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REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

Paix- Travail- Patrie Peace- Work- Fatherland


-------------- --------------
UNIVERSITE DE YAOUNDE II THE UNIVERSITY OF YAOUNDE II
-------------- ----------------
FACULTE DES SCIENCES ECONOMIQUES ET DE FACULTY OF ECONOMICS AND MANAGEMENT
GESTION --------------
-------------- ADVANCED PROGRAM OF SPECIALISATION IN PUBLIC
PROGRAMME SUPERIEUR DE SPECIALISATION EN FINANCE
FINANCES PUBLIQUES

LA CONTRIBUTION DE L’AUDIT INTERNE A


L’AMELIORATION DE LA PRATIQUE DES
MARCHES DANS LES ENTREPRISES
PUBLIQUES ET ETABLISSEMENTS PUBLICS :
CAS DE LA CRTV

Mémoire présenté et soutenu publiquement par …


[Date]
vii
Mémoire présenté et soutenu publiquement par …
[Date]
viii
INTRODUCTION GENERALE

9
1. Contexte

La réforme du décret sur les marchés de l’Etat intervenue le 20 juillet 2018 constitue certes,
une grande avancée dans le processus de modernisation des procédures et de renforcement de
la transparence et de l’efficacité dans la passation, le contrôle et la gestion de la commande
publique. Ledit décret exprime la détermination des pouvoirs publics d’inscrire de manière
irréversible la passation des marchés de l’Etat dans une logique de respect des principes de
liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats, de transparence
et de simplification des procédures.

Ces principes permettent d'assurer l'efficacité de la commande publique exercée aux travers
des marchés publics et la bonne utilisation des deniers publics. Ceci exige une définition
préalable des besoins de l’administration, le respect des obligations de publicité et de mise en
concurrence et le choix de l'offre économiquement la plus avantageuse dans le cadre de
procédures simplifiées. Il est aussi question de renforcer les règles qui encouragent le libre jeu
de la concurrence en favorisant une compétition plus large entre les soumissionnaires ; la mise
en place d’outils permettant de garantir la transparence dans la préparation, la passation et
l'exécution des marchés ; l’adoption du principe d’égalité de traitement des soumissionnaires
dans toutes les phases de passation des marchés ; l’obligation pour le maître d’ouvrage
d’assurer à tous les concurrents l’information adéquate et équitable dans les différentes phases
des procédures de passation des marchés ; le renforcement des règles de la déontologie
administrative et de la moralisation en introduisant des mesures de nature à réduire les
possibilités de recours à des pratiques de fraude ou de corruption ; La dématérialisation des
procédures et l’obligation faite aux maîtres d’ouvrages de publier certaines informations et
documents sur le portail électronique des marchés de l’Etat ; l’institution de voies de recours
et de règlement à l’amiable des litiges portant sur la passation des marchés.

La bonne gestion des marchés publics repose essentiellement sur une bonne gestion des fonds
publics par les entités publiques et la transparence de toute phase d’exécution de marché
public. L’audit semble l’outil le plus performant pour combler ces attentes et trouver
l’équilibre de cette double exigence.

En effet, en réaction aux scandales financiers des années 2000, les organisations publiques ont
adoptées des mesures retenues dans le secteur privé pour la maitrise et le contrôle efficient de
la commande publique. Les conseils d’administration des entreprises publiques sont devenus
responsables de la gestion des risques, du contrôle interne et de la gouvernance. L’audit

10
interne, considéré comme pierre angulaire de la bonne gouvernance de la commande publique
(Gharrafi et Kerfali, 2019), est considéré comme un des mécanismes de gouvernance aux
côtés du conseil d’administration, de la direction générale et de l’audit externe (Amoush,
2017; Sarens et De Beelde 2006; Gramling et al, 2004). Pour jouer pleinement le rôle de
mécanisme de gouvernance, l’audit interne doit être efficace de l’usage des deniers publics
(Barac et Mbewu, 2017 ; Mihret, James et Mula, 2010).

Ainsi, l’audit interne en tant que contrôle indépendant comprend non seulement les questions
de régularité mais surtout les quatre « E » : Efficacité ; Economie, Efficience et Excellence.
La norme internationale d’audit « ISA n° 250 » : prise en compte des textes législatifs et
réglementaires s’applique à l’audit des états financiers comme elle peut s’appliquer à d’autres
informations et services connexes, et de ce fait l’auditeur peut être chargé de contrôler le
respect des textes législatifs en l’occurrence le décret des marchés publics et d’émettre un
rapport par la suite. Nul n’est besoin de rappeler que les personnes morales de droit public
jouissant d’une autonomie administrative et financière 1 tel que la CRTV (Cameroon Radio
and Télévision) peuvent bénéficier de ce mécanisme de contrôle dans les marchés qu’ils
passent2. Ainsi, l’intérêt de notre recherche porte sur la contribution de l’audit interne à
l’amélioration de la pratique des marchés publics.

2. Problématique de la recherche

L’audit interne est un mode de contrôle qui a connu un succès planétaire inédit dans les
années 1980, dans le sillage de scandales boursiers et dans un contexte de capitalisme
financiarisé (Célérier, 2015). Défini par The Institute of Internal Auditors (IIA) en juin 1999
comme « une activité indépendante et objective qui donne à une organisation une assurance
sur le degré de maîtrise de ses opérations, lui apporte ses conseils pour les améliorer, et
contribue à créer de la valeur ajoutée. Il aide cette organisation à atteindre ses objectifs en
évaluant, par une approche systématique et méthodique, ses processus de management des
risques, de contrôle et de gouvernement d’entreprise et en faisant des propositions pour
renforcer son efficacité » (Boullanger, 2013, p.1030), l’audit interne est devenu une
composante de la gestion des risques depuis la fin des années 1990 (Power, 2010) et un
facteur de performance des entreprises qui s’est étendu au secteur public (Power, 2010 ;
Cohen, 2012). C’est dans ce sens que les autorités publiques camerounaises ont mis en place

1
Article 52 du code des marchés publics camerounais
2
Article 72 de la loi portant statut général des établissements publics

11
un dispositif pour améliorer la performance des entreprises publiques et parapubliques
(désormais, EPP). En effet, si ce souci d’amélioration constante de la performance dans les
entreprises ne date pas d’aujourd’hui, force est de relever que, face à la mutation profonde de
l’environnement économique camerounais, on assiste de plus en plus à la naissance de
nouveaux besoins pour l’entreprise afin que cette dernière soit compétitive et performante.
D’où l’intérêt pour les dirigeants de surveiller les opérationnels dans leurs tâches quotidiennes
afin d’atteindre des objectifs fixés. Cette tâche passe nécessairement par la mise en place d’un
audit interne qui permet aux managers d’utiliser les ressources disponibles de façon efficace
et efficiente pour réaliser leurs objectifs organisationnels (Aurégan et Tellier, 2018).

Il faut dire que dans une économie de plus en plus concurrentielle comme le Cameroun, les
EPP, au regard de leur importance sur le dynamisme économique, méritent une attention toute
particulière, notamment par la mise en place des dispositifs permettant d’améliorer leur
performance (Bourdin et Ragazzi, 2018). Cependant, malgré l’intérêt suscité par les EPP, il
semble qu’on comprenne encore mal le rôle de l’audit interne dans l’amélioration de la
performance de ces entreprises au Cameroun en général et dans la pratique des marchés
publics en particulier. Par ailleurs, parmi les pléthores d’études qui ont analysé l’incidence de
l’audit sur les organisations publiques, la plupart de ces travaux se sont intéressés à la relation
entre l’audit et l’amélioration de la performance des entreprises. Boubakary (2020) analyse la
contribution de l’audit interne à l’amélioration de la performance des entreprises publiques et
parapubliques camerounaises. A notre connaissance, il existe très peu d’étude qui analyse la
contribution de l’audit interne à l’amélioration de la pratique des marchés publics dans les
entreprises publiques camerounaises. Pourtant, la recherche de la compétitivité et de la
visibilité d’un pays passe nécessairement par l’amélioration de la performance du système des
marchés publics (Benhamou, Diaye et Crifo, 2016).

Dès lors, l’objet de cette étude est d’analyser la contribution de l’audit interne à l’amélioration
de la pratique des marchés publics dans les entreprises publiques camerounaises. Autrement
dit, comprendre l’influence de certaines caractéristiques de l’audit interne sur l’amélioration
de la pratique de marchés dans les entreprises camerounaises fera l’objet de recherche, et la
problématique serait :

« L’audit interne peut-il contribuer à améliorer la pratique des marchés publics dans les
entreprises publiques camerounaises ? »

De cette question principale de recherche découlent les questions subsidiaires suivantes :

12
- L’audit interne peut-il contribuer à réduire l’asymétrie d’information entre les
parties prenantes du système des marchés publics dans les entreprises
publiques?
- L’audit interne peut-il contribuer à maitriser les risques affectant la pratique
des marchés publics dans les entreprises publiques ?
- L’audit interne peut-il contribuer à améliorer l’évaluation du système de
contrôle interne des marchés publics dans les entreprises publiques ?

3. Objectifs de la recherche

L’objectif général de cette recherche est d’examiner si l’audit interne peut vraiment contribuer
à améliorer la pratique des marchés publics dans les entreprises publiques, à travers une étude
de cas à la CRTV.

Cet objectif principal se décline en trois objectifs spécifiques :

Le premier objectif spécifique vise à examiner si l’audit interne peut contribuer à réduire
l’asymétrie d’information entre les parties prenantes du système des marchés publics dans les
entreprises publiques.

Le deuxième objectif spécifique vise à examiner si l’audit interne peut contribuer à maitriser
les risques affectant la pratique des marchés publics dans les entreprises publiques.

Le troisième objectif spécifique vise à examiner si l’audit interne peut contribuer à améliorer
l’évaluation du système de contrôle interne des marchés publics dans les entreprises
publiques.

4. Hypothèses de la recherche

La présente étude vise à vérifier l’hypothèse principale selon laquelle :

H. L’audit interne améliore la pratique des marchés publics dans les entreprises
publiques camerounaises.

Cela revient spécifiquement à valider ou infirmer les hypothèses secondaires suivantes :

13
H1. L’audit interne exercerait une influence positive sur la pratique des marchés
publics dans les entreprises publiques à travers sa participation à la réduction
d’asymétrie d’information entre les prestataires et les dirigeants.

H2. L’audit interne exercerait une influence positive sur la pratique des marchés
publics dans les entreprises publiques à travers son rôle dans la gestion des risques.

H3. L’audit interne améliorait la pratique des marchés publics dans les entreprises
publiques à travers son évaluation du système de contrôle interne des marchés publics.

5. Intérêt de l’étude

Parler de l’intérêt, c’est faire ressortir les raisons d’être de l’étude et son impact dans
l’administration publique. Dès lors, la formulation de cette question à tendance à prendre une
connotation politico-économique et managériale.

Poser une réflexion utile sur la contribution de l’audit interne dans la pratique des marchés
publics au Cameroun amène à dégager un intérêt dual. Ce dernier est d’un côté purement
théorique et pratique de l’autre.

5.1 L’intérêt théorique

Sur le plan théorique, l’intérêt de mener cette étude au sein des entreprises publiques est d’un
intérêt certain. En effet, dans l’analyse de la contribution de l’audit interne dans les
organisations publiques, à notre connaissance, très peu d’étude ont examiné de la contribution
de cet outil de gouvernance à l’amélioration de la pratique des marchés publics dans les
entreprises publiques. Ainsi, cette étude vise à enrichir la littérature en analysant dans le cadre
de la CRTV la contribution de l’audit interne sur la performance du système des marchés
publics.

5.2 L’intérêt pratique.

Les présents travaux jouissent d’un intérêt pratique certain dans la mesure où il est précisé en
quoi la gouvernance institutionnelle des administrations, sociétés et entreprises publiques est
améliorée par le biais des audits.

Il serait indélicat de parachever ce projet de mémoire sans toutefois préciser les méthodes et
techniques de recherche dont on a pu faire usage.

14
6. Méthodologie de la recherche

Pour vérifier nos hypothèses de recherche, l’analyse empirique est une étude de cas portant
sur la CRTV. En effet, Pour le présent travail, nous avons choisi, comme mode de collecte des
données, l’enquête par questionnaire qui nous paraît appropriée à notre question de recherche.
Ceci est justifié pour d’une part par le fait que l’utilisation de l’enquête par questionnaire
permet de quantifier les résultats de la recherche, grâce à de nombreux tests statistiques
rigoureux effectués sur les données collectées. Nous également avons également exploité les
supports et manuels de la division de la programmation et du suivi des marchés publics de la
CRTV. Ces informations ont été analysées par les méthodes de la statistique descriptive
relatives aux variables qualitatives et quantitatives.

7. Structure du mémoire

En dehors de l’introduction générale et de la conclusion générale, la présente étude est


subdivisée en deux (02) principales parties, chacune des parties est structurée autour de deux
(02) chapitres.

La première partie intitulée audit interne et pratique des marchés publics : le cadre théorique
et institutionnel s’attelle à ressortir présenter le cadre conceptuel de l’audit interne (chapitre 1)
d’une part, et d’autre part, l’environnement institutionnel des entités publiques comme creuset
de la pratique des marchés publics (chapitre 2).

La seconde partie se propose d’examiner empiriquement la contribution de l’audit interne sur


la pratique des marchés publics. Elle est également présentée en deux chapitres, le chapitre 3
présente la démarche méthodologique de l’étude et le quatrième les principaux résultats et les
recommandations.

15
PREMIERE PARTIE :

AUDIT INTERNE ET PRATIQUE DES MARCHES PUBLICS : LE CADRE


THEORIQUE ET INSTITUTIONNEL

16
Cette partie est consacrée a pour objectif de présenter le cadre théorique et l’environnement
institutionnel de l’audit interne en tant que vecteur d’amélioration des pratiques des marchés
publics dans les entreprises publiques. Ainsi, le chapitre 1 va s’atteler à donner un aperçu de
ce que sont l’audit interne et la pratique des marchés publics, ainsi qu’à la question de la
relation entre ces derniers afin de savoir le rôle réel de l’audit interne dans l’amélioration de la
gouvernance du système des marchés publics. Quant au deuxième chapitre, il analyse
l’environnement institutionnel des entités publiques comme creuset de la pratique des
marchés publics (chapitre 2).

17
CHAPITRE 1: APPROCHES THÉORIQUES DE L’AUDIT INTERNE

L’audit interne est, aujourd’hui, un élément important au sein de l’entreprise. La


mondialisation de l’économie, les crises qui secouent ces dernières années (Enron,
WorldCom,…etc.) imposent l’introduction de l’audit comme fonction stratégique.

En effet, l’environnement devient de plus en plus intangible, pousse les entreprises à créer et
développer la fonction d’audit interne qui devient la fonction vitale et se situe au cœur du
management.

Chacun responsable sait que la mission de l’audit est une mission délicate car son but est de
créer une valeur ajoutée dans un environnement changeant.

Ce premier volet a pour objectif d’étudier la fonction de l’audit interne qui est un mécanisme
important dans l’amélioration de la gouvernance d’entreprise. Nous essayerons d’aborder en
premier lieu des généralités sur la fonction de l’audit, à travers: son historique et sa définition.
Puis, dans la deuxième section, nous nous consacrerons en particulier à l’audit interne, en
étudiant : sa définition, son organisation et ses objectifs ainsi que le métier de l’audit interne.
Ensuite, les autres disciplines voisines de l’audit interne, à savoir l’audit externe, le contrôle
interne, le contrôle de gestion, l’inspection, le management des risques, la fonction qualité et
le conseil externe. Dans la quatrième section nous aborderons les différentes formes de l’audit
interne, dont l’audit de la fonction comptable par les auditeurs, l’audit opérationnel, l’audit de
management, l’audit stratégique et l’audit social. Dans la cinquième section, nous essayerons
de définir la mission de l’audit interne, à travers les étapes suivantes : la préparation, la
vérification et la phase de conclusion. Enfin, et dans la sixième section, nous présenterons les
différents outils de l’audit interne, qui sont les outils d’interrogations et les outils de
description.

Section 1 : Le concept d’audit :

Le rôle qu’englobe le terme d’audit interne et qui constitue l’objet de notre réflexion à des
origines très anciennes développées à travers les siècles. Il est donc nécessaire avant de définir

18
l’audit en générale et l’audit interne en particulier ainsi que de décrire ces méthodes, de
présenter un aperçu historique de l’audit.

I. Historique :

Les latins ont donné une signification bien précise à l’audit « audire » qui signifie « écouter »,
ainsi que le verbe anglais « to audit » prend un sens propre d’une vérification, un contrôle et
une inspection»1.

L’audit, est l’un des plus vieux métiers, l’écriture a été inventée en partie à satisfaire les
nécessité des audits, Zenon papyri enregistrait l'application des audits sur le patrimoine
égyptien de la règle Grec du Ptolémée Philadelphe II y’a déjà 2.500 ans. Les premiers
écrivains grecs et romains tels qu’Aristophane, César, et Cicéront font mention des
comptables, des auditeurs des audits des comptes et des chambres d’audit. Dès le Moyen Age,
une forme d'audit interne existait parmi les manoirs de l'Angleterre où le seigneur a servi en
tant que gestionnaire de la fonction de l’audit.
Ainsi, les sumériens ont ressentis une nécessité de contrôle de la comptabilité des agents Ce
système de contrôle par recoupement consiste a comparé une information qui est parvenue de
deux sources d’enregistrement indépendantes3. En outre, la mission de l’audit interne était
pratiquée par des fonctionnaires du trésor sous l’empire romain. En effet des questeurs qui
étaient des fonctionnaires du trésor sont chargés de cette mission. Il était tenu de rendre
compte oralement devant une assemblée composée des auditeurs. Ils exprimaient leurs
opinions objectives4.
Le premier travaille d’un audit externe a été fait par un expert-comptable indépendant en 1720
à la suite du scandale du sud Sea Bubbleen Angleterre. Cet évènement a créé un précèdent
dans l’histoire de l’audit.
Plus tard, avec la révolution industrielle en Angleterre plusieurs usines ont été financées par
les actionnaires, cette situation a nécessité l’obligation à la fois interne et externe. En outre la
loi de 1844 oblige les entreprises britanniques de mettre en place des audits afin de protéger le
public.
A cause de La même révolution industrielle apparue des Etats-Unis à la fin du

3
Laminick H.V., 1979. “Histoire de la comptabilité’’, Pragmons, Paris. p.17.
4
Raffegeau J, Dubois F, Menoville, D., 1984, “L’audit opérationnel’’. Colloque sais-je? PUF. p.7. . voir
l’histoire du scandale du sud Sea Bubble (krach de 1720) sur l’adresse suivante :=
http://www.desjardins.com/ressources/pdf/crise01-f.pdf?resVer=1385155688000 – et
http://fr.wikipedia.org/wiki/Krach_de_1720

19
XIXe siècle, les auditeurs britanniques ont été envoyés aux entreprises américaines pour par
exemple Waterhouse qui a été l’envoi de plus de commissaires aux comptes des 1873. Donc,
que ce sont les britanniques qui ont construit l’infrastructure de la profession d’audit aux
Etats-Unis.

Un des premiers évènements clé dans l’histoire de la profession d’audit des Etats- Unis a été
la création de l’American Institute of Certified Public Accountants (AICPA)5en 1887.

Les audits de la fin des années 1800 et début 1900 ont été largement consacrés à l’exactitude
du livre. Dans la plupart des cas, toutes les pièces justificatives ont été examinées et tous les
procédures vérifiées.
Cette opinion a été de changer entre 1900 et 1917, parce que les banquiers sont devenus plus
importants comme des sources de financement et parce que la pratique a commencé à
rattraper son retard avec la littérature d’audit. Donc, les banquiers étaient moins préoccupés
par la précision des écritures, qu’avec la qualité du bilan, ainsi comme les banquiers
devenaient les utilisateurs majeurs des principaux d’audit financier, l’objective de l’audit est
devenus plus intéressé avec l’évaluation des capitaux.
L’année 1941 était une année spéciale pour l’audit interne. En effet dans cette année, l’audit
interne a vécu deux grands événements, un de ces évènements a été la publication du premier
livre de l’audit interne par Victor Z, l’autre a été la création de l’institute of Internal Auditors
(IIA)6par 24 personnes.
Néanmoins, dans les premières années après l’IIA a été créé, l’audit interne était encore limité
aux aspects comptable et financiers, ils ont été souvent appelés à aider les auditeurs externes à
des examens des états financiers ou d’effectuer des travaux liés à la comptabilité telles que le
rapprochement bancaire. Les auditeurs internes ont été vus pour jouer un rôle modeste au sein
des organisations7.
Aux milieux des années 1957 l’IIA a décrit le rôle des auditeurs internes : l’audit interne doit
se préoccuper de toutes les phases d’activités tandis que la déclaration de 1947 « la version
5
Fondée en 1887, l'American Institute of Certified Public Accountants (AICPA) est l'organisation
professionnelle nationale des Certified Public Accountants (CPA) dans le Etats-Unis, avec les membres de l'APC
de plus de 370 000 dans 128 pays dans le commerce et l'industrie, Il établit des norms éthiques pour la
profession et des normes de vérification américaines pour les audits d'entreprises privées, à but non lucratif.

6
L’IIA, institute of internal auditors cree en 1941, est une association professionnelle internationale de 122000
membres dont le siège est à montvale aux Etats-Unis. L’IIA est connu comme le principale association d’audit
interne leader en certification, formation, recherche et conseil.

7
Moeller R., Witt, H.N., 1999, “Brink’s Modern Internal Auditing’’, 5th, john wiley & sons, inc, New
York, p.256.

20
1947 » a déclaré que l’audit interne a porté principalement sur la fonction comptable et
financières mais, peut aussi traiter des questions sur l’exploitation ; cela signifier que la
version de 1957 a énoncé des responsabilités de l’auditeur interne.

En 1963 l’audit interne a vécu une autre évolution concernant ces objectifs. En effet l’étude
menée par le National Conference Board Industriels sur le programme de l’audit interne
auprès de 155 organisations a montré cinq objectifs principaux de l’audit interne :

1- Déterminer le caractère adéquat du système de contrôle.


2- Enquêter sur la conformité aux politiques et procédures organisationnelles
3- Vérifier l’existence d’actifs, d’assurer que les garanties appropriées pour les actifs soient
maintenues pour prévenir on découvrir la fraude.
4- Vérifier la fiabilité du système de comptable et de reporting.
5- Signaler les conclusions à la direction et recommander des mesures correctives si
nécessaires.
Comme mentionné précédemment, les Grecs, les Romains et les Egyptiens faisaient l’audit
avant la naissance du christ. L’audit comprenait un examen de l’exactitude des registres
comptables.

Aux Etats-Unis il n’y avait guère besoin de l’audit interne dans la période coloniale parce
qu’il y’avait peu de grande industrie. A l’époque, les manuels de comptabilité n’étaient pas
reconnu, ceci dit le gouvernement n’a pas marginaliser la fonction de l’audit interne au sein
de l’entreprise. En effet, le première Congrès américain en 1789 a approuvé une loi qui
comprenait une provision pour la nomination d’un secrétaire du trésor, un contrôleur et un
auditeur. Le rôle de l’auditeur était de recevoir tous les comptes publics, les examiner et de
certifier les soldes.

La société Krupp en Allemagne était devenue l’une des sociétés qui utilisée des auditeurs. En
effet, Krupp apparemment a employé un certain type de personnel d’audit interne des 1875,
l’activité de l’audit était déterminée si les lois, les contrats, les politiques et procédures ont été
correctement observées en conformité avec la politique établie et avec succès.

Un autre changement radical dans la fonction de l’audit interne c’est produit en 1987 avec le
rapport de la commission treadway8, la commission a été formée pour étudier la cause de la

La Commission a été organisée par cinq organisations de comptabilité sations-IIA, l'AICPA, American
8

Accounting Association (AAA), Institute of Management Comptables (IMA) et de Financial Executives

21
fraude dans les rapports financiers. Le comité a conclu que la fonction de l’audit interne
devrait premièrement exister dans chaque entreprise publique, deuxièmement, il devrait y
avoir un comité d’audit composé de non directeurs de gestion de la société. Ce la signifier,
que ces conclusions non seulement ont amélioré la fonction de l’audit interne mais ont pointé
le rôle de l’audit interne vers la fraude.

C’est pourquoi, Brink et Witt ont noté que la fonction de l’audit interne s’est évoluée à des
niveaux très élevés dans tous les domaines opérationnels et s’est imposé comme un élément
apprécié et respecté de partie supérieure9.

Pour conclure, la fonction de l’audit interne a subi des changements significatifs au cours du
siècle dernier, l’objectif principal de la fonction d’audit interne est passé du celle de la
détection des fraudes à aider les gens dans la prise de décisions en commençant par une
évaluation des risques.

II. Définition de l’audit :

Comme on l’a mentionné précédemment, le concept de l’audit est un concept ancien, visait à
vérifier et protéger les états financiers. C’est pourquoi la mission de l’audit à longtemps été
liée à la Cour des comptes10. Comme disait Mikol, il s’agit d’une mission de vérification
comptable11.

En général, l'audit est définie comme "un processus systématique d'objectivité et d’évaluation
des preuves concernant l'état actuel de l'entité, région, processus, compte financier ou le
contrôle et en la comparant aux prédéterminé, critères acceptés et communiquer les résultats
aux utilisateurs prévus. Les critères auxquels l'état actuel est comparé peut être une norme
légale ou réglementaire (comme la Loi Sarbanes-Oxley)12, ou générés en interne des
politiques et procédures13".

Bécour et Bouqui, définit l’audit comme ‘l’activité qui applique en toute indépendance des
procédures cohérentes et des normes d’examen en vue d’évaluer l’adéquation, la pertinence,

International (FEI)-connue comme le Comité des Sponsoring Organizations (COSO)


9
Brink V.Z, Witt, H.N., 1982, “Modern Internal Auditing’’, John Wiley & Sons,Inc, New York, p.78.
10
Mikol A., Op. cite, p.734.
11
Mikol A., Op. cite, p.734.
12
Le 29 aout 2002 le congress américain a adopté le Sarbane-Oxley du nom du représentant Michael
Oxley et du sénateur Paul Sarbanes.
13
Weber C.P, Kagermann H, Küting K, Kinney W., 2008, “Internal Audit Handbook’’, Springer, Berlin, p.2

22
la sécurité et le fonctionnement de tout ou partie des actions menées dans une organisation par
référence à des normes14.’’

Elle est en effet définie selon les mêmes auteurs comme ‘un outil de management qui
s’applique aussi bien à la gestion stratégique qu’aux processus et systèmes de contrôle et de
pilotage15.’’

L’audit cherche à évaluer la concordance entre des assertions et la réalité. C’est à travers ce
point que l’Association Américaine de Comptabilité (A.A.A) considère l’audit comme étant
‘le processus qui consiste à réunir et à évaluer de manière objective et systématique les
preuves relatives aux assertions visant les faits et événements économiques, de manière à
garantir la correspondance entre ces assertions et les critères admis, et à communiquer le
résultat de ces investigations aux utilisateurs intéressés16.’’

Ces définitions de l’audit convergent vers les points suivants :

- Confié à un professionnel « indépendant » (audit interne ou externe) ;


- Utilisant une méthodologie spécifique ;
- justifiant un niveau de diligences acceptable par rapport à des normes.

L’audit est donc une fonction indépendante qui vise à améliorer le bon fonctionnement de
l’entreprise par une approche systématique.

Section 2 : Spécificité de l’audit interne :

I. L’audit interne: quelle définition ?

En ce qui concerne l’audit interne, de nombreuses définitions ont été formulées pour définir
ce concept. Nous choisirons trois (3) dont les plus importants : L’IIA a proposé en 1989 la
définition suivante : « l’audit interne est une fonction indépendante d’appréciation exercée
dans une organisation par une de ses départements pour examiner et évaluer les activités de
cette organisation, l’objectif de l’audit interne est d’aider les membres de l’organisation à

14
Bécour J.C, Bouquin H.,2008,’’Audit Opérationnel: Entrepreneuriat, Gouvernance et Performance’’,
3ed, Economica, Paris, p.12.
15
Bécour J.C, Bouquin H.,2008,’’Audit Opérationnel: Entrepreneuriat, Gouvernance et Performance’’,
3ed, Economica, Paris, p.12.
16
Coderre, D., 2009, “Internal Audit- Efficiency through Automation’’, Wiley, New Jersey, p.123.

23
exercer efficacement leur responsabilité. A cet effet, l’audit interne leur fournit des analyses,
appréciations, recommandations, conseils, et informations sur les activités examinées17 ».

Additivement à l’argumentation de Candau "l’audit est le contrôle des contrôles 18, ce qui
signifie qu’il devrait mesurer et évalue l’efficacité du système de contrôle interne dans les
entreprises".

Mais la définition la plus récente qui est cohérente avec le rôle actuellement de l’audit interne
est la définition qui a été donnée par L’IIA en 1999 .En effet, L’IIA «Institut of Internal
Auditors », dont l’une des missions est d’élaborer les normes maîtrise de ses opérations, lui
apporte ses conseils pour les améliorer et contribue à créer de la valeur ajoutée. Il aide cette
organisation à atteindre ses objectifs en évaluant par une approche systématique et
méthodique, ses processus de management des risques, de contrôle et de gouvernement
d’entreprise et en faisant des propositions pour renforcer son efficacité19".

Cette définition présentée par L’ IIA montre le rôle différent de l’audit interne dans le cadre
d’une gouvernance d’entreprise efficace. En effet, l’audit interne fournit des prestations de
service en matière d’assurance et de conseil indépendantes et objectifs, dont le seul but est de
contribuer à crée de la valeur.

Contrairement à la définition précédente (classique), ou l’audit interne a été basé sur la


conformité c’est-à-dire conformé ce que s’est faire par rapport aux procédures, cette nouvelle
définition insiste sur les éléments suivants :

* l’indépendance ; l’indépendance est le premier item traité par les normes internationales de
l’audit interne, plus le niveau d’indépendance de l’auditeur interne est élevé, plus la valeur
ajoutée pour toute l’organisation sera forte.

* conseil : cette définition élargit le rôle de l’audit interne ce dernier ne doit pas limiter son
rôle sur la certification des états financiers, mais il doit aussi apporter ses compétences et
d’aider à résoudre les problèmes. Aussi cette définition insiste à l’auditeur d’apporter sa
contribution au gouvernement d’entreprise.

17
Mikol A., Op.Cite. p.740.
18
Weill M, 2007, “l’audit stratégique: Qualité et efficacité des organisations’’ Anfor, Paris.p.39.
19
Institute of Internal Auditors., 4002, “Standards for the Profesional Practice of Internal Auditing. Altamonte
Springs, FL: The Institute of Internal Auditors.

24
Selon Jacques Renard « l’audit interne, c’est comme l’odeur du gaz c’est rarement agréable
mais cela peut parfois éviter l’explosion20 ».

En résumé, cette nouvelle définition nous a importé un nouveaux rôle de l’auditeur interne «
l’évaluation et les recommandations », contrairement à son rôle classique qui a été «examiner
et conformer ».Donc, le rôle de l’audit interne est de fournir au management et au conseil
d’administration un avis objectif et indépendant sur la pertinence et l’efficacité du système de
contrôle interne de l’entreprise ainsi de faire des recommandations pour améliorer le contrôle
interne et apporter des conseils sur le contrôle interne.

II. Les métiers de l’audit interne :

Le métier de l’audit interne est très difficile par ce que les responsables exigent aux auditeurs
d’être très pointus sur des sujets très divers comme : la comptabilité, les processus
d’administratif, les systèmes d’informatiques, etc. Donc pour un bon métier de l’audit interne,
il faut que les auditeurs aient les compétences. Ceci est confirmé par Anne-Marie Idrac
(secrétaire d’Etat chargée du commerce extérieur). En effet, Idrac a indiqué lors d’une
intervention sur le sujet « le métier de l’audit interne » que la direction d’une organisation
doit, d’une part assurer une formation et échanger les bonnes pratiques ; d’autre part de faire
travailler ensemble1, on parle ici d’équipe d’audit.

Comme Jacques Renard a indiqué dans son livre « Théorie et pratique de l’audit interne », Le
métier de l’audit interne comprend trois phases essentielles, la première est évidemment
technique, la deuxième est relationnelle et la dernière est reporting21.

a- Le métier technique : Le métier technique concerne la méthodologie, c'est-à-dire les


auditeurs internes appliquent une méthodologie qui leur permet d’arriver à leurs conclusions.

b- Le métier relationnel : Ce métier de l’audit interne lié à des contacts : en face-à face avec
les responsables des entités auditées. Mais aussi avec d’autres personnes dans le cadre de leur
recherche d’informations. Les personnes rencontrées par les auditeurs doivent être concernées
par les abordés et les problématiques traitées. Les auditeurs internes vont rencontrer des
membres de la direction générale, mais aussi des collaborateurs tout en bas de la hiérarchie.

20
Renard J., 2010 “Théorie et pratique de L’audit interne’’, 7éme édition, Eyrolles, Paris. p.75.
21
Renard J., 2003, “Théorie et pratique de L’audit interne’’ 4éme édition, Eyrolles, Paris, P.88.

25
Le mode de rencontre entre l’auditeur interne et l’audité est souvent pratiqué face-à-face,
souvent dans le bureau de l’audité.

D’autres rencontres existent ou sont pratiquées sous forme d’ateliers. Cette phase sera appelée
« communication orale ».

c- La troisième phase est celle de reporting (le terme anglo-saxon induit une notion d’écrit et
oral que le mot français de « rapport ». l’écrit est le support essentiel, Cette phase appelée «
communication écrite ».

Il faut que les auditeurs internes doivent savoir communiquer soit oralement ou par écrit.

La communication écrite constitue le support de travail effectué. Elle devient la « mémoire »


de la mission ou le support de la mission sa forme est très importante car. C’est sur les écrits
des auditeurs internes que sont prises des décisions pour porter des jugements sur l’efficacité
de l’entreprise. Donc, les auditeurs internes doivent savoir écrire de façon claire, précise,
concise, neutre et objective, et aussi ils doivent avoir le courage surtout face aux audités, face
aux managers pour dire et écrire des choses.

III. Les objectifs de l’audit interne :

Selon Mikol, l’audit interne peut avoir quatre objectifs22 :

 Certifier que les comptes annuels ou consolidés donnent une image fidèle.
 Etudier tout en partie des comptes annuels ou consolidés.
 Porter un jugement sur la qualité de gestion.
 Améliorer les performances, de l’entité auditée.

D’autres objectifs qui sont considérés aujourd’hui comme un défi pour les auditeurs interne
est, la création de la valeur ajoutée. Cette dernière, est aujourd’hui un objectif principal de
l’audit interne. La définition même de l’audit interne précise que l’auditeur interne «
contribue à créer de la valeur ajoutée ».Cette exigence traduit dans les recommandations de
l’auditeur. En effet selon Jacques Renard, l’audit interne ne doit pas uniquement effacer les
erreurs ou vérifier les procédures comptables, mais, il est là pour faire des recommandations
pour améliorer la performance de l’entreprise23.

22
Mikol A., Op.Cite.p.735.

26
Pour réaliser cet objectif, l’audit interne doit avoir les ressources nécessaires et d’un personnel
compétant. A ce titre, une étude menée par PricewaterhouseCoopers (PWC) aux Etats-Unis en
2006 auprès de directeurs d’audit interne intitulée « Continuous auditing gains momentum »
montre cinq nouvelles tendances, parmi elles : Les ressources nécessaires aux départements
d’audit interne sont croissantes mais les talents se font rares24.

IV. L’organisation de l’audit interne :

Comme mentionné précédemment, l’audit interne a été organisé grâce à l’Institute of internal
auditor (IIA) qui a été fondu aux Etat-Uni en 1942, l’IIA connu comme une association
professionnelle internationale de 122000 membres, il a une activité importante en matière de
formation professionnelle et de recherche. Publie ouvrage et revue organise même des
conférences et colloques. D’autres regroupements ont été apparus dont le but de développer la
fonction d’audit interne, l’exemple de la « Confédération Européenne des Instituts d’audit
interne » (ECIAA), « L’union Francophone de L’audit interne » (UFAI).

IV.1 Les normes de l’audit interne

La fonction de l’audit interne s’exerce dans la limite des normes définie par la profession
celle-ci est, en effet organisée au plan international.

Les normes internationales pour la pratique professionnelle de l’audit interne (ISA) approuvé
officiellement par L’IIA en 1978 sont devenues un référentiel essentiel et très important pour
que les auditeurs internes puissent s’acquitter de leur responsabilité quel que soit les différents
environnements juridiques et culturels. Ces normes ont été publiées en 1978 par « The
Internal Audit Standards Board » (IASB) pour objet25 :

1. de définir les principes fondamentaux de la pratique de l'audit interne ;

2. de fournir un cadre de référence pour la réalisation et la promotion d'un large champ


d’intervention d'audit interne à valeur ajoutée ;

3. d'établir les critères d'appréciation du fonctionnement de l'audit interne ;

23
IIA.2007. “L’Audit Interne d’Hier à Aujourd’hui : Les besoins pour le 21e siècle’’, Disponible sur l’adresse
suivante: www.theiia.org
24
PWC., 2006, “Continuous auditing gains momentum’’. Disponible sur l’adresse suivante :
www.pwc.com/us
25
Chartered Institute of Internal Auditors., 2009, “Definition of Internal Auditing Code of Ethics International
Standards for the Professional Practice of Internal Auditing”. Disponible sur l’adresse suivante: www.iia.org.uk

27
4. de favoriser l'amélioration des processus organisationnels et des opérations.

On distingue trois (03) types des normes de l’audit interne, des normes de qualification, des
normes de fonctionnement et des normes de mise en œuvre.

Les normes de qualifications (serie100) indiquent les caractéristiques qui doivent présenter les
auditeurs internes. Les normes de fonctionnement (série 2000) décrivant la nature des
activités d’audit interne. Les normes de mise en œuvre (série 100 ou 200) consistent à
déterminer les procédures pour des missions spécifiques. Ils concernent les activités
d’assurance (indiquées par la lettre « A » après le numéro de la norme, par exemple 1130.A1)
et les activités de conseil (indiquées par la lettre « C » après le numéro de la norme, par
exemple 1130. C1).

Tableau 1 : Les normes de qualification et de fonctionnement


.Normes de qualification Normes de fonctionnement.
« Ce que sont l’audit interne et les auditeurs » « Ce qu’ils font »
1000 : Mission, pouvoir et responsabilité 2000 – Gestion de l’audit interne
1100 : indépendant et objectivité 2010 – Planification
1110- indépendance dans l’organisation 2020 – Communication et approbation
1120- Objectivité individuelle 2030 – Gestion des ressources
1130- Atteintes à l’indépendance et à 2040 – Règles et procédures
l’objectivité 2050 – Coordination
1200 : Compétence et conscience 2060 – Rapports au Conseil et à la direction
professionnelle générale
1210- Compétence 2100 – Nature du travail
1220- Conscience professionnelle 2110 – Management des risques
1230- Formation professionnelle 2120 – Contrôle
1300 : programme d’assurance et de la qualité 2130 – Gouvernement d’entreprise
1310- Evaluation du programme qualité 2200 – Planification de la mission
1311- Evaluations interne 2201 – Considérations relatives à la
1312- Evaluation externe planification
1320- Rapport relatifs au programme qualité 2210 – Objectifs de la mission
1330- Utilisation de la mention « conduit 2220 – Champ de la mission
conformément aux normes » 2230 – Ressources affectées à la mission
1340- Indication de non-conformité 2240 – Programme de travail de la mission
2300 – Accomplissement de la mission
2310 – Identification des informations
2320 – Analyse et évaluation
2330 – Documentation des informations
2340 – Supervision de la mission
2400 – Communication des résultats
2410 – Contenu de la communication
2420 – Qualité de la communication
2421 – Erreurs et omissions
2430 – Indication de non-conformité aux
normes
2440 – Diffusion des résultats

28
2500 – Surveillance des actions de progrès
2600 – Acceptation des risques par la direction
générale
Source: Schick P., 2007, “Memento d’audit interne. Dunod’’, Paris, p.217.

IV.2 la charte d’audit interne :

La charte de l’audit interne est un document formel qui définit le but, l'autorité et la
responsabilité de l'activité de l’audit interne. La charte de l’audit interne établit la position de
l'activité de l’audit interne dans l'organisation; autorise l'accès aux disques, au personnel et
aux propriétés physiques concernant l'exécution des engagements; et définit la portée des
activités de l’audit interne1.cela signifie que le rôle de ce document officiel a montré le
chemin de l’audit interne, précise la mission et définit le champ des activités d’audit interne.

L’audit interne est positionné dans les normes internationales comme une véritable source
d’amélioration continue pour accroître l’efficacité du système globale de l’entreprise. Un
audit réussi se doit être organisé et dans lequel des outils soient utilisés avec une bonne
méthodologie.

La fonction de l’audit interne a évolué ces dernières années et l’auditeur interne ne devient
pas uniquement comme un policier pour protéger les actifs de l’organisation mais, un
partenaire stratégique dans le business.

Depuis les scandales financiers qui ont défrayé la chronique aux Etats-Unis et en Europe
l’audit interne, devient un outil incontournable au sein de l’entreprise.

Pour conclure, nous reprenons la déclaration de LARRY SAWYER le père et le défenseur de


l’audit : « la phase que nous présentons au monde doit être le portrait de quelqu’un qui fait
partie de la mission et non celle d’un policier frappant à la porte, d’un guide pour améliorer
les opérations et non d’un doits pointé, de quelqu’un qui entraine les autres et non qui les
abaissent, d’un catalyseur qui aide les dirigeants à tous les niveaux de l’entreprise à corriger
leurs propres problèmes faisant en sorte qu’ils reçoivent le crédit de ces actions correctives et
non d’un projecteur braqué sans merci sur leurs défaillances et surtout un agent de
construction et non de destruction. »

29
C’est à travers de cette vision, qu’on peut arriver à réaliser les deux objectifs principaux de la
fonction :

- le premier étant de fournir une image objective, non déformer et professionnelle de ce


que nous voyons replaçant l’ensemble des éléments dans une perspective correcte ;
- le deuxième étant de laisser chaque terrain où on intervient un peu mieux que nous
l’avons trouvé.

CHAPITRE 2. L’ENVIRONEMENT INSTITUTIONNEL DES ENTITES


PUBLIQUES AU CAMEROUN : CREUSET DE LA PRATIQUE DE
L’AUDIT

30
CADRE NORMATIF ET INSTITUTIONNEL DU SYSTEME CAMEROUNAIS DES
MARCHES PUBLICS

L’une des transformations fondamentales dans le paysage de la gestion publique au Cameroun


s’est opérée dans le domaine des marchés publics, en raison des multiples intérêts qu'ils
génèrent et suscitent. Au Cameroun en 2014, faut-il le rappeler, les marchés publics
représentaient 32% du PIB dont 75% du secteur de construction, bâtiment et travaux publics
(MINMAP, 2014). Cette importance fait de la gouvernance des marchés publics un secteur
incontournable de mise en œuvre des politiques publiques tant en matière d’acquisition de
biens et de services que de la maitrise de la qualité de la dépense. Sa réglementation devient
dès lors essentielle. D’un point de vue historique, le système des marchés publics camerounais
a subi d’importantes réformes dont la toute dernière est issue du code des marchés publics de
201826. Ce code est la réunion, dans un texte unique, de plusieurs autres textes qui était épars
et précédemment en vigueur et marque la volonté des pouvoirs publics d’améliorer la qualité
de la gouvernance du système des marchés publics.

Ce chapitre vise à exposer le cadre normatif et institutionnel du système des marchés publics
au Cameroun. Structurellement, pendant que la première section va examiner l’évolution
normative des MP, la deuxième section quant à elle, aura pour objectif de présenter la logique
institutionnelle de la gouvernance des MP.

SECTION I : L’EVOLUTION NORMATIVE DES MARCHES PUBLICS

Le cadre normatif régissant les marchés publics au Cameroun est d’essence règlementaire.
Depuis l’indépendance du pays, ce cadre n’a eu de cesse d’être réformé. Plus d’une dizaine de
réformes ont été conduites, notamment en 1959, 1970, 1979, 1986, 1995, 2004, 2011, 2012,
2013 et plus récemment en 2018. Dans cette mutation, il est à noter que les principes
fondamentaux qui sous-tendent la commande publique, notamment la liberté d’accès, l’égalité
de traitement des candidats et la transparence des procédures, ont été reconduits et enrichis.
Le code de 2018 énonce en plus, les principes d’efficience et d’intégrité, qui font ici, écho à la
problématique de la gouvernance des marchés publics. Cette section est consacrée
premièrement à l’historicité des réformes dans le domaine des marchés publics et
deuxièmement au code des marchés publics de 2018.

26
Décret N° 2018/366 du 20 juin 2018 portant Code des Marchés Publics

31
1.1. HISTORICITÉ DES REFORMES

De la période postindépendance jusqu’en 2018, plusieurs modifications substantielles des


règlements des marchés publics ont eu lieu, attestant la volonté des pouvoirs publics de se
doter d’un système intègre et performant. Cette sous-section présente de manière synthétique
et chronologique les différentes réformes en la matière. Elle s’organise autour de quatre
grandes périodes : (i) de 1960 à 1969 ; (ii) de 1970 à 1994 ; (iii) de 1995 à 2000 et ; (iv) de
2001 à 2013.

1.1.1. De 1960 à 1969 : un cadre règlementaire hérité de la règlementation française

Au cours de cette décennie, l’essentiel des textes est issu de la réglementation française. Il
comprend un texte principal, le décret n°59/144 du 14 août 1959 relatif aux marchés passés au
nom de l’Etat et des établissements publics nationaux non soumis aux lois et usages du
commerce. Ce décret posait déjà comme règle générale que les marchés publics sont passés
après mise en concurrence des potentiels cocontractants de l’Administration sur appel d’offres
par consultation publique. Par ailleurs, il consacrait aussi le tribunal d’Etat « Juge
administratif d’attribution » l’habilitant à connaître des litiges administratifs bien déterminés y
compris ceux concernant les marchés publics de l’État conclus au Cameroun (art. 61). Ce
dispositif comportait également des textes subséquents, notamment l’arrêté n° 3430 du 13
octobre 1959 portant Cahier des Clauses Administratives Générales (CCAG) applicables aux
marchés de travaux publics.

Les appels d'offres étaient publiés au Journal officiel des Communautés européennes 27. Ils
comportent une partie A (Clauses particulières) et une partie B (Clauses et conditions
générales). Les Parties A et B réunies constituaient l'ensemble des clauses et dispositions
relatives à l'établissement des offres, à la passation des commandes et à l'exécution des
commandes faisant suite à l’appel d'offres, et contenaient entre autres éléments :

- l’objet de l’appel d’offres ;


- une « annexe technique » ;
- les indications sur les délais et lieux de remise des offres présentées sous plis fermées
avec la mention « à n’ouvrir qu’en séance de dépouillement » ;

27
Avis d'appel d'offres n° 716 (par consultation publique) de la république fédérale du Cameroun, pour un
programme financé par la Communauté Economique européenne. — Fonds Européen de Développement, pour
la fourniture du matériel nécessaire à l'installation de quatre usines à café et à la mise en place de ce matériel au
Cameroun occidental.

32
- les indications sur les lieux et délais de livraison ainsi que l’organisme chargé de la
réception ;
- les modalités de paiement et autorités chargées de l’ordonnancement et des paiements.

Par contre :

- l’appel d’offres ne précisait pas les modalités d’attribution, se contentant de stipuler


que « les offres seront ouvertes à la date indiquée par la commission de dépouillement
des offres ». Il poursuit que « toute soumission non conforme en tous points aux
conditions stipulées par l’appel d’offres ne sera pas prise en considération et qu’aucun
renseignement ne sera communiqué aux concurrents sur la teneur des propositions
reçues ».

De ce qui précède, il découle qu’à cette époque déjà, le processus de passation des marchés
publics était soumis aux principes de transparence (limitée à la mise en concurrence, la
publicité, avec une instance d’arbitrage) et de responsabilité (pour le moins juridique).

1.1.2. De 1970 à 1994 : Un cadre réglementaire consacrant la centralisation

Dès la fin de l’année 1970, une réforme importante du système des marchés publics fut
entamée, se traduisant par une nouvelle réglementation marquée par la volonté des
gouvernants de centraliser la gestion des marchés publics notamment :

- le décret n°70/DF/1530 du 29 octobre 1970 portant réglementation des marchés


publics, complété et modifié par celui n°75/513 du 5 juillet 1975 ;
- le décret n°79/035 du 2 février 1979 portant réglementation des marchés publics,
modifié par les décrets n°s80/272 du 18 juillet 1980, 81/151 du 13 avril 1981 et 82/12
du 8 janvier 1982 ;
- la loi 74-18 du 5 décembre 1974 modifiée par la loi 76-4 du 8 juillet 1976, relative au
contrôle des ordonnateurs, gestionnaires et gérants des crédits publics et des
entreprises d’Etat.

Cette vague de réformes dite de première génération rendait obligatoire la passation d’un
marché public pour toute opération dont le coût total était au moins égal à dix (10) millions de
francs28 ; l’émission d’une Lettre Commande étant limitée aux acquisitions dont le coût était
compris entre cinq (5) et dix (10) millions 29. C’est à cette époque que la règlementation

28
Art. 2-1 du Décret n°79/035 du 2 février 1979 portant réglementation des marchés publics.
29
Art. 2-2 du Décret n°79/035 du 2 février 1979 portant réglementation des marchés publics.

33
introduisit également les notions de sous-traitance et de révision des prix. Le dispositif
comportait un certain nombre d’acteurs dont :

- une autorité contractante, le Secrétaire Générale de la Présidence de la République ;


- la Direction Centrale des Marchés30 à qui incombait la détermination du choix de la
procédure de passation des marchés publics exception faite des marchés spéciaux
concernant la sécurité d’Etat et la défense nationale, et la charge de lancer l’appel à
concurrence. En plus, elle rassemblait la documentation relative aux marchés publics.
Cette direction a fonctionné jusqu’au 25 août 1984, date à laquelle ses attributions ont
été officiellement transférées au Ministère de l’Informatique et des Marchés Publics55
puis à la Direction Générale des Grands Travaux du Cameroun (DGTC) 31 (Biakan,
2011, p.14). La création en 1988 de la DGTC répondait à la réaffirmation de la
volonté de centraliser la gestion des marchés publics ;
- la Commission Centrale des Marchés chargée de l’approbation des études préalables
avant tout appel à la concurrence. Elle donnait son avis sur tous les projets de marchés
et avenants, le Cahier des Clauses Administratives Générales (CCAG), centralisait les
informations relatives à la passation des marchés ;
- les services techniques compétents de l’administration bénéficiaire, chargés de
déterminer les spécifications et la consistance des prestations et du contrôle de
l’exécution.

1.1.3. De 1995 à 2000: Un cadre réglementaire caractérisé par une semi-décentralisation

Afin d’accompagner les mutations économiques et sociales sur la scène nationale, le dispositif
de centralisation ci-dessus fut de nouveau modifié par un important décret en 1995 32,
instituant une gouvernance semi-décentralisée (vers les services centraux des ministères
sectoriels) du système des marchés publics. Ce texte eut pour particularité de définir de
manière plus précise les concepts de maître d’ouvrage, maître d’oeuvre, autorité chargée des
marchés publics et commission des marchés.

30
Décret n°78/487 du 9 novembre 1978 portant création de la Direction centrale des marchés, modifié par les
décrets n°80/273 du 18 juillet 1980 et 82/331 du 19 juillet 1982.
31
Décret n°84-1104 du 25 août 1984 portant organisation du ministère de l’Informatique et des marchés
publics (créé par le décret n°86/935 du 28 juillet 1986 portant organisation du Gouvernement, modifié par le
décret n°86/935 du 28 juillet 1986 portant réorganisation du ministère de l’Informatique et des marchés
publics.
32
Décret n°95/101 du 9 juin 1995 portant réglementation des marchés publics et son modificatif n°2000/155
du 30 juin 2000 ; décret n°95/102 du 9 juin 1995 portant attribution, organisation et fonctionnement des
commissions des marchés publics.

34
Ce système était alors bâti autour d’une autorité chargée des marchés publics, définie comme
« l’autorité placée à la tête de l’administration publique compétente dans le domaine des
marchés publics »33. Ce rôle était assuré par le Premier Ministre qui disposait des prérogatives
étendues : fixation du cahier des clauses administratives générales, autorisation des marchés
de gré à gré, signatures des marchés spéciaux, recrutement des auditeurs indépendants par
voie d'appel d'offres, précision des procédures d’achat pour certaines prestations34.

Toujours d’après cette réforme, la qualité de maîtres d’ouvrages était conférée aux ministres,
responsables des collectivités publiques locales et des entreprises publiques à qui il octroyait
d’importants pouvoirs et responsabilités, ainsi qu’une autonomie en matière de passation des
marchés. Toutefois, cette autonomie n’avait pas suffisamment été encadrée par des contrôles
qui caractérisent normalement les systèmes semi-décentralisés.

1.1.4. De 2001 à 2013 : Renforcement des organes de régulation et de contrôle, et


harmonisation

Pour pallier à l’insuffisance de contrôle, une ultime série de réformes est enclenchée en 2001
avec la création d’un organe dédié à la régulation par décret n° 2001/048 du 23 février 2001
portant création, organisation et fonctionnement de l’Agence de Régulation des Marchés
Publics (ARMP), plus tard modifié et complété par celui n° 2012/076 du 08 mars 2012.

L’Agence est un établissement public administratif placé sous la tutelle de la Présidence de la


République et doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Elle a pour
mission d’assurer la régulation, le suivi et l’évaluation du système des marchés publics60. A
ce titre, elle effectue des enquêtes et fait conduire des audits spécifiques et autres
investigations sur la passation, l’exécution et le contrôle des marchés publics. Dans ce cadre,
elle adresse au Président de la République un rapport annuel sur l’efficacité et la fiabilité du
système, assorti de toute proposition susceptible de l’améliorer.

En 2004, toutes les dispositions règlementaires éparses régissant les marchés publics61 sont
harmonisées autour du tout premier code camerounais des marchés publics introduit décret
n°2004/275 du 24 septembre 2004.

Entre 2011 et 2013, la formation d’un nouveau gouvernement par le décret n°2011/410 du 09
décembre 2011 créa un ministère délégué à la présidence de la république chargé des marchés

33
Article 3 (d) du décret n°95/101 du 9 juin 1995
34
Notamment les marchés des matières premières ou des denrées cotées en bourse ; les marchés de
prestations intellectuelles et des marchés de transport ou d’assurance (Article 24 (2)).

35
publics (MINMAP) et un autre n°2012/075 du 08 mars 2012 l’organisa en lui conférant les
attributions « de l’organisation et du bon fonctionnement des marchés publics » (art. 1(2)).
Ces pouvoirs pour le moins ambigus du nouvel acteur central du système des marchés publics
créèrent cependant un conflit de responsabilités avec celles conférées au premier ministre par
le décret n°95/101 du 9 juin 1995.

Dans le sillage de cette évolution, les commissions de passation des marchés ont également
été réorganisées, par décret n°2012/074 du 08 mars 2012, lui-même modifié et complété le 05
août 2013 par décret n°2013/271, visant leur arrimage à la nouvelle organisation de
l’administration en charge des marchés publics. La Circulaire n°001/CAB/PR du 19 Juin 2012
relative à la passation et au contrôle de l’exécution des marchés publics vient compléter ce
dispositif.

1.2. LE CODE DES MARCHÉS PUBLICS DE 2018

Depuis le 20 juin 201862, un nouveau code des marchés public est entré en vigueur au
Cameroun, harmonisant la série de textes issus des réformes entamées le 8 mars 2012 avec le
code 2004. Le nouveau code révise ainsi et enfin une série de dispositions applicables
jusqu'alors tout en redistribuant les rôles entre les acteurs des marchés publics au Cameroun.
En son article 2, le code énonce clairement que, «les règles fixées par le code reposent sur les
principes de liberté d’accès à la commande publique, d’égalité de traitement des candidats et
de transparence dans les procédures, d’efficience et d’intégrité».

De manière spécifique, le code traduit une quête soutenue de l’intégrité du système à travers
les principes de transparence et de responsabilité (adaptables à ISSAI 20 (INTOSAI, 2010)),
et une volonté affichée par les pouvoirs publics de se rapprocher des bonnes pratiques
internationales (OCDE). Cette partie s’organise autour de trois points: (i) le champ
d’application du nouveau code, (ii) le renforcement de la transparence des procédures et (iii)
la responsabilité des acteurs du GSMP.

1.2.1. Le Champ d’application

Les dispositions du Code s'appliquent désormais conformément aux articles 3 et 4 à tout


marché remplissant de manière complémentaire une condition organique tenant à la nature
des contractants et une condition financière tenant à la source de financement.

De ce fait, le code s’applique à tout marché bénéficiant d'un financement de l'Etat, que ce soit
sur fonds propres ou fonds d’aide extérieure, ou encore des fonds issus d’emprunt avalisé par

36
l’Etat, même s'il est passé par une personne morale de droit privée. En effet, une précision
clarifie cette disposition parfois mal interprétée du précédent Code : …les personnes morales
de droit privé agissant pour le compte de l'Etat et ses démembrements63 sont assujetties au
Code dans le cadre des marchés pour lesquels elles ont reçu mandat. Les marchés passés entre
personnes morales de droit public entrent également dans le champ d'application du Code. On
peut cependant noter que des dispositions particulières seront applicables aux marchés passés
pas les ambassades et postes consulaires.

Le code (2018) a élargi son champ d’application à d’autres types de marchés publics qui
jusque-là n’étaient pas spécifiés notamment les marchés de conception-réalisation, les
accords-cadres, les marchés pluriannuels et à tranches, les marchés réservés enfin les marchés
spéciaux. Par ailleurs, sont désormais exclus du champ du code, en plus des bons de
commande et des marchés régis par les conventions internationales, l’acquisition ou la
location d'immeuble, l'achat des produits pétroliers avals (carburants, lubrifiants, etc.) destinés
aux véhicules administratifs, les contrats de partenariat, les travaux en totale régie, les
marchés spéciaux et ceux passés par les entreprises publiques.

1.2.2. Le renforcement de la transparence des procédures

A la lecture des dispositions qui caractérisent le code des marchés publics de 2018, l’on peut
noter un engagement des pouvoirs publics à encourager la transparence dans la pratique de la
gouvernance des marchés publics (maturation, programmation, passation, exécution et suivi-
évaluation et, contrôle et audit). A l’analyse, les règles édictées par le Code reposent
fondamentalement sur la promotion de la concurrence entre les soumissionnaires, la liberté
d’accès à la commande publique et l’égalité de traitement des candidats.

1.2.2.1.De la concurrence, de la publicité et du délai de remise des offres

Le Code pose comme règle générale que : « les marchés publics sont passés par voie d’appel
d’offres après mise en concurrence des cocontractants potentiels de l’Administration »
(art.72(1)). Conformément à l’article 74, l’appel d’offres peut être national, lorsqu’il s’adresse
exclusivement aux personnes physiques ou morales ayant leur siège social au Cameroun ou
international dans le cas contraire. Toujours du point de vue de la concurrence, conformément
aux articles 79 à 84, les appels d’offres sont systématiquement ouverts et peuvent se dérouler
en une ou plusieurs étapes de sélections successives. En effet, que ce soit des appels d’offres
restreints ou ceux dits en deux étapes, une étape de pré-qualification obligatoire est ouverte à
tous les soumissionnaires. Par contre, les conditions applicables aux procédures restrictives

37
sont clairement établies afin d’éviter qu’elles ne soient utilisées pour limiter la concurrence.
C’est le cas de la procédure exceptionnelle du gré à gré qui est utilisée après autorisation
préalable de l’autorité chargée des marchés publics dans l’un des cas limitatifs visés à l’article
109 a) à d).

Suivant la perspective de l’information des acteurs, le Code développe en ses articles 88 et 89


des dispositions visant le renforcement de la transparence notamment les modalités de
publicité et des délais nécessaires pour la remise des offres. Les publications se font
principalement dans le journal des marchés publics de l’organisme chargé de la régulation,
renforcés par d’autres supports de publicité notamment les organes à grand tirage et les autres
moyens de publicité tels que le communiqué radio, la presse disponible en kiosque, la presse
spécialisée ou les voies d’affichage. En ce qui concerne les délais, ils varient entre vingt-cinq
(25) et cinquante (50) jours ouvrables à compter de la publication, délais qui peuvent être
ramenés à vingt (20) jours pour les prestations de moindre envergure, en cas d’urgence
manifeste, ou porté à quatre-vingt-dix (90) jours pour les appels d’offres internationaux ou
pour des projets complexes ou de grande envergure.

De ce qui précède, il ressort positivement que les règles consacrent des procédures ouvertes et
la limitation de celles restreintes. Par ailleurs, le code dispose de règles claires sur l’utilisation
de chaque type d’appels d’offres afin que leur choix ne soit pas arbitraire et ne conduise à une
élimination de la concurrence. Par contre, il reste muet sur la question du choix de l’ouverture
ou non de la concurrence à l’internationale. Bien plus, il réitère la préférence nationale
accordée à offres équivalentes dans le cadre d’une consultation internationale, toute chose qui
peut s’apparenter à de la discrimination, souvent considérée comme résultat d’un manque de
transparence et de « pratiques occultes » dans l’attribution des marchés publics35.

1.2.2.2. De la liberté d’accès à la commande publique et de l’égalité de traitement des


candidats

Le Code stipule que toute personne physique ou morale intéressée peut faire acte de
candidature aux marchés publics, exception faite des candidats en état de liquidation judiciaire
ou en faillite, frappées de l’une des interdictions ou d’échéances prévues par les lois et
règlement en vigueur36.

35
Kamal El Mesbahi. Transparence versus corruption dans les marchés publics : lecture à travers les dispositions
de l’Accord de libre-échange Maroc / Etats-Unis.
36
Article 51 (2) du Décret N° 2018/366 du 20 juin 2018 portant Code des Marchés Publics

38
Aussi, outre les personnes physiques ou morales de droit privé, les organisations de la société
civile et les personnes morales de droit public notamment les établissements publics
intéressées, sont admises à participer à la commande publique, sous réserve de certaines
dispositions. Dans le cas de la participation d’un établissement public à la commande
publique, l’établissement doit démontrer qu’il n’a pas bénéficié, dans la détermination de ses
prix, des avantages découlant des ressources qui lui sont attribuées au titre de ses missions de
service public37. Cette disposition qui vise la protection des partenaires de l’administration a
un habillage juridique : le principe d’égalité de traitement des candidats. Le partenaire doit
pouvoir être mis à l’abri des excès de la puissance administrative et d’un traitement inégal.

Le règlement particulier de l’appel d’offres (RPAO) vient compléter le dispositif de clarté


essentiel à la transparence (art. 87). Il stipule que « l’objet du marché doit être décrit au
moyen de spécifications suffisamment précises et intelligibles pour tous les candidats
intéressés. Pour cela, toute référence à des noms de marque ou à des spécifications exclusives
émanant d’un fournisseur ou prestataire particulier est interdite » 38. Il indique entre autre les
critères d’évaluation des offres, les modes et les critères d’attribution des marchés, les règles
de pré-qualification et de post-qualification, le cas échéant. Enfin le RPAO précise les critères
de rejet des offres. L’adoption de ces mesures a pour objectif de renforcer la confiance dans le
système de passation des marchés.

Critique – Toutefois, le nombre de documents administratifs requis dans les cahiers des
clauses administratives particulières (CCAP) constitue souvent un critère indirect
d’élimination discriminatoire de certaines catégories de soumissionnaires.

1.2.3. Ethique et responsabilité

Suivant la perspective managériale et du point de vue de Alain Eraly et Jean Hindriks (2007),
la notion de responsabilité dans le domaine de la gestion publique suppose une série de
conditions au rang desquelles a) la clarification des missions et des objectifs ; b) l’adaptation
des structures d’organisation ; c) la définition de domaines de délégation, donc l’octroi d’une
autonomie de pouvoir et de décision ; d) le développement des compétences nécessaires à la
réalisation des objectifs ; e) une pratique effective d’évaluation et de reddition des comptes ;
f) l’existence d’indicateurs de performance objectifs – non simplement des indicateurs de
résultats, mais aussi des indicateurs d’efficience qui prennent en compte les coûts consentis
pour atteindre ces résultats ; g) l’existence de sanctions positives et négatives. Nous allons à la
37
Article 52(3) du Décret N° 2018/366 du 20 juin 2018 portant Code des Marchés Publics
38
Article 56(2) du Décret N° 2018/366 du 20 juin 2018 portant Code des Marchés Publics

39
lumière de ces conditions faire une analyse des dispositions du code 2018 des marchés publics
camerounais qui visent la responsabilité des acteurs.

1.2.3.1.La clarification des missions et objectifs

Le Code 2018 des marchés publics redistribue les rôles entre les acteurs de la passation des
marchés publics au Cameroun tout en clarifiant les responsabilités assignées aux intervenants
de l’administration. C’est à ce titre que désormais, la préparation de la procédure et la
passation d’un marché public relèvent de la compétence du maître d’ouvrage (art.6(1)). Cette
responsabilité est transférable à un maître d’ouvrage délégué, personne de droit public ou
privé exerçant en son nom et pour son compte, tout ou partie de ses attributions (art.7(1)).

Toutefois, la responsabilité du maître d’ouvrage, somme toute managériale dans le processus


de passation des marchés est accompagnée d’une responsabilité opérationnelle attribuée à
divers organes d’appui notamment : la structure interne de gestion administrative des marchés
publics (SIGAMP) qui l’assiste dans l’exécution de ses attributions (art. 8(1)a)) ; Les
commissions de passation des marchés (CPM) responsables sur les plans administratif auprès
de l’Autorité des Marchés (art.10, 15,16) et juridique (art. 195).

Cette entière responsabilité du processus de passation des marchés octroyée aux MO/MOD
est néanmoins encadrée par l’autorité en charge des marchés à travers les commissions
centrales de contrôle des marchés (CCCM) chargées du contrôle à priori des procédures de
passation des

marchés publics relevant de leurs compétences (art.24(1). Par ailleurs l’observateur


indépendant qui veuille, pour le compte du régulateur, au respect des règles de transparence et
du principe d’équité dans le processus de passation des marchés publics dont le montant
cumulé des lots est supérieur ou égal à cinquante (50) millions de F CFA (art.42(1) et (2)).

1.2.3.2.L’adaptation des structures d’organisation

Au regard de la disposition titre II du Code, l’organisation du système des marchés publics


s’est faite autour de quatre (04) organes dont les missions se résument en activités
d’organisation et de veuille (l’autorité), de passation, de contrôle, de régulation, d’examen des
recours.

L’activité de passation ayant été fortement décentralisée et dans un souci d’adapter les
structures d’organisation des organes de la passation, , il a été créé au niveau de chaque
maîtres d'ouvrages et maîtres d'ouvrages délégués des structures internes de gestion
40
administrative des marchés publics ainsi que des commissions de passation des marchés au
niveau central, régional et départemental. Dans cette architecture, l’autorité joue le rôle de «
tutelle ». A cet effet, elle dispose le pouvoir pour définir et orienter la politique nationale ou
locale dans le secteur.

1.2.3.3.Le développement des compétences nécessaires à la réalisation des objectifs

L’article 48 (2 e)) du Code confère à l’organisme chargé de la régulation des marchés publics
la charge de « définir les politiques et les stratégies de formation en matière de marchés
publics et développer un cadre professionnel et institutionnel en ma matière ». Cette
disposition du Code qui fait du développement des compétences en matière de marchés
publics un thème qui inspire les pouvoirs publics vise la mise en place des dispositifs de
formation destinés à accroître le niveau des compétences techniques et managériales des
acteurs du secteur.

1.2.3.4.L’existence de sanctions positives et négatives

Responsabiliser suppose d’attacher à la reddition des comptes des conséquences positives et


négatives. Aucune organisation ne peut fonctionner durablement sans l’une ou l’autre forme
de reconnaissance du mérite et de dissuasion de l’improductivité (Eraly & Hindriks, 2007). Le
Code stipule en son article 188(1) que « sont passibles des sanctions prévues par les lois et
règlements en vigueur, toute procédure passée en violation des dispositions du présent Code,
ainsi que les auteurs des mauvaises pratiques dans la passation ou l’exécution des marchés
publics ». Il s’agit aussi bien des sanctions des procédures (art. 189, 190) que des sanctions
des acteurs, tant ceux du secteur privé (art. 191, 192) que ceux du secteur public (art. 194,
195). Par ailleurs, le Code renforce ce que le législateur appelle « principes d’éthique » et
durcit les sanctions contre tout acteur coupable des actes de corruption et des autres
manoeuvres frauduleuses telles que les pratiques collusoires, coercitives ou encore
obstructives, les délits d’initiés et les conflits d’intérêt.

SECTION II : LA LOGIQUE INSTITUTIONNELLE DE LA GOUVERNANCE DES


MARCHES PUBLICS

La technostructure du système des marchés publics au Cameroun a connu deux


aménagements majeurs avec la réforme de mars 2012 et celle de juin 2018. Ces réformes
successives ont structuré de manière graduelle une administration dédiée à la passation et
exécution des marchés publics d’une part et, à la supervision et au contrôle d’autre part. Dans

41
son déploiement, l’architecture institutionnelle issue de ces réformes mobilise un certain
nombre d’acteurs dont les missions visent une gouvernance transparente et responsable de la
commande publique qui conditionne l’intégrité du système.

Le Code (2018) consacre clairement le Ministre chargé des marchés publics (MINMAP)
comme autorité des marchés publics (Art.50), chose qui n'était jusqu'alors qu'implicite depuis
la réforme du 8 mars 2012, aucun texte n'ayant modifié l'article 160 du précédent Code (2004)
qui conférait cette compétence au Premier Ministre. D’une façon réitérée, l’autorité chargée
des marchés publics organise et veille au bon fonctionnement du système des marchés
publics68. Il dispose entre autre des pouvoirs en matière d’autorisation des procédures
exceptionnelles et prononce les sanctions des auteurs de mauvaises pratiques et des litiges
résultant des marchés publics ainsi que des désaccords entre les agents publics. Le Code
(2018) dispose enfin que l’autorité chargée des marchés publics peut en tant que de besoin
s’autosaisir pour sanctionner une procédure. Cette disposition vient malheureusement
renforcer le pouvoir discrétionnaire de l’autorité des marchés publics, toute chose qui ne
garantit pas des mécanismes de contrôle aboutissant systématiquement à une prise de
sanctions.

2.1. LES ACTEURS DE LA PASSATION ET DE L’EXECUTION DES MARCHES


PUBLICS AU CAMEROUN

La revue analytique du cadre réglementaire opérationnel à la lumière du Code (2018) a permis


de constater que la passation des marchés est en voie de devenir l’un des éléments essentiels
de la gestion des finances publiques. En effet, le Code (2018) pose comme principe général
qu’une consultation ne peut valablement être lancée que s’il existe une inscription budgétaire
correspondante, une autorisation de dépense effective ou encore l’entrée en vigueur d’un
accord de financement (art 60(2)). La contravention à cette disposition constitue une
infraction et encourt une sanction de procédure. Par ailleurs, un certain nombre d’acteurs ont
été identifiés pour l’activité de passation et exécution des marchés publics notamment (a) les
maîtres d’ouvrages et maîtres d’ouvrages délégués (b) les commissions de passations des
marchés publics et (c) l’observateur indépendant.

2.1.1. Du maître d’ouvrage (MO)/maître d’ouvrage délégué (MOD)

Au sens de l’article 6 du code des marchés publics de 2018, le maître d’ouvrage est une «
personne physique placée à la tête d’un département ministériel ou assimilé, le chef d’une
collectivité territoriale décentralisée, le directeur général et directeur d’un établissement

42
publics bénéficiaire des prestations prévues dans le marchés »69. Le code (2018) consacre
également MO une personne de droit privé bénéficiant d’un concours financier ou d’une
garantie financière provenant de ressources publiques70. Le MO peut confier à une personne
de droit public ou privé exerçant en son nom et pour son compte, tout ou partie de ses
attributions. Cette dernière est alors désignée maitre d’ouvrage délégué (MOD). Sont
consacrés MOD, les délégués régionaux ou départementaux des administrations publiques et
des établissements publics, les chefs des missions diplomatiques du Cameroun à l’étranger les
responsables des centrales d’achat ainsi que les chefs de cellule des projets bénéficiant d’un
financement extérieur71.

Le MO/MOD a une responsabilité managériale et juridique de l’activité de


passation/exécution des marchés publics. Il est de ce fait responsable de la préparation de la
procédure et la passation des marchés. Il a la charge de l’initiative, de la préparation, de la
maturation des projets et de la conduite des opérations de planification et de passation, de
l’attribution et de la signature des marchés dont il est bénéficiaire. Il veille à la disponibilité
des financements éventuellement des sites des projets devant faire l’objet d’une inscription
budgétaire et , est assisté sur le plan opérationnel par la structure interne de gestion
administrative des marchés publics (SIGAMP).

Les SIGAMP sont une innovation du Code (2018). De l’avis du MINMAP, l’idée de tels
organes part du fait qu’auprès de bon nombre de MO/MOD, les services destinés à les
appuyer dans le domaine des marchés publics ne sont pas toujours à la hauteur de leur
procurer la compétence et l’efficacité nécessaires et ce, au vu de leur positionnement au sein
de la quasi-totalité des organigrammes (service des marchés). Toute chose qui impacte la
qualité des documents et le suivi des opérations. Un texte particulier de l’autorité des marchés
publics organisera le fonctionnement des SIGAMP. En attendant, les services des marchés
sont toujours en vigueur dans les administrations à l’instar du MINMIDT, MINEPAT,
MINEPDED et MINMAP.

Par ailleurs, le MO/MOD assure le suivi administratif et l’exécution physico-financière des


marchés publics à travers le chef service du marché, l’ingénieur du marché et le maître
d'oeuvre. Les deux premiers sont des personnels du MO/MOD tandis que le troisième est
recruté en cas de nécessité. Ces trois acteurs opèrent des contrôles à priori pendant le
processus allant de la définition, l’élaboration, l’exécution et la réception des prestations et
représente éventuellement le MO/MOD auprès des instances compétence de règlement des

43
litiges (art.44(2)). Ils ont une responsabilité opérationnelle du suivi de la bonne exécution des
obligations juridiques, administratives, sociales et contractuelles des marchés.

Il convient de souligner que dans cette nouvelle architecture, le ministre en charge des
marchés public est également maitre d’ouvrage.

2.1.2. Des commissions de passation des marchés publics (CPM)

Les commissions de passation des marchés sont des organes d’appui technique placés auprès
des MO/MOD pour la passation des marchés publics dont les montants sont au moins égaux à
cinq (05) millions de francs CFA.

L’activité de passation ayant été fortement décentralisée et dans un souci d’adapter les
structures d’organisation à cette nouvelle architecture, il a été créé au niveau de chaque
MO/MOD des commissions de passation des marchés. Cette disposition a pour conséquences
la dissolution de l'ensemble des commissions centrales de passation des marchés qui
existaient au niveau de l’autorité des marchés publics et le placement auprès des Gouverneurs
et Préfets respectivement des commissions régionales et départementales de passation des
marchés.

Au regard du Code (2018), la composition des CPM ne change pas fondamentalement, de


même que les missions qui leur sont assignées. Elles ont la charge entre autre d’examiner et
émettre un avis technique sur les projets de dossiers de consultation, d’avenants et de marchés
passés suivant la procédure du gré à gré. Elles interviennent tout au long du processus allant
du dépouillement à la proposition d’attribution.

Néanmoins, pour renforcer l’idée de la responsabilisation des MO/MOD, quelque changement


ont été apporté dans la constitution et le fonctionnement des commissions de passation des
marchés notamment:

- le constat de la composition de la CPM par décision du MO/MOD ;


- la désignation du secrétaire de la CPM par le MO/MOD parmi le personnel du
SIGAMP;
- le représentant du MINMAP ne participe plus obligatoirement à la constitution du
quorum.

Il convient de noter qu’aucun critère objectif de sélection des membres des commissions et
des sous-commissions d’analyse n’a été élaboré. En effet, il n’existe ni de norme connue en

44
terme de formation, ni d’expérience minimale pour désigner ces acteurs, ni de norme pour
évaluer leur performance.

2.1.3. De l’observateur indépendant

L’observateur indépendant est une personne physique ou morale recrutée par voie d’appel
d’offres par l’organisme chargé de la régulation des marchés publics et placée auprès d’une
commissions de passation des marchés afin de veiller au respect de la règlementation, aux
règles de transparence et aux principes d’équité dans le processus de passation des marchés
publics72.

Il assiste aux séances des commissions de passation des marchés (CPM) ainsi qu’aux travaux
des sous-commissions d’analyse (SCA) des offres pour les marchés dont le montant est
supérieur ou égal à cinquante (50) millions de francs CFA. C’est d’un contrôle à priori dont il
est question ici. Ledit contrôle vise l’évaluation des processus afin de signaler au régulateur
les pratiques contraires à la bonne gouvernance notamment dans les cas de trafic d’influence,
conflit d’intérêt ou de délit d’initié73. Les sanctions qui découlent du contrôle de
l’observateur indépendant ont un caractère administratif, pouvant aller jusqu’à l’annulation de
l’attribution d’un marché par l’autorité des marchés. Il convient de signaler que lors d’une
session de la CPM ou d’une SCA, l’absence de l'observateur indépendant n'est plus bloquante
comme par le

passé, ces instances pouvant valablement siéger dans le cas où celui-ci a reçu une convocation
régulièrement formulée.

2.2. LES ORGANES DE SUPERVISION ET DE CONTRÔLE DES MARCHES


PUBLICS AU CAMEROUN

Le contrôle et la supervision des marchés publics sont assurés par (a) la commission centrale
de contrôle des marchés publics, (b) l’instance chargée de l’examen des recours, (c)
l’organisme chargé de la régulation et (d) le ministère chargé des marchés publics.

2.2.1. Des commissions centrales de contrôle des marchés publics (CCCM)

Elles assurent la revue à priori des marchés initiés par les MO/MOD relevant de leur
compétence soit pour les montants supérieurs ou égaux à :

- cinq (5) milliards de FCFA pour les marchés de travaux routiers;


- un (1) milliard de FCFA pour les marchés des autres infrastructures;

45
- cinq cents (500) millions de FCFA pour les marchés de bâtiments et équipements
collectifs ;
- deux cent cinquante (250) millions de FCFA pour les marchés des approvisionnements
généraux ;
- cent (100) millions de FCFA pour les marchés de services et de prestations
intellectuelles ;
- les marchés passés suivant la procédure du gré à gré des mêmes seuils.

Avant le Code (2018) lesdites commissions étaient impliquées tant dans la passation que le
contrôle des marchés publics. La réforme (2018) leur consacre uniquement la fonction de
contrôle. A cet effet, elles émettent leurs avis (favorable, favorable assorti de réserves et
défavorable) sur les dossiers d’appels d’offres, la procédure de passation, les propositions
d’attribution et les projets de marchés. Pour répondre à l’exigence de transparence, les avis
d’une CCCM peuvent être transmis à tout soumissionnaire intéressé qui en fait la demande.
En cas de désaccord entre la CCCM et le MO/MOD, la décision de l’autorité chargée des
marchés publics s’impose au deux (02) parties.

Nous pouvons noter que le Code (2018) vient ainsi rétablir le mode de fonctionnement des
commissions spécialisées de contrôle des marchés (CSCM) qui existaient avant la création du
MINMAP dont les missions étaient similaires à celles des CCCM.

2.2.2. De l’organisme chargé de la régulation

L'agence de régulation des marchés publics (ARMP) est désormais confortée dans son rôle
d'organisme chargé de la régulation. Il est le surveillant et le facilitateur du système74. Il a la
charge particulière de veiller à l'application du code par tous les acteurs et de saisir l'autorité
des marchés publics en vue de la proposition d'améliorations des politiques en la matière et
des sanctions de procédures. L'organisme de régulation est également chargé d'agréer les
experts dans le domaine des marchés publics, de définir les politique et les stratégies de
formation afin de développer un cadre professionnel et institutionnel en la matière. Il a enfin
la charge d’assurer l’animation et l’alimentation du système d’information et communication
des marchés publics à travers entre autre l’édition et la publication du Journal des Marchés
Publics.

46
L’agence de régulation des marchés publics (ARMP) est fonctionnelle. C’est un établissement
public administratif doté de la personnalité juridique, financé principalement par une
subvention annuelle de l’Etat. Sa direction générale donne des signes de son engagement à
professionnaliser le secteur à travers notamment (i) la préparation de documents-types et
guide de passation des marchés, (ii) la diffusion de l’information sur les marchés publics et
(iii) la conduite des audits. Cependant, les difficultés financières de l’Etat et les retards dans le
versement de la subvention annuelle fragilisent cet organe.

Les différentes règlementations ont toujours fait obligation aux MO/MOD de transmettre à
l’ARMP toute la documentation sur les marchés publics. Malgré ces initiatives, moins de 30%
(exercice 2001-2002) des documents parvenaient à l’ARMP, ce qui compliquait la
constitution d’une banque d’information nécessaire pour une meilleure compréhension du
système de passation des marchés et pour la réalisation des audits annuels. Pour pallier à la
faible remontée des informations, l’ARMP a dû mettre en place un système de collecte auprès
de tous les MO/MOD et des commissions. Le recrutement de ces collecteurs a eu lieu en 2003
et ce système de collecte couvre l’ensemble du territoire.

La diffusion de l’information est faite grâce à son Journal des Marchés Publics et son site
Internet. Il convient de noter que les décisions relatives aux dispositions et actions de
répression de la fraude et de la corruption ne font pas l’objet d’une aussi large diffusion que
les autres informations relatives aux marchés publics et ce, même si l’ARMP tient une liste
des entreprises dont les contrats ont été résiliés et qui ne peuvent, sauf dérogation spéciale
exclusivement accordé par l'autorité chargée des marchés publics, soumissionner pour un
nouveau marché public avant une période de deux ans.

2.2.3. De l’instance chargée de l’examen des recours

La principale innovation du code (2018) est la création auprès de l'organisme de régulation


des marchés publics, d'un comité chargé de l'examen des recours des soumissionnaires. C'est
auprès de cette instance que seront désormais adressés les recours des soumissionnaires qui
s’estiment avoir été lésé lors de la procédure de passation d’un marché public. Le comité
après examen des recours formule des propositions de mesures appropriées à l’autorité
chargée des marchés publics.

Auparavant, le soumissionnaire pouvait introduire une requête, soit auprès du MO/MOD, soit
auprès de l’Autorité chargée des marchés publics, avec transmission de la requête à l’ARMP.
Les décisions étaient alors rendues par l’ARMP lorsqu’il s’agissait des vices de forme et par

47
l’autorité chargée des marchés publics lorsqu’il s’agissait du non-respect de la réglementation
des marchés publics ainsi que des règles d’équité et de transparence. Le dépôt des plaintes
auprès de trois entités différentes ne permettait pas toujours d’avoir une gestion des plaintes
efficace75.

Au regard du Code (2018), la création de l’instance chargée de l’examen des recours auprès
de l’ARMP alors que la formulation des propositions des mesures appropriées sont faites à
l’autorité des marchés semble n’avoir résolu que la question de la collecte centralisée des
requêtes. Le MINMAP, dans sa posture de maître d’ouvrage et autorité des marchés peut se
retrouver dans la situation de celui chargé de trancher des différends auxquels il est lui-même
partie prenante. Cette mesure n’est pas pour viser le renforcement de la confiance dans le
système.

2.2.4. Le Ministère chargé des marchés publics

Le ministère chargé des marchés publics est responsable du contrôle externe de l’exécution
des marchés publics. Il exerce cette mission à travers des contrôles inopinés et des
vérifications a postériori aussi bien de l’effectivité et de la qualité des prestations réalisées que
de leur adéquation avec les paiements (art.47 (1)). Ledit contrôle vise à veiller au respect des
normes de qualité, de confort, de sécurité et de pérennité de l’ouvrage (art.151(2)).

48
DEUXIEME PARTIE : ANALYSE EMPIRIQUE DE LA CONTRIBUTION DE
L’AUDIT INTERNE SUR LA PRATIQUE DES MARCHES PUBLICS A LA CRTV

49