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Une nouvelle élection aura lieu, à l'Académie française, le

jeudi 7 avril 2011. Pour l'heure, parmi les candidats jusqu'ici


déclarés, un seul a rendu hommage à Maurice Druon,
titulaire jusqu'à sa mort du trentième fauteuil de
l'Académie.

Et de plus, il lui rend hommage -un hommage vibrant et


sincère - au moyen d'un long poème de plus ou moins deux
cents alexandrins. De nos jours, ce n'est pas commun. Non?
Lisez avant de juger!

Le candidat Olivier Mathieu (en littérature Robert Pioche),


en d'autres termes, attend avec plaisir et confiance de lire
les poèmes de ses concurrents et, dans l'attente, dédie ce
poème à tous les (ses futurs collègues?) académiciens, qui
devraient d'ailleurs l'avoir reçu, ou le recevoir, pour la
grande majorité d'entre eux, par voie postale. Olivier
Mathieu ne doute pas que, parmi eux, certains ne soient
sensibles à un poème en alexandrins ludiques mais
relativement réguliers, qui démontre une certaine
connaissane de l'oeuvre de Maurice Druon et, s'il nous est
permis de le dire, une inventivité certaine...

Ed'autres termes, à travers cet "éloge poétique de Maurice


Druon", Olivier Mathieu (dit Robert Pioche) inaugure une
ère nouvelle : celle de la "visite académique" par
l'intermédiaire d'Internet.

Vie de Maurice Druon racontée en vers,


par Olivier Mathieu.

Mesdames et Messieurs, la noble Académie


D’Armand Jean du Plessis a, de ses voix, émis
Le voeu de m’accueillir en votre confrérie
Et d’honorer l’auteur qui fut longtemps marri
D’un silence en écho pour toute éternité.
En ce jour d'hui, merci, pour l’immortalité
Que vous me conférez en m’offrant, respectable,
Un auguste fauteuil en viager, à la table
Des héros demi-dieux de la littérature
Dont l’épée en airain tient vive la nature
Anoblie et sacrée, en ses airs d’outre temps,
De la pensée écrite et des valeurs d’antan
(Lorsque, châtié ou cru, le langage, autrefois,
Naissait du coeur du peuple et des hérauts, ma foi !)
Des mots enfin des mots, échafaudés en somme
Poète après poète, au fur des heurs des hommes ;
Créés pour exprimer sensations, sentiments,
Le malheur vérité et le bonheur qui ment.
« La civilisation est d’abord un langage »
Ai-je besoin de dire où j'ai trouvé l'adage ?
Des mots vivants, des mots déments, mais parlons-en !
Évoquons qui n’est plus mais qui, en alezan,
Caracolait parmi les vers d’un Charles Cros
Au pays du Midi au milieu de la Crau,
Car vous excuserez mon parti pris d’éloge
De ce qui est, pour moi, balancier de l’horloge :
Esprit de création, essence et vibrations
D’un coeur en effusion d’enfant dont la mission
S’impose à lui d’un brin de rêve et sans raison…
Mais écoutons chanter l’ancêtre en son Coffret
De Santal, mélopée au parfum encor frais :
Au plus grand nombre je déplais,
Car je semble tombé des nues,
Rêvant de terres inconnues
D'où j'exile les gens trop laids.
La tête au vent, je contemplais
Le ciel, les bois, les splendeurs nues.
Quelques rimes me sont venues.
Public, prends-les ou laisse-les.
Je les multiplie et les sème
Pour que, par hasard, ceux que j'aime
Puissent les trouver sous leurs pas.
Quand ceux-là diront que j'existe,
La foule, qui ne comprend pas,
Paiera. C'est l'espoir de l'artiste.
(en italiques, 14 octosyllabes empruntés à Charles Cros)

Et tout abasourdi par de si vrais propos,


Notre Druon - car c’est bien lui - chercha repos
Du côté du troisième et dernier souverain
D’un rêve de nation d’amérindiens pur crin.
Ce fut Antoine Cros, le médecin de Pierre
Empereur brésilien, qui apporta sa pierre
En la Nouvelle France, au pays exotique
Patagon, araucan et puis… si hermétique :
Antoine le second, adepte en science occulte
Rendait ainsi honneur aux Esprits dont le culte
Occupait la Pensée des indiens mapou-tchés
Les « êtres de la Terre » vénérant, abouchés
À la nature en fibre, une Gnouké Mapou,
Une Mère la Terre, dont nul ne sait l’époux.
Revenons un instant à la lignée des Cros
Qui eut depuis longtemps la culture à tous crocs.
Au philosophe ancien, grammairien homophone,
L’artiste en trichromie et du paléophone,
Ajoutons pour finir, un Henry d’Art Nouveau,
« Gentilhomme verrier » à Sèvres, un dévot
Exprimant en émaux les émotions anciennes ;
De notre antiquité d’Europe ayant fait sienne.
Ajoutons pour corser le bouillon de culture,
L'apport oriental des Kessel ; l’aventure
De ce père Lazare, artiste en démesure ;
Puis d’un oncle Joseph (moderniste à l’usure,
Terre à terre en avion, fondateur de Gringoire)
Son goût de la Russie, seul fait ici notoire.
Adoubé par autant de tendres créateurs,
Inventeurs, prosateurs, poètes, amateurs
De langue et de beautés, Maurice eut donc un choix :
« Voilà qu’entre mes bras un lourd passé m’échoit. »
Il suivit de ses pairs enchâssés en la terre,
La lignée aux lettrés et l’attrait du mystère ;
De sa mère et son père adoptif conjuguant
La forme avec le fond, la lettre avec le gant
Du fauconnier altier, et l’antique armorial
Au jeu choisi des mots, l’histoire au mémorial
D’un long pays perclus d’écus et de trophées ;
Mêlant les faits, les vrais, aux mirages des fées.
Son chemin tout tracé l’emmena sur les pas
Des rêveurs et des vieux contes à bel appas.
Qui pourra s’étonner qu’après l’avoir montrée,
La comédie étroite et « françoise » et outrée,
La Fin des Hommes à morale, et de valeur,
Cette bourgeoisie avilie, et de malheur
(Rendez-vous aux Enfers pour Les Grandes Familles,
C’est La Chute des Corps, là-bas sous la charmille),
La seconde saga de Druon de Reyniac
Plongeât en un passé lointain plus démoniaque,
Où les templiers morts font du roi un fantoche,
Par leur malédiction, prince de la basoche,
Décaties les moeurs en écran d’anathèmes
Ont étranglé la reine, empoisonné qui aime,
Donné la louve au roi, jeté le lis aux douves,
Et pillé le pays où la révolte couve.
Parachevant le tout, en remontant le temps,
Pessimiste écrivain, conservateur d’antan
(Moquant non sans raison la sébile tendue
D’une contestation subventionnée et due),
Il nous offre le coeur d’Alexandre le Grand,
Les Mémoires de Zeus au fond d’un mazagran,
Retrouvant le bonheur des vieux mythes païens
Si loin des bénitiers, en la cupule au bien
De quelque mégalithe, ostensoir naturel,
Tabernacle de vie, esprit fort, culturel.
Oublieux de l’encens, à tous les vents d’Olympe,
Druon consent aux Dieux vieillis, aux oeufs de lumps :
Le bonheur poétique et sacré d’une éthique,
Parmi la mer, parmi les prés d’une esthétique…
Quand Pierre de Lagarde entame un sacerdoce,
À vouloir ranimer sur quoi le temps s’adosse
Et sauver de la mort Chefs-d’oeuvre en Péril,
Notre amoureux, Druon, des fiers cailloux d’exil
Et des travaux passés d’inconnus de talent,
S’éprend d’un ancien corps avec tout son allant,
Rachète et puis restaure, à Thésée aux Maselles,
Les murs, impressionnant ancêtre et damoiselle
D’un art gallo-romain venu d’un temps où les
Romains avaient secrets des bétons bien coulés.
Attisant l'émoi de Thésée-lès-Diane,
Déroulant fermement le précieux fil d'Ariane,
Druon redonna vie aux antiques arilles
D'un if (taxé taxus) au thésaurus des drilles.
Il fit don du trésor, après quelques années,
À l’Indre et Loire ; et des âmes abandonnées
D'un Palais incendié, de la bêtise humaine
Il se souvint ; prôna que notre temps ramène
En son Jardin, parois de Tuilerie ancienne :
Ô chez son Vieux Paris, rebâtir port d’Éphèse !
Entre temps, installé dans l’abbaye de Faize,
Fortement abîmée aux jours de la bourgeoise
Révolution française, il en fit sa demeure
De vivant et de mort. Pour que jamais ne meure
L’esprit de création et de conservation,
La coule cistercienne, albe divagation
S'y coule laudative et d’un chant inaudible
Glisse discrètement sur le chant d’une Bible.
« D’ici peu, vous aurez quarante bonnes femmes
Qui nous tricoteront (Druon d’un coup s’enflamme)
Le français dictionnaire ! » Accordons-lui, mais oui,
Quelque rancoeur envers le Beau Sexe qui luit.
De Crayencour n’était en cour, on l’a compris.
Il préférait sous la Coupole un mâle esprit
Incarné par Braudel, Lévi-Strauss ou Duby,
Le second rappelant : folie à grand débit,
La mort de tant de vie en l'Homme, faune et flore,
Et l’Esprit amoindri mangé, il le déplore,
De l’intérieur, ruiné ; tandis que de Reyniac
N’entend pas retomber dans le sel ammoniac
De sociétés d’insectes égalitaristes
Où, en complet esclave, il serait… méhariste.
- Comment l’Esprit devient chameau à bon escient ?
- Si tôt chargé, part au désert, esprit patient!
- Comment Chameau devient donc lion, ce solitaire ?
- En muant du « tu dois » au « je veux » sans mystère!
- Comment le Lion devient Enfant par tout Atys ?
- De la mort-dieu, puisqu'au printemps naît Adonis!
Pour que Nature ait mis aucun en servitude,
C’est que l’enfant, en être franc, rompt l’habitude,
Régénère la vie. Il est tel chez Mendès,
L'ancêtre de Reyniac, brésilien, loin d'Hadès
Et de l'ombre brumeuse, en son Virgile entier
Et lusophone, en son amour pour les sentiers
Où Palmeyrim affronte un Patagon à flammes
Mais "moult intelligent et grand amant de femmes".
Tant soit peu misogyne, il s’unira pourtant :
– Un ! à la poésie, à l’âge de vingt ans,
Dans un fougueux élan de jeunesse et de sang :
Il épousa des Gregh, Geneviève, inconscient,
La fille de Fernand, le poète et critique
(Le grand ami de Proust, bercé par la musique
De valse et de polka, au salon ouvragé
Des danses à papa en Tourbillons Légers).
– Deux ! il convolera, en d’autres lendemains,
Avec, noire de peau, une petite main :
Marignac Madeleine. Or, de ces deux unions
Ne naquit nul enfant si ce n’est, lumignon,
Un gamin de papier, Tistou les Pouces Verts.
Mesdames et Messieurs, à l’endroit à l’envers,
La vie inscrit partout et Maurice Druon
Dit qu'enfance est bénie, oui ! si nous nous ruons,
Pleins d'espoir à connaître, en soi autant qu'en maître,
Le secret éternel de la Volupté d'Être !

Olivier Mathieu, dit Robert Pioche,


candidat à l'élection du 7 avril 2011
au trentième fauteuil, qui fut de M. Maurice Druon.

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