l’entorse qui sont :
I l’arrachement de la base du 5ème métatarsien
I une atteinte de l’articulation fibulo-tibiale supérieure
Examen clinique initial
c Il va permettre de dégager les indications radiologiques soumises aux règles
d’Ottawa (Cf.Infra). Cet examen comprend l’interrogatoire, l’inspection (toujours
comparative) et la palpation.
c L’interrogatoire précise :
I les circonstances de survenue. Cela retrace l’anamnèse en s’atta-
chant sur la violence du traumatisme, le mécanisme lésionnel et le
délai entre le traumatisme et la prise en charge aux urgences. Dans
le cas d’une entorse de la talo-crurale, le mécanisme est un varus du
pied ou un mécanisme de varus inversion. Tout autre mécanisme doit
faire suspecter d’autres lésions
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Traumatologie > 167

I les signes fonctionnels : la perception d’un craquement lors du trauma-


tisme et l’évolution des douleurs sont des signes classiques mais
qui ne préjugent pas de l’importance de la rupture ligamentaire.
Par contre, l’instabilité et l’impotence fonctionnelle au moment de
l’accident et persistant lors de l’examen, témoignent de la sévérité
du traumatisme
I le terrain : l’âge modifie la nature des lésions (un traumatisme de
cheville est un décollement épiphysaire chez l’enfant jusqu’à
preuve du contraire). et après 55 ans la fragilité osseuse est
accrue et la sémiologie moins typique. Il est également important
de préciser l’existence d’antécédents traumatiques sur cette che-
ville
c Examen clinique
I Il se déroule en deux temps : tout d’abord pour évaluer clinique-
ment la probabilité d’une fracture ou d’une complication associée
justifiant une prescription de radiographies et un second temps
pour faire une première évaluation de l’importance des lésions
ligamentaires.

c Attention pièges : la négativité de la recherche des signes de laxité, dans


une situation post-traumatique aiguë, n’exclue pas la rupture ligamentaire
car elle peut être due à la douleur, un oedème ou une contraction muscu-
laire.
La radiographie
c La prescription de radiographie est soumise à la positivité d’un des critères
suivants :
I un age <18 ans et >55 ans
I une impossibilité de réaliser quatre pas à l’issue du traumatisme
ou aux urgences
I une douleur provoquée à la palpation
• sur la crête de la maléole latérale sur une hauteur de 6cm
à partir de la pointe
• sur la maléole médiale sur une hauteur de 6cm à partir de
la pointe
• de l’os naviculaire
• de la base du 5ème métatarsien
c dans tous les cas pour tout patient dont l’âge est inférieur à 12 ans ou supé-
rieur à 55 ans. Elle est également indiquée lorsqu’il existe une douleur à la
palpation de l’articulation fibulo-tibiale supérieure.
c les incidences sont au nombre de 2. Il s’agit d’un profil (en faisant attention
que le pied ne soit pas en équin) et d’une face en rotation interne de 20°
(ou centré sur le 4ème métatarsien) permettant ainsi de dérouler l’ensemble
de la pince tibio-fibulaire et le dôme talien
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
168 > Traumatologie >

c peuvent être associées des incidences ciblées sur le pied en fonction de


la suspicion de lésions associées. Cela est vrai lorsqu’il existe, de manière
associée, une douleur du cou de pied accompagnée d’une douleur à la
pression des os du tarse (scaphoïde tarsien et naviculaire) ou une sensi-
bilité à la palpation osseuse de la base du 5ème métatarsien.
C - Pronostic
En cas d’entorse de la tibio-tarsienne isolée, le pronostic fonctionnel, lié à l’impor-
tance de l’atteinte ligamentaire, ne pourra réellement être apprécié qu’à la
deuxième consultation.
Le pronostic initial reste donc la mise en évidence d’un diagnostic différen-
tiel, seul garant d’une prise en charge chirurgicale précoce.

D - Traitement
Les orientations thérapeutiques initiales visent au confort du malade et à un
traitement anti-oedémateux pour permettre un examen clinique complet lors
de la deuxième consultation entre J3 et J5. Cela repose sur l’application des
principes popularisés sous le terme de “Rice” (rest, ice, compression, eleva-
tion).
c Le repos par la diminution ou l’arrêt de la mise en charge de l’articulation
I ils dépendent de la douleur. Cela justifie l’utilisation de cannes
anglaises. Il peut être discuté la mise d’une attelle postérieure mainte-
nant la cheville à angle droit selon le terrain, le contexte et l’impor-
tance des phénomènes algiques.
c Le glaçage
I la méthode la plus fréquente utilise une poche remplie de glaçons
et d’eau à poser sur la peau par l’intermédiaire d’un ligne mouillé.
Elle est maintenue par une bande élastique pendant une période
de 20 à 30 minutes, répétée 4 fois par jour.
c La compression
celle peut être réalisée par des blocs de mousse péri-malléolaires maintenus
par des bandes élastiques. Elle peut être également réalisée par des attelles
comportant des compartiments gonflables.
c L’élévation du membre inférieur
I elle doit être maintenue aussi longtemps que possible.
c Un traitement médical adjuvant, notamment antalgique, est prescrit.
I il s’agit avant tout du Paracétamol mais peut comporter d’emblée
des médications de la classe 2 de l’OMS qui associe au paracéta-
mol soit de la codéine soit du dextro-propoxyphène. Par ailleurs,
même si leur utilisation est courante, les AINS n’ont pas, à ce jour,
démontré leur bénéfice.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Traumatologie > 169
D Pateron, J Manamani
10 c Traumatisme de l'avant-pied et
du pied
A - Définition
Le pied et l'avant pied comporte plusieurs articulations, l'articulation sous
talienne (sous astragalienne), l'articulation transverse du tarse (Chopart) et l'ar-
ticulation tarso métatarsienne (Lisfranc). Cet ensemble permet des mouvements fins
d'adaptation au sol malgrè la charge importante qu'il supporte.

B - Points importants
c Se méfier des phlébites en cas de fracture
c Le traitement est souvent fonctionnel
c Le mécanisme du traumatisme renseigne sur les lésions potentielles à rechercher.
I Traumatismes directs :
• chute sur le talon : lésions osseuses au premier plan : calcaneus
et talus
• Impact sur l'avant-pied
• pied posé sur le sol en appui : si l'agent vulnérant est large, les
lésions osseuses sont au premier plan, si l'agent vulnérant est fin
et tranchant les plaies interessant rapidemnt les tendons qui sont
juste sous cutanés sont à craindre
• pied sans appui sur le sol : lésion possible des métatarses et du tarse
I Impact postérieur : lésion du tendon d'Achille
c L'examen clinique précise s'il existe un gros pied oedémateux et des hématomes
ainsi que la localisation des hématomes et de douleurs exquises. L'existence
d'anesthésie, de paralysie ou de modification des pouls sont des signes de gravité
c Radiologie :
I pied de face et profil
I éventuel profil oblique interne dégageant l'ensemble des os du pied
I éventuel incidence rétro-tibiale : calcaneus
C - Traitements selon la lésion
L'antalgie est à administrer dès l'arrivée aux urgences
Rupture du tendon d'Achille
c Sujet jeune et sportif
c Sensation de coup porté sans traumatisme avec impossibilité de monter sur la
pointe du pied
c Perte de l'équinisme et signe de Thomson positif (la compression des gas-
trocnémiens, patient en décubitus ventral sur un brancard ne provoque pas
d'extension du pied)

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


170 > Traumatologie >

c Le traitement est essentiellement chirurgical


c Botte platrée en équin en attente

Fracture du Talus
c Responsable d'une impotence fonctionnelle totale
c Il faut apprécier l'état de la peau
c Il s'agit soit d'une fracture totale par impaction de l'avant pied ou par chute
sur les talons, soit d'une fracture parcellairecompliquant une entorse de la
talocrurale ou de la sous talienne
c risque d'arthrose ou d'ostéonécrose important
c fracture non déplacée
• botte plâtrée 6 semaines sans appui sous couvert d'anticoagulant
, avec pied surélevé et antalgiques
• consultation avec radiographie de controle à 8 jours
• Rééducation
c fracture déplacée : avis chirurgical

Fracture du calcanéus
c Elle est due au cisaillement du calcanéus entre le sol et le poids du talus (astra-
gale)
c secondaire à une chute supérieure à deux mètre, en général un homme
c responsable d'oedème, d'un talon élargi, d'un hématome plantaire,
c reherche d'une ouverture cutanée, de phlyctène, des pouls
c Radiologie
• radio face, profil et incidence rétro tibiale
• S italique couché de profil, angle de Bohler entre 20° et 40°
normal. recherche d'un enfoncement du thalamus
• Enfoncement vertical le plus fréquent ou mixte
c Scanner en plan sagittal et frontal avec reconstruction
c Traitement orthopédique par platre à chambre talonnière si fracture non
déplacée, parcellaire ou traitement fonctionnel
c Fracture thalamiques : avis chirugical

Luxation sous astragalienne


c Rare
c luxation sous astragalienne interne la plus fréquente 85% la tête de l’astra-
gale est en dehors et le pied en dedans; choc violent le plus souvent avec
ouverture cutanée
c urgence chirurgicale, réduction sous anesthésie générale
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Traumatologie > 171

Entorse sous astragalienne


c Due à un mouvement contrarié ou exagéré d’inversion
c Un oedème sous malléolaire peut être présent
c Radio normale; recherche d'un arrachement du rebord supérieur de l'os naviculaire
(scaphoide)
c traitement fonctionnel en cas d'entorse simple, par botte plâtrée pendant 21
jours en cas d'entorse sévère

Entorse medio tarsienne


c Liée à un mouvement en varus forcé
c Possible hématome médio pédieux
c Pas de gravité
c cannes anglaises sans appui pdt 10-15j

Fracture du naviculum (scaphoïde tarsien)


c La fracture du naviculum est associée à un entorse de l'articulation de
Chopart lorsqu'elle est parcellaire ou complète lorsqu'il y a une impaction
c Il existe une écchymose du dos du pied avec une saillie dorsale en cas de
luxation associée
c La radiographie standard est complétée par un scanner
c Le traitement par botte platrée pendant 45 jours est indiqué si il n'y a pas de
déplacement
c Le traitement est chirugical dans les fractures déplacée et comminutives
Fracture des cunéiformes et cuboïdes
c Elle est liée plutôt à un mécanisme d'écrasement pour le cunéiforme et à un
choc direct externe pour le cuboïde
c Il faut rechercher une douleur exquise
c Le traitement consiste en une botte plâtrée avec talonnette d'appui sur l'arrière
pied pendant 6 semaines sous anticoagulant ou en une chaussure de Baruck

Fracture des métatarsiens médians


c Liée à un mouvement d'hyper flexion ou d'hyper extension de l’avant pied ou
par choc direct ( chute d’objet )
c Le traitement est fonction du déplacement
c marche soulagée 3 semaines avec appui talonnier par chaussure de Baruck
c traitement chirurgical en cas de déplacement
c consolidation avec appui car sinon cal vicieux
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
172 > Traumatologie >

Fracture de la base du V métatarsien


c Mécanisme d'entorse de la cheville en varus-rotation interne
c Il existe une douleur exquise et un hématome
c La radio de profil oblique interne dégage le Vème métatarsien
c L'évolution peut se faire vers pseudo arthrose
c Le traitement consiste en un plâtre avec appui 1 mois s'il n'existe pas de
déplacement associé à la prescription d'anticoagulant ou fonctionnel (béquil-
lage et chaussure de Baruck®)
c Chirurgie en cas de déplacement important
Fracture du I métatarsien
c Le premier métatarsien joue un rôle important dans l’architecture du pied
c La fracture est due le plus souvent à un choc direct par écrasement. La
peau peut être lésée
c Le traitement est chirurgical le plus souvent
Luxation métatarso phalangienne des orteils
c Il faut faire attention au premier métatarsien du fait du risque d’incarcéra-
tion des sésamoïdes lors de la réduction
c La manoeuvre de réduction consiste à tenir l'orteil atteint dans sa partie
proximale et à pousser le segment distal à l'aide des pouces de l'examina-
teur
c S'il ne s'agit pas d'une atteinte du I métatarsien, on peut effectuer une traction
dans l’axe

Fracture des phalanges des orteils


c Elles sont généralement secondaires à un traumatisme direct
c Il existe fréquemment une contusion cutanée ou hématome sous unguéal
c Le traitement consiste en une syndactylie de 2 à 3 semaines et une
hrombonisation en cas d'hématome sous unguéal

Luxation inter phalangienne des orteils


c La luxation la plus fréquente est celle de l'IPP
c Le traitement est la réduction suivie d'une syndactylie

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Divers > 173
J.L. Mégnien
1 c Hypertension artérielle aux urgences

A - Définition
Il faut savoir distinguer l'hypertension artérielle simple qui est fréquem-
ment constatée aux urgences de l'urgence hypertensive caractérisée par une
souffrance multiviscérale et qu'il faut traiter immédiatement.
Il faudra donc avant tout évaluer la tolérance fonctionnelle et recher-
cher une atteinte polyviscérale, cardiaque, rénale, cérébrale et oculaire.

B - Points importants
c L'urgence hypertensive vraie est une situation rare. En fait, l'hypertension
artérielle rencontrée aux urgences n'a souvent pas besoin de traitement
immédiat. L'épistaxis, les acouphènes ou les céphalées ne sont pas à eux
seuls des signes de souffrance viscérale.
c Le traitement ne doit donc pas être indiqué en fonction des chiffres de pres-
sion mais du contexte pathologique.

Diagnostic
c La difficulté ne tient pas tant au diagnostic de la simple crise hypertensive
qu'une mesure minutieuse après repos de la pression artérielle (PA)
pourra confirmer, qu'à l'appréciation de la défaillance multiviscérale (impor-
tance du fond d'œil).
c L'encéphalopathie hypertensive :
I Le tableau clinique associe une symptomatologie neurologique
variée composée de céphalées, nausées vomissements, troubles
neurosensoriels visuels ou auditifs, troubles de la conscience et
dans les formes graves crises convulsives.
c L'hypertension artérielle maligne :
I Le tableau clinique polymorphe associe des signes neurologiques
(céphalées, confusion, somnolence, voire un coma) et rénaux
avec l'apparition rapidement progressive d'une insuffisance rénale
par néphroangiosclérose faisant le pronostic de cette affection qui
peut entraîner une microangiopathie thrombotique avec thrombo-
pénie, anémie hémolytique.
Cas particulier
c Les accidents vasculaires cérébraux : le diagnostic d'un accident vasculaire
cérébral parfois difficile est essentiel. L'intérêt d'une thérapeutique anti-
hypertensive pour éviter un saignement secondaire ou un œdème cérébral
est à apprécier par rapport au risque d'une baisse trop importante de la PA,
néfaste pour la perfusion cérébrale. On aboutit en règle à l’abstension thé-
rapeutique.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


174 > Divers

c L’insuffisance coronarienne aigue, l’insuffisance ventriculaire gauche décompen-


sée, la dissection aortique, la prééclampsie et l’éclampsie sont des situa-
tions où le traitement anti-hypertensif est à discuter.
c Les hypertensions cathécholinergiques : cocaïne, amphétamines, sevrage
à la clonidine, phéochromocytome posent des problèmes thérapeutiques parti-
culiers.
Les pièges
c La surestimation des chiffres tensionels est habituelle. La mesure de la PA
est un acte technique difficile qui nécessite de la précision. Il faut donc répé-
ter cette mesure en respectant des règles élémentaires (patient au repos, ras-
suré ; brassard de taille adaptée au bras dont la poche a été positionnée en
face de l'artère humérale ; pavillon du stéthoscope libre, dégagé du bras-
sard).

c Chez le sujet initialement normotendu comme c'est souvent le cas chez l’en-
fant ou la femme enceinte, l’encéphalopathie hypertensive peut apparaître
pour des pressions de l’ordre de 150/ 100 mm Hg. Il est donc important d'ap-
précier la tolérance fonctionnelle dans ces deux situations, même pour une
élévation modérée de la PA.

C - Gravité

L'encéphalopathie hypertensive, l'hypertension artérielle maligne et l'éclamp-


sie représentent les formes les plus graves, péjoratives sur le plan pronos-
tique.

D - Traitement

c Hypertension artérielle simple


I rassurer le patient, le mettre au repos (un lit c'est mieux qu'un brancard !)
I traiter les facteurs déclenchants (douleur, anxiété)
I mesurer plusieurs fois la PA (surveillance par un système automa-
tique, type Dinamap).
I ces simples mesures suffisent souvent à baisser les chiffres de pres-
sions (PAS < 180 mmHg et PAD < 110 mmHg) et à renvoyer le
patient à son médecin traitant.
I si la PA reste élevée un traitement per os pourra être proposé par
de la nicardipine (Loxen®) 20 mg per os en proscrivant l'administra-
tion de nifédipine (Adalate®) par voie sub-linguale (risque d'hypoten-
sion, effet trop bref)

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Divers > 175

c Hypertension satellite d’une pathologie


I accidents vasculaire cérébraux: traiter si PA>200-120 mmHg
I insuffisance ventriculaire gauche : dérivés nitrés, furosémide
(Lasilix®)
I hypertension catécholinergiques: labétalol (Trandate®), esmolol
(Brévibloc®)

c Urgences hypertensives
I la prise en charge spécialisée devra s'effectuer en unité de soins
intensifs de façon à mettre en route les traitements IV de l'urgence
hypertensive ainsi que les traitements spécifiques (dissection aor-
tique, CIVD compliquant une hypertension artérielle maligne).
I lorsqu’il existe une souffrance viscérale le traitement doit pouvoir
baisser la PA tout en maintenant une perfusion suffisante aux
niveaux des organes. Ainsi la normalisation de la PA doit être évi-
tée dans les premiers jours, en se contentant d’une baisse de la pres-
sion aux environs de 160/100 mm Hg (à l'exception des urgences
cardiovasculaires).
I types d’anti-hypertenseurs utilisés aux urgences :
• nicardipine (Loxen®) IV (Ampoules à 5 et 10 mg)
- doses initiales : pour un effet rapide 1 mg en IVD/mn
jusqu’à une dose cumulée de 10 mg
- doses d’entretien : 0,5 à 5 mg/h avec adaptation par
palier de 0,5 mg/h ou relais par voie orale nicardipine
(Loxen®) 20mg, 1cp toutes les 8 heures)
• urapidil (Eupressyl®) (Ampoules à 25 et 50 mg)
- doses initiales : 25 mg en 20 secondes IV, à renouve-
ler éventuellement 1 ou 2 fois 5 min après.
- doses d’entretien : 10 à 30 mg/h

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


176 > Divers >
J. Schmidt, T. Mathevon
2 c Fièvre au retour d’un pays tropical
A - Définition
Les infections spécifiquement tropicales représentent près de 50 % des
cas de fièvre survenant au retour d’un pays (sub-)tropical ; les infections
nécessitant un traitement urgent doivent être recherchées en priorité : palu-
disme (la plus fréquente), fièvre typhoïde, shigellose, rickettsiose et abcès
amibien du foie.

B - Points importants
Diagnostic
c Interrogatoire
I le patient : antécédents pathologiques (diabète, néoplasie, infec-
tion à VIH), traitements immunosuppresseurs en
cours (corticothérapie), prophylaxie anti-infectieuse (anti-
palustre, vaccinale, immunothérapie passive, préserva-
tifs).
I le voyage : pays (et les régions dans le pays) visité, saison, durée,
conditions hôtelières, boissons, escales.
c Examen clinique
I la fièvre et son type
I les signes cliniques associés :
• neuropsychiatriques :
- troubles de la conscience ou crises comitiales : palu-
disme
- méningoencéphalites : bactériennes (rickettsiose,
typhoïde) ; virales (herpès, arbovirose, VIH) ; parasitaires
(trypanosomiase)
• céphalées : paludisme, typhoïde, arbovirose
• Sd pseudo-grippal : hépatites virales, herpès, VIH
• douleur de l’hypochondre droit et ictère : surtout hépatites
virales, paludisme et amibiase, également leptospirose,
fièvre jaune
• Sd anémique : paludisme, leishmaniose viscérale
• splénomégalie : septicémie dont typhoïde; paludisme,
leishmaniose viscérale, borréliose
• adénopathies superficielles : surtout infections virales
(EBV, CMV, VIH), parfois parasitaire
• diarrhée contingente d'une infection bactérienne, virale ou
parasitaire (paludisme) ou directement liée à l’agent pathogène
: salmonelle, shigelle, colibacille, amibiase
• Sd hémorragique : arbovirose (dengue) , paludisme, leptospi-
rose, fièvre hémorragique virale
• autres : douleurs musculaires , trichinose
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Divers > 177

c Délai d'incubation
La plupart des maladies "exotiques" se déclarent dans les 15 premiers jours sui-
vant le retour
I < 7 jours : salmonelloses non typhiques, shigellose, trichinose,
arboviroses, fièvre hémorragique, borréliose, diphtérie
I 1 - 3 semaines : paludisme, amibiase hépatique, typhoïde, leptospirose,
fièvre hémorragique, trypanosomiase africaine
I > 3 semaines : paludisme, amibiase hépatique, hépatites, VIH,
tuberculose, brucellose, leishmaniose viscérale, trypanosomiase, rage

c Examens complémentaires
I Systématiques aux urgences
• hémogramme :
- anémie : paludisme, leishmaniose viscérale
- polynucléose : amibiase, leptospirose, trypanosomiase
africaine
- leucopénie : paludisme, arboviroses, typhoïde, leishmaniose
viscérale
- hyperéosinophilie : bilharziose invasive, trichinose, distomatose
- lymphomonocytose : primo-infection à VIH, EBV, hépatites
virales
- thrombopénie : paludisme, arboviroses, leishmaniose vis-
cérale, rickettsiose
• frottis sanguin et goutte épaisse : affirment l’accès palustre ; le
résultat du frottis sanguin est obtenu rapidement et précise
l’espèce en cause et la parasitémie. A répéter si forte suspiscion
et premier résultat négatif
• hémocultures : contributives dans les infections à germes pyo-
gènes dont la typhoïde (en plus du sérodiagnostic)
• ECG : avant traitement antipaludéen
I A discuter aux urgences :
• transaminases : franche augmentation oriente vers une hépatite
virale (surtout A)
• bilirubine : augmentée (fraction libre) au cours des hémolyses
accompagnant l’accès palustre
• ponction lombaire : permet d’affirmer le diagnostic de ménin-
gite ou de méningo-encéphalite.
• coproculture : permet l’isolement des salmonelles, des shigelles
et plus rarement des yersinia et campylobacter
• radiographie thoracique : peu contributive dans les infections
tropicales spécifiques, indispensable en cas de symptomatologie
respiratoire
• échographie abdominale : intérêt majeur en cas de suspicion
d’abcès amibien hépatique

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


178 > Divers >

I A discuter :
• examen parasitologique des selles : amibiase digestive ou
isosporose (sujets VIH)
• sérodiagnostics : hépatites A, B, C ; HIV (+ antigène P24),
rickettsiose, fièvre Q, typhoïde
• isolement sanguin des arbovirus affirmant la fièvre dengue
(confirmée par le test sérologique)
• myélogramme (+ culture) : indispensable au diagnostic de
leishmaniose viscérale

Eléments de gravité (Paludisme)


Imposent l’hospitalisation (en réanimation : caractères gras)
c parasitémie > 5 %
c notion d’hyperthermie sévère ( <40°) et persistante
c anémie sévère : hématocrite < 20 %, hémoglobine < 7 g/dL
c ictère clinique et biologique (bilirubinémie totale > 50 µmol/L)
c insuffisance rénale (créatininémie > 265 µmol/L) et oligurie (< 400 ml/ 24h)
c troubles métaboliques : hypoglycémie < 2,2 mmol/L, acidose
c hémoglobinurie macroscopique
c syndrome hémorragique, OAP, troubles hémodynamiques
c signes d’infection associée
c manifestations neuro-encéphaliques : céphalées intenses, désorienta-
tion temporo-spatiale, agitation, obnubilation, troubles de la conscience, convul-
sions, signes focalisés
c terrain : grossesse, splénectomie, immunodépression
c Diagnostic différentiel
Evoquer systématiquement toutes les autres causes de fièvre liées à des
infections ubiquitaires “ non tropicales ” (>50% des causes de fièvre) en
particulier pneumococcies, méningites à méningocoques, pyélonéphrites.

C - Traitement (Paludisme)

Un traitement doit être entrepris, y compris en l’absence de signe de gravité,


si la suspicion clinique est suffisamment forte même si un premier frottis est inter-
prété comme négatif.

c Accès simple à plasmodium falciparum (présumé non chloroquino-


résistant), vivax, ovale ou malariae ; sans vomissements
I Chloroquine (Nivaquine®) : 10 mg/kg/j à J1 et J2, 5 mg/kg/j de J3 à
J5
Attention : une prise de 25 mg/kg/j est mortelle par toxicité cardiaque

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Divers > 179

c Accès simple à plasmodium falciparum (présumé chloroquino-résis-


tant) ; sans vomissements
I Atovaquone + proguanil (Malarone®) : 4 comprimés en une prise à
renouveler 2 fois à 24h d‘intervalle soit 12 comprimés en 48h. Pas de
contre-indication en dehors d’allergie à l’un des constituants.
I Méfloquine (Lariam®) : 25 mg/kg en 2 ou 3 prises, espacées de 6
à 12 heures sur une seule journée
I Contre-indication : grossesse, convulsions, ATCD psychiatriques,
fièvre bilieuse hémoglobinurique, insuffisance hépatique sévère, hyper-
sensibilité à la méfloquine, traitement par Dépakine®
I En deuxième intention, Halofantrine (Halfan‚) : 24 mg/kg en 3
prises espacées de 6 heures, à prendre à distance des repas ;
faire une seconde cure une semaine après la première cure
I Contre-indication : grossesse et allaitement, allongement du QT
congénital ou médicamenteux, ATCD de cardiopathie, hypovitaminose
B, nombreuses interactions médicamenteuses à risque
I Quinine per os : 8 mg/kg 3 fois /jour pendant sept jours. Seul anti-palu-
déen utilisable en cas de grossesse.
I Contre-indication : troubles de conduction intra-ventriculaire

c Formes sévères ou compliquées ou avec intolérance digestive


I Quinine IV (Quinimax®, 125 mg d’alcaloides base / mL)
(Quinoforme®, 219 mg de quinine base / mL) : dose de charge de
17 mg/kg en 4 heures puis traitement d’entretien de 8 mg/kg toutes
les 8 heures en perfusions de 4 heures ou en perfusion IV conti-
nue. Relais per os dès que possible. Traitement pendant 5 à 7
jours (maxi 1,5 à 2 g/j)
I Contre-indication : troubles de conduction intra-ventriculaire
risque d’hypoglycémie justifiant un apport de glucosé IV et un
controle de la glycémie/4 heures
I Doxycycline (Vibraveineuse®)
100 mg 2x/j en association avec la quinine en cas de paludisme
à P. falciparum de sensibilité diminuée à la quinine (Sud-est
asiatique et Amazonie) (hors AMM)

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180 > Divers >

3 c Hypothermies
A - Définition
Une hypothermie se définit comme un abaissement de la température cen-
trale en dessous de 35°C. Il en existe deux types : les hypothermies à
“défenses maximales” ou accidentelles (alpinisme, noyade, naufrage, etc.) et les
hypothermies par atteinte de la commande centrale de la thermorégulation. Ces
dernières peuvent être d’origine toxiques, endocriniennes ou infectieuses. Des
formes mixtes sont communes et se rencontrent par exemple chez un patient
en coma éthylique exposé au froid.

B - Points importants
Diagnostic
c La prise de température se fera par des procédés fiables (thermomètre hypo-
thermique) et parfois invasif (sonde oesophagienne, sonde de Swann-Ganz).
c On distingue trois degrés d’hypothermie :
I Hypothermie légère (35°C-32°C)
• le patient est conscient, a froid, frissonne. Les réflexes ostéo-
tendineux (ROT) sont vifs
• il existe une pâleur cutanée avec une marbrure des extrémités
• la pression artérielle est normale ou augmentée. La fréquence
cardiaque est augmentée
I Hypothermie grave (32°C-28°C)
• il existe des troubles mineurs de la conscience (obnubilation,
dysarthrie, hypertonie)
• les ROT sont abolis. Les pupilles sont en myosis
• le frissonnement disparaît. La peau est cyanosée, sèche, elle
peut être le siège de gelures
• la pression artérielle et la fréquence cardiaque sont diminuées
proportionnellement à l’intensité de l’hypothermie
• l’ECG montre des troubles de la repolarisation à type d’allongement
du QT et d’inversion de l’onde T. Des ondes d’Osborn peuvent
se voir (crochetage de la branche descendante de l’onde R
surtout visible en D2)
• une bradypnée s’installe si la température descend en des-
sous de 30°C.
I Hypothermie majeure (< 28°C)
• un coma s’installe, profond, aréactif avec une rigidité musculaire
intense
• l’EEG est plat si la température est inférieure à 20°C
• les pupilles sont en mydriase aréactive
• la pression artérielle et le pouls sont difficilement perceptibles.
Il existe une bradypnée extrême voire une apnée. La bradycar-
die constatée sur l’ECG peut être inférieure à 20/min
• il y a un risque majeur de trouble du rythme à type de fibrillation
ventriculaire. Le tableau clinique réalise un état de mort apparent.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Divers > 181
Pièges F. Adnet
Il existe un risque majeur et non théorique de diagnostic erroné de mort avec rigidité
cadavérique. Seul, l’ECG et le réchauffement du patient peut corriger le doute diagnostic.
C - Pronostic
Tout patient en hypothermie doit être hospitalisé. L’âge, un mauvais état général ou
la présence de lésions associées (polytraumatisme) sont de mauvais pronostic. Un
patient avec une hypothermie grave ou majeure doit être hospitalisé en réanimation.
D - Traitement
Le premier geste est de soustraire le patient à un environnement froid et de l’isoler
grâce à une couverture de survie (gain de 0,5°C/h) qui assure un réchauffement
progressif. L’utilisation de première intention de catécholamines est contre-indiquée à
cause de l’hyperexatibilité ventriculaire majorée par l’hypothermie. Une oxygé-
nothérapie est systématique. En cas d’arrêt cardiaque, la fin des manoeuvres de réa-
nimation ne peut être décidé que lorsque le patient a récupéré une température
>32°C.
Schéma thérapeutique général
c Maintien des grandes fonctions vitales
I le maintien des fonctions vitales doit être prudent à cause du risque
majeur de survenue d’une fibrillation ventriculaire
I le collapsus sera corrigé par la perfusion prudente de macromolécules (500 mL)
I la bradycardie doit être respectée
I en cas de fibrillation ventriculaire, les chocs électriques externes (CEE)
sont en général inefficaces en dessous de 30°C. Après échec de trois
CEE successifs, le patient doit être réchauffé sous massage cardiaque
externe avant de renouveler les défibrillations
I les indications d’intubation endotrachéale et de ventilation mécanique doi-
vent être large dès l’apparition d’un trouble de conscience
c Réchauffement
I les techniques de réchauffement dépendent de la profondeur de l’hypo-
thermie
I en cas d’hypothermies légères, le réchauffement externe (actif ou passif) est
suffisant (couverture de survie). On peut utiliser les matelas chauffants,
la couverture chauffante, l’insufflation d’air chaud pulsé (air réchauffé
autour de 40°C)
I lors d’hypothermies sévères (< 32°C), on doit utiliser les techniques de
réchauffement interne (ces méthodes évitent la vasodilatation périphérique qui
aggrave le collapsus). Certaines de ces techniques (lavage gastrique
chaud, perfusion de liquides réchauffés, réchauffement de l’air inspiré) ne
peuvent être mise en oeuvre que dans des unités de soins intensifs pos-
sédant l’équipement nécessaire
I en cas d’extrême gravité (présence d’un ACR ou instabilité hémodynamique
gravissime) un réchauffement par circulation extra-corporelle peut être
envisagé. Celui-ci a l’énorme avantage de procurer un réchauffement
rapide (gain : 10-15°C/h) et de restaurer l’hémodynamique.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
182 > Divers >
D. Pateron, B. Bernot
4 c Accidents d’exposition
aux liquides biologiques

A - Définition
Risque de contamination par exposition à un liquide biologique (principale-
ment par le sang mais également par sperme, LCR, sérum, liquide pleural
etc...). La contamination peut se faire par contact avec une lésion cutanée, une
muqueuse ou par effraction cutanée par un objet pointu préalablement souillé
(aiguille, bistouri).
Les situations les plus fréquentes rencontrées aux urgences sont :
• les piqûres septiques ou la projection de liquides biologiques, notamment
dans le cadre professionnel
• les rapports sexuels non protégés (en particulier viols, rupture de préserva-
tif)

B - Points importants

VIH
c Le risque existe lors d'une exposition au sang ou par voie sexuelle
(agression sexuelle).
c Lors d’une exposition aux liquides biologiques, la plus grande angoisse est
liée à la transmission du VIH. Ce risque a été évalué à 0.3% lors d’un exposi-
tion au sang d’un patient VIH+ par piqûre d'aiguille. Ceci doit être expliqué
aux patients pour “dédramatiser” la situation.

Hépatite liée au virus B


c Le risque faible de transmission du VIH occulte parfois le risque plus élevé
de transmission de l’hépatite B chez le sujet non vacciné qui existe lors d'une
exposition au sang ou par voie sexuelle.
c Le traitement par immunoglobulines est efficace et ne doit pas être omis.
Hépatite liée au virus C
c Il n’y a pas de traitement médicamenteux à proposer aux urgences pour prévenir
la transmission de l’hépatite C.
c Le risque de transmission existe par le sang et est extrêmement faible par
voie sexuelle

C - Traitement

Le nettoyage immédiat
c Nettoyage par de eau et savon puis désinfection par de l’eau de Javel à 12°
diluée au 10éme ou à défaut par de l’alcool à 70° pendant un quart d’heure.
c C'est une mesure thérapeutique essentielle et probablement la plus efficace.
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
Divers > 183

Traitement préventif de l'hépatite B


c L’injection de gammaglobulines spécifique à la dose de 8 à 10 UI/ Kg en
IM (maximum 500 UI)
Traitement préventif du VIH
c Lorsque le traitement anti-rétro-viral est initié aux urgences (cf. arbre décision-
nel), il ne doit pas éxéder 48 heures et doit être réévalué dans ce délai par un
référent désigné dans l’hôpital
c L’efficacité du traitement anti-rétroviral est lié à la précocité de sa mise en
route, au mieux dans les 4 premières heures
c Lorsqu’un traitement anti-rétroviral est mis en route, il faut prévoir une
contraception efficace chez la femme en âge de procréer
c Anti-rétroviraux utilisés :
I zidovudine, AZT (Rétrovir®) : 250 mg per os matin et soir à 12
heures d’intervalle
I lamivudine, 3TC (Epivir®) : 150 mg per os matin et soir à 12
heures d’intervalle
I Combivir® utilisé préférentiellement est une combinaison des
deux précédents et s’utilise à la dose d’une gel. matin et soir
I indinavir (Crixivan®) : 800 mg per os à jeun trois fois par jour à 8
heures d’intervalle
I stavudine, d4T (Zerit®) : 40mg per os toutes les 12 heures pour
patients > 60 kg
I didanosine, ddI (Videx®) : 400 mg par jour en une ou deux prises
per os pour patient > à 60 kg
c Surveiller les transaminases et de la NFS

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


184 > Divers >

Choix du traitement anti-rétroviral devant un accident


d’exposition à un liquide biologique

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Divers > 185
J.L. Lejonc, E. Roupie, E. Hinglais
5 c Traitement de la douleur
aux urgences
c Toute douleur aiguë nécessite un diagnostic étiologique précis, d'où découlera
un traitement en rapport avec la cause. Cependant, la nécessité d'entreprendre
des investigations à but diagnostique ne doit pas entrer en concurrence avec
celle de traiter la douleur.
c L'existence et le retentissement de la douleur doivent être évalués dès l'arrivée
du patient aux urgences, éventuellement à l'aide de différentes échelles. La
plus utilisée est l'Echelle Visuelle Analogique, qui permet une auto-évaluation
de l'intensité de la douleur et surtout de son évolution par le patient. Lorsque
le patient ne peut pas communiquer normalement, en raison par exemple
d'une confusion mentale, la douleur est évaluée par les manifestations gestuelles
attestant celle-ci. Contrairement à une idée qui reste répandue, le contrôle de
la douleur aux urgences ne perturbe pas la qualité du diagnostic, y compris
dans les douleurs abdominales.
c Les médicaments utilisés pour le traitement de la douleur aux urgences sont,
en premier lieu, les antalgiques dits périphériques, dont le chef de file est le
paracétamol. Il peut être administré par voie orale, à la dose de 1 g renouvelable
toutes les 6 heures. Lorsque la voie orale n'est pas autorisée, le propacéta-
mol (qui est catabolisé en paracétamol dans l'organisme) peut être utilisé à
la dose de 2 g par voie IV.
c Dans certaines douleurs fréquemment rencontrées aux urgences, il est éta-
bli que les AINS injectables ont un effet antalgique très remarquable qui jus-
tifie leur utilisation en premier recours (coliques néphrétiques, douleurs den-
taires, douleurs pelviennes (dysménorrhée) et douleurs pleurales).
Contrairement au paracétamol, ces médicaments présentent des contre-indica-
tions (par exemple la grossesse) et des effets indésirables, notamment le
risque hémorragique.
c Lorsque la douleur ne peut être contrôlée par les antalgiques périphériques,
et dans les douleurs viscérales profondes (IDM), on fait appel aux antal-
giques centraux, et tout particulièrement à la morphine, qui est l'antalgique de
référence de cette famille.
c La voie IV est la voie la plus rapide et la plus fiable, les voies intramusculaires
ou sous cutanées ayant une résorption irrégulière et la voie orale (sulfate de
morphine) étant mal adaptée à l'urgence.
c Il est recommandé de faire une titration par injection IV fractionnée jusqu'à
obtention de l'effet antalgique désiré. La durée d'action de la morphine est de
4 heures et les réinjection doivent être administrées autant que nécessaire.
c Les autres traitements de la douleur sont l'immobilisation des fractures, et
l'utilisation des anesthésies locales, et notamment l'anesthésie loco-régio-
nale par technique du bloc (bloc crural, bloc périphérique, anesthésie troncu-
laire de la face).
Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011
186 > Divers >

Traitement de la douleur
aux Urgences

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Divers > 187

Transfusion de CGR : (anémie grave)

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


188 > Divers >

Transfusion de concentrés plaquettaires :


(thrombopénie grave < 20 000/µl)

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Divers > 189
B. Richard
1 c Médicaments de l’urgence
chez la femme enceinte

Risques spécifiques des médicaments chez la femme enceinte :


• pour l'embryon ou le fœtus : risque tératogène, risque abortif, effet indésira-
ble avant la naissance
• pour le nouveau-né : effet indésirable survenant après la naissance
• pour la mère : modification de l'effet de certains médicaments du fait de la
grossesse

La prescription des médicaments chez la femme enceinte doit être réduite


au minimum nécessaire. La gravité de la situation doit être prise en compte
pour l'utilisation de médicaments déconseillés voire exeptionnellement
contrindiqués.

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


190 > Douleurs thoraciques >

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


Remerciements > 191

• L’ANEMF remercie en premier lieu les auteurs de l’APNET, sans


qui ce guide ne pourrait exister. Notre attention se porte particuliè-
rement sur le président de l’APNET le Professeur HILLON, ainsi
qu’envers le Professeur PATERON et le Professeur QUENEAU qui
sont les coordinateurs de cet ouvrage

• Les partenaires financiers : GPM


CMV Médiforce

• Les partenaires logistiques pour le routage : GPM

• La société d’impression : Papier Vert

• L’ANEMF remercie enfin l’ensemble des équipes des associations


locales pour leur dévouement à la diffusion et à la communication
de ce guide

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011


192 > NOTES

Guidedes urgences médico-chirurgicales 2011