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Dr R.

SERHANE
« admis à l’intérieur des maisons, mes yeux ne verront
pas ce qui s’y passe, ma langue taira les secrets qui me
seront confiés… ».
Hippocrate
Il n’y a pas de soins sans confidences, de confidences
sans confiance, de confiance sans secret.
 BERNARD HOERNI
I/ INTRODUCTION :
 Le secret médical est une obligation à laquelle est soumis le
corps médical dans l’exercice de ses fonctions ; il concerne
tout ce que le médecin a vu, compris ou lui a été confié
dans l’exercice de ses fonctions.

 Le secret médical est aussi un droit du malade.

 En cas de violation de cette confiance, le professionnel de


santé engage sa responsabilité envers son malade qui
pourra demander réparation de préjudice ; ainsi que sa
responsabilité pénale et disciplinaire (code de
déontologie.)
La notion de secret en elle-même est-elle éthique ou
serait-elle, par essence même, contraire à l’éthique ?

MARIE-HÉLÈNE MOUNEYRAT

 Transparence- fondements d’une société


démocratique- la communication des informations .
Relation Triangulaire Complexe

Patients

Société médecins

Parfois conflictuelle

la loi demande ou autorise la révélation de certaines informations pour un but privé et/ou public.
le secret médical doit rester une garantie fondamentale
pour le patient et , le professionnel de santé.

Mais l’intérêt général de la santé publique ne doit pas


permettre qu’il soit un refuge derrière lequel on s’abrite
alors que l’intérêt de la personne n’est pas véritablement
en cause
 Deux impératifs contradictoires s’opposent :
intérêt individuel et intérêt collectif.

 De plus en plus des brèches s’ouvrent, constituant


autant d’atteintes susceptibles d’être portées à la règle
du secret médical intransgressible.

 Elles sont le fait des textes juridiques prévoyant des


dérogations notamment s’agissant de l’ordre public
 L’intrusion de l’informatique dans le monde de la
médecine
II/ FONDEMENT DU SECRET MEDICAL
A- Règles juridiques :
 1/Article 301 du CPA
« Les médecins, chirurgiens, pharmaciens, sages femmes ou
toutes autres personnes dépositaires par état, par
profession ou par fonctions permanentes ou temporaires,
des secrets qu’on leur a confié, qui hors le cas ou la loi les
oblige ou les autorise à se porter dénonciateurs, ont révélé
ces secrets, sont punis d’un emprisonnement d’un à six
mois et d’une amende de 500 à 5000 DA. »
 2/ Loi n° 18-11 du 18 Chaoual 1439 correspondant au 2
juillet 2018 relative à la santé :

Art. 24. — Toute personne a droit au respect de sa vie privée ainsi


qu’au secret des informations médicales la concernant, exception
faite des cas prévus expressément par la loi.

 Le secret médical couvre l'ensemble des informations parvenues à


la connaissance des professionnels de santé.

 Le secret médical, peut être levé par la juridiction compétente.


Art. 25. — En cas de diagnostic ou de pronostic grave, les membres
de la famille de la personne malade peuvent recevoir les
informations nécessaires destinées à leur permettre d’apporter un
soutien à celle-ci, sauf opposition de sa part.

Sauf volonté contraire exprimée par la personne de son vivant, le


secret médical ne représente pas un empêchement à l’information
de la famille d’une personne décédée, si toutefois celle-ci leur est
nécessaire pour connaître les causes du décès afin de défendre la
mémoire du défunt ou de faire valoir ses droits
Art. 47. — Il est institué pour certaines maladies non
transmissibles, dans le respect du secret médical, un registre
destiné à la collecte, à la conservation et à l’interprétation des
données relatives aux malades atteints de ces maladies. La
liste de ces maladies est fixée par le ministre chargé de la
santé.
Art. 169. — Le professionnel de la santé exerce sa profession à
titre personnel. Il est tenu au secret médical et/ou
professionnel.

Art. 417. — L’inobservation de l’obligation du secret médical


et professionnel expose son auteur aux sanctions prévues aux
dispositions de l’article 301 du code pénal

Art. 198. — Les professionnels de la santé sont tenus


d’informer, dans l’exercice de leur profession, les services
concernés, des violences subies, notamment par les femmes,
les enfants et les adolescents mineurs, les personnes âgées,
les incapables et les personnes privées de liberté, dont ils ont
eu connaissance.
 B- Règles déontologiques :
 Art 36 du CD : le secret médical s’impose à tout médecin, chirurgien
dentiste sauf si la loi en dispose autrement.

 Art 37 du CD: le secret médical couvre tout ce que le médecin a vu, a


compris, a entendu ou lui a été confié.

 Art 38 du CD : le médecin doit faire respecter les impératifs du secret


par les auxiliaires.

 Art 39 du CD : le médecin doit protéger tout document médico-légal (


fiche clinique, dossier) concernant ses malades contre toute
indiscrétion.

 Art 40 du CD: lors de la publication scientifique, le secret est respecté :


on ne doit pas identifier le malade.

 Art 41 du CD: le secret médical persiste même après le décès du


malade sauf pour faire valoir un droit.
III/ LES PERSONNES TENUES AU SECRET :

 Le secret médical concerne aussi bien le personnel


médical et le personnel non médical, tous les deux
ayant un contact avec le malade lui-même ou son
dossier médical.
 I/ Personnel médical :

A /Personnel soignant : concerne

 Les médecins traitants : Les étudiants en médecine en


stage (externe, interne en milieu hospitalier) ;
 Les dentistes
 Les pharmaciens
 Les sages femmes
 Toutes les autres personnes contribuant aux soins :
 Auxiliaires médicaux (infirmiers,
kinésithérapeutes, orthopédistes,
Psychologues …..etc.)
 Les laborantins ( analyses médicales.)
 Par extension en milieu hospitalier, le service est
tenu au secret.

B/Personnel non soignant : il concernera alors :

 Médecins conseils des caisses de sécurité sociale


 Médecins du travail
 Médecins des compagnies d’assurance
 Médecins experts.
 II/ Personnel non médical :

 La secrétaire du médecin libéral.


 l’agent hospitalier .

Le médecin est responsable du personnel non médical qui


l’assiste (par exemple : La secrétaire a connaissance
des dossiers des patients, est souvent présent au
moment des soins.)
IV/ LE DOMAINE DU SECRET MEDICAL :
Le secret médical concerne :
 Tout ce qui a été vu
 Informations confiées
 Informations comprises, voire tout ce qui a pu être
interprété lors de l’exercice médical.

Pour cela, on peut dire que ça concerne


 Les déclarations du malade,
 Les diagnostics, les thérapeutiques,
 Les fiches ou dossiers médicaux, mais aussi
 Les conversations surprises au domicile lors d’une
visite médicale de contrôle.
 En conséquence les sanctions vont être triples :

 pénale : peine d’amende ou de prison.

 Civile : réparation du préjudice.

 Disciplinaire : violation des articles du code de


déontologie

Le délit n’est pas constitué dans le cas ou la loi l’autorise ou


impose la révélation du secret.
V/ DEROGATIONS DU SECRET
1) Dérogations relatives :

Le législateur laisse au praticien la liberté de révéler ou non une


information de nature secrète.

 L’avortement criminel : en vertu de l’article 301 du code pénal


« le praticien n’encourt pas de peine s’il dénonce un
avortement criminel »

 Signalement des toxicomanies :


Le praticien est autorisé à déclarer les cas de toxicomanie dont
il a eu connaissance lors de sa consultation (circulaire 235/28-
12-91 émanant du MSP)..
2) Dérogations absolues :
1er but : protéger la santé publique
 Les maladies à déclaration obligatoire: La déclarations des
maladies contagieuses, à l’autorité sanitaire est obligatoire
sous couvert de l’anonymat
2ème but : préserver l’intérêt du patient
 Déclaration des accidents de travail et maladies
professionnelles :
le certificat délivré doit contenir toutes les constatations qui
pourraient présenter une importance pour la détermination
de l’origine traumatique ou morbide des lésions.
• Médecin réquisitionné et médecin expert : pour l’objet de
sa mission Art. 418. l’article 187 bis du code pénal. Art.
178.
 Sévices à enfants : article 54 du CD. Le médecin doit les
dénoncer.
 Protection des incapables majeurs : dont les facultés mentales
sont altérées par :

 une maladie
 une infirmité
 ou un affaiblissement du à l’âge (mesures de tutelle, de
curatelle).

Le médecin certifie l’altération des facultés mentales ou


corporelles et leur incidence sur le comportement du sujet.
3ème but : déclarer à l’état civil

 La déclaration de naissance : est une obligation faite au


médecin délié du secret lorsqu’elle n’est pas faite par le
père.

 La déclaration des décès : aucune inhumation ne pourra


être faite sans caractère constant de la mort et la nature
de celle-ci ( naturelle, violente, suspecte.)
QCM
Le secret médical concerne (réponse fausse) :

A. Le malade.
B. Les médecins.
C. Les infirmiers
D. Les secrétaires médicales
la violation du secret professionnel par un médecin
hospitalier est réprimée par : cocher la réponse fausse
A. le tribunal pénal
B. conseil régional de l’ordre des médecins
C. syndicats médicaux
D. le juge civil pour dommages et intérêts
viole le secret professionnel, le médecin qui : cocher la
réponse fausse

A. communique un tiers le clichés


radiographiques d’un de ses patients
B. délivre en mains propres un certificat médical à
son patient à la demande d’une assurance
C. fait à la presse un communique rectificatif sur
les causes de la mort de ses patients
D. indique le nom d’un de ses patients dans une
publication scientifique
 Une femme vient vous consulter aux urgences pour
des douleurs d’origine gynécologique
 Durant l’examen, vous vous apercevez qu’elle présente
des ecchymoses qui vous laissent présumer qu’elle a
été victime d’un viol, mais elle nie les faits quand vous
l’interrogez
 Que devez-vous faire ?

A. Ne rien dire, la soigner et la laisser repartir


B. L’inciter à porter plainte en lui expliquant que vous
l’assisterez dans cette démarche
C. Prévenir le procureur de République avec l’accord de la
victime
D. Prévenir le procureur de la République sans le dire à
votre patiente
E. Rédiger un signalement de maltraitance
 Une vieille dame est conduite par sa fille aux urgences.
Très gênée, la fille vous explique que la vieille dame a
fait une chute dans l’escalier alors qu’elle avait le dos
tourné
 En examinant les radiographies de cette vieille dame,
vous constatez la présence de marques de fractures
anciennes mal consolidées
 Quelle attitude devez-vous adopter ?

A. Demander à sa fille comment elle s’est fait ces fractures


et pourquoi elles n’ont pas été immédiatement
soignées
B. Solliciter l’avis du Conseil de l’Ordre
C. Signaler au procureur de la République ce que vous
avez constaté
D. Contacter le procureur de la République et lui
expliquer que vous soupçonnez la fille de maltraiter sa
mère
 À la suite d’une crise aiguë d’anxiété, un enfant de 11
ans est amené par sa mère aux urgences. Cet enfant
présente manifestement des troubles du
comportement, puisqu’en examinant l’enfant, vous
constatez qu’il se fige à l’approche d’un adulte et qu’il
se met à pleurer lorsque vous essayez de le toucher
 Il finit par vous avouer que son père se livre à des
attouchements sur lui, mais vous demande de ne rien
dire car sa mère n’est pas au courant
 Que devez-vous faire ?

A. Respecter la demande de l’enfant et ne rien dire


B. Tout raconter à la mère de l’enfant et lui demander de
porter plainte contre son mari
C. Contacter le procureur de la République pour
l’informer que, selon les dires de l’enfant, son père se
livre vraisemblablement à des abus sexuels sur lui
D. Hospitaliser l’enfant
 Mme N.F âgée de 24 ans, enceinte, à terme, en début
de travail
 Antécédents : G4P3avec utérus cicatriciel

 Après examen médical, bilan biologique, et


radiologique sans particularités, le gynécologue a
décidé de pratiquer une césarienne pour l’extraction
d’un macrosome avec présentation de siège
 En per- opératoire et après l’extraction d’un nouveau
né vivant,le chirurgien décide de pratiquer une
ligature des trompes en raison de l’état fragilisé de
l’utérus ( cicatriciel).

 les résultats de sérologie sont revenus en faveur ,


d’une séropositivité au VIH
Questions
- Le professionnel de santé doit informer le mari des
risque encourus

2 - Le professionnel de santé doit informer la femme des


conséquences et des risques qu’elle encoure avec ses
enfants et son mari.

3 - Le professionnel de santé doit aviser la DDS de la


séropositivité en donnant le nom, le prénom et
l’adresse

4 - Le professionnel de santé doit aviser la DDS de la


séropositivité en donnant juste le nom et le prenom
 Deux ans plus tard et après maintes tentatives d’avoir
une nouvelle grossesse, le couple va consulter un
médecin pour stérilité secondaire.

 Une hystérosalpingographie a été demandée par la


suite, et elle a révélé un obstacle au niveau des trompes
(la ligature des trompes a été confirmée par la
coelioscopie ).

 Le mari dépose plainte pour


Questions
1- Défaut de divulgation du secret professionnel
2 - Exercice illégal de la médecine
3 - Coups et blessures involontaires ayant entraîné une
stérilité
4 - Coups et blessures volontaires avec défaut
d’information et de consentement
 Le procureur de la république a ouvert une enquête
confiée à un officier de la police judiciaire; ce dernier a
réquisitionné le professionnel de santé en lui
demandant de lui confier le dossier médical de la
patiente pour les besoins de l’enquête

 Le professionnel de santé a refusé d’obtempérer en


invoquant la raison du secret médical
Questions
1. Le professionnel de santé a eu raison puisqu’il est
tenu au secret médical

2. Le professionnel de santé a commis une faute pénale


qui est le refus de déférer à une réquisition d’une
autorité publique

3. Le professionnel de santé a commis une faute civile


pour non exécution du contrat médical
 Les parents d’un mineur de 14 ans refusent qu’il subisse une appendicectomie
que vous estimez indispensable et urgente compte tenu du risque de péritonite
 Quelle attitude adopter ?

A. Tenter de persuader les parents


B. Recueillir le consentement de l’enfant
C. Avertir l’administration de l’hôpital
D. Saisir le procureur de la République afin de solliciter son autorisation de
délivrer les soins indispensables
E. Délivrer immédiatement les soins nécessaires à l’enfant malgré le refus de
soins clairement exprimé par ses parents