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N'Deye Maty Sene

La commercialisation des produits halieutiques séchés au


Sénégal, de 1945 à 1969
In: Outre-mers, tome 91, n°344-345, 2e semestre 2004. Les instruments de l'échange. pp. 73-95.

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Maty Sene N'Deye. La commercialisation des produits halieutiques séchés au Sénégal, de 1945 à 1969. In: Outre-mers, tome
91, n°344-345, 2e semestre 2004. Les instruments de l'échange. pp. 73-95.

doi : 10.3406/outre.2004.4112

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/outre_1631-0438_2004_num_91_344_4112
La commercialisation des produits halieutiques sèches
au Sénégal, de 1945 à 1969

N'Deye Maty SENE*

Le Sénégal, pays ouest africain, était l'un des premiers pays producteurs
de poisson dans l'ancienne Afrique occidentale française. Il bénéficiait d'une
façade maritime s'étendant sur près de 700 km de côtes et d'une population
qui s'était spécialisée dans la pêche du poisson de mer et de fleuve. Les
lébous, paysans maritimes sénégalais, étaient particulièrement présents à
Dakar et sur la Petite côte. Les Guet N'dariens, pêcheurs de Saint-Louis,
étaient peu spécialisés dans l'agriculture et se déplaçaient sur le littoral lors
de campagnes de pêche. Enfin les Subalbé, pêcheurs fluviaux castes, se
trouvaient sur les rives du fleuve Sénégal.
La transformation artisanale était une activité ancienne qui permettait,
non seulement de mieux conserver le poisson frais, mais aussi d'en faire un
produit d'échange diffusé très largement à l'intérieur du continent. Les
circuits commerciaux s'étaient ainsi peu à peu structurés à partir d'une
denrée alimentaire importante mais éminemment périssable. L'évolution
récente des procédés de conservation et de transport ainsi que l'élaboration
de règlements sanitaires de plus en plus contraignants ont profondément
modifié la commercialisation des produits halieutiques séchés et conduit à
une adaptation des instruments d'échange.

I) L'évolution des techniques de transformation

a) A Saint-Louis et sur la grande côte

Les techniques de préparation, utilisées au Sénégal depuis le


1, variaient en fonction des ressources naturelles qui étaient à la
des transformatrices. Ainsi, sur la Grande côte, zone désertique, la
* Université de Reims.
1. Aliou Diop, Transformation artisanale des produits halieutiques sur la grande côte du
Sénégal ; l'exemple du village de Kayar, DEA de géographie, Université Cheikh Anta diop de
Dakar, 2000, p. 31.
Outre-Mers, T. 92, N° 344-345 (2004)
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méthode la plus couramment employée dans les années cinquante était la


fermentation du poisson frais 2. Elle permettait de transformer les surplus
du mareyage, défavorisé par l'éloignement des grands centres de
et l'état vétusté des routes du pays 3.
Au début du xxe siècle, le sel était rarement utilisé. A Guet N'dar, lieu
d'habitation des familles de pêcheurs, le Guedj, poisson fermenté séché, était
d'abord décomposé dans un tissu laissé au soleil. Il était ensuite étêté, vidé et
éventré avant qu'on retire la colonne vertébrale. Le produit marin fermentait
dans une calebasse remplie d'eau de mer, puis était séché sur le sable, l'herbe,
les palissades ou le toit des cases 4. D'après Postel (1947) et Blanc (1955), le
simple séchage du poisson au soleil, à même le sol, aux abords des cases ou
sur des claies, sans utilisation de sel, était une technique très développée dans
le pays 5.
Marétou Fall, transformatrice de Guet N'dar âgée de 80 ans, a débuté son
activité entre 1933 et 1943 6. Elle se rappelle les poissons les plus
utilisés pour la fabrication du Guedj à l'époque : le quibara, le thiof, le
saqadi, le dianka-set, le diarègne et le diabak 7 de couleur rougeâtre. « Je
laissais pourrir le poisson, sans le mettre au froid, durant près de 24 heures.
Je lavais ensuite le produit, j'y mettais du sel, puis je le laissais sécher au
soleil... sans sel, le Guedj en préparation risque d'être envahi par les vers ». Il
semblerait donc que l'utilisation du sel se soit développée, à Guet N'dar, dans
le premier tiers du siècle dernier. Mme Fall faisait sécher son poisson sur des
tables en bois très résistantes. N'deye Sene, préparatrice au début des années
quarante, ne possédait pas de table pour le séchage 8 et faisait sécher son
poisson fermenté sur de la paille au début, puis ensuite sur des morceaux de
cartons. La paille était aussi employée au début des années soixante. De
grandes espèces de poissons, comme le mérou, les maquereaux ou les
étaient débarquées par les pêcheurs à la ligne. Environ 10 kilogrammes
de poisson frais étaient nécessaires pour l'élaboration de 3 kilos de produit
fini 9. Le produit frais, vendu à la pièce ou à la bassine, subissait une
dans le sable, l'eau, ou sous des bâches 10. Le Yet, mollusque gasté-

3eme
2. séance,
Archives
Traitement
du gouvernement
des produits
général
de lade
pêche
l'AOF,
et leur
Affaires
commercialisation,
agricoles, pêche,
1958,
rapport
p. 1. 4R575,
3. Colloque sur l'océanographie et les pêches maritimes, Luanda, 20-27 novembre 1957,
participation du Sénégal, p. 5.
4. M. Gruvel, Les pêcheries des côtes du Sénégal et des Rivières du Sud, Paris, Augustin
Challamel, 1908, p. 72-73.
5. Auteurs cités par Diop Oumar, Economie de la transformation artisanale et de la
des produits de pêche dans la région de Dakar, Thèse de Doctorat de géographie,
Université de Dakar, 1990, p. 47.
6. Nous l'avons rencontrée le 29 juillet 2003 sur le site de préparation Sine de Saint-
Louis.
7. Mots en Wolof désignant la pagre, le mérou blanc ou bronzé, la carangue et le denté bassa.
8. Nous l'avons interrogée à son domicile le 27 juillet 2003. Elle dirige le groupement
d'intérêt économique du site, appelé Ndiambarou Sine.
9. El Fadel Dia, Paysans pêcheurs Lébou de la petite côte au sud de Dakar, Université de
Dakar, Faculté des lettres, Diplôme d'études supérieures, 1966, pp. 57-58.
10. M. L. Pierme, Rapport sur les techniques de conservation et les conditions de
du poisson au Sénégal, 1963, pp. 9-10.
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SÉNÉGAL 75

ropode, était aussi au début séché au soleil, sans sel, après que son pied ait été
ramolli 11. En 1962, l'animal passait 2 à 4 jours vivant sous le sable avant
d'être enlevé de sa coquille, puis séché en tranches 12.
Dans la région de Saint-Louis, comme partout ailleurs sur la côte
la préparation traditionnelle a bénéficié de l'accroissement des
débarqués par la pêche artisanale. La motorisation des pirogues, inscrite
dans la volonté gouvernementale de moderniser la pêche sénégalaise, a
débuté en 1952.
Ainsi, les quantités transformées de produit sec contrôlées à Saint-Louis
s'élevaient à 719.791 tonnes en 1947 13, 1233.4 tonnes dix ans plus tard
et 1256 tonnes en 1959 14. De plus, 200 tonnes de Guedj ont été fabriquées
en 1953 15, et 678 tonnes, d'une valeur commerciale de 27.1 millions de
francs CFA ont été produites en 1959 16. Il est fort probable que ces chiffres
soient inférieurs à la réalité, les contrôles réalisés ne portant que sur
une partie des préparations artisanales. Saint-Louis était ainsi le premier
producteur de Guedj de la grande côte. A Kayar, village Lébou mieux
par les transports routiers, le mareyage, plus développé, ne laissait
que des quantités de poissons minimes à la transformation. Seulement
0.57 % du tonnage péché était préparé en Guedj en 1956, contre 9.15 %
pour Saint-Louis, et 0.38 % en 1957, alors qu'il avoisinait 6.64 % à Saint-
Louis 17.
Le Saly, poisson salé et séché réservé à l'exportation, était la spécialité de
la région. Le requin était découpé, puis salé 18. Madame Marétou Fall précise
que les poissons utilisés pour la préparation du Saly étaient surtout le thiof,
le n'got 19, le quibara et le diank-set. La production de Saly à Saint-Louis
était d'environ 700 tonnes en 1956 et en 1957, équivalait à 9 % des tonnages
débarqués. Madame Astou Sow, une de ses collègues de travail, transformait
en Saly une partie du poisson qu'elle n'avait pas pu écouler frais, à l'aide
d'un matériel rudimentaire. Elle utilisait du thiof, du doye 20 et du quibara :
« Je mettais beaucoup de sel, et je le faisais sécher dans les petits villages.

11. M. Gruvel, op. cit., 1908, p. 89.


12. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 10.
13. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale, rapport
2G 47(71), Service de l'élevage et des industries animales, Résultats de la pêche maritime,
p.l.
14. Nos calculs, d'après Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et
générale, rapports 2G 56(36), pp. 9-10, et 2G 59(26), p. 2 du chapitre sur la pêche artisanale.
Il s'agit des tonnages de Guedj et de Salé-séché produits.
15. Archives du gouvernement général de l'ÀOF, Politique et administration générale,
2G 53 (83), pp. 162-163.
16. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 59(26), p. 2 du chapitre pêche artisanale.
17. Nos calculs, d'après Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et
générale, rapports 2G 56(36), pp. 9-10 et 2G 57(78), pp. 13-14. Les prises étaient de
7346 tonnes à Saint-Louis et 3990 tonnes à Kayar en 1956, alors qu'elles représentaient
7880.6 tonnes à Saint-Louis et 3726.3 tonnes à Kayar en 1957.
18. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 12.
19. Le mot n'got signifie tassergal.
20. Il s'agit du mérou de Gorée.
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J'avais un grand couteau, un autre petit couteau, une planche en bois et un


marteau » 21.

b) À Dakar et sur la petite côte

Dans la zone arachidière de la petite côte, la spécialité était le poisson


braisé séché, nommé Kéthiakh. Cette combustion se faisait à l'aide d'herbes
et de coques d'arachides 22. Il semblerait que cette préparation se soit accrue
au cours des années cinquante, grâce aux populations lébous installées dans
le Cap Vert 23.
En 1908, les herbes sèches servant au braisage du Kéthiakh étaient
par des chevaux, des ânes ou des bœufs. Les sardines, plus
utilisées, étaient ensuite séchées au soleil. Le Lakà était un poisson
éviscéré avant le braisage. Le Dolon était un produit marin découpé, cuit à
l'eau de mer, séché au soleil une première fois, puis bouilli dans une huile de
foie de poisson avant d'être laissé au soleil durant quelques jours. La méthode
de préparation du Guedj était similaire à celle employée sur la grande côte.
Le Tambadiang était fabriqué avec des petits poissons simplement laissés au
soleil sur des tables, des claies de séchage ou des nattes 24.
N'goné Diouf, transformatrice de 80 ans, se souvient que dans les années
trente, la fermentation du Guedj avait lieu dans l'eau de mer. Le poisson était
ensuite séché sur le sable de la plage du village de Thiaroye ou sur du bois 25.
Cette artisane ne nous a pas mentionné l'emploi de sel. Au début des années
soixante, la pêche à la senne permit une diversification des prises ; les espèces
réservées à la transformation étaient principalement les sardinelles, les chin-
chards, les ethmaloses et les soles. Le Kétiakh préparé sur la petite côte était
refroidi 12 heures après son braisage, puis épluché avant d'être séché à même
le sol pendant deux heures, et recouvert de sel. A Foundiougne, des hommes
originaires de Guinée ou de Casamance fabriquait du poisson fumé dans un
four,ils l'épluchaient par la suite avant de le faire sécher sur l'herbe 26.
La transformation artisanale se développa, tout comme à Saint-Louis,
parallèlement à l'accroissement des prises de la pêche maritime artisanale.
Les tonnages débarqués passèrent, de 1956 à 1959, de 4483 tonnes à 14240
tonnes à M'bour, tandis que la proportion des tonnages de Guedj et de
Kéthiakh préparés triplait, passant de 7.53 à 21 %. A Joal, les quantités
pêchées représentaient 3519 tonnes en 1956 et 11640 tonnes en 1959, tandis

21. Nous l'avons questionnée, le 27 juillet 2003, sur le site de transformation de Guet N'dar,
Sine. Elle a débuté en 1970.
22. Archives du gouvernement général de l'AOF, Affaires agricoles, pêche, rapport 4R 575,
1958, p. 1.
23. Durand M. H, Aspects socio-économiques de la transformation artisanale du poisson de
mer au Sénégal, Centres de Recherches Océanographiques de Dakar Thiaroye, octobre 1981,
p. 26.
24. M. Gruvel, op. cit., 1908, p. 96-97 et 110.
25. Nous l'avons interrogée, le 28 juin 2000, sur le site de préparation de Thiaroye sur mer.
26. Diagne, Création du groupement des artisans transformant le poisson, Dakar, ENEA,
196 ?, p. 9 et M. L. Pierme, 1963, p. 5 et 6.
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SÉNÉGAL 77

que celle des produits séchés était de 381 tonnes en 1956 et de 965 tonnes
trois ans plus tard 27.

c) La préparation artisanale fluviale

*Sur le fleuve Sénégal


Le simple séchage, sans sel ni fumage, conformément aux goûts de la
population locale, était la technique de transformation la plus employée sur
le fleuve Sénégal au milieu des années cinquante. Cette méthode était plus
efficace pendant la saison sèche que durant l'hivernage, car la pluie
le processus de séchage et abîmait le poisson. Le produit péché sur la
Taouey 28, principalement le M'bett, était séché sur des perches en plein
air 29. Ce procédé, très simple, ne nécessitait pas d'aménagements spéciaux.
Les principaux poissons séchés dans cette région étaient, à la fin des
années cinquante, le M'bète, Yess, Wèkh, Guer, Gangue, Ndiaguel, Célin-
the 30. Au début des années soixante, sur le fleuve Sénégal et dans les lacs du
pays, le petit Yess et le N'dogg bopp étaient seulement séchés, tandis que la
silure, préalablement ouverte, était laissée au soleil puis salée ou saupoudrée
de DDT. L'emploi du sel tendait à diminuer dans ces régions du Sénégal 31.
Les espèces les plus transformées sur le lac de Guiers, qui s'étendait sur
25 000 hectares pour 2 mètres de profondeur, étaient les Synodontis. Le
Guedj fermentait durant 24 heures dans l'eau, avant d'être vidé, écaillé,
et ouvert en deux. On le séchait ensuite trois ou quatre jours par terre,
sur de la paille, ou sur du fil de fer. Lors de la campagne de pêche de 1960,
111,7 tonnes de produits marins secs, c'est à dire 14 % des prises sur le Lac
de Guiers avaient été fabriquées 32.

*Dans le Saloum et en Casamance


Le petit et moyen poisson frais destiné à produire du Tambadiang en 1908
décomposait au soleil, puis était placé sur des nattes et écrasé, avant d'être de
nouveau mis à sécher. Environ un demi-siècle plus tard, ce poisson était
transformé par des femmes qui le laissaient sécher quatre ou cinq jours,

27. Nos calculs, d'après Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et


générale, rapports 2G 56(36), p. 10 et 11 et 2G 59(26), p. 2 du chapitre sur la pêche
artisanale.
28. D'après le rapport 2G 60(10) Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et
administration générale, il s'agissait du cours d'eau par lequel le Lac de Guiers communiquait
avec le fleuve Sénégal. Il s'étendait sur 50 km jusqu'à Richard Toll.
29. Archives du gouvernement général de l'ÂOF, Affaires économiques, dossier 1Q 631,
Commercialisation et conservation du poisson le long du Sénégal, Saint-Louis, 16 juillet 1956,
p. 2.
30. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 59(27), R.Crémoux, Rapport de pêche fluviale sur le fleuve Sénégal, Services des Eaux
et Forêts, Région du Fleuve, 1959, p. 34 et 61.
31. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 11.
32. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 60(10), Ministère de l'économie rurale et de la coopération, Rapport annuel I960 et
fascicules, Service des eaux et forêts.
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après l'avoir lavé dans de l'eau de mer. En 1956, la Casamance en fabriqua


200 tonnes (2.75 % des prises) et en 1957, la région du Saloum en produisit
300 33.
En Casamance, le poisson était, au début du xxe siècle, laissé entier ou en
morceaux au soleil et occasionnellement fumé sans être salé. Son séchage,
dans une atmosphère humide et chaude, favorisait la putréfaction et lui
donnait une forte odeur ainsi qu'une saveur particulière très appréciée de la
population 34. La principale préparation de la zone était le Métora, poisson
fumé séché réservé à l'exportation, qui était fabriqué avec des requins, des
raies et des silures découpés en morceaux, lavés et fumés à l'aide d'un four
pendant un jour entier 35. Cette méthode de transformation guinéenne avait
été propagée, à partir de la Casamance, vers différents sites du littoral
sénégalais 36. La production casamançaise avoisinait 165 tonnes en 1953,
700 tonnes en 1956 (environ 9.7 % des prises) et 1100 tonnes en 1959,
équivalent à 14.6 % des tonnages péchés, soit une valeur commerciale de
27.5 millions de francs CFA. Celle du Saloum était de 1800 tonnes à la fin des
années cinquante, soit une valeur de 54 millions de francs CFA 37. En 1959,
les productions de Guedj dans le Saloum et en Casamance étaient
de 500 et de 840 tonnes, c'est à dire 6.25 % et 11.2 % des quantités
débarquées par la pêche artisanale, représentant 15 et 25.2 millions de francs
CFA 38.
La courbe suivante donne une idée de l'importance des quantités de
poisson séché fabriquées artisanalement au Sénégal entre 1954 et 1969 : le
Gued] et le Kéthiakh sont produits en plus grande quantité que le Saly et le
Métora, poissons séchés réservés à l'exportation.
La production a chuté au début des années soixante à 1966. Cette baisse a
peut-être eu pour cause l'accession du pays à l'indépendance et l'instauration
de nouvelles frontières et de taxes douanières 39.

*Les problèmes du conditionnement


Les techniques de transformation défectueuses donnaient un poisson sec
de mauvaise qualité, ne pouvant être stocké durant une longue période à
cause des attaques d'insectes carnivores friands de denrées animales
Ces dermestes et nécrobia rufipes occasionnaient un effritement du
produit sec et par conséquent des pertes lors de l'entreposage et du transport

33. M. Gruvel, op. cit., 1908, pages 117-118, M. L. Pierme, op. cit., p. 7, nos calculs, d'après
Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale, rapport 2G
56(36), p. 13 et Rapport 2G 57(78), p. 17.
34. M. Gruvel, op. cit., 1908, p. 126 et Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique
et administration générale, rapport 2G 45(67), p. 6.
35. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 11.
36. Durand M.H, op. cit., octobre 1981, p. 26.
37. Nos calculs, d'après Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et
générale, rapports 2G 53(83), p. 162 et 163, 2G 56(36), p. 13, et 2G 59(26), p. 2 du chapitre
sur la pêche maritime.
38. Nos calculs, d'après Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et
générale, rapport 2G 59(26), p. 2.
39. Il est aussi possible qu'il s'agisse d'une erreur dans l'évaluation des quantités produites...
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SENEGAL 79

Evolution en tonnes de la production artisanale de


poisson sec au Sénégal, de 1954 à 1969

—♦— Production totale


— »— Guedj
-^-Kéthiakh
Saiy
-*-Métora

Source : Résultats généraux de la pêche maritime sénégalaise et R. Bonnardel, op. cit., 1985.

des denrées 4O. L'utilisation d'un insecticide sous forme de poudre, le DDT,
se généralisa sur les sites de préparation artisanale, afin de lutter contre ces
difficultés. Cet emploi causait des problèmes importants de contamination,
des dangers d'intoxication, en particulier si la teneur en matière grasse de la
denrée était élevée 41. Le sel était délaissé au profit du DDT meilleur
42, par les femmes de pêcheurs du fleuve Sénégal et sur la côte, mis à part
sur la plage de M'bour où l'on fabriquait du Kéthiakh 43.
Sur le fleuve Sénégal, un cinquième du produit séché était abîmé par un
mauvais séchage, un emballage rudimentaire et un entreposage non adapté,
ce qui représentait une perte d'environ 12 millions de francs CFA 44. Dans les
années soixante, le poisson transformé arrivé sur le marché était mis dans des
sacs de 50 à 110 kilogrammes. Le Guedj pouvait être rangé à l'intérieur de
paniers tressés, dans des feuilles de rônier, et recouverts de sacs de sisal. Il
était aussi disposé dans des sacs de jute fermés à l'aide de cordes, afin d'être
transporté par train, pirogues ou cars rapides. Dans ce dernier cas, les
produits voyageaient sur les toits des camionnettes. A Kayar, le poisson
fermenté séché était enveloppé dans des tissus de sacs assemblés à l'aide de
fibres végétales. Ces emballages de 40 kilos pouvaient conserver le Guedj

40. A.Mallamaire, La désinsectisation du poisson séché en Afrique Occidentale Française,


Dakar, août 1955, pp. 1-3 et Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et
générale, rapport 2G 60(10), p. 105 et p. 145.
41. Butterfield, Parkin, Gale, « Le transfert du DDT aux denrées alimentaires à partir de sacs
d'emballages imprégnés », Journal of the society of chemical industry, 1949, p. 1 et 6.
du gouvernement général de l'AOF, affaires économiques, dossier 1Q 631).
42. R. Bonnardel, Economie maritime et rurale de Kayar, Dakar, 1967, p. 178.
43. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 11 et p. 18.
44. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 59(27), p. 34.
Outre-Mers, T. 92, N° 344-345 (2004)
80 N. M. SENE

durant six mois environ. Le Kéthiakh était emballé en suivant les mêmes
procédés. Le poisson sec de mer ou de fleuve était conditionné en ballots ou
en paniers pour être exporté vers d'autres régions du Sénégal ou à
45.

II) Des circuits de distribution \ariés

a) Des prix fluctuants

Les prix du poisson sec pouvaient varier, tout comme celui du poisson
frais, selon la saison (sèche de novembre à juin et d'hivernage de juin à fin
octobre), l'importance des débarquements et de la demande, durant une
même journée. La transformation artisanale utilisait essentiellement les
du mareyage. Nous n'avons que quelques informations sur les prix des
produits finis donnant juste un ordre de grandeur, car il aurait fallu disposer
d'enquêtes réalisées sur une année entière afin de pouvoir tirer des
plus fiables.
Au début du xxe siècle, le poisson sec, qui correspondait au goût des
Sénégalais, était bon marché, et coûtait parfois moins cher que le poisson
frais. Les prix étaient fixés au kilogramme, au tas, au panier, à la pièce ou
encore au morceau. Ainsi, le poisson sec sur la petite côte était vendu plus
cher que le poisson fraîchement débarqué : son prix oscillait entre
1.50 francs et 2 francs CFA. Dans le Saloum, le tas de 4 à 6 poissons
transformés se commercialisait entre 10 et 50 centimes, tandis qu'en Casa-
mance, le panier se négociait entre 2 et 2.50 francs CFA et la pièce à
10 centimes 46. Marétou Fall nous a affirmé que dans les années trente et
quarante les produits séchés étaient abondants : « Ils ne coûtaient rien » 47.
Au milieu des années quarante, les prix au kilogramme des poissons séchés
dans les centres de production étaient plus élevés à Bakel (20 francs CFA) et
en Haute Casamance (30 à 50 francs CFA) qu'à Saint-Louis (8 à 10 francs
CFA le kilo), peut être à cause de l'importance de la production dans ce
dernier lieu 48.
Dans les années soixante, le Kéthiakh étaient trois à quatre fois moins
cher dans les villes du Bassin arachidier que le Guedj. Le kilogramme
du poisson fermenté séché se vendait entre 19 et 28.5 francs CFA à
Kaolack, tandis que celui du braisé séché était de 8.73 francs CFA en

45. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 5, 13-14, Dia, op. cit, 1963, p. 57-58, Diagne, op. cit., p. 9 et
R. Bonnardel, op. cit., 1967, p. 178.
46. M. Gruvel, op. cit., 1908, pp. 85-86, 98, 118-119 et 126.
47. Nous avons interrogé cette préparatrice le 27 juillet 2003, à Saint-Louis.
48. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G45 (67), p. 3. Nos calculs, d'après le Bulletin mensuel de statistique d'Outre Mer,
INSEE, de 1950 à 1959, les Données statistiques, INSEE, de 1962 à 1969 et les Données
statistiques africaines et malgaches, INSEE, 1970. Nous avons converti les francs CFA courants
en francs CFA constants (base 100 = 1945).
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SÉNÉGAL 81

moyenne 49. Sur les marchés dakarois, le poisson fumé de 200 grammes était
écoulé au détail en tas à 2.46 francs CFA et le produit sec de 50 grammes,
vendu par lot ou en morceaux, à 0.95 francs CFA 50. Le produit fabriqué à
M'bour coûtait entre 2 et 3 francs CFA le kilo vers 1970 et la table de poisson
sec s'écoulait entre 383.85 et 447.82 francs CFA 51.
Les prix du poisson sec fluvial était eux aussi très variables, car ils
des différentes phases du régime du fleuve Sénégal, qui entraînaient
une irrégularité de la production. Le poisson frais et séché se vendaient à un
cours peu élevé 52. En 1955, la bassine de Boss coûtait 13 francs CFA, le sac
de Sélanthe : 400 francs, le N'diaguel 9.64 à 11 francs. Le Yess était proposé à
11 voire 13 francs CFA, tandis que le M'bette et le Rounde se vendaient entre
2.75 et 4.13 francs CFA pièce 53. A la fin des années cinquante, le poisson
frais et sec revendu sur les rives du fleuve Sénégal n'avait pas une grande
valeur monétaire. Le prix moyen du poisson frais et sec, dix fois moins élevé
que celui de la viande, était de 2.60 francs CFA 54.

Evolution de la valeur commerciale en millions de francs CFA


constants du poisson sec fabriqué au Sénégal
dans les années 60

D METORA
Q KETHIAKH
■ GUEDJ
■ SALY

1959 1963 1965 1967 1969

Source : d'après le Bulletin mensuel de statistique d'Outre Mer, de 1950 à 1959, et les Données
statistiques, de 1962 à 1969. Base 100 = 1959.

49. Nos calculs, d'après M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 17 et les statistiques de l'INSEE (base
100= 1945). Le prix du kg de Guedj était de 34.14 francs CFA à Thiès, 33.35 francs CFA
à Linguère, 27 francs CFA à Louga, 28.6 francs CFA à M'backé. Celui du Kéthiakh avoisinait
9.50 francs CFA à Khombole et 8.70 francs CFA à M'backé.
50. D. Van Der Vaeren Aguessy, La femme africaine et les marchés dakarois, un aspect du
rôle socio-économique de la femme africaine en milieu urbain, Institut de Science Economique
Appliquée, Dakar, mai 1963, p. 17 et p. 110.
51. Nous avons questionné Mariama SARR, 50 ans, au marché N'diarème de Guediawaye,
dans la banlieue de Dakar, début mai 2000 et la transformatrice Astou SOW, le 27 juillet 2003.
52. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale, 2G 60
(10), 1960, p. 145.
53. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 55(21), Eaux et forêts, rapport annuel 1955, p. 121.
54. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 59(27), pages 16, 35 et 91.
Outre-Mers, T. 92, N° 344-345 (2004)
82 N. M. SENE

La valeur commerciale des produits fabriqués artisanalement était


dans les années soixante. Elle oscillait entre 200 et 400 millions de
francs CFA constants, sauf en 1964, date à laquelle elle avoisinait 177
de francs CFA constants seulement. Entre 1959 et 1969, la production
de fermenté séché avait une valeur de 171 millions de francs CFA
en moyenne. Elle était deux fois plus élevée que celle du Kéthiakh
(78.49 millions de francs CFA) et six fois plus importante que la valeur du
Métora (26 millions de francs CFA). La production de Saly atteignait une
valeur commerciale de 14.8 millions de francs CFA en moyenne.

b) Les réseaux de la pêche maritime

* Des circuits internes polarisés autour du bassin arachidier.

Nous possédons quelques informations sur les routes commerciales


empruntées par le produit séché artisanalement au Sénégal. Au début du
XXe
siècle, le poisson préparé était acheté en quantité considérable par les
Sénégalais et les Maures, pour être écoulé dans la vallée du fleuve Sénégal et
en Mauritanie. Il était aussi exporté en Guinée, en Côte d'Ivoire, et au Congo.
Le poisson sec, fabriqué sur la Petite Côte, était principalement revendu dans
le Sine, tandis qu'une partie était vendue à un prix élevé en Gambie par des
Lébou 55. N'deye Sene, transformatrice de Saint-Louis, se souvient que dans
les années quarante et cinquante, elle revendait son produit fini à des
dakarois : « Ils le conditionnaient dans des dambas et allaient le revendre
à Louga, Richard Toll, Rosso et Dagana » 56.
Dans les années cinquante, le commerce du poisson séché avait pris une
grande ampleur, grâce aux 25 à 30 000 pêcheurs que l'on dénombrait sur les
côtes du pays, qui produisaient annuellement 25 000 à 30 000 tonnes de
poisson consommé frais ou séché, afin d'être envoyé à l'intérieur du pays
ou exporté 57. Cette diffusion suivait le tracé des routes et des lignes de
chemin de fer. On dénombrait 3000 kilomètres de routes au Sénégal en 1948,
1043 km de routes bitumées et 1019 de routes en terre en 1962. Un an plus
tard, 7302 km de pistes classées et 3369 de pistes non classées, utilisables
durant la saison sèche, traversaient le pays 58. Le Guedj et le Kétiakh étaient
surtout réservés à la consommation intérieure, tandis que le Métora, le
Tambadiang et le Saly, peu appréciés par les sénégalais, étaient
expédiés dans les pays africains voisins.
De 1956 à 1960, le Guedj fabriqué sur la grande côte, à Saint-Louis et
Kayar, mais aussi sur la petite côte, dans les sites de M'bour, Joal et de

55. M. Gruvel, op. cit., 1908, pp. 85, 86 et 110.


56. Nous l'avons questionnée le 27 juillet 2003 à son domicile, en présence de son mari
pêcheur et de sa collègue Astou SOW.
57. Archives du gouvernement général de l'AOF, rapport 1Q628(15O), Direction des services
économiques, Inspection générale de l'élevage et des industries animales, Programme
d'équipement, 1953-1957, pp. 4 et 32.
58. Babacar Diop, La pêche maritime au Sénégal, Dakar, 1963, p. 82.
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SÉNÉGAL 83

Casamance, était surtout revendu sur les marchés du Cap Vert et dans les
grandes villes du bassin arachidier, mieux desservis par les transports. Ainsi,
Thiès, Kaolack et Diourbel, de même que la capitale sénégalaise, étaient les
principaux lieux de consommation du Guedj. Le poisson fermenté séché
Saint Louisien se commercialisait aussi à Louga, ville de la grande côte sur la
route de Dakar 59. Marétou Fall atteste que ces réseaux commerciaux étaient
aussi utilisés dans les années trente et quarante :
« A l'époque, le poisson ne sortait pas beaucoup du pays, c'est-à-dire que
nous le vendions à des gens d'ici... Les commerçants qui venaient chez nous
partaient écouler le poisson sec acheté à Dakar. Le Saly était revendu à
Dakar, Thiès, et même ici, à Saint-Louis » 60. Entre 1959 et 1969, le Guedj
produit à Thiès et en Casamance était le plus exporté vers d'autres régions du
pays. Environ 41 % du poisson fermenté séché aurait été ainsi revendu dans
les régions du Cap Vert et de Thiès. Le Guedj de Saint-Louis se
essentiellement dans la Presqu'île et le Fleuve 61. Les circuits allant vers
les villes de l'intérieur comme Tamba, Guinginéo, Gossas, Thiadiaye ou
Mécké n'étaient que très peu empruntés, à cause des difficultés liées au
transport.
Le Kétiakh, fabriqué dans les deux grands centres de production
qu'étaient M'bour et Joal, était majoritairement écoulé à Kaolack, Dakar,
Thiès et Diourbel. Une quantité infime était transportée vers des marchés de
l'intérieur, tels que Guinginéo, Zérékoé et Kaffrine 62. Durant les années
soixante, le Kétiakh aurait été le poisson sec le plus revendu sur le territoire
sénégalais, avec 5435 tonnes échangées en moyenne annuellement. La région
de Thiès et la ville de M'bour étaient les principaux centres d'exportation de
braisé séché. Le Kétiakh était commercialisé à près de 80 % dans les régions
du Sine Saloum, de Thiès et du Cap Vert 63. Le poisson braisé séché, produit
dans les villages lébous, était revendu dans le Sénégal oriental et sur les lieux
de vente de la Petite côte, comme Bargny et N'Goudd 64.
Les flux commerciaux du Saly, contrôlés à l'intérieur du Sénégal entre
1959 et 1969, furent dix-sept fois moins importants que ceux du Guedj et

59. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,


2G56 (36), p. 10 à 14 ; 2G57 (78), p. 13 à 17, Affaires agricoles, pêche, 4R 575, 2G59 (26) et
Babacar Diop, 1963, p. 85 bis.
60. Nous l'avons rencontrée fin juillet 2003, sur le site de préparation artisanale de Saint-
Louis, nommé Sine.
61. Nos calculs, d'après Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et
générale, rapports 2G 59(26), 2G 62(23), 2G 63(13), 2G 64(15), 2G 65(3), 2G 66(16),
2G 67(19), 2G 68(57), 2G 69(44) et Babacar Diop, 1963, p. 86. La quantité de Guedj produite à
Thiès (1531 tonnes par an) représentait environ 34 % des exportations vers d'autres régions du
pays, celle fabriquée en Casamance : 24 % et le poisson fermenté séché de Saint-Louis : 14 % .
Ces résultats, uniquement basés sur les circuits commerciaux contrôlés par des agents de l'état,
sont donnés ici à titre indicatif.
62. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 56(36), p. 10 à 14 ; 2G 57 (78), p. 13 à 17 ; Affaires agricoles, pêche, 4R 575, 2G 59 (26)
et Babacar Diop, op. cit., 1963.
63. Nos calculs, d'après les mêmes rapports des années soixante utilisés pour le Guedj.
64. El Fadel Dia, Paysans pêcheurs Lebu de la Petite Côte au sud de Dakar, Université de
Dakar, Diplôme d'études supérieures, 1966, p. 72.
Outre-Mers, T. 92, N° 344-345 (2004)
84 N. M. SENE

vingt fois moins élevés que ceux du Kétiakh. Le salé séché revendu dans les
régions sénégalaises provenait surtout de Thiès (102 tonnes par an) et du Cap
Vert (27.4 tonnes par an). Plus des deux tiers du Salé séché étaient
dans le Cap Vert (140 tonnes chaque année) et le Sine Saloum (24
tonnes par an). Les quantités de Métora échangées sur le territoire sénégalais
(environ 500 tonnes par an) étaient dix fois moins élevées que celles du Guedj
et du Kétiakh. Les principales zones de production étaient Thiès (214 tonnes
par an), la Casamance, le Sine Saloum et la région du Fleuve. Ce produit
séché était majoritairement commercialisé dans le Cap Vert (63 %) et le Sine
Saloum (10.2 %) 65.

*Une exportation des produits séchés vers les pays africains voisins

Dans les années cinquante


Les principaux pays qui importaient le poisson sec sénégalais étaient la
Guinée, le Mali et la Côte d'Ivoire. La Guinée était le premier pays à se
ravitailler en produits transformés du Sénégal. Elle importait du Guedj et du
Kéthiakh en provenance de M'bour et Joal, ainsi que du Métora et du Saly.
En 1956, Conakry était l'une des principales destinations du Kétiakh produit
sur la Petite Côte.
Des quantités importantes de poisson fabriqué artisanalement étaient
expédiées vers la Côte d'Ivoire, second pays importateur de l'époque. Ces
produits se retrouvaient essentiellement sur les marchés d'Abidjan, qui était
la première destination du Guedj et la seconde du Kétiakh de M'bour en
1956. La Côte d'Ivoire était le troisième pays étranger importateur du
Kétiakh de Joal ^ et le second du braisé séché ainsi que du Métora de
M'bour en 1960 67. Le Saly Saint-louisien était écoulé sur les lieux de vente
ivoiriens (79,8 tonnes de salé séché avaient été expédiées en Côte d'Ivoire en
1954), mais aussi en AEF, dans le Congo Belge et au Ghana 68. Khady Dieye,
53 ans, préparatrice de Saint-Louis, issue d'une famille de pêcheurs, évoque
cette exportation de poisson sec vers le Ghana, dans les années soixante : « Le
poisson séché va jusqu'au Ghana. Si c'est du Toumoula, du Gaïndé, ou bien
du Saly, les commerçants ghanéens vont le revendre dans leur pays » 69.
Les populations maliennes appréciaient particulièrement le poisson braisé
séché sénégalais. En 1947, 4170 tonnes de poisson sec avaient été
au Mali 70. Bamako était la 4e destination du Kétiakh produit à Joal en

65. Nos calculs, d'après les Rapports des Archives du gouvernement général de l'AOF,
Politique et administration générale, série 2G.
66.
67. Babacar Diop, op. cit., p. 85 bis.
68. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale, rapport
2G 54(66), p. 184 ; 2G 57(78), p. 15-20 et Affaires agricoles, pêche, 4R 575, 2e séance, 1958, p. 5.
69. Nous l'avons rencontrée le 27 juillet 2003 sur le site de transformation Sine de Saint-
Louis, en même temps que ces deux collègues, Khady SARR, 42 ans, et Ndiémé LO, 40 ans.
70. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
rapport 2G 47(71), p. 1.
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SÉNÉGAL 85

1956 et le Mali était le troisième pays africain importateur du braisé séché


fabriqué sur la Petite Côte en 1960, derrière la Guinée et la Côte d'Ivoire 71.
L'accession des Etats d'Afrique de l'Ouest à l'indépendance fut un frein aux
exportations de poisson séché sénégalais, notamment de Métora et de Saly,
à cause de l'instauration de frontières 72. Il est difficile de comparer les
tonnages exportés avant et après 1960, car nous disposons de peu de
sur les flux commerciaux du poisson sec sénégalais avant

Dans les années soixante


Dans les années soixante, les produits transformés du Sénégal
les mêmes routes commerciales. La Guinée était le principal débouché
du Guedj (442 tonnes par an, soit 63 % des quantités exportées hors du
Sénégal), du Kétiakh (394 tonnes équivalent à 48 % des exportations du
braisé séché) et du Métora (699 tonnes, soit 54 % des exportations).
De 1959 à 1969, Les Ghanéens auraient consommé annuellement plus de
93 tonnes de braisé séché. La Côte d'Ivoire aurait importé près de 30 % du
Kétiakh revendu en Afrique Noire (242 tonnes par an) et 13 % du Métora,
soit 171 tonnes par année. Le plus grand consommateur de Saly, pendant
cette décennie, était Fex AEF, qui aurait absorbé environ 1341 tonnes de
poisson sec par an 73. Peu de flux commerciaux ont été enregistrés vers le
Mali durant les années soixante, alors que le Nigeria aurait importé en faible
quantité du Kétiakh, du Saly et du Métora.
Le Guedj exporté vers d'autres pays d'Afrique Noire provenait à 97 % de
la Casamance, du Saloum, et de Joal. Les trois quarts du Kétiakh étaient
produis à M'bour et à Thiès, tandis que 95 % du Saly exporté étaient
fabriqués à Cayar et dans la région du Fleuve. Le Métora sénégalais échangé
sur les marchés africains voisins venait à 94 % de la Casamance, du Saloum,
de M'bour et Thiès 74.

c) Les réseaux commerciaux de la pêche fluviale

Le poisson sec de Fleuve faisait l'objet d'un commerce essentiellement


local. De nombreux courants d'échange reliaient les populations éloignées de
la mer aux fleuves du pays 75.

71. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,


2G 56(36), p. 12 et Babacar Diop, op. cit., 1963, p. 85 bis.
72. Chauveau J.P, Histoire de la pêche maritime et politiques de développement de la pêche
au Sénégal, Anthropologie maritime, société d'ethnologie française, Actes du colloque national,
Le littoral, milieux et sociétés, 1984, p. 13.
73. Nos calculs, d'après la série 2G des Archives du gouvernement général de l'AOF,
et administration générale. Nous rappelons qu'ils portent sur les circuits commerciaux
contrôlés par les fonctionnaires sénégalais.
74. Ibidem.
75. Dia, Le rôle du poisson dans l'alimentation et l'économie sénégalaise, Thèse de
vétérinaire, Paris, 1963, p. 58.
Outre-Mers, T. 92, N° 344-345 (2004)
86 N. M. SENE

* Aux bords du Saloum et de la Casamance


Le commerce et le troc du poisson de fleuve étaient peu développés dans
les années 1900. Le poisson sec produit sur le Saloum se retrouvait dans les
marchés de Foundiougne, Tiare, Fatick, Kaolack, et dans les lieux de vente
peu éloignés du Sine et de Bathurst. Les lébous s'y rendaient pour y écouler
des mulets séchés entiers sans être vidés qui étaient revendus jusqu'en Sierra
Leone 76. En 1945, des capitaines, ethmaloses et sardinelles salées et séchées
préparées aux environs de Foundiougne, N'diafate, Gagey et Komatone,
étaient revendus à l'intérieur du Sénégal et en Gambie par des Niominkas. Le
poisson séché de Goudomp, en Casamance, était commercialisé par des
Diolas à Sédhiou et Kolda 77. L'intérieur du Sénégal était très mal
en poisson fluvial sec, tout comme en poisson de mer, principalement
à cause de la cherté des moyens de transport et du faible pouvoir d'achat des
populations 78. Une petite quantité de produit fini était exportée vers la
Guinée. Au milieu des années cinquante, 600 tonnes de poisson séché de
Casamance avaient été revendus dans ce pays 79. En 1960, les Guinéens
importaient du Guedj produit dans le Saloum (82 tonnes) et en Casamance
(260 tonnes). Le Saloum exportait 2172 tonnes de Métora en Guinée et la
Casamance 908.4 tonnes. La population guinéenne appréciait aussi le Saly
produit dans ces deux régions 80.

* Aux bords du fleuve Sénégal

La pêche fluviale avait surtout pour fonction de nourrir la population


locale de la vallée du fleuve Sénégal, et une quantité minime de poisson frais
était transformée en produit séché 81. La pêche n'était pratiquée
par les riverains, ce qui accentuait la désorganisation du commerce
des produits marins secs dont les circuits étaient irréguliers 82. Les clients
appartenaient aux populations d'agriculteurs et d'éleveurs vivant à proximité
du fleuve 83. Les pêcheurs du fleuve Sénégal, de même que leurs homologues
du Saloum, utilisaient leurs pirogues pour circuler tout en vendant leurs
produits halieutiques transformés 84.

76. M. Gruvel, op. cit., pages 112, 117-119 et 121.


77. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 45(67), 1945, pages 5 et 6.
78. E. Postel, La pêche maritime en AOF. Etudes d'Outre Mer, Marseille, Juillet-Août 1952,
pp. 3-11.
2e 79. Archives du gouvernement général de l'AOF, Affaires agricoles, pêche, Rapport 4R 575,
séance, 1958, p. 5.
80. Babacar Diop, op. cit., 1963, tableau p. 85 bis.
81. Archives du gouvernement général de l'AOF, Affaires économiques, rapport 1 Q631,
Commercialisation et conservation du poisson le long du Sénégal, Saint-Louis, 16/07/1956,
P-l-
82. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 55(21), Eaux et forêts, Rapport annuel 1955, p. 120.
lere83.séance,
Archives
1958.du gouvernement général de l'AOF, Affaires agricoles, pêche, rapport 4R 575,
84. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 14.
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SÉNÉGAL 87

La vallée du Fleuve 85 ravitaillait la zone sylvo-pastorale en poisson sec


transporté par camion vers Matam et Linguère. Les marchandises quittaient
ensuite ces deux villes pour être écoulées vers le Ferlo et Tambacounda. Des
moyens de transport traditionnels, tels que l'âne, le chameau et les
était utilisés, de même que le camion, pour alimenter ces circuits
mais aussi les marchés de Bakel et de Mauritanie. Le poisson sec
fabriqué sur la Taouey était vendu sur la Grande Côte et dans les villes du
Bassin arachidier 86. La production de la vallée du fleuve, entre Rosso et
Djorbivol, environ 18320 tonnes, était commercialisée à 37.2 % en sec à la fin
des années cinquante. Près de 770 tonnes de poisson préparé avaient été
vendues sur les marchés locaux en 1959 et 4421 tonnes (24 % de la
exportées vers les grandes villes du bassin arachidier et Saint-Louis 87.
Inversement, le poisson transformé dans ce dernier centre était
à la même époque, dans la vallée du Fleuve, comme nous l'a affirmé
Khady Dieye, qui a commencé à fabriqué du poisson séché vers 1960 :
« Certains commerçants venaient de Fouta, Rao, Pal, Dara Jolof, pour se
ravitailler en poisson sec » 88. Le produit préparé avec du poisson d'eau douce
à proximité du Lac de Guiers : roume, guer, Ouass, ou encore M'bète, était
revendu en grande quantité dans les escales du Diéri 89. En septembre 1955,
plus de trois tonnes de produit étaient exportées quotidiennement vers ces
deux destinations 90. Il semble que le poisson séché et fumé transformé sur la
Falémé, vers Tambacounda, était écoulé jusqu'à Dakar, Saint-Louis et Louga.
En 1947, 11 680 kilogrammes de poisson sec avaient emprunté ces circuits
commerciaux 91

III) Les acteurs de la commercialisation

a) L'approvisionnement des transformatrices

* Auprès des pêcheurs


Les préparatrices de l'époque n'avaient pas de difficultés pour
en matière première, car le poisson était abondant et leur nombre

85. Comprise entre Dagana, Richard Toll et Rosso.


86. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 60(10), Service des eaux et forêts, Rapport annuel 1960 et fascicules, pages 132-133 et
145-146.
87. R. Crémoux, Rapport de pêche fluviale sur le fleuve Sénégal, Eaux et forêts, région du
fleuve, pages 14-18, 32 et 40.
Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale, 2G 59(27),
statistiques de septembre 1958 à août 1959.
88. Nous avons rencontré cette préparatrice le 27 juillet 2003 sur le site de préparation Sine
de Saint-Louis.
89. Le Diéri est la bordure sableuse semi-aride qui s'étend le long de la vallée humide du
fleuve Sénégal (le Walo).
90. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 55(21), p. 120.
91. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
2G 47(71), p. 4.
Outre-Mers, T. 92, N° 344-345 (2004)
88 N. M. SENE

peu élevé. En 1963, on dénombrait 1750 artisans dans la transformation


artisanale du poisson, dont 57 % fabriquant du Guedj, près de 23 % du
Saly, 9.15 % du Kéthiakh, 5.7 % du Métora et 5.15 % du Tambadiang 92.
Ngoné Diouf, 80 ans, transformatrice sérére issue d'une famille de
se souvient qu'elle se ravitaillait, dans les années trente, auprès des
pêcheurs de Thiaroye sur mer. Le produit frais était négocié à la caisse 93.
Marétou Fall, qui fabriquait son poisson à Saint-Louis à la même époque,
affirme que les femmes du site transformaient des tonnes de poisson, bien
qu'aucune pesée ne soit effectuée. Les pêcheurs de Guet N'dar ne
pas la totalité de leurs prises et une partie était réservée aux
artisanes : « Les hommes revenant de la mer nous donnaient du poisson ; on
en vendait une partie, et ce qu'on ne pouvait pas vendre, on en faisait du
Saly. Le commerce nous était très profitable, parce qu'on trouvait du poisson
facilement et on le revendait aussi facilement » 94.
Le crédit était couramment employé à la fin des années soixante, de même
que la vente du poisson frais à la pièce. Astou Sow, 56 ans, achetait comptant
ou à crédit son produit frais à Diamalaye : « J'ai commencé à acheter le
poisson sur la plage et je le revendais à Joal... En général, c'étaient les femmes
de pêcheurs qui assuraient le commerce » 95. Les transformatrices du village
de Kayar, sur la Grande côte, se ravitaillaient surtout le soir, de mars à
avril, et achetaient en espèce ou à crédit des N'gots d'environ 1 kg entre 10 et
15 francs CFA pièce 96. Le pêcheur Wolof Aladji Niang, âgé de 48 ans, nous a
décrit le même mode de vente, qu'il utilisait sur la plage de Hann à ses
débuts, en 1968. Il péchait avec une petite pirogue et un filet de 100 mètres :
« II y avait beaucoup de poisson, tout le monde attrapait du poisson. On triait
les gros et les petits poissons, on les comptait un par un. Le poisson était
écoulé à la pièce, 50 francs CFA le gros Mérou et 0.50 francs CFA la sardi-
nelle » 97.

* L'aide des manœuvres

Les préparatrices étaient aidées dans l'approvisionnement, la préparation


et la vente du produit fini par des manœuvres, souvent saisonniers. N'deye
Sene, 60 ans, se rappelle que dans les années cinquante, ils étaient payés
200 francs CFA par tâche 98. Ces hommes étaient rémunérés grâce à un
échange monétaire, mais aussi de services, car ils pouvaient être nourris par
la préparatrice, comme nous l'a expliqué Khady Dieye, 53 ans,
dans les années soixante : « Avant, tu payais 50 francs CFA pour
le portage de la caisse (de poisson frais)... Tu pouvais payer le sceau d'eau

92. Nos calculs, d'après Niang, op. cit., 1965, p. 19. Ces chiffres sont à prendre avec réserve,
car une évaluation précise du nombre d'artisans était compliquée à réaliser.
93. Nous l'avons questionnée le 28 juin 2000 à Thiaroye sur mer.
94. Nous l'avons interrogée le 27 juillet 2003 sur le site de transformation de Saint-Louis.
95. Femme questionnée le 27 juillet 2003, à Sine.
96. R. Bonnardel, Economie maritime et rurale de Kayar, Dakar, 1967, p. 177.
97. Nous avons interrogé ce pêcheur le 10 avril 2001 à Hann.
98. Nous l'avons interrogée le 27 juillet 2003 chez elle.
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SENEGAL 89

10 francs CFA, ou 25, voir 50 francs CFA... Le coût de la main d'oeuvre était
moins élevé. Les manœuvres venaient travailler sur le site pendant 10 à 12
mois et en échange, tu les payais et leur donnais le petit déjeuner et le
Le soir, ils allaient dîner chez eux. Des hommes venant du walo et de
jeunes Peuls » ". Les manœuvres fabriquant du Guedj touchaient environ
250 francs CFA par jour et étaient payés 25 francs CFA pour le portage d'un
tonneau d'eau de mer et 20 francs CFA pour celui d'une charge de poisson 10°.
Ces saisonniers assuraient la commercialisation du produit séché auprès
des grossistes lorsque la transformatrice n'était pas présente sur le site de
préparation. Astou Sow, 56 ans, explique le procédé : « J'avais quelques
personnes qui m'aidaient, tous les soirs ; je les rémunérais. Il m'arrivait
parfois de m'absenter pour effectuer quelques tâches ménagères chez moi.
Pendant ce temps, ils continuaient à laver, saler et préparer le poisson, à le
sécher. Lorsqu'un Bana-bana (commerçant) se présentait, ils négociaient la
vente en mon absence » 101.

b) La revente du poisson séché artisanalement


* Le déclin du troc
Le troc du poisson séché, principalement contre des denrées alimentaires,
était une activité anciennement pratiquée au Sénégal. Le produit sec était
déjà troqué sur la côte sénégalaise contre du mil pendant la période
102. Durant les siècles suivants, le poisson transformé était toujours
échangé contre des céréales, sur le littoral et en Casamance 103. Les Maures
jouaient un rôle essentiel dans ces échanges. Ainsi, ils se rendaient sur la côte
pour troquer leur mil contre du poisson sec qu'il revendait à l'intérieur du
pays 104. Au milieu du xviie siècle, les pêcheurs Walo Walo de la vallée du
fleuve Sénégal échangeaient le poisson préparé artisanalement contre du sel
et des dattes fournis par les Maures 105. A la même époque et durant le siècle
suivant, le commerce triangulaire des esclaves fut à l'origine d'une
des ces échanges, désormais risqués 106. Même si les denrées agricoles
étaient les principaux objets d'échanges contre le poisson séché, d'autres
produits pouvaient aussi être concernés par ces transactions commerciales.
En 1853, le poisson sec de Rufisque était troqué contre des tissus, des pagnes
et du coton 107.

99. Nous avons questionné cette femme le 27 juillet 2003 à Sine.


100. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 10.
101. le 27 juillet 2003 à Sine.
102. Lleres Bernard, La pêche piroguière maritime au Sénégal, son évolution, son
dans l'économie de marché, Thèse de doctorat de géographie, Université de Bordeaux III,
1986, Tome I, pages 67 et 68.
103. Chauveau J.P, op. cit., 1984, pages 3 et 7.
104. Lleres, op. cit., 1986, Tome I, p. 76. Il cite Becker et Martin, 1974, p. 43.
105. R. Bonnardel, Vitalité de la petite pêche tropicale, pêcheurs de Saint-Louis du Sénégal,
Edition du CNRS, 1985, p. 20 et 21.
106. Lleres, op. cit., 1986, p. 76. Il cite Moraes, op. cit., 1973 , p. 250 et Dubois, Les voyages
faits par le sieur Dubois, Paris 1674.
107. Lleres, op. cit., 1986, p. 80.
Outre-Mers, T. 92, N° 344-345 (2004)
90 N. M. SENE

Au début du xxe siècle, le troc était utilisé, sur la Petite Côte, par les
Séréres qui échangeaient du riz, du mil et du lait contre du poisson frais et
sec, des huîtres séchées et du sel 108. Les produits transformés étaient troqués
contre les mêmes produits alimentaires dans le Saloum 109. Au début des
années cinquante, le poisson séché kayarois était employé comme instrument
d'échange contre le riz, le mil et le maïs des cultivateurs de la région de
Thiès no.
Dans la vallée du fleuve Sénégal, l'échange s'opérait contre du mil et du
lait avec les riverains Dioulas et les éleveurs Peulhs m. La valeur du mil, du
béref et du lait était souvent surestimée lors de ces échanges entre voisins,
qui se déroulaient à l'échelon des villages. Plus de 70 % du poisson sec était
consommé sur place ou était l'objet de troc 112. En 1960, le troc avait diminué
dans la région du fleuve Sénégal, où il ne concernait plus que 8.9 % du
poisson séché artisanalement 113.

* La revente du produit aux Bana-banas


Les Bana-bana ravitaillaient en poisson séché auprès des préparatrices, afin
de l'écouler en gros ou en demi-gros sur les routes ainsi que dans les marchés
des villes et villages du Sénégal. Marétou Fall se souvient des grossistes qui
venaient se ravitailler auprès d'elle, dans les années trente et quarante : « Ils
utilisaient des automobiles. C'étaient des commerçants sérieux qui payaient
sur-le-champ... Ils étaient Wolof en majorité » 114. Mais tous ne possédaient
pas toujours un moyen de transport 115.
Le produit fini était écoulé de diverses manières ; à la pièce, au tas, ou
encore au kilogramme.
N'deye Sene, 60 ans, issue d'une famille de pêcheurs saint-louisiens,
son poisson sec par lots, après marchandage : « A mes débuts, (dans les
années quarante) je faisais des tas de poisson. Lorsque le grossiste arrivait,
on discutait du prix. Je fixais un prix pour le poisson et lorsqu'il me
proposait un tarif supérieur à mon prix de revient, je vendais mon
tout de suite » 116. A la fin des années soixante, Astou Sow écoulait
son poisson séché par table, mais ses clients Bana bana revendaient le
produit marin préparé artisanalement au kilogramme, à l'intérieur du

108. M. Gruvel, op. cit., 1908, p. 109. L'auteur évoque la zone de M'bour, Nianing, Joal et
Fadiouth.
109. M. Gruvel, op. cit., 1908, p. 118.
110. Traoré Rokhaya, La commercialisation des produits de la mer dans le village de Kayar,
problèmes et perspectives, mémoire de L'Ecole Nationale d'Economie Appliquée de Dakar
(ENEA), 1984, p. 23.
111. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
rapport 2G 55(21), Sénégal, Eaux et forêts, Rapport annuel 1955, p. 120.
112. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
rapport 2G 59(27), pages 33-34 et 69.
113. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
rapport 2G 60 (10), p. 147.
114. Nous avons rencontré cette préparatrice le 27 juillet 2003 à Sine.
115. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 12.
116. Nous avons interrogé cette transformatrice le 27 juillet 2003, à son domicile.
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SÉNÉGAL 91

pays 117. Les Bana-bana pouvaient acquérir le poisson sec à la pièce. Le


produit acheté entre 10 et 15 francs CFA se revendait 35 francs CFA la pièce
une fois sec à Kayar 118. Dans la vallée du fleuve Sénégal, le produit séché
était revendu aux grossistes par kilogrammes. Ainsi, ils l'achetaient en
moyenne 10 francs CFA le kilo, parfois moins 119.
La possibilité de transporter et de commercialiser les produits en gros était
théoriquement soumise à l'obtention d'un certificat de contrôle d'origine et
de salubrité. Des agents de l'océanographie et des pêches maritimes étaient
censé faire des visites sur les lieux de vente afin d'y prélever des échantillons
— environ 2 kilogrammes pour une tonne de poisson séché — qui étaient
ensuite analysés en laboratoire. Le produit fini salubre, sans débris ni
devait être conditionné de manière adéquate. Ce certificat, exigé dans les
lieux d'échanges des produits de la pêche, comportait diverses informations,
comme la nature du produit, son origine et sa destination, son poids, ou
encore le mode de transport utilisé lors de son acheminement. Il coûtait
50 francs CFA en 1969 et, en son absence lors d'éventuelles inspections, les
produits étaient saisis et le commerçant, coupable de fraude, susceptible
d'encourir des poursuites judiciaires 120. En pratique, les textes de loi étaient
difficilement applicables sur le terrain, étant donné le nombre considérable
et la répartition géographique des commerçants, détaillants et grossistes.
Ainsi, les Bana-bana qui fréquentaient les marchés dakarois ne payaient ni
taxe ni impôt 121.

* L'écoulement du poisson sec auprès des détaillants


Une fois les transactions avec les transformatrices effectuées, les grossistes
pouvaient transporter leurs marchandises par cars rapides, où ils
de frais de déplacement pour eux-mêmes et leurs colis. S'ils utilisaient
le train, ils chargeaient parfois un associé, présent sur le lieu
du conditionnement des produits séchés et de leur expédition 122.
Les Bana-banas s'assuraient de la fidélité de leur clientèle détaillante en lui
octroyant des crédits. Les délais de remboursement étaient variables, certains
n'excédant pas une demi-journée, d'autres le mois. Ces intermédiaires, dont
le nombre était inférieur à celui des détaillants, occupaient une position
oligopolistique sur les lieux d'échanges du poisson sec, car leur meilleure
connaissance du marché leur permettait d'imposer leurs prix de vente. Les
semi-grossistes étaient les femmes Wolof du marché Tilène, qui ravitaillait
les autres lieux de commercialisation du poisson séché de Dakar en produit
117. Nous avons rencontré Mme Sow le 27 juillet 2003 à Sine.
118. R. Bonnardel, op. cit., 1967, p. 179.
119. Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique et administration générale,
rapport 2G 59(27), p. 91.
120. Décret relatif au contrôle des produits de la pêche, 19 février 1969, Journal officiel
n° 4016 du 1er mars 1969, Titre I, articles 17 et 18 ; Titre II, articles 23 et 24 et Titre III, articles
28 et 30.
121. dagues, mai 1963, p. 36.
122. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 13-14.
Outre-Mers, T. 92, N° 344-345 (2004)
92 N. M. SENE

fini. Leurs collègues, vendeuses de poisson frais, étaient le plus souvent


d'ethnie Lébou, Walo Walo et Wolof. Le montant quotidien de
au kilogramme des détaillantes auprès des grossistes et semi-
grossistes oscillait entre 201 et 500 francs CFA dans la majorité des cas 123.

* La vente du poisson sec au consommateur

Le consommateur pouvait acheter le poisson sec, qui donnait une saveur


particulière à ses préparations, à la pièce, mais le plus souvent, il négociait
le prix d'un produit séché qui lui était proposé au morceau. Depuis des
dizaines d'années, les détaillantes revendaient leurs poissons secs entiers, à la
tranche ou par petits bouts sur la plage ou la place du village. Mais, sur les
marchés de Dakar et de Saint-Louis, les problèmes d'hygiène étaient
car il s'agissait de bâtiments fermés. Le marché de Rufisque se situait
sur la plage m. Au milieu des années trente, le poisson sec était souvent
écoulé à la pièce, suivant sa grosseur, sa quantité et sa qualité dans cette
localité 125.
Le Guedj était volontiers consommé dans les grandes villes, où le pouvoir
d'achat était plus élevé, tandis que le Kéthiakh était vendu au poids, en
particulier sur les marchés des campagnes. Au début des années soixante, un
petit Guedj était écoulé à la pièce et un plus gros en morceaux. Ainsi, un
kilogramme de poisson fermenté séché pouvait être découpé en morceaux
pesant de 17 à 66 grammes, revendus à 5 francs CFA l'unité 126. A Kayar, un
filet de poisson sec était débité en moyenne en six morceaux, qui s'achetaient
10 francs CFA la pièce 127. Ce système de vente convenait aux femmes
sénégalaises dont le niveau de vie n'était pas très élevée et qui avait l'habitude
de se rendre quotidiennement au marché. Les détaillantes étaient des
d'ethnies diverses, Lébou dans les plus anciens marchés de la capitale où
elle détenaient un quasi-monopole 128, membres de familles de pêcheurs ou
vendeuses professionnelles dans la vallée du Fleuve 129. Leur nombre était
d'autant plus élevé que l'accès à la profession était facilité par une faible mise
de départ.
Les détaillantes revendaient leur poisson sec avec des légumes, sur des
caisses ou des boîtes de cartons, en accordant des crédits à leur clientèle et
des rabais importants après marchandage. Elles lui faisait aussi des cadeaux,
afin de la fidéliser tout en déjouant la concurrence. Les femmes des marchés,

123. Aguessy, op. cit., 1963, pages 31, 35, 42, 86, 89 et 95.
124. M. Gruvel, op. cit., 1908, pages 84-85, 99-101 et 109.
125. Archives du gouvernement général de l'AOF, Affaires économiques, rapport 1Q 101
(74), Arrêté approuvant les prix normaux fixés par la commission des Mercuriales pour divers
objets, produits ou matières de consommation ou d'usage courant dans les principaux centres du
Sénégal, Annexe II.
126. M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 15. Le nombre de ces morceaux variait entre 15 et 60.
127. R. Bonnardel, 1967, p. 179.
128. Voir Sene N'deye Maty, Les vendeuses de poisson de la région de Dakar, de 1945 à nos
jours, Mémoire de Maîtrise Université Paris I Panthéon Sorbonne, 2000, 101 p.
129. Aguessy, op. cit., 1963, p. 101 et Archives du gouvernement général de l'AOF, Politique
et administration générale, rapport 2G 59(27), p. 33.
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SÉNÉGAL 93

solidaires entre elles, échangeaient leurs denrées, par exemple contre le repas
de midi 130.

* Le duty
Les vendeurs détaillants sur les marchés devaient s'acquitter d'une taxe
journalière, duty en Wolof. Son montant à Dakar était de 25 CFA par m2
occupé en 1950, et de 50 francs CFA jusqu'en 1965. Elle concernait les étals
situés à l'intérieur ou à l'extérieur des marchés, qu'ils soient posés à même le
sol ou sur des tables. Le percepteur (le « dutyman »), remettait au
un ou plusieurs tickets détachés d'un carnet à souches qui étaient les
justificatifs de son paiement. En cas de fraude avérée, le vendeur devait payer
une double taxe 131. Les femmes payaient en général 25 francs CFA, plus 10
francs CFA par jour d'amortissement de la patente, lorsqu'elles
des produits du cru 132.
Les transformatrices que nous avons rencontrées à Dakar et Saint-Louis
nous ont confirmé ce montant. Fatou Sene, préparatrice sur le site de Hann
Rail à Dakar, se souvient que le duty perçu au marché Castor s'élevait à
25 francs CFA en 1949. Elle y vendait son poisson braisé séché au kilo à ses
clientes détaillantes 133. Marétou Fall nous a expliqué, à propos du montant
de la taxe quotidienne à Saint-Louis dans les années trente et quarante :
« Elle était peu élevée car son montant était de 15 ou 25 francs CFA. Si tu
étais en situation difficile, celui qui était chargé de recueillir le duty te
dispensais souvent de payer » 134. Les vendeuses ambulantes de produit séché
devaient selon la loi obtenir une autorisation nominative auprès du
de la région, valable en théorie un an. Les agents du service de l'élevage
et des pêches pouvaient contrôler les marchandises proposées au
dans les rues du pays 135.

c) L'utilisation des revenus

* Une évaluation difficile

L'évaluation des revenus des commerçants en produits halieutiques séchés


n'est pas aisée car les vendeurs ne tenaient pas de comptes réguliers et
pouvaient écouler leur poisson sec à perte. Les revenus procurés par ce

130. Aguessy, op. cit., 1963, p. 13, 24-26, 99-101, 103 et 106.
131. Registres servant à l'enregistrement des délibérations du Conseil Municipal de la ville de
Dakar
Ie 12 ,1952-1955
: Registres 1E17,
(session1949-1950
extraordinaire
; Ie 5, du
1947-1948
conseil (séance
municipal,
du 623septembre
décembre1947
1954)
à 17h45)
; Ie 20;
(1960)
Ie 21, Ie
; Ie23,17,Ie1957
26 (séance
(séancedudu2818janvier
janvier1965).
1957) ; Registre Ie 18 (séance du 14 octobre 1958) ;
132. Aguessy,, op. cit., 1963, pp. 51-90.
133. Nous avons interrogé cette femme, le 19 mai 2001, sur le site de transformation
de Hann Rail. Elle n'a pas souhaité nous donner son âge.
134. Nous avons rencontré Mme Fall le 27 juillet 2003 à Sine.
135. Décret n° 66-540 du 9 juillet 1966 réglementant la vente sur la voie et dans les lieux
publics, Journal Officiel de la République du Sénégal du 30 juillet 1966. Titre I, article 2 et
Titre IV, article 11.
Outre-Mers, T. 92, N° 344-345 (2004)
94 N. M. SENE

commerce furent cependant substantiels avant les années quatre vingt.


N'deye M'Boup, détaillante Wolof au marché N'diarème de Guediawaye,
affirme que la vente du poisson transformé était facile dans les années
cinquante. Agée de 58 ans et issue d'une famille de pêcheurs, elle
en Guedj sur le site de Thiaroye sur mer, avant de le revendre sur
son étal, avec de l'huile de palme et du piment : « Pour un investissement de
10 000 francs CFA, le bénéfice était de 5 000 francs CFA » 136.
Le gain quotidien des détaillantes de poisson sec sur les marchés de Dakar
avoisinait 75 francs CFA en 1963 137. A la même époque, le bénéfice au
kilogramme de la vente du Guedj, dans les villes du Bassin arachidier, était
cinq à neuf fois plus élevé que celui procuré par le commerce du braisé
séché. Ainsi, le profit au kilogramme de l'écoulement du fermenté séché
pouvait atteindre 72.5 francs CFA à Kaolack, alors qu'il n'était que de
12.5 francs CFA pour la vente du Kéthiakh 138. Mariama Sarr, 50 ans,
au détail, sur le marché N'diarème, affirme qu'elle revendait trois fois
plus cher le kilogramme de braisé séché qu'elle achetait 25 francs CFA à
M'bour à la fin des années soixante. Le commerce fructueux lui paraissait
alors fructueux et la vie peu chère, car à l'époque 1 kilogramme de riz coûtait
30 francs CFA 139.
D'après les enquêtes menées alors, les grossistes tiraient des bénéfices
démesurés de leur activité commerciale : au moins de 100 % à Kayar, au
détriment des transformatrices, des détaillantes et des consommateurs 140.

*Une faible thésaurisation


Les commerçants épargnaient très peu ; leurs revenus étaient réinvestis
dans leur approvisionnement ou servaient simplement à assurer la dépense
quotidienne ainsi que l'achat de boubous et de bijoux pour les festivités. La
préparatrice Marétou Fall se souvient de l'emploi que sa mère faisait des
bénéfices procurés par le commerce, dans les années trente et quarante :
« J'avais 11 ans quand j'ai accompagné ma mère ici pour la première fois...
Elle m'achetait des bijoux, des habits, c'est avec cet argent qu'on mangeait
aussi... Il était possible d'acheter des bijoux de valeur et des maisons... mais
plus maintenant. On ne tire pas grand chose de notre commerce » 141. Sa
collègue N'deye Sene, 60 ans, nous a confirmé : « J'arrivais à manger avec...
Tu peux avoir de beaux boubous... j'arrivais à acheter des bracelets en or ».

136. Nous avons rencontré cette détaillante, début mai 2000, au marché N'diarème de
Guediawaye, dans la banlieue de Dakar. Les vendeuses participaient parfois à des tontines, mode
d'épargne traditionnel.
137. Aguessy, op. cit., mai 1963, pages 91-92. Le prix de vente était égal au prix d'achat
auquel les vendeuses ajoutait un multiple de 5 francs CFA, à cause du mode de numération de la
langue Wolof.
138. Nos calculs d'après M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 17.
139. Nous avons interrogé cette vendeuse début mai 2000, au marché N'diarème de
140. Aguessy, op. cit., 1963, p. 31 et 36, M. L. Pierme, op. cit., 1963, p. 24 et R. Bonnardel, op.
cit., 1967, p. 219. Aguessy évoque un « contrôle » des détaillants par leurs fournisseurs.
141. Nous avons rencontré Mme Fall le 27 juillet 2003 à Sine.
COMMERCIALISATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES AU SÉNÉGAL 95

Les transformatrices de Kayar utilisaient leurs bénéfices pour


en produits frais et se procurer des pagnes ainsi que des bijoux de
pacotille 142. Les détaillantes des marchés de la capitale habillaient leurs
enfants et achetaient des parures 143.

Conclusion

La commercialisation des produits de la transformation artisanale


était bénéfique dans un pays où la lenteur des transports et la faiblesse
du pouvoir d'achat des populations ne permettaient pas à tous de pouvoir
consommer du poisson frais. Le poisson séché fournissait donc un apport en
protéines animales non négligeable. Il existait une dichotomie entre la côte et
le Bassin arachidier mieux approvisionnés en poisson séché et l'intérieur du
pays.
Le commerce des produits transformés se développa par la suite et la
préparation artisanale ne fut plus considérée comme une simple alternative
aux problèmes de conservation du poisson frais. Ainsi, les transformatrices
concurrencèrent les mareyeurs sur les plages. Elles bénéficièrent d'aides
d'organisations gouvernementales, afin d'améliorer la qualité de leur produit
fini. Ce processus s'accentua dans les années soixante mais la concurrence
entre les divers types de produits renforça l'emprise des intermédiaires :
transporteurs et commerçants, sur les instruments d'échange. Cette
démontre l'adaptabilité de certains secteurs artisanaux locaux et leur
capacité à passer de la transformation à la commercialisation.

142. R. Bonnardel, op. cit., 1967, p. 179.


143. Aguessy, op. cit., 1963, p. 113.
Outre-Mers, T. 92, N° 344-345 (2004)

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