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Outre-mers

Le processus de décolonisation en Afrique noire au prisme des des


administrateurs de la France d'Outre-mer.
Francis Simonis

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Simonis Francis. Le processus de décolonisation en Afrique noire au prisme des des administrateurs de la France d'Outre-
mer.. In: Outre-mers, tome 97, n°368-369, 2e semestre 2010. Cinquante ans d'indépendances africaines. pp. 63-74;

doi : https://doi.org/10.3406/outre.2010.4489

https://www.persee.fr/doc/outre_1631-0438_2010_num_97_368_4489

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Abstract
Abstract : The rapid process of decolonization forced French overseas administrators to adapt
themselves to changes they weren't always ready to accept. Raymond Gauthereau's novel, Survivants
(= survivors), shows what the situation was through the example of the Oubangui Chari Colony. For a
long time, the administrators' lot was in the hand of local elected représentatives. This clearly appears
in the case of French Sudan (today Mali). For many Europeans, African governments were seen as
being about to put their countries in a vicious circle of violence and repression. Thus, it was feeling a
great disappointment that most French colonial officers transmitted leadership to their African
successors, who were suspected of being incompetent.

Résumé
Résumé : La rapidité du processus de décolonisation a contraint les Administrateurs de la France
d'Outre-Mer à s'adapter à des changements qu'ils n'étaient pas toujours prêts à accepter. Le roman de
Raymond Gauthereau, Survivants, illustre bien la situation à travers l'exemple de l'Oubangui-Chari.
Depuis longtemps déjà, le sort des administrateurs était entre les mains des élus locaux ce qui
apparait clairement dans le cas du Soudan Français (Mali). Pour beaucoup d'Européens, les
gouvernements africains risquaient d'entraîner leurs pays dans un cercle sans fin de violence et de
répression. Ce fut donc le plus souvent avec déception que les administrateurs de la FOM remirent le
pouvoir à leurs successeurs africains dont ils doutaient en général des compétences.
Le processus de décolonisation en Afrique noire
au prisme des mémoires des administrateurs
de la France d' Outre-mer

Francis SIMONIS*

La rapidité du processus de décolonisation, on le sait aujourd'hui, a


surpris plus d'un administrateur en place sur le terrain. Confrontés à
des évolutions institutionnelles très rapides, ils furent contraints de
s'adapter à des changements que tous n'étaient pas prêts à accepter.

Un témoignage romancé : Survivants, de Raymond Gauthereau

En i960 paraissait aux éditions Grasset un petit roman qui passa


complètement inaperçu, Survivants, de Raymond Gauthereau. Son
auteur, administrateur de la France d'outre-mer désormais en service
au Laos, avait publié deux ans auparavant une première œuvre, Passage
du Feu, dans laquelle il mettait en scène sous couvert de fiction la
situation politique de la Côte d'Ivoire au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale.
Survivants a pour l'historien un tout autre intérêt. Écrit de septembre
1958 à mai 1959, il est un témoignage sur la manière dont Gauthereau,
qui avait commandé la région de Bouar en Oubangui de 1954 à 1956
avant d'exercer les fonctions d'inspecteur du FIDES en 1957-1958,
percevait l'évolution politique de l'Afrique Noire au moment où la
Communauté se mettait en place puis se délitait aussitôt.
L'action se déroulait à Tedoa, en Oubangui, et mettait aux prises,
entre autres protagonistes, avec l'inévitable intrigue sentimentale, des
administrateurs de la FOM de plusieurs générations et des hommes
politiques qui s'opposaient entre eux, mais aussi à une administration
territoriale perdant peu à peu toute emprise sur la situation.
Le chef de la région de Tedoa, l'administrateur en chef de classe
exceptionnelle Vincent Vocher, avait servi pendant vingt ans en
et entendait passer sans heurts les deux années qui le
de la retraite. Il avait à ses côtés un jeune administrateur-adjoint

* MCF HDR Histoire de l'Afrique, Université de Provence/CEMAf


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idéaliste, Pierre Gallois, qui servait pour la première fois en Afrique


après avoir accompli ses obligations militaires dans l'Algérie en guerre.
Dans la région vivait encore Leverrier, un ancien chef de district qui
avait quitté l'administration.
Vincent Vocher avait connu le temps où les administrateurs étaient
des commandants craints et respectés et supportait mal la situation
nouvelle dans laquelle il ne reconnaissait plus le métier qui était le
sien :
Vocher se demandait si son métier, qui était viril par excellence, qui était à
l'origine de commander et d'organiser, n'était pas devenu, par une ironie
amère, une occupation de femme. On était en effet arrivé au temps des
apparences, et le sentiment de l'histoire était devenu un poison dangereux.
Mieux valait accepter de s'agiter au jour le jour, de continuer à « faire
semblant », semblant de commander, semblant d'organiser, semblant de
rendre la justice. Surtout ne pas chercher un sens... Et les femmes, se
disait-il, excellent à vivre ainsi au jour le jour, et dans l'illusion I.

Il avait de la sympathie pour son jeune adjoint dont il reconnaissait


les qualités et la sincérité, voyant en lui « un vrai chef de l'empire » :
L'ennui, se dit Vocher, c'est qu'il n'y a plus d'empire. Le jeune Gallois arrive
trop tard. Il y a trente ans, nous transpirions ferme, nous aussi, dans le
dolman haut boutonné. Mais c'était de la sueur de bâtisseur, de chef.
Chaque matin, en se levant, on savait que le pays était à nous, à soi
On disait : mes routes, mon impôt, ma justice, ma main-d'œuvre.
On disait : ma subdivision, mon cercle. Mes nègres - ou mes nhaqués. Mais
Gallois, qu'est-ce qu'il se dit le matin, en se levant ?
Que « tout peut encore être sauvé » ? Que les hommes, au fond, sont encore
les mêmes ? Les trous dans les routes aussi. Que la manie de bâtir et celle de
confesser trouvent encore aliment ? Qu'on fait encore confiance au blanc
comme arbitre, comme juge ? Que l'essentiel, le vrai prestige, c'est de laisser
ici, avant de partir, un peu d'équipement, et la langue française ? La culture...
Non, pense Vocher. Ça n'est pas vrai. C'est une escroquerie. La culture
française, les principes démocratiques, etc.. bobards que tout cela. C'est
l'arsenal des retraites ; des explications d'intellectuels pour mettre sa bonne
conscience à l'abri 2.

C'était pour les mêmes raisons que Leverrier avait quitté naguère
l'administration, comme il l'expliqua un jour à l'administrateur adjoint
Gallois :
On trouve toujours ses limites dans son propre passé. Moi, ici, j'ai connu
autre chose, d'autres temps. J'ai fait un autre métier que le vôtre, bien qu'il
porte le même nom : administrer. Mais, pour moi, c'était aussi
Ça s'appelait ainsi officiellement. Alors, j'ai compris un jour que ce
n'était plus possible, mais qu'on allait nous obliger longtemps encore à faire
semblant. Qu'on allait, par lâcheté, pour ne pas reconnaître qu'il fallait

1. Raymond Gauthereau, Survivants, Paris, Grasset, i960, p. 26.


2. Ibid., p. 27-28.
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franchement tourner la page, nous obliger, nous, Administrateurs, à


chaque jour de petites lâchetés. A nous abaisser, à nous
À nous renier. À flagorner. Je n'aime pas cela. J'ai préféré partir, c'est
tout. Quand on a une fonction, et qu'on l'assume honnêtement, elle s'impose
à vous, elle a ses nécessités à elle, quelles que soient vos idées. Et la vérité,
c'est que les nécessités de chaque jour dans ce pays, voilà dix ans qu'il n'est
plus possible de les assumer honnêtement, sans démagogie 3.

Une nuit, Bangarem, le vieux conseiller territorial deTédoa autrefois


influent, fut roué de coups par les hommes de Djerkoye, l'ancien
adjudant de l'armée française devenu agitateur, qui briguait sa
Tout le monde savait bien qui était à l'origine de l'affaire, mais il
n'était pas question d'intervenir :
Les instructions du Gouverneur sont formelles : ne plus soutenir Bangarem.
C'est une branche pourrie 4.

L'ancien administrateur Leverrier fut scandalisé par les événements :


D'opportunité politique en fine manœuvre, d'habileté en dérobade, c'est
tout le sens réel de notre présence ici qui disparaît. Le sens et la
Croyez-moi, le bon nègre de brousse, il ne se soucie pas plus de
la déclaration de droits de L'Homme, une « palabre » dont il n'a jamais
entendu parler, que des combinaisons ministérielles de la république
qui le feraient bien rire, s'il pouvait les comprendre : ça ressemble
tellement aux plus sordides combines de ses chefaillons... Non. Ce qu'ils
connaissent, ce qu'ils respectent, c'est la justice et le courage. Et chaque jour
ils constatent, au hasard des fameuses « nécessités politiques », que la justice
se dérobe et que le courage n'est plus qu'un souvenir. Alors, ne vaudrait-il
pas mieux partir tout de suite, sans attendre qu'on nous pousse dehors ? Ne
serait-ce que pour ne pas laisser un nom définitivement « gâté »... comme
ils disent *.

Gallois croyait encore à la noblesse de sa fonction et rêvait


de longues tournées en brousse, à la manière des grands anciens.
Le chef de région ne voyait pas les choses de cette manière :
Chaque fois qu'il insistait pour partir quelques jours en tournée, « en
brousse », Vocher lui objectait qu'il avait besoin de lui au « bureau ». De
surcroît, ajoutait-il, ce sport-là est périmé. La fameuse « politique de
contact », on n'osera bientôt plus en parler, même dans les circulaires
Dès maintenant, ajoutait-il, le gouverneur vous le dit sans vergogne :
laissez courir, n'inventez pas de problèmes. Plus vous en faites, plus vous
aurez de palabres. Réduisez les tournées au strict minimum. Faites vous
oublier... 6

3. Ibid., p. 142.
4. Ibid., p. 79.
5. Ibid., p. 79.
6. Ibid., p. 112.
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Au soir de sa carrière, le vieil administrateur en chef ruminait sa


déception :
J'avais commencé ma vie d'homme en choisissant un métier, et au moment
de le quitter, je m'aperçois qu'on me l'a pris en chemin. Ou qu'on me l'a
changé malhonnêtement ?.

Il estimait donc qu'il lui appartenait de débarrasser son jeune


de ses illusions. Pourtant, pensait Gallois, il restait encore
de choses à faire à un administrateur, qui n'étaient pas des
illusions. Construire des ponts, entretenir les pistes, bâtir un hôpital,
une école, un tribunal, c'était faire gagner « la civilisation »... « Quand
on ne commande plus, il reste à conseiller » se rassurait Gallois 8.
Un jour qu'ils traversaient la ville à pieds, Vocher et Gallois passèrent
devant chez Bangarem sans même aller le saluer. Le chef de région
sentit la déception de son adjoint :
Je sais ce que vous pensez : « Pourquoi ne pas dire quelques mots à ce pauvre
vieux. » Eh bien, parce que, dans une heure, tout le monde saurait que
l'Administrateur est « du côté » de Bangarem. Tout le monde, et Djerkoye,
bien entendu. Vous savez ce que ça veut dire ? Le député le saura demain, le
Gouverneur après-demain. « Manque de sens politique », dira sa lettre, au
prochain courrier. Et ce sera la petite guerre avec M. Djerkoye. Et je sais bien
qui la perdra, la petite guerre... Ça finira par une mutation... Et voilà
comment on fabrique des lâches... 9

Vinrent alors les élections à l'assemblée territoriale, et la victoire de


Djerkoye aux dépens de Bangarem. Djerkoye n'eut désormais plus de
cesse de faire expulser Bangarem du terrain appartenant au domaine
public sur lequel il avait construit sa maison. Il se rendit dans ce but au
bureau de l'administrateur en chef qui refusa de se plier à ses désirs. Le
ton monta rapidement, et la conversation finit par un esclandre. Dke-
rkoye, prit de fureur, s'approcha du bureau du chef de région et frappa
violemment de ses deux poings sur le bois :
-J'exige, entendez-vous, j'exige que Bangarem soit expulsé aujourd'hui.
Sinon...
- Sinon, quoi ?
[...]
- Sinon, je vous ferai déplacer. Je vous ferai renvoyer en France. Vous ne serez
plus Chef de Région ici, àTédoa, ni nulle part ailleurs dans le pays. Et je suis
sûr qu'on vous trouvera un remplaçant plus compétent que vous IO.

Bangarem ne fut pas plus expulsé que Vocher ne fut rappelé.


Gauthereau choisit en fait de faire virer son récit au drame,

j. Ibid.,p. 115.
8. Ibid.,p. 116.
9. Ibid.,p. 1 18-119.
10. Ibid., p. 238.
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faisant mourir le jeune Gallois en défendant Bangarem contre les


hommes de Djerkoye qui venaient détruire sa maison...
Survivants ne fut en rien un best-seller. Peut-être venait-il trop tard.
Qui s'intéressait encore à la littérature coloniale à la veille des
africaines ? Ce roman introuvable est aujourd'hui bien oublié. Il
est à ce titre significatif qu'il n'apparaisse pas dans la bibliographie
pourtant fournie des « ouvrages écrits sur leur métier par des
administrateurs, magistrats et conseillers au travail de la France
d'outre-mer » publiée dans La France d'outre-mer (1930-1960) de Jean
Clauzel ". Survivants est pourtant révélateur de l'état d'esprit
qui, ayant choisi dans leur jeunesse de servir dans l'Empire,
firent leurs premières armes dans l'Union française avant de voir leur
idéal sombrer avec la Communauté. Comme le Broussard de Maurice
Delafosse témoignait des états d'âme d'un colonial à la veille de la
Grande Guerre, Survivants de Raymond Gauthereau porte la trace
des désillusions qui furent celles des administrateurs qui, enfants,
rêvèrent de l'Afrique en arpentant les allées de l'exposition coloniale de
Vincennes.

Une situation intenable

Ce que montrait en fait l'ouvrage de Gauthereau, c'est que depuis


longtemps déjà, le sort des administrateurs en place dans les
était lié au bon vouloir des élus locaux. On ne comptait plus,
sous la IVe République, les administrateurs déplacés pour avoir déplu à
un député dont le vote était indispensable à l'éphémère gouvernement
alors en place et qu'on sacrifiait sur l'autel de l'intérêt partisan. La mise
en place de la loi-cadre conduisit de même à éliminer les administrateurs
qui, ayant servi trop longtemps dans un territoire, avaient pu s'opposer
ou déplaire aux nouveaux ministres. C'est ce que constata Gérard Serre
en revenant au Tchad en janvier 1958 après 7 mois de congé :
À Fort-Lamy j'ai retrouvé des têtes connues, quoique les vieux Tchadiens qui
ont pratiqué nos nouveaux ministres du temps où ils étaient simples commis,
infirmiers, instituteurs... ou en prison, soient prudemment retirés de la
circulation et envoyés ailleurs I2.

Les choses ne s'améliorèrent pas sous la Ve République, bien au


contraire. Bernard Lanne rapporte ainsi que le Tchad connut en 1958-
1959 une véritable valse des administrateurs métropolitains *3. Il
au gouvernement local de faire savoir au haut commissaire qu'il ne

11. Jean Clauzel, La France d'outre-mer (1930-1960) , témoignages d'administrateurs et de


magistrats, Paris, Karthala 2003.
12. Gérard Serre, Lettres d'Afrique, Paris, L'Harmattan, 2003, p. 326.
13. Olivier Colambani, Mémoires coloniales, la fin de l'Empire français d'Afrique vue par
les administrateurs coloniaux, Paris, La Découverte, 1991, p. 180.
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voulait plus de tel ou tel administrateur pour que celui-ci fût averti
pendant son congé que son retour n'était plus possible. En arrivant au
Tchad en janvier 1959, le haut commissaire Daniel Doustin se dit ainsi
« effaré » par la situation qu'il trouvait *4. Les chefs de districts,
affirmait-il, « continuellement contrés par les partis politiques »,
leur autorité et traversaient une « crise morale indiscutable ».
Les pressions qui s'exerçaient sur les administrateurs étaient de plus
en plus difficiles à supporter. François Fournier rapporte dans ses
mémoires la manière dont il quitta le Soudan français où il
la subdivision centrale de Gao en 1959. À cette date, le chef de
canton de Gabero, sur la rive droite du Niger, avait le tort inacceptable
pour le gouvernement RDA d'être resté fidèle au PSP. Lors d'une visite
à Gao du haut commissaire, le gouverneur général Pierre Messmer, il
lui fut présenté avec les autres notables du cercle. Cela valut à
une sévère algarade du ministre de l'Intérieur Madeira Keita.
La caravane ministérielle partie, il fut décidé que le chef de la
centrale se rendrait dans le canton de Gabero pour y effectuer le
recensement et consulterait par la même occasion les chefs de famille à
l'effet de nommer les chefs de village. Dans l'esprit du ministre, il
s'agissait de mettre en minorité le chef de canton par l'élection de chefs
de village RDA. Les chefs sortants furent pourtant réélus à un
majorité et leurs fonctions furent confirmées par le commandant
de cercle Jean Pinçon qui se trouva aussitôt remis à la disposition du
haut commissaire en avril 1959. François Fournier ne pouvait donc
plus décemment rester au Soudan. Aussi attendit-il de partir en congé
au mois de mai pour se faire affecter au Niger où il rejoignit un de ses
amis qui commandait le cercle de Maradi.
Longtemps, de nombreux administrateurs de la FOM, n'eurent
guère de scrupules à intervenir dans les scrutins qu'ils furent chargés
d'organiser. Du moins y mettaient-ils les formes et prenaient-ils soin
que les abus les plus criants échappassent à toute publicité. Les
de l'Intérieur africains de la Communauté eurent rarement de
telles pudeurs. De plus, si les administrateurs admettaient sans mal
intervenir dans les élections quand ils en percevaient le sens politique
ou l'importance pour la défense des intérêts de la métropole, ils
n'acceptèrent qu'à contrecœur de couvrir les fraudes organisées par les
gouvernements locaux. La visite des bureaux de vote de la subdivision
de Bongouanou effectuée lors des élections du 12 avril 1959 à
législative ivoirienne par l'administrateur Henri Bernard fut à ce
titre édifiante I5. Qu'à Arrah les enveloppes fussent préalablement
et qu'un garde territorial les introduisît lui-même dans une urne
non scellée en en soulevant le couvercle si nécessaire faisait partie des

14. Daniel Doustin, cité in Jean Clauzel, op. cit., p. 262.


15. Henri Bernard. Visite des bureaux de vote de la subdivision de Bongouanou le 12
avril 1959 pendant les opérations électorales. Archives privées H. Bernard. Note
à l'auteur.
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usages courants. Qu'un électeur votât devant l'administrateur pour 31


personnes passait encore. Mais que les assesseurs, ne voulant pas se
donner la peine de chercher les noms sur la liste, l'émargeassent dans
l'ordre alphabétique était plus surprenant. De même, que la presque
totalité des 1 000 électeurs inscrits à N'Zanfouénou eussent déjà voté à
10 h 30 alors que le scrutin n'était ouvert que depuis 8 h constituait un
record qui laissait l'administrateur « un peu sceptique ». À Afféré, les
opérations électorales étaient pratiquement terminées à 11 h 15. « À ce
rythme », notait l'administrateur avec humour, « il pourrait y avoir plus
de 100 % de votants ce soir ». À Abongoua, la situation était plus
originale : la fréquentation d'un des deux bureaux de vote était bien
plus forte que celle de l'autre, chacun étant libre de voter où il le
souhaitait sans tenir compte de son lieu d'inscription. À Kinimokro,
enfin, la situation était surréaliste. À l'arrivée de l'administrateur vers
16 h 30, le bureau de vote était fermé et le président avait regagné son
village à quelques kilomètres. L'urne était déposée chez un particulier,
les clefs sur le cadenas. À l'intérieur, la liste d'émargement était pointée
du premier au dernier numéro. En face de certains noms, le président
avait pris la peine de mentionner « décédé ». Mais les morts avaient voté
quand même...
On était là dans le domaine de la farce, mais les événements prirent
parfois une allure bien plus tragique. Ce fut ainsi le cas dans le cercle de
Ségou, au Soudan, de la terrible répression qui s'abattit sur les militants
de l'Union Démocratique Ségovienne (UDS) en mai i960 l6. L'UDS
était un parti régionaliste bien implanté dans les villages du cercle. Il
refusait de se rallier au RDA et fut dissout le 5 février 1959. Le RDA qui
avait enlevé la totalité des quatre-vingt sièges aux élections à
législative de mars 1959 fit envoyer les principaux dirigeants de
l'ex-UDS en résidence surveillée à Goundam le 23 avril. Les opposants
les plus irréductibles au parti unique étaient les habitants du village de
Sakoïba, et plus particulièrement du hameau de Sakoï-Fulala. L'Union
Soudanaise ne pouvait tolérer cette situation. Elle ne ménagea donc pas
sa peine pour éliminer les derniers gêneurs. Le commissaire de police
de Ségou, Yéli Doucouré, était aux ordres du parti et menait des
activités parallèles, interrogeant, retenant et malmenant à l'occasion les
individus suspects d'agissement anti-RDA. Le 17 mai i96o,Yeli
se présenta à Sakoï-Fulala accompagné de trois agents pour
arrêter un opposant. Alors que la police donnait l'assaut de sa
faisant usage d'armes à feu et de grenades lacrymogènes, Tiété-
malo Coulibaly, le fils du notable qu'il s'agissait d'interpeller, se porta
au secours de son père et abattit le commissaire d'un coup de fusil.
Transporté à Markala, celui-ci mourut en fin de journée. La terrible

16. Pour une étude détaillée de l'affaire de Sakoïba, voir Francis Simonis, « Le drame
de Sakoïba. Magistrats et autorités politiques à Ségou (Mali) à la veille de
», Droits et Cultures, n° 30, 1995, p. 231-241.
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répression qui s'ensuivit fut à la hauteur de l'émotion ressentie par les


responsables politiques soudanais. Cette répression, en effet, fut menée
personnellement par les principaux dirigeants du pays. Ainsi, le
de l'Assemblée nationale soudanaise, Jean-Marie Koné, et le
président de la Fédération du Mali, Modibo Keita, se rendirent-ils
immédiatement à Ségou. Ils prirent la décision de détruire le village de
fond en comble, ce qui fut fait le lendemain. Sakoï-Fulala et une partie
de Sakoïba furent rasés par les engins des travaux publics de Ségou
accompagnés de la foule, un escadron de gendarmerie participant aux
opérations. De nombreux hommes furent arrêtés, attachés avec des
cordes, transportés à Ségou en camion et promenés en ville sous les
huées et les coups de la population. Tiétémalo Coulibaly ne survécut
pas au traitement qui lui fut infligé.
Un administrateur de la FOM ne pouvait sans déshonneur accepter
ce qui s'était passé. C'était du moins ce que pensait de manière
la population européenne de Ségou. Le commandant de cercle
Félix Jouannelle, pourtant, bien loin de s'offusquer de la situation,
mena personnellement le cortège des captifs qui traversèrent la ville.
Il était à cette date le dernier administrateur français encore à la
tête d'une circonscription soudanaise et le resta jusqu'au 17 juin 1961,
juste récompense de sa servilité... Les magistrats français en poste à
Ségou, quant à eux, imités en cela par l'ensemble de leurs collègues en
service dans la République soudanaise, demandèrent leur rappel en
métropole.
Aux yeux de bon nombre d'Européens, les gouvernements africains
des républiques autonomes risquaient d'entraîner leur pays dans un
cycle sans fin de violence et de répression. Pourtant, loin d'être une
nouveauté, les drames qui parsemèrent la fin de la présence française en
Afrique Noire puisaient leurs racines aux heures sombres de l'histoire
du continent. Quand le RDA détruisait de fond en comble le hameau
de Sakoï-Fulala, il reprenait les méthodes expéditives des guerres de
jadis, tout comme celles des militaires de la conquête qui « cassèrent »
plus d'un village. Le sort qui fut réservé àTiétémalo Coulibaly et à ses
compagnons fut le même que celui que subirent maints prisonniers des
troupes françaises à la fin du XIXe siècle. À la veille de leur
les États membres de la Communauté semblaient donc vouloir
renouer avec les déplorables méthodes d'une époque qu'ils
révolue...

Replier le drapeau

Ainsi, pour quelques administrateurs qui remirent avec confiance le


commandement entre les mains d'administrateurs africains, combien
d'autres le firent-ils avec dépit ? « Personne ne s'immole avec plaisir, et
LE PROCESSUS DE DÉCOLONISATION EN AFRIQUE NOIRE 71

les carrières brisées pesaient leur poids d'amertume », note avec raison
Adrien Bramoullé I7.
Il est bien difficile, de nos jours, d'appréhender avec précision la
manière dont se firent les choses qui varièrent considérablement d'un
territoire à l'autre. Les documents d'archivé sont muets sur le sujet, et
les témoignages des administrateurs, sur ce point sensible entre tous,
sont savamment reconstruits. Pour la plupart des administrateurs, il
importe en effet de laisser l'image d'une transition douce qui, quoi que
trop rapide à leur goût, se serait déroulée sans acrimonie. Louis Giard
explique ainsi qu'il passa progressivement ses pouvoirs à un agent
togolais qu'il connaissait bien « sans la moindre rancœur, comme un
passage de témoin dans une course de relais l8 ». Cette vision lénifiante
de la décolonisation laisse perplexe. Il semble en réalité que la situation
fut souvent bien plus compliquée.
Cette impression se dégage nettement des témoignages recueillis
auprès d'administrateurs qui servirent au Soudan. Certains, comme
Jean-Claude Bouchet, firent volontairement le choix d'accompagner le
processus en cours :
J'avais spécialement demandé une affectation dans la République soudanaise,
considérée alors comme le territoire le plus avancé, avec Modibo Keita, dans le
processus vers l'indépendance, mouvement que, à la différence de nombre de
mes collègues plus anciens qui le subissaient dans la nostalgie après l'avoir
longtemps combattu, j'étais de ceux qui le jugeaient logique et légitime, et qui
souhaitaient l'accompagner, sans avoir toutefois prévu qu'il serait si rapide I9.

Ils n'en conservent pas moins un souvenir mitigé de la manière dont


se fit le transfert du pouvoir :
J'ai l'impression que le climat des passations de pouvoirs était parfois tendu ;
la transition était attendue avec appréhension, car plusieurs de nos collègues
avaient été relevés de leurs fonctions de manière assez déplaisante après des
conflits avec des élus ou des militants influents du RDA. En ce qui me
concerne, avec le fonctionnaire malien venu me remplacer, je crois pouvoir
dire que cela s'est passé courtoisement et honnêtement, sans réticence à
proprement parler, mais sans chaleur, c'est-à-dire sans la spontanéité, la
complicité ni l'esprit de camaraderie d'une passation de relais entre deux
collègues de la même formation. Nous étions en réalité trop étrangers l'un à
l'autre, et embarrassés de nous trouver dans cette situation, chacun craignant
de se montrer maladroit envers l'autre. Et sincèrement, je le voyais mal en
tournée à dos de chameau dans les campements comme mes prédécesseurs
et moi l'avions fait. [...]
De Bamako, où j'exerçais des fonctions subalternes, je conserve le souvenir
d'une période où n'étaient restés ou venus que ceux d'entre nous qui
acceptaient ou approuvaient le principe de la transition de l'autonomie

17. Adrien Bramoullé, Pavane pour une Afrique défunte, non publié. Académie des
sciences d'outre-mer, p. 302.
18. Louis Giard cité in Jean Clauzel, op. cit., p. 261.
19. Jean Claude Bouchet. Lettre à l'auteur, 2 avril 2004.
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interne à la pleine souveraineté. Le doute, ou au moins une certaine


quant à la capacité des nouveaux dirigeants à gérer la situation était
fréquent, mais bien légitime, cette transition étant observée avec sympathie
mais dans l'inquiétude d'un aboutissement incertain 2O.

Comme le fait remarquer Jean-René Bertin,


La décolonisation conduit à défaire, en partie, ce qui a été échafaudé
avec patience et ténacité et ce, le plus souvent, dans un laps de
temps limité. Il est en conséquence bien délicat de demander à un
de la FOM de prêter main forte à une opération de décolonisation.
Impérativement la substitution d'une autorité à une autre implique
de la première ; elle implique aussi une certaine rupture avec l'ordre
précédent qui est sa justification. La décolonisation ne saurait se résumer à
une simple passation de service 2I.

François Fournier, qui servit lui aussi au Soudan, estime ainsi que les
Soudanais s'apprêtaient à chausser leurs « bottes avec enthousiasme et
inconscience » 22. Le regard qu'il porte aujourd'hui sur la situation
d'alors provoque chez le lecteur une sensation de malaise qui en dit long
sur l'état d'esprit qui devait être le sien à la veille des indépendances :
II leur semblait que tout serait facile puisque nous administrions le pays sans
problème majeur de commandement, dans la paix et la sérénité.
Ils ne se rendaient pas compte que si tout fonctionnait dans le calme, c'était
en fait parce que nos anciens avaient tenu le pays en main avec une certaine
rudesse, au besoin par la chicote, et que nous-mêmes avions bénéficié de cet
état, en roue libre, et en continuant d'ailleurs de pédaler par un contact de
tous les instants avec la population.
Ils ont cru qu'il suffirait de s'installer dans nos bureaux et nos résidences
(récemment climatisées), pour mener la belle vie !
Les nouvelles élites, je parle des commis administratifs ou des instituteurs
promus administrateurs, vivant cependant à nos côtés, ne comprenaient pas
que le travail devait précéder le plaisir.
Les ministres de leur côté étaient dans le même esprit, dans les apparences
trompeuses du pouvoir, et l'isolement des ambitions tribales 23.

Jacques Escarra ne dit pas autre chose en parlant des fonctionnaires


soudanais :
Je ne les ai fréquentés qu'à Bamako au moment où le Mali devenait
et ces fonctionnaires qui nous traitaient avec un certain mépris n'étaient
pas du tout capables de gouverner un État. Ils ont d'ailleurs été éliminés par
une « révolution de palais » et invités à aller apprécier les charmes du
Sahara 24.

20. Jean Claude Bouchet. Seconde lettre à l'auteur, 2 juin 2004


21. Jean-René Bertin cité in Jean Clauzel, op. cit., p. 261
22. François Fournier, I5°3O de latitude noire, au Soudan Français et au Niger 1946- 1960,
Paris, Thélès, 20045 p. 46.
23. Ibid., p. 46
24. Jacques Escarra. Lettre à l'auteur, 27 avril 2004.
LE PROCESSUS DE DÉCOLONISATION EN AFRIQUE NOIRE 73

II semble donc que ce fut le plus souvent avec déception que les
de la FOM remirent le pouvoir à leurs successeurs africains et
malgaches dont ils doutaient en général des compétences. De même
virent-ils avec émotion descendre pour la dernière fois le drapeau
national lors de l'accession à l'indépendance du territoire où ils
Alors en poste à Madagascar, Jacques Ferret, pour sa part, avoue
sans honte qu'il pleura ce jour-là, la main droite collée à la casquette 25.

Des indépendances prématurées ?

Les administrateurs de la FOM qui servirent en Afrique noire et à


Madagascar au lendemain de la Seconde Guerre mondiale eurent
conscience d'accomplir un métier peu commun que beaucoup
comme une mission, sinon un sacerdoce. Tous l'ont dit et répété
et l'expriment toujours avec fierté, comme le font encore les derniers
témoins dont il est possible de recueillir le témoignage :
C'était vraiment un très beau métier, certainement unique, sans équivalent
dans la fonction publique métropolitaine, avec des responsabilités et des
pouvoirs considérables, tempérés par des moyens matériels et budgétaires
très limités mais abondes par une marge de liberté d'initiative, le contact
étroit avec les réalités et les problèmes d'une population et une autorité
exceptionnelle pour agir pour son bien-être ; la chance de pouvoir observer le
résultat concret de son action ; c'était un peu cumuler sur un territoire de la
taille d'un département français les fonctions des maires, du conseil général,
du percepteur, du juge de paix, des directeurs de l'équipement, de
ou de la santé, et du capitaine de gendarmerie 26.

Ce métier, et c'était vrai même des plus jeunes d'entre eux, ils en
rêvèrent au temps de l'Empire, de « la France de cent millions
» et de la colonisation triomphante pour l'exercer en un temps où
ce qui passait naguère pour l'aventure coloniale n'était plus perçu que
comme un colonialisme oppresseur et dépassé. Eux qui se rêvaient
colonisateurs furent donc chargés de ramener le drapeau national de
territoires qui accédaient à l'indépendance. On ne saurait dire qu'ils le
firent avec enthousiasme :
La décolonisation n'était en rien au programme des études [à l'ENFOM] .
Après les événements de 39-45, nous étions impatients d'assurer la relève, ce
qui était plutôt une forme de recolonisation. Nos autorités ignoraient le mot,
la doctrine était issue de la Conférence de Brazzaville. Je dois dire qu'il fallait
à nos gouvernants une vraie dose de cécité et d'imprévoyance pour - en 1948
- nous faire prêter serment, genou à terre, de « consacrer notre vie au service
de l'Empire, pour la grandeur de la France et de la Civilisation ».
Nous n'étions pas formés pour décoloniser et ce n'était sûrement pas notre
idéal. Même s'il est évident que nous avons mis en place des réformes

25. Jacques Ferret, Les cendres du Manengouba, Paris, L'Harmattan, 1996, p. 264.
26. Jean Claude Bouchet. Lettre à l'auteur, 2 avril 2004.
Outre-Mers, T. 98, N° 368-369 (2010)
74 F- SIMONIS

(élections, création des communes mixtes, africanisation) qui se sont révélées


aller dans le sens de l'histoire, s'il y en avait un 2?.

Après avoir longtemps essayé d'enrayer le mouvement de l'Afrique


vers l'émancipation, ils se résolurent finalement à l'accompagner,
par lassitude ou par conviction. Ils n'en étaient pas moins
convaincus que les choses allaient trop vite, comme l'exprime
l'un d'entre eux dont le témoignage est représentatif de celui de ses
camarades :
L'évolution des territoires après leur indépendance me fait penser que cette
indépendance est arrivée trop tôt. Si la suppression du code de l'indigénat, la
transformation du rôle de l'administrateur en matière de justice, la loi-cadre
de 1956 me paraissent avoir constitué de bonnes réformes, l'accélération de
la politique d'émancipation qui n'a pu être vraiment maîtrisée a lancé des
territoires mal préparés et balkanisés vers une indépendance prématurée :
une bonne quinzaine d'années supplémentaires n'aurait pas été de trop pour
qu'une gestion démocratique et efficace de leurs propres affaires par les pays
africains puisse être assurée pour l'essentiel dès le départ 28.

Beaucoup estimèrent avec Robert Delavignette que l'avenir des


qu'ils quittaient ne s'annonçait guère radieux :
Précipiter des pays dans une prétendue autonomie politique quand ils sont
économiquement hétéronomes, ne serait-ce pas pratiquer à leur détriment
un néo-impérialisme au profit d'États ou d'organismes qui leur
sous certaines conditions, les moyens de subsister selon une nouvelle
loi d'airain ?
Dans la solitude de son poste, le broussard songe que ses villages ne pourront
plus vivre comme ils vivaient aux époques précoloniales ni même à l'époque
coloniale et qu'ils sont guettés par l'américanisation - à moins qu'elle ne soit
gagnée de vitesse par une soviétisation 29.

Dans leur retraite du Sud de la France, ils se sentent aujourd'hui mal


aimés des jeunes générations française et africaine qui ne voient que
colonialisme et exploitation là où ils voyaient mission civilisatrice et
service des populations. C'est paradoxalement d'Afrique, au lendemain
des indépendances, que leur vint le plus beau des compliments. « II
avait su montrer, en pays diola, la vraie figure de la France humaine et
généreuse », écrivait en 1963 Léopold Sédar Senghor de Raphaël Touze
qui servit en Casamance au début des années 1950. « Déjà, de son
temps, et grâce à lui, l'ère du colonialisme était dépassé » 3°.

27. Marcel Guillemant. Réponse à l'enquête du groupe de recherches sur les


et pratiques coloniales françaises, août 2000. Document communiqué à l'auteur par
M. Guillemant en octobre 2004.
28. Yves Arbellot-Repaire. Lettre à l'auteur, 26 octobre 2004.
29. Robert Delavignette, L'Afrique Noire française et son destin, Paris, Gallimard, 1962,
p. 63.
30. Léopold Sédar Senghor, préface à Raphaël Touze, Bignona en Casamance, Dakar,
Editions Sepa, 1963, p. 12.

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