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Logiques Mathématiques

Abdoul Salam DIALLO 1


Université Alioune DIOP de Bambey
UFR SATIC, Département de Mathématiques
B.P. 30, Bambey, Sénégal

1 Introduction
Au départ de toute théorie mathématique, se trouve un petit nombre d’énoncés
que l’on pose comme vrais à priori (on les appelle des axiomes ou postulats),
à partir desquels se déduisent d’autres résultats. Un résultat mathématique
qui mérite d’être retenu est en général qualifié de proposition. Suivant son
importance dans le cadre d’une théorie donnée, un résultat mathématique peut
être qualifié de:
• Lemme: résultat mathématique de moindre importance qui permet à
l’établissement des résultats plus importants.

• Théorème: résultat mathématique d’une importance


• Corollaire: conséquence importante d’un théorème.
• Conjecture: est un résultat mathématique que l’on suppose vraie sans
parvenir à le démontrer.

Un résultat mathématique est un énoncé vrai qui se démontre.

Un résultat mathématique est donc un énoncé que l’on peut déduire à partir
d’axiomes ou postulats ou d’autres résulats mathématiques établis en s’appuyant
sur des règles de logique.

Le but de ce chapitre est de préciser certaines règles de logique sur lesquelles nous
nous appuierons pour justifier les raisonnements utilisés dans les démonstrations
mathématiques.

Les mathématiques modernes sont bâties de la façon suivante:

• on part d’un petit nombre d’affirmations (axiomes ou postulats), sup-


posées vraies à priori et que l’on ne cherche donc pas à démontrer;
• on suppose que certaines affirmations sont vraies, comment montrer qu’une
affirmation donnée est vraie;

• on définit ensuite la notion de démonstration;


1 E-mail: abdoulsalam.diallo@uadb.edu.sn

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• on décide enfin de qualifier de vraie toute affirmation obtenue en fin de
démonstration.
A partir des axiomes, on obtient donc des théorèmes qui viennent petit à petit
enrichir la théorie mathématique.
Remark 1.1. Par exemple, la géométrie euclidienne est basée sur cinq d’axiomes.
L’un de ces axiomes est le postulat numéro 5 qui affirme que par un point donné
passe une et une seule droite parallèle à une droite donnée.

2 Proposition
Definition 2.1. On appelle proposition un énoncé qui est vrai dans certaines
conditions, faux dans d’autres, mais dont on peut toujours dire s’il est vrai ou
s’il est faux.
La propriété essentielle d’une proposition est d’être dotée de l’une des valeurs
de vérité (V ) vraie ou (F ) fausse .
Example 2.1. ”n est un nombre entier et n est multiple de 2” est une propo-
sition vraie pour les nombres pairs mais fausse pour les nombres impairs;
Definition 2.2. On appelle assertion une proposition qui est toujours vraie ou
qui est toujours fausse.
Example 2.2. Les énoncés suivants sont des assertions:
• 7 > 5 est une assertion vraie;

• 7 est un nombre rationnel est une assertion fausse;
• cos(nπ) = (−1)n est une assertion vraie;
• 5 × 6 = 60 est une assertion fausse;
• 10 est un nombre premier est une assertion fausse.
Definition 2.3. (Prédicat) Un prédicat est un énoncé contenant des lettres
appelées variables tel que quand on remplace chacune de ces variales par un
élément d’un ensemble donné on obtient une assertion.
Example 2.3. L’énoncé suivant est un prédicat:
P (n) défini par n est un multiple de 5 est un prédicat.
Il dévient une assertion quand on donne une valeur à n:
• P (10) = 10 est un multiple de 5 est une assertion vraie.
• P (13) = 13 est un multiple de 5 est une assertion fausse.
Example 2.4. L’énoncé P (x, A) défini par x ∈ A est un prédicat à deux vari-
ables.
• P (1, N) est une assertion vraie.

• P ( 2, Q) est une assertion fausse.
Remark 2.1. Une assertion est un prédicat sans variable.

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3 Les connecteurs logiques
A partir d’une ou plusieurs assertions (ou propositions), on peut en construire
d’autres propositions.
Definition 3.1. (Négation) Soit P une proposition. La négation de P est la
proposition notée eP et on lit (non P ) qui
• est vraie si P est fausse;
• fausse si P est vraie.

La valeur de vérité de eP en fonction de celle de P est donnée par un tableau


appelé table de vérité de eP

P eP
V F
F V

Example 3.1. Soit la proposition 32 est un mulitple de 2. Il s’agit d’une


proposition vraie. Sa négation est 32 n’est pas un mulitple de 2. Il s’agit d’une
proposition fausse.

Example 3.2. La négation de la proposition x ≥ 0 est x < 0 et non pas x ≤ 0.


Example 3.3. La négation de la proposition x ∈ A est x ∈
/ A.
Proposition 3.1. Soit P une proposition. Alors on a: e(eP ) = P

Proof. On montre facilement que e(eP ) et P ont les mêmes valeurs de vérité.
En effet, on a:

P eP e(eP )
V F V
F V F

Remark 3.1. D’autres auteurs utilisent aussi la notation P .

Definition 3.2. (Conjonction) Soient P et Q deux propositions. On appelle


conjonction de P et Q, la proposition notée P ∧ Q et on lit (P et Q) qui
• est vraie si P et Q sont vraies simultanément;
• est fausse dans les autres cas.

On a la table de vérité de P ∧ Q

P Q P ∧Q
V V V
V F F
F V F
F F F

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Example 3.4. Soit le prédicat P (x) défini par x ≤ 1 pour tout x ∈ R et le
prédicat Q(x) défini par x ≥ 2 pour tout x ∈ R. Alors le prédicat P (x) ∧ Q(x)
est défini par
x ≤ 1 et x ≥ 2 pour tout x ∈ R.
Remark 3.2. On a toujours: P ∧ P = P .
Proposition 3.2. Soient P, Q et R trois propositions. Alors on a:

P ∧Q = Q∧P
(P ∧ Q) ∧ R = P ∧ (Q ∧ R)

On a deux significations du mot ou. Il y’a le ou inclusif qui signifie soit l’un,
soit l’autre, soit les deux et le ou exclusif qui signifie soit l’un, soit l’autre, mais
pas les deux. On notera le ou inclusif par ∨ et le ou exclusif par w.
Definition 3.3. (Disjonction inclusive) Soient P et Q deux propositions. On
appelle disjonction inclusive de P et Q, la proposition notée P ∨ Q qui se lit (P
ou Q) qui
• est fausse si P et Q sont fausses;
• est vraie dans les autres cas.

On a la table de vérité de P ∨ Q suivante:

P Q P ∨Q
V V V
V F V
F V V
F F F

Example 3.5. Soit le prédicat P (x) défini par x ≤ 1 pour tout x ∈ R et le


prédicat Q(x) défini par x ≥ 2 pour tout x ∈ R. Alors le prédicat P (x) ∨ Q(x)
est défini par
x ≤ 1 ou x ≥ 2 pour tout x ∈ R.
Il est vrai si x ∈] − ∞; 1] ∪ [2; +∞[ et faux si x ∈]1; 2[.
Remark 3.3. On a toujours : P ∨ P = P .
Proposition 3.3. Soiet P, Q et R trois propositions. Alors on a:

P ∨Q = Q∨P
(P ∨ Q) ∨ R = P ∨ (Q ∨ R).

Proposition 3.4. (Lois de Morgan) Soient P et Q deux propositions. On a:


1. e(P ∧ Q) = (eP ) ∨ (eQ).
2. e(P ∨ Q) = (eP ) ∧ (eQ).

Proof. On a:

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1. On démontre la première à l’aide d’une table de vérité.
2. On a la deuxième d’après la table de vérité suivante:

P Q P ∨ Q e(P ∨ Q eP eQ (eP ) ∧ (eQ)


V V V F F F F
V F V F F V F
F V V F V F F
F F F V V V V

Remark 3.4. La négation de ∧ est ∨ et la négation de ∨ est ∧.


Proposition 3.5. Soient P, Q et R trois propositions. On a:
1. (P ∧ Q) ∨ R = (P ∨ R) ∧ (Q ∨ R).
2. (P ∨ Q) ∧ R = (P ∧ R) ∨ (Q ∧ R).
Proof. On a:
1. On a la première d’après la table de vérité suivante:

P Q R P ∧ Q (P ∧ Q) ∨ R P ∨R Q∨R (P ∨ R) ∧ (Q ∨ R)
V V V V V V V V
V V F V V V V V
V F V F V V V V
V F F F F V F F
F V V F V V V V
F V F F F F V F
F F V F V V V V
F F F F F F F F

On lit les mêmes valeurs de vérité dans les cinquième et huitième colonnes.
2. On démontre la deuxième à l’aide d’une table de vérité.

Definition 3.4. (Disjonction exclusive) Soient P et Q deux propositions. On


appelle disjonction exclusive de P et Q, la proposition notée P W Q et on lit(ou
P ou Q) qui
• est vraie si une et une seule des propositions P ou Q est vraie;
• et fausse dans les autres cas.
On a la table de vérité de P W Q

P Q PWQ
V V F
V F V
F V V
F F F

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Definition 3.5. (Implication) Soient P et Q deux propositions. On appelle
implication logique de P et Q, la proposition notée P ⇒ Q qui
• est fausse si P est vraie et Q fausse;
• et vraie dans les autres cas.
On a la table de vérité de P ⇒ Q

P Q P ⇒Q
V V V
V F F
F V V
F F V

Remark 3.5. La proposition P =⇒ Q équivaut à P et Q sont vraies ou il existe


une relation entre P et Q.
Proposition 3.6. (Transitivité de l’implication) Soient P, Q et R trois propo-
sitions. Alors on a:

((P ⇒ Q) ∧ (Q ⇒ R)) = P ⇒ R.

Proof. Cette proposition se démontre à l’aide d’une table de vérité à 8 lignes.


Proposition 3.7. Soient P et Q deux propositions. On a:

P ⇒ Q =eP ∨ Q.

Proof. P ⇒ Q à les mêmes valeurs de vérité que eP ∨ Q.


Proposition 3.8. (Négation d’une implication) Soient P et Q deux proposi-
tions. On a:
e(P ⇒ Q) = P ∧eQ
Proof. On a:

P ∧ Q = P ∧ Q car P =P
= P ∨Q
= P ⇒ Q d’après la proposition précédente.

Proposition 3.9. (Contraposée d’une implication) Soient P et Q deux propo-


sitions. On a:
eQ ⇒eP = P ⇒ Q
Proof. On a:

P ⇒Q = P ∨Q=Q∨P
= Q∨P
= Q ⇒ P.

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Remark 3.6. L’implication eQ ⇒eP s’appelle contraposée de l’implication
P ⇒ Q. Elle fournie un type un raisonnement: raisonnement par contrapo-
sition.

Definition 3.6. L’implication Q ⇒ P s’appelle l’implication réciproque de P ⇒


Q.
Definition 3.7. (Équivalence) Soient P et Q deux propositions. On appelle
équivalence de P et Q, la proposition (P équivaut à Q) notée P ⇔ Q qui est
vraie si P et Q sont toutes deux vraies ou toutes deux fausses.
On a la table de vérité de P ⇔ Q

P Q P ⇔Q
V V V
V F F
F V F
F F V

Proposition 3.10. Soient P et Q deux propositions. On a:

P ⇔Q = Q⇔P
(P ⇔ Q) ∧ (Q ⇔ R) = P ⇔R

Proposition 3.11. Soient P et Q deux propositions. On a:

P ⇔ Q = (P ⇒ Q) ∧ (Q ⇒ P ).

Proof. Il faut montrer que les deux propositions P ⇔ Q et (P ⇒ Q) ∧ (Q ⇒ P )


ont les mêmes tables de vérités.
Remark 3.7. Une équivalence signifie deux implications, l’une de gauche à
droite et l’autre de droite à gauche.

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4 Quantificateurs
Dans cette section, on donne les outils nécessaires à la formulation précise
d’énoncés mathématiques. On veut par exemple formaliser des phrases du type
suivant:
• Étant donné un nombre entier quelconque, en lui ajoutant 2, on obtient
encore un nombre entier;
• la somme de deux nombres positifs quelconques est un nombre positif;
• le carré de n’importe quel nombre réel est un nombre positif;
• tout nombre réel positif est le carré d’un nombre réel
• etc.
Plus précisément, on cherche une manière systématique de décrire des énoncés
utilisant le moins de mots possible.

On introduit donc les quantificateurs quel que soit et il existe.


Definition 4.1. (Quantificateur universel) Soit P (x) une proposition définie
sur un ensemble E non vide. Le quantificateur quel que soit noté ∀ permet de
définir la propostion quantifiée

∀x ∈ E, P (x)

qui est vraie si pour tous les éléments x appartenant à E, la proposition P (x)
est vraie. Le quantificateur ∀ est appelé quantificateur universel.
Example 4.1. Avec le quantificateur universel, on peut traduire la proposition
suivante: étant donné un nombre entier quelconque, en lui ajoutant 2, on obtient
encore un nombre entier, par:

∀n ∈ N, n + 2 ∈ N.

Example 4.2. Avec le quantificateur universel, on peut traduire la proposition


suivante: la somme de deux nombres positifs quelconques est un nombre positif,
par

∀x ≥ 0, ∀y ≥ 0, x + y ≥ 0.

Example 4.3. Avec le quantificateur universel, on peut traduire la proposition


suivante: le carré de n’importe quel nombre réel est un nombre positif, par

∀x ∈ R, x2 ≥ 0.

Definition 4.2. (Quantificateur existentiel) Soit P (x) une proposition définie


sur un ensemble E non vide. Le quantificateur il existe noté ∃ permet de définir
la propostion quantifiée
∃x ∈ E, P (x)
qui est vraie si on peut trouver (au moins) un élément x appartenant à E, tel que
la proposition soit vraie. Le quantificateur ∃ est appelé quantificateur existentiel.

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Example 4.4. Avec le quantificateur existentiel, on peut traduire la proposition
suivante: tout nombre réel positif est le carré d’un nombre réel, par

∀x ≥ 0, ∃y ∈ R, x = y 2 .

Remark 4.1. S’il en existe un et un seul on pourra écrire

∃!x ∈ E, P (x)

et on dira qu’il existe au moins un élément x de E vérifiant P (x).


Remark 4.2. Si la proposition

∀x ∈ E, P (x)

est vraie alors la proposition

∃x ∈ E, P (x)

est vraie.
Remark 4.3. La virgule , se lit tel que. D’autres utilisent / à la place de la
virgule ,.
Exercice Écrire avec des quantificateurs les propositions suivantes:
1. f est la fonction nulle (où f est une fonction de R dans R).
2. Le dénominateur D de f s’annule au moins une fois sur R.
3. f est l’identité de R (cad la fonction qui, à chaque réel, associe lui-même).
4. f est croissante sur R (où f est une fonction de R dans R).
5. L’équation sin x = x a une et une seule solution dans R.
6. Il existe un nombre rationnel dont le carré vaut deux.
7. Soit f : E → F . On dit que f est surjective si tout élément de F est
l’image par f d’au moins un élément de E.
Solution
1. ∀x ∈ R, f (x) = 0.
2. ∃x ∈ R/D(x) = 0.
3. ∀x ∈ R, f (x) = x.
4. ∀(a, b) ∈ R2 , (a ≤ b ⇒ f (a) ≤ f (b))
5. ∃!x ∈ R/ sin x = x.
6. ∃x ∈ Q, x2 = 2.
7. ∀y ∈ F, ∃x ∈ E, y = f (x).
Proposition 4.1. (Règles de négation) Soient E un ensemble et P (x) une
proposition dont les valeurs de vérités sont fonction des éléments x de E.

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• non(∀x ∈ E, P (x)) ≡ ∃x ∈ E, non(P (x)).
• non(∃x ∈ E, P (x)) ≡ ∀x ∈ E, non(P (x)).
Remark 4.4. La négation de ∀ est ∃ et la négation de ∃ et ∀.
Example 4.5. (Exemples de négations)
1. La négation de la proposition: ∀x ∈ [1, +∞[, x2 ≥ 1) est la proposition:
∃x ∈ [1, +∞[, x2 < 1.
2. La négation de la proposition: ∃z ∈ C, z 2 + z + 1 = 0 est la proposition:
∀z ∈ C, z 2 + z + 1 6= 0.
3. La négation de la proposition: ∀x ∈ R, x + 1 ∈ Z est la proposition:
∃x ∈ R, x + 1 6∈ Z.
Proposition 4.2. Soit E un ensemble non vide. Soient P (x) et Q(x) deux
propositions sur E. On a:

non(∀x ∈ E, (P (x) ⇒ Q(x))) ≡ ∃x ∈ E, (P (x) ∧ non(Q(x))).

Example 4.6. La définition d’une fonction f continue en un réel x0 est donnée


par:
∀ε > 0, ∃η > 0/∀x ∈ Df , |x − x0 | < η ⇒ |f (x) − f (x0 )| < ε.
La négation de cette définition est donnée par:

∃ε > 0/ ∀η > 0, ∃x ∈ Df / |x − x0 | < η et |f (x) − f (x0 )| ≥ ε.

0n rappelle que la négation de P ⇒ Q est P ∧ Q et la négation de < est ≥.


Exercice Écrire avec des quantificateurs les propositions suivantes:
1. f n’est pas nulle (où f est une fonction de R dans R).
2. Le dénominateur D de la fraction ne s’annule pas sur R.
3. f n’est pas l’identité de R (où f est une fonction de R dans R).
4. f n’est pas croissante sur R (où f est une fonction R dans R).
Solution
1. ∃x ∈ R/f (x) 6= 0.
2. ∀x ∈ R, D(x) 6= 0.
3. ∃x ∈ R/f (x) 6= x.
4. ∃(a, b) ∈ R2 /(a ≤ b et f (a) > f (b))
Proposition 4.3. (Distribution) Soient E un ensemble non vide et P (x), Q(x)
deux propositions dont les valeurs de vérité sont fonction des éléments x de E.
1. (∀x ∈ E, P (x) ∧ Q(x)) ⇔ (∀x ∈ E, P (x)) ∧ (∀x ∈ E, Q(x)).
2. (∃x ∈ E, P (x) ∨ Q(x)) ⇔ ((∃x ∈ E, P (x)) ∨ (∃x ∈ E, Q(x))).

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Remark 4.5. On peut distribuer ∀ sur ∧ et ∃ sur ∨.
Proposition 4.4. Soient E un ensemble non vide et P (x), Q(x) deux proposi-
tions dont les valeurs de vérité sont fonction des éléments x de E.
1. ((∀x ∈ E, P (x)) ∨ (∀x ∈ E, Q(x))) ⇒ (∀x ∈ E, P (x) ∨ Q(x)).
2. (∃x ∈ E, P (x) ∧ Q(x)) ⇒ (∃x ∈ E, P (x)) ∧ (∃x ∈ E, Q(x)).
Remark 4.6. On ne peut pas distribuer ∀ sur ∨ et ∃ sur ∧.
Example 4.7. Soient les deux propositions:

(∃x ∈ R/ cos x = 0) et (∃x ∈ R/ sin x = 0),

et
(∃x ∈ R/ cos x = 0 et sin x = 0).
La première proposition est vraie car 0 est un réel x tel que sin x = 0 et π2 est un
réel x tel que cos x = 0. Ainsi, dans les deux propositions (∃x ∈ R/ cos x = 0)
et ∃x ∈ R/ sin x = 0, la lettre x utilisée deux fois ne désigne pas forcément un
même nombre. La deuxième proposition est fausse.
Example 4.8. On rappelle qu’une fonction f de R dans R est monotone si
et seulement si elle est croissante ou décroissante sur R. Ceci s’écrit avec des
quantificateurs:

(∀(a, b) ∈ R2 , (a ≤ b ⇒ f (a) ≤ f (b))) ou (∀(a, b) ∈ R2 , (a ≤ b ⇒ f (a) ≥ f (b))),

et ne s’écrit pas

(∀(a, b) ∈ R2 , (a ≤ b ⇒ f (a) ≤ f (b) ou f (a) ≥ f (b)).

Cette deuxième proposition est vérifiée pour toute fonction f de R dans R.


Proposition 4.5. (Permutation) Soit E un ensemble non vide et P (x, y) une
proposition dont les valeurs de vérit́e sont fonctions de deux éléments x, y de E.
On a:
1. (∀x ∈ E, ∀y ∈ E, P (x, y)) ⇔ (∀y ∈ E, ∀x ∈ E, P (x, y)).
2. (∃x ∈ E, ∃y ∈ E/ P (x, y)) ⇔ (∃y ∈ E, ∃x ∈ E/ P (x, y)).
Remark 4.7. On peut permuter les quantificateurs de même nature.
Remark 4.8. La proposition

(∀x ∈ E, ∀y ∈ E, P (x, y))

peut s’écrire plus simplement

∀(x, y) ∈ E 2 , P (x, y)

et la proposition
(∃x ∈ E, ∃y ∈ E, P (x, y))
peut s’écrire plus simplement

∃(x, y) ∈ E 2 , P (x, y).

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Remark 4.9. On ne peut pas permuter des quantificateurs de natures différents.
Les quantificateurs ∀ et ∃ ne commutent pas. Par exemple les énoncés suivant
ne sont pas du tout équivalents (ils sont même contradictoires):

• ∀x ∈ R, ∃y ∈ R, x ≤ y.
• ∃y ∈ R, ∀x ∈ R, x ≤ y.
La première phrase signifie que pour tout nombre réel, on peut trouver un nombre
réel plus grand. La seconde phrase signifie qu’il existe un nombre réel plus grand
que tous les autres.

1. Quand on écrit ∃x/∀y l’élément x est fourni une bonne fois pour toutes
avant les y et est donc constant quand y varie.
2. Quand on écrit ∀y, ∃x l’élément x est fourni après chaque y. Il dépend de
y et peut donc variér quand y varie.

Example 4.9. L’ordre des quantificateurs est important. Par exemple les deux
propositions:

∀x ∈ R, ∃y ∈ R, x + y > 0 et ∃y ∈ R, ∀x ∈ R, x + y > 0

sont différentes. La première est vraie, la seconde est fausse. En effet une
proposition se lit de gauche vers la droite, ainsi la première phrase affirme: pour
tout réel x, il existe un réel y (qui peut donc dépendre de x) tel que x+y > 0. (Il
suffit prendre y = x + 1). C’est donc une phrase vraie. Par contre la deuxième
se lit: il existe un réel y, tel que pour tout réel x, x + y > 0. Cette phrase est
fausse, cela ne peut pas être le même y qui convient pour tous les x!.
On a le résultat suivant:
Proposition 4.6. ((∃x ∈ E)/(∀y ∈ E, P (x, y))) ⇒ (∀y ∈ E, ∃x ∈ E/P (x, y)).
Exercice Écrire avec des quantificateurs les propositions suivantes:

1. f est constante sur R (où f est une fonction de R dans R).


2. f n’est pas constante sur R.
Solution

1. ∃C ∈ R/∀x ∈ R, f (x) = C.
2. ∀C ∈ R, ∃x ∈ R/f (x) 6= C.

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5 Raisonnement et Démonstration
Dans cette section, nous serons amenés à distinguer entre apprendre à raisonner
et apprendre à démontrer.

5.1 Introduction
1. Raisonner, c’est produire des inférences, c’est-à-dire, élaborer, à partir
des informations que l’on possède déjà sur une certaine situation, des
informations nouvelles.
2. Démontrer, c’est écrire un texte qui suit des règles particulières. Bien sûr
l’écriture d’une démonstration s’accompagne d’un raisonnement. Mais ce
raisonnement peut contenir des étapes que la démonstration ne reflétera
pas.

Remark 5.1. On peut raisonner sans produire de texte ou en produisant un


texte qui ne soit pas une démonstration: utilisation de figures, de schémas,
d’analogies, de calculs.
Remark 5.2. Dans le raisonnement interviennent des connaissances partic-
ulières: ainsi par exemple en géométrie on s’aide de dessins mais aussi des
règles de la démonstration. On voit que ces connaissances dépendent du do-
maine et donc que notre façon de raisonner dépend de la situation. Plusieurs
recherches montrent qu’il suffit de modifier certains détails en apparence in-
signifiants d’une situation pour modifier les raisonnements des personnes con-
frontées à cette situation. Ainsi raisonner en mathématiques ce n’est pas la
même chose que raisonner dans d’autres domaines.
Remark 5.3. La démonstration met en jeux les opérations suivantes: la con-
jonction, la disjonction, l’implication et la négation. L’équivalence quant à elle,
n’est que la conjonction de deux implications. A celà, on ajoute les quantifica-
teurs existentiel et universel.

La démonstration repose sur une liste de connaissances appelée à évoluer. Cette


liste comprend tous les axiomes et théorèmes connus, mais peut également
évoluer par ajout de propriétés au cours de la démonstration. Il convient d’abord
de clairement séparer ce qu’on sait ou suppose vrai (théorèmes, définitions, mais
aussi hypothèses diverses, qu’on regroupera sous le terme général de liste des
connaissances), de la conclusion à laquelle on veut arriver. Par ailleurs, il con-
vient de savoir qu’une démonstration ne consiste pas forcément à partir de
l’hypothèse, puis par une suite de déductions logiques, à arriver à la conclusion.
On peut bien sûr partir de l’hypothèse pour en déduire diverses propriétés en
espérant que l’une d’elles finira par être la conclusion cherchée, mais on peut
aussi partir de la conclusion pour trouver des propriétés à partir desquelles la
conclusion se déduit, en espérant ainsi remonter jusqu’aux hypothèses. On peut
également opérer simultanément les deux démarches jusqu’à tomber sur une
propriété faisant le lien entre les deux.

Faire une démontration (on dit aussi preuve) c’est réaliser un processus qui
permet de passer d’une proposition supposées vraies prises comme hypothèse
à une proposition appelée conclusion en utilisant les règles de la logique.

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5.2 Méthodes de raisonnement
Nous allons présentés dans ce paragraphe quelques méthodes classiques de raison-
nements en mathématiques.

Raisonnement direct ou par déduction


La règle du raisonnement direct ou par déduction est le suivant:
On veut montrer que la proposition P =⇒ Q est vraie. On suppose
que est P est une proposition vraie et on montre qu’alors Q est aussi
une proposition vraie.
Example 5.1. Montrer que si a, b ∈ Q alors a + b ∈ Q.
p p0
Proof. Soit a, b ∈ Q. Alors ∃p, p0 ∈ Z et q, q 0 ∈ N∗ tel que a = q et b = q0 . On
a:
p p0 pq 0 + p0 q
a+b= + 0 = .
q q qq 0
p00
Or pq 0 + p0 q ∈ Z et qq 0 ∈ N∗ . Donc a + b est bien de la forme a + b = q 00 avec
p00 ∈ Z et q 00 ∈ N∗ . Ainsi a + b ∈ Q.
Example 5.2. Montrer que pour tout x ∈ Q+
∗ , il existe n ∈ N tel que n > x.
∗ p
Proof. Soit x ∈ Q+
∗ . Alors ∃p ∈ Z et q ∈ N tel que x = q . Comme q > 0 alors
p = xq ≥ x. En particulier p > 0, d’où 2p > P . Il vient que 2x > x. Comme
2p ≥ 0, 2p ∈ N. Donc on pose n = 2p.

Raisonnement par disjonction ou du cas par cas


La règle du raisonnement par disjonction ou du (cas par cas) est le suivant:
Si l’on souhaite vérifier une proposition P (x) pour tous les x dans un
ensemble E, on montre l’assertion pour les x dans une partie A de E
puis pour tous les x n’appartenant pas à A.
Example 5.3. Montrer que pour tout x ∈ R, |x − 1| ≤ x2 − x + 1.
Proof. Soit x ∈ R. Nous distinguons deux cas:
1. 1 cas: Soit x ≥ 1. Alors |x−1| = x−1. Calculons alors x2 −x+1−|x−1|.

x2 − x + 1 − |x − 1| = x2 − x + 1 − (x − 1) = x2 − 2x + 2 = (x − 1)2 + 1 ≥ 0.

Ainsi x2 − x + 1 − |x − 1| ≥ 0 et donc x2 − x + 1 ≥ |x − 1|.


2. 2 cas: x < 1. Alors |x − 1| = −(x − 1). Nous obtenons

x2 − x + 1 − |x − 1| = x2 − x + 1 + (x − 1) = x2 ≥ 0.

Et donc x2 − x + 1 ≥ |x − 1|.
Conclusion: Dans tous les cas |x − 1| ≤ x2 − x + 1.
Example 5.4. Montrer que pour tout (a, b) ∈ N2 , ab(a2 − b2 ) est divisible par
3.

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Proof. Tout entier naturel s’écrit sous la forme: 3k, 3k + 1, 3k − 1(3k + 2) où
k ∈ N. On a deux situations:
• 1er cas: a ou b est multiple de 3, c’est-à-dire, de la forme a = 3k, k ∈ N
ou b = 3k 0 , k 0 ∈ N.
– Si 3 divise a alors 3 divise ab(a2 − b2 ).
– Si 3 divise b alors 3 divise ab(a2 − b2 ).
• 2eme cas: a et b ne sont pas des multiples de 3. Comme a et b ne sont pas
de multiple de 3, ils s’écrivent sous la forme 3k + 1 ou 3k − 1 (qui revient
à 3k + 2). On montre, en distinguant les cas que a2 − b2 est divisible par
3.
– Si a = 3k + 1 et b = 3k 0 + 1 avec k, k 0 ∈ N, on a:

a2 − b2 = (3k + 1)2 − (3k 0 + 1)2 = 3[3(k 2 − k 02 ) + 2(k − k 0 )].

Donc 3 divise a2 − b2 et ainsi ab(a2 − b2 ).


– Si a = 3k + 1 et b = 3k 0 − 1 avec k, k 0 ∈ N, on a:

a2 − b2 = (3k + 1)2 − (3k 0 − 1)2 = 3kk 0 (3k − 3k 0 + 2).

Donc 3 divise a2 − b2 et ainsi ab(a2 − b2 ).


– Si a = 3k − 1 et b = 3k 0 + 1 avec k, k 0 ∈ N, on a:
– Si a = 3k − 1 et b = 3k 0 − 1 avec k, k 0 ∈ N, on a:

Raisonnement par l’absurde


Le raisonnement par l’absurde pour montrer l’implication P ⇒ Q repose sur le
principe suivant:
on suppose à la fois que P est vraie et que Q est fausse et on cherche
une contradiction. Ainsi, si P est vraie alors Q doit être vraie et donc
P ⇒ Q est vraie.
a b
Example 5.5. Soient a, b ≥ 0. Montrer que si 1+b = 1+a alors a = b.
a b
Proof. Nous raisonnons par l’absurde en supposant que 1+b = 1+a et a 6= b.
a b
Comme 1+b = 1+a alors a(1 + a) = b(1 + b) donc a + a = b + b d’où a2 − b2 =
2 2

b − a. Cela conduit à (a − b)(a + b) = −(a − b). Comme a 6= b alors a − b 6= 0 et


donc en divisant par a − b on obtient a + b = −1. La somme de deux nombres
positifs ne peut être négative. Nous obtenons une contradiction. Conclusion: si
1 + b = 1 + a alors a = b.

Raisonnement par contraposition


La règle du raisonnement par contraposition est le suivant:
Pour montrer que P ⇒ Q est une proposition vraie, il (faut et) il suffit
de montrer que eQ ⇒eP .
Example 5.6. Soit n ∈ N. Montrer que si n2 est pair alors n est pair.

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Proof. Nous supposons que n n’est pas pair. Nous voulons montrer qu’alors n2
n’est pas pair. Comme n n’est pas pair, il est impair et donc il existe k ∈ N tel
que n = 2k + 1. Alors

n2 = (2k + 1)2 = 4k 2 + 4k + 1 = 2l + 1

avec l = 2k 2 + 2k ∈ N. Et donc n2 est impair. Conclusion: nous avons montré


que si n est impair alors n2 est impair. Par contraposition ceci est équivalent à:
si n2 est pair alors n est pair.

Raisonnement par récurrence


Le principe de récurrence permet de montrer qu’une assertion P (n), dépendante
de n, est vraie pour tout n ∈ N. La démonstration par récurrence se déroule en
3 étapes :
1. On prouve que P (0) est vraie.

2. On suppose n ≥ 0 donné avec P (n) vraie et on démontre que l’assertion


P (n + 1) est vraie.
3. Conclusion : On rappelle que, par le principe de récurrence, P (n) est vraie
pour tout n ∈ N.
Example 5.7. Montrer que pour tout n ∈ N, 2n > n.

Proof. Pour n ≥ 0, notons P (n) l’assertion suivante: 2n > n. Nous allons


démontrer par récurrence que P (n) est vraie pour tout n ≥ 0.
1. Pour n = 0 nous avons 20 = 1 > 0. Donc P (0) est vraie.
2. Fixons n ≥ 0. Supposons que P (n) soit vraie. Nous allons montrer que
P (n + 1) est vraie.

2n+1 = 2n + 2 n
> n + 2n car 2n > n
> n+1 car 2n > 1.

Donc P (n + 1) est vraie.


3. Par le principe de récurrence P (n) est vraie pour tout n ≥ 0, c’est-à-dire
2n > n pour tout n ≥ 0.

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