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UE 211 – Gestion juridique, fiscale et sociale Cnam-Intec – 2016-2017

FICHE PRATIQUE
Comment lire et analyser un arrêt ?

Intérêt.- Des arrêts de jurisprudence de la Cour de cassation et du Conseil d’Etat étant régulièrement mis en annexes des
sujets d’examen et comportant toujours des informations très utiles, il est évidemment impératif de les analyser mais aussi
de le faire efficacement et rapidement.
L’analyse juridique d’un arrêt commence par l’analyse de sa structure.

Les arrêts de la Cour de cassation


Identification de l’arrêt.- Un arrêt est identifié par sa date et par la juridiction qui l’a rendu.
Les arrêts de jurisprudence pourront être souvent présentés sous une formule abrégée de type : Ass. Plén., 11 décembre
1992, Bull. civ, n° 13 ou bien Civ. 1ère, 12 novembre 1998, pourvoi n° 97-13248.
Dans le premier cas, la mention « Ass. Plén. » nous renseigne sur l’importance de l’arrêt (on parle alors d’arrêt de principe)
puisqu’il est rendu par l’Assemblée plénière de la Cour de cassation. Cette importance de l’arrêt est confirmée par sa
publication au Bulletin civil (cf. « Bull. civ. »).
Dans le deuxième cas, il s’agit d’un arrêt rendu par la première chambre civile (donc d’importance moindre) et qui est
référencé par son numéro de pourvoi (cf. « pourvoi n° 97-13248 »). Il se peut que, lorsque l’arrêt est référencé par son seul
pourvoi, cela sous-entende qu’il n’a pas été publié au bulletin de la Cour de Cassation (certains arrêts porteront la mention
« inédit »). On peut dès lors en déduire que l’arrêt ne tranche pas une question fondamentale ou n’apporte pas de solution
nouvelle.

Analyse de l’arrêt.- L’analyse de l’arrêt consiste d’abord à en rechercher la structure pour en faciliter sa lecture et sa
compréhension. La construction d’un arrêt est souvent articulée autour de l’enchaînement classique « fait – procédure –
position de la Cour d’appel – position de la Cour de cassation ».

Exemples.- Passons maintenant à deux arrêts de la Cour de cassation …

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1er arrêt : Cass. civ. 1ère, 13 décembre 2005, Bull. civ. I, n° 495

Sur le moyen unique, pris en ses deux branches :

Attendu que M. X... et Mme Y... se sont mariés le 11 décembre 1995 ; que Mme Y... a engagé une action en nullité du
mariage sur le fondement de l'article 180, alinéa 2, du Code civil en soutenant avoir découvert, le soir de son mariage, que
son mari entretenait une liaison avec une femme mariée ;

Attendu que Mme Y... fait grief à l'arrêt confirmatif attaqué (Paris, 20 décembre 2001) de l'avoir déboutée de sa demande,
alors, selon le moyen :

1 / que l'erreur sur les qualités "substantielles" de la personne ne saurait s'apprécier de façon purement abstraite, sans
considération pour les convictions religieuses ou philosophiques qui ont pu déterminer le consentement de l'autre partie,
qu'en refusant de prononcer la nullité du mariage contracté par Mme Y... au motif "qu'en l'état actuel des mœurs" la liaison
durablement entretenue par M. X... avec une femme mariée ne pouvait pas constituer une cause de nullité du mariage,
sans rechercher si, au regard des convictions religieuses très ancrées de Mme Y..., apparemment partagées par M. X... et
communes à tout leur environnement social, cette liaison adultérine cachée à Mme Y... n'avait pas pu caractériser une
erreur déterminante du consentement de celle-ci, la cour d'appel n'a pas légalement justifié sa décision au regard de
l'article 180 du Code civil ;

2 / qu'il était soutenu, et de surcroît non contesté, que la liaison que M. X... entretenait depuis sept ans avec une femme
mariée s'était prolongée au moins jusqu'au matin même de son mariage civil avec Mme Y..., qu'en se bornant à énoncer
que Mme Y... "ne prouve pas" que M. X... ait eu l'intention de continuer à entretenir cette liaison après son mariage, sans
rechercher si le comportement de M. X... n'était pas objectivement incompatible avec la fidélité due au lien matrimonial et
la loyauté des époux qui constituaient les qualités essentielles sur la foi desquelles Mme Y... avait donné son consentement,
la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard de l'article 180 du Code civil ;

Mais attendu que la cour d'appel, qui s'est livrée à la recherche prétendument omise, a relevé que si M. X... reconnaissait
avoir entretenu avant son mariage des relations avec une autre femme, il n'était pas démontré qu'il ait eu l'intention de
poursuivre cette liaison après son mariage, en dépit des allégations malveillantes de cette personne sur la persistance de
leur relation jusqu'au jour du mariage ; qu'elle a pu en déduire que le fait pour M. X... d'avoir caché à son épouse l'existence
de cette relation antérieure ne constituait pas une tromperie sur ses qualités essentielles et a souverainement estimé que
les convictions religieuses de Mme Y... ne permettaient pas d'établir que celle-ci n'aurait pas contracté mariage si elle avait
eu connaissance de cette liaison passée de son mari dans la mesure où les aspirations de M. X... à une union durable
n'étaient nullement mises à mal par cette circonstance ; qu'elle a ainsi légalement justifié sa décision ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne Mme Y... aux dépens ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Première chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique
du treize décembre deux mille cinq.

Identification de l’arrêt
D’après l’intitulé, il s’agit d’un arrêt du 13 décembre 2005 rendu par la première chambre civile. Cet arrêt a été publié au
Bulletin civil, ce qui signifie que :
- l’arrêt comporte une solution de droit (contrairement aux juges du fond, la Cour de Cassation n’apprécie pas les faits
mais seulement le droit) ;
- l’arrêt est relativement récent ;
- la solution apportée par l’arrêt est suffisamment importante pour faire l’objet d’une publication.

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Analyse structurelle de l’arrêt

Cass. civ. 1ère, 13 décembre 2005, Bull. civ. I, n° 495

L’action a un seul Sur le moyen unique, pris en ses deux branches :


fondement divisé en
deux arguments

Attendu que M. X... et Mme Y... se sont mariés le 11 décembre 1995 ;


Les faits
………………………………………………

Initiative de la ……………………que Mme Y... a engagé une action en nullité du


procédure mariage……………………………………………...

……………….……sur le fondement de l'article 180, alinéa 2, du Code civil


Fondement de
en soutenant avoir découvert, le soir de son mariage, que son mari
l’action
entretenait une liaison avec une femme mariée ;

Demandeur au Attendu que Mme Y... fait grief…….…………………...……


pourvoi

……………………………………à l'arrêt confirmatif attaqué (Paris, 20


Solution de la cour
décembre 2001) de l'avoir déboutée de sa Arrêt rendu le 20.12.2001
d’appel
demande,………………………………………………………. par la cour d’appel de Paris

………….…alors, selon le moyen :


1 / que l'erreur sur les qualités "substantielles" de la personne ne
saurait s'apprécier de façon purement abstraite, sans considération Éléments retenus par le
pour les convictions religieuses ou philosophiques qui ont pu demandeur au pourvoi
déterminer le consentement de l'autre partie, qu'en refusant de
prononcer la nullité du mariage contracté par Mme Y... au motif
"qu'en l'état actuel des mœurs "la liaison durablement entretenue par
Premiers arguments M. X... avec une femme mariée ne pouvait pas constituer une cause
au pourvoi de nullité du mariage, sans rechercher si, au regard des convictions
religieuses très ancrées de Mme Y..., apparemment partagées par M.
X... et communes à tout leur environnement social, cette liaison Solution de la cour d’appel
adultérine cachée à Mme Y... n'avait pas pu caractériser une erreur et reproche du demandeur
déterminante du consentement de celle-ci, la cour d'appel n'a pas au pourvoi
légalement justifié sa décision au regard de l'article 180 du Code civil ;

2 / qu'il était soutenu, et de surcroît non contesté, que la liaison que


M. X... entretenait depuis sept ans avec une femme mariée s'était Éléments retenus par le
prolongée au moins jusqu'au matin même de son mariage civil avec demandeur au pourvoi
Mme Y..., qu'en se bornant à énoncer que Mme Y... "ne prouve pas"
que M. X... ait eu l'intention de continuer à entretenir cette liaison
Seconds arguments
après son mariage, sans rechercher si le comportement de M. X...
au pourvoi
n'était pas objectivement incompatible avec la fidélité due au lien
Solution de la cour d’appel
matrimonial et la loyauté des époux qui constituaient les qualités
et reproche du demandeur
essentielles sur la foi desquelles Mme Y... avait donné son
au pourvoi
consentement, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au
regard de l'article 180 du Code civil ;

Mais attendu que la cour d'appel, qui s'est livrée à la recherche


prétendument omise, a relevé que si M. X... reconnaissait avoir
entretenu avant son mariage des relations avec une autre femme, il
Solution de la cour Réponse aux arguments du
n'était pas démontré qu'il ait eu l'intention de poursuivre cette liaison
de Cassation demandeur au pourvoi
après son mariage, en dépit des allégations malveillantes de cette
personne sur la persistance de leur relation jusqu'au jour du mariage ;
qu'elle a pu en déduire que le fait pour M. X... d'avoir caché à son

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épouse l'existence de cette relation antérieure ne constituait pas une


tromperie sur ses qualités essentielles et a souverainement estimé
que les convictions religieuses de Mme Y... ne permettaient pas
d'établir que celle-ci n'aurait pas contracté mariage si elle avait eu
connaissance de cette liaison passée de son mari dans la mesure où
les aspirations de M. X... à une union durable n'étaient nullement
mises à mal par cette circonstance ; qu'elle a ainsi légalement justifié
sa décision ;

Appréciation de la décision
de la cour d’appel

PAR CES MOTIFS :


Dispositif REJETTE le pourvoi ;
Condamne Mme Y... aux dépens ;

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2ème arrêt : Cass. com., 16 décembre 2008, n° 07-20800, Inédit

Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 16 décembre 2008
N° de pourvoi: 07-20800
Non publié au bulletin Cassation

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE, a rendu l'arrêt suivant :


Sur le moyen unique :
Vu l'article 1382 du code civil ;
Attendu, selon l'arrêt attaqué, que M. X..., salarié de la société Jeandel équitation (Jeandel) qui exploite un centre équestre,
a démissionné le 12 mai 2003 avant d'être licencié le 9 juin 2003 en cours de préavis, qu'il a créé le 26 mai 2003 la société
École d'équitation Le Chesny (Chesny) afin d'exploiter un centre équestre voisin ; que la société Jeandel, reprochant
notamment à la société Chesny des détournements de clientèles, l'a assignée en concurrence déloyale afin d'obtenir
paiement de dommages-intérêts ;
Attendu que, pour rejeter les demandes de la société Jeandel, l'arrêt retient qu'il n'est pas établi que l'activité de la société
Chesny a commencé avant que M. X... ait cessé de travailler au sein de la société Jeandel ;
Attendu qu'en se déterminant ainsi, sans rechercher, comme elle y était invitée, si des manœuvres tendant à détourner
partie de la clientèle de la société Jeandel avaient été commises pour le compte de la société Chesny par M. X... lorsque,
salarié de la société Jeandel, il s'apprêtait à créer la société concurrente dont il est co-gérant, la cour d'appel a privé sa
décision de base légale ;
PAR CES MOTIFS :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 4 septembre 2007, entre les parties, par la cour d'appel de
Metz ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait
droit, les renvoie devant la cour d'appel de Metz, autrement composée ;
Condamne la société École d'équitation de Chesny aux dépens.

Identification de l’arrêt
D’après l’intitulé, il s’agit d’un arrêt du 16 décembre 2008 rendu par la chambre commerciale. Cet arrêt est inédit, c’est-à-
dire qu’il n’a pas été publié au Bulletin civil. On peut en déduire que cet arrêt ne tranche pas une question fondamentale ou
n’apporte pas une solution nouvelle.

Analyse structurelle de l’arrêt


Nota : assez souvent, les arrêts de cassation ont une forme distincte de ceux de rejet.

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Cour de cassation
chambre commerciale
Identification de l’arrêt
Audience publique du mardi 16 décembre 2008
N° de pourvoi: 07-20800
Non publié au bulletin Cassation
Solution retenue

REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE, a rendu l'arrêt suivant :

L’action a un seul
Sur le moyen unique :
fondement

Visa (disposition légale


Vu l'article 1382 du code civil ;
ou jurisprudentielle à
laquelle se réfère la
décision)

Attendu, selon l'arrêt attaqué, que M. X..., salarié de la société Jeandel équitation (Jeandel) qui
exploite un centre équestre, a démissionné le 12 mai 2003 avant d'être licencié le 9 juin 2003 en
Les faits
cours de préavis, qu'il a créé le 26 mai 2003 la société École d'équitation Le Chesny (Chesny) afin
d'exploiter un centre équestre voisin ;………………………………………………………………………………………...

Initiative de la ………que la société Jeandel, reprochant notamment à la société Chesny des détournements de
procédure et fondement clientèles, l'a assignée en concurrence déloyale afin d'obtenir paiement de dommages-intérêts ;
de l’action

Décision de la cour Attendu que, pour rejeter les demandes de la société Jeandel,……………………….
d’appel

Argument de la cour …………………………………………………………………………l'arrêt retient qu'il n'est pas établi que l'activité de la
d’appel société Chesny a commencé avant que M. X... ait cessé de travailler au sein de la société Jeandel ;

Argument du Attendu qu'en se déterminant ainsi, sans rechercher, comme elle y était invitée, si des manœuvres
demandeur au pourvoi tendant à détourner partie de la clientèle de la société Jeandel avaient été commises pour le compte
repris par la Cour de de la société Chesny par M. X... lorsque, salarié de la société Jeandel, il s'apprêtait à créer la société
cassation concurrente dont il est co-gérant,…………………………………………………………………………………….

Solution de la Cour de …………....la cour d'appel a privé sa décision de base légale ;


cassation

PAR CES MOTIFS :


CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 4 septembre 2007, entre les parties,
Dispositif
par la cour d'appel de Metz ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se
trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Metz,
autrement composée ;

Remarque : la Cour de cassation relève que « la cour d'appel a privé sa décision de base légale » lorsque les constatations de fait du
juge du fond sont insuffisantes pour appliquer la règle de droit qu'il a appliquée. Dans cette situation, le juge ne peut faire application
de l'article 1382 du Code civil s'il ne constate pas un dommage.

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Les arrêts du Conseil d’Etat sont structurés de façon différente, mais on y retrouve des éléments comparables à ceux que
l’on trouve dans un arrêt de la Cour de cassation. Voici un exemple.

Conseil d'État, n° 314579, 24 août 2011



Considérant qu'il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que, le 10 septembre 1996, M. et Mme B ont
apporté à la SCI 1-5 rue de Sévigné , dont ils détenaient la moitié des parts, 882 actions de la SA Assistance service, dont ils
détenaient également la moitié du capital ; qu'ils ont reçu en contrepartie 110 parts de la SCI et placé la plus-value réalisée
à l'occasion de cette opération sous le régime du report d'imposition prévu aux articles 160 I ter et 92 B II, alors en vigueur,
du code général des impôts ; que l'administration fiscale a remis en cause, selon la procédure de répression des abus de
droit, ce report d'imposition ; que, par jugement du 12 mai 1996, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a
rejeté la demande de M. et Mme B en décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des pénalités
résultant de cette remise en cause ; que, par un arrêt du 17 janvier 2008 contre lequel ils se pourvoient en cassation, la cour
a confirmé ce jugement ;
Considérant, en premier lieu, que la cour, qui a répondu aux moyens dont elle était saisie, n'était pas tenue de répondre
aux arguments tirés de ce que les requérants n'avaient pas apporté l'ensemble de leurs actions à la SCI et de ce que cette
dernière était une structure patrimoniale d'investissements commune à deux familles ;
Considérant, en deuxième lieu, qu'aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable
au présent litige : Ne peuvent être opposés à l'administration des impôts les actes qui dissimulent la portée véritable d'un
contrat ou d'une convention à l'aide de clauses : (...) / b) (...) qui déguisent soit une réalisation, soit un transfert de
bénéfices ou de revenus (...). / L'administration est en droit de restituer son véritable caractère à l'opération litigieuse. En
cas de désaccord sur les redressements notifiés sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du
contribuable, à l'avis du comité consultatif pour la répression des abus de droit. L'administration peut également soumettre
le litige à l'avis du comité (...) / Si l'administration ne s'est pas conformée à l'avis du comité, elle doit apporter la preuve du
bien-fondé du redressement ; qu'il résulte de ces dispositions que l'administration est fondée à écarter comme ne lui étant
pas opposables certains actes passés par le contribuable, dès lors que ces actes ont un caractère fictif, ou que, recherchant
le bénéfice d'une application littérale des textes à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être
inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, s'il n'avait pas passé ces
actes, aurait normalement supportées, eu égard à sa situation ou à ses activités réelles ; qu'en jugeant que l'administration
pouvait faire usage des pouvoirs qu'elle tient de ces dispositions lorsqu'elle entend remettre en cause les conséquences
fiscales d'une opération se traduisant par le report d'imposition d'une plus-value déclarée dans les conditions prévues par
l'article 160 I ter du code général des impôts, la cour n'a commis aucune erreur de droit ;
Considérant, en troisième lieu, qu'il ressort des motifs de l'arrêt attaqué que, contrairement à ce que soutiennent les
requérants, la cour a qualifié l'opération réalisée par ceux-ci d'abus de droit après avoir relevé qu'ils n'apportaient pas la
preuve, qui leur incombait, de ce qu'elle aurait poursuivi un but autre qu'exclusivement fiscal ;
Considérant, en quatrième et dernier lieu, que le placement en report d'imposition d'une plus-value réalisée par un
contribuable, lors de l'apport de titres à une société qu'il contrôle, et qui a été suivi de leur cession par cette société, est
constitutif d'un abus de droit s'il s'agit d'un montage ayant pour seule finalité de permettre au contribuable, en interposant
une société, de disposer effectivement des liquidités obtenues lors de la cession de ces titres tout en restant détenteur des
titres de la société reçus en échange lors de l'apport ; qu'il n'a en revanche pas ce caractère s'il ressort de l'ensemble de
l'opération que cette société a, conformément à son objet, effectivement réinvesti le produit de ces cessions dans une
activité économique ;
Considérant qu'il ressort des constatations souveraines de la cour que M. et Mme B ont fait apport de leurs actions de la SA
Assistance service à la SCI 1-5 rue de Sévigné , dont ils détenaient la moitié des parts, l'autre moitié étant détenue par un
autre couple qui était également possesseur du reste des actions de la SA Assistance service et qui a procédé, au même
moment, au même apport ; que cette SCI, qui a pour objet social la gestion d'immeubles, a peu après revendu pour le prix
d'apport sa participation dans le capital de la SA Assistance service et réinvesti le produit de cette cession dans l'acquisition
de parts de SCI et d'un immeuble ; qu'eu égard au caractère conjoint de l'apport, de la cession, du réemploi et de la gestion
du produit de cette cession, ce produit pouvait être appréhendé par les contribuables ; qu'enfin, il n'a jamais été soutenu
que ces investissements immobiliers réalisés par une SCI à caractère patrimonial s'inscrivaient dans le cadre d'une activité
économique poursuivie par les porteurs de parts de la SCI ; qu'en déduisant de ces circonstances que M. et Mme B
n'apportaient pas la preuve de ce que cette opération avait un autre motif que celui d'atténuer ou d'éluder le paiement de
la plus-value qu'ils auraient normalement supportée s'ils n'avaient pas réalisé l'apport, la cour a exactement qualifié les
faits de l'espèce ;

Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêt
attaqué ; que leurs conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne
peuvent, par suite, qu'être rejetées ;

DECIDE:
Article 1er : Le pourvoi de M. B et de Mme A est rejeté.

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