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DENSIFICATION DU SEMIS URBAIN, DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE,


MUTATIONS SOCIALES ET TRANSFORMATION DES CAMPAGNES
CAMEROUNAISES : FACTEURS ET PARADIGMES D’AVENIR

Moselie MVONDO MVONDO1

Résumé
Depuis l’indépendance, la carte des villes ne cesse de s’étoffer avec la création et la
croissance de nouvelles villes. Celles-ci sont crées et émergent grâce à la combinaison de
nombreux facteurs dont principalement les facteurs politiques, économiques, géographiques
etc. Au-delà des problèmes qui accompagnent leur développement, force est de constater que
ces nouvelles villes ont un impact sur les campagnes environnantes qui subissent des
mutations. Toutefois, il serait judicieux pour une harmonie entre ces nouvelles villes et les
campagnes environnantes, que les mécanismes qui accompagnent leur émergence soient
repensés afin que ces petites villes soient de véritables catalyseurs du développement et
l’émergence de toutes les régions du pays.
Abstract
Since independence, the urban map of Cameroon is still developing. New small cities are
created. They evolution is due to the combination of many factors mainly political,
economical, geographical etc. Beyond the problems which are related to their development,
one notes that these new cities have an impact on the surrounding campaigns which undergo
changes. However, it would be important for a harmony between these new cities and
surrounding campaigns that the mechanisms of their development be reconsidered for these
small cities to act on the development and the emergence of all the areas of the country.
Introduction
La constitution camerounaise en son article 1 alinéa 2 dit que le Cameroun est un état
unitaire décentralisé. Mais, le processus de décentralisation en cours qui a conduit à la
modification du découpage administratif du territoire camerounais, est fortement endossé sur
le processus de déconcentration, dont le slogan a toujours été : “rapprocher l’administration
des administrés”. Les limites territoriales de plusieurs circonscriptions ont été modifiées. A la
faveur de ces changements, de nombreuses localités ont été érigées en chefs-lieux, pour
commander ces circonscriptions. Actuellement, le Cameroun est divisé en 10 régions, 58
départements, 362 arrondissements. Ce changement du statut administratif d’un nombre
important de localités, et la création ex nihilo d’autres chefs-lieux, contribue à densifier le
semis-urbain car, dans le contexte camerounais, tout chef-lieu d’unité administrative est une
ville. Ce qui met en avant le critère administratif. Cependant, une interrogation apparaît : quel
impact, ces nouveaux chefs-lieux ont-ils sur le développement local ? La présente réflexion
est juste une modeste contribution dans un thème aussi vaste, sujet de débat, pour que de
véritables paradigmes soient énoncés et que l’extension du semis-urbain constitue un facteur
de développement local. Il n’est pas question ici de nous étendre sur les interférences entre
ces nouvelles villes et les campagnes, encore moins sur le débat sur le caractère urbain de ces
localités. Mais nous nous proposons d’analyser les facteurs de développement régional que
provoque cette multiplication des petites villes et qui peuvent permettre aux populations de se
prendre en main au regard de la philosophie selon laquelle, la décentralisation suppose
l’implication des populations dans la gestion de leurs propres affaires. Pour ce faire, il faudrait

1
PLEG, Doctorant, FALSH, Département de Géographie, Université de N’Gaoundéré.
2

mettre en évidence, les éléments galvanisants. Notre réflexion est axée sur l’historique de la
création et de la fondation de ces “nouvelles villes”, les facteurs de leur émergence, leur
impact sur la vie des populations et jette un regard prospectif sur leur devenir et celui des
populations dans un contexte d’émergence.
I- Bref aperçu de la carte urbaine du Cameroun
Les statistiques des 3 recensements de la population déjà conduits au Cameroun
démontrent à suffisance que la population dans les villes camerounaises connait une forte
croissance.
Tableau 1 : Évolution du nombre de villes de plus de 10.000 habitants et du taux
d’urbanisation au Cameroun entre 1976 et 2005
Modalité 1976 1987 2005
Nombre de villes 40 64 102
Taux d’urbanisation (%) 37,9% 48,8%
ème
Source : 3 RGPH, 2005.
La lecture du paysage urbain du Cameroun montre que le Cameroun compte environ
331 villes structurées selon une hiérarchie administrative. Plusieurs auteurs dans les études
nationales ou régionales ont dressés des typologies diverses pour classifier les villes2. En nous
appuyant sur leur rôle en tant centres de prise des décisions administratives, on distingue :
- Douala et Yaoundé qui constituent les grandes métropoles du pays, concentrent près
de 43,74% de la population urbaine, soit 3.724.486 habitants sur les 8.514.938
habitants que compte les villes camerounaises3 ;
- puis viennent les capitales régionales au nombre de 8 hors mis les 2 grandes
métropoles qui jouent aussi ce rôle. Parmi celles-ci, il y a : Bafoussam, Bamenda,
Bertoua, Buéa, Ebolowa, Garoua, Maroua et Ngaoundéré ; les chefs-lieux de
départements (48 en dehors des 10 villes déjà citées et qui jouent aussi ce rôle),
- les chefs-lieux d’arrondissements. C’est dans cette dernière catégorie que la
multiplication des nouveaux chefs-lieux a contribué à densifier le réseau urbain.
Il est important de relever que, d’après ce critère, seules 2 villes n’assurent pas de
fonction administrative. Lara dans la région de l’Extrême-nord et Mutenguene dans le Sud-
ouest. En 2005, d’après les statistiques du 3ème RGPH, le Cameroun comptait 312 villes. Le
tableau ci-dessous donne des détails sur la taille des villes du Cameroun

2
Voir Champaud, J, “Genèse et typologie des villes du Cameroun de l’Ouest”, Cahiers O.R.S.T.O.M, Série
Sciences Humaines, vol IX, n° 3 1972, pp 325-336 ;
3
BUCREP, “Rapport de présentation des résultats définitifs du 3 ème RGPH”, Yaoundé, Avril 2010.
3

Figure 1 : L’armature urbaine du Cameroun en 2010


4

Tableau 2 : Taille et population des villes camerounaises en 2005


Taille de la ville (Nbre d’hab) Nombre de villes Population
Moins de 1000 27 19.197
1000-10000 183 774.602
10000-20000 46 648.203
20000-100000 47 2.001.250
100000-500000 07 1.347.200
Plus de 500000 02 3.724.486
TOTAL 312 8.514.938
ème
Source : BUCREP, 3 RGPH, 2005.
Le décret n° 2008/376 du 12 novembre 2008 portant organisation administrative du
Cameroun qui est le dernier texte, a abrogé tous les textes antérieurs et leurs modifications
subséquentes sur le découpage du territoire. S’inspirant de ce décret et du recensement
électoral de 2011, il apparaît que le Cameroun compte 331 villes. Le tableau ci-dessous
présente leur répartition par région.
Tableau 3 : Répartition des villes camerounaises par région
Régions Nombre de villes
Adamaoua 19
Centre 64
Est 32
Extrême-Nord 44
Littoral 29
Nord 19
Nord-Ouest 32
Ouest 42
Sud 24
Sud-Ouest 26
TOTAL 331
Source : MINATD (Recensement électoral 2011)
II- Les facteurs d’émergence et de densification du semis urbain
La notion de semis urbain renvoie à la distribution des villes dans un territoire. Cette
distribution peut être régulière ou irrégulière, dense ou disparate, diffuse ou concentrée. Aussi
apparaît-il que certaines régions comme l’Ouest, le Littoral, Yaoundé et ses environs, sont des
zones de forte concentration des villes. Par contre, la partie orientale du territoire, la région de
l’Adamaoua et le Sud forestier ont un réseau lâche au regard des distances qui séparent les
localités les unes des autres. Mais, il faut cependant constater que dans les différentes régions,
certaines villes couplées au réseau routier polarisent le réseau urbain régional. Si l’on se réfère
5

à la théorie des places centrales de Walter Christäller4, il apparaît une idée de métropolisation
qui conduit à l’accroissement de la taille et d’une valorisation du rôle dans la hiérarchie
existante. Mais alors, il faut se demander comment cette multiplication des petites villes se
produit-elle ?
Nombre d’auteurs dans leurs travaux, se sont penchés sur les facteurs ayant favorisé
l’origine et l’émergence de certaines localités comme centres urbains au Cameroun. Nous
avons opéré la synthèse de ces idées pour ressortir ici les principaux facteurs qui conduisent à
la naissance des villes.5 Quelle que soit la période (coloniale ou post coloniale)6, les
principaux facteurs ayant conduit à des migrations des populations puis à leur installation
dans certaines localités devenus des villes sont entre autres, la volonté politique, la situation
géographique, les initiatives économiques, les contraintes liées à l’équipement du pays et à
l’aménagement du territoire sans oublier le rôle joué par certaines élites politiques.
1- La volonté politique
C’est le premier facteur de densification du réseau urbain camerounais. En effet, l’Etat
se trouve au centre de la création de nombreuses villes dans le pays. Une fois la localité érigée
en chef-lieu de circonscription administrative, les fonctionnaires qui arrivent constitués
(enseignants, d’infirmiers ; gendarme etc.), sont les premiers éléments non-natifs.
Cette volonté politique s’accompagne quand elle n’est pas précédée d’un important flux
de migrants en l’occurrence les groupes Bamileké, Bamoun et nordistes qui dans la plupart
des cas se trouvent être les premiers étrangers qui, flairant des débouchés commerciaux se
fixent dans ces villes. Mais, de plus en plus, il faut aussi remarquer que les facilités de
cohabitation interethniques sont également favorables pour l’installation des étrangers,
notamment les ressortissants de l’Afrique de l’Ouest, qui face aux difficultés d’intégration
dans les grandes agglomérations, armés de patience et de ténacité, trouvent facilement dans
ces petites villes, des conditions favorables pour mener une activité lucrative.
On dirait donc que les pouvoirs publics, au regard des résultats constatées de la
multiplication des agglomérations sur les mutations de la région de l’Ouest se serait inspiré de
ce phénomène pour créer à son tour une multitude de petits centres pour obtenir le même
rendu.
2- La situation géographique
Il s’agit d’un élément géographique lié au site ou alors à la situation de la localité. En
effet, la plupart des localités qui sont devenus de nouveaux chefs-lieux au Cameroun ont
bénéficié d’une situation géographique favorable. Il s’agit des localités situées le long des
grands axes de communication et qui jouent le rôle de point de convergence des routes
desservant l’arrière-pays ou les campagnes environnantes. La plupart des villes nouvelles
répondent à cette logique. Dans le Nord Cameroun par exemple, des localités comme
Dabanga et Laf, loin de jouer un rôle administratif de premier ordre, sont devenues des
centres très actifs à la faveur respective de leur situation frontalière et de gîte d’étape pour les
transporteurs allant du Nigeria au Tchad.

4
Voir Pinchemel J et Pinchemel G, 1992, La face de la Terre, Paris, 1988.
5
Voir à ce sujet : J Champaud, “Genèse et typologie des villes du Cameroun de l’Ouest”, Cahiers O.R.S.T.O.M,
Série Sciences Humaines, vol IX, n° 3 1972, pp 325-336. Moselie Mvondo Mvondo ; “Mengong : étude de la
dynamique d’un bourg en voie d’urbanisation”, mémoire de DI.P.E.S II en géographie, ENS, 2002 ; R. J Assako
Assako (2001-b), "Réflexions sur le processus de création et de développement des villes au Cameroun",
Histoire et Anthropologie d’Afrique N° 1; Paris, L'Harmattan, 2001.
6
Nous nous limitons ici à ces deux période au regard non seulement du caractère géographique de notre étude,
mais aussi pour ne pas sombrer dans le débat qui touche le processus d’urbanisation pendant la période
précoloniale qui est mal connue au regard du manque de sources écrites fiables.
6

3- Les initiatives économiques, l’équipement et l’aménagement du territoire


Depuis la période coloniale, les initiatives économiques ont concouru à la formation et à
l’émergence des petites villes. Même certaines grandes métropoles aujourd’hui sont nées suite
à des activités économiques. Douala par exemple…7 mais de plus en plus, les grands travaux
infrastructurels, contribuent au développement des agglomérations autour des quelles se
développent en aval du projet une intense activité économique.
A titre d’illustration, on a le cas de Lagdo dans le Nord Cameroun où la construction du
barrage hydroélectrique s’est accompagnée du développement de l’activité agricole et de la
pêche. Ce serait également le cas de Lom Pangar, qui va développer la petite bourgade de
Pangar, Nyabesan au sud avec le projet de Memve’ele. Aussi des localités jadis anonymes
deviennent célèbre à la faveur d’un grand projet qui parfois voit l’installation d’une
compagnie suivie de contingents de migrants en quête d’emplois et de mieux-être. Mais, il
faut remarquer que si l’activité n’est pas une activité de long terme, ces localités déclinent très
rapidement une fois l’activité principale en crise. Certaines petites villes de l’Est Cameroun
comme Mindourou et Dimako, après avoir connues une période faste avec le développement
de l’exploitation forestière ont connu un déclin rapide avec l’exode de la plupart des
populations partis en quête du mieux-être à la suite de la fermeture ou banqueroute des
compagnies forestières.
Les structures sociales telles que les établissements scolaires et sanitaires ont aussi
contribué au développement de certaines localités. Des exemples sont évocateurs, comme le
souligne de nombreux auteurs au sujet des mutations spatiales qui accompagnent le
développement du centre commerçant qui devient chef-lieu à la suite d’une décision
politique8. Le nouvel ordre fait donc qu’il y a des centres qui doivent leur émergence non plus
à ces structures sociales et administratives, mais à un élément galvanisant. Ainsi, la
construction d’une route ou d’une voie ferrée qui désenclave la localité, le développement
d’un grand projet d’infrastructures (exploitation d’une mine ou d’une source d’énergie),
apparaît de plus en plus un facteur d’éclosion de petits centres. C’est par exemple le cas de
Mekin, Mbalam, Minim, qui, au terme des projets pourront changer de statut.
4- Le rôle des élites
La plupart des petites villes et nouveaux chefs-lieux qui émergent dans le paysage
camerounais portent le sceau, ou mieux l’empreinte des personnes et personnalités ayant
émergés dans ces localités. Même comme il apparaît toujours une idée de dominance et de
pouvoir dans le concept d’élite, il est d’abord important de distinguer deux types d’élites :
l’élite dite traditionnelle et l’élite dite moderne.
Concernant l’élite traditionnelle, il apparaît, comme dans les lamidats du Nord, que les
chefs avaient un pouvoir certain dans le développement et la gestion des localités. Mais
depuis l’arrivée des premiers colons jusqu’à la période postcoloniale, ils ont perdu certaines
prérogatives dans la gestion du foncier et l’organisation de la cité. Mais, loin d’être totalement
effacé, ils servent de courroie de transmission entre l’administration centrale et les
populations locales9.
Aujourd’hui, l’élite politique moderne émergente s’appuie même sur cette élite
traditionnelle pour atteindre l’objectif dans la conduite des mutations et des dossiers
consécutifs à la décision politique. C’est également cette élite qui, avec les fonctionnaires et

7
Champaud J, op cit.
8
Voir R.J. Assako Assako, op. cit. p.
9
Voir A. Tassou, “Autorités traditionnelles et urbanisation au Nord-Cameroun : le cas de la ville de
Mokolo”…….
7

les commerçants, constitue la bourgeoisie de ces villes car leur situation leur permet d’accéder
au foncier. Par ailleurs, il apparaît dans la plupart des cas ces élites cherchent toujours à faire
de leurs villages des villes au regard des investissements avec la construction des
infrastructures qu’ils mettent sur pieds. Ainsi, il n’existe pas une véritable rupture avec la vie
urbaine que ces derniers mènent et de nombreuses transformations s’opèrent dans la
sociologie de l’ancien village, où désormais, à la morosité d’une vie quotidienne de
campagne, se substitue une vie animée de ville, avec des pôles (buvettes, cabaret, musique)
avec l’appui de l’électrification et de télécommunication.
III- Apport socioéconomique et technologique du semis urbain sur la vie locale
Les nouvelles villes malgré les problèmes qui se posent, sont à l’origine de nombreuses
et grandes transformations économiques, technologiques et sociales des campagnes proches
ou qui les environnent. On pourrait aussi dire là où la vie naît, les mutations suivent.
1- Les transformations économiques et technologiques
Les campagnes camerounaises subissent de nombreuses transformations avec la
création de nouvelles villes. Ces mutations résultent de la mise en place des infrastructures de
transport pour leur desserte, des facilités de communication à travers l’explosion de la
téléphonie sans fil et de l’électrification rurale.
Concernant les facilités de communication et de transport, les campagnes s’ouvrent
aussitôt aux innovations technologiques et économiques. Les villes devenant des centres de
diffusion (intrants, outillage, etc.), certaines campagnes entrent dans une dynamique
économique avec l’augmentation de la production de tous les types de culture et les nouveaux
centres des “points nodaux de collecte pour l’approvisionnement des grandes villes.
Makénéné et Ndikinimeki dans la région du centre en sont une parfaite illustration 10. La
“cosmopolisation” de la population, permet aux populations autochtones, de pouvoir échanger
de nouvelles expériences dans les méthodes de production avec l’apport de l’élément dit
“allogène” qui s’intègre dans le paysage rural de la zone d’influence de la nouvelle ville.
Ces populations trouvent ainsi sur place un marché de consommation pour leur
production, mais elles peuvent aussi établir des partenariats avec des opérateurs installés dans
les marchés des villes lointaines. A ce niveau, on peut constater que les facilités de
communication sont un facteur important. En effet, l’explosion de la téléphonie sans fil a
permis à nombre de campagnes de profiter largement de la venue de la ville. En 2008, la
société ORANGE-Cameroun, compte 2,1 millions abonnés et est présente dans 350 localités
du Cameroun pendant que MTN compte 2,2 millions abonnés et couvre plus de 375 localités
du Cameroun. Le taux de pénétration du téléphone mobile connaît une augmentation
exponentielle.11. La quête de la clientèle, résultat de la concurrence entre les opérateurs, qui
investissent dans les infrastructures de diffusion a permis aux populations des campagnes
animées par ces villes, de s’arrimer d’une certaine façon, au village planétaire.
L’électrification, bien que la couverture nationale soit encore médiocre avec un taux
d’accès d’environ 46%12 et dans les zones rurales en particulier, participe également à

10
B. Mougoué, “Le binôme urbain Makénéné-Ndikiniméki et la production agricole dans le Mbam occidental au
Cameroun’’, Héritages des Tropiques, Vol 3 n° 1, Yaoundé, ENS, 2001.
11
Pour de plus amples informations sur la couverture du territoire par le réseau de télécommunications, voir J.L.
Ewangue, “La politique de développement des technologies de l’information et de la communication au
Cameroun : une dynamique d’accès inégalitaire à la société de l’information”, publication de la Fondation Paul
Ango Ella (FPAE), Yaoundé.
12
Chiffre d’une étude diagnostique des infrastructures nationales en Afrique conduite par le Département
américain de l’Énergie, Information et communication pour le développement (IC4D), cité par Cahiers
économiques du Cameroun, n° 1, janvier 2011, une publication de la Banque Mondiale
8

l’amélioration des conditions de travail et de vie. En 2006, le taux d’accès à l’électricité au


Cameroun était de 89,8% en zones urbaines, contre 27,3% en zones rurales13. La mise sur
pieds des projets en vue de l’extension du réseau électrique et la construction en vue des
barrages (Memve’ele et Mekin dans le Sud du pays, Lom Pangar à l’Est), pourrait améliorer
l’accès des campagnes à l’électricité.
Mais déjà, il devient récurrent de rencontrer dans les campagnes du Cameroun
méridional forestier proches des villes, des moulins électriques par exemple. Ceux-ci
permettent aux femmes, de voir certaines tâches de leur artisanat de transformation allégées.
C’est le cas du manioc qui n’est plus pilé pendant des heures dans un mortier, mais écraser en
quelques minutes dans un moulin de la place.
Ces transformations économiques et technologiques, sont donc favorables au
développement d’un entrepreneurship local avec l’émergence dans les campagnes, d’une
modernisation économique mais aussi sociale.
2- Les mutations sociales
Les sociétés rurales s’urbanisent aussi. En effet, l’apport des infrastructures liées à
l’émergence des villes permettent très aisément d’établir une échelle sociale liée à
l’urbanisation. Au-delà des investissements effectués par les élites vivant dans les grandes
villes et occupant de hautes fonctions, la société rurale voit l’émergence d’une petite
bourgeoisie rurale dominée par des individus qui se remarquent grâce à leur dynamisme. Leur
aisance peut être issue des échanges à travers le développement d’un commerce, mais aussi du
produit de leurs efforts dans les activités rurales.
Il est par conséquent facile de rencontrer nombre d’habitants ayant de ce fait, amélioré
leur cadre de vie en commençant par l’habitat et tout le confort qui peut suivre (Appareils
audio-visuels, antenne satellitaire, engins à deux ou quatre roues, groupe électrogène
fonctionnel pendant les moments de suspension de fourniture électrique, etc.
IV- Paradigmes pour le développement
Au regard de l’impact que les centres urbains ont sur les régions et campagnes
environnantes, il est important de repenser ces villes et de définir très tôt, les canons
susceptibles de faire d’eux, de véritables poumons économiques pour ces régions et les
populations qui y vivent.
1- Repenser le développement des villes
En nous inspirant de théories sur le développement, il est intéressant de recentrer
l’approche que nous voulons donner au développement économique qu’apporte la
multiplication des centres urbains. En effet, la notion de développement étant dynamique, il
est important que cette dynamique soit ressentie dans tous les aspects de la marche de la cité,
afin que le concept d’émergence, prenne tout son sens. L’objectif est de pouvoir créer une
synergie entre la volonté de développement et l’action qui sied. En effet, il est question de
recentrer la problématique du développement dans le contexte local car, le constat est qu’au
Cameroun, bien que les principes scientifiques soient connus, les actions qui visent à
appliquer ces fondements semblent plutôt contraires aux principes connus et édictés.
Quand on analyse les facteurs d’émergence des centres urbains, un constat est clair : la
grande majorité des centres urbains du Cameroun sont des créations politiques. Ceci laisse
apparaître un développement par le haut. Ce modèle a montré un certain nombre de limites. Il

13
Système d’information énergétique du Cameroun (SIE-Cameroun), Etude sur la distribution de l’énergie
électrique au Cameroun, 2008.
9

a favorisé une petite bourgeoisie locale, et fait des populations autochtones, des victimes de
l’urbanisation sans préparation.
Il serait donc important de penser le développement par le bas en faisant des populations
des acteurs. Ainsi, les interactions entre le monde rural d’antan devenu urbain par la force des
choses ne seront plus ambivalents où si ce n’est la ville qui asservit la campagne, c’est la
campagne qui s’installent dans la ville.14 Cela évitera d’avoir des villes ruralisées mais des
villes entourées et animant la vie des terroirs environnants.
2- Définir les canons de construction des cités
Pour “promouvoir l’émergence des agglomérations périphériques, le développement des
villes moyennes ou secondaires capables de structurer les activités économiques dans l’espace
urbain et de concourir au développement des zones rurales environnantes”15, il est important
qu’il y ait une définition mécanismes, leur institutionnalisation ainsi que leur suivi tant par les
populations que les autorités politiques et administratives. Cette phase exige la contribution de
tous les acteurs (pouvoirs publics, ONG, Communautés locales etc.)
A cet effet, nous proposons un schéma sous forme de pyramide renversée qui définit les
actions prioritaires à exécuter à partir de la théorie d’interventions par le bas. Les populations
seront ainsi des acteurs de leur développement et des bénéficiaires, et non des assistés, comme
cela semble être le cas de nos jours. Parmi les préalables, il faut que les barrières et les
obstacles à l'éclosion soient levées, que les populations puissent accéder à l’information au
sujet du développement de leur localité afin qu’elles se sentent concernées et solidaires et
qu’elles s’ouvrent aux idées nouvelles pour qu’il y ait des innovations.

14
Voir P. Pélissier, “Les interactions rurales – urbaines en Afrique de l’Ouest et Centrale” Le Bulletin de l’APAD
n° 19, Les interactions rurales – urbaines : circulation et mobilisation des ressources
15
Minepat, Atlas national de développement physique du Cameroun, Yaoundé,
10

Figure 2 : Schéma des phases d’émergence de la future ville

- Extension spatiale et 3ème Phase : croissance


développement des
infrastructures

- Création d’une municipalité 3ème Phase : émergence


- Réalisation d’un Plan
d’Urbanisme Sommaire
- Formalisation de la création

- Exécution du plan de lotissement 2ème phase : 1ères actions


- Renforcement du pouvoir du
comité local de gestion
- Exécution des projets
d’équipement

- Opérationnalisation du plan de 1ère Phase : collecte des


lotissement pour définir l’orientation informations et planification
des futurs espaces sociaux et
fonctionnels.
- Sensibilisation des populations
- Mise en place des 1ères structures
- Création d’un comité local de Identification du petit centre
gestion et d’administration du centre commerçant et de ses possibilités
commerçant en émergence d’extension
- Identification des potentialités et
des possibilités d’aménagement

Conclusion
Au terme de cette réflexion, il apparaît que le Cameroun en adoptant la décentralisation
comme principe de l’administration, a favorisé l’émergence d’un certain nombre de villes,
d’où la densification de son tissu urbain. La création de ces nouvelles villes est censée drainer
dans les régions le développement. Mais il apparaît aussi, au regard des facteurs de création
que le politique se trouve au centre de prise des décisions qui ne se font pas toujours selon la
logique de rationalité. Cependant, ces villes sont de véritables catalyseurs du développement
dans les régions intermédiaires au regard des mutations qui les accompagnent sur les plans
socio-économiques et technologiques. Ceci démontre que les nouveaux-chefs lieux jouent un
rôle non négligeable dans le développement des campagnes intermédiaires. Ainsi, pour un
pays qui veut émerger, les villes pourraient jouer un rôle important dans le cadre de
l’amélioration des conditions de vie des populations qui dépendent de ces localités devenues
des centres urbains par la force des choses. Il serait donc important pour les pouvoirs publics
de recentrer leurs actions afin non seulement de permettre à ces centres urbains de canaliser la
dynamique développementale dans les campagnes environnantes, à travers un développement
qui partirait du bas vers le haut et non du haut vers le abs comme c’est le cas. Mais il faut
aussi permettre à ces cités de se développer de façon rationnelle afin que soit battue en brèche,
l’idée des villes qui naissent déjà avec de nombreuses difficultés, difficiles à transcender dès
leur création. C’est pourquoi, il est important qu’il y ait une congruence entre les textes de
création et les actions sur le terrain.
11

Bibliographie
- Ango Mengue S., Les régions au Cameroun et l’évolution des structures administratives,
Yaoundé, PUY, 2004.
- Assako Assako R. J., (2001-b) "Réflexions sur le processus de création et de
développement des villes au Cameroun", Histoire et Anthropologie d’Afrique N° 1; Paris,
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- Assongmo Th., “Le phénomène urbain au Cameroun de 1930 à 1997 : évolution et
perspectives”, Héritages des Tropiques, Vol. 3 N° 1, Yaoundé, E.N.S, 2001, pp121-139.
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O.R.S.T.O.M, Série Sciences Humaines, vol IX, n° 3 1972, pp 325-336.
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Mbam occidental au Cameroun’’, Héritages des Tropiques, Vol 3 n° 1, Yaoundé, ENS,
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d’urbanisation”, mémoire de DI.P.E.S II en géographie, ENS, 2002.
- Pélissier P., “Les interactions rurales-urbaines en Afrique de l’Ouest et Centrale” Le
Bulletin de l’APAD n° 19, Les interactions rurales-urbaines : circulation et mobilisation
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