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Commentaire de philosophie (Anis ZEKANE)

Ce texte est un extrait de de la Nouvelle Heloïse réalisé par Rousseau. Dans cette
extrait, l’auteur exprime sa réflexion à propos du désir. Cette notion de désir est jugée
comme quelque chose d’indéterminée et très libre, elle est souvent accompagnée d’un
sentiment de privation, de manque, voir de peine. Mais dans ce texte, Rousseau réfute cette
opinion et associe le désir à quelque chose d’indispensable et qui mène au bonheur, il
vaudrait mieux vivre dans l’illusion du désir que dans la réalité du bonheur selon l’auteur. Le
désir est donc une puissance négative pour l’homme ? ou au contraire mènent t’ils à une
grande satisfaction ? Dans la première partie qui correspond au trois première phrases,
Rousseau fait l’apologie du désir. Puis dans la seconde partie Rousseau va tenter d’expliquer
et de soutenir sa thèse sur le désir à travers des arguments.

Nous allons donc voir dans la première partie, la thèse de Rousseau sur la notion de
plaisir. Lors de la première phrase, l’auteur nous montre immédiatement l’importance du
désir selon lui. C’est une phrase qui intrigue car il s’oppose directement à la définition du
désir traditionnel en associant bonheur et désir. Une personne heureuse ne sera plus celle
qui ne désire plus, qui comble le manque mais celle qui désire, c’est-à-dire la personne qui
éprouve un manque. Le malheureux sera alors celui qui ne désire plus rien, celui qui a tout
satisfait et qui est comblé.
Dans la seconde phrase, Rousseau nous montre que la perte de l’imagination
emmènerait donc à ne plus rien posséder. Cette phrase mène aussi à penser qu’on perd
l’humanité, la joie, le bonheur et qu’ils nous restent plus rien. Le bonheur n’est donc pas
dans la satisfaction totale mais dans le désir lui-même. Cependant il arrive qu’un rêve peut
parfois caractériser l’impossible, une transformation de la réalité en mirages : ne peut-on
donc désirer que l’impossible ? Et si nous en venions à désirer l’impossible, alors serions-
nous insatisfaits de ne jamais en atteindre le but ?
Dans la dernière phrase de la première partie, il nous dit que lorsque l’on possède
quelque chose, il en perd totalement de sa valeur. En effet, cette jouissance qui provient du
désir accompagne la satisfaction du désir, or cette puissance jouissive ne cesse que lorsque
le désir se transforme en réalité. Lorsque l’on réussi à obtenir le désir, on vient ensuite à
chercher au-delà et jouir encore successivement pour atteindre encore une fois un autre
désir. Pourrions-nous donc dire que moins l’on a, plus on désire ? Probablement, selon
Rousseau, on jouit de ce qu’on n’a pas, donc moins l’on possède, plus on désirerait donc plus
on jouirait. Prenons l’exemple d’un sportif qui sort d’une séance d’entrainement, il va avoir
faim, il va s’imaginer déguster un bon repas. Ici, le bon repas représente le désir et le sportif
est « heureux avant d’être heureux » comme affirme Rousseau.
Après avoir énoncés ses paradoxes, Rousseau va introduire « en effet » qui va lui permettre
de fonder et de justifier tout ce qu’il vient d’énoncer. Cette justification va se faire en deux
temps.

Nous avons donc vu qu’un homme jouit plus de ce qu’il espère. En effet, d’après le
texte, « l’homme avide et borné fait pour tout vouloir mais peu obtenir » , ce qui montrerait
une certaine contradiction dans ce qu’est le désir. Puisque le désir est représenté comme un
manque, quelque chose dont on ressentirait le besoin pour notre propre existence
individuelle. Or d’après Rousseau, l’homme fait tout pour rester dans cet artifice
d’imagination puisque cela l’excite de ne pas avoir ce qu’il veut finalement. Ce qu’explique
Rousseau est que l’homme croit voir son désir se rapprocher, la terre et le ciel se rapprocher
de son désir et qui donc excite son imagination. Imaginer serait-il donc croire se rapprocher
de son désir ? Prenons l’exemple de Don Juan dans Molière, ce qu’il le garde dans cette
puissance jouissive, c’est le fait de voir lui résister une femme qu’il aimerait conquérir. Il est
donc atteint d’une excitation puissante qui fait que son imagination se stimule en imaginant
ce qui se serait passé s’il avait conquis cette femme. Cette force qui l’aliène disparaît lorsqu’il
atteint l’objet de son désir. C’est à ce moment là que Don Juan cesse de ressentir ce
sentiment de force et se contente de ce qu’il a. Or, se contenter de ce que l’on a n’est plus
forcément jouir de plaisir puisque ce que l’homme recherche, c’est ce qu’il n’a pas. On peut
donc dire que l’on est heureux lorsqu’on désire.

La thèse de Rousseau présente donc une certaine limite puisque dans ce cas là nous
nous retrouvons dans un cercle vicieux irrévocable. Rousseau affirme que cette magie, cet
enivrement, cette jouissance ne disparaît que lorsque l’on arrête de désirer. Il nomme cela le
« prestige », le prestige de jouir, de désirer, de croire que l’on est près de l’objet, de
s'imaginer l'objet utopique. Ce prestige s’écroule à partir du moment où l'homme cesse de
désirer : « Mais ce prestige disparaît devant l'objet même » Comme Rousseau, on peut jouir
de ce que l'on aura, c'est un plaisir accompagné de la satisfaction. Or, la satisfaction de
l’objet obtenu est d’une durée limitée, c’est un instant bref, contrairement au désir qui est
une course infinie vers une chose d'incroyablement sublime. On retrouve aussi ce lien entre
le bonheur et le désir d’après Rousseau, l’imagination qui est la source du désir emprisonne
l’homme dans un monde utopique. Lorsque ce désir est atteint, l’Homme redevient
conscient de lui-même, revient à la réalité ce qui accable d’insatisfaction. Toute chose
désirée, est imaginaire, irréelle, utopique, elle n'existe pas, et c’est donc ce qu'il y a de plus
beau. Comme dirait Rousseau : « Il n'y a rien de beau de ce qui n'est pas »
Pour conclure, dans cette extrait, Rousseau va nous livrer sa thèse de la notion du désir.
Selon lui, le bonheur se trouverait donc dans l’insatisfaction du désir et non comme la
majorité des individus le pensent, dans sa satisfaction. Chacun a une puissance qui est la
source du désir même. Un homme empreint d’imagination donne naissance aux désirs, or
cette imagination pour atteindre le désir doit parvenir d’un effort, il faut agir et c’est cette
puissance à agir qui nous permettra de désirer et donc d’être heureux. Sans désir, la vie ne
prend pas de sens, elle débute dans l’ennui et s’achève par l’ennui. Notre vie est-elle donc
destinée a être comblée de désirs pour que l’on puisse dire que notre vie est heureuse ?