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Bruxelles, le mardi 1er décembre 2020

À l’attention de Madame Annelies Verlinden, Ministre de l’Intérieur, des Réformes institutionnelles


et du Renouveau démocratique et de Monsieur Vincent Van Quickenborn, Vice-Premier ministre et
Ministre de la Justice, chargé de la Mer du Nord.

Madame la Ministre de l’Intérieur, Monsieur le Ministre de la Justice,

Nous vous écrivons aux noms de la Liga voor Mensenrechten, de la Ligue des droits humains, du
Comité de vigilance en matière de lutte contre le terrorisme (Comité T), de la Fédération
internationale pour les droits humains (FIDH) ainsi que les réseaux européens European Digital
Rights (EDRi) et Civil Liberties Union for Europe (Liberties) concernant la proposition de règlement
de l'Union européenne sur la prévention de la diffusion de contenus terroristes en ligne, qui en est
actuellement aux dernières étapes du processus législatif, dans le cadre des négociations dites de
trilogue entre le Conseil de l'Union européenne et le Parlement européen.

À notre avis, le texte, dans sa mouture actuelle, présente de sérieux risques pour la liberté
d'expression et d'opinion, la liberté d'accès à l'information, le droit à la vie privée et l'État de droit.

Les propositions suivantes, mises sur la table par la présidence du Conseil, nous préoccupent
particulièrement :

 Permettre aux gouvernements étrangers de supprimer le contenu en ligne de nos


citoyen·nes

L'article 4, point a), permet aux autorités compétentes, désignées par les autres États membres, de
donner l'ordre de retirer un contenu en moins d'une heure et d'étendre leur compétence au-delà
des frontières nationales. Cet instrument, soutenu par le Conseil, présente un grave danger pour
les droits fondamentaux, en particulier s'il devait se retrouver entre les mains d'États membres qui
font actuellement l'objet d'une procédure au titre de l'article 7 du Traité sur l’Union européenne,
pour mise en danger de l'indépendance de leur système judiciaire et violations de l'État de droit. En
outre, cette mesure va à l'encontre des principes de coopération judiciaire de l'UE, du principe de
territorialité et du droit fondamental d'accès à la justice.

Nous vous encourageons à soutenir la contre-proposition du Parlement européen, qui exige que
l'État membre dans lequel le fournisseur de services d'hébergement est établi donne son
autorisation avant que l’injonction de retrait ne soit exécutée par le fournisseur de services et qu'il
puisse refuser en cas de violation des droits fondamentaux.

 Exclure le contrôle juridictionnel du processus

Le texte ne prévoit aucune garantie ni obligation qui assurerait l’indépendance des autorités
désignées comme compétentes. Ainsi, aucun garde-fou n’est mis en place pour protéger ces
autorités des influences politiques de même que rien, dans le texte, n’impose que les autorités
désignées aient le mandat et l’expertise nécessaires pour évaluer la conformité du contenu avec le
règlement. Cela constitue un raccourci juridique permettant aux autorités nationales chargées de
l'application du règlement de réprimer des discours sans que cette mesure ne fasse l’objet d’une
décision judiciaire. C’est contraire au principe de procédure régulière qui exige que la légalité du
contenu soit évaluée par un tribunal ou une autorité administrative indépendante. La police n'a ni
le devoir ni l'expertise pour interpréter les dispositions légales déterminant les limites de la liberté
d'expression, et pour distinguer un contenu illégal d’un discours discutable mais légitime. Les
risques d'erreurs, d'abus et de censure politique constituent une menace réelle.

Le Conseil devrait veiller à ce que les futures autorités compétentes désignées soient
nécessairement des autorités administratives ou judiciaires compétentes et indépendantes.

 Protection insuffisante de la liberté de la presse et du droit d'accès à l'information

Le nouveau considérant 9bis proposé par la présidence allemande, qui vise prétendument à
protéger les contenus journalistiques, ne couvrira que les éditeur·rices de médias traditionnels (ceux
qui détiennent une responsabilité éditoriale) et personne d'autre. Dans un monde où les
blogueur·ses, YouTuber·uses et ONG font partie du paysage médiatique, la protection envisagée ne
servira qu'aux entreprises de médias déjà établies et protégées. De plus, la définition du contenu
terroriste introduite par l'article 2, paragraphe 5, point c), inclut la fourniture d'"informations ou de
ressources matérielles" et le "financement de ses activités de quelque manière que ce soit". Cette
définition est trop large et vague et pourra avoir des répercussions sur le partage d'informations
cruciales ou de reportages d'intérêt public. Cette imprécision risque, en fin de compte, de conduire
à une suppression excessive des contenus générés par les utilisateur·rices et classés à tort comme
"terroristes", y compris les contenus légitimes qui entrent dans le champ de protection du droit à la
liberté d'expression (par exemple l'ironie, la parodie).

Vous devez veiller à ce que le contenu terroriste soit défini de manière étroite afin de protéger les
droits fondamentaux dans notre démocratie.

 Permettre une censure accélérée

Le texte proposé à l'article 4, paragraphe 2, qui réglemente les injonctions de retrait, donne pour
instruction aux prestataires de services "de supprimer le contenu terroriste ou d'en désactiver
l'accès dans tous les États membres dès que possible, et en tout cas dans l'heure qui suit la réception
de l’injonction de retrait". Le délai d'une heure encourage l'utilisation d'outils automatisés pour
exécuter automatiquement ces injonctions de retrait. De plus, les petites entreprises peuvent
manquer de ressources, en termes de personnel et de solutions technologiques, et ne seront donc
pas en mesure de se conformer à cette obligation. Les rares exceptions prévues n’enlèvent rien à la
nécessité pour tous les prestataires de services d'agir immédiatement et d'être joignables 24 heures
sur 24, 7 jours sur 7. C'est chose facile pour un géant technologique basé aux États-Unis, mais
impossible pour de nombreuses PME européennes.

C'est pourquoi le temps de réaction doit être proportionnel aux capacités du fournisseur de services
d'hébergement.
Aux noms de la Liga voor Mensenrechten, de la Ligue des droits humains, du Comité T, de la FIDH
et de EDRi et de Liberties, Nous insistons sur la nécessité de:

- Garantir le respect du droit d'accès à la justice et des principes de coopération judiciaire


dans le cadre d'un mécanisme transfrontalier afin que les injonctions de retrait soient
conformes aux droits fondamentaux ;

- Veiller à ce que seules les autorités judiciaires et administratives indépendantes soient


compétentes ;

- Définir de manière étroite ce qui constitue un contenu terroriste illégal ;

- Remplacer le délai d'une heure par un délai proportionnel fixé en fonction de la taille de
l'entreprise (« au plus tôt »).

Nous restons à votre disposition pour toute question que vous auriez et sommes disponibles, si tel
est votre souhait, pour discuter des différents points abordés dans notre lettre de vive voix.

Nous vous prions d'agréer, Madame et Monsieur les Ministres, l'expression de nos salutations
distinguées,
Brussel, 1 december 2020

Ter attentie van mevrouw Annelies Verlinden, minister van Binnenlandse Zaken, Institutionele
Hervormingen en Democratische Vernieuwing, en de heer Vincent Van Quickenborne, Vice-Premier
en minister van Justitie, belast met de Noordzee.

Mevrouw de minister van Binnenlandse Zaken, mijnheer de minister van Justitie,

Wij schrijven u namens de Liga voor Mensenrechten, de Ligue des droits humains, het Comité de
vigilance en matière de lutte contre le terrorisme (Comité T), de International federation for Human
Rights (FIDH) en de Europese netwerken European Digital Rights (EDRi) en Civil Liberties Union for
Europe (Liberties) over het voorstel voor een verordening van het Europees Parlement en de Raad
ter voorkoming van de verspreiding van terroristische online-inhoud. Dit voorstel bevindt zich
momenteel in de laatste fase van het wetgevingsproces, in het kader van de zogenaamde
triloogonderhandelingen tussen de Raad van de Europese Unie en het Europees Parlement.

De huidige tekst vormt een ernstig risico voor de vrijheid van meningsuiting, de vrije toegang tot
informatie, ons recht op privacy en de rechtsstaat.

Wij maken ons met name zorgen over volgende voorstellen die het voorzitterschap van de Raad op
tafel heeft gelegd:

 Buitenlandse overheden kunnen de online inhoud van onze burgers verwijderen

Op grond van artikel 4, a) kunnen de door de lidstaten aangewezen bevoegde autoriteiten het bevel
geven om online-inhoud te verwijderen , binnen het uur. Die bevoegdheid wordt uitgebreid tot
buiten de nationale grenzen. Dit voorstel, dat door de Raad wordt gesteund, vormt een ernstig
gevaar voor de grondrechten, niet in het minst wanneer het in handen komt van de lidstaten die
momenteel onderworpen zijn aan procedures op grond van artikel 7 vanwege een bedreiging van
de onafhankelijkheid van hun rechtsstelsels en schendingen van de rechtsstaat. Bovendien is deze
maatregel in strijd met de beginselen van de justitiële samenwerking van de EU, het
territorialiteitsbeginsel en het recht op toegang tot de rechter.

Wij moedigen u aan het tegenvoorstel van het Europees Parlement te steunen. Dit tegenvoorstel
vereist dat de lidstaat waar de ontvangende dienstverlener is gevestigd toestemming geeft voordat
het verwijderingsbevel door de dienstverlener wordt uitgevoerd. De lidstaat van de ontvangende
dienstverlener kan weigeren in het geval van een schending van de grondrechten.

 Het gebrek aan rechterlijke toetsing

Het voorstel voorziet niet dat de aangewezen bevoegde autoriteiten werkelijk onafhankelijk moeten
zijn, noch dat ze over de nodige deskundigheid moeten beschikken om te kunnen beoordelen of
online-inhoud in strijd is met de wet. Dit is een ernstige tekortkoming die de nationale
wetshandhavingsinstanties in staat stelt om inhoud te onderdrukken zonder een gerechtelijk bevel
te verkrijgen. Dit is in strijd met het recht op een eerlijk proces, dat vereist dat de wettigheid van de
inhoud wordt vastgesteld door een rechtbank of een onafhankelijke administratieve autoriteit. De
politie heeft noch de plicht, noch de deskundigheid om de wettendie de grenzen van de vrijheid van
meningsuiting bepalen, te interpreteren en een onderscheid te maken tussen illegale inhoud en
twijfelachtige maar legitieme meningsuiting. Het risico op fouten, misbruik en politieke censuur is
een reële bedreiging.

We vragen u deze bezorgdheid mee te ondersteunen en aan de Raad over te maken dat zij ervoor
moet zorgen dat de in de toekomst aangewezen bevoegde autoriteiten alleen deskundige en
onafhankelijke administratieve of gerechtelijke autoriteiten zijn.

 Het gebrek aan bescherming van de persvrijheid en de toegang tot informatie

Het Duitse voorzitterschap stelde een nieuwe overweging 9a voor die bedoeld zou zijn om
journalistieke inhoud te beschermen. De overweging zal evenwel enkel betrekking hebben op de
traditionele media-uitgevers. In een wereld waar bloggers, YouTubers en NGO's ook deel uitmaken
van het medialandschap, is deze bescherming zeer selectief. Voorts omvat de in artikel 2, lid 5, c)
opgenomen definitie van terroristische inhoud de verstrekking van "informatie of materiële
middelen" en "financiering van de activiteiten ervan op enigerlei wijze", hetgeen te ruim en vaag is
en gevolgen zou hebben voor de uitwisseling van cruciale informatie of de verslaggeving in het
algemeen belang. Deze vaagheid zal uiteindelijk leiden tot het overmatig verwijderen van door
gebruikers gegenereerde inhoud die ten onrechte als "terroristisch" wordt geclassificeerd, met
inbegrip van legitieme inhoud die onder de bescherming van het recht op vrijheid van meningsuiting
valt (zoals bijvoorbeeld ironie en parodie).

Wij vragen u ervoor zorgen dat het begrip “terroristische inhoud” nauwkeurig wordt gedefinieerd
om de grondrechten in onze democratie te beschermen.

 Het toestaan van fast-tracked censuur

De voorgestelde tekst in artikel 4, lid 2 regelt de verwijderingsbevelen. Het geeft providers de


opdracht "om in alle lidstaten zo spoedig mogelijk, en in ieder geval binnen een uur na ontvangst
van het bevel tot herroeping, terroristische inhoud te verwijderen of de toegang daartoe onmogelijk
te maken". De termijn van één uur stimuleert het gebruik van geautomatiseerde hulpmiddelen om
dergelijke verwijderingsopdrachten uit te voeren. Bovendien is het mogelijk dat het kleine bedrijven
ontbreekt aan middelen, in termen van personeel en technologische oplossingen, en dus niet in
staat zal zijn om aan deze verplichting te voldoen. De enkele voorziene uitzonderingen doen niets
af aan de noodzaak voor alle dienstverleners om onmiddellijk te handelen en 24 uur per dag, 7
dagen per week bereikbaar te zijn. Dit is gemakkelijk voor een in de VS gevestigde technologiegigant,
maar onmogelijk voor veel Europese kleine en middelgrote ondernemingen.

Daarom moet de responstijd in verhouding staan tot de mogelijkheden van de hostingprovider.

Namens de Liga voor Mensenrechten, de Ligue des droits humains, het Comité T, de FIDH en de
Europese netwerken EDRi en Liberties dringen wij erop aan:

- De eerbiediging van het recht op toegang tot de rechter en de beginselen van de justitiële
samenwerking in een grensoverschrijdend mechanisme voor verwijderingsbevelen dat in
overeenstemming is met de grondrechten;

- Ervoor te zorgen dat alleen onafhankelijke gerechtelijke en administratieve autoriteiten bevoegd


zijn;

- strikt en nauwkeurig te definiëren wat illegale terroristische inhoud is;


- de termijn van één uur te vervangen door een evenredige termijn die wordt vastgesteld in functie
van de grootte van het bedrijf.

Wij blijven tot uw beschikking voor alle vragen die u heeft en zijn, indien u dat wenst, beschikbaar
om de verschillende punten die in onze mondelinge brief aan de orde worden gesteld te bespreken.

Met vriendelijke groet,