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Leçon 6

Le droit spécial de la SA

Appel public à l’épargne et marché financier CEMAC

Section 1 : L’appel public à l’épargne

La SA peut se constituer en faisant appel à l’épargne publique. Le public est


ainsi invité, à travers la publicité, à participer au capital de la société en
formation. Ce public a besoin, pour se décider en connaissance de cause, d’une
information complète sur la société. Après avoir défini l’appel public à
l’épargne, l’Acte uniforme fixe les règles de tenue de l’AGC.

§ 1 : La notion d’appel public à l’épargne

Elle est définie par les articles 81 et suivants de l’AUDSCGIE qui déterminent
les critères de l’APE (I) et exigent que l’APE fasse l’objet d’une publicité (II).

I : Les critères de l’appel public à l’épargne

Les articles 81 et 83 de l’AUDSCGIE fixent les critères de l’APE.

En application de l’article 81, un SA est réputée faire APE lorsque ses titres sont
inscrits à une bourse des valeurs d’un des Etats membres, à dater de l’inscription
des titres. D’après ce critère, SIAT Gabon dont les titres sont inscrits au
compartiment A de la BVMAC fait APE. Il en est de même de toute société dont
les titres sont inscrits au compartiment B de la BVMAC

La SA fait également APE quand, pour offrir des titres au public, elle a recours à
une communication, sous quelque forme et quelque moyen que ce soit, adressée
à des personnes et présentant une information suffisante sur les conditions de
l’offre et sur les valeurs mobilières à offrir, ce qui a pour conséquence d’amener
les personnes à envisager d’acheter ou de souscrire ces valeurs (article 83, alinéa
1, AUDSCGIE). Dans ce cas, le public est sollicité par le biais d’une publicité
ou de procédés médiatiques

Enfin, la SA est réputée faire APE si pour placer ses valeurs mobilières, elle
utilise les services des intermédiaires financiers que sont par exemple les
établissements de crédit ou les agents de change. Il importe peu que ces les
valeurs mobilières soient émises lors de la constitution ou à l’occasion d’une
augmentation de capital.
Par une interprétation a contrario de l’article 81-1 de l’AUDSCGIE, la SA fait
encore APE quand elle place ses titres au-delà d’un cercle de 100 personnes,
chaque OPCVM comptant pour une seule personne. D’après ce dernier critère,
la diffusion s’entend du seul nombre de propriétaires entre lesquels les titres sont
répartis. Aussi, une SA qui compte plus de 100 actionnaires est réputée faire
APE, même si elle n’est pas cotée ou n’a recours a aucun intermédiaire financier
ou procédé médiatique pour le placement des titres.

En application de l’article 81-1 de l’AUDSCGIE, ne constitue pas une offre


publique, l’offre qui porte sur des valeurs mobilières dont le montant est
inférieur à 50 millions de F CFA. Il en est de même de l’offre de valeurs
mobilières faire à un investisseur qualifié qui agit pour son propre compte. Par
investisseur qualifié, il faut entendre tout investisseur qui dispose de
connaissance nécessaire pour comprendre les instruments financiers. On range
dans cette catégorie les établissements de crédit et les autres intermédiaires
financiers, les OPCVM et les assurances. (article 81-2 AUDSCGIE)

Dans tous les cas, la SA faisant APE doit avoir un capital social d’au moins 100
millions de F CFA (article 824 AUDSCGIE)

Une SA d’une Etat partie peut placer ses titres dans un autre Etat partie. Elle doit
alors s’entourer de garanties financières auprès d’un établissement de crédit dans
l’Etat où le public est sollicité. Cette garantie s’impose lorsque les opérations
envisagées dépassent 50 millions de F CFA.

Le service financier de ces opérations doit être également assuré par un ou


plusieurs établissements de crédit de l’Etat dont le public est sollicité. De même,
un ou plusieurs CAC exerçant dans cet Etat doivent vérifier les états financiers
et signer le document d’information, dès lors que l’opération envisagée dépasse
50 millions de F CFA.

II : La publicité de l’appel public à l’épargne

Document d’information et publication de la notice d’information

A : Le document d’information

Toute SA faisant PAE doit mettre à la disposition du public sollicité un


document d’information qui réponde aux exigences de l’article 86 de
l’AUDSCGIE. Ce document doit d’information doit permettre au public sollicité
de souscrire en connaissance de cause. Pour ce faire, le document doit contenir
les informations suivantes :
- La situation financière et du patrimoine de la société ;
- Résultats et les perspectives d’évolution de la société ;
- Les garanties éventuelles pour les titres offerts au public ;
- Les droits attachés aux valeurs mobilières proposées ;

Ces informations doivent être présentées dans une forme simple et


compréhensible. Elles doivent être validées par l’autorité compétente dans l’Etat
dont le public est sollicité. Autrement dit, le document d’information doit être
validé par la COSUMAF qui est l’autorité régulatrice du marché financier de
l’Afrique centrale.

B : La publication de la notice

Lorsque la SA se forme par appel public à l’épargne, l’article 825 fait


obligation aux fondateurs de publier, avant le début de la souscription, d’une
notice dans un JAL de l’Etat partie du siège social ou des Etats parties dont
l’épargne est sollicitée.

Les énonciations de la notice sont prévues par l’article 826. Parmi celles-
ci, on retrouve notamment la tenue de l’assemblée générale constitutive. C’est
dire que la SA qui se constitue par appel public à l’épargne doit obligatoirement
tenir une AGC.

En plus de la notice, les fondateurs doivent établir des circulaires


reprenant les énonciations de la notice.

Ces circulaires, qui complètent la notice, doivent, en outre :

- Porter la mention de l’insertion de la notice dans un JAL, n° de publication


de la notice dans un JAL ;

- Contenir les projets des fondateurs quant à l’emploi des fonds ;

- Faire l’objet d’affichages et d’annonces dans les journaux contenant quelques


indications de la notice et le numéro du JAL où elle a été publiée.

On aurait pu s’attendre à ce que l’Acte uniforme, s’agissant de la


constitution d’une SA par appel public à l’épargne, renvoie aux textes relatifs au
marché boursier, notamment à la règle qui oblige les fondateurs de la société à
élaborer et soumettre un projet de documentation au visa de l’autorité régulatrice
du marché boursier (Conseil de surveillance). Ce document sert à l’information
du public relativement à l’organisation, à la situation financière, à l’activité et
aux perspectives de la société ainsi que sur les droits attachés aux titres offerts.
Il semble donc que la publication de la notice suffise à l’information du
public et que le contrôle de l’autorité régulatrice ou du ministre des finances,
selon les cas, soit exclu.

Dès lors que le public est informé selon les formes prescrites et les actions
souscrites, une assemblée générale constitutive peut se tenir qui obéit aux
mêmes règles que celle qui est convoquée en cas de constitution par apports en
nature et/ou avantages particuliers.

§ 2 : La tenue de l’assemblée générale constitutive

Convocation et délibérations de l’AGC

I : La convocation de l’AGC

Quand la société se forme par appel public à l’épargne ou avec des apports en
nature ou des avantages particuliers, la tenue d’une AGC est obligatoire, ce qui
n’est pas le cas quand elle se constitue uniquement avec des apports en
numéraire.

L’obligation de tenir une AGC s’explique difficilement car, même lorsqu’il y


a des apports en nature ou des avantages particuliers, la société se forme au
moment de la signature des statuts. Peut-être aurait-il simplement fallu annexer
aux statuts le rapport écrit du commissaire aux comptes. Par ailleurs, on se
demande si l’AGC doit se tenir avant ou après la signature des statuts. Dans tous
les cas l’AGC ne peut être convoquée qu’après la rédaction de la DNSV.

La lettre de convocation à l’AGC doit parvenir aux actionnaires 15 jours au


moins avant la tenue de cette assemblée. Si l’on note que le rapport du
commissaire aux comptes doit être déposé 3 jours au moins avant l’AGC, on
constate qu’il lui reste 12 jours pour évaluer les apports.

La lettre de convocation doit contenir l’indication de l’ordre du jour, le lieu,


la date et l’heure de l’assemblée.

II : Les délibérations de l’AGC

Sur première convocation, le quorum est atteint à la moitié des actions et au


quart sur seconde convocation. Si ce second quorum n’est pas atteint, l’AGC se
tient dans les deux mois qui suivent la seconde convocation et les futurs
actionnaires sont convoqués 6 jours au moins avant la date de l’assemblée.

S’agissant du vote de chaque résolution, ce quorum est calculé déduction


faite des actions des apporteurs en nature ou des bénéficiaires des avantages
particuliers.

Le vote en AG est acquis à la majorité des 2/3 des voix des souscripteurs
présents ou représentés, déduction faite, pour le vote de chaque résolution
relative à l’approbation des apports ou des avantages particuliers des droits de
vote attachés aux actions détenues par l’apporteur ou le bénéficiaire de
l’avantage.

Section 2 : Le marché financier CEMAC

Le droit des marchés financiers ou droit de la bourse regroupe l’ensemble des


règles applicables aux institutions et aux intermédiaires intervenant sur le
marché financier. Ces règles sont diverses car elles régissent trois types de
rapports :

- Les rapports entre les membres du marché financier et l’autorité de


tutelle ;

- les rapports que les membres du marché entretiennent entre eux ;

- Les rapports que les membres du marché entretiennent avec les clients.

Dans le cadre du marché financier de la CEMAC, les institutions


intervenant sur le marché sont énumérées par le règlement du 12 novembre 2003
portant organisation, fonctionnement et surveillance du marché financier de
l’Afrique centrale. Outre l’autorité de régulation qu’est la COSUMAF, ce
règlement prévoit l’existence de la BVMAC, de la CRDV ainsi que des
intermédiaires financiers. Il en résulte que le droit des marchés financiers dans la
zone CEMAC est celui qui est applicable à la COSUMAF, à la BVMAC, à la
CRDV ainsi qu’aux sociétés de bourse et autres intermédiaires sur le marché
financier

La définition des règles encadrant le marché financier ne suffit pas à


rendre compte des activités qui y sont menées. A cette définition, il faut y
adjoindre la définition du marché financier.

L’article 1er du règlement de 2003 reprend la définition traditionnelle qui


consiste à considérer que le marché financier est le lieu où s’échangent des
valeurs mobilières. En effet, en application de ce texte, le marché financier
régional de la CEMAC « s’entend de tous produits de placement et services
financiers non bancaires offerts au public ou mis à la disposition des opérateurs
économiques et faisant appel public à l’épargne sur le territoire des Etats
membres de la CEMAC ».

L’article 1er ajoute que le marché financier de la CEMAC s’entend aussi


« de toutes transactions effectuées sur ou eu égard à ces produits et services,
ainsi que de toutes personnes publiques ou privées chargées d’animer ou de
réguler ou de veiller à la bonne exécution desdites transactions ».

La définition de l’article 1er permet d’appréhender le marché financier


comme une structure organisée au sein de laquelle se négocient ou s’échangent
des valeurs mobilières. Mais cette appréhension serait incomplète si l’on n’y
ajoutait, parmi les actifs financiers, les contrats qui peuvent se négocier et
s’échanger sur le marché financier. On pense notamment aux contrats à terme,
aux contrats d’option ou aux contrats d’échange (swaps).

En définitive, on retrouve dans la définition du marché financier CEMAC


les deux composantes traditionnelles d’un marché financier, à savoir à la fois la
négociation et l’échange des valeurs mobilières ou des contrats par les personnes
habilitées à faire fonctionner le marché sous le contrôle d’une autorité
régulatrice.

Cette définition permet d’analyser le marché financier comme le


cadre de rencontre des entreprises à la recherche des capitaux et des
investisseurs désireux d’obtenir des placements rentables. Les échanges
entre ces différents acteurs obéissent à la loi de l’offre et de la demande
dans le respect des règles encadrant le marché financier.

Source du droit des marchés financiers

Pour l’essentiel, ces règles ont une nature communautaire. Le droit du


marché financier de l’Afrique centrale est issu de deux règlements adopté par la
CEMAC :

- Le règlement du 12 novembre 2003 portant organisation, fonctionnement


et surveillance du marché financier ;

- Le règlement général sur le marché financier de l’Afrique centrale ;

- Le règlement sur l’emprunt obligataire


Ces trois textes sont complétés par des instructions de la COSUMAF. Il
existe actuellement trois instructions relatives :

- A l’agrément de la BVMAC, adopté le 20 décembre 2005 ;


- A l’agrément des sociétés de bourse intervenant sur le marché financier de
l’Afrique centrale, délivré le 20 décembre 2005 ;

- Au document d’information exigé dans le cadre d’un appel public à


l’épargne, adoptée le 3 mars 2006.

A ces textes communautaires CEMAC, il faut ajouter les dispositions


pertinentes de l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et au
GIE. Sont particulièrement concernées les dispositions de l’Acte uniforme
relatives à l’appel public à l’épargne et à l’information des épargnants dans le
cadre d’un appel public à l’épargne.

- Historique des marchés financiers

Historiquement, les marchés financiers modernes seraient nés en Hollande


entre le 17ème et le 18ème siècle, la place d’Amsterdam servant de lieu d’échange
des marchandises, des lettres de change et de la monnaie. D’ailleurs le terme
bourse est tiré du nom du commerçant hollandais « Van Der Boerse » dont
l’auberge avait servi de cadre pour l’échange des produits au 16e siècle.

Par la suite, ces transactions ont été rendues possibles grâce à une
interaction entre des compagnies privées et le secteur bancaire. La Banque
d’Amsterdam apportait sa garantie, notamment pour permettre la réalisation
d’opérations de conservation et de règlement des primes sur les contrats
d’option. Ces échanges vont progressivement se diversifier et concerner des
produits aussi divers que les tulipe, le riz ou, plus tard, les actions et obligations
des sociétés commerciales.

Ce concept de marché financier a ensuite émergé dans toute l’Europe,


particulièrement en Angleterre où se sont échangées vers la fin du 17 e siècle les
actions de la Compagnie des Indes et de la Banque d’Angleterre. D’une manière
générale, la bourse et, plus généralement le marché financier a permis aux
sociétés anonymes de collecter les capitaux ayant en partie servi à
l’industrialisation des pays de l’Europe occidentale. Aujourd’hui, les marchés
financiers de ces pays sont les lieux privilégiés où s’investit l’épargne qui assure
les besoins de financement des entreprises.

Malgré des besoins évidents de financement qui ne pouvaient être


satisfaits par les mécanismes traditionnels, les marchés financiers n’ont que
tardivement émergé en Afrique. En effet, il faut attendre la fin des années 80
pour y voir apparaitre des marchés financiers en Afrique anglophone.

Les marchés financiers réglementés sont plus récents dans les pays
d’Afrique francophone, qu’il s’agisse de l’Afrique de l’ouest qui a donné
naissance à la BRVM en 1997 ou de l’Afrique centrale dont le marché financier
est encore plus récent puisque le démarrage officiel de la bourse de Libreville
date de décembre 2007 avec l’emprunt obligataire émis par l’Etat gabonais.

- Intérêt de l’étude des marchés financiers

L’émergence des places boursières en Afrique s’explique par le décollage


économique et par la prise en compte de l’importance des marchés financiers
dans le processus de mobilisation des fonds nécessaires au développement des
Etats, des entreprises ainsi que pour la rentabilité des investisseurs.

Pour les Etats, les Entreprises et les particuliers, le marché financier


présente une importance considérable. Il en est particulièrement ainsi en Afrique
francophone où les difficultés de collecte de l’épargne et la faiblesse de
l’intermédiation financière rendent attractives les marchés financiers dans le
processus de développement de l’économie.

Avec les marchés financiers, les Etats peuvent lever des fonds nécessaires
au financement du développement. L’emprunt obligataire de 100 milliards de F
CFA lancé par l’Etat gabonais à la BVMAC en décembre 2007 en est
l’illustration la plus parfaite.

Le marché financier est aussi important pour les entreprises,


particulièrement pour les sociétés anonymes qui peuvent levers en bourse les
capitaux nécessaires au financement de leurs activités. Avec le marché financier,
l’entreprise dispose d’une alternative pour ses besoins de financement, les
valeurs mobilières permettant, sur les places financières les plus dynamiques la
circulation de sommes de plus en plus astronomiques.

En outre, du point de vue de la gestion des entreprises, le recours au


marché financier permet d’instaurer un contrôle de l’action des dirigeants
sociaux car les sociétés qui sont cotées en bourses ou qui lèvent des capitaux sur
le marché financier sont soumises à des exigences de transparence financières.
En effet, les performances des dirigeants influent sur la valeur boursière de leur
entreprise, ce qui est un signe de la bonne ou mauvaise santé de l’entreprise.
Dans le même ordre d’idées, la création d’un marché financier relance et
renforce le débat éthique.

Le marché financier présente aussi un grand intérêt pour les épargnants


qui recherchent la rentabilité immédiate ou à court terme de leurs placements.
On sait à cet égard que la fortune mobilière qui se matérialise par la détention
des valeurs mobilières a supplanté la fortune immobilière, si l’on tient compte
des sommes considérables qui s’échangent quotidiennement sur les places
boursières.

Actualité du marché financier et annonce du plan

L’importance des valeurs mobilières met en exergue l’actualité du marché


financier, notamment en ce qui concerne la nécessité pour l’autorité régulatrice
et les Etats d’assurer un contrôle le plus efficace possible des activités qui y sont
menées. Il en va non seulement de la crédibilité mais aussi de la stabilité du
système financier, comme certaines dérives observées sur le marché financier
international ont pu le démonter.

Cette actualité rend nécessaire la vulgarisation des règles gouvernant le


marché financier dans l’espace CEMAC.

A cet égard, les articles 2 et suivants du règlement du 12 novembre 2003


instituent une autorité de contrôle du marché financier de la CEMAC. Ce rôle de
régulation est dévolu à la Commission de Surveillance du Marché Financier de
l’Afrique Centrale (COSUMAF). En tant qu’autorité régulatrice (§1), la
COSUMAF contrôle les opérations accomplies par les institutions chargées de
faire fonctionner le marché financier de l’Afrique centrale (§2) ainsi que les
personnes habilités à intervenir sur ce marché (§3).

§1 : L’autorité régulatrice du marché financier

La COSUMAF a été créée par l’Acte additionnel du 8 décembre 2001


pour assurer la tutelle, la régulation et le contrôle du marché financier de
l’Afrique centrale. A ce titre, la COSUMAF exerce sa tutelle et son contrôle sur
les intervenants ainsi sur opérations accomplies sur le marché financier.
La COSUMAF est un organe communautaire indépendant des Etats et
jouissant de la personnalité juridique. Sa mission principale est de veiller à
l’application de la législation communautaire encadrant le marché financier de
l’Afrique centrale. Cette législation est essentiellement constituée les textes
suivants :
- Le règlement général sur le marché financier de l’Afrique centrale ;
- le règlement portant organisation, fonctionnement et surveillance du
marché financier de l’Afrique centrale adopté le 12 novembre 2003.

Outre ces textes, la COSUMAF veille aussi au respect des dispositions de


l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales. Il s’agit précisément
des dispositions relatives à l’appel public à l’épargne mais aussi de celles
encadrant la société anonyme. L’article 8 du règlement du 12 novembre 2003
vise aussi expressément les dispositions internes qui ne sont pas incompatibles
avec la législation communautaire.
Les textes communautaires organisant le marché financier de l’Afrique
centrale fixent l’organisation (I) et les attributions (II) de la COSUMAF.

I : L’organisation de la COSUMAF

L’organisation de la COSUMAF a trait à toutes les règles de composition


et fonctionnement de l’organe communautaire. Ces règles découlent des articles
12 à 24 du règlement du 12 novembre 2003.

S’agissant de sa composition, la COSUMAF comprend 9 membres


titulaires désignés comme il suit :

- Six membres représentant les Etats membres de la CEMAC sur


proposition de chaque Etat ;

- Un membre représentant la BEAC, sur proposition du gouverneur de cette


institution ;
- Un membre représentant la Commission de la CEMAC, sur proposition
du Président de la Commission ;

- Un membre représentant la COBAC, sur proposition du Directeur général


de la COBAC.

Les membres titulaires sont assistés de 9 membres suppléants désignés


dans les mêmes conditions.

Qu’ils soient titulaires ou suppléants, les membres de la COSUMAF sont


désignés pour un mandat de 3 ans, renouvelable une fois.
Les membres de la Commission sont révocables par le Conseil des
Ministres de l’UMAC pour faute grave ou incapacité. Cette décision est prise à
la majorité des cinq-sixièmes des membres.

A la tête de la COSUMAF se trouve un Président qui est nommé sur


proposition du Comité Ministériel de l’UMAC. Le président est présenté à la
nomination par le Congo. Il est désigné pour un mandat de 5 ans, renouvelable.
Il peut être révoqué pour faute grave ou incapacité par l’organe qui l’a nommé.
Pour l’accomplissement de sa mission, le Président dispose des pouvoirs
les plus étendus.
A cette fin, il est assisté dans ses fonctions par un Secrétaire général.
Celui-ci est nommé par le Comité Ministériel après avis du Président, sur
présentation de la Centrafrique. Le Secrétaire général est nommé pour un
mandat de 5 ans, renouvelable. Sa révocation est décidée dans les mêmes
conditions que celles des membres de la Commission.
Quant à son fonctionnement, il est réglementé par les articles 19 et
suivants du règlement du 12 novembre 2003.
En vertu de l’article 20, la COSUMAF se réunit sur convocation de son
Président qui détermine l’ordre du jour, la date et le lieu de la réunion. La
COSUMAF peut aussi se réunir à la demande de 4 au moins de ses membres.
Dans tous les cas, les règles de procédure applicables à la COSUMAF
sont déterminées par un règlement intérieur qu’elle adopte.
Pour chaque réunion, le quorum est fixé à 5 membres au moins, les
décisions étant prises à la majorité des voix des membres présents ou
représentés. La voix du Président est prépondérante en cas d’égalité de voix.

II : Les attributions de la COSUMAF


Les attributions de la COSUMAF sont fixées par les articles 10 à 13 du
règlement du 12 novembre 2003. Elles sont intimement liées à la mission de
contrôle qu’elle exerce sur le marché financier communautaire.
En premier lieu, la COSUMAF est compétente pour délivrer un agrément
ou une licence aux institutions et aux personnes désireuses d’intervenir sur le
marché financier communautaire. C’est à ce titre que la COSUMAF a adopté, le
20 décembre 2005, deux instructions relatives respectivement à l’agrément de la
BVMAC et des sociétés de bourses intervenant sur le marché financier de
l’Afrique centrale. En tant qu’organe de régulation du marché financier, la
COSUMAF contrôle la régularité du fonctionnement et des actes de la BVMAC
et de la CRDV. Aucune institution ni intermédiaire ne peut intervenir sur le
marché financier communautaire sans une autorisation préalable de la
COSUMAF qui vérifie, à cette occasion, que le demandeur réunit les conditions
d’intervention sur le marché.
En second lieu, en vertu de la tutelle et du contrôle qu’elle exerce sur les
institutions du marché, la COSUMAF approuve préalablement, c’est-à-dire
avant leur adoption, les textes organiques de la BVMAC et de la CRDV. Le
pouvoir de contrôle de la COSUMAF s’exerce aussi en cas de modification de
l’une ou l’autre des dispositions de ces textes.
De la même manière, parce qu’elle contrôle la régularité des opérations
accomplies sur le marché financier, la COSUMAF a adopté, le 3 mars 2006, une
instruction relative aux informations qui doivent être fournies aux épargnants
dans le cadre d’un appel public à l’épargne. Cette instruction reprend l’essentiel
des dispositions des articles 86 et suivants de l’Acte uniforme relatif au droit des
sociétés commerciales et au GIE. Aucun appel public à l’épargne ne peut être
émis sur le marché financier communautaire sans le visa de la COSUMAF. Ce
visa est délivré conformément aux dispositions de l’article 12 du règlement du
12 novembre 2003. Ainsi, la COSUMAF s’assure que la société ou l’organisme
faisant appel public à l’épargne publie un document d’information répondant
aux exigences des articles 86 et suivants de l’Acte uniforme relatif au droit des
sociétés commerciales
En troisième lieu, la COSUMAF dispose aussi d’un pouvoir de police.
Dans ce cadre, la Commission peut ordonner ou instruire des enquêtes sur les
opérations portant sur des valeurs inscrites à la cote de la BVMAC dès lors
qu’elle estime qu’il y un risque d’atteinte au fonctionnement régulier du marché
financier communautaire.
A ce titre, la COSUMAF se fait communiquer tout document qu’elle
exige utile à l’accomplissement de sa mission. De même, elle a un droit d’accès
aux locaux professionnels, sans que, dans l’un et l’autre cas, le secret
professionnel puisse lui être opposé.
En vertu de son pouvoir de police, la COSUMAF peut sanctionner sur le
plan disciplinaire tous ceux qui auront porté atteinte au bon fonctionnement du
marché. Cette sanction qui peut consister en un retrait d’agrément ou de licence
ne fait pas obstacle aux poursuites pénales éventuellement engagées contre les
auteurs de pratiques illicites ou frauduleuses sur le marché financier
communautaire.
Enfin, pour accomplir efficacement les missions qui sont mises à sa
charge, la COSUMAF peut conclure des accords de coopération avec d’autres
autorités de surveillance d’autres bourses des valeurs.

§2 : Les Institutions du marché financier

Le marché financier de la CEMAC est organisé autour de trois (3) acteurs


qui exercent des fonctions différentes. Le premier acteur assume une fonction
d’animation qui en fait la composante boursière du marché financier (I). Le
second acteur joue le rôle de dépositaire central des titres qui sont échangés en
même temps qu’il assure la fonction de compensation (II). Selon l’article 92 du
règlement général du marché financier, ces deux premiers acteurs sont les
organismes de marché. Quant au troisième acteur, il veille au règlement des
transactions effectuées sur le marché financier (III).

L’existence de ces trois (3) acteurs est prévue par l’article 3 du règlement
du 12 novembre 2003 selon lequel le marché financier de la CEMAC est animé
par :

- La Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) ;

- La Caisse Régionale Centrale des Dépôts (CRDV) ;

- La Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC).

I : La Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique centrale

La BVMAC est l’entreprise gestionnaire du marché financier de l’Afrique


centrale. Cette mission lui est confiée à titre exclusif, sous réserve d’obtenir un
agrément de la COSUMAF. Cet agrément a été délivré par une instruction de la
COSUMAF du 20 décembre 2005 qui reprend les dispositions du règlement du
12 novembre 2003 ainsi que du règlement général. Ces dispositions déterminent
la forme juridique (A), les attributions (B) et les obligations (C) de la BVMAC.

A : La forme juridique de la BVMAC

La BVMAC est une société commerciale ayant la forme d’une société


anonyme. A ce titre, elle est régie par les dispositions de l’Acte uniforme relatif
au droit des sociétés commerciales et au GIE.
La spécificité de la mission confiée à la BVMAC conduit le législateur
communautaire à encadrer strictement la structure de la société ainsi que la
répartition ou les variations de son capital.

S’agissant de sa structure, la BVMAC compte des actionnaires exerçant


des activités diverses qui présentent une même particularité : tous les
actionnaires ont la forme d’une société commerciale ayant la forme d’une SA ou
d’une SARL. C’est ce que prévoient les articles 29 et 33 du règlement du 12
novembre 2003. En vertu de ces textes, l’actionnariat de la BVMAC est
constitué des sociétés de bourse, des établissements de crédit, des sociétés
d’assurance de l’un des Etats membres de la CEMAC. L’actionnariat de la
BVMAC comprend aussi des institutions ou des organismes relevant de la
compétence de l’un ou l’autre des Etats membres.

En pratique, on retrouve dans l’actionnariat actuel de la BVMAC des


sociétés du secteur bancaire, des assurances ainsi que les 6 Etats membres du
marché financier régional.

Le capital social de la BVMAC est réparti entre les actionnaires dans


proportions fixées par les statuts, étant entendu que toute modification est
préalablement soumise à la COSUMAF qui vérifier la conformité de la
modification avec les règles communautaires.

Qu’il s’agisse de sociétés commerciales ou des institutions représentant


les Etats membres, tout actionnaire de la BVMAC doit recevoir un agrément
délivré par la COSUMAF dans les conditions fixées par l’article 34 du
règlement du 12 novembre 2003.

Selon ce texte, la COSUMAF ne peut délivrer un agrément que si :

- Le capital social est au moins égal au minimum déterminé par l’Acte


uniforme. La BVMAC ayant la forme d’une SA, son capital social est au
moins égal à 10 millions de F CFA ;

- Les dirigeants et administrateurs de la société n’ont fait l’objet d’aucune


condamnation pécuniaire, civile ou pénale et que les sociétés qu’ils gèrent
ou ont géré n’ont pas fait l’objet d’une procédure collective ;

- La société s’interdit d’acquérir ou de vendre, pour son compte ou pour le


compte de tiers, des valeurs mobilières ou de gérer un portefeuille de
valeurs mobilières.
En outre, l’entreprise gestionnaire du marché doit s’engager à respecter
les dispositions encadrant le marché financier régional ainsi que les prescriptions
de la COSUMAF.

L’organisation de la société est régie par les dispositions de l’Acte


uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et au GIE. De ce point de
vue, la société peut avoir une direction bicéphale car, en application de l’Acte
uniforme, elle peut être dirigée par une Directeur Général et administrée par un
Conseil d’administration. C’est d’ailleurs le modèle d’organisation retenue par
la BVMAC qui distingue, d’une part, une Direction générale et, d’autre part, un
Conseil d’administration ayant à sa tête un PCA.

B : Les attributions de la BVMAC

La BVMAC a pour principale mission d’assurer l’animation et la gestion


courante de la Bourse régionale, sous le contrôle de la COSUMAF. Pour
accomplir cette mission, la BVMAC :

- Contrôle et guide les intermédiaires de marché que sont les sociétés de


bourse ou les agents de change ;

- Publie les négociations et diffuse l’information boursière ;

- Enregistre les négociations entre les intermédiaires financiers ainsi que la


transmission à la CRDV des données relatives à ces négociations ;

- Offre aux émetteurs des titres les services nécessaires à la cotation de


leurs titres ;

- Assure la surveillance et le contrôle quotidien du marché boursier ;

- Communique à la COSUMAF toute information pouvant affecter le bon


fonctionnement du marché boursier, la régularité des transactions, la
crédibilité des intervenants sur le marché, des administrateurs ou des
actionnaires de la BVMAC

C : Les obligations de la BVMAC (articles 95 et s)

En tant que gestionnaire du marché financier régional, la BVMAC est


soumise à certaines obligations qui tendent à assurer le bon fonctionnement et la
stabilité du marché financier. Ces obligations sont énumérées par les
dispositions du règlement général du marché financier. La BVMAC doit assurer
ces obligations avec équité, diligence, impartialité et loyauté. Elle veille à la
prévention des conflits d’intérêts et à l’intégrité du marché. La BVMAC doit
aussi assurer une stricte égalité d’accès de tous les acteurs du marché à
l’information qu’elle publie. Cette obligation doit être mise en œuvre dans tous
les pays de la CEMAC.

C’est dans ce cadre général que l’article 95 du règlement général met à la


charge de la BVMAC l’obligation de :
- veiller à l’égalité de traitement et d’information des intervenants des six
(6) pays de la CEMAC ;

- assurer un bon fonctionnement du marché ;

- assurer la transparence des opérations ;

- veiller à la sécurité des opérations ;

- prévenir les pratiques illicites ;

- assurer une surveillance permanente des opérations ;

- assurer la garantie de bonne fin des transactions négociées devant elle ;

- veiller à la protection des investisseurs.

En outre, la BVMAC dispose d’un pouvoir de sanction à l’encontre des


intermédiaires financiers, des dirigeants et du personnel qu’ils emploient dès
lors qu’elle constate un manquement aux obligations découlant des textes
réglementant le marché financier.
Enfin, en application de l’article 106 du règlement général, la BVMAC
doit veiller à ce que les intermédiaires du marché respectent toutes les règles
encadrant le marché financier, y compris en matière de contrôle de leurs
activités.

II : La Caisse Régionale de dépôt des valeurs (CRDV)

Dans le cadre du marché financier de la CEMAC, la CRDV joue le rôle de


Dépositaire central et de Chambre de compensation. A l’instar de la BVMAC, la
CRDV jouit d’un monopole exclusif dans l’accomplissement de cette mission,
sous réserve d’obtenir un agrément de la COSUMAF. Toutefois, à la différence
de la BVMAC, la CRDV n’a pas encore obtenu cet agrément. En attendant sa
constitution et l’obtention de l’agrément de la COSUMAF, les missions de la
CRDV sont actuellement exercées par un département autonome de la BVMAC.
Les articles 50 et 51 du règlement du 12 novembre 2003 qui prévoient ce cas de
figure précisent que les fonctions de direction et d’administration de la CRDV
seront alors exercées par les organes correspondant de la BVMAC.

Lorsque la CRDV sera créée, elle devra respecter les dispositions


communautaires qui déterminent sa forme juridique (A), ses attributions (B) et
les obligations (C) qu’elle assume.
A : La forme juridique de la CRDV

Comme la BVMAC, la CRDV a la forme d’une SA, ce qui renvoie à


l’application des dispositions pertinentes de l’Acte uniforme relatif au droit des
sociétés commerciales et au GIE.

L’application de l’Acte uniforme influe sur l’organisation de la société qui


sera un SA avec Directeur Général et PCA. Au regard de la particularité de la
mission qui lui est confiée, l’article 48 du règlement du 12 novembre 2003
impose que le CA soit constitué :

- d’un représentant des émetteurs et d’un administrateur représentant les


investisseurs. Ces administrateurs sont respectivement désignés par les
émetteurs de titres et les investisseurs ;

- un administrateur représentant la BEAC, désigné par le Gouverneur de la


Banque.

Quant à l’actionnariat, il peut comprendre des SA et des SARL qui :

- justifient d’un capital social et des fonds propres conforme à la législation


en vigueur ;

- s’engagent à respecter les prescriptions de la COSUMAF ;

En outre, les dirigeants et administrateurs de la société ne doivent avoir


fait l’objet d’aucune condamnation pécuniaire, civile ou pénale et les sociétés
qu’ils gèrent ou ont géré ne doivent avoir fait l’objet d’une procédure collective.
B : Les attributions de la CRDV

Quant aux attributions de la CRDV, elles sont déterminées par l’article 46


du règlement du 12 novembre 2003 et reprises par l’article 122 du règlement
général. Selon ces textes, la CRDV :
- conserve les valeurs mobilières et autres produits de placement émis dans
le cadre d’un appel public à l’épargne ;

- assure le rôle de teneur de compte des valeurs mobilières inscrites en


compte dans ses registres par suite des dépôts effectués par un de ses
adhérents pour son propre compte ou pour le compte de ses clients ;

- joue le rôle de tiers-gagiste des valeurs mobilières faisant l’objet d’un


nantissement ;

- assure le rôle d’agent de règlement/livraison des valeurs mobilières


admises à la cote de la bourse régionale, en charge également de la
compensation entre les valeurs achetées et les valeurs vendues ;

- organise la dématérialisation des valeurs admises à ses opérations ;

- joue le rôle d’agent de codification des valeurs admises à ses opérations.

Outre ces obligations, la CRDV assure l’enregistrement des transactions


qu’elle compense et veille à ce que ses adhérents respectent les engagements qui
sont mis à leur charge.
Enfin, en application de l’article 124 du règlement général, la CRDV met
en place un système de règlement et de livraison des titres qui assure le respect
des instructions de ses adhérents. Ce système doit être mis en place en
coordination avec la BEAC qui joue le rôle de banque de règlement

C : Les obligations de la CRDV

En tant que dépositaire central/chambre de compensation, la CRDV est


soumise à certaines obligations qui tendent à assurer le bon dénouement des
opérations accomplies sur le marché financier régional. Ainsi, à l’instar de la
BVMAC, la CRDV doit assurer les obligations mises à sa charge avec équité,
diligence, impartialité et loyauté. Elle veille à la prévention des conflits
d’intérêts et à l’intégrité du marché. La CRDV doit aussi assurer une stricte
égalité d’accès de tous les acteurs du marché à l’information qu’elle publie.
Cette obligation doit être mise en œuvre dans tous les pays de la CEMAC.

C’est dans ce cadre que les articles 118 et 119 du règlement général
mettent à la charge de la CRDV l’obligation de :

- veiller à l’égalité de traitement et d’information des intervenants des six


(6) pays de la CEMAC ; 

- contribuer au bon fonctionnement du marché ;

- permettre aux adhérents l’accès à un système fiable;

- assurer la transparence des opérations ;

- veiller à la sécurité des transactions ;

- prévenir les pratiques illicites des acteurs du marché ;

- assurer une surveillance permanente des opérations de marché ;


- veiller à la protection des investisseurs.

Ces obligations sont exécutées sous le contrôle de la COSUMAF qui


vérifie que la CRDV dispose de moyens adaptés à la gestion du marché
financier régional.

III : La Banque de règlement (BEAC)

La Banque de règlement a pour principale fonction d’assurer le


dénouement en numéraire de toutes les transactions conclues sur le marché
financier de l’Afrique centrale. Par dénouement, il faut entendre l’obligation
faite à la Banque de payer en espèces les intervenants qui ont acquis ou céder
des titres sur le marché financier.

En pratique, les sociétés de bourse, les établissements de crédit ou les


autres intermédiaires du marché financier de l’Afrique centrale sont tenus
d’ouvrir des comptes espèces dans les livres de la banque de règlement. C’est
sur ces comptes que sont virés les espèces correspondant aux achats et ventes de
titres.
Le dénouement des transactions sur le marché régional de l’Afrique
centrale peut aussi se faire en nature, c’est-à-dire par des titres. Dans ce cas, le
compte titre est ouvert auprès de la CRDV dont les missions sont actuellement
assumées par la BVMAC. En pratique, le dénouement de l’opération est réalisé
lorsque le compte espèces du vendeur et le compte titre de l’acheteur sont
respectivement crédités des espèces et des titres correspondant.

Que le dénouement des opérations se fasse en espèces ou en titres, le


titulaire du compte délivre une autorisation au teneur de compte visant à le
mouvementer en fonction des opérations accomplies.

Dans tous les cas, en coordination avec le dépositaire central, la Banque


de règlement assure la bonne fin des opérations.

§3 : Les intermédiaires du marché financier

Les intermédiaires du marché sont des professionnels, personnes


physiques ou morales, qui ont le monopole de la fourniture des services
d’investissement portant sur les valeurs mobilières ou tout autre produit de
placement. Ces intermédiaires constituent le lien entre les clients et le marché
financier. L’intervention des intermédiaires est strictement réglementée, le
législateur communautaire voulant s’assurer de leur solvabilité, de leur
compétence. En outre, le fonctionnement régulier du marché impose la prise en
compte d’une certaine sécurité des investissements réalisés par les tiers. Cette
exigence de sécurité explique le strict encadrement de la profession
d’intermédiaire financier (I) ainsi que des opérations qu’ils accomplissent sur le
marché financier (II).

I : La typologie des intermédiaires financiers

La réglementation CEMAC prévoit l’existence de plusieurs catégories


d’intermédiaires financiers correspondant en réalité à la segmentation des
métiers sur le marché financier. A côté des sociétés de bourses et des OPCVM
(A), il existe d’autres catégories d’intermédiaires financiers (B).

A : Les principaux intermédiaires financiers

Ce sont les sociétés de bourse et les OPCVM

1 : Les sociétés de bourse


La société de bourse est régie par les articles 38 et suivants du règlement
du 12 novembre 2003, par les dispositions du règlement général ainsi que celles
de l’instruction du 20 décembre 2005 relative à l’agrément des sociétés de
bourse intervenant sur le marché financier de l’Afrique centrale.

Ces différents textes fixent à la fois les conditions de forme et de fond que
doivent remplir les sociétés les sociétés de bourse.

Les conditions de forme

La société de bourse doit nécessairement avoir la forme d’une SA (article 162


du Règlement général). En tant que SA, la société de bourse obéit aux règles de
formation de toutes les sociétés commerciales telles qu’elles découlent de l’Acte
uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et au GIE ;

Sur le plan formel, les statuts d’une société de bourse doivent donc avoir la
forme d’un acte notarié (statuts rédigés par un professionnel du droit et
enregistré aux rangs des minutes d’un notaire ou statuts directement rédigés par
le notaire)

Les conditions de fond

La société de bourse ayant la forme d’une SA, certaines conditions de fond


relèvent de l’Acte uniforme relatif aux sociétés commerciales et au GIE,
d’autres de la réglementation du marché financier en Afrique centrale.

Conditions de fond tirées de l’AUDSCGIE

La société peut compter un seul actionnaire puisque l’OHADA admet


l’existence de la SA unipersonnelle. Dans ce cas, la société n’a pas de Conseil
d’administration (CA). Elle est dirigée par un Administrateur Général ;

Les autres conditions de constitution de la société de bourse doivent être


recherchées dans les règlements et instructions relatifs au marché financier de
l’Afrique centrale.

Conditions de fond tirées de la réglementation du marché financier

Article 38 du règlement n° 06/03-CEMAC-UMAC du 12 novembre 2003


portant organisation, fonctionnement et surveillance du marché financier de
l’Afrique centrale :
La société de bourse doit être en possession d’une licence en cours de validité.
Cette licence est délivrée par la COSUMAF ;

Le dossier de demande présenté à la COSUMAF comprend les pièces


répertoriées à l’article 15 de l’instruction n° 2005-03 du 2O décembre 2005
relative à l’agrément des sociétés de bourse intervenant sur le marché financier
de l’Afrique centrale ;

La société de bourse doit avoir un capital social minimum de 150 millions de


Francs CFA ainsi que des fonds propres d’un même montant (article 164 du
règlement général). Le capital social doit être intégralement libéré lors de la
souscription ou de l’augmentation de capital (article 168 du règlement
général) ;

La société de bourse doit employer à temps plein au moins deux agents de


change, dont un négociateur (article 13 du règlement général) ;

La société de bourse doit souscrire une participation d’au moins 40 millions de F


CFA dans le capital de la BVMAC et de 20 millions au moins dans le capital
social de la CRDV.

Les activités d’une société de bourse


Lorsqu’elle est régulièrement constituée, la société de bourse exerce des
activités principales et complémentaires.
L’activité principale d’une société de bourse consiste à placer et à négocier des
valeurs mobilières et autres produits financiers pour le compte de ses clients
(article 151 du règlement général).
Les sociétés de bourse procèdent aussi à la compensation des opérations
effectuées sur le marché financier de l’Afrique centrale.*
Pour toutes les activités de placement, de négociation et de compensation, les
sociétés de bourse jouissent d’un monopole, dès lors qu’elles sont agréées par la
COSUMAF.
Aux activités principales, il faut ajouter les activités complémentaires qui
suivent :
- tenue de compte de titres ;

- Réception et transmission des ordres ;

- Gestion de portefeuille ;

- Conseil en investissement financier ;


- Conseil en gestion du patrimoine ;

- Démarchage financier ;

- Toute autre activité liée aux activités principales et/ou complémentaires.

2 : Les organismes de placement collectif en valeurs mobilières


(OPCVM) Voir article 159 du règlement général

Le règlement général de la COSUMAF reconnaît trois principaux


OPCVM, à savoir les Société d’Investissement à Capital Variable (SICAV), les
Fonds Communs de Placement (FCP) et les Fonds communs de créance (FCC).
L’insertion de la SICAV dans la catégorie des OPCVM ne pose pas de
problème particulier car la SICAV a la forme d’une SA, ce qui la dote de la
personnalité morale et l’habilite à émettre des valeurs mobilières. Cette
admission est d’ailleurs conforme à la réglementation OHADA qui réserve aux
seules SA la possibilité d’émettre des valeurs mobilières.

En revanche, les fonds communs de placement sont définis comme une


copropriété de valeurs mobilières dépourvue de la personnalité morale. Les
détenteurs de parts se trouvent donc en situation d’indivision, ce qui diffère
fondamentalement de la société commerciale. La nature juridique des FCP
contraste ainsi avec la possibilité qui leur est offerte d’émettre des valeurs
mobilières. Cette remarque vaut aussi pour les FCC qui sont aussi définis
comme des copropriétés de créances

Les autres intermédiaires financiers

Etablissements de crédit

Il s’agit des personnes morales qui effectuent à titre de profession


habituelle des opérations de banque. Par opération de banque, il faut entendre la
réception des fonds du public, les opérations de crédit ainsi que les opérations de
mise à disposition des fonds à la clientèle ou la gestion des moyens de paiement.

L’activité financière constitue une activité connexe qui permet aux


établissements de crédit de placer, souscrire, acheter, gérer, garder ou vendre des
valeurs mobilières ou tout autre produit financier. En application du règlement
général, les établissements de crédit peuvent fournir ces services
d’investissements portant sur les valeurs mobilières ou autres produits de
placement. Ainsi, les établissements de crédit peuvent :

- Recevoir et transmettre les ordres ;


- Tenir des comptes de titres ;
- Fournir des conseils en investissement financier ;
- gérer des portefeuilles ;
- se livrer au démarchage financier.

En outre, il est permis aux établissements de crédit qui participent à un


syndicat de placement à l’initiative d’une Société de Bourse, d’assurer le
placement de titres émis dans le cadre d’une opération par appel public à
l’épargne.

Les établissements de crédit ne peuvent accomplir ces activités financières


portant sur les valeurs mobilières ou tout autre produit de placement que s’ils
obtiennent un agrément de la COSUMAF. Les modalités de cet agrément et les
obligations mises à la charge des établissements de crédit dans le cadre sont
précisées par une instruction de la COSUMAF.

Il en résulte qu’en tant que prestataire des produits financiers portant sur
les valeurs mobilières, les établissements financiers relèvent de la
réglementation communautaire encadrant le marché financier de l’Afrique
centrale.

Conseil en Investissements Financiers (CIF)


Le CIF est un intermédiaire financier dont la profession habituelle
consiste à aider un épargnant à prendre une décision d’investissement sur une
valeur mobilière ou tout autre produit de placement. Le CIF apporte son aide par
l’analyse financière qu’il réalise à partir des informations mises à la disposition
du public par les sociétés cotées ou faisant appel public à l’épargne. La fonction
du CIF se limite à cette aide, étant entendu que la décision d’investir est
nécessairement prise par l’épargnant ou l’investisseur.
Le CIF est une personne physique ou morale. Le règlement général
prévoit expressément que les établissements de crédit peuvent jouer le rôle de
CIF.
Dans tous les cas, comme les autres intermédiaires financiers, les CIF
doivent être agréés par la COSUMAF. Cet agrément est strictement limité car il
n’intègre pas la collecte et la transmission des ordres aux sociétés de bourses
pour le compte des clients qu’ils conseillent. Ces opérations sont soumises à un
agrément spécifique selon les conditions et les modalités déterminées par une
instruction de la COSUMAF.
Parmi les autres intermédiaires, le règlement général prévoit aussi
l’existence de représentants agréés de sociétés de bourse, de sociétés de gestion
de portefeuille et de démarcheurs.
Les premiers sont des personnes physiques ou morales agissant au nom et
pour le compte d’une ou plusieurs sociétés de bourse en vue de collecter les
ordres d’achat ou vente des titres. Dès lors que les ordres sont collectés, le
Représentant les transmet à la société de bourse qui se charge de les exécuter sur
le marché financier.
Les secondes sont des personnes morales dont l’activité consiste à assurer
une gestion collective ou individualisée de portefeuille de valeurs mobilières ou
tous autres produits de placement. Lorsque la gestion est collective, la société
gère en réalité un OPCVM, c’est-à-dire une SICAV ou un FCP alors que la
gestion individualisée consiste à gérer un ou plusieurs portefeuilles de valeurs
mobilières détenus à titre individuel par un épargnant ou un investisseur.
L’activité de société de gestion de portefeuille peut être exercée par une
société de bourse, sous réserve d’obtenir un agrément de la COSUMAF.
Quant aux démarcheurs, il s’agit de personnes physiques dont la
profession consiste à proposer au public l’achat, la vente ou l’échange de valeurs
mobilières ou la participation à une opération sur les valeurs mobilières.

Comme les autres intermédiaires financiers, les démarcheurs doivent être


agréés par la COSUMAF.

II : Les opérations accomplies sur le marché financier

Ces opérations sont énumérées et définies par les articles 151 et suivants
du règlement général du marché financier de l’Afrique centrale. Selon l’article
151, les intermédiaires agréés pour intervenir sur le marché financier de
l’Afrique centrale accomplissent principalement certaines opérations (A). Mais
ils sont aussi habilités à en accomplir d’autres (B).

A : Les principales opérations sur le marché financier

Les intervenants sur le marché financier accomplissent les principales opérations


que sont le placement (1), la négociation (2) et la gestion (3) des valeurs
mobilières.
1 : Le placement des valeurs mobilières

A travers l’activité de placement, les sociétés de bourse agit pour le


compte d’un tiers, c’est-à-dire d’un émetteur ou d’un cédant de valeurs
mobilières en vue de rechercher des souscripteurs. Ce tiers peut être une société
privatisée. Dans cette optique, le placement des valeurs mobilières consiste à
rechercher des clients.

Mais, le législateur communautaire admet qu’à travers l’activité de


placement, la société de bourse puisse agir en son nom et pour son compte. Dans
ce cas, elle ne recherche pas les clients. Elle souscrit ou acquiert directement des
valeurs mobilières auprès de l’émetteur et du cédant. Ce sont ces titres qu’elle
tentera par la suite de placer auprès de ses clients

Dans les deux cas, la finalité de l’opération demeure le placement des


valeurs mobilières.

2 : La négociation des valeurs mobilières

La société de bourse est habilitée à négocier les valeurs mobilières,


c’est-à-dire à recevoir des ordres d’achat ou de vente des valeurs mobilières et à
rechercher une contrepartie. Dans ce cas, la société de bourse agit en vertu d’un
contrat de représentation et perçoit une commission rémunérant son activité.

Mais la société de bourse peut aussi agir pour son propre compte en
apportant elle-même la contrepartie financière visant à rémunérer l’émetteur ou
le cédant des valeurs mobilières. Elle est alors rémunérée par un écart de cours.

3 : La gestion des valeurs mobilières

La gestion de portefeuille de valeurs mobilières consiste, pour une


société de bourse ou pour tout autre intermédiaire financier à accomplir, pour le
compte d’un client, toutes les opérations sur les valeurs mobilières dont il est
propriétaire.
La gestion d’un portefeuille de valeurs mobilières peut être individualisée
ou collective. Dans ce dernier cas, la société de gestion de portefeuille, qui peut
être une société de bourse, gère un OPCVM, c’est-à-dire une SICAV, un FCP ou
un FCC.

B : Les autres opérations accomplies sur le marché financier

1 : Les opérations de compensation ;

La compensation vise à assurer le règlement et la livraison des espèces et


des titres à l’issue d’une opération effectuée par un intermédiaire financier.
L’intermédiaire doit alors respecter les procédures de dénouement des
opérations telles qu’elles sont déterminées par la Banque de règlement ou le
dépositaire central. Ainsi, en tant qu’entreprise du marché financier, le
compensateur assure la bonne fin des négociations qu’il a entreprises en veillant
à leur dénouement. En d’autres termes, le compensateur veille à ce que chaque
partie à l’opération reçoive la contrepartie qui lui est due, c’est-à-dire les
espèces ou les titres selon les cas. En pratique, le compensateur fournit au teneur
de comptes toutes les informations permettant d’enregistrer, pour le compte de
ses clients, les opérations intervenues.

2 : La tenue de compte, la réception et la transmission des ordres

- Tenue de compte ;

En tant que teneur de compte, l’intermédiaire financier enregistre les


écritures matérialisant les opérations sur les valeurs mobilières qu’il négocie ou
gère pour le compte de ses clients. Chaque client dispose alors dans les livres de
l’intermédiaire d’un compte ouvert en son nom dans lequel figure les espèces
correspondant aux opérations réalisées pour le compte du client.
Mais le compte peut aussi permettre de conserver et d’administrer les
titres pour le compte de clients.
Lorsqu’elle exerce la fonction de teneur de compte, la société de bourse
est liée au client par un contrat qui l’oblige à assurer notamment la couverture
auprès du donneur d’ordre.
- Réception et transmission des ordres ;

L’activité de réception et de transmission des ordres est définie à partir


des personnes qui l’accomplissent. Elle consiste pour une société de bourse ou
tout autre intermédiaire agréé à recevoir et transmettre à une autre société bourse
des ordres de négociation des valeurs mobilières en vue de leur exécution sur le
marché financier. La société de bourse peut exercer cette activité par
l’intermédiaire d’un représentant agréé par la COSUMAF.
Il se dégage de cette définition que l’activité de réception et de
transmission des ordres se déroule en deux phases. En effet, l’ordre de
négociation ne peut être transmis que s’il a été auparavant reçu. Cet ordre est
transmis par une société de bourse à une autre sans que la première puisse en
modifier les caractéristiques. Il y a ainsi une différence fondamentale entre le
donneur et le transmetteur de l’ordre. En principe, celui-ci ne recherche pas une
contrepartie à l’ordre qu’il se contente de transmettre à un autre prestataire. Cet
autre prestataire se chargera alors de l’exécution de l’ordre en recherchant une
contrepartie sur le marché.
Si le transmetteur d’ordre recherche lui-même la contrepartie à l’ordre,
son activité s’apparente alors à du courtage. Dans ce cas, il participe à la
conclusion de l’opération, c’est-à-dire à l’exécution de l’ordre sur le marché.

3 : Le conseil et le démarchage financier

- Conseil en investissement financier ;

La société de bourse peut aussi jouer le rôle de conseil en investissement


financier, ce qui consiste à aider les épargnants à prendre une décision
d’investissement sur une valeur mobilière ou tout autre produit de placement.
Pour atteindre cet objectif, la société de bourse se livre à l’analyse financière.

- Démarchage financier ;

Quant aux démarcheurs, il s’agit de personnes physiques dont la


profession consiste à proposer au public l’achat, la vente ou l’échange de valeurs
mobilières ou la participation à une opération sur les valeurs mobilières.
Le démarcheur financier accomplit son activité en rendant habituellement
au domicile, à la résidence ou au lieu de travail des personnes dont l’épargne est
sollicitée. Le démarchage peut aussi avoir lieu sur les lieux publics.
En tenant compte des nouvelles technologies de la communication, le
règlement général prévoit aussi que le démarcheur puisse utiliser les nouveaux
moyens de communication. On peut donc imaginer que le démarchage puisse se
faire par mail.
Parmi toutes les activités qui viennent d’être énumérées, les sociétés de
bourse agréées par la COSUMAF détiennent le monopole du placement et de la
négociation des valeurs mobilières ou autres produits de placement. Elles
peuvent exercer les autres activités sans en avoir toutefois le monopole.