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La Naissance d’un parti politique

A. Qui peut créer un parti politique ?

Selon l’art. 6 de la constitution (voir également art. 10 de la sur les partis politiques), tout congolais jouissant
des droits civils et politiques a le droit de créer ou de s’affilier à un parti politique. Le droit à
la création et le droit à l’affiliation à un parti politique de son choix sont des droits
constitutionnels.

La constitution interdit au Président de la République, aux membres du gouvernement


d’exercer une quelconque activité au sein d’un parti politique (art. 96 et 97 de la constitution). Si on
s’en tient aux textes, ces restrictions ne concernent pas l’acte de création ou d’adhésion à un
parti politique.

Interdictions (restrictions)

La loi sur les partis politiques interdit aux Chefs coutumiers de créer ou d’adhérer à un parti
politique (art. 8 al. 3 de la loi sur les partis politiques référence 1.15.2 sur www.droitcongolais.info).

Elle indique que pour les magistrats, les membres des forces armées, les membres des forces
de l’ordre et des services de sécurité, les fonctionnaires et les agents de carrière des services
publics de l’Etat, il faut se référer aux textes particuliers qui les régissent (art. 8 al. 2 de la loi sur les
partis politiques référence 1.15.2 sur www.droitcongolais.info).

Enfin elle ajoute (art. 12 de la loi sur les partis politiques référence 1.15.2 sur www.droitcongolais.info) que pour créer
un parti politique tout fondateur doit :

- avoir l’âge de 25 ans au moins


- jouir d’une bonne santé physique et mentale
- être de bonne vie et mœurs
- s’agissant de sa formation avoir un graduat ou un titre équivalent ou même une
expérience professionnelle ou politique avérée
- avoir une résidence ou un domicile au pays
- n’avoir jamais été condamné pénalement pour une infraction intentionnelle non
effacée par une amnistie ou réhabilitation judiciaire.

Remarques

L’interdiction aux Chefs coutumiers de créer ou de s’affilier à un parti politique semble


contraire à la constitution. La loi sur les parti politique ne peut en principe interdire aux
Chefs coutumiers ce que leur accorde la constitution. De plus, la constitution n’a pas donné
mandat au législateur de faire une loi sur les formalités de la création ou de l’adhésion à un
parti politique. Rappelons à toute fin utile qu’une loi ou une disposition légale ne peut exister
sans fondement constitutionnel.

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S’agissant des magistrats, membres des forces armées, membres des forces de l’ordre,
membres des services de sécurité, des fonctionnaires et agents de carrière des services
publics, si restrictions il y a quant à la création ou à l’affiliation à un parti politique, elles
sont également vraisemblablement contraires à la constitution pour les mêmes raisons.

L’art. 221 de la constitution précise que tous les lois et règlements contraires à la constitution
sont abrogés.

Les autres restrictions (graduat, bonne vie et mœurs..), même si peuvent à première vue elles
peuvent se comprendre, leur conformité à la constitution est discutable.

Sur toutes ces questions il appartiendra au juge constitutionnel, lorsqu’il sera saisi, de
trancher.

B. Quelle est la procédure à suivre ?

1. Déposer en 3 exemplaires un dossier de demande d’enregistrement au Ministre de


l’Intérieur

Dans ce dossier y mettre :

• une demande d’enregistrement signée par au moins 3 fondateurs mandatés par


leurs pairs
• les statuts notariés signés par au moins un fondateur du parti politique par
province
• le procès-verbal de l’assemblée constitutive du parti
• le projet de société du parti
• une déclaration sur les biens et sources des revenus par le parti
• preuves de paiement des frais administratifs
• dossiers individuels de chaque fondateur

[CV signé et certifié sincère et véritable, photo passeport, attestation de naissance,


certificat médical récent délivré par 3 médecins de l’Etat ou agréés, certificat de
bonne conduite, vie et mœurs récent, extrait de casier judiciaire récent, attestation
de résidence délivrée par l’autorité administrative du lieu de résidence. Tous les
documents récents ne devant pas dater de plus de 3 mois] (cf. art.12 de la loi sur les partis
politiques référence 1.15.2 sur www.droitcongolais.info).

En l’espèce, les statuts sont des documents écrits fixant les règles de la structure et du
fonctionnement à l’intérieur d’un parti politique.

S’il y a un conflit dans un parti politique la question sera en dernier réglée par le juge
saisi. Celui-ci se fondera les statuts pour résoudre le litige. Un statut clair, complet et
précis est une garantie de stabilité au sein d’un parti et contribue certainement à

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réduire le conflit en amont mais également à les résoudre à posteriori. Les fondateurs
des partis seraient donc bien avisés d’avoir recours à des experts sur cette question.

Ces statuts doivent indiquer : le nom, les sigles et emblème du parti, le siège, les
conditions d’adhésion, de retrait et d’exclusion, les diverses catégories de membres
ainsi que leurs droits et obligations, les ressources et les modes d’établissement des
comptes, les règles des modifications des statuts, de dissolution et de résolutions des
différends, le régime disciplinaire, l’organisation administrative du parti (mode de
désignation ou de révocation des dirigeants, durée et étendue des mandats, pouvoir de
représentation). Ils doivent également comprendre l’engagement par les fondateurs de
respecter la constitution, le caractère national et non discriminatoire du parti et
contenir les principes à la base du projet de société (art. 13 de la loi sur les partis politiques référence
1.15.2 sur www.droitcongolais.info).

2. Dans les 30 jours ouvrables, le Ministre de l’Intérieur doit se prononcer sur la


demande d’enregistrement

Si les conditions sont remplies il délivre un arrêté d’enregistrement

Si les conditions ne sont pas remplies il donne 15 jours pour compléter le dossier

Par la suite :

Si le dossier est complété dans les 15 jours il délivre un arrêté d’enregistrement

Si le dossier n’est pas complété il refuse la demande en motivant sa décision

3. Si le Ministre de l’Intérieur ne s’est pas prononcé dans les 30 jours après le dépôt

Le parti est considéré comme enregistré (le récépissé du dépôt


tient lieu d’enregistrement si le Ministre ne délivre pas l’arrêté
dans un délai de 15 jours (voir art. 14 de la loi sur les partis politiques référence
1.15.2 sur www.droitcongolais.info).

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4. Si le Ministre de l’Intérieur rejette la demande d’enregistrement

Les fondateurs lésés peuvent recourir auprès du Ministre qui doit alors se prononcer dans les
15 jours.

5. Si le Ministre rejette le recours des fondateurs lésés

Les fondateurs lésés peuvent recourir dans les 60 jours auprès de la Cour Suprême de Justice
qui elle doit alors se prononcer dans les 15 jours.

(voir art. 14 de la loi sur les partis politiques référence 1.15.2 sur www.droitcongolais.info).

Remarques

Dans la mesure où la création d’un parti politique est un droit constitutionnel, le rôle du
ministre devrait uniquement se limiter à l’enregistrement du parti politique en s’assurant que
les conditions posées par la constitution sont remplies. Le législateur ne semble pas disposer
d’un mandat constitutionnel pour fixer des conditions supplémentaires. La question, si elle se
pose, devra être tranchée par le juge constitutionnel.

Par ailleurs, l’organisation de la procédure de recours, si tant est qu’elle soit nécessaire, est
discutable. Il aurait peut-être été plus judicieux de la part du législateur d’accorder la
compétence d’enregistrer les partis politiques à un service administratif subordonné au
Ministre. Ainsi en cas de refus d’enregistrement par ce service le lésé pourrait alors faire un
recours hiérarchique auprès du Ministre.

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