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Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :


Projet Brookings-Berne sur les déplacements internes
Institut Brookings
La protection des personnes déplacées
1775 Massachusetts Avenue NW
Washington DC 20036-2103 à l’intérieur de leur propre pays :
T +1 202 797 6168
F +1 202 797 2970
Email brookings-bern@brookings.edu Manuel à l’intention des législateurs
Web www.brookings.edu/idp
et des responsables politiques
La protection des personnes déplacées
à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs
et des responsables politiques
Table des matières
Avant-propos et remerciements.........................................................................................iv

Introduction..........................................................................................................................................1

Partie I : Considérations générales


Chapitre 1 : Les Principes directeurs et la protection fondée sur les droits de l’homme...... 11
Chapitre 2 : Cadre normatif précisant les responsabilités des Etats................................ 23

Partie II : La protection contre le déplacement


Chapitre 3 : Les déplacements, les évacuations et les relocalisations............................. 43

Partie III : La protection pendant et après le déplacement


Chapitre 4 : L’aide humanitaire................................................................................................... 63
Chapitre 5 : Les droits relatifs au mouvement........................................................................ 81
Chapitre 6 : La vie familiale.......................................................................................................... 93
Chapitre 7 : L’alimentation.........................................................................................................105
Chapitre 8 : L’eau et l’assainissement.....................................................................................117 iii
Chapitre 9 : L’abri de base et le logement convenable.......................................................129
Chapitre 10 : La santé...................................................................................................................145
Chapitre 11 : La reconnaissance, la délivrance et le remplacement des documents....157
Chapitre 12 : La propriété et les possessions.........................................................................169
Chapitre 13 : L’emploi, les activités économiques et la protection sociale......................189
Chapitre 14 : Les droits électoraux............................................................................................205
Chapitre 15 : L’éducation.............................................................................................................223
Chapitre 16 : Autres questions relatives à la réglementation..............................................241
Annexe I : Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes
à l’intérieur de leur propre pays.........................................................................249
Annexe II : Index selon les Principes directeurs.................................................................259
Annexe III : Résumé des éléments minimaux essentiels de la réglementation étatique.......... 263
Annexe IV : Liste de lectures et de ressources complémentaires..................................269

Liste des Abréviations.............................................................................................................. 273

Index........................................................................................................................................................275

Institut Brookings – Université de Berne : projet sur les déplacements internes


La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Avant-propos et remerciements

L
e présent manuel est l’aboutissement de trois ans de recherches et de consultations que j’ai engagées peu
après avoir été nommé au poste de Représentant du Secrétaire général pour les droits de l’homme des
personnes déplacées dans leur propre pays. La rédaction de cet ouvrage a été entreprise dans le cadre de
mon mandat qui me prescrit de mener une action internationale coordonnée en vue d’améliorer la protection
et le respect des droits de l’homme des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et notamment
afin de poursuivre mes « efforts pour […] favoriser la diffusion, la promotion et l’application [des Principes
directeurs] ainsi que de soutenir les activités visant à promouvoir le renforcement des capacités et l’utilisation
des Principes directeurs, de même que l’élaboration de lois et de politiques nationales » (Conseil des Droits de
l’Homme, Résolution 6/32, paragraphe 7(c)). Le manuel part du constat qu’en vue de leur application concrète,
les Principes directeurs, en tant que cadre normatif fondamental pour traiter la question du déplacement interne,
requièrent des directives plus précises.

La rédaction de ce manuel a été supervisée par un groupe de pilotage au service d’agences de l’Organisation
des Nations Unies et autres organisations internationales, organismes régionaux des Droits de l’homme et
institutions académiques, dont  : Simon Bagshaw (OCHA), Guillermo Bettocchi (UNHCR), Janelle Diller
(OIT), Maria Teresa Dutli (Cheffe du service consultatif en droit international humanitaire du CICR), Lisa
Jones (OCHA), Miloon Kothari (Rapporteur spécial des Nations Unies sur le logement convenable en tant
qu’élément du droit à un niveau de vie suffisant, Susan Martin (Université de Georgetown), Barbara McCallin
iv
(Observatoire des situations de déplacement interne du Conseil Norvégien pour les Réfugiés, IDMC), Manfred
Nowak (Institut Ludwig Boltzmann pour les droits de l’homme à l’Université de Vienne et Rapporteur spécial
des Nations Unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants) et Bahame
Nyanduga (Rapporteur spécial sur les réfugiés, les demandeurs d’asile, les migrants et les personnes déplacées
en Afrique de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples).

Le groupe de pilotage a défini des domaines-clés pouvant servir de guide aux autorités nationales. Les choix
sont fondés sur une étude préalable des lois et politiques existantes sur le déplacement interne menée par Andrea
Soelkner à l’Institut Ludwig Boltzmann pour les droits de l’homme. Le groupe de pilotage a ensuite chargé des
experts d’étudier chacun de ces domaines. Ces études ont été préparées par Camillo Boano et Roger Zetter,
Anne Charbord, Shivani Chaudhry, David Fisher, Conor Foley et Barbara McCallin, Ambra Gobena, Jeremy
Grace et Erin Mooney, Karen Gulick, Erin Mooney et Jessica Wyndham, J. Oloka-Onyango, W. Courtland
Robinson, David Tajgman et Rhodri C. Williams. Leurs travaux ont servi de point de départ pour l’écriture de
ce manuel et ont fourni des informations et analyses approfondies aux chercheurs et praticiens dans le domaine
du déplacement interne. Ces études paraîtront prochainement dans une publication du Projet Brookings-Berne
et de la Société américaine de droit international. Roberta Cohen, du Projet Brookings-Berne, a joué un rôle
déterminant dans la réalisation de ce projet.

Le gouvernement autrichien a apporté son soutien aux réunions consultatives qui se sont tenues à Vienne en
septembre 2006 et mai 2008 avec des praticiens expérimentés d’organisations internationales, des experts
gouvernementaux de pays confrontés à la problématique du déplacement interne et des représentants de la
société civile, permettant ainsi de s’assurer que le texte soit réaliste et au fait des pratiques récentes.

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Avant-propos et remerciements

Ce manuel a pu être élaboré grâce au soutien financier apporté par les ministères des Affaires étrangères du
Danemark, de la Finlande, du Luxembourg, de la Norvège et de la Suède, ainsi que par le département des
Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, le département fédéral des Affaires étrangères
de la Suisse, le département du Développement international du Royaume-Uni, l’Agence américaine pour le
Développement international et la Fondation Paul D. Schurgot.

Elizabeth Ferris et Khalid Koser ont rédigé certaines sections de l’ouvrage et Erin Williams s’est chargée de
l’édition. Le Projet Brookings-Berne a apporté son soutien logistique durant la phase de développement.

Le manuel a été préparé par Rhodri C. Williams.

Walter Kälin
Représentant du Secrétaire Général pour les droits de l’homme des personnes déplacées dans leur propre pays

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Introduction

L
e présent manuel a été réalisé en vue de servir de guide aux autorités étatiques qui souhaitent élaborer et
adopter des lois et des politiques internes traitant les situations de déplacement dans leur pays. Il offre
des conseils sur la manière de formuler des lois et des politiques qui puissent répondre aux besoins de
protection et d’assistance des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays (ci-après « PDI ») et garantir leurs
droits. Ce faisant, le manuel s’appuie sur deux sources-clés1 :

1. Les règles du droit international relatif aux droits de l’homme et du droit international humanitaire, telles
qu’elles sont décrites dans les Principes directeurs relatifs au déplacement des personnes à l’intérieur de
leur propre pays (ci-après « Principes directeurs ») (voir Annexe 1 pour le texte intégral).
2. Un corpus croissant de lois et de politiques concernant spécifiquement les PDI et qui sont déjà adoptées
et mises en œuvre par les autorités de pays situés dans chaque région du monde.

Comme le soulignent les Principes directeurs, ce n’est pas à la communauté internationale, mais aux autorités
nationales « qu’incombent en premier lieu le devoir et la responsabilité de fournir une protection et une aide aux
personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui relèvent de leur juridiction» (Principe 3(1)). Le manuel
souhaite saluer les efforts déployés par les autorités nationales de nombreux pays pour assister et protéger les PDI.
Il souhaite également mettre en évidence les normes qui sont les plus compatibles avec le droit international et
encourager et aider ceux qui occupent des postes à responsabilité dans d’autres pays faisant face au problème du 1
déplacement interne à entreprendre la tâche difficile mais néanmoins cruciale d’élaborer leurs propres normes
de protection.

Afin de prévenir les situations pouvant entraîner des déplacements de personnes, de protéger les déplacés pendant
leur déplacement et de trouver des solutions durables une fois la cause du déplacement disparue, il faut ni plus ni
moins respecter les droits de l’homme et, dans des situations de conflit armé, respecter les règles de protection
du droit international humanitaire. Il en résulte que, dans certaines situations, la protection des droits des PDI
exige de recourir aux mêmes mesures que celles nécessaires pour protéger les droits de tous les citoyens, qu’ils
soient déplacés ou non. Par exemple, un moyen fondamental de faire appliquer le droit à la liberté et à la sécurité
de la personne est l’adoption d’une loi offrant une protection contre les arrestations ou les détentions arbitraires
qui soit applicable à tous les citoyens, qu’ils soient déplacés ou non.

Cependant, dans de nombreux autres cas, le déplacement joue en défaveur des personnes se trouvant dans cette
situation, en créant des obstacles physiques et administratifs à la réalisation de leurs droits que ne rencontrent
pas les citoyens non déplacés. Par exemple, les personnes non déplacées ne sont pas obligées d’abandonner leur
propriété, avec le risque que quelqu’un se l’approprie, ni forcées de trouver un abri. De même, la possibilité
de jouir de leurs droits politiques est hors de portée des PDI dans des situations où elles n’ont la possibilité
d’exercer leur droit de vote que dans leur lieu d’origine, où elles ne peuvent revenir sans courir de risque. Ce sont
les complexités techniques et juridiques qu’implique la réponse apportée aux besoins de protection propres aux
situations de déplacement qui sont au cœur de cet ouvrage.

1 En raison du caractère technique de ce manuel, l’acronyme PDI est utilisé dans tout le texte, même si son emploi tend à
masquer le fait que ceux qui sont touchés par le déplacement restent des êtres humains ayant des besoins et des vulnérabilités
spécifiques—un fait qui est mieux exprimé dans la notion complète de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Le présent manuel s’adresse aux décideurs politiques, aux ministères compétents, aux législateurs et aux groupes
de la société civile concernés par le problème du déplacement interne. L’espoir est qu’il apporte une aide directe
et concrète dans l’élaboration de normes juridiques prévenant les situations de déplacement interne, quand cela
est possible, et en atténuant les effets sur la vie des PDI à travers le monde. Ce manuel pourra également être
utile au Représentant du Secrétaire général pour les droits de l’Homme des personnes déplacées (RSG) et à ses
partenaires internationaux dans leurs efforts constants pour promouvoir des lois et des politiques efficaces qui
préviennent, traitent et résolvent les situations de déplacement interne.

A. Le déplacement interne et ses conséquences

Aux fins des Principes directeurs, le terme «  déplacement interne  » décrit des situations dans lesquelles des
personnes ou des groupes de personnes sont (1) forcés ou contraints à fuir ou à quitter leur foyer ou leur lieu de
résidence habituel, mais (2) qui restent à l’intérieur des frontières de leur pays.2 Le second élément permet de les
distinguer des réfugiés, qui sont aussi des déplacés involontaires, mais qui franchissent des frontières étatiques
internationalement reconnues. Le déplacement interne est généralement la conséquence d’un conflit armé, d’une
persécution, de situations de violence généralisée, de catastrophes naturelles ou causées par l’homme et, plus
récemment, de projets de développement d’envergure ou à grande échelle. Cependant, autant le problème que
les réponses apportées ont pris une ampleur considérable au cours des deux dernières décennies.

Le déplacement peut avoir un effet dévastateur sur les PDI, ainsi que sur les autorités et les communautés
2 locales qui les accueillent. L’acte même du déplacement viole fréquemment les droits de l’homme des personnes
concernées. La perte subséquente de l’accès au foyer, à la terre, au moyen de subsistance, la perte des documents
personnels, de membres de la famille et du réseau social peut également miner la capacité des PDI à revendiquer
et jouir de tout un éventail de droits fondamentaux.3 Plus évident encore, les PDI deviennent immédiatement
dépendantes des autres pour des besoins aussi élémentaires que le logement, l’eau et la nourriture. Dans le
même temps, leur vulnérabilité peut être accentuée par des obstacles limitant leur accès aux soins médicaux,
à l’éducation, à l’emploi et limitant leur participation aux activités économiques, politiques et électorales dans
leur lieu de déplacement. Par ailleurs, plus la durée du déplacement est longue, plus le risque que les structures
familiales et sociales se brisent augmente, ce qui rend les déplacés dépendants de l’aide extérieure et vulnérables
à l’exploitation économique et sexuelle. A son tour, cette situation de dépendance réduit les chances de trouver
des solutions durables et, une fois que les conditions politiques et sécuritaires ont changé et permettent la mise
en place de telles solutions, de parvenir à une réintégration dans la société qui soit viable.

2 Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays, Introduction, paragraphe 2.
3 Erin Mooney, “The Concept of Internal Displacement and the Case for Internally Displaced Persons as a Category of
Concern,” Refugee Survey Quarterly 24, no. 3 (2005): p. 9-26.

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introduction

B. La réponse internationale et les Principes directeurs

Depuis la fin de la guerre froide, l’ONU a joué un rôle de facilitateur au cours des actions entreprises par les
pays face aux situations de déplacement interne, par le biais de l’aide humanitaire apportée par ses agences
spécialisées, mais également par le biais du recensement des règles du droit international qui régissent le
comportement que tous les Etats doivent adopter face aux situations de déplacement.4 Le Dr. Francis Deng,
premier RSG, a été nommé en 1992 avec pour mandat de compiler les normes internationales qui composent
le cadre juridique traitant de la question du déplacement interne. Ce travail a abouti aux Principes directeurs
relatifs au déplacement des personnes à l’intérieur de leur propre pays, présentés à la Commission des droits de
l’homme des Nations Unies en 1998. Ces Principes sont conformes au droit international des droits de l’homme
et au droit international humanitaire. Ils réaffirment de manière plus détaillée les garanties applicables aux
déplacés qui sont énoncées de manière implicite dans des clauses plus abstraites de ces corpus de règles.

Depuis leur adoption, les Principes directeurs ont été reconnus quasi unanimement comme étant le point de
départ juridique pour traiter les cas de déplacement. Les chefs d’Etat et de gouvernement, réunis en septembre
2005 à New York à l’occasion du Sommet mondial, ont considéré que les Principes directeurs constituent un
« cadre international important pour la protection des personnes déplacées », une adhésion réitérée à maintes
reprises par l’Assemblée générale.5 Au niveau régional, le Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement
dans la Région des Grands Lacs inclut un protocole obligeant les Etats signataires à promulguer une loi qui
intègre les Principes directeurs dans leur cadre juridique.6 D’autres organisations régionales telles que l’Union
africaine, l’Organisation des Etats américains et le Conseil de l’Europe ont enjoint leurs Etats membres à
utiliser les Principes directeurs et à les incorporer dans leurs normes juridiques internes.7
3
En ce qui concerne la responsabilité des Etats touchés par le déplacement interne, les Principes directeurs
s’appuient sur deux doctrines-clés :

1. La souveraineté confère aux autorités nationales non seulement le droit de mener librement leurs affaires,
mais également le devoir et la responsabilité de fournir une protection et une aide sans discrimination à leur
population, y compris les personnes déplacées, en accord avec les dispositions du droit international relatif
aux droits de l’homme et du droit humanitaire.8

4 Ces efforts ont été renforcés depuis 2006 avec la mise en place graduelle d’une réforme du système humanitaire avec trois
composantes : (1) la création d’un Fonds central d’intervention d’urgence (CERF), (2) un renforcement des coordinateurs
résidents et humanitaires de l’ONU et (3) l’introduction de l’approche sectorielle en désignant des groupes sectoriels
(« clusters ») et une agence chargée de diriger le « cluster » à la fois au niveau international et national et de devenir le
fournisseur de dernier recours si aucune autre organisation n’est disponible dans une situation donnée afin d’entreprendre
les actions nécessaires. Les « clusters » et les agences désignées sont les suivants : alimentation (UNICEF), eau et hygiène
(UNICEF), santé (OMS), hébergement d’urgence pour les PDI lors de conflits (UNHCR), coordination des camps de PDI
lors de conflits (UNHCR), protection des PDI lors de conflits (UNHCR), logistique (PAM), télécoms (OCHA/ UNICEF/
PAM), reconstruction rapide (PNUD) éducation (UNICEF).
5 Voir à ce sujet le Document final du Sommet mondial de 2005 (A/RES/60/1), paragraphe 132, ainsi que, par exemple, A/
RES/62/153(2007), paragraphe 10 et A/HRC/RES/6/32 (2007), paragraphe 5.
6 Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs, “Protocole sur la protection et l’assistance aux personnes
déplacées” (30 novembre 2006), Article 6.3. Voir (www.icglr.org/).
7 En 1999, la Commission de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), maintenant reconstituée sous le nom de l’Union
africaine, a reconnu formellement les Principes directeurs et exprimé son appréciation sur ceux-ci. L’UA a adopté, le 23 Octobre
2009, la Convention sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique (Convention de Kampala) ayant
force exécutoire. Voir également l’Organisation des Etats américains, Résolution de l’Assemblée générale 2277 (2007) et la
Recommandation 6 du Comité des ministres du Conseil de l’Europe aux Etats membres sur les personnes déplacées (2006).
8 Principes directeurs 3.1.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

2. Tandis que les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays conservent les droits dont dispose la population
en général, le déplacement entraîne des vulnérabilités particulières pour ceux qui sont touchés par cette
situation. C’est pourquoi, afin de s’assurer que les déplacés ne sont pas privés de leurs droits de l’homme, les
Etats sont obligés de leur offrir des mesures de protection et d’assistance spéciales qui tiennent compte de
leurs vulnérabilités, pour garantir qu’ils soient traités sur un pied d’égalité avec les citoyens non déplacés.9

Les Principes directeurs décrivent de façon détaillée les garanties qui devraient êtres mises à la disposition des
personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays afin de prévenir les déplacements arbitraires, d’en atténuer
les effets et d’y mettre fin le cas échéant. Ils couvrent toutes les phases du déplacement, y compris les mesures
de protection contre les déplacements arbitraires, la protection au cours du déplacement et les droits applicables
dans la phase qui suit le déplacement, quand le retour ou d’autres solutions durables deviennent possibles. En
outre, les Principes directeurs présentent des normes relatives à l’octroi de l’aide humanitaire.

Les Principes directeurs se fondent sur des normes juridiques existantes des droits de l’homme et du droit
humanitaire. Ils sont donc conformes à des règles déjà établies et, au lieu de créer de nouvelles obligations, ils
clarifient la manière dont elles s’appliquent aux situations de déplacement interne.10 Cette approche a facilité
une acceptation rapide de ces Principes sur le plan international, comme le montre leur application grandissante
dans l’ordre juridique interne des pays touchés par la problématique du déplacement.

C. La réponse nationale et régionale : lois et politiques


4
Parmi les signes les plus encourageants de l’acceptation des Principes directeurs relatifs au déplacement interne
se trouvent l’examen, l’adoption et la mise en œuvre de nombreuses lois, règles et décrets se rapportant au
phénomène du déplacement dans toutes les régions du monde. À ce jour, près de vingt pays ont promulgué des
normes juridiques qui se fondent explicitement sur ces Principes, tandis que d’autres ont pris des mesures pour
régler des questions spécifiques au problème du déplacement, en accord avec leurs obligations internationales
sans toutefois faire nécessairement référence aux Principes directeurs.11

Ces développements reflètent une prise de conscience grandissante du fait que la problématique du déplacement
interne devrait être considérée au niveau national comme étant à la fois une question d’obligation légale et
un sujet d’intérêt national. Cependant, la complexité des normes juridiques internationales reflétées dans les
Principes et l’éventail des questions légales et politiques auquel elles s’appliquent sur le plan interne représentent
des obstacles importants à l’exercice des responsabilités nationales. En joignant l’analyse juridique à des exemples
de mise en pratique sur le plan national, ce manuel espère traiter ces obstacles et aider tous les Etats confrontés
à un cas de déplacement interne à le résoudre d’une manière qui soit autant en accord avec leurs obligations
internationales qu’avec les intérêts et aspirations des personnes déplacées.

9 Principes directeurs 1.1 et 4.


10 L’apport du droit international des droits de l’homme et du droit humanitaire fournissant le fondement juridique de chaque
principe est décrit dans l’ouvrage de Walter Kälin Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed.,
Studies in Transnational Legal Policy 38 (American Society of International Law and Brookings Institution, 2008) (www.
asil.org/pdfs/stlp.pdf ).
11 Pour une compilation des normes juridiques nationales sur le déplacement interne, voir (www.brookings.edu/projects/idp/
Laws-and-Policies/idp_policies_index.aspx). Pour une base de données, voir (www.idpguidingprinciples.org).

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introduction

D. Portée du présent manuel

Le but principal du présent manuel est de servir de guide à tous ceux qui sont chargés de faire des recherches,
d’élaborer et de commenter des lois et des politiques nationales ayant trait à la question du déplacement interne.
La nécessité d’adopter un cadre normatif applicable aux cas de déplacement interne existe non seulement dans
des pays en proie à une violence généralisée ou à un conflit armé, mais également dans les pays exposés à
une situation de déplacement causée par une catastrophe naturelle ou provoquée par l’homme, c’est-à-dire
potentiellement tous les pays. C’est pourquoi les Etats devraient envisager de préparer des lois et politiques
concernant les PDI même en l’absence d’un déplacement effectif.

Le manuel se concentre sur les déplacements de populations causés par un conflit armé et d’autres situations
de violence, ainsi que par ceux qui sont induits par une catastrophe. Les déplacements et la relocalisation de
personnes provoqués par des projets de développement requièrent généralement des réponses spécifiques qui
diffèrent de celles qui sont mises en œuvre lors de ces situations humanitaires, bien qu’elles puissent également
être la cause de souffrances humaines. C’est pourquoi le déplacement provoqué par le développement est
mentionné lorsque cela est jugé opportun, mais ne fait pas partie des domaines traités dans cet ouvrage.

Le présent manuel suggère des orientations qui devront être appliquées en vertu du système juridique interne et
des traditions législatives des pays où elles sont utilisées. Il devrait également apporter des conseils spécifiques
sur les approches que les lois et les politiques peuvent adopter pour formuler des réponses à la question du
déplacement interne tout en respectant les principes juridiques internationaux concernés. Le manuel aborde
de façon exhaustive les besoins de protection spécifiques aux personnes déplacées qui surviennent au cours de
toutes les phases du déplacement. Il va par conséquent au-delà des questions relatives à l’aide humanitaire durant 5
la phase d’urgence du déplacement.

Le présent manuel est avant tout destiné à servir d’outil aux ministères qui s’occupent des situations de
déplacement interne. Cependant, il pourra aussi aider les membres du Parlement ou les ministères chargés de
mettre en œuvre des activités liées à ce sujet, et par-là même, aider à faciliter la mise en œuvre de lois et de
principes sur le plan opérationnel. Par ailleurs, nombre des analyses et informations pourront aider ces acteurs
dans leurs prises de décision et l’orientation de leurs actions.

E. Comment utiliser ce manuel

Le but principal de ce manuel étant d’aider les personnes chargées de rédiger des lois et des politiques pour
répondre aux situations de déplacement interne, l’essentiel de l’ouvrage se concentre sur un ensemble de questions-
clés liées à la protection qui se posent dans les cas où le déplacement interne a déjà eu lieu. Ainsi, le chapitre
3 donne des conseils généraux sur les mesures pouvant être prises avant le déplacement afin de le prévenir ou
l’atténuer, tandis que les « chapitres phares » dans la partie III du manuel (chapitres 4 à 16) se concentrent sur les
mesures spécifiques à prendre pendant la période où les personnes sont déplacées afin de répondre aux besoins
de protection et de faciliter des solutions durables qui pourraient mettre fin à leur déplacement.

Bien que le chapitre 5 sur les droits relatifs au mouvement des personnes est celui qui traite le plus directement
de la mise au point de solutions durables, chacun des autres chapitres inclut d’importantes considérations sur
cette question qu’il convient de prendre en compte.

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Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Le présent manuel ne contient pas de modèle de loi ou de politique pour les personnes déplacées et ce, pour
plusieurs raisons. Premièrement, les traditions juridiques sont trop diverses pour autoriser un format qui rendrait
compte de cette diversité. Deuxièmement, les lois et les politiques relatives aux déplacés internes devraient
être rédigées de façon à traiter spécifiquement les problèmes auxquels font face les déplacés dans une situation
donnée et se concentrer sur ces questions qui sont d’une importance particulière. Enfin, ces lois et ces politiques
devraient être le résultat d’un processus d’analyse et d’évaluation qui implique toutes les parties prenantes et qui
se fonde, inter alia, sur des consultations avec les personnes déplacées. Une telle approche est donc incompatible
avec la simple copie d’un modèle.

En ce sens, ce manuel fonctionne comme une liste de contrôle et s’emploie à identifier les questions et les
problèmes pertinents plutôt qu’il ne cherche à établir des listes qui énumèreraient les dispositions nécessaires.
Cependant, chaque chapitre contient une liste des éléments minimaux essentiels de la réglementation nationale,
c’est-à-dire une liste des points qui, au minimum et quelles que soient les ressources disponibles, devraient faire
partie des lois et des politiques relatives au déplacement interne.12 Ces listes sont résumées dans l’Annexe 3.
Elles peuvent servir de point de départ pour les législateurs, mais dans quasiment tous les cas, il sera nécessaire
d’aller au-delà, selon les besoins de chacun.

Ce manuel peut être utilisé de différentes façons :

XXPour les éléments essentiels et les conseils concernant les moyens de prévenir ou d’atténuer le déplacement
dans le futur, voir la Partie II, chapitre 3.
XXPour les éléments essentiels et les conseils concernant les moyens de répondre à une crise de déplacement
6 imminente ou en cours, les chapitres de la Partie III, pris dans leur totalité, couvrent les points les plus
importants nécessitant des réglementations afin d’aider et protéger les personnes touchées.
XXPour les éléments essentiels et les conseils concernant les actions juridiques relatives aux questions
de protection particulières dans le contexte d’un déplacement prolongé ou de recherche de solutions
durables, les différents chapitres de la Partie III peuvent être consultés en détail.

Chacun des chapitres phares devrait être lu en rapport avec les chapitres 1 et 2, qui présentent des considérations
générales sur les réponses nationales au déplacement interne, des considérations qui évoquent tous les sujets
couverts dans la Partie III du manuel.

Les chapitres phares dans les Parties II et III du présent manuel sont organisés à peu près selon l’ordre des
Principes directeurs. Afin d’offrir une vue d’ensemble plus complète de la manière dont les recommandations
du manuel correspondent aux Principes directeurs, l’Annexe 2 propose un index résumant chaque clause des
principes et mentionnant les chapitres où se trouvent d’éventuelles recommandations.

F. Structure des chapitres

Les treize chapitres centraux de la Partie III du manuel traitent des besoins de protection qui correspondent
à des secteurs spécifiques de l’aide humanitaire (en particulier les chapitres 4 à 8) et à des catégories précises
de droits de l’homme reconnus. Cependant, plusieurs de ces questions sont liées et le respect d’un certain

12 La liste des éléments essentiels minimaux de la réglementation nationale pour les chapitres 1 et 2 se trouve à la fin du
chapitre 2.

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introduction

nombre de droits de l’homme est parfois une condition sine qua non pour la réalisation de beaucoup d’autres. Le
meilleur exemple est sans doute la nécessité de posséder des papiers d’identité (chapitre 11), sans lesquels l’accès
à l’éducation et la participation à la vie politique peuvent s’avérer irréalisables dans les situations de déplacement.
Ces liens sont mis en évidence avec des renvois tout au long du texte.

La structure des chapitres centraux de la Partie II vise à faciliter une identification rapide des problèmes potentiels,
ainsi que des réponses juridiques possibles. Chaque chapitre est composé des sous-sections suivantes :

XXIntroduction  : Cette section identifie et décrit brièvement les clauses des Principes directeurs qui
correspondent au thème du chapitre.

XXBases légales  : Cette section résume les normes minimales fixées par le droit international pour
traiter chaque thème, en citant les conventions et les normes internationales les plus importantes. Afin de
limiter la longueur de cette section, seules les normes juridiques les plus importantes y sont référencées.
Des informations plus détaillées se trouvent dans les annotations aux Principes directeurs.13

XXCadre réglementaire : Cette section décrit comment chaque thème est généralement réglementé
au niveau national. Elle met en exergue les constantes ou les tendances concernant la façon dont les
questions sont réglementées (par ex. en distinguant les questions qui comme les lois électorales, se trouvent
généralement dans un seul code, des questions qui peuvent faire l’objet de plusieurs lois et règlements)
et l’échelon gouvernemental responsable de cette réglementation (par ex. comment les compétences sont
habituellement réparties entre le pouvoir central et les pouvoirs régionaux ou locaux).
7
XXProblèmes souvent rencontrés par les personnes déplacées : Cette section présente les
conséquences des situations de déplacement sur la protection des PDI en fonction du thème évoqué.
Elle décrit à la fois les préoccupations générales et les risques particuliers auxquels sont confrontés les
groupes vulnérables au sein des populations déplacées.

XXListe de contrôle  : les problèmes devant être traités par les lois et les politiques internes  : Cette
liste passe en revue les objectifs-clés que les lois et les politiques sur le déplacement interne devraient se
proposer d’atteindre pour chaque thème. Cette liste commence avec les éléments minimaux essentiels
de la réglementation nationale qui représentent sans doute le cœur de ce que sont les obligations
internationales d’un Etat ou qui sont nécessaires pour parvenir à une aide et une protection appropriées
des personnes déplacées. Ces éléments devraient par conséquent être appliqués même dans les
situations où les ressources ou la capacité ne sont pas disponibles pour mettre en œuvre d’autres mesures
recommandées dans les chapitres.

XXLes éléments nécessaires de la réglementation nationale : Cette section fournit des


orientations plus détaillées concernant la manière d’atteindre les objectifs présentés dans la liste de
contrôle. Ce faisant, elle fournit des recommandations pour les rédacteurs, ainsi que, lorsque cela est
possible, des exemples de clauses adoptées dans des lois et des politiques internes et compatibles avec
les droits de l’homme. Quand cela s’avère pertinent, cette section présente également des normes
internationales et des conseils sur les lignes directrices axées sur les meilleures pratiques. Cette section

13 Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed., Studies in Transnational Legal Policy 38
(American Society of International Law and Brookings Institution, 2008).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

est en grande partie structurée de façon chronologique, en commençant avec les points sur lesquels il
faut se concentrer pendant la phase initiale ou la phase d’urgence du déplacement et en finissant avec des
conseils concernant les moyens de faciliter la mise en place de solutions durables.

Afin de faciliter l’usage du présent manuel, on trouvera en annexe le texte complet des Principes directeurs
relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays (Annexe 1), un index reliant chacun des
principes directeurs aux chapitres correspondants (Annexe 2), un résumé des éléments minimaux essentiels
de la réglementation étatique sur le déplacement interne (Annexe 3) et une liste de lectures et de ressources
complémentaires (Annexe 4).

L’emploi d’exemples tirés de lois et de politiques existantes vise à permettre aux futurs rédacteurs de profiter de
l’expérience d’un petit (mais grandissant) nombre de pays qui ont déjà cherché à résoudre les problèmes relativement
méconnus et complexes soulevés par la réglementation du déplacement interne. Cependant, ces exemples doivent
être pris avec précaution et les clauses présentées ne doivent pas être considérées comme étant des modèles qui
peuvent être simplement copiés dans d’autres lois sans tenir compte du cadre juridique et du contexte politique et
socio-économique du pays concerné. Elles représentent simplement une façon d’aborder un problème. De plus,
l’inclusion de textes tirés de lois et de politiques sur le déplacement interne ne garantit pas que (1) la loi ou la
politique en question, prise dans son ensemble, est compatible avec les Principes directeurs et en accord avec le
droit international ; (2) la loi ou la politique en question a pleinement été mise en œuvre ou mise en œuvre de
manière satisfaisante ; ou (3) la loi ou la politique est encore en vigueur sous la forme présentée.

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PARTIE I
Il est conseillé de lire les chapitres 1 et 2 en rapport avec chacun des chapitres

des Parties II et III du manuel, car ils abordent un certain nombre de questions

pertinentes pour tous. Le chapitre 1 traite une série de questions transversales

résultant des obligations fondamentales découlant du droit international des


9
droits de l’homme, du droit humanitaire et des Principes directeurs. Le chapitre

2 se concentre sur les facteurs auxquels il faut prêter attention sur le plan national

afin de s’assurer que l’élaboration et la mise en œuvre des lois et des politiques

relatives au déplacement interne favorisent une réponse nationale efficace au

déplacement interne.

Considérations
générales
Institut Brookings – Université de Berne : projet sur les déplacements internes
Chapitre 1
Les Principes directeurs et la protection
fondée sur les droits de l’homme

Un élément essentiel qui sous-tend les Principes directeurs est que l’obligation des Etats de protéger et d’aider
les personnes déplacées est basée sur le droit international existant et, dans les situations de conflit armé, sur le
droit international humanitaire.

Les droits de l’homme énoncent des normes de protection fondamentales dont chaque Etat est responsable envers
tous ses citoyens et les personnes vivant sous sa juridiction. Ces obligations vont au-delà de la protection de la vie et
de la sécurité physique et englobent des catégories bien établies et interdépendantes de droits civiques, politiques,
économiques, sociaux et culturels (y compris ceux mentionnés dans ce manuel). Les autorités nationales doivent
respecter ces droits en n’interférant pas dans leur exercice, elles doivent les protéger en empêchant les violations
prévisibles pouvant être commises par des personnes privées et elles doivent enfin les appliquer par le biais de
mesures efficaces pouvant faciliter leur exercice. Dans les cas où les Etats manquent à leurs obligations, ils doivent
apporter des solutions effectives pour réhabiliter les personnes défavorablement touchées, garantir que de telles
violations ne se reproduiront pas et faire en sorte que les responsables répondent de leurs actes.
11
Principe 3
1. C’est aux autorités nationales qu’incombent en premier lieu le devoir et la responsabilité de fournir
une protection et une aide aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui relèvent de
leur juridiction.
[…]

En identifiant ces obligations juridiques et en clarifiant leur pertinence pour les PDI, les Principes directeurs
soulignent le devoir et la responsabilité premiers qui incombent à tout Etat envers ses propres PDI et résidents
habituels. En d’autres termes, s’occuper de la problématique du déplacement interne signifie appliquer dans un
contexte national les règles internationales des droits de l’homme et du droit humanitaire à ceux qui se trouvent
dans une situation vulnérable du fait de leur déplacement, mais qui ne perdent pas leurs droits pour autant. Ce
principe de la responsabilité première des acteurs nationaux a un certain nombre d’implications pour les Etats,
qui sont discutées ci-dessous.

A. Définition des personnes déplacées internes

Il n’existe pas de définition juridique de qui constitue une « personne déplacée interne » en droit international. La
notion de déplacé interne, telles qu’elle est exposée dans l’introduction des Principes directeurs, est plus descriptive
que normative et est destinée à attirer l’attention sur les caractéristiques des PDI qui les rendent vulnérables par
nature.14 Cette notion a fini par faire autorité et est fréquemment utilisée au niveau international.

14 Ibid., pp. 2–3.


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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Introduction aux Principes directeurs


2. Aux fins des présents Principes directeurs, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays
sont des personnes ou des groupes de personnes qui ont été forcés ou contraints à fuir ou à quitter
leur foyer ou leur lieu de résidence habituel, notamment en raison d’un conflit armé, de situations de
violence généralisée, de violations des droits de l’homme ou de catastrophes naturelles ou provoquées
par l’homme ou pour en éviter les effets, et qui n’ont pas franchi les frontières internationalement
reconnues d’un Etat.

Deux éléments sont décisifs dans l’identification d’une PDI  : (1) le caractère coercitif ou involontaire du
mouvement—c’est-à-dire un mouvement provoqué par un conflit armé, la violence, des catastrophes ou situations
similaires, et (2) le fait qu’un tel mouvement a lieu à l’intérieur des frontières nationales. La deuxième condition
doit être comprise au sens large. Elle fait référence au lieu où les personnes déplacées trouvent refuge, ce qui
est aussi valable, par exemple, si les personnes déplacées doivent transiter par le territoire d’un pays voisin afin
de pouvoir accéder à une zone sûre de leur propre pays. Certaines personnes partent à l’étranger et retournent
(volontairement ou non) dans leur pays, mais ne peuvent pas regagner leur foyer, leur lieu d’origine ou leur
lieu de résidence habituel pour les raisons mentionnées dans le paragraphe 2 des Principes directeurs. D’autres
personnes partent volontairement dans une autre zone de leur pays, mais ne peuvent pas revenir chez elles à cause
des événements qui se sont déroulés en leur absence et qui rendent leur retour impossible ou déraisonnable.

Étude de cas
12
La notion de personnes déplacées internes en Azerbaïdjan, en Bosnie-Herzégovine et au Népal
Afin d’inclure les personnes qui ont transité par un pays voisin alors qu’elles fuyaient ou qui ont d’abord
cherché refuge à l’étranger avant de retourner dans leur pays d’origine, certains pays ne font pas
référence au fait de traverser la frontière, mais demandent simplement que les personnes déplacées
soient «  à l’intérieur du territoire »15 ou « vivant ailleurs dans le pays ». 16

Il est significatif que les Principes directeurs ne se réfèrent pas à la notion de citoyenneté, indiquant ainsi que
les étrangers peuvent également être qualifiés de PDI. En revanche, la référence au « foyer ou lieu de résidence
habituel » indique que leur présence dans le pays concerné ne peut pas être de nature temporaire, mais doit avoir
atteint un degré de permanence. D’où les catégories suivantes de personnes pouvant être qualifiées de PDI :

• Les citoyens déplacés à l’intérieur du pays concerné


• Les anciens réfugiés qui sont revenus dans leur pays d’origine, mais qui sont dans l’incapacité de
retourner dans leur ancien foyer ou de trouver une autre solution durable par le biais de l’intégration
socio-économique dans une autre partie du pays
• Les personnes apatrides qui ont leur résidence habituelle dans le pays concerné
• Les citoyens d’un autre pays qui vivent là depuis longtemps (voire même depuis des générations) et qui
ont largement perdu contact avec leur pays d’origine
• Les citoyens d’un autre pays qui ont leur résidence habituelle dans le pays concerné parce qu’ils ont été
acceptés de façon permanente ou pour une période prolongée.
15 Loi de la République d’Azerbaïdjan sur le « statut des réfugiés et des personnes déplacées de force (personnes déplacées à
l’intérieur du pays) » du 21 mai 1999, Article 1 ; Loi sur les réfugiés de Bosnie-Herzégovine et les personnes déplacées en
Bosnie-Herzégovine (1999), Article 4.
16 Politique nationale du Népal sur les personnes déplacées internes, 2063 (2007), Article 3 (a).

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 1 : Les Principes directeurs et la protection fondée sur les droits de l’homme

Cependant, les personnes déplacées internes qui ne sont pas des citoyens du pays concerné ne jouissent pas
automatiquement des droits mentionnés dans les Principes directeurs, qui peuvent être spécifiquement réservés
aux citoyens en vertu du droit international applicable, comme le droit de voter et de prendre part aux affaires
gouvernementales et publiques. (Principe 22 (d)).

Les réfugiés déplacés dans leur pays de refuge ou d’asile restent des réfugiés, mais il serait approprié d’appliquer
les Principes directeurs par analogie dans les cas où la législation relative aux réfugiés ne traite pas de leurs
besoins en cas de déplacement. De manière similaire, les migrants dotés d’un permis à court terme ou en
situation irrégulière demeurent des migrants, et bénéficient de moins de droits que ceux qui sont accordés à la
population permanente du pays. Néanmoins, tant qu’ils n’ont pas quitté le pays concerné, leurs droits en tant
que migrants doivent être respectés. Dans la mesure où ces droits ne concernent pas leurs besoins d’assistance
humanitaire et de protection en relation avec leur déplacement, les Principes directeurs peuvent être appliqués
par analogie.

B. Le déplacement interne n’est pas un statut légal :


enregistrement vs. détermination d’un statut

Contrairement aux réfugiés, les personnes déplacées internes restent des citoyens ou des résidents habituels de
leur pays et ont droit à une protection et à une aide sur cette seule base.17 Leur droit à une protection en vertu des
droits énumérés dans les Principes directeurs et inclus dans les conventions pertinentes repose sur le fait qu’elles
sont déplacées et ont par-là même des besoins spécifiques. Il ne repose pas sur le fait qu’elles sont enregistrées ou 13
reconnues en tant que personnes déplacées internes. Les Etats ne devraient donc pas créer un système par lequel
les personnes déplacées internes peuvent jouir de leurs droits uniquement après qu’un statut légal leur ait été
accordé et qui pourrait aussi leur être refusé ou révoqué. Du point de vue du droit international, le déplacement
est un état factuel qui entraîne certaines conséquences légales18 et, contrairement au droit des réfugiés,19 il n’y a
rien de semblable à un « statut de personne déplacée » dont pourrait jouir un individu seulement après qu’il le
lui a été accordé.

Néanmoins, il est souvent nécessaire d’être en mesure d’identifier qui sont les personnes déplacées. Dans de
nombreux pays, l’enregistrement individuel a pour but d’identifier ces personnes. L’enregistrement de personnes
déplacées peut être utile d’un point de vue administratif, voire nécessaire pour un certain nombre de raisons. En
effet, de telles procédures donnent la possibilité aux autorités d’améliorer leur action en :

• établissant le nombre, le lieu et les caractéristiques démographiques clés des populations déplacées ;
• empêchant l’accès frauduleux à une aide humanitaire déjà rare à des personnes qui n’en ont pas besoin ;
et en

17 Les droits de personnes déplacés qui sont citoyens d’un autre pays doivent être respectés, mais leur portée pourrait être plus
limitée que celle des droits des citoyens naturalisés, en vertu du droit international. Par exemple, les non-citoyens ne jouissent
généralement pas du droit de vote lors des élections nationales.
18 Il en est de même pour d’autres instruments internationaux. Par exemple, la Convention des droits de l’enfant et la
quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre (ou Convention (IV)
www.icrc.org) s’appliquent automatiquement aux personnes de moins de 18 ans et aux non-combattants sans créer un statut
légal distinct pour les enfants ou pour les personnes civiles. Cela n’exclut pas la nécessité de déterminer si un individu en
particulier remplit les critères pertinents.
19 En droit des réfugiés, l’octroi du statut de réfugié est nécessaire, car sans cela, les réfugiés ne seraient que des étrangers, sans
droits spécifiques.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

• facilitant la délivrance de cartes d’identité temporaires pour remplacer les documents personnels perdus
pendant la fuite (les procédures pour l’enregistrement des PDI sont exposées dans le chapitre 11).

Cependant, les procédures d’enregistrement devraient toujours être liées à un but spécifique et concret, ce qui
signifie que les PDI ne devraient pas être enregistrées en tant que déplacés per se mais plutôt comme des
personnes autorisées à recevoir des prestations spécifiques. Ainsi, il peut s’avérer nécessaire d’enregistrer les
bénéficiaires de prestations telles que l’aide alimentaire, les soins médicaux, une dispense de frais d’écolage ou
une autorisation de séjourner dans un camp. Au contraire, il n’est peut-être pas nécessaire d’enregistrer toutes les
PDI qui ne dépendent pas d’une aide humanitaire. Ici, des alternatives à l’enregistrement, tels que le profilage
des situations de déplacement, peuvent être envisagées. (voir chapitre 2, section C).

Pour les raisons susmentionnées, l’enregistrement ne devrait pas devenir une base pour créer une nouvelle
catégorie légale de personnes disposant du statut de PDI, Néanmoins, certains Etats ont adopté des procédures
en réponse au déplacement qui vont au-delà du simple enregistrement des PDI et ont inclus à la place des
procédures de détermination de statut similaires à celles utilisées pour la reconnaissance des réfugiés. Les
procédures d’enregistrement bureaucratique ou la création d’un statut légal de personne déplacée sont non
seulement inutiles, mais elles soulèvent également d’importantes préoccupations concernant la protection, dont
celles décrites ci-après :

• Si l’éligibilité à l’aide humanitaire dépend entièrement de la détermination du statut, cela peut conduire
à des retards bureaucratiques dans la distribution de l’aide aux populations déplacées ayant des besoins
humanitaires urgents parce qu’elles doivent attendre d’être officiellement reconnues comme étant des
14 PDI.
• La définition que les Etats font des PDI ou son application dans la pratique peut avoir un sens plus
étroit que les Principes directeurs. Elle peut par exemple exclure des personnes qui ont été déplacées
par les actions militaires exécutées par certains groupes armés, mais pas par d’autres ou bien exclure les
personnes victimes d’une catastrophe, mais pas d’un conflit. Il peut en résulter une inégalité de traitement
de personnes ayant des besoins équivalents, les privant réellement de leurs droits conformément au droit
international des droits de l’homme et au droit international humanitaire.
• Si les PDI sont situées dans une zone isolée, elles peuvent se trouver dans l’incapacité de s’enregistrer et
être ainsi déclarées inéligibles à toute assistance.
• Les PDI qui sont extrêmement marginalisées ou traumatisées par leur expérience peuvent vouloir éviter
tout contact avec les autorités ou avoir des réticences à fournir des informations personnelles.
• Si des prestations qui vont au-delà de celles qui ont initialement été prévues dépendent du statut de
déplacé, l’accès à ces prestations pourrait être arbitrairement refusé aux PDI dans les cas où ces dernières
ne se seraient pas enregistrées à l’origine. Il se peut par exemple que les droits à la restitution de propriété
soient disponibles uniquement pour les personnes qui s’étaient initialement enregistrées pour un statut
de PDI en relation avec la distribution de nourriture.

Dans les cas où l’enregistrement de PDI et/ou la délivrance de « cartes de PDI » est jugé nécessaire d’un point
de vue administratif, le nom ou toute autre caractéristique d’identification du détenteur devrait apparaître sur la
carte afin d’éviter les abus ou la vente frauduleuse de la carte. La délivrance de cartes de PDI devrait se fonder
sur des procédures rapides et facilitées qui incluent les caractéristiques suivantes :

• Le processus d’enregistrement devrait être non-discriminatoire, ouvert, juste et transparent, avec des
critères clairs pour les demandes d’enregistrement ainsi que des détails sur les délais de décision;
• Les critères d’enregistrement ne devraient pas être plus restrictifs que les éléments décrits dans

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 1 : Les Principes directeurs et la protection fondée sur les droits de l’homme

les Principes directeurs et l’enregistrement ne devrait pas se limiter à des moments ou des endroits
spécifiques. L’objectif est de s’assurer que tout autre déplacement interne (par exemple, un déplacement
de communautés dans une autre partie du pays ou un deuxième déplacement de personnes qui ne peuvent
pas être en sécurité dans le lieu où elles ont déjà été déplacées) puisse se faire sans devoir enclencher une
nouvelle procédure ;
• Le processus de prise de décision devrait être rapide, notamment lorsque l’enregistrement est une
condition préalable pour recevoir une aide, tout en fournissant toute latitude aux requérants pour
démontrer leur éligibilité. De manière plus spécifique, toute preuve ou information pertinente apportée
par le requérant devrait être prise en considération et les recours contre les décisions négatives devraient
également être autorisés.

De manière générale, en se concentrant sur un processus d’enregistrement spécifique (comme l’identification


des électeurs ou l’enregistrement pour une demande de logement, de nourriture, etc.) plutôt que sur la création
d’un statut global de PDI, les autorités compétentes peuvent minimiser le risque que des personnes déplacées
ayant de réels besoins puissent ne pas bénéficier de prestations.

Étude de cas
Combiner l’identification des électeurs avec l’enregistrement civique au Kosovo
Au Kosovo, le Programme des élections municipales de 2000 a inclus un programme national
d’enregistrement civil qui a servi de base pour l’inscription sur les listes électorales. Selon le cadre
électoral, seuls les « résidents habituels » pouvaient voter, pour autant qu’ils puissent prouver qu’ils 15
résidaient bien au Kosovo au 1er janvier 1998 (c’est-à-dire avant l’escalade des hostilités qui a culminé
avec l’intervention des troupes de l’OTAN en 1999). Étant donné que de nombreux Kosovars avaient
perdu leurs documents ou en avaient été dépouillés au cours du conflit et que nombre de dossiers
municipaux avaient été perdus ou détruits, la réglementation régissant l’enregistrement civique a
autorisé un large éventail de documents pour que les personnes puissent prouver leur éligibilité (y
compris des factures ménagères, des cartes d’étudiants ou des cartes de membre de divers clubs et
associations yougoslaves).

La mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) et l’OSCE ont mis en
place une Commission conjointe pour l’enregistrement (Joint Registration Task Force) pour superviser
l’enregistrement. Les personnes dépourvues de documents devaient remplir un questionnaire détaillé
concernant leur demande d’éligibilité qui était alors envoyé à leur municipalité d’origine pour vérification.
Face à l’augmentation du volume des demandes, la Commission a établi une division «  enquêtes  »
initialement destinée à lutter contre la fraude à travers le contrôle aléatoire des inscriptions à l’Etat civil.20
Comme le nombre de personnes sans papiers d’identité souhaitant s’enregistrer grandissait, la division
des enquêtes est devenue le mécanisme principal pour les demandeurs ne pouvant pas être identifiés
autrement. Elle fournissait une dernière occasion de faire vérifier leur statut. Au bout du compte, la
division de contrôle et celle des enquêtes ont géré plus de 113’000 cas dont une grande majorité a
été approuvée.21

20 OSCE Inquiry Division, “Final report,” (octobre 2000), p.3 non publié.
21 Ibid.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

C. La non-discrimination et l’égalité vis-à-vis


des citoyens non déplacés

Les droits des PDI découlent du fait qu’elles restent dans leur propre pays. Comment leurs droits doivent-ils
être définis par rapport aux droits des citoyens non déplacés ? Comme décrit auparavant les PDI présentent des
vulnérabilités qui sont le résultat direct de leur déplacement. Si l’Etat ne répond pas à ces vulnérabilités par le
biais de mesures concrètes prenant la forme d’une protection et d’une aide spécifique, cela pourrait conduire à des
situations dans lesquelles les PDI seraient discriminées par rapports aux autres citoyens. La non-discrimination
et l’égalité devant la loi font partie des droits les plus importants dans les cas de déplacement interne.

Principe 1
1. Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays jouissent, sur un pied d’égalité, en vertu du
droit international et du droit interne, des mêmes droits et libertés que le reste de la population du
pays. Elles ne font l’objet, dans l’exercice des différents droits et libertés, d’aucune discrimination
fondée sur leur situation en tant que personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.
[…]

Principe 29
1. Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui ont regagné leur foyer ou leur lieu de
16 résidence habituel ou se sont réinstallées dans d’autres régions du pays ne feront l’objet d’aucune
discrimination en raison de leur déplacement […].

La discrimination envers les PDI est évidente dans les cas où les lois, les politiques ou les pratiques officielles font
une distinction explicite entre les PDI et les autres personnes en leur accordant un traitement moins favorable.
Dans certains cas la discrimination reflète des suppositions que les déplacés sympathisent avec une faction
armée en particulier. Dans d’autres cas elle reflète des idées préconçues sur l’issue du déplacement interne.
Par exemple, les PDI peuvent ne pas être autorisées à entreprendre des démarches qui pourraient les mener à
s’intégrer sur le plan local ou à rendre leur retour dans leurs foyers moins probable.

Cependant, la discrimination peut également être le fruit de situations dans lesquelles les lois ou les politiques,
qui ne posent pas de problèmes dans des conditions normales, font porter un fardeau excessif aux PDI et
restreignent l’exercice de leurs droits. De tels problèmes peuvent surgir par exemple lorsque des règles continuent
de s’appliquer et lient le plein exercice de certains droits (comme le droit de vote et l’inscription à l’école) à
l’enregistrement d’une résidence dans un lieu précis. De telles règles sont le plus souvent d’ordre administratif
et pratique, mais elles peuvent accentuer la vulnérabilité des PDI quand elles ne prévoient pas les situations
de déplacement en incluant des exceptions ou des mesures spéciales qui permettent aux PDI d’enregistrer
facilement leur lieu de résidence ou d’être exemptés de ce type de conditions. Même si ces formes de traitement
différentiel ne sont pas du tout intentionnelles, elles doivent être réglementées afin d’éviter des discriminations
contre les personnes touchées.

À plus large échelle, le principe d’égalité de traitement est l’un des points fondamentaux de la manière dont les
Principes directeurs abordent la problématique du déplacement interne. Cette approche se fonde sur l’observation
que les situations de déplacement débouchent invariablement sur des vulnérabilités et des dommages spécifiques
et graves pour les personnes qui en sont les victimes, comme la perte d’un foyer, de leurs moyens de subsistance

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 1 : Les Principes directeurs et la protection fondée sur les droits de l’homme

et du réseau social. Il en résulte que, afin de mettre les PDI sur le même pied d’égalité que la population non
déplacée, l’Etat devrait fournir des mesures d’aide et de protection spécifiques et ciblées, dont la nature et la
portée correspondent aux besoins et vulnérabilités provoqués par le déplacement. Cette approche est soutenue
par de nombreuses règles du droit international des droits de l’homme qui prescrivent des mesures concrètes ou
spéciales en faveur des groupes vulnérables.22 Bien que de telles mesures se soldent par un traitement différentiel,
elles ne sont pas perçues comme étant discriminatoires. Elles sont requises par le principe de base voulant que ce
qui est différent doit être traité différemment, pour autant que ces mesures répondent à des vulnérabilités réelles
et qu’elles ne durent pas plus longtemps qu’il n’est nécessaire pour les traiter.

Les actes discriminatoires peuvent également se produire contre les communautés non déplacées. Par exemple,
lorsque la protection et l’aide fournies aux PDI donnent à ces dernières un niveau de confort qui est visiblement
plus élevé que celui des communautés alentour qui ont des besoins similaires, voire plus grands. Les populations
qui accueillent les PDI en paient souvent le prix fort et devraient être consultées sur les mesures proposées pour
aider les déplacés, afin de faire en sorte que ces dispositions profitent à toutes les personnes concernées. Par
exemple, quand les PDI sont temporairement hébergées dans des bâtiments publics importants tels que des
écoles, des concertations avec les communautés d’accueils peuvent faciliter la reprise des cours en fournissant
un abri selon un ordre de priorité établi. Dans de telles situations, au lieu de se concentrer uniquement sur
les PDI, les autorités compétentes devraient penser à s’occuper des besoins des communautés touchées par le
déplacement, c’est-à-dire non seulement les PDI, mais également les communautés qui les accueillent et celles
recevant les PDI qui reviennent dans leurs foyers ou qui sont relocalisées, dans la mesure où ces besoins sont une
conséquence du mouvement forcé.

17
D. La non-discrimination au sein des populations déplacées et la
protection des groupes vulnérables

Les mêmes principes de non-discrimination qui régissent la manière dont l’Etat traite la situation des PDI par
rapport aux populations non déplacées s’appliquent également au sein des populations déplacées. Les populations
déplacées à l’intérieur de leur propre pays sont fréquemment d’origines diverses et il est important de faire en
sorte qu’aucun groupe ne reçoive arbitrairement un traitement plus défavorable que les autres. Les facteurs qui
peuvent donner cours à un traitement différentiel au sein des populations déplacées comprennent :

• La cause du déplacement : dans les situations où le déplacement a été provoqué par de multiples facteurs,
il est nécessaire de s’assurer que les vulnérabilités et les risques particuliers auxquels chaque groupe doit
faire face sont compris et que tous reçoivent un traitement égal. Par exemple, quand un conflit armé et
une catastrophe naturelle ont mené à des vagues de déplacements parallèles, il est essentiel de faire en
sorte que les personnes déplacées en raison du conflit ne reçoivent pas un traitement moins favorable au
motif entre autres qu’elles sont soupçonnées de soutenir un mouvement d’insurrection.
• Le lieu du déplacement  : les populations de PDI qui sont concentrées dans des structures d’abri
collectif comme des camps peuvent être avantagées par une meilleure accessibilité. La diffusion de
l’information, les consultations et la distribution de l’aide humanitaire sont simplement plus faciles
dans de tels lieux. Cependant, lorsqu’un nombre important de groupes de PDI vivent de façon

22 Voir CEDR, Articles 1(4) et 2(2) ; CEDEF, Article 4 ; OIT, Convention 111 (1958) sur la discrimination, Article 5 ;
Principes de Limbourg concernant l’application du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels
(1986), paragraphe 39.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

dispersée parmi la population, ils devraient avoir droit à un niveau de protection et d’aide à la hauteur
de leurs besoins spécifiques.
• Une vulnérabilité inhérente  : au sein des populations de PDI, certains groupes sont par nature plus
vulnérables que d’autres aux risques que constituent les situations de déplacement. Cela signifie qu’il est
nécessaire d’identifier ces groupes et de prendre des mesures pour faire face à leur vulnérabilité.

Principe 4
1. Les présents Principes sont appliqués sans discrimination aucune fondée notamment sur la race, la
couleur, le sexe, la langue, la religion ou la croyance, l’opinion politique ou autre, l’origine nationale,
ethnique ou sociale, le statut juridique ou social, l’âge, l’incapacité, la propriété, la naissance ou tout
autre critère similaire.
2. Certaines personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, telles que les enfants, en particulier les
mineurs non accompagnés, les femmes enceintes, les mères d’enfants en bas âge, les femmes chef de
famille, les personnes souffrant d’incapacités et les personnes âgées ont droit à la protection et à l’aide
que nécessite leur condition et à un traitement qui tienne compte de leurs besoins particuliers.

L’attention aux besoins particuliers des groupes qui sont vulnérables par nature devrait être une priorité
absolue dans n’importe quelle situation de déplacement. Contrairement aux autres groupes touchés par des
facteurs qui pourraient conduire à des discriminations, il est fort probable que toutes les populations de
personnes déplacées comportent des groupes vulnérables par nature. Parmi les groupes qui soulèvent le plus
18 de préoccupations se trouvent :

• Les parents célibataires, notamment les femmes chefs de famille ;


• les femmes seules ;
• les mineurs, en particulier lorsqu’ils ne sont pas accompagnés ;
• les personnes âgées, en particulier lorsqu’elles ne sont pas accompagnées ou qu’elles n’ont pas le soutien
de leur famille ;
• les personnes souffrant d’une incapacité, d’une maladie chronique ou vivant avec le VIH/sida ;
• les personnes traumatisées ;
• les femmes enceintes ou allaitant leur enfant ;
• les membres d’une minorité ethnique ou religieuse ;
• les peuples indigènes.

Les femmes et les enfants constituent la majorité écrasante des populations de PDI à travers le monde, mais il est
fréquent qu’ils en représentent également les éléments les plus vulnérables. Les femmes sont souvent confrontées
à la discrimination et sont fortement vulnérables à la violence et à l’exploitation sexuelle (voir section E ci-
après). Les enfants déplacés, eux, ont à faire face à la menace directe de l’exploitation sexuelle, à l’exploitation
économique et au recrutement forcé, ainsi qu’au risque que comporte sur le long terme l’interruption de leur
scolarité et l’effondrement des structures sociales visant à les protéger et à favoriser leur développement.

Les personnes souffrant d’une incapacité, d’une maladie chronique ou vivant avec le VIH/sida, ainsi que les
femmes enceintes ou allaitant leur enfant et les personnes âgées, ont souvent des besoins particuliers en ce qui
concerne la nourriture, la consommation d’eau et les soins médicaux. Elles ne sont parfois pas en mesure de
se déplacer pour rejoindre des lieux plus sûrs ou pour utiliser les équipements mis à leur disposition (cuisines,
sanitaires, lavage). Les personnes ayant subi un traumatisme n’ont peut-être pas la capacité de relever les défis

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 1 : Les Principes directeurs et la protection fondée sur les droits de l’homme

que représente la vie dans les lieux de déplacement à moins qu’elles suivent un traitement adéquat. Enfin,
certains membres de minorités ethniques ou religieuses et les peuples indigènes ne parlent que des langues
minoritaires ou peuvent être victimes de discrimination de la part de la communauté d’accueil et des autres
PDI. Ces groupes sont plus exposés au risque d’appauvrissement et à la dépendance dans des situations où un
déplacement prolongé entraîne la dissolution des structures sociales traditionnelles et de leurs règles, ainsi que
la perte des moyens de subsistance.

E. L’égalité des sexes/genres et les situations de déplacement

Les lois et les politiques élaborées en vue de protéger et d’aider les personnes déplacées doivent prendre en
compte les vulnérabilités propres au sexe/genre. Dans de nombreuses situations, tant la sécurité physique des
hommes que celle des femmes est un sujet de préoccupation mais souvent pour des raisons différentes. Les
femmes sont exposées aux agressions sexuelles et aux viols pendant et après le déplacement. Elles sont trop
souvent confrontées à la violence sexuelle dans les camps, qui sont fréquemment surpeuplés et peu sûrs. De
plus, les cas de violence domestique sont souvent plus nombreux pendant les périodes de déplacement. Dans
les camps ou les logements temporaires, les femmes et les enfants peuvent subir des violences physiques de la
part des membres masculins de la famille, du fait des tensions, du sentiment d’insécurité face à l’avenir et de
l’effondrement des règles et sanctions traditionnelles. La compréhension des vulnérabilités qui sont propres aux
personnes de sexe féminin est un premier pas essentiel vers la protection des femmes déplacées. Bien que les
femmes et les filles constituent la grande majorité des victimes dans les cas rapportés de violence sexuelle, il est
également important de prendre en compte les vulnérabilités des jeunes hommes, qui peuvent également subir 19
des violences sexuelles et qui sont la cible privilégiée du recrutement forcé par des milices. La manière dont les
autorités répondent aux rapports faisant état d’actes de violence sexuelle ou de violences à l’égard des femmes
peut être un facteur de dissuasion ou peut au contraire encourager la poursuite des violences.

Le genre devrait également être pris en compte lors de la création d’un système pour l’octroi de l’aide humanitaire
telle que la nourriture, les soins médicaux, etc. (voir chapitre 4 et chapitres 7 à 10). L’enregistrement des personnes
déplacées pour des prestations telles que la nourriture est souvent effectué par les représentants masculins de la
famille et l’aide, les biens et les services leur sont octroyés en supposant qu’ils en feront bénéficier leur famille.
Cela signifie que les femmes chefs de famille peuvent rencontrer des difficultés pour recevoir l’aide. L’expérience
montre également que l’aide distribuée aux hommes ne parvient pas toujours à la famille. En fait, de nombreuses
organisations humanitaires choisissent de donner la nourriture et les autres formes d’aide aux femmes qui vont
plus sûrement faire en sorte que leur famille, notamment les groupes vulnérables tels que les enfants et les
personnes âgées, soient nourris. Dans certains cas, la distribution de nourriture est utilisée comme moyen de
forcer les femmes bénéficiaires à avoir des rapports sexuels. Quand la nourriture et les autres formes d’aide sont
inadéquates, les femmes sortent du camp toutes seules afin de trouver de la nourriture ou un revenu et sont
encore plus vulnérables à la violence perpétrée par les milices locales, la police ou les forces militaires.

Les soins de santé en matière de reproduction peuvent être insuffisamment adaptés aux besoins des femmes.
L’importance d’avoir accès aux soins obstétriques et gynécologiques est en effet fréquemment sous-estimée,
notamment pour les femmes enceintes, qui allaitent ou qui viennent d’accoucher.

Les hommes et les femmes déplacés rencontrent souvent des obstacles lorsqu’ils essaient d’accéder au marché
local du travail (voir chapitre 13). Aussi bien les femmes que les hommes peuvent éprouver des difficultés à

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

trouver un travail convenable, notamment quand les sources de revenu traditionnelles sont détruites. Dans les
zones urbaines, les femmes ont plus facilement accès au marché informel en tant qu’employées domestiques ce
qui peut influencer la manière dont les rôles sont redistribués au sein de la famille.

Dans les situations où il est socialement inacceptable que les femmes travaillent hors de chez elles, celles qui
assument le rôle de chef de famille n’ont parfois pas les moyens de faire vivre leur famille et peuvent se trouver
dans une situation particulièrement vulnérable.

Les solutions aux problèmes qu’entraînent les situations de déplacement devraient être basées sur le consentement
libre et en connaissance de cause de toutes les PDI, mais il arrive souvent que les décisions soient prises par
l’homme chef de famille, même quand il existe une différence de points de vue au sein de la famille. Par ailleurs,
pour ceux qui retournent dans leur communauté d’origine, le règlement des différends concernant la terre et
les propriétés dépend encore fortement du genre de la personne qui en réclame la possession, et les femmes qui
ont perdu leur mari sont particulièrement vulnérables à la discrimination (voir chapitre 12). Selon le système de
propriété foncière, les actes de propriété peuvent être délivrés au nom du chef de famille masculin, ce qui rend
difficile pour les veuves ou les orphelins de revendiquer leur terre et leur propriété traditionnelle. De même, les
systèmes coutumiers limitent les droits à l’héritage et à l’usufruit pour les femmes.

Principe 4
[…]
2. Certaines personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, telles que les enfants, en particulier les
20 mineurs non accompagnés, les femmes enceintes, les mères d’enfants en bas âge, les femmes chef de
famille, les personnes souffrant d’incapacités et les personnes âgées ont droit à la protection et à l’aide
que nécessite leur condition et à un traitement qui tienne compte de leurs besoins particuliers.

Principe 7
3. Lorsque le déplacement a lieu dans d’autres circonstances que la phase d’urgence d’un conflit armé ou
d’une catastrophe, les garanties suivantes doivent être observées :
[…]
d) Les autorités compétentes s’efforceront d’associer les personnes concernées, en particulier les
femmes, à la planification et à la gestion de leur réinstallation;

Principe 18
[…]
3. Des efforts particuliers seront faits pour assurer la pleine participation des femmes à la planification
et à la distribution des fournitures de première nécessité.

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 1 : Les Principes directeurs et la protection fondée sur les droits de l’homme

Principe 19
[…]
2. Une attention particulière devrait être accordée aux besoins des femmes dans le domaine de la santé,
notamment à leur accès aux prestataires et aux services de soins de santé, tels que les soins de santé
en matière de reproduction, ainsi qu’aux services de consultation requis dans le cas des victimes de
sévices sexuels et autres.

Principe 20
[…]
3. Les femmes et les hommes pourront demander de tels documents sur un pied d’égalité et auront le
droit de se les faire délivrer à leur propre nom.

Principe 23
[…]
3. Des efforts particuliers seront faits pour assurer la pleine et égale participation des femmes et des filles
dans le cadre des programmes d’enseignement.
4. Des services d’enseignement et de formation seront offerts, dès que les conditions le permettront, aux
personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, en particulier aux adolescents et aux femmes, 21
qu’ils vivent dans un camp ou ailleurs.

Lors de la révision des lois et des politiques relatives aux PDI il est important de garder à l’esprit les différences
existant entre les hommes et les femmes dans les situations de déplacement, afin de s’assurer que ces dernières
ne conduisent pas—intentionnellement ou non—à des traitements discriminatoires. Il est parfois arrivé que le
degré de discrimination contre les femmes présent dans les lois soit uniquement reconnu dans des situations de
déplacement à large échelle. L’établissement de mécanismes permettant de signaler ce type de discriminations
et de prendre des mesures afin de remédier à l’impact discriminatoire des lois et des politiques, peut profiter non
seulement aux personnes déplacées, mais également à la population dans son ensemble.

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Chapitre 2
Cadre normatif précisant les responsabilités des Etats

Tel que décrit dans le Principe directeur 3, c’est aux autorités nationales qu’incombe avant tout la responsabilité
de fournir une protection et une aide aux personnes déplacées. Qu’est-il attendu des gouvernements pour qu’ils
remplissent entièrement cette obligation  ? Pour les aider, le Projet sur les déplacements internes mené par
l’Institut Brookings et l’Université de Berne (Projet Brookings–Berne) a développé en 2005 un Cadre normatif
précisant les responsabilités des Etats qui leur donne des points de référence pour faire face à la problématique
du déplacement interne.23 Ce cadre comprend douze domaines-clés dans lesquels les Etats peuvent agir pour
limiter et résoudre des situations de déplacement. Cette section du manuel développe chacun de ces domaines
en fournissant des conseils spécifiques et pertinents pour l’élaboration de lois et de politiques.

A. La prévention

L’une des actions primordiales que peuvent entreprendre les Etats pour exercer leur responsabilité face au
déplacement interne est la mise en place de mesures pour l’éviter. Il conviendrait de se concentrer à la fois sur des
mesures permettant d’éviter des déplacements inutiles et, quand le déplacement est inévitable, sur les mesures à 23
prendre pour en limiter les effets néfastes. Tel que décrit dans le Principe directeur 5, le facteur le plus important
dont il faut tenir compte pour éviter un déplacement est le plein respect du droit international, notamment les
droits de l’homme et le droit humanitaire—une entreprise qui va au-delà de l’élaboration de lois et de politiques
et qui a des implications pour toutes les branches du gouvernement.

Principe 5
Toutes les autorités et tous les membres concernés de la communauté internationale respectent les
obligations qui leur incombent en vertu du droit international, notamment les droits de l’homme et
le droit humanitaire, et assurent leur respect en toutes circonstances de façon à prévenir et éviter les
situations de nature à entraîner des déplacements de personnes.

23 Institut Brookings – Université de Berne, Projet sur les déplacement internes (Projet Brookings–Berne), Faire face au
problème du déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays : Cadre normatif précisant les responsabilités des
Etats (avril 2005) (www.brookings.edu/projects/idp/20050401_nrframework.aspx).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Les mesures pour prévenir et atténuer un déplacement devraient concrètement inclure une révision des lois et
des politiques nationales pour s’assurer qu’elles incluent les principes de protection de base édictés par le droit
international et décrits dans les Principes directeurs (pour plus de détails, voir chapitre 3).

Étude de cas
Mécanismes d’alerte rapide
En Colombie, l’article 8 de la loi No. 387 confie aux municipalités la responsabilité principale d’empêcher
et de répondre au déplacement forcé. Au niveau national, le système d’alerte rapide (sistema de alerta
temprana ou SAT) est l’instrument principal pour empêcher les déplacements. Les représentants du
Bureau de l’Ombudsman suivent de près la situation des civils dans cinq zones-clés de Colombie et
élaborent des rapports qui analysent les risques auxquels ces civils font face à cause des mouvements
militaires, d’éventuels affrontements armés et d’autres facteurs. Ces rapports sont transmis par le Bureau
de l’Ombudsman à Bogota au Comité interministériel pour l’alerte rapide (Comité interministerial para
la alerta temprana ou CIAT), qui est dirigé par le Ministère de l’Intérieur et composé de représentants
du Ministère de la Défense, de la Vice-présidence, de l’armée, du Directorat opérationnel de la
police nationale, de la police de la sécurité (DAS, et Acción Social). En fonction de ces rapports et
d’autres informations qui sont mises à sa disposition, le CIAT décide de lancer une alerte rapide, puis
il débloque des fonds budgétaires et d’autres ressources afin de répondre préventivement à des
menaces spécifiques. Les mesures prises vont de la distribution de téléphones portables à des chefs
de communautés menacées au déploiement de troupes militaires.24
24 En République Démocratique du Congo (RDC), les troupes de la Mission des Nations Unies (MONUC)
peuvent être déployées dans des zones où les communautés sentent peser sur elles la menace d’un
déplacement. De telles interventions se font fréquemment sous l’impulsion du groupe de protection
créé par les Nations Unies, qui comprend des agences humanitaire clés et des ONG et qui a pour
mission d’identifier et de répondre aux besoins de protection liés au déplacement interne.25

B. La prise de conscience nationale

Faire prendre conscience à toutes les parties prenantes de l’existence et de la nature de la problématique du
déplacement interne, ainsi que des mesures nécessaires pour y répondre est une condition préalable importante
pour la mise en œuvre de lois et de politiques relatives au déplacement interne. Tel que décrit dans le Cadre
normatif précisant les responsabilités des Etats, les campagnes de sensibilisation ou de prise de conscience
peuvent aider à promouvoir la solidarité nationale avec les personnes déplacées et à neutraliser les préjugés sur
le déplacement. La prise de conscience nationale est particulièrement importante dans le contexte des lois et des
politiques nationales, qui requièrent souvent de répondre aux vulnérabilités propres aux personnes déplacées par
le biais de mesures spéciales qui ne sont pas à la portée des autres citoyens, telles que l’assistance humanitaire
ciblée ou le remplacement simplifié des documents personnels. Il est donc crucial pour la population en général,
et en particulier pour les communautés accueillant un grand nombre de personnes déplacées, de comprendre

24 Rapport soumis par le Représentant du Secrétaire général pour les droits de l’homme des personnes déplacées dans leur
propre pays, Walter Kälin, Additif, Mission en Colombie, A/HRC/4/38/Add.3 (2007), paragraphes 41 et 42.
25 Rapport soumis par le Représentant du Secrétaire général pour les droits de l’homme des personnes déplacées dans leur propre
pays, Walter Kälin, Additif, Mission en République démocratique du Congo, A/HRC/8/6/Add.3 (2008), paragraphe 35.

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 2 : Cadre normatif précisant les responsabilités des Etats

que ces mesures ne sont pas de nature politique ou arbitraire, mais sont nécessaires pour permettre de placer les
concitoyens désavantagés dans une position d’égalité juridique et matérielle.

C. La collecte de données

Il est essentiel de posséder des informations précises sur le nombre de personnes déplacées, ainsi que sur leur
emplacement et les conditions dans lesquelles elles vivent pour permettre une mise en œuvre de lois et de politiques
adaptées à leurs besoins. En effet, la mise en œuvre des lois et des politiques sans une base d’informations fiable
présente le risque que des ressources déjà limitées soient allouées à des mesures de protection et d’assistance qui
ne répondent pas aux besoins des personnes déplacées ou que les risques auxquels font face des sous-groupes
spécifiques de personnes déplacées soient laissés de côté.

La collecte de données pertinentes, y compris le nombre et la composition des communautés déplacées, leur
emplacement, leurs besoins spécifiques et leurs vulnérabilités, doit commencer dès le début du déplacement et
doit également se poursuivre—aussi systématiquement que possible –jusqu’à ce que des solutions durables aient
été véritablement trouvées.26 Une mise à jour régulière permet non seulement de corriger toutes les imprécisions
sur les informations reçues, mais également de prendre en compte les changements au sein de la population de
PDI (tels que les nouveaux flux ou ceux en cours, les statistiques sur les naissances et les décès, etc.).

La collecte de données n’est pas identique à l’enregistrement (voir chapitre 1, section B), mais l’enregistrement
est une source parmi d’autres qui peuvent s’avérer utiles. Il n’existe pas une seule façon de rassembler des 25
informations précises sur le déplacement interne, mais les agences internationales ont développé un certain
nombre d’approches pour évaluer le nombre, les caractéristiques et les besoins des PDI qui peuvent servir de
point de départ. Les autorités nationales ont la responsabilité première de compiler des informations sur les
PDI et ont souvent accès à d’importantes sources de données telles que des informations sur le recensement, des
bases de données sur l’enregistrement cadastral et d’autres dossiers officiels. Bien qu’il soit essentiel de protéger
la vie privée des individus en empêchant la parution d’informations qui les identifieraient de manière précise
l’ensemble des données contenues dans ces dossiers administratifs peut néanmoins s’avérer utile afin d’obtenir
une meilleure compréhension des caractéristiques et des besoins-clés en matière de protection des groupes de
PDI. Des règles claires concernant la collecte, le stockage et l’utilisation de ces données devraient en assurer la
sécurité et la confidentialité.

Les autorités nationales devraient encourager et faciliter la collecte et la consolidation de données sur le
déplacement effectuées par les acteurs internationaux. Des méthodologies telles que celles présentées dans
“L’outil de l’UNHCR pour l’évaluation participative dans les opérations” ou dans la publication “Guide sur
le profilage des personnes déplacées” de l’IDMC/OCHA reflètent les leçons apprises sur le terrain dans de
nombreuses situations de déplacement.27 Quand la communauté internationale peut apporter son aide dans la
collecte de données, l’Etat a un rôle important à jouer en facilitant l’accès aux PDI et en fournissant un cadre
institutionnel permettant de coordonner la collecte de données et de diffuser les résultats obtenus (voir section
G, ci-après).

26 Pour plus de détails, voir les chapitres de la partie III. Voir également IDMC/OCHA, “Guide sur le profilage des personnes
déplacées” (avril 2008) (http://www.unhcr.org/refworld/docid/49882f982.html).
27 UNHCR, “L’outil de l’UNHCR pour l’évaluation participative des personnes déplacées” (Mai 2006) http://www.unhcr.org/
refworld/docid/46e9231d2.html ); IDMC/OCHA, “Guide sur le profilage des personnes déplacées” (avril 2008) http://
www.unhcr.org/refworld/docid/49882f982.html).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Étude de cas
Demande officielle d’enquête académique sur les PDI en Turquie
Au début des années 1990, la Turquie a connu une importante crise de déplacement interne, suite à
des conflits opposant les forces de sécurité gouvernementales et des groupes d’insurrection dans les
provinces du sud-est du pays. Le fait que cette crise se déroule au cours d’une période d’urbanisation
rapide et de migration interne élevée, a été un des facteurs compliquant les moyens d’action du
gouvernement en créant des incertitudes quant au nombre de PDI et à la distinction entre eux et les
migrants économiques. Afin de faire face à ce problème, Francis Deng, le premier RSG, a recommandé
une collecte de données plus détaillées et plus fiables sur la nature et l’ampleur du problème, y compris
sur le nombre de personnes déplacées et « sur les lieux où elles se trouvent à l’heure actuelle, sur leur
situation et leurs besoins spécifiques, ainsi que sur leurs intentions pour ce qui est du retour ou de la
réinstallation ».28 Suivant cette recommandation, le gouvernement turc a demandé à l’Institut d’études
démographiques de l’Université d’Hacettepe d’évaluer les projets des PDI, ainsi que leur situation
financière. Les résultats de l’enquête, publiés en décembre 2006, ont fourni des informations détaillées
obtenues par un mélange de techniques qualitatives et quantitatives.29 Le rapport a été accueilli comme
étant une bonne base de travail pour assister le gouvernement dans la planification des programmes
et stratégies devant répondre aux défis que présente la recherche de solutions durables pour les
personnes déplacées internes.30

26
D. Formation sur les droits des PDI

Proposer des formations sur la problématique du déplacement interne aux fonctionnaires de tous les échelons du
gouvernement est un élément-clé de l’exercice de la responsabilité nationale et peut participer à tous les aspects
d’une réponse officielle. En ce qui concerne les lois et les politiques relatives aux PDI, il est particulièrement
important de s’assurer que tous les fonctionnaires auxquels il incombe de mettre en œuvre directement ces
instruments comprennent :

1. Que les PDI conservent leurs droits de citoyens ou de résidents habituels, mais qu’elles font face à des
risques et des vulnérabilités liés au déplacement qui peuvent les empêcher de jouir pleinement de leurs
droits ;
2. Comment procéder dans l’exécution de leurs activités consacrées aux PDI ;
3. Comment toutes les nouvelles tâches courantes et les procédures pour les PDI diffèrent des tâches et des
procédures ordinaires dont ils s’occupent dans des circonstances normales ; et
4. Pourquoi il est nécessaire d’effectuer des changements dans la manière d’exécuter leur travail.

28 Rapport du Représentant du Secrétaire général chargé de la question des personnes déplacées dans leur propre pays,
M. Francis Deng, présenté conformément à la résolution 2002/56 de la Commission des droits de l’homme, Additif,
“Déplacements de population: le cas de la Turquie”, UN Doc. E/ CN.4/2003/86/Add.2 (27 novembre 2002), paragraphe 36.
29 Pour plus d’information sur cette enquête, voir Survey on Migration and Displaced Population, Institute of Population
Studies, “ (www. hips.hacettepe.edu.tr/english/tgyona_eng.htm).
30 Rapport du Représentant pour les droits de l’homme des personnes déplacées dans leur propre pays, M. Walter Kälin,
présenté en application de la résolution 60/168 de l’Assemblée et de la résolution 2005/46 de la Commission des droits de
l’homme, UN Doc. A/62/227 (13 Août 2007), paragraphe 12.

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 2 : Cadre normatif précisant les responsabilités des Etats

Beaucoup de mesures spécifiques qui sont recommandées dans le présent manuel impliquent la fourniture d’une
protection et d’une aide particulière aux PDI ou aux sous-groupes vulnérables de PDI. Pour les fonctionnaires
locaux, cela peut en pratique signifier qu’on attend d’eux qu’ils continuent de faire ce qu’ils font habituellement
(par exemple, enregistrer les personnes pour des votes, traiter les demandes de pièces d’identité ou certifier les
enseignants), mais en se fondant sur d’autres conditions requises, comme des exigences de preuve moins élevées
ou d’autres critères plus souples qui reflètent les conditions particulières des PDI. La maîtrise de nouvelles
procédures dans des conditions de crise peut représenter une charge importante pour les fonctionnaires locaux.

De telles pressions peuvent conduire à des applications de la loi qui sont arbitraires ou incohérentes, voire à des
obstructions bureaucratiques, si les conseils et les explications que reçoivent les fonctionnaires ne sont pas clairs.
Les lois et les politiques relatives aux PDI devraient non seulement être clairement rédigées et avalisées par les plus
hautes autorités, mais également être accompagnées d’une formation suffisante pour permettre aux fonctionnaires
chargés de les appliquer de le faire de manière effective. Cette formation doit fournir des conseils sur les problèmes
techniques et logistiques que soulève l’application des nouvelles lois et politiques. Elle doit également apporter une
explication plus étendue sur la problématique du déplacement interne, y compris les risques pour les personnes
touchées, notamment les catégories de PDI ayant des vulnérabilités inhérentes (voir chapitre 1, section D) et
l’obligation de la part des autorités nationales à tous les niveaux de fournir aide et protection.

E. Le cadre normatif national

Un point de départ important lorsqu’il s’agit de traiter le problème du déplacement interne dans les lois et les 27
politiques est de savoir ci ces dernières ont réellement besoin d’être modifiées. L’expérience a montré qu’une
réponse effective à une situation de déplacement requiert presque toujours une action législative. La raison en
est que généralement (1) les lois actuelles créent des obstacles involontaires à la capacité des PDI à réaliser leurs
droits ou (2) elles ne proposent pas, en tant que telles, une base suffisante pour répondre aux besoins des PDI.

La plupart des pays ont une hiérarchie des normes juridiques qui doit être respectée dans le processus de réponse
à une situation de déplacement. De manière générale, les règles supérieures, telles que celles constitutionnelles,
sont également les plus difficiles à modifier, tandis que les règles ayant une forme moins contraignante peuvent
être adoptées plus rapidement et exigent moins de délibérations et de consensus. Dans la plupart des systèmes,
les normes les plus contraignantes sont celles qui ont un statut constitutionnel et requièrent généralement une
majorité qualifiée du Parlement. Cependant, les cadres constitutionnels ont généralement une portée large et
tendent à inclure des dispositions qui renforcent les obligations internationales relatives aux droits de l’homme au
niveau interne, ce qui protège l’ensemble de la population, y compris les PDI. Il en résulte que des changements
constitutionnels sont rarement nécessaires pour répondre à la question du déplacement interne.

Des problèmes ont plus de chances de surgir au niveau des lois ordinaires, qui sont souvent approuvées par des
Parlements nationaux ou régionaux à la majorité simple. Les lois ordinaires mentionnent rarement de manière
explicite les droits de l’homme  ; elles présentent généralement les procédures et les modalités concrètes par
lesquelles les individus ont la possibilité de bénéficier dans leur vie quotidienne des droits qui sont garantis sur le
plan international. Tout en jouant ce rôle important, les lois sont souvent complétées par d’autres types de règles,
comme des ordonnances ou des décrets (qui peuvent, dans certaines circonstances, avoir force de loi) et des
règlements administratifs (qui sont souvent adoptés par le ministère ou l’agence responsable de la mise en œuvre
d’une loi afin de réglementer toutes les questions qui ne sont pas traitées en détail d’un point de vue juridique).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Il faut garder à l’esprit les nombreuses variantes qu’il existe dans les ordres juridiques internes des pays qui
ont à faire face à des situations de déplacement interne ainsi que le fait qu’en principe les normes ou les lois
ne peuvent être modifiées que par des normes ou lois de même nature ou de nature supérieure. Par exemple,
dans certaines situations, il peut s’avérer plus rapide de faire publier un décret ou un règlement administratif
pour s’occuper des aspects les plus urgents d’une crise de déplacement. Même si un tel décret doit contenir un
texte affirmant les droits de toutes les PDI, il n’a pas le pouvoir en lui-même d’amender des clauses législatives
préexistantes qui peuvent de manière effective empêcher les PDI d’exercer leurs droits. Les clauses législatives
problématiques devraient plutôt être identifiées et amendées par une nouvelle loi. Par exemple, un décret ou une
politique pour les PDI peut confirmer les droits des enfants déplacés à l’éducation et décrire des responsabilités
institutionnelles et des mesures concrètes pour réaliser ce droit. Il ne change cependant pas en lui-même le fait
que la loi existante peut rendre pratiquement impossible pour les enfants déplacés de s’inscrire dans les écoles
où ils sont déplacés, par exemple, lorsque l’inscription nécessiterait un permis d’établissement ou un document
émanant de l’établissement où l’enfant était précédemment scolarisé.

En prenant cela en considération, le cadre juridique conçu pour répondre à une situation de déplacement interne
peut inclure au moins deux éléments :

1. Révision et analyse de la législation interne existante dans le but d’identifier et d’amender les clauses qui
sont incompatibles avec le droit international des droits de l’homme et le droit international humanitaire
qui sous-tendent les Principes directeurs. Tandis que certaines lois sont problématiques de manière
évidente, d’autres peuvent paraître non-discriminatoires, mais posent des problèmes dans la pratique.
Par exemple, le fait d’exiger que les individus produisent des documents détaillés pour être en mesure
28 d’exercer certains droits peut s’avérer impossible pour les PDI qui sont nombreuses à ne plus avoir accès
à leurs documents personnels. Des amendements à de telles lois devraient inclure des exceptions ou des
procédures alternatives pour les PDI et devraient être suivies au plus vite d’une réglementation de mise
en œuvre pour s’assurer que les autorités locales chargées d’appliquer ces changements de procédure
reçoivent des instructions claires sur la manière d’agir.
2. L’adoption de lois nationales qui réglementent spécifiquement la réponse au déplacement interne.
Généralement, le contenu de ces lois doit être exhaustif et couvrir toutes les phases du déplacement, bien
que, selon les conditions qui prévalent dans certains pays, l’accent peut être mis sur une phase particulière
du déplacement. Tandis que l’adoption de telles lois doit être encouragée, leur élaboration doit se faire
de concert avec l’adoption encore plus rapide de décrets et de politiques qui soutiennent des réponses
ponctuelles à des crises de déplacement interne par le biais de mesures n’exigeant ni amendement
juridique, ni l’adoption d’une nouvelle législation (voir sections F et G ci-après).

Pour terminer, il convient de signaler que la capacité de certains pays à légiférer ou à mettre en œuvre de
manière uniforme la législation peut être fortement limitée dans le contexte de crises humanitaires débouchant
sur des déplacements. Dans de tels cas, toutes les lois internes et, lorsqu’elles peuvent être appliquées, les règles
coutumières locales devraient être interprétées dans l’esprit des Principes directeurs afin d’apporter protection et
aide aux PDI. Ces lois et ces règles ne peuvent pas être invoquées si elles contredisent les normes généralement
acceptées du droit international des droits de l’homme et le droit international humanitaire qui sous-tendent les
Principes directeurs.

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 2 : Cadre normatif précisant les responsabilités des Etats

F. Stratégie, politique ou plan d’action à l’échelle nationale

Les politiques, les stratégies ou les plans d’action à l’échelle nationale nécessitent moins de procédures formelles
et peuvent donc être adoptés plus rapidement que les lois. Ils peuvent ainsi s’avérer plus appropriés qu’une
législation formelle ou peuvent être utilisés pour élaborer ou mettre en œuvre une législation nouvellement
adoptée. Les politiques, les stratégies ou les plans d’action nationaux devraient fournir un cadre clair permettant
d’organiser une réponse appropriée à une situation de déplacement interne. De telles politiques, stratégies et
plans d’action devraient :

• définir les priorités pour l’élaboration et l’amendement de la législation ;


• compléter les lois existantes en déterminant les actions prioritaires et en distribuant des rôles spécifiques
aux agences ou départements gouvernementaux nationaux et locaux, ainsi qu’aux institutions nationales
des droits de l’homme (INDH) et aux acteurs de la société civile ; et
• créer ou définir un mécanisme de coordination nationale pour répondre à la situation de déplacement
(voir section G, ci-après).

Alors que les politiques et les plans peuvent être adoptés avec moins de formalités que des lois, le processus se
doit néanmoins d’être transparent et inclusif. L’élaboration de politiques donne une occasion sans précédent
de consulter les PDI pour s’assurer que leurs capacités et celles des acteurs pertinents de la société civile sont
prises en compte pour formuler une réponse au problème du déplacement interne. Le cadre des politiques
nationales doit être large afin de permettre des actions rapides et coordonnées pour répondre à de futures vagues
de déplacement, ainsi que pour traiter les situations existantes. À cette fin, ces politiques devraient inclure des
clauses concernant toutes les causes du déplacement (notamment les conflits armés et les catastrophes naturelles) 29
et tous les aspects du déplacement (prévention, protection et assistance pendant le déplacement, solutions
durables), ainsi que des mesures spécifiques à prendre pour identifier et protéger les PDI particulièrement
vulnérables (voir chapitre 1, section D ci-dessus). Enfin, les PDI devraient pouvoir accéder aux politiques et
aux plans (y compris par la traduction dans une langue comprise par toutes les communautés déplacées et par
une large diffusion) facilement applicables par les fonctionnaires locaux. Ces derniers devraient recevoir une
formation sur l’application de ces politiques et de ces plans, ainsi que des clarifications complémentaires par le
biais de circulaires officielles quand des questions ou des problèmes surviennent (voir section D).

Étude de cas
La stratégie étatique concernant les PDI en Géorgie
En février 2007, le Premier ministre de la Géorgie a adopté la Stratégie nationale concernant les PDI.
La stratégie complétait une loi existante qui réglementait le statut des PDI en présentant des principes
généraux qui affirment à la fois le droit au retour volontaire pour toutes les PDI une fois que les conditions
sont réunies et le besoin de prendre des mesures spécifiques pour faciliter l’intégration locale dans des
conditions favorables et pour favoriser l’autosuffisance économique jusqu’à ce que le retour dans les foyers
d’origine soit possible. La stratégie demande une révision de la législation afin d’identifier et de traiter les
éléments faisant obstacle à l’intégration des PDI (chapitre V, paragraphe 1), désigne le Ministère des
réfugiés et du logement comme étant l’entité de coordination principale par rapport aux autres institutions
gouvernementales, aux donneurs internationaux, à la société civile et aux PDI (chapitre VII, paragraphes
1 et 3). Il demande l’adoption d’un plan d’action pour consolider les ressources appropriées pour la mise
en œuvre de la stratégie, distribuer les rôles selon les acteurs concernés, établir les activités par ordre de
priorité et définir des indicateurs de suivi. Le plan d’action a été adopté en août 2008.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

G. Point focal institutionnel

L’établissement d’un point focal national est un aspect essentiel de l’exercice de la responsabilité de l’Etat à
l’égard des personnes déplacées. Il permet une attention soutenue aux problèmes de déplacement interne et
facilite la coordination au sein du gouvernement, de même qu’avec les autres acteurs pertinents, notamment
les membres de la société civile, les institutions nationales des droits de l’homme et les agences humanitaires
internationales. Le point focal national prend un certain nombre de formes dans la pratique dont :

• Des agences gouvernementales existantes avec des mandats spécifiques et qui sont aussi chargées de la
coordination pour les questions relatives aux PDI ;
• Des nouvelles agences ou bureaux spécifiquement créés pour coordonner les actions liées aux situations
de déplacement, souvent au niveau du Cabinet du Président ou du Premier ministre ;
• Des comités permanents, des groupes de travail ou des task forces institutionnalisant la collaboration de
tous les ministères et de toutes les agences impliquées.

Étude de cas
Mécanisme de coordination nationale
Au Sri Lanka, la Commission Consultative de l’Assistance Humanitaire est un forum de haut niveau qui se
consacre à définir et de coordonner la mise en place de politiques, menés par le ministre en charge de
catastrophes naturelles et de droits de l’homme. Les ministères principaux, les agences de Nations Unies,
30 et les donneurs bilatéraux y sont présents. Il existe également des sous-commissions pour le replacement
et le bien-être de personnes déplacées ainsi que pour la santé, l’éducation, les modes de vie et toute
autre organisation et services indispensables.

En Azerbaïdjan, le Vice Premier Ministre est le Président du Comité national d’aide humanitaire pour
les réfugiés/PDI. Ce Comité est responsable du programme de réinstallation du gouvernement, de la
coordination des réponses au déplacement interne apportées par les autres agences gouvernementales
ainsi que des activités des organisations internationales et non gouvernementales. Le Comité collabore
étroitement avec des Comités exécutifs locaux, représentés dans les centres d’accueil des PDI et qui
fournissent une assistance directe aux PDI. Sur la base des rapports établis, cet aménagement a amélioré
de façon significative la coordination entre les acteurs concernés.

Dans les Etats décentralisés où des responsabilités importantes vis-à-vis des PDI sont conférées aux fonctionnaires
provinciaux, régionaux et/ou locaux, la coordination doit être tant verticale qu’horizontale. Elle doit faciliter les
prises de décision parmi les différents acteurs pertinents au niveau central et assurer que des directives claires,
des actions de suivi et des informations circulent librement entre ces acteurs et les organes de coordination
régionaux et/ou locaux. Que la coordination se fasse par le biais de nouvelles structures ou par celles déjà
existantes, les organes responsables devraient être dotés de mandats et de ressources appropriés pour accomplir
leur tâche. Afin de pouvoir fonctionner, ces organes devraient avoir un poids politique suffisant pour que tous
les ministères concernés s’engagent pleinement dans le processus et que les propositions et les recommandations
qui en résultent puissent être remises aux plus hautes autorités pour approbation.

En ce qui concerne le développement et la mise en œuvre de lois et de politiques relatives au déplacement


interne, les points focaux institutionnels ont un rôle crucial à jouer au cours de presque toutes les étapes du
processus. Les organes de coordination devraient notamment recevoir un mandat pour :

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 2 : Cadre normatif précisant les responsabilités des Etats

• demander et recevoir toutes les données et les dossiers pertinents sur les populations déplacées provenant
des autres agences et ministères gouvernementaux, à la fois pour développer et mettre à jour un ensemble
de données fiables sur les caractéristiques et les besoins des populations de PDI (voir section C, ci-dessus)
et, lorsque cela est possible, pour aider à générer un corpus de preuves contribuant au remplacement
simplifié des documents personnels des PDI (voir chapitre 11) ;
• Coordonner l’action en vue d’établir un décompte et de recueillir des informations qui soient pertinentes
sur les PDI et, quand cela est nécessaire, procéder à un recensement, mais aussi rassembler, analyser et
diffuser des renseignements actualisés sur les effectifs, les lieux, les caractéristiques et les besoins de ces
populations, et ce, régulièrement ;
• assumer la responsabilité de veiller à ce que la réponse nationale dans chaque phase de la crise du
déplacement soit guidée par de véritables consultations avec les PDI, y compris les groupes particulièrement
vulnérables (voir section I, ci-après) ;
• prendre toutes les mesures nécessaires pour faciliter et coordonner l’octroi d’une aide et, quand cela est
opportun, d’une protection de la part des acteurs humanitaires nationaux et internationaux (voir chapitre 4) ;
• définir les amendements aux lois existantes auquel il est nécessaire de procéder et surveiller le processus de
rédaction de nouvelles lois et politiques nationales sur le déplacement interne (voir sections E et F, plus haut) ;
• développer du matériel de formation pour tous les fonctionnaires qui sont chargés de mettre en œuvre
des lois et des politiques relatives au déplacement interne au niveau national, régional et local ; apporter
un suivi, y compris les réponses à des questions d’interprétation et d’application juridique et diffuser un
guide des meilleures pratiques, par exemple sous forme de circulaires (voir section D, plus haut) ;
• exercer son autorité et avoir les moyens de veiller à ce que chaque ministère, agence et département, dont
le mandat définit des responsabilités spécifiques selon la loi, puisse répondre de ses actes.
31

H. La surveillance

Une surveillance est essentielle pour s’assurer que les clauses existantes des lois et des politiques relatives aux
PDI sont bel et bien appliquées et ce de manière conforme. Elle est également essentielle pour identifier les
éventuelles lacunes dans ces clauses et dans d’autres domaines où les activités nationales de protection doivent
d’être organisées et mises en œuvre. Les lois et les politiques relatives aux PDI devraient inclure des mécanismes
internes de recours (tels que des procédures d’appel ou des mécanismes de plaintes pour des personnes auxquelles
des prestations sont refusées) et désigner des groupes externes pour certains processus de surveillance, lorsque
cela est opportun. Ces processus devraient être guidés par des critères et des indicateurs identifiés au cours
de la collecte de données sur les besoins des PDI en matière de protection (voir section C, plus haut), et des
normes inclues dans le droit international des droits de l’homme et reflétées dans les Principes directeurs. Dans
la plupart des cas, l’organe idéal pour surveiller la mise en œuvre de lois et politiques relatives au déplacement
interne est l’institution nationale des droits de l’homme établie conformément aux Principes de Paris31 ou
l’ombudsman. Le Ministère de la Justice et le Procureur général peuvent également jouer un rôle de surveillance
important. La définition du rôle de surveillance doit dans tous les cas être suffisamment large pour garantir la
cohérence et l’efficacité des réponses nationales au déplacement.32

31 Assemblée générale de l’ONU, “Principes concernant le statut et le fonctionnement des institutions nationales pour la
protection et la promotion des droits de l’homme,’’ (Principes de Paris), UN Doc. A/Res/48/134 (20 décembre 1993).
32 Pour plus d’informations sur les mesures spécifiques que peuvent prendre les INDH pour surveiller efficacement les actions
menées pour répondre au problème de déplacement, voir Institut Brookings-Université de Berne : projet sur les déplacements
internes, « Faire face au problème du déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays : Cadre normatif précisant les
responsabilités des Etats » (avril 2005), pp.19-21 ; ‘La protection des personnes affectées par des catastrophes naturelles : Les
directives opérationnelles sur les droits de l’homme et les catastrophes naturelles de l’IASC’’ Section 1.4 (2007).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

I. Participation des PDI au processus de prise de décision

Le fait de consulter les PDI sur toutes les décisions qui les touchent et de faciliter leur participation accrue dans
les affaires de la communauté n’est pas simplement une question de courtoisie. C’est une question de nécessité
fondée sur trois considérations-clés :

1. Les PDI possèdent un droit de participation. Les droits à la liberté d’expression et de participation politique,
garantis sur le plan international, incluent le droit de rechercher, de recevoir et de transmettre des
informations, ainsi que de prendre part à la direction des affaires publiques.33 Le fait de s’assurer que les
PDI reçoivent toutes les informations nécessaires et que leur opinion est prise en compte est donc une
question de droits de l’homme.
2. La participation de PDI contribue à une action plus efficace. La seule façon de réellement comprendre les risques
et les menaces auxquels les PDI sont confrontées, leurs capacités et leurs mécanismes d’adaptation, ainsi que
les aspirations concernant leur avenir est de les interroger directement. Ce faisant, il faut prendre soin de
s’assurer que les sous-groupes vulnérables ou marginalisés au sein des populations déplacées ont la possibilité
de parler en toute sécurité et/ou sous le couvert de la confidentialité. L’expérience montre qu’un programme
élaboré sur la base de l’expérience des PDI sera basé sur une meilleure connaissance des faits et sera donc plus
efficace tant pour répondre aux besoins des PDI que pour distribuer les ressources publiques.
3. La participation des PDI réduit leur dépendance et facilite leur réintégration. Encourager la participation
des PDI aux prises de décision peut les préparer à adopter leurs propres mesures pour atténuer le
déplacement et y mettre un terme. En identifiant clairement les problèmes auxquels elles font face, les
PDI peuvent être encouragées non seulement à suggérer les actions les plus adéquates, mais également à
32 développer leurs propres actions complémentaires. Dans de nombreux cas, cela implique la mise en place
d’un système d’organisation représentant un début de réponse aux besoins les plus élémentaires (par
exemple, entretenir et nettoyer les zones de latrines), mais qui peut également fournir une plateforme
pour endosser des rôles plus importants au bout d’un certain temps.

Principe 7
[…]
3. Lorsque le déplacement a lieu dans d’autres circonstances que la phase d’urgence d’un conflit armé ou
d’une catastrophe, les garanties suivantes doivent être observées :
[…]
c) On s’efforcera d’obtenir le consentement libre et en connaissance de cause des personnes
déplacées;
d) Les autorités compétentes s’efforceront d’associer les personnes concernées, en particulier les
femmes, à la planification et à la gestion de leur réinstallation.

Principe 18
[…]
3. Des efforts particuliers seront faits pour assurer la pleine participation des femmes à la planification
et à la distribution des fournitures de première nécessité.

33 Voir par exemple, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), Articles 19 et 25.

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 2 : Cadre normatif précisant les responsabilités des Etats

Principe 22
1. L’exercice des droits suivants par les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, qu’elles
vivent dans des camps ou ailleurs, ne doit faire l’objet d’aucune discrimination fondée sur leur situation
en tant que personnes déplacées :
a) droits à la liberté […] d’opinion et d’expression;
[…]
c) droit à la liberté d’association et de participation sur un pied d’égalité aux affaires de la communauté;
d) droit de voter et de prendre part aux affaires gouvernementales et publiques, y compris le droit
d’accéder aux moyens nécessaires pour exercer ce droit; […]

Principe 29
1. Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui ont regagné leur foyer ou leur lieu de
résidence habituel ou se sont réinstallées dans d’autres régions du pays […] ont le droit de prendre
part pleinement et sur un pied d’égalité aux affaires publiques à tous les niveaux et d’accéder dans des
conditions d’égalité aux services publics.
[…]

Autres principes pertinents : 3(2)


33
L’information, la consultation et la participation sont importantes dans deux contextes, à savoir : (1) l’élaboration
de lois et de politiques pertinentes pour répondre au problème du déplacement, et (2) le niveau opérationnel de
l’aide humanitaire et les autres mesures pratiques qui touchent les PDI.

(1) Aux fins des lois et des politiques sur les personnes déplacées, des processus participatifs devraient faire
partie intégrante de la collecte d’informations sur les besoins spécifiques des populations déplacées et des sous-
groupes de PDI qui doivent être traités dans les lois et les politiques, dans le processus d’élaboration et dans le
processus de surveillance et d’évaluation, en vue de procéder à tous les changements et amendements au cadre
juridique qui sont jugés nécessaires. Le processus de participation doit prendre en compte tant les idées des sous-
groupes vulnérables au sein des populations déplacées (voir plus haut, chapitre 1, section D) que celles des autres
personnes touchées n’appartenant pas à la communauté de PDI, y compris les communautés d’accueil.

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Étude de cas
La participation des PDI dans l’élaboration de lois et la formulation de politiques
Depuis 2004, onze gouvernements de pays de la région des Grands Lacs d’Afrique touchés par la
problématique du déplacement, ont engagé un processus visant à créer un espace de paix et de sécurité
durable, de stabilité politique et sociale et de croissance économique et de développement partagés.34
Leur détermination est symbolisée par la signature en 2006 du Pacte sur la sécurité, la stabilité et le
développement dans la Région des Grands Lacs. Dans un des protocoles du Pacte les Etats parties
s’engagent non seulement à adopter « les lois nationales nécessaires pour transposer pleinement les
Principes directeurs en droit interne » mais également à veiller « à ce que les personnes déplacées à
l’intérieur de leur propre pays participent effectivement à l’élaboration desdites lois. »35

Dans le sud-est de la Turquie, la province de Van a lancé en 2006 un plan d’action sur le déplacement
interne. Le plan se fondait sur de nombreuses consultations, non seulement avec les PDI, mais également
avec les autres parties prenantes telles que « les gouvernorats de districts et autres autorités locales, […],
des organisations non gouvernementales, des représentants du secteur privé, des chambres de commerce
et professionnelles, des organisations d’employés [et] des syndicats […]  » (section I). Le plan prévoit
la participation des PDI dans sa mise en œuvre, non seulement comme un moyen d’améliorer l’action
provinciale, mais également comme une fin en soi. «  Réduire une ‘culture de la dépendance’ implicite
prévoit la transformation des PDI, passant de passifs receveurs d’assistance et de services à des citoyens
actifs impliqués dans les processus de prise de décision, ainsi que dans les mécanismes de prestations
de services qui exigent des rôles à responsabilités, notamment en ce qui concerne la détermination du
34 type, de la qualité, de la quantité, du lieu et des priorités de services. » (section II, paragraphe L).

(2) Au niveau opérationnel, la consultation est nécessaire quand les autorités sont par exemple contraintes,
pour des raisons de sécurité publique, de reloger des gens hors de leurs foyers et de leurs terres. Les Principes
directeurs spécifient que les communautés devraient être informées et consultées à propos des besoins concernant
une relocalisation, et également qu’elles devraient être impliquées dans les prises de décisions concernant la
planification et la gestion de ce type de déplacement. Si la consultation doit reconnaître le droit fondamental
de ne pas être déplacé pour des raisons arbitraires, elle est également judicieuse d’un point de vue pratique.
En effet, lorsque les personnes touchées comprennent pourquoi le déplacement est nécessaire et sont inclues
dans la prise de décision concernant les lieux et les modalités, il y a moins de probabilités qu’elles fassent
opposition au déplacement et plus de chances qu’elles apportent des propositions pour faciliter la relocalisation.
Les autorités devraient fournir des informations quant aux raisons du déplacement et au lieu de destination en
temps opportun. L’organisation de visites de reconnaissance à l’intention des représentants de la communauté
peut calmer les inévitables craintes suscitées par le déménagement et peut servir de base de discussion pour que
la communauté émette des suggestions pouvant rendre le transfert plus facile.

L’approche participative peut être efficace dans de nombreuses activités liées à l’aide humanitaire, y compris
dans l’évaluation des besoins et la distribution de l’aide, la création et la gestion des camps et des programmes
de développement économique. Il est nécessaire que les personnes travaillant au niveau opérationnel consultent
les PDI afin de mieux comprendre les besoins et les capacités existantes, de cibler efficacement les bénéficiaires
et de fournir la forme d’aide la plus adaptée et efficace. Dans l’idéal, l’implication des PDI dans les projets

34 Voir la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (www.icglr.org/).


35 Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, Protocole sur la protection et l’assistance à apporter aux personnes
déplacées à l’intérieur de leur propre pays, (30 novembre 2006), Article 6.

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 2 : Cadre normatif précisant les responsabilités des Etats

humanitaires dépasse les estimations initiales et va jusqu’à la participation dans des programmes de conception,
de mise en œuvre et d’évaluation. Ce type de participation démontre le respect porté aux personnes déplacées
et peut favoriser une responsabilisation accrue chez les bénéficiaires.

Pour que les approches participatives soient efficaces, elles devraient faire montre de transparence, se concentrer
sur les résultats et être perçues par les PDI comme étant équitables. Beaucoup d’approches à la planification
participative s’efforcent d’inclure des PDI qui sont représentatives de la diversité des personnes déplacées en
termes de genre, d’âge, d’ethnicité, d’affiliation religieuse, de caste, etc. Cela peut signifier la programmation de
sessions avec différents groupes pour s’assurer que les PDI se sentent libres de parler ouvertement. Dans certains
cas, les consultations avec les chefs des camps de déplacés, par exemple, peuvent être complétées efficacement
par des discussions avec les groupes de femmes ou des groupes ethniques qui ne sont pas représentés dans le
groupe des chefs. Une participation efficace se planifie avec suffisamment de compréhension du contexte culturel
et politique ainsi que des hiérarchies qui existent au sein des communautés déplacées. Il est important que le
processus n’exclue pas les groupes marginalisés ou ne les mette pas dans une situation dangereuse. Par ailleurs,
la consultation avec les communautés d’accueil doit avoir lieu autant que possible soit en session conjointe avec
les PDI, soit dans des réunions séparées.

La transparence et une bonne communication sont des éléments très importants. Par exemple, il est possible
qu’une organisation mandatée pour distribuer de l’aide alimentaire ne puisse pas répondre aux questions de la
communauté concernant les programmes de développement économique. Cela peut entraîner des déceptions et
même de la méfiance de la part des PDI lorsque les agences les consultent. Expliquer aux PDI dès le début le
mandat et les capacités d’une agence permet d’éviter des attentes irréalistes.
35
Les PDI ont parfois subi récemment des traumatismes physiques ou psychologiques et certaines personnes peuvent
se sentir trop bouleversées, accablées ou incapables de prendre part aux activités, aux réunions ou aux consultations
programmées dans la phase initiale du déplacement. Dans le même temps, les équipes de terrain ne devraient
pas sous-estimer les capacités des déplacés. Certaines personnes ne demandent peut-être qu’à prendre part à des
planifications et décisions qui auront un impact sur la communauté. D’autres peuvent ne pas souhaiter participer
immédiatement et se sentir prêtes une fois que les effets initiaux du traumatisme se sont atténués.

L’expérience a montré que les agences s’occupant des processus participatifs au niveau opérationnel devraient
prendre en considération :

• Leur capacité à avoir accès à la population ;


• Leur mandat, leur niveau d’expertise et leurs relations avec la communauté ;
• Leur compréhension de la communauté des PDI et des relations entre les différents groupes au sein de
la communauté ;
• La proportion dans laquelle des chefs reconnus et représentatifs de la population des PDI sont présents.

Chacun de ces facteurs peut avoir une influence sur la manière dont les mécanismes participatifs sont utilisés. Par
exemple, il peut s’avérer plus facile de mener des entrevues individuelles que de se concentrer sur des discussions
de groupe avec des PDI vivant en milieu urbain et disséminées à travers toute la ville.

Lorsque cela est possible, des facilitateurs expérimentés devraient prendre en charge les activités participatives.
Ces processus impliquent un certain nombre de risques et un personnel entraîné est certainement mieux préparé
pour les gérer. Il est également important de prendre en compte les besoins des participants : un facilitateur
habitué à travailler avec des enfants conviendra certainement mieux lors des consultations avec ceux-ci. De la

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
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même manière le personnel féminin pourra être utile pour diriger des séances avec des femmes lorsque cela sera
plus judicieux d’un point de vue social ou culturel.

Lors de la mise en place de l’exercice participatif, il est important de prendre en compte les disponibilités des
PDI. Les personnes déplacées qui travaillent seront trop occupées pour participer pendant la journée. C’est
pourquoi, le nombre de participants sera plus élevé si différents horaires sont proposés. De manière générale, il
est préférable d’éviter les jargons et d’utiliser une langue accessible. Le lieu est également un élément à prendre
en compte. Par exemple, dans les situations où les PDI sont exposées au regard de spectateurs appartenant à la
communauté, elles pourraient ne pas se sentir à l’aise ou en sécurité.

Diverses méthodes ont démontré leur efficacité lors des exercices participatifs avec les PDI : sondages, groupes
de discussion, entretiens personnels et création de story-boards. Chacune de ces méthodes a ses avantages et ses
limites et l’une d’elles peut être plus adaptée à une situation donnée qu’une autre. Il peut être également utile
d’utiliser plusieurs méthodes pour atteindre différents bénéficiaires.

Les PDI ont particulièrement besoin d’informations fiables pour pouvoir prendre la décision de retourner
dans leur communauté d’origine, d’intégrer la communauté du déplacement ou de s’installer dans une autre
partie du pays.

Afin de prendre une décision libre et en toute connaissance de cause, les PDI doivent avoir à leur disposition
plusieurs options et les informations nécessaires sur ces options. Cela peut inclure l’octroi de cartes de téléphone ou
de téléphones portables pour que les individus puissent parler avec des membres de leur communauté, des visites
36 de reconnaissance par des représentants de PDI dans les communautés où un retour pourrait éventuellement
se faire et des informations données par les autorités concernant la disponibilité d’une aide à la réintégration.
Dans les situations où une intégration locale ou une installation dans une autre partie du pays est envisagée, il
est important de consulter les communautés d’accueil et les autorités locales, ainsi que les PDI.

K. Les solutions durables

Les Etats ont la responsabilité de veiller à ce que les PDI aient la possibilité de trouver une solution à leur
situation de déplacement une fois que les facteurs qui en sont la cause ont disparu. Cela signifie qu’ils doivent
mettre à la disposition des PDI un processus par lequel elles peuvent faire un choix libre et en toute connaissance
de cause sur la fin de leur déplacement et créer des conditions pour que leur choix soit durable.

Principe 28
1. C’est aux autorités compétentes qu’incombent en premier lieu le devoir et la responsabilité de créer
des conditions propices au retour librement consenti, dans la sécurité et la dignité, des personnes
déplacées à l’intérieur de leur propre pays dans leur foyer ou leur lieu de résidence habituel ou à leur
réinstallation volontaire dans une autre partie du pays, ou de leur fournir les moyens nécessaires à cet
effet. Lesdites autorités s’efforceront de faciliter la réintégration des personnes déplacées à l’intérieur
de leur propre pays qui sont retournées dans leur lieu d’origine ou qui ont été réinstallées.
[…]

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 2 : Cadre normatif précisant les responsabilités des Etats

Il y a potentiellement trois solutions durables : le retour à l’ancien lieu de résidence, l’intégration locale dans le
lieu du déplacement ou la réinstallation dans un troisième lieu à l’intérieur du pays. Lorsqu’il faut des mois, voire
des années—dans des cas de conflits armés, par exemple—pour que les conditions soient réunies pour trouver
une solution durable, l’expérience a montré que plus les autorités s’y prennent tôt pour planifier des solutions
durables, plus ces dernières seront efficaces. En effet, ce n’est pas parce que les PDI sont retournées dans leurs
foyers ou ont été réinstallées que leurs besoins ou leurs vulnérabilités liés au déplacement ont disparu. Pour que
le retour, la réinstallation ou l’intégration locale soit à la fois durable et viable, ces vulnérabilités devraient être
résolues. Parmi les éléments-clés pour des solutions durables et viables qui permettent aux anciennes PDI de
rester dans le lieu de leur choix et de s’y intégrer pleinement, figurent le rétablissement de la sécurité physique,
la restitution de la propriété, l’accès au développement économique et aux services de base, ainsi que la non-
discrimination. Ces éléments sont traités dans la partie III.

Étude de cas
La planification de solutions durables
En Ouganda, la politique nationale de 2004 sur les PDI inclut un fort engagement au principe du retour
librement consenti en toute sécurité et dans la dignité, ainsi qu’à la réinstallation volontaire (section
3.4.1). Cet engagement est soutenu par des actions spécifiques visant à fournir des informations
objectives et précises aux PDI comme une condition préalable pour qu’elles prennent des décisions
en connaissance de cause sur des solutions durables, pour encourager l’unité familiale et prendre des
mesures afin d’assurer un choix volontaire, pour promouvoir la participation des PDI dans la planification
de solutions durables, pour empêcher toute discrimination contre les PDI sur la base du déplacement 37
et pour soutenir les retours spontanés (section 3.4.1 à 3.4.7).

Les PDI qui parviennent à atteindre l’autosuffisance pendant leur déplacement ont plus de chances de retrouver
une vie normale une fois que les conditions permettant d’envisager une solution durable sont réunies. De ce fait,
les lois et les politiques relatives au déplacement devraient viser à garantir que les programmes de protection et
d’aide soient conçus pour permettre aux PDI de parvenir à l’autosuffisance en leur offrant les outils nécessaires.
Pendant le déplacement, les programmes d’aide devraient non seulement servir à répondre aux besoins matériels
immédiats des PDI, mais également à augmenter leur capacité à répondre elles-mêmes à leurs besoins aussi
rapidement que possible (voir chapitres 7 et 13). Dans toutes les situations, le but des lois et des politiques
encadrant les réponses nationales au déplacement devrait être d’encourager la réinsertion.

L. Des ressources adéquates

Pour être efficace et mise en œuvre comme prévu, toute réponse nationale au déplacement interne a besoin d’être
clairement soutenue par des ressources suffisantes. Cela a plusieurs implications pour les lois et les politiques
relatives au déplacement.

Premièrement, il est important que les personnes rédigeant les lois et les politiques aient une compréhension
réaliste des fonds budgétaires, ressources humaines et biens humanitaires (soins médicaux, nourriture, etc.)
disponibles. Cela souligne l’importance des consultations préalables avec les PDI dans les situations où le
déplacement a déjà eu lieu dans le but de s’assurer que les lois et les politiques servent à allouer la juste quantité de

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ressources pour répondre à des besoins clairement compris et établis par ordre de priorité. (voir section H, plus
haut). Cependant, il est également crucial que les lois et les politiques prennent en compte—et facilitent—le
rôle des acteurs humanitaires nationaux et internationaux dans la distribution de l’aide de manière coordonnée.
(voir section G plus haut, section M ci-après et chapitre 4).

Deuxièmement, une fois que la décision de rédiger une loi sur les PDI a été prise, il faut veiller à ce qu’elle
corresponde aux cycles budgétaires et au personnel disponible ainsi qu’aux procédures d’approvisionnement afin
de minimiser les décalages entre l’adoption de la loi ou de la politique et l’arrivée des ressources budgétaires, les
nominations de postes ou l’engagement de membres du personnel spécialisés ou l’autorisation d’achat de matériel
et/ou les locaux nécessaires à sa mise en application. Une telle préparation est particulièrement importante dans
les Etats décentralisés, où les activités menées pour répondre aux situations de déplacement doivent se faire par
le biais de la coordination entre le gouvernement central et les autorités régionales et/ou locales.

Troisièmement, il faut s’assurer que, lorsque la responsabilité est déléguée à une autorité précise (par exemple,
les municipalités), cette dernière reçoit les moyens financiers nécessaires. Cela peut demander l’amendement de
certaines lois et règles (par exemple, celles qui sont liées à la décentralisation fiscale).

Étude de cas
Garantir les ressources appropriées pour mettre en œuvre des lois et politiques sur les PDI
Le gouvernement d’Azerbaïdjan a pris des mesures importantes pour garantir que soient allouées les
38 ressources suffisantes afin de couvrir les besoins de plus de 650’000 personnes déplacées depuis le début
des années 1990. Comme le fait remarquer un rapport récent du RSG, « en comparaison avec le million de
dollars que le gouvernement a alloué en 1995 à l’aide aux PDI, cette somme atteint 200 millions en 2006,
dont 100 proviennent du Fonds pétrolier d’Etat. Au moment de la visite du Représentant, le gouvernement
planifiait d’allouer USD 225 millions en 2007, dont 124 millions provenant du Fonds pétrolier d’Etat.36

M. La coopération avec les organisations internationales et régionales

La coopération avec les organisations internationales et régionales qui peuvent offrir leur aide et leurs compétences
est un exercice de la souveraineté qui peut profiter à la fois aux autorités et aux déplacés internes. En cas d’aide
humanitaire, une telle coopération est également une obligation qui relève du droit international (voir chapitre
4). Dans les situations de déplacement soudaines et à grande échelle, les Etats peuvent immédiatement bénéficier
de cette coopération avec des organisations humanitaires possédant le mandat et les compétences nécessaires
pour apporter leur aide dans des tâches qui nécessitent d’énormes ressources et sont complexes sur le plan
technique, comme c’est le cas pour la recherche des personnes disparues (voir chapitre 6).

Dans le cadre de l’élaboration de lois et de politiques sur les PDI, les organisations internationales et régionales
possédant de l’expérience sur la manière de répondre aux situations de déplacement interne peuvent offrir une aide
technique de plus en plus spécialisée à la fois dans le processus de rédaction des lois et politiques et dans les éléments
essentiels de la réglementation relative aux PDI. Généralement, ce type de conseils se fonde sur la connaissance des
derniers développements du droit international dans divers secteurs du travail humanitaire, sur l’expérience acquise
36 ‘ Rapport du Représentant du Secrétaire général pour les droits de l’homme des personnes déplacées dans leur propre pays,
Walter Kälin, Additif, Mission en Azerbaïdjan, A/HRC/8/6/Add. 2 (2008), paragraphe 19.

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Partie i : Considérations générales
Chapitre 2 : Cadre normatif précisant les responsabilités des Etats

dans l’aide à la mise en œuvre et l’analyse d’autres lois et politiques similaires auprès d’un nombre grandissant de
pays qui ont pris cette mesure importante dans l’exercice de leur responsabilité nationale.

N. Résumé : les éléments minimaux essentiels de la


réglementation nationale

Selon les considérations générales énoncées dans les chapitres 1 et 2, les autorités devraient :

1. Adopter une définition de « personne déplacée à l’intérieur de son propre pays » qui soit compatible– et
pas plus restreinte—que celle utilisée dans les Principes directeurs. Cette définition ne doit pas créer
un statut légal spécifique de PDI qui puisse être accordé, refusé ou retiré dans des cas individuels. Elle
doit servir pour décrire une situation de fait et pouvoir être utilisée pour déterminer l’applicabilité des
lois et des politiques sur le déplacement interne.

2. Reconnaître le droit de toute PDI à être protégée contre les discriminations fondées sur sa situation
de personne déplacée ainsi que contre les discriminations vis-à-vis des autres PDI et des personnes
ou communautés non déplacées fondées sur la race, la couleur de peau, le sexe/genre, la langue, l’âge,
l’incapacité, la propriété, la naissance, la religion ou la croyance, les opinions politiques ou autres,
l’origine sociale, nationale ou ethnique, le statut juridique ou social ou tout autre critère similaire.

3. Prendre des mesures qui couvrent tous les aspects du déplacement  : la prévention ou l’atténuation 39
du déplacement (par exemple en créant des plans pour atténuer les effets d’une catastrophe ou
pour s’y préparer et la formation des forces de sécurité), la réponse aux besoins dans la phase qui
suit immédiatement le déplacement et l’établissement des conditions nécessaires à l’identification de
solutions durables.

4. Prévoir des mesures permettant de faire prendre conscience de l’existence et de la nature de la


problématique du déplacement interne et fournir des formations ciblées sur les droits des PDI.

5. Établir des systèmes pour la collecte et la protection des données pertinentes.

6. Désigner un point focal institutionnel pour les questions relatives aux PDI au niveau national et,
quand cela est nécessaire, au niveau provincial ou régional.

7. Investir une institution telle que l’Institution nationale des droits de l’homme ou le bureau de
l’Ombudsman de l’autorité et de la responsabilité de veiller au respect et à la protection des droits des
PDI, ainsi que de soumettre tout rapport pertinent.

8. S’assurer de la consultation et de la participation des PDI pour toutes les activités les concernant
pendant toutes les phases du déplacement et leur fournir suffisamment d’informations sur ces activités
pour leur permettre de prendre des décisions libres et en toute connaissance de cause sur leur avenir.

9. Prévoir l’affectation des ressources humaines et financières nécessaires.

10. Fournir les bases légales nécessaires pour la coopération avec les partenaires humanitaires nationaux
et internationaux, y compris des clauses facilitant l’arrivée immédiate du personnel et du matériel
humanitaire, comme des dispenses de visa des formalités douanières habituelles.

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PARTIE II

Le chapitre 3 aborde les questions relatives à la protection contre le déplacement

interne. Il examine le concept du déplacement arbitraire, définit comment les lois et

les politiques peuvent contribuer à prévenir ce type de déplacement et explique les

conditions qui doivent être mises en place afin de rendre acceptables les évacuations

et les réinstallations forcées qui ne peuvent réellement pas être évitées.

La protection
contre le
déplacement
Chapitre 3
Les déplacements, les évacuations et les relocalisations

A. Introduction

Objectif : l’objectif du Titre II des Principes directeurs, qui comprend les Principes 5 à 9, est de faire en sorte
que les individus et les groupes d’individus ne fassent pas l’objet de déplacements involontaires, sauf lorsque
cela est absolument nécessaire, et dans ces cas-là, que le déplacement ne soit pas effectué de manière arbitraire
en violation du droit international. Pour remplir les obligations telles qu’elles sont définies dans les Principes
directeurs, les Etats doivent interdire les formes de déplacement qui sont arbitraires par nature, y compris par
le biais de mesures permettant de faire respecter les règles pertinentes du droit international humanitaire dans
les situations de conflit armé, et en imposant une responsabilité criminelle pour les déplacements arbitraires qui
équivalent à un crime de guerre ou à un crime contre l’humanité. Les Etats devraient également prendre des
mesures concrètes pour empêcher tout déplacement prévisible et atténuer les vulnérabilités face au déplacement de
certaines populations. L’un des éléments essentiels de cette dernière responsabilité est l’élaboration de politiques
internes permettant certains types d’évacuation et la relocalisation temporaire n’interférant pas inutilement avec
les droits des personnes concernées. Enfin, lorsque des projets de développement à grande échelle impliquent 43
la planification d’une relocalisation permanente des populations touchées, ils devraient respecter les normes
internationales afin d’éviter des violations des droits de l’homme.

Principe 6
1. Chaque être humain a le droit d’être protégé contre un déplacement arbitraire de son foyer ou de son
lieu de résidence habituel.
2. L’interdiction des déplacements arbitraires s’applique aux déplacements :
a) qui sont la conséquence de politiques d’apartheid, de politiques de “nettoyage ethnique”, ou de
pratiques similaires dont l’objectif ou la résultante est la modification de la composition ethnique,
religieuse ou raciale de la population touchée;
b) qui interviennent dans des situations de conflit armé, à moins que la sécurité des personnes civiles
concernées ou des raisons militaires impérieuses ne les aient rendus nécessaires;
c) qui se produisent dans le contexte de projets de développement de vaste envergure qui ne sont pas
justifiés par des considérations impérieuses liées à l’intérêt supérieur du public;
d) qui sont opérés, en cas de catastrophe, à moins que la sécurité et la santé des personnes concernées
n’exigent leur évacuation; et
e) qui sont utilisés comme un moyen de châtiment collectif.
3. Le déplacement ne doit pas durer plus longtemps que ne l’exigent les circonstances.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Principe 7
1. Avant toute décision tendant à déplacer des personnes, les autorités concernées font en sorte que
toutes les autres possibilités soient étudiées afin d’éviter le recours à une telle mesure. Lorsqu’il n’y a
pas d’autre choix, tout doit être fait pour que le nombre des personnes déplacées soit aussi restreint
que possible et que les effets néfastes de l’opération soient limités.
2. Les autorités qui procèdent à un tel déplacement de population veillent, dans toute la mesure possible,
à ce que les personnes déplacées soient convenablement logées, que le processus de déplacement se
fasse dans des conditions satisfaisantes sur le plan de la sécurité, de l’alimentation, de la santé et de
l’hygiène et que les membres d’une même famille ne soient pas séparés.
3. Lorsque le déplacement a lieu dans d’autres circonstances que la phase d’urgence d’un conflit armé ou
d’une catastrophe, les garanties suivantes doivent être observées :
a) Toute décision sera prise par l’autorité étatique habilitée par la loi;
b) Les dispositions nécessaires seront prises pour que les personnes déplacées soient pleinement
informées des raisons et des modalités de leur déplacement et, le cas échéant, des mesures
d’indemnisation et de réinstallation;
c) On s’efforcera d’obtenir le consentement libre et en connaissance de cause des personnes déplacées;
d) Les autorités compétentes s’efforceront d’associer les personnes concernées, en particulier les
femmes, à la planification et à la gestion de leur réinstallation;
e) Des mesures de maintien de l’ordre seront, au besoin, prises par les autorités judiciaires
compétentes; et
44 f ) Le droit à un recours utile, y compris à un réexamen des décisions prises par les autorités judiciaires
compétentes, sera respecté.

Principe 9
Les Etats ont l’obligation particulière de protéger contre le déplacement les populations indigènes, les
minorités, les paysans, les éleveurs et autres groupes qui ont vis-à-vis de leurs terres un lien de dépendance
et un attachement particuliers.

Autres principes pertinents : 5

Bases légales: 37 Prises ensemble, un certain nombre de règles fondamentales du droit international visent à
empêcher qu’un déplacement involontaire d’individus ou de groupes d’individus ne soit effectué sans sauvegarde
et à garantir qu’un tel déplacement est inévitable et proportionnel au but d’utilité publique auquel il répond.
Tel que décrit dans le chapitre 5 du présent manuel, ces règles s’appliquent également dans des situations où le
déplacement s’est déjà produit et visent alors à garantir que les PDI ont la possibilité d’entreprendre les démarches
nécessaires pour assurer leur sécurité et mettre fin à leur déplacement en prenant volontairement la décision de
retourner dans leurs foyers, de s’intégrer localement ou de se réinstaller dans une autre partie du pays.

Dans toutes les situations, les PDI doivent pouvoir jouir de leur droit à la liberté de mouvement et au libre choix
de leur résidence, y compris le droit de rester où elles se trouvent, à moins que le mouvement involontaire soit

37 Pour plus de détails, voir Walter Kälin, Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed.,
Studies in Transnational Legal Policy 38 (American Society of International Laws and Brookings Institution, 2008), pp.
26–43.

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Partie iI : La protection contre le déplacement
Chapitre 3 : Les déplacements, les évacuations et les relocalisations

(1) entrepris d’une manière prévue par la loi ; (2) nécessaire pour protéger la sûreté publique, l’ordre public, la
santé ou la moralité publiques ou les droits et libertés d’autrui ; et (3) conforme aux autres droits de l’homme
reconnus.38 Dans des situations de conflit armé, les transferts involontaires de populations civiles à l’intérieur de
leur propre pays ainsi que les déportations au-delà des frontières nationales sont interdits, excepté lorsque la sécurité
de ces populations ou des impératifs militaires le justifient. Dans ces cas-là, les personnes évacuées devraient être
autorisées à retourner chez elles dès que les hostilités ont pris fin dans leur zone d’habitation.39 En outre, de tels
transferts devraient être exécutés dans des conditions d’hygiène, de santé, de nutrition et de logement qui soient
satisfaisantes.40 Les déportations ou les transferts de civils illégaux lors de conflits armés, ou l’inexécution du
retour des civils une fois que les circonstances le permettent, constituent une grave infraction au droit international
humanitaire.41 Plus généralement, les actes de déplacement arbitraire sont considérés comme des crimes de guerre
ou des crimes contre l’humanité.42 Les groupes qui ont vis-à-vis de leurs terres un lien de dépendance et un
attachement particuliers devraient recevoir une protection particulière contre le déplacement.43

Dans les situations de catastrophe, le droit de ne pas être soumis à un déplacement arbitraire ainsi que d’autres
droits fondamentaux tels que le droit à la vie, à l’intégrité physique et à un niveau de vie suffisant, devraient
être respectés et protégés au moyen de politiques et de programmes qui répondent aux besoins humanitaires
une fois qu’une catastrophe a eu lieu. Ces politiques et programmes devraient également identifier les risques de
catastrophe et chercher à les atténuer de manière proactive. La protection du droit à la vie requiert par exemple à
la fois des mesures par lesquelles les autorités s’interdisent de recourir au meurtre, et des mesures pour empêcher
les pertes humaines prévisibles.44 La prévisibilité, dans ce sens, se réfère à la fois aux types de catastrophes ou
dangers naturels qui peuvent frapper n’importe quelle région donnée et aux facteurs de risque qui exposent
plus particulièrement certains groupes. Ainsi, les Etats ont la responsabilité première de protéger les personnes
se trouvant sur leur territoire et leurs possessions contre les catastrophes naturelles au moyen de mesures qui 45
intègrent la réduction des risques dans des politiques de développement ainsi qu’au moyen de l’adoption ou de
la modification de lois « en prévoyant notamment des règlements et des mécanismes de nature à encourager
le respect de ces lois et en incitant la mise en œuvre d’activités de réduction des risques et d’atténuation des
effets ».45 En accord avec la Déclaration de Hyogo et le cadre d’action adopté par la Conférence mondiale sur la
prévention des catastrophes naturelles de 2005, ainsi qu’en accord avec d’autres conventions environnementales,

38 DUDH, Article 13 ; Pacte international relatif aux droits civiques et politiques, PIDCP, Article 12. Ces droits peuvent être
temporairement suspendus en cas de danger public menaçant l’existence de la nation proclamé par un acte officiel. Voir
PIDCP, Article 4.
39 Convention (IV) de Genève, Article 49; Protocole additionnel aux Conventions de Genève (Protocole I), Article 85 (4)(a) ;
Protocole additionnel aux Conventions de Genève (Protocole II), Article 17. Voir également le Principe directeur 6.2 (b).
Voir également Protocole additionnel aux Conventions de Genève (Protocole I), Article 87 (1), et Protocole additionnel aux
Conventions de Genève (Protocole II), Article 4 (3)(e), pour les droits des enfants concernant les transferts.
40 Convention (IV) de Genève, Article 49(3); Protocole additionnel aux Conventions de Genève (Protocole II), Article 17(1).
41 Convention (IV) de Genève, Article 147 et Protocole additionnel aux Conventions de Genève (Protocole I), Article 85 (4)
(a) (qui définit les transferts de population dans ou hors des territoires occupés comme étant une grave infraction entraînant
une responsabilité individuelle criminelle).
42 Statut de Rome de la Cour pénale internationale, Articles 6, 7 (1)(d), et 8 (2)(e).
43 OIT, Convention (No 169) concernant les peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants.
44 Le droit à la vie est protégé par le PIDCP , Article 6 ; la Convention Américaine relative aux droits de l’homme, Article 4 ;
la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, Article 4 ; la Charte arabe des droits de l’homme, Article 5 ; et la
Convention européenne sur les droits de l’homme, Article 6. Le Comité des droits de l’homme, dans son Observation générale
No. 6 de 1982 (paragraphe 5) mentionne l’obligation pour les Etats de prendre des mesures positives pour empêcher des pertes
humaines dans des situations de catastrophe, ce qui a été expressément confirmé par la Cour européenne des droits de l’homme
dans l’affaire Öneryildiz v. Turquie, Requête 48939/99, jugement du 30 novembre 2004, ainsi que dans l’affaire Budaïeva et autres
v. Russie, Requêtes Nos. 15339/02, 21166/02, 20058/02, 11673/02 et 15343/02, jugement du 20 mars 2008.
45 Conférence mondiale sur la prévention des catastrophes naturelles, Déclaration de 2005, paragraphe 4; Cadre d’action de
Hyogo pour 2005–2015, paragraphe 16.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

de telles mesures devraient être prises sur la base d’une législation interne sérieuse et des plans qui se fondent sur
la participation des communautés concernées en toute connaissance de cause.46

Dans la pratique, l’évacuation de zones touchées par une catastrophe et la relocalisation peuvent s’avérer
nécessaires afin de réduire les conséquences néfastes que peuvent avoir les catastrophes naturelles et les dangers
environnementaux sur la sécurité et la santé.47 Pour qu’une évacuation soit acceptable, il doit exister des preuves
sérieuses qu’une menace importante sur la vie est imminente. A contrario, ne pas évacuer les populations
concernées quand ces conditions sont présentes est une violation du devoir de protection de l’Etat envers la vie
des personnes vivant sous sa juridiction.

La réinstallation permanente des personnes touchées par des projets de développement à large échelle représente
une claire interférence avec le droit de ces dernières à la liberté de mouvement et au libre choix de leur résidence.
Le déplacement qui en résulte est arbitraire, à moins qu’il ne soit justifié par des intérêts publics qui sont
irréfutables et primordiaux et qu’il ne soit exécuté d’une façon qui contribue à l’amélioration des conditions de
vie des personnes et des communautés concernées.48

Cadre réglementaire : les cadres juridiques internes énoncent rarement de manière explicite le droit de ne pas être
soumis à un déplacement arbitraire. Cependant, de nombreuses constitutions nationales énoncent des droits pertinents,
tels que le droit à la liberté de mouvement et au libre choix du lieu de résidence. En outre, des lois et politiques spécifiques
énoncent également souvent des règles ayant trait au déplacement arbitraire. Elles incluent notamment :

• des manuels militaires et d’autres règlements qui régissent la conduite des forces nationales de sécurité ;
46 • des codes concernant le domaine de la construction, des plans environnementaux et des règlements
concernant l’aménagement du territoire et le classement des différentes zones ;
• des lois et des politiques sur la gestion civile des crises et la réponse aux catastrophes ; et
• des plans nationaux de développement, des dispositions juridiques sur l’expropriation de propriétés privées ou
publiques et des politiques sur la réinstallation des populations touchées par des projets de développement.

Outre la nécessité d’éviter les déplacements arbitraires et les pertes humaines inutiles en cas de catastrophe ou
d’en atténuer les effets néfastes, les autorités compétentes devraient réviser les lois et les politiques internes afin
de s’assurer que les droits de l’homme des personnes menacées par un déplacement sont protégés.

Les problèmes souvent rencontrés par les PDI : Chaque année, des milliers de personnes sont déplacées à
cause de conflits armés, de catastrophes naturelles, de risques environnementaux et de projets de développement
à large échelle. Dans les conflits armés, les gens sont souvent obligés de fuir soit à cause d’une dégradation de la
situation, soit parce que des parties au conflit les forcent à quitter leurs foyers. Parfois, les civils doivent partir
en raison de dangers survenant lors de la conduite des hostilités, tels que des pilonnages et des bombardements

46 Conférence mondiale sur la prévention des catastrophes naturelles, Déclaration de Hyogo, paragraphe 2-4 ; Cadre d’action
de Hyogo pour 2005–2015 ; voir également la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification dans
les pays gravement touchés par la sécheresse et/ou la désertification, en particulier en Afrique (UNCOD), (http://www.
un.org/french/events/desertification/2008/convention.shtml), Article 5 ; Convention d’Aarhus sur l’accès à l’information,
la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement (Convention d’Aarhus)
1998 ((http://www.unece.org/env/pp/documents/cep43f.pdf ).
47 Les évacuations se justifient uniquement sur cette base. Voir le Principe directeur 6.2 (d).
48 Commission des droits de l’homme des Nations Unies, Principes de base et directives sur les expulsions et les déplacements
liés au développement, UN Doc. A/HRC/4/18 (5 février 2007) (http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/
G07/106/29/PDF/G0710629.pdf?OpenElement.

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Partie iI : La protection contre le déplacement
Chapitre 3 : Les déplacements, les évacuations et les relocalisations

ou à cause des restes explosifs de guerre. Dans d’autres cas, des personnes sont forcées de fuir parce qu’elles
sont menacées, font l’objet d’extorsion ou sont soumises au recrutement forcé ou encore parce qu’elles craignent
des représailles ou des punitions collectives. Dans le cadre d’un conflit armé, les déplacements arbitraires sont
le plus souvent la conséquence d’une violation du droit international humanitaire, notamment le non-respect
de l’obligation, en tous temps, de faire la distinction entre les civils et les combattants et le non-respect de
l’interdiction de diriger des attaques contre des civils, des attaques indiscriminées et de répandre la terreur parmi
la population civile. Les déplacements arbitraires surviennent également dans les cas d’évacuations forcées ou
lorsqu’un ordre de quitter une certaine zone est donné sans que la sécurité des personnes civiles ou la nécessité
militaire ne l’exigent, ainsi que lorsque le déplacement, qui était initialement justifié sur ces bases, dure plus
longtemps que nécessaire.

Les catastrophes naturelles ont tendance à exposer plus particulièrement aux risques les personnes les plus
marginalisées et vulnérables, soit dans les zones urbaines où les revenus sont bas et où l’utilisation des sols
et les normes de construction sont moins contrôlées, soit dans les zones rurales pauvres qui sont sujettes à la
dégradation de l’environnement, aux inondations et à la sécheresse.49 En outre, les femmes tendent à être touchées
de manière disproportionnée par les catastrophes naturelles, ce qui est souvent le résultat d’une discrimination
sexuelle ou basée sur le genre.50 Dans de nombreux cas, lorsque l’évacuation et la relocalisation sont inévitables
une planification et une action préalables peuvent considérablement réduire les risques d’un déplacement ou
en atténuer les effets. Bien qu’un nombre croissant de normes internationales aient été élaborées pour aider à
prévenir et atténuer les déplacements en cas de catastrophe, leur mise en œuvre sur le plan interne nécessite
un changement important de perspective institutionnelle, allant de la réponse à la capacité de réaction. Ce
changement impose des coûts sur le court terme alors que les gains sont difficilement quantifiables (le nombre
de vies sauvées grâce à des mesures d’atténuation peut par exemple rarement être quantifié). 47
Les projets de développement, en particulier ceux à large échelle, requièrent souvent la relocalisation des
populations concernées. Certaines de ces relocalisations ne sont pas entièrement justifiées—par exemple, parce
que le projet, avec quelques modifications, aurait pu être mis en œuvre de façon à avoir des conséquences moins
graves sur les personnes. Dans d’autres cas, la relocalisation est effectuée d’une manière qui viole le droit à la vie
et à la sécurité ou à la propriété, parce qu’aucune compensation en nature n’est offerte ou que les sites proposés
en échange ne conviennent pas dans un cas de relocalisation.

49 Voir PNUD, “La réduction des risques de catastrophes : Un défi pour le développement,” 58 (2004) (ci-après, “La réduction
des risques de catastrophes ”).
50 Voir, par exemple, Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies, Division pour l’avancement des
femmes, De la manière de rendre plus sûr un environnement dangereux, Femmes en l’an 2000 et au-delà (Avril 2004), p. 7 ;
Organisation panaméricaine de la santé (OPS), “Gender and Natural Disasters” (non daté) (www.paho.org/English/DPM/
GPP/GH/genderdisasters.pdf ).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

B. Liste de contrôle des problèmes dont les lois et les politiques


internes devraient s’occuper

Les éléments minimaux essentiels de la réglementation nationale


Au minimum, les autorités compétentes devraient :
1. Reconnaître le droit des personnes à ne pas être soumises à un déplacement arbitraire.
2. Criminaliser le déplacement arbitraire dans le droit interne de façon à ce que cela équivaille à un crime
contre l’humanité ou un crime de guerre conformément au Statut de Rome.
3. Prendre des mesures pénales et administratives pour garantir la conformité avec les règles pertinentes
du droit international humanitaire, y compris les règles de conduite des hostilités et le devoir de faire la
distinction entre les civils et les combattants, ainsi qu’entre les objectifs civils et les objectifs militaires.
4. Adopter des politiques sur les catastrophes qui ne réglementent pas seulement la réponse, mais qui se
concentrent également sur la réduction des risques et la capacité de réaction en cas de catastrophe.
5. Énoncer clairement dans les plans de développement et les politiques de réinstallation que le
déplacement et la relocalisation forcés résultant d’un projet de développement doivent être autorisés
par la loi, justifiés par des intérêts publics impérieux et primordiaux, requis pour protéger ces intérêts et
exécutés dans le plein respect des droits de l’homme des personnes concernées. Les autorités devraient
également inclure des clauses sur les procédures par lesquelles tout déplacement ou toute relocalisation
de ce type sera effectué, sur les solutions disponibles, y compris la réinstallation et la compensation,
48 ainsi que le droit à un recours administratif ou judiciaire.

Afin de s’assurer que le droit de chaque individu à ne pas être soumis à un déplacement arbitraire soit respecté,
les lois et les politiques internes devraient :

• reconnaître le droit d’être libre de tout déplacement arbitraire ;


• définir le déplacement arbitraire comme étant un crime dans le droit interne, au moins dans les cas où il
équivaut à un crime contre l’humanité ou à un crime de guerre conformément au Statut de Rome de la
Cour pénale internationale ;
• garantir le respect du droit international humanitaire afin d’éviter les déplacements arbitraires dans les
situations de conflit armé ;
• réglementer tous les aspects pertinents de la réduction des risques de catastrophe et mettre en place les
mesures, mécanismes et procédures nécessaires, y compris les systèmes d’alerte précoce et la collecte de
données sur les risques potentiels et les groupes à risque ;
• si des évacuations sont entreprises en cas de conflit armé ou de catastrophe, s’assurer qu’elles sont
effectuées d’une manière qui respecte les droits et la dignité des personnes concernées ;
• s’assurer qu’il y ait suffisamment de communication et de partage d’information pour que la population
soit informée des dangers et risques ;
• offrir des recours légaux, y compris la possibilité de mener une enquête et d’entamer des poursuites,
en cas de morts et de déplacement causés par une catastrophe, ainsi que des compensations pour les
victimes ; et
• s’assurer que les déplacements dus à un projet de développement sont effectués uniquement lorsque des
intérêts publics impérieux et primordiaux les justifient et qu’ils sont menés d’une manière qui contribue
à l’amélioration des conditions de vie des personnes et des communautés touchées.

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Partie iI : La protection contre le déplacement
Chapitre 3 : Les déplacements, les évacuations et les relocalisations

C. Les éléments nécessaires d’une réglementation étatique

Le déplacement arbitraire est-il reconnu comme un crime dans le droit interne ?

Les Etats devraient donner effet à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et du droit
international des droits de l’homme à travers l’adoption de lois internes qui interdisent les déplacement arbitraires,
au moins lorsqu’ils équivalent à un crime contre l’humanité51 ou à un crime de guerre,52 conformément au
Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Ils devraient également prévoir la possibilité de poursuivre les
personnes accusées d’avoir ordonné ou perpétré de tels actes.

51 Le Statut de Rome de 1999 définit de tels actes comme suit :


Art. 7 Crimes contre l’humanité
Aux fins du présent Statut, on entend par crime contre l’humanité l’un quelconque des actes ci-après lorsqu’il est commis
dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette
attaque […] 49
d) déportation ou transfert forcé de population […]
Aux fins du par. 1:
d) par «déportation ou transfert forcé de population», on entend le fait de déplacer de force des personnes, en les expulsant
ou par d’autres moyens coercitifs, de la région où elles se trouvent légalement, sans motifs admis en droit international.
[…]
Les « Éléments des crimes » (ICC-ASP/1/3, Article 7 1) d)) définissent le crime comme suit :
1. L’auteur a déporté ou transféré de force, sans motif admis en droit international, une ou plusieurs personnes dans un
autre État ou un autre lieu, en les expulsant ou par d’autres moyens coercitifs.
2. Les personnes concernées étaient légalement présentes dans la région d’où elles ont été ainsi déportées ou déplacées.
3. L’auteur avait connaissance des circonstances de fait établissant la légalité de cette présence.
4. Le comportement faisait partie d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une population civile.
5. L’auteur savait que ce comportement faisait partie d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une
population civile ou entendait qu’il en fasse partie.
Le terme « de force » ne se limite pas à la force physique et peut comprendre un acte commis en usant à l’encontre
de ladite ou desdites ou de tierces personnes de la menace de la force ou de la coercition, telle que celle causée par la
menace de violences, contrainte, détention, pressions psychologiques, abus de pouvoir, ou bien à la faveur d’un climat
coercitif.
52 Le Statut de Rome de 1999 définit de tels actes comme suit :
Art. 8 Crimes de guerre
2. Aux fins du Statut, on entend par «crimes de guerre»: […]
e) les autres violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés ne présentant pas un caractère
international, dans le cadre établi du droit international, à savoir l’un quelconque des actes ci-après: […]
viii) le fait d’ordonner le déplacement de la population civile pour des raisons ayant trait au conflit, sauf dans les cas où la
sécurité des civils ou des impératifs militaires l’exigent. […]
Les « Éléments des crimes » (ICC-ASP/1/3, Article 8 2) e) viii)) définissent le crime comme suit :
1. L’auteur a donné l’ordre de déplacer une population civile.
2. L’ordre n’était justifié ni par la sécurité des personnes civiles concernées ni par des nécessités militaires.
3. L’auteur occupait une fonction lui permettant de faire effectuer ce déplacement en en donnant l’ordre.
4. Le comportement a eu lieu dans le contexte de et était associé à un conflit armé ne présentant pas un caractère
international.
5. L’auteur avait connaissance des circonstances de fait établissant l’existence d’un conflit armé.

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Étude de cas
Le déplacement arbitraire en tant que crime
Les actes de déplacement arbitraire qui équivalent à des crimes contre l’humanité ou à des crimes de
guerre devraient être définis dans le droit interne comme étant des crimes et passibles de poursuites
en tant que tels. Des exemples de telles dispositions existent dans le droit interne de nombreux pays.53

Par exemple, le droit allemand permet d’entamer des poursuites pour crime de guerre contre quiconque,
en connexion avec un conflit armé international ou non, «en contravention d’une règle du droit
international, déporte ou transfère de manière forcée, par l’expulsion ou par d’autres actes coercitifs,
dans un autre Etat ou dans une autre région, une personne qui doit être protégée en vertu du droit
international humanitaire et dont la présence dans une région est légale. »54

Le droit interne peut aller au-delà des standards minimaux, comme cela est montré par l’article 284A
du code pénal colombien :

« Celui qui, arbitrairement, par la violence ou par d’autres mesures coercitives dirigées contre un secteur
de la population, pousse l’un ou plusieurs de ses membres à changer de lieu de résidence, devra
encourir une peine [de prison] de 15 à 30 ans en sus d’une amende de 500 à 2000 salaires minimum,
tel que déterminé par la loi, et sera banni des fonctions officielles pendant 5 à 10 ans.

Cette définition [du déplacement forcé] ne couvre pas les mouvements de populations causés par les
forces publiques quand il en va de la sécurité de la population ou que des raisons militaires impérieuses
50 sont en cause, conformément au droit international humanitaire. »55

Comment le respect du droit international humanitaire peut-il être garanti afin d’éviter
les déplacements arbitraires dans les situations de conflit armé ?

Afin de minimiser le risque d’un déplacement arbitraire dans les situations de conflit armé, les autorités
compétentes devraient garantir le plein respect des règles du droit humanitaire international, notamment celles
mentionnant la distinction entre les civils et les combattants.56 D’autres obligations clés incluent le devoir
de garantir que tous les mouvements de civils sont justifiés pour leur propre sécurité ou pour des impératifs
militaires, le devoir de recevoir les civils dans des conditions d’hébergement, d’hygiène, de santé, de sécurité et
de nutrition satisfaisantes, le devoir de garantir que les membres d’une même famille ne soient pas séparés et le
devoir de permettre à toutes les personnes touchées de retourner volontairement dans leurs foyers ou leur lieu de
résidence habituel dès que les motifs de leur déplacement disparaissent.

Des mesures préventives devraient également être prises afin de préparer les forces de sécurité au respect du droit
humanitaire international. Par exemple:

53 Voir, de manière générale, la base de données du CICR sur la mise en œuvre nationale du droit international humanitaire
(http://icrc.org/ihl-nat).
54 Allemagne, Loi introduisant le code des crimes internationaux, Article 1, Section 8 (1)(6).
55 Code pénal de la Colombie (tel que modifié le 6 juillet 2000), Article 284A. Le “Manual Militar básico” (1995), interdit
aux parties au conflit d’avoir recours au déplacement forcé de la population civile (p. 30). S’agissant des conflits armés non
internationaux, le manuel interdit d’obliger “les civils à déménager à cause du conflit, sauf si la sécurité ou des impératifs
militaires l’exigent ». (p.77).
56 CICR, Droit international humanitaire coutumier, vol. 1, “Règles,” Règles 1–24.

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Partie iI : La protection contre le déplacement
Chapitre 3 : Les déplacements, les évacuations et les relocalisations

• les autorités compétentes devraient publier des ordres et instructions clairs concernant l’obligation qu’ont
les forces armées—et quiconque agissant sous leur commandement et leur supervision—de se conformer
au droit international humanitaire.57
• les autorités compétentes devraient garantir que les forces armées sont dûment informées du contenu du
droit international humanitaire.58
• les autorités compétentes devraient mettre à disposition des conseillers juridiques, quand cela est
nécessaire, pour conseiller les commandants militaires sur l’application du droit international humanitaire,
y compris sur la détermination du moment où un déplacement peut s’avérer nécessaire pour la sécurité
des populations concernées ou pour des impératifs militaires, et quand de tels motifs disparaissent et que
le retour doit être permis.59
• les autorités compétentes devraient encourager l’enseignement du droit international humanitaire à la
population civile.60

Étude de cas
Manuels militaires : instructions données aux forces armées concernant l’autorisation faite aux civils
déplacés de retourner dans leurs foyers dès que les motifs de leur déplacement n’ont plus lieu d’être
Plusieurs manuels militaires renforcent la règle du droit humanitaire international coutumier selon
laquelle le déplacement devrait être limité dans le temps et que les personnes concernées doivent
être autorisées à retourner volontairement dans leur foyer ou dans leur lieu de résidence habituel.61 Au
Kenya, le “Manuel sur le droit des conflits armés” spécifie que les “ personnes déplacées de manière
temporaire […] doivent être autorisées à retourner ou à être ramenées dans leur lieu d’habitation 51
précédent. »62 Similairement, les “Directives pour les commandants militaires des Philippines” énonce
que les “personnes déplacées et évacuées doivent être autorisées et/ou convaincues de retourner chez
elles aussi vite que les considérations tactiques le permettent.”63

Toutes les parties au conflit armé sont liées par les règles du droit international humanitaire. Cependant, dans
les cas où des acteurs non étatiques sont responsables d’actes de déplacement arbitraire en violation du droit
international humanitaire, il incombe malgré tout aux autorités compétentes, y compris le commandement
militaire, de garantir que les populations touchées soient en mesure de se déplacer par des itinéraires d’évacuation
pour rejoindre des lieux de sécurité, de garantir qu’elles soient reçues dans des conditions d’hébergement,
d’hygiène, de santé, de sécurité et de nutrition satisfaisantes, de garantir que les membres d’une même famille
ne soient pas séparés et que ces populations aient la possibilité de retourner volontairement dans leurs foyers sans
délai dès que les conditions le permettent.

57 Ibid., Règle 139.


58 Ibid., Règle 142.
59 Ibid., Règle 141.
60 Ibid., Règle 143.
61 CICR, Dro it international humanitaire coutumier, vol. 1, “Règles,” Règle 132.
62 Kenya, “LOAC Manuel “(1997), Précis No. 3, p. 13, cité dans CICR, Droit international humanitaire, vol. 2, “Pratique”
chapitre 38, paragraphe 702.
63 Philippines, “Military Directive to Commanders” (1988), paragraphe 3(e), cité dans CICR, Droit international humanitaire
coutumier, vol. 2, “Pratique,” chapitre 38, paragraphe 704.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Quels sont les mécanismes et les procédures nécessaires pour la réduction des risques
de catastrophe ?

Les lois et les politiques sur la réduction des risques de catastrophe devraient se fonder sur la reconnaissance
explicite que c’est à l’Etat qu’incombe la responsabilité de la réduction des risques. Un tel devoir peut être implicite
dans des situations où les Etats ont reconnus des droits liés à la réduction des risques de catastrophe, comme
le droit au développement, à un environnement sain, une vie saine et une santé suffisante et à un niveau de vie
raisonnable. En reconnaissant le devoir de réduire les risques de catastrophe, les Etats doivent reconnaître le droit
à l’information sur les catastrophes. Quand des vies sont perdues non pas en tant que conséquence inévitable d’une
catastrophe, mais parce que les autorités ont manqué à leur devoir en ne prenant pas des mesures préventives et
protectrices contre des dangers naturels imminents qui étaient clairement identifiables, des enquêtes et poursuites
pénales devraient être entreprises et une compensation doit être offerte aux victimes64 (voir ci-après).

Étude de cas
Hypothèses sur Reconnaissance du devoir de l’Etat en matière de réduction des risques de catastrophe
Certains Etats ont endossé un devoir constitutionnel de réduction des risques de catastrophe. La
Constitution de l’Ethiopie mentionne que « le gouvernement doit prendre les mesures qui s’imposent
pour prévenir toutes les catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme  ».65 La Constitution de
l’Ouganda engage l’Etat à « instituer un dispositif efficace permettant de s’occuper de n’importe quel
risque ou catastrophe provenant des calamités naturelles ou n’importe quelle situation ayant pour résultat
52 le déplacement général de personnes ou entraînant une sérieuse perturbation de leur vie normale ».66 La
Constitution de la Macédoine requière une « planification rurale et urbaine correcte afin de promouvoir
un environnement humain agréable, ainsi que la protection et le développement écologique.  »67 La
Constitution de l’Afrique du Sud garantit aux citoyens « le droit à un environnement qui ne mette pas
en danger leur santé ou bien-être,68 tandis que celle de l’Equateur établit « le droit de vivre dans un
environnement qui soit équilibré sur le plan écologique et exempt de toute contamination.69

D’autres Etats ont reconnu leur responsabilité dans la réduction des risques de catastrophe dans leur
droit interne. Au Costa Rica, la Loi nationale sur les situations d’urgence et la réduction des risques
indique que l’Etat du Costa Rica  « a la responsabilité d’empêcher les catastrophes. À cette fin, toutes les
institutions doivent prendre en compte les concepts de risque et de catastrophe dans leurs programmes
et inclure des mesures pour réduire les risques dans leur travail ordinaire, promouvant une culture de la
réduction des risques. »70. De même, en Indonésie, selon la Loi sur la gestion des risques de 2005 « la
République d’Indonésie a la responsabilité de protéger tous les citoyens d’Indonésie ainsi que leur terre
natale pour protéger la vie et les sources de revenu, y compris contre les catastrophes. »71

64 Voir Cour européenne des droits de l’homme, Budaïeva et autres v. Russie, Demandes nos. 15339/02, 21166/02, 20058/02,
11673/02, et 15343/02, jugement du 20 mars 2008, paragraphes 138–143.
65 Constitution de la République démocratique fédérale d’Ethiopie (1994), Article 89 (3).
66 Constitution de l’Ouganda (1995), Article 23.
67 Constitution de l’Ancienne république yougoslave de Macédoine (1991), Article 8.
68 Constitution de l’Afrique du Sud (1996), Article 24.
69 Constitution politique de l’Equateur (1998), Article 23 (6).
70 Costa Rica: Ley Nacional de Emergencias y Prevención del Riesgo, Decreto Legislativo No. 8488, Expediente No. 14.452,
Articulo 25 (2006).
71 Indonésie, Law Concerning Disaster Management (2005), paragraphe préliminaire. Voir également l’Article 6 de la même loi.

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Partie iI : La protection contre le déplacement
Chapitre 3 : Les déplacements, les évacuations et les relocalisations

L’adoption d’un plan ou d’une loi interne peut servir de point de départ pour mettre en œuvre la responsabilité de
réduire les risques de catastrophe. Un plan ou une loi de ce type doit décentraliser les tâches et les responsabilités
concernant la réduction des risques de catastrophe et les confier aux instances locales. Ceci répond au besoin de
respecter la distribution des compétences dans les Etats fédéraux et également à la nécessité de garantir l’utilisation
la plus efficace possible des connaissances et des ressources locales.72 Les lois et les politiques relatives à la réduction
des risques de catastrophe devraient également spécifier un cadre institutionnel qui permette la participation
des agences et des départements du gouvernement concernés, et la contribution de toutes les autres entités du
pays impliquées, y compris la société civile et les acteurs privés, ainsi que les sociétés de la Croix-Rouge et du
Croissant-Rouge. Ce type de cadre doit clairement répartir les obligations parmi les acteurs publics, y compris les
responsabilités pour la mise en œuvre, la supervision, la surveillance et l’élaboration de rapports.

Étude de cas
Obligation de rapporter sur quant aux mesures relatives à la réduction des risques de catastrophes
Au Pakistan, l’ordonnance de 2007 concernant la gestion des catastrophes exige que les gouvernements
tant provinciaux que nationaux fassent un compte-rendu annuel sur leurs activités liées à la gestion des
catastrophes à leur organe législatif respectif.73 En Afrique du Sud, la loi sur la gestion des catastrophes de
2002 requiert que les centres nationaux, provinciaux et municipaux soumettent à leur organe législatif respectif
un rapport annuel sur leurs activités. Ce rapport doit inclure les résultats du suivi des initiatives de prévention
et de réduction des risques, si une catastrophe a surgi, les problèmes rencontrés et enseignements tirés,
ainsi qu’une évaluation des plans, stratégies et recommandations sur les catastrophes.74
53
Enfin, pour faire montre d’efficacité, les initiatives concernant la réduction des risques de catastrophe devraient
recevoir des aides financières et des ressources appropriées.75 Le processus budgétaire doit être spécifique et
transparent quant à la manière dont les fonds sont distribués, selon les objectifs de réduction des risques.

72 Voir la Conférence mondiale sur la prévention des catastrophes naturelles, Déclaration de 2005, Cadre d’action de Hyogo
pour 2005–2015, paragraphe 16 (i)(d) (appelant les gouvernements a « compte tenu de  l’importance et de la diversité des
profils et évolutions des risques au niveau local, recourir à la décentralisation en confiant la responsabilité de la réduction des
risques de catastrophe et les ressources prévues à cet effet aux autorités infranationales ou locales compétentes, selon le cas »).
73 Voir Pakistan, National Disaster Management Ordinance 2007, Article 41..
74 Voir Afrique du Sud, Act No. 57, Disaster Management Act of 2002, Government Gazette No. 24252 (2003), Articles 24,
36, et 50.
75 Voir la Conférence mondiale sur la prévention des catastrophes naturelles, Déclaration de 2005, Cadre d’action de Hyogo
pour 2005–2015, paragraphe 16 (ii).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Étude de cas
Garantir l’allocation de fonds et de ressources pour les mesures de réduction des risques de catastrophe
Au Guatemala, la Loi sur la coordination nationale pour la réduction des catastrophes naturelles ou
causées par l’homme de 1996 prévoit la création d’un Fond national pour la réduction des catastrophes.76
Au Pakistan, une ordonnance de 2007 sur la gestion des catastrophes prévoit l’établissement de fonds
similaires autant au niveau national qu’au niveau provincial.77 En 2000, le gouvernement éthiopien a
établi un Fond national pour la prévention des catastrophes et la capacité de réaction, ainsi qu’une
Réserve de sécurité pour l’alimentation d’urgence (un stock de céréales renouvelable).78

La loi de 2002 sur la gestion des catastrophes au Costa Rica a non seulement créé un Fond national
pour les catastrophes, mais également requis que tous les départements et les différents niveaux du
gouvernement maintiennent des budgets séparés pour les activités liées à la réduction des risques de
catastrophe. Elle a par ailleurs demandé à ce que toutes les agences nationales versent au Fond national
pour les catastrophes 3% de tout excédent budgétaire qu’elles pourraient avoir chaque année.79 De
même, l’île de Madagascar alloue une ligne budgétaire annuelle pour les activités liées à la gestion des
risques de catastrophe et requiert que chaque ministère alloue une partie de son budget annuel à la
réduction des risques de catastrophe et aux activités de réponse.80

Quelles mesures administratives et techniques devraient être prises pour la réduction


des risques de catastrophe?
54
Les autorités compétentes devraient passer en revue et, quand cela est nécessaire, modifier les règles sur
l’aménagement du territoire, les projets de développement, la propriété foncière et l’utilisation des terres, le
zonage, la protection de l’environnement et la construction de bâtiments. Une telle révision doit se faire à partir
d’une évaluation des risques de catastrophe existants et des dangers environnementaux et par la recommandation
de mesures concrètes (par exemple, le reboisement dans des zones d’inondation ou l’amélioration des codes de
construction dans des secteurs exposés aux tremblements de terre).

76 Voir Guatemala: Decreto 109–96: Ley de la Coordinadora Nacional para la Reducción de Desastres de Origen Natural o
Provocado (1996), Artículo 15.
77 Voir Pakistan, National Disaster Mangement Ordinance 2007, Articles 29–30 (http://www.na.gov.pk/ordinances/ord2009/
national_disaster_ord2007_141009.pdf ).
78 Voir François Grünewald et autres, “Ethiopia: Real Time Evaluation of the 2006 Emergency Response” (2006), p. 25
(http://ochaonline.un.org/OchaLinkClick.aspx?link=ocha&docid=1008392).
79 République du Costa Rica, Ley Nacional de Emergencias, No. 7914 (February 3, 2002), Artículos 43–46 (www.ifrc.org/
what/disasters/idrl/publication.asp).
80 Voir Nations Unies, Disaster Risk Reduction, Global Review 2007, pp. 46–47

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Partie iI : La protection contre le déplacement
Chapitre 3 : Les déplacements, les évacuations et les relocalisations

Étude de cas
L’incorporation des mesures de réduction des risques de catastrophe dans le zonage de
l’utilisation du sol, dans les codes de construction et dans les projets de développement
Le développement de secteurs exposés au risque d’inondation peut être entrepris conformément aux
règlements de zonage conçus pour réduire au minimum le développement résidentiel et promouvoir
d’autres utilisations, comme l’agriculture, qui ont moins tendance à mettre en danger des vies humaines
et des habitations.81 Par exemple, en Algérie, la Loi relative à la gestion des catastrophes prévoit des
cartes sur les risques d’inondation qui délimitent les zones où aucune construction n’est autorisée
et d’autres secteurs où le risque est moindre et où les constructions sont permises si elles sont
accompagnées de précautions spéciales contre les dégâts dus aux inondations.82

En cas de tempête et de tremblement de terre, la résistance des maisons et des bâtiments est un
facteur de risque. De fait, la révision des codes de construction peut réduire les risques de déplacement
potentiel, les morts et les blessures résultant de tels dangers. Ainsi, en 1998, l’Arménie a inclut « la
construction de bâtiments, de réseaux d’ingénierie, de structures hydrotechniques, de bâtiments,
de voies de communication et de transport, ainsi que des routes avec les niveaux de sécurité et de
fiabilité nécessaires » parmi les activités préventives qui sont décrites dans sa Loi sur la protection de
la population dans les situations d’urgence.83 De même, Sainte Lucie a incorporé dans son Acte sur la
de gestion des catastrophes de 2006 des pouvoirs et des procédures spécifiques pour les inspections
de bâtiments potentiellement dangereux.84

Plus généralement, plusieurs Etats ont incorporé des objectifs de réduction des risques de catastrophe 55
dans la planification du développement. Par exemple, la loi relative à la gestion des catastrophes de
l’Inde exige que «  chaque ministère ou département du gouvernement de l’Inde intègre les mesures
de prévention ou de réduction des catastrophes dans ses plans de développement et ses projets,
conformément aux directives fixées par l’Autorité nationale [.]85 De même, la loi sur la gestion des
catastrophes de l’Indonésie requiert que les autorités tant nationales que régionales incorporent des
éléments de risque de catastrophes dans leurs programmes de développement et fassent en sorte que
« toute activité de développement impliquant de grands risques de catastrophe soit équipée de l’analyse
de risque de catastrophes comme faisant partie de l’effort de gestion des catastrophes conformément
au pouvoir dont elles sont dotées. »86

L’identification et la surveillance des dangers imminents, ainsi que le développement de systèmes d’alerte rapide,
sont également essentielles. Prendre des mesures techniques pour parer à un danger imminent qui est prévisible
ou pourrait être connu en faisant preuve de diligence est, conformément au droit à la vie, l’une des obligations
concrètes auxquelles les autorités compétentes doivent se soumettre dans des situations de catastrophe. Des
systèmes d’alerte rapide efficaces permettent aux autorités compétentes et aux communautés concernées de
prendre des mesures préventives pour atténuer les effets des catastrophes.

81 Voir Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales, “Guidelines for Reducing Flood Losses” (2004), p. 34–35.
82 Voir Algérie: Loi No. 04–20 du 13 Dhou El Kaada 1425 correspondant au 25 décembre 2004 25, 2004, relative à la
prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable, Articles 24–25.
83 Voir Arménie, Law on Population Protection in Emergency Situations (1998), Article 4 (www.brookings.edu/fp/projects/
idp/Armenia_ProtectionLaw_1998.pdf ).
84 Voir Sainte Lucie, Law, No. 30 of 2006, Disaster Management Act of 2006, paragraph 23.
85 Inde, Disaster Management Act of 2005, Bill No. LV-F of 2005, paragraphe 36 (b).
86 Voir Indonésie, Law Concerning Disaster Management (2005), Articles 6–7, 9, and 40.
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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
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Étude de cas
Les systèmes d’alerte rapide pour la réduction des risques de catastrophe
Au Nicaragua, la loi relative à la gestion des catastrophes définit trois niveaux d’alerte pour les risques de
catastrophe indiqués selon un code de couleurs qui correspondent à différentes étapes d’un danger imminent.
Elle confie la surveillance et l’annonce publique des menaces à des départements et des ministères spécifiques.87
Le Bangladesh a institué un système d’alerte en cas de cyclone qui demande au gouvernement de fournir des
avertissements initiaux concernant l’éventualité d’un cyclone sur la base des prévisions météorologiques 24
heures à l’avance, d’annoncer “niveau de danger” 18 heures à l’avance et “niveau de danger élevé” 10 heures
à l’avance.88 Le gouvernement du Bangladesh est aussi entré en partenariat avec la Société du Croissant-
Rouge du Bangladesh et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
pour développer un programme de Préparation aux cyclones “centré sur la population” par le biais d’émissions
radiophoniques et de 33’000 volontaires basés dans des villages et utilisant des mégaphones et des sirènes
manuelles pour avertir les communautés des tempêtes imminentes.89

La collecte d’informations joue un rôle central dans la réduction des risques de catastrophe. Les données
sur les dangers potentiels (comme des rapports sismologiques et des informations météorologiques)
sont de grande importance et des données de population mises à jour aident les autorités à localiser
les secteurs où les caractéristiques ou les moyens de subsistance des populations locales les rendent
particulièrement vulnérables aux effets des catastrophes. La collecte de données sur les populations
devrait être rendue obligatoire par la loi, effectuée ou du moins coordonnée par des institutions publiques
et recevoir le financement adéquat.
56

Étude de cas
La collecte d’informations pour la réduction des risques de catastrophe
En Afrique du Sud, la loi relative à la gestion des catastrophes a créé un centre de gestion des catastrophes
national dont la tâche est « de servir de dépôt et de canal pour les informations concernant la gestion des
catastrophes et sur les catastrophes elles-mêmes.  »90 Parmi le type d’informations que le centre doit
rassembler se trouvent des données sur les dangers, sur les facteurs de risque et sur les secteurs et les
communautés qui sont particulièrement vulnérables. Le centre recueille également des informations sur la
connaissance de la gestion des catastrophes au niveau local.91 Il est aussi exigé du centre qu’il recherche
ce type d’informations auprès de n’importe quel organe étatique ou personne. Dans ce dernier cas, la
personne doit accepter de répondre ou elle s’expose à des sanctions pénales.92

Pendant la période de collecte de données sur la population, ainsi que pendant l’élaboration et la mise
en œuvre de lois et des politiques relatives à la réduction des risques de catastrophe, les autorités
devraient prendre en considération les questions de genre et les besoins des groupes marginalisés ou
vulnérables, y compris par la consultation efficace et la participation continue dans la conception et la
mise en œuvre de mesures de réduction des risques de catastrophe.

87 Voir Nicaragua, Ley No. 337: Ley Creadora del Sistema Nacional para la Prevención, Mitigación, y Atención de Desastres
(2000), Artículos 26–30
88 Voir Asian Disaster Reduction Center, “Total Disaster Risk Management: Good Practices” (2003), p. 66.
89 Voir Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, “Rapport sur les catastrophes dans le
monde: La réduction des risques” (2002), p. 16.
90 Voir South Africa, Act No. 57, Disaster Management Act of 2002, Government Gazette No. 24252 (2003), Article 17.
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Partie iI : La protection contre le déplacement
Chapitre 3 : Les déplacements, les évacuations et les relocalisations

Étude de cas
La réponse aux problèmes liés au genre et aux groupes vulnérables dans les lois et les politiques
sur la réduction des risques de catastrophe
Au Bangladesh, le règlement intérieur sur la gestion des catastrophes de 1999 inclut un modèle de
Plan d’Action conjoint national/local qui demande aux comités pour les catastrophes qu’au moins deux
de leurs représentants soient des femmes93, qu’ils offrent une formation spécialisée pour les femmes
sur la manière d’administrer les premiers secours et de purifier l’eau94 et qu’ils rédigent des listes sur
les familles qui pourraient avoir besoin d’aide après une catastrophe, avec une attention particulière aux
ménages dirigés par une femme.95

En Inde, la politique relative à la gestion des catastrophes de l’État du Gujarat inscrit le « traitement des
questions de genre dans la gestion des catastrophes avec un accent particulier la responsabilisation
des femmes envers la réduction des risques sur le long terme » parmi ses objectifs principaux et propose,
dans les activités de renforcement des capacités qu’elle organise avec les communautés locales et des
groupes de la société civile, un certain nombre de mesures afin de promouvoir et de soutenir le rôle des
femmes dans la réduction des risques de catastrophe.96

Au Pérou, la loi concernant les déplacements internes exige que l’Etat «  prenne des mesures pour la
protection des peuples indigènes des Andes, des groupes ethniques dans le bassin de l’Amazone, des
minorités campesino97 et d’autres groupes qui ont vis-à-vis de leurs terres un lien de dépendance ou un
attachement particuliers. »
57
Comment procéder à des évacuations sans provoquer de déplacement arbitraire ?

Tout plan d’évacuation ou de relocalisation ne peut se faire que s’il est nécessaire pour la sécurité de la population
impliquée ou, dans un conflit armé, pour des raisons militaires impérieuses. Dans un contexte de catastrophe
naturelle, des évacuations peuvent être ordonnées et, si cela s’avère nécessaire, effectuées de force quand les
conditions suivantes sont remplies :

• Elles ont une base légale. Si une évacuation est entreprise sans la base légale nécessaire, elle est illégale et
donc arbitraire, ce qui constitue une violation de la liberté de mouvement. Dans des situations d’urgence
et en l’absence d’un acte législatif, une telle base légale peut prendre la forme d’un décret publié par le
pouvoir exécutif.
• Elles servent un but légitime. Il y a une menace sérieuse et imminente contre la vie ou l’intégrité physique
et la santé des personnes concernées, ce qui justifie leur évacuation forcée.
• Elles sont proportionnelles. Toutes les mesures raisonnables ont été considérées ou tentées, mais ne suffisent
pas pour protéger la vie ou l’intégrité physique et la santé des personnes concernées. L’évacuation forcée
91 Ibid.
92 Voir ibid., Articles 18 et 60.
93 Voir Bangladesh, Standing Order on Disaster Management (1999), Annexe H, paragraphe (2).
94 Ibid., paragraphe 9.3–9.4.
95 Ibid., paragraphe 12.1.
96 Voir Inde, Gujarat State Disaster Management Authority, Gujarat State Disaster Management Policy (http://unpan1.
un.org/ intradoc/groups/public/documents/APCITY/UNPAN010616.pdf ).
97 Pérou, Ley No. 28223 sobre los desplazamientos internos (19 de mayo de 2004), Artículo 9 (www.brookings.edu/projects/
idp/Laws- and-Policies/americas_policies.aspx).
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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

doit être considérée en dernier recours, étant donné qu’elle constitue une infraction sérieuse et directe
au droit à la liberté de mouvement. L’argument selon lequel d’autres options seraient plus chères ne peut
justifier l’évacuation.
• Elles sont exécutées d’une manière qui est conforme à d’autres droits de l’homme : les personnes concernées ont été :
–– informées sur la nécessité d’évacuer ou d’être évacuées, sur le site de la relocalisation et sur les
moyens d’évacuation. L’information leur est donnée d’une manière qui leur est accessible et dans
une langue qu’elles comprennent ;
–– consultées et autorisées à participer à l’identification d’alternatives appropriées, des itinéraires
d’évacuation et des mesures à prendre pour protéger leurs possessions (tant celles qu’elles ont dû
laisser sur place que celles qu’elles emmènent avec elles) et pour conserver l’intégrité familiale ;
–– évacuées dans des conditions qui respectent leur dignité et leur sécurité ;
–– protégées contre la discrimination pendant l’évacuation et à l’endroit de la relocalisation;
–– évacuées vers un lieu qui est sûr, dont les conditions de vie permettant que leur dignité soit respectée
et qui ne les expose pas à un nouveau risque.

Toute propriété abandonnée devrait être protégée quand cela s’avère nécessaire et pendant tout le processus d’évacuation.
Les personnes concernées devraient être informés d’une façon qui leur est accessible et dans une langue qu’elles comprennent
des causes et la durée de leur relocalisation, ainsi que tout nouveau développement concernant ce déplacement.

Si elle est entreprise dans ces conditions, une évacuation forcée ou involontaire peut être acceptable ou même
exigée, conformément aux droits de l’homme. Aussitôt que les raisons justifiant l’évacuation des PDI et leur
absence prolongée de leur foyer ont disparu, les PDI devraient pouvoir jouir du droit au retour ou de recevoir
58 une aide pour se réinstaller ailleurs de manière permanente si tel est leur souhait.

Comment le droit à l’information sur les dangers et risques résultant de catastrophes


peut-il être garanti ?

Les Etats doivent s’assurer que le droit de la population d’avoir accès à toutes les informations concernant la
protection contre les catastrophes est garanti. Dans certains Etats, ce devoir peut être inscrit dans la législation
générale sur l’accès aux informations gouvernementales. Un certain nombre d’Etats ont adopté une législation
spécifique sur le partage des informations concernant les dangers environnementaux.

Étude de cas
Le droit à l’information sur les catastrophes
Plusieurs Etats parties à la Convention d’Aarhus sur l’accès à l’information, la participation du public au
processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement ont codifié une responsabilité
gouvernementale spécifique consistant à fournir des informations sur des dangers environnementaux
à la demande du public.98 La loi sur la gestion des catastrophes de 1994 de la Fédération de Russie
stipule que « les citoyens […] ont le droit d’être informés du danger auquel ils peuvent être exposés
dans certains endroits de leur lieu de résidence au sein du territoire [de la Fédération de Russie] ainsi
qu’à propos des mesures de précaution en matière de sécurité.99

98 Voir, par exemple, United Kingdom: Statutory Instrument No. 3391, Environmental Information Regulations (2004),
Article 5 ; Belgique : Loi du 5 août 2006 relative à l’accès du public à l’information en matière d’environnement, Moniteur
Belge (8 août 2006), page 42538. Convention d’Aarhus sur l’accès à l’information, la participation du public au processus
décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement 1998 (Convention d’Aarhus), (http://www.unece.org/env/pp/
documents/cep43f.pdf ).
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Partie iI : La protection contre le déplacement
Chapitre 3 : Les déplacements, les évacuations et les relocalisations

Quels recours légaux devraient être mis à disposition de la population en cas d’échec
de la part des autorités dans la réduction des risques de catastrophe ?

Quand les autorités compétentes ne prennent pas les mesures qui s’imposent pour empêcher ou atténuer les
risques de catastrophe et que cette inaction a pour conséquence un déplacement aggravé et des pertes humaines
et matérielles, les victimes devraient avoir le droit de recourir à la justice. D’une part, de tels recours devraient
impliquer une enquête approfondie, la divulgation de quels actes ou quelles omissions sont à l’origine des
dommages qu’ont subi les PDI et les membres de leurs familles encore en vie, ainsi que la poursuite pénale de
toutes les parties responsables. D’autre part, les victimes devraient avoir droit à une réparation, y compris une
compensation pour la perte de parents proches, pour la destruction de leur propriété et pour la perte de revenus
pendant leur déplacement (voir chapitre 12). Pour éviter aux victimes et à l’Etat les coûts associés à une plainte
collective, les lois sur la gestion des catastrophes peuvent inclure un droit statutaire permettant que les recours
soient examinés par des procédures administratives accélérées, et qu’ainsi un grand nombre de cas soient traités
sans devoir passer par le système judiciaire habituel.

Étude de cas
Le droit au recours dans la législation relative à la gestion des catastrophes
La loi sur la gestion des catastrophes de l’Indonésie définit les responsabilités des gouvernements
nationaux et régionaux pour la réduction des risques et comporte une clause concernant le « règlement
des différends » qui indique une préférence pour la recherche de solutions à l’amiable. Mais, lorsque cela
n’est pas possible, cette clause autorise un « règlement du litige au tribunal ou hors tribunal ».100 Une 59
disposition séparée de la même loi considère aussi comme un délit criminel le fait de « mettre en œuvre
un plan de développement à haut risque sans procéder à une analyse des risques de catastrophe. »101
De même, la loi sur la gestion des (activités de) secours de l’Arménie stipule que « les fonctionnaires et
les citoyens sont responsables en cas d’infraction de la présente loi […] de la création de conditions
préalables pour des situations d’urgence […] comme défini par l’ordre juridique. »102

Comment les déplacements arbitraires peuvent-ils être évités dans les projets de
développement ?

Si les droits économiques, sociaux et culturels des citoyens sont respectés, les Etats ont toute latitude pour
chercher à améliorer les conditions de vie par le biais de projets de développement à grande échelle, comme la
construction de barrages, de ports, de mines, d’usines industrielles, de chemins de fer, d’autoroutes, d’aéroports
et de canaux d’irrigation. Quand il n’existe aucune alternative à l’exécution de tels projets dans des zones
peuplées, le déplacement ne pourra être évité. De tels déplacements devraient être planifiés, comme c’est le cas
pour les évacuations et les relocalisations induites par une catastrophe, sauf qu’ils seront vraisemblablement
permanents. Cela représente une interférence significative avec le droit à la liberté de mouvement et au libre
choix de résidence, le droit au foyer et le droit à la propriété des populations concernées.

99 Voir Fédération de Russie, Law on Protection of Population and Areas from Natural Disasters and Human-Created
Accidents (21 décembre 1994), Article 18 (1) (www.adrc.or.jp/manage.php?URL=./management/RUS/Russia_ Statute1.
htm&Lang=en&NationCode=643).
100 Voir Indonésie, Law Concerning Disaster Management (2005), Article 47.
101 Ibid., Article 75 (a).
102 Voir Arménie, Law on Population Protection in Emergency Situations (1998), Article 23.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Afin de justifier une telle interférence et d’éviter de se lancer dans un déplacement arbitraire, les autorités
compétentes devraient élaborer et mettre en œuvre des lois et des politiques réglementant tous les cas
de réinstallation réalisés dans les projets de développement à grande échelle, que cela concerne des acteurs
publics ou privés. Ces lois et ces politiques devraient exposer clairement quels intérêts publics justifient un
déplacement et une réinstallation, les procédures selon lesquelles le déplacement doit être effectué, la portée
des compensations et le droit à un examen administratif ou judiciaire. Les lois et les politiques qui régissent
la réinstallation permanente planifiée des populations touchées par un projet de développement devraient être
conformes aux directives internationales bien établies, y compris, notamment la Politique opérationnelle sur les
réinstallations involontaires de la Banque mondiale (PO 4.12) et les Principes directeurs.103 En particulier, la
réinstallation doit se justifier par l’intérêt supérieur du bien public (Principe 6 (1) (c)) et elle doit avoir lieu d’une
façon qui n’induise pas de violations des droits de l’homme (Principes 7-9). Pour conserver leur compatibilité
avec les droits de l’homme, les lois et les politiques de réinstallation devraient également refléter les Principes
de base et Directives concernant les expulsions et les déplacements de 2006.104 Ces principes donnent de plus
amples explications sur les mesures que les autorités étatiques devraient prendre pour éviter les déplacements
arbitraires au cours de projets de développement. Ils définissent des critères permettant de garantir que les sites
de réinstallation soient convenables et ils soulignent le fait que le retour volontaire aux sites de développement
devrait être facilité dans des cas exceptionnels dans lesquels les conditions le permettent.105

60

103 La Banque mondiale, l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique et la Banque asiatique de
développement ont élaboré des politiques pour la réinstallation des populations touchées par le développement visant à
garantir que leur moyens de subsistance et leur niveau de vie retrouvent au moins le niveau qu’ils avaient atteint avant leur
déplacement. Voir, La Politique Opérationelle de la Banque mondiale 4.12– Réinstallations involontaires (janvier 2001)
(http://wbln0018.worldbank.org/Institutional/Manuals/OpManual.nsf/tocall/CA2D01A4D1BDF58085256B19008197F6);
l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique, “Lignes directrices établies à l’intention des
organismes d’aide concernant le déplacement involontaire et la réinstallation dans le cadre de projets de développement”
(1991) (http://www.oecd.org/dataoecd/0/35/33996478.pdf ); Banque asiatique de développement, Policy on Involuntary
Resettlement (1995) (www.adb.org/Documents/Policies/Involuntary_Resettlement/default.asp?p=rsttlmnt).
104 Commission des droits de l’homme des Nations Unies, “Principes de base et directives concernant les expulsions et les
déplacements liés au développement,” UN Doc. A/HRC/4/18 (5 février 2007) (http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/
GEN/G07/106/29/PDF/G0710629.pdf?OpenElement).
105 Ibid., paragraphes 55 et 63.

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PARTIE III
Les chapitres 4 à 16 couvrent les problèmes importants qui surviennent pendant et

après le déplacement, dans l’ordre dans lequel ils sont exposés dans les Principes

directeurs. Le chapitre 4 traite de l’aide humanitaire, les chapitres 7 à 10 des questions

de droits sociaux (l’alimentation, l’eau et l’l’assainissement, l’abri de base et le logement

convenable ainsi que la santé) et le chapitre 15, de l’éducation. Les questions relatives

à la propriété et aux moyens de subsistance sont étudiées dans les chapitres 12 et

13. Les autres chapitres couvrent les droits concernant la question du mouvement

(chapitre 5), de la vie familiale (chapitre 6), des documents personnels (chapitre 61
11) et des droits électoraux (chapitre 14). La partie III se termine avec de courtes

références à d’autres questions réglementaires qui ne requièrent pas nécessairement

de loi concernant spécifiquement les PDI. Ces chapitres devraient être lus en rapport

avec les chapitres 1 et 2 qui traitent de problèmes liés et qui sont également pertinents

dans le contexte des thèmes abordés dans la présente partie du manuel.

La protection
pendant et après
le déplacement
Chapitre 4
L’aide humanitaire

A. Introduction

Objectif : Le principe 3 des Principes directeurs vise à protéger le droit des PDI de recevoir toute l’aide humanitaire
nécessaire permettant de garantir leur survie et de répondre à leurs besoins élémentaires. Le principe 25 affirme
que c’est aux autorités nationales qu’incombe en premier lieu la responsabilité de fournir l’aide humanitaire tant
par leurs propres efforts qu’en facilitant le travail des organisations humanitaires internationales.

Principe 3
1. C’est aux autorités nationales qu’incombent en premier lieu le devoir et la responsabilité de fournir
une protection et une aide aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui relèvent de
leur juridiction.
2. Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont le droit de demander et de recevoir une
protection et une aide humanitaire desdites autorités. Elles ne seront soumises à aucune persécution 63
ou punition pour avoir formulé une telle demande.

Principe 25
1. C’est en premier lieu aux autorités nationales qu’incombent le devoir et la responsabilité d’apporter
une aide humanitaire aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.
2. Les organisations humanitaires internationales et d’autres parties concernées ont le droit de proposer
leurs services pour venir en aide aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Une
telle proposition ne doit pas être considérée comme inamicale ou comme un acte d’ingérence dans
les affaires intérieures de l’Etat et sera accueillie de bonne foi. Ces services ne seront pas refusés
arbitrairement, surtout si les autorités concernées ne sont pas en mesure de fournir l’aide humanitaire
requise ou ne sont pas disposées à le faire.
3. Toutes les autorités concernées autoriseront et faciliteront le libre passage de l’aide humanitaire et
permettront aux personnes chargées de la distribuer d’accéder rapidement et librement aux personnes
déplacées à l’intérieur de leur propre pays.
Autres principes pertinents : 7(2), 4, 10, 18, 19, 24, 26, 27 et 30.

Les bases légales : 106 Obligation de fournir l’aide humanitaire : le droit international ne prévoit pas explicitement
de droit à l’aide humanitaire pour les personnes déplacées, sauf dans les situations de conflit armé international

106 Pour plus de détails, voir Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed., Studies in
Transnational Legal Policy 38 (American Society of International Law and Brookings Institution, 2008), pp. 111–24.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

où les civils des territoires occupés ont le droit de solliciter et de recevoir directement l’aide humanitaire des
organisations humanitaires internationales.107 Cependant, compte tenu du fait que l’aide est souvent nécessaire
pour le plein exercice du droit à une alimentation suffisante (voir chapitre 7), à l’eau (voir chapitre 8), au logement
convenable (voir chapitre 9), aux services médicaux essentiels (voir chapitre 10), à l’habillement et à d’autres
biens indispensables et, en définitive, pour l’exercice du droit à la vie, certains droits à l’aide humanitaire sont
implicites dans les règles du droit international des droits de l’homme108 et du droit international humanitaire109.
En garantissant l’aide humanitaire, les Etats prennent les mesures nécessaires pour respecter le droit des
personnes déplacées à retrouver un niveau de vie suffisant et à jouir du meilleur état de santé physique et mentale
qu’elles soient capables d’atteindre.110 Tous les Etats ont l’obligation de prendre des mesures, par leurs propres
efforts ou avec l’assistance et la coopération internationales, en vue d’assurer progressivement le plein exercice
des droits reconnus au maximum de leurs ressources disponibles et par tous les moyens appropriés.111

Dans les situations de déplacement, ces obligations signifient que :

• dès que le déplacement a lieu les autorités compétentes devraient utiliser tous les moyens possibles mis à
leur disposition, y compris demander, accepter et faciliter l’aide humanitaire internationale, afin d’offrir aux
PDI les niveaux essentiels minimaux de nourriture, d’eau, de logement et de soins de santé primaires.112
• au cours du déplacement, les autorités compétentes devraient agir aussi rapidement et efficacement
que possible afin de réaliser pleinement ces droits, sans prendre délibérément de mesures qui soient
régressives.113 En pratique, cela implique d’identifier continuellement les mesures qui peuvent être
prises, en consultation avec les PDI et en coordination avec les acteurs humanitaires internationaux, afin
de fournir la nourriture, l’eau, le logement et les soins de santé primaires de la manière qui soit la plus
64 appropriée et la plus adaptée aux besoins spécifiques des PDI en général et aux groupes particulièrement
vulnérables au sein de la population des PDI (voir chapitre 1, section D).
• lorsqu’il s’agit d’un déplacement prolongé ou d’une solution durable, les autorités compétentes devraient
prendre des mesures pour garantir aux PDI un accès non-discriminatoire à l’aide humanitaire en des
termes non moins favorables que ceux dont jouit la population non déplacée.

Le devoir de faciliter et de réglementer l’aide humanitaire : lors d’un conflit armé, les organisations humanitaires
ont un droit explicitement reconnu d’offrir leur aide.114 Dans toutes les situations de conflit armé, les parties
au conflit ont le droit d’effectuer des contrôles sur les activités de l’aide humanitaire, mais doivent permettre et
faciliter le passage rapide et sans entraves des secours humanitaires pour les civils qui sont dans le besoin, des
secours qui sont distribués de manière impartiale et sans aucune distinction de caractère défavorable.115 Les
parties au conflit devraient aussi garantir la liberté de mouvement du personnel humanitaire autorisé essentiel

107 Convention de Genève (IV), Article 30 : “Les personnes protégées auront toutes facilités pour s’adresser aux Puissances
protectrices, au Comité international de la Croix-Rouge, à la Société nationale de la Croix-Rouge (du Croissant-Rouge, du
Lion et Soleil Rouges) du pays où elles se trouvent, ainsi qu’à tout organisme qui pourrait leur venir en aide.”
108 Voir en particulier, PIDESC, Articles 11 et 12.
109 Convention de Genève (IV), Articles 49(3) et 55; Protocol additionnel I aux Conventions, Articles 54(2) et 69 ; Protocole
additionnel II aux Conventions de Genève, Articles 14 et (17)(1).
110 PIDESC, Articles 11 et 12.
111 PIDESC, Article 2(1).
112 CDESC, Observation générale 3 (1991), paragraphe 10.
113 CDESC, Observation générale 3, paragraphe 9.
114 Conventions de Genève, Article commun 3(2) ; Protocole additionnel II aux Conventions de Genève, Article 18(1).
115 Convention (IV) de Genève, Articles 23 et 59 ; Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, Article 70 ; Protocole additionnel
II aux Conventions de Genève, Article 18 ; CICR, Droit international humanitaire coutumier, Volume I: Règles, Règle 55.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 4 : L’aide humanitaire

à l’exercice de ses fonctions. Cette liberté peut uniquement être soumise à des restrictions provisoires en cas de
nécessité militaire impérieuse. Les parties au conflit doivent protéger le personnel humanitaire, leurs biens et
équipements contre les attaques et le détournement de l’aide.116 Le fait d’entraver délibérément l’acheminement
de l’aide s’apparente même à un crime de guerre puisqu’il est interdit d’utiliser contre les personnes civiles la
famine comme méthode de combat.117 Enfin, elles doivent garantir que le personnel humanitaire, leurs biens et
équipements sont protégés contre les attaques118 et que les éventuels attaquants sont punis.119

Dans des situations de catastrophe, les Etats portent la responsabilité première du soin des victimes, y compris par
l’acceptation et l’appel à une aide humanitaire.120 Le travail des agences d’aide humanitaire internationalement
reconnues dans le domaine de l’assistance en cas de catastrophe devrait être facilité par la levée des exigences
concernant les visas de transit, d’entrée et de sortie pour le personnel de secours agissant à titre officiel, ainsi
que l’exemption des frais de douane pour les biens et équipements de secours, la levée des restrictions sur
l’exportation ou l’importation de ces biens et en général la simplification des procédures.121

Cadre réglementaire : la plupart des Constitutions nationales protègent le droit à la vie et un nombre croissant de
Constitutions protègent également les droits sociaux et économiques nécessaires au regard de l’aide humanitaire,
comme le droit à un logement, à l’eau, à l’alimentation ou aux soins de santé primaires. Cependant, peu d’Etats
reconnaissent explicitement le droit à l’aide humanitaire comme tel. Bien que de nombreux Etats possèdent
une législation interne dont certains points sont liés aux aspects spécifiques de la réponse à une catastrophe,
peu sont dotés de structures complètes qui encadrent l’aide humanitaire. Les mécanismes pour la facilitation
et la réglementation de l’aide humanitaire dans des conflits armés et des catastrophes peuvent se baser sur des
décrets ou des politiques dans des cas où ils exigent simplement une nouvelle coordination parmi des autorités
publiques existantes. De même, les obligations humanitaires et les responsabilités d’acteurs militaires peuvent 65
être exposées dans des politiques et en particulier dans les manuels militaires.

Cependant, l’adoption d’une nouvelle législation ou des amendements sont probablement nécessaires dans de
nombreux nouveaux cas de figure liés à la réglementation de l’humanitaire:

• Toute création d’un nouvel organe de coordination humanitaire interne devrait se fonder sur l’adoption
d’une loi organique.
• La définition de crimes en rapport avec l’aide humanitaire, tels que les attaques dirigées contre le personnel
humanitaire, mais aussi le détournement, l’obstruction à l’aide ou l’exploitation sexuelle commise par des
représentants d’un organisme humanitaire, devraient être prévus par les codes pénaux.
• Les mesures nécessaires pour accélérer l’admission de travailleurs humanitaires en provenance de
l’étranger, l’importation de matériel d’aide et d’équipement, ainsi que l’enregistrement d’agences
humanitaires internes devraient être prises ainsi que des amendements définissant des exceptions aux
règles ordinaires dans les lois sur l’immigration, les douanes et l’enregistrement des personnes légales.
116 Voir, par exemple, Protocole additionnel I aux Convention de Genève, Articles 70 et 71 ; CICR, Droit international
humanitaire coutumier, Volume I : Règles, Règle 56.
117 Statut de Rome, Article 8(b)(xxv).
118 Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, Article 71(2) ; CICR, Droit international humanitaire coutumier,
Volume I : Règles, Règles 31 et 32.
119 Statut de Rome, Article 8(2)(b)(iii) et 8(2) e)(iii).
120 Voir, par exemple, Assemblée Générale des Nations Unies, Résolutions 46/182 (1991), 45/100 (1990), et 43/131 (1988)
qui affirment la responsabilité de chaque Etat « au premier chef de prendre soin des victimes des catastrophes naturelles et
d’autres situations d’urgences se produisant sur son territoire. »
121 Voir “Lignes directrices relatives à la facilitation et à la réglementation nationales des opérations internationales de secours
et d’assistance au relèvement initial en cas de catastrophe” adoptées lors de la 30ème Conférence Internationale de la Croix-
Rouge et du Croissant-Rouge (30 novembre 2007).
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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Dans de nombreux pays, la législation sur l’aide humanitaire couvre toutes les situations et les bénéficiaires
concernés, et non pas uniquement le déplacement. Des lois ou des dispositions spécifiques aux situations de
déplacement peuvent s’avérer appropriées pour répondre aux besoins humanitaires spécifiques des PDI (par
exemple, des camps) ou aux situations de déplacement à particulièrement grande échelle, quand des structures
séparées sont nécessaires pour aborder le problème.

Les problèmes souvent rencontrés par les PDI : Suite à leur déplacement, les PDI n’ont plus la possibilité
d’accéder aux droits économiques et sociaux fondamentaux, notamment ceux qui concernent un niveau de vie
suffisant et le droit de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu’elles soient capables d’atteindre.122
Par conséquent, l’aide humanitaire est un moyen important de réaliser ces droits pendant le déplacement, avec le
but d’encourager le recouvrement de leur autonomie. Cependant, les PDI ont souvent à faire face à des problèmes
ayant trait aussi bien à l’accessibilité de l’aide humanitaire qu’à son adéquation. Dans certains cas, l’absence
d’accès à cette aide est due à l’éloignement du lieu où se trouvent les PDI ou du manque d’informations sur l’aide
disponible. Dans des situations de conflit armé, l’accès humanitaire aux PDI peut être bloqué par les combats
en cours et l’insécurité, la présence de mines terrestres ou d’engins non explosés, ou encore par une situation
anarchique, la crainte de représailles ou des violences sexuelles de masse. Par ailleurs, les PDI peuvent elles-
mêmes se trouver dans l’impossibilité d’atteindre des points de livraison pour les mêmes raisons. Dans d’autres
situations, c’est la corruption ou des distinctions arbitraires entre différentes catégories de PDI qui peuvent
empêcher d’accéder à l’aide. Ces facteurs ont tendance à toucher plus fortement les groupes vulnérables—
comme les personnes âgées et les personnes souffrant d’une incapacité, les minorités ethniques, les femmes ou
les enfants non accompagnés—qui ont le plus besoin de cette aide, mais dont la mobilité est peut-être limitée
ou qui ont à faire face à d’autres obstacles. Par ailleurs, les déplacés bénéficiaires ne sont pas souvent consultés
66 et n’ont que le choix d’accepter l’aide disponible, quelle qu’elle soit et indépendamment de savoir si la nature, les
quantités ou les moyens de distribution de cette aide correspondent à leurs besoins.

Dans certains cas, la façon dont l’aide est distribuée peut susciter des nouvelles préoccupations en matière de
protection. Parmi les exemples, on trouve :

• L’absence de concertation avec les groupes vulnérables pour la planification de la distribution de l’aide
–comme les femmes chef de famille –, aboutissant à des systèmes peu sûrs ou manquant de transparence
et qui entravent l’accès à l’aide pour ces groupes ou les exposent à des risques d’exploitation.
• La distribution de l’aide aux PDI d’une manière qui ne fait qu’exacerber le ressentiment et les tensions
au sein des communautés ou groupes alentour, ce qui pourrait exposer les PDI à des risques d’attaque.
• La distribution d’une aide insuffisante ou inadéquate, ce qui encourage les PDI à se lancer dans des
stratégies d’adaptation risquées comme le ramassage du bois de chauffage ou d’autres biens indispensables
dans des secteurs où elles sont exposées à des attaques ou des agressions sexuelles.
• La distribution d’une aide qui est inappropriée d’un point de vue religieux ou culturel et donc inacceptable
pour des minorités religieuses ou des peuples indigènes.

Les problèmes susmentionnés peuvent être accentués par le fait que les autorités compétentes ne prennent pas
leurs responsabilités vis-à-vis de la distribution de l’aide. Dans le pire des cas, il peut arriver que ces autorités
nient tout simplement l’existence du déplacement ou toute responsabilité dans la distribution d’aide aux personnes
qui en sont victimes. Elles peuvent dans ces cas-là refuser l’entrée des agences humanitaires internationales ou
limiter leur accès à certaines parties du pays ou à certaines communautés nécessitant une aide. Cependant,
même lorsque les autorités compétentes s’engagent à remplir leurs obligations, leurs intentions peuvent être

122 PIDESC, Articles 11 et 12.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 4 : L’aide humanitaire

contrecarrées d’une part par un manque de cohérence dans les dispositions institutionnelles et les mécanismes
réglementaires concernant la coordination de l’aide et d’autre part par un simple manque de capacités et de
ressources. Dans certains cas, des exigences excessives concernant les formalités d’enregistrement sont imposées
aux PDI, qui n’ont aucun accès à leurs documents personnels (voir chapitre 11). Pour les agences humanitaires
internationales, l’accès aux zones touchées peut également s’avérer compliqué en raison du refus de la part
des autorités d’assouplir les conditions en matière de visas et de formalités douanières, en raison des longues
procédures nécessaires à l’obtention du statut juridique interne et de l’insécurité générale ou de la prise pour cible
des travailleurs humanitaires. Enfin, dans certains cas, l’incapacité des acteurs internationaux à coordonner leur
propre rôle et présence et à garantir l’aide appropriée peut représenter un obstacle.

B. Liste de contrôle : les problèmes que les lois et politiques


internes devraient aborder

Les éléments minimaux essentiels de la réglementation étatique


Au minimum, les autorités compétentes devraient :
Créer un mécanisme responsable de la coordination de la distribution de l’aide humanitaire aux PDI.
1. Assigner aux autorités ou aux organisations concernées au niveau national et local des obligations
claires et spécifiques dans le domaine de l’aide humanitaire apportée aux PDI et leur fournir les moyens
nécessaires pour remplir ces obligations.
67
2. Établir des mécanismes et des procédures permettant d’identifier les bénéficiaires de l’aide humanitaire
en se fondant sur les besoins et vulnérabilités.
3. Déterminer des critères pour la distribution des biens et des services humanitaires en accord avec les
normes minimales reconnues sur le plan international.
4. Établir des critères et des mécanismes garantissant l’accès humanitaire à toutes les personnes dans le besoin.
5. Éliminer tout obstacle provenant d’une source interne empêchant la distribution de biens humanitaires,
tels que des subsides ou des réglementations de prix sur des produits de base qui les rendent plus chers
que le prix global du marché.
6. Faciliter l’importation et le transport interne des biens humanitaires qui ne sont pas suffisamment
disponibles sur le plan interne (par exemple, en levant ou en assouplissant les restrictions et les
quotas sur les importations, les formalités douanières et autres taxes) et favoriser l’entrée dans le pays
des travailleurs et organisations humanitaires étrangers (par exemple, en rationalisant les exigences
concernant les visas et en accélérant les formalités concernant les permis).
7. Sanctionner au pénale les attaques commises par des acteurs étatiques et non-étatiques contre des
membres du personnel humanitaire et leur matériel, moyens de transport et approvisionnements quand
ces attaques s’apparentent à des crimes de guerre conformément au Statut de Rome.
8. Prévoir après un conflit armé ou d’autres situations de violence ou de catastrophes naturelles ou causées
par l’homme, une aide humanitaire pour une période transitoire ainsi que des mesures en vue de
rétablir la sécurité alimentaire, le système d’eau et d’assainissement, les services de santé et d’éducation
dans les lieux où les PDI s’établissent de façon durable.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Afin de garantir que les PDI puissent exercer leur droit à recevoir les biens et les services humanitaires
indispensables à leur survie et à leurs besoins de base pendant et après le déplacement, les lois et les politiques
internes devraient :

• Établir un système pour la coordination et la facilitation de l’aide humanitaire faisant la liaison entre les
ministères compétents, les forces militaires et de sécurité, les différents niveaux du gouvernement et les
acteurs humanitaires nationaux et internationaux ;
• Attribuer des pouvoirs et des responsabilités clairs pour la distribution de l’aide humanitaire aux autorités
appropriées et aux agences gouvernementales ou aux organisations non gouvernementales aussi bien au
niveau national que local et fournir les moyens nécessaires pour qu’elles puissent accomplir leurs tâches ;
• Affirmer l’obligation de rendre accessible à toutes les PDI des informations complètes sur l’aide
humanitaire disponibles dans une langue qu’elles comprennent, ainsi que celle consistant à impliquer
les PDI, y compris les groupes marginalisés et vulnérables, dans la planification et la mise en œuvre de
programmes d’aide ;
• Définir des procédures claires pour évaluer les besoins en aide humanitaire internationale et lancer
des invitations aux agences internationales—ou répondre à leurs offres—de façon systématique. Les
acteurs humanitaires internationaux devraient légalement avoir droit à des procédures simplifiées pour
l’enregistrement interne et la personnalité légale, pour les visas et procédures d’entrée du personnel
international, pour les formalités douanières en cas d’importation de l’aide et de l’équipement humanitaire.
Elles devraient également avoir un droit d’accès ainsi qu’un droit à la protection et à l’appui dans la
distribution de l’aide ;
• Garantir l’aide humanitaire à toutes les personnes qui en ont besoin indépendamment des causes de leur
68 besoin ou du fait qu’elles sont déplacées ou non. De telles dispositions devraient être spécifiques afin de
garantir l’accès aux biens et aux services humanitaires particuliers en quantité et qualité correspondant
aux besoins spécifiques des personnes ainsi qu’aux normes internationales minimales ;
• Exclure ou supprimer les frais administratifs, ainsi que les exigences bureaucratiques excessives concernant
la distribution de l’aide humanitaire ;
• Définir des critères d’admissibilité basés uniquement sur la nécessité dans les cas où la distribution
des biens et des services humanitaires requiert l’enregistrement des bénéficiaires. En principe, un tel
enregistrement ne devrait pas entraîner la création d’un statut juridique interne pour les PDI ;
• Cibler l’aide humanitaire aux PDI vers l’objectif de trouver ou de retrouver des moyens de subsistance et
une autonomie économique, à la fois pendant le déplacement et dans le contexte de solutions durables ;
• Mettre sur pied une surveillance efficace, un contrôle de qualité et des mécanismes de plainte individuelle
pour guider la mise en œuvre de lois et de politiques relatives à l’aide humanitaire ;
• Criminaliser en droit interne les attaques contre les travailleurs humanitaires et leurs biens et matériel, ainsi que
l’obstruction à l’aide humanitaire, le détournement et l’exploitation sexuelle par des travailleurs humanitaires.

C. Les éléments nécessaires de la réglementation étatique

Qui devrait être impliqué dès le début dans la coordination de la distribution de l’aide
humanitaire aux PDI ?

Au niveau national, l’aide humanitaire devrait être l’une des questions centrales traitées par le mécanisme de
coordination institutionnel s’occupant de la problématique du déplacement (voir chapitre 2, section G). Un tel

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 4 : L’aide humanitaire

mécanisme suppose un système clair pour la prise de décisions et la coordination de tous les acteurs concernés.
Les lois et les politiques nationales sur les catastrophes et les activités de secours (y compris les lois et les
politiques sur les PDI) devraient spécifier les rôles et les responsabilités des divers ministères et organes au
niveau national, régional et local. De telles structures devraient aussi réglementer la coordination avec l’armée
et les forces de sécurité, ainsi qu’avec les organismes non gouvernementaux ayant des fonctions humanitaires
importantes, tels que les associations de secours internes, des organes de surveillance des droits de l’homme et
des agences humanitaires internationales.

Au niveau national, une coordination réussie est souvent basée sur la création d’un bureau directeur central et
d’une commission qui fait le lien entre la structure législative de haut niveau et un ou plusieurs comités plus
techniques. Dans de tels cas, le bureau directeur central devrait aussi être chargé d’assurer la facilitation, la
coordination et le contrôle de qualité de l’aide internationale. La coordination entre le niveau national, régional
et local devrait tenir compte du rôle important du niveau local dans la mise en œuvre des décisions prises au
niveau central ainsi que de la plus grande compréhension des conditions locales et des facteurs contextuels que
possède l’échelon local.

Étude de cas
La coordination nationale de l’aide humanitaire
En Tanzanie et en Colombie, les bureaux de gestion des catastrophes se trouvent au sein du bureau du
Premier Ministre, ce qui leur donne l’autorité pour coordonner le travail des ministères.123 Au Nicaragua,
le Système national pour la Prévention, la Réduction et la Réponse aux Catastrophes (SINAPRED) 69
prévoit des lignes de communication claires entre les comités et bureaux des catastrophes aux niveaux
national, régional et municipal ainsi que l’implication de la société civile à chaque niveau.124 Une approche
semblable est adoptée par l’Ouganda et l’Angola dans leurs politiques respectives consacrées aux PDI.

Au Sri Lanka, le Comité Consultatif sur l’aide humanitaire (CCHA) est un forum de haut niveau pour
la coordination et la prise de décision sous la direction du Ministère de la gestion des catastrophes
et des droits de l’homme auquel participent des ministères-clés, des agences des Nations Unies et
des donateurs bilatéraux. Il inclut des sous-comités sur la réinstallation et le bien être des PDI, sur la
logistique et les services essentiels, les moyens de subsistance, la santé et l’éducation.125

L’un des rôles essentiels des mécanismes de coordination humanitaire est de coordonner les relations entre les
autorités civiles, la police et les forces de sécurité. Les lois et les politiques sur les PDI—ou celles qui traitent des
catastrophes et plus largement des situations d’urgence—devraient assigner des rôles clairs tant à l’armée qu’à
la police concernant la protection des civils et l’aide humanitaire. D’une manière générale, les principes suivants
devraient être appliqués :

• La police devrait être explicitement mandatée par la loi pour protéger les civils, y compris les PDI et
les prestataires de l’aide humanitaire. Ce mandat devrait être séparé de tous les autres rôles confiés aux
militaires et la police devrait rester indépendante de l’armée.
123 Voir InterWorks, “Model for a National Disaster Management Structure, Preparedness Plan, and Supporting Legislation,”
(juillet 1998), p. 5 (http://www.preventionweb.net/english/professional/trainings-events/edu-materials/v.php?id=5142).
124 Voir Decreto No. 53-2000, Reglamento de la Ley Número 337, Ley Creyadora del Sistema Nacional para la Prevención,
Mitigación, y Atención de Desastres (www.ifrc.org/what/disasters/idrl/publication.asp).
125 Rapport du Représentant du Secrétaire général chargé de la question des personnes déplacées dans leur propre pays, Mission
au Sri Lanka,” A/HRC/8/6/Add.4, paragraphe 25.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

• La responsabilité de la sécurité des PDI dans les camps ou les autres lieux d’hébergement collectif devrait
être clairement répartie. En règle générale, l’armée devrait être responsable de la sécurité seulement à
l’extérieur du périmètre des camps, tandis que la police peut être présente à l’intérieur des camps pour
assurer la sécurité parmi les résidants.
• L’armée peut jouer un rôle dans les activités de secours, mais ce rôle devrait être clairement limité au
soutien des acteurs humanitaires civils afin d’éviter de saper la manière dont la neutralité de ces derniers
est perçue. L’armée peut par exemple être sollicitée pour fournir un moyen de transport de l’aide, faciliter
la logistique et réparer des infrastructures. Le personnel militaire ne devrait pas être impliqué directement
dans la distribution de l’aide.126
• L’armée devrait recevoir une formation sur les droits de l’homme et les principes de droit humanitaire
relatifs aux PDI, ainsi que sur les normes internationales de qualité humanitaire. Il devrait également
être exigé de l’armée qu’elle observe ces règles, respecte à tout moment les principes d’humanité et
d’impartialité en s’abstenant par exemple de subordonner l’aide humanitaire à la transmission
d’informations ou tout autre type de collaboration de la part des personnes affectées.

Étude de cas
La répartition des responsabilités entre la police et l’armée pour assurer la sécurité des PDI en Ouganda
La politique nationale ougandaise pour les PDI distribue clairement les responsabilités entre l’armée
(Force de Défense Populaire Ougandaise, ou UPDF) et la police pour la protection des PDI, tant
pendant le déplacement que dans le contexte du retour et de la réinstallation :
70 “Le Ministère des affaires intérieures, en consultation avec le Ministère de la défense nationale devra
protéger les camps des PDI et les lieux de réinstallation. La police sera responsable du maintien de
l’ordre public et du respect du droit parmi les communautés déplacées et les communautés où les
personnes déplacées retournent ou se réinstallent, y compris les personnes qui cherchent un abri pour
la nuit dans les zones d’aide plus connues sous le nom de « Night commuters ».

L’UPDF assurera la protection des périmètres et des secteurs entourant les sites des PDI et se déploiera
pendant les phases de retour et de réinstallation pour dissuader et faire obstacle aux attaques armées
dirigées contre des anciens déplacés internes jusqu’au moment où leur sécurité sera assurée.

L’UPDF, la police ougandaise et les unités spécialisées appartenant à d’autres agences de sécurité
nationale assureront la sécurité du personnel humanitaire et des agences de développement.”127

Les mécanismes de coordination humanitaire devraient aussi faciliter la participation des Sociétés nationales
de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge128 et des sociétés de secours internes similaires dans les activités de
réponse aux situations de déplacement. Les lois et politiques sur les catastrophes, les situations d’urgence et le
126 Ceci est une forte recommandation pour les acteurs militaires impliqués dans des activités d’aide internationale qui est
inscrite dans les “Lignes directrices d’Oslo sur l’utilisation des moyens militaires et de défense civile dans des catastrophes
naturelles” (tel que révisées en 2006, disponibles uniquement en anglais) (www.ifrc.org/idrl) et dans les « Directives sur
l’utilisation des ressources militaires et de la protection civile dans le cadre des situations d’urgence complexes“ (tel que
révisées en 2006, ochaonline.un.org/OchaLinkClick.aspx?link=ocha&docId=1087063).
127 République d’Ouganda, The National Policy for Internally Displaced Persons (2004), p. 19. Les “night commuters” étaient le
plus souvent des enfants qui, pour éviter le recrutement forcé, se réfugient dans les zones d’aide comme des camps ou autres
lieux d’accueil des PDI.
128 Dans de nombreux pays, ce sont les agents de secours les plus importants après le gouvernement. Il y a actuellement 185
sociétés nationales reconnues au sein de la Croix-Rouge et du Mouvement du Croissant Rouge, ce qui représente plus de 20
millions de volontaires actifs.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 4 : L’aide humanitaire

déplacement interne devraient promouvoir les activités de ces sociétés, en leur garantissant l’aide nécessaire et
en leur assignant des rôles appropriés dans la planification et la mise en œuvre de la réponse aux catastrophes.129
Les autorités étatiques doivent reconnaître de telles organisations. Elles peuvent éventuellement coordonner
leur travail, mais elles doivent respecter leur indépendance et leur permettre de travailler purement selon des
principes humanitaires. Elles doivent également leur permettre de chercher et de recevoir des fonds et des dons
de l’étranger.

Étude de cas
Faciliter le travail des sociétés de secours nationales au Venezuela
La loi vénézuélienne sur la protection civile stipule que le personnel qualifié des «  organisations
bénévoles  » qui apportent leur secours en cas de catastrophe conjointement avec les autorités de
défense civile, doit recevoir une aide logistique ainsi qu’une assurance-vie et une assurance contre les
accidents dans le cadre de ses activités.130

En répondant aux situations de déplacement, les mécanismes de coordination devraient aussi s’assurer que les
déplacés—et les catégories particulièrement vulnérables de PDI—ont l’occasion de jouer un rôle actif dans
la planification et la mise en œuvre de programmes d’aide humanitaire (voir chapitre 2, section I). Dans le
passé, les programmes d’assistance fournissaient souvent l’aide dans un style « à prendre ou à laisser » avec une
planification verticale. De telles approches laissaient peu de possibilités aux PDI d’influencer le processus.
En conséquence, les programmes d’assistance pouvaient s’avérer inadaptés aux besoins particuliers des PDI
d’un point de vue culturel, culinaire ou de la santé. Leur mise en œuvre pouvait augmenter les problèmes de 71
protection—en laissant des femmes en proie à l’exploitation par des bénéficiaires masculins—ou en exposant les
destinataires de l’aide aux attaques par d’autres personnes cherchant à la détourner. Pour qu’une consultation soit
réussie, les PDI doivent être pleinement informées des approches et des avantages potentiels de l’aide.

Étude de cas
La diffusion de l’information sur l’aide apportée aux PDI en Ouganda et au Népal
La politique nationale de l’Ouganda stipule que le ministère de l’information doit assurer la diffusion gratuite
de l’information concernant l’aide aux PDI sur tous les médias de masse étant sous son contrôle. Elle
prévoit également que les radios longue distance doivent apporter leur soutien aux comités et organismes
locaux de PDI. Enfin, elle engage le ministère de l’information à travailler avec d’autres branches du
gouvernement pour diffuser les informations le plus largement possible.131 La politique de 2007 du Népal
prévoit la “diffusion massive” d’informations dans des programmes de secours pour les PDI et appelle les
organisations de PDI à “s’impliquer dans le processus de distribution de services.”132

129 Pour être reconnue, une société nationale de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge doit, dans le droit interne, recevoir le
rôle “[d’] auxiliaire des pouvoirs publics dans le domaine humanitaire,” tout en jouissant dans le même temps “d’un statut
d’autonomie lui permettant d’exercer son activité conformément aux Principes fondamentaux du Mouvement.” Voir “Statuts
du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge,” Article 4.
130 Vénézuéla, Ley de la Organización Nacional de Protección Civil y Administración de Desastres, Articulo 21, Gaceta oficial
de la República Bolivariana de Venezuela, No. 5.557 (13 novembre 2001).
131 République d’Ouganda, The National Policy for Internally Displaced Persons, pp. 38–39.
132 Népal, Nepal Policies on Internally Displaced Persons, Sections 8.2.10 et 8.2.13.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Comment solliciter et faciliter l’aide internationale ?

Les lois nationales sur les PDI et les catastrophes devraient définir clairement des procédures permettant de
déterminer quand l’aide internationale est requise et quand une telle requête devrait être formulée, en spécifiant
quels organes ont la responsabilité de formuler cette requête. Tout en gardant à l’esprit l’obligation de base
consistant à ne pas refuser arbitrairement les offres d’aide humanitaire, les mécanismes de coordination nationale
devraient permettre d’engager un dialogue avec les acteurs internationaux afin de s’assurer que l’aide octroyée
correspond aux normes de qualité, qu’elle est appropriée sur le plan culturel et que sa nature et sa quantité
répondent aux besoins spécifiques des populations déplacées.

Étude de cas
Les obligations et les procédures nationales pour faire appel à l’aide internationale
La loi du Pérou concernant les déplacements internes stipule que «  quand l’ampleur du problème
l’exige, l’État doit faire appel à la participation d’organisations internationales, y compris les agences
du système de Nations Unies, pour apporter leur concours en matière de protection et d’aide ou pour
collaborer en tant que conseillers. »133

En Colombie, la loi relative aux PDI stipule que «  les déplacés de force ont le droit de demander
et de recevoir l’aide internationale et cette demande crée le droit correspondant de la communauté
internationale de fournir l’aide humanitaire demandée. »134
72 Aux îles Fidji, le Plan national de gestion des catastrophes de 1995 stipule qu’un appel initial, qu’il soit
général ou qu’il soit lancé à des pays spécifiques, est adressé par le Premier ministre sur les conseils du
Contrôleur des Catastrophes nationales, un fonctionnaire de haut niveau.135 Une fois que cet appel global
a été lancé, des demandes spécifiques concernant des éléments particuliers d’appui opérationnel et
l’aide de secours sont soumises par le Contrôleur des catastrophes nationales par le biais du ministère
des Affaires étrangères, en consultation avec le Comité de secours (composé d’un certain nombre de
ministères et de la Croix-Rouge fidjienne). Toutefois, avant même que le gouvernement n’ait fait un appel
officiel, des ONG reconnues peuvent rechercher l’appui d’organisations internationales, à condition que
le Contrôleur des catastrophes national soit avisé.

Les lois et les politiques sur les PDI devraient prévoir l’entrée rapide et systématique de travailleurs humanitaires
dans le pays. Cela inclut des règles permettant d’accélérer les procédures pour l’obtention d’un visa et d’un permis
de travail ou de renoncer à appliquer les formalités usuelles au personnel de secours. Le droit national devrait
aussi supprimer les restrictions inutiles et alléger les longues procédures pour le dédouanement des biens et de
l’équipement de secours, renoncer à prélever des droits de douane sur l’envois de matériel de secours et lever tout
obstacle au transport interne de ce type de marchandises et d’équipement. De telles dispositions devraient aussi
s’appliquer dans des cas où il est vital, pour répondre à une crise dans un pays, de faire transiter du personnel,
des marchandises et de l’équipement humanitaire à travers des pays sans problème de déplacement.

133 Pérou, Ley No. 28223 sobre desplazamientos forzados (2005), Article 4.2
134 Colombie, Ley No. 387 (1997), Article 2. Traduction non officielle.
135 Voir Fédération de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Fidji : Laws, Policies, Planning and Practices on International
Disaster Response,” (juillet 2005), p. 14-15 (www.ifrc.org/idrl).

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 4 : L’aide humanitaire

Etude de cas
Faciliter l’entrée légale des travailleurs humanitaires et l’importation de matériel de secours
En Norvège, la loi d’immigration de 1998 et ses règlements d’application permettent la délivrance
d’un « visa de secours » lorsque « de fortes raisons indiquent que les motifs de l’absence de visa sont
jugés pardonnables » et un traitement spécial concernant la délivrance d’un permis de travail pour les
personnes « engagées dans une activité à caractère idéaliste ou humanitaire » tant que « l’on considère
que le besoin de travail étranger est essentiel pour l’activité. » 136

Au Guatemala, la législation nationale prévoit le déploiement de « centres pour la coordination de l’aide


humanitaire  » consistant en équipes mobiles de représentants de divers ministères et départements
gouvernementaux qui ont le pouvoir de décision concernant l’entrée des personnes, des biens et
de l’équipement dans le pays par voie aérienne, voie maritime ou terrestre dans le but d’accélérer le
processus pour le secours international. Ce système a été évalué avec succès pour la première fois en
analysant la réponse à la tempête tropicale Stan en 2005.137

Le droit interne devrait aussi prendre en compte des procédures accélérées pour l’enregistrement des
organisations humanitaires étrangères et leur faire bénéficier rapidement de la personnalité juridique nécessaire
leur permettant d’ouvrir des comptes bancaires, de passer des contrats et d’employer du personnel. Dans la
mesure du possible, elles devraient aussi être exemptées de taxes.138 Dans les situations de catastrophe et de
déplacement, ces procédures d’enregistrement devraient être administrées par le mécanisme de coordination
de l’Etat. Tout comme le contrôle de qualité, la coordination interne de l’aide internationale fait partie de 73
la responsabilité de l’Etat de garantir que l’aide atteint les personnes dans le besoin. La coordination peut
également considérablement améliorer l’impact de l’aide internationale.139 Cependant, et en particulier dans des
situations de conflit armé, une telle coordination devrait tenir compte d’un degré substantiel d’indépendance de
la part des organisations humanitaires pour qu’elles puissent accomplir leur mandat sans être perçues comme
étant sous le contrôle d’une partie au conflit.

Comment l’obligation de fournir l’aide humanitaire devrait-elle s’intégrer dans le


droit national ?

Les cadres juridiques internes réglementant la gestion des catastrophes, la protection civile et la réinsertion dans
les situations de guerre civile ou de conflit armé, ainsi que la réinstallation de personnes touchées par des projets

136 Voir Loi relative à l’entrée de personnes étrangères dans le Royaume de Norvège et leur présence dans le Royaume (Loi
sur l’immigration), No. 64 (24 juin 1998 et mise à jour du 28 juillet 2000), Section 113 ; Règlements relatifs à l’entrée de
personnes étrangères dans le Royaume de Norvège et leur présence dans le Royaume (Règlements sur l’immigration), Décret
No. 1017 (21 décembre 1990 et amendement du 1er janvier 2000), Section 4a(b).
137 Voir Fédération Internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, “Legal Issues in the International
Response to Tropical Storm Stan in Guatemala (2007), p. 20.
138 Pour les organisations internationales telles que les Nations Unies, ce type d’exemptions est requis par la doctrine des
privilèges et immunités. Des droits similaires ont été étendus au personnel international du Mouvement international de la
Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Voir, de manière générale, la Fédération Internationale des sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge, “Background Information Sheet: Privileges and Immunities and Disaster Relief ” (25 avril 2006)
(http://www.ifrc.org/Docs/pubs/idrl/idrl-privileges-background.pdf ).
139 Voir, par exemple, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, “Rapport sur
les catastrophes dans le monde 2002,” p. 70 (chapitre 3), qui note qu’une “leçon essentielle à retenir de ces deux années
consécutives d’inondations de grande ampleur est que l’efficacité de l’assistance a tenu au fait que les Mozambicains ont eux-
mêmes dirigé ou coordonné les interventions. ”

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

de développement bénéficiant d’un financement public, devraient créer des obligations précises de fournir de
l’aide humanitaire, voire même de garantir le droit à une telle aide à toute PDI étant dans le besoin humanitaire,
quelle que soit la cause de son déplacement. Les dispositions prévoyant le droit à une aide humanitaire devraient
aussi inclure le droit de demander et de recevoir une aide humanitaire de n’importe quelle partie en position de le
faire, y compris des organisations humanitaires internationales, des sociétés de secours nationales et des autorités
exerçant un contrôle de facto sur des territoires où des populations se trouvant dans le besoin humanitaire sans
avoir à craindre des représailles ou une punition.

Étude de cas
Le droit à l’aide humanitaire en Indonésie
L’Indonésie a récemment adopté une loi sur la gestion des catastrophes stipulant que “chaque personne
touchée par une catastrophe [pris au sens large, cela inclut “les événements qui menacent et perturbent
des vies et des moyens de subsistance, qui sont causés par des facteurs naturels et/ou humains et
provoquent des morts, des dégâts environnementaux, la perte de biens et un impact psychologique “]
a droit à une aide lui permettant de subvenir à ses besoins de base.”140

L’obligation de fournir l’aide humanitaire et les droits en découlant devrait être spécifique et garantir l’accès
aux biens et services humanitaires particuliers comprenant le logement, l’alimentation, l’eau, les soins médicaux
essentiels, l’assainissement, des vêtements et d’autres biens de première nécessité. Le droit à l’aide humanitaire
devrait être encadré de manière à anticiper les besoins humanitaires des PDI quand cela est possible, en prenant
74 compte des facteurs locaux comme le climat, les moyens de subsistance habituels et les besoins culinaires.
Cependant, ils devraient aussi être ouverts pour permettre d’inclure d’autres besoins qui pourraient survenir.

Étude de cas
La spécification du droit à l’assistance au Japon, en Thaïlande et en Angola
Au Japon, la Loi sur les secours en cas de catastrophe stipule que les préfets assureront, parmi
d’autres choses : “1) la fourniture de logements (y compris des logements provisoires de secours);
2) la distribution de riz cuisiné et d’autres produits alimentaires, les provisions d’eau potable; 3) la
distribution et/ou le prêt de vêtements, de la literie et d’autres biens de base; 4) les soins médicaux
et pré- ou post-natals; 5) le sauvetage des victimes de catastrophe; 6) les réparations d’urgence sur
les logements ayant subi des dommages; 7) la distribution et/ou le prêt d’argent, l’équipement et le
matériel nécessaire pour conserver un moyen de subsistance; 8) la distribution de fournitures scolaires
9) les enterrements; 10) d’autres questions en plus de celles mentionnées dans les sous-paragraphes
précédents, selon les spécifications de l’ordonnance gouvernementale.”141

140 Indonésie, Loi relative à la gestion des catastrophes (2007), Articles 1(1) et 26(2).
141 Japon, Disaster Relief Act of 1947, Law No. 108 (18 octobre 1947, selon amendement du 25 décembre 1984), Article 23,
(www.ifrc.org/ what/disasters/idrl/publication.asp).

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 4 : L’aide humanitaire

La spécification du droit à l’assistance au Japon, en Thaïlande et en Angola (cont.)

Le ministère des Finances thaï a publié un ensemble détaillé de critères et de pratiques concernant
la distribution de l’aide aux victimes de catastrophe dans des cas d’urgence définissant les règles et
montants applicables pour les aides en espèces, avec des sommes précises pour couvrir les repas, les
ustensiles de cuisine, l’achat d’eau, la literie, le savon, la lessive en poudre, le dentifrice, des seaux, de
l’essence et un certain nombre d’autres articles. Cependant, ce document prend également en compte
la possibilité que des besoins humanitaires imprévus puissent surgir et une clause énonce que “dans
le cas où il est nécessaire de fournir l’aide au-delà de ces critères et pratiques, une approbation devra
être demandée au Ministère des Finances”.142

En Angola, les “Règlements pour l’application des normes relatives à la réinstallation des populations
déplacées” énoncent des droits spécifiques pour les PDI lors de la phase de transition et de réinstallation
en ce qui concerne l’alimentation (l’équivalent de 2’100 kilocalories ou kcals), les divers types d’ustensiles
de cuisine, la literie, le savon, les services de santé, les médicaments et d’autres articles et services.143

Dans tous les cas où des lois ou des politiques sur les PDI définissent les quantités d’aide à apporter par individu
ou par ménage, les calculs devraient être basés sur une norme pertinente qui est internationalement reconnue144,
mais également appropriée à la lumière des facteurs contextuels locaux. Il convient de considérer des facteurs
liés à la demande, comme les besoins spécifiques des PDI (y compris les sous-groupes vulnérables) selon leurs
traditions culturelles, le climat local, etc., ainsi que des facteurs liés à l’approvisionnement, tels que les stocks de
biens humanitaires disponibles et l’état des routes et d’autres moyens de transport menant aux emplacements
des PDI. Les lois et les politiques devraient aussi identifier des normes de qualité minimale, par exemple, pour 75
déterminer si l’eau est potable, la qualité de la nourriture et du matériel, ainsi que la distribution de l’aide. Enfin,
d’un point de vue général, la distribution de l’aide humanitaire—et des soins médicaux essentiels notamment—
ne devrait pas en principe être soumise à des frais administratifs ou des exigences bureaucratiques excessives.

Étude de cas
La réglementation nationale concernant la qualité de l’aide humanitaire
Au Pérou, la loi de 2004 sur le déplacement interne stipule que “lors de la distribution de l’aide, les organisations
humanitaires internationales et autres agences compétentes doivent traiter la protection des besoins et
des droits de l’homme des personnes déplacées internes avec toute la considération qui leur est due et
adopteront les mesures opportunes à cet égard. Ce faisant, les organisations et les agences susmentionnées
respecteront les normes nationales et internationales et les codes de conduite pertinents.”145

142 Voir Ministère des Finances de la Thaïlande, “Criteria and Practice of Providing Assistance for Disaster Victims in
Case of Emergency”.
143 Voir République de l’Angola, “Regulations for the Application of the “Norms on the Resettlement of Displaced Populations”
(20 juillet 2001) (www.internal-displacement.org).
144 Comme, par exemple, le Manuel Sphère ; voir Le Projet Sphère, “Charte humanitaire et normes minimales pour les
interventions lors de catastrophes,” éd. de 2004 (Genève 2004) (ci-après « Manuel Sphère »), http://www.sphereproject.org/
content/view/27/84/lang,french/.
145 Pérou, Ley No. 28223 sobre desplazamiento forzado (2004), Article 12 www.brookings.edu/ projects /idp/ Laws-and-
Policies/peru.aspx.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

La réglementation nationale concernant la qualité de l’aide humanitaire (cont.)

Dans leur réponse au tsunami de 2004, les autorités sri lankaises ont exigé que toutes les structures des
logements transitoires observent les normes minimales du Manuel Sphère.146 Dans le même contexte,
l’Indonésie a exigé que les organismes d’aide internationale soumettent des plans indiquant comment
ils impliqueraient les communautés locales et les acteurs de la réinsertion dans leurs projets et qu’ils
respectent une certaine déontologie.147 De même, au Pakistan, le gouvernement a signé un accord avec les
organisations humanitaires locales et internationales travaillant sur la reconstruction suite à un tremblement
de terre par lequel elles acceptent le Code de conduite pour le Mouvement international de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge et pour les ONG lors des opérations de secours en cas de catastrophe.148

Les lois et les politiques sur les PDI prévoyant une aide humanitaire devraient s’assurer que les groupes de
PDI particulièrement vulnérables, comme les femmes et les enfants non accompagnés, les personnes souffrant
d’une incapacité et les personnes âgées sont identifiés, consultés quant à la nature de leurs besoins humanitaires
particuliers et pourvus d’aide en conséquence (voir chapitre 1, section D).

Étude de cas
L’attention portée aux besoins des groupes vulnérables dans le cadre de l’aide humanitaire
La loi de l’Azerbaïdjan concernant la Protection des personnes civiles et les droits des prisonniers de
guerre se réfère spécifiquement à “l’attention spéciale” portée aux groupes vulnérables.149 De même,
76
la politique du Népal concernant les PDI prévoit que les efforts de secours humanitaire pour les PDI
“prendront en considération les conditions des personnes déplacées vulnérables telles que les enfants
orphelins n’ayant pas de tuteur, les femmes enceintes, les mères célibataires ayant des enfants en bas
âge, les personnes handicapées et les personnes âgées, pour lesquelles les biens et services de l’aide
humanitaire seront fournis en priorité.”150

Comment les PDI devraient-elles être enregistrées (ou radiées) pour disposer de
l’aide humanitaire ?

Tel que décrit dans la section B du chapitre 1, lorsque la distribution des biens et des services humanitaires
exige l’enregistrement des destinataires, l’éligibilité devrait être basée seulement sur le besoin spécifique et ne
146 Sri Lanka, “Transitional Shelter—Summary of Government Policy and Present Discussion on Utilities (Water &
Electricity) (Draft),” Communiqué de presse de l’UNHCR datant du 7 juillet 2005 (www.humanitarianinfo.org/srilanka/
catalogue /Files/Reference/ Guidelines/United%20Nations/gl_Transitional%20Shelter%20Summary%20Of%20
Governmnt%20Policy%20And%20 Present%20Discussion%20On%20Utilities%20(Water%20&%20Electricity).pdf ).
(2003), B.E. 2546 (www.ifrc.org/what/disasters/idrl/publication.asp).
147 Indonésie, Decree of President of the Republic of Indonesia Number 69 of 2005 Concerning Participation of Foreign
Organizations/ Individuals in Providing Grants for the Rehabilitation and Reconstruction of the Region and Life in
Nanggaroe Aceh Darussalam Province and Nias Islands in North Sumatra Province” (14 novembre 2005).
148 Pakistan, “Government Welcomes Code of Conduct for NGOs in Quake-Affected Bagh,” OCHA: Réseau Intégré Régional
d’Information (IRIN) (13 juin 2007).
149 Voir Roberta Cohen et autres, éds., The Guiding Principles on Internal Displacement and the Law of the South Caucasus:
Georgia, Armenia, Azerbaijan (Brookings Institution and American Society of International Law, 2003) (ci-après the Law
of the South Caucasus), p. 280.
150 Népal, Népal National Policy on Internally Displaced Persons” (2007), Section 8.2.4, (www.brook.edu/fp/projects/idp/
idp_policies_ index.htm).

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 4 : L’aide humanitaire

devrait pas entraîner la création d’un statut juridique interne pour les PDI. Étant donné la nature essentielle
et l’importance du facteur temps dans l’intervention de l’aide humanitaire, il est doublement important qu’un
tel enregistrement soit accessible et rapide et que les décisions négatives soient soumises à un processus d’appel
efficace. Le droit interne devrait garantir que toutes les personnes dans le besoin humanitaire ont la possibilité
de recevoir l’aide humanitaire.

Le but de l’aide humanitaire, tant pendant la période du déplacement que dans le contexte de solutions durables,
devrait être d’aider les PDI à trouver ou retrouver un moyen de subsistance durable et l’autonomie économique.
Dans la pratique, cela signifie que les programmes d’aide devraient être conçus en concertation avec les
communautés de PDI et ciblés sur leurs membres les plus vulnérables. Ils devraient éviter les transferts d’argent
ou de biens sans conditions et plutôt encourager les mécanismes d’appropriation et le transfert des compétences
existantes. L’aide devrait être fournie de manière à faciliter l’accès durable aux biens de première nécessité
comme la nourriture, l’eau et le logement en vue de la réintégration des PDI dans la société (voir chapitres 6 à 9).
Des solutions transitoires pour les PDI qui n’ont pas atteint d’autonomie économique devraient être recherchées
comme l’intégration dans les programmes disponibles, par exemple les systèmes de protection sociale, afin
de proposer des services nécessaires sans coûts supplémentaires. Les moyens de passer progressivement de
l’approvisionnement gratuit au partage des coûts devraient être étudiés, de façon à demander aux PDI de payer
en partie, par exemple la location ou l’installation du logement et de s’acquitter de frais raisonnables pour des
services médicaux, sur la base de l’équité.

Comment l’aide humanitaire pour les PDI peut-elle être surveillée et améliorée au fil
du temps ?
77
La distribution des biens et des services humanitaires devrait être suivie et soumise à un contrôle de qualité
continu. Les PDI devraient être continuellement consultées sur l’adéquation des réponses et devraient prendre
part à la planification de ces biens et services tout au long du processus. Dans le contrôle de la distribution de
l’aide, les critères d’adéquation ne devraient pas être exposés de façon statique, mais devraient être adaptés
aux changements de situation, y compris l’amélioration continue de la sélection, le ciblage et la distribution de
biens et de services humanitaires avec pour but de répondre non seulement aux besoins immédiats, mais aussi
d’encourager la confiance sur le long terme. Lorsque des PDI allèguent individuellement que l’accès à l’aide
humanitaire a été entravé, les lois et les politiques devraient explicitement leur donner la possibilité de recourir
à des recours judiciaires, comme la possibilité de faire opposition aux décisions d’inéligibilité et d’obtenir des
mesures compensatoires en cas de décision injustifiée.

Les tribunaux ne sont pas forcément les mieux placés pour contrôler et évaluer l’efficacité quotidienne des
programmes d’aide. Ce mandat peut être confié à des organismes administratifs qui possèdent l’expertise
technique requise et peuvent faire des recommandations pour améliorer le système, plutôt qu’examiner
des plaintes individuelles. Les lois et les politiques sur les PDI devraient donc inclure des mécanismes non
judiciaires pour le contrôle quotidien du processus d’aide. Un tel contrôle devrait se concentrer sur l’adéquation,
l’intégrité, la qualité et la coordination des réponses humanitaires aux situations de déplacement, avec une
ou plusieurs institutions spécifiques compétentes pour recevoir des plaintes sur des cas individuels (comme le
refus injustifié d’aide aux personnes dans le besoin humanitaire) et faire des recommandations sur les moyens
d’améliorer le système dans son ensemble. Les institutions nationales des droits de l’homme (INDH) sont
souvent particulièrement appropriées pour jouer un tel rôle, étant donné leur indépendance, leur crédibilité, leur
engagement pour les droits de l’homme et leur capacité de suivi des plaintes individuelles.

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Étude de cas
Confier la supervision de la distribution de l’aide aux Institutions nationales
des droits de l’homme (INDH)
En 2002, la Commission des droits de l’homme du Sri Lanka (SLHRC) a démarré un projet sur les PDI
qui a bénéficié du soutien du Haut commissaire de Nations unies pour les Réfugiés et s’est avéré une
réussite. Sept bureaux régionaux ont été ouverts pour traiter les plaintes et questions émanant des PDI,
nombreuses d’entre elles liées à la distribution de l’aide humanitaire.151 Suite au tsunami de 2004, le
SLHRC a aussi créé une Unité de contrôle des secours en cas de catastrophe ayant la responsabilité
de contrôler l’aide aussi bien gouvernementale que non gouvernementale, de se concerter avec les
bénéficiaires et de conseiller les départements opérationnels du gouvernement.152 Cette unité a reçu
et agit sur de nombreuses plaintes (jusqu’à 200 par jour dans les phases initiales). Elle a organisé des
réunions consultatives avec des bénéficiaires de l’aide et a aussi développé un Code de conduite pour
les fonctionnaires afin d’aborder les questions de distribution des ressources, de la responsabilisation
communautaire, du partage des informations et de la corruption, entre autres sujets.153

De même, les INDH en Inde, en Indonésie, au Népal, aux Philippines et en Thaïlande ont toutes joué
un rôle actif sur les droits des PDI.154 En 2005, les INDH dans la Région Asie-Pacifique ont adopté un
ensemble de directives basées sur les expériences positives recueillies dans la région et affirmant leur
rôle.155 Un certain nombre d’institutions tant dans la région qu’ailleurs ont déjà été actives à cet égard.

En Afrique, la Commission des droits de l’Homme de l’Ouganda a établi des tribunaux itinérants au nord
78 de l’Ouganda pour auditionner les plaintes de violations de droits de l’homme. Plusieurs rapports ont été
présentés au Parlement et à des membres du gouvernement. La Commission des droits de l’Homme est
intégrée dans des structures institutionnelles nationales pour traiter de cette problématique, y compris le
Groupe de travail inter-agences et le Sous-comité de protection et de promotion de droits de l’Homme.156

Comment les graves irrégularités commises lors la distribution de l’aide humanitaire


devraient-elles être sanctionnées ?

Les lois et les politiques sur les PDI réglementant l’aide humanitaire devraient charger des commissions
d’audit et de contrôle de superviser le processus et d’inspecter les équipements pour s’assurer que l’aide n’est pas

151 Voir Asia Pacific Forum of National Human Rights Institutions / Brookings Institution–SAIS Project on Internal
Displacement, National Human Rights Institutions and Internally Displaced Persons—Visit to the Sri Lanka Human
Rights Commission: 30 November–3 December 2004 (www.asiapacificforum.net/training/idp/brookings-bern/srilanka.doc).
152 Voir la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, “Legal Issues in the International
Response to the Tsunami in Sri Lanka” (en attente de parution), p. 25–26.
153 Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, “Legal Issues in the International Response
to the Tsunami in Sri Lanka” (en attente de parution), p. 25–26.
154 Voir le rapport d’activités relatives aux PDI de chacune de ces institutions (www.asiapacificforum.net /training/ idp/
brookings-bern/ national.htm).
155 Voir “Guidelines on Internally Displaced Persons in the Context of Natural Disasters: A Common Methodology for
National Human Rights Institutions” (2005).
156 Voir Uganda Human Rights Commission, Sixth Annual Report (September 2004), chapitre 7 (www.uhrc.org/reports.
php?y=2003&subCatId=1); Brookings Institution–University of Bern, documentation pour l’atelier sur la mise en oeuvre
de la National Policy for Internally Displaced Persons. Kampala, Uganda, juillet 3–4, 2006, p. 5 (www. brookings.edu/fp/
projects/idp/idp.htm).

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 4 : L’aide humanitaire

détournée ou employée de manière inappropriée et que la qualité des biens indispensables à la santé, comme
l’aide alimentaire, répond aux normes nationales applicables. Lorsque de graves irrégularités sont détectées, les
PDI défavorablement affectées devraient recevoir une compensation et toute preuve devrait être transmise pour
enquête ou poursuite pénale. Les attaques contre des travailleurs humanitaires et leurs biens et équipement ainsi
que les cas graves d’appropriation frauduleuse de l’aide humanitaire, l’entrave à la distribution, le détournement,
ou l’exploitation sexuelle de bénéficiaires par des employés devraient être spécifiquement définies comme des
crimes sur le plan interne.

Étude de cas
Définir les attaques à l’encontre des travailleurs et des biens humanitaires
en tant que crimes de guerre
Statut de Rome de la Cour pénale internationale, Article 8 : les crimes de guerre.

2. Aux fins du Statut, on entend par «crimes de guerre»:


[…]
(b) Les autres violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés internationaux dans
le cadre établi du droit international, à savoir, les actes ci-après:
[…]
iii) Le fait de lancer des attaques délibérées contre le personnel, les installations, le matériel, les unités
ou les véhicules employés dans le cadre d’une mission d’aide humanitaire ou de maintien de la paix
conformément à la Charte des Nations Unies, pour autant qu’ils aient droit à la protection que le droit 79
international des conflits armés garantit aux civils et aux biens de caractère civil;

e) Les autres violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés ne présentant pas un
caractère international, dans le cadre établi du droit international, à savoir les actes ci-après:
[…]
iii) Le fait de lancer des attaques délibérées contre le personnel, les installations, le matériel, les unités
ou les véhicules employés dans le cadre d’une mission d’aide humanitaire ou de maintien de la paix
conformément à la Charte des Nations Unies, pour autant qu’ils aient droit à la protection que le droit
des conflits armés garantit aux civils et aux biens de caractère civil;
Code pénal de l’Azerbaïdjan, Article 116 : violations des règles du droit international humanitaire en
temps de conflit armé

116.0. : violations des règles du droit international humanitaire en temps de conflit armé, par ex. :
116.0.3. «  diriger des attaques à l’encontre du personnel recruté […] pour distribuer de l’aide
humanitaire, contre du personnel, des bâtiments, des installations et des transports, en utilisant les
emblèmes distinctifs de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ;
[…]
est passible d’une peine de privation de liberté pour une période de 7 à 15 ans ou passible
d’emprisonnement à vie.

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Chapitre 5
Les droits relatifs au mouvement

A. Introduction

Objectif : Les principes 14, 15 et 28 (1) des Principes directeurs, ainsi que le Principe 12, visent à assurer que
les PDI, une fois qu’elles ont été déplacées (sur la phase précédant le déplacement, voir chapitre 3), sont libres
de leurs mouvements pendant le déplacement, tant pour éviter des situations dangereuses que pour entreprendre
d’autres voyages nécessaires. Les PDI devraient en principe pouvoir choisir où elles souhaitent vivre pendant
leur déplacement et réévaluer volontairement de telles décisions une fois que les raisons de leur déplacement ou
les obstacles à leur retour volontaire ont disparu.

Principe 14
1. Chaque personne déplacée à l’intérieur de son propre pays a le droit de circuler librement et de choisir
librement son lieu de résidence.
2. Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont, en particulier, le droit d’entrer et de 81
sortir librement des camps ou d’autres zones d’installation.

Principe 15
Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont :
a) le droit de rechercher la sécurité dans une autre partie du pays;
b) le droit de quitter leur pays;
c) le droit de demander l’asile dans un autre pays; et
d) le droit d’être protégées contre le retour ou la réinstallation forcée dans tout lieu où leur vie, leur
sécurité, leur liberté et/ou leur santé seraient en danger

Principe 28
1. C’est aux autorités compétentes qu’incombent en premier lieu le devoir et la responsabilité de créer des
conditions propices au retour librement consenti, dans la sécurité et la dignité, des personnes déplacées
à l’intérieur de leur propre pays dans leur foyer ou leur lieu de résidence habituel ou à leur réinstallation
volontaire dans une autre partie du pays, ou de leur fournir les moyens nécessaires à cet effet.
[…]

Autres principes pertinents : 5, 6, 7, 8, 9, 20, et 29

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Bases légales : 157 la liberté de mouvement englobe le droit de chacun se trouvant légalement dans un pays d’y
circuler librement et d’y choisir librement sa résidence ainsi que le droit de quitter son propre pays et d’y retourner
librement.158 Par déduction ce droit inclut aussi celui de ne pas être soumis à un mouvement involontaire ou
d’être obligé de résider dans un lieu non choisi, ce qui implique la responsabilité des Etats de faciliter le retour
volontaire des PDI vers le lieu de résidence d’origine, ainsi que, si les PDI le décident, l’intégration locale ou la
réinstallation dans une autre partie du pays. Ces droits peuvent faire l’objet de restrictions quand celles-ci sont
nécessaires pour protéger la sécurité nationale, l’ordre public, la santé ou la moralité publiques, ou les droits et
libertés d’autrui. Ils peuvent également être temporairement suspendus en cas de danger public exceptionnel
officiellement proclamé.159 Le droit de quitter son pays est lié au droit de demander et de bénéficier de l’asile en
dehors de son pays d’origine ou de résidence pour se protéger de persécutions.160 L’internement et le confinement
des PDI dans des camps ne peuvent constituer qu’une mesure exceptionnelle lorsque cela est absolument
nécessaire, conformément aux droits de l’homme et au droit humanitaire.161

Cadre réglementaire : il n’est pas rare que la liberté de mouvement soit inscrite dans la Constitution et soumise
à des restrictions spécifiques. Dans de tels cas, il convient que les restrictions à la liberté de mouvement et au
libre choix de la résidence soient exposées dans des lois internes qui devraient être revues pendant les périodes
de déplacement, afin de s’assurer qu’elles n’imposent pas de fardeau déraisonnable aux PDI, à la lumière de leur
situation spécifique. Les lois qui ont été spécifiquement promulguées pour traiter des situations des PDI devraient
inclure des dispositions générales concernant la possibilité donnée aux PDI de se déplacer librement et de résider
à l’intérieur et à l’extérieur de leur pays. Il pourrait aussi s’avérer nécessaire d’amender des lois préexistantes, si
leur application entraîne une discrimination à l’encontre des PDI dans ces domaines (par ex. des dispositions
exigeant des personnes qu’elles demandent des documents de voyage dans leur lieu de résidence habituel). Il est
82 souvent possible de mettre en place des mesures de discrimination positive pour faciliter le mouvement des PDI,
telles que des procédures adaptées aux PDI pour le passage aux points de contrôle militaires ou la fourniture de
moyens de transport pour se rendre sur les sites de déplacement, simplement sur la base d’ordres ou de décisions
exécutives ou de décrets, plutôt que par des mesures législatives.

Les problèmes souvent rencontrés par les PDI : le déplacement en soi peut être défini comme étant l’absence
de liberté de mouvement et du libre choix de résidence, en ce sens que la vulnérabilité des PDI découle du fait
qu’elles ont été forcées ou obligées d’abandonner leur foyer et sont dans l’incapacité de rentrer chez elles. Les
personnes qui veulent fuir vers une région sûre du pays sont parfois prises au piège et ne sont pas autorisées à
s’échapper des zones dangereuses. Parfois, elles réussissent à fuir, mais elles sont alors forcées de retourner vers
leur lieu d’origine où les dangers persistent.

Une fois que le déplacement a eu lieu, les PDI peuvent être soumises à de nouvelles restrictions arbitraires à
leurs mouvements. Dans certains cas, ces restrictions sont basées sur les vestiges du système de la propiska
soviétique ou sur des limitations administratives similaires concernant l’établissement dans d’autres parties du
pays, ce qui en réalité place les PDI dans une situation illégale pour avoir fui le danger. Dans d’autres cas, des
mesures provisoires destinées à maintenir la sécurité, comme des points de contrôle militaires par exemple,
peuvent en réalité limiter les mouvements des PDI, notamment dans les cas où elles n’ont pas accès à leurs
documents personnels. Enfin, une fois que les conditions permettant le retour sont réunies, la possibilité pour

157 Pour plus de détails, voir Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed., Studies in
Transnational Legal Policy 38 (American Society of International Law and Brookings Institution, 2008), pp. 65–70.
158 DUDH, Article 13; PIDCP, Article 12.
159 PIDCP, Articles 4 et 12(3).
160 UDHR, Article 14.
161 PIDCP, Article 9(1) ; Convention (IV) de Genève, Article 78.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 5 : Les droits relatifs au mouvement

les PDI d’exercer leur droit en choisissant le lieu où elles souhaitent continuer leur vie après le déplacement est
souvent restreinte. Ainsi, un élément important des solutions durables au déplacement est la pleine restauration
des droits à la liberté de mouvement et au libre choix du lieu de résidence, laissant à chaque PDI la liberté de
choisir de rentrer chez elle, de s’intégrer où elle a été déplacée ou de déménager ailleurs de façon permanente et
de recevoir une aide appropriée (en fonction du choix).

B. Liste de contrôle : les problèmes devant être traités par les


lois et les politiques internes

Les éléments minimaux essentiels de la réglementation étatique


Au minimum, les autorités compétentes devraient :
1. Reconnaître le droit des PDI à la liberté de mouvement, y compris spécifiquement le droit de rechercher
la sécurité dans une autre région du pays et d’être protégé contre le retour obligatoire ou contre une
réinstallation en tout lieu où leur vie, sécurité, liberté et santé seraient en danger.
2. Supprimer les obstacles administratifs qui pourraient limiter la possibilité pour les PDI de rejoindre
des secteurs sûrs ou, quand les conditions le permettent, de rentrer chez elles.
3. Reconnaître le droit des PDI de choisir librement et en toute connaissance de cause entre le retour, la
réintégration dans le lieu du déplacement ou la réinstallation dans une autre partie du pays.
4. Prévoir des mesures spécifiques (comme le déminage humanitaire, le redéploiement des forces de
83
police ou des campagnes de démobilisation dans les zones de retour) pour assurer la sécurité et la
sécurité pour les PDI rentrant chez elles.

Afin de garantir que les PDI puissent exercer leur droit à la liberté de mouvement et au libre choix de leur
résidence pendant et après le déplacement, les lois internes et les politiques devraient :

• S’assurer que la législation nationale ne présente pas d’obstacle au départ des PDI de leur lieu de résidence
officiel pour rechercher un lieu sûr ;
• S’assurer que le manque d’accès à leurs documents personnels n’empêche pas les PDI d’exercer leur droit
à la liberté de mouvement dans le pays ou leur droit de quitter le pays ;
• Rendre effectifs les droits des PDI à la liberté de mouvement et au libre choix de leur résidence pendant
le déplacement par des mesures telles que l’accès facilité à de nouveaux documents d’identité et une
sécurité adéquate aux alentours des zones d’installation des PDI ;
• S’assurer que les PDI ne sont pas internées ou confinées dans des camps. Si, dans des circonstances
exceptionnelles, un tel internement ou confinement est absolument nécessaire, ces mesures ne devraient
pas durer plus longtemps que ne l’exigent les circonstances ;
• Prendre des mesures concrètes permettant aux PDI de trouver une solution durable à leur déplacement
et s’assurer qu’elles puissent choisir librement une des options en garantissant la viabilité du retour,
de l’intégration locale et des options de réinstallation. De telles mesures incluent la transmission
d’informations, des processus de consultation concernant les prises de décision, la sécurité physique,
l’aide et l’accès humanitaires, le transport, l’accès à la justice, le rétablissement des avoirs, l’intégration
économique et sociale et la participation politique. Des mesures ciblées devraient aussi être prises pour

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

identifier et répondre aux besoins spécifiques des PDI qui retournent chez elles, par opposition à celles
qui choisissent l’intégration locale ou la réinstallation dans une autre région du pays.

C. Les éléments nécessaires de la réglementation étatique

Est-ce que la législation sur l’enregistrement du lieu de résidence interfère avec le droit
au mouvement dans le contexte d’un déplacement ?

Une législation nationale qui exige des individus qu’ils obtiennent une permission officielle pour voyager ou
habiter hors de la zone de résidence où ils sont officiellement enregistrés– ou qui pénalise un tel voyage—
représente une interférence significative au droit à la liberté de mouvement et au libre choix de sa résidence,
même en temps normal. À ce titre, les procédures d’enregistrement internes ne devraient pas être arbitraires ou
discriminatoires et devraient être appliquées de manière à prendre en compte les besoins des PDI. L’exemple
le plus connu d’une telle législation est le système de la propiska de l’ère soviétique, que certains Etats de
l’ex-Union soviétique continuent d’appliquer. Pour les PDI, une telle législation peut entraver la fuite d’une
situation de danger et rendre illégale leur résidence dans d’autres parties du pays qui sont plus sûres. De telles
règles devraient être identifiées au cours de l’élaboration de lois et de politiques sur le déplacement interne et
suspendues pour la durée de la crise de déplacement ou abrogées.

84 Étude de cas
L’abrogation en Géorgie de la propiska de l’ère soviétique sur le contrôle des mouvements
Bien que l’Article 22 de la Constitution géorgienne garantisse le droit à la liberté de mouvement et au libre
choix de résidence pour toute personne séjournant légalement sur le territoire de la Géorgie, le système
soviétique d’enregistrement obligatoire du lieu de résidence (la propiska) est resté en application pendant
plusieurs années après l’indépendance en 1991. Ce système de “passeport interne” a constitué un
obstacle à la liberté de mouvement de tous les citoyens de la Géorgie, mais plus particulièrement pour
sa population déplacée à l’intérieur du pays. Le système a été aboli en 1996, un geste bien accueilli par
le Comité des droits de l’homme des Nations Unies et d’autres observateurs.162

Dans certains cas, des règles exigeant l’obtention d’une permission officielle pour quitter une zone précise
pourraient être instaurées pour des raisons de sécurité pendant un état d’urgence ou une situation de crise. De
tels règlements devraient être soigneusement revus pour s’assurer qu’ils ne gênent pas la capacité des PDI à fuir
les situations dangereuses et ne les empêchent pas d’entreprendre les mouvements nécessaires pour la réalisation
d’autres droits, comme un court voyage pour exercer leur droit au travail ou à l’éducation.

Est-ce que le manque d’accès à leurs documents personnels constitue réellement un


obstacle au mouvement des PDI dans ou à l’extérieur de leur pays ?

Dans les situations où le déplacement interne coexiste avec une insécurité générale ou un conflit armé, il peut
être exigé des personnes cherchant à se déplacer dans le pays qu’elles produisent aux points de contrôle un

162 Comité des Droits de l’homme des Nations Unies, “Concluding Observations on Georgia,” UN Document CCPR/C/79/
Add.74 (1997).

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 5 : Les droits relatifs au mouvement

document établissant leur identité pour pouvoir passer. Cependant, comme exposé dans le chapitre 11 du
présent manuel, les PDI, par définition, n’ont probablement plus accès à leurs documents personnels. Il est
donc particulièrement important que les civils fuyant un conflit armé ou une catastrophe naturelle ne soient pas
empêchés de rejoindre les zones de sécurité ou d’entreprendre des mouvements nécessaires pour la réalisation de
leurs droits uniquement en raison de l’absence de papiers d’identité.

Jusqu’à ce qu’une approche systématique aux problèmes de papiers d’identité des PDI soit possible, les forces
de sécurité présentes aux points de contrôle et autres fonctionnaires compétents doivent recevoir des directives
qui n’excluent pas les mouvements nécessaires aux PDI se trouvant sans papiers d’identité. Dans les cas où un
document permanent ou provisoire est délivré à une PDI sur une base simplifiée (voit chapitre 11), la validité
d’un tel document doit être reconnue dans tout le pays. Les mesures prises pour fournir aux PDI des documents
personnels devraient être coordonnées avec les forces de sécurité dans les cas où le mouvement interne est soumis
à des restrictions. Le but devrait être de donner aux représentants des forces de sécurité—et aux autres organismes
publics concernés—l’occasion de soulever n’importe quelle question au cours des étapes de planification de ces
opérations de délivrance simplifiée de façon à garantir que le document résultant soit reconnu et effectif dans
tout le pays.

Chacun, y compris les PDI, devrait avoir la possibilité de quitter son pays, y compris pour chercher asile à
l’étranger. Les autorités compétentes ont généralement l’obligation de permettre aux personnes de quitter le
pays, y compris par la délivrance de passeports et il ne devrait pas exister d’autres documents de voyage limitant
de façon arbitraire l’exercice de ce droit.163 Toute restriction imposée au départ vers d’autres pays, comme des
visas de sortie ou des contrôles, ne devrait être imposée que de manière exceptionnelle et seulement quand cela
s’avère nécessaire afin d’atteindre des buts spécifiques, comme d’empêcher des mineurs non accompagnés ou des 85
personnes accusées de crimes de quitter le pays. Il devrait être également permis aux femmes de voyager hors de
leur pays sans avoir à obtenir une quelconque autorisation provenant de parents masculins.

Que peut-on faire pour faciliter la liberté de mouvement des PDI durant leur
déplacement ?

Les personnes qui ont été déplacées ne doivent pas être empêchées de quitter des zones dangereuses. Dans les
situations de conflit armé, les forces de sécurité devraient recevoir des directives et des ordres clairs à cet égard.
Une fois en sécurité, les PDI devraient disposer d’une place dans un camp ou dans un abri collectif dans les cas
où elles n’ont aucun autre moyen de se loger elles-mêmes. Cependant, elles ne devraient pas être restreintes à
rester à de tels endroits et devraient jouir du droit de se déplacer librement tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Par
ailleurs, les personnes déplacées ne devraient en aucun cas être encouragées ou obligées de retourner dans leur
lieu d’origine tant que les conditions de retour ne sont pas sûres, ni de se déplacer dans des endroits où elles
auraient à faire face à un risque important ou à de l’insécurité.

Des mesures de base pour faciliter la mobilité des PDI pendant leur déplacement peuvent inclure à la fois des
éléments d’aide et des éléments de protection. Du point de vue de l’aide, mettre des transports subventionnés
à disposition des communautés de PDI peut, dans certains cas, s’avérer essentiel pour l’exercice de leurs droits.
Notamment dans les cas où il est nécessaire de placer des PDI dans un abri collectif qui n’est pas atteignable à pied
des villes voisines, la mise à disposition d’un transport peut être indispensable pour donner la possibilité aux PDI
de poursuivre une activité lucrative de manière indépendante et avoir accès à une formation et à des opportunités
éducatives qui ne seraient pas disponibles autrement (voir chapitres 13 et 15). Au minimum, cependant, une sécurité

163 Comité des droits de l’Homme, Observation générale 27 (1999), paragraphes 8–10 et 17.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

adéquate devrait être fournie pour assurer la protection physique des PDI qui doivent se déplacer à l’extérieur des
camps ou des centres collectifs et qui s’exposent à des attaques, des vols, ou de la violence liée au genre.

Les PDI ont-elles la possibilité de faire des choix libres concernant les solutions
durables ?

Les PDI ne devraient en aucune circonstance subir des pressions ou être contraintes de rester, de se rendre ou de
retourner dans des lieux où leur vie, leur liberté, leur sécurité ou leur santé seraient en danger. Conformément à
ce principe, des programmes de retour organisé soutenus par les autorités ne devraient démarrer que lorsqu’il est
clair que les garanties minimales sont remplies pour que les PDI rentrent en toute sécurité. Dans les situations de
déplacement pour cause de conflits, de telles garanties ne sont présentes qu’après la signature de l’accord de cessez-
le-feu ou d’un règlement officiel du conflit. Les Etats devraient assurer, lors des pourparlers sur des accords de paix,
que toutes les parties s’engagent au travers d’obligations spécifiques à créer les conditions pour le retour volontaire,
l’intégration locale ou la réinstallation dans une autre partie du pays et l’intégration socio-économique des PDI.

Étude de cas
Négocier des engagements de retour dans les accords de paix
Les accords de paix de Dayton de 1995 ont mis fin à un conflit armé de quatre ans en Bosnie-
Herzégovine qui avait déplacé un million de personnes vers d’autres pays et un autre million dans la
Bosnie-Herzégovine. Dans la recherche de solutions durables pour les PDI et les réfugiés, le plus grand
86 défi était de créer les conditions pour le retour volontaire de ces personnes dans la sécurité et la dignité.
Pour aborder ce problème, les accords ont inclus une clause séparée (l’annexe 7) qui énonce le droit
au retour volontaire pour toutes les personnes déplacées par le conflit. Ce texte a amené les autorités
nationales à mettre en œuvre des mesures spécifiques pour remplir cet objectif:

Article I: Droits des Réfugiés et Personnes Déplacées


[...]
2. les Parties doivent garantir que les réfugiés et personnes déplacées peuvent rentrer en toute sécurité,
sans risque de harcèlement, d’intimidation, de persécution, ou de discrimination basée notamment sur
leur origine ethnique, sur leur religion ou leur opinion politique.
3. Les Parties doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir sur leur territoires toutes
les activités qui pourraient ralentir ou empêcher la sécurité ou le caractère volontaire des retours des
refugiés et personnes déplacées. […] Les Parties doivent immédiatement entreprendre les mesures
suivantes visant au rétablissement de la confiance:

a.   abroger toute loi ou pratique administrative à caractère ou effet discriminatoire;


b.   prévenir ou rapidement sanctionner toute incitation à l’hostilité ou à la haine ethnique ou religieuse,
qu’elle soit écrite ou verbale, transmise par les medias ou de toute autre manière;
c.   avertir, par les medias, que tout châtiment imposé par tout militaire, paramilitaire, policier ou par tout
agent public ou tout autre individu est inacceptable et sera diligemment sanctionné;
d.   protéger toutes les populations ethniques et/ ou les minorités où qu’elles se trouvent et permettre
aux organisations humanitaire internationales de leur venir en aide et de surveiller leur situation;
e.   poursuivre, renvoyer ou transférer, selon ce qui est le plus approprié, tout militaire, paramilitaire, policier
ou par agent public responsable de violations sérieuses à l’encontre des droits fondamentaux des
personnes appartenant aux groups ethniques ou aux minoritaires.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 5 : Les droits relatifs au mouvement

Négocier des engagements de retour dans les accords de paix (cont.)

[…]
Article II: Création de Conditions Idoines pour le Retour
1. Les Parties s’engagent à créer sur leurs territoires les conditions politiques, économiques et sociales
facilitant le retour volontaire et la réintégration harmonieuse des refugiés et des personnes déplacées,
sans préférence pour aucun groupe.
[…]
2. Les Parties ne doivent pas discriminer contre des refugiés et des personnes déplacées s’agissant de
la conscription militaire et doivent examiner positivement le mérite individuel des demandes d’exemption
du service militaire ou d’autres services obligatoires afin de permettre aux personnes rentrant de
reconstruire leurs vies.” 164

Avant même que les garanties d’un retour en toute sécurité existent, il arrive que certaines PDI retournent
spontanément dans leur ancien foyer, souvent avec l’intention de prendre des affaires, de faire les récoltes
ou de vérifier l’état de leurs biens. Un tel retour spontané, dans des circonstances peu sûres, ne devrait être
ni officiellement encouragé, ni pris comme un signe que les conditions sont réunies pour un retour général.
Cependant, les PDI ne devraient pas être empêchées ou découragées d’entreprendre de tels retours. Elles
devraient notamment rester éligibles pour le statut officiel de PDI qu’elles ont reçu, quel qu’il soit, ainsi que
pour l’aide et la protection dont elles jouissent suite au déplacement. Tant que les conditions qui, à l’origine, ont
forcées ou obligées les PDI à fuir restent fondamentalement inchangées, tout retour sera probablement passager
et ne peut être considéré comme étant une solution durable.
87
Une fois que les conditions sont remplies pour effectuer un retour volontaire en toute sécurité et dans la dignité,
les PDI devraient, en principe, jouir de la liberté de choisir entre le retour dans leur lieu d’origine, l’intégration
dans la zone où elles ont été déplacées ou la réinstallation dans une autre partie du pays. Dans ce sens, elles
devraient jouir du même droit que possède tout autre citoyen de choisir librement son lieu de résidence dans le
pays. Cependant, à la lumière des conditions instables et des dégâts causés aux infrastructures qui accompagnent
souvent un conflit armé ou des catastrophes naturelles, ainsi que d’une vulnérabilité accrue résultant du
déplacement, les PDI requièrent souvent des mesures spécifiques de protection et d’aide afin de pouvoir exercer
leur droit de choisir librement leur résidence et de parvenir à des solutions durables. Les destinations de retour
ainsi que les lieux d’intégration locale ou de réinstallations potentiels dans une autre partie du pays doivent
réunir plusieurs conditions avant que les PDI puissent faire des choix réalistes et entièrement volontaires:

1. Les informations : Tout au long du déplacement, les PDI devraient recevoir des informations quant à
leur situation qui soient complètes, mises à jour et dans une langue qu’elles comprennent, ce qui inclut
(a) les conditions dans lesquelles se trouve leur lieu d’origine, y compris le degré de sécurité, la présence
de mines, l’état de leurs maisons et de leurs terres, ainsi que celui des routes locales et des infrastructures,
les possibilités de travail, la présence d’écoles pour les enfants et d’établissements de santé ; et (b) les
formes spécifiques d’aide mise à disposition des PDI tant pour le retour que pour l’intégration locale ou
la réinstallation dans une autre partie du pays et les délais ou conditions nécessaires pour les demander,
ainsi que les moyens d’avoir accès aux programmes d’aide sociale, de sécurité sociale, de génération de
revenus et de formation professionnelle qui s’appliquent généralement.165
164 Accord-cadre général pour la paix en Bosnie-Herzégovine et de ses annexes (1995), Annexe 7 (www.ohr.int/dpa/default.
asp?content_ id=375) (traduction officieuse).
165 Voir IASC, “Benchmarks for Durable Solutions for Internally Displaced Persons” (2007 http://www.reliefweb.int/rw/lib.nsf/
db900SID/AMMF-727CX9?OpenDocument), p. 4.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

2. La liberté de mouvement  : une autre mesure essentielle pour parvenir à des solutions durables est le
rétablissement d’une totale liberté de mouvement dans tout le pays aussi rapidement que possible après que
les causes du déplacement ont été traitées. Les méthodes pour y arriver peuvent inclure le démantèlement des
points de contrôle de sécurité, la réparation des infrastructures de transport et la favorisation des liaisons de
transport publiques et privées. La liberté de mouvement facilite les visites d’évaluation informelles effectuées
par les PDI qui envisagent de retourner dans leur lieu d’origine (voir ci-après) et permet d’entretenir des
liens positifs entre les PDI qui veulent retourner immédiatement et celles qui restent temporairement ou
de manière permanente dans les secteurs où elles ont été déplacées.
3. La consultation  : les autorités compétentes devraient chercher activement à impliquer les PDI
dans la conception des programmes d’aide et de protection pour le retour, l’intégration locale, ou la
réinstallation dans une autre partie du pays. Ces consultations mettent en valeur le caractère volontaire
des choix des PDI en vue de solutions durables. Elles peuvent renseigner les autorités sur les préférences
des PDI et leur permettre de prévoir où les demandes pour les programmes d’aide et de protection
seront les plus importantes. Dans les situations où les communautés des PDI sont organisées selon
une hiérarchie ou lorsque ce sont traditionnellement les hommes qui prennent les décisions pour leur
famille, il est particulièrement important de fournir l’occasion aux individus et aux groupes vulnérables
ou potentiellement vulnérables d’exprimer de manière séparée leurs préférences et préoccupations quant
aux solutions durables.166
4. L’assistance : la fourniture de l’aide ne devrait pas être utilisée pour influencer les choix des PDI quant
aux solutions durables. Par exemple, le retour ne devrait pas être contraint par la menace d’un arrêt de
l’aide aux PDI qui ne retournent pas dans leur lieu d’origine. Il peut être exigé des PDI de choisir—
dans un délai raisonnable à partir du moment où le retour en totale sécurité et dans la dignité devient
88 possible—entre, d’une part, les types spécifiques d’aide facilitant l’intégration locale ou la réinstallation
dans une autre partie du pays et d’autres types d’aide facilitant le retour. Cependant, les deux types d’aide
devraient être pareillement accessibles et de qualité égale.
5. Accès humanitaire  : les autorités compétentes peuvent démontrer leur engagement dans le libre
choix par les PDI d’une solution durable en continuant à rechercher et à faciliter le travail des acteurs
humanitaires nationaux et internationaux et en les aidant à jouer leur rôle dans l’assistance aux PDI de
manière appropriée et, quand cela est nécessaire, dans l’aide fournie pour protéger leurs droits. Donner à
ces acteurs le plein accès à tous les sites de retour, d’intégration locale, ou de réinstallation dans une autre
partie du pays est un élément-clé pour faciliter leur travail.
6. La sécurité : Le maintien de l’ordre public et de la sécurité est un des rôles principaux des autorités
compétentes dans tous les cas de solutions durables. Les PDI doivent avoir la possibilité de rentrer chez
elles, de rester où elles ont été déplacées ou de déménager ailleurs sans craindre d’être attaquées, intimidées
ou harcelées. Les autorités compétentes devraient aussi s’occuper de la menace que représentent les
mines et les engins non explosés.
7. La protection légale  : Dans les cas où les PDI sont attaquées ou menacées—ou d’autres situations
dans lesquelles leurs droits sont affectés—elles doivent un accès sur un pied d’égalité aux institutions
judiciaires internes. Dans les cas d’incidents de sécurité, la police doit enquêter et remettre les preuves
afin d’engager des poursuites, conformément à la loi. Les PDI doivent également avoir le plein accès aux
tribunaux et aux organes administratifs.167 Il peut s’avérer nécessaire d’accorder aux PDI une certaine
priorité dans des domaines administratifs où elles peuvent avoir subi des inconvénients particuliers suite
au déplacement, comme la délivrance de papiers d’identité de remplacement (voir chapitre 11).

166 Voir, par exemple, UNHCR, “Handbook—Voluntary Repatriation: International Protection” (1996), chapitre 4.1.
167 IASC, “Benchmarks for Durable Solutions for Internally Displaced Persons,” p. 7.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 5 : Les droits relatifs au mouvement

8. La restitution des biens personnels : un type de protection juridique particulièrement important pour
la réalisation de solutions durables est la restitution des avoirs perdus au cours du déplacement et la
compensation pour les dommages subis en conséquence. De telles mesures prennent généralement la
forme de la restitution des terres et de la propriété, un sujet discuté plus en détail dans le chapitre 12
du présent manuel. Les programmes de restitution devraient, si possible, inclure également des biens
personnels tels que le matériel agricole, des comptes bancaires et d’autres avoirs financiers ainsi que les
arriérés de l’aide sociale. Comme il a été constaté dans de nombreuses situations, de tels avoirs peuvent
être essentiels pour que les PDI puissent reprendre leur ancienne activité économique, facilitant ainsi
leur retour (à propos des mesures concernant les activités économiques, voir chapitre 13). En retrouvant
l’ensemble des droits leur permettant de disposer de leurs biens personnels, les PDI ont également
la possibilité de vendre, de louer, ou d’échanger ces derniers légalement, produisant des revenus qui
peuvent participer à la réalisation de solutions durables autres que le retour.
9. La réintégration économique, sociale et culturelle : qu’elles choisissent de retourner chez elles ou de
se réinstaller ailleurs, les PDI devraient jouir des conditions nécessaires à un niveau de vie suffisant,
ce qui inclut l’accès aux activités économiques et aux services publics de base sur un pied d’égalité
avec la population non déplacée.168 Les problèmes abordés dans d’autres chapitres du présent manuel
comprennent l’accès à l’alimentation et les moyens pour l’acquérir (chapitre 7), l’eau (chapitre 8), le
logement (chapitre 9), les services de santé (chapitre 10), l’emploi et les activités génératrices de revenus
(chapitre 13) et les opportunités éducatives adéquates (chapitre 15).
10. Les droits politiques : qu’elles décident ou non de rentrer dans leurs foyers, les PDI devraient jouir sans
discrimination du plein accès à leur droit de vote et au droit d’être élues (voir chapitre 14), ainsi que plus
généralement au droit à la liberté d’association et à la participation aux affaires publiques.169
89
Étude de cas
Le soutien apporté aux solutions durables volontaires dans les politiques pour les PDI
En Ouganda, la politique nationale sur les PDI de 2004 comprend un engagement important au principe
du retour volontaire en toute sécurité et dans la dignité, ainsi qu’à la réinstallation volontaire (section
3.4.1). Cet engagement est soutenu par la promesse spécifique de fournir aux PDI des informations
objectives et précises, comme une condition préalable à la prise de décision sur des solutions durables
en toute connaissance de cause ; de favoriser l’unité familiale et de prendre des mesures garantissant le
caractère libre des choix, de promouvoir la participation des PDI à la planification de solutions durables,
d’empêcher toute discrimination contre les PDI basée sur le fait qu’elles sont déplacées et de soutenir
le retour spontané (sections 3.4.1 à 3.4.7).

Quelles mesures spécifiques peuvent être prises pour aider les PDI qui ont décidé de
retourner dans leurs foyers ?

Les Etats peuvent aussi apporter une aide précieuse aux PDI en établissant les procédures de retour. Les PDI
devraient recevoir une aide pour pouvoir faire de courtes « visites d’évaluation » dans leur lieu d’origine afin
de vérifier l’état dans lequel se trouvent leur maison et leurs terres, ainsi que les conditions économiques et de
sécurité de base qui y prévalent. Il devrait être possible d’entreprendre ces visites sans que cela n’entraîne la perte

168 IASC, “Benchmarks for Durable Solutions for Internally Displaced Persons,” p. 8.
169 IASC, “Benchmarks for Durable Solutions for Internally Displaced Persons,” p. 9.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

du statut de PDI—quel qu’il soit—ou des avantages en résultant et avant de parvenir à une décision quant à
une demande d’aide pour une réinstallation ou un retour. Dans les cas où les personnes déplacées d’une zone ou
d’une ville particulière ont eu tendance à se regrouper dans un autre secteur particulier lors de leur déplacement,
il peut être possible d’anticiper les potentiels mouvements de retour et de les soutenir en fournissant un transport
quotidien gratuit entre les sites de déplacement et de retour. Les autorités compétentes peuvent soit directement
fournir ces services soit faciliter leur mise à disposition par des acteurs humanitaires. Cependant, dans l’un ou
l’autre cas, les autorités doivent prendre des mesures pour apporter les garanties de sécurité adéquates pour de
telles liaisons de transport. Les mesures de sécurité devraient être conçues en concertation avec les PDI qui
dépendent de ces services de transport. Des mesures spécifiques pourraient inclure des escortes de police tout
le long de l’itinéraire des lignes d’autobus, ainsi que des changements périodiques d’itinéraires ou des heures de
départ, des horaires de pause et des heures d’arrivée.

Étude de cas
Soutenir le développement des transports publics sur les « axes de retour »
En Bosnie-Herzégovine et au Kosovo, des agences de l’ONU ont créé des lignes d’autobus gratuites
le long des principaux “axes de retour” ou des itinéraires qui font la connexion entre les zones où se
trouvent de nombreuses PDI et les zones d’où les PDI avaient été déplacées. En Bosnie-Herzégovine,
le UNHCR a mis en place entre 1997 et 1999 près de 30 lignes d’autobus qui transportaient des
centaines de passagers par jour. Vers la fin 2002, il a pu toutes les privatiser par cession à des sociétés
privées.170 En reconnaissance du fait qu’en 2006 encore, la liberté de mouvement restait un problème
90 pour les minorités ethniques du Kosovo, les “lignes d’autobus humanitaires” de l’ONU ont été remises
aux autorités compétentes plutôt que privatisées. En août 2006, le transfert de responsabilité de la
Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) au ministère des Transports
et de la Communication s’est fait selon la garantie que tout changement dans les services existants se
ferait sur la base de la participation des communautés ethniques du Kosovo.171

Cet engagement a été réglementé par l’adoption d’une instruction administrative fixant des procédures
qui définissent la manière dont les communautés minoritaires peuvent obtenir ce service :

Article 2 : Demandes pour un Transport par autobus humanitaire

2.1 Un minimum de 10 personnes habitant un endroit qui n’est pas situé le long d’un itinéraire existant
et qui affirment que leur liberté de mouvement est limitée, auront le droit de demander que leur lieu soit
desservi par le transport d’autobus humanitaire.

2.2 A cette fin, elles soumettront une demande conjointe soit pour la création d’un nouvel itinéraire soit
pour l’extension ou la modification d’un itinéraire existant.”172

170 (http://www.internal-displacement.org/).
171 Service d’information de l’ONU, “In Step Forward, Kosovo Government Takes over Minority Transportation from UN,”
communiqué de presse (31 août 2006).
172 Provisional Institutions of Self-Government in Kosovo, Ministry of Transport and Communications, Administrative
Instruction No. 2007/6, “Procedure for the Submission and Assessment of Requests for Humanitarian Bus Transportation”
(24 décembre 2007). L’instruction prévoit qu’une commission technique décide dans un délai de 90 jours à la date de
réception de ces demandes, en se basant sur un processus d’évaluation dûment avalisé. En cas de décision négative ou de
silence administratif, les instructions prévoient des procédures d’appel clairement établies.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 5 : Les droits relatifs au mouvement

Les PDI qui veulent retourner chez elles en groupe devraient bénéficier d’un transport organisé vers leur lieu
d’origine quand cela est nécessaire. Un tel transport devrait être soigneusement planifié à l’avance pour garantir
que les familles et les groupes qui veulent voyager ensemble puissent le faire (voir chapitre 6), en emmenant avec
eux tous les biens qu’ils ont été capables de conserver ou d’acquérir pendant leur déplacement.

Quelles mesures spécifiques peuvent être prises pour aider les PDI qui ne veulent pas
retourner dans leurs foyers ?

Les PDI qui veulent se réinstaller de manière permanente ailleurs que dans le lieu où elles habitaient avant leur
déplacement devraient bénéficier d’une aide pour s’intégrer dans les programmes des services sociaux locaux,
dans le marché de l’emploi et dans les programmes éducatifs de manière à ce qu’elles puissent reprendre une
vie normale et jouir des mêmes droits que tout autre citoyen s’installant dans la région. Comme les PDI sont
souvent marginalisées ou même traumatisées par l’expérience du déplacement et viennent souvent de différents
environnements linguistiques et culturels, il est probable qu’une telle intégration locale exige au début un travail
social de proximité et des mesures spéciales des autorités locales adaptées aux besoins des PDI.

Dans toute situation de déplacement interne, une population «résiduelle» de PDI particulièrement marginalisée et
vulnérable peut s’avérer incapable de choisir seule une solution durable et risque de ne pas profiter des opportunités
pour rentrer chez elles, s’intégrer localement ou pour se réinstaller ailleurs. De tels groupes incluent les PDI qui,
avant leur déplacement, étaient déjà en situation de pauvreté, de marginalisation et ne possédaient pas de terre et
pour qui le retour peut ne pas être une option en raison du fait qu’elles n’ont ni endroit où retourner, ni moyen de
subsistance à retrouver. D’autres groupes faisant face à des risques semblables incluent des personnes âgées et les
malades ainsi que des enfants non accompagnés. Bien que des efforts de traçage puissent permettre à certaines 91
de ces personnes de retrouver des membres de leur famille toujours en vie, beaucoup d’autres ont besoin d’une
aide spéciale afin de leur garantir des solutions durables en toute sécurité et dans la dignité.

Étude de cas
S’assurer que les PDI sont intégrées dans les programmes de soutien social disponibles
En 2006, la municipalité de Van, dans le sud-est de la Turquie, a adopté un plan d’action pour faire
face au déplacement. Le plan propose de soutenir l’intégration locale des PDI pauvres au moyen de
“l’expansion des initiatives existantes” :

Les PDI ont considérablement utilisé les initiatives de la province de Van réalisées dans le but d’accroître
le bien-être des ménages, y compris une Banque alimentaire, un réseau vert, un programme de micro-
crédit et le Child Research Rehabilitation and Training Center (CAREM). Par la large utilisation des
technologies de l’information, le Réseau Vert permet aux populations pauvres de profiter de divers
services d’aide sociale sans devoir passer par de longues files d’attente.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

S’assurer que les PDI sont intégrées dans les programmes de soutien social disponibles (cont.)

Au-delà de la simple distribution de la nourriture de base, la Banque alimentaire comprend des unités
qui fournissent aussi des vêtements, des services de nettoyage, du matériel de bureau et d’autres
biens de première nécessité, dans un effort de réduire au minimum l’impossibilité pour les PDI et les
autres populations pauvres d’y accéder. Grâce à cette pratique, et plutôt que de dépendre de dons de
nourriture et de vêtements que d’autres personnes choisissent pour eux, les ménages vivant en dessous
du seuil de pauvreté ont la possibilité de définir eux-mêmes leurs priorités et préférences pour satisfaire
leurs besoins.

Tandis que ces services s’adressent aux ménages pauvres en général, d’autres services s’adressent
à des populations spécifiques qui, en raison de leur genre et de leur âge, occupent dans le ménage
une position relativement désavantageuse. Par exemple, l’esprit d’entreprise des femmes est soutenu
par un programme de micro-crédit mis en place avec la contribution des agences gouvernementales
et des ONG actives à Van. Un autre groupe désavantagé, les enfants travaillant dans la rue, bénéficie
des services offerts par le CAREM, un centre établi pour la réadaptation, la socialisation, la formation et
l’accès aux services médicaux des enfants qui est soutenu dans le cadre d’un projet commun entre le
Gouvernement et l’OIT et administré par le Ministère du Travail et la Sécurité sociale et le programme sur
l’Élimination des pires formes du travail des enfants en Turquie. Les activités conduites conjointement
avec l’OIT ont commencé en parallèle avec la récente collaboration entre les autorités de Van et l’OIT,
ce qui représente un partenariat entre le secteur public en Turquie et la communauté internationale qui
contribuera à l’efficacité de l’offre de ce service. 173
92

173 “Van Provincial Action Plan for Responding to IDP Needs” (2006), (http://www.brookings.edu/projects/idp.aspx).

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Chapitre 6
La vie familiale

A. Introduction

Objectif : Les principes directeurs 16 et 17 protègent le droit des PDI à ne pas subir d’ingérence dans leur vie
familiale et le droit à ce que celle-ci soit protégée, obligeant les Etats à prendre des mesures pour préserver
l’unité familiale, parvenir à la réunification des familles, déterminer le destin des personnes disparues et traiter
les morts avec le respect approprié.

Principe 16
1. Toutes les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont le droit d’être informées du sort
de leurs proches portés disparus et du lieu où ils se trouvent.
2. Les autorités concernées s’efforceront de déterminer le sort et le lieu où se trouvent les personnes
déplacées à l’intérieur de leur propre pays portées disparues et coopèrent avec les organisations
internationales qui se consacrent à cette tâche. Elles tiennent les proches au courant des progrès de 93
leurs recherches et les informent de tout élément nouveau.
3. Les autorités concernées s’efforcent de récupérer et d’identifier les restes des personnes décédées,
d’empêcher leur profanation ou mutilation, de faciliter leur restitution aux proches ou d’en disposer
d’une manière respectueuse.
4. Les sépultures des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays sont protégées en toutes
circonstances. Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont le droit d’accéder aux
sépultures de leurs proches décédés.

Principe 17
1. Chacun a droit au respect de sa vie familiale.
2. Afin de donner effet à ce droit reconnu aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, les
membres d’une famille qui souhaitent rester ensemble seront autorisés à le faire.
3. Les familles séparées par suite de leur déplacement doivent être réunifiées aussi rapidement que
possible. Toutes les mesures requises seront prises pour accélérer la réunification de ces familles,
notamment lorsqu’il y a des enfants. Les autorités responsables faciliteront les recherches faites par
les membres d’une famille, encourageront l’action des organisations humanitaires qui œuvrent pour
la réunification des familles et coopéreront avec elles.
4. Les membres des familles déplacées à l’intérieur de leur propre pays, dont on a restreint la liberté en
les enfermant ou en les confinant dans des camps ont le droit de rester ensemble.

Autres principes pertinents : 4(2), 25, et 29(1).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Bases légales : 174 En tant qu’institution particulière, la famille est protégée par le droit international des droits de
l’homme et chaque être humain a le droit au respect de sa vie familiale.175 En tant qu’unité fondamentale de la
société, la famille devrait recevoir une protection et une aide qui se doivent d’être les plus larges possibles, notamment
lorsqu’elle a à sa charge la responsabilité et l’éducation d’enfants.176 La protection devrait s’étendre non seulement
aux membres familiaux ayant des liens directs, naturels ou légaux, mais également aux personnes appartenant à une
famille parce qu’elles en partagent la vie quotidienne, qu’il existe des liens émotionnels ou d’entraide, ou simplement
aux situations où les gens se considèrent comme faisant partie d’une famille et souhaitent vivre ensemble.177

Les conjoints doivent avoir exactement les mêmes droits et responsabilités dans la vie familiale, ce qui signifie
que les femmes ont tout autant le droit d’exercer leur autorité parentale dans l’éducation et la garde d’enfants
mineurs, ainsi que celui de posséder, d’avoir accès, de gérer et de disposer des biens familiaux.178

Des mesures spéciales de protection et d’aide doivent être prises pour tous les enfants et adolescents et les Etats
ont l’obligation d’apporter une aide appropriée aux parents dans l’éducation de leurs enfants.179 Dans toutes
les décisions qui concernent les enfants, le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération
primordiale.180 Tous les enfants ont le droit d’être enregistrés aussitôt leur naissance, d’avoir un nom et de
connaître leurs parents et d’être élevés par eux. Ils ne devraient pas être séparés de leurs parents contre leur
gré.181 Les autorités compétentes doivent respecter la responsabilité, le droit et le devoir qu’ont les parents ou,
le cas échéant, les membres de la famille élargie ou de la communauté, comme prévu par la coutume locale, les
tuteurs ou autres personnes légalement responsables de l’enfant.182

Le droit au respect de la vie familiale implique la responsabilité d’adopter les mesures internes appropriées pour
94 protéger l’unité familiale et faciliter sa réunification. Dans les situations d’internement ou de détention pendant
un conflit armé ainsi que dans les camps ou autres hébergements collectifs, l’unité familiale doit être préservée lors
du logement des membres d’une même famille et ces derniers doivent recevoir toutes les facilités leur permettant
de mener une vraie vie de famille.183 Dans les cas où les familles sont dispersées, toutes les mesures appropriées
doivent être prises pour permettre la réunification.184 Les autorités compétentes doivent notamment prendre toutes
les mesures nécessaires pour retrouver la trace et réunir les enfants avec leurs parents ou des parents.185 Les autorités

174 Pour plus de détails, voir Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed., Studies in
Transnational Legal Policy 38 (American Society of International Law and Brookings Institution, 2008), pp. 71–82.
175 DUDH, Article 12 ; PIDCP, Article 17 ; CCRS, Article 11; CEDH, Article 8 ; Charte sociale européenne, Article 9 ;
Convention (IV) de Genève, Article 27 ; CICR, “Droit international humanitaire coutumier, Volume I : Règles”, Règle 105.
176 DUDH, Article 16 ; PIDCP, Article 23 ; CESC, Article 10; CCRS, Article 17 ; Charte sociale européenne, Article 33.
177 Comité des droits de l’homme de l’ONU, Observation générale relative à l’article 19 (1990), paragraphe 2, et Observation
générale relative à l’article 28 (2000), paragraphe 27 ; CDESC, Observation générale 4(1991), paragraphe 6 ; CICR,
Commentaire du Protocole additionnel aux Conventions de Genève (Protocole I), p. 859.
178 DUDH, Article 2(1) ; PIDCP, Articles 3 et 23(4) ; CESC, Article 3 ; CEDEF, Articles 15 et 16 ; Comité des droits de
l’homme de l’ONU, Observation générale relative à l’article 19 (1990), paragraphe 8.
179 DUDH, Article 25(2) ; PIDESC, Article 10(3) ; CDE Article 18(2) ; Convention (IV) de Genève, Articles 24 et 50.
180 CDE, Article 3 ; CEDEF, Article 16(1)(d).
181 CDE, Articles 7 et 9.
182 CDE, Article 5.
183 Convention (IV) de Genève, Article 82(2)–(3) ; Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, Articles 75(5) et 77(4).
184 PIDCP, Article 23 ; Convention (IV) de Genève, Articles 26 et 27; Protocole additionnel I aux Conventions de Genève,
Article 74 ; Protocole additionnel II aux Conventions de Genève, Article 4(3)(b). Voir aussi Convention (IV) de Genève,
Articles 25 et 26 .
185 PIDCP, Article 24; CDE, Articles 8(2), 22, et 38; Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, Article 25(2) (b);
Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, Article 32.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 6 : La vie familiale

compétentes doivent aussi prendre toutes les mesures possibles pour clarifier le sort des personnes portées disparues
dans des situations de déplacement. Elles ont également le devoir de communiquer aux membres de la famille tout
renseignement utile sur leur sort, ainsi que de les informer des progrès de l’enquête.186

Dans les situations de conflit armé, les autorités compétentes doivent rechercher et relever les civils morts, empêcher
les actes de mutilation ou de profanation, s’efforcer de rendre les restes et les effets personnels des personnes décédées
à leur famille ou d’en disposer de manière respectueuse et assurer la protection et l’entretien de leurs sépultures.187

Cadre réglementaire  : certaines constitutions nationales prévoient des dispositions générales protégeant la
famille et certains droits internes comportent un code de la famille ou réglementent séparément les questions
liées au mariage, à la succession, à l’enregistrement des naissances et à la protection de l’enfance de manière
très détaillée. De même, la gestion des dépouilles mortelles et la profanation des tombes peuvent être traitées
respectivement par le code de la santé publique et le code pénal. Dans certaines sociétés, les questions relatives
à la famille sont réglementées au niveau local par des lois coutumières qui peuvent être reconnues ou non par
l’ordre juridique interne et compatibles ou incompatibles avec celui-ci. Les questions spécifiques survenant dans
le contexte d’un déplacement telles que la préservation de l’unité familiale, la réunification familiale et la mise à
disposition d’informations sur les personnes disparues sont rarement réglementées dans le droit interne.

Les problèmes souvent rencontrés par les PDI : Dans le chaos qui accompagne un déplacement, les membres
d’une même famille peuvent facilement se retrouver séparés les uns des autres. Les PDI séparées de leur
famille doivent parfois faire face à des obstacles insurmontables pour retrouver leurs proches qui ont disparu,
notamment lorsqu’elles se sont fortement dispersées, que les réseaux de communication sont perturbés et qu’il
y a des obstacles légaux ou pratiques à la liberté de mouvement. Dans les situations de déplacement massif en 95
raison d’un conflit armé ou d’une catastrophe naturelle, les chances de localiser un membre de sa famille porté
disparu ou d’obtenir des informations sur son sort augmentent énormément s’il est possible d’accéder facilement
à un mécanisme centralisé permettant de signaler les disparitions, de collecter et de coordonner les données.
Les PDI dont les proches sont toujours portés disparus éprouvent souvent une angoisse extrême et peuvent
trouver difficile de reprendre une vie normale tant qu’elles n’ont pas retrouvé les personnes qui leur sont chères
ou qu’elles n’ont pas eu de nouvelles sur leur sort.

La séparation des familles déplacées augmente la vulnérabilité de toutes les personnes concernées, puisque la
famille constitue la source de protection et de stabilité la plus fondamentale pour chacun de ses membres. Dans
de nombreuses situations, les femmes ne bénéficiant pas de la même capacité légale que les hommes, elles se
retrouvent exposées à l’exploitation et à la violence liée au genre. Les femmes chef de famille éprouvent des
difficultés supplémentaires à entretenir leur famille si l’accès aux biens familiaux leur est refusé ou si elles se
heurtent à des lois ou des coutumes qui limitent ou réassignent la garde de leurs enfants à un parent masculin.
D’autre part, dans certaines sociétés, les pères devenus célibataires depuis peu rencontrent parfois des difficultés
avec les exigences que leur impose leur double rôle qui consiste à être l’unique personne prenant à la fois soin de
la famille et subvenant à ses besoins, ce qui exerce des tensions supplémentaires sur la structure familiale.

Quand les enfants sont séparés de leur famille, leur vulnérabilité à l’exploitation sexuelle, au trafic, à la violence
liée au genre et au recrutement forcé augmente. De même, lorsque les autres PDI vulnérables (par exemple, les

186 Convention (IV) de Genève, Article 26 ; Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, Article 33 ; CICR, “Droit
international humanitaire coutumier, Volume I : Règles”, Règle 117 ; Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant,
Article 19(3).
187 Convention (IV) de Genève, Article 16 ; Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, Articles 33(4) et 34 ; CICR,
“Droit international humanitaire coutumier, Volume I : Règles”, Règles 112–16. Voir aussi Statut de Rome de la Cour pénale
internationale, Article 8(2)(b)(xxi).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

personnes âgées ou les personnes ayant une incapacité ou atteintes d’une maladie chronique) sont séparées des
parents qui prennent soin d’elles, les risques d’atteinte à leur vie et à leur santé peuvent aussi augmenter.

Même si les familles restent ensemble lors du premier déplacement, le risque de séparation reste élevé pendant toute
la durée du déplacement et une séparation peut se produire même lorsque des solutions durables s’avèrent possibles.
Par exemple, les familles qui sont restées ensemble pendant leur fuite peuvent par la suite accepter de se séparer
afin de faciliter leur adaptation ou la phase de relèvement. Une telle séparation «volontaire» peut être le fruit d’un
certain nombre de causes. Certains parents laissent leurs enfants aux mains d’institutions, qu’il s’agisse d’institutions
« caritatives » publiques, ou d’institutions non enregistrées ou non reconnues par la loi, ou acceptent de conclure un
mariage précoce ou forcé pour mettre fin à un problème d’insécurité physique, à la faim, ou à un manque de logement.
D’autres quittent leur famille pour chercher du travail ailleurs ou envoient leurs enfants travailler. En plus du fait
qu’elles entraînent la séparation, en violation du droit à l’unité familiale, de telles stratégies d’adaptation augmentent
sérieusement les risques que les enfants soient exploités. S’ils sont sensibles à ces risques et à l’impératif de l’unité
familiale, les programmes gouvernementaux et humanitaires s’occuperont de ces menaces de manière proactive.

Dans certains cas, il arrive que les acteurs gouvernementaux et humanitaires favorisent en réalité, bien que par
inadvertance, la séparation familiale. Des familles peuvent être séparées quand un membre obtient un traitement
médical spécialisé ou pendant un transport massif de PDI qui a été mal planifié. Dans certains contextes, la
politique gouvernementale encourage les PDI à retourner chez elles dès que les conditions de sécurité physiques
sont jugées sûres. Cependant, si les conditions appropriées pour un retour durable n’ont pas été rétablies, (c’est-
à-dire si les écoles et les cliniques médicales n’ont pas été rouvertes, si les parents n’ont pas accès à un moyen de
subsistance ou s’ils estiment que la situation n’est pas entièrement sûre, si les maisons ont été détruites et que
96 l’abri provisoire n’est pas jugé adéquat), certains parents peuvent décider de laisser une partie de leur famille
derrière eux dans des camps ou des communautés d’accueil. Enfin, les adoptions qui sont autorisées soit trop
rapidement à la suite d’une catastrophe naturelle ou d’un autre déplacement massif, soit avant que tous les
mécanismes de recherche n’aient été épuisés, peuvent causer une rupture permanente de la vie familiale.

B. Liste de contrôle : les problèmes devant être traités par les


lois et les politiques internes

Les éléments minimaux essentiels de la réglementation étatique


Au minimum et quelles que soient les ressources disponibles, les autorités compétentes devraient :
1. Reconnaître le droit des PDI à l’unité familiale, y compris le droit de rester ensemble pendant le
déplacement et le droit à la réunification familiale quand il y a eu séparation.
2. Reconnaître aux personnes le droit de connaître le sort de leurs proches disparus et le devoir
correspondant conféré à l’Etat d’essayer d’élucider le sort des personnes disparues.
3. Assigner à une autorité gouvernementale la compétence et la responsabilité de coordonner et
d’entreprendre des activités de recherche et de réunification, ainsi que l’identification et la gestion
appropriée des dépouilles mortelles.
4. Établir une base légale et faciliter la coopération active avec les acteurs humanitaires internationaux et nationaux
qui ont un mandat reconnu et les compétences requises pour les activités de recherche, de réunification et de
traitement des dépouilles mortelles, comme le Comité International de la Croix-Rouge et les sociétés nationales
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, l’UNICEF et l’Alliance internationale Save the Children.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 6 : La vie familiale

Par ailleurs, pour s’assurer que les PDI puissent jouir de leur droit au respect de la vie familiale pendant et après
le déplacement, les lois et les politiques internes devraient :

• En vue du maintien de l’unité familiale, de la réunification et des activités de recherche, adopter une
définition de la famille qui soit large et souple, basée sur des liens et des dépendances émotionnels,
sociaux et économiques ;
• incorporer les principes de l’intérêt supérieur de l’enfant et du respect pour la vie familiale dans des politiques
appropriées et exiger qu’ils soient considérés en conséquence et reflétés dans les programmes adoptés ;
• instituer un système d’enregistrement des naissances qui soit universel et obligatoire ;
• faciliter l’identification systématique des groupes familiaux existants et des PDI non accompagnées
quand les PDI s’enregistrent pour recevoir une aide humanitaire ou d’autres bénéfices et permettre
l’utilisation de ces informations dans la prévention et les activités de recherche ;
• concevoir la distribution de l’aide humanitaire d’une façon qui permet et encourage les familles à rester
ensemble, notamment en apportant une aide ciblée aux familles les plus vulnérables ;
• faciliter les demandes d’enquête et de recherche et établir une base de données centralisée ou un
enregistrement pour la collecte, la coordination, la gestion et la protection de toutes les informations
touchant aux disparus ainsi que les demandes de réunification ;
• fournir la protection et l’aide appropriées aux PDI non accompagnées vulnérables comme les femmes
chefs de famille, les enfants et les personnes âgées ;
• établir un mécanisme légal, en attendant la résolution du sort des disparus, afin de permettre la nomination
d’un représentant de la personne disparue pour sauvegarder ses avoirs et intérêts et répondre aux besoins
immédiats des personnes qui sont à la charge des personnes portées disparues (y compris la garde et la
tutelle de mineurs et l’accès aux avoirs et leur utilisation pour des besoins familiaux) ; 97
• faciliter le placement d’enfants séparés et non accompagnés dans des établissements de prise en charge
provisoire appropriés et s’assurer que l’adoption légale ne soit pas envisagée avant qu’il n’y ait plus d’espoir
raisonnable d’aboutir à des recherches fructueuses et de parvenir à la réunification familiale;
• faciliter l’enquête sur le sort des membres d’une famille qui sont décédés, ainsi que la communication
d’informations, le retour de la dépouille mortelle et des effets personnels à la famille, y compris par le
biais de la coopération avec des acteurs humanitaires internationaux et nationaux dont la compétence
dans ce domaine est reconnue.

C. Les éléments nécessaires de la réglementation étatique

Comment coordonner la protection de la vie familiale des PDI ?

Au niveau national, les questions familiales devraient explicitement faire partie des questions traitées par le
mécanisme de coordination institutionnel (voir chapitre 2, section G). Une telle coordination devrait assurer
une assignation claire des rôles entre le gouvernement central, les autorités locales et les partenaires non
gouvernementaux chargés de la mise en œuvre, en tenant compte du fait que ces derniers connaissent bien le
contexte local.

La nécessité d’entreprendre des recherches en vue d’une réunification survient généralement dans des situations
exceptionnelles de conflit armé ou de catastrophe naturelle et implique normalement un grand nombre de
PDI. En conséquence, les Etats sont rarement préparés pour les défis techniques, administratifs et logistiques

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

inhérents à l’établissement d’une structure institutionnelle consacrée à ces tâches. Même s’il est important
qu’une autorité étatique indépendante soit responsable d’assurer une recherche appropriée des personnes
disparues et l’identification des dépouilles mortelles,188 l’Etat n’a pas besoin de faire cela tout seul. Les acteurs
humanitaires internationaux, notamment le Comité International de la Croix-Rouge et les Sociétés nationales
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, sont universellement reconnus comme étant des experts dans les
activités de recherche, qui incluent le développement de bases de données centrales pour la collecte de données
sur les disparus, ainsi que le déploiement de techniques adaptées au contexte—allant des kiosques de photos aux
émissions de radio et aux sites Internet—pour faciliter la réunification.189 De plus, le CICR emploie souvent des
experts médico-légaux pour mener des évaluations sur les besoins ainsi que pour fournir l’appui opérationnel et
la formation à la collecte, l’identification et la gestion des dépouilles mortelles.190 Conformément au Principe
directeur 17.3, les autorités compétentes devraient activement rechercher la coopération de telles agences pour
faciliter le lancement des activités de recherche le plus rapidement possible. Quand cela est possible, le rôle du
CICR et des sociétés nationales devrait être mentionné dans les politiques nationales pour les PDI.

Étude de cas
Incorporation dans les lois et politiques sur les PDI des acteurs humanitaires, y compris les
sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
La loi de la Colombie sur la protection et l’aide aux PDI inclut spécifiquement la représentation de la
Croix-Rouge colombienne dans les comités municipaux et provinciaux qui ont pour tâche de soutenir le
Système national pour l’aide globale aux populations déplacées par une situation de violence.
98
La Politique nationale de l’Ouganda pour les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays
contient des dispositions sur la réunification familiale qui suivent étroitement le Principe directeur 17 (3),
ainsi que des dispositions sur l’unité familiale lors du retour et la réinstallation :191 “Pour favoriser l’unité
familiale, les institutions gouvernementales appropriées, en coopération avec des agences humanitaire
et de développement, feront tout leur possible pour assurer que les personnes déplacées à l’intérieur de
leur propre pays rentrent chez elles ou s’installent ailleurs ensemble quand elles en émettent le souhait.
Lorsque de tels efforts échouent, un mécanisme doit être mis en place pour leur réunification.”

Quels principes-clés devraient être reflétés dans toutes les politiques et actions de l’Etat ?

Un élément important dans la protection de l’unité familiale est l’adoption d’une définition large et flexible
de la famille dans le but de reconnaître le droit à l’unité et à la réunification familiale. Dans certains cas, les
PDI appartiennent à des communautés dont les structures sociales ne sont pas reconnues en droit interne.
Dans d’autres cas, certaines personnes qui ne sont pas directement liées les unes aux autres se considèrent
comme une famille, vivent ensemble, ont des liens de dépendance et peuvent désirer rester ensemble pendant le
déplacement. Le principe d’unité familiale devrait être respecté pour ceux qui se définissent comme une famille

188 Sur les capacités et les devoirs imcombant à ce type d’entité gouvernementale, voir CICR, “Principes directeurs/Loi-type sur
les personnes portées disparues” (2007), Article 12.
189 CICR, “Rétablissement des liens familiaux : guide à l’intention des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-
Rouge” (2000) ; “Personnes disparues, Rapport du Secrétaire général,” A716/476 (2006), paragraphe 43.
190 “Personnes disparues, Rapport du Secrétaire général,” paragraphes 45–48. Voir également CICR, “Management of Dead
Bodies after Disasters: A Field Manual for First Responders” (2006).
191 République de l’Ouganda, The National Policy for Internally Displaced Persons (2004), Sections 3.4.3 et 3.7.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 6 : La vie familiale

basée sur des liens émotionnels et une confiance mutuelle, y compris des mariages de droit coutumier et des
structures familiales polygames.

De plus, les lois et politiques sur les PDI devraient adopter explicitement l’intérêt supérieur de l’enfant et le
respect pour la vie familiale comme étant des principes-clés à respecter dans leur mise en œuvre, de manière à
ce que l’on en tienne compte dans toutes les programmes et activités. Les indicateurs liés à la protection de la
famille devraient être inclus dans la supervision de la réponse au déplacement interne.

Comment préserver l’unité familiale ?

Il y a un certain nombre de choses que les Etats peuvent faire pour réduire au minimum les risques de séparation
et si malgré tout il y a séparation pour maximiser les chances de réunification. En premier lieu, si les PDI sont
enregistrées afin de recevoir une aide humanitaire ou d’autres prestations,192 le processus d’enregistrement peut
également servir à soutenir l’unité familiale et la réunification par l’identification de groupes familiaux existants
et des PDI non accompagnées. Les procédures d’enregistrement devraient aussi encourager les PDI à fournir
des informations sur des proches portés disparus ou dont ils ont été séparés qui peuvent alimenter directement
les programmes de recherche. Pour soutenir ces fonctions, les processus d’enregistrement devraient saisir des
informations essentielles concernant l’identité de l’individu, les membres de sa famille qui l’accompagnent, le
lieu et la date du déplacement initial et la résidence actuelle. Il convient de donner une priorité particulière à
l’identification et l’enregistrement des enfants non accompagnés et séparés de leur famille.193

La reconnaissance de l’identité légale et du statut civil des personnes déplacées contribue fortement à leur
capacité d’exercer leurs droits de l’homme (voir chapitre 11). La reconnaissance légale peut aussi favoriser la 99
réunification familiale et le respect du droit de la famille de connaître le destin des proches qui ont disparu
ou sont morts. En particulier, les naissances, les morts, les mariages et les divorces des personnes déplacées
doivent être enregistrés et accompagnés de pièces justificatives.194 En tant que mesure préventive, la délivrance
obligatoire d’actes de naissance pour tous les enfants est particulièrement importante pour préserver l’unité
familiale et faciliter la réunification.195

Étude de cas
L’enregistrement des naissances d’enfants de personnes déplacées
En Angola, les procédures pour la mise en œuvre de la réinstallation des populations déplacées
imposent une obligation générale à la délégation provinciale du Ministère de la Justice d’enregistrer les
naissances et de délivrer des cartes d’identité nationales individuelles.196

192 Voir le chapitre 1, section B, ainsi que le chapitre 11 du présent manuel.


193 CICR, UNHCR, UNICEF, Comité international de Secours, Save the Children (Royaume Uni), World Vision
International, “Principes directeurs inter-agences relatifs aux enfants non-accompagnés ou séparés de leur famille,” (2004 ;
http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/htmlall/p1101?opendocument) Section 3(b).
194 Voir Groupe sectoriel global chargé de la protection, “Manuel pour la protection des déplacés internes” (édition provisoire,
2007 ; http://www.unhcr.org/refworld/docid/489981d12.html), fiche d’action 2.
195 “Principes directeurs inter-agences relatifs aux enfants non-accompagnés ou séparés de leur famille,” p. 27.
196 Article 12.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Il est également important de reconnaître que la distribution d’une aide humanitaire peut avoir un effet positif
ou négatif sur l’unité familiale. Plus important encore, les Etats doivent garantir que l’aide et le soutien soient
fournis—que ce soit une aide alimentaire, une aide pour trouver un moyen de subsistance, ou des services
essentiels—de manière à permettre et encourager les familles à rester ensemble. L’aide devrait être vue sous
l’angle de l’unité familiale. Les familles avec des enfants doivent pouvoir accéder facilement à l’alimentation,
au logement et à la sécurité, afin d’éviter qu’elles ne soient forcés d’adopter des stratégies d’adaptation qui
exigent que les membres de la famille se séparent. La distribution d’une aide ciblée, comme les programmes de
distribution d’alimentation à haute valeur nutritive aux familles avec de jeunes enfants ou l’identification et la
fourniture d’un soutien supplémentaire aux familles les plus vulnérables, peut empêcher les personnes à la tête
d’une famille d’estimer qu’elles doivent trouver d’autres moyens qui impliquent nécessairement la séparation (la
mise en institution, un mariage précoce, l’abandon) pour prendre soin de leurs familles.

L’incorporation du droit à l’unité familiale dans la politique d’un Etat devrait être reflétée dans tous les
programmes et les activités liés aux PDI. Par exemple, le logement devrait permettre aux familles de vivre
ensemble avec un certain degré de vie privée et avec des équipements suffisants pour la vie familiale (voir
chapitre 9). Un mouvement de communautés déplacées soigneusement planifié permettra de minimiser les
risques de séparation, mais des mesures spéciales doivent être prises concernant les risques supplémentaires
auxquels sont exposés les plus vulnérables, comme l’utilisation de brassières d’identification pour les jeunes
enfants. L’évacuation d’enfants seuls devrait constituer une solution de dernier ressort, et n’intervenir qu’au
terme d’un examen rigoureux de la situation et avec l’objectif de réunir les familles au plus tôt.197

Étude de cas
100
Éviter la séparation des familles tout en facilitant le mouvement des PDI
En Angola, les procédures de mise en œuvre de la réinstallation des populations déplacées exigent que
l’entité responsable de la mise en œuvre du retour et des processus de repeuplement “garantisse que
les populations de PDI qui ne sont pas transportables pour des raisons médicales restent sur place
accompagnées par leurs proches.”198

La politique nationale de l’Ouganda demande que les comités de gestion des catastrophes de Zone
“assurent la réunification familiale pendant les mouvements des camps aux sites de repeuplement”199 et
charge les institutions gouvernementales appropriées “de déployer tous leurs efforts pour garantir que
les familles déplacées à l’intérieur de leur pays rentrent chez elles ou se réinstallent ailleurs ensemble
si elles le souhaitent.”200

Comment réunir les membres d’une famille qui ont été séparés ?

Si les membres d’une famille ont le droit de connaître le sort de leurs proches portés disparus, les autorités ont aussi
la responsabilité correspondante d’essayer d’apporter des réponses, principalement par le biais d’une enquête efficace.
Comme il a été mentionné ci-dessus, quand la séparation familiale a lieu au cours du déplacement, les réseaux de
communication peuvent être inaccessibles ou inopérants et la liberté de mouvement peut être limitée ou extrêmement

197 “Principes directeurs inter-agences relatifs aux enfants non-accompagnés ou séparés de leur famille,” pp. 24–26.
198 Article 7(j). Voir également Article 11(g): “The provincial entity shall keep the family members together during the
resettlement or return process.”
199 The National Policy for Internally Displaced Persons, Section 2.4.1.viii.
200 The National Policy for Internally Displaced Persons, Section 3.4.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 6 : La vie familiale

difficile. Ainsi, l’établissement d’une base de données ou d’un registre centralisé est un outil essentiel grâce auquel
toutes les informations sur les disparus et ceux qui les cherchent peuvent être canalisées.201 Alors qu’il est possible que
l’Etat lui-même mette en place une base de données ou un réseau centralisé, le CICR dispose tout particulièrement
des connaissances requises pour le faire. Comme il est probable que divers acteurs humanitaires s’occupent des mêmes
cas de séparation et de personnes disparues, la solution est de s’assurer que toutes les informations de toutes les sources
sont coordonnées et consolidées de manière centrale. Lorsque les capacités techniques le permettent, Internet offre
une plateforme utile pour fournir des informations mises à jour sur des personnes séparées de leur famille à moindre
coût et de manière accessible. Cependant, il existe divers moyens éprouvés pour rechercher des personnes séparées de
leur famille qui peuvent être adaptés à des contextes de déplacement particuliers.202

Etude de cas
La coopération et le partage d’information avec les organisations internationales sur les
personnes portées disparues
L’Annexe 7 à l’Accord-cadre général pour la paix en Bosnie-Herzégovine de 1995 fournit un exemple
en établissant l’obligation de chaque partie de “donner l’accès complet et sans restriction au UNHCR,
au Comité International de la Croix-Rouge (CICR), au Programme de Développement de Nations unies
(PNUD) et aux autres organisations internationales, nationales et non gouvernementales concernées,
à tous les réfugiés et personnes déplacées, en vue de faciliter le travail de ces organisations dans la
recherche de personnes […] et d’autres activités essentielles dans l’exercice de leurs mandats et de
leurs responsabilités opérationnelles sans obstacles administratifs.”(Article III, para. 2.). Cette annexe
définit par ailleurs le devoir de fournir au CICR des informations sur les disparus : “Les parties fourniront, 101
par l’intermédiaire des mécanismes de recherche du CICR, des informations sur toutes les personnes
portées disparues. Les parties coopéreront en outre pleinement avec le CICR dans ses efforts pour
déterminer l’identité et le sort des personnes portées disparues, et pour les localiser.” (Article V)

Les “Principes directeurs/Loi-type sur les personnes portées disparues” développés par le CICR
incluent un projet de clause spécifiant que “[l’autorité] et les autres autorités étatiques concernées
coopèrent avec le Comité International de la Croix-Rouge et la société de la Croix-Rouge nationale/
du Croissant rouge, conformément à leurs mandats, en vue de la recherche des disparus et de la
protection des droits de leurs familles.”203

Les PDI et les autres personnes soumises à l’enregistrement dans le cadre d’un processus de recherches doivent
être informées des objectifs de ces activités et tenues au courant de leur progrès. Les informations utilisées aux
fins de recherche devraient permettre aux membres séparés d’une même famille d’être identifiés sans révéler leur
emplacement et devraient être traitées conformément au principe de la protection des données.204

Dans l’idéal, les familles devraient être reconstituées comme elles l’étaient avant leur déplacement, sous réserve
de l’accord de tous les membres et en prenant en compte l’intérêt supérieur des enfants.205 Dans les situations

201 CICR, “Principes directeurs/Loi-type sur les personnes portées disparues” (http://www.icrc.org/Web/fre/sitefre0.nsf/html/
model-law-missing-300908) Article 14.
202 Voir Groupe sectoriel global chargé de la protection, “Manuel pour la protection des déplacés internes” (édition provisoire,
2007), Fiche d’action 9, Section 5.4.
203 CICR, “Principes directeurs/Loi-type sur les personnes portées disparues” Article 17(4).
204 Voir, par exemple, CICR, “Principes directeurs/Loi-type sur les personnes portées disparues” Article 18.
205 UNHCR, “Internationall Protection,” Note on Family Reunification (EC/SCP/17) (1979).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

où les membres de la famille séparée se retrouvent, mais où il n’est pas possible de les regrouper, il est essentiel
qu’ils puissent rester en contact.

Étude de cas
Promouvoir les activités de recherche et de réunification pendant la réinstallation et le retour
En Angola, les procédures pour la mise en œuvre de la réinstallation des populations déplacées
prévoient un groupe ad hoc pour le soutien technique et administratif au suivi de la réinstallation et
du retour. Parmi les indicateurs à prendre en considération se trouvent les activités de recherche des
familles, les bases de données des naissances et les activités pour favoriser la réunification familiale.
Il est exigé de ce groupe qu’il soumette des rapports mensuels à la commission provinciale, qui, à son
tour, fait son rapport à un organe étatique.206

Les familles se trouvant encore en attente de réunification : comment protéger les PDI
non accompagnées ?

En plus de l’établissement de la responsabilité institutionnelle pour les recherches, les lois et les politiques sur
les PDI devraient réduire la vulnérabilité des membres des familles séparées dont la réunification est en attente.
Des enfants séparés et non accompagnés ont notamment droit à une protection et une aide spéciales. Les
Principes directeurs inter-agences relatifs aux enfants non-accompagnés ou séparés de leur famille fournissent
des conseils utiles sur les dispositions à prendre lorsque la réunification des enfants avec leur famille n’a pas
102 encore eu lieu ou pour d’autres solutions durables.207 Le principe de «l’intérêt supérieur de l’enfant»208 doit servir
de norme régissant toutes les actions et les décisions touchant des enfants, qu’elles soient entreprises par des
agences gouvernementales, des tribunaux ou des ONG.209 Quand cela est possible, les enfants séparés devraient
être placés dans leur famille étendue ou chez des membres de leur communauté d’origine. Le placement dans
des familles adoptives ou des institutions devrait se faire seulement lorsqu’aucune autre option ne se présente.
Il conviendrait également de donner l’accès à l’éducation aux enfants non accompagnés aussi rapidement que
possible afin de leur fournir des activités structurées et de réduire leur exposition aux enlèvements, au trafic, au
recrutement ou à l’exploitation (voir chapitre 15).210

Même quand les enfants restent non accompagnés pendant une période prolongée ou après que des solutions
durables sont de l’ordre du possible, les efforts entrepris pour les réunifier avec leurs parents devraient se
poursuivre autant que possible. Dans l’intervalle, une certaine forme de prise en charge transitoire est préférable
à l’adoption formelle, étant donné que cette dernière est généralement irrévocable et qu’elle empêcherait toute
réunification avec des membres de la famille qui pourraient être retrouvés par la suite. Les modalités de prise
en charge provisoire incluent une prise en charge communautaire basée sur des structures sociales existantes

206 Angola, Standard Operational Procedures for the Enforcement of Norms on the Resettlement of Displaced Populations,
Article 20.
207 CICR et al., “Principes directeurs inter-agences relatifs aux enfants non-accompagnés ou séparés de leur famille,” (http://
www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/htmlall/p1101?opendocument) Section 3(d).
208 CDE, Article 3.
209 Voir de manière générale UNHCR, “Directives du HCR sur la Détermination Formelle de l’Intérêt Supérieur de l’Enfant”
(2008).
210 Pour une discussion détaillée sur la protection des PDI contre le trafic, voir “Manuel pour la protection des déplacés internes”
(édition provisoire, 2007).

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 6 : La vie familiale

qui sont familières aux enfants déplacés (programme communautaire), le placement familial où les enfants sont
pris en charge par une famille autre que la leur ou, en dernier recours, le placement en institution.211 Toutes les
dispositions de prise en charge provisoires devraient faire l’objet d’une surveillance pour s’assurer que les enfants
séparés et non accompagnés ne sont pas négligés, abusés, exploités ou subissent des violations de leurs droits.
Les principes de l’intérêt supérieur de l’enfant et de l’unité familiale devraient être la base explicite pour fournir
une prise en charge aux enfants non accompagnés et séparés.

Les femmes et les filles non accompagnées, ainsi que les femmes chefs de famille, peuvent endurer certains
risques liés à la discrimination dans l’accès à l’aide humanitaire, au logement, aux services publics ou aux papiers
d’identité. Il arrive que les femmes chefs de famille qui ont perdu leur mari et/ou leur père constatent que
l’accès aux biens familiaux ou aux avoirs financiers leur est refusé, mettant encore plus en danger leur capacité
à s’occuper et à préserver leur famille. Les lois et les pratiques doivent garantir l’égalité complète pour les
femmes, y compris la pleine reconnaissance de leurs droits et de leurs responsabilités en tant que chefs de famille
et parents, notamment en ce qui concerne la garde d’enfants mineurs et l’accès aux avoirs familiaux. Le droit
interne devrait par ailleurs prévoir un mécanisme par lequel un membre de la famille représentant de la personne
portée disparue peut être nommé pour protéger ses intérêts légaux. En fournissant la preuve que les proches du
disparu étaient à la charge de cette personne, ce représentant aurait aussi la possibilité d’autoriser l’utilisation des
avoirs pour soutenir la famille restante.

Les femmes devraient avoir le droit de recevoir l’aide et la documentation en leur nom propre, d’avoir un accès
égal aux apports économiques y compris la propriété et au crédit et devraient être inclues dans les programmes
de formation professionnelle et éducative (voir chapitre 13). Dans certains cas, la réalisation de ces droits
peut exiger la révision et l’amendement de la législation existante, ainsi que des mesures pour traiter les effets 103
qu’entraînent certaines règles et pratiques coutumières.

Les PDI non accompagnées et séparées qui ont des vulnérabilités et des besoins particuliers devraient être identifiées
et consultées afin de s’assurer qu’elles reçoivent la protection et l’assistance appropriées. De tels groupes incluent les
femmes enceintes, les personnes âgées, les familles monoparentales et les personnes souffrant d’une incapacité.

Étude de cas
Les efforts entrepris pour réunir les enfants déplacés et leur famille
En Angola, les procédures pour la mise en œuvre de la réinstallation des populations déplacées exigent
que l’entité provinciale responsable de l’aide sociale et la réintégration “identifie les enfants séparés de
leurs familles.”212 Cette entité doit aussi créer une base de données avec les photographies des enfants
séparés et partager les informations avec d’autres provinces pour faciliter la réunification familiale.213

211 Pour une discussion détaillée sur les mesures et les critères concernant la prise en charge provisoire des enfants non
accompagnés et séparés et des dispositions durables, voir respectivement les chapitres 4 et 5, des “Principes directeurs inter-
agences relatifs aux enfants non-accompagnés ou séparés de leur famille.”
212 Article 11(c).
213 Article 11(d), 11(f ).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Comment les PDI peuvent-elles obtenir des informations sur le sort de leurs proches
portés disparus ?

Les efforts déployés par les autorités compétentes et les acteurs humanitaires pour rechercher l’emplacement
de parents séparés aux fins d’une réunification familiale peuvent aussi servir dans certains cas à réunir et
fournir des informations sur les circonstances dans lesquelles les proches sont morts. Cependant, dans des
situations telles qu’un conflit armé ou une catastrophe naturelle où beaucoup de proches de PDI portés
disparus sont parfois considérés comme morts, des mesures plus systématiques devraient être prises pour
examiner les circonstances précises de leur décès en vue de remettre leurs restes et effets personnels, lorsque
cela est possible, à leurs familles.

Les autorités compétentes devraient utiliser toutes les ressources mises à leur disposition pour trouver de telles
informations et devraient également coopérer avec des acteurs humanitaires dont le mandat et l’expérience dans
les domaines de la recherche et de la réunification familiale sont reconnus. Un mécanisme souvent utilisé par les
Etats afin de remplir leurs obligations est la création de Commissions spéciales ou de Bureaux d’Information
Nationale sur les Personnes Disparues, mandatés et suffisamment équipés pour pouvoir coordonner les enquêtes
et recherches.214 Le devoir des autorités compétentes d’enquêter sur les proches portés disparus subsiste tant qu’il
existe une incertitude sur leur sort.

Comment la gestion des dépouilles des personnes décédées devrait être traitée ?

Le traitement des dépouilles mortelles, y compris l’enlèvement et la disposition des cadavres, sont généralement
104 réglementés dans une législation qui ne concerne pas spécifiquement les PDI, comme les lois sur la santé publique
et la sécurité. Dans l’intervalle de la mise au point d’une législation plus spécifique, les codes pénaux devraient
protéger tant les cadavres que les tombes des actes de mutilation et de profanation. Les principes directeurs/
Loi-type sur les personnes portées disparues du CICR offrent des clauses traitant de l’obligation de chercher et
d’enlever les morts de manière appropriée, du traitement des dépouilles mortelles et des procédures appropriées
concernant les enterrements et les exhumations.215

214 Parmi les exemples se trouve la Commission du gouvernement croate pour les personnes en détention ou portées disparues et
la Commission étatique de la République de l’Azerbaïdjan sur les prisoniers de guerre, les otages et les personnes disparues.
215 CICR, “Principes directeurs/Loi-type sur les personnes portées disparues,” Articles 19, 21, 22.

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Chapitre 7
L’alimentation

A. Introduction

Objectif : Le principe 18 (2) (a) des Principes directeurs a pour objectif d’assurer que les PDI ont accès à tout
moment à une alimentation adéquate ou aux moyens pour son obtention, en particulier par la distribution directe
d’une aide alimentaire de base quand cela est nécessaire. Le droit à une alimentation adéquate s’applique tout au
long du déplacement, bien que la sécurité alimentaire doive être garantie sur le moyen terme par une transition
allant de la distribution directe de l’alimentation ou des moyens pour son obtention jusqu’à la fourniture d’une
aide aux PDI dans la réalisation ou la reprise de l’autosuffisance (voir chapitre 13). La réalisation du droit à une
alimentation adéquate est aussi une condition préalable pour aboutir à des solutions durables.

Principe 18
1. Toutes les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont droit à un niveau de vie suffisant.
2. Au minimum quelles que soient les circonstances et sans discrimination aucune, les autorités 105
compétentes assurent aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays les services suivants et
leur permettent d’y accéder en toute sécurité :
a) aliments de base et eau potable;
[…]
3. Des efforts particuliers seront faits pour assurer la pleine participation des femmes à la planification
et à la distribution des fournitures de première nécessité.

Autres principes pertinents : 3, 22 1)(b), et 25.

Bases légales : 216 L’alimentation est nécessaire à la survie. Sa disponibilité est donc une condition préalable
essentielle pour l’exercice de pratiquement tous les autres droits de l’homme. Le droit à un niveau de vie
suffisant inclut le droit à une alimentation adéquate.217 Le droit à une nourriture suffisante est réalisé lorsque
chaque homme, chaque femme et chaque enfant, seul ou en communauté avec d’autres, a physiquement et
économiquement accès à tout moment à une nourriture suffisante ou aux moyens de se la procurer.218 L’adéquation
de l’alimentation est évaluée selon les facteurs suivants :

• La disponibilité d’une alimentation qui soit quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante


pour satisfaire les besoins alimentaires des individus à toutes les étapes du cycle de la vie et selon le
genre et le métier. Une telle disponibilité peut être réalisée à travers la capacité des individus à se nourrir

216 Pour plus de details, voir Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd. ed., Studies in
Transnational Legal Policy 38 (2008), pp. 82–5.
217 CESC, Article 11; CEDEF, Article 14 (h); CDE, Article 27 (1).
218 CESC, Observation générale 12 (1999), paragraphe 6.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
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par leurs propres moyens et à travers les systèmes de distribution à partir des sites où la nourriture est
produite ou transformée jusqu’aux lieux où les besoins existent.219
• L’accès physique à l’alimentation pour chacun, y compris les individus physiquement vulnérables et les
groupes désavantagés.220
• L’accès économique à l’alimentation, dans le sens où le coût de la nourriture ne devrait pas être tel qu’il met
en péril la satisfaction d’autres besoins de base.221
• L’acceptabilité culturelle de l’alimentation, en prenant en compte les valeurs attachées à l’alimentation et
à sa consommation qui ne sont pas fondées sur des critères nutritifs.222
• La qualité de la nourriture, qui doit être exempte de substances nocives, que ce soit par contamination
ou par des toxines naturelles.223
• L’accès non-discriminatoire à l’alimentation. L’alimentation adéquate doit être accessible à tous, y
compris les individus les plus vulnérables ou les couches/sections marginalisées de la population, sans
discrimination de fait ou de droit.224

La principale obligation des Etats concernant le respect du droit à une alimentation adéquate consiste à
entreprendre les actions nécessaires pour atténuer et soulager la faim et à s’abstenir de toute activité qui gênerait
l’accès des PDI à la nourriture disponible.225 Dans toutes les situations, le droit à une alimentation adéquate doit
être assuré sans discrimination aucune, y compris pour des raisons de déplacement.226

Dans les situations de conflit armé, la famine comme méthode de guerre et la prise pour cible des produits
alimentaires, des récoltes, du bétail, des provisions d’eau potable ou des travaux d’irrigation sont illégaux et les
forces occupantes ont la responsabilité de garantir que les populations locales disposent de nourriture.227 La
106 famine comme méthode de guerre constitue même un crime de guerre.228 Quand cela est nécessaire, les parties
au conflit armé doivent, pour s’acquitter de leur obligation, demander, permettre et faciliter l’action des acteurs
humanitaires internationaux pour livrer l’aide alimentaire, 229 et les forces occupantes doivent s’assurer que la
population civile dispose de vivres.230

Dans toute situation de catastrophe naturelle ou autre dans laquelle des individus ou des groupes sont incapables,
pour des raisons au-delà de leur contrôle, de jouir du droit à une alimentation adéquate par des moyens à leur
disposition, les Etats ont l’obligation de réaliser ce droit par la distribution directe de nourriture ou par la mise
à disposition des moyens pour son obtention.231

219 Ibid., paragraphes 8, 9 et 12.


220 Ibid., paragraphe 13.
221 Ibid., paragraphe 13.
222 Ibid., paragraphe 11.
223 Voir CDESC, Observation générale 12, paragraphe 10.
224 Ibid., paragraphe 18.
225 PIDESC, Article 11 (2); CDESC, Observation générale 12, paragraphe 6.
226 PIDESC, Article 11 (2); CDESC, Observation générale 12, paragraph e18.
227 Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, Article 54 ; Protocole additionnel II aux Conventions de Genève,
Article 14 ; CICR, “Droit international humanitaire coutumier, Volume I : Règles”, Règle 53.
228 131. Article 8 (2)(b)(xxv), Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
229 Convention (IV) de Genève, Articles 50 et 59; CICR, “Droit international humanitaire coutumier, Volume I : Règles”,
Règle 54; voir aussi PIDESC, Article 11(2); CDESC, Observation générale 12, paragraphes 17 et 38.
230 Convention (IV) de Genève, Article 55.
231 CDESC, Observation générale, paragraphe 15.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 7 : L’alimentation

L’aide alimentaire devrait être donnée en priorité aux populations les plus vulnérables, ce qui inclut les PDI de
manière générale et les sous-groupes particuliers avec des besoins en alimentation spéciaux, comme les enfants,
les femmes enceintes ou qui allaitent, des personnes atteintes du VIH/sida et les personnes âgées.232 L’aide
alimentaire devrait être sûre, culturellement acceptable, fournie d’une manière qui n’affecte pas défavorablement
les producteurs et les marchés locaux et organisée de façon à faciliter l’accomplissement ou le rétablissement de
l’autosuffisance alimentaire pour les bénéficiaires.233

Cadre réglementaire : Au niveau interne, il est rare que le droit à une alimentation adéquate soit explicitement
protégé par la Constitution. Comme la production et la distribution de nourriture ont lieu simultanément au
niveau des ménages, de la communauté, régionalement et nationalement, elles sont le plus souvent réglementées
par un large corpus de lois diverses qui abordent des questions telles que la production agricole, les normes
alimentaires et de sécurité, la gestion et le traitement des produits alimentaires et les règles en matière
d’importation et d’exportation. Les lois et les politiques promulguées spécifiquement pour répondre aux besoins
des PDI devraient inclure des dispositions générales confirmant le droit des PDI à une alimentation adéquate
ainsi que des mesures plus spécifiques, comme des standards et indicateurs et l’inclusion de critères concernant
l’alimentation dans les mécanismes de coordination, de collecte d’information, de consultation et de contrôle.
Les lois devraient également clarifier les pouvoirs et responsabilités des agences gouvernementales concernées et
assigner des pouvoirs et des responsabilités en conséquence.

Les problèmes souvent rencontrés par les PDI : Le déplacement perturbe l’accès à l’alimentation en séparant
les producteurs de leurs moyens de production (par exemple, les agriculteurs) et en séparant les consommateurs
de leurs sources de revenu et des marchés. En conséquence, toutes les PDI, indépendamment des causes de leur
déplacement, ont tendance à ne pas jouir de l’accès à leurs sources traditionnelles d’alimentation et sont donc par 107
nature vulnérables à la privation de cette ressource essentielle. Une alimentation inadéquate expose les membres
les plus vulnérables des communautés de PDI—les enfants, les femmes enceintes ou qui allaitent, les personnes
malades et âgées—à des risques pour la santé spécifiques et une alimentation culturellement inadéquate peut
être rejetée, notamment par les peuples indigènes. Les PDI subissent souvent les conséquences des ruptures qui
ont lieu dans l’approvisionnement en alimentation dues à des obstacles bureaucratiques ou à une faiblesse des
dispositions institutionnelles.

Les obstacles à l’autosuffisance économique auxquels les PDI font généralement face (voir chapitre 13) les
rendent souvent dépendantes à l’aide humanitaire pour leur alimentation quotidienne. Une telle dépendance crée
un risque immédiat d’exploitation sexuelle par ceux chargés de distribuer la nourriture et souligne l’importance
de rechercher des solutions durables en s’assurant que les capacités existantes pour subvenir à ses propres besoins
soient conservées et que de nouvelles capacités soient acquises. Certains PDI ont souffert d’insécurité alimentaire
chronique avant leur déplacement, ce qui augmente leur vulnérabilité à la sous-alimentation et complique leurs
chances de trouver des solutions durables concernant la sécurité alimentaire.

Les stratégies d’adaptation adoptées par les PDI en réponse au manque de nourriture, ou parce que l’aide alimentaire
qu’elles reçoivent est inopportune ou inadéquate, soulèvent souvent de nouveaux types de risques en matière de
protection. Par exemple, les tentatives pour compléter l’aide alimentaire en quittant les campements ou les secteurs
sûrs pour chercher de la nourriture ou un autre revenu peuvent exposer les PDI à des risques d’attaque et de
violence sexuelle. Même lorsque la nourriture est disponible en quantité adéquate, les systèmes de distribution qui
forcent les PDI à transporter la nourriture sur de longues distances et ne fournissent pas de nourriture directement

232 CEDEF, Article 12 (2); Convention de Genève (IV), Article 23 (1) ; CDESC, Observation générale 12, paragraphe 38.
233 CDESC, Observation générale 12, paragraphe 39.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

aux catégories vulnérables des PDI peuvent augmenter le risque d’attaque et d’exploitation. Enfin, il arrive souvent
que les communautés d’accueil éprouvent du ressentiment envers les PDI, tant pendant leur déplacement que
lorsqu’elles retournent chez elles, parce qu’elles reçoivent parfois une alimentation d’une qualité supérieure à celle
de l’alimentation disponible pour les autres ou parce qu’elles peuvent se retrouver en compétition pour les sources
disponibles de nourriture ou pour les moyens de s’en procurer, mettant en danger la sécurité alimentaire locale.

B. Liste de contrôle : les problèmes devant être traités par les


lois et les politiques internes

Les éléments minimaux essentiels de la réglementation étatique


Au minimum, les autorités compétentes devraient :
1. Reconnaître le droit des PDI à une alimentation adéquate.
2. Définir en tant que crime de guerre l’utilisation de la famine comme méthode de guerre, conformément
au Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
3. Désigner une autorité gouvernementale responsable de l’obtention, du stockage et de la distribution de
la nourriture aux PDI et chargée de l’assignation de fonds suffisants à cette fin.
4. Rechercher et accepter l’appui de la communauté internationale si les besoins ne peuvent pas être
108 suffisamment satisfaits au niveau interne.
5. Établir des procédures pour identifier et classer les bénéficiaires de l’alimentation et d’autres aides
nutritionnelles sur la base des besoins et de l’état de vulnérabilité.
6. Eliminer tout obstacle gênant l’approvisionnement en nourriture au niveau national telles que les
subventions sur les matières premières nationales ou des réglementations qui rendent les produits plus
chers que ceux du marché mondial.
7. Faciliter l’importation de l’aide alimentaire (par exemple, en renonçant aux restrictions d’importation,
aux quotas, aux droits de douane et autres taxes).

Par ailleurs, pour s’assurer que les PDI puissent jouir de leur droit à une alimentation adéquate pendant et après
le déplacement, les lois et les politiques internes devraient :

• Reconnaître le droit des PDI à l’alimentation et désigner une agence gouvernementale dont le mandat
couvre les PDI en vue de se procurer, de stocker et de distribuer l’aide alimentaire et l’assistance qui
y est liée ; et/ou chercher l’appui de la communauté internationale si les besoins ne peuvent pas être
suffisamment satisfaits au niveau interne ;
• Identifier et prendre en compte les ressources et les besoins alimentaires des PDI avant et pendant
le déplacement ;
• S’assurer que les PDI sont consultées sur leurs besoins alimentaires et qu’elles participent à la conception
de toute aide alimentaire;
• S’assurer que les mesures prises pour garantir le droit des PDI à l’alimentation par le biais de la
distribution de nourriture ou des moyens permettant d’en obtenir, ciblent les personnes les plus
vulnérables et fournissent l’alimentation de manière à soutenir le développement ou le rétablissement de
l’autosuffisance alimentaire ;

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 7 : L’alimentation

• S’assurer que l’aide alimentaire aboutit à la distribution ou à l’obtention de quantités d’alimentation


suffisantes et qui soient d’une qualité de nature à satisfaire les besoins nutritionnels des PDI—y compris
celles appartenant aux groupes particulièrement vulnérables—sans qu’elles soient forcées de recourir à
des stratégies d’adaptation non durables ;
• S’assurer que l’aide alimentaire est fournie d’une manière qui est appropriée pour les populations de PDI
concernées du point de vue culturel et qu’elle est acheminée, distribuée et préparée d’une manière qui n’a
pas de conséquences négatives sur les marchés locaux ou sur l’environnement ;
• S’assurer que l’aide alimentaire est accessible, dans la mesure possible, à toutes les PDI se trouvant dans
le besoin et que des mesures spéciales sont prises pour rendre l’aide accessible aux groupes qui sont
vulnérables de par leur marginalisation ou leur mobilité limitée ;
• Améliorer continuellement la distribution de l’aide alimentaire par le biais de contrôles et d’évaluations, de
procédures de plainte, de la consultation et de la participation des PDI destinataires dans la planification ;

C. Les éléments nécessaires de la réglementation étatique

Quelles dispositions institutionnelles sont nécessaires afin de garantir le droit des PDI
à l’alimentation ?

Il arrive fréquemment que le droit à l’alimentation adéquate pour les PDI ne puisse être garanti—non pas à cause
du manque de nourriture et des moyens pour l’acquérir en vue d’une distribution gratuite—mais parce que les
dispositions institutionnelles nécessaires n’ont pas été adoptées, le mandat de mise en œuvre n’a pas été assigné 109
et les moyens permettant d’accomplir ces tâches n’ont pas été donnés. Dans l’idéal, une agence gouvernementale
au niveau national, ou plusieurs agences au niveau régional ou local, devraient avoir la responsabilité de répondre
aux besoins alimentaires des PDI, à travers (i) la distribution de sommes d’argent adéquates et/ou de bons pour
permettre aux PDI d’acheter leur propre nourriture ; et/ou (ii) l’obtention, le stockage et la distribution d’aliments
aux PDI se trouvant dans le besoin ; et/ou (iii) la recherche du soutien de la communauté internationale si les
besoins ne peuvent pas être suffisamment satisfaits au niveau interne.

Si la nourriture doit être importée pour des raisons humanitaires, des restrictions d’importation et des quotas,
ainsi que des exigences douanières peuvent gêner ou au moins retarder l’afflux de nourriture nécessaire pour
éviter la malnutrition ou même la mort parmi les déplacés. Dans de tels cas, il est important que des dispositions
légales permettant la suppression provisoire de tels obstacles (voir chapitre 4) existent.

Étude de cas
Les dispositions institutionnelles en Colombie
En Colombie, selon l’article 15 de la Loi No 387 de 1997, les PDI enregistrées reçoivent une aide
humanitaire à court terme consistant principalement en une aide alimentaire de trois mois qui peut être
prolongée de trois mois si nécessaire. Une telle aide est octroyée par les représentants locaux du Bureau
du Haut Conseiller à la Présidence pour la Politique Sociale et la Coopération Internationale, connu sous
le nom de Acción Social ou par les partenaires internationaux d’Acción Social, y compris l’Organisation
Internationale pour les Migrations (OIM) et le Comité International de la Croix-Rouge (CICR).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Quelles informations concernant les PDI sont utiles pour évaluer la meilleure manière
de garantir leur droit à une alimentation appropriée ?

Dans le contexte des efforts investis dans le décompte, la localisation et l’évaluation des besoins des PDI (voir
chapitre 2, section C), les autorités compétentes devraient activement chercher et compiler des informations
liées aux habitudes et aux besoins alimentaires des PDI. 234 De telles informations incluent :

• Les stratégies mises en place avant le déplacement pour produire ou acquérir de la nourriture ;
• Les produits alimentaires de base dont la population de PDI dépend et comment ils ont été traités,
empaquetés et stockés ;
• Les modèles de consommation des ménages, y compris la proportion du travail ou du revenu qui
était dévolue directement à l’acquisition de nourriture, ainsi que comment et par qui les repas étaient
généralement préparés ;
• Les pratiques culturelles, hygiéniques, ou religieuses concernant l’alimentation des PDI ou de n’importe
quel sous-groupe, y compris toute interdiction de certains types de produits alimentaires ou l’utilisation
de condiments ayant une connotation culturelle ;
• Tout obstacle préexistant auquel la population de PDI ou les sous-groupes spécifiques ont fait face dans
l’exercice de leur droit à une alimentation adéquate, y compris tout cas de malnutrition ayant déjà cours
avant le déplacement ; et
• La quantité de ressources alimentaires immédiatement disponibles pour les PDI dans le lieu où elles sont
déplacées et les stratégies d’adaptation pour répondre aux inadéquations alimentaires qui se présentent.

110 Partout où cela est possible, la distribution alimentaire aux PDI devrait être basée sur une enquête nutritionnelle
permettant d’évaluer les besoins immédiats de la population. Les informations sur l’accessibilité et le caractère
approprié de l’aide alimentaire devraient être rassemblées et évaluées continuellement pour faciliter le contrôle
(voir ci-dessous) et répondre aux problèmes identifiés. La participation des communautés touchées à la conception
de l’aide alimentaire et à la programmation de la sécurité alimentaire est particulièrement importante tout au
long du processus afin d’identifier quelles sont les formes d’aide alimentaire les plus appropriées et les moyens
de distribution les plus sûrs et les plus équitables. Les communautés d’accueil, et les autres communautés vivant
dans la zone du déplacement (et dans la zone du retour, dans le contexte de solutions durables), devraient aussi
être consultées, étant donné que tant l’approvisionnement de l’aide alimentaire que son introduction dans des
marchés locaux peut avoir des effets importants sur les modèles de production alimentaire et sur le commerce.

Dans de nombreuses sociétés, les femmes dépendent souvent des hommes pour se procurer de la nourriture
(ou du revenu utilisé pour acheter la nourriture), ce qui les rend particulièrement vulnérables à l’exploitation
dans des situations où la distribution de l’aide concernant l’alimentation est mal planifiée ou ne fait pas preuve
de transparence. D’autre part, les femmes sont souvent responsables de préparer et cuisiner les repas et peuvent
s’avérer particulièrement bien informées sur les types d’alimentation et les techniques de cuisine appropriés.
De plus, quand les réseaux de distribution sont élaborés de manière à garantir que la nourriture ou les moyens
pour son obtention soient placés directement entre les mains des femmes, il y a plus de probabilités que cela
profite au ménage entier.235 Cependant, la distribution de cette aide directement aux femmes peut mettre en
danger leur capacité à s’engager dans d’autres tâches et à participer aux activités économiques ou de formation
et les exposer même à des risques pour leur sécurité.236 A la lumière de tous ces facteurs, il est particulièrement

234 Pour plus d’information sur l’évaluation de la sécurité alimentaire et la nutrition des personnes touchées par des catastrophes,
voir le Manuel Sphère, chapitre 3.
235 Programme alimentaire mondial, Politique de genre, WFP/EB/2002/4-A (2002), paragraphe 6.
236 Ibid., paragraphe 30.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 7 : L’alimentation

important de s’assurer que les femmes sont impliquées dans la conception et la planification de l’aide alimentaire
afin d’identifier les risques dans les réseaux de distribution ainsi que les moyens d’y répondre.

Qui devrait être impliqué depuis le début dans la coordination des activités mises place
pour fournir une alimentation adéquate aux PDI?

Au niveau national, l’alimentation devrait être l’une des questions centrales de l’aide humanitaire traitée par le
biais du mécanisme de coordination institutionnel (voir chapitre 2, section G et chapitre 4). Dans les situations
où une intervention est jugée nécessaire pour fournir la nourriture directement aux PDI et aux autres groupes à
risque, ces activités devraient être étroitement coordonnées avec d’autres fournisseurs d’aide humanitaire, tant
au niveau central que local.

Le processus de coordination devrait inclure non seulement des organismes publics, mais également des acteurs du
secteur privé responsables de questions comme l’agriculture et la sécurité alimentaire, afin de combiner l’autorité
publique de prise de décisions avec l’expertise technique nécessaire. Un objectif-clé de cette coordination devrait
être l’identification des éventuels obstacles et lacunes législatives et administratives, tels que des barrières au
transport de la nourriture à partir de zones du pays où les surplus existent vers des régions où des produits locaux
sont à disposition des populations déplacées de manière restreinte.237 Des efforts de coordination devraient aussi
identifier et, quand cela est possible, lever les obstacles à l’approvisionnement interne en nourriture, comme
les subventions sur des matières premières nationales ou les règlements qui rendent les prix nationaux non
compétitifs face aux prix internationaux.

La coordination avec des acteurs humanitaires internationaux est aussi particulièrement importante par rapport 111
à l’aide alimentaire. Les donateurs internationaux peuvent fournir une aide alimentaire quand il y a un risque
que les provisions internes soient inadéquates pour faire face à l’ampleur de la crise. En conséquence, les autorités
nationales devraient être préparées à prendre des dispositions pour l’importation, le transport, le contrôle de
qualité et le stockage des grandes quantités de dons de nourriture. À la lumière de la nécessité de passer le plus
rapidement possible de l’aide alimentaire à l’assistance pour finalement atteindre l’autosuffisance alimentaire,
la coordination entre les acteurs nationaux et internationaux agissant dans le domaine de l’alimentation, du
développement et d’autres secteurs est également primordiale.

Dans quelles circonstances l’aide alimentaire pour les PDI est-elle nécessaire et quels
buts devrait-elle chercher à atteindre ?

L’aide liée à l’alimentation octroyée aux PDI prend souvent deux formes. Tout d’abord, une aide alimentaire
gratuite (impliquant soit la distribution directe d’aliments, soit les moyens de s’en procurer comme de l’argent ou
des bons) peut être distribuée à toutes les PDI dans des quantités suffisantes pour éliminer l’écart qui pourrait
exister entre leur consommation calorique quotidienne réelle et la quantité minimale nécessaire pour éviter la
malnutrition et les maladies. Ensuite, quand les PDI sont en danger de malnutrition ou qu’elles subissent déjà ses
effets, des programmes d’alimentation supplémentaires et thérapeutiques devraient être entrepris conformément
aux directives internationales existantes.238 Dans tous les cas, l’aide alimentaire devrait être fournie sur la base
du besoin avéré et devrait être disponible tant pour les populations déplacées que pour les populations non

237 Margret Vidar, “State Recognition of the Right to Food at the National Level,” Research Paper No. 2006/61, UNU-
WIDER, Finland, 2006.
238 UNHCR, UNICEF, PAM et OMS, “Food and Nutrition Need in Emergencies” Rome, 2003. (www.who.int/nutrition/
publications/en/nut_needs_emergencies_text.pdf ).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

déplacées. Cependant, parce que les PDI son généralement séparées des ressources auxquelles elles étaient
habituées avant le déplacement pour produire leur propre alimentation ou pour en tirer un revenu consacré à
l’achat nourriture, elles sont en soi plus vulnérables à la faim et à la malnutrition.

L’aide alimentaire gratuite est le sujet principal de ce chapitre. Bien que la distribution alimentaire générale soit
commune dans le déplacement et les situations de catastrophe humanitaire, elle devrait être vue comme une
mesure provisoire qui cible les groupes vulnérables spécifiques parmi les PDI aussi rapidement que possible
et qui reconnaît et encourage aussi les occasions de parvenir à l’autosuffisance alimentaire. Le but de l’aide
alimentaire devrait être de combler l’écart immédiat entre les besoins caloriques et nutritionnels des PDI et ce
qu’elles sont capables d’acquérir par des activités durables. Dans les situations de pénurie alimentaire, les PDI
s’engagent souvent dans des stratégies d’adaptation non durables pour avoir accès à de la nourriture. De telles
stratégies entraînent généralement des risques significatifs (par exemple, dans des cas où la faim pousse les PDI
à s’engager dans la prostitution ou la vente d’organes) ou des coûts (par exemple, dans des cas où les PDI vendent
des biens essentiels tels que le bétail pour satisfaire leurs besoins alimentaires à court terme). L’aide alimentaire
est nécessaire quand plus aucun moyen durable permettant de se procurer de la nourriture n’est disponible.

Cependant, l’aide alimentaire devrait en principe être fournie sur une base provisoire, dans l’attente du
développement ou du rétablissement de l’autosuffisance par des modèles de production ou d’acquisition
d’alimentation durables qui favorisent la sécurité alimentaire à long terme. En cherchant à soutenir l’autosuffisance
des PDI, les autorités compétentes devraient se souvenir du fait que l’aide alimentaire est non seulement le
moyen de répondre aux besoins de base, mais aussi une forme de transfert de revenu qui permet aux PDI
d’investir leurs ressources sur d’autres moyens pour parvenir à l’autosuffisance, avec des formes d’aide plus
112 conventionnelles comme la formation ou des engrais agricoles. De plus, l’aide alimentaire peut dans quelques
cas encourager les PDI à participer à des programmes qui les aideront à obtenir une plus grande indépendance
(par exemple, le déjeuner servi gratuitement dans les écoles). En somme, la distribution d’une aide alimentaire
devrait être étroitement coordonnée avec des efforts à plus long terme pour aider les PDI à trouver des moyens
durables pour se procurer leur propre nourriture, comme cela est évoqué dans le chapitre 13.

Les programmes d’alimentation complémentaire visent à anticiper les cas de malnutrition ou à répondre aux cas
existants en fournissant des rations alimentaires et compléments de santé à la population touchée.239 A bien
des égards, les questions liées à la distribution de rations alimentaires supplémentaires sont semblables à celles
soulevées dans les situations de distribution d’aide alimentaire à plus large échelle, mais il faudrait toujours se
référer aux directives internationales mises à jour.240 Les questions liées à l’accès des PDI aux soins médicaux
principaux et à ceux qui sont donnés aux malades hospitalisés sont abordées dans le chapitre 10.

Comment l’aide alimentaire devrait-elle être conçue afin qu’elle soit adéquate et
accessible aux PDI ?

La législation et les politiques visant à traiter des situations de déplacement devraient garantir que, lorsque cela
est nécessaire, l’aide alimentaire soit fournie de manière à réaliser le droit des PDI à une alimentation adéquate.
Cela implique le fait de prendre compte une série de critères, ainsi que la manière dont ils s’appliquent pendant
le déplacement.

239 Manuel Sphère, Correction de la malnutrition : Norme 1 relative à la correction de la malnutrition: malnutrition modérée, p.
174 ; Correction de la malnutrition Norme 2 relative à la correction de la malnutrition : malnutrition grave, p. 177.
240 UNHCR, UNICEF, PAM et OMS, “Food and Nutrition Need in Emergencies,” Rome, 2003. (www.who.int/nutrition/
publications/en/nut_needs_emergencies_text.pdf )

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 7 : L’alimentation

La disponibilité : l’aide alimentaire devrait être disponible en quantité et qualité suffisantes pour empêcher la
faim et la malnutrition et limiter ou éliminer le besoin des PDI de s’engager dans des stratégies d’adaptation non
durables ou risquées pour acquérir de la nourriture. Sur la base de ce principe, les PDI peuvent souvent avoir droit
à un soutien plus grand que les communautés non déplacées ; cependant, les communautés non déplacées seront
généralement plus capables de produire ou d’acquérir suffisamment de nourriture pour couvrir leurs besoins.
Les aliments devraient être sûrs, exempts de substances nocives et distribués bien avant leur date d’expiration.
En plus du fait qu’ils doivent fournir une quantité minimale de calories par jour, les produits devraient être
variés et équilibrés sur le plan nutritionnel pour garantir que suffisamment de protéines, de matières grasses et
de micronutriments, soient inclus dans le régime des PDI.241

Les sous-catégories spécifiques de PDI ayant besoins alimentaires particuliers qui devraient être satisfaits par
des compléments nutritionnels incluent:

• Les enfants âgés de moins de deux ans. Les nourrissons âgés de moins de six mois devraient être
exclusivement nourris au sein. Cependant, quand cela n’est pas possible, ils devraient recevoir les quantités
adéquates d’un lait maternel de substitution préparé sans risque. Au-delà de six mois, les jeunes enfants
ont besoin d’une alimentation à haute teneur énergétique en complément du lait maternel.
• Les femmes enceintes et qui allaitent peuvent avoir besoin de compléments alimentaires, y compris un
niveau minimal de fer et d’acide folique.
• Les personnes âgées devraient recevoir une alimentation riche en protéines et en micronutriments et qui
soit facile à préparer et à consommer.
• Les personnes atteintes d’une maladie chronique ou vivant avec le VIH/sida ont besoin de rations
alimentaires supplémentaires qui incluent un haut niveau de micronutriments et/ou des produits 113
alimentaires préparés qui sont faciles à consommer.
• Les personnes souffrant d’une incapacité physique peuvent avoir besoin de produits alimentaires nutritifs
et faciles à consommer.242

Le caractère approprié (l’adéquation)  : en plus de sa quantité et de sa qualité, d’autres caractéristiques qui ne


sont pas liées à l’aspect purement nutritif peuvent déterminer si l’aide alimentaire répond aux besoins des
PDI. L’acceptabilité culturelle est un problème qui joue un rôle particulièrement important si les déplacés
appartiennent à des peuples indigènes ou à certains groupes religieux. Par ailleurs, les PDI devraient dans l’idéal
recevoir une alimentation qui leur est familière et qu’elles savent préparer. Si l’alimentation donnée ne leur est
pas familière, il convient de veiller à ne violer aucune interdiction culturelle ou religieuse (particulièrement dans
les cas où des ingrédients interdits se trouvant dans des produits alimentaires traités ne seraient pas visibles pour
le consommateur) et de donner des instructions claires sur la façon de stocker, de manipuler et de préparer les
aliments. L’emballage des produits devrait inclure de telles instructions, ainsi que des informations nutritionnelles
et la date d’expiration, dans une langue que les PDI comprennent. Enfin, des condiments culturellement
importants, comme le sucre ou les piments, devraient être fournis chaque fois que cela est possible.243

241 Manuel Sphère, Norme 1 relative au soutien nutritionnel général : tous les groupes, p. 163.
242 Manuel Sphère, Norme 2 relative au soutien nutritionnel général : groupes à risque, p. 167.
243 Lorenzo Cotula and Margret Vidar, “The Right to Adequate Food in Emergencies,” FAO Legislative Study No. 77 (2002),
p. 77.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Étude de cas
Consulter les PDI sur la composition des rations de nourriture en Azerbaïdjan
“En Azerbaïdjan, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) fournit l’aide alimentaire à un grand
pourcentage de personnes déplacées à l’intérieur du pays, dont le nombre s’élève à un demi-million
selon les estimations. Après des discussions avec les chefs des communautés déplacées, le PAM
a modifié la composition de la ration alimentaire par d’autres produits—de valeur nutritive et de prix
comparativement égaux—en se basant sur les préférences indiquées de la communauté, “par exemple,
un simple changement dans la distribution des légumes secs en passant des pois verts aux haricots
blancs, comme demandé par la communauté, a eu un effet positif sur le moral de cette dernière et lui a
permis de conserver un certain élément de contrôle sur son régime alimentaire.”244

Le caractère approprié de l’aide alimentaire peut également être considéré sous l’angle de la communauté d’accueil
et de l’environnement local. L’aide alimentaire ne devrait pas être proposée uniquement sur la base du besoin
des PDI et personnes non déplacées, mais devrait, en principe, également pouvoir être achetée localement.
En pratique, cependant, il faut veiller à ce que l’avantage que les producteurs de la région retirent de cet achat
local ne soit pas dépassé par une augmentation inacceptable du prix des produits de première nécessité pour les
autres consommateurs. Une autre question qui se pose est l’effet de l’aide alimentaire sur l’environnement local.
Par exemple, si les PDI préparent traditionnellement l’alimentation au feu de bois, la distribution d’aliments
exigeant un long temps de cuisson peut contribuer au déboisement.

114 L’accessibilité : l’un des facteurs les plus importants dans la détermination de l’adéquation de l’aide alimentaire
est son accessibilité pour les sous-groupes vulnérables, ainsi que pour les PDI en général. Étant donné que
l’aide alimentaire est gratuite, l’accessibilité économique ne pose généralement pas de problème, à moins
que l’emplacement des points de distribution n’exige que les PDI paient pour le transport (voir ci-dessous).
Cependant, l’accessibilité économique peut devenir un problème lorsque l’aide alimentaire est progressivement
éliminée au profit du soutien direct à l’indépendance économique des PDI (voir chapitre 13).

Le plus grand défi dans le développement d’une politique d’aide alimentaire ciblant spécifiquement les PDI est
généralement posé par la question de l’accès physique. Certaines populations de PDI sont souvent elles-mêmes
inaccessibles, que ce soit en raison de leur emplacement éloigné et des obstacles géographiques ou en raison de
leur dispersion parmi la population générale. En conséquence, il peut être difficile, voire impossible pour elles,
de se déplacer jusqu’aux points de distribution alimentaire ou jusqu’aux endroits où elles doivent se faire inscrire
pour avoir droit à l’aide alimentaire. Cependant, les PDI dispersées ou inaccessibles peuvent avoir des besoins
alimentaires encore plus aigus que celles qui sont facilement accessibles dans les structures d’abri collectif ou
dans les camps. Afin de garantir l’égalité de traitement, il est crucial que les politiques sur les PDI prévoient
des mesures spéciales pour évaluer les besoins alimentaires des PDI dispersées, ainsi que ceux des communautés
environnantes, et pour y répondre.

Même au sein des structures d’abri collectif ou des camps, les points de distribution alimentaire devraient être
établis dans des emplacements qui sont sûrs et pratiques pour les PDI. Ils devraient être ouverts dans des plages
horaires qui ne découragent pas les activités économiques indépendantes comme quand les PDI travaillent ou
s’occupent de leurs enfants. Des informations sur les heures et lieux où les distributions ont lieu, la quantité et
le type d’alimentation fournie et toutes les conditions d’admissibilité doivent être disponibles et régulièrement

244 IASC, “Field Practice in Internal Displacement” (1999; http://www.reliefweb.int/ocha_ol/pub/IDPManual.pdf ), p. 52.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 7 : L’alimentation

mises à jour pour tous les destinataires potentiels. L’accès sûr aux moyens de s’approvisionner ou de cuire de
la nourriture devrait aussi être garanti. Il est particulièrement important de s’assurer que les PDI qui quittent
les camps pour travailler dans les champs ou ramasser du bois de chauffage sont protégées. Dans ce dernier
cas, la protection pourrait impliquer soit des escortes de sécurité («des patrouilles de bois de chauffage») ou
l’introduction de fourneaux, de carburants alternatifs ou d’aliments qui cuisent plus rapidement.

Enfin, la marginalisation ou la mobilité limitée de groupes vulnérables peut exiger des mesures spéciales pour
garantir qu’ils aient le même accès physique à l’alimentation et empêcher les abus ou l’exploitation :

• Les femmes et les filles devraient clairement avoir le droit de recevoir la nourriture en leur nom propre
et pour les personnes dont elles ont la charge afin d’éviter des situations où le processus de distribution
risque de les exposer à l’exploitation sexuelle. Les politiques sur les PDI devraient également chercher
à impliquer des femmes de manière formelle dans les décisions de gestion quant à la distribution
alimentaire, y compris dans les aspects opérationnels quotidiens.
• Les points de distribution devraient prévoir une sécurité et des aménagements suffisants (par exemple,
des abris contre le soleil) pour que les femmes, les enfants, les personnes âgées et les personnes souffrant
d’une incapacité puissent attendre et recevoir l’aide alimentaire sans être éprouvés physiquement et sans
risquer que l’aide leur soit dérobée.
• Dans les cas de PDI fortement immobilisées, comme certaines personnes âgées, certaines personnes
souffrant d’une incapacité ou atteintes d’une maladie chronique, l’alimentation devrait leur être
directement livrée là où elles vivent ou par le biais des personnes qui s’en occupent.

Comment l’aide alimentaire distribuée aux PDI peut-elle être améliorée au fil du temps ? 115
Comme cela est abordé dans le chapitre 4, la distribution de biens et de services humanitaires devrait faire l’objet
d’un suivi et être soumise à un contrôle de qualité continu. Pour l’alimentation, tout comme pour les autres
biens humanitaires, les politiques sur les PDI devraient encourager l’établissement de procédures de plainte
qui répondent aux préoccupations des individus concernant les critères d’admissibilité ou de l’adéquation de
l’aide alimentaire. Les PDI devraient également être consultées en permanence tant sur l’adéquation de l’aide
alimentaire que sur l’efficacité des procédures de distribution et devraient participer à la planification de l’aide
alimentaire tout au long du processus.

Il est souvent possible de favoriser la sécurité alimentaire durable parmi les PDI en leur donnant l’occasion, les
outils et les graines nécessaires pour produire leur propre nourriture sur des terres appartenant au gouvernement
ou qui sont inutilisées. Cela peut être accompagné par la diminution graduelle de l’aide alimentaire au fur et à
mesure que la production alimentaire familiale augmente. Dans les zones urbaines, les mesures concernant les
activités génératrices de revenus ou l’intégration des PDI dans le marché du travail local peut aider à rendre ces
dernières plus autosuffisantes (voir chapitre 13). Dans tous les cas où des transferts en liquide ou des bons sont
inclus comme moyens d’aide alimentaire, la valeur de l’aide fournie aux bénéficiaires devrait être périodiquement
évaluée et ajustée pour s’assurer qu’elle est adaptée au taux d’inflation et à l’augmentation du coût de la vie.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Comment le droit à une alimentation adéquate devrait être réalisé dans le contexte de
solutions durables ?

Le passage de la distribution de l’aide alimentaire à l’encouragement de l’autosuffisance et de la sécurité


alimentaire est crucial (voir chapitre 13) pour aider les PDI à choisir des solutions durables. En particulier, la
distribution d’outils agricoles, de graines, ou d’animaux au moment du retour peut s’avérer essentielle. Si les
PDI réussissent à acquérir ou raviver des compétences en matière de moyens de subsistance, leurs décisions
quant aux solutions durables vont plus probablement être volontaires et mues par des considérations basées sur
les lieux où elles auront de meilleures chances d’atteindre ou de maintenir une autosuffisance. Si cette transition
n’a pas été faite, le choix des PDI pour des solutions durables risque alors d’être dicté par des considérations
passives comme par exemple les endroits où l’aide humanitaire continue ou un soutien de sécurité sociale a plus
de chances d’être disponible.

Cependant, même dans les meilleurs cas, le retour pose souvent des défis particuliers. A leur retour, les PDI
doivent souvent faire face à la nécessité de reconstruire leur maison, de réinvestir dans des outils et de défricher
les terres abandonnées pour les rendre à nouveau productives. Le choix du moment du retour peut avoir pour
conséquence que les PDI manquent la saison des plantations et doivent attendre une longue période avant leur
première moisson. Dans de telles circonstances, un retour sûr peut être efficacement soutenu par un programme
d’aide alimentaire spécial—parfois nécessaire sur une ou plusieurs saisons de plantation—qui permet aux PDI
de se rétablir sans avoir à faire face à la faim ou à la malnutrition. De tels programmes devraient être limités dans
le temps et devraient encourager plutôt que décourager la transition vers la sécurité alimentaire indépendante—
par exemple, en limitant l’aide aux premiers temps du retour et aux périodes de manque de nourriture généralisé
116 dans la communauté (saisons difficiles).

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Chapitre 8
L’eau et l’assainissement

A. Introduction

Objectif : Le principe 18 (2) (a) des Principes directeurs vise à garantir que les personnes déplacées à l’intérieur
de leur pays ont à tout moment accès à une eau potable en quantité suffisante et de manière sûre et non-
discriminatoire pour leur usage personnel et domestique, ainsi qu’à des services d’assainissement, les deux
étant essentiels pour le bien-être, la santé et même la survie des déplacés. Ce droit s’applique tout au long du
déplacement et constitue une condition préalable pour la jouissance du droit à une alimentation adéquate, du
droit à un logement convenable, du droit à la santé et du droit de participer aux activités économiques. Le respect
du droit à une eau potable constitue aussi une condition préalable pour atteindre des solutions durables.

Principe 18
1. Toutes les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont droit à un niveau de vie suffisant.
2. Au minimum quelles que soient les circonstances et sans discrimination aucune, les autorités 117
compétentes assurent aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays les services suivants et
leur permettent d’y accéder en toute sécurité :
a) […] eau potable;
[…]
d) […] installations sanitaires essentiels.
3. Des efforts particuliers seront faits pour assurer la pleine participation des femmes à la planification
et à la distribution des fournitures de première nécessité.

Autres principes pertinents : 3, 18 (2)(d), 19 et 25.

Bases légales : 245 L’accès à l’eau est nécessaire pour la survie et donc une condition préalable essentielle pour
l’exercice de pratiquement tous les autres droits de l’homme. Le droit à un niveau de vie suffisant inclut le droit
à l’eau potable.246 L’accomplissement de ce droit est une condition préalable pour l’exercice de beaucoup d’autres
droits liés, y compris les droits à la vie et à la dignité humaine, l’alimentation adéquate et le logement convenable,
la santé et la participation dans des activités économiques.247 Le droit à une eau potable est réalisé lorsque
chaque homme, femme et enfant a un accès sûr et non-discriminatoire, à tout moment, à une eau potable salubre
et en quantité suffisante pour un usage personnel et domestique afin de prévenir les maladies.248 La réalisation

245 Pour plus de détails, voir Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed., Studies in
Transnational Legal Policy 38 (2008).
246 PIDESC, Article 11; CEDEF, Article 14 (2)(h); CDE Article 24 (2)(c); CDESC, Observation générale (2000), paragraphe 3.
247 CDESC, Observation générale 15, paragraphe 3.
248 Ibid., paragraphe 37.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

de ce droit n’implique pas seulement la distribution d’eau salubre pour la boisson, les activités culturelles et
productives, le lavage et la préparation des aliments ; cela implique aussi des mesures pour prévenir, traiter et
contrôler les maladies liées à l’eau, notamment par un assainissement adéquat. 249 Un approvisionnement en eau
considéré comme adéquat est évalué selon les facteurs suivants :

• La disponibilité : une quantité d’eau suffisante doit être constamment disponible pour l’usage personnel
et domestique de chaque personne, y compris pour la boisson, le lavage du linge, la préparation des
aliments et l’hygiène personnelle et domestique. Pour déterminer quelle quantité d’eau est suffisante,
les calculs devraient prendre en compte les conditions particulières posées par la santé, le climat et les
conditions de travail.250
• L’accessibilité physique: l’eau ainsi que les équipements et les services adéquats doivent se trouver
à une distance raisonnable ou dans le voisinage immédiat de chaque foyer, de chaque établissement
d’enseignement et de chaque lieu de travail.251
• L’accès économique à l’eau : les installations et les services d’eau adéquats doivent être d’un coût abordable
pour tous et ne devraient pas entraîner de coûts directs ou indirects qui menacent la réalisation d’autres
droits.252
• L’accès aux informations : les PDI ont le droit de rechercher, de recevoir et de répandre des informations
concernant les questions relatives à l’eau.253
• La qualité de l’eau : l’eau doit être à la fois salubre (exempte de toute matière dangereuse) et acceptable
sur le plan de la couleur, de l’odeur et du goût.254
• La non-discrimination : les installations et les services d’eau adéquats doivent être accessibles à tous, y
compris les individus les plus vulnérables ou marginalisés, sans discrimination de fait ou de droit. 255
118
Parmi leurs obligations principales concernant le droit à l’eau, les Etats doivent garantir l’accès en toute sécurité
à une quantité d’eau salubre minimale qui soit suffisante pour l’utilisation personnelle et domestique et permette
de prévenir les maladies. Pour cela ils doivent fournir des équipements et des services d’eau qui soient à une
distance raisonnable de chaque ménage.256 Dans toutes les situations, les Etats ont l’obligation immédiate de
garantir l’accès à l’eau sans discrimination aucune, y compris en raison du déplacement ou de la domiciliation
dans des structures informelles. 257 Dans des situations de conflit armé, prendre pour cible des installations ou
des réserves d’eau potable ou encore des barrages est illégale et les Etats doivent faire en sorte que les civils aient
l’accès à une eau salubre.258

Dans les situations de déplacement, les Etats doivent faire des efforts particuliers pour fournir des installations
et des services d’eau adéquats aux personnes déplacées, qu’elles soient situées dans des camps ou dispersées dans

249 CEDEF, Article 14 (2); CDE, Article 24 (2); CDESC, Observation générale 15, paragraphs 29 and 37 (i).
250 CDESC, Observation générale 15, para. 12(a).
251 CDESC, Observation générale 15, para. 12(c)(i).
252 Observation générale 15, para. 12(c)(ii).
253 CDESC, Observation générale 15, para. 12(c)(iv).
254 CDESC, Observation générale 15, para. 12(b).
255 CDESC, Observation générale 15, paragraphe 12(c)(iii).
256 Ibid., paragraphes 37 (a) et (c).
257 PIDESC, Article 2 (2) ; CDESC, Observation générale 15, paragraphes 13–16 et 37 (b).
258 Protocole additionnel aux Conventions de Genève (Protocole I), Articles 54 et 56 ; Protocole additionnel aux Conventions
de Genève (Protocole II), Article 54 ; Convention (IV) de Genève, Article 55 ; CDESC, Observation générale 15,
paragraphe 22.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 8 : L’eau et l’assainissement

des zones urbaines et rurales.259 Ils peuvent remplir cette obligation directement ou par le biais d’acteurs non
gouvernementaux, pour autant que ces derniers obéissent à une réglementation et qu’ils fournissent des services
adéquats, sûrs et à un coût raisonnable.260 Au besoin, les Etats doivent remplir leurs obligations en demandant,
permettant et facilitant l’assistance humanitaire internationale pour garantir la disponibilité et l’accessibilité des
services sanitaires et d’eau salubre.261 Dans la distribution humanitaire d’eau et de services d’assainissement,
la priorité devrait être donnée aux personnes les plus vulnérables à la privation de ces services, y compris les
personnes déplacées dans leur ensemble et les sous-groupes qui ont des besoins particuliers comme les enfants,
les femmes enceintes ou qui allaitent, les personnes vivant avec le VIH/sida et les personnes âgées.262

Cadre réglementaire  : Au niveau interne, il est rare que le droit à l’eau soit explicitement protégé par la
Constitution. Cependant, l’eau est souvent traitée comme un bien public et, en conséquence, la plupart des
Etats assument la responsabilité de réglementer la distribution d’eau, de subventionner son prix et de fournir
l’infrastructure et les équipements nécessaires. Dans de nombreux pays, la distribution de l’eau et des services
d’assainissement est placée sous la responsabilité des autorités locales. Dans la pratique, le fait que les personnes
résidant dans des camps informels soient souvent inéligibles pour la distribution publique de l’eau abouti parfois à
des situations où les pauvres doivent recourir à des fournisseurs privés et payer leur eau plus cher.263 Dans d’autres
situations, les Etats ont privatisé certains secteurs de la distribution d’eau. Ainsi, la répartition des installations
et des services d’eau tant par des autorités publiques que par les acteurs privés est souvent réglementée dans le
droit interne. Dans le contexte de la Déclaration du Millénaire des Nations Unies, les Etats se sont engagés à
réduire de moitié le pourcentage de la population qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en
eau potable.264 Les réponses nationales au déplacement interne devraient inclure la révision de lois existantes
sur l’approvisionnement en eau afin d’identifier et de traiter tout point pouvant faire obstacle à la jouissance du
droit à une eau adéquate par les personnes déplacées, et d’affirmer ce droit dans la législation et les politiques 119
consacrées au déplacement. Ces textes devraient aussi énoncer des standards et des indicateurs spécifiques quant
à l’adéquation des installations et des services d’eau, et être inclus dans les mécanismes de coordination, de
collecte d’information, de consultation et de contrôle.

Les problèmes souvent rencontrés par les PDI  : Suite au déplacement, les personnes déplacées sont
généralement coupées des sources d’eau sur lesquelles elles comptaient auparavant pour leurs besoins personnels
et domestiques. La distribution d’eau et les services d’assainissement là où elles sont déplacées peut s’avérer
inadéquate ou inexistante. Le manque d’eau potable en quantité suffisante peut mettre en danger la santé et la
vie et cela représente un risque particulier de déshydratation pour les groupes vulnérables, tels que les enfants et
les personnes atteintes d’une maladie chronique. Quand il existe des provisions d’eau, il arrive que sa qualité ne
soit pas suffisante pour garantir une consommation sûre. La façon dont l’eau et les équipements d’assainissement
sont fournis peut aussi ne pas correspondre aux pratiques socialement ou culturellement acceptables pour les
communautés de PDI. En l’absence d’équipements d’assainissement et de bonnes pratiques d’hygiène de la part
des communautés déplacées, l’élimination des excrétions humaines peuvent favoriser la diffusion de maladies et
rendre l’approvisionnement en eau risqué. La distribution d’eau et d’équipements d’assainissement aux personnes

259 CDESC, Observation générale 15, paragraphe 16 (f ).


260 Ibid., paragraphes 24, 26 et 27.
261 Convention (IV) de Genève, articles 50 et 59 ; PIDESC, Article 11 (2) ; CDESC, Observation générale 12, paragraphes 17
et 38.
262 CDESC, Observation générale 15, paragraphe 16.
263 PNUD, « Au-delà de la pénurie: pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l’eau” Rapport mondial sur le développement humain
(2006).
264 Objectifs de développement de l’ONU pour le Millénaire (2005), Objectif 7. Les objectifs comprennent également des
engagements pour maîtriser le paludisme et d’autres grandes maladies, dont beaucoup sont véhiculées par l’eau ou répandus
par des vecteurs liés à l’eau et commencer à inverser la tendance actuelle (Objectif 6).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

déplacées peut aussi induire de nouveaux risques dans les cas d’une intimité insuffisante ou dans les cas ou les
points d’eau et les équipements d’assainissement se trouvent à de longues distances et exposent les femmes et
les filles au viol et à d’autres violences basées sur le genre. Les nouvelles pressions que les populations déplacées
exercent sur les ressources locales d’eau peuvent aussi augmenter les tensions avec les communautés d’accueil et
voisines, particulièrement dans les cas où l’eau est nécessaire non seulement pour des besoins personnels, mais
aussi pour des activités économiques, comme l’élevage de bétail et l’agriculture. Dans le contexte de solutions
durables, les services et les installations d’eau doivent souvent être rétablis dans les lieux de retour et des solutions
viables doivent être cherchées pour les besoins en eau des personnes déplacées qui choisissent de se réinstaller
dans une autre région. Les différends sur le droit à l’eau sont souvent une cause première de conflit armé et les
mesures de réintégration devraient chercher à évaluer et réduire au minimum le risque d’un regain de tensions
ou de nouveaux désaccords concernant les ressources d’eau.

B. Liste de contrôle : les problèmes devant être traités par les


lois et les politiques internes

Les éléments minimaux essentiels de la réglementation étatique


Au minimum, les autorités compétentes devraient :
1. Reconnaître le droit des PDI à l’eau potable.
120 2. Désigner une agence au niveau local chargée de la distribution et de la maintenance de l’eau, ainsi que
des services d’assainissement pour les PDI, qu’elles se trouvent dans des camps ou non.
3. Rechercher et accepter l’aide de la communauté internationale si les besoins ne peuvent pas être
suffisamment satisfaits au niveau interne.
4. Établir des procédures pour identifier et classer les bénéficiaires de l’eau et des services d’assainissement
sur la base des besoins et de l’état de vulnérabilité.

Par ailleurs, pour s’assurer que les PDI puissent exercer leur droit à l’eau pendant et après le déplacement, les lois
et les politiques internes devraient :

• Reconnaître le droit des PDI à une eau potable et désigner des autorités appropriées qui seront responsables
de fournir aux déplacés les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement, conformément aux
normes minimales établies ;
• Reconnaître les pratiques des personnes déplacées et des populations affectées dans leur utilisation
de l’eau et l’assainissement, tout en promouvant des méthodes pour l’hygiène personnelle et pour une
utilisation de l’eau qui soit sûre ;
• Incorporer les consultations effectuées avec les personnes déplacées et les populations touchées concernant
leurs besoins en eau et en équipements sanitaires et encourager leur participation dans la conception des
services, dans la maintenance et l’amélioration des installations, ainsi que dans les activités liées à la
promotion d’une bonne hygiène ;
• Garantir la disponibilité d’un approvisionnement continu en eau potable qui soit d’une qualité et d’une
quantité suffisante pour subvenir aux besoins personnels et domestiques des populations déplacées et
celles qui sont affectées ;

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 8 : L’eau et l’assainissement

C. Les éléments nécessaires de la réglementation étatique

Quelles dispositions institutionnelles sont nécessaires pour garantir le droit des PDI à
l’eau potable ?

Il arrive souvent que les populations déplacées n’aient pas accès à l’eau potable et aux services d’assainissement
parce qu’aucune agence gouvernementale n’a la responsabilité de les fournir. Ce sont normalement les autorités
locales qui sont assignées à cette tâche, mais dans certains pays, ces services ont été privatisés. Dans les deux cas,
il est essentiel que les autorités et les entités appropriées soient obligées par une loi, une concession ou un contrat
à fournir des services non seulement à la population locale, mais aussi aux PDI, conformément aux normes
minimales établies.265 S’ils n’ont pas les moyens de le faire, ils devraient avoir l’obligation de rechercher l’appui
de la communauté internationale.

Quelles sont les informations sur les populations de PDI utiles pour déterminer le
meilleur moyen de garantir leur droit à l’eau ?

Dans le contexte des efforts déployés pour compter, localiser et évaluer les besoins des populations de PDI (voir
chapitre 2, section C), les autorités compétentes devraient activement chercher et compiler des informations
liées à l’utilisation de l’eau et aux pratiques en matière d’hygiène des PDI. 266 De telles informations incluent ;

• les sources d’eau utilisées avant le déplacement ;


• la quantité moyenne d’eau utilisée quotidiennement par les populations de PDI pour leurs besoins
personnels et domestiques ;
121
• les habitudes dans l’utilisation de l’eau, y compris les informations sur la personne habituellement
responsable de collecter l’eau, laver le linge et préparer les aliments ;
• les pratiques d’hygiène et la façon dont les excrétions humaines étaient éliminées avant le déplacement ;
• les pratiques culturelles et religieuses liées à l’eau de la population de PDI et des sous-groupes;
• tout obstacle préexistant auquel les PDI ou des sous-groupes spécifiques de PDI a dû faire face
précédemment dans l’exercice du droit à l’eau et les stratégies d’adaptation qu’elles ont utilisées pour y
répondre ; et
• quelles ressources d’eau, installations et services (y compris les équipements d’assainissement) sont
immédiatement disponibles pour les PDI là où elles sont déplacées et les stratégies d’adaptation pour
pallier toute inadéquation.

Chaque fois que cela est possible, l’eau et les équipements d’assainissement devraient être basés sur une enquête
sanitaire évaluant les conditions et les pratiques dans les communautés de PDI qui peuvent présenter un risque pour
la santé publique.267 Des informations sur l’adéquation des services d’eau et d’assainissement et des installations
devraient être collectées et évaluées de manière continue afin de faciliter le contrôle (voir ci-dessous) et de résoudre
les problèmes identifiés. La consultation avec les communautés concernées et leur participation dans la conception
de la planification de l’eau et de l’assainissement sont particulièrement importantes tout au long du processus pour

265 Voir, par exemple, Manuel Sphère, “Normes minimales dans les secteurs de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement
et de la promotion de l’hygiène,” Annexe 5 : Références, p. 113.
266 Voir Manuel Sphère, “Normes minimales dans les secteurs de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de la
promotion de l’hygiène,” p. 105 ; Groupe sectoriel global chargé de la protection, “Protection of Conflict-Induced PDI:
Assessment for Action” (Edition provisoire, 2008), Part 1, Section 8.
267 Voir Manuel Sphère, Norme 2 relative à l’approvisionnement en eau : qualité de l’eau, Note d’orientation 1, p. 78.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
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identifier les moyens les plus sûrs et les plus équitables de fournir les équipements et services. Les communautés
d’accueil et autres communautés vivant dans la zone de déplacement (et la zone de retour dans le contexte de
solutions durables) devraient également être consultées, puisqu’il est probable qu’elles dépendent de ressources en
eau en danger d’épuisement ou de contamination à cause de leur utilisation par les PDI.

Qui devrait être impliqué depuis le début dans la coordination de la distribution de l’eau,
des équipements d’assainissement et des services aux PDI ?

Au niveau national, les services d’eau et d’assainissement devraient être l’une des questions centrales traitées par
le mécanisme de coordination institutionnel (voir chapitre 2, section G et chapitre 4). Les interventions pour
fournir l’eau et l’assainissement aux PDI et aux autres groupes en danger devraient être étroitement coordonnées
avec les acteurs de l’aide humanitaire qui travaillent sur d’autres questions, tant au niveau central que local.
Le processus de coordination devrait inclure des organismes non seulement publics, mais aussi tout acteur du
secteur privé ayant l’expertise technique appropriée. Un objectif-clé de la coordination devrait être d’identifier
les lacunes et les obstacles législatifs et administratifs tels que des barrières à l’extension du réseau du système
sanitaire aux zones où les PDI sont concentrées.

La coordination avec les acteurs humanitaires internationaux est aussi importante en ce qui concerne l’eau
et l’assainissement. À la différence de l’aide alimentaire ou des médicaments, les réserves d’eau adéquates
devraient normalement exister dans la zone où se trouvent les PDI et devraient être transportées sur de longues
distances ou importées seulement dans des cas exceptionnels. Cependant, l’expertise technique des acteurs
humanitaires internationaux peut souvent s’avérer utile. La fourniture des services et des équipements d’eau et
122 d’assainissement implique des questions techniques, scientifiques et logistiques qui sont souvent réglementées à
la fois dans le droit et les normes internes et dans les directives des meilleures pratiques internationales en cas de
catastrophe humanitaire.268. Ces normes n’ont pas besoin d’être répétées dans des lois et politiques concernant
spécifiquement les PDI, ces dernières devant se concentrer sur des questions de protection plus larges relatives
à un accès sûr et non-discriminatoire à ces équipements. En conséquence, elles ne sont pas abordées en détail
dans ce chapitre.

Les processus pour concevoir et entretenir des équipements et des services d’eau et d’assainissement sont
particulièrement propices à la participation et à la responsabilisation des PDI, notamment dans des structures
d’hébergement collectif, car elles sont directement concernées par des équipements propres, en bon état de
marche et sûrs pour la collecte de l’eau, le lavage du linge, la préparation des aliments et l’élimination des
déchets physiques. Il peut souvent s’avérer nécessaire de fournir aux PDI des informations sur les bonnes
pratiques hygiéniques, notamment quand des équipements d’eau et d’assainissement disponibles sont d’un type
qui leur est peu familier. Cependant, il est également important de chercher leur apport et leur participation
réelle dans la planification et la conception des équipements d’eau et d’assainissement, dans la diffusion des
bonnes pratiques hygiéniques dans leurs communautés et dans la planification de l’organisation quotidienne de
services et l’entretien des installations.269 Les comités créés pour gérer les installations d’eau et d’assainissement
collectives devraient être équilibrés en genre et représentatifs de tous les sous-groupes déplacés. Les personnes
déplacées devraient aussi recevoir une formation sur les bonnes pratiques hygiéniques et sur une utilisation sûre
de l’eau (comme le fait de bouillir l’eau avant de la consommer).

268 Voir, par exemple, Manuel Sphère, “Normes minimales dans les secteurs de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement
et de la promotion de l’hygiène,” Annexe 5 : Références, p. 113.
269 Manuel Sphère, Norme 1 relative à la promotion des règles d’hygiène : conception et mise en œuvre des programmes, p. 70.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 8 : L’eau et l’assainissement

Dans beaucoup de sociétés, on attend principalement des femmes et des filles qu’elles assument la responsabilité
d’aller chercher de l’eau pour leur foyer, ainsi que les tâches ménagères impliquant l’utilisation de l’eau, comme
le lavage du linge et la préparation des aliments. Quand c’est le cas, les femmes peuvent à court terme être
vulnérables à la violence sur la base du genre quand elles vont chercher de l’eau. Sur le long terme les exigences
quotidiennes qu’imposent ces tâches peuvent les priver d’opportunités d’accéder à l’éducation ou à une activité
rémunérée. Les femmes et les filles sont en général particulièrement bien informées sur l’utilisation de l’eau dans
le ménage. Des efforts particuliers devraient être déployés en conséquence pour garantir la participation des
femmes et des filles dans la planification des services et des équipements d’eau et d’assainissement.

Comment les services et les équipements destinés à fournir de l’eau potable aux PDI
devraient-ils être conçus pour être adéquats et accessibles ?

La législation et les politiques spécifiquement conçues pour les PDI devraient garantir que l’eau potable soit
fournie de manière à réaliser le droit des PDI à l’eau. Cela implique le fait de tenir compte d’une série de critères
et de la façon dont ils s’appliquent dans les situations de déplacement.

La disponibilité : l’eau potable devrait être disponible aux PDI par un approvisionnement suffisant et continu
pour l’usage personnel et domestique de chaque personne, y compris la boisson, les toilettes, le lavage du linge,
la préparation des aliments et l’hygiène personnelle et domestique. Bien qu’il y ait un consensus grandissant
sur une quantité minimale quotidienne d’eau pour ces usages, la disponibilité adéquate devrait être évaluée
par rapport au contexte et en consultation avec les PDI et les communautés environnantes dans des situations
de déplacement.270 L’analyse de la quantité d’eau salubre minimale dont les PDI ont besoin devrait prendre
en compte le climat et les pratiques (culturelles ou autres) des PDI qui pourraient exiger une quantité d’eau 123
supplémentaire ou au contraire permettre un approvisionnement moindre, au moins quand cela est nécessaire
pour une courte période, sans risquer la sécurité et la santé des individus. Même dans les situations de pénurie,
l’eau adéquate doit être disponible aux catégories de PDI ayant des besoins en eau particuliers, comme les enfants,
les personnes atteintes d’une maladie chronique ou vivant avec le VIH/sida, ainsi que les personnes engagées
dans un travail nécessairement exigeant sur le plan physique (par exemple, la construction d’un logement).

Dans les cas où une partie ou toute la population déplacée est composée de bergers nomades, la planification de la
distribution de l’eau et de l’assainissement devrait prendre en compte les besoins du bétail des familles déplacées.
Bien qu’il puisse être possible de satisfaire les besoins directs en eau du bétail en utilisant les sources d’eau qui
sont impropres à la consommation humaine, telles que des rivières voisines ou des étangs, l’effet d’une telle
utilisation sur les communautés environnantes devrait être pris en compte pour éviter les conflits. De plus, étant
donné la haute valeur du bétail, les dispositions prises pour abriter les bergers devraient permettre aux animaux
de vivre à proximité immédiate de leurs propriétaires (voir chapitre 9). Les questions d’assainissement résultant
de ces dispositions devraient notamment être abordées dans la conception de règlements et en consultation avec
les PDI. Dans les situations de déplacement prolongées, l’eau peut aussi être un apport économique crucial dans
l’assistance donnée aux agriculteurs déplacés pour qu’ils puissent s’alimenter et réaliser des sources de revenu
durables (voir chapitre 13). Cependant, l’utilisation des ressources en eau locales pour les activités agricoles des
PDI devrait être convenue avec les communautés environnantes pour éviter tout conflit.

270 L’une des normes communément acceptées est de quinze litres d’eau par personne et par jour. Manuel Sphère, Norme 1
relative à l’approvisionnement en eau : accès et quantité d’eau, p. 73.

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Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

La qualité : Dans la phase d’urgence du déplacement, la salubrité de l’eau est une considération-clé. L’eau devrait
être exempte de micro-organismes nuisibles, de substances chimiques et radiologiques.271 Cependant, quand il
n’y a aucune alternative à des réserves d’eau de qualité intermédiaire, elles devraient quand même être utilisées
pour assurer une consommation quotidienne minimale aussi longtemps que nécessaire, le temps d’introduire
des mesures permettant d’améliorer la qualité des réserves existantes ou de mettre à disposition des réserves
d’eau d’une meilleure salubrité.272 Au cours du déplacement, la qualité de l’eau devrait être améliorée aussi
rapidement que les ressources le permettent, tout en considérant la question de la sécurité comme une priorité
absolue, suivie par des questions d’acceptabilité comme la couleur, l’odeur ou le goût de l’eau.

L’accès physique : les installations et les services d’eau adéquats doivent être physiquement accessibles et sans danger
pour chaque PDI et se trouver dans le voisinage immédiat de chaque ménage, établissement d’enseignement
et lieu de travail. La distribution systématique d’eau aux PDI est plus facile dans les cas où les déplacés sont
concentrés dans des structures d’hébergement collectif ou dans des camps. Cependant, même dans de telles
situations, il convient de s’assurer que chaque ménage a un point d’eau situé à une distance raisonnable et que
ces points d’eau sont placés dans des zones sûres, bien éclairées. Les PDI devraient également recevoir des
récipients pour collecter et emmagasiner l’eau qui soient propres, hygiéniques, faciles à porter et adaptés à leurs
besoins.273 Les PDI dont la force physique ou la mobilité est limitée, comme les enfants, les personnes atteintes
d’une maladie chronique ou vivant avec le VIH/sida, les personnes souffrant d’une incapacité physique et les
personnes âgées, devraient directement recevoir de l’eau chaque fois que cela est possible, plutôt que devoir la
collecter eux-mêmes.

Dans des situations où les PDI sont dispersées ou inaccessibles, la distribution d’une eau adéquate devient plus
124 compliquée. Quand les PDI sont mélangées avec des populations rurales ou urbaines non déplacées qui sont
confrontées à une pénurie d’eau, les efforts entrepris pour fournir l’eau devraient aspirer à améliorer l’adéquation
tant pour les communautés d’accueil que pour les PDI. Dans les cas où les PDI vivent en nombre important dans
des logements de location privés, les lois et les politiques pourraient indemniser les familles qui les hébergent en
leur accordant une réduction ou en payant leurs factures de consommation domestique, y compris celle de leur
consommation d’eau. Même dans les situations de déplacement, des équipements et des services d’eau adéquats
doivent être accessibles pour tous sans discrimination, y compris pour les individus les plus vulnérables ou les
sections marginalisées de la population.

L’accès économique : les équipements et les services d’eau adéquats sont coûteux, mais au début, ils doivent être
fournis gratuitement aux PDI. Pour des situations de déplacement d’une durée prolongée, il peut être envisagé
de demander des frais pour l’utilisation des équipements et des services d’eau et d’assainissement, tant que ces
redevances ne mettent pas en péril ou ne menacent pas la réalisation d’autres droits des PDI (dans la pratique,
cela signifie que les frais ne couvriront probablement pas entièrement les coûts tant que les PDI n’auront pas
atteint un certain degré d’autosuffisance économique). Un autre moyen permettant à la fois de partager la
responsabilité de la distribution de l’eau et d’améliorer les services est d’impliquer les PDI formellement et
directement dans la gestion des équipements d’assainissement et dans celle de l’eau. Cependant, même quand
des comités de PDI sont formés pour l’entretien des structures, les autorités compétentes portent toujours la
responsabilité première de garantir le respect du droit des PDI à une eau adéquate.

Un risque particulier peut surgir dans les situations où les PDI vivent dans des endroits où l’approvisionnement en
l’eau est contrôlé par des parties privées. Cela peut arriver quand les communautés déplacées vivent dans un abri
271 CDESC, Observation générale 15, paragraphe 12 (b).
272 Manuel Sphère, Norme 1 relative à l’approvisionnement en eau : accès et quantité d’eau, Note d’orientation 4, p. 75.
273 Manuel Sphère, Norme 3 relative à l’approvisionnement en eau : installations et matériel pour l’utilisation de l’eau, p. 82.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 8 : L’eau et l’assainissement

transitoire sur une terre privée et quand elles sont dispersées dans des installations informelles en milieu urbain
ou périurbain, sans accès aux services publics. Dans de telles situations, le contrôle privé de l’approvisionnement
en eau peut mener à des prix que les PDI ne peuvent se permettre, ce qui facilite leur exploitation et les force
probablement même à déménager ailleurs. Il est donc crucial que les lois et politiques reconnaissent le droit des
PDI à une eau adéquate et le devoir correspondant conféré à l’Etat de réglementer les fournisseurs privés. Quand
cela est nécessaire, les droits des PDI à un accès à une eau adéquate et à l’autogestion de l’approvisionnement et
des équipements de l’eau devraient être garantis par des accords locaux avec des fournisseurs privés faits sous les
auspices des autorités locales compétentes.

Étude de cas
Le libre accès à l’eau et aux installations sanitaires accordé aux PDI vivant sur une terre privée
Le gouvernement municipal de Bossaso, dans le nord de la Somalie, a facilité des accords liant les communautés
de PDI vivant dans des installations provisoires sur une terre privée et les propriétaires de la terre sur laquelle
ils vivent. Ces accords définissent non seulement les conditions de base pour l’utilisation de la terre (comme
le délai de préavis pour demander aux PDI de quitter la zone au cas où le propriétaire souhaite utiliser la
terre à d’autres fins), mais aussi des directives protectrices sur des questions comme l’emplacement et la
disponibilité d’équipements essentiels et des mesures préventives de sécurité contre les incendies. Couplés
à des dispositions prises séparément avec le fournisseur d’eau local concernant les tarifs de paiement
subventionnés, les accords garantissent aux PDI l’accès à des équipements d’eau et d’assainissement et des
droits d’autogestion sans que le propriétaire terrien ne puisse imposer de redevances:

“Le maire de Bossaso, le propriétaire terrien et le Comité de PDI représentant la communauté de PDI
125
résidant temporairement à 100 Bush, consentent à appliquer le règlement et principes suivants :

[...]
L’accès à l’eau ·
• des robinets d’eau seront placés sur des voies principales, à une distance maximum de 250m de
chaque ménage.
• les robinets d’eau seront gérés par les membres de la communauté de PDI par le biais d’accords
avec [le fournisseur d’eau local]. Aucun honoraire ne sera facturé par le propriétaire terrien.

Les latrines à fosse ·


• un nombre suffisant de latrines à fosse provisoires (1 toilette minimum pour 20 personnes) sont placées
aux points stratégiques afin d’assurer la sécurité (notamment pour les femmes et les enfants la nuit)
• les latrines seront gérées et gardées en bon état par la communauté de PDI (des frais peuvent être
facturés pour couvrir les coûts de maintenance). Aucun frais ne sera facturé par le propriétaire terrien.
• Les toilettes seront séparées selon les sexes, en nombre égal pour les hommes et les femmes.”274

Le caractère approprié (l’adéquation) : Dans de nombreuses cultures, la façon dont l’eau est collectée et utilisée a
une grande signification. Par exemple, les femmes se réunissent à une certaine heure du jour pour aller chercher
de l’eau, ce qui leur offre une occasion régulière de socialiser, d’échanger des informations et d’entretenir les
liens sociaux qui font la cohésion de la communauté. Pour les groupes indigènes notamment, l’accès continu
à certaines sources d’eau en particulier les rivières, peut être le moyen de préserver leurs culture et traditions
pendant le déplacement. Dans la mesure du possible, les installations et les services d’eau pour les personnes
déplacées devraient être élaborés avec la compréhension et le respect nécessaires envers de telles pratiques. Par

274 Accord entre la municipalité de Bossaso, le propriétaire du 100 Bush Settlement, le Comité des PDI du 100 Bush (projet non daté).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

exemple, les moyens de fournir l’eau ou les horaires devraient être adaptés en conséquence et la sécurité devrait
être apportée quand cela est nécessaire pour permettre aux déplacés d’avoir accès sans risque aux sources d’eau
traditionnelles telles que les rivières qui se trouvent au-delà des limites des installations.

Étude de cas
La réglementation concernant l’eau et les installations sanitaires pour les PDI pendant leur déplacement
En Ouganda, la politique nationale sur les PDI assigne la responsabilité au Ministère de l’eau, des terres et
de l’environnement (MWLE) et aux collectivités locales de fournir une eau propre et salubre aux PDI. Les
fonctionnaires du MWLE s’occupant de l’eau de leur district ont pour mission de donner la priorité aux zones
de retour et de réinstallation sur la base des sources d’eau qui sont propres et salubres et d’encourager la
construction de latrines à fosse. Les directeurs du Ministère de la Santé qui gèrent le service de santé de leur
district ont pour tâche de diffuser les bonnes pratiques d’hygiène et toutes les autorités ont pour instruction
de travailler tant avec les PDI qu’avec les communautés d’accueil. Les agences humanitaires internationales
sont généralement invitées à fournir leur appui concernant les questions d’assainissement et d’eau.275

Comment les services et équipements sanitaires devraient-ils être conçus pour être
adéquats et accessibles ?

Le but des services et des installations sanitaires pour les PDI devrait être de préserver leur sécurité et dignité
et d’empêcher la diffusion de maladies véhiculées par l’eau. En milieu urbain, les PDI peuvent soit avoir accès
126 aux équipements de système d’égouts, soit vivre dans des quartiers où de tels services peuvent être fournis.
Cependant, dans de nombreux cas, il ne sera pas possible de fournir un système d’égouts amélioré aux PDI et
les latrines devront être utilisées. En fournissant de tels équipements sanitaires aux PDI, un certain nombre de
préoccupations concernant la protection devraient être gardés à l’esprit :

• La disponibilité : un nombre suffisant de toilettes doit être fourni pour les besoins sanitaires des PDI,
particulièrement dans des situations d’hébergement collectif.276 Des toilettes séparées pour les hommes
et les femmes devraient être mis à disposition dans les zones publiques.
• L’accessibilité : des installations sanitaires devraient être placées dans le voisinage immédiat des PDI qui
les utilisent. Ils devraient aussi être conçus de telle façon à être utilisables par des enfants, des femmes
enceintes, des personnes âgées, ou des personnes souffrant d’une incapacité physique.277
• La sécurité et l’hygiène : les toilettes devraient se trouver à une distance sûre des zones d’abri et devraient
être bien éclairées la nuit. Elles devraient permettre une certaine intimité et tenir compte de l’élimination
des produits sanitaires féminins, conformément aux normes et aux pratiques locales. Elles devraient aussi
être placées loin de sources d’eau et conçues pour être faciles à nettoyer et réduire ainsi au minimum la
multiplication d’insectes vecteurs de maladies, comme les moustiques et les mouches. La conception, la
construction et l’entretien des installations sanitaires effectués de manière appropriée sont des mesures
importantes dans la minimisation des risques pour la santé liés au déplacement (voir chapitre 10).

275 Ouganda, National Policy for Internally Displaced Persons (2004), Section 3.1.3.
276 Manuel Sphère, Norme 1 relative à l’élimination des excréments : accès aux toilettes et nombre de toilettes, p. 83.
277 Manuel Sphère, Norme 2 relative à l’élimination des excréments : conception, construction et utilisation des toilettes, p. 86.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 8 : L’eau et l’assainissement

Comment les services de l’eau et équipements sanitaires pour les PDI peuvent-ils être
améliorés au fil du temps ?

Comme exposé dans le chapitre 4, la distribution de biens et services humanitaires devrait être surveillée et
soumise à un contrôle de qualité continu. Pour l’eau et les équipements sanitaires, tout comme pour d’autres
biens et services humanitaires, la politique sur les PDI devrait encourager l’établissement de procédures de
plainte qui répondent aux préoccupations des individus concernant l’accès à et/ou l’adéquation de l’aide fournie.
Plus important encore, les PDI devraient être consultées en permanence sur l’adéquation des services sanitaires
et des équipements d’eau et d’assainissement et devraient participer à leur planification et à leur gestion tout au
long du processus.

Comment le droit à l’eau devrait-il être rempli dans le contexte de solutions durables ?

Les décisions des PDI quant à leur retour chez elles ou leur réinstallation ailleurs sont d’une importance capitale
pour déterminer quel type de mesures est nécessaire pour sauvegarder leurs droits à l’eau. Dans les cas où
les PDI ont choisi de ne pas retourner chez elles, le but devrait être de leur donner un accès équitable aux
installations et aux services d’eau existants dans le lieu où elles s’intègrent ou le lieu où elles se réinstallent.
Pour les PDI qui n’ont pas atteint l’autosuffisance économique, cela signifie dans la pratique qu’elles devraient
avoir le droit de bénéficier sur une base égale des mesures prises par l’Etat pour garantir une eau adéquate et des
services d’assainissement à tous les groupes socialement désavantagés.278 Les PDI qui s’intègrent dans leur lieu
de déplacement et qui peuvent se permettre de payer régulièrement des redevances pour des équipements et les
services d’eau devraient le faire. Lorsque la réinstallation est accomplie par l’amélioration ou la formalisation
des installations habitées exclusivement ou principalement par des PDI (voir chapitre 9), ces mesures devraient 127
inclure l’extension de services et des facilités disponibles pour la population en général, y compris l’eau courante
et le système d’égouts à ces installations.

Dans les cas de retour au domicile qu’elles habitaient avant leur déplacement, les PDI devraient recevoir une
aide pour leur réintégration, y compris par le biais de mesures garantissant leur droit à une eau adéquate, telles
que la restauration de sources d’eau ou la réparation de réseaux hydrographiques collectifs. Les PDI retournant
chez elles ne devraient pas payer d’arriérés de charges pour la consommation des services publics, y compris ceux
de l’eau et les services d’assainissement couvrant la période où elles ont été déplacées. Quand les maisons des
personnes retournant dans leurs foyers ou les infrastructures publiques ont été endommagées ou détruites, les
autorités compétentes devraient faciliter la reconstruction, y compris des pompes à eau, des tuyaux, des points
d’approvisionnement publics et du système d’égouts. Dans les cas où les PDI retournent dans des zones où les
services et équipements d’eau étaient inadéquats avant le déplacement, des mesures devraient être prises pour
assurer les quantités essentielles minimales d’eau potable pour l’utilisation personnelle et domestique afin de
prévenir les maladies dans l’intérim et fournir le plein accès à une eau adéquate aussitôt que les ressources le
permettent. Au bout du compte, les personnes retournant chez elles devraient aussi être intégrées dans le système
général pour la distribution d’eau adéquate, avec la même obligation que la population non déplacée de payer des
redevances accessibles (et les mêmes droits à des programmes à bas prix pour les personnes vulnérables).

278 CDESC, Observation générale 15, paragraphes 13, 16(c) et 27.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Étude de cas
La réglementation de l’eau et de l’assainissement pour les PDI dans le contexte des solutions durables
En Angola, le décret No 79 de 2002 sur les Procédures d’exploitation Standard pour l’Exécution “des
Normes de la réinstallation des Populations Déplacées” donne des détails sur l’eau et l’assainissement
dans l’Article 17 :

“1. Le gouvernement provincial ;


a) Fera en sorte que des mesures adéquates soient prises pour la distribution d’eau et
l’assainissement ;
b) Collaborera avec la communauté pour garantir une gestion appropriée de l’eau et des systèmes
d’assainissement, y compris les aspects liés à la qualité de l’eau ;
c) Effectuera d’autres tâches telles qu’elles lui seront assignées.

2. Pour mettre en œuvre le paragraphe 1, le Gouvernement Provincial, par le biais des organismes
appropriés d’agriculture et de développement rural, de la pêche et de l’environnement, de l’aide
et de la réintégration sociale et d’anciens soldats et des anciens combattants, adopteront les
procédures suivantes :
a) Rendre l’eau salubre accessible aux PDI :
b) Placer les points d’approvisionnement publics à une distance des maisons n’excédant pas 500
mètres ;
c) Garantir la provision d’eau potable ;
128 d) Faire en sorte que chaque pompe à eau fonctionne de manière à pouvoir desservir 600
personnes 10 heures par jour; […]”

Les droits concernant les ressources d’eau, comme les droits à la terre et à un logement, font l’objet de discussions
dans des nombreux cas et peuvent être la cause première de l’apparition ou d’un regain de violence, voire d’un
conflit armé. La fin d’un déplacement induit des risques particuliers, que ce soit dans le contexte d’intégration
locale, quand les besoins provisoires en eau des populations déplacées deviennent en réalité permanents ou dans
le contexte du retour quand des tensions au sujet des ressources en eau qui ont parfois mené à un conflit ou à
un déplacement dans le passé peuvent se raviver. À cet égard, un élément essentiel de tout plan de réintégration
devrait être une évaluation des demandes déposées par les communautés en cours de réinstallation ou rentrant
chez elles à propos des ressources en eau locales et les possibilités de conflit qui peuvent en résulter. Les plans de
réintégration devraient inclure toutes mesures jugées nécessaires, sur la base de l’évaluation, afin de faciliter un
accès durable et équitable aux ressources en eau vitales pour toutes les populations concernées.

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Chapitre 9
L’abri de base et le logement convenable

A. Introduction

Objectif  : Le principe 18 (2) (b) des Principes directeurs reflète la nécessité de respecter le droit des PDI
à un logement convenable par l’octroi d’un abri d’urgence et transitoire qui soit sûr et habitable pendant le
déplacement et par l’apport d’une aide qui réponde aux besoins personnels en matière de logement dans un
contexte de solutions durables.

Principe 18
1. Toutes les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont droit à un niveau de vie suffisant.
2. Au minimum, quelles que soient les circonstances et sans discrimination aucune, les autorités
compétentes assurent aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays les services suivants et
leur permettent d’y accéder en toute sécurité :
[...]; 129
b) abri et logement;
[...]

Autres principes pertinents : 1(1); 7(2); 12(2); 14(2); et 18(2)(a), (c), (d)

Bases légales : 279 Toutes les personnes jouissent du droit à un logement convenable, comme un composant du
droit à un niveau de vie suffisant.280 Le droit à un logement convenable sous-tend celui de chaque personne à
obtenir et à entretenir un foyer et une communauté qui soient salubres et sûrs et dans lesquels elle peut vivre en
toute sécurité, dans la paix et la dignité.281 La discrimination basée sur le fait qu’une personne est déplacée est
interdite dans l’octroi d’un logement convenable et les PDI devraient être reconnues comme un groupe social
désavantagé ayant droit à une considération particulière dans la mise en œuvre d’une politique de logement
279 Pour plus de détails, voir Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed., Studies in
Transnational Legal Policy 38 (American Society of International Law and Brookings Institution, 2008), pp. 85–86.
280 DUDH, Article 25; PIDESC, Article 11; Habitat, “The Habitat Agenda Goals and Principles, Commitments and Global
Plan of Action” (1996), paragraphes. 60 et 61. Le droit international humanitaire ne protège pas directement les abris et
logements civils. Il interdit la destruction des propriétés privées (voir Convention (IV) de Genève, Article 53) et protège les
objets qui sont indispensable à la survie (voir Conventions de Genève Protocole Additionnel I, Article 54(2)), une notion qui
certainement englobe les abris en tout cas sous des latitudes difficiles.
281 CDESC, Observation générale 4 (1991), paragraphe 7; HCDH, “Rapport du Rapporteur spécial sur le logement convenable
en tant qu’élément du droit à un niveau de vie suffisant ainsi que sur le droit à la non-discrimination à cet égard” Miloon
Kothari, UN Document E/CN.4/2006/41 (2006), paragraphe 10. Pour une discussion plus détaillée sur les critères d’un
logement convenable, voir Commission des droits de l’homme, “Rapport du Rapporteur spécial sur le logement convenable
en tant qu’élément du droit à un niveau de vie suffisant ainsi que sur le droit à la non-discrimination à cet égard” Miloon
Kothari, UN Document E/CN.4/2003/5 (2006), paragraphe 61. Par ailleurs, des considérations concernant le genre et le
doit au logement sont présentées dans le rapport: Commission des droits de l’homme, “Rapport du Rapporteur spécial sur
le logement convenable en tant qu’élément du droit à un niveau de vie suffisant »,” Miloon Kothari, UN Document A/
HRC/4/18 (2007), annexe 3.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

nationale.282 Un logement est défini comme «convenable» lorsqu’il permet à ses occupants d’avoir la jouissance
des éléments suivants :

• La sécurité légale de l’occupation, notamment comme forme de protection contre les expulsions forcées ;
• Des services et des infrastructures disponibles (accès à l’eau, à l’énergie pour faire cuire les aliments,
pour le chauffage et l’éclairage, installations sanitaires et destinées à la lessive et à la toilette personnelle,
moyens de conservation des aliments, élimination des déchets (enlèvement des ordures, etc.) ;
• La capacité de paiement. Le logement est d’un coût accessible, en ce sens que son prix ne menace pas la
satisfaction d’autres besoins fondamentaux ;
• L’habitabilité. Le logement est habitable en termes d’espace et de protection contre le froid, l’humidité,
la chaleur, la pluie, le vent, les dangers structurels et les vecteurs de maladie ;
• Le logement est suffisamment facile d’accès pour que les groupes vulnérables ou désavantagés ne soient
pas privés de logement adapté à leurs besoins particuliers ;
• L’emplacement. Le lieu de l’habitation doit favoriser l’accès à des possibilités d’emploi, aux services de
santé, aux établissements d’enseignement, aux garderies pour les enfants et aux autres services sociaux et
permet également d’éviter les risques liés à des sources de pollution ;
• La manière dont les habitations sont bâties (l’architecture) et les matériaux de construction utilisés
doivent permettre de manière appropriée, l’expression de l’identité culturelle.283
• Le logement est en conformité avec des normes de sécurité établies visant à réduire au minimum les
dégâts provoqués par d’éventuelles catastrophes.284

Dans le contexte des réponses humanitaires aux situations de déplacement, le logement pour les PDI prend souvent
130 la forme très basique «d’abri» ou d’un espace habitable et couvert assurant un environnement de vie sûr et sain, dans
l’intimité et la dignité.285 L’adéquation du logement que les PDI ont obtenu ou qui leur a été fourni, notamment sous
forme «d’établissements» ou de groupes d’abris, doit être jugée selon les circonstances et à la lumière des ressources
dont disposent les autorités compétentes et les acteurs humanitaires. Cependant, les Etats sont tenus en permanence
de prendre toutes les mesures possibles et nécessaires afin de tendre à un logement convenable, en consultation avec
les personnes concernées, y compris les sans-abri.286 Ce faisant, il convient d’accorder une attention particulière aux
besoins des groupes vivant dans des conditions défavorables, comme c’est le cas pour les PDI.287

Dans la pratique, cela signifie que, dans des situations de déplacement, les autorités compétentes devraient
s’efforcer de satisfaire les normes minimales appropriées (sous forme de sécurité ou des règles d’habitabilité et
des directives internationales). Elles devraient chercher continuellement à fournir de meilleures alternatives de
logement en suivant des délais pour l’amélioration, la modernisation ou le remplacement des formes les moins
convenables d’abris occupés par des PDI. Dans toutes les situations, les PDI devraient avoir un choix maximal
tant en termes des types d’abri qui s’offrent à elles qu’en termes de leur emplacement (voir chapitre 5). Elles ne
devraient être confinées ou internées dans des camps que lorsque des circonstances exceptionnelles l’exigent.288

282 CDESC, Observation générale 4, paragraphe 8(e).


283 CDESC, Observation générale 4, paragraphe 8(a)–(g); “The Habitat Agenda Goals and Principles, Commitments and the
Global Plan of Action”, para. 9.
284 « Les directives opérationnelles sur les droits de l’homme et les catastrophes naturelles de l’IASC » (2006), paragraphe C.3.2.
285 Voir Groupe sectoriel global chargé de la protection, “Manuel pour la protection des déplacés internes” (édition provisoire,
décembre 2007), fiche d’action 123 : Hébergement; “ Les directives opérationnelles sur les droits de l’homme et les
catastrophes naturelles de l’IASC,” paragraphe B.2.4.
286 CDESC, Observation générale 4, paragraphe 12.
287 CDESC, Observation générale 4, paragraphe 11.
288 Voir Principe directeur 12.2.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 9 : L’abri de base et le logement convenable

Chaque fois que cela est possible, les autorités compétentes devraient soutenir et faciliter « l’autoassistance » par
des PDI désireuses et capables de prendre des initiatives pour trouver un logement par elles-mêmes.289

Cadre réglementaire : Le droit au logement est inclus dans certaines constitutions nationales et de nombreux
pays ont élaboré des plans nationaux pour garantir la fourniture d’un logement aux personnes pauvres, mal-
logées ou sans-abri. Les nombreux éléments d’un logement convenable mentionnés ci-dessus sont généralement
réglementés par une variété de lois nationales qui vont des règlements de zonage, des codes de construction et
des règles sur l’approvisionnement en équipements et services aux lois relatives aux contrats de bail et édictant
diverses formes d’aide et de subsides pour les locataires à faible revenu et les propriétaires. Cependant, de telles
cadres nationaux prévoient rarement des situations de déplacement interne et ne suffisent généralement pas
pour répondre aux besoins des PDI. Ces lois devraient être respectées (par exemple, par l’octroi d’abris pour les
PDI qui répondent aux normes minimales de construction établies) mais doivent souvent être complétées par
l’ajout de nouvelles règles sur les PDI. Celles-ci devraient s’appuyer sur la pratique internationale et l’expertise
existantes pour régler les questions relatives à l’emplacement et la gestion des abris pour les PDI.

Les problèmes souvent rencontrés par les PDI  : Le déplacement prive les PDI d’un foyer qui les mette à
l’abri des éléments, préserve leur vie privée et protège leur personne et leurs biens contre les intrus. Avec l’accès
à l’alimentation, à l’eau potable, à l’assainissement et aux services médicaux essentiels, le logement est un des
besoins fondamentaux et immédiats des PDI, sans lesquels leur vie sera en danger. Cependant, pour les PDI,
la privation du caractère protecteur fondamental des maisons est aggravée par la perte d’accès à un emploi, aux
ressources qui leur donnaient un moyen de subsistance, à l’éducation et aux services sociaux dont elles jouissaient
généralement dans leur ancien foyer.
131
Dans les cas de déplacement non planifié ou imprévu, il est possible qu’aucun plan d’urgence pour la fourniture
d’abris ne soit mis en place, ce qui pousse les PDI à «s’autoinstaller» dans des zones de sécurité, souvent sans
aucun bail sécurisé, dans des établissements informels ruraux ou urbains, et sans aucun appui initial de la part des
autorités compétentes ou des acteurs humanitaires internationaux. Dans certains cas, les PDI trouvent un abri par
le biais de structures de «famille d’accueil», dans lesquelles des amis, des parents ou d’autres personnes privées les
reçoivent, parfois sur la condition du paiement d’une location. Dans d’autres cas, les PDI sont réparties (ou élisent
simplement domicile) dans des «centres collectifs» ou des bâtiments préexistants habitables, comme des hôtels, des
écoles ou des immeubles administratifs.290 Dans certains cas, il se peut que les PDI qui se sont « autoinstallées »
soient traumatisées par leurs expériences et évitent activement d’être identifiées en tant que PDI ou même évitent
tout contact avec les autorités publiques nécessaire pour s’inscrire en vue de recevoir une aide.

Que cette « autoinstallation » prenne une forme «dispersée» rurale ou urbaine ou une forme de regroupement
plus dense comme dans des zones d’installation ou les centres collectifs, elle est associée à un certain nombre
de risques. Les afflux de PDI peuvent fréquemment susciter du ressentiment parmi les communautés d’accueil
en raison du poids supplémentaire qu’ils représentent sur les réseaux de services sociaux, le marché de l’emploi
et les ressources naturelles existantes. Ces tensions peuvent mener à la discrimination et à l’exploitation
économique des PDI ou même à des attaques et de la violence liée au genre. Lorsque les PDI vivent dans des
zones d’installation dispersées, il peut s’avérer plus difficile de contrôler leur situation et de s’assurer qu’elles ont
accès à l’aide humanitaire et ne sont pas soumises aux expulsions arbitraires de logements de location privés
ou de centres collectifs. Lorsqu’elles se trouvent dans des zones d’installation groupées, elles peuvent être plus
facilement accessibles. Cependant, les personnes vivant dans des abris collectifs, des camps ou des établissements

289 CDESC, Observation générale 4, paragraphe 10.


290 “Manuel pour la protection des déplacés internes”, Fiche d’action 13 : Hébergement.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

surpeuplés peuvent être particulièrement exposées au risque de maladies contagieuses, à la violence sexuelle et
liée au genre, au recrutement forcé et à l’infiltration ou l’attaque de groupes armés.

B. Liste de contrôle : les problèmes devant être traités par les


lois et les politiques internes

Les éléments minimaux essentiels de la réglementation étatique


Au minimum, les autorités compétentes devraient :
1. Reconnaître le droit des PDI à un abri de base et à un logement convenable.
2. Désigner une agence gouvernementale responsable de répondre aux besoins en abri et logement des
personnes déplacées.
3. Rechercher et accepter l’appui de la communauté internationale si les besoins ne peuvent pas être
suffisamment satisfaits au niveau interne.
4. Établir des procédures pour identifier et donner la priorité aux bénéficiaires des abris de base et des
logements convenables sur la base des besoins et de l’état de vulnérabilité.
5. Lever les obstacles légaux comme ceux par exemple présents dans les codes de la construction et autres
règlements similaires, pour la construction d’abris temporaires ou la reconstruction de maisons dans
132 les zones de relocalisation ou de retour.
6. Créer des garanties spécifiques pour protéger les PDI contre les expulsions forcées quand les garanties
générales sont insuffisantes.

Par ailleurs, pour s’assurer que les PDI puissent exercer leur droit à un logement de base pendant le déplacement,
les lois et les politiques internes devraient :

• Reconnaître le droit à un logement convenable et donner la responsabilité aux autorités appropriées de


garantir et, au besoin, de fournir des abris et des logements convenables aux déplacés ;
• Incorporer les questions relatives au logement dans les mécanismes de coordination nationaux, en facilitant
l’assistance technique internationale et en déléguant des activités de réponse aux autorités locales ;
• Prendre en compte les traditions des PDI, ainsi que leurs pratiques et leurs besoins en matière de
logement ayant cours avant et pendant le déplacement ;
• Se fonder sur la consultation avec les PDI pour leurs besoins en matière de logement et leur participation
dans la conception de programmes et services pour les aider à répondre à ces besoins, en prenant en
compte leurs pratiques de logement ayant cours avant le déplacement ;
• Aider les PDI dans la phase d’urgence du déplacement à se réinstaller avec leurs biens dans des zones
sûres où des abris de secours sont déjà disponibles ou seront fournis ;
• Fournir aux PDI un abri temporaire en attendant la reconstruction de leur maison ou un moyen d’y
accéder en toute sécurité dans les cas où un retour rapide est possible. Concevoir l’abri temporaire
dans des installations groupées en consultation avec les PDI afin de réduire au minimum les risques de
menace en matière de protection et de répondre au mieux aux besoins ;
• Fournir aux PDI et aux communautés d’accueil locales l’aide appropriée, leur permettant de
« s’autoinstaller » dans le lieu de leur choix dans des conditions de logement convenables, partout où cela
est possible, dans les cas où un retour rapide n’est pas envisageable;
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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 9 : L’abri de base et le logement convenable

• Fournir des abris temporaires dans des installations qui sont situées dans des zones sûres avec un accès
à la distribution de l’aide humanitaire, ainsi qu’aux structures sociales, éducatives et médicales, aux
opportunités d’emploi et moyens de subsistance dans des situations où ni le retour, ni « l’autoinstallation »
avec des familles d’accueil ou des communautés d’accueil n’est possible ;
• Prévoir l’assignation de logements abandonnés pour abriter les PDI seulement en dernier ressort
quand le besoin est manifeste, que toutes les autres options possibles ont été explorées et sur une base
explicitement provisoire ;
• Concevoir toute l’aide au logement aux PDI en vue de maximiser l’adéquation actuelle et de faciliter des
solutions durables;
• Protéger les PDI contre les expulsions forcées ;
• Fournir l’aide appropriée aux PDI pour leur permettre de trouver des solutions de logement convenables
et durables dans un contexte de réintégration.

C. Les éléments nécessaires de la réglementation étatique

Quelles dispositions institutionnelles sont nécessaires pour garantir le droit des PDI à
un logement ?

En général, aucune autorité particulière n’a la responsabilité spécifique particulière de fournir un abri aux
personnes déplacées. Les lois et les politiques de l’Etat devraient clairement assigner la responsabilité de cette
tâche, par exemple, aux autorités locales, aux organisations de secours en cas de catastrophe ou aux Sociétés 133
nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Quelles informations relatives aux PDI sont utiles pour définir la meilleure manière de
garantir leur droit au logement ?

Dans le contexte des efforts déployés pour compter, localiser et évaluer les besoins des PDI (voir chapitre
2, section C), les autorités compétentes devraient activement chercher et compiler des informations liées à
leurs traditions et besoins en matière de logement, y compris la taille moyenne d’une famille, la densité de la
population dans la zone d’origine, la mesure dans laquelle l’abri est traditionnellement partagé par plusieurs
générations, la séparation selon l’âge ou le genre, les activités entreprises à la maison et les matériaux et les
techniques de construction usuels. Selon les ressources et la capacité disponibles, les besoins en matière d’abri et
les risques auxquels font face les PDI devraient être évalués de manière aussi approfondie que possible.291

Qui devrait être impliqué depuis le début dans la coordination de l’octroi de logement
aux PDI ?

Au niveau national, le logement devrait être une des questions centrales traitées par le mécanisme de coordination
institutionnel (voir chapitre 2, section G sur la coordination générale, et chapitre 4 sur le rôle d’une telle
coordination dans des contextes d’aide humanitaire). Les interventions pour protéger le droit des PDI à un
logement devraient être étroitement coordonnées avec d’autres secteurs de l’aide humanitaire et particulièrement

291 Voir, par exemple, Manuel Sphère, chapitre 4: Normes minimales dans les secteurs des abris, des établissements humains
et des articles non alimentaires, Annexe 1 : Liste de contrôle de l’évaluation initiale des besoins en matière d’abris,
d’établissements et d’articles non alimentaires, p. 281.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

ceux liés à l’alimentation (chapitre 7), l’eau et l’assainissement (chapitre 8) et la santé (chapitre 10), tant au
niveau central qu’au niveau local. Dans le cas où le déplacement se fait de manière dispersée, notamment lorsque
les PDI s’installent de leur propre initiative dans des communautés d’accueil rurales ou urbaines, le rôle de la
collectivité locale dans la facilitation de solutions en matière de logement durables et convenables est souvent
crucial. Les autorités locales devraient être soutenues, conseillées et encouragées pour répondre aux besoins
de logement des PDI d’une manière qui soit durable pour les communautés locales. La coordination avec les
acteurs humanitaires internationaux est aussi importante en ce qui concerne le droit au logement. Les acteurs
internationaux peuvent soutenir les réponses nationales au travers de conseils techniques et également de soutien
aux programmes d’abri et de logement. La participation des PDI, y compris celle des sous-groupes vulnérables
et marginalisés, devrait toujours être recherchée lors de la conception et la mise en œuvre de programmes visant
à fournir les abris et à améliorer leur adéquation.

Étude de cas
L’inclusion du droit au logement dans les lois et les politiques sur les PDI
En Ouganda, la politique nationale292 prévoit que le gouvernement, soutenu par des agences humanitaires
et de développement, fournira un abri de base et un logement aux PDI. La Section 3.9 (a, b) stipule
que “les besoins sociaux physiques et principaux des individus, des familles et des communautés, la
sécurité et la vie privée seront suffisamment satisfaits. Les équipements pour les abris et les logements
seront placés à proximité des infrastructures locales et placés de manière stratégique afin que les PDI
aient facilement accès à la nourriture, à l’eau, au bois de chauffage, aux équipements médicaux et aux
134 autres produits de première nécessité. “[…]

Dans la Fédération de Bosnie-Herzégovine, selon l’Article 11 de la Loi sur les personnes déplacées,
expulsées et rapatriées, le statut de PDI confère à une personne un certain nombre de droits et de
prestations, tels que “le logement, l’alimentation, la réintégration sociale et l’appui psychologique, les
services médicaux, l’enseignement pour les enfants et les jeunes et d’autres éléments essentiels”. “Dans
la Republika Srpska, une des régions de Bosnie-Herzégovine, la Loi sur les personnes déplacées,
les personnes de retour chez elles et les réfugiés réglemente le statut légal de PDI et sa cessation,
ainsi que des droits à certaines prestations, comme une aide pécuniaire, des soins médicaux de base,
l’enseignement primaire, les allocations de chômage, des prêts pour initier des projets permettant de
générer des revenus et le logement provisoire de base.293

En Géorgie, la loi sur les PDI294 garantit le droit à un logement convenable pour les PDI qui jouissent
du statut spécial de “persécuté”. Les personnes cherchant à obtenir le statut de persécuté ont le droit
“de résider en un lieu de résidence temporaire et bénéficient des services publics gratuitement.” Pour
ceux qui détiennent le statut de persécuté, le Ministère des Réfugiés et du Logement, avec les agences
exécutives et les autorités locales correspondantes, veille à la réalisation des droits de personnes
persécutées dans le lieu de résidence provisoire. Ils fournissent une résidence provisoire et l’alimentation
dans le cadre des normes établies.

292 Cabinet du Premier ministre, Department of Disaster Preparedness and Refugees, Uganda, The National Policy for
Internally Displaced Persons (août 2004), p. 28.
293 Article 15, Republika Srpska Official Gazette, No. 33/99 (26 novembre 1999).
294 Article 15, Republika Srpska Official Gazette, p. 27.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 9 : L’abri de base et le logement convenable

Comment les PDI peuvent-elles être accueillies durant la phase d’urgence du déplacement ?

Dans les cas de mouvements de PDI non planifiés et à grande échelle, les familles et d’autres groupes sociaux
devraient pouvoir rester ensemble et être aidés ensemble lors de la réinstallation dans des zones de sécurité avec
les quelques biens qu’ils ont réussis à emporter. Dans la mesure du possible, leur choix de destination devrait
être respecté. Dans des nombreux cas, les PDI ont la possibilité de trouver un abri chez des familles d’accueil, y
compris des amis et des parents, dans des régions du pays qui sont plus sûres, et cela devrait être encouragé pour
réduire au minimum les ruptures et l’isolement causé par le déplacement.

Comment un emplacement pour les abris d’urgence devrait-il être choisi dans la phase
d’urgence du déplacement ?

Quand les PDI n’arrivent pas à trouver un abri par elles-mêmes, elles devraient recevoir un abri de secours—par
le biais de l’utilisation des centres collectifs disponibles ou, au pire, de campements– dans un emplacement aussi
approprié que possible.295 La concentration de grands nombres de PDI dans des camps peut être utile au début
pour la distribution de l’aide humanitaire, mais ces camps, avec leur haute densité de population, peuvent aussi
entraîner des problèmes de sécurité, notamment quand les PDI sont la cible d’attaques ou quand les personnes
vulnérables deviennent des cibles pour le recrutement forcé ou l’exploitation.

Dans des situations d’urgence où il est nécessaire de placer les PDI dans des abris groupés, il convient de garder
à l’esprit les considérations suivantes lors du choix d’un emplacement :

• Une distance suffisante de toute violence, de tout conflit armé ou de la catastrophe qui a causé le déplacement 135
• L’absence de facteurs qui pourraient mener à des catastrophes naturelles ou autres ou à d’autres risques
pour la santé (par exemple, la pollution industrielle ou les terrains exposés au paludisme)
• La proximité et l’accessibilité des réseaux de distribution de l’aide et des acteurs humanitaires
• L’absence de facteurs mettant en danger le caractère civil des camps ou installations

Au début de la phase initiale d’urgence, les autorités compétentes et d’autres acteurs humanitaires devraient
fournir aux PDI des articles non alimentaires primordiaux : moustiquaires, vêtements et literie, ustensiles de
cuisine adaptés à leurs besoins, savon et récipients pour collecter et stocker l’eau.296

Quand le retour rapide des PDI est possible, comment leurs besoins en abri et en
logement peuvent-ils être satisfaits ?

Les PDI souhaitent fréquemment retourner chez elles dès que possible. Dans des situations de catastrophe
naturelle notamment, le retour devrait être encouragé aussitôt que les conditions de sécurité sont remplies
(voir chapitres 5 et 12). La facilitation d’un tel retour peut aider ces communautés à retrouver plus rapidement
une vie normale et un moyen de subsistance, avec l’aide des communautés alentour, et éviter de prolonger
artificiellement le déplacement ou d’investir inutilement dans des abris.297 Dans les situations où les maisons et
les propriétés des PDI sont détruites ou endommagées ou lorsque des différends sur des questions de propriété

295 Voir “Manuel pour la protection des déplacés internes”, Fiche d’action 13: Hébergement, Annexe 1: Sélection des sites à
examiner : aspects à prendre en compte.
296 Manuel Sphère, chapitre 4, partie 2 : Articles non alimentaires, p. 272.
297 UNDRO, “Shelter after Disaster: Guidelines for Assistance” (1982), p. 22.

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Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

demandent une solution, il peut s’avérer nécessaire de fournir un certain type d’abri transitoire aussi près que
possible des logements des PDI pour faciliter le retour. Certaines possibilités incluent :

• Le placement d’abris transitoires groupés aussi près que possible du lieu d’origine des PDI ;
• La facilitation du placement provisoire des PDI chez des familles ou des amis dans le lieu d’origine ou
près de celui-ci ;
• La distribution d’abris provisoire ou d’urgence (par exemple, des tentes, des matériaux de construction
ou des caravanes) à côté des logements endommagées ;
• La possibilité d’occuper provisoirement des centres collectifs habitables dans ou près du lieu d’origine.

Quand le retour n’est pas possible pendant des périodes prolongées, comment les PDI
peuvent-elles être aidées à « s’autoinstaller» ?

Dans les cas où des préoccupations liées à la sécurité ne permettent pas un retour rapide, des abris transitoires
offrant un toit, la sécurité et une vie privée aux PDI doivent être envisagés en attendant que les conditions
pour le retour ou une réinstallation soit possible. Dans de telles situations, les abris groupés, tels que les camps
ou les centres collectifs, devraient être considérés comme une solution de dernier recours. Au lieu de cela, les
PDI devraient avoir la possibilité de prendre leurs propres dispositions concernant leur abri partout où cela est
possible, y compris avec des familles ou des communautés d’accueil en milieu rural. Dans toutes les situations
d’abris transitoires, les autorités compétentes doivent prendre des mesures pour améliorer les logements qui sont
à la disposition des PDI et adopter des mesures spécifiques pour éviter les expulsions forcées des PDI, quand les
garanties générales en matière de sécurité de bail s’avèrent insuffisantes.
136
Quand les PDI trouvent un abri chez des familles ou des communautés d’accueil, les autorités compétentes
continuent de porter la responsabilité de garantir et d’améliorer l’adéquation des solutions de logement. Elles
devraient s’acquitter de cette obligation de manière à ce que les communautés d’accueil en bénéficient et de
manière à éviter d’isoler les PDI. Il existe toute une gamme d’interventions possibles, allant de la fourniture
de conseils techniques à des subventions en liquide ou au travers de bons pour les familles d’accueil des PDI
ou pour les PDI elles-mêmes, quand elles ne sont pas abritées dans des centres collectifs ou des camps. Les
administrations locales des lieux où les PDI se sont installées devraient recevoir tout le soutien et les conseils
techniques nécessaires et être encouragées et autorisées à prendre des mesures pour améliorer l’adéquation
des logements des PDI, en étant sensibles plus largement aux besoins de la communauté non déplacée de la
région. Les interventions en matière de logement devraient tendre vers l’intégration des populations déplacées
dans les communautés d’accueil, avec une modernisation des logements et des infrastructures s’appliquant à la
population dans son ensemble afin d’éviter les tensions ou du ressentiment, tant par les communautés d’accueil
qu’entre des groupes de bénéficiaires.

Dans les zones rurales, des matériaux de construction peuvent être fournis aux PDI dispersées pour qu’elles construisent
leur propre abri sur la terre que des familles ou la communauté locale leur permettent d’occuper. Quand le fait d’accueillir
les PDI a mené à une détérioration du niveau de vie local, des interventions sur le plan infrastructurel comme la
modernisation des routes et des services publics, le forage de puits ou l’extension des établissements d’enseignement
peuvent aider à compenser de tels problèmes. D’une manière générale, lorsque les PDI se sont installées dans des
bâtiments ou des établissements qui servent des fonctions publiques importantes, comme des écoles, des mairies ou
des édifices religieux, les autorités compétentes devraient essayer de fournir d’autres options d’abri local afin que de
tels bâtiments puissent être rendus à leur utilisation d’origine au moins partiellement.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 9 : L’abri de base et le logement convenable

Dans les zones urbaines, les familles fournissant un logement aux PDI—que ce soit sur la base de liens familiaux
ou de contrats de location privée—peuvent recevoir une aide pour les dépenses liées au logement telles que le
paiement des factures de consommation énergétique. Autrement, il est possible d’aider les PDI en subventionnant
le prix de leur location privée. Lorsque les PDI se sont «  auto-installées  » dans des établissements urbains
informels, la possibilité de mettre ces quartiers à niveau par l’établissement et la régularisation de contrat de bail
légaux, l’extension des services publics et d’assainissement et la demande de paiement d’une redevance pour leur
utilisation qui soit raisonnable doit être envisagée.

Étude de cas
La réglementation locale des besoins des PDI en matière de logement
Le gouvernement municipal de Bossaso en Somalie du Nord a pris un certain nombre de mesures
innovatrices, conjointement avec des agences locales de l’ONU et des ONG, afin de régulariser la
situation des PDI vivant dans des abris et des installations et des camps informels, améliorant ainsi la
sécurité et l’adéquation de leur logement.298

En premier lieu, le gouvernement a facilité des accords engageant tant les communautés de PDI vivant
dans des installations provisoires sur une terre privée que les propriétaires de ces terres.299 Ces accords
contiennent les conditions de base pour l’utilisation de la terre (comme le délai de préavis nécessaire
pour que les PDI quittent la zone au cas où le propriétaire souhaite utiliser la terre à d’autres fins) et
des directives sur des questions comme l’emplacement de points d’eau, des latrines et des installations
communes, ainsi que des mesures de sécurité contre l’incendie.
137
En deuxième lieu, la municipalité a coopéré avec Habitat et le Conseil des Réfugiés danois dans la
construction d’unités d’abri bon marché pour la réinstallation à la fois des communautés déplacées et
d’autres communautés mal logées dans la municipalité. Ces unités sont réparties selon des critères
développés par le Comité pour la sélection des PDI Bénéficiaires de Bossaso par le biais de contrats
signés individuellement entre le Conseil municipal et des PDI.300 Selon les termes de ces contrats,
les bénéficiaires doivent entretenir le logement qu’ils reçoivent, payer les impôts et les redevances
nécessaires et ne pas l’utiliser à des fins illégales. En échange, le conseil municipal leur garantit la
sécurité du bail, le droit de transmettre le logement aux personnes légalement à charge et le droit de
transférer, vendre, ou hypothéquer la propriété après quinze ans d’affilée de possession légale.

Quand il n’existe aucune autre option, à quel endroit l’abri collectif transitoire devrait-il
être situé ?

Quand ni le retour ni le logement avec des communautés d’accueil n’est possible, les PDI devraient recevoir un
abri transitoire dans des installations groupées telles que des centres collectifs ou des camps. L’emplacement
et la conception de ce type d’abris sont des facteurs essentiels pour garantir leur adéquation et sécurité. Au-
delà des facteurs à prendre en compte concernant l’emplacement de l’abri d’urgence (voir ci-dessus), d’autres

298 Voir, de manière générale, Habitat Somalia, “Rethinking IDP Response in Protracted Crisis Situations: A Rights-Based
Approach from Disaster Prevention to Durable Solutions—The Case of Bossaso-Somalia” (non daté).
299 Accord entre la municipalité de Bossaso, le propriétaire de l’installation 100 Bush, le commité des PDI du 100 Bush (projet
non daté).
300 “Memorandum of Agreement between Bossaso East Resettlement Scheme Beneficiary No. and Bossaso City Council” (non daté).

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Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

considérations relatives à la durabilité devraient faire partie de la réflexion sur l’adéquation des sites pour que les
PDI puissent s’y installer sur le long terme.301 En particulier :

• Un accès sûr et durable aux ressources naturelles essentielles telles que l’eau potable, le bois de construction
ou de chauffage ou le pâturage, en gardant à l’esprit les coutumes liées à la cuisine, aux moyens de
subsistance et à l’alimentation des PDI concernés ;
• Les possibilités d’assainissement ;
• Les caractéristiques physiques de base telles que le drainage, la topographie, l’altitude, la végétation et
les conditions climatiques ;
• La distance avec les villes locales ayant les fonctions administratives et les structures d’application
des lois appropriées, ainsi qu’avec le marché de l’emploi, les établissements scolaires et de formation
professionnelle et les services de santé ;
• La distance par rapport aux zones sensibles ou protégées comme les réserves naturelles et les réservoirs
d’eau desservant les populations à plus large échelle et par rapport aux zones agricoles ou de pâturage
dont l’utilisation est déjà étendue ;
• L’effet sur les populations locales, gardant à l’esprit la possibilité de tensions ethniques ou religieuses, la
probabilité d’une compétition pour les ressources naturelles et les services publics essentiels locaux et la
possibilité d’une extension des installations actuelles en réponse à un nouveau déplacement ;
• L’utilisation des terres locales et les droits fonciers, gardant à l’esprit que les propriétaires ou les utilisateurs
légaux de la terre et des bâtiments réquisitionnés dans le but de fonder des installations groupées pour les
PDI devraient être clairement identifiés et devraient recevoir un loyer et une juste compensation pour les
pertes dans la valeur de la propriété ou son expropriation éventuelle; et
138 • Le potentiel pour une éventuelle modernisation, y compris la possibilité d’acquérir le titre légal sur la
terre, n’importe quelle restriction à l’amélioration ou à la construction qui soit liée à l’environnement,
au zonage ou autre; la proximité des réseaux des services publics (eau et électricité) et des infrastructures
de transport.

Comment des installations groupées transitoires peuvent-elles être conçues pour


maximiser la protection ?

Au début de la phase d’urgence, les installations groupées devraient être disposées et construites de manière à
tenir compte (1) d’une vie privée minimale et des exigences en matière d’espace pour les familles, (2) des besoins
de protection des PDI vulnérables, (3) de la sécurité et du libre mouvement de la population dans son ensemble
et (4) des conditions culturelles ou religieuses des populations de PDI.302 Le plus tôt possible dans ce processus,
la conception, la disposition, la construction et l’administration de ces installations devraient être basées sur la
consultation avec les PDI. Ces consultations devraient si possible non seulement tenir compte des vues des chefs
de communauté traditionnels ou élus, mais aussi donner l’occasion aux groupes vulnérables ou potentiellement
vulnérables de s’exprimer de manière séparée du reste de la population de PDI. L’avis des femmes notamment
devraient être recherché sur tous les aspects liés aux espaces communs, aux sanitaires et à la distribution de l’aide.

La planification et la préparation ou la construction de zones d’installations groupées devraient tenir compte de la


taille et la structure familiale des groupes de PDI, garantissant un espace séparé de taille appropriée pour chaque
unité familiale. Dans l’espace alloué à chaque famille, des cloisons devraient permettre de séparer les personnes
selon le genre ou l’âge (par exemple, les parents et les enfants) et apporter de l’intimité. De telles mesures peuvent

301 Manuel Sphère, Norme 1 relative aux abris et aux établissements : planification stratégique, p. 250.
302 Manuel Sphère, Norme 2 relative aux abris et aux établissements : planification physique, p. 255.

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Chapitre 9 : L’abri de base et le logement convenable

aussi s’avérer importantes dans la prévention de la violence liée au genre, notamment dans des situations où la
séparation entre les genres est importante du point de vue culturel. Des équipements importants comme les points
de distribution pour l’alimentation et d’autres aides, les points d’eau et les latrines devraient être bien éclairés la nuit
et bien répartis dans la zone d’installation afin d’être à la portée de tous les résidants et accessibles en toute sécurité.
Enfin, la taille de ces installations devrait être planifiée de manière à éviter la surpopulation.303

Les PDI particulièrement vulnérables, y compris les personnes souffrant d’une incapacité et les personnes âgées,
devraient si possible recevoir des logements séparés qui correspondent à leurs besoins particuliers. Dans le cas des
PDI vulnérables à la violence liée au genre, telles que les femmes chefs de famille ou les enfants non accompagnés,
les mesures de protection devraient consister en des logements séparés, y compris les toilettes et les espaces de
lavage. Pour les PDI ayant une mobilité limitée comme les personnes souffrant d’une incapacité et les personnes
âgées, des mesures appropriées pourraient inclure un contrôle régulier de leur condition, des équipements séparés
et un accès facilité ou prioritaire à l’aide humanitaire. Enfin, les minorités ethniques ou religieuses au sein des
communautés de PDI devraient recevoir des équipements séparés selon les besoins pour qu’elles puissent pratiquer
leurs traditions culturelles ou religieuses et éviter des tensions avec la communauté majoritaire.

En termes de sécurité et de liberté de mouvement pour la population vivant dans des zones d’installation
groupées, d’un point de vue général, les considérations de base suivantes devraient être prises en compte en
toutes circonstances :

• Il convient d’assurer la sécurité dans les camps, notamment par la surveillance, par les forces de l’ordre
et par les comités de camp composées de membres des communautés déplacées. Des mécanismes
appropriés pour répondre aux cas de violence et à d’autres violations des droits de l’homme dans les 139
camps devraient être établis.
• Toute personne devrait avoir le droit de se déplacer librement à l’intérieur et hors des camps. Ce
mouvement ne devrait pas être limité ou interdit à moins que cela ne soit nécessaire pour la sécurité
ou la santé des résidants du camp ou celle de la population avoisinante. S’il y a des restrictions, elles ne
devraient pas rester en vigueur plus longtemps que nécessaire.
• Pour maintenir à tout moment le caractère civil des camps et des zones d’installation, des mesures
appropriées devraient être prises pour éviter la présence d’éléments armés non contrôlés dans ces structures.
Lorsque de tels éléments sont présents dans un camp, ils devraient être séparés de la population civile.
La présence d’une police d’Etat armée ou de forces de sécurité devrait être limitée au strict nécessaire
pour assurer la sécurité.
• Quand la phase immédiate d’urgence arrive à son terme, les camps fondés par des forces ou des groupes
armés devraient être gérés par des autorités civiles ou des organisations. Le rôle de la police et des forces
de sécurité devrait se limiter au maintien de la sécurité.304

Les efforts en termes d’adéquation culturelle peuvent inclure l’utilisation de matériaux et de méthodes de
construction traditionnels et disponibles localement pour garantir que les PDI puissent réparer ou améliorer
leurs propres logements et qu’elles ne soient pas dépendantes de l’achat de matériaux de construction à l’extérieur.
Une autre question importante est la disposition. Dans les cas où les communautés sont déplacées ensemble, le
placement de leurs abris pour créer un espace commun fermé peut leur permettre de surveiller les enfants et les

303 Si les ressources le permettent, la zone d’installation dans son ensemble (y compris les espaces communs, les bureaux
administratifs, les lieux de stockage, etc.) doit avoir une aire de 45m2 par personne et l’espace résidentiel doit être d’environ
3,5 à 4,5 m2 par personne. Voir “Manuel pour la protection des déplacés internes”, Fiche d’action 13: Hébergement.
304 IASC, « La Protecion des personnes affectées par des catastrophes naturelles, Les directives opérationnelles sur les droits de
l’homme et les catastrophes naturelles de l’IASC » (2006) points A.4.3 to A.4.6.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

biens.305 Cette «planification de voisinage» dans un abri groupé peut augmenter la protection et la cohésion de
la communauté tout en maintenant l’intimité de chaque famille.306

Étude de cas
Lignes directrices nationales concernant spécifiquement le logement des PDI
En Angola, la politique de réinstallation des PDI demande la fourniture d’abris et de logements dans
des secteurs aussi proches que possible des sources de matériaux de construction locaux et le respect
des coutumes de logement locales307. Les arbres utilisés pour la construction des abris devraient être
replantés et les projets soutenus par des activités de “travail contre nourriture”. La politique inclut
également des directives sur les caractéristiques techniques des logements:308 “Les normes minimales
en matière de logement à observer pour la construction d’abris dans des sites de réinstallation sont
définies comme suit : les abris auront une aire totale de 30 m2 divisée en 20 m2 couverts, 4 m2 pour
la cuisine et 6 m2 pour le jardin végétal ; la distance minimale entre deux abris sera de 2 mètres ; la
distance minimale entre deux rangées d’abris sera de 6 mètres ; la distance minimale entre deux blocs
d’abris sera de 15 mètres ; chaque bloc peut être composé de 25 abris dans des rangées de 5 pour
garantir la sécurité, l’espace essentiel et la vie privée; entre deux rangées d’abris, des fossés seront
ouverts pour le drainage des eaux pluviales ; une zone sera définie au-delà de 100 mètres pour être
utilisée comme cimetière, conformément aux traditions d’enterrement locales ; une zone sera définie
pour les réunions des communautés, conformément aux mécanismes de l’administration locale et aux
traditions des communautés à réinstaller.”
140
Comment l’assignation provisoire d’une propriété abandonnée devrait-elle être effectuée ?

Dans les situations de déplacements multiples et qui se chevauchent, une propriété abandonnée par certains PDI
ou réfugiés peut être disponible à des endroits où d’autres PDI ont besoin d’un abri. Dans de telles circonstances,
les autorités compétentes ont le devoir de protéger la propriété et les biens abandonnés contre une appropriation
illégale ou le pillage et ne peuvent pas donner la permission aux PDI d’occuper un tel logement. 309 Cependant,
lorsqu’il n’existe aucune autre option d’abri appropriée, les autorités compétentes peuvent amorcer un processus
d’assignation provisoire formelle de propriétés abandonnées pour répondre à une crise humanitaire immédiate.310
Une telle assignation doit satisfaire un certain nombre de critères minimaux pour éviter de violer les droits des
propriétaires déplacés et des occupants et utilisateurs légaux de ces propriétés :

• Toutes les autres options pour loger les PDI doivent avoir été explorées en profondeur et soit épuisées
ou spécifiquement prises en considération et exclues parce qu’impraticables.
• Ces assignations doivent être effectuées sur la base de règlements spéciaux ayant force légale qui
énoncent des critères spécifiques concernant l’éligibilité, ainsi que des procédures pour l’assignation
305 “Manuel pour la protection des déplacés internes”, Fiche d’action 13: Hébergement.
306 IASC, “Directives en vue d’interventions contre la violence basée sur le sexe dans les situations de crise humanitaire :
Centrage sur la prévention et la réponse à la violence sexuelle dans les situations d’urgence » ” (Genéve, 2005, ), p. 59.
307 Article 3(a) des règlements du gouvernement de l’Angola pour l’application des normes de réinstallation des populations
déplacées de 2001.
308 Article 3(b) des règlements du gouvernement de l’Angola pour l’application des normes de réinstallation des populations
déplacées de 2001.
309 Principe directeur 21.3.
310 Il va de soi que l’assignation provisoire formelle par les forces occupantes de propriétés privées abandonnées dans des
territoires occupés est prohibée.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 9 : L’abri de base et le logement convenable

provisoire des propriétés, le règlement de leur utilisation et le retour aux propriétaires déplacés ou aux
occupants et utilisateurs légaux. Ces règlements devraient assigner à des autorités publiques spécifiques la
responsabilité de l’administration du processus ainsi que la responsabilité légale pour tout dégât commis
sur les propriétés en question.
• Les assignations de propriété abandonnée peuvent être à durée indéterminée, sans date butoir fixe, mais
devraient être explicitement provisoires, dans l’attente d’un abri plus approprié, de la cessation du besoin
ou de la remise de la propriété au propriétaire déplacé ou à l’occupant ou utilisateur légal.
• L’assignation doit se produire strictement sur la base des critères spécifiques fondés sur un besoin
humanitaire manifeste. S’il s’avère que les occupants d’une propriété abandonnée ont accès à une autre
propriété ailleurs ou sont en position de retourner dans leur propre foyer dans la sécurité et la dignité, ils
devraient immédiatement perdre tous leurs droits de continuer à occuper la propriété abandonnée.
• Avant d’emménager, les personnes auxquelles une propriété abandonnée a été allouée devraient
signer une déclaration affirmant qu’elles comprennent la nature provisoire de l’assignation ainsi que
leur responsabilité pour des dommages à la propriété ou aux biens s’y trouvant. Un état des lieux et
des installations devrait être effectué et, chaque fois que cela est possible, les biens personnels restants
devraient être sauvegardés (par exemple, en les enfermant dans une pièce séparée).
• Dans des situations de déplacement prolongé, les propriétaires déplacés ou les occupants ou utilisateurs
légaux devraient recevoir un loyer fixé selon les taux en vigueur pour l’utilisation de leurs maisons comme
abris humanitaires. S’ils ne peuvent pas être effectués sur le moment, les paiements de location devraient
être versés sur un compte bloqué et pourront être revendiqués plus tard.
• Des procédures spécifiques pour la restitution de ces biens à leurs propriétaires déplacés ou aux occupants
ou utilisateurs légaux devraient faire partie de tout règlement sur l’assignation et la gestion de propriétés
abandonnées. En principe, cette restitution devrait se produire à la demande de l’ancien propriétaire, 141
de l’occupant ou de l’utilisateur légal plutôt qu’au moment de la cessation des besoins humanitaires de
l’occupant provisoire. C’est pourquoi de telles assignations ne sont qu’une solution transitoire et il convient
que les PDI soient déplacées dans des types d’abri plus durables aussi rapidement que possible.

Comment l’aide au logement pendant le déplacement peut-elle être conçue de manière


à faciliter les solutions durables ?

Les autorités compétentes devraient commencer à planifier aussitôt que possible la manière dont la distribution
d’une aide au logement peut contribuer à la réalisation de solutions durables pour les PDI. Dans tous les cas, des
réponses internes au déplacement devraient inclure des mesures permettant de garantir que les PDI qui veulent
en fin de compte retourner chez elles et celles qui veulent s’installer ailleurs jouissent de l’accès égal au logement
convenable. Les mesures qui peuvent être prises incluent :

• S’assurer que des mesures soient prises pour garantir les demandes de compensation des PDI –y compris
la restitution et la compensation—pour la privation de leurs droits à la propriété et aux biens subis au
cours du déplacement, indépendamment de leur décision de revenir ou non (voir chapitre 12).
• Les bâtiments publics utilisés comme des centres collectifs devraient (1) être remplacés par un logement
plus approprié et rendus au moins partiellement à leur utilisation normale dans les cas où ils servent des
fonctions publiques importantes ou (2) être modernisés afin de répondre aux exigences d’adéquation et
de fournir finalement des solutions de logement permanentes.
• Dans les cas où les solutions d’abri fournies par les autorités compétentes ou les agences humanitaires se
sont avérées durables, il conviendrait de les moderniser et de les régulariser et de fournir la sécurité du
bail. Ces démarches peuvent faciliter la réinstallation des PDI qui choisissent de ne pas retourner chez
elles. En attendant que les conditions pour le retour soient réunies, les PDI peuvent se voir accorder

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Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

un bail progressif ou des droits légaux concernant le logement qu’elles ont reçu les protégeant des
expulsions forcées. Ces droits peuvent augmenter avec l’ancienneté du bail jusqu’à l’obtention de la
pleine propriété.
• Dans les cas où le retour semble envisageable sur le moyen terme, l’attention doit se porter sur des
méthodes de construction permettant au logement transitoire d’être à la fois approprié aux besoins des
PDI pendant le déplacement et transportable afin de faciliter le retour.
• Les PDI qui se sont installées d’elles-mêmes ou qui veulent déménager de manière permanente à
l’extérieur des installations pour PDI officielles devraient être consultées pour vérifier quel type d’aide
serait la plus utile pour garantir un accès durable à un logement convenable.

Etude de cas
Faciliter les solutions de logement convenables pour les déplacements
à long terme en attendant la possibilité de solutions durables
Bien que l’un des buts principaux de la Stratégie pour les PDI de l’État de Géorgie soit de créer les
conditions pour un retour des PDI dans leurs foyers en toute sécurité et dans la dignité, elle prévoit aussi
des mesures pour les aider à conserver des conditions de vie convenables pendant leur déplacement.
Un certain nombre de ces mesures touchent au logement. Par exemple, le Chapitre V de la Stratégie
recommande la fermeture des centres collectifs dans lesquels les PDI ont vécu dans des conditions qui
ne sont pas assez convenables, de façon à favoriser des solutions de logement plus convenables :

142 “2.1 Une réinstallation efficace des PDI est une condition préalable pour l’amélioration de leurs
conditions de vie, ainsi que pour leur intégration. L’existence d’environ 1’600 centres collectifs sur
le territoire de la Géorgie, dont la plupart ne sont pas assez convenables pour y vivre, constitue non
seulement une menace pour les vies et le bien-être de leurs résidants, mais gêne aussi l’avancement
social et économique du pays. Résoudre le problème des centres collectifs contribuera à l’amélioration
des conditions de vie des PDI et abordera les questions significatives suivantes :

a) Les centres collectifs d’utilité publique retrouveront leur fonction initiale d’institutions sociales (les
hôpitaux, les écoles, etc.) ;
b) Les centres collectifs qui ont une valeur commerciale seront vidés pour être mis en vente sur le marché
privé. Des compensations monétaires, que les PDI recevront en échange de leur départ du lieu de
résidence qu’elles occupent actuellement, seront appropriées et adaptées aux prix du marché ;
c) Les centres collectifs qui sont appropriés pour servir de logement et qui ont une importance
spécifique, seront transférés aux PDI, si elles le désirent, afin de les acquérir pour leur usage privé
(le prix de la privatisation devrait être décidé en fonction de la condition sociale de chaque PDI).

2.2. Les PDI seront protégées contre les expulsions arbitraires / illégales.

2.3. L’aide étatique sera fournie en se basant sur des critères de choix définis de manière stricte, selon
lesquels les PDI résidant dans le secteur privé et celles vivant dans des centres collectifs recevront
une aide spécifique à la mesure de leurs besoins. Les programmes mentionnés dans la liste ci-dessous
prévoient l’amélioration continue et sur le long terme des conditions de vie des PDI :

a) L’utilisation d’institutions sociales spécialisées, dans des programmes d’Etat, pour les PDI dont les
capacités mentales/physiques sont limitées et qui nécessitent des soins spéciaux (différents types
d’abris pour les groupes de personnes avec des besoins de santé spécifiques) ;

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Chapitre 9 : L’abri de base et le logement convenable

Faciliter les solutions de logement convenables pour les déplacements à long terme… (cont.)
b) L’aide sociale, dans des programmes d’Etat, aux PDI âgées mais en bonne santé et aux autres
PDI vulnérables (sans soutien familial, etc.), sans aucun revenu (aide non institutionnalisée pour
ceux qui ne peuvent pas survivre par leurs propres moyens et n’auront pas la capacité de devenir
indépendants dans le futur, bien que ne nécessitant pas de soins spéciaux) ;
c) L’aide financière (ex. des bons ou d’autres formes d’aide) pour les PDI qui n’ont pas d’endroit pour
vivre ou qui quittent des centres collectifs, afin de les soutenir pour acheter une résidence ;

2.4. Le transfert de résidences dans la propriété privée sera particulièrement encouragé, bien que cette
option ne devrait pas être choisie automatiquement. La participation et la contribution des PDI dans ce
processus sont une condition préalable pour l’achat d’appartements. “311

Comment l’aide au logement offerte aux PDI peut-elle être améliorée au fil du temps ?

Tel que décrit dans le chapitre 4, la fourniture de biens et services humanitaires devrait être surveillée et
soumise à un contrôle de qualité continu. Pour le logement, tout comme pour les autres services humanitaires,
la politique sur les PDI devrait encourager l’établissement d’un processus pour traiter les plaintes sur les critères
d’éligibilité pour l’aide au logement ou l’adéquation de cette dernière. Plus important encore, les PDI devraient
être continuellement consultées sur l’adéquation de leur abri et logement et devraient participer à la planification
de l’aide au logement tout au long de leur déplacement. Les PDI devraient aussi avoir accès à l’information
et à des moyens de recours légaux qui soient efficaces et rapides dans les situations où l’inadéquation de leurs
conditions de logement les met en danger ou quand elles font face à une menace d’expulsion. 143

Comment les besoins en logement des PDI devraient-ils être satisfaits dans le contexte
de solutions durables ?

Quand les conditions pour parvenir à des solutions durables ont été créées et qu’il est possible pour les PDI de
retourner volontairement dans leur lieu d’origine en toute sécurité et dans la dignité, l’aide au logement devrait
se concentrer à la fois sur le soutien au retour et à la réinstallation, de façon à fournir des solutions de logement
durables et adéquates et à empêcher les expulsions. Dans un contexte de retour, l’aide liée au logement en
faveur de solutions durables peut inclure l’aide à la reconstruction de maisons endommagées ou détruites (une
condition préalable pour le retour de familles individuelles) et de l’infrastructure locale, allant des écoles et des
bâtiments municipaux aux routes et aux services publics de base (en soutien du plein rétablissement/retour de
communautés) (sur la restitution des propriétés, voir chapitre 12).

En octroyant une telle aide, il est primordial de s’assurer que les PDI qui n’avaient pas de droit officiel sur la terre
et le logement qu’elles occupaient ou utilisaient habituellement—ou qui étaient sans abri, sans terre ou squatters
dans des installations informelles—bénéficient également d’aide pour trouver une solution de logement qui soit
non moins favorable que celle qu’elles connaissaient avant le déplacement. En pratique, l’absence d’un titre clair
de propriété peut en compliquer l’accès par des locataires revenant chez eux ou rendre difficile une aide ou un
crédit à la reconstruction publique. Dans de telles situations, les autorités compétentes devraient, chaque fois
que cela est possible, chercher à fournir une reconnaissance légale aux occupants installés et aux utilisateurs du
logement qui ne sont pas les propriétaires de façon à ce qu’ils aient droit à une aide à la reconstruction au cas où

311 Décret No. 47 sur l’approbation de la Stratégie de l’Etat concernant les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays
(2007), chapitre 5.

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ils chercheraient à rentrer. Idéalement, les autorités compétentes devraient chercher à reconstruire ou construire
un logement collectif là où cela est nécessaire afin de favoriser le retour volontaire des résidants.

Etude de cas
Aide à la reconstruction pour les squatters et les locataires déplacés
En janvier 2005, le gouvernement indonésien a annoncé une directive énonçant que toutes les
familles et les ménages touchés par le tremblement de terre—et le tsunami—avaient droit à une aide à
la reconstruction ou à la réhabilitation et que tous les ménages éligibles recevraient gratuitement une
maison simple de 36 m2 ou une aide adaptée pour reconstruire leurs unités de logement partiellement
détruites et réparables. Par la suite, les locataires sont également devenus éligibles pour recevoir une
aide.312 En mars 2006, l’Agence de réhabilitation et de reconstruction d’Aceh et de Nias (BPN) a
promulgué le règlement 21/2006, offrant de nouvelles “terres en propriété libre et une maison de
base de 36 m2” aux personnes qui en possédaient avant le tsunami et qui en avaient besoin. Ceux qui,
avant le tsunami, louaient ou squattaient leur logement et ne pouvaient plus rentrer se sont vu offrir “un
paiement comptant pour une terre/logement à crédit” qui incluait 40% du coût d’une maison de base de
36 m2 à Banda Aceh pour les anciens locataires et 25 % de ce coût pour les anciens squatters.313
Comme abordé dans le chapitre 5, un certain nombre de PDI les plus pauvres et les plus traumatisés
peuvent rester dans des abris groupés alors que la plupart des autres résidants ont trouvé des solutions
durables, par le biais du retour ou de la réinstallation. Dans de tels cas, l’approche la plus réaliste
consiste souvent à garantir la durabilité de l’intégration locale en s’assurant que ces PDI ont accès à
144 des programmes locaux de protection sociale—y compris le logement social—sur une base non moins
favorable que celle des résidants locaux.

Etude de cas
Donner aux PDI l’accès à des plans de logement social
En Serbie, la Stratégie nationale pour résoudre les problèmes des réfugiés et les personnes déplacées
de 2002 veille à garantir les conditions de rapatriement pour les réfugiés et les PDI et à offrir des activités
permettant de créer les conditions pour une intégration locale en recommandant le développement de
logements sociaux et aussi d’habitations à un coût accessible.314
En Colombie, le Décret 951 de 2001 a étendu sa politique sur les logements sociaux aux PDI par un
système hybride de subventions, de crédits et d’épargne.315 Les subventions sont allouées soit pour
acheter des maisons neuves ou plus anciennes, soit pour améliorer l’infrastructure du logement ou pour
légaliser le statut de propriété foncière d’une maison 316

312 Florian Steinberg, “Housing Reconstruction and Rehabilitation in Aceh and Nias, Indonesia. Rebuilding Lives,” Habitat
International 31, no. 1 (2007), p. 155.
313 Fauziyah Ainy, «Land Rights, Renters, Squatters and Barracks in Aceh,» document présenté à la réunion sur le logement,
Shelter Centre, Genève, juillet 2007.
314 (www.prsp.sr.gov.yu/dokumenta.jsp).
315 Ministère du développement économique, Decreto 951 de 2001: Por el cual se reglamentan parcialmente las Leyes 3ª de
1991 y 387 de 1997, en lo relacionado con la vivienda y el subsidio de vivienda para la población desplazada (Bogota, 2001).
316 Angela Maria Carvajalino Davila, “IDP’s Right to Housing: How This Right Is Translated into Policy,” in: An
Exercise in World Making. Best Student Essays of 2005/06 Institute of Social Studies (2006) (www.iss.nl/content/
download/6846/63044/file/chapter6.pdf ).

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Chapitre 10
La santé

A. Introduction

Objectif : Le principe 18 (2) (d) des Principes directeurs veille à ce que les PDI puissent bénéficier, au minimum,
de services médicaux essentiels. Au-delà de cette garantie, le Principe 19 exige que des Etats apportent aux PDI
blessés et malades des soins médicaux, ainsi que des services sociaux et psychologiques et accordent une attention
particulière aux besoins sanitaires des femmes ainsi qu’à la prévention de maladies contagieuses et infectieuses.

Principe 18
1. Toutes les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont droit à un niveau de vie suffisant.
2. Au minimum quelles que soient les circonstances et sans discrimination aucune, les autorités
compétentes assurent aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays les services suivants et
leur permettent d’y accéder en toute sécurité :
[...]
d) services médicaux [...] essentiels.
145
[...]

Principe 19
1. Toutes les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui sont blessées ou malades, ainsi
que celles qui sont handicapées, recevront, dans toute la mesure possible et dans les meilleurs délais,
les soins médicaux et l’attention dont elles ont besoin sans distinction aucune fondée sur des motifs
extra médicaux. Au besoin, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays auront accès à des
services d’assistance psychologique et sociale.
2. Une attention particulière doit être accordée aux besoins des femmes dans le domaine de la santé,
notamment à leur accès aux prestataires et aux services de soins de santé, tels que les soins de santé
en matière de reproduction, ainsi qu’aux services de consultation requis dans le cas des victimes de
sévices sexuels et autres.
3. Une attention particulière doit être accordée en outre à la prévention des maladies contagieuses et
infectieuses, y compris le sida, parmi les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.

Autres principes pertinents : 18 (2) (a)–(c)

Bases légales : 317 Toute personne a le droit de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu’elle soit capable
d’atteindre.318 Le droit à la santé englobe non seulement l’accès aux services médicaux appropriés, mais aussi aux «facteurs

317 Pour plus de details, voir Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed., Studies in
Transnational Legal Policy 38 (American Society of International Law and Brookings Institution, 2008), pp. 89–91.
318 PIDESC, Article 12 ; CEDR, Article 5(e)(iv) ; CEDEF, Articles 11(1)(f ) et 12 ; CDE, Article 24.

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fondamentaux déterminants de la santé»319 tout comme l’accès à un approvisionnement en aliments nutritifs adéquats et
sans risques (voir chapitre 7), à une eau potable et salubre et à des installations sanitaires (voir chapitre 8) et à un logement
convenable (voir chapitre 9), ainsi qu’à d’autres normes relatives aux droits de l’homme, comprenant des conditions
professionnelles saines (voir chapitre 13) et l’accès à l’éducation et à des informations relatives à la santé (voir chapitre
15).320 D’autres déterminants de la santé incluent les hôpitaux, les cliniques, dispensaires et autres équipements relatifs à
la santé, un personnel médical et professionnel qualifié recevant un salaire décent par rapport au niveau national et des
médicaments essentiels.321 Les éléments indispensables au respect du droit de la santé incluent :

• La disponibilité : des installations, des biens et des services ainsi que des programmes fonctionnels en
matière de santé publique doivent être disponibles en quantité suffisante, y compris tous les déterminants
de la santé.322
• L’accessibilité physique : Les installations, biens et services en matière de santé, ainsi que les déterminants
de la santé, doivent être physiquement accessibles sans danger pour tous les groupes de la population, en
particulier les groupes vulnérables ou marginalisés.323
• L’accessibilité économique: Les installations, biens et services en matière de santé doivent être d’un
coût abordable pour tous. Le coût des services de soins de santé ainsi que des services relatifs aux facteurs
fondamentaux déterminants de la santé doit être établi sur la base du principe de l’équité, pour faire en
sorte que les groupes socialement défavorisés ne soient pas frappés de façon disproportionnée par les
dépenses de santé par rapport aux ménages plus aisés.324
• L’accessibilité de l’information  : l’accessibilité comprend le droit de rechercher, de recevoir et de
répandre des informations et des idées concernant les questions de santé. Elle ne doit pas porter atteinte
au droit à la confidentialité des données de santé à caractère personnel. 325
146 • L’acceptabilité  : Les installations, biens et services en matière de santé doivent être respectueux de
l’éthique médicale (code déontologique et confidentialité) ainsi que des conditions culturelles, de genre
et de vie des individus et des groupes. 326
• La qualité : les installations, biens et services en matière de santé doivent également être scientifiquement
et médicalement appropriés.327
• La non-discrimination : Les installations, biens et services en matière de santé doivent être accessibles
à tous, en particulier aux groupes de populations les plus vulnérables ou marginalisés.328

Dans des situations de conflit armé, la famine et la prise pour cible des denrées alimentaires, des récoltes, du bétail,
des réserves d’eau potable ou des systèmes d’irrigation sont illégaux et les pouvoirs d’occupation ont la responsabilité
de garantir que les denrées alimentaires et que les fournitures médicales soient disponibles aux populations locales.329
Au cours des conflits armés, les Etats doivent notamment s’acquitter de leur obligation de faire respecter le droit au
meilleur état de santé physique et mental susceptible d’être atteint en apportant une assistance médicale aux blessés et aux

319 CDESC, Observation générale 14, paragraphe 4.


320 DUDH, Article 25(1) ; PIDESC, Article 11(1) ; CDESC, Observation générale 14, paragraphe 11.
321 CDESC, Observation générale 14, paragraphe 12(a).
322 CDESC, Observation générale 14, paragraphe 12(b).
323 CDESC, Observation générale 14, paragraphe 12(b) (ii).
324 CDESC, Observation générale 14, paragraphe 12(b) (iii).
325 CDESC, Observation générale 14, paragraphe 12(b) (iv).
326 CDESC, Observation générale 14, paragraphe 12(c).
327 CDESC, Observation générale 14, paragraphe 12(d).
328 CDESC, Observation générale 14, paragraphe 12(b) (i) et 30.
329 Protocole additionnel aux Conventions de Genève (Protocole I), Article 54 ; Protocole additionnel aux Conventions de
Genève (Protocole II), Article 14 ; Convention (IV) de Genève, Article 55.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 10 : La santé

malades,330 en cherchant, en autorisant et en facilitant l’aide humanitaire internationale et la circulation de médicaments,


ainsi qu’en assurant la sécurité des travailleurs médicaux.331 La fourniture des installations de santé, des biens et des
services humanitaires devrait être accordée en priorité aux personnes les plus vulnérables en cas de privation de ces
éléments, y compris aux PDI dans leur ensemble et en particulier aux sous-groupes ayant des besoins spécifiques, comme
les enfants, les femmes enceintes ou qui allaitent, les personnes atteintes du VIH/sida et les personnes âgées.332

Cadre réglementaire : Au niveau interne, le droit à la santé est reflété dans un nombre croissant de constitutions
nationales et la législation nationale énonce souvent des droits de recours à des services gratuits ou subventionnés
pour ceux qui n’auraient pas autrement les moyens d’y accéder. Généralement, des lois nationales réglementent aussi
la prestation des services médicaux, qui englobe notamment l’autorisation de pratiquer la médecine, l’administration
des hôpitaux et des cliniques, la réglementation des produits pharmaceutiques et l’assurance médicale. De telles lois
devraient être passées en revue afin de s’assurer qu’elles n’aboutissent pas de facto à une discrimination contre les PDI
(par exemple par des exigences administratives très formelles concernant les documents officiels à présenter pour avoir
droit à un traitement). Cependant, il peut être possible dans le cadre juridique existant de fournir des services aux
populations de PDI, pour autant que ces règles n’excluent pas certaines mesures telles que la reconnaissance des PDI
comme étant un groupe particulièrement vulnérable nécessitant une aide spéciale (y compris des soins subventionnés),
le développement de nouveaux équipements sur les sites de déplacement et la création de mécanismes de coordination
pour collecter et analyser des informations sur les besoins en santé des PDI et développer des réponses appropriées.
Des réglementations complémentaires peuvent s’avérer nécessaires lorsque aucune loi existante n’est formulée pour
répondre aux besoins de santé dans des situations d’urgence ou dans des lieux se trouvant hors de portée des prestataires
de services usuels, ou quand les dispositions existantes ne s’appliquent pas aux PDI.

Les problèmes souvent rencontrés par les PDI : Suite au déplacement, les PDI perdent généralement l’accès 147
aux installations, aux biens et aux services de santé sur lesquels elles pouvaient précédemment compter pour
les soins de santé mentaux et physiques. Le déplacement affaiblit également l’effet protecteur des réseaux
sociaux et communautaires qui favorise la santé mentale et le bien-être psychosocial et mène à la détérioration
de pratiquement tous les déterminants de la santé des personnes touchées, réduisant notamment leur accès
à l’alimentation (voir chapitre 7), à l’eau et à l’assainissement, (voir chapitre 8) et au logement (voir chapitre
9). L’expérience du déplacement a tendance à aggraver les conditions physiques et mentales préexistantes et
les privations, les blessures et le traumatisme subis pendant le déplacement peuvent provoquer de nouvelles
conditions de santé, y compris des désordres liés à un stress post-traumatique (SSPT) ou d’autres problèmes de
santé mentale. Les PDI sont exposées à un risque élevé d’agressions, de blessures et de violences sexuelles au
cours de leur fuite et elles trouvent fréquemment refuge dans des endroits où elles sont isolées de leur famille et
de leur réseau social et où elles n’ont pas accès aux soins médicaux.

Parfois, les PDI sont confrontées, sur les lieux du déplacement, à une absence de services médicaux qui soient
à même d’atteindre des zones isolées non couvertes par les services de santé habituels. Les PDI font parfois
également face à une réponse insuffisante pendant la phase d’urgence du déplacement, les cliniques et des
hôpitaux existants se retrouvant submergés par une demande trop importante.

Dans les situations où les PDI sont déplacées à proximité d’établissements médicaux existants, elles peuvent
malgré tout manquer d’accès aux soins en raison des discriminations qu’elles subissent, des craintes suscitées

330 Conventions de Genève, Article commun 3(2); Convention (IV) de Genève, Articles 16, 55 et 56 ; Protocole additionnel aux
Conventions de Genève (Protocole I), Article 10 ; Protocole additionnel aux Conventions de Genève (Protocole II), Articles 7(2) et 8.
331 Convention (IV) de Genève, Articles 23, 50(5) et 59 ; CICR, Droit international Humanitaire coutumier, Volume I : Règles,
Règles 25, 28 et 29.
332 CDESC, Observation générale 14, paragraphe 40.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

quant à la charge supplémentaire par rapport à la prestation des soins médicaux locaux et en raison d’obstacles
linguistiques ou bureaucratiques. Il est fréquent que les PDI n’aient pas accès à leur documentation, ce qui
complique le processus d’identification, nécessaire pour leur permettre de suivre un traitement médical (voir
chapitre 11) ou réduit les possibilités de produire un dossier médical établissant les états de santé et les traitements
médicaux précédents. Dans les situations où les PDI sont déplacées dans des secteurs inaccessibles au sein de
centres de population existants, des cas de décès et d’infirmités susceptibles d’être évités continueront de se
déclarer parmi ces personnes, à moins que des établissements médicaux de base ne soient rapidement mis sur
pied pour répondre à leurs besoins élémentaires. Dans certains cas, l’absence de compréhension et de respect
des traditions culturelles et religieuses des communautés déplacées dans la prestation des soins médicaux peut
priver les PDI d’un accès à ces soins (par exemple, lorsque aucun médecin femme n’est présent, certaines femmes
déplacées refusent de se laisser examiner).

La nature des abris et des établissements des PDI peut mettre en danger leur santé dans les cas où la haute
densité de population, le manque d’intimité et l’inadéquation des structures sanitaires augmentent les risques
d’agressions, de violences sexuelles et de propagation de maladies contagieuses et véhiculées par l’eau (voir
chapitres 8 et 9). Les sous-groupes de PDI les plus susceptibles d’avoir besoin de soins médicaux, tels que
les femmes, les enfants, les personnes âgées, les personnes souffrant d’une incapacité physique ou mentale et
celles souffrant d’une maladie chronique ou d’un traumatisme, ou les personnes vivant avec le VIH/sida, sont
exposées à des risques particuliers à cause de l’absence de ces prestations. Le manque d’accès aux services
médicaux engendre également le risque que les PDI ne reçoivent pas la documentation médicale essentielle pour
l’exercice de leurs droits, comme les actes de naissance pour leurs enfants nés pendant le déplacement et les actes
de décès pour les parents et les conjoints décédés.
148

B. Liste de contrôle : les problèmes devant être traités par les


lois et les politiques internes

Les éléments minimaux essentiels de la réglementation étatique


Au minimum, les autorités compétentes dans des situations de déplacement devraient :
1. Reconnaître le droit à la santé pour les PDI.
2. Désigner une agence ou une organisation ayant la responsabilité de fournir les services de santé
essentiels aux PDI dans les cas où celles-ci ne peuvent pas bénéficier d’un accès aisé aux services
disponibles pour la population dans son ensemble.
3. Rechercher et accepter l’aide de la communauté internationale si les besoins des PDI ne peuvent pas
être suffisamment satisfaits au niveau interne.
4. Établir des procédures pour identifier et donner la priorité aux bénéficiaires des services de santé sur la
base des besoins et de l’état de vulnérabilité.
5. Prévoir la renonciation aux exigences conventionnelles et universelles (par exemple, une
documentation spécifique, des exigences de résidence et une couverture médicale) qui limitent ou
excluent l’accès des PDI aux services de santé et prévoir le libre accès à ces services sur la base des
besoins et de l’état de vulnérabilité.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 10 : La santé

Par ailleurs, pour s’assurer que les PDI puissent jouir de leur droit au meilleur état de santé physique et mentale
susceptible d’être atteint pendant et après le déplacement, les lois et les politiques internes devraient :

• Reconnaître le droit à la santé et investir une agence gouvernementale ou une organisation comme les Société
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de la responsabilité de fournir les services de santé essentiels aux
PDI dans les situations d’urgence ou aux endroits qui sont trop éloignés des services de santé existants pour
être accessibles aux déplacés. Une telle entité devrait être également responsable de chercher le soutien de la
communauté internationale si les besoins ne peuvent pas être suffisamment satisfaits au niveau interne.
• Identifier et prendre en compte les traditions, les pratiques et les besoins en matière de santé des PDI
pendant et avant le déplacement ;
• Consulter les PDI sur leurs besoins de santé et dans la conception des services ;
• Prévoir des services médicaux essentiels, puis entretenir et rétablir les déterminants fondamentaux
pendant la phase d’urgence du déplacement ;
• Fournir aux PDI un accès physique sans danger aux établissements de santé existants pendant le déplacement
dans des conditions non moins favorables que celles dont bénéficie la population non déplacée ;
• Fournir, dans la mesure du possible, des services de santé aux PDI qui n’ont pas d’accès physique sans
danger aux établissements de santé existants, y compris la fourniture de services assurés par l’aide
humanitaire internationale ;
• Améliorer la prestation des services médicaux apportés aux PDI de manière continue par le biais d’un
contrôle et d’une évaluation (y compris les systèmes d’information de santé), de procédures de plaintes,
ainsi que la consultation et la participation des PDI bénéficiaires dans la planification ;
• Garantir des services et des établissements de santé adéquats dans l’appui de solutions durables volontaires.
149

C. Les éléments nécessaires de la réglementation étatique

Quelles dispositions institutionnelles sont nécessaires pour garantir le droit des PDI
à la santé ?

Les Etats disposent généralement d’organes (par exemple, un Ministère de la Santé) qui traitent des questions
de santé, qui assurent et surveillent la prestation des services de santé. Des dispositions institutionnelles
spéciales peuvent s’avérer seulement nécessaires pour garantir que les services de santé essentiels soient fournis
dans les situations d’urgence ou aux endroits trop éloignés des services existants pour être accessibles par les
PDI, soit par des agences gouvernementales, par des organisations non gouvernementales internes telles que les
Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, soit par la communauté internationale. De plus,
des systèmes de référence devraient être établis et les PDI, ainsi que tous les acteurs humanitaires aidant les
populations de PDI, devraient recevoir des informations complètes sur ce système, y compris l’emplacement des
principaux établissements de santé, ainsi que celui des établissements de taille moins importante. Dans certaines
situations, une coopération entre les régions ou entre le centre et les régions peut être nécessaire afin de garantir
que les systèmes de référence pour les PDI fonctionnent au-delà des frontières administratives.

Quelles informations relatives aux PDI peuvent être utiles pour évaluer la meilleure
manière de garantir leur droit à la santé ?

Dans le contexte des efforts déployés pour compter, localiser et évaluer les besoins des populations de PDI (voir
chapitre 2, section C), les autorités compétentes devraient activement chercher et compiler des informations liées à

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leur état actuel de santé et à tout problème de santé connu avant le déplacement. De telles informations incluent :

• Tout rapport épidémiologique ou dossier médical disponible concernant les PDI ou les régions où le
déplacement a eu lieu, en gardant à l’esprit la nécessité de respecter la confidentialité du patient :
• Des indicateurs de santé généraux pour les PDI, y compris les taux de morbidité et de mortalité relevés
avant le déplacement, ainsi que la fréquence de toute carence nutritionnelle (voir chapitre 7) ;
• Les données sur les immunisations pratiquées avant le déplacement ;
• Les pratiques hygiéniques et la manière dont les excrétions humaines étaient éliminées avant le
déplacement (voir chapitre 8) ;
• Les coutumes culturelles et religieuses liées à la santé pratiquées par les populations et les sous-groupes
de PDI, y compris les coutumes liées aux soins préventifs traditionnels, les pratiques de guérison et les
médicaments, la naissance, le traitement des morts et l’examen médical des femmes ;
• La fréquence de toutes les pratiques culturelles et religieuses ayant des conséquences négatives pour
les droits de l’homme et pour la santé telles que les mutilations génitales féminines, le favoritisme dans
l’alimentation et le soin des enfants de sexe masculin ou les stigmates liés à des maladies ou à des
conditions médicales particulières ;
• Tous les obstacles préexistants auxquels la population de PDI ou les sous-groupes spécifiques de la
population de PDI ont fait face dans l’exercice de leur droit à la santé et dans leurs stratégies d’adaptation
pour les surmonter ;
• Les informations sur la nature et la fréquence des blessures ; les traumatismes physiques et mentaux, y
compris les violences basées liées au genre et les états de stress post-traumatique ; et les maladies dont
les PDI ont souffert au cours de leur déplacement ;
150 • Les installations, les biens et les services en matière de santé qui sont immédiatement accessibles aux
PDI sur leur lieu de déplacement et tout obstacle (manque de capacité, langue et absence de documents)
auxquels les PDI font face en voulant y accéder.

Chaque fois que les conditions le permettent, la planification d’équipements de santé, de biens et de services
destinés aux PDI devrait être basée sur l’établissement d’un système d’information sanitaire (SIS) permettant de
rassembler, d’analyser et d’utiliser les données de santé publique appropriées pour améliorer la réponse aux questions
de santé des PDI de manière suivie.333 De telles données devraient, dans la mesure du possible, être ventilées par
âge et par sexe pour garantir que les risques sanitaires qui sont spécifiquement liés au genre—et à l’âge—soient
rapidement identifiés et pris en charge. En rassemblant de telles informations, les autorités compétentes doivent
respecter la confidentialité des dossiers et des données médicales et ne devraient jamais divulguer d’informations
sur des patients spécifiques à toute personne n’étant pas directement impliquée dans les soins du patient, sans que
ce dernier n’en donne l’autorisation préalable.334

Qui devrait être impliqué dès le début dans la coordination des services de santé fournis
aux PDI ?

Au niveau national, la santé devrait être une des questions centrales traitée par le mécanisme de coordination
institutionnel (voir chapitre 2, section G sur la coordination générale, ainsi que chapitre 4 sur le rôle d’une telle
coordination dans les contextes d’aide humanitaire). Afin de garantir que la réponse aux questions médicales
des PDI est envisagée comme faisant partie intégrante de la politique de santé nationale au sens le plus large,

333 Manuel Sphère, Norme 6 relative aux systèmes et infrastructures de santé: systèmes d’information en matière de santé, p. 321.
334 Manuel Sphère, Norme 6 relative aux systèmes et infrastructures de santé: systèmes d’information en matière de santé, Note
d’Orientation 3, p. 323.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 10 : La santé

le ministère traitant des questions sanitaires et médicales relatives aux PDI au niveau national devrait être
directement impliqué et être responsable du traitement de cet aspect de la réponse au déplacement. 335 Les
interventions pour protéger le droit des PDI à la santé devraient être coordonnées étroitement avec d’autres
secteurs de l’aide humanitaire et notamment ceux liés à l’alimentation (chapitre 7), à l’eau et à l’assainissement
(chapitre 8) et au logement (chapitre 9), aux niveaux tant central que local. Un objectif-clé d’une telle coordination
devrait être l’identification des obstacles et des lacunes juridiques et administratives. Par exemple, les autorités
compétentes devraient identifier tous les protocoles de traitement nationaux pertinents pour la gestion de
maladies et des blessures courantes, ainsi que les listes de médicaments essentiels ou les formulaires nationaux et
les passer en revue afin de s’assurer qu’ils sont à jour et correspondent aux besoins des populations déplacées. 336

La coordination avec les acteurs humanitaires internationaux est également importante en ce qui concerne le
droit à la santé. Les acteurs internationaux peuvent agir en soutien aux réponses nationales avec des biens et
des services de santé qui peuvent se faire rares dans des situations de déplacement, comme les médicaments,
les équipements, l’expertise et un personnel médical qualifié. Dans certaines situations de déplacement, les
agences humanitaires internationales ont démontré leur capacité à mettre sur pied des établissements de santé,
comme des hôpitaux de terrain dont la mission est d’offrir des soins aux victimes de catastrophe. En règle
générale, l’aide humanitaire internationale devrait soutenir les efforts nationaux en fournissant des biens, des
services et une expertise de santé supplémentaires, plutôt que de faire double emploi en créant des établissements
parallèles. Dans des situations où il n’y a aucune autre façon rentable de fournir des services de santé appropriés
(comme les situations d’urgence qui surchargent les services existants, ou les cas où les PDI n’ont pas d’accès
physique aux équipements de santé existants), le fait de demander et de faciliter l’installation d’hôpitaux de
terrain internationaux peut constituer une partie nécessaire de la réponse nationale au déplacement.337
151
La fourniture de biens, de services et d’équipements médicaux implique des questions techniques, scientifiques et
logistiques qui sont souvent réglementées à la fois dans le droit interne et dans les normes et les lignes directrices
des meilleures pratiques internationales en matière de catastrophes humanitaires.338 Ces normes devraient être
mentionnées, mais n’ont pas besoin d’être répétées dans des lois et des politiques spécifiques aux PDI, qui devraient
plutôt se concentrer sur des questions de protection plus larges et qui soient liées à l’accès sans danger et non-
discriminatoire aux établissements de santé. En conséquence, elles ne sont pas couvertes en détail dans ce chapitre.

Les processus pour concevoir des installations, des biens, et des services en matière de santé sont particulièrement
propices à la participation des PDI. La consultation avec les communautés touchées peut aider à identifier les
risques et les problèmes pour la santé, ainsi que les mécanismes d’adaptation efficaces et les stratégies adoptées
pour les traiter. Par exemple, les communautés de PDI s’engagent parfois dans des techniques de prévention ou de
guérison qui peuvent compléter la prestation des services médicaux formels. Encourager les PDI à conserver des
pratiques de santé traditionnelles est aussi une façon d’encourager des réponses communautaires au déplacement
qui peuvent contribuer au bien-être psychosocial des PDI en reconstruisant ou en reproduisant les réseaux
familiaux et communautaires dont l’effet protecteur a été bouleversé par le déplacement.339 La consultation avec
les PDI peut également permettre d’identifier les pratiques traditionnelles nuisibles et les besoins médicaux
particuliers des groupes vulnérables au sein des populations de PDI.

335 Manuel Sphère, Norme 2 relative aux systèmes et infrastructures de santé : soutien aux systèmes nationaux et locaux de
santé, p. 311.
336 Manuel Sphère, Norme 5 relative aux systèmes et infrastructures de santé : services cliniques, note d’orientation 4, p. 320.
337 Manuel Sphère, Norme 2 relative aux systèmes et infrastructures de santé : soutien aux systèmes nationaux et locaux de
santé, note d’orientation 5, p. 313.
338 Voir, par exemple, Manuel Sphère, normes minimales dans le secteur des services de santé, Annexe 4 : Références, p. 361.
339 IASC, ‘Directives du Comité permanent interorganisations concernant la santé mentale et le soutien psychosocial dans les
situations d’urgence’, (2007), pp. 12–13.

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Idéalement, les mécanismes de participation devraient faciliter la formation de groupes ou de comités pour suivre
des questions de santé spécifiques et disséminer des informations de santé publique. Ils devraient également
permettre l’identification des personnes qui prennent traditionnellement soin de leur famille et du personnel
médical au sein des populations de PDI. Ces personnes peuvent (au besoin) être formées et payées pour fournir
les services médicaux essentiels, tels que l’aide à l’accouchement qualifiée. Une formation sur la santé préventive,
y compris les bonnes pratiques d’hygiène et sanitaires, devrait être disponible à toutes les PDI, indépendamment
du fait qu’elles aient déjà une formation en santé formelle ou traditionnelle. De même, les informations et la
formation sur la santé sexuelle et reproductive et le planning familial devraient être mises à disposition dans
le contexte des consultations sur les questions de santé. Dans des situations où les populations de PDI ont
physiquement accès aux établissements et aux services de santé existants, des consultations devraient s’étendre
aux communautés d’accueil et aux autres communautés vivant dans la zone du déplacement, afin d’identifier les
mesures qui peuvent être prises pour s’assurer que l’accès aux soins des PDI ne surcharge pas la capacité locale
ou ne crée pas de tensions.

Comment les PDI peuvent-elles recevoir des services médicaux essentiels dans la phase
d’urgence du déplacement ?

Dans la phase aiguë d’urgence d’une catastrophe, quand le déplacement vient de se produire et que la
situation sur le terrain reste instable, les réponses orientées sur la santé devraient se concentrer sur la nécessité
fondamentale de rétablir les déterminants fondamentaux pour que les PDI puissent exercer leur droit à la
santé. Dans des situations humanitaires, cela signifie la fourniture rapide de la nourriture essentielle ou des
moyens pour son obtention (voir chapitre 7), l’eau potable et l’assainissement (voir chapitre 8) et un abri et un
152 logement de base (voir chapitre 9). En garantissant l’accès humanitaire aux PDI, la stabilisation de la situation
et de l’accomplissement rapide de ces besoins humanitaires de base empêcheront des excès de morbidité et
de mortalité et jetteront les bases pour un retour à un certain degré de normalité par le biais d’interventions
dans le domaine de la santé plus systématiques. Les services de santé devraient être assurés autant que faire
se peut pendant l’étape d’urgence. S’il n’existe pas de ressources suffisantes pour traiter toutes les blessures et
les maladies graves, les soins médicaux devraient être répartis sur la base d’un système de triage systématique
consistant à établir des priorités entre les traitements afin que le plus grand nombre de personnes possible
puisse bénéficier des meilleures prestations sanitaires. 340

En ce qui concerne la réponse aux besoins des PDI en matière de soutien psychosocial et de santé mentale dans
la phase d’urgence du déplacement, l’accent devrait être mis sur les interventions sociales qui se concentrent
sur l’anxiété, le traumatisme et la déliquescence de réseaux d’appui familiaux et sociaux. en fournissant des
informations aux PDI, en les encourageant à prendre part à des activités qui revêtent un intérêt commun, à
maintenir les activités culturelles et religieuses qu’elles menaient avant le déplacement et à reprendre des activités
éducatives et de loisirs pour les enfants et les adolescents dès que possible (voir chapitre 15 sur l’éducation). 341
Une attention spéciale devrait également être apportée aux premières étapes de la prise en charge afin d’anticiper
et de répondre aux effets de la violence liée au genre afin d’empêcher l’apparition et la transmission de maladies
transmissibles et de fournir des soins obstétriques d’urgence pour les femmes enceintes. Enfin, les PDI ayant
des maladies chroniques et des besoins médicaux à long terme (telles les personnes vivant avec le VIH/sida, qui
ont une maladie mentale, du diabète ou une maladie cardiaque) devraient être identifiées et leur programme de
médication et/ou leur traitement repris dès que possible.

340 Manuel Sphère, Norme 1 relative à la lutte contre les maladies non transmissibles : blessures, note d’orientation 2, p. 341.
341 Manuel Sphère, Norme 3 relative à la lutte contre les maladies non transmissibles : aspects mentaux et sociaux de la santé, p. 346.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 10 : La santé

Quelles questions doivent être prises en considération lors de l’administration des soins
aux PDI par le biais des établissements existants ?

Une fois que la phase d’urgence du déplacement est terminée, les PDI situées près des établissements et des
services médicaux existants devraient en principe pouvoir y accéder en des termes non moins favorables que la
population non déplacée. L’intégration de populations de PDI dans les établissements médicaux existants permet
d’éviter le risque de recours à des systèmes médicaux parallèles qui pratiquent de la discrimination envers les
PDI en leur fournissant un service moins adéquat que celui mis à disposition de la communauté environnante.
Au contraire, le système parallèle peut aussi créer des tensions quand par exemple, une aide internationale de
haut niveau mène à des soins de meilleure qualité pour les PDI. Il existe un consensus croissant au sein de la
communauté humanitaire internationale sur le fait que l’aide humanitaire devrait servir à renforcer les capacités
des systèmes nationaux existants plutôt que de les supplanter.342 L’intégration des populations de PDI dans des
établissements de santé existants soulève un certain nombre de questions :

• Capacité : Quand de grands nombres de PDI sont déplacés dans des zones relativement peu peuplées, leurs
besoins en matière de santé peuvent risquer de dépasser les capacités des systèmes locaux, à la fois en raison du
nombre et du taux en général plus élevé de blessures et de maladies par rapport à la population non déplacée.
En particulier, dans des situations où l’éventualité d’un retour rapide paraît probable, il est possible qu’un
investissement dans des systèmes de santé locaux nécessaires pour intégrer entièrement les PDI ne se justifie pas
et que l’aide internationale soit plus appropriée pour développer des réponses provisoires, comme des hôpitaux
de terrain. Cependant, quand il n’y a aucune perspective claire de retour rapide, l’aide internationale devrait être
demandée et utilisée pour créer des établissements et des services locaux en consultation à la fois avec les PDI et
avec la population non déplacée locale. Les communautés de PDI peuvent contribuer directement aux efforts 153
pour soulager la charge imposée aux établissements locaux. Elles peuvent en effet continuer de pratiquer les
formes traditionnelles de prévention et de guérison et le personnel médical formé et les personnes dispensant des
soins traditionnels peuvent être placés auprès de l’équipe locale des professionnels de santé.

• Barrières linguistiques et culturelles : l’accès des PDI aux services médicaux locaux peut être limité par
l’existence des traditions culturelles et religieuses qui ne sont pas compatibles avec les pratiques de santé et
médicales de la communauté d’accueil. Dans d’autres situations, il se peut que les deux communautés ne
partagent pas de langue commune. Dans de telles circonstances et dans la mesure du possible, il peut être
particulièrement important de recruter du personnel médical parmi la population de PDI. Un tel recrutement
exigerait l’identification au sein de la population déplacée à la fois du personnel soignant traditionnel et
de tout professionnel médical ou de santé, ainsi que des formations supplémentaires pour s’assurer que les
protocoles de traitement nationaux sont respectés. Dans de telles circonstances, il conviendrait d’opérer une
séparation entre les établissements de santé dédiés aux soins primaires et les établissements de santé dédiés
aux soins cliniques ou aux malades en consultation externe pour répondre aux besoins sanitaires spécifiques
de la communauté des PDI, y compris par la prestation de services dans une langue qu’elles comprennent et
par une adhésion aux pratiques traditionnelles. L’intégration avec les systèmes locaux, en revanche, pourrait
commencer par l’orientation des patients vers des services spécialisés, comme les procédures chirurgicales
réservées aux malades hospitalisés ou les soins psychologiques ou psychiatriques spécialisés.

• Documents : Dans de nombreux systèmes internes, l’accès aux services de santé peut être subordonné à la
présentation de documents personnels établissant l’identité des PDI et d’autres informations pertinentes
telles que l’éligibilité à l’aide sociale (voir chapitre 13 sur l’emploi, les activités économiques et la sécurité
sociale). Cependant, il est rare que les PDI disposent ou aient accès à ces documents. De même, des

342 Manuel Sphère, Norme 2 relative aux systèmes et infrastructures de santé: soutien aux systèmes nationaux et locaux de santé,
p. 311.

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difficultés tant formelles que pratiques peuvent surgir dans des situations où les PDI souffrant de maladies
mentales ou de maladies physiques chroniques n’ont pas d’accès au dossier médical établissant le traitement
antérieur. L’absence de documents ne justifie pas le fait que les PDI n’aient pas accès au meilleur état de
santé physique et mentale susceptible d’être atteint. Dans des situations où de tels problèmes empêchent les
PDI d’avoir accès aux biens, services et aux établissements médicaux, les autorités compétentes devraient
appliquer les mesures décrites dans le chapitre 11 pour s’assurer que les documents nécessaires sont délivrés
aux PDI par des procédures simplifiées ou que des dérogations sont accordées.

D’autres obstacles bureaucratiques pour l’exercice par les PDI de leur droit à la santé devraient également
être abordés. Par exemple, il convient d’éviter que les PDI bénéficiant de services de santé doivent consulter
plusieurs services pour un seul soin ou soient obligées de se présenter à de courts intervalles pour prolonger des
ordonnances lorsqu’elles ont à parcourir de longues distances pour parvenir aux établissements de santé et ne
peuvent se permettre le transport.

• Accessibilité économique : les services de santé sont coûteux, mais les PDI ont tendance à s’appauvrir
avec le déplacement et elles devraient donc avoir droit à des soins gratuits ou subventionnés, notamment
pendant les premières étapes du déplacement. Au cours de situations de déplacement prolongées, il
peut être acceptable d’introduire ou d’augmenter les honoraires ou les co-paiements pour l’utilisation
d’installations et de services de santé, ou d’exiger une contribution aux fonds de la Sécurité sociale
ou la souscription à une autre forme de couverture de santé tant que cela n’impose pas de charge
disproportionnée aux PDI. Toute charge de ce genre devrait être calculée sur la base du principe d’équité.
Selon ce principe, le paiement pour des services de soins et les déterminants de la santé ne devraient pas
154 représenter de charge disproportionnée pour les groupes socialement désavantagés par rapport à d’autres,
qui sont plus aisés. Pour les PDI et d’autres populations marginalisées, les dépenses de la Sécurité sociale
notamment ne devraient pas mettre en péril ou menacer la réalisation d’autres droits de l’homme.

Etude de cas
Fournir des services de santé pendant le déplacement
En Colombie, la Loi No 387 sur le déplacement interne stipule que “le Système général de sécurité sociale
devra mettre en œuvre des mécanismes prêts à être utilisés pour que les populations touchées par le
déplacement puissent avoir accès aux services médicaux, psychologiques, dentaires, chirurgicaux et autres
services comme la réhabilitation et puissent se rendre à l’hôpital conformément à la Loi 100 de 1993.”343

La Stratégie géorgienne d’Etat pour les PDI inclut un certain nombre de dispositions liées aux soins
pour les PDI :

“Chapitre III
2.2. Intégration de la population déplacée
2.2.1. Il est nécessaire de créer, ou de supprimer les obstacles, pour que les PDI jouissent de conditions
légales, politiques, socio-économiques et de conditions de vie comme les autres citoyens de la Géorgie.
Il devrait être souligné que du point de vue légal, les PDI ont les mêmes droits que les autres citoyens de
la Géorgie. Malgré cela, cependant, elles ne sont pas entièrement intégrées dans la société :
[…] ;

343 Loi n°387 (1997), Article 19 (4).

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 10 : La santé

Fournir des services de santé pendant le déplacement (cont.)

b) Les PDI ont le droit bénéficier sur une base égale des programmes de […] soins […] établis par
l’Etat et par d’autres, que le gouvernement de Géorgie ou que le secteur non gouvernemental offre à
tout citoyen de la Géorgie ;

Chapitre V
2. Amélioration des conditions de vie pour les PDI
[…]
2.3. l’aide d’état fournie sera basée sur des critères de choix strictement définis, selon lesquels les PDI
résidant dans le secteur privé et celles vivant dans les centres collectifs recevront une aide spécifique
adaptée à leurs besoins. Les programmes mentionnés ci-dessous prévoient l’amélioration stable et à
long terme des conditions de vie des PDI :
a) L’utilisation d’institutions sociales spécialisées, dans des programmes d’Etat, pour les PDI ayant des
capacités mentales/physiques limitées et qui ont besoin de soins spéciaux (différents types d’abris pour
les groupes de personnes ayant des besoins de santé spécifiques);

3. Amélioration des conditions socio-économiques des PDI


3.1. L’amélioration des conditions de vie des PDI dépend de l’accès aux services sociaux adéquats, tout
d’abord dans les domaines liés à la santé et à l’éducation. Pour atteindre ces buts, la stratégie d’Etat
prévoit la mise en œuvre des activités suivantes :
a) Il est nécessaire de conduire une étude sur l’état de santé et la morbidité des PDI. Il conviendrait de
porter une attention spéciale à la recherche de la fréquence des maladies dont le risque est probablement
élevé parmi les PDI. Il est recommandé d’élaborer des programmes d’aide/de réadaptation médicale et
155
psychosociale pour les PDI ;”344

Comment des soins médicaux devraient-ils être apportés aux PDI qui n’ont pas d’accès
physique aux établissements existants ?

Dans les cas où les PDI ne sont pas situées à une distance sûre des services et des établissements existants
et qu’il serait risqué ou inopportun pour elles de se relocaliser, il convient de faire appel à l’aide humanitaire
internationale et de faciliter celle-ci, chaque fois que cela est possible, afin de satisfaire leurs besoins de santé.
Dans les situations où les PDI sont géographiquement concentrées ou vivent dans des abris collectifs, il peut
être nécessaire et plus rentable de mettre sur pied des hôpitaux de terrain destinés à répondre à leurs besoins.
Dans des situations où les PDI sont plus dispersées, il peut être nécessaire de songer à recourir à des dispensaires
mobiles.345 Chaque fois que cela est possible, ce type de service de santé devrait chercher à encourager le
maintien de la médecine préventive traditionnelle et des techniques de guérison et soutenir l’activité constante
du personnel soignant et des professionnels médicaux traditionnels au sein de la communauté déplacée.

Comment les services de santé pour les PDI peuvent-ils être améliorés au fil du temps ?

Comme il est mentionné dans le chapitre 4, la fourniture de biens et de services humanitaires devrait être
surveillée et soumise à un contrôle de qualité continu. Comme il est expliqué ci-dessus, l’établissement d’un
système d’information sanitaire opérationnel (SIS) permet une identification rapide des problèmes et risques,

344 Décret No. 47 du gouvernement de Géorgie sur l’approbation de la Stratégie d’Etat pour les Personnes déplacées à l’intérieur
de leur propre pays— les persécutés (2007).
345 Normes Sphère, Norme 4 relative aux systèmes et infrastructures de santé: soins de santé primaires, Note d’orientation 2, p. 316.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
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contribuant ainsi à une amélioration constante des services de santé. Dans le domaine de la santé, tout comme
pour d’autres biens humanitaires, la politique sur les PDI devrait encourager l’établissement de procédures de
plaintes qui répondent aux préoccupations des individus concernant les critères d’éligibilité ou l’adéquation des
services. Les PDI devraient être continuellement consultées sur l’adéquation des réponses concernant la santé et
devraient participer tout au long du processus à la planification de ces services et établissements.

Comment le droit à la santé devrait-il être réalisé dans le contexte de solutions durables ?

Dans les situations de solutions durables, les décisions des PDI concernant leur éventuel retour chez elles ou leur
installation ailleurs sont significatives pour déterminer quel type de mesures sera nécessaire pour sauvegarder
leurs droits à la santé. Dans le cas des PDI qui ne veulent pas retourner chez elles, le but devrait être de donner
accès aux établissements et aux services de santé existants dans les lieux d’intégration locaux ou de réinstallation.
Pour les PDI qui n’ont pas atteint l’autosuffisance économique, cela signifiera dans la pratique qu’elles devraient
avoir le droit de bénéficier, sur une base égale, de mesures prises par l’Etat pour respecter le principe d’équité
dans l’évaluation des services de santé pour tous les groupes socialement désavantagés. A un moment donné, il
peut être exigé des PDI intégrées qui peuvent se le permettre qu’elles paient des honoraires réguliers ainsi que
des cotisations à la Sécurité sociale ou à des assurances appropriées.

Dans le cas de retour dans leur foyer ou lieu de résidence antérieur au déplacement, les PDI devraient recevoir
une aide à la réintégration, y compris des mesures pour garantir leur droit de la santé. Lorsque cela est approprié,
les autorités compétentes devraient faciliter la reconstruction des infrastructures de santé et médicales et
s’assurer que les professionnels de la santé de retour chez eux sont encouragés à fournir leurs services. Dans les
156 cas où le retour a lieu dans des zones où il existait des services et des équipements de santé inadéquats avant le
déplacement, des mesures devraient être prises en consultation avec la population locale pour garantir le niveau
de santé mentale et physique le plus élevé susceptible d’être atteint dès que les ressources le permettent. Au bout
du compte, les personnes retournant chez elles devraient aussi être intégrées dans des systèmes de services de
santé généraux, avec les mêmes obligations de payer des honoraires accessibles que la population non déplacée
(et la même éligibilité pour des honoraires équitables pour les personnes vulnérables).

Étude de cas
Fournir des services de santé dans les zones de retour en Angola
En 2001 le Conseil de Ministres de l’Angola a adopté un décret incluant des mesures spécifiques pour
soutenir la fourniture de Sécurité sociale aux PDI dans le contexte de solutions durables :

“Article 7 (Réadaptation d’infrastructure)


Les agences de l’ONU aideront les Gouvernements Provinciaux et d’autres associés dans la réhabilitation des
postes de santé et des centres médico-sociaux ainsi que des écoles dans les sites de retour et de réinstallation.

Article 8 (Aide sociale)


1. Les secteurs du Gouvernement appropriés soutiendront la santé […] sur les sites de réinstallation
et de retour et s’assureront que des médicaments essentiels […] sont fournis, sans préjudice aux
dispositions d’autres articles ci-inclus.
2. […]
3. Des organisations humanitaires seront invitées à soutenir les Gouvernements Provinciaux dans la
fourniture de médicaments essentiels.”346

346 Angola, Conseil des ministres, Décret No. 1/01 (5 Janvier 2001).
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Chapitre 11
La reconnaissance, la délivrance et le remplacement des documents

A. Introduction

Objectif : La signification pratique du Principe 20 des Principes directeurs est de s’assurer que l’absence des
documents nécessaires ou l’impossibilité de remplacer les documents perdus n’empêche pas les PDI d’exercer leurs
droits. Lorsque la documentation personnelle est une condition préalable pour l’exercice de droits fondamentaux,
les Etats devraient faire en sorte que les PDI aient accès à ces documents de manière efficace.

Principe 20
1. Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.
2. Pour donner effet à ce droit reconnu aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, les autorités
concernées leur délivreront les documents dont elles ont besoin (passeport, papiers d’identité, attestation
de naissance, attestation de mariage, etc.) pour qu’elles puissent jouir de leurs droits. Elles leur faciliteront
en particulier l’obtention de nouveaux documents ou le remplacement des documents perdus durant le
processus de déplacement sans leur imposer des conditions excessives, telles que le retour dans le lieu de
157
résidence habituel pour se faire délivrer ces documents ou d’autres papiers nécessaires.
3. Les femmes et les hommes pourront demander de tels documents sur un pied d’égalité et auront le
droit de se les faire délivrer à leur propre nom.

Bases légales : 347 Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.348 Ce droit
n’est sujet à aucune exception ni n’autorise aucune dérogation en temps de crise.349 Il doit être respecté sans
distinction aucune, 350 y compris celle basée sur le déplacement interne. Conformément à ce principe, les Etats
devraient prendre des mesures de discrimination positive pour faire en sorte que les PDI disposent des documents
nécessaires pour pouvoir établir leur identité et jouir de leurs droits de l’homme et de droits légaux sur la même
base que les autres citoyens. Les femmes et les hommes devraient jouir des mêmes droits pour obtenir les
documents nécessaires et se les faire délivrer en leur nom propre. Toute personne a le droit à être enregistrée et à
recevoir un nom immédiatement après la naissance351 et les Etats ont l’obligation de fournir une aide immédiate
en vue du rétablissement de l’identité de tout enfant illégalement privé des éléments constitutifs de son identité
ou de certains d’entre eux352. Les mariages doivent aussi être enregistrés pour garantir le respect de l’égalité des

347 Pour plus de détails, voir Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed., Studies in
Transnational Legal Policy 38 (American Society of International Law and Brookings Institution, 2008), pp. 92–95.
348 DUDH, Article 6 ; PIDCP, Article 16.
349 PIDCP, Article 4(2).
350 UDHR, Article 2 ; PIDCP, Article 2(1).
351 PIDCP, Article 24(2). Voir également Convention (IV) de Genève, Article 50(2) La puissance occupante prendra toutes les
mesures nécessaires pour faciliter l’identification des enfants et l’enregistrement de leur filiation.
352 CDE, Article 8(2). Voir également “Déclaration sur les principes sociaux et juridiques applicables à la protection et au
bien-être des enfants, envisagés surtout sous l’angle des pratiques en matière d’adoption et de placement familial sur les
plans national et international”, Adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU dans sa résolution 41/85 du 3 décembre 1986,
(http://www.unhchr.ch/html/menu3/b/27_fr.htm).
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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

droits entre les deux parties.353 Les Etats ont l’obligation spécifique de s’assurer que les groupes vulnérables tels
que les réfugiés et les civils internés dans des territoires occupés reçoivent les documents de base.354

Cadre réglementaire : Au niveau interne, l’obligation de produire des documents apparaît dans de nombreuses
lois. Or, les PDI sont souvent dans l’incapacité de produire ces documents parce qu’elles ont du les laisser
lorsqu’elles se sont enfuies ou les ont perdus au cours de leur fuite. Les problèmes les plus courants surgissent
lorsqu’il s’agit de demander des cartes d’identité ou des documents de voyage, de recevoir des soins médicaux
ou des prestations sociales, d’inscrire ses enfants dans un nouveau district scolaire, de se faire inscrire pour
voter et de recevoir une pension ou d’autres droits acquis. Dans de tels cas, répondre aux besoins des PDI peut
exiger tant la révision de différents secteurs de la législation pour s’assurer qu’ils n’imposent pas de conditions
déraisonnables aux PDI que l’introduction de politiques ou de mesures légales qui prévoient la réémission
simplifiée de documents et la reconnaissance du statut de PDI comme un moyen alternatif d’accéder à des droits
ou à des prestations. Bien que les lois et les politiques sur le déplacement interne doivent confirmer les droits des
PDI à des documents personnels, il est probable que la pleine mise en œuvre de ces droits requière l’amendement
de lois ou des interprétations de lois existantes tenant compte de mesures provisoires pour faciliter l’émission et
la reconnaissance de documents à la lumière de la situation particulière des PDI.

Les problèmes souvent rencontrés par les PDI : Au cours du déplacement, les PDI perdent fréquemment leurs
pièces d’identité personnelles ou les laissent derrière elles et ne peuvent plus avoir accès aux endroits où elles
les ont laissées ou aux autorités qui pourraient les délivrer. Un conflit armé ou une catastrophe naturelle peut
aussi mener à la destruction de dossiers et d’archives officielles. Des difficultés particulières peuvent se poser
pour les sous-groupes de PDI, comme les femmes, les minorités ou des communautés indigènes, dont le statut
158 civil ou les droits n’ont pas fait l’objet d’un enregistrement aussi complet que ceux des autres citoyens, même
avant le déplacement. Pour des raisons pratiques, il est fréquemment exigé des individus qu’ils établissent leur
identité ou leur statut juridique comme condition préalable pour exercer ou obtenir des droits. Cependant, parce
que les PDI n’ont souvent plus accès à ces documents, l’application de telles conditions dans des situations de
déplacement interne peut restreindre arbitrairement leurs droits. Les réponses à de tels problèmes peuvent aller
de l’émission simplifiée de documents légaux à la fourniture de documents provisoires officiellement reconnus
pour les PDI, qui établissent leur identité et leur donnent accès à des droits et des prestations. L’émission de ces
«cartes de PDI» peut entraîner des risques, y compris l’exclusion de certaines PDI par des conditions d’éligibilité
excessivement restreintes et des problèmes relatifs à l’accessibilité et à la confidentialité ou encore des réactions
discriminatoires de la part des fonctionnaires et de la population non déplacée. Dans des situations de conflit
armé ou d’autres situations de violence si la carte de PDI fournit des informations sur le contexte ethnique ou
religieux de l’individu concerné elle peut mettre leur vie en danger. Enfin, les questions de documents peuvent
compliquer des solutions durables au déplacement, notamment quand les PDI ne sont pas en mesure de produire
les documents justifiant leurs qualifications, leurs droits et leurs avoirs.

353 CEDEF, Article 19(2). Voir également Convention sur le consentement au mariage, l’âge minimum du mariage et
l’enregistrement des mariages (1964).
354 Voir Convention relative au statut des réfugiés, Articles 12(2) : les droits “précédemment acquis par le réfugié et découlant
du statut personnel, et notamment ceux qui résultent du mariage, seront respectés par tout Etat contractant ; Article
25(2)–(3) : Les autorités “délivreront ou feront délivrer, sous leur contrôle, aux réfugiés les documents ou certificats qui
normalement seraient délivrés à un étranger par ses autorités nationales ou par leur intermédiaire,” et “feront foi jusqu’à
preuve du contraire” ; et les Articles 27 et 28 qui se rapportent à la condition consistant à délivrer des papiers d’identité et
des titres de voyages aux réfugiés qui ne possèdent pas de document de voyage valable ; Convention (IV) de Genève, Article
97(6) : Quand les civils sont internés par les forces occupantes, “les documents de famille et les pièces d’identité dont les
internés sont porteurs ne pourront leur être retirés que contre reçu. A aucun moment, les internés ne devront être sans pièce
d’identité. S’ils n’en possèdent pas, ils recevront des pièces spéciales qui seront établies par les autorités détentrices et qui leur
tiendront lieu de pièces d’identité jusqu’à la fin de l’internement.”

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 11 : La reconnaissance, la délivrance et le remplacement des documents

B. Liste de contrôle : les problèmes devant être traités par les


lois et les politiques internes

Les éléments minimaux essentiels de la réglementation étatique


Au minimum, les autorités compétentes devraient :
1. Établir des mécanismes institutionnels pour délivrer ou rééditer les documents essentiels aux PDI par
des procédures simplifiées, y compris l’utilisation de rapports officiels et la reconnaissance d’autres
moyens de preuve alternatives dont les PDI disposent.
2. Faire en sorte, lorsque cela est adéquat et nécessaire, que la délivrance de cartes de PDI à des fins
d’identification et d’accès à une aide spécifique soit effectuée par un processus rapide et accessible.

Par ailleurs, pour s’assurer que les PDI puissent jouir de leur personnalité juridique et exercer d’autres droits qui
dépendent des documents, les lois et les politiques internes devraient :

• Identifier et, au besoin, modifier les exigences administratives relatives aux documents dans la législation
interne relative à l’exercice des droits des PDI ;
• Garantir la délivrance ou la réémission de documentation aux PDI par des procédures simplifiées, y
compris par l’utilisation de rapports officiels et la reconnaissance d’autres moyens de preuve dont les
PDI disposent ;
• S’assurer que les procédures administratives pour l’émission simplifiée de documents sont accessibles, 159
d’un coût abordable, rapides et transparentes et ouvertes aux réclamations et plaintes;
• Définir des mesures pour garantir que l’intégrité des données personnelles des PDI est protégée ;
• Garantir l’accès aux documents personnels et aux processus d’émission dans le contexte de solutions durables.

C. Les éléments nécessaires de la réglementation étatique

Comment les autorités compétentes devraient-elles vérifier quels documents sont


disponibles pour les PDI ?

Dans les cas d’évacuations précipitées ou de fuite en plein conflit armé, les PDI doivent souvent laisser derrière
elles tout ou partie de leurs documents personnels. Sauf dans les cas d’évacuations planifiées avec un préavis et une
préparation soigneuse, les autorités devraient prévoir que les PDI auront à peine plus de documents personnels sur
elles que ceux qu’elles ont été capables de prendre au moment de sortir de leur maison. Parfois, les PDI perdent leurs
documents pendant leur fuite ou ces derniers leur sont pris de force, à l’occasion de contrôles officiels ou officieux.
En cherchant à établir l’identité des PDI ou leur éligibilité pour des programmes d’aide, les autorités compétentes
peuvent leur demander de produire n’importe quel document qu’elles ont réussi à emporter, y compris une preuve
informelle (par exemple, des factures d’électricité) établissant des informations appropriées sur elles (telles que
leur adresse avant leur déplacement). Elles peuvent aussi leur demander de leur fournir d’autres informations
appropriées et relevant de leur connaissance ou apporter leur témoignage quant à l’identité ou au statut juridique
d’autres PDI. Cependant, il ne peut être demandé ou exigé des PDI qu’elles retournent dans des zones qui ne
satisfont pas encore les conditions de sécurité et de dignité, ou lorsque le voyage en question entraînerait un coût
ou un effort significatif, dans le seul but de récupérer des documents personnels.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Néanmoins, il peut y avoir des moyens pour les PDI de disposer d’un accès efficace à tout ou partie de leurs documents.
Dans certains cas, les informations sur le statut juridique des PDI et sur leur droit relatif à diverses formes de documents
peuvent être disponibles dans des bases de données ou des bureaux d’état civil autres que ceux qui sont situés dans leur
lieu d’origine. Ceux-ci peuvent être accessibles aux autorités compétentes où les PDI sont déplacées. Même quand
de telles informations ne sont pas formellement appropriées à l’émission des types spécifiques de documents pour les
PDI, elles devraient être identifiées et compilées si elles peuvent aider à établir ou confirmer l’identité des PDI ou leur
statut juridique, comme cela peut être utile pour une future délivrance simplifiée ou des programmes de réémission
(voir ci-dessous). Enfin, dans les cas de conflit armé, les autorités devraient essayer de négocier l’accès aux dossiers ou
aux bases de données documentaires tenues par les parties adverses.

Les autorités compétentes devraient chercher à identifier tous les groupes qui n’avaient pas ou ne bénéficiaient
que d’un accès limité à des documents formels même avant leur déplacement. Par exemple, certains groupes
minoritaires, pour des raisons diverses, peuvent avoir eu moins d’interaction avec les autorités publiques que
d’autres populations déplacées. Les groupes indigènes et tribaux représentent un cas spécial étant donné qu’ils
ont souvent leurs propres institutions et règles traditionnelles et peuvent avoir activement évité tout contact avec
la bureaucratie étatique. Quelles que soient les raisons pour lesquelles de tels groupes étaient antérieurement
dépourvus de documents personnels, des mesures doivent être prises pour s’assurer qu’ils ne sont pas, de ce
fait, doublement désavantagés pendant le déplacement. Dans le cas de groupes indigènes et tribaux, de telles
mesures devraient faire l’objet d’une élaboration soigneuse afin de compléter plutôt que de remplacer les règles
et institutions coutumières chaque fois que possible.

Etude de cas
160
La facilitation de l’enregistrement civil pour les groupes de PDI qui ne disposaient que d’un accès
limité à la documentation avant le déplacement
Depuis le bombardement de l’OTAN en 1999, le déplacement interne pour la communauté Rom au
Kosovo a été accentué par le manque d’accès à des documents personnels, un état de fait qui était
répandu même avant le déplacement. En mai 2006, les Institutions provisoires d’auto-gouvernement ont
cherché à traiter le problème par un document de politique émis par le cabinet du Premier ministre facilitant
l’enregistrement civil et la délivrance de documents pour les groupes de Rom présents au Kosovo :

“3.c Compte tenu du retard par rapport aux demandes de documents d’enregistrement civil, les
municipalités ont reçu pour instruction de faire en sorte que les demandes d’enregistrement en attente
pour les Rom, les Ashkalis et les Egyptiens soient complétées dans les six mois à venir. Aucune pénalité
de retard pour ces services administratifs ne s’appliquera à ces groupes.”355

Cette recommandation a apporté une orientation et un cadre général de politique au sein desquels les
autorités pouvaient agir.356 Il a également été demandé aux fonctionnaires de faire preuve de souplesse
en ce qui concerne les preuves d’identité et d’état civil qui leur sont fournies. Dans le même temps,
le UNHCR a amorcé une campagne d’enregistrement civil visant la communauté Rom au travers de
la production et de la dissémination de matériel d’information et d’annonces dans les média. Une aide
juridique a également été offerte comme faisant partie de la campagne, sous la forme d’équipes mobiles
pour garantir un meilleur accès aux communautés marginalisées.

355 “Recommendations to Updating Return Policies and Procedures” (PISG, 21 avril 2006), dans le “Revised Manual for
Sustainable Return,” UNMIK/PISG (juillet 2006), annexe I, p. 45.
356 OSCE/MINUK, “Civil Registration of Persons Belonging to the Roma, Ashkali and Egyptian Communities: Finding of a
Monitoring Exercise” (26 juin 2007), p. 15

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 11 : La reconnaissance, la délivrance et le remplacement des documents

Il est probable que des problèmes semblables surgissent dans des systèmes légaux où les femmes ne se voient
pas automatiquement délivrer de papiers d’identité en leur nom propre, mais où, au lieu de cela, ces dernières
sont enregistrées comme des personnes à charge de leurs maris ou d’autres parents masculins. En cas de décès
de parents masculins ou de séparation familiale, ce qui arrive souvent dans les situations de déplacement, ces
femmes risquent de perdre leur statut juridique et peuvent se voir refuser le droit d’hériter de la terre tenue en
commun avec leur conjoint.357 Dans tous les cas où les femmes ou d’autres groupes pouvant subir un déplacement
n’ont pas reçu une pièce d’identité en leur nom propre par tradition, que ce soit par la loi ou la pratique, des
mesures devraient instamment être prises pour s’assurer que toute barrière juridique ou pratique soit levée.

Dans tous les cas—mais particulièrement dans ceux où les PDI avaient peu de documents formels avant le
déplacement—une autre source importante d’information est la connaissance locale. Comme il est mentionné
ci-dessous, les déclarations faites par des témoins concernant l’identité, l’âge et le statut juridique des demandeurs
de documents peuvent être d’autres moyens de preuve importants dans les programmes de (ré)émission
simplifiée, voire lors de l’enregistrement systématique des PDI. De même, encourager les individus à décrire la
propriété qu’ils ont abandonnée ou demander aux communautés d’indiquer sur une carte les terres généralement
possédées peut représenter une forme de substitution ou permettre de compléter les actes de propriété formels
ou les droits de bail, ce qui augmentera fortement les chances d’une issue positive aux futures réclamations et
plaintes concernant ces propriétés. Lorsqu’il est possible de prévoir quelles informations pourraient être utiles,
elles devraient être enregistrées sous forme de témoignage sous serment le plus tôt possible, avant la dispersion
ou la mort des personnes présentes au moment du déplacement.

Étude de cas
161
L’utilisation d’un formulaire standardisé pour enregistrer les biens que les PDI ont laissés derrière elles
Un “Formulaire d’information pour la propriété des personnes déplacées à l’intérieur du pays” conçu par
le Ministère du Déplacement et des Migrations en Irak saisit les informations suivantes :358

• le nom, l’adresse actuelle et le numéro de téléphone, ainsi que les copies de tous les documents
officiels relatifs au propriétaire ou à ses héritiers
• l’adresse de la propriété abandonnée
• la description de la propriété abandonnée (basée sur une liste de contrôle incluant les maisons, les
appartements et divers types de propriétés commerciales et agricoles)
• une déclaration précisant si la propriété a été prise par la menace ou la violence
• les copies de tous les documents disponibles liés à la propriété abandonnée.

Il est exigé de la personne qui remplit le formulaire qu’elle fournisse son nom, le numéro de sa carte
d’identité et son adresse légale en confirmant la véracité des informations soumises et en s’engageant
à subir les conséquences légales qui pourraient découler de toute information s’avérant erronée.

357 UN Office of the Special Adviser on Gender Issues and Advancement of Women, “Enhancing Women’s Participation in Electoral
Processes in Post-Conflict Countries, Expert Group Meeting Report,” UN Doc. EGM/ELEC/2004 (20 février 2004).
358 Republic of Iraq, Ministry of Displacement and Migration, “Information Form for Property of the Internally Displaced” (www.
brookings.edu/projects/idp/Laws-and-Policies/~/media/Files/Projects/IDP/Laws%20and%20Policies/Iraq_PropertyForm. pdf ).

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Comment les autorités compétentes devraient-elles vérifier les besoins en documents


des PDI ?

Dans les cas où une révision des lois semble nécessaire et où les ressources existent pour l’effectuer, les autorités
compétentes devraient envisager de passer en revue la législation interne spécifique concernant l’exercice des
droits fondamentaux des PDI et leurs droits de propriété et identifier les documents officiellement exigés pour
chacun de ces droits. Ce processus devrait être entrepris en consultation avec les PDI et en particulier avec les
sous-groupes vulnérables et marginalisés. Il conviendrait de prendre note des conditions requises, non seulement
pour remplacer les documents perdus, mais également pour délivrer des papiers pour la première fois, dans les
cas des groupes de PDI qui n’ont pas précédemment eu le plein accès aux documents ou des individus atteignant
la majorité pour demander ces documents pendant leur déplacement.

De telles exigences légales peuvent inclure les conditions nécessaires pour :

• enregistrer la résidence locale;


• se faire délivrer ou réémettre une pièce d’identité ;
• voyager à l’intérieur du pays ou à l’étranger ;
• confirmer son statut matrimonial et établir un lien de parenté ou de garde d’enfants ;
• s’inscrire pour recevoir une aide sociale, une aide au logement ou d’autres prestations ;
• être couvert par une assurance maladie et recevoir un traitement médical ;
• travailler et obtenir la reconnaissance des compétences ou des qualifications professionnelles;
• recevoir des pensions ou d’autres droits acquis ;
162 • s’inscrire pour voter et se présenter à des élections ;
• s’inscrire dans des institutions éducatives primaires et secondaires;
• confirmer des droits à la propriété et aux avoirs existants, y compris l’utilisation ou des droits d’accès à
une maison ou à une terre.

Les autorités compétentes doivent dans tous les cas rendre l’enregistrement des naissances, des mariages et des
décès effectif et délivrer des certificats en conséquence (voir chapitre 6).

Comment les documents devraient-ils être délivrés ou réémis aux PDI qui n’y ont pas accès ?

Quand les PDI n’ont pas accès aux documents nécessaires à l’exercice de leurs droits, les autorités compétentes
devraient envisager de lancer des programmes de délivrance simplifiée. En principe, les PDI ont le droit de se
faire délivrer ou remplacer leurs documents comme tout autre citoyen. Pour donner effet à ce droit, les lois et
les politiques relatives aux PDI devraient prendre en compte les situations spécifiques des déplacés, y compris la
perte des documents et le manque d’accès aux dossiers dans leur lieu d’origine.

Les programmes de délivrance simplifiée des documents reposent sur des techniques spécifiques pour obtenir et
reconnaître les moyens de preuve non conventionnels établissant l’identité et le statut juridique des PDI qui ont déposé
une demande. Ils devraient aussi se baser sur des procédures qui n’imposent pas de coûts arbitraires, de retard ou de
contraintes administratives sur les demandeurs en situation de déplacement. Dans la plupart des cas, ces procédures
seront utilisées pour permettre la délivrance de types spécifiques de documents standards dont les PDI ont besoin
pour exercer leurs droits (cartes d’identité, passeports et formulaires d’inscription pour l’exercice du droit de vote).

Les documents délivrés au cours de ce traitement simplifié peuvent être de nature provisoire, dans l’attente d’être
remplacés par des documents permanents quand les demandeurs sont en position de fournir tous les justificatifs

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 11 : La reconnaissance, la délivrance et le remplacement des documents

qui sont légalement requis en temps normal. Dans certaines situations, ces documents pourraient prendre la
forme de cartes de PDI délivrées pour remplacer provisoirement d’autres documents ou pour répondre à des
besoins urgents. Cependant, il faudrait prendre soin d’éviter de créer un nouveau statut juridique de PDI par
de tels moyens (voir chapitre 1, section B). Les PDI devraient avoir la possibilité de jouir du plein accès à leurs
droits en utilisant ces documents provisoires pour toute la période pendant laquelle elles sont déplacées. Toute
réglementation autorisant les documents provisoires devraient inclure des procédures spécifiques pour rendre ces
documents permanents une fois que les conditions ont été créées.

Les autorités compétentes peuvent-elles avoir accès aux rapports et aux données
officiels et les utiliser pour vérifier l’identité et le statut juridique des PDI auxquelles il
manque des documents ?

Un moyen important pour les autorités compétentes de protéger les droits des PDI auxquelles il manque des
documents est de les aider activement dans la recherche de données disponibles antérieures au déplacement
pouvant appuyer leurs affirmations quant à la citoyenneté, l’âge, la situation de famille et l’ancien lieu de résidence.
Des sources appropriées peuvent inclure des informations de recensement ou des rapports d’enregistrement
civil. De plus, les données postérieures au déplacement provenant des ministères de la protection sociale et des
agences de gestion des camps peuvent être utilisées pour valider des demandes d’identité et de citoyenneté.
Cependant, lorsque de telles données ne sont pas suffisamment fiables à elles seules ou sont indisponibles aux
autorités compétentes, de nouvelles mesures peuvent s’avérer nécessaires.

Etude de cas 163


La facilitation internationale des demandes de document par les PDI de Bosnie-Herzégovine
Pendant les élections de 1996 et 1997 en Bosnie-Herzégovine, l’Organisation pour la sécurité et la
coopération en Europe (l’OSCE) a établi des procédures permettant aux personnes auxquelles il manquait
certains documents d’adresser une demande aux autorités de leur municipalité d’origine pour obtenir
une preuve documentaire de leur éligibilité en tant qu’électeur. Une Sous-commission de vérification de
citoyenneté a été mise sur pied afin d’aider ceux qui n’étaient pas inscrits dans le recensement de 1991 et
étaient dans l’incapacité de fournir des documents tels que des certificats de citoyenneté ou des reçus des
autorités municipales. Compte tenu du fait que les questions de sécurité ont empêché de nombreux PDI de
retourner physiquement dans leur ancienne municipalité pour demander des documents de remplacement,
les procédures ont intégré un bureau de facilitation de demandes de documents au niveau international :

“Dans le cas où un individu rencontre des difficultés pour obtenir un reçu d’une municipalité, un
représentant de l’OSCE dispose de l’autorité suffisante pour faire la demande écrite à la place de l’individu.
Dans ces cas, dans les cinq jours suivant la demande, soit la municipalité produira un reçu, soit elle
fournira une explication écrite et détaillée des raisons pour lesquelles le reçu ne peut pas être produit.”359

En pratique, un nombre plus élevé de PDI que prévu a déposé une demande d’aide en vertu de
cette règle. L’expérience de l’OSCE démontre ainsi l’importance de s’assurer que le financement, les
ressources et le personnel adéquats soient mis à disposition pour appuyer des mesures nouvelles ou
provisoires pour aider des électeurs déplacés.

359 Article 17.1 des Régles et réglementations.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
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Est-il possible d’utiliser d’autres moyens de preuve pour vérifier l’identité et le statut
juridique des PDI auxquelles il manque des documents ?

Dans les cas où les autorités compétentes sont dans l’impossibilité d’accéder aux données permettant de vérifier l’identité
et l’éligibilité des PDI au statut d’électeurs, une autre approche consiste à utiliser une autre preuve attestant l’identité
ou l’ancienne résidence, comme des contrats de location, des factures de consommation, des extraits de répertoires
téléphoniques, des cartes d’étudiant, par exemple. Un équilibre devrait être trouvé entre le besoin d’obtenir une certitude
juridique, le risque d’abus et le droit des PDI de recevoir les documents nécessaires. Les lois et les politiques sur les PDI
devraient donner des directives quant aux éléments considérés comme étant suffisamment fiables pour remplacer une
preuve formelle et être acceptés par des institutions ayant la charge de traiter des demandes de documents.

Etude de cas
L’autorisation d’accepter d’autres preuves permettant de valider les demandes de compensation des PDI
En Turquie, la loi No 5233 de 2004 sur la Compensation pour des pertes résultant d’actes terroristes et
des mesures prises contre le terrorisme fournit une compensation aux PDI qui n’ont pu accéder à leur
propriété lors de leur déplacement, parmi d’autres pertes. En instaurant cette loi, le gouvernement de
Turquie a publié en 2005 un règlement qui autorise les commissions chargées de la mise en œuvre de
cette loi à chercher et accepter tout moyen de preuve lié aux revendications qui pourrait être approprié :

“Le demandeur présentera toute information et tout document qui explique comment l’incident s’est
produit et qui pourrait être pris en considération lors de la détermination et l’évaluation de la perte à la
164 Commission en même temps que sa requête. La Commission peut également réclamer aux autorités
juridiques, administratives et militaires toute information et tout document pouvant être pris en compte
dans la détermination et l’évaluation de la perte, si cela est jugé nécessaire.”360

Un important moyen de preuve informel est l’utilisation de la “documentation sociale,” une procédure par
laquelle les demandeurs de documents (et leurs témoins) sont autorisés à certifier leur identité, leur résidence
et leur citoyenneté devant une autorité légale reconnue ou un chef tribal ou d’un village. 361 La reconnaissance
de ce type de preuve exige normalement l’adoption de règles créant une exception restrictive aux procédures
ordinaires d’application. Se baser sur des preuves alternatives, et en particulier sur des déclarations de témoin,
peut être une nécessité absolue pour protéger les droits de vote de groupes de PDI, tels que les membres
de groupes indigène ou tribal, auxquels aucun document formel n’a été délivré avant le déplacement.

Les exemples de telles pratiques incluent :

• La confirmation d’un chef de village, d’un parent ou d’un nombre déterminé de témoins comme moyen
informel de vérification d’identité ;
• La reconnaissance du lieu où des membres de la famille sont enterrés comme preuve du droit du
demandeur à une terre ;
• La délivrance d’attestations d’âge par des médecins exerçant dans des camps afin de définir l’éligibilité
pour des permis de travail.

360 “Regulation Amending the Regulation on Compensation of Losses Resulting from Terrorist Acts and Measures
Taken against Terrorism,” Decision No. 2005/9329 (2005), Article 1 (www3.brookings.edu/fp/projects/idp/
Turkey_2005Regulation9329. pdf ).
361 Jeremy Grace and Jeff Fischer, “Enfranchising Conflict-Forced Migrants: Issues, Standards, and Best Practices,”
Participatory Elections Project Discussion Paper 2, International Organization for Migration (September 29, 2003), p. 34
(www.geneseo. edu/~iompress/Archive/Outputs/Standards_Final.pdf ).
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Chapitre 11 : La reconnaissance, la délivrance et le remplacement des documents

Etude de cas
L’utilisation de déclarations de témoins pour établir l’identité des PDI dépourvues de documents
permettant de voter ou d’effectuer un enregistrement civil
Pendant la consultation populaire de 1999 sur l’autonomie, l’Officier électoral en chef de la Mission
des Nations  Unies au Timor oriental (MINUTO) a répondu à l’absence généralisée de documents
(phénomène touchant tant les PDI que les personnes non déplacées) en publiant un décret administratif
sur des procédures permettant à ces populations de prouver leur éligibilité et s’inscrire, selon lequel :

“Lorsqu’une personne n’est pas en possession de suffisamment de documents pour appuyer sa demande
d’inscription, l’Officier électoral en chef pourra demander à cette personne de : produire une attestation
assermentée devant un chef religieux ou un Kepala Desa (chef de village) en présence d’un témoin qui
connaît le demandeur. De plus, la demande d’inscription doit être accompagnée du témoignage d’un
électeur enregistré qui possède toutes les pièces justificatives. Lorsque l’Officier électoral en chef
constate que le demandeur a rempli ces conditions, il ou elle enregistrera le demandeur.”362

Le décret inclut d’autres règles, y compris des procédures pour les demandes non accompagnées
d’une pièce de légitimation et contestées par d’autres électeurs enregistrés.

En Côte d’Ivoire, le gouvernement a entrepris un exercice d’enregistrement civil pendant la période


2007-2008 visant à fournir à tout le monde un acte de naissance et une carte d’identité. Pour être
enregistré par le magistrat local agissant en présence des autorités traditionnelles, il suffisait d’avoir les
déclarations orales de deux témoins. 165
Au cours d’un exercice d’enregistrement civil, la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au
Kosovo (MINUK), mandatée pour administrer le Kosovo à la suite du bombardement de l’OTAN en 1999,
a cherché à résoudre l’absence de documents des groupes Rom qui avaient à la fois souffert du manque
général de documents et du déplacement interne. De cette manière, la MINUK a instauré des règles
permettant de soumettre d’autres moyens de preuve, complétés par des déclarations de témoin :
“Conformément aux sections 4.1 et 4.2 du Règlement No 2000/13 de la MINUK, les personnes
demandant leur inclusion dans le registre établiront leur identité et leur éligibilité à l’enregistrement en
conformité avec les exigences du Conservateur Civil, par l’une des méthodes suivantes :
‘(a) un document officiel délivré par n’importe quel État ou organe étatique, y compris une carte d’identité, un
passeport ou un autre document de voyage contenant la photographie ou l’empreinte digitale du demandeur ;
(b) d’autres documents délivrés par un État ou un organe étatique, ou encore par une agence ou un
organe des Nations Unies, corroborés au besoin par une preuve écrite ou orale provenant d’une source
de confirmation indépendante ; ou
(c) d’autres documents délivrés avant le 10 juin 1999 par d’autres entités comprenant, de façon non
restrictive, des institutions éducatives, sanitaires, politiques et religieuses  ; des services publics et
d’autres organes à caractère quasiment officiel, corroborés par une preuve écrite ou orale provenant
d’une source de confirmation indépendante’ 363
[…]

362 UNAMET, “Notification I: Guidelines on Assessments of Documents,” Section D1 (1999) (www.geneseo.edu/~iompress/


LeftNav/PRESSElectionArchive.htm).
363 OSCE/MUNIK, “Civil Registration of Persons Belonging to the Roma, Ashkali and Egyptian Communities: Finding of a
Monitoring Exercise” (26 juin 2007), p. 27.

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L’utilisation de déclarations de témoins pour établir l’identité des PDI dépourvues de documents… (cont.)

La législation du Kosovo applicable à l’enregistrement du lieu de résidence habituel et à la procédure


administrative prévoit la possibilité d’utiliser des déclarations de témoins comme une façon supplémentaire
de rassembler des preuves sur des faits pertinents.

Dans le cas de l’enregistrement de l’état civil et de la résidence habituelle, ces déclarations constituent une
source supplémentaire de preuve concernant l’identité du demandeur et son éligibilité à être enregistré.

La Section 5.4 de la Directive Administrative No 2001/12102 de la MINUK stipule que dans le cas où
le demandeur se trouve dans l’impossibilité de fournir un document écrit sur son identité tel qu’il est
indiqué, le “personnel du centre d’enregistrement peut examiner d’autres documents et les déclarations
de témoins, comme preuve d’identité conformément aux procédures d’enregistrement civil, en accord
avec la section 4 du règlement No.2000/13 de la MINUK.” De même, la section 6.4 donne la possibilité
d’utiliser une procédure de témoignage dans le processus consistant à établir l’éligibilité du demandeur
pour l’enregistrement de la résidence habituelle :”en plus de l’évaluation et de l’examen des documents
présentés par les demandeurs au centre d’enregistrement, le personnel peut pendre en considération
les déclarations de témoins.”364

Dans l’évaluation de la preuve pour la délivrance ou la réémission simplifiée de documents, les autorités compétentes
devraient accorder toute l’attention nécessaire aux documents délivrés par des acteurs non étatiques. Dans les Etats
décentralisés, les documents devraient être reconnus au-delà des frontières administratives internes.
166
Quel type de procédures administratives devrait s’appliquer dans des programmes de
documents simplifiés ?

La délivrance simplifiée de documents aux PDI devrait être subventionnée, voire gratuite. Étant donné que les
PDI ont généralement perdu leur moyen de subsistance et la plupart de leurs avoirs, le simple fait de réclamer
des frais administratifs pour un document indispensable comme un acte de naissance peut empêcher les PDI les
plus vulnérables d’accéder de manière effective à leurs droits.

Etude de cas
Des taxes administratives moins élevées pour les PDI
La Loi sur les frais administratifs de la République de la Serbie prévoit des rabais spécifiques pour les
PDI pour la délivrance de certaines décisions et documents.365 Par exemple,

“Numéro de rubrique 36
En faveur d’une décision sur :
1) L’enregistrement dans les registres d’une naissance, un mariage et un décès
2) un changement de nom personnel
3) la conclusion de mariage par un mandataire

364 Ibid., p. 31.


365 Law on Administrative Fees of the Republic of Serbia, Official Gazette No. 43/2003, 51/2003, 61/2005, et 101/2005.

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 11 : La reconnaissance, la délivrance et le remplacement des documents

Des taxes administratives moins élevées pour les PDI (cont.)

NOTE :
Les réfugiés et les personnes déplacées originaires du territoire de l’ancienne République fédérative
socialiste de Yougoslavie (ci-après ‘RFSY’), et les personnes déplacées de la province autonome du
Kosovo-Metohija (ci-après ‘Kosmet’), paieront les frais du Paragraphe 1) de ce numéro de rubrique avec
une réduction de 70 %, afin d’obtenir les documents appropriés confirmant leur statut.”

De manière générale, les PDI ne devraient pas être soumises à des dates limites d’inscription pour la délivrance de
documents nécessaires. La délivrance simplifiée devrait en principe être disponible aux PDI dès qu’en apparaît
le besoin. De même, pour refléter la situation de facto des PDI, il conviendrait de modifier les conditions
exigeant que les demandeurs fournissent la preuve de leur lieu de résidence officiel. Il conviendrait notamment de
trouver les moyens permettant de considérer les résidents de logements collectifs officiels et non officiels, ainsi
que ceux vivant dans un logement locatif privé et dans des établissements informels, comme étant aptes à résider
officiellement dans la zone où ils sont déplacés dans la mesure nécessaire à leur délivrer des documents.

A qui et où les PDI devraient-elles pouvoir s’adresser pour demander une délivrance
simplifiée de documents ?

Dans les situations de déplacement, les autorités qui délivrent en temps normal des types spécifiques de documents
devraient conserver cette responsabilité pour les documents des PDI. Cependant, selon la nature du déplacement
et la réponse institutionnelle apportée, quel que soit le pays, il se peut que les entités publiques créées ou mandatées 167
pour s’occuper du déplacement interne aient à jouer un rôle important dans des activités telles que :

• La fourniture d’informations publiques aux PDI sur les procédures de délivrance simplifiée qui sont
mises à leur disposition ;
• Le recueil de demandes de documents et de preuves jointes à ces demandes ;
• L’évaluation de ces demandes selon les règles provisoires sur la délivrance simplifiée aux PDI ;
• La distribution de documents aux PDI demandeurs conformément aux procédures simplifiées.

Il se peut que les PDI soient dispersées à travers le territoire d’un pays ou concentrées dans des zones inaccessibles,
loin des agences qui délivrent normalement des documents. A la lumière de leur vulnérabilité, il ne devrait pas être
attendu des PDI qu’elles parcourent de longues distances pour demander ou recevoir les documents dont elles ont
besoin. Les alternatives permettant de rendre la délivrance simplifiée de documents accessible aux PDI incluent :

• Permettre de soumettre les demandes par la poste;


• Installer des bureaux pouvant recevoir et traiter les demandes de documents à proximité des concentrations
de PDI ;
• Lorsque les PDI sont très dispersées, envoyer des équipes mobiles pour enregistrer et traiter les demandes
de documents essentiels sur les sites où les PDI peuvent se trouver.

Quelle que soit la manière dont les demandes simplifiées pour un document sont reçues et traitées, il est essentiel
que ces procédures soient rendues accessibles par des campagnes d’information publique qui exposent clairement
les droits des PDI concernant les documents, les preuves à fournir avec leur demande et les procédures qui
seront suivies. L’impact d’une telle campagne d’information peut être maximisé de manière significative si cette
campagne est accompagnée par des conseils juridiques accessibles aux PDI socialement marginalisées ou qui

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

vivent dans des zones éloignées. Les autorités compétentes devraient envisager une coopération avec des groupes
qualifiés de la société civile qui pourraient jouer ce rôle. De plus, comme cela a été exposé dans la section B du
chapitre 1, il est crucial que les fonctionnaires locaux donnant effet aux programmes de délivrance simplifiée
de documents reçoivent des conseils clairs et à caractère obligatoire, ainsi que des ressources suffisantes pour
s’acquitter de leurs nouvelles tâches.

Comment la confidentialité des données personnelles soumises par les PDI peut-elle
être préservée ?

Il est impératif que les autorités responsables du traitement des informations personnelles sur les PDI
protègent leur intégrité par de bonnes pratiques de protection des données. Les informations personnelles
sous forme de fichiers papier devraient toujours être gardées dans un lieu fermé à clé, tandis que toutes les
données électroniques devraient être protégées par un mot de passe et cryptées. Les lois et les politiques sur
le déplacement interne devraient inclure des directives sur l’utilisation des données personnelles collectées
auprès des PDI qui définissent :

• Le but spécifique pour lequel l’information a été collectée, avec des instructions claires interdisant
l’utilisation des données pour tout but non autorisé, et interdisant le partage de ces données d’une
manière qui mettrait en danger la sécurité de l’individu concerné ;
• Le personnel spécifique autorisé à collecter, à avoir accès à cette information et à l’utiliser ;
• Les procédures pour partager les données personnelles et les personnes avec qui les données peuvent
être partagées ;
168 • Le lieu sûr où l’information sera stockée (y compris la présence d’un garde) ;
• L’obligation de détruire les données une fois que le but de leur collecte sera atteint. 366

Comment l’accès à la documentation peut-il être facilité dans le contexte de solutions


durables ?

Dans les cas de déplacement lié à un conflit, les questions concernant les documents devraient être inclues dans
les négociations de paix et dans la mise en œuvre des accords de paix. Toutes les parties devraient notamment
s’atteler à mettre gratuitement à disposition toutes les informations et les dossiers officiels qui pourraient avoir
été répartis entre eux précédemment. Les parties devraient aussi s’engager à reconnaître et à donner effet
aux documents personnels délivrés aux PDI lors de processus simplifiés, au moins jusqu’à ce qu’ils puissent
être remplacés par des documents permanents issus de procédures conventionnelles et dans la mesure où ils
n’empiètent pas sur les droits d’autres personnes. Par exemple, les actes de propriétés faisant l’objet d’un litige
et qui ont été délivrés au cours du déplacement peuvent constituer une preuve, mais ne devraient pas être
considérée comme directement exécutoire dans les jugements prononcés après le déplacement. Dans les cas où
des documents provisoires ont été délivrés au départ pour permettre aux PDI d’exercer des droits légaux malgré
l’absence de documents personnels, ils devraient être remplacés par des documents permanents dès que les
conditions le permettent.

366 D’autres directives sur la question de la confidentialité peuvent figurer dans l’UNHCR, “Procedural Standards for RSD
under UNHCR’s Mandate” (1 September 2005) and IASC, “Guide sur le profilage des personnes déplacées (Mai 2006), pp.
51–53.

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Chapitre 12
La propriété et les possessions

A. Introduction

Objectif : Le but des principes 21 et 29 est de faire en sorte que la propriété et les possessions abandonnées par les PDI,
telles que des maisons et des terres, soient protégées de la destruction et de l’appropriation pendant le déplacement et
soient restituées à leurs propriétaires ou à leurs utilisateurs légaux dans le contexte de solutions durables.

Principe 21
1. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété et de ses possessions.
2. La propriété et les possessions des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays seront en
toutes circonstances protégées, en particulier contre les actes suivants :
a) pillage;
b) attaques directes ou aveugles ou d’autres actes de violence;
c) l’utilisation en guise de bouclier pour des opérations ou des objectifs militaires; 169
d) l’utilisation comme objets de représailles; et
e) la destruction ou l’appropriation en tant que mesure de châtiment collectif.
3. La propriété et les possessions laissées par les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays
au moment de leur départ doivent être protégées contre la destruction, ainsi que l’appropriation,
l’occupation ou l’utilisation arbitraires et illégales.

Principe 29
[…]
2. Les autorités compétentes ont le devoir et la responsabilité d’aider les personnes déplacées à l’intérieur
de leur propre pays qui ont regagné leur lieu d’origine ou ont été réinstallées à recouvrer, dans la mesure
du possible, la propriété et les possessions qu’elles avaient laissées ou dont elles avaient été dépossédées
au moment de leur départ. Lorsque leur recouvrement n’est pas possible, les autorités compétentes
accorderont à ces personnes une indemnisation équitable ou une autre forme de dédommagement ou
les aideront à les obtenir.

Autres principes pertinents : 6, 9, 28, et 29(1).

Bases légales  : 367 Toute personne a droit à la propriété et au respect de ses biens, que ce soit seule ou en
collaboration avec d’autres personnes.368 Toute privation de propriété et de possessions et des droits y afférents

367 Pour plus de détails, voir Walter Kälin, Guiding Principles on Internal Displacement: Annotations, 2nd ed., Studies in
Transnational Legal Policy 38 (2008), pp. 95–100 et 132-140.
368 DUDH, Article 17 (1); Protocole 1 de la CEDH, Article 1; CADH, Article 21(1).

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Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

réalisée par l’Etat ou avec son accord ne peut être pratiquée que pour cause d’utilité publique et dans les conditions
prévues par la loi et les principes généraux du droit international.369

Dans des situations de conflit armé, la propriété et les possessions civiles ne doivent pas être la proie du pillage
ou d’attaques directes ou aveugles ; elles ne doivent pas être utilisées comme protection pour des opérations ou
des objectifs militaires ou être détruites ou subir une appropriation comme représailles ou punition collective. 370
Dans toutes les situations, la propriété et les possessions seront protégées de la destruction ou de l’appropriation
et de l’occupation ou de l’utilisation arbitraire illégale. L’obligation de ramener les personnes évacuées vers ou
hors des territoires occupés dans leur foyer aussitôt que les hostilités ont cessé dans ces secteurs implique le droit
de ces personnes à récupérer leur propriété.371 Plus précisément, les droits de propriété des personnes déplacées
doivent être respectés.372

Toute personne a droit à un logement convenable et à être à l’abri de toute interférence arbitraire ou illégale dans
son foyer, y compris le droit à la sécurité légale de l’occupation.373 Les droits des groupes indigènes et tribaux à
la propriété, à la possession et à l’accès aux terres qu’ils ont traditionnellement occupés ou ont utilisé, devraient
être reconnus et appliqués.374

Le droit à un foyer, à la terre, à la propriété et aux possessions devraient être respectés et garantis pour tous les
individus sans discrimination d’aucune sorte, y compris sur la base du déplacement. Dans le cas des femmes, des
groupes de minorité ethnique ou raciale ou d’autres groupes désavantagés, des mesures spéciales peuvent s’avérer
nécessaires afin de garantir l’égalité d’accès au logement et à la terre, ainsi que la protection du droit de propriété.
Dans tous les cas où les obligations de l’Etat liées au respect ou à la protection des droits à un foyer, à la terre,
170 à la propriété et aux possessions ont été violés, les victimes ont droit à un dédommagement, y compris à des
indemnisations proportionnelles au dommage qu’elles ont subi. 375 Les indemnisations devraient être octroyées
sous forme d’une restitution de droits complets aux logements, aux terres et aux propriétés touchées. Lorsque la
restitution ne peut être effectuée, une juste compensation devrait être fournie.

Cadre réglementaire : De nombreuses constitutions nationales protègent le droit de propriété et formulent


des règles sur les conditions dans lesquelles la propriété et les biens peuvent être expropriés. Les procédures
concernant l’expropriation sont généralement définies par la loi. Une législation détaillée relative aux droits de
propriété peut inclure des lois qui encadrent le transfert de propriété par le biais d’une vente, d’un échange et
d’une succession et qui réglementent les divers types de propriété foncière et l’utilisation du sol en général, ainsi
que des règles définissant les relations entre propriétaires et locataires. Certains principes généraux du droit de

369 DUDH, Article 17 (2); Protocole 1 de la CEDH, Article 1 ; CADH, Article 21(2).
370 Voir, par exemple, Convention (IV) de Genève, Articles 28, 33 (2) et (3) et 53; Protocole additionnel aux conventions de
Genève (Protocole I), Articles 51 (4) et (7) et 52; Protocole additionnel aux conventions de Genève (Protocole II), Article
4 (2) (g); Statut de Rome pour la Cour pénale internationale, Article 8, paragraphe 2 (b)(xvi); CICR, Droit international
humanitaire coutumier, vol. 1: “Règles,” Règles 52, 133; voir également Règles 7, 8, 9, 11, 12.
371 Convention (IV) de Genève, Article 49 (2).
372 CICR, Droit international humanitaire coutumier, vol. 1: “Règles,” Règle 133.
373 DUDH, Articles 12 et 25; PIDCP, Article 17; PIDESC, Article 11; CDESC, Observations générales 4 et 7.
374 OIT Convention No. 169, Article 14.
375 DUDH, Article 8; PIDCP, Article 2 (3); CADH, Article 25; CEDH, Article 13, Assemblée générale des Nations Unies
“Principes fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à réparation des victimes de violations flagrantes du droit
international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire,” Doc. A/RES/60/147 (2006); Sous-
Commission des droits de l’Homme, “Restitution des logements et des biens dans le cas des réfugiés et des personnes déplacées”;
Paulo Sergio Pinheiro, “Principes concernant la restitution des logements et des biens dans le cas des réfugiés et des personnes
déplacées,” U.N. Doc. E/CN.4/ Sub.2/2005/17 (2005) (désignés ci-après comme les principes de Pinheiro).

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 12 : La propriété et les possessions

propriété communs à de nombreux systèmes juridiques incluent des règles telles que (1) l’attribution d’un titre
aux personnes qui sont ouvertement et de façon continue détentrices d’une propriété appartenant à autrui pour
une période donnée (2) L’annulation de contrats de vente ou de l’échange de propriétés opéré sous la contrainte
et (3) la protection de l’achat et de la possession d’une propriété qui a été illégalement acquise par le vendeur,
pour autant que l’acheteur n’ait eu aucune raison d’être au courant de la nature frauduleuse de l’acquisition.

De nombreux systèmes juridiques internes incluent des garanties pour les locataires contre l’expulsion sommaire
pratiquée par des propriétaires. Ces garanties exigent que ces derniers passent par des poursuites judiciaires pour
expulser les occupants illégaux de leur propriété plutôt que d’utiliser leurs propres moyens. De manière générale,
il existe dans pratiquement tous les systèmes internes des garanties et des recours contre l’occupation injustifiée,
la confiscation ou le transfert de propriété. Cependant, dans certains cas, les femmes bénéficient de moins
de droits formels que les hommes en ce qui concerne la propriété, notamment en matière de succession. Les
droits relatifs au logement en tant que tel sont généralement aussi protégés, bien qu’assortis d’un nombre plus
élevé de conditions. Les systèmes légaux font face à un problème significatif impliquant les formes informelles
ou coutumières de droits au logement, aux terres et à la propriété. Ces droits ont une énorme signification
pour leurs détenteurs, mais leur réglementation dans le droit statutaire interne a tendance à être incomplète ou
ambiguë et ils ne sont donc pas protégés par des garanties et des recours internes efficaces.

Les problèmes souvent rencontrés par les PDI : Les maisons et les terres abandonnées par les PDI représentent
souvent leurs possessions les plus précieuses et sont essentielles pour leur activité de subsistance et leur identité. La
restitution de ce type de possession—ou la compensation quand cela n’est pas possible—est cruciale pour la mise
en œuvre de solutions durables et constitue un recours légal souvent nécessaire. Cependant, la valeur inhérente de
ces propriétés abandonnées a tendance à entraîner leur occupation et leur utilisation par d’autres personnes. Dans 171
certains cas, l’occupation prend la forme d’un « squat » non réglementé, phénomène qui, bien que généralement
considéré comme étant illégal par le droit interne, est parfois malgré tout encouragé par les autorités locales. Cette
forme d’occupation constitue en tout cas clairement un obstacle physique pour la restitution ou le retour. Des
situations plus problématiques surgissent quand les droits de propriété des personnes déplacées sont contestés.
De tels scénarios peuvent prendre plusieurs formes, y compris des allégations selon lesquelles les propriétés ont
été volontairement transférées par des contrats privés (souvent sous la contrainte), l’application stricte des règles
en matière de prescription et des conditions d’utilisation sans tenir compte des circonstances du déplacement ou
encore la redistribution officielle des propriétés sous le couvert de la loi. D’autres obstacles à la restitution et au
retour tant dans un conflit armé que dans des situations de catastrophe naturelle peuvent inclure376 :

• L’occupation illégale ou le pillage de propriétés, y compris la destruction de maisons et les dommages


infligés aux terres cultivées par d’autres personnes;
• La tentative, de la part d’intérêts locaux puissants, de confisquer de manière permanente des terres
abandonnées, notamment quand les droits des déplacés aux propriétés abandonnées n’ont pas été
formellement enregistrés ou reconnus ;
• Des différends au sujet d’une propriété qui opposent des membres de la communauté déplacée et qui
peuvent être renforcés par la perte de documents et la destruction de registres fonciers qui ont servi à
délimiter des lots de terre.

Dans les cas où les droits de restitution sont théoriquement acceptés, des questions compliquées surgissent à
propos de la nature et de l’étendue de ces droits et des procédures pour leur donner effet. Dans les cas où la

376 Voir de manière générale, IASC, « La Protecion des personnes affectées par des catastrophes naturelles, Les directives
opérationnelles sur les droits de l’homme et les catastrophes naturelles de l’IASC » (2006) Section C.2.

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restitution va effectivement avoir lieu, certains points tels que l’insuffisance des informations publiques relatives
aux délais de revendications ou la non transparence dans le traitement des revendications et l’inadéquation des
mécanismes d’exécution, peuvent toujours représenter un obstacle. De plus, quand les efforts de restitution se
focalisent essentiellement sur des droits formellement reconnus, il est probable que les groupes marginalisés
qui se sont vus refuser l’accès à la propriété et à un titre formel avant le déplacement, soient exclus. Il existe
des risques particuliers dans les situations où les droits de succession des enfants orphelins et des femmes,
l’acquisition et la propriété de la terre sont limités par des obstacles juridiques ou factuels ainsi que dans des
situations où des groupes minoritaires—ou des communautés pauvres—n’avaient pas accès à la terre et à la
propriété ou ne pouvaient acquérir de droits formels à la terre et à la propriété qu’ils utilisaient habituellement.
Des problèmes particuliers surgissent dans le contexte de la reconnaissance formelle de l’administration de la
terre par des groupes indigènes et tribaux déplacés, compte tenu du fait que celle-ci est souvent basée sur des
règles coutumières non écrites.

B. Liste de contrôle : les problèmes devant être traités par les


lois et les politiques internes

Les éléments minimaux essentiels de la réglementation étatique


Au minimum, les autorités compétentes devraient :
172 1. Reconnaître les droits de propriété des PDI sur leur foyer, les terres et propriétés abandonnées, y
compris le droit à la protection et à la restitution de ces propriétés.
2. Prendre des mesures de base pour protéger les foyers, les terres et propriétés abandonnés par les PDI
contre la destruction, l’utilisation illégale, l’occupation et l’appropriation.
3. Développer des procédures simplifiées pour rétablir les droits des PDI à un logement, à la terre et à
la propriété ou les indemniser. Lorsque cela n’est pas possible, fournir un appui auprès des organes
informels de règlement de différends pour prendre en compte les droits de l’homme dans le cadre de
la mise au point de solutions vis-à-vis des revendications de propriété.

Par ailleurs, pour s’assurer que les droits des PDI à la propriété, aux possessions et aux terres sont préservés
pendant le déplacement, les lois et les politiques internes devraient :

• Veiller à garantir que la propriété abandonnée dans les situations de conflit armé soit protégée de la
destruction, de l’occupation illégale et de l’appropriation et permettre l’assignation provisoire de cette
propriété seulement tant que nécessaire pour des raisons humanitaires ;
• Protéger les propriétés abandonnées et les droits des PDI dans des situations de catastrophe naturelle
dès le début du déplacement et fournir une compensation et une aide à la réinstallation dans les cas où
le retour est impossible ;
• Fournir une compensation adéquate et une aide à la réinstallation dans le contexte des projets de
développement qui exigent la réinstallation de populations touchées pour remédier à la perte consécutive
des propriétés et des foyers ;
• Prévoir des procédures simplifiées pour répondre de manière efficace au grand nombre de réclamations ou
plaintes concernant la propriété dans le contexte de solutions durables. Assigner la responsabilité d’appliquer
ces procédures à un organe judiciaire existant ou à une commission de propriété ad hoc. Quand la capacité

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Chapitre 12 : La propriété et les possessions

de l’Etat est insuffisante, encourager les organes informels de règlement de différends à prendre en compte
les droits de l’homme pour trouver des solutions aux revendications de propriété locales ;
• S’assurer que les procédures simplifiées pour les revendications de propriété sont basées sur le droit
interne existant et sont compatibles avec celui-ci, mais qu’elles interprètent et appliquent la loi de
manière à prendre en compte le déplacement involontaire des requérants ;
• S’assurer que les procédures simplifiées liées aux revendications de propriété incluent des dispositifs
procéduraux comme la présomption et des normes probatoires plus souples dans les cas où il est approprié
d’y recourir à la lumière des expériences de déplacement subies par les requérants ;
• Soumettre à la révision les décisions prises lors des procédures simplifiées d’une manière qui ne diminue
pas l’efficacité du traitement administratif ;
• Veiller à ce que tous les délais pour déposer des requêtes soient assortis d’informations publiques et
de mesures d’assistance juridique afin de garantir que tous les requérants potentiels aient réellement
l’occasion de participer ;
• Définir des règles sur la recevabilité des revendications dans les procédures simplifiées qui réglementent
clairement la catégorie de personnes en position d’émettre une revendication, ainsi que la portée
temporelle, géographique et principale du processus, en conformité à la fois avec le contexte local et les
obligations internationales relatives aux droits de l’homme ;
• Définir des règles concernant l’examen de la validité des revendications dans les procédures simplifiées
qui réglementent clairement le type de solutions fournies, la nature des circonstances dans lesquelles
elles ont été apportées et le type de droits dont peuvent bénéficier les futurs occupants de propriété, en
conformité à la fois avec le contexte local et les obligations internationales des droits de l’homme;
• S’assurer que le droit interne en vigueur avant le déplacement ne soit pas appliqué lorsqu’il a un effet
discriminatoire sur les femmes ou d’autres groupes et où il empêche la mise en œuvre de procédures de 173
recours et de solutions durables pour ces groupes ;
• Donner la priorité absolue à la restauration complète des droits préexistants portant sur le foyer, les terres
et la propriété mais prévoir d’autres solutions lorsque la restitution est impossible ;
• Informer les occupants de propriétés revendiquées après le déplacement sur leurs droits, y compris le
droit à un autre logement, les droits sur les récoltes plantées ainsi que le droit à une compensation, y
compris pour des améliorations nécessaires, etc. ;
• Assigner aux fonctionnaires chargés d’appliquer le droit interne l’obligation de participer à la mise en
œuvre des jugements.

C. Les éléments nécessaires de la réglementation étatique

Quelles mesures peuvent être prises pour sauvegarder les droits de propriété
immédiatement après le déplacement ?

Que ce soit dans le cadre d’un conflit armé ou dans des situations de catastrophe naturelle, il convient généralement
de partir du principe que les communautés déplacées devraient rentrer dès que le danger immédiat est passé. Des
mesures doivent être prises pour protéger les maisons et la propriété dès les premiers moments du déplacement
jusqu’à ce que les PDI puissent récupérer leur propriété, y compris celles décrites ci-après :

• Tous les dossiers disponibles concernant les droits de propriété et les baux dans les zones touchées
devraient être protégés et les transferts légaux de propriété dans ces zones devraient en règle générale être
suspendus jusqu’à ce que toutes les personnes affectées aient eu l’occasion de rentrer volontairement.

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• Tous les militaires ou policiers dont la présence est maintenue dans la zone touchée devraient recevoir
pour instruction de prendre toutes les mesures raisonnables pour maintenir l’ordre civil, protéger les
propriétés abandonnées de la destruction, du pillage et de l’occupation illégale ou de l’appropriation et
s’abstenir eux-mêmes d’endommager ou de s’approprier arbitrairement ces propriétés.

Quelles mesures peuvent être prises pour sauvegarder les droits de propriété tout au
long de la période de déplacement ?

L’obligation de protéger une propriété abandonnée par des PDI de la destruction, de l’occupation illégale et de l’appropriation
s’étend tout au long du déplacement. En plus des mesures continues pour surveiller la propriété abandonnée et la protéger
du pillage et des intrusions, les autorités compétentes devraient prendre des mesures pour étayer les revendications de
propriété des déplacés de preuves documentaires, puis les conserver, afin de faciliter la réalisation de ces droits quand les
conditions pour des solutions durables seront réunies. Au-delà de la garantie et de l’enregistrement de la preuve écrite des
droits de bail et de titres de propriété, ces mesures peuvent inclure les éléments suivants :

• Les communautés déplacées devraient être consultées pour que des différends concernant des propriétés
ne compliquent pas le retour. Quand de tels différends existent au sein des communautés et que la
médiation par des moyens traditionnels s’avère impossible, des mécanismes de règlement de différends
devraient être mis en place dès que possible après que le déplacement a eu lieu. Ces mécanismes devraient
avoir pour objectif de prendre en considération autant les preuves formelles de propriété que des moyens
de preuve moins formels, tels que les témoignages recueillis sous serment.
• Dans certains cas, il peut être approprié d’aider les communautés déplacées à dresser ensemble la carte de
174 leurs terres pour anticiper les conflits ou pour préserver la preuve pouvant étayer leurs revendications à un
moment précoce du déplacement, quand les demandeurs individuels ne sont pas encore dispersés. Lorsque
des groupes voisins ou nomades ont généralement bénéficié des droits d’utilisation ou d’accès périodique
aux terres et aux propriétés de ces communautés, ils devraient aussi être inclus dans le processus.

Les autorités compétentes devraient publiquement affirmer les droits au retour volontaire de toutes les personnes
déplacées, à la restitution et à d’autres réparations en raison de l’absence d’accès à leurs logements et terres et
ne devraient pas entreprendre d’actions qui porteraient inutilement préjudice à l’exercice de ces droits. Les
PDI doivent être autorisées à retourner dans leur foyer et à disposer librement de leurs propriétés aussitôt
que les conditions de sécurité de base sont réunies. Quand les propriétés ont été détruites ou endommagées
alors que leurs propriétaires ou occupants étaient absents, les autorités compétentes devraient être disposées à
apporter leur aide pour la reconstruction à la fois des maisons et des propriétés des individus, ainsi que de toute
l’infrastructure et des services publics endommagés nécessaires pour que le retour soit viable.

Etude de cas
La coopération avec les agences internationales pour protéger les droits à la propriété des PDI
En avril 2008, le gouvernement colombien a signé un accord avec le Haut Commissariat des Nations
Unies pour les Réfugiés (UNHCR) pour promouvoir la protection des terres et la restitution des droits
de propriété. L’accord permet d’établir un cadre pour la coordination de divers programmes déjà en
place destinés à protéger juridiquement les terres abandonnées et il prévoit de nouvelles initiatives
pour restaurer les droits à la propriété des personnes qui ont perdu leurs terres lors d’un déplacement
forcé, augmentant ainsi leurs chances de stabiliser leur situation socio-économique. Selon les chiffres
officiels, sur les 2,4 millions de personnes enregistrées au niveau national en tant que déplacées, plus

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 12 : La propriété et les possessions

La coopération avec les agences internationales pour protéger les droits à la propriété des PDI (cont.)

des trois quarts proviennent de zones rurales et tiraient des revenus de la culture de leurs terres et
près de 6 millions d’hectares ont été abandonnés au cours de la crise de déplacement sévissant dans
le pays. L’accord avec le UNHCR vise à résoudre l’absence de solutions pour la perte des terres et
l’appauvrissement que connaissent de nombreuses PDI colombiennes :

“Ce nouvel accord promeut une approche globale des questions liées à la terre, à commencer par la
prévention avec l’enregistrement de la terre dans les communautés confrontées au risque d’un déplacement
forcé—une étape cruciale, car de nombreux fermiers colombiens n’ont pas de titre juridique attestant de
leur propriété foncière, ce qui rend encore plus difficile la récupération de leurs terres dans le cadre de leur
retour après le déplacement. D’autres étapes incluent la protection juridique des terres abandonnées afin
qu’elles ne soient pas vendues ou utilisées par d’autres, et l’établissement de mécanismes pour faciliter la
distribution des terres aux personnes déplacées qui ont perdu leurs propriétés.

Le UNHCR travaille en Colombie depuis dix ans pour soutenir les efforts du gouvernement en faveur de
l’une des plus nombreuses populations de déplacés au monde. Parmi d’autres initiatives, l’organisation
soutient le projet Tierras (Terres) qui, ces quatre dernières années, a déjà enregistré et protégé
juridiquement plus de deux millions d’hectares de terre appartenant aux personnes déplacées et aux
communautés confrontées à un haut risque de déplacement forcé. »377

Dans des situations de conflit armé où il y a un besoin urgent d’abris et de terres—particulièrement pour les
personnes déplacées qui proviennent d’autres parties du pays—les autorités sont susceptibles d’être mieux à même 175
de protéger les propriétés abandonnées en réglementant leur assignation pour des raisons humanitaires plutôt
qu’en pénalisant ou en fermant les yeux sur les squats informels et non réglementés. Quand les logements et les
terres abandonnées sont temporairement alloués, les directives exposées dans le chapitre 9 devraient être suivies
de manière stricte. Dans tous les cas d’occupation de propriété abandonnée, les autorités ont la responsabilité de
s’assurer que ces propriétés ne sont pas endommagées ou détruites et que leur occupation en l’absence de leurs
propriétaires ou des utilisateurs légaux n’aboutit pas à un transfert illégal de titres ou d’autres droits.

Les populations déplacées à la suite d’une catastrophe devraient être consultées pour identifier les mesures d’aide
prioritaires qui peuvent être prises par les autorités compétentes et par les agences humanitaires nationales et
internationales permettant de jeter les bases pour la reconstruction et le rétablissement. Dans les cas où les
individus et les familles déplacés avaient une couverture d’assurance privée contre le type de catastrophe en
question, les autorités devraient appuyer leurs efforts dans le suivi de leurs plaintes et réduire le montant de l’aide
publique à ces ménages à la mesure des compensations reçues. Cependant, dans tous les cas de déplacements
causés par une catastrophe, les autorités conservent le devoir et la responsabilité essentiels d’apporter de l’aide.

Dans certains cas, la nature de la catastrophe naturelle en question peut justifier des restrictions permanentes
concernant la possibilité de rester ou de retourner dans certaines zones ou de reprendre certaines activités (y
compris la reconstruction de maisons). Par exemple, il est possible que la terre n’existe plus ou qu’elle soit trop
exposée à des risques la menaçant de subir à nouveau une catastrophe (dans certains cas, ces risques sont renforcés
par des activités humaines). Cependant, même quand le retour est impossible, il reste vital de rétablir la structure de
propriété et de bail des zones touchées afin de fournir une aide à la réinstallation et des compensations appropriées
et de permettre aux communautés de retrouver un niveau de vie qui soit au moins similaire à celui qu’elles avaient
avant leur déplacement. Dans de telles circonstances, les autorités compétentes devraient :

377 UNHCR, “Colombie : Accord destiné à protéger les droits à la propriété des déplacés,” communiqué de presse, avril 2008.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

• Etablir des restrictions conformément à la loi, s’il existe des raisons impérieuses concernant la sécurité, la santé,
la prévention des catastrophes ou la mise en œuvre de plans de reconstruction ou de développement ;
• Fournir aux communautés touchées un recours judiciaire pour faire appel à la fois de la décision déterminant
que le retour est impossible et des conditions de toute proposition de projet de réinstallation ;
• Elaborer des plans de réinstallation en garantissant une consultation complète avec les communautés
touchées ; et
• Aider les individus et les familles dans la poursuite de toute demande d’indemnité appropriée à une assurance
privée tout en conservant la responsabilité d’ensemble des compensations et de l’aide à la réinstallation.

Comment conviendrait-il de prendre en compte les droits au logement, à la terre et à la


propriété lors de la conception et de la mise en œuvre de programmes de réinstallation
dans un contexte d’aide au développement ?

Comme exposé dans le chapitre 3, les grands projets de développement exigeant la réinstallation des populations
touchées doivent incorporer toutes les mesures possibles pour atténuer l’interférence qui en résulte avec les
droits des personnes concernées. Les plans de réinstallation devraient, entre autres, fournir une compensation
qui reconnaît non seulement la perte d’une propriété acquise de manière officielle, mais également, de manière
générale, les droits en matière de foyer et de logement (que la propriété soit officielle ou non) et les droits
traditionnels et coutumiers de posséder, d’utiliser et d’avoir accès à la terre et aux ressources naturelles.

Dans le contexte de solutions durables, comment traiter efficacement le nombre élevé


de revendications liées à des questions de propriété ?
176
Dans toutes les situations de déplacement, mais particulièrement dans celles liées à un conflit armé, l’expropriation
des maisons, des terres et des possessions des PDI fait généralement partie d’un ensemble plus large de violations de
leurs droits de l’homme. Lorsqu’elles fournissent des solutions à la destruction ou à la perte d’accès aux propriétés,
les autorités compétentes devraient se concentrer non seulement sur le fond des revendications des PDI (voir ci-
dessous), mais également sur les procédures pour les résoudre de manière impartiale et efficace. La plupart des pays
ont déjà des lois interdisant la destruction ou l’appropriation injustifiée de propriétés et ont également des tribunaux
ou d’autres organismes de règlement de différends qui sont compétents pour entendre ces causes.

Cependant, les procédures devant des tribunaux et des organes judiciaires ordinaires ont tendance à faire porter la
charge principale de la preuve à l’instigateur de la procédure (qu’il s’agisse d’un individu lésé ou d’un représentant
de l’Etat). Ce type de procédure implique normalement une enquête longue et complexe et peut résulter en de
multiples recours. Dans les situations de déplacement massif où les expropriations suivent le même scénario
pour chaque cas et peuvent généralement être accompagnées de pièces justificatives, ces procédures d’enquête
complexes sont non seulement inutiles, mais imposent aussi une lourde charge en termes de production de
preuves formelles, de dépenses, de temps et d’incertitude pour les requérants, qui sont souvent déjà appauvris
et traumatisés par leur expérience. De plus, dans de telles situations, les dossiers peuvent imposer des charges
supplémentaires conséquentes à des organes judiciaires ordinaires parfois déjà affaiblis par le conflit ou crise et
qui peuvent nécessiter une réforme. De tels facteurs doivent être pris en compte dans la détermination à la fois
de l’organe judiciaire devant traiter les revendications de propriété et les procédures devant être appliquées.

Dans la plupart des situations de déplacement massif, l’existence de tendances généralisées à l’expropriation et le
besoin de juger rapidement de grands nombres de réclamations ou plaintes justifie l’introduction de procédures
simplifiées—reposant sur un traitement accéléré et une charge probante réduite—en faveur des requérants
déplacés (voir ci-dessous pour plus de détails  ; des recommandations semblables sont faites concernant la

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 12 : La propriété et les possessions

délivrance de documents personnels aux PDI dans le chapitre 11).378 Ces procédures simplifiées peuvent être
appliquées par les tribunaux ordinaires ou les organismes judiciaires administratifs existants ou traditionnels.
Cependant, dans les situations où le nombre de dossiers de réclamations ou plaintes apportés par les PDI est si
important qu’il risque de surcharger les organismes existants ou de mener à des retards inacceptables—ou quand
de tels organismes ne fonctionnent pas—il conviendrait de réfléchir à d’autres modèles.

Dans plusieurs situations post-conflit récentes, des commissions de propriété ad hoc ont utilisé des procédures
simplifiées pour la restauration des droits au logement, aux terres et aux possessions pour les PDI et les réfugiés. De
telles commissions sont généralement mandatées conformément à des accords de paix ou à la législation interne pour
traiter les dossiers de revendication de propriété touchant à des événements spécifiques antérieurs au déplacement
et de résoudre ces cas sur la base de procédures administratives simplifiées. Les commissions de propriété sont
généralement composées de commissaires choisis sur la base de leur expertise et qui ont la responsabilité de prendre
des décisions dans les cas individuels, ainsi que de secrétariats, qui reçoivent et examinent les réclamations ou
plaintes, préparent les exposés sommaires des faits et rédigent les décisions. Les commissions de propriété peuvent
avoir des secrétariats régionaux permanents ou être centralisés, selon le contexte.

Quand la capacité locale existe, les commissions de propriété et les autres organes judiciaires chargés des
procédures simplifiées pour les réclamations de propriété ou plaintes devraient chercher dès le début à développer
une base de données de ces réclamations ou plaintes. Une telle base de données peut aider le traitement de ces
réclamations ou plaintes en les regroupant selon diverses caractéristiques (pour aider à identifier les catégories
de cas les plus urgents et établir des priorités) et en permettant de suivre et de rapporter les progrès effectués
dans l’ensemble. Alors que les données personnelles ne devraient jamais être révélées, la publication de données
globales sur le traitement de réclamations et plaintes peut présenter les progrès réalisés dans la pratique et fournir 177
aux requérants individuels une idée approximative du temps qu’ils doivent attendre pour obtenir une décision.

Dans les cas où la capacité pour créer un organe juridictionnel centralisé est inexistante suite au conflit armé et
au déplacement, les autorités compétentes devraient reconnaître autant l’utilité que les limites d’une dépendance
initiale aux processus de règlement des différends locaux pour garantir une réparation aux requérants. Ces
organes sont souvent informels et appliquent plutôt des règles coutumières. Dans certains cas, ces règles peuvent
mener à des résultats discriminatoires ou arbitraires. De plus, ce type d’organes utilise souvent une approche
basée sur la négociation, permettant par exemple aux occupants d’une propriété abandonnée de conserver la
possession d’une partie de la terre et d’en restituer le reste aux propriétaires déplacés ou aux utilisateurs légaux.
Sans être entièrement satisfaisants du point de vue du droit, ces recours sont parfois la seule base possible pour
des solutions durables et acceptées sur le plan local, dans des situations où l’Etat lui-même est temporairement
dans l’incapacité de fournir de meilleures conditions aux PDI.

Comment les procédures simplifiées pour la restitution des droits de propriété des PDI
devraient-elles se rattacher au droit interne existant ?

Les procédures de réclamations ou plaintes simplifiées devraient être basées sur le droit interne existant et être
compatibles avec ce dernier, mais elles devraient interpréter et appliquer le droit de manière à prendre en compte la
circonstance du déplacement involontaire et ses implications dans le cadre des droits de l’homme. Autrement dit,
le droit interne concernant la propriété devrait être appliqué en tenant compte du fait que les PDI (et les réfugiés)
ont été déplacées de leurs foyers involontairement et se trouvaient dans l’impossibilité d’y retourner pour en faire
usage ou pour chercher des solutions au niveau local pendant toute la période où elles ont été déplacées.

378 Voir les principes de Pinheiro, Principe 12.5.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
Manuel à l’intention des législateurs et des responsables politiques

Les exemples des implications concrètes de cette façon d’appréhender la situation en matière d’application du
droit positif interne pourraient inclure les éléments suivants :

• Les délais de prescription pour l’introduction de réclamations et plaintes en vue d’expulser des occupants
illégaux et faire respecter les droits de titre de propriété ou de bail devraient être suspendus pendant la
période de déplacement, en vertu du fait qu’aucune solution efficace n’existe.
• Les détenteurs de droits de bail sur des foyers ou sur une terre en situation d’occupation ou d’utilisation
permanente légales devraient être reconnus comme ayant des raisons fondées d’avoir été absents de ces
propriétés pendant la période située entre leur déplacement original et le moment à partir duquel un
retour en toute sécurité et dans la dignité est devenu possible.
• Les personnes qui cherchaient à être éligibles pour des droits élargis par le biais d’une occupation
continue et de l’utilisation de biens pour une période légale fixe devraient, en principe, avoir le droit de
reprendre à leur retour cette occupation au point où elles se sont arrêtées lorsqu’elles ont été déplacées.
• Les contrats souscrits par les PDI pour vendre ou échanger leurs foyers ou leurs terres pendant ou
après le déplacement devraient être considérés comme étant invalides car souscrits sous contrainte, en
particulier lorsque leur valeur a été manifestement sous-évaluée.

Les procédures simplifiées ne devraient pas se limiter au droit statutaire formel, mais également se baser sur les règles
et coutumes appliquées de manière constante au niveau local (voir ci-dessous). Il est particulièrement important
de donner effet aux règles et normes coutumières relatives à la terre dans le cas des peuples indigènes et tribaux ou
d’autres groupes qui entretiennent un lien de dépendance ou d’attachement particulier vis-à-vis de leurs terres.

Dans certaines situations, le droit positif interne encadrant les relations de propriété peut être en soi incompatible
178 avec les normes internationales des droits de l’homme. Dans ces situations, le but des programmes de restitution
devrait être non seulement de restaurer les droits qui existaient avant le déplacement, mais aussi, dans certains cas, de
créer de tels droits. Par exemple, dans des situations où avant le déplacement les femmes ne disposaient pas de droits
égaux d’acquérir et d’administrer une propriété, l’application d’une telle loi pourrait, dans la pratique, empêcher des
catégories entières de personnes déplacées, telles que les veuves, d’avoir accès à une solution de recours.

Les procédures simplifiées de réclamations ou plaintes devraient être basées sur le droit procédural interne
(y compris les procédures administratives, civiles et des lois régissant les procédures d’appel quand cela est
approprié). Cependant, comme il est mentionné ci-dessous, ces procédures devraient être considérablement
simplifiées en faveur des requérants dans des situations dans lesquelles des modèles élargis de déplacement et
d’expropriation communs à un grand nombre de réclamations et plaintes peuvent être établis.

Etude de cas
“Combler les lacunes” en s’appuyant sur le droit ordinaire dans les procédures simplifiées
En Bosnie-Herzégovine, le processus de restitution de propriété a été basé sur l’adoption de lois spéciales
prévoyant des procédures simplifiées devant être appliquées par des commissions de propriété locales
dans chaque municipalité. Les lois étaient explicitement lex specialis et toute question non réglementée
devait être traitée conformément aux règles de procédure administrative normalement applicables :

“La procédure pour le retour d’appartements à la possession des détenteurs du droit d’occupation
définis selon cette loi sera effectuée conformément à la Loi sur les procédures administratives, à moins
qu’il n’en soit stipulé autrement dans cette loi.” 379

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Partie iII : La protection pendant et après le déplacement
Chapitre 12 : La propriété et les possessions

Quelles techniques procédurales peuvent aider à restaurer rapidement et efficacement


les droits de propriété des PDI ?

Les procédures simplifiées fournissent des recours plus rapides (et donc plus efficaces) car, à la différence des
procédures judiciaires, elles ne requièrent pas la preuve spécifique de chaque fait pertinent. D’ailleurs les procédures
ad hoc peuvent être justifiées par le fait qu’elles sont conçues pour traiter des dossiers de plainte basés sur des faits
que l’on connaît de manière précise et qui sont communs à tous les demandeurs. Dans le contexte de réclamations
ou plaintes liées à une question de propriété dans des situations de déplacement, il peut généralement être présumé
que les personnes qui ont quitté des zones dans le contexte d’événements de déplacement massifs s’y sont résolues
sur une base involontaire et devraient avoir le droit de retourner chez elles et d’exercer leurs droits de propriété.

Les facteurs qui pourraient refléter ces généralisations lors de la résolution de réclamations ou plaintes incluent
les éléments suivants :

• Une charge réduite de preuves exigées pour que les réclamations ou plaintes des PDI soit recevables.
Par exemple, les réclamations de restitution dans des situations de déplacement massif pourraient
simplement être basées sur la preuve de résidence antérieure dans une zone touchée par le déplacement
et le déplacement qui s’en est suivi.
• L’admission de moyens de preuves alternatifs– par exemple, de résidence antérieure au déplacement : la
déposition de témoins ou la présentation des factures de service rattachant les requérants à l’adresse en
question pourraient être considérées comme étant suffisantes.
• Le recours à la présomption. Par exemple, dans les cas où les droits de propriété sont basés sur une
utilisation continue, il peut être présumé que les personnes qui ont abandonné ces propriétés l’ont fait à 179
cause d’événements provoquant le déplacement et avaient donc des raisons justifiées d’être absentes.
• Renversement du fardeau de la preuve. Quand des PDI revendiquent des droits aux propriétés qu’elles
ont vendues au cours du déplacement, il peut revenir à la personne qui cherche à maintenir le contrat de
vente de démontrer que la transaction n’a fait l’objet d’aucune mesure de contrainte.
• Automaticité de la compensation. Dans les cas où les réparations consistent en tout ou en partie au
versement d’une compensation financière, il est possible de généraliser le recours à des valeurs moyennes
(qui varient de la valeur de différent types de bâtiments à la valeur du cash-flow annuel moyen par
hectare généré par certains types de récolte) afin de permettre aux dommages intérêts d’être calculés
rapidement, invariablement et sans litiges même sur la base d’estimations contradictoires.

Etude de cas
Accélérer les procédures en réparation et les processus de restitution
En traitant environ 2,6 millions de plaintes déposées par des personnes individuelles, des sociétés,
des gouvernements et des organisations internationales lésées par les actions de l’Irak pendant et
après son invasion du Koweït en 1990, la Commission d’indemnisation de l’ONU a été appuyée par la
Résolution du Conseil de sécurité de l’ONU déterminant que l’Irak avait violé les normes fondamentales
du droit international et était donc responsable de tous les dommages intérêts résultants.380 Le fait
que les parties lésées par les actions de l’Irak ne devaient pas prouver la responsabilité dans chaque

379 Loi sur la cessation de l’application de la loi sur les appartements abandonnés, Official Gazette of the Federation of Bosnia
and Herzegovina, No. 11/98, Article 18.
380 Voir Conseil de sécurité des Nations Unies, Résolution S/RES/687 (1991), paragraphe 16.

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La protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays :
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Accélérer les procédures en réparation et les processus de restitution (cont.)

cas individuel a fourni la base pour des actes de procédure accélérée qui se sont concentrés sur la
vérification de la validité des plaintes et l’évaluation des pertes et des dommages. 381

La restitution de logements et de propriétés résidentielles au Kosovo administré par l’ONU depuis 1999
a été facilitée par la résolution déterminant que les règles et les pratiques mises en place pendant la
décennie précédente pour renier les Albanais du Kosovo et les empêcher d’acheter des maisons de Serbes
du Kosovo étaient discriminatoires. En conséquence, la réglementation sur la restitution des propriétés
adoptée par la Mission de l’ONU au Kosovo (MINUK) a inclus des présomptions selon lesquelles les
maisons perdues pendant cette période suite à la discrimination devraient être soumises à la restitution et
que les transferts informels de propriété conclus en violation des règles antérieures devraient donc être
considérés comme étant légaux. 382 Le même règlement tient également compte de normes probatoires
souples, permettant aux décisions prises par la commission au sujet des réclamations de propriété “d’être
guidées, mais … non liées par les règles de procédure et de preuve appliquées dans des tribunaux locaux
au Kosovo” et “d’examiner toute preuve fiable qu’elle juge pertinente pour la plainte.” 383

En Turquie, l’estimation des dommages intérêts résultant du conflit et du déplacement dans les années
1990 a été simplifiée par l’adoption “d’une matrice” permettant le calcul de compensation