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séance de certification des résultats de la présidentielle


au Capitole quand il a dû être évacué avec sa famille
Etats-Unis : les difficultés ne font que
dans les sous-sols.
commencer pour le parti républicain
PAR ALEXIS BUISSON
ARTICLE PUBLIÉ LE VENDREDI 15 JANVIER 2021

Rester fidèle au futur ex-président en vue des


« midterms » de 2022 ou de la présidentielle de 2024 ?
Le laisser tomber ? L’ère post-Trump, qui débutera
par son procès en destitution, s’annonce mouvementée
pour le parti républicain.
10 novembre 2020. Mitch McConnell s'entretient avec la presse © Saul Loeb / AFP
New York (États-Unis). – C’est l’heure de vérité Au Sénat, les relations entre Trump et Mitch
pour les républicains. Après quatre années de soutien McConnell s’étaient passablement tendues depuis que
quasi sans faille à Donald Trump, il aura fallu que le l’élu du Kentucky avait reconnu la victoire de Joe
président américain encourage une émeute contre le Biden à la mi-décembre. Le combat autour de la
Capitole dans ses derniers jours à la Maison Blanche certification a ajouté de l’huile sur le feu.
pour que le parti d’Abraham Lincoln se décide, au Soucieux de préserver l’image de l’institution en vue
moins en partie, à lâcher son leader. des élections sénatoriales de 2022, qui s’annoncent
Mercredi 13 janvier, à la Chambre des représentants, compliquées pour son parti, McConnell avait plaidé
dix députés républicains ont voté en faveur de sa pour que ses collègues rebelles entérinent les résultats
mise en accusation, soit dix de plus que lors de la le 6 janvier pour éviter de plonger « la démocratie dans
première procédure fin 2019. Jamais un impeachment une spirale mortelle ». Il n’a pu empêcher que huit
n’avait été aussi bipartisan. Parmi ceux qui ont voté d’entre eux votent contre la certification, dont Josh
pour la résolution, Liz Cheney, la numéro 3 du parti Hawley et Ted Cruz, élus du Missouri et du Texas.
à la Chambre et fille de l’ancien vice-président Dick Ils ont été vertement critiqués par leurs collègues
Cheney. pour ce choix, motivé par leurs propres ambitions
La procédure arrivera la semaine prochaine au Sénat, présidentielles pour 2024.
où un procès en destitution déterminera le sort de Certains diront, à juste titre, que ces remises en
Donald Trump. Une destitution compliquerait une question sont trop tardives et bien faciles alors
possible candidature en 2024. Preuve de la fracturation que Joe Biden est assuré de prendre le pouvoir
du parti, Mitch McConnell, sulfureux leader des le 20 janvier. Reste que ces divisions étalées
républicains à la Chambre haute et allié fidèle de au grand jour sont annonciatrices d’une période
Donald Trump, a dit publiquement qu’il n’avait pas mouvementée pour le Grand Old Party (GOP). Celui-
pris de décision sur son vote. Les temps changent (et ci aborde la présidence de Joe Biden sans majorité
les vestes se retournent) vite à Washington. au Congrès pour la première fois depuis 2008,
La rupture s’observe à tous les échelons du pouvoir. notamment parce qu’il s’est incliné dans les deux
Au sein de l’administration, trois ministres et plusieurs élections sénatoriales de Géorgie en janvier, un
conseillers de Donald Trump ont annoncé leur État historiquement républicain. « Est-ce que le parti
démission après les événements du 6 janvier. Mike républicain implosera entre les élus favorables à
Pence, qui a avalé bien des couleuvres pendant quatre Trump et ceux qui tourneront la page ? C’est la grande
ans en tant que vice-président, était furieux que son question », résume Gabriel Scheinmann, directeur
patron ne demande pas de ses nouvelles après le siège de l’Alexander Hamilton Society, une ONG basée à
du bâtiment du Congrès. Il était en train de présider la Washington et dédiée à la promotion des relations
internationales.

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Pour cet observateur de la vie politique américaine, Trump », comme le député de Floride Matt Gaetz,
les images de l’assaut contre le Capitole ont été qui a défendu l’idée fausse que la nébuleuse antifa
choquantes, mais la décision des huit sénateurs et était derrière l’envahissement du Capitole, ont émergé
des 139 députés à la Chambre des représentants à Washington pendant sa présidence. Même s’il
de s’opposer à la certification des résultats de la ne lance pas son propre média, l’homme d’affaires
présidentielle, suivant jusqu’au bout Donald Trump peut compter sur des canaux complaisants comme
dans ses folles théories du complot, l’est tout autant. One America News (OAN), Newsmax et certains
Même le siège violent contre le Capitole, qui a fait animateurs affidés sur Fox News (Tucker Carlson,
cinq morts, ne leur a pas fait changer d’avis. « La Sean Hannity…) pour répandre sa bonne parole et
plupart sont restés sur leur position parce que la base, défendre son bilan. Du moins dans l’immédiat.
pro-Trump, pense que les élections n’ont pas été bien Ses électeurs les plus convaincus, qui haïssaient déjà
gérées, aussi parce qu’on leur a répété qu’elles étaient l’establishment « RINO » (« Republicans In Name
frauduleuses. Ces élus disent qu’ils reçoivent tous les Only »), considéré comme des poules mouillées trop
jours des milliers de coups de fil et des e-mails. Ils proches des démocrates, vont également maintenir la
sentent qu’ils doivent donner une voix à ces électeurs, pression sur les républicains au Congrès, surtout ceux
même s’ils ne sont pas d’accord avec eux. Ce n’est qui ont commis le crime de lèse-majesté de reconnaître
pas la bonne façon de le faire ! On ne peut pas traiter la victoire de Joe Biden.
des millions de personnes comme des enfants qui ne « Ils devront continuer à soutenir Trump s’ils veulent
peuvent pas accepter une réalité ! » garder leur job ! », lance Robert Montgrow, un
Déjà en 2012, le parti se posait des questions sur électeur trumpiste rencontré à Washington lors
son avenir. Après la défaite de son candidat à la d’un rassemblement contre les résultats de la
présidentielle, Mitt Romney, face à Barack Obama, présidentielle, le 6 janvier, avant le siège du
il avait produit un rapport « d’autopsie » expliquant Capitole. « Nous assistons peut-être à la naissance
qu’il fallait élargir sa base, essentiellement masculine d’un troisième parti, composé de vrais patriotes,
et blanche, aux femmes et aux minorités raciales sur d’Américains fidèles à la Constitution qui voient la
fond d'électorat de plus en plus divers. corruption dans les deux autres partis et disent:
Puis, Donald Trump est arrivé et a fait voler ces trop, c’est trop. » Électeur indépendant, il n’a voté
belles recommandations en éclats avec ses propos républicain que parce que Donald Trump était le
racistes et sexistes. Quatre ans plus tard, il a créé candidat du parti en 2016.
une crise de valeurs au sein du parti. « L’avenir C’est aussi le cas de Denis et Sharon, un couple venu
des traditions du parti républicain est en doute. Le de Nashville (Tennessee). « Trump est le premier –
programme de Donald Trump sur le plan économique, et je n’aime pas ce mot – homme politique qui parle
le populisme, l’immigration, le commerce, certains franchement. Tout le monde à Washington pense aux
aspects de la politique étrangère était très différent de implications de ce qu’ils vont dire avant d’ouvrir la
celui des leaders du parti avant lui, reprend Gabriel bouche », estime Denis, un retraité de 68 ans. « Je m’en
Scheinmann. La gauche, avec son aile extrême, va fiche des républicains. Je ne m’identifie plus comme
avoir le même problème, mais on le voit déjà tous les tel, enchaîne son épouse. Comme les démocrates, il y a
jours chez les républicains. » des élus républicains qui ne sont là que pour se servir.
Avec près de 74 millions de voix en novembre, Je vote républicain car je dois le faire, mais il faut
plus que n’importe quel candidat républicain à la les dégager, à commencer par Mitch McConnell. Nous
présidentielle, et le spectre d’une candidature en 2024, avons besoin de limiter le nombre de mandats de tous
la mainmise de Donald Trump sur le parti pourrait les élus. Sinon, rien ne va changer. »
rester importante. D’autant que plusieurs « bébés

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Ce désormais tristement célèbre 6 janvier, lors d’un Gabriel Scheinmann n’est pas convaincu que Donald
discours-fleuve devant la Maison Blanche, Donald Trump restera influent. « Les Américains n’aiment
Trump s’en est pris ouvertement aux élus républicains pas les perdants, assure-t-il. On a vu plusieurs de ses
au Congrès, mais aussi à son propre vice-président soutiens conservateurs à Fox News ou au Wall Street
Mike Pence, le gouverneur de Géorgie Brian Kemp Journal prendre leurs distances dès qu’il a perdu
accusé de ne pas avoir fait assez pour le défendre l’élection. Ils ont réalisé qu’entretenir de bonnes
dans cet État clé, ou encore la Cour suprême, devenue relations avec lui n’était plus nécessaire pour parvenir
un bastion conservateur après sa nomination de trois à leur but. Peu à peu, son influence va se réduire.»
juges.

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