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20 | L’été en séries 0123

MARDI 15 ­ MERCREDI 16 AOÛT 2017

La carambouille
du carbone 1|5
L’aubaine
Voici l’histoire d’une fraude monumentale
à la TVA qui a mené au détournement
de milliards d’euros. Tout commence
à la fin des années 2000, quand des aigrefins
flairent le bon coup…

V
ous entrez dans une histoire comme ça. La taxe, c’est ringard, autoritaire,
passionnante. Celle d’une étatique et dangereux ; le marché, c’est
spectaculaire escroquerie, moderne et vertueux. Celui qui le dit est
qui a coûté 1,6 milliard Prix Nobel d’économie. Il s’appelle Ronald
d’euros à la France et plus de H. Coase et c’est à lui que revient l’idée origi­
6 milliards à l’Union euro­ nelle de recourir au marché pour lisser pro­
péenne. Elle part d’une gargote du quartier gressivement les coûts de la dépollution. Le
du Panier à Marseille, passe par les échoppes principe est de mettre chaque année à dispo­
de Belleville et du Sentier à Paris, s’attarde sition un nombre déterminé de «quotas car­
dans les lobbys des grands hôtels, explose bone » ou droits à polluer. Les entreprises
sur la place de la Bourse à Paris, se poursuit qui n’atteignent pas le plafond autorisé peu­
en Chine, à Singapour, à Chypre, au Panama vent revendre leurs quotas restants à celles
ou à Dubaï, se pose en Israël, fait un détour qui ont dépassé le leur. Ainsi, pense­t­on, le
par les casinos de Las Vegas, les boîtes de dieu­marché fixera le juste prix de la pollu­
nuit de Marrakech, les palaces de Courche­ tion au CO2 et jouera le double rôle d’incita­
vel, de Deauville ou de la Côte d’Azur, les cel­ teur et de régulateur.
lules de Fresnes ou de Fleury­Mérogis. Elle
se déplace en Rolls et en Lamborghini, vole LE CARROUSEL À LA « TÊVE »
en jet privé, flambe sur les tables de poker, A Bruxelles, on règle les détails du fonction­
chez les joailliers de la place Vendôme, les nement de ce marché du carbone. Pas ques­
couturiers de l’avenue Montaigne, extor­ tion de le réserver aux acteurs institution­
que, part en cavale, menace, terrorise, saigne nels que sont les banques et leurs tradeurs.
et tue. On y croise analphabètes et génies de La lutte pour l’environnement est l’affaire
l’esbroufe, petits et (très) gros voyous, ban­ des citoyens, l’accès au marché doit donc
quiers complaisants et policiers vendus, être ouvert à tous.
rabbins loubavitch et bandits corses, pop Dernière précision essentielle : pour des
stars et mannequins. raisons qui restent obscures et qui s’expli­
Mais, avant d’y arriver, il y a, disons, un pas­ quent sans doute par la précipitation avec la­
sage un peu ardu. Où il est question de régle­ quelle ce marché a été mis en place, il a été
mentation boursière européenne, de flux décidé que les quotas carbone ne seraient
bancaires, de hauts fonctionnaires, de gaz pas assimilés à un instrument financier
à effet de serre, de quotas carbone et de diffé­ – comme les actions ou les obligations –
rentiels de TVA. Il faut commencer par là, on mais à un bien, et qu’ils seraient donc,
n’a pas le choix. comme tels, assujettis à la TVA. C’est là que
Nous sommes à la fin des années 2000 et il l’histoire commence.
flotte comme un léger parfum de victoire La TVA, ou la « têve », comme l’appellent
dans les couloirs de Bercy. La place boursière ceux qui vont devenir les héros de cette fara­
de Paris est en train de se hisser au premier mineuse escroquerie, n’a depuis longtemps Mais, pour trouver le premier escroc à la grâce à ses relations à la Kommandantur,
rang mondial des échanges de quotas de car­ aucun secret pour eux. Originaires de Mar­ TVA, il faut remonter un peu plus loin dans parvient à sauver plusieurs personnes de la
bone. Un marché financier nouveau, pro­ seille ou des rues de Belleville à Paris, ils ap­ le temps. L’ancêtre de la « têve » est un fer­ déportation, dont une jeune script de ci­
metteur, et qui plus est bienfaiteur, que la partiennent presque tous à la communauté railleur quasi analphabète, né à la fin du XIXe néma qui venait d’être arrêtée et qui s’appe­
City de Londres, exaspérante et inatteigna­ juive séfarade qui a fait les belles heures du dans un ghetto de Bessarabie (dans l’empire lait… Françoise Giroud.
ble rivale, a laissé échapper. Les ministres de commerce de textile en gros dans le quartier russe), qui est arrivé en France en 1925 avec Jugé à la Libération pour collaboration
l’économie, Christine Lagarde, et de l’envi­ du Sentier. Cela fait des années qu’ils se char­ sa jeune épouse couturière. Chaque matin, économique, Joseph Joanovici est con­
ronnement, Jean­Louis Borloo, célèbrent en­ gent d’importer des conteneurs de jeans UNE AUBAINE Joseph Joanovici quitte son domicile de damné à cinq ans de prison et à la confis­
semble cette victoire qui donne à la France Levi’s ou de baskets Converse achetés aux PAREILLE, GRÉGORY Clichy, aujourd’hui dans les Hauts­de­Seine, cation de tous ses biens. Il ne va pas tarder à
un «leadership physique, intellectuel et nor­ Etats­Unis hors taxes, pour les revendre TTC et part en quête de tout ce qu’il peut ramas­ se refaire. On est au mitan des années 1950
matif » dans le domaine de la croissance à Paris ou dans toute l’Europe. Au vendeur fi­ ZAOUI N’AVAIT PAS ser comme ferraille. Au début, c’est lui qui et, à Paris, un haut fonctionnaire de la direc­
verte. Pour être honnête, les raisons de l’en­ nal, il revient de s’acquitter dans un délai de tire la charrette. Cinq ans plus tard, il est à la tion générale des impôts, Maurice Lauré,
thousiasme des deux ministres échappent à six semaines du remboursement de la TVA MÊME OSÉ EN RÊVER. tête d’une société de triage et de récupéra­ vient d’inventer un impôt révolutionnaire,
99 % des citoyens. Tout juste retient­on les avancée par l’Etat. tion qui emploie une vingtaine de salariés. la TVA. Du fin fond de la Lozère, où sa peine a
mots magiques de lutte contre le réchauffe­ Pour éviter cette dernière et funeste étape,
ET PUIS ON LUI A A la veille de la seconde guerre mondiale, il été commuée en assignation à résidence,
ment climatique, protection de la couche les escrocs ont inventé le carrousel de TVA, TOUJOURS APPRIS est devenu l’un des plus gros ferrailleurs de M. Joseph comprend tout de suite la formi­
d’ozone, réduction des émissions de gaz à ef­ qui consiste à multiplier les échanges entre France et compte parmi ses obligés bon dable possibilité d’escroquerie qu’offre cette
fet de serre. Parmi ceux­là figure le dioxyde sociétés bidon derrière lesquelles se cache QUE « TOUT CE QUI nombre de policiers, des plus obscurs aux nouvelle taxe.
de carbone (CO2), l’un des plus répandus et une seule et même personne afin de plus hauts gradés. Dans sa chambre d’hôtel de Mende, il fait
des plus désastreux pour l’environnement brouiller la vue des douaniers et des agents N’EST PAS INTERDIT installer un téléphone et reprend ses activi­
que les usines continuent de projeter par du fisc. La société A achète un bien hors EST AUTORISÉ » LE SYSTÈME DE « MONSIEUR JOSEPH » tés d’achat et de revente de métaux ferreux.
tonnes dans l’atmosphère. taxes, puis le vend à une société B, qui le Arrive l’Occupation. Monsieur Joseph, Il monte un système d’import­export fictif
Les dirigeants européens, qui se veulent revend à C, qui le revend à D qui, elle, le vend comme on l’appelle désormais, se rend vite de marchandises sur lesquelles il se fait
les bons élèves du protocole de Kyoto sur le TTC mais disparaît avant que l’administra­ indispensable aux Allemands, qu’il fournit rembourser par l’Etat une TVA bien réelle.
climat, cherchent le moyen de convaincre les tion fiscale puisse lui réclamer les montants en métaux et en tout ce que le marché noir L’argent rentre, M. Joseph vit grand train,
entreprises les plus polluantes de l’être de TVA. Quand le textile est devenu moins offre de biens précieux. Plus tard, lorsque roule en DS, mais sa fortune attire la convoi­
moins. En Europe, 12000 sites sont concer­ intéressant, ils ont reproduit le carrousel à son commerce avec l’ennemi lui sera repro­ tise du milieu et la curiosité de l’administra­
nés. La première idée, évidente, a été de les l’identique avec des palettes d’ordinateurs et ché, il dira : « Si on les avait laissés faire, ils tion fiscale. Il fuit l’une et l’autre en se réfu­
taxer. Mais, comme chacun sait, ces entre­ de téléphones portables, revendus dans des auraient tout pris sans payer, alors moi, je les giant en Israël, d’abord chez sa sœur, puis
prises sont aussi de grandes pourvoyeuses boutiques dont les gérants se volatilisaient ai fait payer ! » Mais l’étrange M. Joseph fi­ dans un palace d’Haïfa qu’il paie grâce à la
d’emplois, on ne peut pas les mettre à l’index aussi vite qu’ils étaient apparus. nance aussi les réseaux de la Résistance, et, fortune qu’il a eu le temps de mettre à l’abri
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ChristianeMelgrani,
la«marraine»duPanier
La redoutable Marseillaise s’impose dès le départ sur le marché
du carbone en enrôlant hôtesses de bar et anciens proxénètes

I
l y a bien longtemps de cela, PLUTÔT QUE CAUSER Françoise, la sœur d’Angèle, de­
Christiane Melgrani faisait vient représentante de deux
dans le légal. Avec son bac + 5 MICHETON, IL VA autres sociétés. Tout comme
en électronique et en infor­ FALLOIR APPRENDRE Monique, qui tenait un bar­tabac,
matique, cette Corso­Marseillaise ou Laetitia, la belle­fille de Fran­
née dans le quartier de la Cape­ À PARLER CO2 çoise. Jean, un ancien taulard qui
lette enseignait les maths dans le ne parvient pas à joindre les deux
privé avant de se faire embaucher bouts malgré les économies lais­
comme « ingénieure télémati­ Christiane Melgrani, a déjà enri­ sées par les soixante années de
que » dans une société du Vieux­ chi son curriculum vitae de plu­ tapinage de sa femme, prête lui
Port. Après, elle a eu, dit­elle, «une sieurs séjours aux Baumettes, aussi son nom contre rémunéra­
petite période de creux ». On ne pour du trafic de stupéfiants, des tion. Une autre vieille connais­
sait pas exactement ce qu’elle escroqueries aux encarts publici­ sance, Gérard, un ex­docker qui
veut dire par là, mais toujours taires et d’autres à la TVA dans la possède d’utiles connexions avec
est­il que, dans les années 1990, téléphonie, qui lui ont valu une la Camorra, la mafia napolitaine,
on la retrouve à la tête d’un piano­ interdiction de gérer pendant est chargé, lui, d’une partie des
bar, le Lido, cours Jean­Ballard – à quinze ans. Mais elle reste à l’af­ sociétés inscrites sur le marché
Marseille, évidemment. fût de toute possibilité nouvelle italien du carbone.
La suite est connue depuis Al­ qui lui permettrait d’accroître
bert Londres qui, en 1927, notait son patrimoine. Relations chez les Corses
dans son portrait Marseille, porte Le CO2 peut d’autant moins lui C’est ainsi que, le 8 septem­
du Sud, que « devenir patron de échapper que, entre les relations bre 2008, Bernadette et Angèle
bar à Marseille constitue le rêve de professionnelles étroites qu’elle a quittent le Panier et s’envolent
tout malfaiteur international ». nouées avec les carotteurs de la pour six jours à Hongkong avec
Au Lido, Christiane Melgrani re­ communauté juive de Marseille, pour tout bagage un anglais ap­
trouve ses copines qui travaillent les liens qu’elle entretient tant proximatif. Après avoir signé les
dans des « bars américains », avec le milieu des voyous corses documents nécessaires à l’ouver­
comme on appelle pudiquement qu’avec les policiers de l’Evêché, ture d’un compte qui récupérera
ces établissements à hôtesses les amis napolitains d’Angèle et les gains du CO2, elles font un peu
tarifées. Elle s’y lie d’amitié avec les copines hôtesses, Christiane de shopping. Les autres gérants
ceux qui les accompagnent, Melgrani dispose à la fois d’un vo­ de paille sont envoyés en Espa­
demi­sels, proxénètes ou petits lant d’experts assermentés sur le gne, en Italie ou en Suisse.
trafiquants de stups. marché de l’escroquerie, d’un La «vieille», comme disent avec
réseau pointu d’informateurs, un respect mêlé de terreur les
Lasagnes et Claude Barzotti d’utiles protecteurs, de potentiels escrocs qui se sont associés à
Sa route ne tarde pas à croiser celle riches investisseurs et de petites Christiane Melgrani, se soucie
d’Angèle Porcaro, une Marseillaise mains dévouées. aussi de la levée de fonds pour
d’origine napolitaine qui, après Comme dans une version mar­ amorcer la pompe à TVA. Elle solli­
des débuts dans la confection de seillaise de la série Soprano, tout ce cite ses relations corses qui ont fait
chaussures, a trimé pendant petit monde se retrouve régulière­ fortune dans les casinos ou les so­
vingt­sept ans derrière les comp­ ment rue Caisserie pour déguster ciétés qu’ils dirigent en Afrique ou
toirs du Malo, du Yacht ou de la la cuisine d’Angèle et commenter ailleurs, et convainc tous ses amis
Sirène avant de revenir se fixer sa nouvelle couleur de cheveux en qui ont de l’argent à blanchir de lui
dans le quartier de son enfance, écoutant du Claude Barzotti. A la confier leurs solides économies.
au Panier. A La Cantinette, rue terrasse de La Cantinette, Chris­ Au bout de quelques mois, tout
Caisserie, une gargote flanquée tiane Melgrani, le visage barré est prêt pour le carrousel: l’argent
d’un drapeau italien sur la devan­ d’épaisses montures griffées, son à placer sur le marché est arrivé
ture, Angèle cuisine les pizzas et yorkshire Filou sous un bras, son par centaines de milliers d’euros,
les lasagnes suivant les recettes de sac Vuitton sur l’autre, répartit les les structures de sociétés bidon
sa mère, Felicita, qui vient sur­ rôles de chacun. Aux anciennes qui permettront de faire tourner
veiller la cuisson quand elle a fini hôtesses et tenancières de bar, elle les quotas de CO2 sont en place
de vendre ses petits escargots. délivre des rudiments de forma­ partout en Europe, les comptes
Au moment où commence l’af­ tion. Plutôt que causer «miche­ destinés à accueillir les bénéfices
faire de l’escroquerie aux quotas ton», il va falloir apprendre à par­ ont été ouverts loin des yeux de
de carbone, Christiane partage la ler CO2, «token» (jeton), «trade» et l’administration fiscale.
vie d’Angèle depuis dix­sept ans. indice boursier. Ou en tout cas Albert Londres est complète­
Ces messieurs d’Endoume, de faire mine de. ment dépassé. A la fin des années
Samatan ou des Carmes, elles Bernadette, dite « Ber », ou 2000, les michetonneuses et les
les ont fréquentés pour le boulot « Tati », ou encore « Nad », une patronnes de bar marseillais sont
et ça suffisait comme ça. A amie de trente ans rencontrée à reconverties dans le trade inter­
50 ans, la « marraine » du Panier, l’époque du Lido, est promue gé­ national de carbone. p
comme on appelle désormais rante de société avec Angèle. s. pi. et p. r.­d.
NINI LA CAILLE

aux Etats­Unis. A la demande insistante des s’intéresse au commerce des panneaux prévoir une cascade de sociétés bidon pour trace de l’acquéreur d’origine, il les revend
autorités françaises, Israël accepte cepen­ solaires et à ce truc nouveau, les « quotas faire circuler les quotas et récupérer la TVA à 4,10 euros, soit 10 centimes de moins, sur
dant de l’expulser. carbone ». Il n’est pas encore sûr d’avoir chaque tour de manège. Cela aussi, Grégory Bluenext, le marché français du carbone.
En 1960, le bateau qui ramène Joseph Joa­ tout compris, mais il a retenu une chose es­ Zaoui sait le faire, il est même un as de la Comme il l’avait espéré, la Caisse des dépôts
novici entre dans le port de Marseille. Le cé­ sentielle : les quotas, c’est de l’immatériel. « tuyauterie ». et consignations lui avance aussitôt le mon­
lèbre escroc est aussitôt incarcéré aux Bau­ Pas de containers à gérer. Pas de marchan­ Reste à trouver, pour chacune de ces socié­ tant de la TVA, soit 19,6 %, ce qui fait grimper
mettes, dans l’attente de son procès. Il en dises à transporter. Pas de risque de se les tés, des gérants de paille. Son amie mar­ pour lui le prix du quota vendu à 4,91 euros.
sort quelques mois plus tard, relaxé au béné­ faire voler. Pas de stocks à écouler. Juste du seillaise, Christiane Melgrani, avec laquelle LES QUOTAS DE CO2, En quelques clics, les 42000 euros de quotas
fice du doute. Quand il meurt, le 7 février vent, qui peut rapporter beaucoup d’argent. il a déjà monté des escroqueries à la TVA C’EST DE vendus lui en ont donc rapporté 49000. Le
1965, à plus de 70 ans, dans le modeste ap­ Une aubaine pareille, Grégory Zaoui n’avait dans la téléphonie, a tout le nécessaire soir même, la Caisse des dépôts vire le
partement qu’il occupe à Clichy, sa dette fis­ pas même osé en rêver. Et puis on lui a tou­ sous la main. Avec sa compagne, Angèle L’IMMATÉRIEL. bénéfice sur un compte que Grégory Zaoui
cale est évaluée à plus de 1 milliard de francs. jours appris que « tout ce qui n’est pas inter­ Porcaro, elle règne sur le quartier du Panier. détient à Hongkong.
Il faudra se souvenir de M. Joseph pour la dit est autorisé ». A La Cantinette, le restaurant d’Angèle, se PAS DE CONTENEURS La tuyauterie a l’air de fonctionner. Il va
suite de l’histoire. Ses successeurs ne seront Avant cela, il y a trois étapes à franchir : retrouvent amis corses, ex­taulards, ma­ pouvoir enclencher la vitesse supérieure.
au fond que des imitateurs. d’abord présenter à la Caisse des dépôts et fieux napolitains sur le retour et toute une
À GÉRER. PAS DE Passer de l’artisanat à l’ère industrielle. Mais
consignations, la banque de l’Etat qui a la myriade de copines hôtesses de bar qui MARCHANDISES il faut faire vite car, dans le petit monde des
UN TUYAU À FLEURY-MÉROGIS main sur les registres de quotas de CO2, une conviendront parfaitement moyennant escrocs à la «têve», la concurrence est rude et
Revenons à 2006. Cette année­là, Grégory société suffisamment propre pour être ha­ quelques centaines d’euros. À TRANSPORTER. l’aubaine du CO2 s’est répandue comme traî­
Zaoui se promène dans les allées du Salon bilitée à intervenir directement sur le mar­ née de poudre. Pour cela, il faut de l’argent,
des énergies renouvelables. Né à Auber­ ché. Il suffit d’une identité, d’une adresse et PREMIER TEST DANS UN WEBCAFÉ PAS DE RISQUE DE beaucoup d’argent. Et des nerfs solides. p
villiers, ce fils de juifs tunisiens arrivés en d’un Kbis, un document officiel attestant de En juillet 2007, Grégory Zaoui lance un pre­ SE LES FAIRE VOLER. simon piel
France après l’indépendance a pour tout di­ l’existence juridique de la société. Grégory mier test sur le marché. Il s’installe dans et pascale robert­diard
plôme un CAP de carrosserie. Les voitures, il Zaoui étant sous le coup d’une interdiction un webcafé parisien d’où il peut passer des PAS DE STOCKS
préfère les conduire, et belles de préférence. de gérer, il ne peut pas l’inscrire sous son ordres de virement sans être identifié par Les propos cités dans cette série sont extraits de
A 35 ans, Grégory Zaoui a déjà une bonne nom mais son cousin fera l’affaire. Ensuite, les adresses IP (Internet Protocol) des ordi­ À ÉCOULER procédures judiciaires, d’entretiens ou de déclara­
petite réputation dans le milieu des escrocs il faut une bonne mise de départ pour ache­ nateurs de ses sociétés. Avec la première, tions à l’audience et dans la presse. La plupart des
à la « têve ». Lors d’un séjour récent en dé­ ter les quotas. Grégory Zaoui n’a pas d’ar­ il achète sur un marché des Pays­Bas protagonistes font l’objet de poursuites, tous res­
tention à Fleury­Mérogis, il a entendu dire gent mais des relations qui en ont. Il par­ 80000 tonnes de CO2 à 4,20 euros pièce. Il en tent présumés innocents tant qu’une condamna­
que le marché de la croissance verte pour­ vient d’autant plus facilement à les convain­ prélève 10 000 qu’il fait circuler de société tion définitive n’a pas été prononcée.
rait bien être le nouvel eldorado. Alors, cre qu’elles ont besoin de blanchir des fonds en société en quelques heures. Lorsqu’ils
Grégory Zaoui se renseigne, tâte le terrain, qui ne sont pas très propres. Enfin, il faut ont suffisamment tourné pour brouiller la Prochain article : le jackpot