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Chapitre III.

Techniques membranaire
III.1. Différents procédés de séparation membranaire

III.1.1. Procédés à transfert électrique

Les procédés à transfert de gradient électrique sont l’électrodialyse simple,


l’électrodialyse à membranes, l’électrodialyse à membranes bipolaires, l’électro-ultrafiltration
et l’électro-osmose. La force de transfert des espèces chargées dans ce processus est fournie
par une différence de potentiel électrique. Ces procédés ne peuvent être utilisés qu’en
présence d’espèces chargées.

III.1.2. Procédés à gradient de concentration

Toute différence de concentration de part et d’autre d’une membrane engendre un


transfert aussi bien des solutés que du solvant. Selon la perméabilité de la membrane, on peut
observer, soit le transfert du solvant seul du milieu le moins concentré vers le milieu le plus
concentré, il s’agit de l’osmose ; soit, le transfert des solutés du milieu concentré vers le
milieu dilué, il s’agit de la dialyse.

III.1.3. Procédés à gradient de température

L’un des procédés à gradient de température couramment utilisé est la distillation sur
membrane. La distillation sur membrane est une technique de séparation qui joint un procédé
de distillation avec un procédé de séparation par membrane. C’est un procédé de séparation
pour les solutions aqueuses, basée sur l’utilisation des membranes microporeuses
hydrophobes. La force de transfert à travers la membrane est une différence de pression
partielle entre les deux extrémités des pores des membranes qui peut être maintenue en
agissant sur la différence de température à travers la membrane. La différence de température
fournit une force d'entraînement pour le transport de la vapeur d'eau tandis que la membrane,
uniquement perméable à la phase vapeur, sépare le distillat pur de la solution.

III.1.4. Procédés à gradient de pression

Il existe quatre principaux procédés membranaires à gradient de pression, la


microfiltration (MF), l’ultrafiltration (UF), la nanofiltration (NF) et l’osmose inverse (OI)
(figure 3). Ces procédés se distinguent par la taille des pores, par le type d’espèces qu’ils
peuvent séparer et par la pression transmembranaire requise.
A chaque technique correspondent divers types de membranes dont les pores vont en se
rétrécissant jusqu'à devenir des membranes denses sans pores, comme dans le cas de l'osmose
inverse.

Le choix de la membrane est tributaire des éléments que l'on désire retenir ou que l'on
voudrait au contraire empêcher de passer.

La détermination des caractéristiques d'une membrane a pour objectif d'aider au choix de


celle-ci pour une application donnée, mais aussi d'acquérir une meilleure compréhension de
l'évolution de ses performances en cours d'utilisation. (Figure.1 et Tableau.1)

Figure 1 : Choix d’un procédé membranaire


Tableau 1 : Principales caractéristiques des séparations concernées

Taille des pores Pressions de


Flux moyens
Opération Molécules retenues (ordres de service moyennes
(L/h/m2)
grandeur) (nm) (kPa)

Ions minéraux, petits


Osmose inverse composés organiques (20 à Pas de pore 3000 à 7000 10 à 50
100 g/mole)

Ions bivalents, composés


Nanofiltration organiques, sucres (100 à 1à5 300 à 3000 10 à 50
1 000 g/mole)

Macromolécules (1 000 à
Ultrafiltration 5 à 50 100 à 500 30 à 150
500 000 g/mole), Virus

Microfiltration Particules (0,05 à 10 µm) 50 à 1 000 50 à 300 30 à 150

III.2. Membrane

Les membranes peuvent être définies comme des pellicules barrières minces (fine
couche de matière de quelques centaines de nanomètres à quelques millimètres d’épaisseur)
sélective qui va permettre ou interdire le passage de certains composants entre deux milieux
qu’elle sépare (figure 2). Pour réaliser cette séparation, on applique une force motrice, qui
peut être la pression, un champ électrique, un gradient de température ou une différence de
concentration.
Figure 2 : Schéma d’une opération de séparation membranaire.

Le fluide d’alimentation se divise en deux fluides, le fluide qui traverse la membrane


est appelé perméat ou filtrat et le fluide qui ne traverse pas la membrane est connu sous le
nom de retentât ou de concentrât.

III.2. Classification des membranes

Elles peuvent être classifiées comme suit :

III.2.1. Type de structure

Cette classification ne tient compte que de leur structure physique. On trouve des
membranes isotropes ou de première génération, dont les propriétés structurelles restent
constantes tout le long de leur épaisseur ; des membranes anisotropes ou de deuxième
génération dont la structure varie de la surface vers l'intérieur et plus récemment des
membranes de troisième génération constituées par une mince pellicule semi-perméable sur
un support poreux. Les membranes isotropes, premières à apparaître, avaient besoin d'une
haute pression de travail pour arriver à faire passer l'eau tout le long de la pellicule
membranaire. Ce sont donc les membranes anisotropes, dont le diamètre des pores augmente
dans le sens de l'écoulement de l'eau, qui sont le plus couramment utilisées car les pressions
requises sont plus faibles.

III.2.2 Matériel de fabrication

Selon la nature des matériaux constitutifs on parle de


- Membranes organiques, fabriquées à partir de polymères organiques (acétate de cellulose,
polyamides, poly sulfones etc.) qui ont une grande adaptabilité aux différentes applications. --
- Membranes inorganique, composées de corps minéraux tels que la céramique métal fritté et
verre, qui peuvent travailler dans des conditions extrêmes de température et d'agressivité
chimique.
- Membranes composites, apparues il y a une dizaine d'années et caractérisées par une
superposition de plusieurs couches et beaucoup plus fines que les membranes classiques. Elles
peuvent être organiques, organo-minérales ou minérales
Récemment, des nouvelles membranes organiques de seconde génération sont
disponibles sur le marché, présentant une meilleure tenue à la température et au pH, mais
moins résistantes aux désinfectants chlorés et au compactage mécanique. La dernière
génération de membranes minérales a une durée de vie multipliée par trois, pour un coût
évidemment plus élevé. Ces membranes montrent une grande résistance mécanique, physico-
chimique et thermique qui permet de traiter des produits à forte viscosité. Or c'est
l'augmentation de volume traité plus que les nouvelles applications qui ouvre aujourd'hui de
nouveaux horizons aux membranes. Autrefois confinées au traitement de petits volumes, les
membranes sont désormais utilisées pour des débits de plusieurs centaines de mètres cubes
par heure.

III.2.3. Diamètre des particules retenues

Selon le diamètre de leurs pores, et donc des particules retenues, on trouve des
membranes de microfiltration (MF) qui retiennent des particules dont le diamètre est compris
entre 1µm et 0.1 µm ; des membranes d'ultrafiltration (UF), de 0.1 µm à 0.01 µm, des
membranes de nanofiltration (NF), de 0.01 µm à 0.001 µm et des membranes d'osmose
inverse (OI) inferieur à 0.001 µm.

III.2.4 Sens d’écoulement

Il existe deux modes standards de fonctionnement des membranes, la filtration frontale


et la filtration tangentielle (figure 3).
Figure 3 : Modes de filtration d’une membrane

Dans le mode frontal, toute la solution d’alimentation traverse les pores de la


membrane généralement par application d'une pression du côté alimentation. Dans ce cas les
espèces retenues s’accumulent du côté retentât. Cette accumulation entraine la formation d’un
dépôt et par conséquent une diminution rapide du flux de permutation au cours du temps. Ce
mode de filtration n’est pas adapté au traitement de soluté colmatant car il est discontinu.
Quant à la filtration tangentielle, la solution d'alimentation circule tangentiellement à la
surface de la membrane et pénètre à travers la membrane grâce à la différence de pression. La
contrainte tangentielle liée à la vitesse de circulation permet de réduire la formation du gâteau
de filtration et de le minimiser.

III.3. Les modules membranaires:

Il existe différentes façons d’agencer les membranes pour en faire un procédé de


séparation. Dans la plupart des cas, le module membranaire est constitué d’une entrée et deux
sorties, la partie du fluide ayant passé à travers la membrane (le perméat) et la partie ayant été
retenue (le retentât).

III.3.1. Définition d’un module :

Un module désigne un montage qui comporte une ou plusieurs membranes d'un type
déterminé ou de plusieurs types, des cadres séparateurs, des plaques ou des drains
intercalaires, ainsi que des tuyauteries nécessaires pour assurer l'écoulement des fluides. Il ne
comporte pas les accessoires et périphériques tels que les organes de mesure, de
pressurisation, de contrôle, etc., mais comporte les adductions de fluides.

On distingue 4 grands types de modules :

 Les modules plans ;

 Les modules tubulaires ;


 Les modules en fibres creuses ;

 Les modules en spirales.

III.3.2. Structure des modules :

Le choix du type de système membranaire dépend d'un grand nombre de paramètres,


tels que les coûts, les risques de colmatages des membranes, la densité, et le nettoyage
nécessaire.

Les membranes ne sont jamais utilisées sous la forme d'une grande surface plane, car
cette surface importante a souvent pour conséquence des coûts d'investissement important.
C'est pourquoi les systèmes sont construits de façon dense pour permettre de placer une
grande surface de membrane dans le volume le plus petit.

Les modules plans :

• Les modules plans (pillow-shaped) soit "formes d'oreiller" (figure 4) sont les plus anciens et
les plus simples : les membranes sont empilées en mille-feuilles séparées par des cadres
intermédiaires qui assurent la circulation des fluides.

• Les membranes sont placées des deux côtés d’une plaque de support spécialement conçue,
avec flux imbriqués pour collecter le perméat

• Plusieurs modules peuvent être couplés en série ou en parallèle pour obtenir la capacité
souhaitée.

Figure 4 : Module plan


Les modules tubulaires :

Un module tubulaire contient plusieurs tubes qui peuvent être en série ou en parallèle.
L’eau à traiter circule à l’intérieur des tubes et le perméat est recueilli à l’extérieur des tubes.

Les tubes constituent des canaux d’écoulement tangentiel. C’est le seul type de
module qui peut être nettoyé mécaniquement avec un système de balles de mousse qui raclent
les parois des tubes. L’écoulement à l’intérieur des tubes est turbulent, voire très turbulent.

Les membranes tubulaires ne sont pas des membranes auto-supportées. Elles sont
placées à l'intérieur d'un tube, fabriqué d‘un matériau spécial. Ce dernier sert de couche
support pour la membrane. L'attachement de la membrane à la couche support est assez
faible.

Les modules tubulaires sont grands consommateurs d’énergie, pour une surface
d’échange réduite

Figure 5 : Modes tubulaire

Les modules à fibres creuses :

Les membranes fibres creuses sont des membranes avec un diamètre inférieur à 0.1
µm. Par conséquent les risques d'obstruction sont très élevés. Les membranes ne peuvent être
utilisées que pour le traitement d'eau avec peu de particules en suspension. La densité de
conditionnement est très élevée. Les fibres creuses sont presque toujours utilisées simplement
pour la nano-filtration et l'osmose inverse.

Les fibres creuses sont assemblées en parallèle suivant deux configurations :


 Configuration Int-Ext (schéma a) : comme c’est le cas pour les modules tubulaires, l’eau à
traiter circule à l’intérieur des fibres et le perméat est récupéré à l’extérieur des fibres. Il y a
écoulement tangentiel canalisé à l’intérieur des fibres ;

 Configuration Ext-Int (schémas b et c) : l’eau circule à l’extérieur des fibres et le perméat est
récupéré à l’intérieur des fibres. L’écoulement entre les fibres est libre.

Dans les deux cas, les membranes sont assemblées en faisceaux et leurs extrémités sont
noyées dans des bouchons de colle qui isolent le perméat de l’eau à traiter.

Un module industriel peut-être constitué de dizaines de milliers de fibres. Les fibres creuses
supportent des rétrolavages. L’écoulement à l’intérieur des fibres creuses est, selon toutes
probabilités, laminaire.

Figure 6: Module à fibre creuse

Les modules spirales :

Une membrane plane est enroulée sur elle-même autour d'un tube poreux qui recueille
le filtrat. On obtient ainsi un cylindre multi-couches où le perméat s'écoule selon un chemin
spiralé vers le tube poreux tandis que l'alimentation circule axialement dans les canaux.
Figure 7 : Structure interne d’une membrane à spirale

1 Entrée d’eau

2 Sortie de concentrat

3 Sortie de perméat

4 Sens d’écoulement de l’eau brute

5 Sens d’écoulement du perméat

6 Matériau de protection

7 Joint d’étanchéité entre module et


enveloppe

8 Perforations collectant le perméat

9 Espaceur
Le tableau 2 nous donne les avantages et les inconvenants des différents forme de
10 Membrane
module
11 Collecteur de perméat
Tableau 2 : Principaux avantages et inconvénients des modules membranaires

FORME
AVANTAGES INCONVENIENTS
DU MODULE

Plan  Faible cout des membranes  Faible ratio surface membrane / volume
 Travail à hautes pressions d’encombrement (100-400 m²/m3)
 Parallèle ou en série  Cout d’immobilisation important
 Difficulté de remplacer les membranes
Tubulaire  Forte concentration de MES  Faible ratio surface membrane / volume
 Travail à hautes pressions d’encombrement (inférieur à 300 m²/m3)
 Parallèle ou en série  Nécessite beaucoup d’énergie
 Entreposage de longues membranes
A fibre creuses  Modulable  Seulement en parallèle
 Ratio surface membrane /  Base pression obligatoire
volume d’encombrement
important (600 – 1200 m²/m3)
 Forte concentration de MES
En spirale  Ratio surface membrane /  Risque élevé de colmatage
volume d’encombrement
important (600 – 1200 m²/m3)
 Modulable
 Travail à hautes pressions
 Parallèle ou en série
Membrane  Grande gamme de matériaux  Difficilement stérilisable
organique (tout constitutifs  Peu résistante aux solvants, au chlore
les modules)  Faible cout résiduel et à l’osone
 Température maximale d’utilisation : 85°C
Membrane  Longue durée de vie  Cout élevé
inorganique  Résistante aux solvants, aux  Facteur de mis à l’échelle plus ou moins
(module plan et agents chimiques et aux linéaire
tubulaire) hautes températures
 Facilement stérilisable par
vapeur ou chlore

III.3.3. Les paramètres et modes de fonctionnement d'un procédé à membrane

Différents paramètres caractérisent le fonctionnement d’un procédé membranaire.


Tableau 3 : Principaux paramètres caractérisant le fonctionnement du procédé

Paramètre Signification Relation

Pression Force agissante de l’opération définie par la


transmembranaire moyenne des pressions alimentation, PA, et
(PTM) rétentat, PR, à laquelle on soustrait la pression du
compartiment perméat, PP.

Flux de perméation Productivité du procédé défini par le débit de


perméation, QP, divisé par la surface
membranaire. Il représente aussi la vitesse du
fluide perpendiculaire à la surface de la
membrane

Taux de rejet (ou Sélectivité du procédé : un taux de rejet de 1


taux de retentions) signifie que le soluté est parfaitement retenu par
la membrane (la concentration dans le perméat
cP=0) alors qu’un taux de rejet de 0 correspond à
un soluté non retenu, concentration identique
dans le perméat cP et le rétentat cR (cP=cR).

Perméabilité de la Paramètre intrinsèque de la membrane décrivant


membrane au sa résistance hydraulique Rm,vis-à-vis du
solvant, LP solvant : ( en m.s-1.Pa-1 ou 1.h-1.m-2.bar-1)

Taux de conversion Fraction de liquide qui traverse la membrane.