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Diagnostic de l’économie algérienne et propositions

de réformes
Présentation générale
Avril 2020
Alexandre Kateb
Table des matières
1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.1. Production et exportation d’hydrocarbures
1.2. Déséquilibre de la balance courante et options de redressement
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.1. Un déséquilibre structurel du solde budgétaire
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics
2.3. Stratégie de consolidation sur la période 2020-2024
3. Production, emploi et productivité
3.1. PIB et valeur ajoutée : aperçu général et contributions sectorielles
3.2. Emploi et chômage
3.3. Productivité totale des facteurs
3.4. Entreprises intermédiaires: le chaînon manquant
4. Catalyseurs de la croissance
4.1. Formation et apprentissage
4.2. Financement de l’économie
4.3. Environnement des affaires
4.4. Capacité d’absorption technologique
5. Scénarios de croissance à moyen et long terme
6. Conclusion générale
7. Recommandations
1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.1. Production et exportation d’hydrocarbures
• La rente pétrolière s’élevait à 700 USD/hab. en Algérie en 2017, contre 1700 USD/hab. au Kazakhstan et
5000 USD/hab. en Norvège et en Arabie saoudite.
• La rente rapportée à la population devrait continuer à décliner dans les années à venir. Le risque d’une
chute brutale et beaucoup plus prononcée que prévu de la production nationale d’hydrocarbures qui tend à
décliner depuis plusieurs années pourrait hâter la disparition de la rente.
Rente des hydrocarbures par habitant (USD) Valeur ajoutée et exportations d’hydrocarbures

Source : Banque mondiale. Source : Données ONS, Calculs de l’auteur.


1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.1. Production et exportation d’hydrocarbures

• À fin 2018, les réserves prouvées de pétrole


algérien s’élevaient à 12 milliards de barils soit Production d’hydrocarbures liquides (pétrole et dérivés)
moins de 1% des réserves mondiales.
• Les réserves algériennes de pétrole sont restées
stables mais la production a baissé de -2,5% par an
en moyenne sur la période 2008-2018.
• Le ratio des réserves pétrolières rapportées à la
production n’était que de 22 ans en Algérie à fin
2018, contre 66 ans en Arabie saoudite, 50 ans au
Nigéria et 43 ans au Kazakhstan.

Source : données BP 2019, calculs de l’auteur


1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.1. Production et exportation d’hydrocarbures

• Si l’on exclut les réserves de gaz de schiste, l’Algérie


possède 2,2% des réserves mondiales prouvées de Production de gaz naturel
gaz naturel, ce qui la situe au 10ème rang mondial à
l’aune de ce critère.
• La production algérienne de gaz naturel n’a
augmenté que de 1,1% par an en moyenne entre
2008 et 2018 contre une croissance de 2,5% par an
pour la production mondiale sur la même période.
• En conséquence, la part de marché de l’Algérie a
légèrement reflué, passant de 2,7% à 2,4% de la
production mondiale. Cette tendance devrait se Production d’hydrocarbures liquides (pétrole et dérivés)
poursuivre en raison de l’intensification de la
concurrence internationale.
• Les exportations de gaz naturel algérien sont
majoritairement destinées à trois pays européens:
Italie, Espagne et France. La croissance de la
demande sur ce marché devrait rester faible, voire
négative dans les années à venir.
Source : données BP 2019, calculs de l’auteur
1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.1. Production et exportation d’hydrocarbures
Les hydrocarbures brutes et leurs dérivés (produits pétrochimiques) représentent 98% des exportations totales
du pays. Ces exportations connaissent un déclin tendanciel en volume en raison de :
1. La baisse tendancielle de la production d’hydrocarbures liée à l’épuisement des méga-gisements
historiques (Hassi R’mel, Hassi Messaoud) et au sous-investissement chronique dans le secteur
2. La hausse soutenue de la consommation nationale d’énergie, liée à la croissance démographique, dans
un contexte où les prix des produits énergétiques sont maintenus à des niveaux artificiellement bas
Gaz naturel Pétrole

Source : Données du Ministère de l’énergie. Représentation de l’auteur.


1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.1. Production et exportation d’hydrocarbures
Nous avons simulé deux scénarios de croissance de la consommation intérieure d’énergie :
• Un scénario « énergivore » qui prolonge les tendances actuelles, avec une consommation d’énergie qui
croît de 5% par an sur la période 2020-2030.
→ Les exportations d’hydrocarbures baissent de -55% en 2030 par rapport à leur niveau de 2020.
• Un scénario de « sobriété énergétique » (réforme des subventions, politique d’efficacité énergétique,
investissement dans les ENR). La consommation d’énergie croît de 3% par an sur la période 2020-2030.
→ Les exportations d’hydrocarbures baissent de -35% en 2030 par rapport à leur niveau de 2020.
Scénario énergivore Scénario de sobriété énergétique
1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.2. Déséquilibre de la balance des paiements et options de redressement

• Les exportations algériennes dépendent de volumes


Propension moyenne à importer et FBCF
exportables d’hydrocarbures de plus en plus réduits, et
de prix soumis à de fortes pressions baissières.
• Les importations dépendent elles aussi indirectement
des revenus pétroliers à travers le rôle joué par ces
revenus dans la solvabilisation de la demande intérieure.
• Les importations ont connu une croissance de 9% par an
en moyenne sur la période 2000-2014, soit 2 points de
pourcentage de plus que la croissance du PIB hors
hydrocarbures sur la même période (6,9%).
• La propension moyenne à importer a atteint 35% de la
dépense nationale brute en 2008-2009, avant de se
stabiliser autour de 30%. Cette hausse est imputable à
une modification structurelle de la demande au profit de
la FBCF, dont la part est passée de 20% du PIB en 2000 à Source : Données ONS. Calculs de l’auteur.
plus de 40% du PIB en 2018.
1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.2. Déséquilibre de la balance des paiements et options de redressement

• Les importations de biens sont composées à environ un


Importations de biens en Md$ (2010-2018)
tiers de biens de consommation (produits alimentaires
et non alimentaires), à un tiers de biens intermédiaires
(intrants industriels) et à un tiers de biens d’équipement
• Entre 2014 et 2018, on constate une réduction des
importations, en valeur, qui a surtout concerné les
biens d‘équipement (-5,6 milliards de dollars) et les
produits alimentaires (-2,4 Md de dollars). Enfin, les
importations de biens intermédiaires hors énergie ont
régressé de -1,8 Md de dollars.
• Les produits importés les plus impactés par la réduction
des importations ont été le fer et l’acier (-52%), les
machines électriques (-38%), les véhicules (-35%), les
machines industrielles (-30%), les produits
pharmaceutiques (-29%) et les céréales (-25%).
Source : Douanes (DGID). Représentation de l’auteur.
1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.2. Déséquilibre de la balance des paiements et options de redressement

• Le déficit de la balance courante est passé de -16% du


Balance commerciale et balance courante (% PIB)
PIB en 2015-2016 à -13% du PIB en 2017 et -9,5% du PIB
en 2018. Ce déficit s’est à nouveau creusé en 2019 pour
atteindre -13% du PIB. En raison de la chute du prix du
pétrole survenue en mars 2020, le déficit de la balance
courante devrait exploser en 2020.
• Dans ces conditions, l’Algérie aura besoin de mobiliser
des solutions judicieuses pour résorber ce déficit:
dépréciation plus marquée du dinar, promotion de la
production nationale, promotion des IDE entrants,
révision de la politique commerciale.
• En dernier ressort, il faudra envisager le recours à
l’endettement extérieur. Il ne faut pas attendre pour cela
l’épuisement des réserves de change. En effet, d’après le
FMI, les pays mono-exportateurs doivent conserver des
réserves en devises pour couvrir au moins six mois
d’importations. Source : Banque d’Algérie, Banque mondiale.
1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.2. Déséquilibre de la balance des paiements et options de redressement

• Le déséquilibre de la balance courante a été financé par


IDE entrants nets en Algérie (% PIB)
une ponction croissante sur les réserves de change.
Mais la déplétion accélérée de ces dernières nécessite
de changer de stratégie.
Option 1: Les restrictions sur les importations
• Le gouvernement attribue la réduction des importations
sur la période 2014-2018 aux restrictions administratives
mises en œuvre depuis 2015. Or, ces mesures ont
surtout entravé la croissance et la création d’emplois,
sans réduire significativement le déséquilibre de la
balance des paiements.
Option 2: La réduction des dépenses publiques
• En réalité, la réduction des importations de biens et
services sur la période 2016-2018 est en grande partie
imputable à la consolidation budgétaire engagée à partir
de 2016, et plus particulièrement à la réduction des Source : Banque mondiale.
dépenses d’investissement public.
1. Balance des paiements : état des lieux et propositions
1.2. Déséquilibre de la balance des paiements et options de redressement

Option 3: L’ajustement par le canal du change


IDE entrants nets en Algérie (% PIB)
• Le redressement des comptes externes pourrait être
facilité par une reprise de la dépréciation du taux de
change nominal du dinar, dont l’ajustement a été
nettement ralenti à partir du printemps 2016.
Option 4: La relance des IDE entrants
• Une manière de financer le déficit de la balance
courante consiste à attirer davantage d’investissements
directs étrangers (IDE). Ces derniers ont été pénalisés
par un environnement des affaires dissuasif.
• L’assouplissement de la règle 51/49, acté par la loi de
finances initiale pour 2020, et la réduction des
attributions du CNI pourraient avoir un effet positif sur
les IDE.
• Néanmoins, même s’ils dépassent 3% du PIB, ces
derniers ne pourront à eux seuls assurer l’équilibre de la Source : Banque mondiale.
balance des paiements dans les années à venir.
Conclusion : la poursuite de la consolidation budgétaire, conjuguée à une dépréciation plus soutenue du
dinar, est la combinaison la plus réaliste pour redresser l’équilibre de la balance des paiements
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.1. Un déséquilibre structurel du solde budgétaire

• Au cours de la période 2000-2018, sur chaque dollar Fiscalité pétrolière budgétisée et recouvrée
d’hydrocarbures exporté au-delà de 3,5 Md$, l’Etat
algérien a récupéré en moyenne 76 cents sous forme de
revenus budgétaires.
• La fiscalité pétrolière budgétisée – c’est à dire hors
placement au sein du FRR – a représenté une part
significative des revenus prévisionnels de l’Etat : plus de
50% des recettes budgétaires prévisionnelles sur la
période 1999-2009 et près de 40% des recettes
prévisionnelles sur la période 2010-2019.
• Le FRR n’était censé n’être utilisé qu’en période de
baisse du prix du pétrole (en deçà de 35 dollars le baril).
Or, les lois de finances ont présenté des budgets de plus
en plus déficitaires, financés en ponctionnant le FRR.
Source : Données ONS et Ministère finances. Calculs
de l’auteur
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.1. Un déséquilibre structurel du solde budgétaire
• Le solde global du Trésor – incluant le solde budgétaire et les interventions spéciales (c’est à dire hors
budget) du Trésor - s’est progressivement creusé, allant jusqu’à dépasser 20% du PIB en 2011 et 2012
• Le déficit HH (hors recettes pétrolières) du Trésor public a atteint près de 50% du PIB HH en 2008. Il est resté
supérieur à 30% du PIB HH jusqu’en 2016. Néanmoins, hors recettes exceptionnelles (dividendes de la BA),
le solde global HH du Trésor (% PIB HH) ne s’est pas amélioré sur la période 2016-2018.
• Dans le sillage du contre-choc pétrolier de l’été 2014, le FRR a été mobilisé de manière intensive, jusqu’à son
épuisement complet début 2017, suite à la suppression de son plancher légal de 700 Md DA.

Exportations d’hydrocarbures et fiscalité pétrolière


2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics
La persistance d’un déficit public élevé est problématique à plusieurs titres. Elle peut se traduire par :
1. Une augmentation de la dette publique qui compromet la soutenabilité des finances publiques à moyen
et long terme.
2. Un « effet d’éviction » de l’épargne nationale au détriment de l’investissement privé
Lorsque le gouvernement emprunte de manière croissante auprès des institutions bancaires cela entraîne
une hausse des taux d’intérêt et réduit d’autant les capacités de prêt des banques aux entreprises.
3. Une aggravation du déficit de la balance courante, en vertu du phénomène de « déficits jumeaux »

Le redressement des finances publiques doit combiner l’action sur les recettes et sur les dépenses :
• Une plus grande mobilisation des recettes non pétrolières
• Dépréciation du dinar
• Réduction des dépenses fiscales
• Privatisations
• Une réduction des dépenses publiques rapportées au PIB
• Une optimisation des dépenses de fonctionnement et d’intervention
• Une rationalisation des dépenses d’équipement
• Un découplage des dépenses vis-à-vis des recettes pétrolières
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics
I. Une mobilisation plus efficace des recettes non pétrolières
1. Une dépréciation beaucoup plus Une reprise de la dépréciation du dinar se traduirait mécaniquement par des
soutenue du dinar algérien recettes en dinars plus élevées :
• La contrepartie en dinar des recettes fiscales pétrolières est directement
proportionnelle au taux de change USD/DZD.
• Un tiers des recettes fiscales non pétrolières – hors recettes
exceptionnelles – est directement lié aux importations (droits de douane
et TVA sur les produits importés).

2. La rationalisation des dépenses fiscales En 2015, les exonérations et exemptions d’impôts représentaient près de 890
explicites et implicites Md DA selon la Cour des Comptes (soit près de 5% du PIB) : 620 Md DA
d’exonération de TVA + 255 Md DA d’exemptions de droits de douanes
(subventions implicites et exonérations ou
exemptions fiscales) --> Les exemptions fiscales et les subventions implicites doivent faire l’objet
d’une budgétisation en inscrivant dans le volet recettes les recettes fiscales
perçues en l’absence des exemptions fiscales accordées, et dans le volet
dépenses la contrepartie correspondante sous la forme de « dépenses
fiscales ».
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics
I. Une mobilisation plus efficace des recettes non pétrolières
3. Une relance des privatisations Une relance des privatisations permettrait d’accroître de manière
exceptionnelle les recettes du Trésor public. Les privatisations pourraient
également alléger la pression sur les dépenses publiques, en réduisant le
(Sur la base d’une étude approfondie) soutien annuel accordé chaque année par l’Etat à des entreprises
structurellement déficitaires.

Une ouverture du capital et une introduction en bourse de quelques grandes


entreprises publiques telles que Air Algérie, Algérie Télécom, Djezzy et des
grandes banques et compagnies d’assurances publiques pourrait susciter un
choc de confiance et adresser un signal positif sur la volonté de l’Etat de se
désengager de la sphère économique.

Remarque : En l’absence d’un redressement préalable des entreprises en


question, la capacité de l’administration algérienne à mener un large
programme de privatisations est néanmoins sujette à caution. En toute
hypothèse, cela nécessitera un nouvel environnement des affaires et l’apport
de garanties suffisantes aux investisseurs nationaux et étrangers.
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics

II. L’optimisation des dépenses de fonctionnement 26


Multiplicateurs fiscaux
• Selon les calculs du FMI, les dépenses courantes ont peu Appendix II: Summary of Average Multipliers
d’impact sur la croissance du PIB en Algérie. Il est donc
indiqué de réduire en priorité ces dépenses, tout en Espioza And
Cerisola & Al.
continuant à rationaliser les dépenses de fonctionnement. Fiscal Policy Algeria
MENA Oil-
Exporting
Senhadji (2011):
(2015):
MENA Oil-
Indicator GCC
• Pour éviter une réduction brutale du pouvoir d’achat des Exporting
1 Year 3 Years 1 Year 3 Years 1 Year 3 Years 3 Years
fonctionnaires et/ou une dégradation de la qualité du
service public - alors que les besoins d’encadrement dans Total
0.3 0.4-0.5 0.3 0.5 0.2-0.3 0.4-0.7
l’éducation et la santé sont tributaires de la croissance Expenditures
démographique -, il n’y a guère d’autre solution que de Current
réduire certains transferts sociaux et certaines dépenses Expenditures
0.2-0.6 0.4-0.8 0.2-0.4 0.4-0.6 0.2-0.4 0.3-0.7 0.4

d’intervention:
Capital
Ø Subventions sur les produits énergétiques et alimentaires 0.3-0.5 0.7-0.9 0.5-0.7 0.9-1 0.2-0.3 0.6-1.1 1
Expenditures
Ø Subventions à un système de protection sociale déséquilibré
(santé et retraite) Source : FMI (2018)
Ø Subventions à l’acquisition de logements
Ø Subventions de fonctionnement et d’équipement pour les
banques et les entreprises publiques déficitaires
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics

II. L’optimisation des dépenses de fonctionnement Transferts sociaux (% PIB)


Ø Subventions sur les produits énergétiques
• Une hausse graduelle mais soutenue des prix et des taxes
sur les carburants, l’électricité, le gaz naturel et l’eau, être
assortie de l’activation des mécanismes de révision des
prix, devrait faire converger les prix de ces produits à des
niveaux suffisamment élevés pour infléchir la croissance
de la consommation intérieure et réduire les dépenses
budgétaires (dépenses de fonctionnement et dépenses
fiscales).
• Des mesures compensatoires doivent être mises en
œuvre (transferts ciblés, tranches sociales préservées,
subventions directes sous forme de « bons d’essence »)
pour préserver les catégories sociales vulnérables
(ménages à faible revenu) et en atténuer le coût pour les Source : Données FMI, MINEFI. Calculs de l’auteur.
activités les plus exposées (transport de personnes et de
marchandises, agriculture).
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics

II. L’optimisation des dépenses de fonctionnement


Ø Subventions sur les produits alimentaires de base
• La politique de soutien aux produits alimentaires de base – qui subventionne actuellement à la fois les
consommateurs et les producteurs, avec des « effets d’aubaine » bien documentés dans certains secteurs
comme la transformation céréalière et la transformation laitière.
• Plus généralement, il serait opportun de réfléchir à un nouveau système d’économie sociale et solidaire
qui permettrait de réduire l’engagement direct de l’Etat dans la sphère sociale, au profit d’acteurs associatifs
privés, tout en préservant les principes de justice sociale, de solidarité nationale et de mutualisation des
risques
• Sur la base d’un diagnostic approfondi, il est recommandé de définir un plan d’action pour libérer
graduellement les prix des produits alimentaires de base, en remplaçant le système actuel de subventions
– véritable « usine à gaz » bureaucratique – par un système de transferts monétaires ciblés pour les
consommateurs et par des incitations fiscales ciblées destinées à accroître la productivité des producteurs.
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics

II. L’optimisation des dépenses de fonctionnement


Ø La réduction des interventions spéciales du Trésor : déficit de la CNR et recapitalisation des banques et
entreprises publiques
• Il est urgent de redresser l’équilibre de la Caisse Nationale des Retraites (CNR), dont le déficit annuel
dépasse 3% du PIB, soit un besoin de financement 700 Md DA sur un volume total de cotisations de 1600
Md DA. Ce déficit pourrait dépasser les 1000 Md DA par an à l’horizon 2030 si rien n’est fait.
• La réforme des retraites devra combiner des ajustements significatifs sur les paramètres des différents
régimes de retraite par répartition (cotisations salariales et patronales, âge de départ à la retraites, nombre
d’années de cotisation et taux de remplacement effectif), avec une stratégie d’élargissement de la base
contributive (extension accélérée de la couverture retraite aux travailleurs indépendants non couverts à ce
stade), couplée à une politique destinée à accroître la participation des femmes à l’emploi (voir la section
consacrée aux question de travail et d’emploi).
• Hors soutien à la CNR, les dépenses « quasi-budgétaires » récurrentes comme la recapitalisation « furtive »
des banques (« stealth recapitalization ») et les assainissements périodiques des entreprises publiques
déficitaires, représentent également un fardeau financier conséquent pour l’Etat (3% du PIB par an en
moyenne, selon une étude du FMI).
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics

II. L’optimisation des dépenses de fonctionnement


Ø La refonte de la politique publique de soutien au logement à travers le recours aux PPP et l’optimisation du
parc de logements sociaux
• En 2018, le stock de logements était estimé à 9,6 millions d’unités avec un taux d’occupation moyen de 4,5
individus par logement. Sur ce stock, près de 2,5 millions étaient des logements de location dont la moitié –
soit 1,3 millions – étaient gérés directement par l’Etat. Le déficit actuel de logement avoisinerait près d’un
million de logements. Mais dans le même temps, 2 millions de logements sont inoccupés et 2,2 millions de
logements sont inachevés.
• Sur la période 2010-2014, 1,1 million de logements subventionnés ont été réalisés sur un total prévisionnel
de 2,7 millions, soit 41%. Pour le programme « AADL », le délai d’attente moyen était de 6 ans. Sur les
470 000 logements planifiés, 111 073 unités ont été réalisés au 31/12/2018 et 285 726 unités étaient en
construction à cette date.
• La refonte de la politique du logement doit faire l’objet d’une étude à part entière. Le droit au logement ne
doit pas être confondu avec un droit d’accès à la propriété immobilière. L’Etat devrait par conséquent se
retirer du logement promotionnel et recentrer son action sur le logement social, en externalisant la gestion
de ce dernier et en transférant la propriété aux bénéficiaires et/ou occupants.
• Par ailleurs, le financement du logement doit mobiliser davantage les mécanismes bancaires (crédit
hypothécaire) et les marchés financiers (titrisation des créances).
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics

III. La rationalisation des dépenses d’équipement


• L’Algérie a réalisé des progrès en matière d’exécution des projets d’investissement public. Néanmoins, des
lacunes subsistent en matière de contrôle des engagements de dépenses et de coordination
intersectorielle/interministérielle entre les différents niveaux d’administration : central (ministères, agences
nationales de moyens), régional (wilayas) et local (APC).
• L’amélioration de l’efficience de l’investissement public pourrait s’appuyer sur un recours plus
systématique aux partenariats publics privés (PPP), en concertation avec les grands bailleurs de fonds
internationaux : Banque mondiale, Banque africaine de développement, Banque européenne pour la
reconstruction et le développement, Banque islamique pour le développement, etc.
• Sur le plan institutionnel, le rôle d’une institution comme la CNED (Caisse Nationale des Etudes pour le
Développement) devrait être renforcé. En outre, un grand programme de formation devrait être lancé pour
sensibiliser aux PPP les agents publics chargés de la conception et de l’exécution des projets
d’investissements. Enfin, l’organisation du FNI (Fonds National d’Investissement) devrait évoluer pour
intégrer la nouvelle donne d’un recours accru aux financements publics-privés.
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.2. Options pour assurer le redressement des comptes publics

IV. Le découplage des recettes budgétaires vis-à-vis


Actifs du Fonds souverain norvégien
des revenus des hydrocarbures
• Il importe de moderniser le cadre budgétaire de gestion
des revenus pétroliers avec pour objectif premier de
découpler les dépenses publiques de l’évolution erratique
des recettes pétrolières.
• Ce cadre pourrait combiner la fonction de stabilisation
budgétaire avec une fonction de thésaurisation à long
terme des revenus pétroliers, à travers la création d’un
fonds pour les générations futures sur le modèle du Fonds
souverain norvégien, qui intégrerait également les revenus
exceptionnels de l’Etat.
• Ce nouveau cadre de gestion doit prévoir des garanties
suffisamment fortes sur le plan institutionnel – à la fois ex-
ante et ex-post – pour s’assurer que les règles mises en
places ne soient pas dévoyées.
Source : Norske Petroleum.
• L’adhésion de l’Algérie à l’Initiative sur la Transparence
dans les Industries Extractives (ITIE) permettrait de
renforcer la transparence et d’améliorer la gouvernance
des ressources naturelles.
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.3. Stratégie de consolidation sur la période 2020-2024

L’impact de la crise du coronavirus sur l’économie mondiale


• La pandémie du coronavirus Covid-19 qui s’est déclarée et propagée au premier semestre 2020 a entraîné
une crise mondiale sans précédent. Cette crise sanitaire mondiale a provoqué un crash sur les marchés
financiers, un effondrement du prix du pétrole et une récession mondiale synchronisée .
Ø Selon le FMI, l’économie mondiale pourrait se contracter de -3% en 2020, avec un rebond de +5,8% en 2020.
L’impact de la crise du coronavirus sur l’économie algérienne
L’Algérie est impactée par cette crise de multiples manières :
• La chute de -50% du prix du pétrole, survenue en mars 2020, devrait accroître très fortement les déficits
jumeaux (courant et budgétaire) en 2020.
• L’entrée en récession de la zone euro (-7,5% en 2020 selon le FMI), principal partenaire économique de
l’Algérie devrait se traduire par une chute de la demande pour le gaz naturel algérien
• Enfin, il faut souligner l’impact direct sur l’économie des mesures de confinement et de distanciation sociale
prises par les autorités pour endiguer la propagation de la pandémie.
Ø Pour l’Algérie, la contraction économique est estimée par le FMI à -5,2% en 2020, suivie d’un rebond de
6,2% en 2021.
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.3. Stratégie de consolidation sur la période 2020-2024

Simulation de la trajectoire des finances publiques sur la période 2020-2024


Nous avons réalisé une simulation en utilisant la méthodologie d’analyse de soutenabilité de la dette (Debt
Sustainability Analysis) élaborée par le FMI

Hypothèses macroéconomiques et budgétaires :


• Prix du Brent à 35 dollars le baril en 2020 suivi d’un retour graduel à 50 dollars le baril à l’horizon 2024
• Baisse du PIB de -5% en 2020 suivie d’un rebond de +2,6% en 2021. L’investissement et la consommation
privée reculeraient de -10% en 2020. Les importations se contracteraient de -25% en 2020.
• Une dépréciation cumulée de -50% du dinar vis à vis du dollar américain sur la période 2020-2024
• En 2020: Baisse des dépenses publiques de -14% en valeur en 2020 : -10% pour les dépenses de
fonctionnement et -20% pour les dépenses d’équipement. Réduction de -50% des recettes pétrolières de -
10% des recettes non pétrolières en 2020.
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.3. Stratégie de consolidation sur la période 2020-2024

Résultats de la simulation
En 2024, les dépenses publiques représenteraient à 33,5% du PIB en 2024 (contre 42% du PIB en 2019. Soit
20% du PIB pour les dépenses de fonctionnement (contre 24% en 2019) et 13% du PIB pour les dépenses
d’équipement (contre 17,5% en 2019). Le solde primaire atteindrait -6,8% du PIB à l’horizon 2024 et la dette
publique représenterait 85% du PIB.
• L’Etat devra, selon nos calculs, emprunter
de l’ordre de 30 milliards de dollars à
l’international sur la période 2021-2024.
• Dans un scénario de stress
supplémentaire (pétrole à 25$ /baril en
2020), il faudra emprunter entre 10 et 15
milliards de dollars additionnels.
• Le recours à l’endettement extérieur étant
inévitable, il faudra privilégier la dette à
long terme sur une base concessionnelle
(FMI, ..), en l’allouant exclusivement à
l’investissement
2. Finances publiques : état des lieux et propositions
2.3. Stratégie de consolidation sur la période 2020-2024

Résultats détaillés
3. Production, emploi et productivité
3.1. PIB et valeur ajoutée : aperçu général et contributions sectorielles
• L’Algérie a réalisé une croissance du PIB HH (hors hydrocarbures) de 6,9% par an en moyenne sur la période
2000-2014. Mais cette croissance s’est essoufflée à la suite de la chute du prix du pétrole survenue au
second semestre 2014. La croissance du PIB HH n’a été que de 3,2% par an sur la période 2015-2018.
• Ainsi que nous l’avons déjà souligné, la croissance de la dépense nationale brute a été réalisée grâce à un
effort considérable d’investissement, porté par l’Etat et les entreprises publiques. Par ailleurs, la
contribution du commerce extérieur a la croissance du PIB a été systématiquement négative.
PIB, PIB HH et dépense nationale brute Croissance de la dépense nationale brute Contributions à la croissance du PIB

Source : données ONS. Calculs de l’auteur


3. Production, emploi et productivité
3.1. PIB et valeur ajoutée : aperçu général et contributions sectorielles
• L’analyse des contributions sectorielles à la croissance du PIB HH sur la période 2000-2018 fait apparaître la
part prépondérante des services marchands (41%), suivie par celle du BTPH (20%) et de l’Agriculture (13%)).
• Les secteurs du commerce et des transports et communications représentent près de 85% de la valeur
ajoutée totale générée par les services marchands.
• À contrario, l’industrie a très peu contribué à la croissance totale du PIB HH, à hauteur de 7% seulement de
la croissance totale réalisée sur cette période.
PIB (2000, 2018) Contributions à la croissance du PIB

Source : données ONS. Calculs de l’auteur


3. Production, emploi et productivité
3.1. PIB et valeur ajoutée : aperçu général et contributions sectorielles

Ø Aperçu du secteur de l’agriculture Surfaces irriguées (en milliers d’hectares)


• La valeur ajoutée agricole représente près de 12% du PIB
total et de 15% du PIB hors hydrocarbures en valeur.
• La performance de l’agriculture se reflète dans un taux de
croissance annuel moyen (TCAM) de la valeur ajoutée
agricole de +6,2% par an sur la période 2000-2018
• Cette performance a été obtenue grâce à un effort
d’investissement massif engagé par l’Etat : la surface
irriguée a presque quadruplé entre 2000 et 2017. La baisse
de l’investissement public dans ce secteur, à partir de
2015, s’est traduit par avec un ralentissement de la
croissance agricole.
• Le défi majeur pour ce secteur consiste à accroître la
production agricole, tout en préservant des ressources Source : MADR
naturelles fortement menacées par l’intensification des
modes d’exploitation et les effets du changement
climatique.
3. Production, emploi et productivité 1- Evolution de la valeur ajoutée
3.1. PIB et valeur ajoutée : aperçu général et contributions sectorielles
La valeur ajoutée globale industrielle (hors hydrocarbures) dont le montant passe de 989,7 milliar
dinars en 2016 à 1062,0 milliards de dinars en 2017, enregistre un taux d’accroissement annu
• Aperçu du secteur de l’industrie +7,3%, soit une variation
Partssimilaire
du publicà celle et
relevée
du l’année
privéprécédente (+7,7%).
dans l’industrie
• La VA industrielle représentait 10% du PIB HH en volume
Structure de la valeur ajoutée hors hydrocarbures
au début des années 2000. Mais son poids a décliné pour Par secteur d’activité et secteur juridique
se stabiliser autour de 7% du PIB HH à partir de 2012.
• Au cours du dernier quinquennat (2014-2019), la politique 2015 2016 2017
d’avantages fiscaux et douaniers accordés à Intitulés / Agrégations Public Privé Public Privé Public Privé
(%) (%) (%) (%) (%) (%)
l’investissement productif a encouragé le développement
Eau & Energie 100,0 0,0 100,0 0,0 100,0 0,0
de l’industrie d’assemblage sur la base de kits CKD/SKD
Mines & Carrières 92,1 7,9 91,5 8,5 89,5 10,5
importés. I.S.M.M.E.E. 93,3 6,7 92,8 7,2 91,8 8,2
• Le secteur privé génère près de la moitié de la valeur Mat. Construction 54,0 46,0 52,8 47,2 50,8 49,2
ajoutée industrielle et prédomine largement dans Chimie & Plastiques 21,5 78,5 21,6 78,4 17,4 82,6
l’industrie agroalimentaire, qui représente 50% de la VA Agroalimentaires 13,2 86,8 12,8 87,2 12,5 87,5
Textiles
industrielle totale et 40% des emplois industriels. 12,8 87,2 12,7 87,3 11,5 88,5
Cuirs & Chaussures 15,6 84,4 13,6 86,4 12,2 87,8
• il importe aujourd’hui de mettre en œuvre des politiques Bois & papier 51,4 48,6 49,8 50,2 49,8 50,2
industrielles collaboratives qui intègrent pleinement les Industries Diverses 93,6 6,4 94,2 5,8 94,7 5,3
acteurs des branches et filières concernées, dans le cadre TOTAL 50,7 49,3 50,7 49,3 50,5 49,5
d’un dialogue permanent. Source : ONS

La part du secteur privé dans la valeur ajoutée (hors hydrocarbures) connait une relative stagnati
2015 et 2016 avec une légère reprise en 2017.

La structure de la valeur ajoutée dans les industries agroalimentaires entre les deux sec
juridiques s’est plus ou moins stabilisée et ce, depuis 2012. Cependant, la prédominance du se
3. Production, emploi et productivité
3.1. PIB et valeur ajoutée : aperçu général et contributions sectorielles

Ø Aperçu du secteur du BTPH


• La valeur ajoutée du BTPH représente près de 12% du PIB total et de 15% du PIB hors hydrocarbures en
valeur. Le BTPH est très dépendant de la commande publique. Il faut dès à présent concevoir un large
programme public de prise en charge et de reconversion ciblé pour les travailleurs du secteur.
• La formation et la professionnalisation de la main d’œuvre locale constitue un levier important pour
accroître la productivité du secteur et limiter le recours à la main d’œuvre étrangère, chinoise notamment
(estimée entre 40.000 et 80.000 ouvriers par an).
• Les pouvoirs publics et les banques doivent accompagner les opérateurs à l’international, à travers la
réforme de la réglementation sur les transferts de capitaux et la mise en place d’instruments de garantie et
de financement idoines pour des projets qui s’étalent sur plusieurs années.
3. Production, emploi et productivité
3.1. PIB et valeur ajoutée : aperçu général et contributions sectorielles

Ø Aperçu du secteur du tourisme


Nombre de lits hôteliers (en milliers)
• L’Algérie a reçu 2,7 millions de visiteurs en 2018. Un quart
de ces visiteurs était constitué des Algériens résidents à
l’étranger dont les entrées ont été divisées par deux
depuis 2014. À titre de comparaison, le Maroc a enregistré
12,5 millions de visiteurs et la Tunisie 8,3 millions de
visiteurs en 2018.
• Le budget du ministère du tourisme, déjà insignifiant (25
M$), a été réduit d’un tiers entre 2012 et 2018. Les
capacités hôtelières sont nettement insuffisantes.
• Le coût du transport aérien demeure prohibitif. L’Algérie
n’a pas ouvert son espace aérien, contrairement au Maroc
qui a signé en 2004 un accord d’Open Sky avec l’UE, et à la
Tunisie qui a négocié des accords directs avec les TO.
• Pour relancer le secteur, il est impératif de faciliter les
projets des investisseurs, en décentralisant les décisions,
d’investir massivement dans la formation et de conclure
des partenariats à l’international en adaptant l’offre aux
réalités de la concurrence régionale et mondiale. Source : Organisation mondiale du tourisme
3. Production, emploi et productivité
3.2. Emploi, informalité et chômage

Caractéristiques générales :
Indicateurs clé de l’emploi
Tableau n° 02 : Tableau synoptique de la population active
• En dehors du secteur public - 38% de l’emploi total, En milliers
soit l’un des ratios les plus élevés de la région AVRIL 2018 SEPTEMBRE 2018 MAI 2019
MENA –, l’essentiel des emplois créés sur la Masculin Féminin Total Masculin Féminin Total Masculin Féminin Total
période 1999-2019 se trouve dans le BTPH et le
Population occupée du moment 9 073 1 975 11 048 9040 1961 11001 9219 2062 11281
commerce, qui représentent la moitié des emplois
Employeurs & indépendants 2 751 411 3 162 2985 397 3382 3085 388 3473
privés. Un travailleur masculin sur cinq est
Salariés permanents 3 234 1 004 4 239 3159 1025 4184 3313 1141 4454
employé dans le BTPH. L’industrie manufacturière Salariés non permanents et
représente moins de 10% de l’emploi total. apprentis
2 973 483 3 456 2741 483 3223 2694 480 3174

Aides familiaux 116 76 192 155 57 212


• Les dispositifs publics de lutte contre le chômage 127 53 180

ont permis de créer 145 400 nouveaux CDD par an Population en chômage 900 478 1 378 988 474 1462 920 529 1449
en moyenne sur la période 2001-2016, pour une Population active du moment 9 973 2 453 12 426 10028 2435 12463 10140 2591 12730
enveloppe financière de 32,35 Md DA par an (soit Population âgée de 15 ans & plus 14 953 14 733 29 686 15044 14833 29877 15190 14967 30157
222 405 DA par poste de travail créé). Ces Taux d’emploi ( en %) 60,7 13,4 37,2 60,1 13,2 36,8 60,7 13,8 37,4
dispositifs ont permis de réduire le chômage et la Taux de chômage (en %) 9,0 19,5 11,1 9,9 19,4 11,7 9,1 20,4 11,4
pauvreté mais leur contribution future à Taux d’activité économique (en %) 66,7 16,6 41,9 66,7 16,4 41,7 66,8 17,3 42,2
l’équilibre du marché du travail est loin d’être
Source : Enquête emploi et chômage, Mai 2019.
assurée. Tableau n° 03 : Population occupée selon le secteur d’activité
de l’établissement, et le sexe
En milliers
Masculin Féminin Total
Effectif % Effectif % Effectif %
Agriculture 1006 10,9 77 3,7 1083 9,6
3. Production, emploi et productivité
3.2. Emploi, informalité et chômage

Précarité et informalité
Emplois affiliés à la sécurité sociale
• L’emploi est caractérisé par sa précarité : Si 70% des
emplois sont permanents dans le secteur public, seuls
20% le sont dans le secteur privé. De plus 70% des
emplois privés sont dans des entreprises de moins de cinq
salariés et l’auto-emploi représente 40% de l’emploi
privé.
• Les chiffres officiels du chômage masquent une réalité
plus préoccupante: l’emploi informel – non affilié à la
sécurité sociale – occupe 4,77 millions de personnes, soit
42% de l’emploi total (ONS, mai 2019). Deux tiers des
travailleurs hors du secteur public ne bénéficient pas de
protection sociale. De manière encore plus inquiétante,
90% des jeunes travailleurs de 15-24 ans exercent dans
l’informel.
• Les salariés du secteur privé reçoivent seulement un
sixième de la rémunération totale du travail à l’échelle Source : Données ONS.
nationale, soit autant que les agriculteurs, alors que ces
derniers ne représentent que 10% de l’emploi total.
à Le mythe d’un « Etat social » inclusif est clairement démenti par tous ces indicateurs
40 – 44 ans 1224 335 1559 90,4 23,7 56,4
45 – 49 ans 1098 260 1358 90,2 19,9 53,9
50 – 54 ans 863 150 1013 78,6 13,7 46,1
55 – 59 ans 591 75 666 60,8 8,5 35,9
60 ans & + 327 28 355 15,9 1,4 8,6
TOTAL 10140 2591 12730 66,8 17,3 42,2
3. Production, emploi et productivité
3.2. Emploi, informalité et chômage
Tableau N° 06 : Taux d’activité économique et Taux d’emploi selon le sexe,
Taux de chômage élevé des jeunes et des femmes le niveau d’instruction et le diplôme
Emplois affiliés à la sécurité sociale
• Le chômage est concentré en volume dans les groupes (En %)
d’âge qui ont entre 20 et 34 ans - c’est à dire au sein de la Taux d'activité économique Taux d'emploi
population des jeunes adultes - qui représentent de Masculin Féminin Total Masculin Féminin Total

manière cumulée 70% du total des chômeurs Niveau d'instruction


Sans instruction 37,3 4,1 15,3 36,3 3,8 14,8
• En raison d’une participation à l’emploi plus faible des Primaire 69,8 8,0 41,1 65,3 7,1 38,3
femmes (17,3% contre 66,8% pour les hommes) et d’un Moyen 76,1 11,3 51,6 67,7 9,0 45,6
taux de chômage plus élevé des femmes (20,4% contre Secondaire 65,5 18,8 42,9 60,0 15,3 38,3
Supérieur 64,4 45,4 53,1 57,5 34,6 43,9
9,1% pour les hommes), le taux d’emploi des femmes Diplôme obtenu
n’était que de 13,8% contre 60,7% pour les hommes, en Aucun diplôme 61,4 6,7 33,8 56,5 5,7 30,9
mai 2019. Diplômé de la formation 83,0 37,9 66,2 73,4 30,1 57,3
professionnelle
• La moitié des femmes au chômage sont diplômées de Diplômé de l'enseignement 79,2 62,2 68,9 70,5 47,3 56,5
l’enseignement supérieur contre seulement 12% des Supérieur
hommes au chômage. Le problème du chômage des Total 66,8 17,3 42,2 60,7 13,8 37,4
jeunes diplômés est donc en grande partie un problème Source : ONS. Enquête emploi, mai 2019.
de chômage des jeunes femmes diplômées
à La réponse au problème du chômage des jeunes et des femmes passe par la création d’un véritable
marché du travail et par une politique d’égalité entre les sexes inscrite au rang de priorité première
dt dt dt dt
ans cette équation, le travail et le capital contribuent à la croissance de la
ajoutée. Leur contribution respective s’obtient en multipliant le taux de
on du facteur considéré par sa part relative dans les coûts totaux. La variation
valeur3.ajoutéeProduction,
qui n’est pasemploi et productivité
expliquée par ces contributions est attribuée à
ssance
3.3.de laProductivité
productivité multifactorielle,
totale des facteurs incorporée dans la variable A.
e taux de variation de A s’obtient de façon résiduelle, c’est-à-dire en retran-
es contributions
• Dans l’ensembledes facteurs travail
la croissance de et capital du taux
la productivité de croissance de la
apparente Croissance de la productivité apparente du travail
ction. On peut présenter utilement l’équation
du travail - production par personne employée - a été comptable de la croissance
autre façon en décomposant
médiocre le taux de variation de la croissance de la pro-
sur la période 2000-2018. 2000- 2015- 2000-
té du travail. On obtient la croissance de la productivité du travail en faisant 2015 2018 2018
érence• Seule
entre l’agriculture a connu une
le taux de variation de lacroissance
croissance significative de
de la production et le tauxtotale
Population 2,7% 1,2% 2,4%
la productivité apparente du travail, autour de 5% par an
d ln Q occupée
d ln L
riation sur
de lalapériode 2000-2018
croissance et de 6,6%
du facteur travail surutilisé,
la période
soit2000- −Agriculture . En 6,6% -2,4% 5,0%
2015. dt dt
binant l’équation ci-dessus, on obtient une décomposition de la variation Industrie de 0,8% 2,7% 1,2%
• Compte tenu du caractère déjà très intensif
ductivité du travail en deux éléments. La première composanteBTPH en capital de retrace la
la croissance en Algérie, la hausse de la productivité totale 0,6% 5,0% 1,3%
on de la productivité du travail liée à un accroissement du capital (la
ctivité des facteurs
du travail (PTF) apparaît
augmente lorsqu’une comme la manière
quantité la plus
plus importante Commerce
de capitalet 2,2% 1,7% 2,1%
appropriée
lisée par pour réaliserLaune
chaque travailleur). haussecomposante
seconde de la productivité du les effets
retrace services
de la
travail.
nce de la PMF : Source : Données ONS. Calculs de l’auteur.
d ln Q d ln L ⎛ d ln K d ln L ⎞ d ln A
− = (1 − s L )⎜ − ⎟+
dt dt ⎝ dt dt ⎠ dt

tableau suivant illustre cette décomposition


Productivité pour le secteur des entrepri-
Approfondissement PTF
ns plusieurs pays de l’OCDE.
du travail Il montre que le renforcement
en capital du capital a joué
e important, mais qui n’a pas été décisif, dans la croissance de la productivité
vail fondée sur la valeur ajoutée dans les années quatre-vingt dix. Il ne faut
3. Production, emploi et productivité
3.3. Productivité totale des facteurs

• Selon nos calculs, corroborés par les estimations Estimation de la PTF en Algérie (2001-2018)
d’instituts de référence tel The Conference Board, la
croissance annuelle moyenne de la PTF en Algérie a été
comprise entre -1,2% et +0,2% par an sur la période 2000-
2018
• La contribution de la PTF à la croissance en Algérie a été
excessivement faible, même en comparaison avec d’autres
exportateurs de pétrole de la région MENA, en particulier
ceux du CCG.
• Si l’Algérie parvenait à atteindre à l’horizon 2035-2040 le
niveau des Emirats en matière de qualité des institutions,
d’éducation et de qualité des infrastructures, le niveau de
la Turquie en matière d’efficience des marchés, et la
trajectoire de la Malaisie en matière d’innovation, l’Algérie
pourrait converger vers un taux croissance de la PTF de
+1,3% par an pour le PIB hors hydrocarbures, à partir de Source : ONS. Calculs de l’auteur.
2030 Fonction Cobb-Douglas, Alpha = 0,5 (part du capital dans
la production). Méthode du multiple de production pour
le calcul du capital initial (3,5 x PIB HH).
Bulletin d’information statistique n°35 1er semestre 2019
 

2‐ Distribution  
3. Production, emploi et productivité 2.1 Par taille  

3.4. Entreprises intermédiaires: le chaînon manquant


er
A la fin du 1  semestre 2019, la population globale de la PME est composée de 97% 
de Très Petite Entreprise TPE (effectif de moins de 10 salariés), soit 1136787 TPE  qui 
demeurent  fortement  dominante  dans  le  tissu  économique,  suivie  par  la  Petite 
• L’une des explica.ons de la faible croissance de la
produc.vité totale des facteurs pourrait aussi être Population des PME en Algérie (2019)
Entreprise PE avec 2,60% et la Moyenne Entreprise ME avec 0,40%.  
Tableau 2 : typologie des PME 
l’absence d’entreprises de taille intermédiaire (ETI),  

capables d’inves.r dans la forma.on et Type des PME  Nombre de PME  % 


l’améliora.on de la produc.vité.
TPE (effectif de moins de 10 salariés)  1136787  97 
• La majorité des PME ac.vent principalement dans
les services, l’ar.sanat et le BTPH. Le .ssu des PME PE (effectif entre 10 et 49  salariés)  30471  2,6 
souffre en outre d’une répar..on géographique
inégalitaire, puisque la plupart des PME se ME (effectif entre 50 et 249 salariés)  4688  0,4 
concentrent à 70% dans le nord du pays. Bulletin d’information statistique n°35
Total  1171945 
1er semestre 2019
100 
• Les PME sont vulnérables aux retournements de  
    Source : CNAS 
conjoncture. C’est par.culièrement vrai pour les   Tableau 6 Répartition des PME privées par secteur d’activité (Source : CNAS, CASNOS) 
 

PME opérant dans le BTPH dont le poids    Secteurs d’Activité  Nombre 


Répartition des entreprises par type de PME  Part en 
économique et social est considérable.  
(%) 
I  Agriculture  7275  0,62 
• Les disposi(fs acuels de sou(en aux PME (ANSEJ, II  Hydrocarbures, Energie, Mines et services 
CNAC, ANGEM) sont concentrés sur la créa(on liés 
3032  0,26 

d’entreprise. Il n’y a pas d’accompagnement dans la III  BTPH  188275  16,07 


durée des entrepreneurs et des entreprises créées, IV  Industries manufacturières  102055  8,71 
ni de mécanismes spécifiques des.nés aux V  Services y compris les professions libérales 
entreprises en phase de croissance.
602695  51,44
VI  Artisanat  268369  22,90 

Total Général  1171701  100,00 


 
2.4 Par région  
Selon la répartition spatiale du Schéma National dʹAménagement du Territoire (SNAT), les PME 
(personnes  morales)  sont  prédominantes  dans  le  Nord  et,  à  un  degré  moindre,  dans  les  Hauts‐
Plateaux. 
4. Catalyseurs de la croissance
4.1. Formation et apprentissage

• La formation professionnelle représentait 1300 établissement scolarisant 12% des élèves du niveau
secondaire, soit autant qu’au Maroc et en Tunisie mais loin derrière le Liban (27%) et la Turquie (43%).
• Le secteur privé reste marginal au sein de ce dispositif avec moins de 20.000 places dans des centres privés
de formation auxquels s’ajoutent quelques milliers de places dans les centres internes aux entreprises
• L’apprentissage concerne la moitié des effectifs inscrits dans la formation professionnelle. Néanmoins les
PME sont insuffisamment couvertes par ce dispositif.
• Le secteur ne manque pas de moyens: total 8% du PIB y seraient consacrés. Néanmoins, le système est
excessivement centralisé – à travers le MFEP, de grands organismes nationaux et des directions régionales
(DRFEP).
• La loi de 2008 sur la formation professionnelle visait à réformer en profondeur le système. . Néanmoins, la
transposition concrète de cette loi sur le terrain a tardé à être mise en œuvre.
• Il est recommandé d’accélérer la refondation du système de formation professionnelle.
à le BIT pourrait assister le gouvernement algérien en mettant en œuvre une « évaluation de la réforme du
système d'éducation et de formation algérien - eu égard aux besoins des entreprises ».
4. Catalyseurs de la croissance
4.2. Financement de l’économie

• L’Algérie est située à la 181ème place mondiale en matière Crédit au secteur privé (% PIB)
d’accès au crédit pour le secteur privé, selon la Banque
mondiale. L’accès au financement demeure une
contrainte majeure.
• Une part importante des crédits bancaires est captée par
les entreprises énergétiques (Sonatrach, Sonelgaz) ainsi
que par les complexes sidérurgiques, les cimenteries et
les entreprises de construction
• Le crédit au secteur privé ne dépasse pas 25% du PIB
contre 33% en moyenne régionale, 68% en Tunisie et
85% au Maroc.
• Le marché des capitaux demeure embryonnaire. Son
développement a été pénalisé par la politique de
bonification de taux d’intérêt bancaire. La capitalisation Source : Banque mondiale
boursière représente moins de 2% du PIB. Le marché
obligataire est anémique.
à La réforme du système bancaire et financier est un prérequis indispensable pour assurer le succès des
autres réformes structurelles et pour déverrouiller le potentiel de l’économie algérienne.
4. Catalyseurs de la croissance
4.3. Environnement des affaires

Classement « Doing Business » Classement de l’Algérie sur les axes Doing Business
• L’Algérie occupe la 157ème place sur le classement
Doing Business 2020 de la Banque mondiale.
• La contre-performance du pays est particulièrement
marquante en matière d’accès au financement
(obtention d’un crédit).
• C’est également le cas en matière de création
d’entreprise, de procédures fiscales et de
procédures liées au commerce international, des
thématiques pour lesquelles l’Algérie figure parmi
les pays les moins performants au monde, selon la
Banque mondiale.
• Avec toutes les réserves méthodologiques
attachées à ce type de classement, il n’en décrit pas Source : Banque mondiale
moins une réalité peu reluisante que les
gouvernements successifs n’ont pas réussi à
changer depuis vingt ans, faute d’une approche
globale et d’un changement de doctrine en matière
économique
4. Catalyseurs de la croissance
4.3. Environnement des affaires
Qualité de la gouvernance Qualité de la réglementation
Qualité de la gouvernance (indicateurs
de la Banque mondiale)
• l’Algérie figure en deçà de la
moyenne mondiale en matière
d’effectivité de la gouvernance. Le
Maroc et la Tunisie sont quant à eux
proches de la moyenne mondiale.
• Le « gap » est encore plus important
en matière de qualité de la
Etat de droit Contrôle de la corruption
réglementation, un indice sur lequel
l’Algérie figure parmi les 10% des
pays les moins performants au
monde, loin derrière le Maroc et la
Tunisie.
• On retrouve une faible performance
en matière d’État de droit et de
contrôle de la corruption.
4. Catalyseurs de la croissance
4.3. Environnement des affaires Performance logistique de l’Algérie (rang et score)

Performance logistique
• L’Algérie était classée au 118ème rang sur 160 pays
sur l’indice global de performance logisitique de la
Banque mondiale en 2018, alors qu’elle était
classée au 75ème rang en 2016.
• La contreperformance est particulièrement
marquée en matière de procédures douanières, de
performance du fret et de ponctualité.
à Il serait opportun de réaliser une étude dédiée
pour analyser les raisons de cette évolution.
4. Catalyseurs de la croissance
4.4. Capacité d’absorption technologique

• En dépits d’investissements conséquents dans les Classement sur le Networked Readiness Index
infrastructures de télécommunications, l’Algérie était
classée au 117ème rang sur 139 pays en 2016 sur l’indice
« Networked Readiness Index » du Forum économique
mondial. Le pays figurait quasiment à la dernière place
en matière d’usage des TIC par l’administration (130ème)
et par les entreprises (133ème).
• Le développement de l’économie numérique est freiné
par l’approche bureaucratique très « top down » de ce
secteur, qui n’associe pas suffisamment les opérateurs
économiques aux stratégies et à leur mise en œuvre.
• Les mesures récemment prises en faveur des start-up
sont utiles mais elles doivent s’inscrire dans une vision Source : Forum économique mondial
plus globale visant à constituer un écosystème national
intégrant tous les acteurs de l’innovation : universités,
administrations, grandes entreprises, start-up.

à L’accent doit être mis sur la formation et l’investissement des entreprises dans les technologies
numériques. Une approche plus décentralisée et moins « top-down » pourrait donner plus de résultats.
5. Scénarios de croissance à moyen et long terme

Sur la base d’un modèle de croissance à long terme élaboré par la Banque mondiale, des projections ont été
réalisées pour simuler la croissance du PIB hors hydrocarbures de l’Algérie sur la période 2020-2035, en
fonction de différentes hypothèses et paramètres. Le modèle ne tient pas compte des chocs à court terme
(« output gap ») mais il Intègre les conditions extérieures initiales, à savoir une balance courante fortement
déficitaire.
Paramètres du modèle :
• Le modèle ne tient pas compte de l’impact des chocs à court terme sur le PIB (« output gap »), mais il
Intègre les conditions extérieures initiales, à savoir une balance courante fortement déficitaire, et de
l’impact sur le compte courant de l’ajustement budgétaire réalisé sur la période 2020-2024.
• Le modèle tient compte des dotations initiales en capital et en travail et permet de modéliser l’impact de
différentes hypothèses sociodémographiques sur la croissance : évolution du taux de croissance de la
population, part de la population en âge de travailler dans la population totale, taux d’emploi masculin et
féminin.
• Parmi les hypothèses paramétrables figurent également les taux d’accroissement du capital humain et de la
croissance de la productivité totale des facteurs.
• Enfin, le modèle permet de faire varier le taux d’épargne nationale brute, l’efficience de l’investissement
public, l’élasticité du PIB vis-à-vis de l’investissement public et les taux de dépréciation du capital public et
privé.
5. Scénarios de croissance à moyen et long terme

Résultats des projections Scénarios de croissance à MT / LT


Ø Scénario tendanciel « Baseline » (B)
• Croissance annuelle du PIB HH = 2,3%
• Position extérieure nette en 2030 = -23% du PIB (Dette
extérieure = 33% du PIB).

Ø Scénario alternatif « Diversification » (D1, D2, D3)


• Croissance annuelle du PIB HH = 5,5%-6,5%
• Position extérieure nette en 2030 = -13,5% du PIB (Dette
extérieure = 24% du PIB).

Ø Scénario alternatif « Émergence » (E1, E2, E3)


• Croissance annuelle du PIB HH = 7,5%-8,5%
Source : Calculs de l’auteur
• Position extérieure nette en 2030 = -4,8% du PIB (Dette Méthodologie adaptée de la Banque mondiale
extérieure = 15% du PIB).
5. Scénarios de croissance à moyen et long terme
Hypothèses détaillées et résultats par scénario

Résultats du modèle de croissance Scénario alternatif 1 : "Diversification" Scénario alternatif 2 : "Emergence"


Baseline
D1 D2 D3 E1 E2 E3
Position extérieure nette en % du PIB en 2030 -22,7% -13,7% -13,3% -13,0% -4,8% -4,5% -4,3%
PIB par habitant en 2030 en USD (PPA) 5588,9 7561,1 7918,1 8300,5 9686,3 10184,2 10550,1
Croissance moyenne du PIB par habitant 1,3% 4,2% 4,6% 5,1% 6,5% 7,0% 7,4%
Ecart % PIB par habitant de 2019 15,8% 57% 64% 72% 101% 111% 119%
Ecart % PIB par habitant en 2030 Baseline (en % ) 35,3% 41,7% 48,5% 73,3% 82,2% 88,8%
6. Conclusion générale

• Il est impératif d’optimiser l’utilisation des ressources générées par une rente vouée à disparaître à l’horizon
d’une ou deux générations. Si le pays ne réalise pas très rapidement des réformes structurelles « favorables
à la croissance » pour hisser son potentiel de productivité à moyen et long terme, il lui sera très difficile de
rattraper son retard, dans un contexte de vieillissement de la population.
• La question de l’emploi et de l’égalité des genres doivent être au cœur de l’action publique tout comme
l’investissement dans les secteurs à fort potentiel d’apprentissage afin de hisser la productivité totale des
facteurs.
• Le redressement de l’équilibre des comptes externes et internes est une nécessité impérieuse pour
préserver la solvabilité de l’Algérie dans les années à venir. Afin de contenir son impact récessif, cette
politique d’ajustement macroéconomique doit s’accompagner de réformes microéconomiques destinées à
soutenir la croissance de la productivité dans les secteurs des biens et services échangeables (industrie,
agriculture, tourisme), à travers des réformes susceptibles de créer un choc de confiance et de stimuler
l’investissement privé.
• Ces réformes de structures nécessitent une mise à niveau profonde du système bancaire et financier, qui
reste archaïque au regard des besoins de l’économie. Le secteur financier et le secteur du numérique qui
constituent les segments les plus dynamiques de l’économie partout ailleurs dans le monde font figure
d’enclaves atrophiées en Algérie.
• Le refus de l’Etat de laisser les acteurs économiques s’émanciper de sa tutelle perpétue de vieux réflexes
corporatistes et rentiers et empêche les entreprises privées de croître et brime les acteurs les plus innovants
et les plus dynamiques. Une véritable rupture est nécessaire avec ce modèle néo-patrimonial.
6. Conclusion générale (suite et fin)

Sur le plan procédural, le séquençage et la coordination des réformes sont des facteurs clé de leur succès
comme le montre l’expérience internationale en la matière. Les exemples ne manquent pas en la matière mais
il importe surtout de définir des modalités de coordination adaptées au contexte local, et de s’assurer de
l’appropriation des réformes par la population.
Par ailleurs, deux dimensions clés devront être prises en compte dans le cadre de ce processus de réformes :
• La justice sociale doit prévaloir dans tout processus de réformes économiques et/ou sociales. Il est
nécessaire en particulier d’accorder une attention particulière à la protection des catégories les plus faibles
de travailleurs et des entreprises (TPME). Cela implique de passer d’une logique de traitement social du
chômage et de subventions universelles qui tend à conforter les rentes de situation, sans nécessairement
améliorer la situation des plus modestes, à une logique d’individualisation de la protection et des transferts
sociaux. À cet égard, une économie administrée est finalement peu juste socialement parlant et peu efficace
économiquement parlant.
• Le dialogue social doit être l’instrument principal utilisé pour mener à bien les réformes économiques et
en assurer des résultats équitables et donc durables. Les pouvoirs publics doivent engager un diagnostic
objectif et partagé de la situation économique du pays et essayer de construire un large consensus autour
d’un programme de réformes ambitieux et fédérateur de toutes les énergies et les forces du pays. Le
dialogue social tel que promu par l’Organisation internationale du Travail est le meilleur moyen d’assurer un
équilibre entre l’efficacité économique et l’équité sociale dans la conduite des réformes et in fine garantir la
justice sociale. Le dialogue social permet de s’assurer du caractère équitable et donc durable des réformes.
7. Recommandations

I. Ajustement macroéconomique
I.1. Rétablissement de l’équilibre extérieur Ø Engager d’urgence une transition énergétique de grande ampleur, afin de
rationaliser la consommation nationale d’énergie (scénario de « sobriété
énergétique ») et d’accroître les exportations d’hydrocarbures. Cette
transition passe par un investissement massif dans les énergies
renouvelables et des politiques d’efficacité énergétique à grande échelle .
Ø Relancer de manière sélective les investissements dans les
hydrocarbures – en s’appuyant sur des partenaires étrangers - afin de
contrecarrer le déclin tendanciel de la production pétrolière et gazière,
tout en diversifiant les débouchés.
Ø Proscrire le recours aux mesures administratives de limitation des
importations. Le développement des exportations hors hydrocarbures
nécessite de faciliter l’importation des intrants et des équipements
indispensables pour fabriquer ces produits.
Ø Réaliser une étude stratégique (de type « SWOT ») pour évaluer le
potentiel d’exportation dans les services (tourisme, services
informatiques, ..), dont le potentiel est largement sous-estimé.
Ø Réaliser un audit approfondi de la politique commerciale suivie par
l’Algérie au cours des vingt dernières années (Accord d’association avec
l’Union Européenne, candidature à l’OMC, ..).
7. Recommandations

I. Ajustement macroéconomique
I.2. Rétablissement de l’équilibre Ø Assurer une meilleure mobilisation des recettes non pétrolières
budgétaire • Supprimer une partie des exemptions et des exonérations fiscales
accordées actuellement, qui constituent de véritables « effets d’aubaine »
(y compris certaines subventions implicites).
• Réaliser une cartographie des entreprises publiques et définir une
stratégie cohérente pour l’Etat-actionnaire (y compris à travers le
lancement de nouvelles privatisations).
• Externaliser la gestion du parc locatif public à des opérateurs privés et
accélérer la cession du parc public de logements locatifs

Ø Optimisation des dépenses de fonctionnement


• Mettre en œuvre une hausse graduelle mais soutenue des prix sur les
carburants, l’électricité, le gaz naturel et l’eau, afin de faire converger les
prix de ces produits vers des niveaux suffisants pour infléchir les
comportements, tout en tenant compte des « effets de second tour » et
en prévoyant des mesures compensatoires pour les catégories sociales et
professionnelles les plus impactées.
7. Recommandations

I. Ajustement macroéconomique
I.2. Rétablissement de l’équilibre Ø Réduction des interventions spéciales du Trésor
budgétaire (suite) • Engager des réformes ciblées pour réduire le fardeau financier constitué
par les interventions spéciales du Trésor : réforme des retraites,
redressement et ouverture du capital de certaines entreprises publiques.
Ø Rationalisation des dépenses d’équipement
• Recentrer l’action de l’Etat dans le logement sur la construction de
logements sociaux à l’exclusion des logements de type promotionnel.
• Développer le financement du logement par la titrisation des créances
hypothécaires et leur revente sur le marché secondaire via la SRH (Société
de Refinancement Hypothécaire).
• Renforcer les moyens de la CNED (Caisse National des Etudes pour le
Développement), dont la vocation première est d’évaluer la faisabilité
technique, le coût d’opportunité et les options de financement pour
chaque projet.
• Lancer un grand programme de formation sur les PPP à destination des
agents publics chargés de la conception et de l’exécution des projets
d’investissement public.
7. Recommandations

I. Ajustement macroéconomique
I.2. Rétablissement de l’équilibre Ø Rénover le cadre budgétaire de gestion des revenus pétroliers
budgétaire (suite et fin) • Reconstituer le FRR en le dotant de règles cohérentes et de garde-fous
institutionnels plus stricts
• Lancer une étude de faisabilité pour la création d’une fonds pour les
générations futures sur le modèle du fonds norvégien.
• Adhérer à l’Initiative sur la Transparence dans les Industries Extractives
(ITIE)
7. Recommandations

II. Politiques sectorielles


II.1 Agriculture • Accélérer la transition vers un modèle d’agriculture raisonnée, associant
production, préservation des ressources naturelles et adaptation au
changement climatique.
II.2. Industrie • Mettre en place des politiques industrielles collaboratives à travers des
mécanismes efficaces de concertation, sur la base d’une cartographie des
capacités existantes.
• Réaliser des études stratégiques dans les secteurs et filières qui présentent
le plus de potentiel. Le BIT peut faciliter des « Market System Analysis »
pour aider à la sélection de secteurs prometteurs en termes d’emploi et de
valeur ajoutée.
II.3. BTPH • Mettre en place un programme spécifique de formation, de
professionnalisation et, le cas échéant, d’aide à la reconversion pour les
travailleurs du BTPH
• Soutenir la mise à niveau du secteur à travers l’investissement dans les
nouvelles technologies industrialisation et la standardisation des procédés
• Accompagner les opérateurs du secteur à l’international, à travers
l’assouplissement des règles sur les transferts de capitaux et des
d’instruments de garantie et de financement idoines
7. Recommandations

II. Politiques sectorielles


II.4. Tourisme • Développer une stratégie sectorielle cohérente, en partenariat avec les
opérateurs du secteur, à travers un investissement massif dans la
formation (création d’établissements de formation publics et privés) et une
décentralisation des décisions administratives (gestion flexible des ZET)
• Libéraliser le transport aérien à travers un accord d’Open Sky avec l’Union
Européenne, tout en simplifiant les formalités administratives pour les
touristes : visas électroniques – voire suppression des visas touristiques
• Mettre en place des partenariats avec les pays voisins (Tunisie, Maroc,
France, Espagne, Italie) dans le cadre d’une offre régionale intégrée
7. Recommandations

III. Politiques de soutien à l’emploi et aux entreprises


III.1. Fonctionnement du marché du Ø Accélérer la création d’un véritable marché du travail concurrentiel
travail permettant un meilleur appariement de l’offre et de la demande en
emploi. L’application du droit du travail demeure trop rigide et les
procédures de licenciement sont lourdes et coûteuses. Cela bloque les
sorties, et le blocage des sorties bloque les entrées.
III.2. Participation des femmes à l’emploi Ø Mettre en place des politiques actives afin de faciliter la participation des
femmes à l’emploi. Cela passe notamment par la mise en œuvre d’une
véritable politique d’égalité des sexes, aujourd’hui totalement absente du
discours public, alors qu’elle devrait occuper une place centrale.
III.3. Soutien à la création et au Ø Mettre en place des dispositifs de nouvelle génération ayant vocation à
développement des entreprises compléter et à se substituer progressivement aux dispositifs
ANSEJ/CNAC/ANGEM actuels : dispositifs de formation ciblés et de mise à
niveau des connaissance dans des domaines à fort potentiel (services
informatiques, agroalimentaire, sous-traitance automobile et électronique,
tourisme, logistique, valorisation des produits artisanaux et locaux),
subventions à l’acquisition d’équipements industriels et informatiques.
7. Recommandations

IV. Réformes microéconomiques / Catalyseurs de la croissance


IV.1. Formation professionnelle et Ø Refonder la gouvernance du système de formation professionnelle en
apprentissage appliquant les mécanismes prévus par loi d’orientation de 2008 et les
dispositions de la loi sur l’apprentissage de 2018.
• Encourager la décentralisation en transférant aux APC la tutelle des EFP et
la plupart des prérogatives des DREFP, et encourager l’autonomie des EFP.
• Accroître la transparence financière du système pour éviter la déperdition
de moyens et la prévarication et mettre en place un véritable système
d’information, d’évaluation et de suivi des formations et des stagiaires
formés.
• Améliorer la formation des formateurs dans une logique managériale
tournée vers la demande
Ø Favoriser le développement du secteur privé de la formation
professionnelle et continue en simplifiant les procédures d’agrément et
d’ouverture de centres de formation (physique ou virtuels

Remarque: Le BIT pourrait assister le gouvernement algérien en mettant en


œuvre une « évaluation de la réforme du système d'éducation et de formation
algérien - eu égard aux besoins des entreprises ».
7. Recommandations

IV. Réformes microéconomiques / Catalyseurs de la croissance


IV.2. Financement de l’économie • Encadrer par voie législative les délais de paiement de l’Etat et de ses
démembrements et créer un observatoire des délais de paiement
• Encourager le développement des activités d’escompte et d’affacturage en
facilitant le réescompte de ces créances auprès de la Banque d’Algérie.
• Développer le crédit aux PME en réduisant les réserves obligatoires des
banques à concurrence des crédits accordés aux PME, en mobilisant des
lignes de crédits bancaires et des garanties bancaires destinées aux PME
auprès des institutions multilatérales (Banque mondiale, BAD, BERD).
• Encourager le développement des instruments financiers destinés à aider
les entreprises à croître : fonds de capital-développement (fonds de type
LBO et « mezzanine »), financements participatifs à long terme (sukuk,
mubadala, murabaha), etc.
• Favoriser le développement des financements de marché en réservant les
bonifications d’intérêt bancaires à des domaines ciblés : logement social,
infrastructures physiques et numériques, équipements liés à la transition
énergétique (énergies renouvelables, dispositifs d’efficacité d’énergie).
• Autoriser les banques et les entreprises à emprunter à l’étranger pour
financer des investissements locaux. Cela sous-entend d’engager une
refonte de la politique monétaire et de la politique de change.
7. Recommandations

IV. Réformes microéconomiques / Catalyseurs de la croissance


IV.3. Environnement des affaires et • L’Algérie pourrait s’inspirer des expériences internationales :
gouvernance modernisation du cadre légal et institutionnel en matière de transparence
de l’action publique et de lutte contre la corruption (Tunisie),
déréglementation et suppression de certains agréments et licences
d’exploitation (Maroc), choc de simplification administrative (Géorgie),
• Réaliser une étude pour analyser les raisons de la sous-performance de
l’Algérie en matière de performance logistique, telle que cela ressort du
classement du pays sur l’indice LPI de la Banque mondiale.
IV.4. Absorption technologique • Mettre l’accent sur la formation et l’investissement des entreprises dans
les technologies numériques
• Accélérer le déploiement des services de e-gouvernement, au-delà du
paiement des impôts, des factures d’eau et d’électricité et de l’obtention
de certains documents administratifs. Une approche décentralisée pourrait
donner des résultats intéressants ( modèle des « smart cities »).
• Améliorer la qualité des infrastructures numériques doit être prioritaire,
notamment en matière de débit et de disponibilité des services
d’hébergement des données.
• La question du paiement électronique doit être prise à bras le corps, au-
delà des effets d’annonce.