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Association Technique de l’Industrie des Liants Hydrauliques

Sous la direction de Jean-Pierre OLLIVIER et Angélique VICHOT

LA
DURABILITÉ
DES
BÉTONS

Bases scientifiques pour la formulation


de bétons durables dans leur environnement

Sommaire Quitter
Avant-propos

Les ouvrages en béton sont conçus et construits pour durer. Pour combien de
temps? Il est difficile de répondre à cette question, même si l’Eurocode 0 précise
des « durées d’utilisation de projet », appelées couramment dans ce livre « durées
de vie », pour différentes catégories d’ouvrages.
Désormais, les ouvrages sont donc dimensionnés pour une durée de vie explicite-
ment prescrite tout en prenant en compte l’environnement dans lequel ils se trou-
vent. Certains pour des durées de vie exceptionnelles comme c’est le cas du tunnel
sous la Manche (120 ans), du pont sur le Tage (120 ans), du viaduc de Millau
(120 ans). Pour respecter de telles prescriptions, le calculateur doit disposer de rè-
gles de dimensionnement basées sur la connaissance des modes de dégradations
du béton (et du béton armé ou précontraint) et sur des modèles prédictifs des dé-
gradations. L’ingénieur matériau doit, lui, apporter des solutions permettant aux
ouvrages de mieux résister aux agressions de l’environnement. La garantie d’une
durée de vie satisfaisante doit être trouvée en associant des matériaux adaptés à
l’environnement, des méthodes de mises en œuvre et de cure soignées, des outils
de calculs prenant en compte les dégradations possibles des ouvrages tout en
maintenant une bonne sécurité.
Si, au-delà de la durée de vie indiquée dans l’Eurocode, l’ouvrage est encore utile
dans des conditions de sécurité acceptables pour les usagers, il continuera à servir,
moyennant toujours un entretien et une maintenance régulière.
En 1992, paraissait aux Presses des Ponts et Chaussées La durabilité des bétons.
Quinze ans plus tard, la rédaction d’un nouveau livre est apparue nécessaire au vu
des connaissances nouvelles ainsi que des fortes évolutions normatives. Ce nou-
veau livre fait toutefois quelques emprunts à la première version, et nous tenons
à remercier ses auteurs qui ont préparé la fondation solide sur laquelle nous nous
sommes appuyés.
Dans le nouveau contexte normatif, le calcul d’un ouvrage en béton doit être pré-
cédé d’une analyse sur les actions dues à l’environnement. Ces actions, réparties
en classes d’exposition, déterminent des valeurs limites applicables à la composi-
tion du béton mais aussi une classe de résistance minimale du béton (norme NF
EN 206-1) et une épaisseur minimale de l’enrobage des armatures (NF EN 1992,
Eurocode 2). À côté de cette approche prescriptive de la durabilité, une approche

5
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

performantielle est autorisée par la norme NF EN 206-1. Elle consiste à appréhen-


der la durabilité des bétons en considérant aussi certaines caractéristiques ou pro-
priétés du matériau dont on sait qu’elles présentent un intérêt pour prévoir son
évolution lorsqu’il est exposé à des conditions environnementales données. La
mise en œuvre de cette approche va de pair avec la définition de grandeurs, appe-
lées indicateurs de durabilité et avec le développement de modèles prédictifs du
comportement des bétons dans différents environnements. L’utilisation de métho-
des performantielles est enfin facilitée par une meilleure maîtrise de la mesure des
indicateurs de durabilité. L’adoption de méthodes de mesure unifiées facilite en
outre les échanges de données entre laboratoires et autorise la conduite de recher-
ches coordonnées qui permettent de mieux comprendre les phénomènes de dégra-
dation et de développer ainsi des modèles prédictifs plus performants.
Le chapitre premier de ce livre présente le positionnement des bétons vis-à-vis du
développement durable. En effet, la durabilité d’un ouvrage en est un des points
clés, car plus elle est importante plus l’impact environnemental global diminue.
Le livre est ensuite organisé en deux parties. Dans la première partie, les bases
scientifiques pour la formulation de bétons durables sont présentées. Le béton est
un matériau résistant mais poreux. Sa stabilité dans le temps dépend des réactions
chimiques qui peuvent se produire avec le milieu environnant. Deux chapitres (2
et 4) de cette première partie traitent plus particulièrement de ce thème. Il y est
question de l’hydratation du ciment Portland, constituant de base de la plupart des
bétons de structure, de la stabilité des produits d’hydratation dans différents mi-
lieux et des outils de modélisation pour décrire l’évolution de la composition chi-
mique du matériau dans un environnement donné. La résistance du béton aux
agressions extérieures peut être fortement améliorée en réalisant des matériaux
compacts qui s’opposent durablement à la pénétration des agents agressifs. Dans
le chapitre 3 la formation de la structure poreuse et les transferts de matière à tra-
vers le béton sont présentés. La façon de concevoir des matériaux qui s’opposent
à la pénétration des fluides y est décrite et la nécessité de réaliser une cure soignée
est démontrée. La pénétration des agents agressifs peut aussi avoir lieu grâce à des
fissures. Certaines, telles que les fissures fonctionnelles du béton armé, ne peu-
vent être évitées. Les codes de calcul en limitent l’ouverture en fonction de
l’agressivité du milieu. Par contre, la fissuration précoce doit être évitée. Pour
cela il est nécessaire de bien connaître les phénomènes de retrait. De même, une
autre déformation différée, le fluage, peut mettre en cause la durabilité des ouvra-
ges. Ces différents aspects sont discutés dans les chapitres 5 et 6.
La deuxième partie du livre présente la durabilité des bétons dans leur environ-
nement. Le contexte normatif est d’abord décrit (chapitre 7). Les ouvrages en bé-
ton disposent désormais d’un support normatif complet. L’ensemble des textes

6
Avant-propos

(normes européennes, complétées par des référentiels nationaux) couvre, en effet,


les différents aspects liés à la construction des ouvrages. Parallèlement à l’appro-
che prescriptive basée sur des obligations de moyens, de nouvelles méthodes re-
posant sur une approche performantielle de la durabilité sont développées. C’est
l’objet du chapitre 8. Les chapitres suivants sont consacrés à l’étude de quatre
questions spécifiques : la durabilité des armatures et du béton d’enrobage (chapi-
tre 9), la durabilité du béton en ambiance hivernale rigoureuse (chapitre 10), la
durabilité du béton face aux réactions de gonflement interne : réaction alcali-silice
et réaction sulfatique interne (chapitre 11), puis face aux eaux agressives
(chapitre 12). Après avoir étudié les mécanismes de dégradation, les auteurs s’at-
tachent à décrire les moyens de formuler des bétons durables dans ces divers en-
vironnements. Le chapitre 13 traite de la durabilité des bétons face aux incendies.
Enfin, les chapitres 14 et 15 présentent les solutions spécifiques apportées par les
ciments d’aluminates de calcium et par les ciments prompts naturels.

Jean-Pierre OLLIVIER
Angélique VICHOT

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7
CHAPITRE 1

Béton et développement durable

A. CAPMAS

Il semble difficile aujourd’hui de parler de durabilité des bétons sans mentionner


le positionnement des bétons vis-à-vis du développement durable. Bien entendu,
la durabilité est l’un des facteurs les plus importants dans le développement dura-
ble. On imagine mal d’envisager la démolition d’une construction en béton au
bout d’une période courte !
Mais le développement durable recouvre d’autres dimensions :
1) préserver la qualité de l’environnement, par la restauration, l’aménagement et
le maintien des habitats essentiels aux espèces ainsi que par une gestion durable
du recours aux populations animales et végétales;
2) améliorer l’équité sociale non seulement par la satisfaction des besoins essen-
tiels des communautés humaines présentes et futures, mais aussi par l’améliora-
tion de la qualité de vie, notamment par l’accès pour tous à un logement de
qualité;
3) renforcer l’efficacité économique, c’est-à-dire favoriser une gestion optimale
des ressources humaines, naturelles et financières, afin de permettre la satisfac-
tion des besoins des communautés humaines, notamment par la responsabilisa-
tion des entreprises et des consommateurs.

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LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Figure 1.1 : le plus grand pont levant de France à Rouen


(photo Arnaud Bertereau).
L’audace et la performance au service de la collectivité et… pour longtemps (maîtres d’œuvre de con-
ception : Arcadis-Serf-Michel Virlogeux-Aymeric Zublena Architecte-Eurodim).

1. LA PREMIÈRE DIMENSION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE


La première dimension du développement durable peut être abordée par l’analyse
du cycle de vie. Il s’agit de calculer l’impact environnemental d’une « unité fonc-
tionnelle », c’est-à-dire tout simplement une maison ou une route, sur l’environ-
nement depuis sa conception jusqu’à sa disparition complète. L’analyse prend en
compte toutes les matières premières utilisées, l’énergie (sous forme thermique,
électrique ou de transport), ainsi que les émissions gazeuses et aqueuses. Ces im-
pacts regroupent un ensemble de données, et peuvent être différemment exprimés
selon les objectifs recherchés et les méthodes utilisées. La discipline n’est pas en-
core stabilisée, les méthodologies ne sont pas fixées et restent trop nombreuses
pour assurer une véritable gestion en connaissance de cause. La norme internatio-
nale, l’ISO 14040, reste encore floue. La norme française P01-010, maintenant
homologuée, exprime l’analyse de cycle de vie en 20 impacts environnementaux,
regroupant un ensemble de 400 données de base mesurées ou calculées. Pour cha-

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Béton et développement durable

que dimension, un commentaire est fait pour le béton, plutôt en tendance qu’en
affirmation, car les données doivent être recalculées pour chaque utilisation.
ˆ Consommation d’énergie renouvelable. L’industrie cimentière française
utilise 10 % de l’énergie thermique sous forme de biomasse pour produire du
ciment, et met en place des éoliennes là où cela présente un intérêt. Il faut tout de
même préciser que l’énergie électrique consommée par l’industrie constitue la
demande « de base », régulière et sans « pointe ». La demande électrique régu-
lière ne correspond pas à l’offre aléatoire d’une éolienne. En général, l’investis-
sement d’une éolienne doit être complété par l’investissement d’une centrale
thermique de puissance correspondante.
ˆ Consommation d’énergie non renouvelable. L’industrie cimentière repré-
sente une part importante de l’énergie non renouvelable consommée dans le
béton, c’est pourquoi elle s’efforce d’économiser l’énergie fossile en lui substi-
tuant des déchets combustibles : environ le quart de l’énergie provient de cette
filière, économisant ainsi l’importation d’environ 500000 tep/an. Par comparai-
son avec la brique ou l’acier, le béton est assez économe, car seule la partie liante
est cuite.
ˆ Consommation de ressources non énergétiques. Le béton est un consom-
mateur de granulats. Cette ressource est abondante, et rien n’en prévoit la dispa-
rition. Il est cependant évident que les granulats pourraient être recyclés si la
construction le prévoyait, à l’image des automobiles actuelles « recyclables par
conception ». Un autre moyen de limiter la consommation de ressources est
l’usage de bétons à hautes performances, qui assurent la même fonctionnalité en
utilisant moins de matériaux. La France est pionnière dans le domaine des bétons
à hautes performances, et la technologie française s’exporte bien. Il faut ajouter
que les bétons à hautes performances ont en général une durabilité supérieure
aux bétons courants.
ˆ Consommation d’eau. Le béton utilise de l’eau pour la partie liante, intégrée
dans la structure des hydrates. Par contre, le béton permet de canaliser et contenir
l’eau pour en assurer un meilleur usage. Par cet exemple on voit la complexité de
l’analyse de cycle de vie d’une fonctionnalité comme un réseau d’eau potable ou
usée. Seule la prise en compte complète des éléments de construction, d’usage
permet de caractériser l’impact environnemental.
Un point clé : plus la durabilité de l’ouvrage est importante plus l’impact envi-
ronnemental global diminue.
ˆ Déchets valorisés. Seule la construction routière permet aujourd’hui un recy-
clage satisfaisant des déchets produits par le chantier, y compris le recyclage des
enrobés bitumineux. Pour le ciment, quelques sous-produits d’autres industries

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Béton et développement durable

sont valorisés : le laitier, les cendres volantes, mais aussi une partie des boues
d’aluminerie, des sables de fonderies. Ces produits peuvent faire l’objet d’un
contrôle de qualité satisfaisant pour l’usage en construction.

Figure 1.2 : four de cimenterie (photo Syndicat français de l’industrie cimentière).


Économiser les combustibles fossiles grâce à la valorisation énergétique.
ˆ Déchets éliminés. La production de béton génère une quantité marginale de
déchets. Par contre, les déchets inertes liés à la démolition de constructions ne
sont pas encore suffisamment recyclés bien qu’utilisables en remplissage.
ˆ Changement climatique. L’impact sur le changement climatique illustre par-
faitement la simplification à outrance des problématiques environnementales.
La température moyenne de la Terre a augmenté de 0,6 °C depuis le début de
l’ère industrielle, ce que l’histoire n’a jamais observé, entraînant des phénomè-
nes météorologiques locaux exceptionnels. La courbe de montée de température
suit celle de la population humaine de façon impressionnante. Le gâchis énergé-
tique des pays développés peut être mis en cause1 : les champions sont les USA
avec 20,02 t de CO2 par habitant, puis l’Australasie avec 12,2 t de CO2/hab., le

1. ADEME, « Changement climatique, données 2002 ».

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Béton et développement durable

Japon avec 9,14 t de CO2/hab., l’Europe de l’Ouest avec 8,28 t de CO2/hab.


L’Amérique latine représente 2,79 t de CO2/hab., l’Afrique 1,39 t de CO2/hab.
Ces données montrent l’importance de l’efficacité énergétique des pays. La
France émet 6,2 t de CO2/hab. La production d’électricité représente 0,44 t de
CO2/hab. en France contre 3,67 en Allemagne et 7,94 aux USA, ceci grâce au
nucléaire. Les différences montrent bien les progrès réalisables par diffusion de
techniques connues. La Communauté européenne a signé un engagement de
réduction des émissions annuelles de gaz à effet de serre de 8 % entre 1990 et
2010. Cet engagement a entraîné une directive d’allocations et d’échanges de
quotas, avec création d’une bourse d’échange pour optimiser économiquement la
réduction des émissions industrielles et énergétiques. Cette méthode ne prend en
compte qu’une partie du problème en ne traitant que la partie « production » de
l’analyse de cycle de vie, et non l’ensemble. Un exemple caricatural vient du
verre : pour faire un triple vitrage, très performant, il faut trois fois plus d’éner-
gie, donc trois fois plus de CO2 émis à la production. Faut-il revenir pour autant
à des simples vitrages minces et donc consommer beaucoup plus pour maintenir
une température acceptable dans les logements ? La réponse est évidente. Le
problème est le même avec le bâtiment, où les murs massiques apportent de
l’inertie thermique, source de confort, mais aussi d’économies de chauffage et de
climatisation. L’analyse de cycle de vie deviendra inévitablement un outil d’aide
à la décision pour éviter les contresens.
ˆ Acidification atmosphérique. Le béton n’a pas d’impact sur ce critère, sauf
de façon très indirecte et marginale au travers des émissions de NOx et SOx des
usines, mais aussi, en particulier, du transport. Le béton étant plutôt basique cor-
rige l’eau légèrement acide dans les premiers temps d’usage, puis n’a rapidement
plus aucun effet.
ˆ Pollution de l’air. La pollution de l’air provient des émissions des cimente-
ries, installations classées pour la pollution et l’environnement (ICPE), et des
poussières émises lors de la production des granulats et des bétons. Cette pollu-
tion reste minérale, et faible. Les émissions liées au transport des matériaux peu-
vent devenir non négligeables. Pour le béton, le transport reste faible en
comparaison d’autres industries.
ˆ Pollution de l’eau. Le béton n’a pas d’impact négatif sur l’eau, utilisé pour
son stockage et son transport, il contribue même à en préserver la qualité.

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Béton et développement durable

Figure 1.3 : tuyaux préfabriqués en béton (photo Cimbéton).


Transporter l’eau potable en toute sécurité.
ˆ Pollution des sols. Le béton est souvent utilisé pour protéger les sols de la
pollution, par exemple en parois moulées. L’impact sur les sols est souvent posi-
tif selon l’usage.
ˆ Destruction de la couche d’ozone stratosphérique. La destruction de la
couche d’ozone provient essentiellement des chlorofluorocarbures (CFC), inter-
dits maintenant mais toujours utilisés. Ce gaz n’est pas produit en construction.
Par contre, la couche d’ozone est sensible aux variations climatiques, et il est
possible de voir des évolutions fortes pour cette raison, non prise en compte
actuellement dans cette dimension.
ˆ Formation d’ozone photochimique. Comme l’acidification, l’impact est
indirect et surtout lié au transport. Cet impact est sans objet pour les bétons mis
en œuvre.
ˆ Atteinte à la biodiversité. Sans objet pour les bétons qui n’ont pas d’impact
sur la biodiversité, car ils ne modifient pas le milieu ambiant.
ˆ Contribution à la qualité sanitaire des espaces intérieurs. Le béton n’a pas
d’impact sur l’air. Il faut par contre se rappeler que les produits organiques (tels
que colles et peintures) peuvent avoir un impact non négligeable.
ˆ Contribution à la qualité sanitaire de l’eau. Les tests de lixiviation mon-
trent que l’eau potable est souvent en contact avec du béton, sans impact sani-
taire. Dans certains cas c’est, à l’inverse, le passage de l’eau qui peut entraîner
une précipitation (marginale mais non nulle) de métaux lourds dans la porosité
du béton par effet de pH.

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Béton et développement durable

ˆ Confort hygrométrique. Les dimensions de confort restent des facteurs qua-


litatifs. Le béton est un excellent isolant hydrique, souvent utilisé pour cette
fonction en fondation.
ˆ Confort acoustique. Le béton est utilisé en murs acoustiques le long des
autoroutes, car il absorbe les aigus. Il faut, là encore, prendre en considération la
conception et, en particulier, la surface pour éviter des phénomènes d’écho. En
construction, il faut éviter les murs d’un seul tenant pour éviter la transmission
de certains sons. Ces rupteurs acoustiques sont classiquement utilisés.
ˆ Confort visuel. Le béton est une surface trop connue! Mais les évolutions
des qualités de parement sont la preuve d’un confort visuel retrouvé.

Figure 1.4 : chambre des métiers de Loire-Atlantique, Sainte-Luce


(architecte Jean-Pierre Lott ; photo Jean-Michel Landecy).
Le béton au service des formes les plus audacieuses

ˆ Confort olfactif. Sans objet : le béton n’a pas d’odeur une fois durci.

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Béton et développement durable

La simple lecture de ces modes d’évaluation de la première dimension du déve-


loppement durable permet de situer les questions de durabilité des bétons dans ce
contexte d’analyse de cycle de vie.
Le défaut principal du béton est l’utilisation des ressources énergétiques et non
énergétiques non renouvelables. Sa principale qualité est la durabilité, qui don-
ne un cycle de vie très long et limite donc l’impact de cette utilisation.
Il faut relativiser l’impact direct du béton par la fonction qu’il remplit, et les éco-
nomies d’impacts ultérieurs qu’il génère. Une construction qui nécessiterait un
entretien régulier et important peut, en effet, totalement renverser l’analyse de cy-
cle de vie de l’ensemble. Les évaluations faites par calcul montrent que la phase
de construction ne représente qu’environ 10 % de l’impact environnemental d’un
bâtiment ou d’un kilomètre de route. Ces proportions donnent une idée de l’im-
pact de la qualité d’usage des bâtiments et de l’impact de la durabilité des ouvra-
ges. Il faut rappeler qu’en France le chauffage des bâtiments avec des
combustibles fossiles représente 18,4 % des émissions totales, soit pratiquement
autant que l’agriculture (19,3 %) et l’industrie (20 %). Le chauffage des bâtiments
est en croissance de 14 % par rapport à 1990, alors que l’industrie est en baisse de
22 % par rapport à 1990 (année de référence de l’accord de Kyoto de réduction
des gaz à effet de serre).

Figure 1.5 : le lycée Jean-Jaurès près de Montpellier


(photo et architecte Agence Pierre Tourre).
Une architecture béton pour le confort d’été.

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Béton et développement durable

2. LA DEUXIÈME DIMENSION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE


La deuxième dimension du développement durable est d’améliorer l’équité socia-
le. Cette dimension est très largement tournée vers la construction et l’habitat.
L’enjeu des matériaux de construction est donc majeur. La construction de loge-
ments sociaux est devenue un véritable enjeu politique, il faut, certes, construire
rapidement et à moindre coût, mais aussi répondre aux besoins des générations fu-
tures. La comparaison des différents matériaux de construction doit se faire dans
le cadre de l’analyse de cycles de vie. Le béton est évidemment au cœur de ces
questions dans la mesure où il représente 90 % du marché de la construction. Si
la problématique peut être posée en termes simples, elle reste difficile à aborder
dans sa totalité. Le ratio entre l’investissement nécessaire et le coût ultérieur de
fonctionnement de l’ouvrage fait partie des équations difficiles à résoudre. La du-
rée prévue de l’ouvrage peut aussi être un paramètre clef de l’investissement : le
tunnel sous la Manche, le pont Rion-Antirion en Grèce, le viaduc de Millau sont
des ouvrages à durée de vie prévue de 120 ans. Le musée des Arts premiers de
Paris a été conçu pour une durée de vie de 20 ans (il n’est, bien sûr, pas en béton!).
Une maison est, en général, prévue pour durer 50 ans.
Les facteurs sociaux ont évidemment une in-
fluence notable: les « barres » de HLM des an-
nées soixante sont aujourd’hui détruites, car ne
correspondant plus aux nouvelles données so-
ciétales, et sont remplacées par des ensembles
immobiliers plus adaptés aux temps modernes.
Trop lentement d’ailleurs, car il manque en
France en général, et, plus particulièrement, à
Paris plusieurs centaines de milliers de loge-
ments sociaux. L’équité sociale n’est pas encore
atteinte. Le béton permet d’y contribuer, restant
de loin le matériau le plus économique et le plus
utilisé au monde pour la construction.
Ne parler que de logements dans cette dimen-
sion sociale serait réducteur, car l’aménagement
urbain, tant apprécié aujourd’hui, avec les zones
piétonnes et les transports collectifs, n’a jamais
été plus consommateur de béton. Coloré, textu-
ré, matricé, la diversité d’aspect des bétons est si Figure 1.6 : logements sociaux à
grande que peu de personnes parviennent à iden- Fontenay-aux-Roses « Toit et Joie »
tifier ce matériau caméléon qui se fond harmo- (photo Éric Thierry).
nieusement dans le paysage urbain. Un béton doux au regard,
doux pour les factures de chauffage.

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Béton et développement durable

3. LA TROISIÈME DIMENSION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE


La troisième dimension, l’efficacité économique, est probablement celle qui s’ap-
proche le plus directement de la notion de durabilité. Le béton est un matériau du-
rable en ce sens qu’il ne nécessite, dans la majorité des cas, ni protection, ni
entretien spécifique. La grande majorité des structures de génie civil sont en béton
brut et ne font l’objet que de surveillance visuelle régulière. Les ouvrages à pro-
blèmes sont pratiquement toujours des ouvrages présentant un défaut de concep-
tion ou de réalisation. La plupart du temps, l’optimisation économique est d’éviter
les protections, consommatrices de temps et de ressources, en acceptant le risque
de problèmes spécifiques de durabilité. Le béton pourrait être peint, enduit, traité,
avec des armatures inoxydables pour réduire totalement le risque de dégradation.
Ce calcul est rarement économiquement intéressant, le plus souvent réservé à des
cas très particuliers comme les ponts de grande portée ou le stockage des déchets
nucléaires.

Figure 1.7 : pont TGV Perpignan-Figueras (architecte Architecture Neel ; maîtrise


d’œuvre Ingérop, Sener, Arcadis ; photo Régis Bouchu-Actophoto).
Limiter l’impact environnemental avec un objectif centenaire.

20
Béton et développement durable

4. CONCLUSION
En conclusion, on constate à l’usage que les concepts du développement durable
se construisent dans une complexité évidente, contraire aux tentatives permanen-
tes de simplification des problèmes. Les analyses de cycles de vie ne sont pas en-
core « mûres », car les données d’entrée restent entachées d’une incertitude forte.
La liste des dimensions à prendre en compte dans ces analyses pour réduire l’em-
preinte écologique des activités humaines est aujourd’hui certainement loin d’être
exhaustive. Pour autant, l’appréciation qualitative du béton dans les dimensions
aujourd’hui référencées montre que ce matériau n’a pas à être cloué au pilori de
l’écologiquement correct. Et, dans tous les cas, sa durabilité est le facteur fonda-
mental pour réduire son impact.

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21
CHAPITRE 2

L’hydratation des ciments

A. NONAT

Résumé
L’objectif de ce chapitre est de rappeler les bases scientifiques et techniques né-
cessaires à la compréhension des phénomènes qui interviennent dès lors que
l’on mélange une poudre de ciment avec de l’eau pour conduire à ce qui consti-
tuera la phase liante du béton. Bien que cette transformation d’une suspension
de particules en un solide dur et résistant soit assez extraordinaire, elle obéit à
des règles simples qu’il convient de bien garder en tête parce qu’elles vont éga-
lement fixer la durabilité du béton.
Après une présentation sommaire du ciment Portland et de ses composés, on dé-
crira le moteur de l’hydratation qui est l’évolution chimique du ciment dans l’eau
et les caractéristiques des produits formés au cours de ces réactions. On montre-
ra comment la microstructure de la pâte de ciment durcie se construit par l’hydra-
tation et pourquoi le solide formé est poreux.
Mots-clés
CIMENT PORTLAND, CINÉTIQUE, CLINKER, DISSOLUTION/PRÉCIPITATION, HYDRATATION,
HYDRATES, MICROSTRUCTURE, THERMODYNAMIQUE.

25
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

1. INTRODUCTION
Le ciment est un matériau que tout le monde croit connaître tant il est courant. On
l’emploie en effet pour fabriquer le béton qui est le matériau de construction le
plus utilisé au monde. La raison en est son faible coût, sa facilité de mise en œuvre
et sa disponibilité pratiquement universelle. Il suffit, en effet, de mélanger un peu
de poudre avec de l’eau, du sable et des graviers pour obtenir, à température am-
biante et en quelques heures, un matériau dur. Bien que près de deux milliards de
tonnes de béton soient produites de cette manière par an, tous les processus phy-
sico-chimiques à la base de cette transformation ne sont pas complètement bien
compris et font encore l’objet de recherches. Dans ce chapitre, on s’intéressera es-
sentiellement à l’aspect chimique des transformations, c’est ce qu’on appelle
d’une manière générale l’hydratation. Ce simple nom cache cependant un ensem-
ble de processus physico-chimiques qui obéissent aux lois générales de la thermo-
dynamique et de la cinétique. La complexité de l’hydratation du ciment ne vient
pas de la complexité des processus élémentaires eux-mêmes, ceux-ci sont en gé-
néral bien décrits pour d’autres matériaux, mais de la complexité de la pâte de ci-
ment :
– le ciment est lui-même un matériau polyphasé, chacune des phases constituti-
ves réagissant d’une manière différente ;
– les réactions font intervenir une solution dont le volume est faible et confiné ;
– les phases hydratées formées sont souvent difficiles à caractériser du fait de
leur caractère amorphe ou nanocristallin ;
– l’hydratation de chaque phase modifie la solution dans laquelle réagissent les
autres.
Pour simplifier l’approche, on adopte souvent la démarche d’étudier d’abord sé-
parément chacune des phases qui constituent le ciment. C’est celle que l’on suivra
dans ce chapitre.

2. LE CIMENT PORTLAND ET LES CIMENTS COMPOSÉS :


GÉNÉRALITÉS ET NORMES
Bien que déjà utilisé par les Romains, le béton a eu le développement qu’on lui
connaît grâce à la découverte du ciment Portland au XIXe siècle. Celui-ci a été
breveté par Aspdin sur la base des travaux de Louis Vicat sur les chaux hydrau-
liques. Le ciment Portland est un mélange de clinker et de sulfate de calcium
dans un rapport d’environ 95-5 %. Le clinker est fabriqué par cuisson vers
1450 °C d’un mélange finement broyé et homogénéisé de calcaire et d’argile (ou
de marnes) dans un rapport d’environ 80-20 % pour former des silicates de cal-
cium ainsi que des aluminates et aluminoferrites de calcium.

26
L’hydratation des ciments

La composition minéralogique moyenne du clinker de ciment Portland est donnée


dans le tableau 2.1. Le caractère hétérogène de cette pierre artificielle est illustré
sur la figure 2.1.
Tableau 2.1 : composition minéralogique moyenne typique d’un clinker de ciment
Portland, d’après [TAY 97].

Notation % massique des différentes phases


Constituant Formule brute
cimentaire dans le clinker

Silicate tricalcique (alite) C3S Ca3SiO5 60-65

Silicate bicalcique (bélite) C2S Ca2SiO4 10-20

Aluminate tricalcique C3A Ca3Al2O6 8-12

Aluminoferrite tétracalcique C4AF Ca4Al2O10Fe2 8-10

Figure 2.1 : clinker de ciment Portland.


A = cristaux polygonaux de C3S ou alite ; B = cristaux arrondis de C2S ou bélite ; C = phase interstitielle, liquide à
la température de cuisson, formée de C3A en microcristaux (gris) enchevêtrés avec C4AF (blanc réfléchissant). Mi-
croscopie optique en lumière réfléchie. Section polie attaquée par HNO3 + NaOH (× 200). (Courtoisie H. Hornain).

27
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

La notation cimentière
En chimie des ciments, on a l’habitude d’utiliser une nomenclature particulière pour
écrire les transformations chimiques ; celle-ci utilise l’initiale des oxydes en place des
symboles chimiques classiques :
C = CaO S = SiO2 A = Al2O3 F = Fe2O3 M = MgO
S = SO3 C = CO2 H = H2O…
Ainsi les principaux constituants du ciment Portland s’écrivent :
– silicate tricalcique, Ca3SiO5 ou 3CaO, SiO2 : C3S ;
– silicate dicalcique, Ca2SiO4 ou 2CaO, SiO2 : C2S ;
– aluminate tricalcique, Ca3Al2O6 ou 3CaO, Al2O3 : C3A ;
– aluminoferrite tetracalcique, Ca4Al2 O10Fe2 ou 4CaO,Al2O3, Fe2O3 : C4AF ;
– sulfate de calcium, CaSO4 ou CaO, SO3 : C S .

La composition minéralogique du clinker varie légèrement d’une usine à l’autre


du fait qu’aucune carrière n’est identique à une autre. En particulier, en l’absence
d’oxyde de fer, on obtient du clinker de ciment blanc qui ne contient pas d’alumi-
noferrite de calcium. À la sortie du four de cimenterie, après refroidissement ra-
pide, les nodules centimétriques durs obtenus sont broyés avec du sulfate de
calcium pour donner le ciment Portland. Les ciments composés résultent du mé-
lange par cobroyage ou après broyage séparé du clinker avec d’autres constituants
minéraux. La quantité de CO2 émise dans l’atmosphère pendant la fabrication du
ciment Portland correspond grossièrement à 1 kg de CO2 émis par kg de clinker.
Cette libération de CO2 provient pour environ 30 % des combustibles brûlés pour
la cuisson et pour 70 % de la décarbonatation du calcaire. Pour limiter l’émission
due à la consommation d’énergie fossile, on utilise en cimenterie de plus en plus
de combustibles de substitution. Ceux-ci proviennent de déchets industriels aussi
variés que les pneus usagés, les solvants et huiles ou de la biomasse (sciures de
bois, boues de stations d’épuration…). Pour limiter la quantité de CO2 émise liée
à la décarbonatation, une des solutions consiste à diminuer la quantité de clinker
dans le ciment. Une partie du clinker est alors remplacée par des composés miné-
raux plus ou moins réactifs :
– fillers calcaires ;
– ajouts pouzzolaniques (fumées de silice, cendres volantes, schistes calcinés) ;
– ajouts potentiellement hydrauliques (laitiers de haut-fourneau).
On obtient ainsi différents types de ciment, identifiés suivant la nature et la pro-
portion des ajouts dans le tableau 2.2.

28
Tableau 2.2 : différents types de ciments suivant la norme EN 197-1.
Composition (pourcentage en masse) a
Constituants principaux
Principaux Notation des 27 produits (types Pouzzolanes Cendres volantes Constituants
types de ciment courant) Laitier de Fumée de Schiste secondaires
Clinker naturelle Calcaire
haut-fourneau silice naturelle siliceuse calcique calciné
calcinée
K S Db P Q V W T L LL
CEM I Ciment Portland CEM I 95-100 – – – – – – – – – 0-5
Ciment Portland CEM II/A-S 80-94 6-20 – – – – – – – – 0-5
au laitier CEM II/B-S 65-79 21-35 – – – – – – – – 0-5
Ciment Portland
à la fumée CEM II/A-D 90-94 – 6-10 – – – – – – – 0-5
de silice
CEM II/A-P 80-94 – – 6-20 – – – – – – 0-5
Ciment Portland CEM II/B-P 65-79 – – 21-35 – – – – – – 0-5
à la pouzzolane CEM II/A-Q 80-94 – – – 6-20 – – – – – 0-5
CEM II/B-Q 65-79 – – – 21-35 – – – – – 0-5
CEM II/A-V 80-94 – – – – 6-20 – – – – 0-5
Ciment Portland CEM II/B-V 65-79 – – – – 21-35 – – – – 0-5
CEM II aux cendres
volantes CEM II/A-W 80-94 – – – – – 6-20 – – – 0-5
CEM II/B-W 65-79 – – – – – 21-35 – – – 0-5
Ciment Portland CEM II/A-T 80-94 – – – – – – 6-20 – – 0-5
au schiste
calciné CEM B/T 65-79 – – – – – – 21-35 – – 0-5

CEM II/A-L 80-94 – – – – – – – 6-20 – 0-5


Ciment Portland CEM II/B-L 65-79 – – – – – – – 21-35 – 0-5
au calcaire CEM II/A-LL 80-94 – – – – – – – – 6-20 0-5
CEM II/B-LL 65-79 – – – – – – – – 21-35 0-5
CimentPortland CEM II/A-M 80-94 6-20 0-5
composéc CEM II/B-M 65-79 21-35 0-5
CEM III/A 35-64 36-65 – – – – – – – – 0-5
Ciment de haut-
CEM III CEM III/B 20-34 66-80 – – – – – – – – 0-5
fourneau
CEM III/C 5-19 81-95 – – – – – – – – 0-5
Ciment CEM IV/A 65-89 – 11-35 – – – 0-5
CEM IV
pouzzolanique c CEM IV/B 45-64 – 36-55 – – – 0-5
Ciment CEM V/A 40-64 18-30 – 18-30 – – – – 0-5
CEM V
composé c CEM V/B 20-38 31-50 – 31-50 – – – – 0-5
L’hydratation des ciments

29
a) Les valeurs indiquées se réfèrent à la somme des constituants principaux et secondaires.
b) La proportion de fumées de silice est limitée à 10 %.
c) Dans le cas des ciments Portland composés CEM II/A-M et CEM II/B-M, des ciments pouzzolaniques CEM IV/A et CEM IV/B et des ciments composés CEM V/A et CEM V/B, les constituants
principaux, autres que le clinker, doivent être déclarés dans la désignation du ciment.
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Les matériaux ajoutés au clinker


Les fillers calcaires. Ils sont constitués de calcaire broyé. Leur principale fonction est
un rôle de remplissage. Une partie du clinker peut être remplacée sans grand impact
sur les propriétés finales par un matériau pratiquement inerte comme le carbonate de
calcium qui a une bonne affinité pour les hydrates du ciment. En fait, les fillers cal-
caires ne sont pas complètement inertes, ils conduisent à la formation de carboalumi-
nates de calcium qui sont les AFm (voir § 3.2.2) les plus stables.
Les ajouts pouzzolaniques. Ils tirent leur nom des pouzzolanes, cendres volcaniques
utilisées par les Romains en mélange avec de la chaux pour faire leur ciment. Par ex-
tension, un matériau est dit pouzzolanique s’il conduit à des propriétés hydrauliques
en mélange avec la chaux. Ces ajouts peuvent être d’origine naturelle comme les ma-
tériaux d’origine volcanique ou des sous-produits industriels comme les cendres vo-
lantes obtenues par dépoussiérage des gaz de chaudières alimentées au charbon
pulvérisé ou les fumées de silice, sous-produit de l’industrie du silicium.
Les ajouts hydrauliques latents. Ce sont des composés constitués au moins des mê-
mes oxydes que le clinker, CaO, SiO2, Al2O3 dans des proportions telles qu’ils con-
duisent à la formation des mêmes hydrates. Cependant, leur solubilité dans l’eau est
très inférieure à celle des anhydres du clinker, de sorte qu’il est nécessaire de modifier
le milieu pour qu’ils réagissent (activation). Ce sont essentiellement les laitiers gra-
nulés de haut-fourneau obtenus par trempe du surnageant de la fonte résultant de la
fusion du minerai de fer.

3. L’HYDRATATION DU CIMENT
« Hydratation » est un mot utilisé pour décrire de la manière la plus générale, l’en-
semble des réactions qui interviennent dès que l’on mélange le ciment avec de
l’eau. Comme toutes les réactions chimiques, celles- ci obéissent à des lois ther-
modynamiques (voir encadré ci-après) et cinétiques.
3.1. La thermodynamique de l’hydratation
Dès que l’on met un minéral au contact de l’eau, il tend à se dissoudre jusqu’à at-
teindre sa solubilité dans le milieu considéré ; c’est la première étape de l’hydra-
tation. La thermodynamique de la dissolution est définie par le produit de
solubilité : tant que le produit d’activité des ions en solution est inférieur au pro-
duit de solubilité, la solution est sous-saturée par rapport à AB, le minéral AB se
dissout. Au contraire, si le produit d’activité des ions est supérieur au produit de
solubilité, la solution est sursaturée et c’est la réaction inverse, la précipitation,
qui est thermodynamiquement possible. Ce comportement est illustré sur les figu-
res 2.2a et 2.2b.

30
L’hydratation des ciments

Dans le cas de l’hydratation du ciment, les phases anhydres qui le constituent con-
duisent en se dissolvant à une solution sursaturée par rapport à des phases hydra-
tées moins solubles qui vont précipiter (figure 2.2c).

0,03 0,03 0,03


État final 2 E > 1 : précipitation
0,025

État initial 0,02 État 1 État 2

éq
0,02 0,02
État final 1
(B)

uil
(B)

(B)
ibr
0,015

e
0,01 équil 0,01
ibre 0,01 équilib
re
E < 1 : dissolution équilibre 2
État final
0
0 0,01 0,02 0,03 0 0,01 0,02 0,03 0 0,005 0,02 0,025 0,03
État initial État final
État initial (A) (A) (A)

(a) (b) (c)


Figure 2.2 : les trois diagrammes illustrent la thermodynamique de la dissolution et de la
précipitation à travers les diagrammes de solubilité. Les axes sont les activités (A) et (B)
en solution, la courbe est la courbe de solubilité ; c’est le lieu des points qui satisfont le
produit de solubilité. Sur cette courbe β = 1.(voir encadré ci-après).
(a) Si on disperse le solide AB dans l’eau (état initial), il va se dissoudre parce qu’en dessous de la
courbe de solubilité β < 1, la solution est sous-saturée et les activités (A) et (B) vont augmenter en
solution en suivant la flèche. Si la quantité de AB n’est pas suffisante, on n’atteint pas la courbe de
solubilité, et il reste une solution limpide (état final 1). Si le solide est en excès, il reste des grains de
AB en équilibre avec la solution saturée (état final 2).
(b) Si, au contraire, AB est dispersé dans une solution sursaturée, β > 1, les grains vont grossir en
consommant les ions A et B qui sont en solution jusqu’à ce que le produit d’activité (A)(B) en solution
soit égal au produit de solubilité c’est-à-dire jusqu’à ce que β = 1.
(c) Dans le cas où il existe dans le système A-B-H2O, une phase moins soluble que AB (équilibre 2),
alors en se dissolvant, AB enrichit la solution qui devient sursaturée par rapport à AB, xH2O par exem-
ple (état 1) qui va donc précipiter pendant que AB va continuer à se dissoudre (état 2) : c’est ce qui
se passe au cours de l’hydratation des liants. Une fois que tout AB se sera dissous, il ne restera que
la phase AB, xH2O en équilibre avec sa solution saturée (état final).

Thermodynamique de la dissolution (voir aussi chapitre 4)


Un minéral AxBy mis au contact de l’eau se dissout jusqu’à atteindre sa solubilité dé-
finie par l’équilibre de solubilité :
(AxBy)solide ' xAsolution + yBsolution
x y
La loi d’action de masse associée à cet équilibre s’écrit : k = ( A ) équilibre ( B ) équilibre
où (A) est l’activité de l’espèce A ;
k est le produit de solubilité.
La variation d’enthalpie libre liée à la dissolution s’écrit :
x y
(A) (B)
Δ diss G = RT ln ----------------------
k

31
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

(A)x(B)y est le produit d’activité des ions dans la solution.


Tant que k < (A)x(B)y, ΔdissG est négatif, AxBy se dissout.
x y
(A) (B)
On pose par exemple β = ---------------------- l’indice de saturation, on peut alors écrire :
k
ΔdissG = RTlnβ.
Tant que β < 1 la solution est sous-saturée par rapport à AxBy,ΔdissG < 0, il se dissout.
Quand β =1 la solution est saturée, ΔdissG = 0 l’équilibre de solubilité est atteint.
Si β > 1, ΔdissG > 0, AxBy ne peut plus se dissoudre. Si la réaction est inversible, il
doit précipiter.

3.2. L’hydratation des principales phases constituant le ciment


3.2.1. L’hydratation des silicates de calcium
Le silicate tricalcique, Ca3SiO5, ou C3S en notation cimentière, est la principale
phase constituant le clinker de ciment Portland. Dans le clinker on le nomme alite,
ce n’est pas du silicate tricalcique pur, il contient un certain nombre d’impuretés
en substitution dans son réseau cristallin. Dès qu’il est en contact avec l’eau, après
une hydroxylation superficielle qui transforme les ions du solide en ions présents
en solution [BAR 79, BAR 86], le C3S se dissout selon :
Ca3SiO5 + 3 H2O → 3 Ca++ + H2SiO42– + 4 OH–
La solution devient rapidement sursaturée par rapport à un hydrate moins soluble,
l’hydrosilicate de calcium, noté C-S-H en notation cimentière, selon :
x Ca2+ + H2SiO42– + 2(x-1) OH- + y H2O → C-S-H (ou xCaO, SiO2, yH2O)
La stœchiométrie du C-S-H, généralement définie par le rapport molaire CaO/SiO2
(ou C/S en notation cimentière), varie avec la composition de la solution avec la-
quelle il est en équilibre. Le rapport C/S varie grossièrement entre 1 et 2 ; il est en
moyenne de 1,7 dans une pâte de ciment Portland ordinaire [TAY 97]. De ce fait,
en se dissolvant le silicate tricalcique libère plus d’ions calcium et hydroxyde que
le C-S-H n’en consomme, la solution s’enrichit en ces ions et devient sursaturée par
rapport à l’hydroxyde de calcium qui précipite sous forme de portlandite :
Ca2+ + 2 OH– → Ca(OH)2
L’ensemble de ces trois réactions par lesquelles procède l’hydratation du C3S est
souvent résumé par l’équation bilan suivante (ce n’est pas une réaction chimique) :
Ca3SiO5 + H2O → 1,7CaO, SiO2, yH2O + 1,3 Ca(OH)2
qui s’écrit en notation cimentière :
C3S + H → C-S-H +1,3 CH

32
L’hydratation des ciments

Le même enchaînement de réactions entre en jeu dans le cas du C2S pour aboutir
à l’équation bilan :
C2S + H → C-S-H + 0,3 CH
3.2.2. L’hydratation des aluminates de calcium
Le même type de processus que dans le cas des silicates de calcium intervient
lorsque l’aluminate tricalcique est mis au contact de l’eau. Son hydrolyse et sa
dissolution conduisent à :
Ca3Al2O6 + 6 H2O → 3 Ca2+ + 2 Al3+ + 12 OH–
En milieu basique, du fait du caractère amphotère de l’aluminium, celui-ci se
trouve majoritairement sous forme d’anions Al(OH)4–. Contrairement au cas des
silicates de calcium, il existe plusieurs phases aluminates de calcium hydratés
moins solubles que l’anhydre : outre l’hydroxyde d’aluminium, Al(OH)3, il exis-
te, d’une part, Ca2Al2(OH)10,3H2O (C2AH8) et Ca4Al2(OH)14,6H2O (C4AH13)
qui sont en fait les limites d’une solution solide dans laquelle le rapport C/A varie
entre 2 et 4 selon la concentration en hydroxyde de calcium en solution, et, d’autre
part, un hydroxyde mixte Ca3Al2(OH)12 (C3AH6). C’est ce dernier qui est ther-
modynamiquement le plus stable (le moins soluble), c’est donc l’état final vers le-
quel le système C3A-eau doit tendre en l’absence de tout autre constituant.
Pourtant, les premiers se forment d’abord parce que, pour un même degré de sur-
saturation, le temps nécessaire pour former les premiers germes est plus court. Ils
se dissolvent ensuite pour précipiter C3AH6.
On rajoute au clinker du sulfate de calcium sous forme de gypse (CaSO4, 2H2O),
de plâtre ou hémihydrate (CaSO4, 0,5H2O) ou d’anhydrite (CaSO4). Dans ces
conditions, dans une solution contenant les ions Ca2+, Al3+, OH– et SO42–, la pha-
se la moins soluble est le trisulfoaluminate de calcium hydraté
Ca6Al2(SO4)3(OH)12, 26H2O ou ettringite (C6A S 3H32 en notation cimentière).
C’est cette phase qui se forme tant que la concentration en sulfate en solution est
suffisante. Lorsque tous les sulfates sont épuisés, ce sont les hydroaluminates de
calcium comme C4AH13 et ses homologues mono-substitués (monosulfoalumi-
nate de calcium, monocarboaluminate de calcium…) qui précipitent.
En ce qui concerne l’hydratation du C4AF, elle conduit à la précipitation du même
type de composés que ceux qui sont formés à partir de la dissolution du C3A, en
particulier lorsque celle-ci est réalisée en présence d’hydroxyde de calcium. Dans
ce cas, une partie des ions Al3+ dans les hydrates sont substitués par des ions Fe3+.
Dans le cas contraire, une partie importante du fer précipite sous forme d’hy-

33
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

droxyde de fer, Fe(OH)3. C’est pour cette raison que, d’une manière générique,
les hydroaluminates de calcium contenant ou non du fer sont appelés AFm. Une
justification de cette terminologie en relation avec la structure sera donnée au pa-
ragraphe 3.4.3. De même les composés de type ettringite sont appelés AFt.
3.3. La réactivité des autres constituants du ciment
3.3.1. Les ajouts pouzzolaniques
Ces composés sont riches en silice et pauvres en oxyde de calcium ; de ce fait ils
sont très peu solubles dans l’eau. Dans une solution riche en hydroxyde de cal-
cium, du fait du pH élevé, la silice se dissout selon :
SiO2 + 2 OH– → H2SiO42–
En présence des ions calcium de la solution, le C-S-H moins soluble précipite se-
lon la même réaction que dans le cas des silicates de calcium :
x Ca2+ + H2SiO42– + 2(x-1) OH– + y H2O → C-S-H (ou xCaO, SiO2, yH2O)
Cependant en présence de silice solide, le rapport C/S du C-S-H est plus faible que
celui obtenu à partir de la dissolution des silicates calciques. L’équation bilan de ces
réactions de dissolution et précipitation est souvent appelée réaction pouzzolanique
en référence au ciment romain constitué d’un mélange de chaux et de pouzzolannes.
Il convient de se souvenir que ce n’est qu’un bilan de deux réactions et que ce n’est
pas « la portlandite qui réagit avec la silice » comme c’est souvent énoncé.
3.3.2. Les ajouts potentiellement hydrauliques
Les types mêmes de ces ajouts sont les laitiers granulés de haut-fourneau. Ils sont
constitués de CaO, SiO2, Al2O3, MgO. La trempe que le laitier subit à la sortie du
haut-fourneau confère une structure vitreuse à ce matériau. La teneur des diffé-
rents oxydes varie d’un laitier à l’autre ; une fourchette de composition en oxydes
est donnée dans le tableau 2.3.
Tableau 2.3 : composition chimique donnée en pourcentage en poids
des principaux oxydes, d’après [TAY 97].

SiO2 Al2O3 CaO MgO FeO


32-37 10-16 38-45 3-9 0,3-10

Les laitiers de haut-fourneau contiennent tous les éléments susceptibles de donner


les mêmes hydrates que les ciments. Cependant, leur solubilité dans l’eau est trop
faible pour conduire à des solutions suffisamment concentrées pour être sursatu-
rées par rapport aux hydrates du ciment. Ils doivent être activés, c’est-à-dire que
la solution d’hydratation doit être telle que leur solubilité soit augmentée. C’est le

34
L’hydratation des ciments

cas dans une pâte de ciment Portland dans laquelle le pH est suffisamment basi-
que. La silice contribue à la formation de C-S-H, l’alumine à des aluminates de
calcium et de magnésium. Ces derniers constituent la famille des hydrotalcites
dont la structure dérive de celle de la brucite (Mg(OH)2) selon le même mécanis-
me que les AFm dérivent de celle de l’hydroxyde de calcium.
3.4. Les propriétés des principales phases hydratées
3.4.1. La portlandite
La portlandite est le nom minéralogique de l’hydroxyde de calcium cristallisé.
Son nom vient, bien sûr, du fait qu’on la trouve dans le ciment Portland hydraté.
C’est la phase la plus soluble de la pâte de ciment hydratée.
Sa solubilité dans l’eau est de l’ordre de 22 mmol/L à 25 °C soit environ 1,6 g/L,
ce qui correspond à un pH de 12,6. Sa présence dans la pâte de ciment, par son
équilibre de solubilité maintient le pH élevé de la solution interstitielle. Sa solu-
bilité diminue avec la température.
C’est également une des phases les mieux cristallisées. Elle cristallise sous forme
de cristaux hexagonaux plus ou moins développés dans la pâte de ciment, les po-
res et l’interface pâte/granulat. Sa structure cristalline est de type hexagonal. Elle
est constituée de plans d’ions calcium (plan ab) en environnement octaédrique as-
suré par 3 ions OH– de part et d’autre du plan, ce qui constitue un feuillet d’hy-
droxyde qui est répété selon l’axe c (figure 2.3).

c OH–
Ca++
OH–

a
(a) (b)

Figure 2.3 : (a) structure cristalline de la portlandite ; (b) image en microscopie


électronique à balayage de cristaux de portlandite (courtoisie D. Damidot).
La morphologie est un reflet de la structure hexagonale.

35
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

3.4.2. Les silicates de calcium hydratés (C-S-H)


Les C-S-H constituent la majeure partie de la phase liante de la pâte de ciment.
On parle souvent de gel de C-S-H se référant à des composés amorphes. Ce sont
en fait des composés nanocristallins constitués de particules nanométriques
agrégées les unes aux autres (figure 2.4).

(a) (b)

Figure 2.4 : morphologie du C-S-H.


(a) Image en microscopie électronique à balayage de C-S-H poussant à la surface de grains d’alite
[REG 75]. (b) Image de C-S-H observé en microscopie à force atomique. La différence de morpholo-
gie est due au fait que le vide du microscope électronique à balayage déshydrate le C-S-H et modifie
la microstructure.

Les dimensions typiques de ces particules sont de l’ordre de 60 × 30 × 5 nm3


[GAU 98]. Elles présentent également une structure lamellaire ; chaque feuillet est
constitué d’un double plan d’ions calcium coordinés de part et d’autre par les oxygè-
nes de tétraèdres de silicates [TAY 86, NON 04]. Les silicates se présentent sous for-
me de lignes parallèles de dimères (figure 2.5). Une partie plus ou moins importante
de ces dimères peuvent être pontés par un troisième tétraèdre formant ainsi des penta-
mères. L’interfeuillet contient des molécules d’eau et plus ou moins d’ions calcium.
Le nombre de tétraèdres pontants et de calcium en interfeuillet dépend de la concen-
tration de la solution interstitielle en hydroxyde de calcium ; c’est cette dépendance
qui est à l’origine de la variation du rapport Ca/Si des C-S-H. Il semble bien qu’il exis-
te trois phases distinctes de C-S-H, C-S-H-α correspondant à 0,66 < Ca/Si < 1, C-S-
H-β correspondant à 1 < Ca/Si < 1,5 et C-S-H-γ correspondant à 1,5 < Ca/Si < 2. Dans
un ciment CEM I, on rencontrera essentiellement les C-S-H de plus haut rapport Ca/
Si ; en revanche, dans un ciment à la fumée de silice par exemple, on trouvera le C-S-
H-α à l’interface avec la fumée de silice. On distingue souvent également les C-S-H

36
L’hydratation des ciments

par leur morphologie, en particulier, les C-S-H externes (outer product) de morpholo-
gie plutôt fibrillaire, qui se développent à partir de la surface des grains anhydres dans
les pores de la pâte et les C-S-H internes (inner product) de morphologie plus com-
pacte, qui occupent l’espace libéré par le grain d’alite qui se dissout.

30 nm 60 nm
Tétraèdre pontant
Dimère de silicate 5 nm

feuillet Plan de CaO H

interfeuillet H C
H
H
Plan de CaO

Figure 2.5 : représentation schématique de la structure cristalline du C-S-H


et relation avec la morphologie.

Du fait de la petite taille des particules qui le compose, la surface spécifique du


C-S-H est très élevée (de l’ordre de 250 m2/g) [KAN 61] ; de ce fait les propriétés
physicochimiques de la surface sont aussi importantes sinon plus que les proprié-
tés du volume. En particulier, la principale caractéristique du C-S-H est qu’il por-
te une forte densité de charges électriques de surface. En effet, les tétraèdres de
silicates portent un oxygène à chacun de leur sommet. Si ces oxygènes ne sont pas
engagés pour connecter deux tétraèdres ou pour coordiner un ion calcium, ils por-
tent des protons et forment des groupes silanols >Si-OH. En milieu basique, les
groupes silanols de la surface sont ionisés selon :
> Si–OH + OH– → >SiO– + H2O

La densité de sites > Si-OH à la surface est fixée par la structure (4,8 sites/nm2)
[VIA 01].
À haut pH, comme c’est le cas dans la pâte de ciment, la plupart des sites sont
ionisés, ce qui donne une densité de charges de surface parmi les plus élevées des
minéraux. Cette haute densité de charges de surface est à l’origine de la cohésion
du ciment et joue un rôle important dans l’interaction des espèces ioniques avec
la surface [PEL 97, JON 04].
En ce qui concerne sa stabilité le C-S-H est très peu soluble dans une solution sa-
turée par rapport à la portlandite (quelques µmol/L, soit de l’ordre de 1 mg/L), sa
solubilité augmente quand la concentration en hydroxyde de calcium en solution
diminue et si le pH descend en dessous de 10, il se dissout au profit de la silice
qui devient moins soluble [GRE 60].

37
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

3.4.3. Les aluminates de calcium hydratés


On distingue les phases hexagonales (C2AH8–C4AH13) et la phase cubique
C3AH6.
ˆ Le C3AH6 ou hydrogrenat
Le C3AH6, Ca3Al2(OH)12 est la forme la moins soluble des aluminates de cal-
cium hydratés. Il présente la même structure cristalline que le grenat
Ca3Al2(SiO4)3 dans laquelle chaque tétraèdre de silicate est remplacé par quatre
ions hydroxydes qui occupent la position des oxygènes des sommets du tétraèdre
(figure 2.6). Il existe en fait un domaine de solution solide entre les deux pôles
Ca3Al2(OH)12 et Ca3Al2(SiO4)3 (Katoite) [DAM 95]. L’hydrogrenat est le pro-
duit de l’hydratation des ciments alumineux (chapitre 14), on le trouve rarement
dans les ciments Portland hydratés à des températures normales.

(a) (b)

Figure 2.6 : (a) structure cristalline de l’hydrogrenat ; (b) image en microscopie


électronique à balayage de cristaux d’hydrogrenat.

ˆ Les phases hexagonales


La structure des aluminates de calcium hexagonaux dérive directement de celle
de la portlandite. Certains ions calcium du plan cationique du feuillet sont substi-
tués par des ions Al3+. Il en résulte un excès d’une charge positive par calcium
substitué. Cette charge positive est compensée dans l’interfeuillet par des anions
; ces anions sont des hydroxydes OH– dans C2AH8 et C4AH13 mais ce peut être
également tout autre anion mono ou divalent (Cl–, CO32–, SO42–…) (figure 2.7).

38
L’hydratation des ciments

Par exemple dans C4AH13, qui peut s’écrire encore 2([Ca2Al (OH)6]+OH-,
3H2O), un Ca2+ sur 3 est remplacé par un Al3+, et l’excès de charge est compensé
par un OH-. On obtient le même type de composés avec des ions Fe3+. Pour une
mole d’oxyde Al2O3 ou Fe2O3 substituant deux moles de CaO, il faut une mole
d’anions divalents que l’on peut écrire en notation cimentière : C3A, CX. C’est la
raison pour laquelle on les nomme AFm (A pour Al2O3, F pour Fe2O3 et m pour
mono (1 CX)). Les hydrates les plus stables sont les carboaluminates de calcium
qui se forment dans les ciments contenant des ajouts calcaire ou simplement à par-
tir des carbonates dissous dans la solution interstitielle du fait du contact avec le
CO2 atmosphérique.

Ca (OH)2

interfeuillet

×6

Insertions d'anions
en interfeuillet
pour compenser la charge plans de cations

Substitution 1/5 Ca par Al


feuillet chargé positivement (Ca2+ / Mg2+ /
Al3 / Fe3+)

Ca2+ OH– anions

Figure 2.7 : représentation schématique de la substitution cationique et de la


compensation de charge dans les phases de type AFm.

3.4.4. L’ettringite
La structure de l’ettringite est très différente de celles des AFm. Elle est constituée
de colonnes de cations coordinés par les oxygènes des hydroxydes et des molécules
d’eau (figure 2.8). Les ions sulfate ne participent pas non plus à la coordination des
cations, ils n’assurent que l’électroneutralité. Ils sont accueillis dans les canaux
créés par les colonnes cationiques. Ils peuvent également être remplacés par d’autres
anions tout comme l’aluminium peut également être substitué par du FerIII.

39
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

C6A S 3H32 s’écrit également C3A, 3C S d’où le nom de AFt donné à cette famille
de composés.

octaèdres Al (OH)6
tétraèdres SO42–
molécules H2O
polyèdres CaO8

(a) (b)

Figure 2.8 : (a) structure cristalline de l’ettringite ; (b) image en microscopie électronique
à balayage de cristaux d’ettringite (courtoisie D. Damidot).

3.5. La cinétique de l’hydratation des principales phases du ciment


La dissolution et la précipitation sont des réactions hétérogènes, elles font inter-
venir deux phases : une phase liquide, la solution, et une phase solide, celle qui se
dissout ou précipite. Au contraire des réactions homogènes, il n’y a pas de lois ci-
nétiques générales pour décrire les réactions hétérogènes, la vitesse de celles-ci
dépend des caractéristiques de la surface du solide et de l’interface solide-solu-
tion. Les deux principaux paramètres qui vont contrôler la vitesse macroscopique
de la réaction sont l’étendue de l’interface, c’est-à-dire la surface développée par
le solide en contact avec la solution, et l’écart à l’équilibre autrement dit le degré
de sous-saturation, dans le cas de la dissolution, et le degré de sursaturation, dans
le cas de la précipitation. Plus l’écart à l’équilibre est grand, plus la vitesse inter-
faciale sera grande ; de même, plus l’étendue de l’interface est grande, plus la vi-
tesse macroscopique globale sera grande. Par exemple, au cours de la dissolution
d’un solide, si aucune autre réaction n’intervient, la vitesse macroscopique ne
peut que diminuer : d’une part, la concentration des ions en solution augmente ce
qui diminue l’écart à l’équilibre et, d’autre part, la taille des grains diminue éga-
lement, ce qui diminue l’étendue de l’interface.
Dans le cas d’un processus incluant la dissolution d’une phase et la précipitation
d’une autre comme l’hydratation, l’étendue de l’interface de dissolution diminue
alors que l’étendue de l’interface de précipitation augmente. Pour maintenir la vi-
tesse globale de dissolution égale à la vitesse globale de précipitation, les concen-
trations en solution évoluent de telle sorte que l’écart à l’équilibre par rapport à

40
L’hydratation des ciments

l’équilibre de solubilité de la phase qui se dissout augmente pour compenser la di-


minution de l’étendue de l’interface ; de ce fait, en même temps, l’écart à l’équi-
libre de solubilité de la phase qui précipite diminue, ce qui ralentit la vitesse
interfaciale de précipitation. C’est ce que Barret a appelé le chemin cinétique de
l’hydratation [BAR 88, BAR 90]. On peut rencontrer différents cas.
Le plus simple est par exemple celui de l’hydratation du plâtre en gypse : l’évo-
lution du pourcentage d’hydratation, c’est-à-dire le taux de disparition du plâtre
ou le taux d’apparition du gypse, en fonction du temps est représenté sur la figure
2.9 : c’est une sigmoïde pratiquement symétrique qui s’étend entre 0 et 100 %
d’hydratation. La vitesse instantanée de l’hydratation est la tangente en chaque
point de la courbe ; elle est maximale au point d’inflexion. On observe donc suc-
cessivement une période accélérée, puis une période décélérée. La période accé-
lérée est contrôlée par la croissance du gypse dont l’augmentation de surface
entraîne une consommation de plus en plus grande d’ions fournis par la dissolu-
tion du plâtre. Pendant ce temps, la surface du plâtre diminue, et il arrive un mo-
ment où sa dissolution ne suffit plus à fournir tous les ions que pourrait
consommer la croissance du gypse. La vitesse diminue alors comme dans le cas
de la dissolution pure. La réaction devient limitée par la dissolution.

(2)
100

80
% hydratation

60

40 (1)

20

0
0 10 20 30 32 40 50 60
temps (minutes)

Figure 2.9 : avancement de l’hydratation du plâtre au cours du temps après malaxage


avec de l’eau (eau/plâtre = 2).
La vitesse d’hydratation est la tangente à la courbe. (1) Après le gâchage, la réaction accélère continû-
ment jusqu’à 32 minutes : elle est contrôlée par la croissance du gypse dont la surface augmente et con-
somme de plus en plus d’ions fournis par la dissolution du plâtre. (2) À cet instant, la surface du plâtre
diminuant, sa dissolution n’arrive plus à fournir tous les ions que pourrait consommer la croissance du
gypse et la vitesse diminue jusqu’à disparition complète du plâtre.

3.5.1. Cas des silicates calciques


Le cas de l’hydratation des silicates calciques est un peu plus complexe : l’évolu-
tion du taux d’hydratation en fonction du temps est représentée sur la figure 2.10

41
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

pour le silicate tricalcique. Le début de l’hydratation suit le même type d’évolu-


tion que dans le cas précédent, même s’il est plus lent.
L’hydratation est contrôlée par la vitesse de croissance du C-S-H. Les particules
nanométriques de C-S-H précipitent à la surface du grain qui se dissout et finis-
sent par former une couche continue sur la surface du grain. À partir de ce mo-
ment, l’hydratation est contrôlée par la diffusion des ions à travers cette couche
d’hydrate.
Il est à noter que si les grains de C3S sont suffisamment petits pour être complè-
tement dissous avant que la couche ne soit continue, on observe le même type
d’évolution que dans le cas de l’hydratation du plâtre en gypse.
50
8 1,2E+05
Flux de chaleur (mW/g C3S)

Quantité de chaleur (mJ)


1,0E+05 40

Avancement (%)
6
8,0E+04
30 [Ca (OH)2] 22 mmol/L
4 6,0E+04 C–S–H
20
4,0E+04
[Ca (OH)2] 11 mmol/L
2
2,0E+04 10
C–S–H
0 0,0E+00 0
0 200 400 600 800 1 000 1 200 0 200 400 600 800 1 000 1 200
Temps (minutes) Temps (minutes)

(a) (b)
Figure 2.10 : avancement de l’hydratation du C3S.
(a) Dans le cas du C3S, l’avancement de l’hydratation peut facilement être obtenu par intégration du
flux de chaleur dégagé par la réaction et mesuré par calorimétrie. (b) Au cours du processus de dis-
solution du C3S-précipitation du C-S-H, celui-ci se forme par germination hétérogène sur la surface
du C3S [GAR 99] et des particules de C-S-H déjà précipitées, de telle sorte qu’assez rapidement une
couche continue autour du grain d’anhydre va ralentir le processus de dissolution [GAR 01]. Le pour-
centage d’hydratation pour lequel cette couche devient continue dépend de la granulométrie du C3S,
de la température et d’une manière générale de tout ce qui peut faire changer localement la concen-
tration en hydroxyde de calcium.

3.5.2. Cas des aluminates calciques


En ce qui concerne la vitesse d’hydratation de l’aluminate tricalcique en particu-
lier, le problème de son contrôle est un peu plus complexe et fait encore débat. En
l’absence de sulfate de calcium, l’hydratation est très rapide, elle n’est contrôlée
que par la vitesse de dissolution du C3A car la formation d’aluminates de calcium
hydratés C2AH8 et C4AH13 est très rapide (figure 2.11b). Cela conduit d’ailleurs
à un raidissement prématuré de la pâte (prise rapide ou flash set). C’est la raison
pour laquelle on ajoute du sulfate de calcium au clinker. Dans ces conditions, l’et-
tringite est la phase la moins soluble, et c’est sa vitesse de croissance, qui est un
processus beaucoup plus lent, qui contrôle la vitesse d’hydratation. Il se forme
néanmoins un peu d’AFm au début de l’hydratation, c’est ce qui est à l’origine du

42
L’hydratation des ciments

premier pic intense observé sur la courbe de flux thermique mesuré par calorimé-
trie présenté sur la figure 2.11a. Une fois que tout le sulfate de calcium a été con-
sommé pour former de l’AFt, on forme à nouveau du C4AH13 très rapidement à
une vitesse contrôlée par la vitesse de dissolution du C3A ; c’est le deuxième pic
sur la courbe de flux thermique de la figure 2.11a. Dans ces conditions, l’ettringite
n’est plus la phase la moins soluble, elle se dissout partiellement, les ions libérés
contribuant à précipiter du mono sulfoaluminate de calcium.

14 1 C 3A

Avancement de l'hydratation
Flux thermique (mW/g)

12
0,8
10

8 0,6 C3A +gypse


6
0,4
4
0,2
2

0 0
0 200 400 600 800 1 000 0 500 1 000 1 500
Temps (minutes) Temps (minutes)
(a) (b)
Figure 2.11 : avancement de l’hydratation d’un mélange C3A-gypse.
(a) Évolution du flux thermique libéré au cours de l’hydratation d’un mélange C3A-gypse. (b) Avance-
ment de l’hydratation du C3A seul et du mélange C3A-gypse. On note l’effet ralentisseur introduit par
la formation de l’ettringite. D’après [MIN 03].

L’hydratation du C4AF en présence de sulfate de calcium et d’hydroxyde de cal-


cium suit le même type d’évolution que celle de l’hydratation du C3A. Elle conduit
à de l’ettringite dont les ions Al3+ sont partiellement substitués par des ions Fe3+.
3.6. L’hydratation des ciments
Le ciment est composé de nombreuses phases différentes qui contribuent chacune
en se dissolvant, à alimenter la solution interstitielle de la pâte de ciment en dif-
férents ions. En retour, la nature et la concentration des ions en solution influent
sur la dissolution des phases anhydres et des hydrates, de sorte que le mélange des
phases constituant le ciment ne se comporte pas comme la simple superposition
de l’hydratation de chaque phase. Une illustration de ce comportement en est don-
née figure 2.12 sur laquelle sont comparées, d’une part, les courbes de flux ther-
miques libérés au cours de l’hydratation du C3S et du système C3A-gypse pris
séparément et, d’autre part, au cours de l’hydratation de leur mélange.

43
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Flux thermique (mW/g alite)


14 14

Flux thermique (mW/g)


12 12
10 10 C3A–gypse
8 8
C3S
6 6
4 4
2 2
0 0
0 200 400 600 800 1 000 0 200 400 600 800 1 000
Temps (minutes) Temps (minutes)

(a) (b)

14 14 Comparaison (1) + (2) calculé /


(1) + (2) mesuré
Flux thermique (mW/g)

(1) + (2) calculé

Flux thermique (mW/g)


12 12

10 10

8 8

6 6

4 4

2 2

0 0
0 200 400 600 800 1 000 0 200 400 600 800 1 000
Temps (minutes) Temps (minutes)

(c) (d)

Figure 2.12 : hydratation de C3S et du mélange C3A-gypse ainsi que du mélange


des trois phases.
(a) Flux thermique expérimental libéré au cours de l’hydratation de C3S seul. (b) Flux thermique ex-
périmental libéré au cours de l’hydratation de mélange C3A-gypse. (c) Somme algébrique des contri-
butions. (d) Flux thermique expérimental libéré au cours de l’hydratation du mélange C3S-C3A-gypse
; par comparaison avec la somme algébrique de la contribution des deux sous-systèmes on peut noter
que c’est surtout l’hydratation du mélange C3A-gypse qui est affectée. D’après [MIN 03].

De ce fait, l’étude cinétique précise de l’hydratation d’un ciment est toujours dif-
ficile et d’autant plus que l’on y incorpore des ajouts plus ou moins réactifs. Néan-
moins, on peut considérer en première approximation que les mécanismes de
l’hydratation des différentes phases ne sont pas sensiblement modifiés. En parti-
culier en ce qui concerne l’hydratation de l’alite, qui constitue la phase majeure
du ciment Portland, celle-ci suivra le même type d’évolution que celle décrite au
paragraphe 3.2.1. Une partie des C-S-H pourra cependant précipiter sur d’autres
supports solides (fillers…), ce qui modifiera le pourcentage de réaction pour le-
quel l’hydratation est limitée par une couche continue d’hydrate.
En ce qui concerne la nature des phases qui se forment, celles-ci sont les mêmes
que celles qui précipitent lors de l’hydratation de chaque constituant du ciment.

44
L’hydratation des ciments

La pâte de ciment hydratée mature est constituée essentiellement de C-S-H ; on y


trouve intimement mélangé avec les C-S-H, de la portlandite et des AFm, sulfoa-
luminates et carboaluminates de calcium, de l’ettringite, souvent bien visible dans
les pores, et parfois des hydrogrenats, en particulier dans les bétons curés à tem-
pérature plus élevée. L’hydratation de l’alite sature la solution interstitielle en hy-
droxyde de calcium ce qui confère le pH élevé de la pâte de ciment. Dans le cas
des ciments composés, ces conditions sont favorables à la solubilité des ajouts
pouzzolaniques et des laitiers de haut-fourneau. Ces ajouts constituent alors une
nouvelle source de silice, pour précipiter des C-S-H, et d’alumine, pour former de
l’ettringite et/ou des AFm. Du fait de la présence d’oxyde de magnésium dans les
laitiers, on trouvera en plus des composés de type hydrotalcite qui consomment
une partie de l’aluminium ajouté.
3.7. La génération et les caractéristiques de la microstructure
de la pâte de ciment
On s’est intéressé jusqu’à présent aux processus chimiques qui conduisent aux
produits de la réaction avec l’eau, des grains qui constituent le ciment.
La principale propriété du ciment est, bien sûr, que son mélange avec l’eau con-
duit à un solide : la pâte de ciment hydratée. Sa microstructure résulte du carac-
tère granulaire du produit de départ. Dans le milieu ionique que constitue la
solution interstitielle et dans les secondes qui suivent la fin du gâchage, des forces
attractives maintiennent les grains de ciment encore anhydres en contact
[NAC 01] formant ainsi un solide poreux peu résistant. Celui-ci va être renforcé
au cours de l’hydratation par la formation des hydrates, d’abord près des points
de contact entre les grains anhydres, puis tout autour des grains, comblant ainsi,
au fur et à mesure que l’hydratation se poursuit, l’espace laissé libre entre les
grains et occupé initialement par l’eau. Cette évolution est schématisée sur la
figure 2.13.
L’espace entre les grains, occupé initialement par l’eau, est la porosité capillaire.
Deux caractéristiques de cette porosité capillaire sont particulièrement importantes :
– son volume ;
– sa connectivité.
Le volume de la porosité capillaire dépend de la formulation du matériau cimen-
taire. Le premier paramètre est le rapport eau/ciment ; pour une quantité de ciment
donnée, plus le volume d’eau est grand, plus l’espace initial entre les grains de ci-
ment est grand et plus la porosité capillaire est grande. Le deuxième paramètre est
la distribution granulométrique du matériau cimentaire : on peut diminuer la po-
rosité capillaire si des particules plus fines sont capables de combler au moins par-
tiellement l’espace entre les plus gros grains. Le troisième paramètre est le degré
d’hydratation : le volume molaire des hydrates étant supérieur à celui des anhy-

45
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

dres, l’espace occupé par le solide va augmenter au fur et à mesure de l’hydrata-


tion et la porosité capillaire diminuer. Cependant, le volume molaire des hydrates
reste inférieur à la somme du volume molaire des anhydres et du volume d’eau
nécessaire pour les former de sorte qu’il peut toujours subsister une porosité ca-
pillaire résiduelle si le le rapport eau sur ciment est trop grand même à hydratation
complète [POW 48].
Le volume de la porosité capillaire est un paramètre déterminant la résistance
de la pâte de ciment et donc du béton.

hydratation

Figure 2.13 : représentation bidimensionnelle de l’empilement de grains de ciment


dans la pâte.
Un amas continu est formé dès la fin du malaxage du fait de l’existence de forces attractives entre les
grains. L’espace laissé libre entre les grains constitue la porosité capillaire. Dans cette représentation
constituée d’une seule couche de grains de même dimension, celle-ci est connectée par les cols
autour des contacts intergranulaires. Compte tenu de la taille des grains de ciment, l’ordre de gran-
deur des pores capillaires est le micromètre. Au cours de l’hydratation, les hydrates remplissent pro-
gressivement les pores capillaires sans les combler totalement. Cette représentation 2D ne rend pas
compte d’un élément important, la connectivité des pores capillaires.

Retrait chimique ou contraction Le Chatelier


La formation du C-S-H à partir de l’hydrolyse du silicate tricalcique constitue la plus
grande partie de la formation de la microstructure de la pâte de ciment. Compte tenu de
la très faible solubilité des C-S-H, on peut considérer en première approximation
qu’une mole de C3S fournit une mole de C-S-H. La stoechiométrie exacte en eau des
C-S-H est difficile à déterminer : prise en compte uniquement de l’eau de structure des
hydrates (eau non évaporable) ou prise en compte l’eau remplissant la nanoporosité (gel
water). Si on inclut les deux, la valeur de quatre moles d’eau par mole de C-S-H est
généralement admise [YOU 87]. Le volume d’une mole de C-S-H est plus petit que le
volume initialement occupé par une mole de C3S et quatre moles d’eau, il s’en suivra
donc une variation de volume absolu associée à l’hydratation. Cette variation de volu-
me a été mise en évidence dès 1894 par Le Chatelier, c’est pourquoi on parle de retrait
chimique ou contraction Le Chatelier. La valeur du retrait dépend du volume occupé
par une mole de C-S-H qui peut varier légèrement suivant les conditions de l’hydrata-
tion. La présentation du retrait chimique est complétée aux chapitres 3 et 5.

46
L’hydratation des ciments

La connectivité du réseau capillaire est un paramètre particulièrement impor-


tant pour la durabilité du matériau.
En effet, si l’ensemble de la porosité capillaire est interconnectée, les agents
agressifs extérieurs peuvent pénétrer facilement dans le matériau, et sa dégrada-
tion en sera facilitée. La connectivité diminue au fur et à mesure de l’hydratation
: les hydrates en se développant sont susceptibles de boucher les entrées des pores
(figure 2.14). Lorsque l’hydratation progresse, il arrive un moment où les pores
capillaires ne sont plus connectés entre eux que par la porosité des hydrates. Ce
point est traité en détail au chapitre 3.
L’origine de la porosité des hydrates est essentiellement de même nature que celle
de la porosité capillaire : elle est due au caractère granulaire des produits d’hydra-
tation. La plus grande partie de la matière hydratée de la pâte de ciment est cons-
tituée par les C-S-H qui sont, comme le montre la figure 2.4, des particules
nanométriques. L’ordre de grandeur de la taille des pores des hydrates, ou nano-
pores, est de ce fait le nanomètre. Au cours du temps, la taille moyenne des pores
capillaires diminue et la nanoporosité augmente avec la formation de C-S-H. Ceci
est encore plus marqué avec des ajouts pouzzolaniques.
Il est bien évident que la diffusion de fluides (liquide ou gaz) à travers la matrice
cimentaire dépendra fortement du fait que la porosité capillaire est seulement con-
nectée par la nanoporosité. Cet aspect est détaillé dans le chapitre 3.

(a) (b)

Figure 2.14 : évolution au cours du temps de cure, de la connectivité de la structure


poreuse d’une pâte de ciment (assimilée à des cylindres connectés entre eux) générée
par simulation numérique.
(a) La pâte de ciment vient d’être gâchée, les pores capillaires sont très interconnectés. (b) La pâte
de ciment est âgée de 28 jours, les connexions entre pores capillaires sont beaucoup moins nombreu-
ses [SCR 05].

47
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

3.8. La caractérisation de la microstructure


La caractérisation de la pâte de ciment hydratée est toujours une tâche difficile par-
ce qu’elle doit être décrite sur plusieurs ordres de grandeur en passant du nanomètre
au millimètre, voire au mètre pour le béton. Ainsi, sa description requiert une asso-
ciation de plusieurs techniques qui permettent une description généralement bidi-
mensionnelle qui pourront permettre parfois un passage à la connaissance de la
microstructure tridimensonnelle. Comme la microstructure est évolutive, on doit
essayer de privilégier, quand ceci est possible, des techniques non destructives.

4. CONCLUSION
L’hydratation du ciment est une somme de processus chimiques qui conduisent à
la transformation de phases anhydres en différentes phases hydratées. Ces trans-
formations chimiques s’accompagnent d’un ensemble de processus physiques qui
participent à la construction de la microstructure de la pâte de ciment. Les lois qui
gouvernent l’hydratation du ciment, c’est-à-dire l’évolution des phases anhydres
au contact de l’eau en phases hydratées, gouvernent de la même manière l’évolu-
tion des phases hydratées si elles sont mises en contact avec un milieu dans lequel
des phases moins solubles sont susceptibles d’exister selon les lois thermodyna-
miques rappelées dans ce chapitre. Dans le premier cas, les réactions entre des
grains en suspension concentrée dans une phase aqueuse conduisent rapidement
à la transformation partielle du produit de départ en phases hydratées et à la for-
mation d’un solide à microstructure complexe. Dans le second cas, c’est-à-dire
l’évolution d’une pâte de ciment durcie soumise à un environnement extérieur,
c’est à travers la surface externe et interne, la surface développée par les pores ca-
pillaires et les nanopores, que les différentes phases hydratées qui constituent le
solide massif vont être en interaction avec le milieu extérieur ; cette interaction
sera donc d’autant plus limitée que la porosité capillaire sera fermée ce qui est une
caractéristique de la microstructure. La durabilité du matériau est donc fortement
liée à la manière avec laquelle il a été élaboré.

48
L’hydratation des ciments

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49
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

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LIN L., DELVILLE A., CAILLOL J.-M., Van DAMME, H. – “A (NTV) Monte-Carlo
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[POW 48] POWERS T.C., BROWNYARD T.L. – Studies of the physical properties of
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[YOU 87] YOUNG J.F., HANSEN W. – In Mater. Res. Soc. Symp. Proc., 1987, p. 313.

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50
CHAPITRE 3

La structure poreuse des bétons


et les propriétés de transfert

J.-P. OLLIVIER, J.-M. TORRENTI

Résumé
La structure poreuse des bétons est constituée de pores capillaires et de pores
d’hydrates. Les pores capillaires, les plus gros, influencent fortement les proprié-
tés de transfert des bétons surtout lorsqu’ils sont interconnectés. Pour diminuer
la porosité capillaire et son interconnexion, il faut réduire le rapport E/C et soigner
la cure. La peau du béton est, en outre, particulièrement sensible au séchage pré-
coce, ce qui peut conduire lorsque la cure est insuffisante à un arrêt de l’hydrata-
tion très préjudiciable à l’obtention d’un béton de qualité.
La perméation et la diffusion ionique des bétons sont étudiées et les grandeurs
associées (perméabilité et coefficient de diffusion effectif) sont définies. La mesu-
re de ces grandeurs est délicate, car le domaine de validité des lois qui les défi-
nissent est limité. Dans la pratique, cela conduit à utiliser des protocoles de
mesure bien précis.
La perméabilité et le coefficient de diffusion des espèces ioniques (chlorures par
exemple) sont nettement améliorés lorsque la cure du béton est soignée. La
structure poreuse et les propriétés de transfert du béton, perméabilité et diffusion
des espèces chimiques, peuvent être améliorées en utilisant des additions miné-
rales ou des ciments binaires ou ternaires. Lorsque des additions sont utilisées,
leur effet n’est bénéfique que dans la mesure où la cure est suffisamment longue.
Mots-clés
AURÉOLE DE TRANSITION, BÉTON DE PEAU, CAPILLAIRES, COEFFICIENT DE DIFFUSION,
CURE, DIFFUSION, PERMÉABILITÉ, POROSITÉ, SÉCHAGE.

51
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

1. INTRODUCTION
La durabilité du béton est en grande partie fonction de la difficulté qu’ont les
agents agressifs à pénétrer dans le réseau poreux du béton.
Dans ce chapitre nous présenterons en premier lieu la structure poreuse des bé-
tons. Deux grandeurs physiques permettent de caractériser l’aptitude des bétons à
résister à l’intrusion des agents agressifs : la perméabilité et la diffusion. Ces deux
grandeurs correspondent à deux mécanismes bien distincts de transport de matiè-
re : la perméabilité décrit un écoulement qui se produit sous gradient de pression
et la diffusion un transport à l’échelle moléculaire sous gradient de concentration.
Nous présenterons les lois qui relient ces deux grandeurs aux caractéristiques po-
reuses des matériaux. C’est grâce à elles que l’ingénieur peut trouver des moyens
d’action, moyens qui concernent le choix des composants, la formulation et les
conditions d’hydratation.
Parmi ces moyens, nous présenterons ceux offerts grâce à la diversité des ciments
en étudiant le rôle des additions minérales. Nous montrerons aussi l’importance
de la qualité de la cure.
Le transport de matière à travers le réseau poreux des bétons dépend aussi de l’état
d’humidité du matériau. Par exemple les espèces ioniques ne peuvent diffuser
dans le béton que par le liquide interstitiel contenu dans les pores alors que le
dioxyde de carbone diffuse beaucoup plus vite dans l’air que dans l’eau. Nous ter-
minerons donc ce chapitre par une présentation du séchage du béton.
Dans certaines dégradations, le transport de matière reste en grande partie interne
au béton (cas de gel-dégel par exemple) : même dans ce cas, les dégradations sus-
ceptibles d’affecter le béton sont surtout dépendantes des possibilités de transfert
interne. Nous montrerons au chapitre 10 qu’une bonne durabilité aux cycles de
gel dégel est assurée par la réalisation d’un réseau de bulles d’air approprié.

2. STRUCTURE POREUSE DES BÉTONS


Dans le chapitre 4 il est montré que les agressions chimiques résultent du désé-
quilibre entre la solution interstitielle contenue dans les vides de la structure po-
reuse du béton et son environnement. La durabilité du béton est ainsi intimement
liée à ses capacités d’échanges avec le milieu l’extérieur qui sont conditionnées
par la nature des phases en présence, mais aussi par les caractéristiques de sa
structure poreuse. La recherche d’une forte compacité sera toujours une condition
nécessaire pour une bonne durabilité. Le béton étant un matériau composite asso-
ciant une phase granulaire et une phase liante, sa structure poreuse dépend de l’ar-
rangement granulaire et de la structuration de la phase liante. Concevoir un béton
durable consistera donc à optimiser le squelette granulaire et à rechercher une

52
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

phase liante dense, ceci en conciliant les autres impératifs de fabrication, notam-
ment des propriétés à l’état frais compatibles avec les moyens de mise en œuvre.
2.1. Définitions et caractérisation de la structure poreuse des bétons
2.1.1. Description de la structure poreuse d’un matériau, définitions
Le béton est un matériau polyphasique. Il est composé d’une phase solide, d’une
phase liquide et d’une phase gazeuse. Le solide est constitué des granulats, des
hydrates et des parties du liant non hydratées. La phase liquide est la solution in-
terstitielle et la phase gazeuse est un mélange d’air et de vapeur d’eau.
Schématiquement, le béton, matériau poreux, peut être représenté selon la
figure 3.1.

Vides ouverts interconnectés

Vides ouverts non interconnectés

Solide

Vides fermés
Volume apparent
Figure 3.1 : description schématique d’un matériau poreux.

Pour décrire un solide poreux, on définit les grandeurs suivantes :


– Va, le volume apparent contenu dans l’enveloppe du matériau ;
– vs, le volume de la partie solide du matériau ;
– vo, le volume des pores « ouverts », c’est-à-dire communicant avec l’extérieur;
– vo,i, le volume des pores ouverts interconnectés à travers lesquels un fluide
peut traverser le matériau ;
– vo,ni, le volume des pores ouverts non interconnectés ;
– vf, le volume des pores fermés.
On peut écrire les relations suivantes entre ces volumes :
Va = vs + v
où v = vo + vf et vs = vo,i + vo,ni

53
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

On définit également des porosités en rapportant les volumes de vides au volume


apparent :
v o, i
– porosité ouverte interconnectée : p o, i = --------
-;
Va
v o, ni
– porosité ouverte non interconnectée : p o, ni = ----------- ;
Va
v
– porosité ouverte : p o = -----o- = p o, i + p o, ni ;
Va
v
– porosité fermée : p f = -----f- ;
Va
v- = p + p .
– porosité (totale) : p = -----
Va o f

À titre d’exemple, la porosité d’un béton courant est de l’ordre de 15 % à 28 jours,


celle d’un béton à hautes performances de 10 à 12 % et celle d’un béton à très hau-
tes performances peut varier entre 7 et 9 %.
Les différentes propriétés d’usage des bétons dépendent des porosités définies
ci-dessus. En particulier la durabilité est associée à la porosité ouverte et, plus
particulièrement, à la porosité ouverte interconnectée qui autorise la pénétra-
tion des agents agressifs extérieurs dans le béton.
L’état d’humidité du béton peut être caractérisé par deux grandeurs :
m
– la teneur en eau, w = -----e- , où me est la masse d’eau liquide contenue dans le
ms
béton et ms la masse du béton sec;
v
– le degré de saturation, s = ----e- , où ve est le volume d’eau contenu dans les
vo
vides ouverts.
Pour caractériser la géométrie d’un réseau poreux d’un matériau on utilise aussi
trois notions :
– la tortuosité T, définie par Carman [CAR 35] comme le carré du rapport entre
la longueur moyenne de l’écoulement dans le milieu poreux Le à la longueur du
matériau mesurée dans la direction macroscopique de l’écoulement L :
L 2
T = -----e- .
2
L

54
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

La tortuosité n’est pas mesurable, car il n’est pas possible de mesurer la longueur
Le mais elle peut être calculée dans certains cas simples (sphères empilées de
même diamètre). Dans un milieu poreux, elle est comprise entre 1 et 3 [DUL 79].
Dans les milieux homogènes isotropes, T est une fonction de la porosité ouverte
et peut être prise entre 1 et 3 . Pour la plupart des arrangements compacts, T est
proche de 1,15 [BRA 74] ;
– la constrictivité δ est un paramètre qui rend compte de façon qualitative de la
variation de section qu’offrent les pores à l’écoulement (δ < 1). Elle peut être
définie par le rapport entre la plus grande et la plus petite section efficace. Dans
des arrangements compacts de sphères identiques isotropes, δ est proche de 0,75
[BRA 74] ;
σ
– le facteur de formation F [DUL 79], défini selon la relation F = ------ où σ est
σe
la conductivité électrique de la solution interstitielle contenue dans le milieu
poreux et σe la conductivité électrique du même milieu poreux saturé par cette
solution. Le facteur de formation est relié à la porosité ouverte et à la tortuosité T
pδ- .
du réseau poreux par la relation : --1- = -----
F T
Les grandeurs que nous venons de définir permettent de caractériser globalement
(macroscopiquement) un matériau poreux. Les propriétés de transfert des maté-
riaux (perméabilité, diffusion des ions) dépendent de la porosité, mais elles sont
aussi influencées par la taille des pores et leur connexion.
La connexion des pores peut être décrite au moyen de la théorie de la percolation.
2.1.2. Théorie de la percolation : un outil pour décrire la connexion
des pores
Dans la théorie de la percolation, le milieu est modélisé par un réseau géométrique
régulier, par exemple une structure 2D carrée (figure 3.2). Les éléments de l’es-
pace (liens ou sites) sont occupés de façon aléatoire avec une probabilité p. Par
exemple sur la figure 3.2a, chaque lien, peut représenter un pore avec ici une pro-
babilité de présence de 0,2. Au-delà d’une certaine probabilité pc appelée seuil de
percolation, un amas continu de liens se forme dans le réseau. La proportion γp
des éléments appartenant à l’amas continu est donnée par la figure 3.2c.
En dessous du seuil de percolation, il n’existe pas d’amas continu de liens, le
transport de fluide à travers les pores du matériau n’est pas possible car le réseau
n’est pas interconnecté. Le seuil de percolation correspond au passage d’un réseau
« non conducteur » à un réseau macroscopiquement « conducteur ». Au-dessus

55
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

du seuil de percolation, la fraction des pores appartenant à l’amas continu varie


β
selon la relation : γ p = ( p – p c ) . La valeur du seuil de percolation dépend de la
géométrie du réseau des liens (plus il est interconnecté, plus le seuil est petit),
mais l’exposant β en est indépendant, il ne dépend que de la dimension de l’espa-
ce (0,41 en 3D par exemple).

0,6
0,5
0,4

Y(p)
0,3

0,2
Pc = 0,25
0,1

0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6
Percolation de liens Percolation de sites P

(a) (b) (c)

Figure 3.2 : illustration de la percolation de liens et de sites, variation de la fraction des


pores interconnectés en fonction de leur probabilité d’occurrence, d’après [DAÏ 93].
Le seuil de percolation dépend de la géométrie du réseau considéré. Il est égal à 0,25 avec le réseau
bidimensionnel de la figure. Si on considère un réseau tridimensionnel de sphères tangentes de deux
types (conductrices et isolantes par exemple), le seuil de percolation à travers un des deux types de
sphères (conductrices par exemple) dépend de la géométrie de l’empilement. Par contre, on peut
montrer que la densité critique représentant la fraction de l’espace occupée par ces sphères conduc-
trices est une constante indépendante de la géométrie de l’empilement. Elle est voisine de 15 %
[SCH 70].

2.1.3. L’eau libre dans les bétons, équilibre avec l’air humide
Dans l’air humide, les surfaces solides sont couvertes de molécules d’eau : c’est
le phénomène d’adsorption.
Dans tout milieu gazeux, les solides fixent temporairement des molécules gazeu-
ses selon deux types d’interactions :
– par des liaisons chimiques, c’est l’adsorption chimique ;
– par des liaisons intermoléculaires de Van der Waals, c’est l’adsorption physi-
que.
Lorsque l’espèce adsorbée se trouve en équilibre avec la phase gazeuse, sa con-
centration superficielle sur un solide dépend de la nature du gaz et du solide ainsi
que de la pression du gaz (ou de la pression partielle de la vapeur d’eau dans le
cas de l’air humide) et de la température. À température fixée, le nombre de cou-
ches de molécules de vapeur d’eau adsorbées sur la surface d’un solide dans l’air
humide est une fonction croissante de la pression partielle de l’eau, donc de l’hu-

56
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

midité relative. Les énergies de liaison (d’adsorption) de ces diverses couches


d’eau diminuent avec la distance au solide, ce qui limite la quantité d’eau fixée.
Le tracé des isothermes de sorption permet de décrire ce phénomène. Dans les po-
res des matériaux poreux, les résultats diffèrent de ceux obtenus sur solides lisses:
au-delà d’une certaine humidité, l’augmentation de l’épaisseur des couches d’eau
adsorbées conduit à une condensation de l’eau dans les pores, c’est la condensa-
tion capillaire. Si θ est l’angle de raccordement entre l’eau et le solide, la relation
entre l’humidité relative ψ et le rayon r des pores dans lesquels la vapeur d’eau se
condense est donnée par l’équation de Kelvin-Laplace :
– 2 σM cos θ
ln ψ = ---------------------------- (1)
rRTρ 1
où M est la masse molaire de l’eau, ρl sa masse volumique à l’état liquide, σ sa
tension superficielle, R la constante des gaz parfaits et T la température absolue.
La figure 3.3 illustre la relation entre le rayon des pores emplis d’eau liquide à
20 °C et l’humidité relative de l’air.

10–1

– 1,079 . 10–3
U —P § à 20 °C
Rayon de pores (μm)

ln <
10–2

10–3

10–4
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Humidité relative de l'air < (%)
Figure 3.3 : rayon des pores emplis d’eau à 20 °C en fonction de l’humidité relative
de l’air, d’après [DAÏ 93].
Dans un béton à l’équilibre à la température de 20 °C avec de l’air à 60 % d’humidité relative les pores
de rayon inférieur à 2 nm sont saturés en eau.

La forme des isothermes de sorption est modifiée lorsque la condensation capil-


laire se produit. Comme le montre la figure 3.4, un phénomène d’hystérésis peut
être observé entre l’adsorption (à hygrométrie croissante) et la désorption (à
hygrométrie décroissante). L’hystérésis est fréquemment expliquée par la forme
géométrique des pores, des vides étant connectés à leurs voisins par des cols de
taille inférieure.

57
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

300

Teneur en eau (kg/m3)


200

100

0 20 40 60 80 100
H.R. (%)

Figure 3.4 : isotherme de sorption-désorption avec hystérésis, d’après [KAM 88].

Après la cure, le béton se met à l’équilibre avec l’air humide dans lequel il se trou-
ve. Le séchage du béton est présenté dans la dernière partie de ce chapitre 3. Il
entraîne des départs d’eau et la formation de ménisques de raccordement dans les
pores entre l’eau et l’air. Des tensions capillaires variables avec la taille des mé-
nisques sont créées et engendrent des contraintes responsables du retrait. Ces phé-
nomènes sont décrits dans le chapitre 5 et ses conséquences sur la fissuration dans
le chapitre 6.
L’eau contenue dans les pores du béton est aussi appelée « eau libre » pour la dis-
tinguer de l’eau liée chimiquement dans les hydrates. Il convient toutefois de no-
ter qu’il ne s’agit pas d’eau à proprement parler mais d’une solution interstitielle
contenant de nombreuses espèces ioniques (voir la figure 9.5).
La quantité d’eau liquide dans le béton dépend à la fois de la structure poreuse
du béton et de l’humidité relative de l’air dans lequel il se trouve. La présence
d’eau liquide dans les pores du béton joue un rôle important dans les possibilités
de transfert car elle favorise la pénétration des espèces ioniques alors qu’elle
s’oppose à la pénétration des gaz.
2.1.4. Les méthodes de caractérisation de la structure poreuse
des bétons
La structure poreuse des bétons est complexe et les méthodes de caractérisation
sont nombreuses. Les vides dans les bétons sont ouverts et interconnectés et on
peut donc confondre la porosité avec la porosité ouverte et la porosité ouverte in-
terconnectée. La méthode de mesure la plus utilisée est celle de la « porosité ac-
cessible à l’eau » qui consiste à saturer le matériau sous vide. Le volume apparent
est déterminé au moyen d’une pesée hydrostatique, et le volume des vides est ob-
tenu par différence entre la masse de l’échantillon saturé et celle mesurée après

58
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

séchage. La méthode fait l’objet d’une recommandation qui fixe en particulier la


taille minimale de l’échantillon et les modalités du séchage [AFR 97]. En prati-
que, il faut éviter de comptabiliser sous forme d’eau libre la partie de l’eau chimi-
quement liée qui correspond à la déshydratation partielle des hydrates tout en
n’imposant pas une durée de séchage excessive.
La détermination de la taille des pores est beaucoup plus complexe. L’espace po-
reux est continu, et il n’est pas évident de le décrire par un assemblage de pores
ayant des formes géométriques simples. En pratique, les méthodes de mesure font
appel à différents principes, et à chacune d’elles correspond une convention pour
la définition du pore et de sa taille. Trois méthodes sont principalement utilisées
pour caractériser la structure poreuse des bétons.
La première repose sur l’exploitation des isothermes de sorption d’eau. Elle sup-
pose qu’il y a coexistence d’eau liquide condensée dans les pores et d’eau adsor-
bée sur les parois des pores. La distribution de la taille des pores est obtenue à
partir de courbe de désorption en faisant l’hypothèse que les pores sont cylindri-
ques, que le rayon des pores emplis d’eau est donné par la relation de Kelvin-La-
place et que les pores sont recouverts d’une couche d’eau dont l’épaisseur varie
avec l’humidité relative. Cette méthode est particulièrement utilisée pour caracté-
riser les pores dont le rayon est de l’ordre de la dizaine de nm.
La deuxième méthode utilise l’analyse d’images. Des images numériques de sec-
tions polies de béton obtenues généralement en microscopie électronique à balaya-
ge (en mode d’électrons rétrodiffusés comme à la figure 3.10 par exemple) sont
analysées. Grâce à des traitements morphologiques et aux outils de la stéréologie,
des données tridimensionnelles sont obtenues à partir de l’observation des sections
en 2D. Toutes les mesures effectuées sur une section polie n’ont pas une correspon-
dance simple avec des grandeurs en 3D (il suffit pour s’en convaincre d’imaginer
une coupe traversant un matériau granulaire ; les dimensions de grains mesurées
dans le plan de coupe ne permettent pas simplement de connaître la dimension des
grains en 3D). La porosité est par contre une grandeur facile à connaître, puisqu’elle
est égale à la fraction surfacique des vides observée sur une coupe [UND 68]. De-
puis les travaux de Scrivener [SCR 88], cette méthode est aussi utilisée pour con-
naître les teneurs volumiques des différents hydrates et les degrés d’hydratation.
Par contre, la dimension des pores ne se mesure pas facilement en analyse d’ima-
ges. Il faudrait pour cela disposer d’images à fort grandissement, car les plus petits
pores des hydrates sont de l’ordre du nanomètre. En pratique, cette méthode est peu
adaptée à l’étude de la structure poreuse des bétons, car elle nécessite des quantités
d’images considérables pour disposer d’une représentation significative. En outre,
la taille des pores n’est pas uniforme dans le béton, car, comme cela sera discuté
plus loin, les granulats sont entourés d’une zone plus poreuse appelée « auréole de

59
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

transition ». L’analyse d’image peut toutefois fournir des informations utiles si on


limite l’investigation aux pores les plus gros.
La troisième méthode, la plus utilisée, est la porosimétrie au mercure. Un échan-
tillon préalablement séché est soumis à des pressions croissantes de mercure. Ce
liquide non mouillant pénètre progressivement dans le matériau. Si on suppose
que les pores sont des cylindres, la loi de Washburn exprime la relation entre la
pression d’injection P et le rayon des pores r emplis :
2σ Hg cos θ
P = ------------------------- (2)
r
σHg est la tension superficielle du mercure (environ 0,48 N/m) et θ son angle de
raccordement (environ 140 degrés).
Cette méthode nécessite un séchage préalable de l’échantillon qui risque de mo-
difier sa microstructure. La comparaison de données issues de protocoles diffé-
rents est donc délicate et pour faciliter les comparaisons, l’Association française
de génie civil a proposé une recommandation pour la préparation des échantillons
[AFG 07]. Comme pour les méthodes précédentes, il est nécessaire de disposer
d’un échantillon dont la taille est suffisante pour être représentative. Ce n’est pas
aisé avec les porosimètres disponibles dans le commerce, car les cellules de me-
sure sont très petites et ne permettent d’étudier que des échantillons de
quelques cm3. En plus de ces réserves, il faut mentionner plusieurs limitations à
cette méthode. La première concerne la taille minimale des pores accessibles. En
général, compte tenu des pressions maximales disponibles, le diamètre minimal
accessible est de 3 nm. La pression correspondante, de l’ordre de 490 MPa, en-
dommage vraisemblablement le matériau, et les volumes de pores mesurés sont
sujets à discussion. De plus, le modèle de description de la structure poreuse est
celui d’un ensemble de cylindres accessibles au mercure depuis la périphérie du
matériau. Il est évident que tous les plus gros pores ne communiquent pas avec
l’extérieur et ne sont accessibles au mercure que par des pores plus petits. Le vo-
lume des pores les plus gros est donc sous-évalué au bénéfice des plus petits po-
res. On peut considérer que le porosimètre à mercure donne une information sur
le diamètre d’accès aux pores. Des méthodes ont été développées pour mieux ren-
dre compte de la réalité de la structure poreuse. Elles consistent à exploiter la
courbe d’injection et la désaturation du mercure dans l’échantillon à pression dé-
croissante. Dans la pratique courante de la description de la structure poreuse des
bétons, ces méthodes ne sont que rarement utilisées.
La comparaison de données montre que les résultats varient beaucoup selon la
méthode utilisée. Par exemple, la figure 3.5 illustre les différences entre analyse
d’images et porosimétrie au mercure. La première méthode est limitée à des

60
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

tailles de pores de l’ordre du micromètre à cause des grandissements maximaux


utilisables en microscopie à balayage, mais on remarque bien que la porosimétrie
au mercure surévalue fortement le volume des petits pores. Dans ce qui suit, les
structures poreuses seront caractérisées au moyen du porosimètre à mercure, car
le domaine de taille des pores obtenu par cette méthode est le plus étendu, et les
données sont plus nombreuses dans la littérature scientifique. Il faut toutefois
conserver en mémoire que la représentation donnée par cette méthode comporte
de nombreux biais et qu’il convient de les analyser de façon comparative. Nous
montrerons dans la troisième partie de ce chapitre que la description de la struc-
ture poreuse par porosimétrie au mercure est pertinente pour la prédiction des
transferts dans le béton.
0,20
Volume des pores cumulé (cm3/g)

E/C = 0,40, 28 jours

0,15
Porosimétrie au mercure
Analyse d'images

0,10

0,05

0,00
– 0,01 – 0,1 –1 1 10 100 1 000
Diamètre (μm)

Figure 3.5 : structure poreuse d’une pâte de ciment Portland (E/C = 0,40, 28 jours).
Comparaison entre les données de porosimétrie au mercure et d’analyse d’images,
d’après [DIA 94].

Le porosimètre à mercure permet aussi d’évaluer la porosité ouverte, le volume


des vides ouverts étant calculé par le volume total de mercure injecté dans
l’échantillon à haute pression. Les valeurs obtenues ainsi sont systématiquement
inférieures à celles mesurés à l’eau [BAR 01, GAL 01]. Ce résultat est générale-
ment expliqué par le fait que le porosimètre à mercure ne comptabilise pas les très
petits pores car la pression maximale appliquée est limitée alors que tous les pores
sont en principe accessibles à l’eau.
2.2. Structure poreuse de la pâte de ciment
2.2.1. Le modèle de Powers
Le modèle de Powers [POW 46] décrit l’évolution des fractions volumiques des
hydrates, des anhydres, de l’eau et des pores au cours de l’hydratation. Ce modèle

61
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

a été développé pour les ciments de type CEM I. La microstructure poreuse d’une
pâte de ciment peut être classiquement décrite en distinguant deux familles de po-
res (distribution bi-modale) comme le montre la figure 3.6 :
– les pores capillaires (les plus gros). Ce sont les vestiges, à un moment donné
de l’hydratation, des espaces intergranulaires de la pâte initialement emplis
d’eau ;
– les pores des hydrates (les plus petits). Ils se forment à l’intérieur des hydrates.
40

Pores des hydrates


30
Pores capillaires
(%)

20
' log d
' po

E/C = 0,80

10

0
1 10 102 103
Diamètre des pores (en nm)

Figure 3.6 : mise en évidence, par porosimétrie mercure, des pores capillaires
et des pores des hydrates, d’après [VER 68].
Les pores de plus grande taille (ici environ 0,5 µm) sont les vestiges des espaces granulaires et les
pores les plus petits (ici environ 10 nm) constituent la microporosité des hydrates. Les courbes de fré-
quence porosimétrique permettent de visualiser la répartition en volume des pores d’un matériau po-
reux. La porosité ouverte po du matériau est mesurée par l’aire sous-tendue par la courbe. La porosité
correspondant à une famille de pores particulière est mesurée par l’aire sous-tendue par la courbe
entre les deux diamètres limites de la famille considérée.

Pendant l’hydratation, lorsqu’un volume de ciment vc réagit, il se forme un volu-


me d’hydrate vh plus important : vh = 2,13 vc. Les espaces compris entre les grains
de ciment, initialement emplis avec l’eau de gâchage, se comblent donc progres-
sivement et la porosité diminue.
L’avancement des réactions d’hydratation est décrit par le degré d’hydratation :
mc ( t ) mc( t )
α ( t ) = ------------
- = -----------
- (3)
mc( 0 ) C
où mc(0) la masse de ciment initiale et mc(t) est la masse de ciment anhydre à l’ins-
tant t.

62
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Powers fait l’hypothèse que la porosité des hydrates est indépendante du degré
d’hydratation et du rapport E/C. Elle est constante et égale à 28 %. En outre, au
cours de l’hydratation le volume absolu des hydrates est inférieur à la somme des
volumes absolus du ciment et de l’eau qui se combinent pour les former :
volume des hydrates = 0,9 (volume ciment anhydre + volume d’eau).
Il en résulte une contraction qui a été mise en évidence par Le Chatelier [LEC 04]
au moyen de l’expérience décrite à la figure 3.7. Lorsque la contraction se produit
avant la prise, le volume apparent de la pâte diminue. Après prise, la pâte se struc-
ture et devient moins déformable. La contraction se manifeste par un autre effet :
les petits pores des hydrates néoformés drainent l’eau des capillaires où il se for-
me des espaces vides : il y a autodessiccation de la pâte. Une conséquence impor-
tante de ce phénomène est le retrait endogène qui est présenté au chapitre 5.

Niveau de la Avant Après


pâte de ciment
dans les flacons

'V = volume d'eau qui a


'V
pénétré dans la pâte

Avant Après
Figure 3.7 : mise en évidence de la contraction Le Chatelier et du gonflement,
d’après [AÏT 01].
Dans le flacon où la pâte de ciment hydraté n’est pas recouverte d’eau, la pâte de ciment s’est con-
tractée au bout de quelques jours et n’occupe plus la totalité de la base du vase. Le Chatelier en con-
clut que le volume apparent de la pâte de ciment diminue en durcissant sans qu’elle ne perde de
masse. Par contre, dans le flacon où la pâte de ciment est recouverte d’eau, une baisse progressive
du niveau de l’eau dans le col du flacon est constatée avant que le flacon n’éclate suite au gonflement
de la pâte de ciment. Le Chatelier en conclut qu’en s’hydratant le volume absolu diminue (baisse du
niveau de l’eau dans le col du flacon) mais que, simultanément, le volume apparent de la pâte de ci-
ment hydraté augmente jusqu’à provoquer l’éclatement du flacon. Il avoua très honnêtement être in-
capable d’expliquer les raisons de ce gonflement. Cent ans plus tard, on n’est guère beaucoup plus
avancé pour expliquer ce phénomène de gonflement.

63
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Le modèle de Powers considère enfin les conditions d’arrêt de l’hydratation d’une


pâte de ciment. Elle peut s’arrêter lorsque toute l’eau capillaire est consommée ou
lorsque tout le ciment est hydraté. À partir de ces hypothèses, il est possible de cal-
culer les fractions volumiques en présence en fonction du degré d’hydratation, du
rapport E/C de gâchage et pour deux types de conditions d’hydratation : en l’ab-
sence ou en présence d’eau extérieure [JEN 00]. Les résultats, illustrés à la
figure 3.8, mettent en évidence un seuil critique du rapport E/C. Pour un rapport
E/C égal à 0,42 théoriquement, le ciment peut s’hydrater complètement, et il ne
subsiste plus de porosité capillaire à hydratation complète. Pour des quantités
d’eau supérieure, la pâte complètement hydratée contient encore des pores capil-
laires alors que si le rapport E/C est inférieur à 0,42, le ciment ne peut pas s’hydra-
ter complètement. Si de l’eau extérieure est disponible lors de l’hydratation le seuil
est légèrement modifié, il est égal à 0,35 (voir la figure 3.9).
E/C = 0,60 E/C = 0,42 E/C = 0,30 Dessiccation de la pâte
1 Pores Autodes- 1 Autodes- de ciment hydratée
Pores 1
siccation siccation Pores
Eau des capillaires Eau des capillaires Eau des
capillaires Eau du "gel"
Eau du "gel"
Eau du "gel"

Vol. Vol. Vol. "Gel" solide


"Gel" solide
"Gel" solide

Ciment Ciment
Ciment

0 D 1 0 D 1 0 D DD 1

Figure 3.8 : évolution des quantités de produits en cours d’hydratation, cas où


l’hydratation se déroule sans apport d’eau extérieure, d’après [JEN00].
La formation d’hydrates en cours d’hydratation comble progressivement la porosité capillaire. En deçà
du rapport E/C = 0,42, la totalité du ciment ne peut pas s’hydrater par manque d’eau, par contre, avec
les bétons courant de rapport E/C > 0,42, tout le ciment peut s’hydrater et il subsiste de la porosité
capillaire en fin d’hydratation.
E/C = 0,35
Source d'eau extérieure

1
Eau des capillaires

Eau du "gel"

Vol.
"Gel" solide

Ciment

0 D 1

Figure 3.9 : évolution des quantités de produits en cours d’hydratation,


cas où l’hydratation se déroule avec apport d’eau extérieure, d’après [JEN 00].
Pour un rapport E/C de gâchage égal à 0,35, il ne subsiste que des hydrates à hydratation complète.
La porosité capillaire est nulle et la porosité totale est égale à 0,28, valeur de la porosité des hydrates.

64
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Ces rapports « seuil » sont différents de la valeur stœchiométrique des réactions


d’hydratation qui est voisine de 0,25. Cette dernière ne tient compte que de l’eau
combinée chimiquement dans les hydrates. Elle est insuffisante pour hydrater le
ciment, puisque les hydrates sont poreux et que leurs pores emprisonnent de l’eau
qui n’est pas disponible pour l’hydratation.
Il faut garder à l’esprit que l’hydratation complète des grains de ciment les plus
gros peut prendre plusieurs dizaines d’années. Ainsi, même avec un rapport E/C
supérieur aux seuils, il est très difficile d’obtenir une hydratation complète du ci-
ment dans les bétons d’ouvrages (figure 3.10).

Figure 3.10 : microstructure du béton du pont de l’île de Ré à long terme


(E/C = 0,38, 14 ans), d’après [BAR 05].
Les parties du ciment non hydraté apparaissent en gris clair sur la vue en microscopie électronique
(mode d’électrons rétrodiffusés), les hydrates sont en gris moyen, les granulats en gris sombre et les
microfissures en noir. Malgré un rapport E/C supérieur au seuil de 0,35, le ciment au cœur de l’ouvra-
ge n’est pas complètement hydraté après 14 ans de vieillissement.

2.2.2. Description de la structure poreuse des pâtes de ciment Portland


(type CEM I), influence du rapport E/C et de l’âge
L’influence de la teneur en eau sur la structure porosimétrique est indiquée par les
courbes cumulées de la figure 3.11 : à l’âge de 28 jours, les pores capillaires de
dimension supérieure à 100 nm ne subsistent plus que dans les pâtes gâchées avec
des rapports E/C supérieurs à 0,50.
Les courbes cumulées de la figure 3.12 renseignent sur l’évolution de la structure
poreuse au cours du temps : diminution de la porosité interconnectée, existence
d’une porosité capillaire à long terme pour une teneur en eau de gâchage corres-
pondant à un rapport E/C de 0,70.

65
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Porosité capillaire Pores des hydrates


0,5

E/C
0,4
Volume empli (cm3/g)

0,3
0,4
0,5
0,3
0,6
0,7
0,8
0,2
0,9

0,1

0,0
0

0
0

40 0
0

5
5
0

10
0
0

30
40
80

50
60

20

7
15
60

20
00

50
80

15

4,
12
10
30
1

Diamètre des pores (nm)

Figure 3.11 : influence du rapport E/C sur l’évolution porosimétrique de pâtes


de ciment Portland âgées de 28 jours, d’après [MEH 80].
Les valeurs des volumes portés en ordonnées sont rapportées à l’unité de masse du solide des pâtes
de ciment et exprimées en cm3/g. Les masses volumiques apparentes des pâtes varient à 28 jours
en fonction du rapport E/C. Elles sont données ci-après :
Rapport E/C 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9
Masse volumique
1,89 1,65 1,50 1,26 1,18 1,09 0,91
apparente (g/cm3)
La répartition de taille des pores est représentée sous la forme d’une courbe cumulée indiquant en
ordonnées, pour un diamètre de pore donné en abscisses, le volume total des pores d’une dimension
supérieure ou égale à ce diamètre. Les courbes cumulées mettent en évidence :
– la diminution de la porosité ouverte avec le rapport E/C;
– la diminution de la taille maximale des pores avec le rapport E/C (aussi appelée diamètre critique et
donnée par l’abscisse à l’origine).

La figure 3.11 semble contredire les conclusions du modèle de Powers qui montre
que la porosité capillaire n’existe plus à hydratation complète que pour des rap-
ports E/C inférieurs à 0,42 (conditions des essais rapportés ici). Au-dessus de ce
seuil, pour un rapport E/C de 0,50, la figure ne montre néanmoins plus de porosité
capillaire à 28 jours, âge pour lequel l’hydratation est loin d’être achevée. En fait,
cette contradiction n’est qu’apparente et cette différence met en évidence un autre
phénomène important : la connectivité des pores capillaires. Comme indiqué au
paragraphe 2.1.3, les plus gros pores (les pores capillaires dans le cas d’un maté-
riau cimentaire) ne sont accessibles au mercure à la pression correspondant à leur
taille que s’ils sont interconnectés et s’ils communiquent avec l’extérieur. Dans le

66
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

cas de la pâte de rapport E/C = 0,50 âgée de 28 jours, les pores capillaires prédits
par le modèle de Powers ne sont plus interconnectés et ils sont emplis de mercure
à des pressions plus élevées qui correspondent au remplissage des pores d’hydra-
tes. Cette interprétation est confirmée par les résultats de la figure 3.5 obtenus par
analyse d’images et qui montrent la subsistance de pores capillaires au même âge
avec un rapport E/C plus faible.
0,5

E/C = 0,70
28 jours
Volume empli (cm3/g)

0,4
90 jours
1 an
0,3
Dc

0,2

0,1

0,0
0

0
0

0
0

5
5
0

10
0
0

30
40
80

50
60

20

7
15
60

20
00

50
80

15

4,
12
10
40
30
1

Diamètre des pores (nm)


Figure 3.12 : influence de la durée de l’hydratation sur l’évolution porosimétrique
d’une pâte de ciment Portland de rapport E/C = 0,7, d’après [MEH 80].
La masse volumique apparente de la pâte de ciment gâchée à E/C = 0,7 varie avec l’âge. Elle vaut
1,18 g/cm3 à 28 jours et 1,24 g/cm3 à 90 jours et 1 an.
Entre 90 jours et 1 an, la taille des pores évolue peu, et sa valeur maximale, représentée par le dia-
mètre critique Dc, reste élevée en raison de la forte valeur du rapport E/C.

L’interconnexion des pores capillaires est une caractéristique importante, car elle
influence les possibilités de transfert dans le béton. Selon que les pores capillaires
sont ou non interconnectés, la dimension des chemins de pénétration des espèces
agressives est fortement modifiée.
Powers avait déjà discuté ce point sur la base de mesures de perméabilités. Ses
résultats sont discutés au paragraphe 3. L’agencement des pores capillaires dans
les pâtes de ciment a été étudié au NIST [BEN 91] grâce au modèle d’hydratation
CEMHYD3D. La figure 3.13a montre la variation de fraction des capillaires in-
terconnectés en fonction du degré d’hydratation pour différents rapport E/C. En
transformant ces données en fonction de la porosité capillaire (figure 3.13b), une
courbe unique est obtenue. L’interconnexion des pores capillaires ne dépend que
de la porosité capillaire. En dessous d’une porosité capillaire de 18 % les pores
capillaires ne sont plus interconnectés. Cette valeur limite correspond à un seuil

67
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

de percolation et elle est voisine de la densité critique [SCH 70] (voir la discus-
sion, figure 3.2).
Fraction interconnectée

Fraction interconnectée
1,0 1,0

0,8

0,6 0,6
E/C = 0,35
E/C = 0,45 E/C = 0,35
0,4 E/C = 0,50 0,4 E/C = 0,45
E/C = 0,60 E/C = 0,50
E/C = 0,70 E/C = 0,60
0,2 0,2 E/C = 0,70

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 0 0,2 0,4 0,6
Degré d'hydratation Porosité capillaire
(a) (b)
Figure 3.13 : interconnexion du réseau des pores capillaires [BEN 91].
La figure (a) montre que, pour des pâtes gâchées avec un rapport E/C supérieur au seuil critique de
0,42, les pores capillaires peuvent être segmentés pour des degrés d’hydratation inférieurs à 1. Ils ne
sont alors plus identifiés au porosimètre à mercure. Plus le rapport E/C augmente, plus le degré d’hy-
dratation conduisant à la segmentation des capillaires est élevé.
La figure (b) montre que la segmentation des capillaires est assurée dès que la porosité capillaire est
inférieure à 18 %. Cette valeur est voisine de la densité critique, 15 %, qui assure la percolation dans
le matériau (voir la figure 3.2).

La figure 3.14 illustre l’influence du rapport E/C et du degré d’hydratation sur


l’interconnexion des capillaires. Pour des rapports E/C supérieurs à 0,7, la poro-
sité capillaire est toujours interconnectée. Les transferts dans ces matériaux ont
donc toujours lieu à travers un système interconnecté de pores capillaires quel que
soit le degré d’hydratation donc quel que soit l’âge. La norme sur les bétons NF
EN 206-1 prévoit des valeurs limites du rapport E/C d’autant plus faibles que les
environnements sont plus sévères. La valeur limite la plus élevée, qui correspond
donc à l’environnement le moins agressif, est égale à 0,65. Dans ce cas on admet
donc que les transferts puissent se produire à travers la porosité capillaire mais dès
que l’agressivité des environnements augmente les valeurs limites diminuent. Par
exemple dans une exposition chimiquement très agressive (classe XA3 de la nor-
me NF EN 206-1), le rapport E/C1 limite est 0,45. La figure 3.14 montre que dans
ce cas la porosité capillaire n’est plus continue dès 60 % d’hydratation.

1. La norme NF EN 206-1 fixe des valeurs seuils sur le rapport E/liant équivalent. Dans la mesure
où ne traitons pas dans cette partie du rôle des additions minérales, nous assimilerons liant équiva-
lent et ciment et nous indiquerons des rapports E/C pour plus de clarté.

68
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

1,0

0,9

0,8
Porosité capillaire
segmentée
Degré d'hydratation 0,7

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2
Porosité capillaire
0,1 interconnectée

0,0
0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7
Rapport E/C

Figure 3.14 : influence du rapport E/C et du degré d’hydratation sur la continuité


des pores capillaires, d’après [POW 59].
Lorsque le degré d’hydratation est supérieur à 0,7, les pores capillaires sont toujours reliés entre eux.
Lorsque le rapport E/C de gâchage diminue en dessous de cette valeur, la segmentation du réseau
capillaire s’obtient à des degrés d’hydratation plus faibles. Les bétons à faible rapport E/C peuvent
donc être exposés plus jeunes aux environnements agressifs sans dommage.

Le tableau 3.1 indique le temps d’hydratation nécessaire, en fonction du rapport


E/C, pour que le réseau des capillaires soit segmenté par les hydrates.
Tableau 3.1 : relation entre le rapport E/C de gâchage et le temps de segmentation
du réseau capillaire des pâtes de ciment Portland, d’après [POW 59].

Rapport E/C Durée de l’hydratation


0,40 3 jours
0,45 7 jours
0,50 14 jours
0,60 6 mois
0,70 1 an
> 0,70 Impossible

69
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

La structure poreuse du ciment hydraté est constituée de pores capillaires et de


pores d’hydrates. La dimension des pores capillaires étant beaucoup plus gran-
de, ils jouent un rôle prépondérant dans les transferts et la durabilité des bétons.
La porosité capillaire diminue avec le rapport E/C et avec le degré d’hydrata-
tion. Un autre facteur important est la connectivité des pores capillaires. Pour
une porosité capillaire inférieure à 18 %, les pores capillaires ne communiquent
plus entre eux.
2.2.3. Influence des conditions d’hydratation
L’humidité de l’environnement a une grande influence sur l’hydratation du ci-
ment et sur la microstructure qui se développe. Le tableau 3.1 indique le temps
d’hydratation nécessaire pour segmenter le réseau des pores capillaires. Il y a
donc lieu de protéger le béton frais (cure) d’un départ trop rapide de l’eau, pen-
dant une durée au moins égale aux temps indiqués dans ce tableau. En effet, la
dessiccation ralentit, puis arrête le processus d’hydratation au-dessous d’une hu-
midité relative d’environ 75 %. C’est ce que montre la figure 3.15 qui donne
l’évolution de la fraction hydratée des silicates de calcium exposés à une humidité
relative non saturante après deux jours d’hydratation. On constate que la dessic-
cation ralentit très rapidement l’hydratation, et donc le remplissage de la porosité
capillaire par les hydrates.

1,0
2
0,8
1
Degré d'hydratation

C 3S 4
0,6

0,4
3

0,2
C 2S

0,0
0 20 40 60 80 100
Humidité relative (%)

Figure 3.15 : degré d’hydratation du C3S et du C2S en fonction de l’humidité relative


de conservation, d’après [PAT 88].
En dessous de 75 % d’’humidité relative, l’hydratation du C3S n’évolue pratiquement plus entre
14 jours (courbe 1) et 90 jours (courbe 2). Les courbes 3 et 4 sont relatives au C2S à 14 et 90 jours.
L’hydratation en deçà de laquelle l’hydratation est bloquée est voisine de 65 %.

70
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

En laboratoire, on montre ainsi que la porosité d’un béton peut passer de 9 % à


20 % si, après 1 jour, il est démoulé et conservé à une hygrométrie de 80 % au lieu
d’une atmosphère saturée. Sur les ouvrages, heureusement, l’influence est moins
marquée en raison de l’importance des dimensions qui retardent la dessiccation à
cœur.
La protection de la surface du béton jeune est d’autant plus nécessaire que, par ef-
fet de paroi, la peau du béton est une zone plus riche en pâte de ciment que le
cœur.
2.2.4. Influence des additions minérales sur la structure poreuse
Les calcaires : à même résistance à la compression, même porosité et même ré-
partition de la dimension des pores.
La qualité du béton est la première condition d’une bonne durabilité. Puisque les
CEM II aux calcaires produisent à peu près les mêmes hydrates que les CEM I,
l’important pour la qualité d’un béton n’est pas la quantité de ciment en soi, mais
plutôt la quantité d’hydrates, la porosité et la taille des pores. Les travaux
[RAN 89], que nous présentons ci-après, montrent que ces caractéristiques sont
les mêmes, à classe de résistance identique, pour un CEM I et un CEM II aux cal-
caires. Les performances de ciments broyés en laboratoire avec ou sans calcaires,
de classe 52,5 et 42,5, ont été comparées. Notons que pour une même classe de
résistance, non seulement la finesse globale, mais aussi la finesse du clinker est
plus grande pour le CEM II que pour le CEM I. Des pâtes de ciment et des mor-
tiers (E/C = 0,50) préparés avec ces deux ciments ont été testés à 1, 2, 7 et
28 jours. À chaque échéance, la résistance à la compression, la quantité d’eau chi-
miquement combinée, la porosité totale et la distribution de la taille des pores ont
été mesurées.
Les corrélations entre porosité et degré d’hydratation, d’une part, et entre résis-
tance et porosité, d’autre part, sont les mêmes pour les deux types de ciment
CEM I et CEM II aux calcaires (figure 3.16). De plus, la distribution de la taille
des pores est approximativement la même (figure 3.17).

71
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

à même classe à même classe


CEM I
} CEM I
}
Résistance à la compression
60 de résistance de résistance
CEM II 42,5 MPa CEM II 42,5 MPa
40
des mortiers (MPa)

Porosité (%)
40

30

20

20

0
30 40 0,4 0,6 0,8 1,0
Porosité de la pâte (%) Degré d'hydratation

Figure 3.16 : les corrélations porosité/degré d’hydratation sur pâte pure


et résistance du mortier normal/porosité de la pâte sont analogues pour un CEM I
et un CEM II aux calcaires de même classe de résistance, d’après [RAN 89].

30 Pâte pure de ciment ; E/C = 0,50 30 Pâte pure de ciment ; E/C = 0,50
28 jours 28 jours

CEM II 42,5
Porosité (%)

Porosité (%)

20 20 CEM II 52,5
CEM I 42,5

10 10
CEM I 52,5

0 0
100 10 1 0,1 0,01 100 10 1 0,1 0,01
Diamètre des pores ( μm) Diamètre des pores ( μm)

Figure 3.17 : les distributions de la taille des pores d’un CEM I et d’un CEM II
aux calcaires de même classe de résistance sont analogues, d’après [RAN 89].

Cendres volantes et laitiers de haut-fourneau : la pouzzolanicité ou l’hydraulici-


té peuvent réduire la porosité à long terme si le béton est conservé humide.
Des résultats d’études effectuées sur pâtes montrent (figure 3.18) que les cendres
volantes et le laitier entraînent un accroissement de la porosité et de la taille des
pores aux premiers âges consécutif à une quantité d’hydrates plus faible (les com-
paraisons ne sont pas ici à même classe de résistance). La réactivité des cendres
volantes et des laitiers qui se développe après quelques semaines vient renforcer
les effets de l’hydratation du clinker et conduit à long terme à une porosité du
même ordre de grandeur et à une diminution de la taille des plus gros pores. Ces

72
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

résultats dépendent fortement de la réactivité des cendres volantes et du laitier, de


la durée de la cure et de la température.
50
CEM I s1 s2
40
1 jour
30
7 jours

20
28 jours
1 an
10

50
CEM I + cendres volantes
40
Porosité ouverte (%)

1 jour s1
30
7 jours s2
20 28 jours
1 an
10

50
CEM I + laitier
40
2 jours s1
s2
30
8 jours

20 28 jours
1 an
10

20 2 0,2 0,02 0,002


Diamètre des pores ( μm)

Figure 3.18 : influence de l’addition de laitier ou de cendres volantes sur l’évolution


de la structure porosimétrique des pâtes de ciment au cours du temps, d’après [FEL 83].
Toutes les pâtes sont gâchées avec un même rapport eau/solide = 0,45. La teneur en cendres volan-
tes est de 35 %, celle du laitier 70 %. Aux très jeunes âges, le seuil de pénétration (S1), représentant
la plus grande taille des pores, est augmenté en présence de cendres volantes ou de laitier. En outre
la porosité ouverte augment (50 % au lieu de 40 %). À plus longue échéance, l’utilisation de laitiers
ou de cendres volantes se traduit par une diminution de la taille des plus gros pores (S2), ce qui est
un élément favorable à la durabilité.

73
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

2.3. La structure poreuse du béton


2.3.1. Importance du squelette granulaire
À l’état frais, le béton est un mélange de grains et d’eau. Les grains ont des tailles
diverses, depuis les plus gros, le gravillon jusqu’aux plus fins, les grains de ciment
dans les bétons courants. Pour réduire la porosité des bétons il convient donc de
réduire le plus possible la porosité du mélange de grains, donc le dosage en eau,
tout en respectant les autres éléments du cahier des charges (mise en place aisée
compte tenu des moyens de mise en œuvre choisis, résistance à la compression à
28 jours…) et tout ceci au moindre coût. Si on limite le propos à la seule structure
poreuse du béton, il faut discuter des moyens de réduire la quantité d’eau. Caquot
[CAQ 37] a établi de façon empirique une loi qui permet de raisonner sur les
moyens d’action. Cette loi exprime la porosité minimale pmin d’un assemblage de
grains, comme une fonction de la dimension minimale, d, et maximale, D, des
grains :
d-
p min = p 0 5 --- (4)
D
Dans cette relation p0 est un coefficient de proportionnalité qui dépend de la ma-
niabilité du béton.
À maniabilité donnée, la loi de Caquot montre que pour diminuer la porosité mi-
nimale, il faut augmenter l’étendue granulaire {d-D}. Une fois d et D fixés, cette
loi ne renseigne pas sur la façon d’obtenir effectivement la porosité minimale.
Pour l’obtenir réellement, il faut optimiser les tailles intermédiaires et les quan-
tités de grains. En pratique, cette question est traitée par les méthodes de formu-
lation des bétons (courbe de référence de Dreux par exemple).
Dans les bétons courants, les grains de ciment sont les grains les plus fins et, sous
l’effet des forces d’interactions, ils sont floculés. D’un point de vue géométrique,
les amas ou flocs ainsi constitués ont une dimension apparente supérieure à la di-
mension des grains individuels qui les constituent. La dimension minimale d de
l’assemblage des grains peut être diminuée en défloculant les grains de ciment.
Ceci est assuré par les adjuvants plastifiants ou superplastifiants. Dans le cadre
envisagé ici où la maniabilité des mélanges est considérée comme constante, la
réduction de d entraîne une diminution de la porosité et l’adjuvant agit comme
« réducteur d’eau ». Ce mode d’action permet l’obtention des bétons à hautes
performances.
Les bétons à très hautes performances sont élaborés selon une démarche analo-
gue en complétant le squelette granulaire par des particules plus fines que les
grains de ciment, en général de la fumée de silice. Pour qu’elles remplissent leur

74
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

rôle de complément granulaire, ces particules doivent être défloculées, ce qui im-
pose l’utilisation de superplastifiant réducteur d’eau. À titre d’exemple, la figure
3.19 montre l’évolution de la porosité de mortiers dont la maniabilité est réglée à
une même valeur en ajustant la quantité de l’adjuvant réducteur d’eau.

0,30
Porosité à l'état frais

0,25

1
0,20
' = 0,03
2

0
0,4 0,8 1,2 1,6 2,0 2,4 2,8 3,2
Dosage en superplastifiant haut réducteur d'eau (%)

Figure 3.19 : influence d’un adjuvant haut réducteur d’eau et de l’addition


de fumée de silice sur la porosité à l’état frais, d’après [OLL 88].
Sans fumée de silice, la seule défloculation des grains de ciment permet de faire passer la porosité à
l’état frais de 27 % à 21 %. En ajoutant 10 % de fumée de silice, la porosité minimale obtenue n’est
plus que de 18 %. Les 10 % de fumée de silice (par rapport à la quantité de ciment) ajoutés dans cet
exemple ne correspondent pas à l’optimum (de l’ordre de 25 à 30 %) qui permettrait de minimiser la
porosité. Dans la pratique, on limite la teneur en fumée de silice pour des questions de coût et pour
éviter une trop forte réduction du pH préjudiciable à la pérennité des armatures (voir le chapitre 9).

2.3.2. La structuration de la pâte de ciment au voisinage des granulats


Dans la description présentée au paragraphe 2.2, l’arrangement des grains de ci-
ment dans la pâte à l’état frais n’est conditionné que par les forces d’interaction
entre grains et le rapport E/C. Dans un mortier ou dans un béton, l’arrangement
des grains de ciment est perturbé par les surfaces des grains de sable et de gra-
villon et par ailleurs la pâte est confinée dans des espaces réduits. Les espaces en-
tre les grains de ciment sont donc beaucoup plus variables que dans une pâte et,
si globalement le rapport E/C est défini de la même façon dans une pâte et dans
un béton, dans ce dernier, des variations locales de teneurs en eau peuvent exister.
La structure de la pâte n’est plus homogène dans le matériau et une zone plus po-
reuse, l’auréole de transition [OLL 95] est observée au voisinage des granulats.
La figure 3.20 montre que la porosité dans la pâte augmente au voisinage du gra-
nulat. La zone perturbée autour des granulats est de l’ordre de grandeur de la di-
mension des grains de ciment soit quelques dizaines de micromètres.

75
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

40
Béton de CEM I, 1 jour
Béton de CEM I, 180 jours
30 Béton avec fumée de silice, 1 jour

Porosité (%) 20

10

0
0 5 10 15 20 25 30 35 40
Distance à la surface du granulat (μm)

Figure 3.20 : évolution de la porosité au voisinage des granulats,


mise en évidence de l’auréole de transition, d’après [SCR 88].
Dans le cas des CEM I, la porosité, déterminée par analyse d’images, augmente au voisinage des
granulats. Au fur et à mesure du temps, la porosité diminue, mais reste plus élevée au voisinage du
granulat. L’auréole de transition a une épaisseur de 25 µm. Avec la fumée de silice, la porosité dimi-
nue fortement et notamment au voisinage des granulats : on n’observe plus d’auréole de transition
(ou alors son épaisseur est inférieure à 5 µm).

Lorsque les auréoles de transition entourant les granulats des mortiers sont inter-
connectées, une nouvelle famille de pores de dimension comparable à celle des
capillaires peut être mise en évidence au porosimètre à mercure (figure 3.21). Ce
résultat traduit la percolation des auréoles de transition qui est possible lorsque
leur épaisseur et leur nombre sont suffisants (figure 3.22).
0,06

0,05
pâte de ciment
Porosité incrémentale (%)

0,04

0,03

0,02
pâte du mortier
0,01

0
0,001 0,01 0,1 1 10 100 1 000
Diamètre des pores (μm)

Figure 3.21 : structure poreuse d’une pâte de ciment de type CEM I et de la pâte
d’un mortier confectionné avec le même ciment (E/C = 0,4, 3 mois) [BOU 95].
Le porosimètre à mercure met en évidence une nouvelle famille de pores de dimension comprise en-
tre 0,1 et 4 µm. Dans la pâte, les pores capillaires ne sont plus interconnectés, mais une famille de
pores interconnectés de taille comparable à celle des capillaires apparaît dans les mortiers, du fait
des auréoles de transition.

76
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Fraction interconnectée
10 μm

0,8 15 μm
20 μm
25 μm
0,6
30 μm
40 μm
0,4

0,2

0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6
Fraction volumétrique de sable

Figure 3.22 : fraction interconnectée des auréoles de transition dans des mortiers
en fonction de la fraction volumique du sable et pour différentes épaisseurs des auréoles,
d’après [GAR 96].
Les résultats présentés sont obtenus par des simulations. Les grains de sable sont schématisés par
des sphères. La distribution des diamètres est celle des grains de sable et les sphères sont implantées
au hasard dans un élément de volume avec une fraction volumique v. Cet élément de volume est com-
plété par la pâte de ciment et les granulats sont entourés par une « coquille » représentant l’auréole
de transition. Des simulations sont effectuées pour différentes épaisseurs de l’auréole. Pour chaque
fraction volumique de grains et chaque épaisseur de l’auréole, la simulation permet de calculer la frac-
tion volumique des auréoles interconnectées. On voit par exemple que si l’épaisseur de l’auréole est
de 40 µm, en deçà de 25 % de sable en volume, les auréoles ne se recouvrent pas. Quelle que soit
l’épaisseur de l’auréole (entre 10 et 40 µm), les auréoles sont complètement interconnectées pour des
teneurs en sable supérieures à 60 %. Rappelons que dans les bétons il y a environ 2/3 du volume oc-
cupé par les granulats (soit > 60 %).

Dans les bétons âgés de 28 jours, la porosimétrie au mercure (figure 3.23) ne ré-
vèle pas de pores de grande dimension pour les bétons à hautes et très haute per-
formances malgré les auréoles de transition. Dans ce cas, on peut imaginer que la
défloculation des grains favorise la formation d’une structure dense au voisinage
des granulats. Cet effet bénéfique est renforcé par l’utilisation de fumée de silice.
80
dV/d log (r) (mm3 . Å–1 . g–1)

70 M25 CV porosité à
M50 Rc,28
60
M75 E/C l’eau (%)
(MPa)
50 M120 FS (28 j)
40
M25CV 0,84 15,7 23,5
30

20 M50 0,48 14,4 55,5


10
M75 0,32 11,5 75
0
10 100 1 000 10 000 10 00
M120FS 0,26 7,4 127,5
Rayon des pores (Å)

Figure 3.23 : structure poreuse des bétons à 28 jours : influence du rapport E/C,
d’après [BAR 05].

77
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Les bétons présentés dans cette étude sont identifiés par leur résistance moyenne à 28 jours. Seul le
béton préparé avec un rapport E/C de 0,84 présente une distribution poreuse bimodale. Le béton M25
CV contient 25 % de cendres volantes, le béton M120 FS contient 10 % de fumée de silice. La réduc-
tion de la teneur en eau grâce à l’’addition de fumée de silice permet d’’obtenir des bétons de très
faible porosité.

2.3.3. Influence de l’âge sur la structure poreuse des bétons


Dans les bétons présentant une distribution poreuse unimodale, la taille des pores dimi-
nue quand E/C décroît, puis se stabilise aux environs de 20 nm à partir de E/C = 0,35
(correspondant aux M75, figure 3.23). En plus d’une porosité plus faible, les bétons à
hautes et à très hautes performances présentent donc un réseau poreux nettement plus
fin (rpmoy. ≈ 20 nm) que les bétons ordinaires (rpmoy. ≈ 50 nm), conséquence de leur fai-
ble rapport E/C et d’un squelette granulaire optimisé, notamment dans le cas de l’incor-
poration de fumées de silice. En outre, les BHP se densifient avec l’âge, lorsqu’ils sont
conservés dans l’eau (figure 3.24).
50
dV/d log (r) (mm3 . Å–1 . g–1)

C70 FS - 28 jours
40 C70 FS - 90 jours

30

20

10

0
10 100 1 000 10 000 100 000

Rayon des pores (Å)


Figure 3.24 : évolution de la structure poreuse des bétons au cours du vieillissement,
d’après [BAR 05].
Dans le cas des bétons C 80 FS (E/C = 0,37) contenant de la fumée de silice, la taille moyenne des
pores diminue entre 28 et 90 jours et se stabilise vers 20nm (200 Å).

2.3.4. La microstructure du béton de peau


La structure des premiers centimètres de béton au voisinage des parois est modi-
fiée par plusieurs causes liées à la mise en place et à la cure du béton : effet de
coffrage, ségrégation, évaporation, fissuration excessive… Il en résulte l’appari-
tion de gradients, parfois importants dans les propriétés du béton lorsqu’on se dé-
place de la surface externe vers le cœur de l’ouvrage. La figure 3.25 montre que
le squelette granulaire du béton frais est décompacté au voisinage des coffrages
par un effet de paroi. Il en résulte une hétérogénéité du béton qui se caractérise

78
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

par un accroissement de la teneur en pâte de ciment et donc de la porosité dans la


partie externe des ouvrages.
Des essais au porosimètre à mercure montrent des pores de dimension plus impor-
tante dans la peau des bétons [BAR 05]. Ceci peut être dû à un rapport E/C locale-
ment plus élevé ou à des conditions d’hydratation moins favorables qu’à cœur.
La partie externe du béton, appelée aussi béton de peau, est la plus sensible, car
le séchage y est plus rapide et elle est plus poreuse que le cœur du béton. Pour
permettre à ce béton de peau de jouer un rôle de protection efficace, il faut éviter
soigneusement le séchage superficiel du béton au moins pendant les tous pre-
miers jours suivant la mise en place. La cure a une fonction de première impor-
tance pour assurer la durabilité des bétons.

(g/cm3)
Densité d

2,60
2,40
2,20 d

25 (%)
Absorption d'eau a

20
Porosité p

15
p

10 a

g/c
6
Rapport granulat/ciment g/c

4
Module de finesse m.f.

5
m.f.
4 2
3
2 0

0
0 1 2 3 4 5
Distance à la surface externe (mm)

Figure 3.25 : variation de la composition d’’un béton dans les premiers millimètres
proches d’une surface exposée, d’après [KRE 84].
Béton (325 kg/m3 de CEM I ; E/C = 0,54, granulat/ciment = 6,1) conservé 7 jours à l’air (21 °C, 65 % HR).
Ces résultats montrent qu’il se crée une peau poreuse, enrichie en pâte, apte à absorber rapidement
l’eau à son contact. La diminution du module de finesse du granulat au voisinage de la surface externe
traduit la plus forte concentration en grains fins dans cette zone.

79
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Dans le cas des produits préfabriqués en béton, on observe généralement des dif-
férences entre la microstructure du béton de peau et celle du béton au cœur des
pièces. Elles résultent des spécificités des procédés de fabrication des produits, et
en particulier du mode de mise en place du béton, de la vibration, de l’éventuel
application d’un traitement thermique, de la cure et pour certains produits du trai-
tement de surface.
On distingue souvent pour les produits en béton à démoulage différé deux types
de béton de peau :
– celui correspondant aux faces situées en fond de moule ; le béton est en contact
avec les parois du moule jusqu’au démoulage ;
– celui constituant les faces arasées, en contact immédiat avec l’atmosphère.
Ces effets de paroi peuvent être à l’origine de différences importantes de porosité
entre les zones surfaciques (faces arasées, faces en fond de moule) et le béton de
masse, à la fois en terme de porosité totale et sur la distribution de la taille des po-
res. Pour la plupart des produits en béton vibrés, les faces en fond de moule sont
significativement plus compactes, les pores sont de plus petites dimensions.
Les causes des différences observées au niveau de la microstructure du béton de
peau sont de plusieurs natures :
– l’énergie apportée par les dispositifs vibratoires est différente selon la distance
béton/paroi du moule ; comparativement aux faces arasées, les faces en fond de
moule subissent un compactage plus important du fait de la proximité avec le
moule qui génère la vibration ;
– les conditions de durcissement ne sont pas strictement identiques : présence
d’une paroi généralement métallique et donc imperméable pour les faces situées
en fond de moule (pas d’échange de matière), contact avec l’atmosphère pour les
faces arasées (les transferts hydriques entre le matériau et l’environnement sont
possibles).
Ces propriétés, spécifiques aux bétons dont la mise en œuvre nécessite une vibra-
tion, agissent sur leur comportement vis-à-vis de la carbonatation : les faces en
fond moule se carbonatent généralement plus lentement que le béton de masse et
les faces arasées [MIR 00].
Les caractéristiques et propriétés du béton de peau dépendent également de la fi-
nition apportée à la surface extérieure. Les traitements de surface peuvent être
réalisés par des procédés mécaniques (bouchardage, sablage, gommage, polissa-
ge, grésage…), chimiques (acidage, désactivation…) ou thermiques (flamma-
ge…).

80
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Note sur la microfissuration des BHP

E/C = 0,33-75 MPa E/C = 0,33-100 MPa

Dans le cas des BHP, le faible rapport E/C entraîne une autodessiccation (voir titre
2.2.2). Cette autodessiccation peut être responsable d’une fissuration préjudiciable à
la durabilité dans la mesure où elle pourrait constituer un chemin d’accès privilégié
pour les agents agressifs. La caractérisation de la microfissuration des bétons n’est
pas aisée car les moyens d’observation peuvent eux-mêmes induire de la fissuration.
Qu’il s’agisse de méthodes en microscopie électronique utilisant des répliques de sur-
face [YSS 99] ou des observations en microscopie optique montrées ici [BAR 05], les
conclusions sont identiques. La quantification de la microfissuration est difficile car
les bétons sont peu fissurés en l’absence de chargement ; et il faut conduire de nom-
breuses observations. Les données obtenues dans le projet national BHP 2000 mon-
trent que les microfissures apparaissent préférentiellement aux interfaces pâte/
granulat et que les BHP ne sont pas plus microfissurés que les bétons courants, pro-
bablement à cause des résistances en traction plus élevées.

2.4. Influence des additions minérales


L’usage des additions minérales en substitution partielle au ciment s’est beaucoup
développé. Cette pratique est encadrée par la norme béton NF EN 206-1 et par les
normes sur les différentes additions. Les additions sont classées selon deux caté-
gories : les additions de type I quasiment inertes et les additions de type II à ca-
ractère pouzzolanique ou hydraulique latent.
La norme NF EN 206-1 indique que la prise en compte des additions de type II et
de certaines additions de type I dans la formulation des bétons se fait au moyen
du concept de liant équivalent :
– en remplaçant le terme « rapport eau/ciment » par celui de « rapport eau/
(ciment + k.addition) », l’eau étant définie pas l’eau efficace ;
– en remplaçant l’exigence relative au dosage minimal en ciment correspondant
à chaque classe d’exposition par la même exigence appliquée au liant équivalent.

81
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Pour tenir compte des apports respectifs des constituants vis-à-vis de la durabilité,
la quantité de liant équivalent est définie par la formule :
Liant équivalent = C + kA (5)
où :
C est la quantité de ciment (CEM I) exprimée en kg/m3 de béton ;
A est la quantité d’addition en kg/m3 de béton prise en compte dans le liant équi-
valent.
k est le coefficient de prise en compte de l’addition considérée, donnée par la
norme (tableau NA.3 de la norme NF EN 206-1).
La valeur maximale de A est définie pour les différentes classes d’exposition et
pour chaque addition par le rapport A/(A + C).
La norme indique que l’utilisation de la notion de liant équivalent permet de « te-
nir compte des apports respectifs des constituants vis-à-vis de la durabilité ». Les
résultats du tableau 3.2 appuient partiellement cette affirmation, puisque les po-
rosités accessibles à l’eau et les résistances à la compression sont très voisines.
Par contre la perméabilité et la profondeur de carbonatation sont légèrement dif-
férentes. Ces deux dernières propriétés, plus directement liées à la durabilité, se-
ront présentées plus loin dans ce chapitre.
Tableau 3.2 : comparaison des porosités de deux bétons préparés avec le même dosage
en liant équivalent, d’après [ROZ 07].

Perméabilité Profondeur
Rc,28 Porosité à l’eau
Liant Eeff/Leq au gaz de carbonatation
(MPa) (28 jours)
(10-17 m2) (mm)

Béton de
CEM I 0,58 52,1 14,2 6,5 6
référence

Béton avec CEM I + CV


addition
A 0,58 52,7 14,2 3,1 8
(cendres ( -------------- = 0, 3 )
A+C
volantes)

Les deux bétons sont fabriqués avec les mêmes granulats et 280 kg de liant équivalent par m3 de
béton. Ils sont testés après 28 jours de conservation dans l’eau. Les deux bétons de cet essai ont des
résistances et des porosités très voisines. Les perméabilités et les profondeurs de carbonatation sont
légèrement différentes. Ceci peut être dû à des tailles de pores et à des natures d’hydrates formés
différentes.

3. LA PERMÉABILITÉ DES BÉTONS


La perméabilité d’un matériau est définie comme son aptitude à se laisser traver-
ser par un fluide sous un gradient de pression. Il s’agit donc d’une propriété
macroscopique des matériaux poreux ayant une porosité ouverte interconnectée.
Les bétons durables sont, en général, des bétons de faible perméabilité dans la me-

82
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

sure où la faible perméabilité limite la pénétration des agents agressifs au sein du


béton. Cette condition n’est pas toujours suffisante, car les phases solides du bé-
ton peuvent être plus ou moins réactives vis-à-vis des agents agressifs. Si la per-
méabilité est une condition générale de durabilité, il conviendra de considérer les
conditions particulières spécifiques à chaque type d’agression. Ceci sera étudié
dans la deuxième partie du livre aux chapitres 9 à 12.
Il convient de noter d’emblée que les bétons sont en général très peu perméables, puis-
qu’on les utilise pour construire des barrages, des châteaux d’eau et des réservoirs.
Le débit qui traverse le béton résulte des écoulements dans les pores. La conception
d’un béton imperméable passe par la connaissance des relations entre perméabilité et
structure poreuse. Ce domaine fait l’objet de nombreuses recherches ayant pour ob-
jectif de prédire la perméabilité d’un matériau à partir de la description de sa structure
poreuse. Notre objectif est plus modeste, il se limite à fournir à l’ingénieur des outils
de raisonnement pour concevoir des bétons durables. Dans ce qui suit nous nous con-
tenterons donc de décrire la structure poreuse au moyen de pores cylindriques. Remar-
quons que cette description est aussi celle fournie par le porosimètre à mercure. Dans
ce qui suit nous allons tout d’abord définir la perméabilité des bétons et donner les
moyens de sa mesure. Nous étudierons ensuite le transfert à l’échelle des pores cylin-
driques pour établir une relation entre perméabilité et structure poreuse puis nous four-
nirons ensuite des données sur la perméabilité des bétons.
3.1. Définition et mesure de la perméabilité des bétons
La perméabilité k d’un matériau poreux est définie par la relation de Darcy qui
exprime le débit volumique Q d’un fluide de viscosité µ qui traverse une épaisseur
dx de matériau de section apparente A sous la différence de pression dp
(figure 3.26) :
k dp
Q = --- A ------ (6)
μ dx

Q : Débit volumique d'un fluide


de viscosité μ

Pression P + dP A

dx

Pression P

Figure 3.26 : définition de la perméabilité.

83
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Cette relation suppose que le régime d’écoulement est laminaire dans les pores
du matériau et que le fluide est inerte vis-à-vis du matériau. La perméabilité ainsi
définie est homogène à une aire et s’exprime en m2 dans le système international.
C’est une caractéristique du matériau, elle est donc indépendante de la nature du
fluide utilisé pour sa mesure ainsi que du gradient de pression dans la limite de
validité de la relation de Darcy.
Lorsque le fluide s’écoulant à travers le matériau est l’eau, l’usage a consacré
l’emploi d’une autre grandeur notée Kw et appelée « coefficient de perméabilité ».
Ce terme est défini, lui aussi, à partir de la relation de Darcy : on exprime la vi-
tesse apparente de l’eau ua , rapport entre le débit volumique et la section appa-
dh dp dhρ eau g
rente du matériau, et on introduit le gradient hydraulique : ------ ( ------ = --------------------
dx dx dx
où ρeau est la masse volumique de l’eau).
L’expression (6) peut alors s’écrire :
Q kρ eau g dh dh
u a = ---- = ----------------- ⋅ ------ = K w ------ (7)
A μ eau dx dx

kρ eau g
Kw est défini par la relation : K w = ----------------
- . Le coefficient de perméabilité Kw
μ eau
est homogène à une vitesse et s’exprime en m/s dans le système international. Ce
n’est plus une grandeur intrinsèque puisqu’elle dépend du matériau, mais aussi
des caractéristiques de l’eau.
D’après la définition de Kw, on peut montrer qu’une perméabilité de 1 m2, corres-
pond à un coefficient de perméabilité de 107 m/s à 20 °C.
Les perméabilités des bétons sont faibles et, pour faciliter la mesure, on utilise en
général des gaz car ce sont des fluides de faible viscosité. L’essai recommandé en
France par l’AFREM-AFPC [AFR 97] se fait avec le perméamètre Cembureau à
charge constante (figure 3.27).
Le gaz étant compressible, le débit volumique varie au sein de l’éprouvette et la
perméabilité est calculée par la relation :
2μQ s P s L
k = --------------------------
- (8)
2 2
A ( Pe – Ps )

84
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

où Pe et Ps sont les pressions à l’entrée et à la sortie de l’éprouvette, la viscosité


du gaz et Qs le débit volumique mesuré à la sortie de l’éprouvette, c’est-à-dire à
la pression Ps (égale à la pression atmosphérique).

Débimètres à bulle

Bouteille d'oxygène

Manomètre Échantillons

Cellules
Régulateur de pression

Figure 3.27 : perméamètre à gaz Cembureau.


L’éprouvette du béton à tester est un cylindre de 15 cm de diamètre et 5 cm de hauteur. Elle est em-
prisonnée dans une cellule (a) où une chambre à air permet d’assurer l’étanchéité latérale. Le gaz
(oxygène) traverse le béton sous une différence de pression de quelques centaines de kPa et son
débit volumique est mesuré à la sortie (pression atmosphérique) en régime permanent au moyen
d’’un débitmètre à bulle.
N.B. On rappelle que la pression atmosphérique est voisine de 100 kPa.

Le mode opératoire de l’AFREM-AFPC précise le mode de préconditionnement


de l’éprouvette. Cette étape vise à contrôler l’humidité du béton. Il s’agit en effet
d’un paramètre important de la mesure car la solution interstitielle contenue dans
les pores s’oppose au passage du gaz et le débit mesuré, donc la perméabilité cal-
culée dépend de l’état de saturation du béton (voir§ 5.4.1 de ce chapitre). La figu-
re 3.28 montre la forte variation de la perméabilité avec le degré de saturation et
combien il est donc important de préciser cette donnée pour comparer les maté-
riaux entre eux. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas dans les données
de la littérature et cela complique l’analyse des résultats. Dans la méthode retenue
par l’AFREM-AFPC deux mesures sont effectuées à 7 et 28 jours après séchage
à 80 °C puis une dernière mesure est réalisée après séchage à 105 °C. Les trois
mesures sont rapportées en fonction du degré de saturation du béton.

85
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

10

Perméabilité au gaz (10–16 m2)


M25
M75 FS
1 M100 FS

0,1

0,01

0,001
0 20 40 60 80

Degré de saturation s (%)

Figure 3.28 : variation de la perméabilité de bétons avec leur degré de saturation,


d’après [AFR 97].
Les résultats présentés sont fournis selon le protocole de mesure AFREM-AFPC. La perméabilité est
mesurée après trois séchages, et les résultats sont portés en fonction du degré de saturation des bé-
tons. La figure rapporte les résultats pour trois bétons. La perméabilité varie de plus de deux ordres
de grandeur lorsque le degré de saturation d’un béton à très hautes performances (BTHP) varie entre
0 et 70 %. La perméabilité d’un béton courant (M25) est environ 100 fois plus forte que celle d’un
BTHP contenant de la fumée de silice (M100 FS).

La perméabilité au gaz varie avec l’état de saturation. Pour en rendre compte on


utilise parfois la notion de perméabilité relative au gaz kr,s, définie pour un degré
de saturation donné par la relation :
k( s )
k r, s = ----------------
-
k( s = 0 )
La perméabilité relative au gaz est égale à 1 à l’état sec et tend vers 0 dans les ma-
tériaux saturés.
L’expérience montre que la perméabilité calculée diminue lorsque la pression ap-
pliquée à l’entrée de l’échantillon augmente. En fait, la loi de Darcy ne s’applique
pas correctement aux matériaux cimentaires car les écoulements dans les pores ne
sont pas laminaires. L’écoulement laminaire suppose en effet qu’il n’y a pas de
chocs entre les molécules de gaz et les parois des pores. En fait, dans les essais de
perméabilité des bétons, le libre parcours moyen des molécules de gaz est de l’or-
dre de grandeur des diamètres des pores des hydrates. On calcule ce libre parcours
moyen λ au moyen de la relation :
μ πRT
λ = ------- ----------- (9)
P M 2M

86
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

où PM est la pression moyenne du gaz et M sa masse molaire. À titre d’exemple,


le libre parcours moyen des molécules d’air est de l’ordre de 70 nm à la pression
atmosphérique et à 20 °C. Dans les bétons, il existe un écoulement dit « molécu-
laire » dû aux nombreux chocs entre les molécules de gaz et les parois des pores.
L’approche de Klinkenberg appliquée aux mesures de perméabilité au gaz (figure
3.29) permet de calculer la perméabilité que l’on obtiendrait si les hypothèses de
l’équation de Darcy étaient vérifiées. Si le matériau est sec au moment de l’essai,
cette perméabilité est la perméabilité intrinsèque. Bien que la théorie basée sur la
loi de Darcy indique que la perméabilité d’un matériau est indépendante du fluide
utilisé pour la mesure, les données montrent que les résultats obtenus sur matériau
sec avec des gaz sont significativement inférieurs à ceux mesurés sur matériau sa-
turé avec de l’eau. Par contre, la mesure avec de l’éthanol [LOO 02], liquide iner-
te avec les hydrates, donne des résultats très voisins de ceux obtenus avec un gaz.
Dans le cas de l’eau, des phénomènes de dissolution/précipitation interviennent
et le débit diminue au cours du temps. On retrouve ce phénomène dans les bétons
fissurés et on l’interprète par une autocicatrisation des fissures [GRA 07].
Les perméabilités mesurées au laboratoire dépendent des conditions expérimen-
tales qu’il convient de fixer avec soin si l’on veut procéder à des comparaisons
entre différents bétons. La procédure AFREM-AFPC apporte une solution en
fixant une pression d’essai et trois étapes de préconditionnement.
Les données disponibles dans la littérature ne sont pas toutes obtenues selon ce
protocole, et les comparaisons sont difficiles. Dans ce qui suit, nous présentons
des résultats permettant d’analyser l’influence des paramètres de formulation ou
de conservation des bétons. Pour chaque paramètre, les données ont été obtenues
selon un même protocole, par nécessairement celui recommandé par l’AFREM-
AFPC. Afin de faciliter l’analyse des résultats, nous discutons tout d’abord des
relations entre la perméabilité et les caractéristiques de la structure poreuse.

87
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

6.10-16

5.10-16

ka (m²) 4.10-16

3.10-16

2.10-16

Kv = 5,6.10-17
1.10-16
Kv
0
0 1.10-6 2.10-6 3.10-6 4.10-6 5.10-6 6.10-6

1/PM (Pa-1)

Figure 3.29 : variation de la perméabilité mesurée ka en fonction de la pression moyenne


dans l’éprouvette, détermination de la perméabilité intrinsèque kv
d’un béton (CEM I - E/C = 0,58), d’après [ROZ 07].
Ces résultats qui contredisent la loi de Darcy sont expliqués par l’existence d’un écoulement molécu-
laire (ou « glissement de parois ») qui se superpose à l’écoulement laminaire de Darcy lorsque le libre
parcours moyen des molécules de gaz devient de l’ordre de grandeur de la dimension des pores. Pour
tenir compte de ce phénomène, Klinkenberg a proposé une approche empirique permettant de déter-
miner la perméabilité intrinsèque du matériau. La perméabilité intrinsèque kv est déterminée à partir
de la variation avec la pression de la perméabilité calculée par la relation :
ka
k v = -----------------
-
β
1 + -------
PM

où ka est la perméabilité mesurée à une pression d’entrée Pe, PM est la pression moyenne
Pe + Ps
- et β est un coefficient empirique déterminé expérimentalement à partir de la courbe
P M = ------------------
2
1
k a = f ⎛ -------⎞ . La perméabilité intrinsèque est obtenue en extrapolant la courbe expérimentale : l’inter-
⎝ P M⎠
section avec l’axe vertical correspond à une pression d’essai infinie pour laquelle il n’existe plus
d’écoulement moléculaire. On peut remarquer que si les pores du matériau étaient suffisamment gros
pour éviter les écoulements moléculaires, les résultats expérimentaux ne dépendraient plus de la
pression d’essai et la courbe serait une droite horizontale.

3.2. Relations entre la perméabilité et la structure poreuse


Les comparaisons entre les données expérimentales et les calculs prédictifs effec-
tués avec différents modèles sont assez décevantes [LOB 03]. Ces écarts peuvent
s’expliquer par les approximations qui sont faites sur la description de la micros-
tructure dans les modèles ainsi que sur les incertitudes quant à la détermination

88
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

de leurs grandeurs d’entrée. Nous présentons néanmoins ci-après deux modèles


qui, s’ils ne permettent par de prédire la perméabilité avec précision, ont néan-
moins l’avantage de donner des éléments de réflexion sur les moyens d’action
permettant de réduire la perméabilité des bétons.
3.2.1. Modèle basé sur la théorie de la percolation
Le modèle de Katz et Thompson [KAT 86] est basé sur la théorie de la percola-
tion. Les bétons peuvent avoir des distributions de taille de pores très étalées ce
qui complique l’analyse sur la base de la théorie de la percolation. Les auteurs de
cette théorie font l’hypothèse que la perméabilité et le facteur de formation sont
déterminés par le sous-réseau des pores les plus gros. Ce sous-réseau possède une
concentration voisine du seuil de percolation repérable en porosimétrie au mercu-
re par le diamètre critique dc. Cette approche permet l’estimation de la perméabi-
lité intrinsèque (k) des matériaux lorsque le diamètre de pores critique (dc) et le
facteur de formation (F) sont connus:
2
dc
k = ------------
- (10)
226F
Le diamètre critique des pores est généralement défini par le seuil de pénétration
du mercure dans l’essai de porosimétrie au mercure (voir la figure 3.11). On rap-
pelle que le facteur de formation est défini par le rapport entre la conductivité
électrique de la solution interstitielle et celle du béton saturé par cette même so-
σ
lution : F = ------ .
σe
Ce modèle met en évidence deux facteurs d’influence sur la perméabilité : la taille
maximale des pores via la valeur de dc et la structure poreuse (porosité et tortuo-
sité) via le facteur de formation.

3.2.2. Modèles capillaires simples


Dans ces modèles les vides des canaux de section rectangulaire simulent les fis-
sures et des cylindres représentent les pores (figure 3.30).

89
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

y
y H
x x
W L L
l
l pe2 pr2
Milieu fissuré : k = Milieu tubulaire : k =
12 8

y
H
x
L
l
pr2
Milieu tubulaire tortueux : k =
8T
Figure 3.30 : modélisation simplifiée de la microstructure pour la prédiction
de la perméabilité, d’après [DUL 79].
La structure poreuse des bétons peut être modélisée simplement par des tubes identiques dont le
rayon r est égal au rayon moyen des pores mesuré au porosimètre à mercure (donc connectés) dans
le cas d’une distribution unimodale. Ces tubes peuvent être considérés comme rectilignes ou présen-
ter une certaine tortuosité. Dans le cas des bétons fissurés, on peut modéliser la structure poreuse
par des failles rectilignes d’ouverture e. Les perméabilités calculées pour chacune des trois micros-
tructures sont indiquées sous chaque schéma, p étant la porosité ouverte des matériaux considérés.

La perméabilité est calculée en écrivant que le débit volumique traversant le ma-


tériau est égal à la somme des débits traversant les vides. Dans le cas d’un pore
cylindrique, le débit volumique est exprimé par la relation de Poiseuille :
4
πr dp
q = – -------- ⋅ ------ (11)
8μ dx
On en déduit la relation entre la perméabilité, la porosité ouverte et la dimension
des pores :
2
po r
k = ----------
- (12)
8
La relation montre que la perméabilité dépend de la porosité ouverte et de la taille
des pores. Comme dans le modèle de Katz et Thomson, la perméabilité est pro-
portionnelle au carré de la dimension des pores. Dans le cas d’une distribution bi-
modale de la dimension des pores (pores capillaires et pores des hydrates pour les
bétons), on peut exprimer la perméabilité selon la relation :

90
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

2 2
p cap r cap + p hyd r hyd
k = ------------------------------------------------
- (13)
8
Dans ce modèle, les grandeurs d’entrée sont déterminées par porosimétrie au mer-
cure : pcap et phyd sont les porosités capillaires et des hydrates mesurées, rcap et
rhyd sont les rayons moyens des pores capillaires et des hydrates. L’application de
ce modèle est illustrée à la figure 3.31.
Le modèle démontre le rôle prépondérant de la porosité capillaire interconnectée
dans la perméabilité.

50 50
Pcap connectée

Perméabilité (10-16m2)
40 Ptot 40
Porosité (%)

30 30

20 20

10 10

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1

E/C E/C
(a) (b)
Figure 3.31 : variation de la porosité totale et de la porosité capillaire interconnectée dans
les pâtes de ciment âgées de 28 jours en fonction du rapport E/C (a). Perméabilités
calculées au moyen du modèle capillaire selon la relation 13 (b).
Les porosités de la figure (a) sont déduites des données de porométrie au mercure présentées à la
figure 3.11. Les perméabilités sont calculées à partir du modèle capillaire. Dans la relation (13), le
rayon des pores des hydrates est choisi constant et égal à 10 nm. Le rayon des pores capillaires est
pris égal à la moyenne entre le rayon critique (rayon des plus gros capillaires) et le rayon des plus
petits capillaires (50 nm). Le modèle met en évidence le rôle prépondérant de l’’interconnexion des
capillaires sur la perméabilité.

3.3. Influence des paramètres de composition et de la cure


sur la perméabilité des bétons
3.3.1. Influence de la teneur en eau et de la durée de la cure
La figure 3.32 montre la variation de la perméabilité d’une pâte de ciment avec le
rapport E/C. Ces données sont obtenues sur des pâtes complètement hydratées (ou
tout au moins hydratées au maximum lorsque le rapport E/C est trop petit pour
permettre une hydratation complète). La forme de la courbe expérimentale est
proche de celle obtenue par le modèle capillaire (figure 3.31). Les valeurs mesu-
rées sont différentes de celles prévues par le modèle car les mesures de perméa-
bilité à l’eau (figure 3.32) sont délicates mais l’essentiel est que ces données

91
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

confirment bien le rôle de l’interconnexion des capillaires. Comme le montre la


figure 3.14, les capillaires sont toujours interconnectés pour des rapports E/C su-
périeurs à 0,7. Dans ce cas, la perméabilité augmente très vite avec la quantité
d’eau de gâchage. Au vu de ce résultat, on comprend que le rapport E/C n’atteigne
jamais cette valeur dans les bétons de structure.

(. 10–14)
Coefficient de perméabilité KW (m2 . s–1)

140

120

100

80

60

40

20

0
0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 08

Rapport E/C

Figure 3.32 : relation entre le coefficient de perméabilité à l’eau des pâtes de ciment
totalement hydraté et le rapport E/C, d’après [POW 54].
Au-dessus du rapport critique E/C = 0,70, le réseau capillaire reste toujours interconnecté : la perméa-
bilité de la pâte de ciment augmente rapidement avec le rapport E/C au voisinage de ce seuil.

En pratique, l’hydratation en peau des bétons exposés à l’air atmosphérique peut


s’interrompre en empêchant la segmentation de la porosité capillaire même si le
rapport E/C est faible. La figure 3.33 montre l’influence de la durée de cure sur la
perméabilité des bétons. Les temps pour parvenir à la segmentation des capillaires
étant plus importants pour les fortes teneurs en eau (voir tableau 3.1), la qualité et
la durée de la cure auront d’autant plus d’influence sur les propriétés de transfert,
donc sur la durabilité, que le rapport E/C sera élevé.

92
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

(. 10–17)
150

100
Perméabilité (m2)

Rapport E/C

0,70
0,62
50 0,55
0,47
0,40

0
1 4 7 28
Durée de cure (jours)

Figure 3.33 : influence de la durée de cure sur la perméabilité au gaz de bétons gâchés
à différentes teneurs en eau, d’après [DHI 89I].
Les perméabilités des bétons sont mesurées à la même échéance de 28 jours. L’augmentation de la
durée de cure initiale (effectuée ici dans l’eau) se traduit par une diminution de la perméabilité. L’in-
fluence de la durée de cure est bien plus importante pour les bétons préparés avec de fortes teneurs
en eau.

Différents produits de cure peuvent être utilisé pour diminuer les départs d’eau ;
le tableau 3.3 indique l’efficacité de certains d’entre eux. Une cure humide ou
l’utilisation d’une émulsion de cire peut réduire la porosité superficielle d’environ
15 % et diviser pas 2,5 le diamètre moyen des pores.
Tableau 3.3 : influence de différentes techniques de cure sur la porosité totale
et le diamètre moyen des pores de mortiers âgés de trois jours, d’après [GOW 90].
Porosité au mercure Diamètre moyen des pores
Méthode de cure
(%) (nm)
3 jours de cure humide 20,1 80
Émulsion acrylique 22,9 128
Émulsion de cire 20,9 90
Sans cure humide 24,1 228
Conditions de conservations : 35 °C, 45 % HR, vitesse du vent 3 m/s.
Composition : ciment/sable = 1/2,9 – E/C = 0,48.

93
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

La perméabilité des bétons dépend principalement de la porosité capillaire ainsi


que de la taille et de l’interconnexion des pores capillaires. Pour diminuer la per-
méabilité des bétons il convient donc de diminuer le rapport E/C et de soigner la
cure.
3.3.2. Influence des granulats sur la perméabilité
L’interface pâte/granulat, du fait de sa porosité plus élevée, doit favoriser les
écoulements de fluide. Mais les granulats introduisent d’autres effets qui ne vont
pas tous dans le même sens :
– si la porosité augmente au voisinage des granulats par effet de parois, la pâte
est plus dense dans la région extérieure aux auréoles de transition. Cet effet va
dans le sens d’une diminution de la perméabilité ;
– dans l’analyse des différences entre pâte et béton, il ne faut pas sous-estimer la
contribution apportée par la perméabilité des granulats. Si leur porosité est géné-
ralement très inférieure à celle de la pâte, leur perméabilité n’est pas aussi diffé-
rente qu’on pourrait le prévoir en première analyse (tableau 3.4) car la
distribution de la taille des pores (en général au-dessus de 10 µm) est tout à fait
différente de celle de la pâte. Les conclusions sont évidemment différentes avec
des granulats imperméables ; leur présence constitue alors des obstacles interpo-
sés sur le cheminement des fluides ce qui introduit une tortuosité supplémen-
taire.
Tableau 3.4 : comparaison de la perméabilité de différents types de roches
et de pâtes de ciment, d’après [POW 58].

Rapport E/C des pâtes à maturité


Type de roche Coefficient de perméabilité (m/s)
de même perméabilité

Trap dense 2,5.10–14 0,38


Diorite quartzique 8,2.10–14 0,42
Marbre 1 2,4.10–13 0,48
Marbre 2 5,8.10–12 0,66
Granite 1 5,3.10–11 0,70
Grès 1,2.10–10 0,71
Granite 2 1,6.10–10 0,71

Au bilan, le résultat global de ces différents effets est a priori incertain. Les don-
nées expérimentales, peu nombreuses, montrent que les perméabilités des bétons
et des mortiers préparés avec le même rapport E/C et des granulats peu poreux
sont du même ordre de grandeur [LOB 03]. Sur le plan pratique, le résultat prin-
cipal concerne l’influence de la taille maximale des granulats sur la perméabilité
des bétons. Pour un Dmax variant de 10 à 20 mm, il n’y a pas de variation signifi-
cative de perméabilité aussi bien pour des bétons courants que pour des bétons à
hautes performances (BHP) formulés en optimisant leur squelette granulaire.

94
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

3.3.3. Influence des additions minérales


Jusqu’à présent on s’est intéressé au béton sous la forme la plus simple lorsqu’il
est composé de ciment Portland, de sable de gravillons et d’eau. Mais, de plus en
plus, les bétons contiennent, outre ces ingrédients de base, des additions minéra-
les et des adjuvants. Les fillers calcaires, les laitiers de haut-fourneau et les cen-
dres volantes peuvent aussi se trouver dans les ciments composés.
Avant de présenter l’influence des produits d’addition sur la perméabilité, il faut
s’arrêter un instant sur les bases de comparaison possibles. Dans ce qui précède
nous avons considéré que le facteur de premier ordre de la durabilité était le rap-
port E/C et, lorsque nous avons cherché à montrer l’influence de la durée de la
cure (figure 3.33), nous avons comparé entre eux des bétons à même rapport E/C.
Le choix de ce même paramètre E/C comme base de comparaison devient nette-
ment moins pertinent lorsqu’on veut comparer un béton contenant des additions
minérales avec un béton témoin qui n’en contient pas ; en effet, dans le béton
d’étude, le ciment ne représente qu’une partie du liant, et le liant lui-même peut
avoir des propriétés variables selon la proportion d’addition. Dans ce cas, nous
pensons que les comparaisons entre bétons doivent se faire à résistance à la com-
pression constante. C’est, en fait, la seule base de comparaison possible lorsque
l’addition minérale est un composé du ciment.
Les quelques résultats qui prennent en compte la résistance des bétons dans les
études de perméabilité conduisent à la même conclusion : une relation approxi-
mative existe entre la perméabilité d’un béton contenant des cendres volantes ou
du laitier de haut-fourneau et sa résistance à la compression mesurée à la même
échéance (inférieure à 60 jours). Cette corrélation est seulement approximative,
et on obtient fréquemment des perméabilités un peu plus faibles pour une même
résistance dans les bétons utilisant des cendres volantes comme addition minérale
(voir le tableau 3.2 par exemple).
L’importance de la cure a été signalée pour les bétons confectionnés avec des
CEM I. L’allongement de la durée de cure est encore plus bénéfique avec les ci-
ments de type II, III, IV ou V. À 28 jours, si l’accroissement de la durée de cure
de 12 à 72 heures peut réduire la perméabilité d’un facteur 3 (cela dépend du béton
comme le montre la figure 3.33), la perméabilité est réduite d’un facteur 6 à 7 avec
un CEM II/B (avec 30 % de cendres volantes) ou un CEM III/A (avec 60 % de
laitier) [POM 87]. Ce résultat s’explique par la faible hydraulicité des laitiers de
haut-fourneau, comparée à celle du clinker, et par la relative lenteur de la réaction
pouzzolanique des cendres volantes.

95
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

3.3.4. Perméabilité des BHP


La figure 3.34 présente la variation de la perméabilité mesurée sur des bétons âgés
d’1 an en fonction de leur résistance à 28 jours.
10 000

1 000
Kair (10–18 m2)

100

10

1
0 20 40 60 80 100 120

fc28j (MPa)

Figure 3.34 : variation de la perméabilité du béton avec la résistance à 28 jours,


d’après [YSS95].
Les bétons testés ont été conservés 1 jour dans l’eau puis dans l’air à 50 % d’humidité et 20 °C jus-
qu’au moment de la mesure (1 an).

La perméabilité diminue logiquement avec la résistance mais on peut remarquer


que les perméabilités des BHP ne diminuent que faiblement avec la résistance. Ce
résultat peut être rapproché de celui de la figure 3.32 (à faible rapport E/C, la per-
méabilité reste faible et ne varie pas beaucoup) et du fait que les auréoles de tran-
sition n’existent quasiment pas dans les BHP avec ou sans fumée de silice. On
peut enfin noter que la microfissuration d’autodessiccation de ces bétons n’a pas
d’effet néfaste sur la perméabilité.

96
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Les remontées capillaires. Test d’absorption d’eau


Les remontées capillaires dans les bétons permettent à des espèces agressives conte-
nues dans les sols d’envahir la structure poreuse. Ces remontées sont dues à un trans-
fert sous gradient de pression, comme la perméabilité qui est décrite ci-dessus, mais
la pression motrice est ici la pression capillaire.

Si on assimile les pores à des cylindres


verticaux, la loi de Jurin permet de cal-
I = 2r culer l’ascension maximale de l’eau (li-
quide mouillant) :
2σ cos θ
H = -------------------
rρg

H la hauteur maximale d’ascension


T capillaire;
H r est le rayon du cylindre;
θ l’angle de raccordement (voisin de 0
dans le cas de l’eau sur les matériaux
cimentaires);
σ la tension superficielle de l’eau
(0,075 N/m);
ρ la masse volumique de l’eau.
La hauteur d’ascension capillaire est inversement proportionnelle au rayon des pores.
À titre d’exemple, dans un pore d’1 µm de rayon, H est égal à 15 m ! Si on modélise
la structure poreuse d’un matériau par des tubes cylindriques verticaux de rayon égal
au rayon moyen des pores (donné par exemple par le porosimètre à mercure), la loi
de Jurin permet de calculer la hauteur maximale d’ascension de l’eau. En pratique, la
hauteur d’ascension est inférieure aux valeurs calculées, car l’eau qui imprègne le
matériau s’évapore par les faces latérales. Un équilibre s’établit à des hauteurs infé-
rieures à H. Lors de l’évaporation, les sels contenus dans l’eau précipitent en surface,
ce qui explique la présence de traces de précipités souvent observées à la limite at-
teinte par l’eau.
Pour caractériser la structure poreuse d’un béton, on peut utiliser un essai d’absorp-
tion d’eau. Il s’agit d’un essai simple qui consiste à suivre l’évolution de la masse
d’un échantillon cylindrique de béton préalablement séché et dont la base est placée
au contact d’une nappe d’eau.

97
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

La hauteur des éprouvettes, de l’ordre de la dizaine


de centimètres, est très inférieure à la hauteur d’as-
A
cension maximale H donnée par la loi de Jurin. On
peut alors montrer que la loi d’ascension de l’eau
L
au cours du temps est donnée par la relation :
h(t)
σr cos θ- t
h ( t ) ≈ ------------------

où r est le rayon moyen des pores et µ la viscosité
de l’eau.
La masse d’eau absorbée par unité de section A de
l’éprouvette est égale à :
M eau ( t ) σr cos θ
- =
---------------- ------------------- tp o ρ eau
A 2μ
où po est la porosité ouverte.
Cette masse absorbée varie théoriquement en raci-
Meau (t) ne carrée du temps jusqu’à la saturation (L = hau-
A courbe théorique teur de l’éprouvette).
p0LUeau
En pratique, les courbes expérimentales ont l’allu-
courbe expérimentale re donnée ci-contre sur la figure du bas. La pente à
l’origine est proportionnelle à la quantité p o r et,
si on connaît la porosité ouverte du béton, il est
¥W
possible de calculer r et d’estimer ainsi simplement
un ordre de grandeur de la dimension moyenne des
pores en mesurant la prise de masse de l’éprouvette
au cours du temps.

4. LA DIFFUSION DANS LES BÉTONS


4.1. Les lois de la diffusion
4.1.1. La diffusion moléculaire, relations entre les coefficients
de diffusion
La diffusion désigne le processus de transport d’un constituant dans un milieu
donné sous l’effet de son agitation aléatoire à l’échelle moléculaire. S’il existe
une différence de concentration entre deux points du milieu, ce phénomène en-
gendre un transport global du constituant considéré, orienté de la zone la plus con-
centrée vers la zone la moins concentrée jusqu’à ce qu’il y ait équilibre des
concentrations.
Les transports par diffusion peuvent intervenir sous deux formes : en phase liqui-
de ou en phase gazeuse.

98
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Le premier mode concerne le transport d’espèces ioniques en solution dans la


phase aqueuse interstitielle ; il intervient par exemple lors de l’attaque du béton
par les sulfates de l’eau de mer ou par l’acide carbonique d’un sol riche en matiè-
res organiques.
Les transports de gaz dans les bétons ne se produisent généralement pas par écou-
lement (sous l’effet de différences de pression) mais plutôt par diffusion dans l’air
contenu dans les pores ou les fissures du matériau.
La diffusion en phase gazeuse concerne notamment la dessiccation d’un béton
déjà partiellement séché (transport de vapeur d’eau), ainsi que la pénétration de
gaz agressifs pour le béton ou pour ses armatures tels que le gaz carbonique ou
l’oxygène.
Pour décrire le transport diffusif, nous supposons dans un premier temps que les
particules sont à l’état atomique ou moléculaire. C’est bien le cas des gaz ; par
contre, en solution, les particules sont des ions et, en plus du moteur que constitue
la différence de concentration, des forces d’interactions électriques interviennent
dans le transport puisque chaque ion est entouré par d’autres espèces ioniques.
Dans ce cas, les lois que nous allons présenter dans cette première approche doi-
vent être modifiées.
• Diffusion en milieu infini
Le processus est caractérisé par un coefficient de diffusion D défini par la premiè-
re loi de Fick :
∂c
J x = – D -----
∂x
∂c
où Jx est le flux du constituant dans la direction x, et ----- est son gradient de con-
∂x
centration dans cette direction. Le coefficient de diffusion est caractéristique de
l’espèce diffusante, du milieu dans lequel elle diffuse et de la température.
• Diffusion dans un pore
Dans un pore, les parois perturbent le transport dans la direction du gradient de
concentration et le flux J *x s’exprime encore par la première loi de Fick mais le
coefficient de diffusion D*est plus petit que D :
∂c
J *x = – D∗ -----
∂x

99
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

• Diffusion dans un milieu poreux, coefficient de diffusion effectif


Dans un milieu poreux, on décrit le transport à l’aide du flux effectif Je,x qui re-
présente la quantité de constituant qui traverse le matériau par unité de temps et
par unité de surface du matériau dans la direction x. Ce flux reste proportionnel
au gradient de concentration de l’espèce dans la phase support où elle diffuse (la
solution interstitielle pour une espèce ionique ou l’air pour le CO2 atmosphérique
par exemple) et le coefficient de proportionnalité est donné par la première loi de
Fick appliquée au milieu poreux :
∂c
J e, x = – D e ----- (14)
∂x
De est appelé « coefficient de diffusion effectif » et dépend de l’espèce diffusante,
de la phase support, de la structure poreuse du matériau et de la température. Il
dépend aussi de l’état de saturation. Dans ce qui suit nous considérerons que le
milieu poreux est saturé par la phase support.
Les coefficients de diffusion s’expriment en m2/s.
Les modèles physiques relient le coefficient de diffusion effectif De d’un consti-
tuant donné au coefficient de diffusion D de ce même constituant dans la phase
qui remplit les pores. Une relation du type suivant est généralement utilisée, dans
laquelle est introduit le paramètre de constrictivité δ qui rend compte des effets
de la variation de section des pores :
δp o
D e = --------- D (15)
T
où po est la porosité ouverte et T la tortuosité. Cette relation est analogue à celle
σ D
qui définit le facteur de formation F. On retrouve F = ------ = ------ .
σe De
Ce modèle montre que, contrairement au cas de la perméabilité, la taille des pores
n’a pas d’influence sur les propriétés de transport par diffusion.
4.1.2. La diffusion ionique
La solution interstitielle des bétons est fortement concentrée en espèces ioniques:
c’est un électrolyte. Les ions étant eux-mêmes électriquement chargés, leur mou-
vement dans la solution interstitielle n’est pas seulement gouverné par le gradient
∂ψ
de concentration, mais aussi par le gradient de potentiel local ------- dû aux autres
∂x
ions et connu sous le nom de potentiel de membrane.

100
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Le flux dû à ce potentiel de membrane s’exerçant sur un ion i est donné par la re-
lation :
∂ψ
J i, x = – u i c i ------- (16)
∂x
ci étant la concentration de l’espèce i au point considéré et ui sa mobilité ionique.
Le flux total est la somme de la contribution due au gradient de concentration,
donnée par la première loi de Fick, et de celle due au potentiel de membrane soit :
∂c i ∂ψ
J i, x = – D i ------- – u i c i ------- (17)
∂x ∂x
La mobilité ionique est reliée au coefficient de diffusion par l’équation de Nernst-
Einstein :
Di zi F
u i = -------------
- (18)
RT
En portant cette valeur dans la relation précédente on obtient l’équation de
Nernst-Planck :
∂c i z i F ∂ψ
J i, x = – D i ------- – ------- c i D i ------- (19)
∂x RT ∂x
où F est la constante de Faraday, R la constante des gaz parfait et T la température.
Si on considère cette fois la diffusion dans un matériau poreux, la relation donnant
le flux effectif s’établit de façon analogue et on peut écrire :
∂c i z i F ∂ψ
J e, i, x = – D e, i ------- – ------- c i D e, i ------- (20)
∂x RT ∂x
Dans la pratique, le flux d’un ion est généralement exprimé par la première équa-
tion de Fick. Remarquons qu’il s’agit là d’une simplification, puisqu’en procé-
dant ainsi on ne prend pas en compte les interactions électriques créées par les
autres ions de la solution interstitielle. Les erreurs commises en faisant cette sim-
plification ne sont pas très importantes, mais elles expliquent des résultats qui se-
raient inexplicables par la loi de Fick. Nous y reviendrons dans le
paragraphe 4.1.4 consacré à la mesure du coefficient de diffusion effectif. Dans
ce qui suit nous décrivons la diffusion ionique par la loi de Fick.
4.1.3. La cinétique de pénétration d’une espèce par diffusion,
deuxième loi de Fick
L’équation de continuité appliquée à un élément de volume de solution situé à
l’abscisse x et d’épaisseur dx s’écrit :

101
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

∂c ∂J
----- = – -------x- (21)
∂t ∂x

Je (x) Je (x + dx)

Si on exprime le flux par la première loi de Fick et si D est indépendant de x (mi-


lieu homogène), on obtient la deuxième loi de Fick :
2
∂c ∂ c
----- = D -------- (22)
∂t ∂x
2

Si l’élément de volume considéré est un volume de matériau saturé par la phase


support, l’équation de continuité s’écrit :
∂C ∂J e, x
------- = – ------------
- (23)
∂t ∂x
où C représente la concentration de l’espèce diffusante par unité de volume de
matériau. Ce dernier étant saturé, on peut relier la concentration C à la concentra-
tion c dans la phase support grâce à la relation C = poc si tout le constituant diffu-
sant est contenu dans cette phase support. Cette hypothèse correspond au cas où
le constituant considéré est inerte vis-à-vis de la phase solide. En exprimant le
flux effectif par la première loi de Fick, on obtient la deuxième loi de Fick appli-
quée au matériau poreux non réactif :
∂c De ∂2 c ∂ c
2
----- = ------ -------- = D a -------- (24)
∂t p o ∂x 2 ∂x
2

où Da est le coefficient de diffusion apparent du matériau.


L’intégration de l’équation précédente permet de déterminer le profil de pénétra-
tion c(x,t) de l’espèce considérée dans le matériau. Dans les cas simples (milieu
semi-infini, conditions initiales uniformes et conditions aux limites constantes),
on montre que la concentration c(x,t) s’exprime en fonction de la variable unique
x . La progression de la pénétration d’une espèce par diffusion se fait par
η = -----
t
une loi caractéristique en t.

102
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Les espèces que l’on considère dans le domaine de la durabilité des bétons, réa-
gissent souvent avec le solide. Par exemple le béton se carbonate sous l’effet du
dioxyde de carbone. Il se forme aussi des chloroaluminates de calcium hydratés
lorsque les chlorures diffusent dans le béton. Ces réactions retardent la pénétra-
tion des espèces dans le béton et les lois précédentes doivent être modifiées en
conséquence.
L’équation (23) peut être réécrite en considérant que la concentration totale en es-
pèce diffusante C est la somme de deux termes Cl et Cf, respectivement les con-
centrations de l’espèce diffusante à l’état « libre » dans la phase support et à l’état
« fixé » par le solide.
Les concentrations sont généralement rapportées aux quantités qui les contiennent soit
en mole par m3 de solution pour les espèces libres (notation cl) ou en mole par kg de
solide pour les espèces fixées (notation cm,f). L’équation (24) s’écrit alors :
2 2
∂c l De ∂ c ∂ cl
------- = -------------------------------------------------------------- ----------l = D a ---------- (25)
∂t p o + ( 1 – p o )ρ s ∂c m, f ⁄ ∂c l 2 ∂x
2
∂x
Le coefficient de diffusion apparent Da des milieux poreux réactifs dépend du
coefficient de diffusion effectif, de la porosité ouverte po mais aussi des interac-
tions par le biais de la quantité ∂c m, f ⁄ ∂c l , appelée capacité de fixation et qui est
la pente de la courbe cm,f = f (cl) appelée isotherme d’interactions. Dans le cas des
chlorures, cette isotherme est déterminée en mesurant les quantités de chlorures
consommées par le béton dans des solutions à différentes concentrations
[AFG 07]. La figure 3.35 montre que cette isotherme n’est pas linéaire et, par con-
séquent, le coefficient de diffusion apparent Da dépend de la concentration.

103
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

16

Chlorures fixés (mg/g hydrates)


14

12

10

8
E/C = 0,4, pâte de CEM I
6 E/C = 0,6, pâte de CEM I
E/C = 0,8, pâte de CEM I
4 mortier C-S-E = 1-2-0,4
mortier C-S-E = 1-2-0,6
2 mortier C-S-E = 1-2-0,8

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Chlorures (mol/L de solution)

Figure 3.35 : isotherme d’interactions des chlorures, d’après [TAN 93].


Les essais ont été réalisés avec des pâtes de ciment ou de mortiers de CEM I. Trois rapports E/C ont
été choisis et les quantités de chlorures fixés (en ordonnées) sont rapportées à la quantité d’hydrates.
La courbe unique obtenue pour les 6 matériaux montre que les chlorures sont fixés par les hydrates.

4.1.4. Mesure des coefficients de diffusion


Le principe des méthodes habituelles de mesure consiste à établir un gradient de
concentration constant (ou de pression partielle dans le cas des gaz) de part et
d’autre d’une éprouvette d’épaisseur L et de mesurer les quantités d’espèce diffu-
sante sortant de l’échantillon. Les concentrations sont maintenues constantes de
chaque côté de l’échantillon en renouvelant régulièrement les solutions contenues
dans deux compartiments.
Le dispositif utilisé pour les espèces ioniques ou les radioéléments en solution est
présenté à la figure 3.36.
• Remarque sur l’essai de diffusion simple
Le calcul du coefficient de diffusion effectif se fait à partir du flux en régime per-
manent en appliquant la première loi de Fick (éq. 14). Il s’agit d’une simplifica-
tion puisque le flux doit s’exprimer en toute rigueur selon la loi de Nernst-Planck
(éq. 20). Pour utiliser l’équation de Nernst-Planck il faudrait connaître le champ
électrique local créé par les autres ions ce qui est compliqué en pratique. Les va-
leurs obtenues par application de la première loi de Fick dépendent de la concen-
tration dans le compartiment amont et, pour les espèces ioniques, de la nature du
contre ion associé. Il s’agit là d’une conséquence de l’approche simplifiée
[OLL 02].

104
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

La durée permettant d’obtenir le régime permanent est très longue (plus d’un an
pour un béton courant de 3cm d’épaisseur. Le temps de mesure n’est donc pas
compatible avec les exigences de contrôle de qualité ou de mise au point d’une
formule de béton. Dans la pratique et pour les espèces ioniques, on réalise des es-
sais accélérés en appliquant un champ électrique extérieur (figure 3.37).

9
8
7
QL/c0 (10–6 m2)

6
5
4
3
2
1
0
0 50 100 150 200

Durée (jours)

Figure 3.36 : principe de la mesure du coefficient de diffusion effectif.


Essai de diffusion simple.
Le flux est déterminé à partir des quantités d’espèces diffusantes mesurées dans le compartiment
aval à l’occasion de chaque renouvellement. En régime permanent le flux constant est donné par
ΔQ
J e, x = ---------- où ΔQ est la quantité diffusée pendant l’intervalle de temps Δt à travers la section S de
SΔt
l’éprouvette. Le coefficient de diffusion effectif est calculé en appliquant la première loi de Fick (14)
J e, x
selon la relation D e = --------- -L.
c0

105
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Valve de contrôle
des volumes 3,5

du côté anodique
Gain en Cl– (g)
Anode (+) Cathode (-)
2,5

2
Anions
1,5
Cations Valve d'évacuation
1
2OH– H2O + 1/2O2 + 2e– H2O + e– 1/2H2 + OH– 0,5

Compartiment anodique Compartiment cathodique 0


0 50 100 150 200 250 300 350
Joint en silicone
Échantillon de mortier Temps (h)

Figure 3.37 : principe de la mesure du coefficient de diffusion effectif.


Essai sous champ électrique.
L’éprouvette de béton est placée entre deux compartiments. Pour la mesure du coefficient de diffusion
des chlorures par exemple, la solution dans le compartiment de droite sur la figure contient du chlorure
de sodium (concentration c). Une différence de potentiel de l’ordre de 10 V accélère le transfert des
chlorures vers le compartiment de gauche. La courbe de droite est relative à un béton de hautes per-
formances (E/C = 0,32). Le régime permanent avec une éprouvette de 3 cm d’épaisseur est obtenu
en quelques jours. Le coefficient de diffusion effectif est calculé en régime permanent à partir de la loi
de Nernst-Planck. En négligeant le terme diffusif et en supposant que le terme de la relation de
Nernst-Planck n’est dû qu’à la différence de potentiel ΔV appliquée à l’éprouvette d’épaisseur L, le
J e, x RTL
coefficient de diffusion effectif est donné par D e = ----------------------
- le flux constant étant donné par
cF
ΔQ
J e, x = ---------- où ΔQ est la quantité traversant l’éprouvette pendant l’intervalle de temps Δt à travers sa
SΔt
section S.

Comme pour l’essai de diffusion simple, l’essai sous champ électrique présenté à
la figure 3.37 permet de mesurer le coefficient de diffusion effectif. Du fait de la
simplification adoptée dans le calcul, le résultat obtenu dépend des conditions aux
limites (concentration des solutions, différence de potentiel appliquée). D’autres
essais permettent de déterminer le coefficient de diffusion apparent. Ces essais
sont réalisés en régime non permanent. Les plus utilisés sont l’essai d’immersion
et l’essai de pénétration sous champ électrique et font l’objet d’une normalisation.
L’essai d’immersion (NT Build 443) est basé sur la deuxième loi de Fick. Les
échantillons à tester sont immergés 35 jours à 23 °C dans une solution à 165 g/L
de NaCl (figure 3.38).

106
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Revêtement
étanche DIFFUSION Csa Profil des chlorures

en chlorures totaux
Concentration
Courbe ajustée
Points
expérimentaux
Béton
Ci

Distance à la surface exposée


[Cl–]

Figure 3.38 : schéma de l’essai d’immersion NT BUILD 443.


À la fin de l’immersion, le coefficient de diffusion apparent est calculé à partir du profil de chlorures
déterminé expérimentalement. Le coefficient Da est déduit du profil sur la base de la deuxième loi de
Fick. Si on suppose que les interactions entre les chlorures et le béton sont linéaires (cf = Kcl), l’équa-
tion (25) peut s’écrire :
2
∂c ∂ ( cl + cf ) ∂ c
-------t = ----------------------
- = D a ----------t (26)
∂t ∂t ∂x
2

L’équation du profil de chlorures totaux, solution de la relation (25), est :


x
ct = c t, initial + ( c t, s c t, initial )erfc ----------------- (27)
( x, t )
aD a t

Dans cette relation, t est le temps d’’immersion et les concentrations sont exprimées en mole/m3 de
liquide interstitiel. ct,s et ct,initial sont les concentrations de la solution d’immersion et de la solution in-
terstitielle du béton avant immersion (en général proche de zéro). La fonction erfc(y) est définie par
y
2
2

u du
erfc ( y ) = 1 – ------- e et tabulée dans les bases de données mathématiques classiques.
π
0

Les concentrations mesurées pour la détermination expérimentale du profil sont en général expri-
mées en mole ou kg de chlorure par kg de béton. La relation (27) peut s’écrire avec ces nouvelles
unités :
x
c m, t = c m, t, initial + ( c m, t, s c m, t, initial )erfc ----------------- (28)
( x, t )
aD a t

Le profil expérimental est calé avec la relation (28) et le coefficient de diffusion apparent est obtenu
en recherchant le meilleur calage possible.

Le calcul du coefficient de diffusion apparent selon cette méthode est basé sur un
grand nombre d’hypothèses (première loi de Fick applicable, interactions linéai-
res, matériau homogène dans la direction de pénétration des chlorures). Elle pré-
sente néanmoins l’avantage de fournir un coefficient dans les conditions
naturelles de diffusion et dans un délai raisonnable. Cette méthode est aussi à la
base de modèles de prédiction de la pénétration des chlorures, car elle permet de

107
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

prédire le profil à partir de la mesure de Da et de la concentration dans le milieu


d’immersion en utilisant la relation (27) ou (28).
Le deuxième essai, appelé CTH method et normalisé sous le numéro NT
BUILD 492 est une méthode de pénétration sous champ électrique (figure 3.39).
Elle présente l’avantage de fournir les résultats au bout de 24 heures.
+ Alimentation
en courant continu

a
b
c
f
d
g
e
h

a : cylindre de caoutchouc e : compartiment cathodique


b : compartiment anodique f : cathode
c : anode g : support
d : échantillon h : récipient en matière plastique

Figure 3.39 : schéma de principe de la méthode CTH NT BUILD 492, d’après [TAN 96].
La pénétration des chlorures dans l’éprouvette est accélérée par une différence de potentiel. À la fin
de l’essai, l’éprouvette est rompue par fendage, et la profondeur de pénétration est mesurée au
moyen d’un révélateur coloré : du nitrate d’argent. La différence de potentiel est choisie de telle sorte
qu’à la fin de l’essai, qui dure 24 heures, le front de pénétration des chlorures n’atteigne pas la face
de sortie de l’éprouvette. Le réglage de la tension est effectué sur la base de la mesure du courant
traversant l’échantillon au début de l’essai. Le coefficient de diffusion apparent est calculé au moyen
d’une formule empirique.

Au bilan, les méthodes de mesure des coefficients de diffusion sont nombreuses


et les calculs associés reposent sur des hypothèses simplificatrices. Il faut donc
bien préciser que les résultats obtenus dépendent des conditions expérimentales
et que les coefficients calculés ne permettent que des comparaisons entre maté-
riaux à condition bien sûr que les essais aient été conduits de la même façon.
Des efforts de normalisation sont en cours et ils n’ont pas encore abouti au mo-
ment de la rédaction de ce livre. Dans ce qui suit des données quantitatives seront
fournies pour illustrer l’influence de la composition des bétons. Il faudra se garder
de comparer les valeurs relevées dans des figures différentes car elles peuvent être
issues de diverses méthodes de mesure.

108
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

4.2. Relation entre la diffusion et la structure poreuse


Le coefficient de diffusion effectif d’une espèce donnée dans un matériau poreux
comme la pâte de ciment ou le béton peut être relié au coefficient de diffusion de
cette espèce dans la solution interstitielle, généralement assimilée à l’eau, au
1 pδ
moyen de la relation (15) --- = ------ . Des trois paramètres intervenant dans cette
F T
relation, seule la porosité ouverte peut être mesurée simplement. La constrictivité
et la tortuosité caractérisent globalement la géométrie des pores et la figure 3.40
montre qu’ils sont variables d’un matériau à l’autre. À porosité donnée, le terme
δ
--- est environ 10 fois plus petit pour les pâtes de ciment de type CEM V que pour
T
les CEM I.
Porosité à l'eau (%)

50 Pâtes CEM I
10–10 Pâtes CEM I
Pâtes CEM V
40 Pâtes CEM V
De(m2/s)

30 10–11

20
10–12
10
10–13
0 0,20 0,30 0,40 0,50 0,60 0,70 0,80
0,20 0,30 0,40 0,50 0,60
Rapport E/C Rapport E/C
(a) (b)
Figure 3.40 : variation de la porosité à l’eau et du coefficient de diffusion effectif de pâtes
de ciments CEM I et CEM V en fonction du rapport E/C, d’après [BEJ 06].
Les porosités à l’eau des pâtes de ciments de type CEM V sont un peu plus grandes que celles des
pâtes de CEM I de même rapport E/C (figure a). Les coefficients de diffusion portés sur la figure b
sont des coefficients de diffusion effectifs de l’eau tritiée mesurés sur des échantillons matures. Pour
un rapport E/C donné, le coefficient de diffusion des pâtes de CEM V est environ 10 fois plus petit que
celui des pâtes de CEM I malgré une porosité plus grande. La figure montre que la géométrie de la
structure poreuse joue un rôle important dans la diffusion.

Plusieurs relations empiriques ont été proposées pour rendre compte de la variation
du coefficient de diffusion des pâtes de ciment avec la porosité mais elles ne pré-
sentent pas de caractère général puisqu’elles dépendent des matériaux (voir la fi-
gure 3.40). S’il n’existe pas de modèles prédictifs satisfaisants pour les pâtes et
bétons, la figure 3.40 montre que le coefficient de diffusion effectif croît avec la
porosité et qu’il est influencé par la structure poreuse : à porosité égale, les pâtes
de ciment de type CEM V contiennent plus de pores de petites tailles. Ce résultat
semble contredire le fait que le coefficient de diffusion effectif est indépendant de
la taille des pores. En fait, c’est la plus grande tortuosité dans les pâtes de ciment
de type CEM V qui serait responsable de la diminution du coefficient de diffusion.

109
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

4.3. Influence des paramètres de composition des bétons


sur la diffusion
4.3.1. Influence du rapport E/C
Le coefficient de diffusion effectif des bétons diminue avec le rapport E/C
(figure 3.41) comme dans le cas des pâtes de ciment (figure 3.40). La perméabilité
présente une variation rapide à partir d’un rapport E/C de l’ordre de 0,5
(figure 3.32) ce qui correspond au seuil d’interconnexion de la porosité capillaire.
Cet effet ne se retrouve pas avec la diffusion mais on peut noter qu’entre des va-
leurs de 0,3 et 0,7 du rapport E/C, le coefficient de diffusion est multiplié par un
facteur 20.
40

35

30
De(10-12m2/s)

25

20

15

10

0
0,25 0,35 0,45 0,55 0,65 0,75 0,85
E/C
Figure 3.41 : influence du rapport E/C sur le coefficient de diffusion des bétons,
d’après [TAN 03].

4.3.2. Influence des granulats


L’influence de la nature des granulats a été peu étudiée, par contre celle de la te-
neur en granulats a fait l’objet de davantage d’études. On peut citer les résultats
obtenus par Lobet qui a mené une recherche assez complète sur ce sujet
[LOB 03]. L’influence de la fraction volumique des granulats peut être décrite
avec une assez bonne précision en considérant un effet de dilution : le coefficient
de diffusion effectif diminue de la même façon que le volume de pâte dans les mé-
langes. En première approximation on peut donc penser que l’augmentation du
coefficient de diffusion dans l’auréole de transition formée autour des granulats
[DEL 97] est compensée par l’augmentation de tortuosité occasionnée par les gra-
nulats. La figure 3.42 illustre l’influence de la dimension maximale des grains.
Dans le domaine des bétons, ce paramètre a peu d’influence.

110
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

3
Mortiers E/C=0,32 Mortiers E/C=0,55
2,5 Bétons E/C=0,32 Bétons E/C=0,55

2
De(10-12m2/s)
1,5

0,5

0
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22

Taille maximale du granulat (mm)

Figure 3.42 : influence de la taille maximale des grains


sur le coefficient de diffusion effectif, d’après [LOB 03].

4.3.3. Influence des additions minérales


Certains ciments composés permettent de réduire le coefficient de diffusion des
chlorures (figure 3.43).
Comme dans le cas des pâtes de CEM I et de CEM V (figure 3.40), les bétons con-
fectionnés avec des constituants réactifs (cendres volantes, laitiers ou fumée de
silice) ont des coefficients de diffusion plus faibles que les bétons de CEM I de
même porosité.

3,5

2,5 CEM I
De(10-12m2/s)

1,5

1
Bétons de ciments
0,5 composés

0
10 11 12 13 14 15 16 17

Porosité à l'eau (%)

Figure 3.43 : variation du coefficient de diffusion effectif de bétons


en fonction de leur porosité, d’après [CAR 05].
Les bétons de cette étude ont été confectionnés avec des ciments de type CEM I ou CEM II, III ou IV,
contenant des cendres volantes, de la fumée de silice ou du laitier de haut-fourneau (rapport E/C variant
entre 0,35 et 0,50). Les coefficients de diffusion effectifs ont été mesurés par un essai accéléré sous
champ électrique à l’âge de 6 mois. Malgré des porosités à l’eau relativement plus élevées, les bétons à
base de ciments composés ont des coefficients de diffusion plus faibles que les bétons à base de CEM I.

111
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Les matériaux pouzzolaniques tels que les cendres volantes ou la fumée de silice
peuvent aussi être utilisés comme addition minérale en substitution partielle au ci-
ment et leur effet est aussi bénéfique que lorsqu’ils sont incorporés dans le ciment
(figure 3.44). Il est intéressant de noter que l’utilisation conjointe de fumée de si-
lice et de cendres volantes peut réduire très fortement le coefficient de diffusion
des bétons.
40 10
CEM I CEM I
De (10-12m2/s)

De (10-12m2/s)
30 FS 8 FS
CV CV
6
20 CV + SF CV + SF
4
10
2
0 0
0,25 0,35 0,45 0,55 0,65 0,75 0,85 0,25 0,3 0,35 0,4 0,45
E/C E/L
Figure 3.44 : influence de l’addition de fumée de silice et de cendres volantes
sur le coefficient de diffusion effectif des chlorures dans le béton [TAN 03].
Les diagrammes sont présentés soit en fonction du rapport E/C soit en fonction du rapport E/L. Les
additions de cendres volantes et de fumée de silice entrainent une diminution du coefficient effectif
des chlorures. On peut noter le très faible coefficient de diffusion obtenu grâce à l’addition d’un mé-
lange de cendres volantes et de fumée de silice.

Au paragraphe 3.3.3, lorsque nous avons présenté l’influence des additions miné-
rales sur la perméabilité des bétons, nous avons indiqué qu’il valait mieux com-
parer des bétons confectionnés à même résistance plutôt que de faire les
comparaisons à même rapport eau/ciment ou eau/liant. Malheureusement, les
données ne sont pas nombreuses dans le cas de la diffusion. Figure 3.43, la com-
paraison peut être faite pour une porosité donnée. Les améliorations obtenues
avec les ciments composés s’expliquent par la segmentation du réseau poreux.
Les résultats sont comparables à ceux obtenus sur pâtes (voir la figure 3.40).
Quelques données permettent toutefois de conclure quant à l’effet bénéfique des
cendres volantes. À titre d’exemple, il a ainsi été montré dans le projet national
BHP 2000, que le coefficient de diffusion effectif d’un béton de résistance à
A
28 jours de 58 MPa préparé avec un taux de cendres volantes -------------- = 0 ,3 est
A+C
deux fois plus petit que celui d’un BHP de 75 MPa confectionné avec du CEM I
sans addition [BAR 05].
4.3.4. Diffusion dans les BHP
Le coefficient de diffusion effectif des bétons diminue lorsque la résistance aug-
mente comme l’illustre la figure 3.45.

112
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Le coefficient de diffusion des BHP est inférieur à celui des bétons courants d’un
facteur de 100 à 1000. L’autodessiccation des BHP et la microfissuration qui
pourrait en résulter ne conduisent pas à une augmentation du coefficient de dif-
fusion.
Notons qu’au laboratoire les échantillons sont saturés sous vide avant les essais
alors qu’en service, du fait de leur autodessiccation, les BHP sont probablement
moins saturés et les possibilités de diffusion sont plus faibles. Ce point est discuté
au titre suivant.
100

10
De, cl-(10-12m2/s)

0,1

0,01

0,001
0 20 40 60 80 100 120 140

fc28j(MPa)

Figure 3.45 : variation du coefficient de diffusion effectif des bétons


en fonction de leur résistance en compression à 28 jours, d’après [YSS 95].
Les bétons de cette étude sont réalisés avec du ciment CEM I ou du ciment CEM II et peuvent contenir
de la fumée de silice. Après 24 heures de cure humide, ils sont conservés dans l’air à 20 °C et 50 %HR
jusqu’à 1 an, âge de l’essai. Le coefficient de diffusion est mesuré au moyen d’un essai accéléré sous
champ électrique sur des éprouvettes préalablement saturées sous vide. Comme pour la perméabilité
au gaz, on peut noter que le coefficient de diffusion effectif ne diminue plus pour des résistances su-
périeures à 85 MPa. La figure 3.34 montre qu’une voie d’amélioration peut consister à combiner plu-
sieurs additions minérales.

La structure poreuse des bétons fibrés ultraperformants (BFUP)


Les BFUP sont des matériaux très différents de ceux que l’on rencontre habituelle-
ment dans le génie civil. Outre des résistances mécaniques largement supérieures à
celles des bétons « classiques » (fc,28 de 200 à 800 MPa ; ft,28 de 20 à 150 MPa), ces
matériaux présentent des caractéristiques remarquables en terme de durabilité comme
le montrent les résultats expérimentaux dont on dispose à l’heure actuelle.
Comment obtient-on de telles propriétés ?
Les BFUP sont des matériaux très homogènes obtenus en supprimant les gros granu-
lats : le diamètre maximal utilisé est de l’ordre de quelques centaines de µm à quel-
ques mm. De plus, la compacité est améliorée, grâce à des rapports E/C inférieurs à
0,25 et grâce à l’utilisation de fumée de silice ou de silice de synthèse ultra-fine. Dans

113
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

certains cas, le matériau est comprimé après coulage. La ductilité est assurée grâce à
l’introduction de fibres métalliques très fines.
Avantage principal : la durabilité
La structure poreuse de ces matériaux se caractérise par une absence de porosité ca-
pillaire et une porosité à très petite échelle non interconnectée : ceci se traduit par des
propriétés de transfert très améliorées par rapport aux bétons courants comme le mon-
trent les résultats du tableau suivant. En outre, l’existence de clinker résiduel en gran-
de quantité peut permettre la « cicatrisation » du matériau.
Comparaison des principaux indicateurs de durabilité pour les différentes familles de
bétons
Béton d’usage courant (BC) ; béton à hautes performances (BHP) ; béton à très hautes
performances (BTHP) ; béton fibré ultraperformant (BFUP) :
Indicateur de durabilité Méthode utilisée BC BHP BTHP BFUP
Porosité à l’eau (%) AFREM-AFGC 14-20 10-13 6-9 1,5-5
Perméabilité
AFREM-AFGC 10– 16 10– 17 10– 18 < 10– 19
à l’oxygène (m2)
Coefficient de diffusion Régime permanent
2 . 10– 11 2 . 10– 12 2 . 10– 13 2 . 10– 14
du tritium (m2/s) – Diffusion libre

Référence : AFGC, Bétons fibrés à ultra hautes performances (BFUP) Recommandations provisoires, jan-
vier 2002.
Encadré rédigé par Myriam Carcassès.

4.4. Influence des conditions de service et de l’âge des ouvrages


sur la diffusion
Les coefficients de diffusion effectifs sont habituellement mesurés au laboratoire
à 20 °C, à l’état saturé et à l’âge de 28 jours. Ces valeurs sont ensuite utilisées dans
des modèles dont l’objectif est de prévoir la pénétration d’une espèce agressive,
notamment des chlorures. Ces ouvrages sont parfois exposés à des conditions cli-
matiques très différentes de celles du laboratoire, et nous nous proposons d’ap-
porter dans ce qui suit des données expérimentales permettant de prendre en
compte les conditions de service.
4.4.1. Influence de l’état de saturation sur la diffusion
Dans le cas des chlorures la diffusion a lieu en phase liquide. L’état de saturation
des bétons a donc une influence sur les transferts ioniques. Les mesures directes
de l’influence de l’état de saturation ne sont pas aisées mais on dispose d’une in-
formation indirecte à travers des mesures de conductivité électrique. Au paragra-
phe 4.1.1 la définition suivante du facteur de formation a été donnée :
σ D
F = ------ = ------ . Les grandeurs D et σ étant des caractéristiques de la solution in-
σe De

114
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

terstitielle, la mesure de la conductivité du béton dans un certain état de saturation


permet d’évaluer son coefficient de diffusion effectif dans le même état de satu-
ration. La figure 3.46 représente la variation de la conductivité en fonction du de-
gré de saturation [FRA 01]. Un seuil de percolation apparaît clairement: en deçà
de 60 % de saturation, la phase liquide n’est pas continue au sein du matériau et
la diffusion est impossible.

De(S)
De(S = 1)
1

0,75

0,5

0,25

0 S
0 0,25 0,5 0,75 1

Figure 3.46 : influence de l’état de saturation sur le coefficient de diffusion effectif


des ions, d’après [FRA 01].
Les données expérimentales ont été obtenues en mesurant la conductivité électrique de matériaux à
l’équilibre avec différentes humidités relatives. Les degrés de saturation ont été déduits des isother-
mes de sorption. Ces résultats mettent en évidence l’existence d’un seuil en deçà duquel la phase
liquide n’est plus continue dans le matériau ce qui empêche la pénétration des agents agressifs par
diffusion. Lorsque le béton n’est pas saturé les transferts ioniques peuvent se produire par absorption
capillaire.

Les transferts gazeux sont aussi influencés par l’état de saturation du matériau. Le
coefficient de diffusion des gaz dans l’air étant environ 10 000 fois plus élevé que
dans l’eau, si le séchage du béton permet l’existence d’un chemin continu empli
d’air au travers des pores, le coefficient de diffusion des gaz augmente fortement.
C’est ce que montre la figure 3.47.

115
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

10 –5

10 –7

Coefficient de diffusion (m²/s) 10 –9

CEM I - E/C 0,35


10 –11
CEM I - E/C 0,45

10 –13
0 20 40 60 80 100
Humidité relative (%)

Figure 3.47 : influence de l’état de saturation sur le coefficient de diffusion effectif


de l’hydrogène, d’après [SER 06].
En dessous de 60 % d’humidité relative, il existe un réseau interconnecté de pores emplis d’air dans
les pâtes de ciment testées et la diffusion gazeuse à travers ce réseau est importante. Entre 60 % et
80 % d’humidité relative le coefficient de diffusion gazeux diminue d’un facteur 100.

4.4.2. Influence de la température sur la diffusion


En introduction, nous avons indiqué que la diffusion résultait de l’agitation molé-
culaire qui dépend de la température. La diffusion est thermoactivée et la varia-
tion du coefficient de diffusion avec la température est donnée par la loi
d’Arrhénius :
E 1 1⎞
-----a ⎛ ----
- – ---
R ⎝ T 0 T⎠
D = D0 e
où D est le coefficient de diffusion à la température T, D0 le coefficient de diffu-
sion à la température T0 de référence, R la constante des gaz parfaits, T la tempé-
rature et Ea, l’énergie apparente d’activation.
Cette relation peut être étendue à la variation du coefficient de diffusion effectif
dans les matériaux cimentaires. Des valeurs sont fournies au tableau 3.5. Les va-
leurs trouvées sont différentes de celles des mêmes espèces en solution diluée (par
exemple 18 kJ/mole pour Cl–) [CHE 75]. Cette différence suggère qu’il y a fortes
interactions entre les ions et la surface des hydrates [GOT 81] et montre qu’il con-
vient de déterminer l’énergie d’activation pour chaque formule de béton pour
connaître l’influence de la température sur la diffusion.
L’énergie d’activation dépend aussi du ciment. Par exemple, Nguyen trouve
35,7 kJ/mole pour un mortier de CEM I et 32,3 kJ/mole avec un CEM V [NGU 06].

116
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

Tableau 3.5 : énergie d’activation utilisable pour calculer la variation


du coefficient de diffusion effectif avec la température.

Matériau Espèce diffusante Energie d’activation (kJ/mole) référence

Pâte de ciment E/C = 0,4 Cl– 40,2 [GOT 81]

Pâte de ciment E/C = 0,6 Cl– 32,0 ± 2,4 [PAG 81]

Pâte de ciment E/C = 0,5 Cl– 44,6 ± 4,3 [PAG 81]

Pâte de ciment E/C = 0,4 Cl– 41,8 ± 4,0 [PAG 81]

Béton Cl– 35 Life 365 Model

À titre d’exemple, en retenant la valeur de l’énergie d’activation donnée par le


modèle Life 365 donnée au tableau 3.5, le coefficient de diffusion effectif des
chlorures dans le béton est multiplié par 5 entre 5 °C et 40 °C. La diffusion est
fortement accélérée par la température.

4.4.3. Influence de l’âge et des conditions d’hydratation sur la diffusion


des chlorures
Les essais accélérés permettent d’évaluer l’effet du vieillissement des bétons sur
le coefficient de diffusion effectif. Aux jeunes âges, les variations sont rapides (fi-
gure 3.48).

0,55
Coefficient de diffusion effectif

0,55 PM
(10–12 m2/s)

4 7 11 14
Âge (jours)

Figure 3.48 : influence de l’âge d’un béton sur le coefficient de diffusion effectif
des chlorures [TRU 00].
Le béton de l’étude est un béton de CEM I ou de CEM I PM (E/C = 0,55). Le coefficient de diffusion,
mesuré au moyen d’une méthode accélérée sous champ électrique, diminue rapidement dans les pre-
miers jours.

117
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Les données montrent l’importance de la durée de la cure. La figure 3.39 donne


des informations sur l’évolution du coefficient de diffusion à plus long terme et
montre que plus le rapport E/C est élevé, plus le coefficient de diffusion effectif
peut diminuer en augmentant la durée de conservation dans l’eau. De ce point de
vue, les conditions sont favorables dans les ouvrages immergés. Si le vieillisse-
ment s’effectue dans l’air, la diminution du coefficient de diffusion est beaucoup
plus faible, notamment pour les bétons de faible résistance (figure 3.49).

80 80
28 jours 180 jours
Coefficient de diffusion (. 10–13 m2/s)

Coefficient de diffusion (. 10–13 m2/s)


60 60

Eau à 23 °C Eau à 23 °C
40 40
Air à 23 °C, 55 % HR Air à 23 °C, 55 % HR

20 20

2
2
1
1
0 0
20 30 40 50 60 70 20 30 40 50 60 70

Résistance à la compression à 28 jours (MPa) Résistance à la compression à 28 jours (MPa)

(a) (b)

Figure 3.49 : influence de la cure sur le coefficient de diffusion effectif des chlorures
dans le béton, d’après [DHI 93].
Les coefficients de diffusion sont mesurés au moyen d’une méthode accélérée sous champ électri-
que. Ils sont portés sur l’axe des ordonnées en fonction de la résistance à la compression de bétons
de ciment Portland mesurées à l’âge de 28 jours après conservation dans l’eau à 23 °C.
Deux modes de cure ont été retenus :
– dans l’eau à 23 °C jusqu’au moment de l’essai (courbes 1) ;
– dans l’air à 23 °C et 55 % HR après démoulage à 1 jour (courbes 2).
Les résultats à 28 jours (a) montrent que la cure dans l’eau réduit le coefficient de diffusion et ceci
d’autant plus que la résistance mécanique du béton est faible.
Après 6 mois (b), la valeur du coefficient de diffusion est devenue beaucoup plus petite pour les bé-
tons conservés sous eau, alors que, pour les bétons conservés à l’air sec, elle n’a pas évolué, con-
servant la valeur qu’elle avait à 28 jours.

118
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

5. LE SÉCHAGE NATUREL
5.1. Les processus physiques et leur modélisation
Lorsque l’on fabrique un béton ordinaire, la quantité d’eau utilisée est supérieure
à celle nécessaire à l’hydratation. Le béton contient donc dans sa porosité de l’eau
liquide et a une humidité interne très élevée. Lorsque l’humidité externe est plus
faible que celle du béton, le processus de séchage naturel a lieu.
Le séchage naturel du béton est un phénomène lent (une éprouvette de diamètre
16 cm mettra environ 10 ans pour être en équilibre avec l’atmosphère extérieu-
re) et qui joue un rôle important dans un grand nombre d’autres phénomènes
(carbonatation, retraits, fluage, alcali-réaction…).
Sa compréhension et sa modélisation revêtent donc une grande importance pour
les structures en béton. Mais c’est un phénomène complexe qui fait intervenir
beaucoup de mécanismes : diffusion, perméation, sorption et des couplages avec
d’autres phénomènes : hydratation, comportement mécanique…
Si nous considérons les trois phases présentes dans la porosité du béton, l’eau li-
quide, la vapeur d’eau et l’air sec, nous pouvons écrire [MAI 2001] :
– la conservation de la masse de chacun des constituants ;
– la loi de Darcy appliquée au transport de l’air humide et de l’eau liquide ;
– les équations d’état (l’air sec et la vapeur d’eau sont des gaz parfaits, l’eau
liquide est incompressible) ;
– la succion capillaire pc, différence entre la pression de gaz et celle du liquide,
en fonction de la saturation ;
– la loi de Clapeyron en condition isotherme qui donne une relation entre la pres-
sion de liquide et la pression de vapeur.
Si la pression totale de gaz est égale à la pression atmosphérique, la dernière re-
lation est alors la loi de Kelvin, qui permet de relier la succion capillaire à l’hu-
midité relative. Dans ce cas, on peut montrer que le séchage se réduit à (cf.
[BAZ 72, MEN 88, XI 94, DAI 88] par exemple) :
∂w
------- = div ( D ( w )gradw )
∂t
où w est la teneur en eau du béton. Chez certains auteurs cette relation est expri-
mée en fonction de l’humidité relative interne h du béton. Mais comme h et w peu-
vent être reliés par une relation de sorption (cf. § 2.1.3) les deux écritures sont
équivalentes. La diffusivité D (w) est une diffusivité apparente qui varie de ma-
nière très non linéaire avec la teneur en eau, devenant très faible lorsque w dimi-
nue (le séchage devient de plus en plus lent au cours du temps).

119
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Toutefois, Mainguy a montré que l’hypothèse selon laquelle la pression de gaz est
égale à la pression atmosphérique n’était pas la plus probable : compte tenu de la
faible perméabilité du béton, il semble que la pression totale de gaz devienne plus
forte que la pression atmosphérique [MAI 2001]. Dans ce cas, il a montré égale-
ment que l’essentiel du transport se faisait par l’eau liquide et dépendait donc, de
par la loi de Darcy, de la perméabilité (ce qui fait que le séchage peut être une mé-
thode inverse permettant d’estimer la perméabilité, cf. [BAR 99]). On a donc éva-
poration de l’eau liquide en zone superficielle du béton, ce qui entraîne un
gradient d’eau liquide entre la surface et le cœur ainsi qu’un flux d’eau vers l’ex-
térieur jusqu’à l’équilibre entre les états hydriques externe et interne.
Si l’on ne considère que le transport de l’eau liquide, on retrouve une équation du
type de celle présentée plus haut. La non-linéarité de la diffusivité apparente pro-
vient dans ce cas des relations saturation/pression capillaire, d’une part, et de la
relation saturation-perméabilité relative à l’eau, d’autre part.
Ceci explique pourquoi la plupart des modèles, bien que reposant sur des hypo-
thèses physiques assez différentes, permettent néanmoins de retrouver, dans la
plupart des cas par une approche phénoménologique de l’expression D (w), les
courbes de perte en masse et les profils de teneur en eau. On notera enfin que cette
équation implique un effet d’échelle dans le phénomène de séchage : si on double
l’épaisseur d’une structure, elle mettra quatre fois plus de temps à sécher. Ceci si-
gnifie aussi que, pour des structures très massives, l’état d’équilibre hydrique ne
sera jamais atteint pendant la durée de service de l’ouvrage considéré et que, seule
la peau du béton, aura séché.
5.2. La mesure de suivi du séchage
Le calage de la relation D (w) nécessite au moins la mesure d’une courbe de perte
de masse. Ceci ne présente pas de difficultés tant qu’il s’agit d’une éprouvette si
ce n’est la maîtrise des conditions aux limites. Pour une structure réalisée en la-
boratoire cela reste encore possible (voir par exemple [MUL 04]). Évidemment,
pour une structure réelle, cela devient irréalisable. De plus, cette mesure est glo-
bale et ne donne pas d’information sur l’allure des gradients de teneur en eau qui
se développent au cours du séchage.
Pour cela, on a besoin de mesures locales. On peut, bien sûr, implanter dans la
structure des sondes d’humidité relative ou des sondes capacitives. Les sondes
d’humidité relative sont des sondes placées dans des cavités à l’intérieur du béton
et qui mesurent donc l’humidité relative de l’air contenu dans la cavité [PAR 88,
AND 99, MUL 04]. Les sondes capacitives sont constituées de deux électrodes
cylindriques en acier inoxydable disposées avec un écartement donné (20 mm par
exemple, cf. [GOD 00]). La mesure de la permittivité électrique entre ces deux

120
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

électrodes permet, par un étalonnage préalable, d’en déduire la teneur en eau du


béton entre les électrodes, la permittivité relative de l’eau étant nettement plus
élevée que celle du béton ou de l’air. Ces deux techniques nécessitent la mise en
place de réservations (dans le cas des sondes capacitives on peut également forer
le béton pour les mettre en place). Ces sondes peuvent bien sûr perturber le phé-
nomène mesuré.
En laboratoire, il existe une autre technique, non intrusive : la gammadensimétrie
[ACK 88]. Cette technique consiste à faire traverser le béton par un rayonnement
γ dont on mesure le taux d’absorption. Le taux de photons traversant est donné par
la loi de Lambert :
C = C 0 exp ( – kμ'γx )
où C est le taux de photons transmis par le béton, C0 est le taux émis par la source
de rayonnement, k est un coefficient correcteur lié à la géométrie de l’appareil, µ’
est le coefficient d’absorption massique du béton, γ est la masse volumique et x
l’épaisseur de béton traversé. La mesure de C permet donc de connaître la masse
volumique du béton, qui dépend de sa teneur en eau. La figure 3.50 donne un
exemple de résultats obtenus pour un béton ordinaire et un béton hautes perfor-
mances [BAR 99]. On peut y constater qu’un an après le début du séchage, il exis-
te encore de forts gradients de teneur en eau, particulièrement pour le BHP.

Béton courant BHP


0,5 0,5
Variation de densité relative (%)
Variation de densité relative (%)

0,0 0,0

– 0,5 – 0,5

– 1,0 – 1,0

– 1,5 t=0 – 1,5 t=0


t = 7 jours t = 7 jours
– 2,0 – 2,0
t = 63 jours t = 62 jours
– 2,5 t = 128 jours – 2,5 t = 127 jours
t = 356 jours t = 359 jours
– 3,0 – 3,0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Hauteur (mm) Hauteur (mm)

Figure 3.50 : évolution de la teneur en eau, mesurée par gammadensimétrie.


Éprouvette de hauteur 10 cm, séchage radial à HR = 50 % et T = 20 °C [BAR 99].
La variation de masse volumique dans l’épaisseur des éprouvettes est suivie par gammadensimétrie.
Elle reflète le gradient d’humidité qui existe dans l’épaisseur à un instant donné. Après un an de sé-
chage à 50 % HR, le séchage est beaucoup plus important dans les éprouvettes de béton courant
(figure de gauche) que dans les BHP (figure de droite).

Notons enfin que la comparaison de l’intégration des mesures locales (sondes capaci-
tives ou gammadensimétrie) et des pesées montre un bon accord [BAR 94, GOD 00].

121
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

5.3. Couplage séchage/comportement mécanique


Nous ne traitons ici que de certains effets du séchage sur le comportement méca-
nique et son symétrique. Les effets majeurs comme la fissuration de peau, les re-
trait et fluage de dessiccation seront décrits au chapitre 5 et au chapitre 6.
5.3.1. Influence du comportement mécanique sur le séchage
L’application d’une contrainte de compression modérée n’affecte pas la cinétique
de séchage du béton. Maney a montré, en comparant les pertes de poids de cylin-
dres chargés à 1000 psi (soit 7 MPa environ) et non chargés, qu’il n’y avait aucune
différence significative [MAN 41]. Hansen [HAN 60] a obtenu des résultats simi-
laires. Plus récemment, Lassabatère et al. ont comparé la perte en poids d’éprou-
vettes de mortier soumises à une charge maintenue égale à 30 % de la résistance
avec celle d’éprouvettes non chargées et ont montré qu’il n’y avait pas de différen-
ce significative [LAS 97]. Il faut dire que la variation de porosité liée à l’applica-
tion d’une charge limitée à 30 % de la résistance reste très faible (de l’ordre de
0,3 %) et ne peut donc influer sur le séchage de manière significative [LAS 97].
Évidemment, si la contrainte est telle qu’une fissuration importante peut se mani-
fester cela peut affecter le séchage. Ainsi, Bazant et al. [BAZ 87] ont montré que,
sur des pièces fléchies, dès lors que les fissures dépassaient 100 µm d’ouverture
le séchage était plus rapide.
5.3.2. Influence du séchage sur le comportement mécanique
Bien sûr l’influence la plus notable du séchage sur le comportement mécanique
des bétons est l’effet sur les déformations différées (retrait et fluage de dessicca-
tion). Ceci sera développé au chapitre 5. Mais le séchage a également des effets
sur les caractéristiques élastiques et sur la résistance des bétons :
– le module d’Young du béton diminue lors du séchage à cause de la microfissu-
ration induite par celui-ci (figure 3.51) [BUR 05]. Cette microfissuration est due
au gradient de teneur en eau (cf. chapitre 5) et à l’incompatibilité des déforma-
tions entre les granulats et la pâte de ciment [BIS 01] ;
– la résistance en compression du béton a tendance à augmenter avec le séchage
(figure 3.52 [BUR 05]). En effet, l’endommagement évoqué ci-dessus et qui
affecte le module d’élasticité n’affecte pas ou peu la résistance (sauf conditions
expérimentales particulières : séchage très rapide à 100 °C par exemple). Par
contre, la diminution de la teneur en eau entraîne l’existence d’une pression
capillaire (cf. chapitre 5) qui précontraint le matériau et d’un champ de con-
trainte multiaxial qui « frette » le béton [ACK 88, BAR 93].

122
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

0,95

Module d'élasticité normalisé


0,9

0,85

0,8

0,75

0,7
0 1 2 3 4
Perte en masse (%)

Figure 3.51 : effet du séchage sur le module d’élasticité [BUR 05].


40

35
Résistance en compression (MPa)

30

25

20

15
0 1 2 3 4
Perte en masse (%)
Figure 3.52 : effet du séchage sur la résistance en compression [BUR 05].

Pour être complet et permettre une interprétation correcte de mesure de flèche


d’ouvrage en service, il convient de signaler que le coefficient de dilatation ther-
mique α dépend également fortement de la teneur en eau [DIR 93]. La variation
de α en fonction de l’humidité relative (figure 3.53) est une courbe en cloche. Cet-

123
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

te variation est due à une variation de la pression capillaire avec la température.


Lorsque le béton est sec ou saturé cet effet est minimal [NEV 00].

Coefficient de diffusion thermique - 10–6/°C


20

18

16

14

12

10

8
0 20 40 60 80 100
Humidité relative (%)
Figure 3.53 : relation entre le coefficient de dilatation thermique et l’humidité relative
d’une pâte de ciment [NEV 00].

5.4. Couplage séchage/propriétés de transferts


5.4.1. Influence sur la perméabilité
Comme cela a déjà été indiqué au paragraphe 3.1, la perméabilité aux gaz d’un
béton dépend fortement de son état de saturation. Ceci est dû au fait que les gaz
ne peuvent passer pratiquement que par les pores qui ne sont pas saturés. Les fi-
gures 3.54 et 3.55 montrent les fortes évolutions de la perméabilité intrinsèque en
fonction du taux de saturation, que ce soit pour un béton ordinaire ou hautes per-
formances [VIL 01]. Des résultats comparables ont été obtenus par Abbas [ABB
99]. Ils expliquent pourquoi il est nécessaire de connaître expérimentalement la
teneur en eau du béton lorsque l’on mesure sa perméabilité, et, du point de vue de
la modélisation, pourquoi il faut faire varier la perméabilité avec la teneur en eau
(par exemple avec une relation du type de celle proposée par Van Genuchten pour
les sols non saturés [GEN 80]).

124
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

1,E-16
Béton courant

Perméabilité intrinsèque (m²)


palier de HR
8,E-17
AFPC-AFREM
régression
logarithmique
6,E-17

4,E-17

2,E-17

0,E+00
0 20 40 60 80 100
Taux de saturation moyen (%)

Figure 3.54 : perméabilité intrinsèque en fonction du taux de saturation moyen


pour un béton courant [VIL 01].

3,E-17
BHP
Perméabilité intrinsèque (m²)

palier de HR
AFPC-AFREM
régression
2,E-17 logarithmique

1,E-17

0,E+00
0 20 40 60 80 100
Taux de saturation moyen (%)

Figure 3.55 : perméabilité intrinsèque en fonction du taux de saturation moyen


pour un béton hautes performances [VIL 01].

5.4.2. Influence sur la carbonatation


La teneur en eau du béton influence énormément la carbonatation. En effet, le
phénomène de carbonatation nécessite que le CO2 se dissolve dans l’eau pour réa-
gir avec la pâte de ciment durcie mais le transport de ce gaz à travers la porosité
du béton est plus facile lorsque le béton est sec (cf. chapitre 9). Il n’est donc pas
étonnant que la vitesse de carbonatation soit la plus rapide pour une humidité re-
lative interne du béton voisine de 60 % à 70 % (figure 3.56).

125
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

1,2

0,8

f (HR)
0,6

0,4

0,2

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2
HR

Figure 3.56 : influence de l’humidité relative interne sur la cinétique de carbonatation.


Exemple de fonction proposée par Petre-Lazar [PET 00].

5.4.3. Influence sur la pénétration des ions chlorure


La pénétration des ions chlorure dans le béton est fortement couplée aux mécanis-
mes de transport de l’eau dans le béton et à sa teneur en eau. Le séchage du béton
va ralentir la diffusion des chlorures, puisque celle-ci se fait en solution [CLI 02].
Cela se traduit dans les modèles utilisant directement la loi de Fick (cf. § 4.1) par
un facteur multiplicatif du coefficient de diffusion des chlorures (voir [MAR 01]
par exemple). Au contraire, par exemple dans le cas d’une structure en béton dont
une face est au contact de l’eau et l’autre de l’air, les effets de succion capillaire
vont créer des mouvements d’eau et favoriser la pénétration des chlorures
[VOL 97]. La prédiction du phénomène implique donc de modéliser les mouve-
ments d’eau et, à l’intérieur de la phase liquide, les mouvements des ions (voir un
exemple dans [SAM 05]).
5.4.4. Influence sur la cinétique de corrosion
La vitesse de corrosion des armatures (cf. chapitre 9) est également affectée par
la teneur en eau du béton (Tuutti cité par [PET 00]). Lorsque l’humidité interne
du béton baisse la réaction de corrosion est fortement ralentie. De même, si le bé-
ton est saturé, l’oxygène a du mal à diffuser jusqu’aux armatures et la réaction est,
là encore, ralentie. La figure 3.57 présente le facteur multiplicatif de la cinétique
de corrosion, proposé par Petre-Lazar [PET 00].

126
La structure poreuse des bétons et les propriétés de transfert

1,2

0,8

f (HR)
0,6

0,4

0,2

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2
HR

Figure 3.57 : influence de l’humidité relative sur la cinétique de corrosion [PET 00].

6. CONCLUSION
Dans ce chapitre nous avons montré que la perméabilité et la diffusion dépendent
de l’interconnexion des pores capillaires. La porosité capillaire est principalement
liée au rapport E/C et à l’hydratation du ciment. Les effets de la cure sur la dura-
bilité des bétons sont très importants. À titre d’exemple, dans les bétons de
CEM I, la perméabilité à 28 jours peut ainsi être réduite d’un facteur 3 par l’allon-
gement de la durée de cure de 12 à 72 heures. La cure affecte principalement la
peau du béton. Cette partie extérieure est enrichie en ciment et du soin apporté à
ses conditions d’hydratation dépend la qualité du béton, en l’occurrence son apti-
tude à s’opposer à la pénétration des agents agressifs et à retarder la corrosion des
armatures.
La qualité du béton dépend aussi du granulat, et il convient en particulier de soi-
gner la courbe granulaire afin d’optimiser le squelette granulaire.
Le rapport E/C est le facteur principal de la durabilité mais en utilisant des ci-
ments de type CEM II, III, IV ou IV ou des additions minérales, il est possible
d’améliorer encore la structure poreuse en réduisant la dimension des plus gros
pores. Compte tenu de la faible réactivité des cendres volantes ou des laitiers de
haut-fourneau par comparaison à celle du clinker, les bétons préparés avec ces
produits sont encore plus sensibles aux conditions de cure que ceux préparés avec
du ciment de type CEM I : l’allongement de la durée de cure de 12 à 72 heures
réduit la perméabilité d’un facteur 7.
Dans ce chapitre nous avons défini la perméabilité et le coefficient de diffusion
effectif pour rendre compte des transferts. Les lois qui les définissent, loi de Dar-
cy et loi de Fick, ont un champ d’application limité. En pratique, cela complique
la mesure de ces grandeurs et l’élaboration de modèles prédictifs des transferts.

127
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Des méthodes de mesure ont été mises au point en France et il convient de s’y ré-
férer.
Réduire l’interconnexion des pores capillaires peut ne pas toujours réduire la per-
méabilité ou la diffusion autant qu’on l’attendrait : des microfissures apparaissent
qui peuvent court-circuiter le réseau capillaire. Cet effet n’est pas préjudiciable
aux transferts dans les BHP.
En service, le séchage du béton modifie les possibilités de transfert. La diffusion
ionique est ralentie alors que la diffusion gazeuse et la perméabilité au gaz sont
augmentées. Le séchage peut aussi être source de fissuration (voir chapitres 5 et
6) et faciliter la pénétration d’espèces agressives extérieures.
Porosité, perméabilité, coefficient de diffusion sont des critères physiques de du-
rabilité des bétons. Ils pourront être choisis dans une approche performantielle de
la durabilité (chapitre 8). La résistance au gel, comme on le verra au chapitre 10,
appelle un autre critère. Ces critères doivent être complétés en présence des réac-
tions chimiques (chapitres 4, 9, 11 et 12).

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133
CHAPITRE 4

La stabilité chimique des hydrates


et le transport réactif dans les bétons

D. DAMIDOT, P. LE BESCOP

Résumé
La stabilité chimique des hydrates est fonction des conditions dans lesquels ils se
trouvent. Elle peut être évaluée à partir d’une approche thermodynamique qui
permet de connaître les états d’équilibre à partir de l’analyse de la solubilité des
phases solides dans l’environnement considéré. L’aspect cinétique de la stabilité
ou de la transformation des hydrates dans le béton est principalement estimé à
travers une approche de transport réactif qui met en jeu les lois classiques de
transport de masse. Généralement, seul un gradient de concentration est pré-
sent, et donc les lois de Fick gouvernent la cinétique de la dégradation, et l’épais-
seur de béton dégradée évolue en fonction de la racine du temps. Les approches
thermodynamiques et les aspects cinétiques sont présentés dans deux cas : l’at-
taque par l’eau pure et l’attaque sulfatique externe. Ces exemples illustrent les
possibilités offertes par la modélisation pour décrire les dégradations du béton
par des attaques chimiques.
Mots-clés
STABILITÉ CHIMIQUE, SOLUBILITÉ, ÉQUILIBRE, DIFFUSION, LIXIVIATION, DIAGRAMMES DE
PHASES, TRANSPORT DE MASSE, LOIS DE FICK, CARBONATATION, EAU DE MER, ATTA-
QUE SULFATIQUE

135
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

1. INTRODUCTION
Les lois qui gouvernent l’hydratation du ciment, c’est-à-dire l’évolution des pha-
ses anhydres au contact de l’eau en phases hydratées, gouvernent de la même ma-
nière l’évolution des phases hydratées si elles sont mises en contact avec un
milieu dans lequel des phases moins solubles sont susceptibles d’exister. Dans le
premier cas, les réactions entre des grains en suspension dans une phase aqueuse
conduisent rapidement à la transformation partielle du produit de départ en phases
hydratées et à la formation d’un solide de microstructure complexe. Ces réactions
sont alors cinétiquement limitées par des phénomènes de diffusion. Dans le se-
cond cas, c’est-à-dire l’évolution d’une pâte de ciment durcie soumise à un envi-
ronnement extérieur, c’est à travers la surface externe, la surface développée par
les pores capillaires et les nanopores, que les différentes phases hydratées qui
constituent le solide massif vont être en interaction avec le milieu extérieur ; cette
interaction sera donc d’autant plus limitée que la porosité capillaire sera fermée.
Il convient en effet de rappeler qu’un matériau cimentaire a un pH très basique et
donc bien différent de son environnement qui sera le plus souvent de pH neutre
ou acide. L’exemple le plus simple concerne la carbonatation : le gaz carbonique
se dissout dans la solution interstitielle basique contenue dans les pores au contact
de l’atmosphère en donnant des ions carbonate. Ceux-ci précipitent avec les ions
calcium sous forme de calcite moins soluble que la portlandite qui se dissout tant
que le CO2 peut pénétrer dans les pores. Si la porosité de la pâte de ciment est suf-
fisamment faible, la précipitation de calcite tend alors à fermer celle-ci et empê-
che le CO2 de pénétrer la structure : c’est l’effet de peau bien connu. On met ainsi
en évidence les deux facteurs déterminant l’évolution de la pâte de ciment durcie
dans un environnement donné : le facteur thermodynamique qui contrôle la stabi-
lité des hydrates en fonction des conditions extérieures, et le facteur microstruc-
tural, en particulier la structure poreuse, qui contrôle l’accessibilité des agents
extérieurs aux phases hydratées à travers la solution interstitielle. Ces deux as-
pects sont successivement repris dans les deux parties de ce chapitre.

2. APPROCHE THERMODYNAMIQUE DE LA STABILITÉ DES


HYDRATES EN FONCTION DES CONDITIONS EXTÉRIEURES
Comme il a été décrit dans le chapitre 2, pour qu’une réaction soit possible, la con-
dition thermodynamique indispensable est que la variation d’enthalpie libre asso-
ciée soit négative ΔG < 0. La pâte de ciment durcie qui est la matrice cohésive du
béton est un milieu poreux dont les pores peuvent être, suivant leur taille et les
conditions hydriques, plus ou moins saturés de solution. Ce qui est vrai pour l’hy-
dratation, c’est-à-dire l’évolution vers les phases hydratées des phases anhydres
en contact avec l’eau, l’est bien sûr pour les phases hydratées.

136
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

Si les hydrates sont en interaction avec une solution dans laquelle ils ne sont pas
en équilibre, cela conduit à leur dissolution et à la précipitation possible d’autres
phases moins solubles.
Une approche purement basée sur la thermodynamique, qui ne s’intéresse qu’à
l’état initial et à l’état final sans considération cinétique, peut déjà donner des in-
formations très utiles sur le devenir d’une matrice cimentaire exposée à un envi-
ronnement donné, puisqu’il est possible de savoir si les phases de la matrice
initiale sont stables dans le milieu considéré. Dans le cas contraire, il est aussi pos-
sible de déterminer les phases qui remplaceront les phases initiales. Ainsi, il de-
vient envisageable, par cette première approche, de tester différentes hypothèses
d’une formulation devant résister de façon optimale à un environnement donné.
Par ailleurs, la connaissance des diagrammes de phases qui découlent de l’appro-
che thermodynamique, permet bien souvent d’interpréter de nombreuses expé-
riences de durabilité rapportées dans la littérature qui semblent, a priori,
contradictoires car non réalisées dans les mêmes conditions ou pour les mêmes
compositions. Généralement, la composition de la phase aqueuse représentative
du milieu extérieur et la température seront les deux paramètres majeurs pour fai-
re évoluer les hydrates. Afin d’apporter quelques éléments de réflexion pour les
chapitres suivants, nous allons considérer, à titre d’exemple, ce que prévoit la
thermodynamique quant à l’évolution des phases hydratées de la pâte de ciment
en présence d’eau pure (cas de la lixiviation), d’eau contenant des carbonates (cas
de la carbonatation), puis d’eau contenant des sulfates (cas de l’attaque sulfati-
que). L’effet de la température sera illustré dans ce dernier cas. Dans cette appro-
che, les seules données à connaître sont les constantes d’équilibre
thermodynamiques à prendre en compte c’est-à-dire les produits de solubilité des
hydrates qui se dissolvent mais aussi des hydrates ou solides qui peuvent précipi-
ter à partir de la solution. Nous admettrons ici que la précipitation d’un solide dé-
bute dès que la solution devient sursaturée vis-à-vis de ce solide.
2.1. Simulation thermodynamique de la lixiviation par l’eau pure
Pour illustrer cette approche, nous allons considérer le devenir de C-S-H1 et CH
issus de l’hydratation complète de 10 g de C3S, soient 74,5 mmol de C-S-H (de
rapport C/S de 1,7 noté C-S-H(SII)) et 57 mmol de CH. Le calcul revient à faire
l’expérience suivante : les hydrates finement broyés et initialement placés dans un
litre d’eau pure sous agitation vont se dissoudre pour atteindre leur équilibre de
solubilité. Une fois cet équilibre atteint, la solution est renouvelée, et un nouvel
état d’équilibre est atteint, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’ensemble des phases

1. La notation cimentière est rappelée au paragraphe 2 du chapitre 2.

137
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

soient dissoutes. À chaque étape, à partir de la composition de la solution, on cal-


cule l’indice de saturation β (voir encadré ci-après) par rapport aux différents so-
lides afin de définir les solides qui se dissolvent et ceux qui précipitent, puis la
quantité qui doit se dissoudre ou précipiter pour revenir à l’équilibre.

Indice de saturation et produit de solubilité


Considérons la dissolution d’un solide As avec l’équation suivante :
A s ⇔ mM + nN + …

La variation d’enthalpie libre s’écrit :


⎛ a m a n …⎞
0
ΔG r = ΔG r + RT ln ⎜ ---------------------⎟ or asolide = 1
M N
⎜ a ⎟
⎝ As ⎠

0 m n 0
d’où : ΔG r = ΔG r + RT ln ( a M a N … ) = ΔG r + RT ( IAP ) tel que IAP = produit
des activités des ions.
0
À l’équilibre on a ΔG r = – RT ln K avec K la constante de solubilité,

IAP
donc ΔG r = RT ln ⎛ ----------⎞ = RT ln β , tel que β est l’indice de saturation encore
⎝ K ⎠
noté SI.
La valeur de l’indice de saturation des solides permet de savoir si :
– la solution est sous-saturée par rapport au solide (SI < 0) ;
– la solution est en équilibre avec le solide (SI = 0) ;
– la solution est sursaturée par rapport au solide (SI > 0).

La figure 4.1a représente l’évolution des concentrations en calcium et silicate de


la solution en fonction du nombre de fois que la solution est renouvelée puis équi-
librée avec les solides restants. On constate que l’évolution de la concentration en
calcium n’est pas monotone, car il y a une succession de paliers et de chute de la
concentration. Un constat similaire peut être fait à partir de la concentration en si-
licate à une échelle plus petite : toutefois dans ce cas, on assiste aussi à des aug-
mentations de concentrations. Le pH suit la même évolution que la concentration
en calcium (figure 4.1b). Les plateaux correspondent à des points invariants du
système CaO-SiO2-H2O dont le diagramme de phases à 25 °C est donné en
figure 4.2. Sur ce diagramme, les courbes d’équilibre définissent trois intersec-
tions représentatives des trois points invariants (voir encadré « la règle des
phases ») : à un point invariant, deux solides sont donc en équilibre avec la phase
aqueuse notée « aq. » :

138
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

• SH + C-S-H(SI) + aq.
• C-S-H(SI) + C-S-H(SII) + aq.
• C-S-H(SII) + CH + aq.
Les concentrations au niveau des trois plateaux de concentration en calcium cor-
respondent donc bien à celles des trois points invariants. Ainsi, en reprenant le
diagramme de phases à partir du point invariant de départ, C-S-H(SII) + CH + aq.,
puis en suivant le diagramme en allant vers des concentrations plus faibles en cal-
cium, on s’aperçoit qu’il va y avoir une succession de différentes phases en équi-
libre avec la solution. Les quantités des différentes phases peuvent être calculées
(figure 4.1c) permettant ainsi de bien mettre en évidence cette succession d’étapes
de dissolution/précipitation.
En présence d’eau pure, la stabilité des hydrates C-S-H, CH et SH est très diffé-
rente. La portlandite, qui est moyennement soluble, est complètement dissoute
après seulement trois renouvellements. De façon opposée, la silice amorphe reste
présente après avoir équilibré 60 fois le système avec de l’eau pure alors qu’il y
a dissolution complète du C-S-H. La silice amorphe est très peu soluble, ce qui
induit une concentration à l’équilibre proche de l’eau pure, et ainsi elle reste pré-
sente jusqu’à 5183 renouvellements.

0,025
Ca total
Si total
0,02
Concentration (mol/kg)

0,015

0,01

0,005

0
0 10 20 30 40 50 60
Renouvellement (litre)

(a) Évolution des concentrations ioniques avec le renouvellement de la solution.

139
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

13

12

11

10
pH
9

6
0 10 20 30 40 50 60
Renouvellement (litre)

(b) pH.

0,09

0,08 CH
C–S–H (SII)
0,07 C–S–H (SI)
Concentration (mol/kg)

SiO2 amorphe
0,06

0,05

0,04

0,03

0,02

0,01

0
0 10 20 30 40 50 60
Renouvellement (litre)

(c) évolution des phases solides en équilibre.


Figure 4.1 : simulation thermodynamique de la lixiviation d’une pâte de C3S
complètement hydratée par de l’eau pure : (a) évolution des concentrations de la phase
aqueuse, du pH (b) et des solides (c) en fonction du nombre de renouvellements
de la solution.
Un mélange initial de 74,5 mmol de C-S-H(SII) (C/S = 1,7) et 57 mmol de CH, représentant 10 g de
C3S complètement hydraté, est mis en équilibre d’un litre d’eau pure. Une fois le système à l’équilibre,
on calcule les concentrations ioniques, le pH et la quantité de chaque phase en présence et on rem-
place la solution par de l’eau pure. Le calcul est réitéré jusqu’à dissolution complète.

140
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

[Si] (mmol/k)g
10
SH

C–S–H (SI)

0,1
C–S–H (SII)

CH
0,01
0 5 10 15 20 25
[Ca] (mmol/lkg)

Figure 4.2 : diagramme de phases stables du système CaO-SiO2-H2O à 25 °C


[DAM 95a].
Le diagramme est tracé en fonction des concentrations en calcium et silicate (l’eau est considérée en
excès donc non représentée), l’ensemble des conditions d’équilibre et donc la solubilité de chaque
hydrate, correspond à une courbe d’équilibre. Le diagramme contient 4 hydrates : SiO2aq amorphe
(SH), un C-S-H de bas C/S (C/S=1,1) noté C-S-H(SI), C-S-H(SII) avec un C/S plus élevé égal à 1,8
et la portlandite (CH).

La règle des phases


Considérons l’équation de Gibbs-Duheim : SdT – VdP + n1dµ1 + … + ncdµc = 0
À partir de cette équation, on constate qu’il y a C + 2 variables intensives (C poten-
tiels chimiques µ, T et P). Dans un système multiphasique, il existe des relations qui
relient les variables intensives au nombre de phases: une équation peut être définie
pour chaque phase. Ainsi avec X phases, le nombre de variables indépendantes à
l’équilibre devient C + 2 – X. Ce nombre de variables indépendantes définit le degré
de liberté f. La règle des phases s’écrit alors : f = C – X + 2.
Le degré de liberté (nombre de variables indépendantes à l’équilibre) diminue lorsque
le nombre de phases à l’équilibre (X) augmente. Par rapport aux systèmes solides-li-
quide étudiés dans ce manuel, la pression (P) et la température (T) sont fixées ainsi le
degré de liberté devient : f = C – X avec T et P constants.
Le système définira un équilibre invariant, lorsque le nombre de solides en équilibre
avec la phase aqueuse est égal au nombre de constituants : f = 0 ⇒ C = X.
Dans les systèmes en relation avec l’hydratation du ciment, des solides précipitent à
partir des ions accumulés en solution. Ainsi, dans un système ayant C constituants, il
faudra avoir C – 1 solides en équilibre avec la phase aqueuse pour définir un équilibre
invariant. Nous utiliserons la nomenclature suivante : la dimension du système est
égale au nombre de constituants et un équilibre invariant est appelé point invariant.

141
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

2.2. Simulation thermodynamique de la carbonatation


Si, maintenant, l’eau pure est remplacée par une eau contenant du CO2 en concen-
tration correspondant à l’équilibre avec pCO2 = 0,1 Atm, soit une concentration
en carbonate de 3,4 mmol.kg–1 pour un pH de 4,4, la démarche reste la même,
mais, cette fois-ci, le diagramme de phases à considérer est celui du système CaO-
SiO2-CO2-H2O (figure 4.3). Cette figure présente le diagramme du système CaO-
SiO2-H2O défini dans le cas précédent, auquel on ajoute un troisième axe pour te-
nir compte de la concentration en carbonate. On constate qu’un nouveau solide
apparaît, la calcite (CaCO3). Les conditions d’équilibre des phases correspondent
maintenant à des surfaces tandis que les courbes représentent des conditions
d’équilibres communes à deux solides. Les points invariants sont la résultante de
l’intersection de trois surfaces d’équilibre. Ainsi le diagramme comporte lui aussi
trois points invariants :
• CH + C-S-H(SII) + calcite + aq.
• C-S-H(SII) + C-S-H(SI) + calcite + aq.
• C-S-H(SI) + SH + calcite + aq.
Globalement, l’évolution des points invariants avec la concentration en ions cal-
cium est similaire à celle du diagramme de phases du système CaO-SiO2-H2O
avec la présence de calcite sauf aux très faibles concentrations. L’évolution des
phases avec les renouvellements d’eau reste donc proche de celle du cas précédent
(figure 4.4), à la différence près qu’il y a une consommation supplémentaire de
calcium pour former la calcite. Ceci conduit à faire disparaître plus rapidement
CH et les C-S-H et à former une plus grande quantité de SiO2 amorphe, car moins
de silice a été dissoute auparavant lors des équilibres avec C-S-H avant de former
SiO2 amorphe. Par contre, la calcite, plus soluble que SiO2 amorphe, disparaît
après 49 renouvellements. SiO2 amorphe est complètement dissoute après
6312 renouvellements ce qui est supérieur au cas de l’eau pure car la quantité de
silice amorphe formée est ici plus grande.

142
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

[CO3] (mmol/kg)
0,1

calcite

SH
CH
100 C–S–H (SI)
10
[Ca] (mmol/kg)
C–S–H (SII) [Si] (mmol/kg)

Figure 4.3 : diagramme des phases stables du système CaO-SiO2-CO2-H2O à 25 °C


[DAM 95b]. L’eau est en excès et n’est donc pas représentée. La solubilité de chaque
hydrate correspond à une surface d’équilibre. Le diagramme contient 5 phases solides :
SiO2aq amorphe (SH), un C-S-H de bas C/S (C/S = 1,1) noté C-S-H(SI), un C-S-H(SII)
avec un C/S plus élevé égal à 1,8, la portlandite (CH) et la calcite.

0,09

0,08
Concentration (mol/kg)

0,07
CH
0,06 C–S–H (SII)
0,05 C–S–H (SI)
SiO2 amorphe
0,04 Calcite

0,03

0,02

0,01

0
0 10 20 30 40 50 60
Renouvellement (litre)

Figure 4.4 : simulation thermodynamique de la lixiviation d’une pâte de C3S


complètement hydratée par une eau contenant 3,4 mmol/kg d’ions carbonate :
le mélange initial contient 74,5 mmol de C-S-H(SII) (C/S = 1,7) et 57 mmol de CH
représentant 10 g de C3S complètement hydraté. Une fois le système à l’équilibre, on
calcule les concentrations ioniques, le pH et la quantité de chaque phase en présence
et on remplace la solution par de l’eau carbonatée. Le calcul est réitéré jusqu’à
dissolution complète. La figure représente l’évolution des phases solides en équilibre
après chaque renouvellement.

Ces deux exemples donnent un aperçu de l’utilisation des diagrammes de phases.


Toutefois, dès que le système contient plus de trois constituants dans la phase
aqueuse, il devient difficile de les représenter graphiquement. Cependant, on peut
fixer alors un ou plusieurs paramètres pour rester dans une dimension inférieure

143
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

ou égale à 3. D’une façon non exhaustive, le système chimique représentatif d’une


matrice cimentaire dans l’environnement contient un grand nombre d’éléments
chimiques, tels que Ca, Si, Al, Fe, H, O, Na, K, S, Cl, C, Mg…, ce qui rend aussi
quasiment impossible une exploration expérimentale de toutes les possibilités
d’assemblages de phases stables ou métastables dans des conditions données,
d’où l’importance du calcul des diagrammes de phases.
2.3. Simulation thermodynamique de l’attaque sulfatique
Pour continuer notre approche de la durabilité par la stabilité des phases à travers
l’utilisation des diagrammes de phases, nous allons utiliser ces derniers pour dé-
finir les conditions de formation de l’ettringite à partir de la concentration en ions
sulfate en faisant intervenir deux paramètres : le type de sels contenant les ions
sulfate (gypse, CaSO4,2H2O ou mirabilite, Na2SO4,10H2O) et la température.
Commençons par le système le plus simple qui correspond au cas du gypse, qui
revient à connaître l’évolution des phases en fonction de la concentration en sul-
fate de la solution. La connaissance du diagramme de phases du système CaO-
Al2O3-CaSO4-H2O est donc nécessaire. Comme ce dernier a trois constituants en
plus de l’eau, il peut être représenté dans un système cartésien avec trois axes cor-
respondant respectivement à la concentration totale en calcium, aluminate et sul-
fate en solution. Afin de faciliter la compréhension de l’évolution du système
avec la concentration en sulfate, cette dernière sera prise pour axe z du repère car-
tésien.
Le diagramme de phases du système CaO-Al2O3-CaSO4-H2O à 25 °C
(figure 4.5) contient 5 phases stables : le gypse, la portlandite, le gel d’alumine
sous sa forme gibbsite, l’hydrogrenat C3AH6 et l’ettringite. Il est immédiat de
comprendre que l’hydrogrenat ne peut pas être en équilibre avec de fortes con-
centrations en sulfate et a fortiori en présence de gypse puisque le domaine de
stabilité de l’ettringite sépare les domaines de stabilité du gypse et de l’hydrogre-
nat. La composition de la phase aqueuse aux quatre points invariants du système
(tableau 4.1) montre que l’ettringite a un très grand domaine de stabilité vis-à-
vis de la concentration en sulfate et qu’elle se contente de quelques micromoles
de sulfate pour se former.

144
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

[SO4] (mmol/kg)
gypse
10

0,1

ettringite AH3 0,01

CH
0,01
0,1 1

100 C3AH6
[Al] (mmol/kg)
[Ca] (mmol/kg)

Figure 4.5 : diagramme de phases du système CaO-Al2O3-CaSO4-H2O à 25 °C


[DAM 93].
Tableau 4.1 : points invariants du diagramme de phases stables CaO-Al2O3-CaSO4-H2O
à 25 °C [DAM 93].

Points invariants Composition de la solution (mmol/kg)


calculés à 25°C [Ca] [Al] [SO4] pH

C3AH6 + AH3 + ettringite + aq. 5,61 3,47E-1 1.0E-2 11,97

C3AH6 + CH + ettringite + aq. 21,95 7,0E-3 7.0E-3 12,52

gypse + AH3 + ettringite + aq. 15,34 7,0E-3 15.22 10,25

gypse + CH + ettringite + aq. 33,89 1,0E-7 12.38 12,49

Considérons maintenant que les ions sulfate sont apportés par la mirabilite
(Na2SO4.10H2O) dont la solubilité est très grande (plusieurs mol/kg). Il convient
donc de connaître le diagramme de phases du système CaO-Al2O3-CaSO4-Na2O-
H2O à 25°C qui avec ses quatre constituants hormis l’eau est plus difficile à re-
présenter. Ainsi, pour comparer plus facilement les résultats au diagramme CaO-
Al2O3-CaSO4-H2O précédent, la concentration en NaOH est fixée à 500 mmol/
kg ce qui permet de rester avec une représentation cartésienne à trois axes ortho-
gonaux (figure 4.6).

145
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

[SO4] (mmol/kg)
NaOH = 500 mmol/l
500

gypse

ettringite

AH3

CH C3AH6

10 25

[Ca] (mmol/kg) [Al] (mmol/kg)

Figure 4.6 : diagramme de phases du système CaO-Al2O3-CaSO4-Na2O-H2O à 25 °C


calculé avec une concentration en NaOH fixée à 500 mmol/kg [DAM 93].

Comme la concentration en sodium utilisée pour le calcul est moyenne


(500 mmol/kg), les phases contenant du sodium sont sous-saturées et, donc, n’ap-
paraissent pas comme des phases stables. Les phases stables de la figure 4.6 sont
donc identiques à celles de la figure 4.5 sans sodium. Cependant, les concentra-
tions en sulfate pour stabiliser les phases sont très différentes comme on peut le
mettre facilement en évidence si les deux diagrammes sont tracés sur la même fi-
gure (figure 4.7). En présence de sodium, les concentrations en sulfate, aluminate
et hydroxyde augmentent, alors que celle en calcium diminue. Ainsi en présence
de 500 mmol/kg de sodium, ce ne sont plus quelques micromoles de sulfate qui
sont nécessaires pour stabiliser l’ettringite mais quelques dizaines de millimoles,
donc, une différence de plusieurs ordres de grandeur. L’évolution des bornes in-
férieures et supérieures des concentrations en sulfate nécessaires pour stabiliser
l’ettringite en fonction de la concentration en sodium peut être définie en traçant
l’évolution de la concentration en sulfate pour les points invariants AH3+
C3AH6+ ettringite + aq. et AH3 + gypse + ettringite + aq. en fonction de la con-
centration en NaOH (figure 4.8).
La température tout comme la pression est un paramètre important qui modifie les
équilibres. Dans les applications classiques des bétons, la pression ne varie géné-
ralement pas contrairement à la température. À titre d’exemple, nous avons con-
sidéré le diagramme de phases du système CaO-Al2O3-CaSO4-H2O à 85 °C
(figure 4.9) afin de comparer les domaines de stabilité de l’ettringite entre 20 °C
et 85 °C. La première différence notable est la présence d’une nouvelle phase sta-
ble à 85 °C, le monosulfoaluminate de calcium hydraté qui s’intercale entre les

146
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

domaines de stabilité de l’ettringite de l’hydrogrenat : il y a donc 6 points inva-


riants au lieu de 4. En conséquence, les plus faibles concentrations en sulfate con-
duiront à stabiliser le monosulfoaluminate de calcium hydraté à la place de
l’ettringite : à 85 °C, la concentration en sulfate minimale pour stabiliser l’ettrin-
gite est environ 50 fois plus grande qu’à 25 °C (voir tableaux 4.1 et 4.2).
On constate qu’une élévation de la température, induit aussi une augmentation
de la concentration en ions sulfate pour stabiliser l’ettringite et cet effet couplé
à celui des alcalins, conduit à des concentrations en sulfate très élevées pour sta-
biliser l’ettringite.

Système dans [SO4] (mmol/kg)


500 mmol/l NaOH

Système dans l'eau

[Al] (mmol/kg)

[Ca] (mmol/kg)

Figure 4.7 : comparatif des diagrammes de phases du système CaO-Al2O3-CaSO4-H2O


en présence ou non de 500 mmol/kg de NaOH.

[SO4] (mM/kg)
300

250
AH3 + ett. + gypse

200

150

100
ettringite

50 AH3 + ett. + C3AH6

0
0 10 100 250 500
[Na] mM/kg

Figure 4.8 : évolution de la concentration en sulfate pour les points invariants


AH3 + C3AH6 + ettringite + aq. et AH3 + gypse + ettringite +aq.
en fonction de la concentration en NaOH.

147
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

[SO4] (mmol/kg)
gypse 10

ettringite
0,1

0,01 monosulfoaluminate
de calcium
CH
0,01
0,1
AH3
40 C3AH6
[Al] (mmol/kg)
[Ca] (mmol/kg)

Figure 4.9 : diagramme de phases stables du système CaO-Al2O3-CaSO4-H2O à 85 °C


[DAM 92].
Tableau 4.2 : composition de la solution aux points invariants du diagramme de phases
stables du système CaO-Al2O3-CaSO4-H2O à 85°C [DAM 92].

[Ca] [Al] [SO4]


Solides en équilibre avec la phase aqueuse pH
(mmol/kg) (mmol/kg) (mmol/kg)

AH3 + monosulfoaluminate de calcium


5,09 1,685 0,55 11,80
+ ettringite +aq.
CH + monosulfoaluminate de calcium
11,33 0,116 0,41 12,26
+ ettringite +aq.

C3AH6 + AH3 + monosulfoaluminate de calcium +


6,085 2,287 0,078 11,92
aq.

C3AH6 + CH + monosulfoaluminate de calcium +


10,65 0,308 0,06 12,23
aq.

Gypse + AH3 + ettringite +aq. 13,15 0,237 12,57 10,87

Gypse + CH + ettringite +aq. 20,51 0,0006 10,57 12,17

3. APPROCHE TEMPORELLE À TRAVERS LE TRANSPORT


RÉACTIF DE MATIÈRE DANS LA MICROSTRUCTURE
Dans l’approche purement thermodynamique, nous avons considéré que le systè-
me était finement dispersé et ainsi que toute la matière était immédiatement dis-
ponible pour réagir avec une vitesse infinie aussi bien pour la dissolution que pour
la précipitation. Ceci est bien évidemment différent des conditions réelles pour
lesquelles les échanges de matière seront gouvernés par la microstructure : poro-

148
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

sité totale mais aussi connectivité et distribution des pores. Dans ce contexte, les
phénomènes mis en jeu sont :
– un transport de matière entre le matériau et le milieu aqueux externe, pouvant
s’opérer par diffusion ou/et par convection ;
– des réactions chimiques de dissolution/précipitation provoquées par les varia-
tions de concentration résultant du transport de matière.
3.1. Transports de matière
Si l’on considère dans un premier temps le transport non réactif en milieu saturé,
on peut évoquer la diffusion gouvernée par le gradient local de concentration du
soluté, processus détaillé au paragraphe 4 du chapitre 3, et la convection qui est
un entraînement des espèces en solution par le flux d’eau.
3.1.1. La diffusion moléculaire : les lois de Fick
La première loi de Fick relie le flux à travers une surface et le gradient de concen-
tration ; la seconde loi de Fick relie les variations spatiales et temporelles des con-
centrations.
Dans une direction (équations 1D), ces lois s’écrivent respectivement :
∂c
J e, x = – D e ----- (1)
∂x
∂c De ∂2 c
et ----- = ------ -------- (2)
∂t p ∂x 2
avec, Je le flux (en mol.m–2.s–1), De le coefficient de diffusion effectif de l’espèce
diffusante (en m2.s–1) dans le milieu de porosité p et c (x) la concentration à l’abs-
cisse x (en mol.m–3).
Ces équations peuvent être résolues analytiquement dans certains cas simplifiés
comme :
– la diffusion d’un traceur non réactif à travers une lame mince poreuse (voir la
figure 3.36). En portant la quantité cumulée relâchée en fonction du temps, on
obtient aux temps longs un comportement asymptotique linéaire dont la pente
permet de déterminer le coefficient de diffusion effectif De de l’espèce migrante
dans le matériau de porosité p ;
– la lixiviation d’un traceur non réactif. Aux premiers instants, tout se passe
comme si le milieu solide était semi-infini, puisque le relâchement ne concerne
que les premières couches du matériau. La quantité lixiviée varie initialement
comme la racine carrée du temps. En portant la quantité relâchée dans le lixiviat

149
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

en fonction de la racine carrée du temps, on obtient une estimation du coefficient


de diffusion apparent Da (De = pDa) du traceur dans le matériau considéré.
Ceci dit, les solutions analytiques n’existent pas en général. Dans le calcul com-
plet, l’équation la plus générale (équation 3D) est résolue numériquement.
3.1.2. La diffusion ionique : la relation de Nernst-Planck
En solution, le déplacement des ions sous l’effet d’un gradient de concentration
ne peut se faire que de manière concertée. En effet, ils sont soumis à des forces
électrostatiques provenant des autres ions et du solvant. Afin de conserver l’élec-
troneutralité dans la solution lors de la diffusion, les ions, qui n’ont pas tous la
même vitesse de déplacement en solution, subissent une accélération ou un ralen-
tissement sous l’action du champ électrique local. Pour une analyse détaillée de
ces phénomènes dans le contexte des matériaux cimentaires, le lecteur pourra se
reporter au chapitre 3, paragraphe 4 et aux références [MAR 98, BAR 00,
TRU 00].
Dans le cas de la diffusion ionique unidirectionnelle dans une solution, le flux J
d’ions i s’exprime par la relation :
∂c i z i F ∂ψ
J e, i, x = – D e, i ------- – c i D e, i ------- ------- (3)
∂x RT ∂x
Avec F la constante de Faraday, R la constante des gaz parfaits, T la température
absolue, ci la concentration de l’ion i, zi sa valence et ψ le potentiel électrique.
Cette relation dite de Nernst-Planck est l’expression généralisée du transport par
diffusion. Pour pouvoir résoudre cette équation, une approche numérique est né-
cessaire puisqu’il convient de traiter simultanément toutes les espèces présentes.
3.1.3. La convection : la loi de Darcy
À la diffusion peut se superposer un processus de convection, lorsque le liquide
dans lequel la diffusion s’effectue est animé d’un mouvement global de translation.
Pour les fluides incompressibles, le débit volumique du fluide de viscosité dyna-
mique µ et s’écoulant au travers du matériau d’épaisseur dx et de section A soumis
dP
à un gradient de pression ------- s’exprime par la relation de Darcy (chapitre 3 § 3) :
dx
k dP
Q = – --- A ------- (4)
μ dx
où k est la perméabilité (exprimé en m2).

150
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

Q
Si ua est la vitesse de convection ( u a = ---- en m.s–1), le gradient temporel de con-
A
∂c ∂c
centration ----- de la seconde loi de Fick est alors à corriger du terme – u a ----- .
∂t ∂x
3.2. Transport réactif
Les évolutions physico-chimiques d’un béton en interaction avec son environne-
ment dépendent principalement des couplages chimie-porosité-transport. Les dis-
solutions/précipitations de minéraux notamment modifient la surface spécifique
du solide, le volume poreux et la distribution des tailles de pores. Or la porosité
(volume et taille) ainsi que son degré de saturation influent fortement sur les pro-
priétés de transport par convection-diffusion. Le nombre et la nature des sites de
sorption ou d’échanges ioniques peuvent également être modifiés. Les modèles
qui tentent de rendre compte de ces phénomènes couplés peuvent donc devenir
rapidement très complexes.
Dans le cas simplifié d’un transport diffusif unidirectionnel dans un béton saturé,
le bilan matière dans un volume élémentaire représentatif d’épaisseur 2dx peut
s’écrire sous la forme :
2
∂c i ∂ c i 1 ∂C i
------- = D a ---------- – --- -------- (5)
∂t 2 p ∂t
∂x
avec :
ci concentration en phase liquide du constituant i (en mole . m–3 de solution) ;
p porosité ;
Ci concentration en phase solide du constituant i (en mole . m–3 apparent de matériau).
A priori, la quantité de constituant i arrivant ou partant par réaction chimique suit
une cinétique de dissolution ou de précipitation. L’approximation de l’équilibre
local peut être formulée dès lors que ces cinétiques sont infiniment plus rapides
que les vitesses de transport d’espèces en solution. Dans le cas des pâtes de ci-
ment, cette hypothèse a été confirmée par Buil [BUI 90] ainsi que par les travaux
d’analyse dimensionnelle de Barbarulo [BAR 00].
Les moyens mathématiques et numériques permettant de résoudre les équations
de diffusion couplées à des réactions chimiques ont été exposés en particulier par
Lichtner [LIC 85, LIC 96]. Des outils permettant de réaliser ces calculs de trans-
port réactif ont été développés notamment pour des modélisations géochimiques
de systèmes hydrogéologiques [VAN 01]. Ce type de codes a été utilisé par exem-
ple pour simuler l’attaque sulfatique externe d’une pâte de ciment CEM I
[PLA 02, BAR 02].

151
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Les aspects cinétiques de la transformation des hydrates dans le béton peuvent


être décrits en appliquant les lois fondamentales de la diffusion et de la convec-
tion (ou perméation). Dans ces lois qui décrivent le transport réactif, les réac-
tions chimiques de dissolution/précipitation sont exprimées en considérant un
bilan de chaque espèce qui tient compte aussi bien des concentrations en solution
que des concentrations en phase solide.

3.3. Outils de simulations et exemples d’utilisation


Pour traiter spécifiquement de la dégradation des matériaux cimentaires, diffé-
rents modèles ont été élaborés sur la base des principes évoqués précédemment.
Les principales approches existantes sont celles de Adenot [ADE 92] et de Gérard
[GER 96] pour la décalcification de pâtes de ciment, puis celles de Marchand
[MAR 01], de Planel [PLA 02] et de Guillon [GUI 04] dont les domaines d’appli-
cation sont plus étendus (attaque sulfatique externe, eau de mer). Ce paragraphe
ne couvre pas de manière exhaustive les travaux de modélisation publiés, mais
présente plutôt quelques résultats sélectionnés pour illustrer la variété des confi-
gurations simulées et des outils développés.
3.3.1. Cas de la lixiviation par l’eau pure
Les travaux d’Adenot portant sur la modélisation de la lixiviation d’une surface
libre de pâte de ciment CEM I soumise à une eau pure de pH neutre, ont débouché
sur le développement du code DIFFUZON [ADE 92].
Ce modèle repose sur les hypothèses d’un transport par diffusion et d’équilibres
chimiques locaux. Le matériau dégradé est divisé en zones séparées par des fronts
de dissolution ou de précipitation (figure 4.10).

Zone1 Zonek – 1 Zonek

Milieu agressif Milieu infini


( ci = cte = ci, 0) ( ci = cte = ci, 1)

l0 l1 lk – 2 lk – 1

Figure 4.10 : schéma de principe du zonage unidirectionnel de la partie dégradée


de la pâte de ciment, constituée d’un assemblage de domaines multiminéraux
de minéralogie constante (zones), séparés par des frontières mobiles
(fronts de dissolution ou de précipitation).

Dans chaque zone, de composition minéralogique constante (nature des phases


solides fixée mais teneur variable), délimitée par des fronts mobiles de dissolution
ou de précipitation, un système d’équations composé de la combinaison des équa-

152
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

tions de diffusion, d’équilibres chimiques et de bilans de matière est résolu numé-


riquement.
La porosité et le coefficient de diffusion de chaque zone sont supposés constants.
La porosité est déterminée à partir de la nature et des quantités moyennes de pha-
ses solides présentes (elles sont donc différentes d’une zone à l’autre). Le coeffi-
cient de diffusion peut être soit calculé à partir de la porosité et de la quantité de
C-S-H, soit imposé et pris égal à une valeur déterminée expérimentalement.
Les principaux phénomènes pris en compte dans cette modélisation sont donc la
diffusion des principales espèces chimiques du ciment hydraté, la dissolution ou
la précipitation des différentes phases minérales initialement présentes ainsi que
la décalcification progressive des C-S-H jusqu’à la formation d’un gel superficiel
très peu soluble.

8 0,5
5 4 3 2 1 5 4 3 2 1
Portlandite 0,4
6 Monosulfoaluminate
de calcium
mol/L

0,3
mol/L

4 C–S–H
0,2
2
0,1 Ettringite

0 0
0 0,4 0,8 1,2 1,6 0 0,4 0,8 1,2 1,6
Distance de la surface (mm) Distance de la surface (mm)
Profils minéralogiques modélisés pour 3 mois de lixiviation dans une solution à pH 8,5.

5 4 3 2 1
C–S–H Portlandite
Solution C–S–H C–S–H
Gel C–S–H Ettringite
agressive Ettringite Monosulfoaluminate Ettringite 5 4 3 2 1
de cacium Monosulfoaluminate
de calcium

Distribution expérimentale des phases minérales après 3 mois de lixiviation dans une solution à pH 8,5.

Figure 4.11 : comparaison entre les résultats expérimentaux


et ceux issus d’une modélisation DIFFUZON dans le cas d’une pâte de ciment CEM I
lixiviée par une solution faiblement minéralisée de pH 8,5 d’après Adenot [ADE92].
En partie basse de la figure, on peut observer une coupe de pâte de CEM I lixiviée (partie droite). On
y distingue cinq zones dont la minéralogie est indiquée sur le schéma de principe (partie gauche). La
partie supérieure de la figure représente les variations de compositions minéralogiques obtenues par
simulation. Les simulations permettent de retrouver les phases mises en évidence par diffraction de
rayons X, en particulier la dissolution totale de la portlandite dans les zones 2, 3, 4 et 5 externes.

Différentes configurations de matériaux cimentaires lixiviés par des solutions fai-


blement minéralisées de pH compris entre 4,5 et 11,5 ont pu être ainsi simulées
[RIC 04]. Le modèle permet de déterminer :
– les quantités lixiviées (calcium, silicium, sulfate et hydroxyde) et leur évolu-
tion au cours du temps ;

153
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

– la profondeur du front de dissolution de la portlandite et sa vitesse de propaga-


tion ;
– la minéralogie dans chaque zone (figure 4.11).
Les résultats ainsi obtenus par la modélisation ont pu être validés par confronta-
tion avec les données expérimentales.
Ce modèle unidimensionnel a été simplifié pour étudier quelques problèmes plus
complexes comme l’influence de conditions aux limites variables ou le rôle joué
par les fissures. L’hypothèse simplificatrice consiste à considérer que la lixivia-
tion des matériaux cimentaires peut être décrite par la seule évolution du calcium
puisque tous les hydrates majeurs en contiennent [BUI 90, GER 96, MAI 00]. La
décalcification est décrite par une équation unique qui est l’équation du bilan mas-
se pour le calcium, que l’on peut écrire :
2
∂ ( pc Ca ) ∂ c Ca ∂C Ca
-------------------- = D e -------------- – ------------
- (6)
∂t ∂x
2 ∂t

Les termes CCa (concentration de calcium en phase solide), p (porosité) et De


(coefficient de diffusion effectif) sont exprimés sous la forme de fonctions de la
concentration du calcium en solution (figure 4.12). Les données de sortie sont
l’évolution de la quantité cumulée de calcium lixivié (figure 4.13) et de l’épais-
seur dégradée [RIC 04]. Ces données sont validées par l’expérience. Ce type d’ap-
proche implantée dans un code aux éléments finis a permis de coupler le
comportement mécanique des bétons avec une dégradation d’origine chimique
[GER 96, TOR 98].

Cca (mol/m3) Porosité p De (m2/s)


15 000 0,6 9,0e-11

0,5
10 000 6,0e-11
0,4
5 000 3,0e-11
0,3

0 0,2 0,0e-11
0 22 0 22 0 22
cca (mol/m3) cca (mol/m3) cca (mol/m3)

Figure 4.12 : fonctions employées dans le modèle simplifié Diffu-Ca


pour simuler la décalcification d’une pâte CEM I, d’après Mainguy et al. [MAI 00].
Les fonctions sont choisies sur la base de données expérimentales. La première est basée sur les
équilibres des C-S-H dans des solutions à concentrations variables en calcium, la deuxième est cal-
culée à partir des caractéristiques des solides formés et la troisième est déduite de mesures de coef-
ficients de diffusion de pâtes de ciment à porosité variable.

154
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

10

mortier

Quantité cumulée de Ca relâché


pâte
8

(mol/dm2)
6 béton

2 } Résultats expérimentaux

} Modélisation Diffu-Ca

0
0 5 10 15
Racine carrée du temps (en jours)

Figure 4.13 : validation du modèle Diffu-Ca : comparaison des résultats expérimentaux


et de la modélisation pour des matériaux à base de CEM I [RIC 04].
Les quantités de calcium lixivié dans les pâtes, mortiers et bétons, suivent des lois en racine carrée
du temps, caractéristiques de phénomènes diffusifs. La modélisation permet de retrouver les lois ex-
périmentales. On peut montrer que les quantités de calcium relâchées dans les mortiers et bétons se
déduisent de la connaissance de celles relâchées par les pâtes pures de même rapport E/C : il suffirait
pour cela de multiplier la donnée sur pâte par la teneur volumique en pâte du mortier ou du béton
[BOU 94].

3.3.2. Cas de l’attaque sulfatique externe


La phénoménologie de l’attaque sulfatique externe des bétons est détaillée dans
le chapitre 12. La présence de sulfates solubles dans l’environnement des maté-
riaux à base de ciment Portland induit des transformations minéralogiques, prévi-
sibles par les approches purement thermodynamiques comme celle présentée au
paragraphe 2.3 de ce chapitre ou encore celle développée par Albert [ALB 02],
qui peuvent remettre en cause l’intégrité mécanique du matériau cimentaire ainsi
sollicité. Dans ce contexte il est donc essentiel de modéliser les mécanismes cou-
plés chimie-transport mis en jeu pour ensuite prévoir leur impact sur le compor-
tement mécanique du béton.
Pour étudier les effets du transport d’ions dans les pâtes de ciment totalement ou
partiellement saturées et les réactions de dissolution/précipitation associées, Mar-
chand et Samson [MAR 01] ont développé un modèle numérique de transport
réactif appelé STADIUM. La loi de transport considérée prend en compte les in-
teractions électriques des ions en solution (relation de Nernst-Planck) et les mou-
vements hydriques grâce à un terme convectif. Sa résolution numérique par
éléments finis permet de déterminer les profils de concentrations ioniques à cha-
que pas de temps. Ces nouveaux profils conduisent à un déséquilibre qui est en-

155
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

suite compensé par des dissolutions ou précipitations selon les produits de


solubilité des minéraux pris en compte.
Cet outil a été utilisé notamment pour analyser l’impact des solutions de sulfate
de sodium sur la durabilité des bétons. Plusieurs configurations, en terme de type
de ciment, de rapport eau/ciment, et de concentration en sulfate ont été simulées
[MAR 02]. Une réorganisation significative de la microstructure a été mise ainsi
théoriquement en évidence, avec la précipitation des minéraux incorporant des
sulfates, la dissolution de la portlandite et la décalcification des C-S-H
(figure 4.14).
80

70 portlandite
C-S-H
60 ettringite
Concentration (g/kg)

hydrogrenat
50 gypse

40

30

20

10

0
0 1 2 3 4 5 6

Position (cm)
Figure 4.14 : distribution des phases solides pour un béton de rapport eau/ciment de
0,65, exposé 20 ans à une solution de sulfate de sodium à 10 mmol/L [MAR 02].
La simulation permet de connaître les profils de concentration des différents hydrates dans le maté-
riau après une durée d’exposition donnée. Comme dans le cas d’une exposition dans l’eau pure, la
portlandite est totalement dissoute dans la partie externe du béton. Une zone riche en gypse est pré-
sente dans la zone externe et coexiste avec de l’ettringite.

Dans un contexte semblable, d’autres calculs destinés à résoudre le problème cou-


plé de diffusion/dissolution/précipitation, ont été menés par Planel [PLA 02] avec
le code de géochimie HYTEC [VAN 03]. La composition du ciment anhydre a été
utilisée pour déterminer les quantités initiales des quatre minéraux hydratés pris
en compte : portlandite, monosulfoaluminate de calcium hydraté, ettringite et
gypse. Les espèces ioniques Ca2+, SO42–, Na+, Al(OH)4– et OH– ont été consi-
dérées. Les calculs de diffusion (lois de Fick) ont été menés avec un coefficient
de diffusion et une porosité constante, quelle que soit la zone considérée. Les pro-
fils de concentrations en phases solides obtenus après douze semaines de dégra-
dation en présence de sulfates, sont représentés sur la figure 4.15. Parmi les points

156
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

intéressants, on peut noter la similitude du profil obtenu avec la distribution mi-


néralogique simulée par STADIUM : un front associé à la dissolution de la port-
landite et un front associé à la précipitation d’ettringite ainsi qu’une zone de
néoformation de gypse. Par contre, dans cet exemple, la localisation par modéli-
sation de la zone de gypse n’est pas totalement conforme aux observations expé-
rimentales, probablement en raison de la difficulté à rendre compte des variations
du coefficient de diffusion dans la partie altérée du matériau.

portlandite
monosulfoaluminate
Coups/s

ettringite Profils DRX


gypse
Concentration

Simulation HYTEC

0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0
Épaisseur (mm)

Figure 4.15 : comparaison entre les profils minéralogiques expérimentaux et ceux issus
du calcul HYTEC pour une pâte de ciment CEM I immergée pendant 12 semaines dans
une solution contenant 15 mmol.L–1 de sulfate de sodium et maintenue à pH 7 [PLA 02].
Les courbes de la partie supérieure représentent l’évolution de l’intensité relative du pic principal de
diffraction des rayons X (DRX) de la portlandite, du gypse et de l’ettringite en fonction de la profondeur
dans le matériau. Elles font apparaître trois zones successives se recouvrant plus ou moins et pro-
gressant au cours du temps :
– une zone de dissolution totale de la portlandite limitée par un front de dissolution abrupt ;
– une zone assez large de précipitation de l’ettringite qui s’étend un peu au-delà du front de dissolution
de Ca(OH)2 ;
– une zone intermédiaire assez étroite de précipitation du gypse, limitée par le front de dissolution de
la portlandite et se superposant à la zone de précipitation de l’ettringite.
Les profils obtenus par simulation sont reportés sur la partie inférieure de la figure. Ils sont globale-
ment similaires aux données expérimentales même si la zone dans laquelle le gypse précipite n’est
pas tout à fait localisée au même endroit.

3.3.3. Cas de l’eau de mer


L’eau de mer constitue un milieu chimique modérément agressif vis-à-vis du bé-
ton. En raison du caractère multi-ionique de ce milieu aqueux, les mécanismes
physico-chimiques se déroulant dans le réseau poreux du béton sont complexes et
fortement couplés (chapitre 12). La simulation numérique est dans ce cas un outil

157
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

performant d’aide à l’identification et à la hiérarchisation des phénomènes domi-


nants.
L’évolution minéralogique d’un béton soumis à l’action de l’eau de mer a été si-
mulée par E. Guillon [GUI 04]. La composition du matériau sain hydraté est celle
déterminée par le code CEMHYD3D [BEN 97]. Les interactions avec l’eau de
mer ont été modélisées à l’aide d’un code de transport diffusif multi-espèces cou-
plé à un code d’équilibres chimiques (PHREEQC).
Cette simulation met en évidence la dissolution du monosulfoaluminate de cal-
cium initial au profit de la précipitation de chloroaluminate de calcium et d’ettrin-
gite (figure 4.16). Les précipitations de calcite, de brucite et de gypse au voisinage
de la surface exposée prédites par le calcul sont globalement en accord avec les
observations expérimentales à la microsonde [REG 77].

Porosité
portlandite
0,16

0,14

0,12
Proportion (%)

0,1

0,08

0,06

calcite ettringite
0,04
brucite
gypse
0,02
AFm
chloroaluminate

0
0,5 1 1,5 2
Profondeur (mm)
Figure 4.16 : évolutions après 4 jours simulés des proportions volumiques des espèces
solides en fonction de la profondeur dans le matériau, pour un ciment CEM I
soumis à de l’eau de mer [GUI 04].

D’autres systèmes multi-ioniques naturels ont été modélisés en vue de prédire les
interactions entre un milieu géologique et des structures souterraines en béton
[TRO 06]. Il reste cependant encore difficile de quantifier l’impact de ces réac-
tions chimiques sur les propriétés physiques des matériaux cimentaires.

158
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

La modélisation des attaques chimiques permet de simuler correctement les évo-


lutions de la minéralogie des matériaux cimentaires au cours du temps. Il est ain-
si possible de prévoir la pénétration des fronts de dégradation.

3.4. Impact du transport réactif sur la microstructure


La simulation numérique permet également d’estimer l’évolution de la porosité
totale du matériau. La figure 4.17 montre par exemple que la porosité augmente
avec l’avancée de la lixiviation, conséquence d’une plus forte dissolution par rap-
port aux précipitations. Le coefficient de diffusion n’est donc pas constant et il
convient d’estimer la rétroaction de la chimie (impact des dissolutions/précipita-
tions) sur la microstructure et donc sur le transport de matière. L’approche sim-
plifiée estime l’influence de la variation de la porosité totale sur le coefficient de
diffusion par des lois empiriques [TOG 98, MAI 00, PEY 06]. Cette méthode, ba-
sée sur la porosité totale, sans description fine du réseau poreux, s’avère être suf-
fisante pour simuler l’augmentation de la diffusivité de la zone lixiviée d’une pâte
de ciment CEM I (figure 4.18).
0,5

0,45 C1,65SH2,45
C1,1SH1,9
0,4

0,35
Fraction volumique (%)

0,3

Porosité
0,25

0,2

0,15
CH
0,1

AFt
0,05

AFm
0
0 500 1 000 1 500 2 000 2 500
Temps (h)
Figure 4.17 : évolution de la composition minéralogique et de la porosité
d’une pâte de CEM I en fonction du temps à une profondeur donnée lors d’une lixiviation
par une eau pure [GUI 04].

159
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

3,0E-10

2,5E-10

2,0E-10
D (m2/s)

1,5E-10

1,0E-10

Coefficient de diffusion
5,0E-11

0,0E+00
0,000 0,002 0,004 0,006 0,008 0,010
Distance (m)

Figure 4.18 : évolution de coefficient de diffusion effectif dans les différentes zones
créées lors de la lixiviation de la pâte de ciment [KAM 05].
Les modifications de la structure poreuse consécutives à la lixiviation de la pâte de ciment se tradui-
sent par une augmentation du coefficient de diffusion effectif dans la zone dégradée. Les valeurs por-
tées sur cette courbe sont obtenues par calcul.

Toutefois, cette approche est généralement moins efficace dans le cas par exem-
ple de précipitation d’une couche protectrice qui diminue très peu la porosité glo-
bale totale mais très fortement les paramètres du transport [LAG 00]. Les
principaux moyens qui ont été élaborés pour mieux rendre compte des relations
entre la diffusivité des matériaux cimentaires et leur microstructure sont, d’une
part, des modèles d’homogénéisation qui, à partir des fractions volumiques et des
caractéristiques des constituants élémentaires retenus pour décrire le système hé-
térogène, permettent d’évaluer la diffusivité macroscopique [GAR 98, HAS 02,
CAR 03, PIV 04, BAR 06, STO 06], et, d’autre part, des outils numériques capa-
bles de générer des microstructures 3D [GAR 92, BEN 97, NAV 99, YE 03,
BEJ 06].
Si l’on souhaite avoir une approche la plus représentative possible, il convient de
coupler le code de transport réactif avec un code qui, d’une part, génère, puis,
d’autre part, fait évoluer, une microstructure numérique 3D à l’échelle micromé-
trique ou sub-micrométrique. Il est alors possible d’extraire la porosité ainsi que
la distribution des pores et leur connectivité afin de calculer les propriétés de
transport locales (coefficient de diffusion et perméabilité). Ce type d’approche
nécessite de disposer de puissants moyens de calcul, alors que les méthodes d’ho-
mogénéisation sont actuellement plus accessibles.

160
La stabilité chimique des hydrates et le transport réactif dans les bétons

La connaissance de l’évolution du matériau induite par le transport réactif permet


aussi de faire un couplage chimio-mécanique. Dans cet esprit, plusieurs travaux
ont porté sur la modélisation de l’évolution des propriétés mécanique de maté-
riaux cimentaires soumis à une décalcification [CAR 96, TOR 98, ULM 99, LEB
01, KAM 03, GUI 04, NGU 05, LAC 06] ou à une attaque sulfatique [SNY 95,
JU 99, PLA 06, LEB 06]. Les approches multi-échelles couplant le transport réac-
tif et le comportement mécanique sont inéluctablement appelés à se généraliser
pour une gestion durable des infrastructures de génie civil.
45

E/C 0,25 F-E


40
E/C 0,25 modèle
E/C 0,40 F-E
35
E/C 0,40 modèle
E/C 0,50 F-E
30
Module d'Young (GPa)

E/C 0,50 modèle

25

20

15

10

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8
Porosité capillaire
Figure 4.19 : comparaison pour trois pâtes de ciment CEM I de E/C différents
et dégradées chimiquement, des modules d’élasticité prédits par une relation « modèle »
et par calcul 3D aux éléments finis en fonction de la porosité capillaire noté F-E
dans la figure [GUI 06].
Les conséquences mécaniques des dégradations chimiques ne peuvent être que
partiellement prédites au moment où ce livre est rédigé. Des progrès significatifs
semblent toutefois possibles au vu des travaux en cours.

4. CONCLUSION
Une approche thermodynamique utilisant les conditions d’équilibre permet de
bien comprendre les conditions de stabilité chimique des hydrates et donc de sa-
voir si des évolutions peuvent intervenir quand la composition de la phase inters-
titielle du béton évolue lors d’un échange de matière avec le milieu extérieur. Le

161
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

point crucial pour que l’approche thermodynamique soit pertinente est la qualité
de la base de données thermodynamiques qui est associée aux codes de calcul des
équilibres géochimiques. L’aspect cinétique relatif à la stabilité où la transforma-
tion des hydrates contenus dans la matrice poreuse du béton, dépendra de la vites-
se de transport de la matière dans le réseau poreux du béton qui peut être estimée
à travers les lois classiques de transport de masse en fonction des gradients appli-
qués. Le transport réactif permet de bien rendre compte de dégradations de façon
macroscopique, comme dans le cas de la lixiviation, en reproduisant la zonation
souvent observée.
L’utilisation d’une approche tridimensionnelle du transport réactif sur des mi-
crostructures numériques réalistes permettra d’aller plus loin dans l’étude de l’im-
pact de la stabilité ou de la transformation des hydrates sur la microstructure et
ses propriétés. Ainsi il deviendra possible d’obtenir une évolution espace-temps
de propriétés comme le module élastique et donc de relier dégradation chimique
et propriétés d’usage.

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166
CHAPITRE 5

Retrait et fluage
G. PONS, J.-M. TORRENTI

Résumé
Les déformations différées des bétons, qu’elles soient d’origine physico-chimique
comme le retrait d’hydratation et de dessiccation ou mécanique comme le fluage
sous contrainte peuvent mettre en cause la durabilité des ouvrages et ce pour plu-
sieurs raisons. Les déformations de retrait peuvent induire des risques de fissura-
tion et ainsi créer les conditions d’une propagation des éléments favorisant la
corrosion des armatures. Les déformations de fluage peuvent entraîner, dans le cas
des structures isostatiques, des déformations différées, notamment des flèches, in-
compatibles avec le bon fonctionnement en service des ouvrages. Dans le cas de
structures précontraintes ces déformations génèrent des chutes dans la tension des
câbles très importantes et difficiles à estimer précisément. Dans le cas des structu-
res hyperstatiques, particulièrement celles dont le phasage de construction est com-
plexe, le fluage va provoquer des redistributions d’efforts dont l’évaluation est
indispensable sous peine de mettre en péril la sécurité de l’ouvrage. Pour essayer
de cerner les paramètres gouvernant ces déformations différées nous avons, après
avoir précisé les différentes composantes de ces déformations, mis en évidence les
origines physico-chimiques de ces comportements différés. Nous avons ensuite re-
gardé plus en détail les déformations de retrait puis celles de fluage en les séparant
arbitrairement comme on a coutume de le faire pour les évaluer et ce bien qu’en tout
état de cause il existe un couplage indiscutable entre le retrait et le fluage. Nous
abordons ensuite l’aspect de l’évaluation expérimentale de ces déformations par les
essais de laboratoire. Pour terminer nous regardons la prise en compte de ces phé-
nomènes dans les calculs de structure au travers des aspects normatifs.
Mots-clés
DÉFORMATIONS DIFFÉRÉES, RETRAITS, FLUAGES, RELAXATION, DESSICCATION, AUTO-
DESSICCATION, EUROCODES, ESSAIS DE LABORATOIRE, BÉTONS, BÉTONS À HAUTES
PERFORMANCES.

167
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

1. INTRODUCTION : DÉCOMPOSITION DES DÉFORMATIONS


DIFFÉRÉES
Depuis le célèbre épisode du sauvetage du pont sur le Veurdre en 1912 par Freys-
sinet (voir encadré), nous savons que le béton est sujet à des déformations diffé-
rées1. L’acceptation de cette explication fût en réalité loin d’être immédiate.
Ainsi, la circulaire de 1906 (le premier règlement français) indiquait que « le mo-
dule élastique d’un béton est, comme celui de l’acier, pratiquement constant ».
Les normes actuelles prennent, bien sûr, en compte les déformations différées du
béton : de manière forfaitaire pour le béton armé où le coefficient d’équivalence
acier-béton (rapport des modules d’élasticité) est pris égal à 15, voire plus dans
l’Eurocode 2, ce qui ne correspond pas au rapport des modules instantanés (plus
proche de 5), et de manière plus élaborée pour le béton précontraint2.
L’épisode du pont du Veurdre
Le pont du Veurdre fut le premier de trois ponts en béton armé que Freyssinet cons-
truisit dans le département de l’Allier entre 1911 et 1912 et dont subsiste celui de
Boutiron, les deux autres ayant été détruits durant la Seconde Guerre mondiale. Le
pont du Veurdre était un pont en béton armé à trois travées (67, 72 et 67 mètres de
portées) chacune en arc très surbaissé (1/15) et à trois articulations dont une en clé.
Calculé suivant le règlement de 1906, le module d’élasticité du béton étant constant
(la notion de fluage du béton n’existant pas), le concept du pont, articulé en clé, s’ac-
cordait mal à des déformations différées. Très rapidement après sa mise en service,
Freyssinet s’aperçut que la flèche en clé augmentait de plus en plus vite, ce qui, à ter-
me, condamnait l’ouvrage.
Il testa alors des éprouvettes du béton qui avait servi à construire le pont et vit que la
qualité de celui-ci n’était pas en cause : le module d’Young était bien croissant dans
le temps. Il fallait donc que le béton ait des déformations différées de grande ampleur.
Or, les expériences réalisées au Laboratoire des ponts et chaussées par Mesnager n’en
montraient aucune. En allant questionner les techniciens du Laboratoire, Freyssinet
découvrit que ceux-ci démontaient les capteurs de déplacement de peur de les briser
quelques instants après que la charge eut été appliquée. Ils ne risquaient donc pas de
mesurer une quelconque déformation différée…
La suite est connue : de nuit, sans prévenir les autorités, Freyssinet, en remettant en
place les vérins en clé qui avaient permis le décintrement de l’ouvrage, alla compen-

1. Ce phénomène avait été découvert de manière indépendante par Hyatt aux USA en 1907. Il avait
montré qu’une poutre chargée voyait sa flèche évoluer de manière significative (elle doublait !)
après deux mois de chargement.
2. La prévision du fluage du béton précontraint par un modèle ne date cependant que de 1965 dans
la réglementation française.

168
Retrait et fluage

ser les déformations différées. Il supprima ensuite l’articulation en clé du pont du


Veurdre (les arcs du pont de Boutiron n’en auront pas).
À partir de cette expérience en vraie grandeur, Freyssinet acquit la certitude que le
béton était l’objet de déformations différées et étudia le phénomène pour ses réalisa-
tions ultérieures en béton armé (réglage des arcs du pont Albert-Louppe en 1926 par
exemple) et, bien sûr, en béton précontraint.

Pont de Boutiron (photo Alain Millard).

L’objet des paragraphes suivants est de présenter les bases physiques des phéno-
mènes à la source des déformations différées, de décrire les paramètres influen-
çant ces déformations différées et d’éclairer l’ingénieur sur le pourquoi des
formules réglementaires.
Nous ne traiterons pas dans cette partie des phénomènes observables avant la pri-
se du béton tels le ressuage et le retrait plastique car, s’ils ont une importance dans
l’aspect architectural et dans la durabilité, ils n’intéressent pas directement le cal-
culateur de structure. Ces aspects seront abordés dans le chapitre 6.
En général, même si, comme nous le verrons au paragraphe 2, la réalité est plus
complexe, on convient en général de séparer les déformations différées εdif en
deux grandes familles liées à l’existence ou non d’un chargement :

169
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

– le retrait, εr, qui est une déformation se produisant en l’absence de chargement


extérieur ;
– le fluage, εf, qui est la part supplémentaire de déformation différée résultant de
l’application d’un chargement1.
Conventionnellement on sépare les déformations différées en deux : celles indé-
pendantes de tout chargement, que l’on dénomme « retraits » et celles provo-
quées par un chargement que l’on qualifie de « fluages ». Ce découpage est
purement artificiel car, dans le processus physico-chimique réel, le couplage des
deux phénomènes ne saurait être leur addition pure et simple.
Comme le séchage du béton est un paramètre fondamental de son comportement
différé, on décompose retrait et fluage en considérant le fait que le béton échange
ou non de l’eau avec le milieu extérieur. Nous aurons alors, en suivant les défini-
tions couramment admises [NEV 83]:
• sans échange d’eau avec l’extérieur :
– le retrait endogène, εre, appelé aussi retrait d’autodessiccation ou retrait
d’hydratation (mais qui n’est pas la contraction Le Chatelier comme nous le
verrons plus loin) ;
– le retrait thermique ou contraction thermique, εth , qui est une conséquence
de l’hydratation et de la chaleur que cette réaction dégage ;
– le fluage propre, εfp, (basic creep) ; c’est la part supplémentaire de défor-
mation du béton sous charge lorsqu’il n’échange pas d’eau avec l’extérieur;
• avec possibilité d’échange d’eau avec l’extérieur :
– le retrait de dessiccation, εrd, parfois nommé retrait de séchage, qui n’existe
que lorsque le matériau sèche. Il est la part supplémentaire de retrait par
rapport aux retraits endogène et thermique ;
– le fluage de dessiccation (drying creep), εfd, qui n’existe que lorsque le maté-
riau sèche sous charge; c’est le complément par rapport au fluage propre de
la part de déformation due au chargement; il n’est pas accessible directement
par un essai unique. Il s’obtient par la relation εfd = εdif – εrd – εre où εdif est la
déformation différée totale.
La déformation totale du béton est donc (arbitrairement) découpée en :
εtot = εel + εr + εf = εel + εre + εth + εrd + εfp + εfd
où εel est la déformation instantanée. Dans cette définition, comme dans celle du
fluage propre, la déformation instantanée est constante, ce qui n’est pas le cas

1. Cette définition du fluage est une extension de la définition originelle du fluage pour laquelle la
charge est constante.

170
Retrait et fluage

dans la réalité car le matériau, en vieillissant, voit sa rigidité augmenter : ceci im-
plique que le fluage comprendra une partie de ce vieillissement.
Nous verrons au paragraphe 3 que, sur bien des aspects, cette décomposition sim-
plifie beaucoup trop la réalité et ne rend pas compte des couplages existants entre
les différents phénomènes.
La déformation totale d’un béton de structure est, à un instant donné et dans le
cas général, la somme de 6 déformations plus ou moins arbitrairement décou-
plées qui sont : la déformation élastique instantanée, celle de retrait thermique,
celle de retrait endogène, celle de retrait de dessiccation, celle de fluage endogène
(ou fluage propre) et celle de fluage de dessiccation.

2. ORIGINE PHYSICO-CHIMIQUE DES DÉFORMATIONS


DIFFÉRÉES
Dans un premier temps nous allons passer en revue les différents composants du
béton durci en mettant en avant leur susceptibilité d’évolution en fonction du
temps sous charge mécanique ou hydrique, dans un second temps nous tenterons
d’expliquer dans leur globalité les déformations différées de retrait et de fluage
tant endogènes que de dessiccation.
2.1. Les acteurs en présence
De manière simplifiée on retiendra deux phases solides, la matrice cimentaire et
les granulats, auxquelles il faut rajouter la phase liquide contenue dans les vides
(porosité ouverte).
Les déformations visqueuses sous l’effet des contraintes d’origine hydrique (re-
trait) et/ou d’origine mécanique (fluage) sont localisées dans la matrice cimen-
taire. Des expériences récentes de nano-indentation [ACK 04] ont permis de
mettre en évidence le rôle principal du fluage des feuillets de C-S-H dans les dé-
formations différées du béton durci.
Les granulats ont, pour leur part, un rôle passif : ils s’opposent aux déformations
visqueuses de la pâte. On peut donner quelques ordres de grandeur sur l’influence
des granulats introduits dans une pâte de ciment. Pickett estimait qu’un apport de
50 % de volume relatif de granulat par rapport à la pâte pure divisait le retrait par
trois. Neville [NEV 96] estime qu’un volume de 30 % de granulats réduit le re-
trait de la pâte de moitié. Divers auteurs, dont Leroy [LER 96], ont proposé des
modèles plus ou moins complexes permettant de déterminer l’influence de la
quantité et de la nature (module d’élasticité) des granulats sur l’intensité des dé-
formations de retrait. Le retour d’expérience sur les ouvrages d’art et le parc des
enceintes des centrales nucléaires montre toutefois que des granulats de mauvaise
qualité, de module d’élasticité faible, de porosité importante, de durabilité incer-

171
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

taine, peuvent entraîner des déformations différées beaucoup plus importantes


qu’attendues.
L’eau est présente dans la matrice cimentaire sous plusieurs formes. L’eau libre
qui n’est pas liée aux parois des capillaires car se situant hors du champ des forces
de Van der Waals (distance des parois > à 2 nm). Elle peut donc migrer aisément
lors des sollicitations hydriques ou mécaniques subies par le béton. L’eau adsor-
bée sur la surface des cristaux ou inter-lamellaire met en jeu les forces de Van der
Waals. L’eau inter-cristalline ou inter-feuillet qui est confinée dans les pores de
très petite taille. Ces deux dernières migreront plus difficilement. Enfin, l’eau in-
tra-cristalline ou chimiquement liée aux hydrates.
Le réseau poreux représente plus de 10 % en volume du béton. Cette porosité joue
un rôle très important sur le comportement différé des bétons. En effet, la porosité
ouverte régit les possibilités de transfert de l’eau libre ou faiblement liée vers l’ex-
térieur du béton. Le diamètre des pores est un paramètre très influent. Des diamè-
tres de pore importants (e.g. cas des bétons courants) facilitent la migration de
l’eau lors du séchage du béton et donc amplifient l’effet du séchage. A contrario
des pores de faible diamètre (e.g. cas des bétons à hautes performances, noté
BHP) ralentissent la migration de l’eau mais, dans le cas de l’autodessiccation
lors de l’hydratation, créent des tensions internes plus élevées qui augmentent les
déformations endogènes.
2.2. Les causes microstructurales des déformations différées
Comme indiqué en introduction les déformations différées des bétons sont con-
ventionnellement séparées en quatre déformations élémentaires d’origine phy-
sico-chimique : le retrait endogène (ou d’autodessiccation), le retrait de séchage
(ou de dessiccation), le fluage endogène (ou fluage propre) et le fluage de sécha-
ge ou (de dessiccation). On doit y rajouter dans le cas des pièces massives un re-
trait thermique. Nous allons passer en revue les causes de ces déformations
différées qui sont généralement couplées.
2.2.1. Les déformations de retrait
Le retrait est qualifié d’endogène en l’absence d’échange hydrique (sans perte de
masse) avec le milieu ambiant (c’est le cas du comportement au cœur d’une struc-
ture massive en béton), et il est dit de séchage lorsqu’il y a déséquilibre hydrique
entre l’intérieur du béton durci dont l’hygrométrie de départ est de l’ordre de 75 %
à 100 % selon le rapport eau sur ciment E/C et celle du milieu ambiant (il y a alors
perte de masse).
Le retrait endogène est la conséquence de la contraction de Le Chatelier due au
fait que le volume des hydrates formés lors de la prise du ciment est d’environ

172
Retrait et fluage

20 % plus faible que le volume du ciment anhydre et de l’eau de départ. Cette con-
traction d’origine chimique se prolonge tout au long de l’hydratation des grains
anhydres mais ralentit au fur et à mesure que la diffusion de l’eau devient plus dif-
ficile de par la densification croissante de la pâte due à la formation continue des
C-S-H. L’eau libre capillaire est ainsi consommée, l’humidité interne diminue ce
qui conduit à une tension interne de la pâte inversement proportionnelle au dia-
mètre des capillaires (loi de Kelvin-Laplace, cf. chapitre 3). Cette tension va pro-
voquer une variation de volume d’autant plus importante que le diamètre des
pores est faible. Ainsi le retrait endogène sera plus marqué pour les BHP que pour
les bétons courants dont les pores sont de plus grand diamètre. Ces tensions inter-
nes peuvent atteindre plusieurs MPa et, de par la présence des granulats, provo-
quer une microfissuration et une redistribution interne des contraintes.
Le retrait de dessiccation est lié à la différence d’hygrométrie entre le cœur du
béton et l’ambiance extérieure (figure 5.1a : répartition des pertes en eau dans une
éprouvette cylindrique). Il y a apparition d’un fort gradient hydrique qui tend à
créer des déformations de retrait différentielles incompatibles entre elles
(figure 5.1b). Dans le cas d’une structure élancée, les sections restent planes et ce
gradient hydrique entraîne donc un gradient de contraintes amenant, par auto-
équilibre, des tractions au voisinage de la surface et des compressions au cœur (fi-
gure 5.1c). Ces tractions en surface peuvent conduire à une fissuration en peau et
donc à une relaxation partielle des contraintes (figure 5.1d). La compression au
cœur amène un fluage de la pâte sous contrainte d’origine purement hydrique : le
retrait de dessiccation peut alors être modélisé en prenant en compte le fluage du
béton [SIC 96, BEN 05].
Le retrait est qualifié d’endogène ou d’autodessiccation en l’absence d’échange
hydrique (sans perte de masse) avec le milieu ambiant, et le retrait est dit de des-
siccation ou de séchage lorsqu’il y a déséquilibre hydrique entre l’intérieur du
béton durci dont l’hygrométrie de départ est de l’ordre de 75 à 100 % selon le
rapport E/C et celle du milieu ambiant.

173
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

0
1

2
3
4

%
(a) Répartition des pertes en eau (b) Raccourcissement virtuel

compression
compression
fissuration

traction traction
traction traction

(c) Répartition théorique des contraintes (d) Répartition des contraintes


après fissuration de peau

Figure 5.1 : autocontraintes de structure dues au retrait de séchage [PON 98].

D’un point de vue cinétique, le phénomène se traduit d’abord par une fissuration
de peau puis par une phase de déformation d’ensemble et enfin par une phase de
refermeture des fissures.
La figure 5.2 illustre l’évolution du retrait de dessiccation en fonction de la perte
de masse liée au départ de l’eau libre du béton.

174
Retrait et fluage

Retrait de dessiccation (μm/m)


500

400

300

200

100

0
0,00 0,50 1,00 1,50 2,00 2,50
Perte de masse (%)

Figure 5.2 : exemple d’évolution du retrait de dessiccation en fonction de la perte


de masse du béton [GRA 96].

Le retrait thermique est une déformation différée de durée relativement courte qui
vient se superposer aux déformations de retrait précédemment analysées mais qui
est due simplement à la contraction de la pâte de ciment et des granulats lors de
leur refroidissement après l’élévation de température lors de la prise exothermi-
que du ciment.
Celui-ci n’a que peu d’influence sur les éléments de faibles dimensions mais peut
devenir très sensible sur les pièces massives. Il faut alors faire intervenir les gra-
dients de température et les effets de structure comme pour le retrait de dessicca-
tion. Son intensité dépend du degré d’exothermie du ciment employé et du
coefficient de dilatation du béton qui peut varier en fonction de la nature des gra-
nulats employés [ACK 04], il varie aussi durant l’hydratation car il est fonction
de la teneur en eau de la pâte.
Le retrait thermique est une déformation différée de durée relativement courte
qui vient se superposer aux déformations de retrait précédemment analysées .
Elle est due simplement à la contraction de la pâte de ciment et des granulats lors
de leur refroidissement après l’élévation de température lors de la prise exother-
mique du ciment. Il doit être impérativement évalué dans le cas des structures
massives.

2.2.2. L’effet de l’application d’une charge stationnaire,


les déformations complémentaires de fluage
Au temps τc (figure 5.3) on applique une charge constante sur un béton durci. À
la déformation de retrait déjà effectuée εr(τc) va se superposer une déformation
instantanée εi(τc), puis une déformation différée complémentaire de celle du re-
trait εr(t) (que l’on suppose arbitrairement indépendante), déformation différée

175
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

appelée fluage εc(t). La réalité physique est plus complexe, car il y a une interac-
tion du chargement sur la valeur du retrait.
Déformation

Hi (Wd)
recouvrance instantanée
Hr (t – Wd)
retrait
Hrecd (t – Wd)
recouvrance différée
Hsc (t)
Hc (t) déformation
fluage sous charge

Hres (t)
déformation résiduelle

Hi (Wc)
Hi (Wc)

retrait
Temps
Wc t Wd

Figure 5.3 : séparation conventionnelle des déformations différées.


La courbe inférieure représente la déformation de retrait libre, c’est-à-dire celle qu’aurait eue le béton
en l’absence de tout chargement mécanique.
Au temps τc le béton est chargé, il subit une déformation instantanée εi(τc). En l’absence du fluage,
en superposant avec le retrait, on aurait l’évolution des déformations représentée en trait pointillé.
La déformation de fluage rajoute une déformation complémentaire εc(t) pour atteindre la déformation
sous charge totale εsc(t).
Si au temps τd on procède a un déchargement partiel on assiste à un retour de déformation instantané
(recouvrance instantanée ) εi(τd) et à un retour différé (recouvrance différée ).

Lorsque le béton est déchargé totalement ou partiellement après une période de


fluage sa déformation diminue instantanément : c’est la « recouvrance
instantanée ». Cette diminution de déformation continue à se poursuivre en se
ralentissant dans le temps, c’est la « recouvrance différée ».

2.2.2.1. Comportement différé sous charge stationnaire en mode


endogène, le fluage endogène ou fluage propre
À partir de l’application de la charge on a, dans un premier temps, une vitesse de
déformation différée importante. Celle-ci se ralentit peu à peu pour se stabiliser,
dans des conditions normales, au bout de quelques jours. On a pour habitude de
différencier les deux déformations de fluage correspondant à ces deux phases
d’évolution l’une étant qualifiée de fluage à court terme ou primaire et l’autre de
fluage à long terme ou secondaire. Cette différenciation repose également sur
deux hypothèses différentes du comportement de la microstructure.

176
Retrait et fluage

Le fluage à court terme serait la manifestation d’un mécanisme de redistribution


par diffusion de l’eau libre et physisorbée dans l’espace capillaire. Cette micro-
diffusion serait initiée au niveau des zones d’adsorption empêchées. Dans ces zo-
nes, l’eau participe à l’équilibre mécanique du matériau car elle est capable de
transmettre les contraintes. Sa pression est qualifiée de pression de disjonction et
elle s’oppose aux forces d’attraction entre les particules solides. L’action combi-
née des forces d’attraction et d’une contrainte macroscopique rompt cet équilibre
et l’eau en excès est expulsée, par diffusion dans les couches d’eau adsorbée, vers
les pores capillaires (où la pression est plus faible). Il en résulte une contraction
assimilée à un fluage mais qui est aussi appelée déformation initiale différée.
L’hydratation des composés encore anhydres modifie la cinétique du phénomène
en augmentant la longueur du chemin de diffusion (par remplissage des capillai-
res par des produits d’hydratation), ainsi que l’amplitude (augmentation du mo-
dule de déformation du squelette solide). C’est de cette part de déformation que
proviendrait la différence entre le fluage des bétons ordinaires et celui des bétons
à hautes performances car ces derniers présentent un espace capillaire plus réduit
[MEH 80].
Le fluage à plus long terme verrait la source de son mécanisme dans la structure
des hydrates. Acker [ACK 01] a montré par des expériences de nano-indentation
sur des bétons à très hautes performances (BTHP) que seuls les C-S-H pouvaient
être le siège de déformations visqueuses. Reste qu’à l’heure actuelle les avis sont
partagés sur ses causes : glissement des feuillets due à la microdiffusion de l’eau,
réarrangement solide, dissolution puis reformation des hydrates [BAZ 88, 01a,
01b].
Le fluage à court terme serait la manifestation d’un mécanisme de redistribution
par diffusion de l’eau libre et physisorbée dans l’espace capillaire. Le fluage à
plus long terme verrait la source de son mécanisme dans la structure des hydra-
tes mais l’influence du squelette granulaire et de sa nature est également primor-
diale.

2.2.2.2. Comportement différé en dessiccation, le fluage de séchage


ou de dessiccation
Il s’agit probablement de la part de déformation la plus délicate à modéliser dans
la mesure où elle résulte de plusieurs mécanismes difficiles à identifier entre les-
quels de nombreux couplages existent. On distingue néanmoins deux grands ty-
pes de phénomènes.
Le premier est un effet de structure. Comme nous l’avons montré lors de l’étude
du retrait de dessiccation, une éprouvette en contact avec un milieu d’hygrométrie

177
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

plus faible est le siège d’autocontraintes de dessiccation. Si nous reprenons l’état


de contrainte d’une éprouvette en dessiccation non fissurée (présenté sur la
figure 5.1c) et que nous y superposons une contrainte uniaxiale de compression
(due à la présence du chargement), nous obtenons l’état de contrainte illustré par
la figure 5.4. On peut constater que la présence du chargement implique, si sa va-
leur est suffisante, qu’il n’y ait plus de traction en surface de l’éprouvette. Le re-
lâchement des autocontraintes par fissuration, observé sur l’éprouvette non
chargée, n’est plus d’actualité et la totalité du retrait de dessiccation peut se déve-
lopper.
Ainsi, le fluage de dessiccation constitue la mobilisation d’un retrait de dessicca-
tion complémentaire par rapport à celui mesuré sur une éprouvette non chargée.

compression
compression
traction traction + =

État de contrainte résultant :


État de contrainte virtuel le chargement réduit les tractions,
dû aux déformations empêchées F donc les risques de fissuration
(éprouvette non fissurée). (éprouvette non fissurée).

Figure 5.4 : effet d’un chargement sur un béton en dessiccation [PON 98].

Néanmoins, la mobilisation d’une part complémentaire de retrait ne permet pas


d’expliquer la totalité du fluage de dessiccation [GRA 97].
Il y a en complément, un mécanisme de fluage de dessiccation intrinsèque, ana-
logue à celui du fluage propre, basé sur le fait que la diffusion, sous contrainte, de
l’humidité au sein de la structure, a pour effet d’arracher des particules de matière
solide qui iraient se recristalliser dans des zones de moindre contrainte [BAZ 88].

Le fluage de dessiccation consisterait, d’une part, en la mobilisation d’un retrait


de dessiccation complémentaire par rapport à celui mesuré sur une éprouvette
non chargée et, d’autre part, en un mécanisme intrinsèque, analogue à celui du
fluage propre, basé sur le fait que par diffusion sous la contrainte appliquée, des
particules de matière solide iraient se recristalliser dans des zones de moindre
contrainte.

178
Retrait et fluage

2.3. Les couplages entre les mécanismes à l’origine des différents


types de déformations différées
Comme nous l’avons vu dans la présentation des différentes causes de déforma-
tions différées, les processus mis en jeu sont fréquemment couplés. Le retrait en-
dogène ainsi que le retrait de dessiccation peuvent être interprétés, du moins
partiellement, comme des fluages sous contrainte hydrique.
Inversement, le fluage de dessiccation mobilise une part complémentaire de re-
trait de dessiccation.
Si nous revenons à la définition des déformations différées donnée dans l’intro-
duction à ce chapitre, leur obtention à partir des données expérimentales suppose
qu’un certain nombre d’hypothèses de découplage soient valides et nous avons
montré que tel n’est pas le cas. Ces hypothèses sont récapitulées dans le
tableau 5.1.
Tableau 5.1 : obtention des déformations différées
et hypothèses de découplage sous-jacentes.
Obtention à partir des données
Déformation Hypothèses de découplage
expérimentales
Retrait Le retrait endogène est indépendant
Retrait total, retrait endogène
de dessiccation du phénomène de dessiccation.
Déformation totale endogène, Le retrait d’une éprouvette chargée
Fluage propre déformation instantanée est le même que celui d’une éprouvette
au chargement, retrait endogène non chargée.
Déformation totale, déformation Hypothèse précédente et indépendance
Fluage
instantanée au chargement, du fluage propre par rapport
de dessiccation
retrait en dessiccation, fluage propre au phénomène de dessiccation.

Le retrait endogène ainsi que le retrait de dessiccation peuvent être interprétés,


du moins partiellement, comme des fluages sous contrainte hydrique.

3. DÉFORMATIONS DE RETRAIT
Ainsi que nous venons de le voir, en l’absence de chargement, la pâte de ciment,
et donc le béton, subissent des variations dimensionnelles. Celles-ci sont d’autant
plus évidentes aux yeux de l’ingénieur qu’elles provoquent souvent des fissura-
tions précoces qui peuvent mettre en péril la durabilité de l’ouvrage. Ces phéno-
mènes précoces seront développés dans le chapitre 6.
Elles peuvent aussi être la cause de fissuration plus tardive ainsi que d’effets
structuraux qu’il faut prendre en compte dans les calculs. Dans le paragraphe pré-
cédent nous nous sommes attachés à décrire les causes microstructurales des dé-
formations différées de retrait et de fluage.

179
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Dans ce paragraphe, pour les déformations de retrait, et dans le suivant, pour cel-
les de fluage, nous nous intéresserons aux différents paramètres influant sur ces
déformations différées afin de sensibiliser l’ingénieur aux conséquences du choix
des matériaux utilisés dans la composition du béton et de la nature du milieu am-
biant indépendamment de tout aspect de calcul réglementaire qui sera abordé au
paragraphe 6.
3.1. Les retraits à court et moyen termes
Dans un premier temps ces retraits sont principalement dus à l’hydratation du ci-
ment (retrait endogène ou d’autodessiccation) et au retrait thermique déjà décrits
au paragraphe 2.
Pour ce qui a trait au calcul des structures, le retrait qui nous intéresse est unique-
ment celui qui intervient après la prise de la pâte de ciment c’est-à-dire que l’on
fera abstraction du retrait plastique. Après la rigidification du squelette, on assiste
à un gonflement d’origine chimique dû à la formation et à la transformation de
gros cristaux (ettringite). Cette déformation différée endogène n’est généralement
pas considérée dans le cas de la modélisation du comportement différé du béton
d’une structure, ceci pour des raisons liées à la complexité de sa prise en compte
par rapport à son amplitude.
À partir du moment où le squelette de la pâte de ciment durcit, le retrait endogène
va être pris en compte par le mécanicien.
L’intensité de ce retrait dépend principalement du rapport E/C.
En effet, plus la quantité de ciment sera élevée plus l’hydratation fera appel à
l’eau libre des pores du béton et augmentera l’autodessiccation et, inversement,
plus la quantité d’eau libre sera grande moins l’autodessiccation se fera sentir car
les besoins en eau pour l’hydratation seront toujours immédiatement satisfaits et
ne créeront pas de dépression capillaire. Compte tenu de cela on peut déjà imagi-
ner que les bétons « courants » de résistance peu élevée (25-30 MPa) qui ont des
rapports E/C élevés, supérieurs à 0,5, auront des retraits d’autodessiccation qua-
siment négligeables alors que les bétons à hautes performances (BHP) de résis-
tance supérieure et de teneur en eau beaucoup plus faible (rapport E/C voisin de
0,3) auront des retraits d’autodessiccation significatifs. Ces retraits sont d’autant
plus accentués que ces bétons présentent des pores plus fins que ceux des bétons
ordinaires et permettent des développements plus importants des dépressions ca-
pillaires. La figure 5.5 montre l’évolution en fonction du temps de l’humidité re-
lative interne dans les bétons sans échange hydrique avec l’atmosphère pour
différents rapports E/C et met en évidence l’autodessiccation des bétons de rap-
port E/C < 0,5. La figure 5.6 montre l’évolution du diamètre des pores en fonction
du même rapport. La figure 5.7 illustre l’évolution la relation entre la déformation

180
Retrait et fluage

différée de retrait d’autodessiccation et l’humidité relative suivant que l’on a af-


faire à un béton courant ou un BHP.

100

95

90
n° 0 E/C = 0,75
HR (%)

n° 1 E/C = 0,59
85 n° 2 E/C = 0,44
n° 3 E/C = 0,39
n° 4 E/C = 0,39
80 n° 5 E/C = 0,33
n° 7 E/C = 0,27

75

70
0 50 100 150 200 250 300 350 400
Temps (j)

Figure 5.5 : évolution en fonction du temps de l’humidité relative interne des bétons
sans échange hydrique avec l’atmosphère pour différents E/C [YSS 95].
À l’équilibre, au bout de plus d’un an, les bétons de E/C > 0,5 (bétons courants) ont toujours une
hygrométrie maximale de 100 % alors que l’hygrométrie des BHP peut descendre aux alentours de
75 %.

Porosité capillaire Pores des hydrates


0,5

E/C
0,4
Volume empli (cm3/g)

0,3
0,4
0,5
0,3
0,6
0,7
0,8
0,2
0,9

0,1

0,0
0

0
0

40 0
0

5
5
0

10
0
0

30
40
80

50
60

20

7
15
60

20
00

50
80

15

4,
12
10
30
1

Diamètre des pores (nm)


Figure 5.6 : influence sur le diamètre des pores du rapport E/C [MEH 80].
Le diamètre des pores saturés diminue avec le rapport E/C et, à partir de E/C < 0,5, la porosité capil-
laire interconnectée devient négligeable.

181
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

100 100

99 95

Humidité relative (%)


Humidité relative (%)

98 Béton courant 90 BHP

97 85

96 80

95 75

94 70
50 60 70 80 90 100 110 120 130 140 100 120 140 160 180 200 220
Microdéformations Microdéformations

Figure 5.7 : relation entre la déformation différée de retrait d’autodessiccation


et l’humidité relative suivant que l’on a affaire a un béton ordinaire ou un BHP [BAR 94].
Dans le cas du béton courant, l’évolution est linéaire et est attribuée au mécanisme de variation des
dépressions capillaires. Pour les BHP, cette évolution est bilinéaire. La première partie (humidité re-
lative supérieure à 76 %) est la conséquence de la variation des dépressions capillaires. Au-delà l’eau
libre des pores capillaires serait entièrement consommée. Les déformations de retrait continuent alors
plus lentement, car l’eau consommée est adsorbée et non plus libre.

L’intensité du retrait endogène augmente inversement au rapport E/C (Eau/Ci-


ment ou Eau/Liant). Ainsi les bétons dits « courants » dont le rapport E/C dé-
passe 0,5 ont un retrait endogène très faible alors que les bétons à hautes
performances (BHP) ont un retrait endogène non négligeable. C’est pourquoi la
notion de retrait endogène est apparue avec le règlement BPEL 99 applicable
aux BHP alors que dans les règlements précédents on ne différenciait pas la cau-
se du retrait.

3.2. Le retrait à long terme


3.2.1. Le retrait de dessiccation
La cinétique du retrait de dessiccation est liée à celle du départ de l’eau et dépend
des conditions d’ambiance (figure 5.8). On peut relier l’accroissement du retrait
de dessiccation à la perte de masse des éléments.
La perte en eau en fonction du temps dans un béton en dessiccation vérifie une loi
en racine carrée du temps classique dans les phénomènes de diffusion (ici le sé-
chage, voir figure 5.9). Ainsi que nous l’avons décrit au paragraphe 2, ceci a pour
conséquence l’apparition à l’intérieur du béton de gradients hydriques qui restent
longtemps très forts et localisés au voisinage de la surface des pièces.

182
Retrait et fluage

Retrait (μm/m)

Hr50
600

Hrse

400

200

Hr98
0
0 200 400 600 d

– 200 Hreau

Figure 5.8 : évolutions comparées des déformations différées de retrait d’un BHP
dans différentes conditions d’ambiance : se, sans échange, 50, 98 degré hygrométrique
de l’ambiance, (eau) pour immergé [SIC 92].

Perte de masse volumique


(g/cm3)

4
D 11
3 D 16
D 21
2

0
1 4 9 16 25 30 49 64
—t
7j 14 j 28 j 56 j

Figure 5.9 : évolution de la perte en eau mesurée dans des éprouvettes de diamètre 11,
16 ou 21cm en fonction de la racine carrée de la durée de séchage [ACK 88].

On a donc, figure 5.10, pour les pièces soumises à la dessiccation, un effet


d’échelle très important. Ainsi on peut estimer que si un potelet, un hourdis d’une
dizaine de centimètres d’épaisseur sèchent à cœur en dix ans maximum, pour une
dalle de 25 centimètres il faudra quelques dizaines d’années et pour une pile, un
caisson de l’ordre de un mètre d’épaisseur l’état d’équilibre ne sera atteint qu’au
bout d’un siècle !

183
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

2
28 jours
Variation de masse (%)
1 3 mois
Référence t = 0 4 ans
0

–1

–2
BC
–3

–4
–8 –7 –6 –5 –4 –3 –2 –1 0 1 2 3 4 5 6 7 8
Rayon (cm)
2
28 jours
Variation de masse (%)

1
3 mois
Référence t = 0 4 ans
0

–1

–2 BTHP
–3

–4
–8 –7 –6 –5 –4 –3 –2 –1 0 1 2 3 4 5 6 7 8
Rayon (cm)

Figure 5.10 : variations relatives de masse dans un échantillon cylindrique de béton


courant (BC) et de béton à très hautes performances (BTHP), mis en dessiccation à 1 jour
[LAR 91].

On constate l’importance du gradient hydrique entre la surface et le cœur de la


pièce. Le gradient hydrique est plus fort pour les bétons à hautes performances (fi-
gure du bas), car leur porosité communicante est beaucoup plus faible que celle
des bétons ordinaires (figure du haut)
En conclusion de l’analyse phénoménologique des retraits des bétons amorcée au
paragraphe 2, on peut établir la liste des facteurs qui les gouvernent :
– les quantités d’eau et de ciment ;
– la présence d’ajouts minéraux, entre autres de fumée de silice qui produisent
un réseau poreux plus fin ;
– le volume de la pâte ;
– le module élastique des granulats ;
– la nature et la finesse du ciment ;
et, dans le cas de la dessiccation :
– les dimensions de la pièce, le rapport surface/volume ;
– l’hygrométrie de conservation.
Nous verrons au paragraphe 6 que certains de ces paramètres sont pris en compte
par les modèles réglementaires, et d’autres, seront négligés malgré leur influence.

184
Retrait et fluage

On peut citer, à titre d’exemple, l’influence de la nature des granulats


(figure 5.11).
L’influence du volume relatif des granulats est aussi très nette (figure 5.12).

1 600

grès
gravier
basalte
1 200
granite
calcaire
quartz
Retrait 10–6

800

400

0
10 28 90 1 2 5 10 20 30
Jours Années
Temps (échelle log)
Figure 5.11 : influence de la nature minéralogique du granulat
sur le retrait de dessiccation [NEV 96].

1,0

0,8
Retrait relatif

0,6

0,4

0,2

0 20 40 60 80 100 %
Volume relatif des granulats

Figure 5.12 : influence du volume relatif des granulats d’après Pickett cité dans [NEV 96].

L’influence de la nature des granulats (facteur mécanique ou minéralogique) est


extrêmement importante, de même que leur pourcentage volumique. Ce para-
mètre est malheureusement très difficile à intégrer dans les calculs, car il est ra-
rement connu au moment des études.

185
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

3.2.2. Une déformation spontanée particulière : le gonflement sous eau


Il faut distinguer le gonflement d’origine chimique, précédemment décrit, qui est
dû à la transformation de l’ettringite et qui apparaît entre le premier et le second
retrait et le gonflement qui est induit par la conservation d’une pâte de ciment ou
d’un béton sous eau. En effet seul ce dernier intéressera le mécanicien des struc-
tures.
Ce gonflement à long terme est lié à la structuration progressive de la pâte de ci-
ment lors de l’hydratation qui se fait, dans ce cas, avec une augmentation consi-
dérable des surfaces spécifiques.
Ce gonflement se poursuit très longtemps, pour une pâte de ciment il est encore
très sensible à 1000 jours et peut atteindre 0,2 %. Pour un béton il est de l’ordre
de 10–4.

4. DÉFORMATIONS DE FLUAGE
Dans le paragraphe 2 nous avons détaillé les causes microstructurales des défor-
mations de retrait et de fluage. Regardons maintenant à une échelle plus globale
les paramètres influant sur ces déformations de fluage qui peuvent être, comme
indiqué précédemment, divisées en fluage endogène ou « propre » et en fluage de
dessiccation.
4.1. Les facteurs d’influence
4.1.1. Le chargement
Quelle qu’en soit la cause microstructurale la déformation de fluage est liée à l’in-
tensité de la charge constante appliquée.
Si à l’instant t0, on applique un échelon de chargement en compression au béton,
le comportement rhéologique change et on a une accélération importante de la dé-
formation différée (figure 5.13).

186
Retrait et fluage

H (μm/m)

700

600
Hdiff
Déformation

500

400
Hfse
300
Hrse
200
j – t0
100

0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200 220 240 jours

V (MPa)
Contrainte

40
V = 37 MPa
30
20
10

0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 200 220 240 jours


t0 = 51 j
Temps

Figure 5.13 : déformation totale différée (retrait et fluage) depuis le démoulage


d’un béton chargé après t0 jours de durcissement.

Le fait d’appliquer un échelon de contrainte σ entraîne une augmentation sensible de la vitesse de


déformation différée.

Sous des contraintes modérées la vitesse de la déformation différée diminue dans


le temps. Le comportement du béton est intermédiaire entre un comportement
élastique où le fluage serait nul et un comportement visqueux où il se ferait à vi-
tesse constante. On qualifie ce comportement de viscoélastique.
Une autre caractéristique du fluage du béton est mise en évidence par le charge-
ment à des âges différents d’éprouvettes de béton provenant d’une même gâchée
(figure 5.14).

187
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

V0

0 t

`
H

Retard

Déformation instantanée

0 t
8 28 60 91 120 Jours

Figure 5.14 : échelons de contrainte de même intensité appliqués sur un même béton
à des âges croissants.
Plus l’éprouvette est soumise tardivement au fluage moins la déformation différée est importante.

On constate que plus l’éprouvette est soumise tardivement à une charge moins la
déformation différée est importante. Cela est dû au comportement « vieillissant »
du béton, le « vieillissement » étant pris dans son sens le plus noble.
On dira ainsi que le comportement en fluage du béton est viscoélastique vieillis-
sant.
Sous contrainte permanente modérée (c’est le cas de la plupart des ouvrages) la
déformation différée de fluage du béton est proportionnelle à la contrainte per-
manente appliquée. Il peut donc être classifié comme matériau « viscoélastique
linéaire ». De plus, si l’âge du béton augmente sa réponse en déformation dimi-
nue, il est donc « viscoélastique linéaire vieillissant ».

Dans tout ce qui précède nous avons supposé implicitement que le chargement de
fluage était modéré, c’est à dire qu’il ne dépassait pas la moitié de la charge de
rupture sous chargement instantané σR. Si l’on applique des charges plus élevées
(au-delà de 0,7 σR par exemple) le comportement viscoélastique change de
nature: la vitesse de fluage qui était décroissante (fluage primaire) peut devenir
constante (fluage secondaire) et pourra amener à terme à la rupture après accélé-
ration de la vitesse de fluage (fluage tertiaire) (figure 5.15).

188
Retrait et fluage

fluage
rupture
tertiaire

Déformation de fluage 2
fluage
secondaire

fluage
primaire
1

fluage primaire

t
0
Durée de chargement

Figure 5.15 : évolution de la déformation de fluage en fonction du temps, sous charge


modérée (1) et sous charge intense (2) pouvant conduire à la rupture par fluage tertiaire.
Le passage du fluage primaire au fluage secondaire dépend, d’une part, de l’intensité de la charge
appliquée et, d’autre part, de la durée du chargement ou de la période d’observation.

Nous venons de voir que le comportement rhéologique des bétons sous charge
semblait être du type viscoélastique vieillissant. Nous verrons (§ 6.2.1) que le trai-
tement mathématique du caractère viscoélastique n’est aisé, pour le calcul des
structures soumises à des histoires de chargement complexes, que dans le cas de
la viscosité dite « linéaire ».
La linéarité suppose, d’une part, que la réponse en déformation à un échelon de
contrainte soit proportionnelle à l’intensité de cet échelon et d’autre part, que le
principe de superposition soit vérifié, i.e. si l’on superpose deux histoires de sol-
licitations, la réponse est la superposition des réponses.
Qu’en est-il de ces deux principes pour le béton ?
Acker et Barral [ACK 83] ont confirmé (figure 5.16) que la proportionnalité de la
déformation à la contrainte appliquée était respectée tant que la contrainte appli-
quée ne dépassait pas 40 % à 50 % de la charge de rupture. La valeur exacte de ce
seuil dépend de l’âge du béton au chargement et augmente avec celui-ci.

189
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Déformation
différée
totale
H(t)

h
0 Domaine
00
Domaine 00 de rupture
s5
de proportionnalité rè
ap
0h
0 00
rè s1
ap
h
00
10
ès
apr

Retrait pur
^ Contrainte appliquée
V0/Vrupture

0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8

Figure 5.16 : déformation différée totale en fonction de la contrainte permanente


appliquée à différentes échéances : la linéarité est admissible
jusqu’à environ 0,5 σ rupture [ACK 83].

Le domaine de linéarité des bétons à hautes performances paraît être plus impor-
tant que celui des bétons ordinaires. Cette linéarité se poursuivrait jusqu’à des
taux de contraintes voisins de 60 % à 70 % même pour des bétons chargés aux
jeunes âges.
On verra, ci-dessous lors de l’étude de la recouvrance, que ce principe de super-
position est caduque dans le cas de déchargements.
Tant que le chargement stationnaire est modéré, environ 50 % de la charge de
rupture en compression, la déformation de fluage est proportionnelle à la con-
trainte permanente appliquée. Pour l’Eurocode 2 la valeur limite est de 45 %.

4.1.2. Les conditions d’ambiance, d’environnement et d’effet d’échelle


Pour la partie endogène du fluage seule la température peut avoir une influence.
Dans des gammes de températures « normales » d’utilisation, 15 à 25 °C, l’effet
de la température ne sera pas prépondérant. Ce n’est que dans les cas extrêmes
de températures élevées (> 30 °C) qu’il faut prendre en compte l’effet
amplificateur de la température sur le fluage.
Pour le fluage total en dessiccation les conditions d’ambiance jouent à plein à
cause de la possibilité des échanges hydriques.

190
Retrait et fluage

Une expérience intéressante pour mettre en évidence l’influence des conditions


d’ambiance consiste à comparer les déformations différées totales en fluage de
deux éprouvettes, d’un même béton, dont l’une a été préalablement séchée afin
d’évacuer toute l’eau libre. On s’aperçoit alors que cette dernière présente un flua-
ge négligeable (10 µm/m) par rapport à l’éprouvette non prétraitée (300 µm/m).
Si la baisse du taux d’humidité relative a une grande influence sur la cinétique du
retrait elle est moins prépondérante dans le cas du fluage tout au moins dans des
cas courants de dessiccation (HR = 50 % et 75 %). L’humidification du béton
(HR = 99 % et 100 %) réduit, pour sa part, très fortement la cinétique de fluage.
Par contre, en ce qui concerne l’amplitude du fluage final, l’hygrométrie relative
a une influence très nette (figure 5.17).

1,8

1,6
Fluage HR/fluage 75 %

1,4

1,2

1,0

0,8

0,6

0,4

0,2

0 50 75 99
Humidité relative (HR)

Figure 5.17 : rapport entre le fluage sous hygrométrie HR variable et le fluage


sous une hygrométrie de 75 %, courante en France métropolitaine. On peut atteindre
un facteur 3 [CEB 90].

L’effet d’échelle traduit l’influence de la dimension de la structure par rapport à


ses possibilités d’échange avec le milieu extérieur.
Il est généralement caractérisé par le rapport de la section de béton A par le péri-
mètre de cette section u en contact avec l’ambiance.
D’après Hilsdorf [CEB 90] la déformation de fluage serait d’autant plus faible que
l’épaisseur est importante. Elle chuterait en moyenne de 25 % entre des pièces fi-
nes (A/u = 50 mm) et celles très épaisses (A/u = 500 mm).

191
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

L’âge au chargement n’a pas d’influence apparente sur la cinétique de fluage. Le


fluage final, par contre, sera grandement modifié. Ainsi, si l’on prend pour réfé-
rence un chargement à 14 jours, un chargement à 3 jours verra le fluage final mul-
tiplié par 1,3, un chargement à 90 jours par 0,8 et à 3 ans par 0,2 (ordre de
grandeur pour des éprouvette de A/u entre 20 et 50 mm, une humidité relative de
50 à 70 %).
Il y a un couplage des effets de température et d’hygrométrie relative [CEB 90].
En conclusion nous pouvons dire que ces conditions d’environnement ont, pour
la plupart, tant pour les retraits que les fluages une importance notable. Elles doi-
vent donc être prises en compte dans les lois du comportement différé proposées
par les codes.
Le tableau 5.2 récapitule de manière qualitative l’influence des divers paramètres.
Tableau 5.2 : influence de différents facteurs sur le retrait et le fluage

Retrait Fluage

Endogène Dessiccation Endogène Dessiccation

Cinétique Final Cinétique Final Cinétique Final Cinétique Final

Humidité relative 0 0 + ++ 0 0 + ++

Effet d’échelle 0 0 ++ + 0 0 ++ +

Âge au chargement 0 0 = = ++ ++ = ++

Température + + +(*) ++(*) +(*) +(*) ++(*) ++(*)

+ + Grande Influence, + Influence notable, = peu ou pas d’influence, 0 non concerné.


(*) Pour des températures très élevées

4.1.3. Les paramètres de composition des bétons courants


Ces paramètres de composition ne sont généralement pas pris en compte dans les
calculs des projets de structure car l’ingénieur ignore, lorsqu’il conçoit son ouvra-
ge, la composition du béton qui sera utilisée. Il se raccroche, sauf exception, à une
seule variable qui est la résistance caractéristique en compression à 28 jours (fc28).
Nous allons voir ci-après que ces facteurs de composition sont, néanmoins, in-
fluents et peuvent guider le projeteur, lorsqu’il a la maîtrise de la composition,
afin d’obtenir un meilleur béton vis-à-vis des déformations différées potentielles.
De telles approches ont été utilisées récemment, notamment dans le cas d’ouvra-
ges en bétons à hautes performances.

192
Retrait et fluage

Plus le volume relatif des granulats est grand, plus le fluage est faible (comme nous
l’avons illustré pour le retrait). Mais tout doit être relativisé car la marge de fluctua-
tion de la quantité de granulats dont l’ingénieur dispose pour réaliser un bon béton
de structure n’est pas très grande. On peut retenir comme ordre de grandeur que pas-
ser de 65 à 75 % de granulats en volume amène une diminution de fluage de 10 %.
De par la grande variété des granulats utilisés en génie civil, variété liée à leur na-
ture minéralogique et qui a des conséquences à la fois mécaniques (rigidité varia-
ble) et physiques (porosités différentes), il est, à l’heure actuelle, très difficile de
tirer des conclusions sur l’effet des granulats.
Toutefois, il faut signaler que l’influence de la nature des granulats est très nette, les
déformations de fluage peuvent être, pour des bétons de compositions semblables,
mais de granulats différents dans un rapport de 2, voire de 5 pour certains auteurs.
D’après Rusch cité par Neville [NEV 96] l’ordre de qualité décroissante pour les
granulats vis-à-vis du fluage du béton serait le basalte, le quartz, le marbre, le gra-
nit puis le grès (la figure 5.18 donne un exemple de ces variations). Mais cet ordre
n’est valable que pour la variété des matériaux qu’il a effectivement testée. En ef-
fet on peut trouver deux granulats de même nature minéralogique entraînant des
comportements totalement différents [CUB 96].
10–4

16
grès
basalte
gravier
Déformation de fluage

12
granit
quartz
calcaire

0
10 28 90 1 2 5 10 20 30
jours années
Durée de chargement

Figure 5.18 : déformation de fluage en fonction du temps pour divers types de granulats.
Ce diagramme montre toute l’importance du choix du granulat
pour optimiser le comportement, d’après [NEV 96].
La déformation finale de fluage serait 4 fois plus forte pour des bétons de granulats de grès que pour
ceux de calcaire. L’ordre décroissant de performance vis-à-vis du fluage étant, pour ces granulats tes-
tés, le grès, le basalte, les granulats roulés, le granit, le quartz et le calcaire.

193
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

La figure 5.19 (travaux de Hummel et al. cité par [CEB 90]) traduit nettement la
liaison entre la déformation totale de fluage, la cinétique et la résistance en com-
pression du béton. On peut imaginer de faire abstraction des autres paramètres de
composition des bétons (rapport E/C, nature du ciment, etc.) pour ne conserver
que ce paramètre traduisant le fluage de la composition utilisée.
Fonction fluage (10–4/MPa)

2
19 MPa

26,9 MPa

1 35,3 MPa
43,1 MPa

0 Jours
1 10 102 103 104

Durée de chargement
Figure 5.19 : valeur de la fonction fluage (ou fluage spécifique) en fonction de la durée
de chargement pour des bétons de résistance croissante, d’après [CEB 90].
La fonction fluage est le coefficient multiplicateur de la contrainte appliquée pour obtenir la déforma-
tion différée de fluage. On constate que ce coefficient décroît de manière importante avec la résistan-
ce du béton.

Nous avons vu lors de l’étude sur le retrait que le rapport E/C avait une grande
importance sur l’intensité de la déformation différée. Il en est de même pour le
fluage. Comme pour le retrait, les bétons fermes (de rapport E/C réduit) présen-
tent un fluage de dessiccation plus modéré.
La nature du ciment a une influence minime sur la valeur finale du fluage qui di-
minue très légèrement avec les ciments de type R. C’est donc un comportement in-
versé par rapport au retrait. Cependant, le type de ciment influe sur la valeur finale
du fluage à cause du degré d’hydratation au moment d’application de la charge.
L’influence de la nature du ciment est forte pour les bétons chargés jeunes alors
que pour les bétons chargés plus tard l’influence s’atténue.
En conclusion, on peut constater que les paramètres de composition influencent
la valeur finale du fluage. Toutefois, ils ne peuvent pas être pris en compte par le
calculateur qui n’en est pas maître (du moins c’est encore exceptionnel). C’est
pourquoi nous verrons que les codes font généralement l’impasse sur ces para-
mètres lors de l’établissement de leur modèle de retrait et de fluage. Toutefois, si
le nombre d’ouvrages pour lesquels le projeteur ou le concepteur pense à utiliser

194
Retrait et fluage

les potentialités des bétons et l’intègre à sa démarche est encore faible, celui-ci
croît très vite car il s’agit d’une voie de progrès de plus en plus utilisée.
Les paramètres de composition influencent grandement l’amplitude du fluage,
l’utilisation de certains granulats peut multiplier la déformation différée par 2
voire 3, la nature du ciment influe sur le comportement des bétons chargés jeunes.

ˆ Cas des bétons à hautes performances


Les bétons à hautes performances (BHP) sont une amélioration des bétons ordi-
naires obtenue par l’utilisation d’un superplastifiant couplée ou non avec celle de
fumée de silice (FS). Le but principal de ces ajouts est d’obtenir, in fine, un béton
moins poreux donc plus résistant.
L’utilisation des superplastifiants permet de réduire la quantité d’eau utilisée lors
du gâchage, le rapport E/C peut descendre de valeurs voisines de 0,5 à des valeurs
voisines de 0,35. On voit, dès lors, toutes les conséquences que cela pourra avoir
sur les phénomènes de retrait et de fluage tant ceux-ci sont intimement liés aux
migrations d’eau.
L’utilisation de fumée de silice, particules très fines de l’ordre du micromètre,
permet de diminuer encore la porosité du béton entraînant d’autres modifications
du comportement différé.
Nous passons en revue, ci-après, l’influence des principaux paramètres qui distin-
guent les bétons courants des BHP du point de vue du fluage.
Le fluage propre, en dehors du cas de chargement au très jeune âge, dépend prin-
cipalement de la résistance du béton au moment du chargement, la déformation
de fluage décroissant en fonction de cette résistance.
Cette observation montre que deux bétons de résistance finale différente de-
vraient présenter un même coefficient de fluage (qui est défini comme le rapport
entre la déformation différée et la déformation instantanée) si leur résistance au
moment du chargement est identique même si leur âge est différent.
La vitesse de développement du fluage propre est beaucoup plus grande pour les
BHP que pour les bétons ordinaires. La stabilisation est, dès lors, plus rapide.
Le coefficient de fluage est très élevé pour des bétons chargés dès les premiers
jours du durcissement Les BHP chargés très jeunes auront donc un fluage final
du même ordre de grandeur que celui d’un béton ordinaire.
Le fluage de dessiccation est, généralement atténué pour des bétons à hautes per-
formances. L’utilisation de fumée de silice augmente encore cette atténuation.
Comme nous avons vu au départ que le fluage propre diminuait comme la résis-
tance pour des bétons chargés à des âges supérieurs à 3 jours, comme la résistan-

195
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

ce, on peut donc affirmer que les BHP présentent en dessiccation des fluages
totaux beaucoup plus faibles que les bétons courants.
Cette diminution du fluage de dessiccation est intéressante pour des pièces mas-
sives, et surtout pour des ouvrages à zones d’épaisseurs différentes, car elle va at-
ténuer grandement l’effet d’échelle.
Pour les BHP, la vitesse de développement du fluage propre est beaucoup plus
grande que pour les bétons courants, la stabilisation étant, dès lors, plus rapide.
Le fluage de dessiccation est très atténué, l’utilisation de fumée de silice augmen-
te encore cette atténuation.
ˆ Cas des bétons autoplaçants (BAP)
Les résultats du projet national BAP ont montré que ces bétons n’avaient pas une
sensibilité particulière vis-à-vis des déformations différées. Ils se comportent
donc comme les autres bétons.
4.2. La recouvrance
Si l’on cesse l’application de la charge stationnaire (le programme de chargement
est dit alors en créneau) on constate que, d’une part, il y a diminution instantanée
de la déformation du matériau due à son élasticité et, d’autre part, cette diminution
peut se poursuivre dans le temps avec plus ou moins d’intensité. Ces déformations
correspondent à la recouvrance instantanée et différée (figure 5.20).

V H

1
V0
2

0 u0 u1 t 0 u0 u1 t
1 - Recouvrance instantanée
2 - Recouvrance différée
3 - Déformation résiduelle

Figure 5.20 : effet d’un « créneau » de contrainte, mise en évidence de la recouvrance.

La recouvrance, appelée aussi retour de fluage dépend principalement de la durée


d’application du créneau de contrainte, c’est un couplage de la viscoélacticité du
matériau et de son vieillissement. Ce n’est donc pas une donnée caractéristique.
Des expériences d’additivité permettent de déterminer la validité du principe de
superposition. Il s’agit, ainsi que l’a réalisé Drackey-Lawson [DRA 82], de com-
parer l’évolution rhéologique de plusieurs éprouvettes chargées à l’origine unifor-

196
Retrait et fluage

mément puis ensuite soumises à l’instant t1 à des échelons de contraintes


différents proportionnels entre eux, positifs ou négatifs.
Si la proportionnalité est vérifiée, la réponse en déformation doit être identique
pour tous les échelons de contrainte de même intensité qu’ils soient positifs ou né-
gatifs. Or il s’avère que si la proportionnalité est bien vérifiée pour des échelons
proportionnels positifs, il n’en est rien dans le cas d’échelons proportionnels né-
gatifs i.e. dans le cas d’une expérience de recouvrance partielle (figure 5.21).
Le comportement au déchargement d’un béton n’est donc pas symétrique de celui
qu’il aurait pour un chargement de même intensité. Le principe de superposition
est dans ce cas pris en défaut.

Contraintes Déformations (retrait réduit)


V (MPa) H (μ/m) E1

1 000
E2
E1 800
15
E2 600 E3
11,25 E4
E3 400
7,50
E4 E5
200
3,75
E5 0
0
72 272 472 672 872 1 072 1 272 Âge (heures)

Figure 5.21 : cinq bétons ont été soumis initialement à un palier de charge commun E3
ensuite de quoi 2 ont subi des échelons de contrainte positifs E2 et E1, et 2 négatifs E4
et E5, E5 amenant au déchargement complet. Les échelons de contraintes
étant tous égaux en valeur absolue.
Pour les échelons de contrainte positifs la réponse en déformation est proportionnelle. On constate,
a contrario, que les réponses en déformation pour les échelons négatifs ne suivent plus le principe de
proportionnalité.

Dans le cas d’histoires de chargement comprenant des chutes instantanées de con-


trainte d’amplitude significative, le principe de superposition – et, partant, le mo-
dèle viscoélastique linéaire (VEL) – est fortement mis en défaut. Dans le cas
contraire (faibles variations de la compression, variations continues toujours
croissantes), le principe et le modèle VEL conduisent à des erreurs limitées gé-
néralement acceptables.
Pour des échelons de contrainte négatifs (déchargements) la réponse en retour
de fluage n’est plus linéaire en fonction de l’échelon de contrainte.

197
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

4.3. Les comportements en traction, flexion, torsion


Il existe dans la littérature très peu de résultats concernant le fluage sous des char-
ges autres que la compression uniaxiale. Certains ordres de grandeur sont toute-
fois avancés sans qu’ils soient parfaitement étayés.
Ainsi le fluage en traction serait, à charge égale, plus élevé de 20 % à 30% que
celui en compression. Cet écart serait fonction de l’âge au chargement et de l’am-
biance de conservation. Le fluage initial serait plus faible en traction qu’en com-
pression (ainsi que les déformations instantanées), inversement la vitesse de
fluage est ensuite plus rapide et le fluage final est plus important qu’en compres-
sion [ATR 05].
En flexion, si certains essais ont été effectués, ils n’ont pu être interprétés de ma-
nière satisfaisante, compte tenu des effets de la fissuration de peau sur le méca-
nisme de déformation puis de rupture, rapide, des éprouvettes.
En torsion, Neville [NEV 96] cite les essais déjà anciens de Le Camus de 1945 et
ceux de Lambotte de 1962. D’après ces auteurs, les résultats obtenus en compres-
sion sur le coefficient de fluage et la cinétique du phénomène seraient transposa-
bles en torsion.
Sous sollicitations multiaxiales, on peut interpréter les déformations à l’aide d’un
coefficient de Poisson de fluage. Les résultats expérimentaux montrent toutefois
que ce coefficient de Poisson est différent du coefficient élastique et qu’il présente
une grande dispersion [BEN 02]. Et pourtant il joue un rôle important dans le
comportement de structures précontraintes biaxialement comme les enceintes de
centrales nucléaires [GRA 93].
4.4. Le couplage retrait-fluage
On peut se poser la question de la pertinence du découpage arbitraire de la défor-
mation totale différée sous charge en déformation de retrait, d’une part, et fluage
de l’autre. Déjà, en 1957, Lhermitte se posait la question de l’indépendance des
phénomènes de retrait et fluage. De nombreux travaux ont mis en évidence les re-
lations qui pouvaient exister entre ces deux déformations. Ainsi, si l’on reporte
les déformations totales d’un béton sous charge en fonction de la déformation de
retrait, on peut scinder le comportement différé en trois zones (figure 5.22) :
– la phase 1, de courte durée (quelques jours), proportionnelle à la déformation
élastique instantanée qui est en réalité, pour certains auteurs, une réponse élasti-
que différée ;
– la phase 2, de très longue durée et qui représente la plus grande partie de la
déformation différée dans laquelle il existe une linéarité entre les déformations
sous charge et les déformations de retrait ;

198
Retrait et fluage

– et, enfin, une phase 3 qui traduit le comportement à très long terme et qui n’est
visible que pour des taux de charge importants. Cette phase 3 n’est en aucun cas
un fluage tertiaire, elle signifie simplement que la déformation sous charge con-
tinue de progresser alors que celle de retrait s’arrête faute d’un potentiel interne
trop faible.
Cette décomposition est validée aussi bien pour les déformations totales que pour
le conditionnement sans échange hydrique.

3 500
Déformation sous charge (1.e-6)

3 000

2 500

2 000

1 500 B1
B2
1 000 B3
B4
B5
500 B6
Déformation de retrait (1.e-6)
0
0 100 200 300 400 500 600 700 800

Figure 5.22 : relation entre déformations sous charge et déformations de retrait


en mode séchage [PON 03].

La première phase de comportement sous charge présente une similitude avec les
déformations de recouvrance ce qui tend à indiquer son caractère réversible. Ces
déformations suggèrent un mécanisme diffusif de l’eau libre dans les espaces ca-
pillaires induit et amplifié par l’application de la contrainte due au chargement.
La seconde phase peut s’expliquer en assimilant le retrait à un fluage sous con-
trainte hydrique. Acker [ACK 01] a montré que le fluage, dans sa partie visqueu-
se, ne dépend que des C-S-H. La partie réversible est due à l’élasticité des autres
constituants. Il a introduit la notion de « potentiel de fluage ». Ce potentiel est une
donnée intrinsèque au matériau une fois que celui-ci est fabriqué. Il est fonction
des C-S-H. Mais, ce potentiel peut être consommé par le retrait qui est considéré
comme un fluage sous charge hydrique. C’est pour cette raison qu’à même taux
de chargement, l’âge de mise en charge influe : plus on repousse la date de char-
gement, moins les déformations de fluage seront importantes. En fait, cela traduit
le fait que le béton aura épuisé un peu de son « potentiel », puisque le retrait aura
été plus grand.

199
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Les déformations de retrait et celles de fluage ont, pour partie, la même origine
physique, c’est pour cela que certains modèles réglementaires (i.e. l’Eurocode 2
partie ponts [EC2 04-2]) proposent de déduire les unes des autres (fluage de des-
siccation exprimé en fonction du retrait de dessiccation).

5. MÉTHODOLOGIE DES ESSAIS DE FLUAGE ET DE RETRAIT


Les résultats expérimentaux sur le retrait et le fluage du béton que l’on peut trou-
ver dans la documentation sont souvent difficiles à analyser comparativement car
les protocoles expérimentaux sont très diversifiés. Les effets d’échelle, d’environ-
nement, etc. étant très importants, il convient d’essayer de normaliser ce type
d’essais si l’on veut pouvoir atteindre les caractéristiques intrinsèques. Nous dé-
taillons ci-après la méthode expérimentale recommandée par la Rilem [RIL 97].
Dans la recommandation de la Rilem on distingue, comme détaillé précédem-
ment, les déformations endogènes, sans échange hydrique avec le milieu ambiant,
et celles en dessiccation conventionnellement mesurées à une température de
20 °C ± 1 °C et à une humidité relative de 50 ± 5 % ou bien de 25 °C ± 1 °C et à
une humidité relative de 65 ± 3 %
L’appareillage doit être capable d’appliquer une compression centrée et de la
maintenir constante dans le temps. Le maintien de la charge doit se faire à ± 1 %
près.
Les mesures de retrait et de fluage doivent être effectuées avec le même appa-
reillage à mi-hauteur de l’échantillon et sur au moins trois génératrices. La distan-
ce entre les points de mesure et les extrémités de l’échantillon doit être supérieure
à 2 fois le diamètre de l’éprouvette.
Les éprouvettes doivent être cylindriques Les éprouvettes doivent avoir un élan-
cement (rapport de leur hauteur à leur diamètre) de 5 au minimum et être les mê-
mes pour les mesures de retrait ou de fluage. Elles doivent être coulées dans des
moules métalliques ou carottées. Leur diamètre doit être supérieur à 5 fois la di-
mension du plus gros granulat.
Les conditions de cure préconisées sont : maintien 24 à 48 h dans leur moule à
20 °C ± 1 °C (ou 25 °C) dans une chambre humide ou protégées par une envelop-
pe protectrice (polyane, aluminium autocollant etc.).
Les essais sont effectués, comme précédemment décrit, soit en « endogène », il est
nécessaire alors d’isoler les éprouvettes en les enduisant de résine ou en les enve-
loppant de papier d’aluminium autocollant dès le démoulage, soit en dessiccation,
les éprouvettes sont alors conservées 7 jours en chambre humide après démoulage
puis mises dans leur ambiance de dessiccation (HR = 50 % ± 5, T = 20 °C ± 1 °C).

200
Retrait et fluage

La mise en place des moyens de mesure doit être rapide pour éviter toute pertur-
bation de l’équilibre hygrothermique de l’éprouvette.
La première mesure de retrait sera généralement effectuée immédiatement après
le moulage.
On utilisera trois échantillons pour mesurer la résistance en compression au jour
de l’application de la contrainte de fluage. Si l’appareillage de fluage n’est pas
équipé pour mesurer les déformations instantanées ces trois éprouvettes serviront
aussi à déterminer le module d’élasticité du béton.
Les mesures après le chargement de fluage doivent être très rapprochées : durant
le début du chargement stationnaire, on pourra adopter une échelle de temps lo-
garithmique (par exemple 0,5 ; 1 ; 2 ; 4 min, puis 1, 2, 4, 2n jours).
On doit également effectuer des mesures de perte en eau pour les essais de retrait
et de fluage en dessiccation.
Les dimensions des éprouvettes recommandés sont : diamètre 7,5 ; 10 ; 15 ; 20 cm
et longueur 37,5 ; 50 ; 75 ; 100 cm.
L’âge d’exposition au séchage peut être de 1, 3, 7, ou 14 jours.
Les âges recommandés pour le chargement sont 1, 3, 7, 28, 90, jours et 1 an, la
contrainte de compression σ = k.σR, ou σR est la résistance en compression à l’âge
du chargement, avec k = 0,20 ; 0,40 ; 0,60. Les valeurs en italique sont les plus
usuelles. La durée des essais comparatifs est de 6 mois en endogène et n ans en
dessiccation avec n = (d/0,16)2, où d représente le diamètre en mètre. Pour une
extrapolation à long terme 1 an en endogène et 2n années en dessiccation. Les bâ-
tis d’essais peuvent être munis de ressorts, de systèmes oléopneumatiques ou de
systèmes hydrauliques.
Il est à noter que les mesures des déformations différées des bétons, retraits et
fluages, présentent généralement des dispersions importantes. La dispersion esti-
mée par rapport aux valeurs habituelles déterminées à partir des règlements est de
+/– 30 %. Sur un même béton les mesures présentent, malgré tous les soins ap-
portés à la réalisation des manipulations des variations de l’ordre de +/– 10 %.
Une méthode d’estimation statistique peut être utilisée [CLE 01].

201
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Figure 5.23 : batterie de bancs de fluage hydrauliques de 1 000 kN (LMDC).


Ces trente bancs de fluage alimentés séparément par des vérins hydrauliques permettent sur le
même bâti de superposer une éprouvette soumise à la dessiccation (elle est à l’ambiance de la pièce
régulée en humidité et en température) et une éprouvette en condition endogène car enveloppée
d’une double couche de papier aluminium l’isolant de tout échange. Les deux éprouvettes sont donc
soumises à une histoire de chargement strictement identique.

6. PRISE EN COMPTE DANS LE DIMENSIONNEMENT


DES STRUCTURES
6.1. Les conséquences du fluage (comportement des grands ouvrages
au fluage, pertes de précontrainte, redistribution des efforts)
Depuis le sauvetage par Freyssinet en 1912 du pont sur le Veurdre, nous savons
qu’une mauvaise estimation du fluage du béton peut conduire à de gros
problèmes: flèches importantes et pertes de précontraintes, nécessitant une sur-
veillance des ouvrages, des réparations, voire un remplacement. En effet, dans les
ouvrages hyperstatiques construits par encorbellement, il y a redistribution des ef-
forts de flexion dus aux déformations de fluage du béton. Si pour les poutres con-
tinues, ce phénomène est maintenant bien maîtrisé, sa prédiction reste plus
difficile pour le cas des poutres cantilever ou des ponts articulés [MAT 79,
KRE 98]. On citera l’exemple du pont de Savines, achevé en 1960, construit par
encorbellements successifs et articulé en clé : sa chaussée a due être reprofilée
compte tenu des flèches constatées (plus de 120 cm). Et ce problème peut se ren-
contrer sur des ponts récents comme le pont de Cheviré qui comprend une travée

202
Retrait et fluage

centrale en acier supportée par deux fléaux en béton précontraint et qui présentent
un fluage inhabituel [SET 04].
Un autre type de structure sensible au fluage est constitué par les enceintes de con-
finement des centrales nucléaires. En effet, l’enceinte interne de ces centrales est
constituée de béton précontraint biaxialement (figure 5.24). La précontrainte est
dimensionnée afin que, en cas d’accident et de montée en pression de l’enceinte,
le béton en zone courante reste comprimé et que le niveau d’étanchéité de l’en-
ceinte soit préservé. Cette propriété est mesurée régulièrement et est une condi-
tion sine qua non au redémarrage des centrales. On voit donc ici l’intérêt d’une
modélisation correcte du phénomène.

Figure 5.24 : schéma de principe de la précontrainte dans une enceinte


de centrale nucléaire [GRA 96].

Les déformations de fluage entraînent, dans le cas des structures isostatiques,


des déformations différées, notamment des flèches, particulièrement dans le cas
des consoles, qui peuvent être incompatibles avec le bon fonctionnement en ser-
vice des ouvrages. Dans le cas de structures précontraintes ces déformations gé-
nèrent des chutes dans la tension des câbles très importantes. Dans le cas des
structures hyperstatiques, surtout celles dont le phasage de construction est
complexe, le fluage va provoquer des redistributions d’efforts dont l’évaluation
est indispensable sous peine de mettre en péril la sécurité de l’ouvrage. Il faut
donc pouvoir proposer au calculateur des modèles reposant sur des hypothèses
de comportement différé du matériau aussi proche que possible de la réalité.

6.2. La modélisation
Nous avons vu aux paragraphes 4.1 et 4.2 que, si l’on fait abstraction du phéno-
mène de retour de fluage, le béton avait un comportement viscoélastique vieillis-
sant. Intéressons-nous au modèle correspondant.

203
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

6.2.1. Les modèles viscoélastiques linéaires sans et avec vieillissement


La loi de comportement d’un matériau exprime la relation entre l’histoire des con-
traintes et celle des déformations. Dans le cas d’une expérience de retard telle que
celle du fluage précédemment décrite pour le béton qui est un matériau héréditaire
dont la réponse est fonction de son histoire antérieure (principe de causalité),
l’évolution de la déformation ε(t) est une fonctionnelle de σ0, u0, et t.
Cette fonctionnelle est très difficile à caractériser dans le cas le plus général : elle
doit être vraie pour tous les types d’histoire de sollicitations possibles. Dans un
ouvrage d’art, par exemple, le phasage de la construction induit une histoire très
complexe. Il existe pourtant un cas où la complication est réduite c’est celui de la
fonctionnelle linéaire i.e. qui répond au principe de Boltzmann.
Cette fonctionnelle est linéaire, si et seulement si, lorsqu’on a deux histoires de
t t
chargement [ σ 1 ( u ) ] – ∞ et [ σ 2 ( u ) ] – ∞ auxquelles correspondent deux histoires de
t t
déformation [ ε 1 ( u ) ] –∞ et [ ε 2 ( u ) ] –∞ , à l’histoire de chargement
[ σ ( u ) ] = a [ σ 1 ( u ) ] + b [ σ 2 ( u ) ] correspond l’histoire de déformation
ε ( t ) = a [ ε 1 ( t ) ] + b [ ε 2 ( t ) ] = aF [ σ 1 ( u ) ] + bF [ σ 2 ( u ) ] . On peut noter que l’on
a aussi F [aσ1(u)] = aF [σ1(u)]. Par une généralisation on peut passer à une for-
mulation par intégrale. D’après le principe de superposition de Boltzmann nous
pouvons écrire :
t
ε(t) = ∫–∞ J ( t, u )dσ ( u ) + ∑ J ( t, u )Δσi
Ici J(t,u) est la « fonction retard » ou « fonction fluage », sa fonction duale, cor-
respondant au phénomène de relaxation est notée R(t,u).
On a ici affaire à une superposition d’échelons infinitésimaux dσ(u).H(t – u) et
d’échelons finis ΔσiH(t – ui). On peut aussi dans ce cas linéaire utiliser la transfor-
mation de Laplace-Carlson. En fait, le plus grand intérêt du modèle linéaire est qu’il
est entièrement défini par le noyau de la fonctionnelle que l’on nomme aussi « noyau
de fluage ». Ce noyau de fluage se réduit, dans le cas non vieillissant, à une simple
fonction Φ(t – u) et dans le cas vieillissant a une fonction de deux variables Φ(t,u).
Dans le cas non vieillissant, il suffit d’un seul essai de fluage pour caractériser en-
tièrement ce modèle; dans le cas vieillissant il est nécessaire de connaître les lois
de comportement pour différents âges au chargement u. On aura du point de vue
formulation :

204
Retrait et fluage

t t
ε(t) = ∫0 J ( t – u )dσ ( u ) et σ(t) = ∫0 R ( t – u )dε ( u )
en viscoélasticité linéaire sans vieillissement, et
t t
ε(t) = ∫0 J ( t, u )dσ ( u ) et σ(t) = ∫0 R ( t, u )dε ( u )
en viscoélasticité linéaire avec vieillissement.
Compte tenu du comportement expérimental du béton décrit précédemment, ce-
lui-ci est viscoélastique vieillissant, il ne pourrait être considéré comme non
vieillissant que dans le cas d’un chargement à un âge élevé. De plus, si nous avons
vu que l’hypothèse de linéarité entre la déformation différée et la contrainte ap-
pliquée pouvait être raisonnablement admise pour des bétons chargés à moins de
50 % de la charge de rupture, ce qui est souvent le cas, par contre elle n’était pas
vérifiée lors des déchargements.
L’application au béton du formalisme de la viscoélasticité linéaire avec ou sans
vieillissement donnera, sauf cas très particuliers, des résultats approchés du
comportement réel du béton. Toutefois, les modèles actuels les plus courants
sont, pour des raisons évidentes de simplification, du type linéaire.

6.2.2. Problèmes numériques liés aux chargements complexes


Le principe de superposition est extrêmement simple dans sa formulation et ne
présente pas de problème conceptuel. La difficulté réside plutôt dans son applica-
tion à des cas réels pour lesquels les contraintes varient en permanence et en tous
points, ne serait-ce qu’à cause du fluage lui-même. La figure 5.25 présente un de
ces cas : il s’agit des contraintes dans un pont en béton précontraint construit par
encorbellements successifs. On peut y constater des variations importantes des
contraintes en tous points. Pour calculer le fluage grâce au principe de superposi-
tion, il faudra garder en mémoire toute l’histoire des contraintes en tous points, ce
qui est très pénalisant. De plus des problèmes de convergence peuvent apparaître
[ACK 89].

205
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Contrainte de
B
compression (MPa)

10 A C

B D

D
5

A
0
4 10 20 40 100 200 400 1000 4 000
Âge du béton (j)

Figure 5.25 : exemple de l’histoire des contraintes dans un pont


construit par encorbellement [ACK 89].
Les courbes A, B, C et D représentent l’évolution de la contrainte de compression dans le béton aux
points indiqués sur le schéma de situation en fonction de l’âge du béton en ces points, les disconti-
nuités résultent de la cinématique de réalisation de l’ouvrage (mises en précontraintes successives,
clavages etc.).

Cette limitation peut être dépassée en décomposant la complaisance de fluage en


une série de Dirichlet (association en série d’éléments de Kelvin-Voigt, soit un
ressort en parallèle avec un amortisseur) :
n

J ( t, τ ) = J 1 + ∑ Js [ 1 – exp ( –λs ( t – τ ) ) ]
s=2
Cette méthode respecte le principe de superposition et ne nécessite pas de stocker
toute l’histoire des sollicitations, l’état de déformation de chaque élément étant
suffisant pour représenter cette histoire [BAZ 82, GRA 97, BEN 05].
6.2.3. Le modèle incrémental
L’application du principe de superposition lors d’un déchargement conduit à une
déformation de retour de fluage beaucoup trop importante par rapport aux obser-
vations expérimentales. Bien sûr, on pourrait imaginer avoir une fonction de com-
plaisance de déchargement différente de celle du chargement. Mais ceci violerait
le principe de superposition et l’application de cette méthode à une succession de
charges-décharges conduirait à des résultats erronés.

206
Retrait et fluage

C’est pourquoi a été développé la méthode du temps équivalent [ACK 89] ou mo-
dèle incrémental [ACK 92]. Supposons que nous ayons un chargement constitué
de deux paliers de contraintes σ1 appliquée à l’instant τ1 et σ2 à l’instant τ2. La
fl ϕ ( t, τ eq )
déformation de fluage, pour un instant t > τ2 sera ε ( t ) = --------------------- σ 2 où τeq est
E ( τ eq )

fl ϕ ( τ 2, τ eq ) ϕ ( τ 2, τ 1 )
le temps équivalent tel que ε ( t eq ) = ------------------------ σ 2 = ---------------------- σ 1 .
E ( τ eq ) E ( τ1 )
La déformation de fluage du béton est celle qu’elle aurait pu être si l’on avait char-
gé le béton directement avec la contrainte σ2 à un instant τeq. L’évolution de la
déformation de fluage ne dépend alors que de cette unique variable et de l’état de
contrainte et de déformation à l’instant τ2.
La méthode du temps équivalent présente bien sûr aussi des défauts. Lors d’une
décharge totale ou au moins importante, il peut ne pas y avoir de temps équivalent
solution. Dans ce cas là, la méthode initiale prévoyait un retour de fluage nul, ce
qui n’est pas la réalité non plus. Une amélioration de la méthode est possible en
utilisant des résultats d’essais de recouvrance pour compléter l’espace des solu-
tions [ACK 92].
La méthode du temps équivalent consiste à substituer à une histoire de charge-
ment complexe et non modélisable simplement un temps de chargement équiva-
lent tel que le béton aurait, à cet instant donné, la même déformation différée
que s’il avait été soumis à un chargement d’intensité constante égale au charge-
ment présent.

6.3. Les déformations différées dans l’Eurocode 2, EC2 [EC2 04-1],


norme NF EN 1992-1-1
6.3.1. Le retrait
Pour le retrait du béton durci, ce code distingue, à la différence des anciens règle-
ments pour les bétons ordinaires, le retrait endogène en l’absence d’échanges hy-
driques avec l’atmosphère (ou autodessiccation) εca(t) du retrait de dessiccation
(ou de séchage) εcd(t). Le retrait total εcs(t) sera, par hypothèse, la somme des
deux εcs (t) = εca (t) + εcd (t).
Nous avons vu au paragraphe 4 la variété des facteurs pouvant influencer le re-
trait. L’EC2, pour l’estimation du retrait d’autodessiccation prend en compte la
nature du ciment employé (s) et la résistance mécanique du béton à 28 jours (fcm):
ε ca ( t ) = ε ca ( ∞ )β as ( t )

207
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

–6 0 ,5
avec ε ca ( ∞ ) = 2 ,5 ( f ck – 10 ) ⋅ 10 et β as ( t ) = 1 – exp ( – 0 ,2t ).
Le retrait de séchage est, de plus, fonction de la géométrie de la pièce (h0) et de
l’humidité relative de l’environnement (RH) : ε cd ( t ) = ε cd, 0 β ds ( t – t s )k h .

⎛ f cm ⎞ –6
ε cd, 0 = 0 ,85 ( ( 220 + 110α ds1 )exp ) ⎜ – α ds2 ----------⎟ 10 β RH étant le retrait de
⎝ f cm0⎠
référence.
3
Avec β RH = – 1 ,55 ( 1 – ( RH ⁄ RH 0 ) ) ,

( t – ts )
la fonction β ds ( t, t s ) = ------------------------------------------- représente la cinétique et kh est
3
0 ,04 h 0 + ( t – t s )
fonction de h0, rayon moyen :
h0 kh

100 1,00
200 0,85
300 0,75
>500 0,70

Dans les formules précédentes:


fcm0 = 10 MPa,
αds1 et 2 coefficients dépendants de la nature du ciment: resp 3 (S) ; 4 (N) ; 6 (R);
et 0,13 ; 0,12 ; 0,11 ;
t âge du béton ,
ts âge de début de séchage ;
RH humidité relative (RH0 = 100 %) ;
h rayon moyen (mm) = 2Ac/u, avec Ac aire de la section droite et u périmètre en
contact avec l’atmosphère.
Simplification : on peut prendre dans le cas d’utilisation de ciments normaux les
valeurs de εcd,0 données dans le tableau 5.3.

208
Retrait et fluage

Tableau 5.3 : retrait de référence en 10–3).

fck/fck, cube Humidité relative (%)


(MPa) 20 40 60 80 90 100
20/25 0,62 0,58 0,49 0,30 0,17 0,00
40/50 0,48 0,46 0,38 0,24 0,13 0,00
60/75 0,38 0,36 0,30 0,19 0,10 0,00
80/95 0,30 0,28 0,24 0,15 0,08 0,00
90/105 0,27 0,25 0,21 0,13 0,07 0,00

On peut constater que l’amplitude du retrait de séchage décroît très fortement en fonction de la résis-
tance du béton (elle est divisée par plus de 2) et que, bien évidemment elle est grandement dépen-
dante de l’hygrométrie ambiante.

6.3.2. Le fluage
L’Eurocode 2 permet d’obtenir le coefficient de fluage φ(t – t0) = εcc(t, t0)/εci(t0),
rapport des déformations de fluage à l’instant t d’un béton chargé à t0 par rapport
à la déformation initiale élastique. La déformation initiale élastique εci(t0) est le
rapport entre la contrainte appliquée au béton σc et le module d’élasticité tangent
du béton Ec qui peut être pris égal à 1,05 Ecm. Si l’on ne recherche pas une préci-
sion extrême l’EC 2 propose un abaque pour déterminer le coefficient de fluage
(figure 5.26) Dans ce cas ne sont pris en compte que la résistance du béton,
l’hygrométrie de l’ambiance pour RH = 0 ou 80 %, l’âge au chargement et le
rayon moyen.
Ainsi la déformation de fluage pour t = ∞ sera donnée par εcc(∞, t0) = ϕ(∞, t0) (σc/Ec).

209
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

t0
1
R
2
N
3
S
5 C20/25
C25/30
C30/37
10 C35/45
C40/40
C45/55
20 C50/60 C55/67
C60/75
C70/85
30 C80/95
C90/105
50

100
7,0 6,0 5,0 4,0 3,0 2,0 1,0 0 100 300 500 700 900 1 100 1 300 1 500
M ’W0) h0 (mm)
(a) Environnement intérieur : RH = 50 %

Note :
1 – le point d'intersection des droites 4 et 5
4 peut également se situer au-dessus du point 1 ;
– pout t0 > 100, il est suffisamment précis
5 de supposer t0 = 100 (et d'utiliser la tangente).
3
2

t0
1
R
2
N
3
S
5 C20/25
C25/30
C30/37
10 C35/45
C40/40 C45/55
C50/60
20 C60/75 C55/67
C70/85
C80/95
30 C90/105

50

100
6,0 5,0 4,0 3,0 2,0 1,0 0 100 300 500 700 900 1 100 1 300 1 500
M ’W0) h0 (mm)
(b) Environnement extérieur : RH = 80 %

Figure 5.26 : abaque pour la détermination du coefficient de fluage, d’après [EC2 04-1].
Sur le diagramme de gauche, en partant de t0 âge du béton lors du chargement on trace l’horizontale
1 qui coupe la courbe caractéristique du ciment employé (S lent, N, normal, R rapide). On trace en-
suite la droite 2 reliant l’origine 0 à ce point d’intersection. On passe ensuite au diagramme de droite,
partant du rayon moyen h0 on remonte verticalement par la droite 3 qui coupe la courbe caractéristi-
que de la résistance du béton. À partir de ce point d’intersection on trace, vers le diagramme de gau-
che, l’horizontale 4 qui vient couper la droite 2 précédemment tracée. En redescendant verticalement
à partir de ce point d’intersection par la droite 5, on coupe l’axe des abscisses en un point qui donne
la valeur recherchée du coefficient de fluage ϕ(∞,t0).

Pour plus de précision, il convient de se reporter à l’annexe B de l’EC2.

210
Retrait et fluage

Dans ce cas des paramètres complémentaires sont pris en compte : l’humidité am-
biante est prise à sa valeur réelle estimée , on prend en compte la maturité du béton
au moment du chargement (β(t0)), les caractéristiques du ciment employé etc.
φ ( t, t 0 ) = φ 0 β c ( t, t 0 ) où φ 0 = φ RH β ( f cm )β ( t 0 ) est le coefficient de fluage à
⎛ 1 – RH ⁄ 100-⎞
long terme avec φ RH = ⎜ 1 + ----------------------------- ⎟ pour fcm ≤ 35 MPa et
⎝ 0 ,1 3 h ⎠ 0
⎛ 1 – RH ⁄ 100 ⎞
φ RH = ⎜ 1 + ------------------------------ α 1⎟ α 2 pour fcm > 35 MPa, β ( f cm ) = 16 ,8 ⁄ ( f cm )
⎝ 0 ,1 3 h ⎠
0
2A
tient compte de la résistance du béton, h 0 = --------c- est le rayon moyen de l’élément
u
en mm, avec Ac aire de la section droite et u périmètre en contact avec l’atmosphère.
0 ,2
β ( t 0 ) = 1 ⁄ ( 0 ,1 + t 0 ) tient compte de l’âge du béton au moment du chargement.
0 ,3
( t – t0 )
β ( t, t 0 ) = ------------------------------ donne l’évolution du fluage dans le temps. Il dé-
( βH + t – t0 )
pend de βH qui fait intervenir la résistance mécanique par le biais de α3 :
βH = 1,5(1 + (0,012RH)18) h0 + 250 ≤ 1500 pour fcm ≥ 35 MPa;
βH = 1,5(1 + (0,012RH)18) h0 + 250α3 ≤ 1500 α3 pour fcm ≤ 35 MPa.
Les différents coefficients α dépendent de la résistance moyenne en compression
35 0 ,7 35 0 ,2 35 0 ,5
du béton à 28 jours fcm : α 1 = ------- ; α 2 = ------- ; α 3 = -------
f cm f cm f cm
L’influence du type de ciment et des conditions de maturation sur le coefficient
de fluage peut être pris en compte en modifiant l’âge du chargement t0 par :
⎛ 9 ⎞α
t 0 = t 0, T ⎜ ------------------ + 1⎟ ≥ 0 ,5
⎝ 2 + t 1 ,2 ⎠
0, T
n
– ( 4000 ⁄ 273 + T ( Δt i ) ) – 13 ,65 )
avec, pour t ou t0, t T = ∑e ⋅ Δt i avec t0,T âge du bé-
i=1
ton « ajusté » en jours, α = – 1 ciments à prise lente (S), 0 normaux (N), 1 rapides

211
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

(R ) ; tT âge du béton « ajusté » à utiliser à la place de t dans toutes les relations


précédentes, T(Δti) température moyenne pendant l’intervalle de temps Δti.
Ces modèles de comportement différés des bétons sont bien évidemment calés sur
des comportements moyens de bétons standards. Même pour ces bétons, la four-
chette d’incertitude sur la précision est estimée à +/– 30 %. Pour des bétons par-
ticuliers avec, par exemple, des granulats sortant de l’ordinaire ou une grande
quantité de pâte, les variations peuvent être du simple au double voire au-delà.
Il existe également dans l’EC2 destiné à l’application aux ouvrages d’art [EC2
2004-2] [NF EN 1992-2] une annexe informative plus élaborée permettant d’éva-
luer les déformations différées (retrait et fluage) dans le cas des BHP, notamment
ceux utilisant des fumées de silice.
6.3.3. Prédiction des déformations différées à l’aide des règlements
Nous avons vu dans ce chapitre que les déformations différées des bétons dépen-
daient beaucoup de la formulation des bétons, de la qualité des granulats, etc. Or,
les règlements font essentiellement intervenir la résistance du béton dans l’esti-
mation des déformations différées. La figure 5.27 montre que, pour des bétons de
résistances équivalentes employés dans des structures de même type, les déforma-
tions différées de ces structures peuvent être assez différentes.

800
Déformations différées (μm/m)

700

600

500

400

300

200

100

0
0 5 10 15 20 25
Temps depuis la fin de mise en précontrainte (années)

Figure 5.27 : déformations différées de structures identiques et de bétons de résistances


voisines mais de rigidités différentes.
Tous ces bétons, destinés à un même type de structure, avaient des compositions semblables et une
résistance en compression à 28 jours voisine, leur différence principale portait sur la nature des gra-
nulats qui étaient locaux et donc tous différents. On peut constater des déformations différées totales
(retrait + fluage) mesurées in situ variant largement du simple au double. On peut aussi constater
qu’après plus de 20 ans l’évolution des déformations n’est pas terminée.

212
Retrait et fluage

L’analyse de ces bétons montre que ceux pour lesquels les déformations différées
sont les plus importantes ont un module d’élasticité faible, ceci provenant de gra-
nulats plus déformables. Il convient donc pour des structures dans lesquelles le
fluage sera un critère important vis-à-vis de leur durée de vie de réaliser des essais
de fluage sur éprouvette lors de l’étude de formulation des bétons.

7. CONCLUSION
Si les causes extérieures des déformations différées des bétons, les retraits et flua-
ges, sont maintenant bien connues, il s’agit principalement de la dessiccation et
du chargement permanent, les mécanismes microstructuraux dictant leur cinéti-
que et leur amplitude ne sont toujours pas parfaitement élucidés. Si les hypothèses
sur le comportement visqueux des C-S-H sont établies, les paramètres régissant
l’évolution de ce comportement sont encore inconnus puisque à même matrice ci-
mentaire de base on peut avoir une très grande variété de réponses différées.
Il en résulte une grande difficulté à proposer des modèles de comportement adap-
table à tous les bétons réalisables. En effet pour une résistance mécanique en com-
pression donnée à l’instant t (28 jours) il existe une variété quasi infinie de
comportements différés.
Les points permettant de penser que les modèles proposés par les différents règle-
ments, normes ou recommandations donneront des valeurs proches de celles du
béton utilisé (et encore à +/– 30 % comme on l’a mentionné) sont d’utiliser des
granulats de bonne compacité (porosité faible), de module élevé et d’avoir des
compositions de béton élaborées soigneusement. Dans le cas contraire, il faut,
dans les formules réglementaires, toujours utiliser le module de déformation ins-
tantanée mesuré expérimentalement sur le béton pour avoir une estimation un peu
plus précise des déformations différées. La quantité de pâte est aussi un facteur
d’amplification des déformations différées.
Dans le cas de doute, et sans recourir à de longs essais de fluage, des mesures de
retrait des bétons réalisés couplées avec des essais de fluages de durée réduite (1 à
3 mois) peuvent donner des indications précieuses sur le comportement futur du
béton.

213
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

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215
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

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216
CHAPITRE 6

La maîtrise de la fissuration
au jeune âge: condition de durabilité
des ouvrages en béton

P. ACKER, J.-M. TORRENTI, M. GUÉRINET

Résumé
Maîtriser la fissuration au jeune âge du béton est un problème industriel pour les
structures massives, celles pour lesquelles les déformations sont gênées, celles
qui présentent des variations importantes d'épaisseurs et celles à grandes surfa-
ces libres. Avant la prise, il convient de limiter le ressuage trop important et d'évi-
ter le retrait plastique. Après prise, les effets du retrait endogène et de la
température (gradients, retrait thermique) doivent être pris en compte. Compte
tenu du caractère exothermique et thermoactivé de la réaction d'hydratation du
ciment, les élévations de température peuvent en effet être très importantes. La
prédiction de ces élévations de température est possible si le problème industriel
le justifie.
Mots-clés
JEUNE ÂGE, FISSURATION, RETRAIT PLASTIQUE, RESSUAGE, AUTODESSICCATION,
CHALEUR D'HYDRATATION, RETRAIT ENDOGÈNE, RETRAIT THERMIQUE.

217
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

1. INTRODUCTION: LE PROBLÈME INDUSTRIEL


L’expérience acquise, depuis plus d’un siècle, et le retour d’expérience en matière
de construction en béton montrent que, chaque fois que les règles de l’art (les rè-
gles de formulation, de mise en œuvre et de dimensionnement) sont respectées,
les ouvrages en béton sont extrêmement durables et résistent aux agressions du
climat et de l’environnement. Dans ces conditions, en effet, les voies de pénétra-
tion et les transferts des agents agressifs sont limités, d’une part, parce que le bé-
ton est peu perméable et, d’autre part, parce que sa fissuration est contrôlée, plus
précisément parce que les fissures restent fines (leurs ouvertures restent limitées).
Deux phénomènes physiques, cependant, accompagnent systématiquement la pri-
se du ciment: un dégagement de chaleur et une dessiccation endogène qui peuvent
engendrer, au jeune âge, une fissuration spécifique. Ces deux processus, le plus
souvent, sont amplifiés par les échanges avec le milieu ambiant :
– des échanges de chaleur, que la température extérieure soit constante ou varia-
ble, et qu’elle varie de manière naturelle ou de manière contrôlée (cas du traite-
ment thermique);
– des échanges d’eau par la face non coffrée (ou du moins, lorsqu’il y a cure, dès
que celle-ci commence à perdre de son efficacité), ou dès le décoffrage, pour les
autres faces.
Ces échanges conduisent, dans les heures (ou les jours, si la pièce est épaisse) qui
suivent la prise, à des champs de température et d’humidité qui varient dans le
temps et dans l’espace, avec les plus forts gradients en surface. Ils engendrent des
déformations qui sont, selon la formulation du matériau et, surtout, selon les con-
ditions ambiantes, plus ou moins importantes, mais qui ne sont jamais, ni unifor-
mes, ni même linéaires (un solide homogène soumis à un champ de température
qui serait une fonction linéaire des coordonnées spatiales, se déformerait, selon
une courbure, mais ne subirait aucune contrainte). Chacun de ces deux champs,
le champ de température et le champ de teneur en eau, produit un champ de con-
traintes qui forme un système en équilibre statique (autocontraintes), dans lequel
les tractions sont le plus souvent maximales en surface. Ces deux sollicitations se
superposent.
Dans la plupart des applications, ces deux phénomènes sont sans conséquence ou,
du moins, leurs effets peuvent être facilement contrôlés: dès lors que les règles de
l’art (délai de décoffrage, cure…) sont respectées, les fissures restent trop fines
pour être visibles ou, du moins, leur ouverture reste inférieure à celle des fissures
de béton armé (0,2 à 0,3 mm). En effet, le fonctionnement mécanique en service
du béton armé génère des fissures dont l’ouverture ne dépasse pas ces valeurs.

218
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

Ces règles de l’art, cependant, sont anciennes, elles n’ont pas été fixées sur des
bases scientifiques (en tout cas, pas sur les connaissances dont on dispose
aujourd’hui), mais sur des bases empiriques, sur l’observation et sur l’expérience.
Pour les ouvrages courants, elles sont tout à fait efficaces. Mais l’ingénieur ne
construit pas seulement des ouvrages courants: de nouvelles applications appa-
raissent, la taille des constructions est toujours plus grande, la gamme des perfor-
mances et des formulations du matériau ne cesse de s’élargir, et on ne peut pas
toujours s’appuyer sur les seules règles de l’art. Il est alors essentiel de bien con-
naître leurs limites et, surtout, de savoir utiliser les connaissances scientifiques et
les outils de simulation qu’offre l’ingénierie moderne. Pour chaque nouvelle ap-
plication, l’ingénieur doit se poser la question de ces effets et, le cas échéant, en
refaire l’analyse quantitative.
Maîtriser la fissuration au jeune âge du béton est un problème industriel pour
les structures massives, celles dans lesquelles les déformations sont gênées, celles
qui présentent des variations importantes d’épaisseurs et celles à grandes surfa-
ces libres.
Quatre configurations sont particulièrement critiques, et sortent du domaine cou-
vert par les règles de l’art :
• celles des pièces massives, dans lesquelles la chaleur d’hydratation du ciment
conduit à des élévations de température qui peuvent atteindre, à cœur, 50 °C, ce
qui entraîne, en surface, des contraintes de traction qui vont largement dépasser
au cours du refroidissement la résistance en traction du matériau; c’est pourquoi,
quel que soit leur ferraillage, ces pièces sont toujours fissurées en surface;
• celles des pièces encastrées ou à déformation fortement gênée (chaussées et
dallages de grandes dimensions, glissière en béton armé, cf. figure 6.1, chapes
adhérentes, enduits, reprise de bétonnage sur un voile, sur une semelle continue,
sur un radier, sur des pieux bloqués par des chevêtres, dans une pile de pont, dans
un revêtement de tunnel, cf. figure 6.2…), dans laquelle la contrainte de traction
qui équilibre la somme des retraits s’ajoute aux autocontraintes de surface;
• celles des pièces ayant des parties d’épaisseurs très différentes (caissons à âme
épaisse, poutres à talon, à blochet… cf. figure 6.3) soit parce que ces différentes
parties montent à des températures différentes, soit, quand les pièces subissent
un traitement thermique, parce que les zones de moindre épaisseur refroidissent
plus vite que les autres et se trouvent alors dans la configuration des pièces
encastrées, décrite au point précédent;
• celles des pièces à grande surface libre (dalles flottantes, poutres à table de
compression, voussoirs…) dont la face supérieure n’est pas ou est insuffisam-
ment curée (dans ce cas, cependant, les fissures de dessiccation n’apparaissent
que par temps sec et vent frisant; on peut dire que, dans ces conditions, ne pas

219
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

faire de cure, c’est jouer aux dés avec la météo…) ; ces désordres sont spécifi-
ques aux bétons riches en fines, ce qui est systématiquement le cas des bétons à
hautes performances (BHP) et des bétons autonivelants (BAP) ; ces désordres ne
sont pas traités dans cet ouvrage, car la solution est bien connue, et elle est
simple: il s’agit de la cure (cf. figures 6.4 et 6.5).

Figure 6.1 : fissuration par retrait gêné d'une glissière en béton armé. La fissuration est
traversante et conduit souvent à une rupture des aciers (photo J.-M.Torrenti)

Figure 6.2 : fssuration des revêtements de tunnel en béton non armé par retrait gêné.
L'existence de cette fissuration est traversante et rend le revêtement non étanche,
ce qui conduit à la mise en place d'une étanchéité à l'intrados (photo J.-M.Torrenti).

220
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

Figure 6.3 : vue d'un voussoir. Les différences d'épaisseurs entraînent des retraits
thermiques différentiels et des variations locales des caractéristiques mécaniques qui
vont modifier la diffusion de la précontrainte (photo Eiffage).

Figure 6.4 : exemple de cure à l'eau du tablier d'un pont (photo Eiffage).

221
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Figure 6.5 : exemple de cure de piles. Une jupe, accrochée au coffrage grimpant, permet
de protéger du vent, du soleil et du froid le béton pendant 3 levées dans cet exemple, soit
ici 9 jours (photo Eiffage).

Les contraintes de traction qui se développent dans les trois premières configura-
tions peuvent dépasser, selon la géométrie du produit fini et, surtout, selon les
conditions d’encastrement, celles qui sont dues au chargement mécanique classi-
que (poids propre et charges de service). Si elles ne sont pas prises en compte et
traitées de manière correcte par l’ingénieur, elles conduisent alors toujours à une
fissuration du matériau.
Concernant la fissuration, le seul paramètre qui compte, à l’usage, c’est l’ouver-
ture des fissures, pour des raisons esthétiques parfois, mais surtout pour des rai-
sons de durabilité de l’ouvrage. On sait aujourd’hui que, sauf peut-être en cas
d’immersion permanente, la peau d’un béton est toujours fissurée, simplement
cette fissuration est le plus souvent invisible (lorsque son ouverture est inférieure
à 20 μm, pouvoir de résolution de l’œil humain, la fissure ne se voit pas). Mais on
sait aussi, à la fois par nos connaissances scientifiques sur la corrosion et par l’ex-

222
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

périence (un siècle de recul sur la pérennité des ouvrages en béton armé), qu’une
fissure de faible ouverture est sans conséquence sur la durabilité de l'ouvrage. En
effet, en dessous d’une certaine ouverture (de l’ordre de 0,3 mm) les forces de ten-
sion superficielle sont supérieures aux forces de gravitation et empêchent tout
mouvement d’eau en phase liquide, si bien que l’eau qui peut y pénétrer (soit par
absorption capillaire de l’eau qui peut ruisseler en surface, soit par condensation
de l’humidité de l’air ambiant), et qui va alors dissoudre certains ions, ne peut en
ressortir que par évaporation et, par conséquent, sans aucun départ d’ions (il y a
tout au plus un déplacement vers le cœur de la pièce, car l’évaporation s’accom-
pagne d’une augmentation locale de la concentration), et surtout aucun départ de
la chaux qui assure le maintien d’un pH élevé, clé de la protection des aciers con-
tre toute corrosion. C’est la raison pour laquelle les méthodes de calcul du béton
armé n’ont pas fondamentalement changé depuis l’édition des tout premiers rè-
glements, car les coefficients qui entrent dans les formules de calcul ont été fixés,
in fine, sur la base des observations expérimentales, et ces formules sont très pro-
ches des formules actuelles qui se fondent sur un critère d’ouverture maximale de
fissure. C’est aussi une des raisons de l’exceptionnel succès, d’une part, du maté-
riau de construction qu’est le béton armé, et, d’autre part, des principes qui sont à
la base de sa méthode de calcul, principes qui ont été élaborés au début du
XXe siècle et qui sont toujours valables.
Si le calcul d'une structure en béton armé est, fondamentalement, lié au contrôle
de l’ouverture des fissures par les armatures (par celles qui constituent le ferrailla-
ge passif), il faut bien comprendre, par contre, que la fissuration dont on parle
dans ce chapitre, la fissuration due aux gradients de température ou de séchage,
est du type « déformation empêchée », et que cette fissuration ne mobilise pas les
armatures de la même manière que les sollicitations dues au chargement extérieur,
pour lesquelles la structure a été dimensionnée, pour lesquelles son ferraillage a
été conçu, dessiné, calculé et vérifié. On peut dire que la fissuration par retrait em-
pêché mobilise les aciers du béton armé de manière indirecte, en tout cas avec un
rendement mécanique nettement plus faible.
Dans la fissuration par retrait empêché, notamment, les caractéristiques de la
liaison acier-béton ne constituent plus le paramètre premier qui contrôle le pas de
fissuration (i.e. la distance moyenne entre deux fissures consécutives). Ceux qui
contrôlent in fine l’ouverture des fissures sont la géométrie locale (l’épaisseur de
la zone, notamment) et le gradient local de retrait (via le gradient de température
ou le gradient de teneur en eau, gradients qui sont toujours maximaux en surface).
Heureusement, la compréhension de ces mécanismes est aujourd’hui très avan-
cée, elle va jusqu’à la possibilité de simuler numériquement les champs de défor-
mation et de contrainte, ce qui a permis d’améliorer l’efficacité des moyens de

223
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

prévention, d’en développer de nouveaux, de comparer leurs coûts et de faire, au


cas par cas, le meilleur choix.
Les remèdes à mettre en œuvre, de même que les désordres qu'on observe lorsque
ces remèdes sont omis, ou sont insuffisants, peuvent être très différents selon les
conditions de fabrication et la géométrie du produit fini. C’est pourquoi:
– les règles de l’art ne peuvent pas couvrir toutes les applications, tous les types
d’ouvrages, dont la diversification et l’extension ne cessent de progresser;
– ces règles finissent parfois par être oubliées, car il existe de larges segments
d’applications et de formulations dans lesquels les retraits n’ont aucun effet visi-
ble, ni nocif ;
– l’ingénieur doit comprendre la phénoménologie de manière à pouvoir, chaque
fois que c’est nécessaire, évaluer les risques quantitativement, au besoin en utili-
sant les calculs aux éléments finis.
Le but de ce chapitre est donc de décrire les processus thermiques et hydriques
qui génèrent des variations dimensionnelles dans les pièces en béton, de donner
les lois de comportement et les valeurs des paramètres qui entrent en jeu. Dans
l’analyse thermomécanique, un point particulier reste cependant encore assez
délicat: celui de la prévision des propriétés mécaniques au cours du temps, parce
que l’hydratation du ciment est un processus thermoactivé, que la cinétique de
durcissement dépend donc de tout l’historique de température, et que les résistan-
ces mécaniques ne sont pas directement une fonction du degré d’hydratation. Ce
point est donc traité ici de manière approfondie.

2. AVANT LA PRISE: RESSUAGE ET RETRAIT PLASTIQUE


2.1. Ressuage
Le ressuage correspond au tassement du squelette granulaire du béton et à l'ap-
parition d'une pellicule d'eau à la surface du béton. La formulation du béton doit
être telle que ce ressuage reste limité.
Avant la prise, le béton peut être le siège de mouvements relatifs de l'ensemble du
squelette granulaire (tassement vers le bas)1 et de l’eau (ressuage: apparition
d’une mince pellicule d’eau à la surface du béton). Ce phénomène dépend de la
perméabilité de l’empilement granulaire (voir un exemple de modélisation dans
[JOS 02]).

1. Ce phénomène ne doit pas être confondu avec la ségrégation, phénomène au cours duquel les
grains ont un mouvement relatif entre eux. Ce phénomène dépend de la granulométrie et des condi-
tions de mise en place du béton [NEV 2000].

224
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

Il a des conséquences positives:


– pour certains bétons de remblayage, dits aussi « essorables », on peut même
chercher à favoriser le ressuage de manière à permettre une mise en circulation
très rapide 1 ;
– l’apparition d’une couche d’eau en surface permet une cure naturelle du béton
et évite la dessiccation précoce et le retrait plastique. Nous reviendrons plus loin
sur ce phénomène.
Le ressuage a malheureusement aussi des conséquences négatives:
– le mouvement ascensionnel de l’eau peut être bloqué par des obstacles tels que
les granulats ou les armatures. Dans ce cas on pourra avoir une dégradation de
l’adhérence pâte-granulats se traduisant par une diminution de la résistance du
béton durci [LEC 01] ou une diminution de la qualité de l'interface acier-béton
conduisant à une adhérence des armatures dans le béton moins bonne et à un ris-
que de corrosion accru [GIA 86, SOY 05, SOY 06] ;
– le tassement du squelette granulaire est également gêné par les armatures. Il
peut alors se produire une fissuration dite « cassure de béton frais » au droit des
armatures. Cette fissuration peut également être due à un tassement différentiel
de deux zones de béton frais de hauteurs différentes ou à un effort parasite, par
exemple dû à un dévers [BAR 82];
– une réduction de la hauteur finale de l'ouvrage;
– des défauts de parement [CAL 04];
– d'éventuelles difficultés à pomper le béton [KAP 01].
2.1.1. Facteurs aggravants
La pesanteur et l’excès d’eau étant les moteurs du ressuage celui-ci va dépendre
de la formulation (dosage en eau, ciment, adjuvants…) et de paramètres techno-
logiques (hauteur du coffrage, vibration, température, humidité relative, vitesse
du vent…) [JOS 02, TOP 04]. Le béton se tassera d’autant plus rapidement et
d’autant plus en valeur absolue que:
• la durée de vibration est importante. La vibration du béton peut être génératrice
de fissures dans le cas de bétons contenant des armatures au voisinage de la sur-
face supérieure, notamment si les vibrations sont transmises aux armatures,
c’est-à-dire si les aiguilles vibrantes sont mises au contact des armatures. Ces
armatures constituent des points fixes qui gênent localement le tassement du
béton. Il y a alors désorganisation du squelette granulaire au voisinage de l’arma-
ture et génération de fissures qui peuvent pénétrer jusqu’à l’armature supérieure.
Le profil de fissuration reproduit alors le quadrillage de l’armature supérieure.

1. Voir à ce sujet la guide Remblayage des tranchées, édité par Cimbéton.

225
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

• la hauteur de béton frais est plus grande. La vitesse de tassement augmente


avec la hauteur de béton frais. Donc plus une levée est haute, plus le tassement
sera important. De même, si une pièce coulée en une seule fois est constituée de
zones d’épaisseurs différentes (cas des voussoirs, des poutres en T…), la vitesse
de tassement du béton sera plus importante sur la partie centrale de la pièce, où
l’épaisseur du béton est plus élevée, que sur les côtés. Il se créera un cisaillement
entre les zones d’épaisseurs différentes pouvant aller jusqu’à une décohésion sui-
vant des plans verticaux des différentes zones de la pièce.
• la durée avant prise est importante. Une température ambiante basse, un retar-
dateur de prise augmentent le temps de prise et ainsi la durée pendant laquelle le
tassement est possible.
• la suspension est instable. Ceci peut résulter:
– d’un manque d’éléments fins dans le sable ou d’un dosage en ciment insuf-
fisant,
– de grains plats dans les éléments fins du sable,
– d’un dosage en eau excessif,
– d’un excès de vibration,
– de la présence de certains électrolytes (une trop forte adjuvantation, par
exemple).
2.1.2. Moyens de prévention
La fissuration par tassement peut être facilement évitée. Pour ce faire, il est indis-
pensable que le béton soit correctement formulé, avec un dosage en ciment suffi-
sant et le cas échéant en fines inertes [LAR 02], et que l’eau de gâchage ne soit
pas en excès. Le diamètre maximal des granulats doit être compatible avec la di-
mension du coffrage et l’encombrement des armatures. Dans les cas qui nécessi-
tent un fort retard de prise, on pourra être amené à augmenter le dosage en fines.
2.2. Le retrait plastique
Le retrait plastique est dû à une dessiccation du béton avant prise. Il dépend des
conditions extérieures (humidité, température et vitesse du vent) et sera limité
principalement par une cure du béton.
Le retrait plastique est une déformation qui se produit avant durcissement sous
l’effet d’une dessiccation [WIT 76]. C’est un mécanisme identique à celui qui se
produit dans les sols fins ou argileux des zones de marnage lorsque l’eau se retire.
Il peut en résulter une fissuration superficielle de l’ouvrage, parfois très ouverte,
mais jamais très profonde. Ce retrait, d’origine exogène, se manifeste tant que le
béton est plastique, c’est-à-dire avant et/ou au tout début de la prise, et dès que la
surface de la structure n’est plus recouverte d’une pellicule d’eau, c’est-à-dire dès
qu’elle est en déséquilibre hydrodynamique avec le milieu ambiant.

226
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

Ce retrait est dû aux tensions capillaires, de même que le retrait d’autodessiccation (cf.
chapitre 5), à la différence près que, dans le cas présent, il ne s’agit plus d’une dessic-
cation au sein du matériau (autodessiccation), mais d’un séchage avec départ d’eau
vers l’extérieur. Le retrait plastique est donc principalement limité à la surface du bé-
ton (quelques centimètres sur un béton HP, 10 à 20 cm dans un béton ordinaire), con-
trairement au retrait d’autodessiccation qui se manifeste dans l’ensemble de la pièce.
Le retrait plastique dépend largement des conditions climatiques et notamment de
la vitesse de dessiccation au niveau des surfaces non coffrées de l’ouvrage. Ainsi,
par exemple, un béton mis en œuvre suivant des procédures adéquates, un jour où
la vitesse du vent est relativement faible, ne sera pas ou peu affecté par ce phéno-
mène. En revanche, la couche d’eau à la surface du béton s’évaporera rapidement
par vent fort, et la déformation pourra commencer à se manifester quelques minutes
après sa mise en place. Des abaques, établis par l’ACI [ACI 99] et basés sur des
données thermodynamiques et expérimentales, permettent d’estimer le taux d’éva-
poration de l’eau à la surface du béton en fonction de la température et de l’humidité
relative de l’air, de la vitesse du vent et de la température du béton (figure 6.6).

Humidité relative 100 % Température du béton


40°C
90
80
35
70
60
30
50
40 25
30 20
20 15
10 10
5
5 10 15 20 25 30 35 Vitesse du vent 40 km.h– 1
Température de l’air (°C)
35
Vitesse d’évaporation kg.m–2.h–1

4
30

3 25
20
2
15
10
1 5
0
0

Figure 6.6 : abaque permettant d'estimer la perte en eau du béton jeune sans protection
à partir des données climatiques ambiantes. Au-delà de 1 kg/m2/h la cure est
indispensable. En deçà elle reste conseillée [ACI 99].

227
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

2.2.1. Facteurs aggravants


Le retrait plastique est d’autant plus important que:
a) la dessiccation est forte. La dessiccation est favorisée par une hygrométrie sè-
che, un vent fort et une différence de température élevée entre le béton et le milieu
ambiant. Le risque de fissuration plastique peut en conséquence être aussi impor-
tant l’hiver que l’été, et même plus important l’hiver si le béton est chauffé. La
dessiccation se produit dès que l’eau de ressuage est entièrement évaporée. Pour
un béton ayant un bas E/C et donc un ressuage faible, ce risque est important (fi-
gure 6.7).

Figure 6.7 : retrait plastique d'un béton à bas E/C sur un tablier de pont
(photo J.-M.Torrenti).

La dessiccation peut parfois être aggravée par la succion de l’eau par le coffrage,
si celui-ci est poreux et absorbant, et s’il n’a pas été humidifié avant que le béton
soit coulé. Des coffrages non absorbants constituent une protection efficace con-
tre cet effet.
b) la pièce est fine. Ce type de retrait se manifeste essentiellement sur des pièces
qui présentent de grandes surfaces d’évaporation par rapport à leur volume (en-
duit, revêtement routier, dalle), donc des pièces fines, où il peut alors engendrer
une fissuration importante. Sur des surfaces horizontales larges, les fissures cons-
tituent en général un maillage, dont la maille varie de quelques centimètres à quel-
ques décimètres. À la surface des pièces verticales (voiles, poutres, longrines)
elles constituent un réseau de fissures transversales parallèles. Ces fissures n’ap-
paraissent que si les déformations sont empêchées soit par une partie de la pièce
(plus massive ou plus ancienne), soit par des conditions aux limites (cas des revê-
tements routiers ou des enduits de façade), ou si la géométrie de la pièce et sa taille
peuvent conduire à la localisation de l’endommagement en une ou plusieurs fis-

228
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

sures principales. Ces fissures n’apparaissent pas dans une chape désolidarisée,
par exemple.
Dans des pièces plus épaisses (radier, chevêtre, semelle épaisse, tête de pieu), la
profondeur de la zone affectée par la dessiccation, et donc par le retrait, est très
faible. Par conséquent, la fissuration est peu profonde. Elle est également peu
ouverte.
c) la prise est lente et la rétention de l’eau de gâchage est mauvaise. Une tempé-
rature ambiante basse, des constituants secondaires (laitiers, cendres volantes…),
un excès d’eau de gâchage, ou encore l’utilisation d’adjuvants ayant un effet re-
tardateur, allongent la période de prise et ainsi accentuent le retrait plastique.
2.2.2. Moyens de prévention
Ce type de fissuration peut être évité :
– en assurant une cure efficace, c’est-à-dire en humidifiant la surface du béton,
en projetant un produit de cure efficace ou, encore, en recouvrant la surface du
béton d’une feuille de polyane, et ce le plus tôt possible après la mise en place du
béton;
– en fermant les ouvertures si le béton est coulé en intérieur ;
– en érigeant temporairement des paravents et des pare-soleil pour réduire res-
pectivement la vitesse du vent et la température à la surface du béton frais;
– en humidifiant les coffrages ou en utilisant des coffrages non absorbants;
– en évitant les trop forts écarts entre la température du béton et la température
de l’air ambiant.
Une technique nouvelle pour maîtriser la fissuration par retrait plastique consiste
à utiliser des fibres de polypropylène. Ces fibres (résistance à la traction de
600 MPa, module d’Young de 3,5 GPa) sont utilisées pour cette application en
faible proportion (de l’ordre de 0,1 à 0,5 % en volume). Elles réduisent l’ouvra-
bilité des bétons, mais la mise en place sous vibration peut s'effectuer normale-
ment [ALT 88]. Ces fibres réduisent le retrait dans des proportions qui ne sont pas
très importantes, tout au plus 10 % [HAN 78], mais elles diminuent considérable-
ment la fissuration qui est associée au retrait plastique. Le mécanisme est encore
mal compris, mais de nombreux essais de retrait empêché ont montré que les fi-
bres de polypropylène à la fois retardent l’apparition des fissures, mais aussi di-
minuent (jusque dans un rapport 10) l’ouverture de ces fissures [GRZ 90],
[KRA 85]. Ce dernier point, qui permet un contrôle de l’ouverture des fissures,
est particulièrement intéressant en ce qui concerne la durabilité. Ainsi, dans des
conditions climatiques sévères (température de 40 à 46 °C en surface avec une vi-
tesse de vent de 16 à 24 km/h) des échantillons possédant 0,2 % de fibres n’ont
présenté aucune fissure visible, alors que les échantillons non armés présentaient,

229
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

au bout de 6 à 8 heures, des fissures qui pouvaient atteindre un millimètre


d’ouverture [ALT 88].
L'utilisation de fibres de polypropylène peut donc être envisagée dans le cas de
bétons particulièrement exposés aux risques de dessiccation rapide.

3. FISSURATION DUE AU RETRAIT D’AUTODESSICCATION


(OU RETRAIT ENDOGÈNE)
Le retrait endogène augmente lorsque le rapport E/C diminue et doit être pris
en compte notamment dans les structures dont les déformations sont gênées.
Le retrait d’autodessiccation est d’origine endogène. Toute éprouvette de béton, qui
n’est pas immergée sous eau, a tendance à se rétracter au cours du temps, même si
elle est isolée du milieu extérieur afin d’éviter sa dessiccation (cf. chapitre 5).
Ce retrait peut en général être considéré comme uniforme dans le volume corres-
pondant à une même opération de bétonnage, car les gradients d’humidité au sein
de la structure sont relativement faibles en raison de la faible perméabilité du béton.
L’évolution du retrait endogène au jeune âge suit de très près la cinétique d’hy-
dratation du ciment, sa vitesse est donc très rapide dans les premiers jours. Dans
les conditions d’une déformation totalement gênée (comme dans l’essai au banc
de fissuration qui est utilisé, par exemple, pour évaluer sur le plan des risques de
fissuration les bétons de chaussée), l’éprouvette finit en général par se casser, ceci
même en l’absence de toute dessiccation et de toute variation de température.
Ceci signifie que, malgré la relaxation des contraintes (phénomène pourtant par-
ticulièrement rapide au jeune âge), les contraintes générées par le seul retrait en-
dogène, lorsqu’il est totalement empêché, finissent par atteindre des valeurs
égales à celles de la résistance à la traction du matériau.
3.1. Facteurs aggravants
ˆ Une diminution du rapport eau/ciment (E/C)
Le retrait d’autodessiccation ne concerne que les bétons à hautes performances
(rapport E/C inférieur à 0,40) pour lesquels il ne peut être évité. Le retrait endo-
gène des bétons ordinaires est négligeable ou faible tant que le rapport E/C est su-
périeur à 0,40 (il est inférieur à 100 × 10–6 pour les bétons dont le rapport E/C est
supérieur à 0,45). En revanche, ce retrait augmente très vite avec la diminution du
rapport E/C quand ce rapport est inférieur à 0,40, et peut atteindre, pour certains
bétons HP, 300 × 10–6. Ce retrait se manifeste sur plusieurs jours (principalement
pendant les premiers jours, mais le béton peut continuer à se rétracter pendant plu-
sieurs mois, tant que le ciment s’hydrate).

230
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

Cumul des volumes de clinker + hydrates + eau


(rapporté au volume initial de clinker)

béton ordinaire
2,34
(E/C = 0,42) 2,16
béton à hautes performances

1,63 BFUP Fin de


(E/C = 0,20)
l'hydratation
Eau C–S–H + CH
y compris 28 %
1 de nanopores (saturés)

Clinker

0 Degré d'hydratation 1

Figure 6.8 : évolution des volumes relatifs (cumulés) du ciment, des hydrates, de l'eau
évaporable et de l'air au cours de l’hydratation, en fonction du taux de ciment consommé,
pour trois valeurs types du rapport E/C initial : en-dessous de 0,42, l'hydratation s'arrête
par épuisement de l'eau disponible, et les tensions dans la phase liquide génèrent un
retrait; dans un BFUP, l'hydratation et l’autodessiccation s'arrêtent très tôt.

ˆ Un blocage ou une gêne de la déformation de retrait


Ce retrait est, pour l'essentiel, uniforme dans le volume de la pièce et n’entraîne
donc aucun effet mécanique, aucun risque de fissuration, ni dans une pièce préfa-
briquée, ni dans une pièce coulée en place et libre de se déformer (coulée une seu-
le phase et bloquée ni par ses appuis ni par son coffrage).
Par contre, lorsque le retrait est empêché, ou même simplement gêné (support ri-
gide continu, appuis fixes, reprise de bétonnage…, tout cela agit dès le début de
la prise), il constitue souvent une composante non négligeable de la fissuration
précoce.
3.2. Moyens de prévention
Dans le cas d’un béton à hautes performances (rapport E/C inférieur à 0,40) dont
les déformations sont bloquées, il n’est pas toujours possible d’éviter la fissura-
tion par autodessiccation, mais il est tout à fait possible de limiter l’ouverture des
fissures, par différents moyens:
• en calculant les contraintes supplémentaires engendrées et en en tenant compte
dans la conception de l’ouvrage (ferraillage, précontrainte);

231
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

• en maintenant une humidité saturée, dès la fin de la mise en place, à la surface


du béton, par arrosage, brumisation, protection par une toile humide ou par un
film plastique qui stoppe toute évaporation;
• en utilisant des agents réducteurs de retrait [TAN 97, SHA 98, NMA 98] qui
peuvent être ajoutés au malaxage ou au produit de cure (ils seront alors impré-
gnés dans le béton). Il s’agit d’agents tensio-actifs, assez chers et modérément
efficaces, qui réduisent les tensions superficielles, donc la pression (qui est néga-
tive) dans la phase liquide;
• en soignant l’homogénéité et la régularité de la fabrication afin d’éviter des
retraits localement différés:
– régularité des approvisionnements en ciment, adjuvants et granulats,
– régularité de fabrication (dosages, introduction des adjuvants, durée de
malaxage), d’où l’intérêt de l’enregistrement des paramètres de fabrication,
– régularité du processus de mise en place et de l'énergie développée lors de
la vibration.

4. LA FISSURATION PAR GRADIENT THERMIQUE


ET/OU RETRAIT THERMIQUE
Dans les structures massives, la chaleur dégagée par la réaction d'hydratation
du ciment conduit à des élévations importantes de température. Ceci peut géné-
rer une fissuration à cause des gradients thermiques ou lorsque le retrait ther-
mique en phase de refroidissement est gêné.
Cette problématique est d’abord apparue en préfabrication [LAP 82]. De nos
jours, ce sont plutôt des impératifs de productivité (nécessité d’une résistance pré-
coce pour une mise en tension de la précontrainte, pour un poussage de l’ouvrage,
pour la rotation des coffrages...), ou des contraintes environnementales qui con-
duisent à des ponts de plus grandes portées, et donc à des projets exceptionnels
par la dimension des pièces (semelles du pont de Normandie, piles du pont de
l’Elorn, piles du viaduc de Millau…) qui rendent nécessaire la prise en compte du
comportement thermique des structures en béton au jeune âge.
Remarque. Bien qu’il ne s’agisse pas de fissuration, il convient de noter que, à long
terme, un béton qui a subi une élévation de température importante au jeune âge
aura une résistance finale plus faible que celle du même béton qui serait resté à tem-
pérature ambiante. Ceci est sans doute attribuable à la microstructure des hydrates
formés à température élevée [REG 80, TOR 92, CHA 96, DAL 04].

4.1. Cas des structures massives


Dans les pièces massives, la température s’élève à cœur en raison de l’exothermi-
cité des réactions mises en jeu au cours de l’hydratation des ciments. Ces réac-
tions apportent en effet de l’ordre de 500 J/g de ciment et, lorsque l’épaisseur est

232
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

supérieure à 1 mètre, le cœur est pratiquement dans des conditions adiabatiques


parce que le béton est peu conducteur de la chaleur (1,5 à 1,8 W/m/K), et la tem-
pérature peut monter jusqu’à 70 °C voire davantage. Un gradient de température
apparaît alors entre peau du béton (zone située en bordure des surfaces d’échange)
et le cœur de la structure. Ce gradient va se traduire par des retraits thermiques
différentiels. Au cours du refroidissement, la température de la peau diminue
beaucoup plus rapidement que celle au cœur de la structure, ce qui accentue les
gradients. La peau du béton est alors soumise à des contraintes de traction très im-
portantes (retrait gêné), alors que le cœur de la structure est en compression. Il en
résulte des gradients de contraintes et, potentiellement, une fissuration superfi-
cielle de l’ouvrage si les contraintes en traction au niveau de la peau du béton sont
supérieures à sa résistance en traction.
Au cours du refroidissement, l’écart de température dans la structure peut facile-
ment dépasser 30 °C, par exemple. La peau de l’échantillon sera alors mise en
traction et soumise à une contrainte de l’ordre de 10 MPa (si on considère le mo-
dule d’Young du béton de l’ordre de 30 GPa, et le coefficient de dilatation ther-
mique de l'ordre de 10 ×10–6 °C–1). Cette valeur est nettement supérieure à la
résistance en traction d’un béton, et la peau se fissurera toujours au cours du re-
froidissement.
Dans le cas de structures massives, le retrait thermique peut atteindre, selon le do-
sage et la nature du ciment, 400 à 500 × 10–6 dès que l’épaisseur dépasse 60 à
80 cm (40 à 50 cm pour un radier). Il débute avec la fin de la prise (la température
maximale est atteinte entre 20 et 40 h), et peut se manifester pendant plusieurs
jours, voire quelques semaines après la mise en œuvre du béton (la durée de re-
froidissement peut être estimée par d = 8 × e2, où d est en jours et e est l’épaisseur
en mètre).
Cette fissuration de peau peut être observée dans les massifs de fondation coulés en
continu, les chevêtres ou les voussoirs sur pile. Les fissures sont cependant rare-
ment très ouvertes, car la distance entre deux fissures principales consécutives est
du même ordre que la profondeur de la zone tendue, laquelle ne peut dépasser le
quart de l’épaisseur. L’espacement entre les fissures est donc un critère d’analyse:
quand cet espacement est inférieur au double de l’épaisseur d’un voile, elles sont
dues au gradient de surface (et elles ne sont généralement pas traversantes), lorsque
les fissures sont dues au retrait gêné au niveau de la reprise de bétonnage (fondation
ou levée précédente), cet espacement est plutôt compris entre une fois et deux fois
la hauteur du voile (et dans ce cas, elles sont toujours traversantes).
Dans le cas des chevêtres ou des voussoirs sur pile, les effets du retrait thermique
s’ajoutent à ceux du retrait endogène, notamment lorsque ces structures sont réali-
sées en béton de hautes performances qui sont généralement des bétons à forte cha-

233
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

leur d’hydratation et à fort retrait endogène. Il ne faut pas confondre cette cause de
fissuration avec le mécanisme de formation différée d’ettringite (cf. chapitre 11).
4.2. Cas des bétons traités thermiquement
Les traitements thermiques sont aujourd’hui soigneusement contrôlés, car ils pré-
sentent un risque particulier: lorsque l’apport de chaleur coïncide avec la fin de la
période dormante et que la montée en température est rapide, il y a un effet de cou-
plage entre l’apport extérieur d’énergie calorifique et la chaleur d’hydratation,
couplage qui peut conduire, au cœur de la pièce, à des élévations de température
largement supérieures à la température programmée. Contrairement au cas des
bétons de masse, c’est dans les ouvrages de faible épaisseur (plus petite dimen-
sion inférieure à 15 cm, ce qui est fréquent en préfabrication) que ce risque est le
plus élevé. Dans des petits éléments préfabriqués traités à la vapeur juste avant ou
au tout début de la prise, et chauffés en une heure à 80 °C par exemple, on a me-
suré des températures à cœur supérieures à 90 °C [ACK 86].
4.3. Facteurs aggravants
Dans le cas des bétons non traités thermiquement, les principaux facteurs aggra-
vants sont les suivants.
ˆ L’augmentation de la taille des pièces en béton
Inexistantes en deçà de 50 cm d’épaisseur dans le cas de bétons non traités ther-
miquement, les fissures d’origine thermique sont pratiquement inévitables lors-
que l’épaisseur du béton est supérieure à 80 cm. Elles peuvent même apparaître
dans des ouvrages d’épaisseur plus modeste (dès 20 cm) lorsqu’une face est isolée
thermiquement, si l’ouvrage est soumis à des conditions aux limites de déplace-
ment empêché. L’expérience acquise sur les chantiers montre clairement que, dès
qu’il existe une zone de béton dont la distance à la plus proche surface refroidie
dépasse 50 cm, la température du béton peut s’y élever de 30 à 50 °C. Il est alors
indispensable de traiter les coffrages si l’on veut éviter une fissuration intense et
ouverte au cours du refroidissement, par exemple avec un flocage ou une isolation
thermique dans les zones moins épaisses, pour diminuer les écarts de température
entre zones.
ˆ Un dosage élevé en ciment et l’utilisation de ciment réactif
Ceci est caractéristique des bétons de hautes performances qui montrent souvent
des chaleurs d’hydratation plus élevées, mais aussi et surtout des cinétiques d’hy-
dratation plus rapides que celles des bétons classiques. Des observations sur chan-
tiers où sont mis en œuvre ces types de béton montrent que l’on peut avoir, avec
des bétons HP, des effets thermiques non négligeables, même pour des épaisseurs
inférieures à 30 cm.

234
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

ˆ Les liaisons mécaniques


Ce type de fissuration est aggravé dans toutes les zones où le retrait est empêché
ou restreint, comme par exemple au niveau des reprises de bétonnage (voile épais
coulé par levées successives) ou d’encastrement (barrage, voile encastré sur un
massif de fondation ou sur une semelle filante, parapet, chaussée sur couche ou
sol rigide, revêtement de tunnel [AGG 94]. Dans certains cas, on peut avoir des
fissures localisées, beaucoup plus espacées. Sur un barrage, par exemple, on a ob-
servé entre les fissures des distances supérieures à 90 m, donc largement plus
ouvertes (plusieurs millimètres). L’espacement entre les fissures peut ainsi être
très variable (la plage des distances observées sur les ouvrages va de quelques
centimètres à quelques dizaines de mètres), et la grande étendue des ouvertures
de fissure observées est donc avant tout liée au rôle majeur des conditions aux li-
mites mécaniques de la structure, bien plus qu’aux paramètres thermiques et mé-
caniques du matériau.
Dans le cas des bétons traités thermiquement, les facteurs aggravants sont ceux
mentionnés précédemment auxquels on peut ajouter:
ˆ Une courte durée de précure
Un traitement thermique, qui débute avant que le béton ait atteint une certaine ri-
gidité, en d’autres termes avant la prise, favorise la création de fissures.
ˆ Une élévation rapide en température, et/ou surtout un refroidissement rapide
La contrainte générée est en effet d’autant plus élevée que le gradient (ΔT/Δx) de
température au sein d’une structure est élevé. Le refroidissement est davantage
susceptible d’endommager un échantillon de béton que le chauffage, pour les rai-
sons suivantes :
– au cours du refroidissement, la peau est en traction, ce qui tend à ouvrir des
microfissures en surface. À l’opposé, au cours du chauffage, la dilatation de la
peau est empêchée par celle, plus faible, du cœur. Dans ce dernier cas, la peau est
en compression et le cœur en traction ;
– lors du refroidissement, l’hydratation étant plus avancée qu’au cours du chauf-
fage, le module d’Young du béton est plus élevé. La contrainte générée lors du
refroidissement est par conséquent plus importante que lors du chauffage ;
– au cours de la montée en température, la pâte est moins rigide qu’au cours du
refroidissement, et les fissures qui auraient pu s’ouvrir alors se referment et peu-
vent se cicatriser plus facilement par hydratation ultérieure.
ˆ Une température élevée au cœur du béton
Le gradient de température susceptible d’être atteint dans une structure est
d’autant plus élevé que la température maximale atteinte au cœur de la structure
est élevée.

235
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

4.4. Moyens de prévention


Il est possible de prévoir les risques de fissuration d’origine thermique et de les
réduire:
• en choisissant, notamment dans le cas des ouvrages massifs, un ciment présen-
tant une faible vitesse de dégagement de chaleur plutôt qu’un dégagement brutal.
Avec un ciment de classe 52.5, le flux de chaleur maximal (calorimétrie adiabati-
que sur mortiers normalisés) dépasse souvent 40 J.g–1.h–1 (> 50 J.g–1.h–1 pour
un 52.5R) et il est obtenu très tôt (entre 7 et 9 heures après le gâchage) ; avec un
CEM II 32.5, ce même flux maximal ne dépasse que très rarement 30 J.g–1.h–1
vers 10 heures et, avec un CEMIII/B 42.5, on descend à 15 J.g–1.h–1 au bout de
15 heures environ. La norme EN 197-1/A1 spécifie les ciments pouvant être dits
à faible chaleur d’hydratation et qui sont désignés LH1 ;
• lorsque cela est possible, et c’est généralement le cas pour les bétons de masse
qui ne requièrent pas des résistances initiales importantes, l’utilisation de
ciments contenant des additions minérales (cendres volantes, laitier) en substitu-
tion d'une partie du clinker, permet de réduire le dégagement de chaleur initial.
Leur utilisation peut permettre de diviser par 2 l’augmentation de la température
dans des pièces d’une certaine épaisseur [BAM 84];
• en contrôlant le profil de température suivi par la pièce en béton. Des recom-
mandations européennes existent aujourd’hui pour limiter l’élévation trop bru-
tale ou trop élevée lors de la mise en œuvre, aussi bien pour les ouvrages massifs
[ENV13670] que pour des éléments préfabriqués traités thermiquement
[EN13369];
• en évitant, dans le cas des ouvrages massifs, l’utilisation de coffrages trop iso-
lants (par exemple les coffrages en bois) ou alors en ne les démontant que lors-
que la température à cœur a chuté, ce qui prend un temps parfois assez long, afin
de limiter les gradients thermiques;
• en protégeant la face non coffrée contre la dessiccation au jeune âge, celle-ci
étant accrue par une élévation de température de la masse du béton;
• en ajoutant des armatures complémentaires qui permettent de réduire les
ouvertures de fissures (les armatures ne peuvent pas empêcher la fissuration ther-
mique, car elles ont le même coefficient de dilatation thermique que le béton,
mais elles répartissent les fissures, donc diminuent d'autant leurs ouvertures);

1. Le fait que l’on utilise un ciment à faible chaleur d’hydratation ne garantit pas que l’élévation de
température dans le béton soit modérée, les autres facteurs comme le dosage en ciment étant évi-
demment aussi importants.

236
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

• en effectuant une modélisation numérique des effets mécaniques produits dans


les ouvrages en béton par l’hydratation du ciment. Cette analyse permet notam-
ment d’estimer les vitesses de montée en température et de refroidissement aux
différents points de la structure, et d’en déduire les contraintes générées, con-
naissant la conductivité thermique du béton, sa capacité calorifique, la taille et la
forme de la pièce, ainsi que les conditions thermiques imposées aux limites. Ce
genre de calcul est aujourd’hui opérationnel, largement validé par un grand nom-
bre d’applications qui ont permis de confirmer, par des mesures in situ, les
valeurs prédites [TOR 94]. Il est systématiquement utilisé pour les ouvrages
exceptionnels ou qui présentent des zones à risque de fissuration d’origine ther-
mique. Le paragraphe suivant présente quelques éléments de cette modélisation.
4.5. Modélisation du comportement au jeune âge
4.5.1. Comportement en température
L'évolution des températures dans les structures en béton au jeune âge peut être
modélisée. La prédiction des températures est donc possible chaque fois que le
problème industriel le justifie.
L’analyse des phénomènes physiques montre que l’on peut découpler l'effet ther-
mique des effets mécaniques1.
La modélisation des effets thermiques de la réaction d'hydratation se fait au
moyen de l'équation de la chaleur:
dT
ρ c ------ = – div ( – kgradT ) + Q· (1)
dt
où ρc désigne la capacité calorifique du béton (produit de la masse volumique par
la capacité thermique massique du béton), k le tenseur de conductivité de chaleur,
Q· le taux de chaleur généré par l’hydratation du ciment, T la température et t le
temps.
Examinons les données nécessaires pour résoudre ce problème.
ˆ La conductivité thermique k
La conductivité thermique d’un béton dépend de nombreux paramètres qui ne
sont pas toujours constants: la teneur en eau du béton, le type de granulats, la po-
rosité, la température, le degré d’avancement de l’hydratation [MOU 06]… Il
existe différentes formules pour tenir compte de ces paramètres (voir par exemple
[HAM 92]). Mais, d’une part, ce paramètre varie peu pendant l’hydratation et,

1. Un couplage existe: les dissipations mécaniques se font en partie sous forme thermique. Cet
apport est toutefois négligeable devant l’apport dû aux réactions chimiques.

237
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

d’autre part, des calculs sur structures montrent qu’en faisant varier ces paramè-
tres, cela n’entraîne que des différences marginales sur les températures calcu-
lées. On peut donc garder constante la valeur de la conductivité thermique (autour
de 2 W/m/K).
Il est cependant un paramètre à considérer dans le calcul de la conductivité ther-
mique, c’est le pourcentage d’armatures. En effet, l’acier est beaucoup plus con-
ducteur que le béton et, dans les structures très ferraillées, il importe d’en tenir
compte (k peut atteindre jusqu’à 3 W/m/K [ACK 90]).
ˆ La capacité calorifique ρc
Elle est égale au produit de la masse volumique par la capacité thermique massi-
que du béton. Elle dépend donc de la composition du béton et, notamment, du
type de granulats, mais aussi de la teneur en eau, du degré d’avancement de la
réaction d’hydratation, de la température [WAL 00].
Pour les besoins de la pratique, on peut la considérer constante, égale à 2,4 J/cm3/°C,
ou bien la calculer à partir de la composition du béton. Le tableau 6.1 rassemble les
capacités thermiques massiques de chaque composant, issues de différentes sources.
Tableau 6.1 : capacités thermiques massiques des composants du béton (J/°C/g)
[WAL 2000].

Ciment Eau Granulats


norme NF P 15-436 0,75 3,76 0,75
Smeplass et Maage 0,8 4,2 0,8
US Bureau of reclam. 0,8 4,18 0,7 à 0,9

ˆ La chaleur d'hydratation
Il faut ici s’intéresser à deux aspects du problème: la quantité finale Q(∞) de cha-
leur dégagée et Q· ( t ) qui donne la cinétique de dégagement de chaleur.
La quantité finale dépend de nombreux facteurs. Les principaux sont :
– la composition du clinker. Tous les constituants du ciment n’apportent pas la
même contribution en termes de dégagement de chaleur. On notera l’influence
du C3A et du C3S (tableau 6.2). En général, ce dernier étant prépondérant dans
les ciments, la chaleur d’hydratation en sera largement dépendante.

238
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

Tableau 6.2 : chaleurs d'hydratation des composants purs [NEV 2000].

Chaleur d'hydratation J/g


C3S 500
C2S 260
C3A 900
C4AF 420

– les ajouts. Lorsque l’on remplace une partie du clinker par des fillers inertes,
une cendre volante, des fumées de silice, etc., la chaleur finale en est modifiée.
La valeur de Q(∞) doit alors être estimée en tenant compte des différentes réac-
tions, qui de plus peuvent être couplées [SCH 92, WAL 00] ;
– la composition du béton, le dosage en ciment et le rapport E/C, notamment. La
chaleur dégagée dépend évidemment du dosage en ciment. Dans le cas des
bétons à faible E/C, l’hydratation peut être incomplète, ce qui réduira la quantité
de chaleur dégagée;
– le pourcentage d’armatures. Pour des pièces très ferraillées, la quantité de cha-
leur dégagée peut être réduite de manière significative.
La cinétique de réaction est, quant à elle, fonction :
– de la composition du clinker: tous les composants ne réagissent pas à la même
vitesse. On notera cependant que C3S et C3A qui réagissent le plus rapidement
sont également les hydrates dont la réaction dégage le plus de chaleur [COP 60];
– de la surface spécifique du ciment. Plus cette surface est importante plus le
ciment sera réactif;
– des ajouts. Les réactions pouzzolaniques sont plus lentes que l’hydratation du
ciment. On a donc une modification de la cinétique de dégagement de chaleur;
– des adjuvants. Sans parler des accélérateurs et retardateurs de prise, les fluidi-
fiants, par exemple, ont un effet d’écran vis-à-vis de l’hydratation du ciment
[BUI 84];
– de la quantité de chaleur déjà dégagée Q(t) et de la température absolue T(t).
Cette dépendance s’exprime au moyen de la loi d’Arrhénius qui traduit le carac-
tère thermoactivé de la réaction [REG 80, BYF 80]:
Ea ⎞
Q· ( t ) = f ( Q ( t ) ) exp ⎛ – -------------
- (2)
⎝ RT ( t )⎠
où Ea est l’énergie d'activation de la réaction et R la constante des gaz parfaits.
Cette loi est fondamentale dans la modélisation du béton au jeune âge. Elle a deux
conséquences. La première est que le paramètre Q ne peut pas être éliminé entre

239
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

l’équation de la chaleur et la loi d’Arrhénius. En d’autres termes, l’état thermique du


béton ne peut être décrit uniquement à l’aide de la température. On a besoin de con-
naître la quantité de chaleur dégagée Q(t) ou le degré d’hydratation1 ξ = Q(t)/Q(∞).
La loi d’Arrhénius est une véritable loi d’évolution de ce paramètre. Le degré d’hy-
dratation est calculé, au même titre que la température, par la résolution des équations
présentées.
La seconde conséquence est qu’il suffit d’effectuer un essai calorimétrique, qui
donne f(Q), pour prédire le taux de chaleur générée sous différentes conditions.
Il existe plusieurs méthodes expérimentales calorimétriques (comparées notam-
ment dans [WAI 92] et [LIV 91]) pour la détermination de l’évolution du déga-
gement de chaleur pendant l’hydratation. Les plus courantes pour le béton sont:
– la calorimétrie adiabatique; elle repose sur le fait que, en conditions parfaite-
ment adiabatiques (tout échange de chaleur est empêché vers le milieu extérieur,
dont la température est maintenue, par asservissement, égale à la température au
cœur de l’éprouvette), la quantité de chaleur dégagée est déductible de l’éléva-
tion de température par simple multiplication par la capacité thermique du béton
(en supposant celle-ci constante);
– les essais semi-adiabatiques; ces essais recourent à un matériel plus simple et
moins coûteux : on suit au long de l’hydratation la température d’une éprouvette
de béton, de diamètre 16 cm et de hauteur 32 cm, placée, dès sa fabrication, dans
une boîte calorifugée, dont on connaît les déperditions thermiques; il est dès lors
possible de revenir à une courbe adiabatique théorique en corrigeant la courbe
des températures mesurées des pertes du calorimètre et en traduisant la thermo-
activation à l’aide de la loi d’Arrhénius [ACK 88]. La comparaison d’essais au
calorimètre adiabatique et d’essais semi-adiabatiques montre cependant que,
même après correction, il existe une différence entre les résultats obtenus à partir
des deux appareils. Cela peut provenir de la réaction elle-même: les températu-
res atteintes ne sont pas les mêmes dans les deux appareils, et il est possible que
la quantité Q(∞) dépende de la température. La manière de corriger les résultats
de l’essai semi-adiabatique (qui suppose un régime permanent de pertes) peut
aussi être incriminée [SED 93]. Selon l’épaisseur des pièces à étudier, on pourra
donc utiliser ou pas l’essai semi-adiabatique. Pour les pièces très massives, on
lui préférera l’essai adiabatique.
La loi d’Arrhénius est également à la base du concept de temps équivalent. Le
temps équivalent te est celui qu'il aurait fallu à la réaction d’hydratation pour at-

1. On parle ici d’un degré d’hydratation alors qu’il y a en fait plusieurs réactions liées à chaque
espèce anhydre; l'expérience montre toutefois que cette simplification n'est pas outrancière, sauf
dans le cas des ciments avec ajouts pouzzolaniques.

240
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

teindre, à 20 °C, son état actuel (mesuré par exemple par le degré d’hydratation
ξ = Q(t)/Q(∞) ):
t Ea Ea
te = ∫ exp ⎛ – -------------- -⎞ dτ
- + ----------------------------- (3)
0
⎝ RT ( τ ) R ( 273 + 20 )⎠
Suivant ce concept, on peut, à partir d’une courbe maîtresse (relation résistance-
temps équivalent) prévoir les résistances au jeune âge du béton [BYF 80,
CAR 83, TOR 92, DAL 93]. C'est ce principe qui est utilisé sur chantier dans les
maturomètres pour prédire les résistances à court terme [CHA 96].
Dans la loi d’Arrhénius le paramètre fondamental est l’énergie d’activation Ea. Il
a été mis en évidence aussi bien expérimentalement que par modélisation et simu-
lations, que Ea dépend d'abord du ciment [BRE 82, DAL 02], puis de l’adjuvan-
tation, de la température, de l’avancement de la réaction d’hydratation [BRE 82,
DAL 93], de la durée de la période dormante (notamment si elle très longue)
[DAL 04].
Comme ce paramètre est absolument fondamental dans la prévision de la résistan-
ce, des efforts particuliers ont été faits pour sa détermination. Les travaux de
[DAL 04] ont permis de définir une méthode de détermination de Ea. Ce paramè-
tre peut être également déterminé sur MBE (mortier de béton équivalent) à l’aide
de calorimètres Langavant [DAL 98]. Enfin, une réflexion collective a également
abouti à des recommandations applicables aux chantiers utilisant la méthode
[DAL 04]. Ces recommandations portent sur: la régularité de la fabrication, le
choix des points de mesures de la température dans l’ouvrage, le choix de l’ins-
trumentation, l’étalonnage au laboratoire et sur chantier, et la mise en place de
contrôles de conformité. Plus récemment, des travaux ont été conduits afin d’étu-
dier l’influence de la maturité au décoffrage sur la qualité des parements en béton
et la durabilité du béton de peau [NAC 02].
Le problème thermique fait également intervenir des conditions aux limites. En
général, celles-ci s'expriment comme un flux de chaleur à travers les surfaces
d’échanges:
Q = – λ ( T s – T ext ) (4)
où Ts est la température de surface et Text la température du milieu ambiant. Le
coefficient λ modélise globalement le processus d'échange avec le milieu exté-
rieur, en caractérisant la plus ou moins grande isolation du béton en fonction du
type de coffrage choisi (bois, métal, bâche isolante, surface libre) et des données
climatiques (surface ventilée ou abritée) [LAP 82]. λ peut ainsi varier de 0,5 à
6 W/m2/K [ACK 88]. Pour des structures très élancées (comme les dalles de pont
par exemple), une estimation correcte de la valeur des coefficients d'échange est

241
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

primordiale et un calage de ces paramètres par rapport au chantier souvent néces-


saire1.
Lorsque tous les paramètres des équations (1), (2) et (4) sont bien maîtrisés, la si-
mulation des températures est en bon accord avec l’expérience (voir par exemple
[TOR 95]). Il est donc possible de prédire les élévations de température, de tester
l'effet de formulations différentes, de durée avant décoffrage, etc., dès lors que le
problème industriel le justifie.
4.5.2. Comportement mécanique
À partir des champs de température et de degré d’hydratation, et en supposant une
décomposition des déformations en parties élastique, inélastique, retrait, fluage et
thermique, on peut estimer les champs de contraintes. Les modèles utilisés sont
fondés sur des concepts variés et dépassent le cadre de cet ouvrage. On trouvera
des exemples de modélisations dans [BOU 92, TOR 95, ACK 96, SCH 02], [SCH
04] ou [ACK 04].

5. CONCLUSION
La fissuration la plus pénalisante pour la durabilité des ouvrages en béton est la
fissuration précoce. Elle donne, en effet, des fissurations ouvertes. Elle est, en
pratique, toujours évitable. Voici cinq précautions élémentaires pour prévenir
presque toutes les fissurations précoces (il faut noter que les quatre premières re-
lèvent des règles de l’art qui devraient être toujours appliquées):
– composer le béton de manière à ce que son dosage en éléments fins (ciment
compris) soit optimal (mélange à porosité minimale), et choisir la dimension du
plus gros granulat compatible avec la dimension du coffrage et l’encombrement
de l’armature. On réduit ainsi le risque de fissures par tassement du béton frais et
on assure une rétention correcte de l’eau de gâchage;
– appliquer une brumisation ou choisir un produit de cure efficace; l’appliquer
correctement et en temps voulu au dosage recommandé. On réduit et parfois
même on supprime ainsi le risque de fissuration plastique;
– veiller à la régularité des approvisionnements et de toutes les opérations de la
chaîne de mise en œuvre;
– prendre en compte, dès la conception de l’ouvrage, le risque de retrait thermi-
que après prise dans le cas des ouvrages de masse;
– s’affranchir du risque de retrait thermique dans le cas d’ouvrages traités ther-
miquement en soignant le procédé de préfabrication et, notamment, la durée de

1. Il peut exister un écart très important entre la valeur théorique d’un coefficient d’échange et sa
valeur réelle, notamment à cause de la mise en œuvre sur chantier: du polystyrène maintenu par
des poutres métalliques tous les 20 cm ne pourra pas être aussi isolant que prévu…

242
La maîtrise de la fissuration au jeune âge: condition de durabilité des ouvrages en béton

cure, la vitesse de montée en température et de refroidissement, et la température


maximale au cœur de la structure.
Revenons au cas des bétons traités thermiquement mis à profit surtout dans les
usines de préfabrication afin d’accélérer leurs acquisitions de résistances. En
1983, Marc Mamillan pouvait écrire: « le traitement thermique constitue le
moyen le plus efficace pour obtenir la résistance nécessaire au démoulage en
quelques heures ». Ceci n’est plus tout à fait exact aujourd’hui. Le développement
des bétons de hautes performances, avec l’usage d’adjuvants et d’ajouts minéraux
(et notamment des fumées de silice, qui font maintenant partie de certains ci-
ments) a montré qu’il était possible d’obtenir des résistances mécaniques très éle-
vées à des âges inférieurs à 24 heures, et ceci pour un coût global qui est du même
ordre.
Il faut ajouter à cela que les formulations modernes – celles des BHP notamment
– conduisent à une augmentation des résistances finales, en même temps qu’à une
amélioration de la plupart des caractéristiques qui contribuent à la durabilité du
matériau.

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246
CHAPITRE 7

La durabilité dans le contexte


normatif européen

P. ROUGEAU, P. GUIRAUD

Résumé
Les ouvrages en béton disposent aujourd’hui d’un nouveau support normatif très
complet, constitué de normes européennes et de référentiels français. Cet en-
semble de textes couvre le dimensionnement des ouvrages en béton (avec les
Eurocodes), les constituants du béton (dont la norme NF EN 197-1 pour les ci-
ments, les normes NF EN 12620 et XP P18-545 pour les granulats et la norme
NF EN 934-2 pour les adjuvants), le béton et en particulier sa durabilité (norme
NF EN 206-1, fascicule de documentation FD P18-011, recommandations sur
l’alcali-réaction, le gel-dégel, la réaction sulfatique interne), les produits en béton
(dont la norme NF EN 13369) et leur utilisation dans les ouvrages (Fascicule 65A,
DTU…). Ces normes et référentiels se complètent de manière cohérente et per-
mettent in fine de mieux appréhender et de mieux maîtriser la durabilité des struc-
tures en béton.
Mots-clés
CONTEXTE NORMATIF, NORMES, RECOMMANDATIONS, EUROCODES, NF EN 206-1,
NF EN 13369, FD P18-011, FASCICULE 65A, MARQUAGE CE

249
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Définitions
ˆ Directive
Une directive européenne ou directive communautaire est un texte législatif voté
par le parlement européen et qui rentre en vigueur après transposition obligatoire
dans la réglementation de chaque État membre de l’Union européenne.
ˆ Norme - Généralités
Une norme est un « document établi par consensus, qui fournit, pour des usages
communs et répétés, des règles, des lignes directrices ou des caractéristiques, pour
des activités ou leurs résultats, garantissant un niveau d’ordre optimal dans un
contexte donné. » (extrait du Guide ISO/CEI 2)
La norme propose des solutions à des questions techniques et commerciales con-
cernant les produits, les biens d’équipement et les services. Elle établit un com-
promis entre l’état de la technique et les contraintes économiques à un moment
donné. La norme peut ainsi s’entendre comme un document de référence sur un
sujet donné, dont elle reflète l’état de l’art, de la technique et du savoir-faire.
En règle générale, la norme est d’application volontaire. Elle peut être rendue
d’application obligatoire par les pouvoirs publics, notamment lorsqu’elle porte
sur des aspects liés à la sécurité et les conditions liées aux marchés publics.
C’est un document de référence utilisé notamment dans le cadre des marchés pu-
blics ou dans celui du commerce international et sur lequel s’appuie la plupart des
contrats commerciaux. Elle est utilisée comme la référence incontestable simpli-
fiant et clarifiant les relations contractuelles entre partenaires de la vie économi-
que. C’est un document pouvant être utilisé pour étudier la jurisprudence.
ˆ Norme harmonisée
Les spécifications techniques qui servent de référentiel pour mettre sur le marché
des produits satisfaisant aux exigences essentielles définies dans une directive
sont établies au travers de normes dites harmonisées. Une annexe nommée « ZA »
énumère les parties harmonisées (articles) de la norme volontaire. Cette annexe
est reprise dans les réglementations des États membres et permet par son respect
l’apposition du marquage CE sur les produits, les articles concernés par cette an-
nexe deviennent réglementaires tandis que le reste de la norme demeure volontai-
re. L’annexe ZA précise également, pour chaque caractéristique et usage du
produit, le rôle et les tâches respectives du fabricant et de l’organisme notifié
(lorsqu’il est prévu).
ˆ Norme française homologuée
Une norme française homologuée est un document à contenu normatif dont la va-
leur technique est suffisamment reconnue, et pour lequel une officialisation des
pouvoirs publics est nécessaire ou souhaitable en raison de sa destination (réfé-

250
La durabilité dans le contexte normatif européen

rence dans la réglementation, secteur des marchés publics, base pour l’attribution
de la marque NF, intérêt public…).
Un projet de norme non homologué peut être publié sous forme de norme expéri-
mentale lorsqu’il est nécessaire de le soumettre à une période de mise à l’épreuve
avant d’en conserver son contenu, tel quel ou révisé.
ˆ Fascicule de documentation
Un fascicule de documentation est un document de référence à caractère essen-
tiellement informatif. Il a pour but la diffusion des connaissances auprès des pro-
fessions.
ˆ Recommandation
Il existe des textes qui énoncent des dispositions relevant de l’état de l’art mais
qui ne sont ni réglementaires, ni normatifs. Ces textes sont publiés notamment par
l’AFNOR (fascicules de documentation), le LCPC et/ou le SETRA.

1. INTRODUCTION
Un ouvrage doit résister au cours du temps aux diverses agressions ou sollicita-
tions (physiques, mécaniques, chimiques…), c’est-à-dire aux charges auxquelles
il est soumis, ainsi qu’aux actions diverses telles que le vent, la pluie, le froid, la
chaleur, le milieu ambiant… tout en conservant son esthétique. Il doit satisfaire,
avec un niveau constant, les besoins des utilisateurs au cours du temps.
Il est possible désormais de définir des objectifs de durabilité et de choisir avec
précision les caractéristiques du béton en fonction de l’agressivité du milieu dans
lequel se trouve l’ouvrage et d’optimiser ses caractéristiques afin de les adapter à
la durée d’utilisation souhaitée. Les spécifications concernent la nature et le do-
sage minimal en ciment, la compacité minimale, la valeur maximale du rapport
Eau/Ciment, l’enrobage minimal des armatures et la teneur maximale en chloru-
res dans le béton.
Les connaissances actuelles sur les ciments et les bétons permettent d’optimiser
et d’adapter la composition et la formulation des bétons aux contraintes environ-
nementales auxquelles ils seront soumis, tout en respectant les critères de perfor-
mances mécaniques.
Un contexte normatif et réglementaire encadre désormais l’utilisation du matériau
béton. Les normes pour le béton, d’une part, et les normes pour les produits en
béton, d’autre part, ainsi que les recommandations constituent un ensemble cohé-
rent, homogène, logique et complet (voir figure 7.1) qui permet de prendre en
compte, dès la conception, tous les critères de durabilité.

251
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Cette évolution s’inscrit dans une logique de progrès visant à optimiser la qualité
des bétons et à maîtriser la durabilité des ouvrages.

STRUCTURE EN BÉTON

NORMES DE NORMES
DIMENSIONNEMENT D'EXÉCUTION

Normes Normes DTU


Norme béton NF pour les produits et fascicules
EN 206-1 préfabriqués pour la réalisation
en béton des ouvrages
avec des produits
préfabriqués

Normes Fascicules
sur les constituants de recommandations
du béton

Figure 7.1 : le dispositif normatif du béton.

2. LES SPÉCIFICATIONS RELATIVES À LA DURABILITÉ


DANS LES NORMES DE DIMENSIONNEMENT
2.1. Les normes de dimensionnement
2.1.1. Présentation générale
Les normes Eurocodes ont pour objet d’harmoniser les règles de conception et de
calcul au sein des différents états de la communauté européenne et de contribuer
ainsi à la création du marché unique de la construction.
Ces normes européennes forment un ensemble cohérent et homogène de règles
techniques harmonisées pour la conception et le calcul des structures de génie ci-
vil et des bâtiments.
Elles font appel à une approche semi-probabiliste de sécurité des constructions
(méthode des coefficients partiels) avec des méthodes de dimensionnement fon-
dées sur le concept des états limites (états limites de service et états limites ulti-
mes).
Elles fournissent une série de méthodes et de règles techniques communes à tous
les pays européens pour calculer la stabilité, la résistance mécanique et la sécurité
incendie des éléments ayant une fonction structurelle dans un ouvrage de cons-

252
La durabilité dans le contexte normatif européen

truction en conformité avec les exigences essentielles de la directive sur les pro-
duits de construction (DPC : CCE 89/106, directive du 21 décembre 1988).
Les Eurocodes constituent un ensemble de 58 normes regroupées en 10 docu-
ments (EN 1990 à EN 1999), parmi lesquelles on trouve :
• NF EN 1990 Eurocode 0 : Bases de calcul des structures ;
• NF EN 1991 Eurocode 1 : Actions sur les structures ;
• NF EN 1992 Eurocode 2 : Calcul des structures en béton ;
• NF EN 1996 Eurocode 6 : Ouvrages en maçonnerie ;
• NF EN 1997 Eurocode 7 : Calcul géotechnique ;
• NF EN 1998 Eurocode 8 : Calcul des structures pour leur résistance aux séismes.
Les normes françaises Eurocodes (NF EN 1990 par exemple) sont constituées de
la norme européenne (EN 1990), complétée par l’annexe nationale française. Cet-
te annexe précise en particulier les paramètres, les valeurs, les procédures et les
données climatiques à utiliser pour le calcul des structures en France (paramètres
déterminés au niveau national, NDP, laissés au libre choix de chaque pays).
Nota. En France, pour les ouvrages en béton, elles vont se substituer progressive-
ment aux règles actuelles de dimensionnement (règles BAEL et BPEL).

La directive sur les produits de construction


(CCE/89/106, directive du 21 décembre 1988)
La directive « Produits de construction » couvre tous les produits destinés à être in-
corporés durablement dans un bâtiment ou un ouvrage de génie civil, dès lors qu’ils
peuvent avoir une incidence sur la sécurité, la santé, l’environnement ou l’isolation.
Les produits de construction visés par cette directive doivent être conçus de telle sorte
que les ouvrages dans lesquels ils sont utilisés satisfassent aux exigences essentielles
suivantes :
1) la résistance mécanique et la stabilité ;
2) la sécurité en cas d’incendie ;
3) l’hygiène, la santé et l’environnement ;
4) la sécurité d’utilisation ;
5) la protection contre le bruit ;
6) l’économie d’énergie et l’isolation thermique.
Les produits concernés doivent porter le marquage CE symbolisant la conformité à
ces dispositions.
Les différents articles des normes Eurocodes se décomposent en deux principales
catégories, les principes et les règles d’application :
– les principes (P) sont des énoncés d’ordre général et des définitions ou des
prescriptions qui ne comportent pas d’alternative ;
– les règles d’application sont conformes aux principes. Il est possible d’utiliser
d’autres règles sous réserve de démontrer leur conformité aux principes.

253
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

2.1.2. L’Eurocode 0
L’Eurocode 0 (norme NF EN 1990 « Bases de calcul des structures ») décrit les
principes et les exigences pour la sécurité, l’aptitude au service et la durabilité des
structures. Il est appliqué conjointement avec les autres Eurocodes.
Le dimensionnement d’une structure est associé à la notion de durée d’utilisation
de projet (durée pendant laquelle la structure ou une de ses parties est censée pou-
voir être utilisée comme prévu en faisant l’objet de la maintenance escomptée,
mais sans qu’il soit nécessaire d’effectuer des réparations majeures) et de fiabilité
(capacité d’une structure ou d’un élément structural à satisfaire aux exigences
spécifiées, pour lesquelles il ou elle a été conçu(e)).
La fiabilité de la structure suppose un dimensionnement conforme aux normes
Eurocodes et la mise en œuvre de mesures appropriées en matière d’exécution et
de gestion de la qualité. Elle s’exprime en terme de probabilité.
La maintenance couvre l’ensemble des opérations effectuées pendant la durée
d’utilisation de la structure, afin de lui permettre de satisfaire aux exigences de
fiabilité.
L’Eurocode 0 pose comme exigences de base :
• Article 2.1.1 (P)
« Une structure doit être conçue et réalisée de sorte que, pendant la durée d’utili-
sation de projet (cf. tableau 7.1) escomptée, avec des niveaux de fiabilité appro-
priés et de façon économique :
– elle résiste à toutes les actions et influences susceptibles d’intervenir pendant
son exécution et son utilisation ;
– elle reste adaptée à l’usage pour lequel elle a été conçue. »
Tableau 7.1 : durée indicative d’utilisation de projet selon norme NF EN 1990
(Tableau 2.1 NF).

Durée indicative
Catégorie de durée
d’utilisation de projet Exemples
d’utilisation de projet
(années)

1 10 Structures provisoires

2 25 Éléments structuraux remplaçables

3 25 Structures agricoles et similaires

4 50 Bâtiments et autres structures courantes


Bâtiments monumentaux
5 100
Ponts et autres ouvrages de génie civil

254
La durabilité dans le contexte normatif européen

• Article 2.1.2 (P)


« Une structure doit être conçue et dimensionnée pour avoir une résistance struc-
turale, une aptitude au service et une durabilité de niveaux appropriés. »
Nota. La notion de durée d’utilisation de projet n’a pas de portée juridique liée à des
textes législatifs et réglementaires traitant de responsabilité ou de garantie. Les ter-
mes de « durée de vie » ou « durée de service » sont parfois utilisés pour désigner
la même notion. Dans ce livre, ces trois expressions recouvrent le même sens, celui
indiqué dans la norme NF EN 1990.
L’article 2.4 de l’Eurocode 0 définit la notion de durabilité de la structure.
• Article 2.4.1 (P)
« La structure doit être projetée de sorte que sa détérioration, pendant la durée
d’utilisation de projet, n’abaisse pas ses performances au dessous de celles es-
comptées, compte tenu de l’environnement et du niveau de maintenance
escompté. »
Les exigences de durabilité doivent être prises en compte en particulier dans :
– les conditions d’environnement ;
– la conception de la structure et le choix du système structural ;
– le choix des matériaux ;
– les dispositions constructives ;
– l’exécution et la maîtrise de la qualité de la mise en œuvre ;
– les mesures de protection spécifiques,
– la maintenance…
Pour atteindre la durée d’utilisation de projet requise pour la structure, des dispo-
sitions appropriées doivent être prises afin de protéger chaque élément structural
des actions environnementales et maîtriser leurs effets sur la durabilité.
2.1.3. L’Eurocode 1
L’Eurocode 1 (norme NF EN 1991) traite des actions pour le calcul des structures.
Il est composé de 10 normes qui définissent les actions pour la conception struc-
turale des bâtiments et des ouvrages de génie civil, en particulier :
– les poids volumiques des matériaux de construction et des matériaux stockés ;
– le poids propre des éléments de construction ;
– les charges d’exploitation à prendre en compte pour les bâtiments ;
– les charges de neige, du vent, dues au trafic.
Les annexes nationales précisent les actions à appliquer sur le territoire français
telles que par exemple les charges de neige et des charges spécifiques d’exploita-
tion.

255
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

2.1.4. L’Eurocode 2
La norme de base pour le calcul des structures en béton est l’Eurocode 2 (norme
NF EN 1992 « Calcul des structures en béton »).
L’Eurocode 2 comprend quatre normes :
• NF EN 1992-1-1 : Règles générales et règles pour les bâtiments ;
• NF EN 1992-1-2 : Règles générales - Calcul du comportement au feu ;
• NF EN 1992-2 : Ponts - Calcul et dispositions constructives ;
• NF EN 1992-3 : Silos et réservoirs.
Ces normes permettent le calcul des bâtiments et des ouvrages de génie civil en
béton non armé, en béton armé ou en béton précontraint. Elles s’appliquent aussi
pour le dimensionnement des produits préfabriqués en béton.
Elles traitent, en conformité avec l’Eurocode 0, des principes et des exigences
pour la sécurité, l’aptitude au service, la durabilité et la résistance au feu des struc-
tures en béton. Les autres exigences, telles que celles relatives aux isolations ther-
miques et acoustiques, par exemple, n’y sont pas traitées.
2.1.4.1. Eurocode 2 partie 1-1
La norme NF EN 1992-1-1 définit les principes généraux du calcul des structures
et les règles spécifiques pour les bâtiments.
Les principes relatifs à la durabilité font l’objet de la section 4 (durabilité et enro-
bage des armatures). Ces principes conformes à ceux de la section 2 de la norme
NF EN 1990 introduisent pour la conception vis-à-vis de la durabilité, la prise en
compte des actions environnementales et de la durée d’utilisation de projet.
Article 4.1 (1) (P): « Une structure durable doit satisfaire aux exigences d’aptitu-
de au service, de résistance et de stabilité pendant toute la durée d’utilisation de
projet, sans perte significative de fonctionnalité ni maintenance imprévue
excessive. »
L’article 4.2 reprend les classes d’exposition définies dans la norme NF EN 206-1.
Cette classification est fonction des actions environnementales auxquelles sont sou-
mis l’ouvrage ou les parties d’ouvrages.
Les exigences relatives à la durabilité (article 4.3) sont basées sur la mise en œu-
vre de dispositions appropriées afin de protéger chaque partie d’ouvrage des ac-
tions environnementales. Ces dispositions sont à prendre tout au long du cycle de
conception jusqu’à la réalisation de l’ouvrage, en passant par le choix des maté-
riaux, des dispositions constructives, des procédures de maîtrise de la qualité et
de contrôles d’inspection.

256
La durabilité dans le contexte normatif européen

La norme décrit (article 4.4) les règles de détermination de l’enrobage nominal du


béton.
L’article 7.3 (maîtrise de la fissuration) précise que la fissuration doit être limitée
pour ne pas porter atteinte à la durabilité de la structure. Des limites d’ouverture
des fissures en fonction du type de béton (béton armé, béton précontraint) et de la
classe d’exposition sont définies.
La section 8 prescrit les dispositions constructives relatives aux armatures de bé-
ton armé et de béton précontraint qui doivent être respectées pour satisfaire aux
exigences de durabilité.
L’annexe E prescrit des classes de résistance minimales en fonction de la classe
d’exposition pour assurer la durabilité de l’ouvrage.
2.1.4.2. Détermination de l’enrobage selon l’Eurocode 2
L’enrobage des armatures représente la distance entre la surface du béton et l’ar-
mature la plus proche (cadres, étriers, épingles, armatures de peau, etc.).
L’enrobage des armatures et les caractéristiques du béton d’enrobage sont des pa-
ramètres fondamentaux pour la maîtrise de la pérennité des ouvrages.
Les recommandations de l’Eurocode 2 en matière d’enrobage des bétons de struc-
tures sont novatrices. Elles visent, en conformité avec la norme NF EN 206-1 et
les normes des produits préfabriqués, à optimiser de manière pertinente la dura-
bilité des ouvrages. En effet, la détermination de la valeur de l’enrobage, qui doit
satisfaire en particulier aux exigences de bonnes transmissions des forces d’adhé-
rences et aux conditions d’environnement doit prendre en compte :
– la classe d’exposition dans laquelle se trouve l’ouvrage (ou la partie
d’ouvrage) ;
– la classe de résistance du béton ;
– le type de systèmes de contrôles qualité mis en œuvre pour assurer la régularité
des performances du béton et la maîtrise du positionnement des armatures ;
– le type d’armatures (précontraintes ou non) et leur nature (acier au carbone,
inox) et leur éventuelle protection contre la corrosion ;
– la maîtrise du positionnement des armatures.
La valeur de l’enrobage peut ainsi être réduite en particulier :
– si l’on choisit un béton présentant une classe de résistance à la compression
supérieure à la classe de référence (définie pour chaque classe d’exposition) ;
– s’il existe un système de contrôle de la qualité ;
– si l’on utilise des armatures inox.

257
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

L’Eurocode 2 permet aussi de dimensionner l’ouvrage pour une durée de service


supérieure en augmentant la valeur de l’enrobage (+ 10 mm pour passer de 50 à
100 ans).
Le LCPC a édité un guide technique intitulé Structures en béton conçues avec
l’Eurocode 2 - Note technique sur les dispositions relatives à l’enrobage pour
l’application en France. Les règles de calcul des enrobages de l’Eurocode 2 y
sont explicitées. Les spécificités nationales telles que la prise en compte des clas-
ses d’exposition liées aux environnements chimiquement agressifs sont présen-
tées.
2.1.4.3. Eurocode 2 partie 2
L’Eurocode 2 partie 2 (NF EN 1992-2) définit les principes, les règles de concep-
tion et les dispositions spécifiques pour les ponts en béton non armé, en béton
armé et en béton précontraint constitué de granulats de masse volumique tradi-
tionnelle ou légers.
Il précise (section 4 article 4.2) les exigences sur les conditions d’environnement,
en particulier, relatives aux classes d’exposition pour les surfaces de béton proté-
gées par une étanchéité ou exposées aux agressions des sels de déverglaçage. Ces
exigences ont été complétées dans l’Annexe nationale française :
– classe d’exposition pour surfaces protégées par une étanchéité, XC3 ;
– distances de l’effet des sels de déverglaçage par rapport à la chaussée (6 m
dans le sens horizontal et dans le sens vertical) ;
– classes d’exposition pour surfaces soumises directement aux sels de dévergla-
çage : XD3 et XF2 ou XF4.
La section 8 concerne les dispositions constructives relatives aux armatures de bé-
ton armé et de précontrainte.

3. LES SPÉCIFICATIONS RELATIVES À LA DURABILITÉ


DANS LES NORMES SUR LES CONSTITUANTS DES BÉTONS
Les constituants du béton (ciments, granulats, adjuvants…) font l’objet de normes
qui précisent en particulier les spécifications relatives à la durabilité du béton.
3.1. Les normes ciments
3.1.1. La norme NF EN 197-1
La norme NF EN 197-1 Ciment, partie 1 « Composition, spécifications et critères
de conformité des ciments courants » définit cinq types de ciments courants selon
leur composition :

258
La durabilité dans le contexte normatif européen

• CEM I Ciment Portland


• CEM II Ciment Portland composé
• CEM III Ciment de haut-fourneau
• CEM IV Ciment pouzzolanique
• CEM V Ciment composé
Elle est subdivisée en trois rubriques :
– la première partie est descriptive, elle définit les constituants du ciment (clin-
ker Portland, laitier granulé de haut-fourneau, pouzzolanes, cendres volantes sili-
cieuses ou calciques, schistes calcinés, calcaires, fumées de silice, sulfate de
calcium) et délimite les différents types de ciments courants ;
– la deuxième partie définit les classes de résistance (32,5 N/32,5 R/42,5 N/42,5
R/52,5 N/52,5 R) et les spécifications mécaniques et physico-chimiques ;
– la troisième partie est consacrée aux critères de conformité, aux fréquences
d’essais et aux valeurs limites.
Cette norme précise en particulier (article 7.4) quelques exigences de durabilité :
– le ciment a une influence sur la durabilité du béton notamment dans les condi-
tions environnementales sévères (gel, attaques chimiques) ;
– le choix du ciment adapté et en particulier le type et la classe de résistance est
fonction de son utilisation, de l’application et de la classe d’exposition. Il doit
tenir compte des normes et règlements en vigueur sur le lieu d’utilisation du
béton.
Les ciments courants font l’objet d’un marquage CE réglementaire et obligatoire.
Ce marquage atteste de leur conformité à la norme harmonisée EN 197-1 et per-
met à ces ciments de circuler librement au sein de l’espace économique européen.
Le marquage CE atteste que les ciments respectent les exigences essentielles de
la Directive sur les Produits de Construction (DPC) en matière de santé, sécurité
et respect de l’environnement.
La marque NF (démarche volontaire du fabricant), complémentaire du marquage
CE, atteste que les ciments offrent des garanties complémentaires sur leur com-
position, leurs performances et leurs contrôles et qu’ils sont conformes au niveau
de qualité requis par le marché français en fonction des conditions climatiques et
environnementales ainsi que des techniques de mise en œuvre.
3.1.2. Les autres normes sur les ciments
Les ciments courants répondent aux exigences des emplois usuels. Les ouvrages
soumis à des agressions spécifiques peuvent nécessiter le recours à des ciments
présentant une caractéristique particulière du fait de leur composition. En présen-
ce d’un facteur agressif pouvant entraîner la dissolution de la portlandite, on pré-
férera des ciments conduisant à une faible teneur en portlandite. Vis-à-vis des

259
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

agressions dues aux milieux marins ou aux eaux sulfatées, on utilisera respective-
ment des ciments prise mer (PM) ou résistant aux eaux sulfatées (ES).
Pour certaines classes d’exposition ou certains ouvrages particuliers, des exigen-
ces relatives aux caractéristiques des ciments peuvent être requises. Les ciments
possédant ces caractéristiques font l’objet de normes spécifiques.
• Ciments pour travaux à la mer (PM) NF P15-317
Ces ciments présentent des teneurs limitées en aluminate tricalcique (C3A) qui
leur permettent de conférer au béton une résistance accrue à l’agression des ions
sulfate en présence d’ions chlorure, au cours de la prise et ultérieurement.
• Les ciments pour travaux en eaux à haute teneur en sulfates (ES) NF P15-319
Ces ciments présentent des teneurs limitées en aluminate tricalcique (C3A).
• Les ciments à teneur en sulfures limitée (CP) NF P15-318
Ces ciments ont une teneur en sulfures limitée. La norme prévoit deux classes no-
tées CP1 et CP2 : cette limitation permet d’éviter un risque de réaction provo-
quant un dégagement d’hydrogène pouvant fragiliser l’acier sous contrainte.
• Les ciments de haut-fourneau à faible résistance à court terme NF EN 197-4.
Le processus d’hydratation de ces ciments est ralenti à court terme du fait de la
composition, la finesse ou la réactivité des constituants. Ces ciments sont en parti-
culier adaptés pour le bétonnage en période estivale ou la réalisation de pièces
massives car ils permettent de limiter la valeur de la température au cœur du béton.
3.2. Les normes granulats
3.2.1. La norme NF EN 12620 (granulats pour béton)
La norme NF EN 12620 définit les termes relatifs aux granulats pour béton rele-
vant de la Directive sur les Produits de Construction. Elle prescrit des catégories
de valeurs maximales pour chaque caractéristique physique ou mécanique, spéci-
fiant les granulats et les fillers utilisés dans la fabrication des bétons. Elle concer-
ne en particulier les bétons conformes à la norme NF EN 206-1, les granulats
entrant dans la composition des produits préfabriqués en béton et les bétons rou-
tiers. Elle précise les caractéristiques physiques et chimiques relatives à l’évalua-
tion de la conformité des granulats et au système de maîtrise de la production.
Elle spécifie des exigences relatives à la durabilité (article 5.7) concernant :
– la résistance des gravillons au gel-dégel ;
– la stabilité volumique et le retrait au séchage ;
– la réaction alcali-silice.

260
La durabilité dans le contexte normatif européen

3.2.2. La norme XP P18-545 (granulats, éléments de définition,


conformité et codification)
La norme XP P18-545 définit les règles générales permettant d’effectuer les con-
trôles des granulats. Elle regroupe en codes les catégories définies dans la norme
NF EN 12620 pour les divers usages possibles (granulats pour chaussées, pour bé-
ton de ciment, pour mortiers, etc.). Elle définit des critères de régularité et de con-
formité et les fiches techniques produit.
Elle précise article 10.7 (applications à certains usages) des spécifications sur les
granulats pour certaines classes d’exposition (XF3 et XF4) et certains types
d’ouvrages.
3.3. La norme adjuvants pour béton
La norme de référence pour les adjuvants est la norme NF EN 934-2. Elle fixe les
exigences sur les adjuvants et spécifie les caractéristiques et les critères de con-
formité.

4. LES RECOMMANDATIONS ET LES FASCICULES


DE DOCUMENTATION
En France, des documents spécifiques, recommandations et fascicules de docu-
mentation, synthétisent des principes de prévention pour des problématiques de
durabilité en complétant les normes européennes.
4.1. Les recommandations pour la prévention contre les phénomènes
d’alcali-réaction
Les recommandations relatives à la prévention contre les phénomènes d’alcali-
réaction font l’objet d’un fascicule édité par le LCPC en juin 1994 intitulé Recom-
mandations pour les préventions des désordres dus à l’alcali-réaction.
Le principe de la démarche préventive consiste à ne pas se retrouver dans une si-
tuation dans laquelle sont présentes simultanément les trois conditions nécessai-
res à l’amorçage de la réaction. Il convient donc d’éviter la conjonction des trois
facteurs : eau (condition d’humidité relative supérieure à 80-85 %)/quantité d’al-
calins dans le béton importante/silice réactive (présence de granulats réactifs).
La méthode de prévention se décline en deux étapes. Elle consiste en fonction de
l’environnement (classe 1 à 4, tableau 7.2) et du type d’ouvrage (type I à III, tableau
7.3) à déterminer le niveau de prévention à atteindre (A, B ou C, tableau 7.4), puis
vérifier que la formulation prévue pour le béton est satisfaisante.
Elle permet donc de mettre en œuvre des recommandations de prévention adap-
tées à l’importance de l’ouvrage et à son environnement (voir aussi chapitre 11).

261
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Tableau 7.2 : classe d’environnement vis-à-vis des phénomènes d’alcali-réaction.

Classe Environnement
1 Sec ou peu humide (hygrométrie inférieure à 80 %)
2 Hygrométrie supérieure à 80 % ou en contact avec l’eau
3 Hygrométrie supérieure à 80 % et avec gel et fondants
4 Marin

Tableau 7.3 : types d’ouvrage vis-à-vis des phénomènes d’alcali-réaction.


Types
Niveau de risque Exemples d’ouvrages
d’ouvrages
Éléments non porteurs
Risques d’apparition des désordres
I La plupart des produits préfabriqués
faibles ou acceptables
en béton
Risques d’apparition de désordres La plupart des ouvrages de génie
II
peu tolérables civil
Risques d’apparition de désordres
III Tunnels, barrages, ponts, viaducs
inacceptables

Tableau 7.4 : niveau de prévention vis-à-vis des phénomènes d’alcali-réaction.

Classe d’exposition
Types d’ouvrages
1 2 3 4
I A A A A
II A B B B
III C C C C

Les recommandations à appliquer sont fonction du niveau de prévention :


– niveau A : pas de spécification particulière ;
– niveau B : six possibilités d’acceptation de la formule béton ;
– niveau C : granulats non réactifs (granulats PRP1 sous conditions).
Pour valider une composition, il convient de répondre au moins une fois positive-
ment à l’une des six questions :
– l’étude du dossier granulats montre-t-elle que les granulats sont non réactifs ?
– la formulation satisfait-elle à un critère analytique (bilan des alcalins) ?
– la formulation satisfait-elle à un critère de performance ?

1. Granulat PRP : voir définition au paragraphe 2.8.3.1, chapitre 11.

262
La durabilité dans le contexte normatif européen

– la formulation présente-t-elle des références d’emplois suffisamment convain-


cantes ?
– le béton contient-il des additions minérales inhibitrices en proportions suffi-
santes ?
– les conditions particulières aux granulats PRP sont-elles satisfaisantes ?
La norme NF EN 206-1 donne des recommandations relatives à la réaction alcali-
silice (article NA 5.2.3.4) en précisant que le niveau de prévention à mettre en œu-
vre doit être adapté à l’importance stratégique de l’ouvrage, aux risques de désor-
dre et à leurs conséquences, en fonction en particulier du type d’ouvrage, du
niveau d’entretien (et des conditions d’accessibilité et d’intervention sur l’ouvra-
ge) et de la durée d’utilisation de projet souhaitée.
4.2. Les recommandations pour la durabilité des bétons durcis
soumis au gel
Les recommandations de niveau national relatives à la prévention contre les mé-
canismes développés par le gel font l’objet d’un guide technique édité par le
LCPC en décembre 2003 intitulé Recommandations pour la durabilité des bétons
durcis soumis au gel. Les recommandations concernent les bétons réalisés sur
chantier, en usines de préfabrication et en centrales de béton prêt à l’emploi pour
les ouvrages relevant du domaine du génie civil, et conçus pour une durée d’uti-
lisation de projet de 100 ans. Les produits préfabriqués disposant d’une certifica-
tion intégrant les risques liés au gel-dégel ne sont pas concernés par ces
recommandations.
Ce document précise les dispositions relatives à l’élaboration des bétons tradi-
tionnels, des bétons à hautes performances et des bétons à technologie spécifique:
béton à démoulage immédiat (bétons fabriqués en usine de préfabrication), bétons
moulés sur site avec une machine à coffrage glissant et bétons projetés.
Les principes de prévention s’appliquent aux ouvrages non protégés des intempé-
ries ou au contact avec l’eau ou les rejaillissements de saumure et soumis à deux
types d’exposition spécifiques : le gel pur ou le gel pur en présence de sels de dé-
verglaçage.
Les recommandations s’appuient pour les granulats sur les normes NF EN 12620
et XP P18-545 ainsi que sur la norme NF EN 1367-1 pour la sensibilité au gel.
Elles définissent les essais à mettre en œuvre ainsi que les caractéristiques à exi-
ger sur le béton durci (facteur d’espacement des bulles d’air). Les essais perfor-
mantiels sont basés sur des cycles de gel-dégel en présence ou non de sels de
déverglaçage.

263
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

La méthode consiste à définir le type de béton à mettre en œuvre en fonction des


niveaux de gel (gel sévère et gel modéré) – niveau précisé dans la carte des zones
de gel en France (cf. norme NF EN 206-1, fascicule de documentation P18-326
et figure 10.43 du chapitre 10) – et des niveaux de salage (salage peu fréquent,
salage fréquent, salage très fréquent) – niveau précisé dans le document SETRA
Aide à l’élaboration du dossier d’organisation, de la viabilité hivernale. Les zo-
nes de gel faible ne sont pas concernées par ces recommandations (voir aussi cha-
pitre 10).
Selon le niveau de gel auquel est soumis l’ouvrage et le niveau de salage, on dis-
tingue quatre types de bétons.
Tableau 7.5 : type de bétons définis selon les niveaux de gel et de salage.

Niveau de gel
Niveau de salage
Modéré Sévère
Peu fréquent Béton adapté* Béton G
Béton adapté* avec :
Fréquent teneur en air minimale = 4 % Béton G + S
ou essais de performance
Très fréquent Béton G + S Béton G + S

* Béton adapté : béton conforme aux normes en vigueur, (norme NF EN 206-1, normes de produit)
et possédant une bonne compacité.

Seuls les bétons G et G + S font l’objet de prescriptions particulières.


Les recommandations concernent la formulation, les spécifications sur les cons-
tituants (ciments, granulats, additions), les spécifications exigées sur le béton dur-
ci ainsi que la fabrication, la mise en œuvre et les dispositions constructives.
Le guide technique consacre aussi un chapitre spécifique aux modalités de réali-
sations des épreuves d’étude et de convenance, et donne des éléments pour la mise
en place d’un plan de contrôle de la qualité des bétons.
4.3. Le fascicule de documentation FD P18-011
Le fascicule de documentation FD P 18-011 « Béton - Définition et classification
des environnements chimiquement agressifs - Recommandations pour la formu-
lation des bétons » définit des environnements agressifs pour les bétons armés et
les bétons précontraints et les classes d’agressivités correspondantes. Il recom-
mande des mesures préventives pour la formulation des bétons résistants à ces en-
vironnements agressifs.

264
La durabilité dans le contexte normatif européen

La norme NF EN 206-1 spécifie, dans les tableaux NA.F.1 et NA.F.2, des exigen-
ces relatives aux bétons en fonction des classes d’exposition. Elle précise, pour
les classes d’exposition XA1, XA2 et XA3 qu’il convient de se référer au fasci-
cule P18-011 pour le choix du ciment.
Le fascicule de documentation FD P18-011 distingue trois types d’environne-
ments agressifs :
– les milieux gazeux : gaz, vapeurs ;
– les milieux liquides : eaux pures, eaux de mer, solutions de sels, d’acides ou de
bases, eaux résiduaires, liquides organiques (huiles, pétrole, solvants) ;
– les milieux solides : sols naturels ou remblais dont l’agressivité, conditionnée à
la présence d’eau, est fonction de la composition de la solution intergranulaire et
de sa circulation éventuelle.
Pour chaque niveau d’agressivité, le fascicule donne des recommandations sur le
choix du type de ciment pour les milieux contenant des sulfates, l’eau de mer et
les solutions acides (voir aussi chapitre 12).
4.4. Les recommandations pour la prévention des désordres
dus à la réaction sulfatique interne (ou formation différée d’ettringite)
Un document synthétisant les recommandations à mettre en œuvre pour éviter les
phénomènes de gonflement interne sulfatique a été publié en 2007 par le LCPC.
Il propose une démarche préventive en matière de protection contre des risques
de formation différée d’ettringite, adaptée de celle qui a été mise au point pour la
prévention des désordres dus à l’alcali-réaction.
La démarche se fait en deux temps :
– détermination du niveau de prévention à atteindre en fonction de la catégorie
d’ouvrage et de sa classe d’exposition ;
– orientation vers la (ou les) solution(s) possible(s) en fonction du niveau de pré-
vention retenue (voir chapitre 11).

5. LA NORME NF EN 206-1
5.1. Présentation générale
La résistance du béton aux diverses conditions environnementales auxquelles il
est soumis pendant la durée d’utilisation prévue de la structure est conditionnée
notamment par le respect de spécifications sur le béton.
Ces exigences concernent en particulier les bétons structuraux de bâtiments et
d’ouvrages de génie civil. Pour ces bétons, les spécifications sont définies dans la
norme NF EN 206-1 ou dans les normes de produit :

265
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

« Les bétons coulés en place qu’ils soient réalisés par un producteur de béton prêt
à l’emploi ou sur le chantier, destinés aux bâtiments et ouvrages de génie civil
sont gouvernés par la norme NF EN 206-1, dont l’édition française est parue en
avril 2004 et qui est d’application effective depuis le 1er janvier 2005, pour les
produits préfabriqués structuraux en béton, autres que les blocs, les normes euro-
péennes harmonisées s’appuient sur la norme NF EN 13369, laquelle précise et
complète, pour les aspects concernant les produits préfabriqués structuraux, la
norme NF EN 206-1. »
Pour les autres produits préfabriqués, dont les blocs, il existe des normes euro-
péennes harmonisées qui contiennent en elles-mêmes toutes les spécifications né-
cessaires. Les produits en béton sont conformes à leurs normes respectives.
La norme NF EN 206-1 (Béton, partie 1 « Spécifications, performances, produc-
tion et conformité ») définit pour les bétons de structures en plus des spécifica-
tions relatives au béton, les responsabilités du prescripteur (responsable de la
spécification du béton) et du producteur (responsable de la conformité et du con-
trôle de la production).
Elle fournit des règles précises concernant la spécification, la production, la li-
vraison et le contrôle de la conformité des bétons. Elle s’applique lorsque le lieu
d’utilisation du béton est la France.
Elle est composée de la norme européenne EN 206-1 et de l’Annexe nationale
française indispensable pour son utilisation en France, qui spécifie les disposi-
tions complémentaires à respecter en tenant compte des spécificités climatiques
et géographiques françaises.
Le respect de la norme NF EN 206-1 est exigé par les textes concernant l’exécu-
tion des ouvrages et des structures en béton, en particulier le fascicule 65 et le
DTU 21 (norme NF P18-201) mis à jour et adaptés pour en préciser les modalités
d’application. Pour les produits préfabriqués, le respect des normes européennes
harmonisées est exigé par les textes concernant l’exécution des ouvrages et des
structures en béton, en particulier les fascicules (29, 31, 62, 64, 65, 70) et les nor-
mes DTU. Le code des assurances précise que leur non-respect déchoit l’assuré
de ses droits.
Elle prend en compte la notion de durabilité en s’appuyant sur la notion de classe
d’exposition.
Elle impose au prescripteur de définir les risques d’agressions et d’attaques aux-
quels le béton de l’ouvrage ou de chaque partie d’ouvrage va être exposé pendant
la durée d’utilisation de la structure.
Elle permet, en combinant les classes d’exposition, de définir avec précision l’en-
vironnement de chaque partie d’ouvrage et donc de prescrire un béton parfaite-

266
La durabilité dans le contexte normatif européen

ment adapté. Elle spécifie, en termes de composition et de performance, des


formules de béton adaptées pour chaque classe d’exposition.
5.2. Les bétons concernés par la norme NF EN 206-1
La norme NF EN 206-1 couvre :
– les bétons dont l’air occlus (autre que l’air entraîné) est négligeable les bétons
de masse volumique normale (masse volumique comprise entre 2000 et
2600 kg/m3) ;
– les bétons lourds (masse volumique supérieure à 2 600 kg/m3) ;
– les bétons légers (masse volumique comprise entre 800 et 2 000 kg/m3).
Elle ne concerne pas les bétons non structuraux et les bétons particuliers tels que
les bétons de tranchée, de remplissage, de calage, de propreté, caverneux réalisés
avec des granulats non minéraux, aérés…
Des exigences complémentaires sont données dans d’autres normes européennes
spécifiques pour des applications particulières, tels que par exemple les bétons
destinés aux chaussées routières.
5.3. Les classes d’exposition des bétons
La norme NF EN 206-1 définit des classes d’exposition en fonction des actions
dues à l’environnement auxquelles les bétons de l’ouvrage ou de la partie de
l’ouvrage vont être soumis pendant leur durée de service.
Elle définit 18 classes d’exposition regroupées en 6 familles par risque de corro-
sion, d’attaques ou d’agressions dépendant des actions et conditions environne-
mentales auxquelles le béton de l’ouvrage, ou de la partie de l’ouvrage, est
soumis:
• Classe XO : aucun risque de corrosion ou d’attaque ;
• Classe XC : corrosion induite par carbonatation ;
• Classe XD : corrosion induite par les chlorures ayant une origine autre que
marine ;
• Classe XS : corrosion induite par les chlorures présents dans l’eau de mer ;
• Classe XF : attaque gel / dégel avec ou sans agent de déverglaçage ;
• Classe XA : attaques chimiques.
En France, l’Annexe nationale a adapté les classes d’exposition au contexte cli-
matique et géographique français.
La norme décrit, pour chaque classe d’exposition, l’environnement et le type de
béton concerné et donne des exemples d’ouvrages ou de partie d’ouvrage à titre
informatif.

267
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Les classes d’exposition prennent notamment en compte l’humidité relative du


milieu et les éventuels cycles d’humidification/séchage.
La prise en compte de l’environnement dans lequel va être situé l’ouvrage et les
risques d’agressions et d’attaques auxquels il va être exposé pendant sa durée de
service, va permettre d’optimiser les performances du béton et sa durabilité.
Une même partie d’ouvrage peut être exposée à des classes d’exposition différen-
tes.
La combinaison des classes d’exposition permet donc de définir avec précision
l’environnement de chaque partie d’ouvrage.
À chacune des classes correspondent des spécifications sur la composition du bé-
ton et la classe de résistance, sous forme de valeurs limites et d’exigences mini-
males. Le béton doit donc respecter toutes les exigences prévues pour chaque
classe d’exposition.
La précision par le prescripteur des paramètres permettant la détermination des
classes d’exposition est donc fondamentale pour chaque projet. Le choix des clas-
ses d’exposition est de sa responsabilité.
5.4. Les exigences liées aux classes d’exposition
La norme NF EN 206-1 spécifie les exigences applicables :
– aux constituants du béton ;
– aux propriétés du béton frais et durci et à leur vérification ;
– aux limitations imposées à la composition du béton ;
– à la spécification du béton ;
– à la livraison du béton frais ;
– aux procédures de contrôle de production ;
– aux critères de conformité et à l’évaluation de la conformité.
La résistance du béton aux diverses conditions environnementales auxquelles il
est soumis impose le respect d’exigences précises traduites sous forme de proprié-
té du béton et de valeurs limites de composition.
Ces exigences propres à chaque classe d’exposition doivent être spécifiées en ter-
mes de :
– type et classe de constituants permis ;
– rapport maximal eau/ciment ;
– dosage minimal en ciment (ou absorption d’eau maximale dans les cas des pro-
duits structuraux préfabriqués) ;
– résistance minimale à la compression du béton ;
et, dans certains cas :
– teneur minimale en air du béton ou résistance à des essais de gel-dégel.

268
La durabilité dans le contexte normatif européen

Les exigences de durabilité du béton doivent prendre en compte la durée de ser-


vice prévue des structures dans des conditions d’entretien optimales.
5.5. Les trois types de béton
La norme NF EN 206-1 décline trois types de béton prêts à l’emploi ou fabriqué
sur chantier.
ˆ Les bétons à composition prescrite (BCP)
Bétons pour lesquels la composition et les constituants à utiliser sont spécifiés par
le prescripteur au producteur. Le producteur est responsable de fournir un béton
respectant cette composition. La responsabilité du prescripteur est de réaliser une
étude de formulation et d’établir la composition détaillée du béton qu’il doit four-
nir au producteur.
ˆ Les bétons à propriétés spécifiées (BPS)
Bétons pour lesquels les propriétés requises et les caractéristiques supplémentai-
res sont spécifiées par le prescripteur au producteur. Le producteur est responsa-
ble de fournir un béton satisfaisant à ces exigences.
ˆ Les bétons à composition prescrite dans une norme
Bétons dont la composition est définie dans une norme applicable là où le béton
est utilisé (en France, l’un des exemples est la norme NF P18-201 - DTU 21 qui
spécifie (article 4.5.3) des compositions de béton pour des applications particuliè-
res (ouvrages de catégorie A). Le prescripteur a la responsabilité dans ce cas de
sélectionner, dans la norme, la composition appropriée à l’ouvrage.
5.6. Les tâches et responsabilité des acteurs
La norme NF EN 206-1 distingue les notions de prescripteur, de producteur du
béton et d’utilisateur. Elle définit et donc clarifie les tâches et les responsabilités
de chaque acteur.
Le prescripteur du béton doit prescrire toutes les exigences pertinentes nécessai-
res à l’obtention des propriétés du béton, à sa mise en place, ou à tout autre trai-
tement ultérieur ou pour obtenir un aspect architectonique. Il doit prendre en
compte en particulier : l’utilisation du béton frais et durci, les conditions de cure,
les agressions environnementales auxquelles la structure sera exposée, toutes les
exigences sur les granulats apparents ou la finition des surfaces, toutes les exigen-
ces liées aux enrobages.

269
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

5.7. La classification des bétons


5.7.1. Les classes de résistance des bétons
La résistance des bétons durcis à 28 jours peut être mesurée sur des éprouvettes
cylindriques ou cubiques, elle peut donc être définie par deux valeurs : fck-cyl et
fck-cube.
La norme NF EN 206-1 propose deux familles de classes de résistance en fonction
de la masse volumique du béton, qui correspondent à la résistance caractéristique
que doit atteindre le béton à 28 jours :
– la classe de résistance à la compression des bétons de masse volumique nor-
male et des bétons lourds est désignée par la lettre C suivie des valeurs fck-cyl et
fck-cube ;
– la classe de résistance des bétons légers est désignée par les lettres LC suivies
des valeurs fck-cyl et fck-cube.
Elle définit respectivement seize classes de résistance pour les bétons de masse
volumique normale et les bétons lourds de C 8/10 à C 100/115 et quatorze classes
pour les bétons légers de LC 8/9 à LC 80/88.
5.7.3. Les classes de teneurs en chlorures
La norme NF EN 206-1 définit les teneurs maximales en ions chlorure du béton
à respecter en fonction de son type d’utilisation. Elle définit quatre classes de te-
neur :
– Cl 0,20 pour les bétons contenant des armatures de précontrainte en acier ;
– Cl 0,40 pour les bétons contenant des armatures en acier ou des pièces métalli-
ques noyées ;
– Cl 0,65 pour les bétons contenant des armatures en acier ou des pièces métalli-
ques noyées et formulés avec des ciments de type CEM III ;
– Cl 1,0 pour les bétons ne contenant ni armature en acier, ni pièces métalliques
noyées.
Les classes de chlorures permettent d’adapter la composition du béton en fonction
des risques de corrosion des armatures.
La teneur maximale en ions chlorure est définie en pourcentage de la masse du
ciment. La teneur en chlorure du béton correspond à la somme des chlorures ap-
portés par tous les constituants.
5.7.4. Les valeurs limites pour le classement des attaques chimiques
La norme NF EN 206-1 définit les valeurs limites des paramètres correspondants
aux attaques chimiques. Ces seuils correspondent à des caractéristiques chimi-
ques des eaux de surfaces et souterraines ou des sols.

270
La durabilité dans le contexte normatif européen

Pour ce type d’environnement, l’Annexe nationale renvoie au fascicule de docu-


mentation FD P18-011 « Bétons - Définition et classification des environnements
chimiquement agressifs - Recommandations pour la formulation des bétons », no-
tamment pour le choix de ciments.
Nota. Le choix de la classe se fait par rapport à la caractéristique chimique condui-
sant à l’agression la plus élevée.

5.8. Les exigences sur les constituants


5.8.1. Le choix du ciment
Le choix du ciment doit prendre en considération :
– les contraintes d’exécution de l’ouvrage,
– l’utilisation finale du béton ;
– les conditions de cure ;
– les dimensions de la structure (développement de chaleur) ;
– les agressions environnementales auxquelles la structure est exposée ;
– la réactivité potentielle des granulats aux alcalins des constituants.
5.8.2. Le choix des granulats
Le type, la dimension et les catégories de granulats doivent être sélectionnés en
tenant compte :
– des contraintes d’exécution de l’ouvrage ;
– de l’utilisation finale du béton ;
– des conditions environnementales auxquelles sera soumis le béton ;
– de toutes les exigences liées aux traitements de surface appliqués au béton frais
ou durci.
5.9. Les valeurs limites spécifiées applicables à la composition
et aux propriétés des bétons
La norme NF EN 206-1 définit des valeurs limites spécifiées relatives à la com-
position et aux propriétés du béton en fonction de chaque classe d’exposition dans
deux tableaux (NA.F.1 et NA.F.2). Ces valeurs sont basées sur une durée d’utili-
sation de la structure de 50 ans. Dans le cas des produits de structure préfabriqués,
le préfabricant a la possibilité d’utiliser au choix les exigences de l’un ou l’autre
des deux tableaux. Pour chaque type de produit préfabriqué, une procédure docu-
mentée doit mentionner le tableau auquel il est fait référence.
Les exigences minimales en fonction des classes d’exposition ne sont pas les mê-
mes dans l’ensemble des pays couverts par l’EN 206-1 compte tenu des particu-
larités climatiques, géologiques et des techniques de construction spécifiques à
chaque pays.

271
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Les tableaux NA.F.1 et NA.F.2 précisent en fonction de chaque classe d’exposi-


tion :
– le rapport Eauefficace/liant équivalent maximal ;
– la classe de résistance minimale du béton ;
– la teneur minimale en air (le cas échéant).
Ils comportent d’autres exigences, en particulier sur les additions et la nature des
ciments à utiliser.
Le tableau NA.F.1 précise aussi la teneur minimale en liant équivalent.
Le tableau NA.F.2, relatif aux produits préfabriqués en béton en usine introduit l’ab-
sorption d’eau maximale du béton en tant qu’indicateur de la compacité du béton.
La quantité de liant équivalent (Liantéq) correspond à la qualité de ciment (C) ma-
jorée par la quantité d’addition (A) pondérée par un coefficient (k) fonction de
chaque type d’addition (Liantéq = C + k.A).
Les tableaux NA.F.1 et NA.F.2 précisent les quantités maximales autorisées pour
le calcul du Liantéq pour chaque addition (cendres volantes, fumées de silice, lai-
tier moulu, addition calcaire ou siliceuse).
La norme NF EN 206-1 constitue une évolution importante dans la manière de
prescrire, formuler, fabriquer et contrôler les bétons au service de la qualité et
de la performance des bétons.
Elle définit des exigences (de moyens) pour la durabilité des structures, prend en
compte avec précision la notion de classes d’exposition, introduit les classes de
résistance pour les bétons légers et de nouvelles classes de résistance du béton
(jusqu’à 100 MPa), impose des exigences sévères sur les contrôles de fabrication,
(volume de contrôle augmenté et critères de conformité renforcés) prend en
compte des additions dans la détermination du rapport eau /ciment, précise la
répartition des responsabilités entre le prescripteur, le producteur et l’utilisa-
teur et le rôle de chaque intervenant, définit des dispositions relatives aux essais
de conformité, à l’évaluation de la conformité, aux critères de conformité et aux
essais d’identification.
Elle permet d’augmenter les performances du béton, de renforcer la régularité
de ses caractéristiques, sa qualité et donc d’améliorer la durabilité des ouvrages.
Un béton conforme aux valeurs limites spécifiées, est capable de satisfaire les exi-
gences de durabilité par rapport à l’utilisation envisagée dans les conditions en-
vironnementales si :
– l’épaisseur de béton recouvrant l’armature est adaptée aux conditions envi-
ronnementales ;
– les classes d’exposition ont été correctement sélectionnées ;
– il est correctement mis en place, vibré et soumis à une cure adaptée ;
– la maintenance préventive est réalisée.

272
La durabilité dans le contexte normatif européen

6. LES NORMES POUR LES PRODUITS PRÉFABRIQUÉS


EN BÉTON
6.1. Les normes de produits européennes
Les normes de référence pour les produits préfabriqués en usine sont les normes
de produit. Ces normes définissent complètement les caractéristiques des produits
et leurs constituants.
La plupart des normes de produit dispose d’une partie harmonisée qui ouvre au
marquage CE (tableau 7.6). De nombreuses normes sont dites « autoportantes »,
car elles contiennent en elles-mêmes toutes les spécifications nécessaires. C’est
le cas pour les blocs par exemple.
En ce qui concerne les produits préfabriqués structuraux en béton, autres que les
blocs, les normes européennes harmonisées s’appuient sur la norme NF EN 13369.
La norme NF EN 13369 précise et complète, pour les aspects concernant les produits
préfabriqués structuraux, la norme NF EN 206-1. Les normes des produits structu-
raux renvoient, directement ou via la norme NF EN 13369, à l’édition nationale de
l’Eurocode 2. Les normes de produit complètent s’il y a lieu ces textes, leur avant-
propos national précise certaines pratiques nationales.
Les normes de produits, les normes sur les bétons et les constituants ainsi que les
Eurocodes, constituent pour les éléments préfabriqués de structure, un cadre co-
hérent au niveau européen.
Pour la satisfaction des exigences essentielles telles que la résistance mécanique,
la résistance au feu et la durabilité, les normes de produits font généralement ré-
férence à la norme NF EN 13369 ainsi qu’aux Eurocodes et à leurs annexes na-
tionales. Le cas échéant, l’avant propos national de la norme de produit stipule le
texte à appliquer. Les éventuelles dispositions informatives relatives à l’ouvrage
réalisé avec les produits peuvent être reprises dans la norme NF DTU qui traitera
de la conception de l’ouvrage et de la mise en œuvre des produits.

273
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Tableau 7.6 : les normes de produits harmonisés.

Les principales normes de produits Les principales normes (1, 2) de produits


harmonisées se référant aux règles com-
harmonisées « autoportantes » (1)
munes (NF EN 13369)

• Blocs en béton NF EN 771-3/4/5(2) • Cadres sous chaussées NF EN 14844


• Caniveaux hydrauliques NF EN 1433 • Caillebotis pour bétail NF EN 12737(3)
• Carreaux de mosaïque NF EN 13748-1/2 • Candélabres en béton NF EN 40-4
• Conduits de fumée NF EN 1857/58 et 12446 • Mobilier urbain et de jardin NF EN 13198(3)
• Éléments pour clôtures NF EN 12839 • Dalles alvéolées NF EN 1168
• Éléments de béton de granulats légers • Éléments de fondation prEN 14991
à structure ouverte NF EN 1520 • Éléments de mur et façade prEN 14992
• Éléments préfabriqués en béton cellulaire • Éléments linéaires de structure NF EN 13225
autoclavé armé prEN 12602 • Éléments spéciaux de toiture NF EN 13693
• Fosses septiques NF EN 12566-1 • Escaliers prEN 14843
• Linteaux NF EN 845-2 • Pieux de fondation NF EN 12794
• Produits de voirie NF EN 1338/39/40(2) • Éléments de ponts prEN 15050
• Séparateurs de liquides légers NF EN 858-1(2) • Éléments de planchers nervurés
NF EN 13224
• Séparateurs à graisse prEN 1825-1(2)
• Poutrelles et entrevous pour systèmes de
• Traverses de chemin de fer NF EN 13230-1/5
planchers prEN 15037-1/5
• Tuiles en béton NF EN 490
• Prédalles pour systèmes de planchers
• Tuyaux, regards, boîtes NF EN 1916/17(2) NF EN 13747
• Poteaux et mâts NF EN 12843

(1) Parues ou en cours.


(2) Des compléments nationaux d’application existent.
(3) Non harmonisée.

6.2. Le marquage CE
Les normes de produits comportent une partie harmonisée dont le respect, attesté par
le marquage obligatoire CE, permet la libre circulation du produit au sein de l’Union
européenne (l’annexe ZA de la norme définit les clauses harmonisées et les modali-
tés du marquage CE). Des annexes informatives fournissent des informations com-
plémentaires destinées généralement à la conception de l’ouvrage. Cette conformité
des produits est attestée par le marquage réglementaire CE, le cas échéant complété
par une certification volontaire. La certification volontaire complémentaire (NF par
exemple) attestera que le produit est conforme à la norme produit et apte à être mis
en œuvre selon la norme NF DTU ou le document d’application.
6.3. La norme NF EN 13369
La norme NF EN 13369 « Règles communes pour les produits préfabriqués en
béton » est la norme de base pour toutes les normes de produits structuraux. Elle
précise les exigences relatives aux constituants et au béton, ainsi que les condi-
tions générales d’application des Eurocodes pour le dimensionnement des pro-

274
La durabilité dans le contexte normatif européen

duits préfabriqués en béton. Les règles communes servent également de texte de


référence pour les produits non couverts par des normes ou des agréments techni-
ques européens (ATE).
La norme NF EN 13369 spécifie la terminologie, les prescriptions, les critères re-
latifs aux performances de base, les méthodes de vérification et d’évaluation de
la conformité pour la fabrication de produits préfabriqués en béton en usine. Elle
précise certaines spécifications de fabrication des produits.
6.3.1. Les principales exigences par rapport aux constituants
La norme NF EN 13369 spécifie que le béton est réalisé à partir de constituants
dont l’aptitude à l’emploi est établie. Cette aptitude est établie dès lors que le
constituant respecte l’un des textes ci-après définissant son utilisation dans le bé-
ton ou les produits en béton :
– une norme européenne ou internationale (ISO) spécifique au constituant ;
– ou une norme ou des prescriptions nationales en vigueur sur le lieu d’utilisa-
tion du produit en béton ;
– ou un agrément technique européen (ATE).
6.3.2. Les classes d’exposition
La nouvelle définition des classes d’exposition donnée dans la norme NF EN 206-
1, et utilisée tant par la norme NF EN 13369 que par l’Eurocode 2, constitue un
progrès important, car elle va faciliter la passation des marchés et permettre de
prescrire des produits structuraux parfaitement adaptés aux agressions auxquelles
ils seront soumis pendant la durée d’utilisation prévue de l’ouvrage.
La résistance du béton aux diverses conditions environnementales auxquelles il
est soumis pendant la durée de vie prévue de la structure est conditionnée, notam-
ment par le respect de spécifications sur le béton. Ces spécifications concernant
le béton doivent être adaptées aux conditions susceptibles d’être rencontrées dans
chaque pays européen. Il est donc nécessaire de se référer aux éditions nationales
des normes EN 206-1 et EN 13369 en vigueur dans le pays concerné.
Comme les normes spécifient complètement les exigences relatives au produit
fini prêt à être mis en œuvre, la seule référence à la norme du produit suffit pour
la passation des marchés. Si le marché fait référence à la norme NF EN 206-1, la
conformité des produits en béton aux normes européennes correspondantes (nor-
me de produits ou en l’absence, norme NF EN 13369) vaut donc satisfaction à la
norme NF EN 206-1.
Lorsque les produits en béton préfabriqués structuraux sont couverts par une nor-
me de produit fixant des exigences de durabilité spécifiques alors seules celles-ci
s’appliquent. Dans les autres cas, il est possible d’utiliser les spécifications rela-

275
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

tives à la composition et aux performances du béton définies dans la norme NF


EN 13369.
Celles-ci concernent notamment :
– le type et les classes de constituants ;
– le rapport maximal Eau efficace/liant équivalent ;
– le dosage minimal en liant équivalent ou l’absorption d’eau maximale ;
– la résistance minimale à la compression du béton.
Ces spécifications sont définies dans deux tableaux (NA.F.1 et NA.F.2) communs
aux normes NF EN 206-1 et NF EN 13369. Les spécifications du tableau N.A.F.2
reposent sur une approche performantielle de la durabilité qui permet de prendre
en compte l’ensemble des facteurs liés aux formules de béton et aux procédés de
fabrication.
Les principales différences du tableau NA.F.2 par rapport au tableau NA.F.1 con-
cernent :
– la prescription de valeurs d’absorption d’eau maximales en remplacement des
dosages minimaux en liant équivalent ;
– des limites sur les rapports Eau efficace/Liant équivalent plus contraignantes ;
– la possibilité pour les classes XF d’utiliser des essais de performance : XP P18-
420, XP P18-424 et XP P18-425 ;
– des classes de résistances minimales plus élevées pour les classes d’exposition
XC, XS, XD et XF.
6.3.3. Les autres prescriptions de la norme NF en 13369
pour la durabilité
6.3.3.1. Accélération de l’hydratation par traitement thermique
et protection contre la dessiccation (cure)
Les prescriptions relatives au traitement thermique, procédé largement employé
pour la fabrication des produits structuraux en béton, visent à garantir une bonne
durabilité des produits en assurant en particulier :
– l’obtention de la résistance mécanique requise ;
– la mise en œuvre de cycles de traitement (préchauffage, vitesse de montée en
température, température maximale, refroidissement) limitant les risques de
microfissures ou de porosité excessive ;
– que les conditions limites conduisant à des risques de fissuration par formation
différée d’ettringite soient évitées.
Les prescriptions relatives à la cure, permettent d’éviter que les surfaces des pro-
duits ne soient soumises à une dessiccation pouvant conduire à une fissuration du
béton ou à une altération de l’hydratation du liant. Des mesures de protection ap-

276
La durabilité dans le contexte normatif européen

propriées pour limiter la dessiccation (précisées dans le tableau 2 de la norme NF


EN 13369) doivent être prises jusqu’à obtention d’une résistance minimale (spé-
cifiée dans le tableau 1 de la norme NF EN 13369) du béton. Cette résistance mi-
nimale est adaptée aux futures conditions environnementales du produit dans
l’ouvrage.
6.3.3.2. Incidence des classes d’exposition sur l’enrobage minimal
des aciers
La norme NF EN 13369 indique les valeurs minimales d’enrobage des armatures
en référence à la norme EN 1992-1-1 (Eurocode 2). Pour chaque classe d’exposi-
tion (XO, XC, XD ou XS), l’enrobage minimal est spécifié en tenant compte de
la résistance du béton et du type d’armatures (précontraintes ou passive). Pour les
classes d’exposition XA et XF, l’exigence sur l’enrobage résulte de la classe d’ex-
position retenue vis-à-vis de la corrosion des armatures (XC ou XD). D’autres
conditions peuvent être données dans les normes de produits.
6.3.3.3. Concept de performance équivalente du béton
L’industriel a la possibilité de définir les spécifications relatives aux classes d’ex-
position en utilisant les méthodes de conception performantielles pour la durabi-
lité. Elles sont établies en termes de paramètres performantiels par les normes de
produits.

7. LES DOCUMENTS ET NORMES RELATIFS À L’EXÉCUTION


DES OUVRAGES
Quelles que soient les précautions prises pour adapter et optimiser la formulation
du béton, il ne pourra assurer sa fonction durablement que si les « règles de l’art »
ont été respectées lors de sa mise en œuvre (vibration correcte, cure adaptée, prise
en compte des conditions climatiques lors du bétonnage, retrait maîtrisé, respect
des valeurs d’enrobage des armatures, etc.). Pour obtenir la durabilité spécifiée, il
convient de respecter les recommandations ou les normes d’exécution des ouvra-
ges.
7.1. Norme NF P18-201 (DTU 21)
La norme NF P18-201 définit les conditions d’exécution des bâtiments en béton
et en béton armé. Elle fixe les contrôles techniques minimaux que l’entreprise doit
mettre en œuvre en particulier sur le béton, qui doit être conforme à la norme NF
EN 206-1.

277
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Elle définit, chapitre 4, les spécifications et caractéristiques minimales du béton,


qui sont fonction, en particulier, de l’importance de l’ouvrage à réaliser et de la
classe d’exposition.
Elle définit, chapitre 5.3, les spécifications relatives au béton, concernant la fabri-
cation, le transport, la mise en place, les reprises de bétonnage, les effets des con-
ditions ambiantes et le décoffrage.
Le chapitre 6.5 traite du contrôle de fabrication du béton.
7.2. Fascicule 65
Le fascicule 65 qui concerne l’exécution des ouvrages de génie civil en béton
armé ou précontraint est en cours de révision au moment de l’édition de cet ouvra-
ge pour être mis en adéquation avec l’ensemble du nouveau contexte normatif.
7.3. Norme NF EN 13670-1
La norme NF EN 13670-1 Exécution des ouvrages en béton définit les prescrip-
tions pour l’exécution des ouvrages en béton (béton armé, béton précontraint), en
conformité avec les normes Eurocode EN 1992-1 et EN 1994-1 respectivement
pour les structures en béton et les parties en béton des structures mixtes.
Elle couvre l’exécution des bétons coulés en place et la mise en place des produits
préfabriqués en béton pour la réalisation de béton et de structures de génie civil.
Elle complète certaines spécifications de la norme NF EN 206-1.
Elle permet de définir des exigences techniques pour l’exécution et le contrôle et
l’inspection des ouvrages.
Le chapitre 8 « Opérations de bétonnage » définit les recommandations relatives:
– à la livraison, à la réception et transport sur le chantier du béton frais ;
– aux opérations préliminaires de bétonnage ;
– à la mise en place et au compactage : ces opérations doivent « être effectuées
de manière à respecter les tolérances d’enrobage et à assurer un durcissement et
une durabilité satisfaisants du béton » ;
– à la cure et à la protection : le béton doit faire l’objet d’une cure « afin d’assu-
rer une durabilité convenable de la zone superficielle » ;
– aux opérations après bétonnage.
La durée minimale de la cure est fonction de la classe d’exposition.
Le tableau NA.3.E1 définit les délais de cure minimaux à respecter en fonction de
la température de la surface du béton et du développement de la résistance du béton.
Le chapitre 11 définit les inspections des matériaux, des produits et des phases
d’exécution (inspections visuelles, contrôles, mesures).

278
7.4. Autres référentiels pour la réalisation des ouvrages
avec des produits en bétons
Les autres référentiels utilisés pour la réalisation des ouvrages avec des produits
préfabriqués sont :
• pour la fondation
– DTU 13.12 Règles pour le calcul des fondations superficielles (P 11-711),
– DTU 13.11 Fondations superficielles (P 11-211),
– DTU 13.2 Fondations profondes (P 11-212-2) ;
• pour la maçonnerie
– DTU 20.1 Ouvrages en maçonnerie de petits éléments - Parois et murs (P
10-202),
– DTU 20.12 Gros œuvre en maçonnerie des toitures destinées à recevoir un
revêtement d’étanchéité (P 10-203),
– DTU 26.1 Enduits aux mortiers de ciment, de chaux… (P 15-201),
– Fascicule 64 ;
• pour les murs et façades
– DTU 21 Exécution des ouvrages en béton (P 18-201),
– DTU 22.1 Murs extérieurs en panneaux préfabriqués de grandes dimen-
sions (P 10-210) ;
• pour les éléments de structure
– DTU 23.2 Planchers à dalles alvéolées préfabriqués en béton (P 19-201),
– DTU 23.3 Ossatures en éléments industrialisés en béton,
– prDTU 23.5 Planchers à poutrelles et entrevous préfabriqués en béton,
– prDTU 23.4 Planchers à pédalles préfabriquées en béton,
– Fascicule 62 ;
• pour la fumisterie
– DTU 24.1 Travaux de fumisterie (P 51-201),
– DTU 24.2 Travaux d’âtrerie (P 51-202);
• pour la couverture
– DTU 40.24 Couvertures en tuiles en béton à glissement et à emboîtement
longitudinal (P 31-207-1),
– DTU 40.241 Couvertures en tuiles plates en béton à glissement et à emboî-
tement longitudinal (P 31-205),
– DTU 40.25 Couvertures en tuiles plates en béton (P 31-206) ;
• pour l’épuration
– DTU 64.1 Mise en œuvre des dispositifs d’assainissement autonomes -
Maison d’habitation (P 16-603),

279
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

– Norme XP P 16-442 Mise en œuvre des séparateurs de liquides légers et


débourbeurs,
– Norme NF EN 858-2 Séparateurs de liquides légers : installation, service et
entretien,
– Norme NF EN 1825-2 Séparateurs à graisse : installation, service et entre-
tien ;
• pour l’assainissement
– Fascicule 70,
– NF EN 1610 Mise en œuvre et essais des branchements et collecteurs,
– NF EN 1295 Calcul de la résistance mécanique des canalisations enterrées,
– NF EN 752 Réseaux d’évacuation et d’assainissement,
• pour la voirie et les revêtements de sol
– Norme NF P 98-335 Chaussées urbaines - Mise en œuvre des pavés et dal-
les en béton,
– Norme NF P 98-082 Dimensionnement des structures de chaussée,
– Fascicules 29 et 31,
– DTU 52.1 Revêtements de sol scellés (P 61-202).

8. CONCLUSION
Les ouvrages en béton disposent aujourd’hui d’un nouveau support normatif
complet constitué majoritairement de normes européennes complétées par des ré-
férentiels nationaux. S’appuyant sur le retour d’expérience et sur les travaux
d’études et de recherches menées durant ces dernières décennies, ce nouveau con-
texte normatif est une réelle avancée pour les utilisateurs. Cet ensemble de textes
couvre en effet les différents aspects liés à la construction des ouvrages, depuis le
dimensionnement des structures jusqu’au choix des constituants du béton, sa for-
mulation et sa mise en place.
Dans le domaine de la durabilité, les normes NF EN 206-1 et NF EN 13369, en
particulier, constituent une évolution importante dans la manière de prescrire, de
formuler et fabriquer les bétons et produits structuraux. Le fascicule de documen-
tation FD P18-011 et les recommandations du LCPC sont des documents de réfé-
rence incontournables pour appréhender la durabilité des bétons exposés aux
environnement chimiquement agressifs, au gel-dégel ou susceptibles de présenter
un risque vis-à-vis de l’alcali-réaction ou de la réactions sulfatique interne.
Bien entendu, ces normes et ces référentiels sont amenés à évoluer au cours des
prochaines années pour tenir compte, notamment, des nouvelles propriétés et per-
formances des bétons.

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280
CHAPITRE 8

L’approche performantielle
de la durabilité des bétons

V. BAROGHEL-BOUNY, F. CUSSIGH, P. ROUGEAU

Résumé
Parallèlement à l’approche prescriptive basée sur des obligations de moyens, de
nouvelles méthodes reposant sur une approche performantielle de la durabilité
sont développées aujourd’hui. L’approche performantielle est une démarche glo-
bale qui permet de prendre en compte tous les aspects technico-économiques
spécifiques à chaque ouvrage (importance de l’ouvrage, environnement, sollici-
tations physico-chimiques et mécaniques, risques induits, durée de vie deman-
dée). Ces approches reposent sur de nouveaux concepts (méthodologie
« comparative » ou « complète ») et outils (indicateurs de durabilité, essais de
performance et de caractérisation). Elles sont d’ores et déjà intégrées à des de-
grés variables dans les normes européennes et dans d’autres textes couramment
utilisés (« Recommandations pour la durabilité des bétons durcis soumis au
gel », « Recommandations pour la prévention des désordres liés à l’alcali-
réaction »). La constitution de bases de données et la définition de modèles phy-
sico-chimiques pertinents sont deux facteurs clé pour une plus grande utilisation
de l’approche performantielle.
Mots-clés
APPROCHE PERFORMANTIELLE, INDICATEURS, ESSAI DE PERFORMANCE, RECOMMAN-
DATIONS, MODÈLES.

281
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

1. INTRODUCTION
Les méthodologies mises en œuvre afin de maîtriser la durabilité des ouvrages en
béton peuvent revêtir quatre niveaux de complexité [AND 06] :
– le niveau 1 correspond à une approche prescriptive essentiellement basée sur
des obligations de moyens ;
– le niveau 2 repose sur l’utilisation d’indicateurs de durabilité ou d’essais de
performance ; à ce stade, la durée de vie1 n’est pas encore quantifiée ;
– le niveau 3 implique l’utilisation de modèles de durabilité déterministes ;
– le niveau 4 correspond à l’utilisation de modèles probabilistes2.
Ce classement relatif à la complexité de la méthodologie n’est valable que pour
un type de modèle donné (modèle empirique ou physico-chimique). Les modèles
empiriques probabilistes sont d’un niveau de complexité supérieur (niveau 4) aux
modèles empiriques déterministes (niveau 3). Ils ne sont pas nécessairement et
même rarement plus complexes que les modèles déterministes physico-chimiques
qui permettent d’appréhender plus finement les mécanismes.
La durabilité du béton a longtemps été appréhendée sur le plan normatif en adop-
tant une approche de niveau 1, c’est-à-dire en ne considérant principalement que
les paramètres liés à la formulation du béton et certaines propriétés mécaniques
telles que la résistance caractéristique à la compression. L’application de valeur
limite à des paramètres de formulation constitue des obligations de moyens. Cel-
les-ci portent le plus souvent sur le rapport Eau/Ciment (ou Eeff/Liantéq3 dans la
norme NF EN 206-14), le dosage en ciment ou Liantéq, la nature et la proportion
d’additions par rapport à la quantité de ciment. Les avantages de l’approche basée
sur des obligations de moyens sont de bénéficier d’un retour d’expérience consé-
quent et d’être utilisable facilement par les industriels. Les paramètres pour les-
quels des exigences sont requises sont compatibles avec le suivi effectué lors de
la fabrication des bétons tels que les pesées des constituants, l’acquisition des
données sur leur teneur en eau et les contrôles sur le béton durci.
Les limites de l’approche basée sur des obligations de moyens sont de ne pas lais-
ser suffisamment la porte ouverte à l’innovation et à des préoccupations émergen-
tes comme le développement durable. Contrairement à l’approche perfor-
mantielle, elle ne permet pas non plus de prendre en compte l’ensemble des fac-

1. Au sens de « durée d’utilisation de projet » tel que défini au chapitre 7, § 2.1.2.


2. Voir § 2.5.
3. Liantéq = C + kA, C = Ciment, A = Addition, k = coefficient dépendant du type d’addition.
4. Norme NF EN 206-1 Béton, partie 1 « Spécification, performances, production et conformité ».

282
L’approche performantielle de la durabilité des bétons

teurs liés aux formules de béton et aux procédés de fabrication. Enfin, le domaine
d’application de ce type d’approche concerne essentiellement les ouvrages tradi-
tionnels pour lesquels des durées de vie conventionnelles s’appliquent. Dans le
cas des ouvrages soumis à des sollicitations particulières ou lorsqu’une durée de
vie significativement plus importante est souhaitée par le maître d’ouvrage, il
peut être utile, voire nécessaire, de mettre en œuvre une démarche plus complète
s’appuyant sur une approche performantielle.
L’approche performantielle consiste à appréhender la durabilité des bétons en
considérant non pas les seules données liées à la formulation mais certaines ca-
ractéristiques ou propriétés du matériau dont on sait qu’elles présentent un intérêt
pour prévoir l’évolution de celui-ci lorsqu’il est exposé à des conditions environ-
nementales données. Différents concepts sont aujourd’hui développés afin de
pouvoir mettre en œuvre une approche performantielle de la durabilité. Les deux
principaux concepts correspondent, d’une part, à la méthode basée sur des indica-
teurs de durabilité et, d’autre part, au système reposant sur l’utilisation des essais
de performance. Notons que ces concepts ne sont pas opposés ni contradictoires,
mais bien au contraire très complémentaires. Certains textes couramment cités
dans les cahiers des charges des maîtres d’ouvrage, telles que les recommanda-
tions du LCPC pour la durabilité des bétons durcis soumis au gel [REC 03] et la
prévention des désordres liés à l’alcali-réaction [REC 94], utilisent de manière
conjointe ces deux concepts ainsi que certaines obligations de moyens (voir § 2.3
et 2.4), on parle alors d’approche mixte.
Le paragraphe 2 a pour objectif de présenter les outils (indicateurs de durabilité,
essais de performance, modèles de durabilité) déjà utilisés dans le cadre de l’ap-
proche performantielle. Le paragraphe 3 expose des exemples d’approches déve-
loppées en France et à l’étranger. Enfin, des cas d’ouvrages pour lesquels une
approche performantielle de la durabilité du béton a été utilisée sont exposés au
paragraphe 4.

2. LES OUTILS DE L’APPROCHE PERFORMANTIELLE


Différents outils existent aujourd’hui pour appréhender la durabilité du béton se-
lon une approche performantielle. L’objectif n’est pas ici de décrire dans le détail
les modes opératoires ou les modèles de durabilité. Il s’agit plutôt de préciser leur
finalité, comment on les utilise dans le cadre d’une approche performantielle,
leurs avantages et leurs limites.
2.1. Les indicateurs de durabilité
Les indicateurs de durabilité sont des paramètres qui apparaissent comme fonda-
mentaux dans l’évaluation et la prédiction de la durabilité du matériau et de la

283
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

structure vis-à-vis du processus de dégradation considéré [BAR 06]. Ces paramè-


tres doivent être aisément quantifiables à partir d’essais de laboratoire pratiqués
sur des éprouvettes ou sur des prélèvements, de façon reproductible et selon des
modes opératoires bien définis.
Deux catégories d’indicateurs de durabilité sont distingués dans le guide AFGC
Conception des bétons pour une durée de vie donnée des ouvrages [BAR 04a] :
– les indicateurs de durabilité généraux (valables pour la plupart des dégrada-
tions) ;
– et les indicateurs de durabilité spécifiques à un processus de dégradation donné
(par exemple l’alcali-réaction).
Les indicateurs de durabilité généraux sont des paramètres déterminants pour la
durabilité des bétons, utilisables aussi bien pour la prévention de la corrosion des
armatures, de l’alcali-réaction ou de toute autre dégradation. Les indicateurs gé-
néraux définis dans le guide AFGC sont les suivants :
– la porosité accessible à l’eau (mode opératoire AFPC-AFREM, 1997
[AFP97]);
– le coefficient de diffusion (apparent ou effectif) des ions chlorure (mode opéra-
toire RGCU Grandubé, 2007 [GRA 07]) ;
– la perméabilité aux gaz (mode opératoire AFPC-AFREM, 1997 [AFP 97]) ;
– la perméabilité à l’eau liquide ;
– la teneur en portlandite [Ca(OH)2] (mode opératoire RGCU Grandubé, 2007
[GRA 07]).
Selon le processus de dégradation considéré, il peut s’avérer nécessaire de com-
pléter le panel d’indicateurs généraux par des indicateurs spécifiques à ce proces-
sus. Dans le cas de la prévention des dégradations dues à l’alcali-réaction, les
indicateurs spécifiques retenus peuvent être classés en deux catégories :
– les indicateurs chimiques (relatifs aux constituants du béton) spécifiques à
l’alcali-réaction tels que la quantité de silice libérée par les granulats en fonction
du temps (cinétique) et la concentration en alcalins équivalents actifs de la solu-
tion interstitielle ;
– les indicateurs globaux et macroscopiques (relatif au béton durci) tel que les
variations dimensionnelles des éprouvettes de béton (essai de gonflement d’une
formule de béton vis-à-vis de l’alcali-réaction, faisant l’objet de la norme NF
P18-454).
Le guide AFGC introduit également la notion d’indicateurs de substitution. La
démarche proposée ayant pour vocation de rester très souple et modulable afin de
s’adapter aux besoins de chaque utilisateur, il peut être envisagé de remplacer la
détermination directe de certains des indicateurs de durabilité généraux proposés
par celle de paramètres de substitution. Ce pourra notamment être le cas pour des

284
L’approche performantielle de la durabilité des bétons

méthodes d’essai pratiquées plus couramment ou plus facilement dans certains la-
boratoires, pour des paramètres plus adaptés au problème posé ou aux modèles
mis en oeuvre, ou lorsque des méthodes fournissant des données plus complètes
sont requises. Les indicateurs de substitution pourront être utilisés directement
(notamment pour un simple classement de bétons, à condition bien entendu qu’un
système de classement soit disponible) ou permettre, via des méthodes indirectes,
d’accéder aux indicateurs de durabilité généraux.
On trouvera donc parmi les indicateurs de substitution :
– la porosité accessible au mercure (mode opératoire RGCU Grandubé, 2007
[GRA 07]) ;
– la résistivité électrique [AND 01] ; à noter que ce paramètre est considéré
comme un des indicateurs de base dans l’approche performantielle développée
par l’Institut des sciences de la construction Eduardo Torroja (voir § 8.2.5) ;
– la quantité d’électricité selon l’essai AASHTO (norme ASTM C1202) ;
– le coefficient de diffusion du CO2 [PAP91] (mode opératoire LPC, 2006) ;
– le coefficient de diffusion de l’eau tritiée ;
– le coefficient d’absorption capillaire (mode opératoire AFPC-AFREM, 1997
[AFP 97]).
2.2. Les essais de performance et de caractérisation
Les essais de performance permettent d’évaluer le comportement d’un béton sou-
mis à des sollicitations physico-chimiques du même type que celles auxquelles
l’ouvrage sera exposé, mais souvent amplifiées. Ces essais ont pour vocation pre-
mière de permettre un classement pertinent des bétons vis-à-vis de leur résistance
à une agression particulière.
Les essais sont conçus pour accroître l’intensité de la sollicitation, qu’elle soit
physique ou chimique. La difficulté dans la mise au point de ces essais est de ne
pas provoquer de phénomènes parasites du fait de la méthode d’accélération. Des
essais reposent sur la répétition de cycles pour lesquels les conditions varient de
manière importante: cycle de gel-dégel, cycles d’humidification/séchage…
D’autres consistent à disposer les échantillons de béton dans un milieu tel que la
quantité de béton qui réagit par unité de temps est importante : carbonatation ac-
célérée, essai de performance pour l’alcali-réaction, essai de lixiviation à pH
constant. Certains essais utilisent les deux principes. C’est le cas pour le mode
opératoire développé par le LCPC dont l’objectif est de caractériser le comporte-
ment d’un béton soumis à un échauffement vis-à-vis des risques liés à la réaction
sulfatiqus interne [LPC 07, PAV 03].

285
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

De nombreux essais de performance et de caractérisation existent donc déjà. Cer-


tains d’entre eux sont normalisés et utilisés dans des recommandations françaises
sur la durabilité des bétons (alcali-réaction, gel et sels de déverglaçage…).
Les principaux essais de performance et de caractérisation utilisés aujourd’hui
sont les suivants :
– les essais destinés à appréhender la durabilité du béton au gel ; ces essais font
l’objet de normes1 ; à ce jour, un débat est ouvert dans l’hexagone pour savoir
s’il convient de considérer ces modes opératoires comme des essais aptes à être
utilisés pour statuer sur la performance du béton in situ ou bien s’il s’agit plutôt
d’essais de caractérisation du béton dans des conditions de laboratoire ; une com-
paraison effectuée entre des résultats d’écaillage en laboratoire et des observa-
tions in situ avait en tout cas montré une bonne cohérence sur un ensemble de
quinze bétons étudiés dans le cadre du Projet national BHP 2000 [BAR 04b] ;
– le test de performance permettant de qualifier une formule de béton vis-à-vis
des risques liés à l’alcali-réaction2 ;
– l’essai de carbonatation accélérée (mode opératoire AFPC-AFREM, 1997
[AFP 97]).
Les essais suivants ont été développés plus récemment :
– le mode opératoire LPC n°66 « Réactivité d’une formule de béton vis-à-vis
d’une réaction sulfatique interne » destiné à qualifier l’adéquation entre un béton
et un échauffement (pièce massive coulé en place ou élément préfabriqué faisant
l’objet d’un traitement thermique) [LPC 07] ;
– l’essai de lixiviation à pH constant [FRA 07].
Il reste des agressions pour lesquelles des travaux sont en cours au moment de
l’édition de cet ouvrage, afin de disposer d’un essai de vieillissement accéléré per-
tinent :
– attaque sulfatique externe ;
– attaque par l’eau de mer ;
– action des sels de déverglaçage en cas de gel modéré.
Il va de soi que les essais de performance doivent être robustes. Les modes opé-
ratoires sont élaborés pour atteindre une répétabilité et une reproductibilité opti-
males. La représentativité et la sévérité des essais de performance sont deux
autres aspects importants. La représentativité d’un essai de performance dépend,

1. Normes NF P18-424 « Bétons - Essais de gel sur béton durci. Gel dans l’eau, dégel dans l’eau »,
NF P18-425 « Bétons - Essais de gel sur béton durci. Gel dans l’air, dégel dans l’eau » et XP P18-
420 « Bétons - Essais d’écaillage des surfaces de béton durci exposées au gel en présence d’une
solution saline ».
2. Norme FD P 18-456 « Réactivité d’une formule de béton vis-à-vis de l’alcali-réaction ».

286
L’approche performantielle de la durabilité des bétons

d’une part, de la fidélité avec laquelle les mécanismes qui opèrent in situ sont re-
produits et, d’autre part, des conditions aux limites retenues qui ne doivent pas
trop s’éloigner de la réalité. Les essais de performance pour le gel interne reposent
ainsi sur la réalisation d’une succession de cycles de gel-dégel à des températures
susceptibles d’être rencontrées plutôt que sur un nombre de phase de gel réduit
mais à une température excessivement basse. On retiendra toutefois que la repré-
sentativité des essais de performance basés sur un vieillissement « accéléré » vis-
à-vis des phénomènes en conditions réelles peut être discutée dans la mesure où
ces essais sont susceptibles d’induire une évolution de la microstructure et des
propriétés du matériau différente par rapport à un vieillissement naturel. Des mo-
difications microstructurales ont été observées sur des matériaux soumis à un es-
sai de carbonatation accéléré à forte teneur en CO2. Une gangue de CaCO3 se
forme autour des cristaux de Ca(OH)2 empêchant une carbonatation totale
[RAF02]. La sévérité d’un essai ne peut être évaluée qu’en étudiant la réponse de
l’essai de performance pour des formules de béton dont on connaît le comporte-
ment in situ avec suffisamment de recul (au moins 10 ans). Cela implique de met-
tre en oeuvre l’essai avant même de connaître son degré de sévérité, d’où
l’importance des études qui précèdent l’incorporation des essais de performance
dans les textes.
Qu’ils soient utilisés seuls ou en complément avec des obligations de moyens ou
des indicateurs de durabilité, les essais de performance peuvent s’insérer dans
deux types de méthodologie : une méthodologie qui peut être qualifiée de
« comparative » et une méthodologie « complète » au sens où elle intègre l’apport
des modèles de durabilité.
La méthodologie « comparative » consiste à tester deux formules de béton. L’une
est conforme aux obligations de moyens définies dans les normes actuelles.
L’autre, pour laquelle on cherche à statuer sur sa durabilité, déroge à une ou plu-
sieurs obligations de moyens. L’essai de performance permet de comparer les
comportements des deux bétons et de s’assurer que la nouvelle formule ne pré-
sente pas de risque de moindre durabilité plus important que celle répondant aux
exigences habituelles.
La méthode « complète » repose sur le fait de définir pour un essai de performan-
ce la valeur limite permettant de distinguer les bétons durables des bétons moins
durables. Cette méthode nécessite de disposer de données issues du terrain en
nombre suffisant pour pouvoir apprécier la sévérité de l’essai. Elle est utilisée ac-
tuellement pour la résistance des bétons au gel. Ainsi, les recommandations pour
la durabilité des bétons durcis soumis au gel précisent que le gonflement mesuré
lors des essais P18-424 ou P18-425 ne doit pas dépasser 400 µm/m lors des épreu-
ves d’étude et de convenance. En ce qui concerne la résistance du béton en pré-

287
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

sence de sels de déverglaçage (mode opératoire XP P18-420), les pertes de


matières mesurées à l’issue des 56 cycles doivent être inférieures à 600 g/m2.
Quelle que soit la méthode envisagée quant à la façon d’utiliser l’essai de perfor-
mance, il est nécessaire de considérer les incertitudes de mesure associées aux
modes opératoires. La fiabilité de l’approche performantielle en dépend, tout
comme l’approche basée sur les obligations de moyen nécessite de prendre en
compte les précisions des équipements pour les pesées lorsqu’elle s’appuie par
exemple sur les dosages minimaux en liantéq.

2.3. Intérêt des modèles de durabilité pour l’approche


performantielle de la durabilité
Il existe de nombreux modèles de durabilité développés pour prévoir la pénétra-
tion d’espèces chimiques à l’origine de la corrosion des armatures (dioxyde de
carbone, chlorures) et, le comportement des bétons vis-à-vis du gel, des attaques
chimiques ou des réactions internes telle que l’alcali-réaction. L’objectif n’est pas
ici de décrire ces modèles ou de présenter une liste exhaustive. Il s’agit plutôt de
préciser comment les modèles de durabilité peuvent être utilisés dans le cadre
d’une démarche performantielle. Les modèles de durabilité ne sont pas nécessai-
res au déroulement de l’approche performantielle « comparative ». La comparai-
son des valeurs des indicateurs de durabilité ou des résultats obtenus à l’issue des
essais de performance permet de vérifier que les nouvelles compositions sont po-
tentiellement aussi durables que celles répondant aux exigences de moyens des
normes actuelles. L’approche performantielle « complète » repose elle sur l’utili-
sation de modèles prédictifs. Il s’agit à l’aide de ces outils de définir pour chaque
classe d’exposition concernée des valeurs seuils associées à chaque indicateur de
durabilité ou essai de performance. Les modèles ne sont utilisés que pour valider
les seuils choisis. Une fois les seuils choisis, on procède ici aussi par comparaison.
Le guide AFGC Conception des bétons pour une durée de vie donnée des ouvra-
ges repose sur ce principe.

3. EXEMPLES D’APPROCHES PERFORMANTIELLES


ET D’APPROCHES MIXTES
3.1. Approche performantielle et prédictive basée sur les indicateurs
de durabilité et sur les témoins de durée de vie (guide AFGC)
Le guide AFGC Conception des bétons pour une durée de vie donnée des ouvra-
ges [AFP 97] a été élaboré sur la base des connaissances scientifiques et techni-
ques acquises en France et à l’étranger jusqu’à sa date de rédaction. Les
recommandations proposées viennent en complément des règles de l’art habituel-

288
L’approche performantielle de la durabilité des bétons

les qui permettent d’assurer la qualité du béton et contribuent à sa durabilité.


L’approche performantielle décrite permet de qualifier une formule de béton pour
la construction d’un ouvrage donné. Elle s’adresse en priorité aux ouvrages stra-
tégiques ou aux ouvrages dont la durée de vie escomptée est supérieure à la durée
de vie minimale de 50 ans. Si l’on peut considérer dans un premier temps que,
pour les ouvrages courants, les documents réglementaires et normatifs existants
suffisent, il paraît important toutefois de généraliser cette approche le plus rapi-
dement possible à tous les ouvrages, selon un niveau d’exigence ad hoc. En effet,
une telle approche offre la possibilité de prendre en compte non seulement des pa-
ramètres techniques pertinents ainsi que la durée de vie, mais également des pa-
ramètres socio-économiques (importance économique de l’ouvrage, impact sur
l’environnement, insertion dans le tissu urbain, risques d’agression divers, durée
de vie, esthétique…).
Les formules de béton considérées dans le guide AFGC sont celles des ouvrages
courants de bâtiment (C20/25, C25/30) et de génie civil (C30/37, C40/50), la
gamme étant toutefois étendue aux bétons à hautes performances (à partir des
C60/75) et aux bétons à très hautes performances. Les recommandations de
l’AFGC [AFG 02] sur les BFUP (bétons fibrés à ultrahautes performances) intè-
grent également les indicateurs du guide AFGC Conception des bétons pour une
durée de vie donnée des ouvrages.
Étant élaborée dans un cadre prénormatif, il est souhaitable que cette démarche
serve également de base à l’évolution de certains textes, tels que les « Recomman-
dations pour la prévention des désordres dus à l’alcali-réaction » ou les normes
relatives au matériau béton (NF EN 206-1 notamment). Par exemple, les exigen-
ces de moyens (dosage minimal, rapport E/C maximal…), prévalant à l’heure ac-
tuelle dans les textes, feraient place dans une certaine mesure à des critères
(performantiels) relatifs à des propriétés de durabilité. Ces critères seraient adap-
tés à la durée de vie requise pour l’ouvrage considéré.
Le guide AFGC a pour objet de proposer une méthodologie pour l’obtention d’un
béton apte à prémunir les ouvrages des dégradations liées à la corrosion des arma-
tures et à l’alcali-réaction. L’approche proposée est une démarche performantiel-
le, basée sur des propriétés relatives à la durabilité du matériau sain, plus
précisément sur la notion d’indicateurs de durabilité. La sélection d’un nombre ré-
duit d’indicateurs de durabilité et la spécification de critères d’acceptation (en ter-
mes de classes et/ou de valeurs limites) pour ces indicateurs, en fonction du type
d’environnement et de la durée de vie exigée, constituent les deux étapes majeu-
res dans l’élaboration de la démarche performantielle proposée.

289
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

La démarche proposée comprendra en général les étapes suivantes :


• étape 1 : définition de la catégorie de l’ouvrage (importance économique et
stratégique) et en particulier sélection de la durée de vie à exiger ; cette première
étape conditionne l’importance des moyens à mettre en œuvre pour atteindre
l’objectif de durabilité souhaité (application simple de la norme ou renforcement
par rapport aux spécifications de base, choix des matériaux, étendue du pro-
gramme d’essais, moyens de calcul à mettre en œuvre…) ;
• étape 2 : définition des conditions environnementales générales (ouvrage) et
particulières (parties d’ouvrage), incluant par exemple le type d’agressivité
(milieu marin…), les variations de l’humidité relative et de la température du
milieu environnant. Le type d’environnement correspondant sera alors défini
(choix des classes d’exposition) ;
• étape 3 : définition des risques de dégradation liés à la corrosion des armatures
et/ou l’alcali-réaction (par exemple, corrosion des armatures et/ou alcali-réac-
tion, dans le cas du guide AFGC) ;
• étape 4 : choix des indicateurs de durabilité pour le béton (des paramètres
complémentaires peuvent éventuellement être ajoutés), en fonction des caracté-
ristiques (mécaniques, physiques, chimiques et économiques) de l’ouvrage et de
son environnement et choix des dispositions constructives (enrobage…) ;
• étape 5 : sélection des spécifications relatives aux indicateurs de durabilité
(définis à l’étape 4) en fonction de l’importance de l’ouvrage et de la durée de
vie exigée (fixés à l’étape 1), du type d’environnement (défini à l’étape 2), des
risques de dégradation (identifiés à l’étape 3) et des dispositions constructives
(définies à l’étape 4) ;
• étape 6 : choix des formules des bétons devant satisfaire aux critères fixés (à
l’étape 5) ;
• étape 7 : qualification des formules de béton (choisies à l’étape 6) par des
essais réalisés en laboratoire sur des éprouvettes conservées dans les conditions
et pendant la durée (90 jours) préconisées dans le guide AFGC,
• étape 8 : choix d’un modèle prédictif de durée de vie, où les indicateurs sélec-
tionnés (ou au moins certains d’entre eux) apparaissent en temps que données
d’entrée ;
• étape 9 : selon le stade à partir duquel on met en œuvre la démarche :
– phase de conception (amont = avant la construction) : prédiction de la dura-
bilité (durée de vie probable), calibration et validation ultérieure des modè-
les par des contrôles a posteriori sur ouvrage et un suivi dans le temps de
l’ouvrage,
– phase d’expertise d’un ouvrage existant (dégradé ou non) : analyse de l’état
actuel (diagnostic) et prédiction de son évolution future en évaluant par
exemple sa capacité portante de service résiduelle (pronostic).

290
L’approche performantielle de la durabilité des bétons

Il est possible d’appliquer la démarche de façon itérative, afin d’optimiser la con-


ception et la rendre économique. Il est à noter que la durée de vie de la structure
ne pourra être atteinte que si l’ensemble de la conception, la réalisation et la main-
tenance prend en compte les exigences prédéfinies (citons notamment l’importan-
ce de la cure et le respect des valeurs d’enrobage).
Des valeurs limites ont pu être proposées en fonction du type d’environnement et
de la durée de vie exigée (tableau 8.1). Ces valeurs ont été validées en utilisant
des modèles de carbonatation et de pénétration des chlorures.
Tableau 8.1 : exemples de valeurs limites proposées
en fonction du type d’environnement et de la durée de vie exigée [BAR 04a].
> 120 ans de 100 de 50 de 30 < 30 ans Durée de vie exigée

d’environnement
à 120 ans à 100 ans à 50 ans

Ouvrages dits Grands Bâtiment Bâtiment Catégorie d’ouvrage

Type

exceptionnels ouvrages et ouvrages
de génie civil

Niveau 5 Niveau 4 Niveau 3 Niveau 2 Niveau 1 ← Niveau d’exigence


peau < 9 peau < 12 (6) Sec et très sec (HR<65%)
peau < 14 peau < 16 peau < 16 1
kgaz < 10 kgaz < 100 ou humide en permanence

carbonatation (e = 30 mm)
Corrosion induite par
peau < 9 peau < 12
peau < 14 (6) peau < 16 peau < 16 Humide (HR > 80 %) 2
kliq < 0,01 kgaz < 100
peau < 9
peau < 9 peau < 12 (7) Modérément humide
kgaz < 10 peau < 14 (5) peau < 15 3
kgaz < 10 (4) kgaz < 100 (8) (65<HR< 80 %)
kliq < 0,01
peau < 9
peau < 9
Da(mig) < 1 peau < 12 (7) Cycles fréquents
kgaz < 10 peau < 14 (6) peau < 16 4
kgaz < 10 kliq < 0,1 (9) d’humidification/séchage
kliq < 0,01
kliq < 0,01
peau < 9 peau < 12
5.1
Da(mig) < 10 Da(mig) < 20
[Cl−]
Corrosion induite par les chlorures
peau < 14 peau < 15 peau < 16
kgaz < 10
faible(1) Exposition
kliq < 0,01 kliq < 0,1 (3) aux sels marins
5
peau < 9 peau < 9 ou de dévergla-
peau < 11 5.2 çage
Da(mig) < 1 Da(mig) < 1
(e = 50 mm)

Da(mig) < 2 peau < 11 peau < 14 [Cl−]


kgaz < 10 kgaz < 10
kliq < 0,1 (3) forte(2)
kliq < 0,01 kliq < 0,01
peau < 9 peau < 12 peau < 13 Immersion dans l’eau
peau < 13 peau < 15 6
Da(mig) < 1 Da(mig) < 5 Da(mig) < 7 contenant des chlorures
peau < 9 peau < 10
peau < 11
Da(mig) < 1 Da(mig) < 2
Da(mig) < 3 peau < 11 peau < 14 Zone de marnage 7
kgaz < 10 kgaz < 100
kliq < 0,1 (3)
kliq < 0,01 kliq < 0,05

(1) Concentration en Cl libres à la surface Cs ≤ 10 g.L–1. (2) Concentration en Cl libres à la surface Cs ≥ 100 g.L–1.
(3) Alternative kgaz < 100·10–18 m2. (4) Alternative : kliq < 0,01·10-18 m2. (5) Alternative p < 15 % et [Ca(OH)2] ≥ 25 %.
(6) Alternative p < 16 % et [Ca(OH) 2] ≥ 25 %. (7) Alternative p < 14 % et [Ca(OH) 2] ≥ 25 %.
(8) Alternative kgaz < 300·10–18 m2 et [Ca(OH)2] ≥ 25 %.
(9) Alternatives a) kgaz < 100·10-18 m2; b) kgaz < 300·10-18 m2 et [Ca(OH) 2] ≥ 25 %.

291
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

On dispose aujourd’hui de données permettant de situer les performances des bétons.


C’est le cas notamment en ce qui concerne la diffusion des chlorures (figure 8.1). Les
coefficients de diffusion ont été mesurés par migration sous champ électrique en régi-
me stationnaire sur des échantillons de béton âgés de 90 jours par trois méthodes dif-
férentes. Le mode opératoire utilisé fait l’objet d’une méthode d’essai décrite dans
l’ouvrage de synthèse des travaux du projet RGCU « GranDuBé » [GRA 07].

10
Coefficient de diffusion effectif des chlorures

M
1
(10–12 m2 . s–1)

0,1

Ds(mig) titration amont


Ds(mig) conduc aval VH
Ds(mig) titration aval
0,01
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 130

Résistance mécanique à la compression moyenne (MPa) à 28 jours

L = Durabilité « potentielle » faible ; M = Durabilité « potentielle » moyenne ;


H = Durabilité « potentielle » élevée ; VH = Durabilité « potentielle » très élevée
Figure 8.1 : exemple de classes de durabilité « potentielle » de durabilité
appliquées au coefficient de diffusion effectif des chlorures [BAR 06].

3.2. L’approche performantielle dans les nouvelles normes


européennes
Même si les spécifications des bétons de structure pour atteindre une durée de vie
des structures de 50 ans sont exprimées principalement sous formes de contraintes
de formulation (prescriptions de moyens : tableaux NA.F.1 et NA.F.2), la norme
NF EN 206-1 Béton, partie 1 « Spécification, performances, production et
conformité » autorise l’emploi d’une approche performantielle. Celle-ci peut
prendre deux formes, la première est comparative et est intitulée « concept de per-
formance équivalente du béton », la seconde est plus générale et décrite sous les
termes « méthodes de conception performantielles ». Le contexte normatif fait
l’objet du chapitre 7 de ce livre.
Le concept de performance équivalente du béton est défini au paragraphe 5.2.5.3
de la norme NF EN 206-1. Celle-ci précise qu’« il doit être prouvé que le béton a

292
L’approche performantielle de la durabilité des bétons

une équivalence de performance avec celle d’un béton de référence, en particulier


pour ce qui concerne son comportement vis-à-vis des agressions de l’environne-
ment et sa durabilité, conformément aux exigences pour la classe d’exposition
concernée ». Pour démontrer l’équivalence de performance, il convient donc de
disposer, d’une part, d’essais approuvés et vérifiés s’inspirant des conditions réel-
les et, d’autre part, de justifier des choix pertinents pour les bétons de référence
(des indications sont données dans l’annexe E de la norme). Cette approche est
mentionnée en particulier pour l’incorporation d’additions en substitution du ci-
ment dans des formulations non conformes aux prescriptions des tableaux NA.F.1
et NA.F.2.
Les méthodes de conception performantielles sont décrites au paragraphe 5.3.3 de
la norme NF EN 206-1 : « Les exigences relatives aux classes d’exposition peu-
vent être établies en utilisant les méthodes de conception performantielles pour la
durabilité et elles peuvent être établies en termes de paramètres performantiels,
par exemple une mesure d’écaillage dans un essai de gel-dégel. L’annexe J (in-
formative) de la présente norme donne des conseils relatifs à l’utilisation d’une
autre méthode de conception en fonction des performances pour la durabilité ».
Cette annexe J explicite deux voies de justification de la durabilité :
– des méthodes basées sur des essais approuvés et vérifiés représentatifs des con-
ditions réelles, et contenant des critères de performance approuvés ;
– ou bien des méthodes basées sur des modèles analytiques étalonnés par rapport
à des résultats d’essais représentatifs des conditions réelles rencontrées dans la
pratique.
On retrouve ici l’approche performantielle et prédictive basée sur les indicateurs
de durabilité et sur les témoins de durée de vie introduite au chapitre précédent.
En ce qui concerne l’approche basée sur des essais de vieillissement accéléré, il
est possible de s’inspirer de la méthode comparative correspondant au concept de
performance équivalente du béton lorsque les critères de performance ne sont pas
encore bien établis.
Les normes destinées aux produits préfabriqués en béton, dont la norme
NF EN 133691, intègrent également le plus souvent une démarche performantiel-
le. De nombreux produits en béton préfabriqués sont en effet couverts par des nor-
mes ou d’autres textes qui traitent la durabilité en spécifiant des niveaux de
performances à atteindre. Ceci permet de prendre en compte l’ensemble des fac-
teurs liés aux formules de béton et aux procédés de fabrication. La différence es-
sentielle entre les tableaux NA.F.1 et NA.F.2 des normes NF EN 206-1 et

1. NF EN 13369 Règles communes pour les produits préfabriqués en béton.

293
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

NF EN 13369 réside ainsi dans le remplacement du dosage minimal en Liantéq


par un critère sur l’absorption d’eau maximale (voir chapitre 7 du présent ouvrage
sur les normes).
3.3. Recommandations pour la durabilité des bétons durcis
soumis au gel
L’approche sur laquelle s’appuie les « Recommandations pour la durabilité des
bétons durcis soumis au gel » [REC 03] peut être qualifiée de mixte dans la me-
sure où elle combine à plusieurs reprises et selon des formes différentes des obli-
gations de moyens et une approche performantielle. L’approche mixte prend trois
formes différentes dans les recommandations :
– utilisation simultanée de plusieurs obligations de moyens et d’un essai de per-
formance ;
– utilisation de l’approche performantielle comme une solution alternative à une
des obligations de moyens ;
– définition d’une valeur limite associée à une obligation de moyen à l’aide d’un
essai sur béton durci.
La première forme d’approche mixte est utilisée pour appréhender la durabilité
des bétons soumis à l’action du gel en présence des sels de déverglaçage. Le fac-
teur d’espacement entre les bulles d’air, nommé également Lbarre, est une donnée
essentielle pour la durabilité des bétons soumis à l’action du gel. Cette caractéris-
tique des bétons qui résulte essentiellement de l’ajout d’un entraîneur d’air de-
vient de ce fait une obligation de moyen quand une valeur limite est spécifiée.
Dans les recommandations, une exigence sur le facteur d’espacement est utilisée
tant pour la résistance au gel interne que pour la prévention des risques d’écaillage
liés à l’action du gel en présence des sels de déverglaçage. Pour ce dernier type
d’environnement, les recommandations fixent comme conditions d’acceptation
d’un béton une limite sur le facteur d’espacement, des critères sur les constituants
(notamment le ciment et les granulats) et l’obtention d’un résultat satisfaisant
après réalisation d’un essai de performance selon la norme XP P18-420.
La deuxième forme d’approche mixte est appliquée notamment pour les BHP
dont le rapport E/C est inférieur à 0,32. Compte tenu des caractéristiques de leur
réseau poreux, ces matériaux contiennent une quantité d’eau gelable naturelle-
ment faible. Aucune valeur limite sur le facteur d’espacement n’est requise pour
ces bétons, ce qui ne veut pas dire pour autant que ces bétons sont formulés sans
entraîneur d’air. La satisfaction de ces BHP à un essai de résistance au gel est con-
sidérée comme suffisante.
Le troisième type d’approche mixte concerne la définition de la valeur limite spé-
cifiée pour le facteur d’espacement. Pour la résistance du béton au gel interne, les

294
L’approche performantielle de la durabilité des bétons

recommandations prévoient que la valeur limite du facteur d’espacement puisse


être revue à la hausse après vérification du bon comportement du béton suite à
l’application d’un essai réalisé selon la norme P18-424 ou P18-425. La norme
P18-424 est appliquée dans le cas de gel sévère avec une forte saturation en eau
du béton. La norme P18-425 est adaptée au gel modéré (quel que soit le degré de
saturation en eau du béton) et au gel interne avec une saturation modérée. Le fac-
teur d’espacement critique est ainsi recherché. Il est défini comme étant la valeur
du facteur d’espacement correspondant à la valeur maximale admissible de l’al-
longement relatif à l’issue des 300 cycles de gel-dégel (figure 8.2).

3 000

2 750
Allongement (μm/m) après 300 cycles

2 500

2 250

2 000

1 750

1 500

1 250

1 000

750

500
400
250
Lcrit
0
0 200 400 600 800
Facteur d'espacement L (μm)

Figure 8.2 : détermination de la valeur du facteur d’espacement critique


à l’aide d’un essai de caractérisation de la tenue au gel du béton.

3.4. Recommandations pour la prévention des désordres


liés à l’alcali-réaction
Les « Recommandations pour la prévention des désordres liés à l’alcali-réaction »
[REC 94] utilisent également une approche mixte. Le schéma décisionnel destiné
à qualifier les granulats au regard de leur caractère potentiellement réactif (PR),
potentiellement réactif à effet de pessimum (PRP) ou non réactif (NR) est décrit
dans la norme FD P18-452. Il comprend à la fois des critères sur la composition
minéralogique des granulats qui s’apparentent à des obligations de moyen et sur
l’utilisation d’essais dits de performance.

295
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Dans la démarche de qualification des granulats, les essais de performance sont


utilisables lorsque l’étude pétrographique met en évidence que la quantité d’espè-
ces minérales réactives est supérieure à 4 %. La réalisation d’un essai dit
« crible »1 permet d’apporter des réponses quant au comportement d’un granulat
dans un environnement chimique et physique propice au développement de l’al-
cali-réaction. L’essai de référence correspond à l’essai accéléré à l’autoclave sur
mortier réalisé selon le mode opératoire de la norme XP P18-594.
L’acceptation ou non d’une formulation de béton repose également sur une dé-
marche qui autorise une analyse sur les constituants ou la satisfaction à un critère
de performance. Les recommandations distinguent trois niveaux de prévention
(A, B et C) qui dépendent de la catégorie d’ouvrage et de l’environnement. Pour
le niveau de prévention B, la formule est en effet considérée comme acceptable
lorsqu’une des conditions suivantes est remplie : les granulats sont non réactifs,
les conditions particulières aux granulats PRP sont satisfaites, il existe des réfé-
rences d’emploi convaincantes, le bilan des alcalins est favorable, des additions
minérales inhibitrices sont utilisées en quantité suffisante ou bien la formule sa-
tisfait à un critère de performance.
3.5. Les différentes méthodologies pour la durabilité des bétons selon
l’Institut des sciences de la construction Eduardo Torroja en Espagne
Bien qu’ouvrant la porte à l’approche performantielle, la norme NF EN 206-1 re-
lève majoritairement du niveau 1, défini par [AND 06], puisqu’elle comporte es-
sentiellement des exigences liées aux caractéristiques de la composition du béton:
dosages minimaux en liant équivalent (Liantéq), rapports Eauefficace/Liantéq maxi-
maux, classes de résistance à la compression minimales. Dans certains cas (atta-
ques chimiques notamment), la norme précise quelles doivent être les natures de
ciment à utiliser. Cette approche, reposant sur l’expérience acquise, est peu adap-
tée lorsque la durée de vie dépasse 50 ans.
Le niveau 2 comprend les approches basées sur des indicateurs de durabilité ou
sur l’utilisation d’essais de performance [AND 06]. Les indicateurs de durabilité
cités par l’auteur correspondent à la porosité, la perméabilité, la résistivité et la
diffusivité. La résistivité électrique est considérée par « l’école espagnole » com-
me un indicateur de durabilité pertinent car ce paramètre quantifie la connectivité
du réseau poreux du matériau. Il est de plus un paramètre majeur contrôlant la cor-
rosion des armatures, et la mesure, non destructive, peut être réalisée en labora-

1. Essai qui, selon le FD P18-452, met en œuvre une procédure fortement accélérée capable de dia-
gnostiquer, en moins d’une semaine, la réactivité aux alcalins d’un granulat en NR, PR ou PRP.

296
L’approche performantielle de la durabilité des bétons

toire ou sur ouvrages existants, afin de ré-évaluer par exemple la durée de vie
[SIL 06].
Le troisième niveau repose sur l’utilisation de modèles de carbonatation ou de pé-
nétration des chlorures. Le principe est de s’assurer que tout au long de la durée
de vie de l’ouvrage, la résistance (R) restera supérieure à la sollicitation (S). Il est
important de distinguer les modèles relevant d’une approche empirique des mo-
dèles plus complexes intégrant les mécanismes physico-chimiques. Les modèles
les plus simples sont basés sur les lois de Fick. Les profondeurs de carbonatation
ou concentration en chlorures sont donc fonction de la racine du temps. Le
niveau 3 est généralement utilisé aujourd’hui lorsque la durée de vie visée est par-
ticulièrement élevée, c’est-à-dire au-delà de 100 ans (exemple du pont sur le Ta-
ge). Les modèles de durabilité utilisent pour la plupart des paramètres de calage
permettant de prendre en compte des facteurs telles que la cure, l’évolution des
propriétés des bétons au cours du temps, des conditions environnementales diffi-
ciles à modéliser (cycles d’humidification/séchage par exemple). Des études sont
encore nécessaires aujourd’hui pour calibrer les modèles de durabilité.
La méthodologie mise en œuvre pour le niveau 4 est plus sophistiquée puisqu’elle
fait intervenir des modèles probabilistes. La démarche probabiliste, pour appré-
hender la durabilité des ouvrages en béton, commence à être utilisée dans le cadre
de la normalisation (exemple de l’Eurocode 2 « Enrobage des armatures »).
Contrairement à l’approche déterministe où des valeurs uniques (les moyennes)
sont attribuées aux paramètres d’entrée des modèles, l’approche probabiliste
prend en compte la variabilité des phénomènes en représentant certaines gran-
deurs par la loi de distribution de sa valeur (densité de probabilité de la variable
aléatoire). Selon l’approche probabiliste, un ouvrage est réputé sûr si sa probabi-
lité de défaillance, Pf, est inférieure à une valeur donnée à l’avance, la probabilité
cible Pfcible (risque de défaillance acceptable). La probabilité de défaillance de
l’élément est liée au dépassement de la résistance par la sollicitation selon la re-
lation :
Pf (t) = P (R(t) < S(t)) = P ( R(t) – S(t) < 0 )
Les fonctions R(t) et S(t) correspondent respectivement à l’évolution dans le
temps de la résistance de la structure et des sollicitations extérieures.
La valeur de la probabilité cible est conditionnée par de nombreux facteurs, va-
riant selon l’ouvrage, ses caractéristiques d’implantation et ses propriétés de ser-
vice, tels que :
– la durée de vie escomptée ;
– les risques de vieillissement ;
– les conséquences engendrées par la dégradation de l’ouvrage ;

297
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

– des critères économiques (valeur de remplacement, coût d’entretien,…).


Cela implique de définir une probabilité de défaillance acceptable à laquelle corres-
pond un indice de fiabilité (tableau 8.2). L’indice de fiabilité représente le nombre
d’écarts types entre la valeur moyenne de la marge de sécurité M (M = R – S) et la
défaillance Df (R = S) ; R et S représentant respectivement les facteurs résistants de
la structure et les actions sollicitantes.
Tableau 8.2 : indices de fiabilité et probabilité de défaillance correspondante [AND 06].

Indice de fiabilité
1,5 2,3 3,8 4,26 4,8
(β)
Probabilité de
défaillance (Pf)
0,067 10-2 7.10-5 10-5 10-6

3.6. Approche développée par les Pays-Bas pour les risques


de corrosion des armatures liés à la présence de chlorures
Les recommandations définies aux Pays-Bas pour maîtriser la durabilité des
ouvrages en béton concernés par les classes d’exposition XD (chlorures ayant une
origine autre que marine, sels de déverglaçage par exemple) et XS (chlorures pré-
sents dans l’eau de mer) s’appuient sur la méthodologie développée au sein du
projet européen Duracrete [POL06]. Une approche probabiliste est utilisée pour
optimiser l’enrobage, le coefficient de diffusion des chlorures dans le béton et la
nature du liant en fonction de la durée de vie visée. Le modèle retenu pour la dif-
fusion des chlorures est un modèle empirique. Il correspond à l’équation ci-des-
sous :
⎛ ⎞
x
C ( x, t ) = C s – ( C s – Ci )erf ⎜ -----------------------------------------⎟
⎜ n ⎟
⎝ 4kD 0 ( t 0 ⁄ t ) ⋅ t⎠
avec :
C(x,t), la concentration en chlorures au temps t et à la profondeur x ;
Cs, la concentration en chlorures à la surface ;
Ci, la concentration en chlorures initiale ;
k un coefficient de correction dépendant de la nature du liant, des conditions en-
vironnementales de l’ouvrage et de la cure du béton ;
D0, le coefficient de diffusion apparent des chlorures mesuré à 28 jours ;
n, un coefficient prenant en compte le taux d’hydratation du liant.
Cette approche permet soit de déterminer des valeurs de coefficient de diffusion
des chlorures à ne pas dépasser, en fonction de la nature du liant, de l’enrobage et

298
L’approche performantielle de la durabilité des bétons

de la durée de vie visée, ou bien de quantifier pour un béton donné et une durée
de vie fixée quelle doit être l’enrobage minimal. Ces valeurs sont calculées en ad-
mettant une probabilité de défaillance de 10 % ce qui correspond à un indice de
fiabilité (β) de 1,3. Notons que dans le cas d’une approche purement déterministe,
la probabilité de défaillance admise par défaut est égale à 50 %.
À titre d’exemple, l’application de cette approche à un ouvrage pour lequel une
durée de vie souhaitée est de 100 ans, relevant des classes d’exposition XS2 ou
XD2, constitué d’un béton à base de ciment CEM I et pour lequel l’enrobage est
inférieur ou égal à 50 mm conduit à un coefficient de diffusion apparent des chlo-
rures (D0) maximal de 6.10–12 m2.s–1.

4. EXEMPLES D’APPLICATION SUR DES OUVRAGES


4.1. Le pont sur le Tage et le viaduc de Millau
Le pont sur le Tage à Lisbonne (mis en service en 1998) a été un des premiers
ouvrages dont la durabilité ait été justifiée sur la base d’une approche performan-
tielle [HOR 97]. S’agissant d’un ouvrage en milieu marin, le risque principal est
la corrosion des armatures liée à la pénétration des chlorures. Pour le viaduc de
Millau (ouvert au trafic en 2004), qui a lui aussi un objectif de durée de vie de
120 ans, les conditions d’exposition sont à la fois plus diverses et moins sévères.
L’approche performantielle a été utilisée pour justifier la résistance au gel du bé-
ton des piles qui a été formulé sur la base d’un béton B60 sans fumée de silice
(ciment CEM I PM ES sans addition) et sans entraîneur d’air, suivant les disposi-
tions des recommandations du LCPC pour la durabilité des bétons durcis soumis
au gel [REC 03]. Les indicateurs de durabilité sélectionnés dans le guide AFGC
ont également été mesurés et comparés à des seuils préétablis, en particulier pour
le béton des piles (perméabilité à l’oxygène, coefficient de diffusion des ions
chlorure, porosité à l’eau).
4.2. Le pont de Rion-Antirion en Grèce
Comme pour le pont sur le Tage à Lisbonne, le pont de Rion-Antirion (ouvert au
trafic en 2004) est un ouvrage en milieu marin réalisé en béton à hautes perfor-
mances. La durée de vie escomptée est de 120 ans et cette valeur a été directement
comparée au temps nécessaire à l’obtention d’un seuil critique de concentration
en chlorures au niveau des premières nappes d’armatures, en fonction de l’expo-
sition des différentes parties d’ouvrage. Toutes les formules de béton utilisées ont
fait l’objet de l’essai dit RCPT selon la norme ASTM C1202 (mesure de la quan-
tité d’électricité ayant traversé l’échantillon) et les plus exposées ont donné lieu à
des mesures de coefficient de diffusion des chlorures à différentes échéances de

299
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

maturation du matériau permettant par modélisation un calcul prédictif de la ci-


nétique de pénétration des chlorures. Ainsi, dans la zone de marnage qui est la
plus critique, l’utilisation d’un béton de classe C45/55 composé de ciment à forte
teneur en laitier (62 %) et de granulats calcaires avec un rapport eau sur ciment
légèrement inférieur à 0,40 a permis de justifier une teneur en chlorures totaux in-
férieure à 0,4 % par rapport à la masse de ciment au bout de 120 ans pour un en-
robage minimal de 70 mm. Les caractéristiques de durabilité n’ont pas été
déterminées sur des éprouvettes de laboratoire mais ont été vérifiées sur ouvrage
(maquettes ou échelle 1) ainsi que leur homogénéité.
4.3. Le pont de la Confédération
Le pont de la Confédération au Canada (aussi appelé pont de l’île du Prince-
Édouard), inauguré en 1997, a été pour sa part dimensionné vis-à-vis des risques de
corrosion des armatures et des risques d’abrasion par action de la glace au niveau
de la base de ses appuis, pour une durée de vie de 100 ans. Pour ce qui est de l’abra-
sion, un béton à hautes performances de plus de 90 MPa de résistance en compres-
sion incorporant des granulats très résistants et de la fumée de silice a été mis en
œuvre. En parallèle, une approche performantielle a été employée pour maîtriser les
risques de corrosion des armatures. Un modèle a été utilisé pour calculer l’évolution
des profils de teneur en chlorures en fonction du temps. Au préalable, les coeffi-
cients de diffusion des chlorures ont été mesurés pour les différentes formules de
béton. Celles-ci correspondent à des BHP dont la résistance spécifiée était en géné-
ral de 55 MPa (formulations avec ciment Portland, fumée de silice, cendres volan-
tes et entraîneur d’air). Les calculs ont montré qu’une teneur critique en chlorures
totaux de 0,4 % par rapport à la masse de ciment ne serait pas atteinte avant 60 ans
pour un enrobage de 75 mm, et il a été pris en compte ensuite que la très forte ré-
sistivité électrique des bétons utilisés conduirait à un délai fortement prolongé entre
la période de dépassivation et l’apparition des premiers éclatements.

5. CONCLUSION
La démarche performantielle est une démarche globale qui permet de prendre en
compte tous les aspects technico-économiques spécifiques à chaque ouvrage (im-
portance de l’ouvrage, environnement, sollicitations physico-chimiques et méca-
niques, risques induits, durée de vie demandée).
Le fait que des durées de vie élevées soient requises pour de plus en plus d’ouvra-
ges, l’utilisation croissante de nouveaux bétons, la nécessité d’accroître la diver-
sité des réponses possibles pour les constructeurs de manière à répondre mieux
aux défis que pose le développement durable renforcent l’intérêt d’appréhender
la durabilité des bétons selon une approche davantage performantielle. Parallèle-

300
L’approche performantielle de la durabilité des bétons

ment, les travaux menés depuis une quinzaine d’années dans les laboratoires ont
permis de développer des méthodologies et des modes opératoires fiables adaptés
aux besoins des utilisateurs.
On le voit à travers les exemples de démarches proposées, il n’existe pas un type
d’approche performantielle mais plusieurs. Ces approches diffèrent par les outils
utilisés, les thématiques de durabilité traitées, par les durées de vie qu’elles se don-
nent comme objectif de maîtriser et bien entendu par leur domaine d’application.
L’approche performantielle est d’ores et déjà citée et utilisée dans des textes nor-
matifs couramment repris dans les cahiers des charges des ouvrages en béton. Il
est nécessaire cependant de préciser encore davantage, notamment dans des nor-
mes, comment les différentes méthodologies peuvent être mises en place. Des
modes opératoires fiables ont ainsi été élaborés et on dispose pour nombre d’entre
eux d’un retour d’expérience significatif. Les plus pertinents d’entre eux au re-
gard de leur intérêt pour l’approche performantielle feront prochainement l’objet
de normes européennes ou nationales.
La constitution de bases de données est un facteur clé pour l’utilisation de l’ap-
proche performantielle dans un contexte normatif. Cette étape est nécessaire pour
statuer sur la pertinence des valeurs seuils associés aux indicateurs de durabilité
ou aux essais de performance.
Une autre condition nécessaire réside dans le fait de disposer de modèles de du-
rabilité rendant compte des phénomènes intervenant in situ. Les modèles physico-
chimiques sophistiqués développés récemment, couplant plusieurs processus,
oeuvrent dans ce sens. Une description probabiliste contribuera de plus à une bon-
ne prise en compte de la variabilité des paramètres d’entrée des modèles in situ.

Bibliographie
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soires, janvier 2002.
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301
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

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302
CHAPITRE 9

La durabilité des armatures


et du béton d’enrobage

V. BAROGHEL-BOUNY, B. CAPRA, S. LAURENS

Résumé
Développé sans cesse depuis la fin du XIXe siècle, le béton armé est aujourd’hui
le matériau de construction le plus répandu dans le monde. Si le béton a la capa-
cité d’empêcher la corrosion des armatures, encore faut-il connaître à quelles
conditions.
La corrosion des armatures a lieu à la suite de la carbonatation du béton d’enro-
bage et/ou de la pénétration des chlorures. Le processus de corrosion est un phé-
nomène électrochimique qui se produit au sein du béton. La détérioration se
déroule en deux étapes, dans la première phase, dite d’amorçage, l’acier est pro-
tégé initialement par l’alcalinité élevée de la solution interstitielle régnant à l’inté-
rieur du béton : il se forme une couche passive mince d’oxydes protecteurs. La
carbonatation du béton en diminuant le pH et/ou une quantité suffisante de chlo-
rures peuvent détruire cette passivité et amorcer la deuxième étape, à savoir la
propagation de la corrosion. L’apport d’oxygène et surtout l’humidité ambiante rè-
glent alors la vitesse de corrosion. La propagation de la corrosion conduit pro-
gressivement à la formation de fissures et au décollement du béton d’enrobage.
Pour améliorer la durabilité des ouvrages en béton armé, il faut autant que pos-
sible allonger la période d’amorçage en utilisant des bétons compacts et peu per-

303
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

méables (en présence de chlorures, les ajouts de laitiers, de cendres volantes ou


de fumées de silice peuvent être bénéfiques). Il faut aussi, évidemment, que
l’épaisseur d’enrobage soit suffisante. Le respect de la réglementation actuelle
(normes européennes), ou d’approches de types performantielles, permettent de
viser une durée de vie donnée. Des modèles numériques permettent de pronos-
tiquer des durées de périodes d’amorçage ainsi que des vitesses de développe-
ment de la corrosion avec prise en compte des incertitudes.
Les méthodes de diagnostic des ouvrages permettent de quantifier, par croise-
ment de différentes techniques, l’état de dégradation dû à la corrosion. Selon l’état
d’avancement des dommages, des mesures préventives, de réhabilitation, voire
de remplacement, seront utilisées afin de garantir la sécurité de l’ouvrage ou, le
cas échéant, sa requalification dans le cadre d’un programme de maintenance.
Mots-clés
ACIER, ARMATURE, CARBONATATION, CHLORURE, CORROSION, ENROBAGE, FISSURA-
TION, HUMIDITÉ, MAINTENANCE, MODÈLES, PASSIVATION, PRÉDICTION, PRÉVENTION,
RÉPARATION, SOLUTION INTERSTITIELLE.

304
La durabilité des armatures et du béton d’enrobage

1. INTRODUCTION : ASPECT ÉCONOMIQUE


DE LA CORROSION
Le béton armé est largement utilisé depuis plus d’un siècle car c’est un matériau
de construction souple d’emploi, économique et durable. L’utilisation d’armatu-
res en acier dans les zones tendues, en raison de la faible résistance à la traction
du béton, permet de concevoir des structures aux emplois divers, le béton fournis-
sant à l’armature un environnement protecteur. Il existe pourtant des situations où
les ouvrages en béton armé se dégradent plus vite ou plus sévèrement que prévu
suite à des fautes de conception et de mise en œuvre ou à une mauvaise utilisation
des matériaux par rapport à l’agressivité de l’environnement. Généralement, les
dégradations observées résultent d’une combinaison de ces différents facteurs.
La corrosion des aciers au carbone dans le béton est l’une des principales patho-
logies des ouvrages de génie civil. Elle concerne de nombreux ouvrages tels que
ceux soumis à une atmosphère chargée en CO2, comme dans les milieux urbains
ou industriels (phénomène de carbonatation), ou des ouvrages soumis à l’exposi-
tion aux ions chlorure (environnement marin, sels de déverglaçage sur ouvrages
routiers).
La corrosion de l’acier dans le béton a reçu une attention croissante durant ces tren-
te dernières années à cause de sa fréquence et des coûts élevés des réparations. Une
étude au Japon montre que 90 % des bâtiments exposés à un environnement marin
présentent des épaisseurs d’enrobage insuffisantes et que le pourcentage de bâti-
ments âgés de 10 ans qui souffrent déjà de détériorations est important [MAS 02].
La corrosion reste la cause de détérioration la plus coûteuse en termes de mainte-
nance. Elle est à l’origine de nombreux défauts apparents qui, s’ils n’engendrent
pas de pertes de capacité portante de la structure, se révèlent nuisibles à l’exploi-
tation de l’ouvrage. En Amérique du Nord, l’investissement tardif dans le domai-
ne de la maintenance provoque actuellement des déficiences structurales
importantes.
Les États-Unis doivent surveiller un parc de près de 586 000 ponts autoroutiers
dont 15 % sont considérés comme structuralement déficients, essentiellement
pour des raisons de corrosion avancée [MAN 04, LAF 05]. La majeure partie du
patrimoine d’ouvrages d’art a été construite durant les années 1930, en réponse à
la crise économique, et durant les années 1950 à 1970 lors de la réalisation du ré-
seau d’autoroutes. Les premiers ouvrages ont atteint leur fin de vie tandis que les
seconds nécessitent des travaux de maintenance majeurs. Le renouvellement ou
le remplacement de ces ponts va coûter plus de 10 milliards de dollars par an
(≈ 8500 M€) au cours des dix prochaines années et ceci uniquement pour couvrir
les déficiences les plus graves [LAF 05, EST 03, FHA 97]. L’analyse du cycle de

305
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

vie estime les coûts indirects pour l’usager, dus aux retards et à la perte de pro-
ductivité, à plus de dix fois les coûts directs de maintenance, réparation et réhabi-
litation des ouvrages corrodés. Dans le cas cité, la corrosion est principalement
induite par les ions chlorure provenant des sels de déverglaçage et de l’exposition
marine.
Au Canada, environ 40 % des ponts autoroutiers ont plus de 40 ans de service. Un
grand nombre d’entre eux exigent un renouvellement ou un remplacement en rai-
son des dommages causés par la corrosion. Ces travaux sont estimés à 10 mil-
liards de dollars canadiens (≈ 6 500 M€) [LAF 05, CUS 04], dont 30 à 50 %
devraient être affectés à la remise en état des tabliers de ponts [LOU 03]. Au Qué-
bec, la majorité des 4000 ponts gérés par le ministère des Transports sont en béton
armé. Un grand nombre d’entre eux ont une durée de service supérieure à 50 ans
et se trouvent dans un état de détérioration avancé. En 1998, on estimait que 25 %
de ces ouvrages souffraient, à des degrés divers, de corrosion des armatures
[VEZ 98]. En Amérique du Nord, le coût total des dégradations de l’infrastructure
en béton liées à la corrosion par les sels de déverglaçage est estimé à 150 milliards
de dollars [BRO 00].
Au Royaume-Uni, le département des transports estime que le coût de réparations
des ponts routiers inventoriés et endommagés par la corrosion, soit environ 10 %,
s’élève à environ 617 millions de livres sterling (≈ 900 M€) [LAF 05, BRO 00].
Le réseau autoroutier suisse compte 1043 ponts routiers, 1096 passages supé-
rieurs et 1095 passages inférieurs (total de 3 234), dont 53 % sont en béton pré-
contraint, 45 % en béton armé et 2 % en acier [CON 00]. Les coûts d’entretien du
réseau autoroutier sont en augmentation durant ces dernières années mais les
montants exacts imputables aux dégâts issus de la corrosion ne sont pas connus.
En France, la direction des Routes du ministère de l’Équipement a conduit en
1997 des enquêtes d’image qualité des ouvrages d’art (enquête IQOA) qui sont
des évaluations précises du patrimoine national [DAL 99]. Il ressort de ces études
que les dégradations observées sur les ouvrages d’art en béton armé sont essen-
tiellement dues à la corrosion des armatures. Sur un échantillon de 315 ponts du
réseau national (hors ponts métalliques et en maçonnerie), la base IQOA indique
que 89 d’entre eux sont atteints de corrosion, soit 28 % de l’échantillon. De plus,
la plupart des désordres touchant les bâtiments est également liée à la corrosion
des aciers.
Les interventions de maintenance engendrent également des coûts indirects impu-
tables à l’utilisateur. Ces coûts comprennent les pertes dues aux ralentissements
et aux attentes, les surcoûts d’exploitation des véhicules et les coûts d’atteinte à

306
La durabilité des armatures et du béton d’enrobage

l’environnement. Ces coûts indirects sont estimés à plus de dix fois les coûts de
maintenance et de remplacement des ouvrages corrodés [YUN 06].
À l’heure actuelle, une période de restriction économique limite les budgets d’en-
tretien et les travaux de réparation accusent des retards. Cette constante pression
sur la disponibilité des budgets de maintenance favorise le développement de
nouvelles technologies de monitoring d’ouvrages, le développement de modèles
plus fiables et la mise en place de surveillances et d’auscultations permettant de
répertorier, de suivre et de prédire l’évolution des détériorations. L’analyse de
l’évolution des détériorations permet de mieux planifier la maintenance et de pro-
céder à un échelonnement optimal des interventions dans le temps et dans l’espa-
ce en maintenant une sécurité adéquate.
Les catastrophes majeures d’ouvrages engendrées par la corrosion sont heureuse-
ment relativement rares mais l’éventualité de telles défaillances ne doit pas être
sous-estimée. La figure 9.1 illustre un effondrement d’ouvrage provoqué par la
corrosion des aciers du béton à l’université Syracuse de New York (rupture d’une
dalle portante de parking en porte-à-faux). L’enquête a conclu que la capacité por-
tante des aciers supérieurs a été réduite par la corrosion provoquée par les sels de
déverglaçage apportés par les voitures en stationnement.

Figure 9.1 : rupture d’une dalle de parking due à la corrosion des aciers.

Le tableau 9.1 recense quelques exemples de défaillances avec les durées de ser-
vice associées. Bien que les évènements survenus sur ces ouvrages aient été en-
gendrés en partie par la corrosion, ils sont souvent dus à la conjonction d’une série
d’évènements critiques.

307
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Tableau 9.1 : défaillances survenues sur des structures par l’action de la corrosion
[CON 06].

Année Durée
Événements Lieu
d’occurrence de service

Effondrement du pont Silver Virginie (États-Unis) 1967 39 ans

Berlin Ouest
Effondrement de la halle de congrès de Berlin Ouest 1980 23 ans
(Allemagne)
Massachusetts
Effondrement du pont Mianus River 1983 26 ans
(États-Unis)

canton d’Uri
Démolition du pont autoroutier Elmenrüti 1984 14 ans
(Suisse)

canton de Zurich
Effondrement du plafond de la piscine d’Uster 1985 13 ans
(Suisse)

Effondrement d’un parking, université de Syracuse New-York (États-Unis) 1995

Harrisburg, Pennsylvanie
Effondrement du pont de Walnut Street 1996 96 ans
(États-Unis)
Effondrement d’une dalle de parking Minnesota (États-Unis)

Effondrement d’une dalle dans la cour d’un collège Yverdon (Suisse) 2005 30 ans

La corrosion des armatures est la première cause de désordre affectant le domaine


du bâtiment. Les manifestations sont des éclats de béton dus à des armatures très
proches de la surface, recouvertes de produits d’oxydation et pouvant générer des
coulures de rouille. Ces sinistres ne remettent généralement pas en cause la stabi-
lité du bâtiment mais engendrent une forte détérioration de l’aspect. La corrosion
des armatures est, dans ce cas, principalement due à la carbonatation du béton,
l’influence des chlorures ne concernant généralement que les ouvrages en milieu
marin ou exposés aux sels de déverglaçage. Les phénomènes de corrosion peu-
vent être relativement rapides en cas de porosité excessive du matériau et/ou d’in-
suffisance d’enrobage.
Dans la perspective d’un développement durable, les infrastructures doivent con-
server les performances requises sur le long terme. Une longévité insuffisante
conduit en effet à des dépenses accrues pour l’entretien. Afin de bâtir et exploiter
des structures fiables et durables, il est nécessaire d’évaluer les coûts du cycle de
vie au même titre que le coût d’investissement de la construction. Par ailleurs,
pour une structure déjà détériorée, un programme de maintenance et de réparation
rationnel doit être établi en rapport avec l’état de la structure. Il est donc important
de pouvoir identifier suffisamment tôt les risques de dégradations possibles et, le
cas échéant, de pouvoir prédire leur évolution afin de mettre en place les stratégies
de maintenance les mieux adaptées.

308
La durabilité des armatures et du béton d’enrobage

2. LES DEUX ÉTAPES DE LA CORROSION DES ACIERS :


INCUBATION ET PROPAGATION
Les manifestations visibles de la corrosion d’un ouvrage (tâches de rouilles, fis-
surations, armatures apparentes corrodées, éclatements de béton) sont les consé-
quences de réactions chimiques endogènes qui ont commencé bien avant que les
désordres ne soient apparents. On distingue schématiquement et successivement
deux phases dans le développement de la corrosion :
– une période d’amorçage, dite aussi période dormante, d’incubation ou d’initia-
tion, durant laquelle la stabilité du système constitué par l’armature métallique
noyée dans la matrice cimentaire du béton décroît progressivement et durant
laquelle se créent les conditions favorables au développement de la corrosion.
L’amorçage de la corrosion peut être provoqué soit par la carbonatation du béton
d’enrobage, soit par la pénétration d’ions chlorure ;
– une période de propagation durant laquelle on observe, en premier lieu, la for-
mation de produits issus de la corrosion de l’armature. Les phénomènes électro-
chimiques de corrosion, décrits plus loin au paragraphe 3, conduisent à la
formation d’oxydes et d’hydroxydes de volumes supérieurs à celui de l’acier sain
(figure 9.2). Ces produits entraînent des contraintes qui peuvent provoquer une
fissuration parallèle aux aciers qui diminue l’adhérence acier/béton, ainsi que
l’éclatement du béton d’enrobage (formation d’épaufrures). Les désordres créés
nuisent à l’aspect esthétique des ouvrages, mais contribuent aussi à affaiblir les
résistances mécaniques. La corrosion conduit aussi à une diminution de la sec-
tion des armatures, homogène dans le cas de la carbonatation, ou par piqûres
(profondes) dans le cas d’une attaque par les chlorures lorsque la concentration
en chlorures a dépassé un seuil « critique » de dépassivation [ALO 00]. On con-
sidère généralement que la capacité fonctionnelle de l’ouvrage est entamée dès la
destruction du béton d’enrobage, même si la réduction de la section des armatu-
res ne contribue pas encore à produire des défauts structurels.

Fe

Fe3O4

Fe(OH)2

Fe(OH)3

Fe(OH)3, 3H2O

0 1 2 3 4 5 6
Volume (cm3)

Figure 9.2 : augmentation de volume des produits d’oxydation du fer.

309
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

La figure 9.3 illustre les différentes phases précédentes selon le modèle de Tuutti
[TUU 82].

I II

Volume des produits de corrosion


Amorçage Propagation

Temps
Figure 9.3 : schéma de dégradation des armatures au cours du temps, d’après [TUU 82].
Après une période d’amorçage, ou d’incubation (zone I), la corrosion débute (point A). Elle se poursuit
dans une phase de propagation (zone II) et conduit à une dégradation progressive du béton qui s’ac-
célère après la destruction de l’enrobage (point D).

À la surface d’un ouvrage, les signes visibles de la corrosion apparaissent bien


après le début de la phase de propagation car la rouille aura dû migrer des aciers
jusqu’à la surface. De même, la fissuration ne sera visible qu’après l’existence
d’une quantité de rouille suffisante pour fissurer le béton d’enrobage.
La période d’amorçage est capitale dans la préservation des armatures puisqu’elle
va contrôler le début des phénomènes de corrosion. Si l’enrobage en béton est un
élément essentiel de protection, sa seule épaisseur n’est pas nécessairement syno-
nyme de durabilité. Ses caractéristiques de transfert (perméabilité, diffusivité)
sont essentielles car elles assurent la fonction de barrière vis-à-vis des agents
agressifs. L’environnement (température, humidité) joue également un rôle im-
portant sur la résistance de cette barrière.
La figure 9.4 donne des exemples de dégradations d’ouvrages dues à la corrosion
(fissuration, éclatement localisé, éclatement généralisé). L’apparition des fissures
à la surface est la conséquence des réactions qui ont démarré bien avant les mani-
festations visibles. L’état ultime correspond à un éclatement du béton, avec ris-
ques de chute des morceaux de béton dans le cas d’éléments verticaux. Les
fissurations sont souvent accompagnées, voire précédées dans certains cas, d’ex-
sudations (tâches de rouille).

310
La durabilité des armatures et du béton d’enrobage

Si l’éclatement du béton n’entraîne pas de conséquences structurelles directes


(dans les règlements de calcul le béton n’est pas pris en compte dans les zones ten-
dues), la perte de section d’acier influence fortement la capacité portante de
l’ouvrage. Une étude expérimentale réalisée au LMDC de Toulouse sur des pou-
tres en béton armé soumises pendant 14 ans à un environnement agressif à permis
d’aboutir aux conclusions suivantes [CAS 00a, CAS 00b] :
– à la rupture, seule intervient la réduction de section des armatures ; celle-ci
entraîne une diminution de la capacité portante de près de 20 % et une diminu-
tion de la ductilité de l’ordre de 70 % due en partie à la perte de ductilité des
aciers tendus ;
– le comportement mécanique résiduel en service des poutres corrodées est con-
trôlé à la fois par la réduction de la section d’acier mais également par la perte
d’adhérence acier-béton.
Ces manifestations, lorsqu’elles sont visibles, sont le signe d’une corrosion active
qui a entraîné des dommages. Dès lors, la mise en place d’actions de maintenance
plus ou moins lourdes afin de réparer l’ouvrage est nécessaire. Il est donc impor-
tant pour un maître d’ouvrage de ne pas attendre que les désordres se manifestent
pour intervenir (approche curative) mais de pouvoir anticiper ceux-ci (approche
préventive).

a) Fissuration b) Éclatement localisé c) Éclatement généralisé

Figure 9.4 : exemples de détériorations dues à la corrosion d’ouvrages en béton armé


(© OXAND).

311
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

3. LES MÉCANISMES DE CORROSION DES ACIERS


3.1. L’environnement basique de l’acier dans le béton sain
Lors du gâchage d’un béton à base de ciment Portland, les principaux anhydres
contenus dans le clinker (silicates C2S et C3S, aluminates C3A et C4AF) s’hydra-
tent au contact de l’eau (voir chapitre 2). Dès les premiers instants, on peut mesu-
rer un pH très basique de l’ordre de 13,5 à 14 dans le liquide interstitiel. De
manière schématique, l’hydratation de C2S et C3S conduit à la formation de sili-
cates de calcium hydratés (C-S-H), qui sont à l’origine de la résistance de la ma-
trice, et de portlandite Ca(OH)2 sous forme de cristaux légèrement solubles. La
portlandite réagit avec les sulfates alcalins, toujours présents en quantité mineure
dans le ciment, pour donner les hydroxydes correspondants :
Ca(OH)2 + K2SO4 → CaSO4 + 2 KOH
Ca(OH)2 + Na2SO4 → CaSO4 + 2 NaOH
Le pH élevé de la solution interstitielle est dû à la présence en grande quantité
d’ions OH– provenant des bases alcalines et de la chaux dont la solubilité dépend
précisément de la concentration en ions OH–. Après quelques heures, la solution
interstitielle s’enrichit progressivement en bases alcalines NaOH et surtout KOH,
alors que la concentration en chaux décroît et devient négligeable à long terme
comme l’indique la figure 9.5 [LON 73]. Ceci explique que le pH reste largement
supérieur à 13 alors qu’une solution saturée de chaux n’a qu’un pH de 12,5.

103
OH–

K2O

102
Teneur (mmol/kg)

Na2O

SO3
10

CaO
1
10 15 30 60 min 5h 2 7 28 90 j 6 mois 2 ans

Temps

Figure 9.5 : évolution de la composition de la solution interstitielle d’une pâte de ciment


au cours du temps, d’après [LON 73].

312
La durabilité des armatures et du béton d’enrobage

La phase aqueuse est extraite par compression de pâtes pures de rapport E/C = 0,5. Sa basicité croît
rapidement et devient alcaline, alors que la teneur en chaux décroît de façon significative.
Après environ 6 mois, l’évolution des différentes espèces devient faible et les valeurs atteintes sont
alors celles du milieu dans lequel baignent les armatures métalliques. Soumises à un environnement
basique formé par la phase aqueuse fortement chargée en ions (provenant de l’hydratation du ciment
ou ayant pénétré depuis l’extérieur dans le béton par l’intermédiaire du réseau poreux), ces armatures
vont être soumises à des réactions électrochimiques.

3.2. La corrosion : un phénomène électrochimique


La corrosion représente l’attaque destructive d’un métal par des réactions électro-
chimiques qui conduisent à un transfert d’ions et d’électrons à l’interface métal/
solution. À la surface du métal, deux types de réactions couplées correspondant
au processus de corrosion/oxydation, ont lieu :
• une réaction anodique, ou d’oxydation du métal, correspondant à la formation,
à partir de l’état métallique, d’ions passant en solution
Fe → Fen+ + ne–
La cinétique de cette réaction est régie par la capacité du milieu électrolytique à
accepter la présence d’ions ferreux Fe2+ ou ferriques Fe3+. La concentration de
ces ions dépend de la nature des anions présents en solution et de la valeur du pro-
duit de solubilité des anions et des ions ferreux ou ferriques ;
• une réaction cathodique correspondant à la réduction d’un oxydant présent
dans la solution par capture d’électrons fournis par la cathode. Selon la disponi-
bilité en oxygène de l’environnement, on obtient :
– en l’absence d’oxygène :
2H2O + 2e– → 2OH- + H2
2H3O+ + 2e– → 2H2O + H2
– en présence d’oxygène :
O2 + 2H2O +4e– → 4OH-ou O2 + 4H3O+ + 4e– → 6H2O
Ces réactions principales d’oxydoréduction sont suivies des réactions secondaires
de formation des produits de corrosion à la surface du métal:
Fen+ + nOH– → Fe(OH)n
2 Fe(OH)n ↔ FexOy + H2O
Elles sont illustrées schématiquement par la figure 9.6:

313
LA DURABILITÉ DES BÉTONS

Atmosphère
O2 H2O

Fe2 O3, H2O


Fe(OH)2 OH– Béton
d'enrobage Film passif
Fe2+

e– Armature en acier

Anode (–) Cathode (+)

Figure 9.6 : schéma de formation des produits de corrosion, d’après [DUV 92].
La création d’une pile électrochimique locale sur l’acier entre les zones cathodique et anodique en
présence d’eau et d’oxygène conduit à la dissolution du métal au niveau de l’anode et la précipitation
de différents oxydes ferreux.

Selon les études réalisées à l’Université de Nancy sur les différents types de
rouilles vertes [REF 93, GEN 96, GEN 98, GEN 01, LEG 01], la formation des
différents produits de corrosion comprend les étapes suivantes :
– dissolution du fer sous forme d’ions ferreux Fe2+ ;
– formation d’hydroxyde ferreux Fe(OH)2 ;
– formation de rouille verte stable en l’absence d’oxygène ([FeII3 FeIII (OH)8] +
[Cl.H2O]– en présence de chlorures ou [FeII4 FeIII2 (OH)12]2+ [CO3 2H2O]2–
dans un béton carbonaté) ;
– formation de ferrihydrite 5Fe2O3.9H2O;
– formation d’autres oxydes (goethite (α - FeOOH), lépidocrocite (γ - FeOOH),
akagénite (β - FeOOH), magnétite (Fe3 O4)) qui correspondent à la rouille rouge
et gonflante connue classiquement, ou stabilisation de la ferrihydrite.
Ces études ont également conduit à proposer, pour ces composés intermédiaires,
la formule générale :
[FeII(1-x) FeIIIx (OH)2]x+· [(x/n) An–·(m/n) H2O]x–
dans laquelle x est le rapport FeIII/Fetotal et An–, l’anion considéré (OH–, Cl–,
SO42– ou CO32–).

314
La durabilité des armatures et du béton d’enrobage

Le schéma réactionnel de la corrosion implique la présence simultanée de quatre


milieux où ont lieu les processus élémentaires :
– une zone anodique correspondant à l’oxydation du fer ;
– une zone cathodique correspondant à la réduction d’espèces chimiques en
solution (par exemple l’eau ou l’oxygène dissous) ;
– un milieu conducteur d’électrons (l’acier) ;
– un milieu électrolytique (le liquide interstitiel du béton).
Les réactions anodiques et cathodiques sont caractéristiques du couple métal/so-
lution. À l’échelle macroscopique, elles ont lieu simultanément et au même en-
droit. Localement, les surfaces des zones anodique et cathodique sont variables.
Lorsqu’un conducteur électronique (métal) est en contact avec un conducteur io-
nique (électrolyte), il constitue une électrode. L’interface entre les deux phases
correspond pour chacune d’elles à une très forte perturbation dans la distribution
locale des charges électriques, dont la densité moyenne locale est normalement
nulle. Il s’établit ainsi de part et d’autre de l’interface des charges d’espace non
nulles, électronique du côté du métal et ionique du côté de la solution. En premiè-
re approximation, ces charges électriques de signes opposés peuvent être consi-
dérées comme situées dans deux plans parallèles correspondant à un condensateur
électrique. Il existe ainsi entre les deux « plaques » de ce condensateur une diffé-
rence de potentiel appelée « potentiel d’électrode » ou « potentiel électro-
chimique » ou « potentiel du métal » (sous entendu par rapport à la solution) et
dans tout l’espace concerné, un très fort champ électrique. Lorsque le métal est
mis au contact de l’electrolyte ce potentiel s’établit spontanément, on parle ainsi
de potentiel « spontané » ou « libre ».
Ce champ électrique et le potentiel d’électrode associé influent naturellement sur
les transferts de charges électriques entre les deux phases métal et solution, c’est-
à-dire sur les réactions anodique et cathodique. En sens inverse, ces transferts mo-
difie