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A propos de l’Auteur
Copyright
L’Escort attitrée

Le Club des éternels célibataires — Tome 1


par

Tina Folsom

Traduction : Constance de Mascureau

© Tina Folsom, 2015 pour la traduction française, 2010 pour le texte original
Résumé

L’auteur à succès Tina Folsom, qui figure régulièrement sur les listes de best-sellers du New
York Times et de USA Today, présente le premier livre de la série « Le Club des éternels

célibataires ».

En voyage d’affaires à San Francisco, Daniel a besoin d’une escort pour l’accompagner à une
soirée mondaine. Quand la belle Sabrina se présente à sa porte, il est loin de se douter qu’elle n’est

pas la femme qu’elle prétend être. Leur rencontre devient rapidement torride, mais les mensonges et
les non-dits vont finir par mettre en péril leur liaison passionnée.

L’Escort attitrée, L’Amante attitrée et L’Épouse attitrée forment une trilogie racontant la relation

amoureuse entre Daniel et Sabrina. La série « Le Club des éternels célibataires » se poursuit avec

l’histoire de sept séduisants célibataires new-yorkais qui vont chacun trouver l’amour sur leur

chemin.


« Torride et sensuel, L’Escorte attitrée est une romance sexy à ne pas rater ! » — Bella André,

auteur à succès régulièrement citée sur la liste des bestsellers du New York Times et de USA Today.
Les autres livres de Tina Folsom

Les Vampires Scanguards
1

Daniel Sinclair s’installa confortablement dans le siège en cuir de la limousine qui l’emmenait à
l’aéroport JFK de New York pour son vol vers San Francisco.

— Monsieur, nous devrions être à l’aéroport dans quarante-cinq minutes, annonça Maurice, son

chauffeur.
— Merci.

Plutôt que de traverser le pays dans son jet privé, comme il le faisait souvent, Daniel Sinclair avait
décidé de voyager en première classe d’une compagnie aérienne commerciale. Son avocat et sa petite

amie ne le rejoindraient que le lendemain sur la côte ouest, aussi ne lui avait-il pas semblé utile

d’affréter son jet pour un seul passager.

Audrey, avec qui il sortait depuis près d’un an, devait assister à un important gala de charité et lui

avait promis de prendre le premier vol le lendemain matin pour le retrouver. Quant à son avocat,

Judd Baum, il avait préféré se charger des dernières modifications du contrat à New York, où il

pouvait bénéficier de l’aide de son équipe.


Cela faisait presque un an que Daniel travaillait sur l’acquisition d’une société de services

financiers installée à San Francisco. Même si les détails étaient essentiellement gérés par ses avocats
et ses directeurs commerciaux, il tenait à suivre de près toutes les opérations conclues par son

entreprise, surtout pendant les derniers jours.


Il se faisait toujours un devoir d’être présent lors de la signature finale plutôt que de donner son
accord à distance. Par ailleurs, ce voyage à San Francisco lui ferait le plus grand bien.

Ce serait l’occasion de se détendre et de revoir son ami Tim, qui avait quitté New York cinq ans
plus tôt pour se réinstaller dans sa Californie natale. Il avait eu beau essayer de s’adapter à la vie sur

la côte est, il ne s’y était jamais véritablement senti à l’aise. Daniel ne pouvait pas vraiment lui en
vouloir : la vie à New York était intense et complètement centrée sur le travail.
Sa venue à San Francisco avait également un autre motif. Il souhaitait présenter Audrey à Tim car

celui-ci avait un mystérieux talent. Ce dernier était en effet capable d’analyser le caractère d’une

personne en quelques minutes. La relation de Daniel et Audrey battait de l’aile depuis quelque temps,
en particulier à cause de son travail acharné sur l’acquisition.
Daniel n’avait pas été très présent auprès de sa petite amie et il s’interrogeait sur l’avenir de leur

relation. À vrai dire, il avait grand besoin des conseils de son vieil ami d’université. Il ne parlait

jamais de femmes ou de ses relations avec ses amis ou collègues de travail à New York, et Tim était
la seule personne avec laquelle il se sentait suffisamment à l’aise pour avoir ces « conversations

d’hommes ».

Comme il le faisait souvent quand il était préoccupé, Daniel passa ses longs doigts dans ses

cheveux bruns. Ils étaient plus longs qu’à l’ordinaire car il n’avait même pas trouvé le temps d’aller

chez son coiffeur, tant son emploi du temps de ces derniers mois avait été chargé.

Incapable de rester sans rien faire, Daniel ouvrit sa serviette et en tira des documents concernant
l’acquisition. Il passa en revue les papiers et lâcha soudain un juron dans sa barbe : l’un des dossiers

préparés à son intention par son assistante était introuvable. Il se souvenait pourtant l’avoir vu la

veille au soir.

Il était passé prendre Audrey à son appartement, mais comme à l’ordinaire elle n’était pas prête.
Sachant qu’elle aimait prendre son temps, il avait commencé à étudier le dossier pendant qu’elle

finissait de se préparer. Il avait dû l’oublier chez elle, mais il ne s’en était pas rendu compte car il
n’avait pas dormi là.

Il essaya alors de se rappeler la dernière fois qu’il avait passé la nuit avec Audrey. Cela devait
faire plus de deux semaines. Et plus de temps encore qu’ils n’avaient pas couché ensemble.

Curieusement, il n’en avait même pas pris conscience. Le travail lui faisait oublier tout le reste.
— Maurice, lança-t-il à son chauffeur.
— Oui, Monsieur ?

— Pouvez-vous faire un saut chez Mlle Hawkins ? Je dois aller récupérer des documents que j’ai
oubliés hier soir.
— Très bien, Monsieur.

Cela ferait seulement un léger détour. Maurice était encore coincé dans les bouchons, et Audrey

habitait tout près de là où ils se trouvaient. Daniel jeta un coup d’œil à sa montre. Elle devait déjà être
partie à sa soirée de bienfaisance, mais il avait les clés. Le concierge le connaissait bien et le laisserait
monter.

Quelques minutes plus tard, Maurice se gara en double file devant l’immeuble et Daniel sortit de la

voiture. L’appartement d’Audrey était situé au dernier étage d’un bâtiment datant du début du siècle
précédent. Pendant la lente ascension du vieil ascenseur, Daniel tapota impatiemment du pied sur le

plancher lambrissé.

L’étage supérieur ne comptait que trois appartements. Daniel se dirigea à grands pas vers celui

d’Audrey et tourna la clé dans la serrure. En poussant la porte, il entendit du bruit.

La gouvernante devait être là. Il s’avança dans le couloir sur la pointe des pieds pour lui faire peur.

Il avait de l’affection pour Betty, une femme d’un certain âge qui l’accueillait toujours avec bonne
humeur. Quand il la voyait rire à ses farces, Daniel avait l’impression de rajeunir de dix ans.

Il tendit l’oreille. Le bruit venait de la chambre. Betty avait dû allumer la télévision pendant qu’elle

faisait le ménage. Imaginant avec un sourire son visage stupéfait, Daniel posa la main sur la poignée

et la tourna doucement, puis il ouvrit la porte d’un coup.


— Bouh !

Il faillit s’étouffer à la vue de la scène qui se jouait devant lui. Ce n’était certainement pas Betty en
train de nettoyer l’appartement !

— Daniel !
À l’évidence, Audrey avait décidé de ne pas se rendre à son gala de charité. Nue, échevelée et en

sueur, elle était en train de chevaucher un homme aussi peu vêtu qu’elle. Mais bien entendu, elle
n’avait jamais eu l’intention d’y aller ! À en juger par la position dans laquelle elle se trouvait,
Audrey était à mille lieues de penser à faire acte de charité. À moins bien sûr que Daniel ne se trompe

et que ce soit la raison pour laquelle elle était au lit avec son avocat.
— Judd ! Audrey !
Les longs cheveux roux d’Audrey retombaient en cascade sur sa poitrine et des mèches étaient

collées sur sa peau luisante. Ses ébats avec Judd lui avaient visiblement donné chaud, et d’après les

draps entortillés et l’odeur de sexe qui régnait dans la pièce, ce n’était pas les premiers.
Quant à Judd, la révision des termes du contrat semblait lui avoir pris bien moins longtemps que
prévu, sinon comment aurait-il pu trouver le temps de coucher avec la petite amie de son patron ? Ne

lui était-il pas venu à l’esprit qu’il risquait très gros en se comportant ainsi ? Peut-être qu’il n’était

finalement pas aussi brillant que Daniel l’avait toujours cru.


Daniel éprouvait un étrange sentiment de détachement face à la scène qui se déroulait sous ses

yeux. Et de soulagement. La stupéfaction qui se lisait sur le visage d’Audrey était la première émotion

sincère qu’il lui voyait exprimer depuis longtemps.

— Je peux vous expliquer, dit Judd en s’efforçant faiblement de se retirer d’Audrey.

Elle était toujours à califourchon sur lui, même si elle avait eu la décence d’arrêter de se mouvoir

sur le sexe de Judd, ce qu’elle recommencerait sans aucun doute à faire dès le départ de Daniel.
Daniel leva la main.

— Épargnez-moi cela.

La situation était suffisamment explicite.

— Audrey, ce n’est pas la peine de venir en Californie. Voilà ta clé. C’est terminé.
Il posa la clé de l’appartement sur la commode et ramassa son dossier.

— Daniel, il faut qu’on en parle.


Il secoua la tête. Ce n’était pas dans son caractère de faire une scène. Il n’avait jamais été une

personne émotive, du moins pas depuis la puberté. Quand ils étaient plus jeunes, Tim lui disait
souvent pour le taquiner qu’il ne pouvait pas croire que la mamma de Daniel était sa vraie mère, car il

était impossible d’être aussi réservé en étant à moitié Italien.


Arrivé sur le seuil de la porte, Daniel se retourna.
— Et Judd, vous êtes viré. Je finaliserai l’acquisition moi-même.

— Mais vous ne pouvez pas me virer. Vous avez besoin de moi…


Même si Judd lui avait en réalité rendu service en le débarrassant d’Audrey, il ne pouvait pas
continuer à travailler avec quelqu’un qui agissait ainsi dans son dos. Il avait besoin d’avoir une

confiance absolue en son avocat.

— Vous êtes remplaçable. Vous devriez vous faire à cette idée.


Il ne faisait pas allusion à son travail mais à la femme qu’il avait dans les bras. Elle ne tarderait pas
à le remplacer par quelqu’un d’autre. Quel idiot !

Deux minutes plus tard, Daniel quittait l’immeuble d’Audrey et sortait de sa vie, pour de bon. En se

dirigeant vers la voiture, il eut l’impression de marcher d’un pas plus léger, comme si on lui avait
retiré un fardeau des épaules. Il prit alors conscience qu’il était plus ennuyé de perdre un bon avocat

que de perdre Audrey. Il fallait absolument qu’il lui trouve un remplaçant sur-le-champ. Sans avocat à

ses côtés pour conclure l’opération, la situation risquait de mal tourner.

Daniel sortit son téléphone de sa poche et appela un numéro qui figurait dans ses favoris, tout en

demandant au chauffeur de poursuivre sa route vers l’aéroport.

Son interlocuteur décrocha au bout de deux sonneries.


— Tim, c’est Daniel.

— Oh, zut, j’ai raté ton arrivée ?

Tim n’était pas quelqu’un d’étourdi, mais depuis qu’il était retourné vivre en Californie sa vie

sociale était devenue si intense qu’il enchaînait sans cesse les fêtes.
— Mais non. Je suis encore à New York. (Tim soupira, manifestement soulagé.) Écoute, je

voudrais te demander un service. J’ai besoin du meilleur cabinet de San Francisco spécialisé en droit
des affaires pour qu’il reprenne le dossier en cours.

— Quoi, vous n’avez plus assez d’avocats à New York ?


— Je viens juste de mettre Judd à la porte.

Il n’avait pas envie d’entrer dans les détails. Il aurait tout le temps pour cela une fois qu’il serait à
San Francisco.
— D’accord, je m’en occupe. J’aurai quelqu’un pour toi à ton arrivée. Je suis impatient de te voir

et de rencontrer enfin Audrey. J’ai fait une réservation pour le dîner. On peut…
Daniel l’interrompit.
— En fait, à propos d’Audrey…

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Tim d’une voix pleine de curiosité.

— Elle ne vient pas. C’est fini entre nous. (Il ne laissa pas le temps à son ami de commenter la
nouvelle.) Ce qui m’amène à un autre problème. Je dois aller à ce fichu cocktail demain soir en
prévision de l’acquisition. Je voulais emmener Audrey pour tenir à distance toutes ces célibataires

qu’on me présente généralement à ce genre d’événements, et j’ai donc besoin d’une remplaçante.

Il n’avait aucune envie de passer la soirée à repousser les avances de toutes les femmes de moins
de quarante ans qui se jetteraient sur lui parce qu’il était riche et célibataire.

— Une remplaçante ?

La voix incrédule de Tim résonna dans son téléphone portable.

Daniel se passa la main dans les cheveux, les ébouriffant comme s’il sortait de son lit, ce qui

n’aurait pu être plus loin de la vérité. Il s’était levé à quatre heures du matin pour aller à son club de

sport avant de démarrer sa journée de travail chargée.


— Oui, une jolie femme pour me mettre en valeur.

— Je peux t’organiser un rendez-vous, suggéra Tim, qui avait manifestement déjà quelqu’un en

tête. D’ailleurs, ça tombe très bien. La colocataire d’une de mes bonnes amies est…

Daniel pouvait s’imaginer Tim en train de se frotter les mains.


— Oublie ça. Je veux une professionnelle. Pas une relation compliquée ou un rendez-vous

arrangé.
Il n’avait vraiment pas besoin de cela en ce moment.

— Une professionnelle ?
— Oui, comment est-ce qu’on appelle cela ? Une escort.

Il venait d’y penser. C’était la solution. Plutôt qu’une petite amie, il avait besoin d’une escort,
quelqu’un qui ferait comprendre à toutes les autres femmes qu’il n’était pas libre. C’était la solution à
tous ses problèmes. Et il aurait bien moins de mal à satisfaire une escort qu’une petite amie ou une

femme rencontrée lors d’un rendez-vous arrangé. Il lui suffirait de mettre le prix.
— Trouve-moi une escort. Pas trop jolie, mais suffisamment séduisante et pas trop bête pour ne
pas m’embarrasser au cocktail.

— Tu n’es pas sérieux !

Même s’il ne pouvait pas voir le visage de Tim, il savait qu’il était bouche bée.
— Je suis tout à fait sérieux. Alors fais une réservation pour moi, s’il te plaît. Je suppose qu’elles
prennent les cartes de crédit ?

Daniel était quelqu’un de pragmatique, ce qui faisait de lui un excellent homme d’affaires.

— Comment veux-tu que je fasse ? Est-ce que j’ai l’air d’un homme qui fréquente des escorts ?
Tim paraissait de plus en plus amusé. Daniel l’entendit même étouffer un rire à l’autre bout du fil.

— Allez, fais ça pour moi et je te raconterai pourquoi j’ai rompu avec Audrey.

Il savait très bien à quel point Tim aimait les ragots.

— Tous les détails croustillants ? s’empressa-t-il de négocier.

— On ne peut pas faire plus croustillant.

— Alors c’est d’accord, évidemment. Tu as des préférences ? Brune, blonde, rousse ? Forte
poitrine ? Longues jambes ?

Daniel secoua la tête en souriant. Il n’avait pas l’intention de coucher avec l’escort, tout ce qu’il

voulait était qu’elle l’accompagne à cette ennuyeuse réception. Tant qu’elle n’était pas moche et

pouvait se faire passer pour sa petite amie, il se moquait bien de son apparence.
— Surprends-moi ! À tout à l’heure. (Il était sur le point de raccrocher mais se ravisa.) Et merci,

Tim, pour tout.


— Je t’aime aussi.

Daniel s’installa sur son confortable siège de première classe et se concentra sur les derniers
points à revoir avant de finaliser l’acquisition. Il demanderait à son assistante d’envoyer par email les

contrats actuels aux avocats qui reprendraient le dossier. Dans le pire des cas, l’histoire avec Judd
retarderait d’une semaine la signature de la transaction, ce qui n’avait pas vraiment d’importance
pour lui.

Peut-être pourrait-il en profiter pour passer quelques jours dans le wine country, la région des
vignobles californiens ? Il demanderait à Tim de lui faire des recommandations. Son ami, grand
amateur de vin, connaissait certainement les meilleurs sites à visiter. Daniel pourrait ainsi se détendre,

avec une bonne bouteille de vin dans une main et un livre dans l’autre.

Mais pourquoi se mentir ? Depuis quand savait-il se détendre ? Il n’avait pas pris un seul jour de
congé pendant l’année qui venait de s’écouler. Il travaillait même le dimanche, alors qu’Audrey
l’avait supplié à maintes reprises de partir en week-end avec elle. Il ne pouvait pas vraiment lui en

vouloir d’avoir trouvé du réconfort dans les bras de Judd. Il était loin d’avoir été un petit ami

attentionné ou romantique. Ce n’était tout simplement pas dans sa nature.


Daniel plaignait déjà la femme qui tomberait amoureuse de lui un jour. Il lui souhaitait bonne

chance pour essayer de lui faire lever le pied sur le travail. Audrey n’y était pas parvenue, et pourtant

elle était belle et séduisante. Mais sa priorité avait toujours été le travail, et cela ne changerait pas.

Jamais.

Il n’était pas allé aussi loin dans la vie – sans demander le moindre sou à son père – pour qu’une

femme étouffe son ambition et le fasse culpabiliser de ne pas passer suffisamment de temps avec elle.
D’autres hommes l’acceptaient, mais pas lui. Il avait besoin de défis, de conquêtes, de batailles. Pas

d’une femme qui l’attendait à la maison et lui reprochait de ne pas le voir assez.

Celle qui pourrait supporter son rythme de vie n’était sans doute pas encore née, et il avait plus ou

moins abandonné l’idée de trouver une femme qui lui conviendrait. Ce n’était pas faute d’avoir
essayé, mais celles qui étaient attirées par lui ressemblaient toutes à Audrey : elles étaient exigeantes,

gâtées, et principalement intéressées par son argent. Ce n’était pas ce qu’il recherchait.
Quand il regardait en arrière, Daniel n’arrivait pas à mettre le doigt sur le moment exact où il

avait cessé d’être un jeune homme sympathique et chaleureux pour devenir l’homme d’affaires
déterminé qu’il était aujourd’hui. Avec son physique latin avantageux, il avait toujours eu du succès

avec les femmes, sans avoir d’efforts à faire pour les conquérir.
Le sexe tenait certes une place dans sa vie, mais pas très importante. Avec Audrey, il y avait
souvent renoncé en raison de réunions d’affaires qui se prolongeaient tard dans la nuit. Et il avait eu

l’impression que cela ne la dérangeait pas vraiment, tant qu’il continuait à l’amener à des événements
mondains. Cela n’arrivait pas souvent, et il s’y ennuyait à mourir la plupart du temps.
Daniel apparaissait rarement dans les magazines people, au grand déplaisir d’Audrey qui n’aimait

rien de plus que de lire des choses sur elle dans les journaux. C’était un homme secret, qui était loin

d’attirer l’attention autant qu’elle l’aurait voulu. À la réflexion, il se demandait même pourquoi il
avait commencé à sortir avec elle. Ils n’étaient vraiment pas faits l’un pour l’autre.
2

Si seulement Sabrina Palmer avait refusé l’offre du cabinet d’avocats Brand, Freeman &
Merriweather et accepté l’autre travail qu’on lui avait proposé, elle ne serait pas en train de souhaiter

désespérément être ailleurs! Elle exercerait un emploi dans un cabinet climatisé à Stockton qui ne la

mènerait sans doute nulle part, mais au moins, elle ne se ferait pas harceler par l’un des
collaborateurs seniors. Debout juste derrière elle, ce dernier faisait mine de lire le document affiché

sur l’écran de son ordinateur alors qu’elle savait pertinemment qu’il avait les yeux rivés sur son
chemisier.

Pourquoi avait-il fallu qu’elle choisisse le cabinet le plus réputé de San Francisco, dans l’espoir

d’acquérir une expérience juridique solide et de faire avancer sa carrière ? Elle avait réussi l’examen

du barreau haut la main et s’était crue capable d’affronter le monde, et voilà qu’elle se retrouvait

confrontée à un problème vieux comme le monde : elle était une femme dans un univers d’hommes.

Et au lieu de travailler sur les dossiers intéressants, qui étaient confiés aux jeunes collaborateurs

de sexe masculin, elle se retrouvait à faire du classique droit des sociétés tout en se faisant reluquer la
poitrine par Jon Hannigan, ou Jonny la raclure, comme l’appelaient les secrétaires derrière son dos.

Ses seins n’étaient pourtant pas particulièrement gros, mais ils étaient plutôt bien proportionnés

pour sa petite taille, tout comme ses formes pulpeuses. Elle n’avait pas une silhouette de mannequin et
regrettait de ne pas mesurer quelques centimètres de plus afin d’éviter que tous les hommes puissent
voir son nombril quand elle portait un col en V, mais elle ne pouvait pas changer ses gènes.

Sabrina avait les cheveux plus courts que lorsqu’elle étudiait le droit, et elle les avait récemment
fait couper, si bien qu’ils lui arrivaient à peine aux épaules. Ils étaient d’un brun très foncé, et son

coiffeur enthousiaste l’avait suppliée à plusieurs reprises de les éclaircir avec des mèches, ce qu’elle
avait refusé à chaque fois. Elle les faisait couper en dégradé pour qu’ils encadrent son visage avec

plus de douceur.
— Il va falloir reformuler ce paragraphe, dit Hannigan en se penchant encore plus près d’elle, le
bras au-dessus de son épaule pour lui montrer l’écran. (Une légère odeur de transpiration
accompagna son geste.) Vous devez exprimer l’intention.

— Je comprends.
Elle ne connaissait que trop bien l’intention de Jon. Le jour où on lui avait présenté Jon Hannigan,
elle avait su qu’il lui créerait des ennuis. Le regard vicieux qu’il lui avait lancé avait suffi à lui faire

comprendre qu’elle devait se tenir sur ses gardes. Quand il lui avait serré la main avec ses doigts

boudinés, il s’était attardé bien trop longtemps et Sabrina avait dû faire appel à toute sa volonté pour
ne pas la retirer vivement et provoquer une situation gênante.

La pâleur du teint de Hannigan était accentuée par son nez souvent légèrement rougi, que l’on

pouvait attribuer à une exposition prolongée au soleil ou à une consommation d’alcool excessive.

Sabrina penchait plutôt pour la deuxième option. Hannigan n’était ni beau ni laid, même si sa

personnalité le rendait repoussant.

Si elle avait dû le décrire à quelqu’un, elle aurait dit que c’était un homme moyen. Un salaud
moyen.

— Sabrina, je vais vous révéler un petit secret. Si vous voulez faire avancer votre carrière ici,

restez avec moi.

Sabrina frissonna intérieurement. Il n’avait absolument pas son avancement en tête, elle en était
certaine. Elle en avait suffisamment entendu parler par les secrétaires qui avaient fait les frais de sa

lubricité. En repensant à ce qu’elles lui avaient raconté, elle sentit ses poils se dresser sur sa nuque.
Cet homme était un porc.

— Je peux le faire demain matin à la première heure. Le dossier sera sur votre bureau avant votre
arrivée.

— Et si c’était plutôt vous sur mon bureau demain matin à la première heure ?
Sabrina retint sa respiration. Oui, elle avait bien entendu. Hannigan devenait de plus en plus
entreprenant. Elle devait partir sur-le-champ.

— Je ferais mieux d’y aller, dit-elle prudemment en éteignant son ordinateur.


Hannigan resta sans bouger derrière sa chaise, empêchant Sabrina de la reculer.
Tournant légèrement la tête dans sa direction, elle fit une autre tentative.

— Excusez-moi, s’il vous plaît.

Il fit un pas en arrière et elle put alors se lever, mais elle se retrouva presque collée contre lui.
Respirant nerveusement, elle tenta de se faufiler. Il la regardait avec un sourire malsain. Se croyait-il
vraiment séduisant ainsi ? Le sans-abri de l’arrêt de bus avait plus de chance avec elle que Hannigan.

— Pourquoi êtes-vous si pressée ?

— J’ai un rendez-vous médical. Excusez-moi.


Après avoir regardé longuement ses seins une dernière fois, il s’écarta pour la laisser passer.

Sabrina eut la nausée en sentant son parfum trop fort mêlé à son odeur de transpiration. Sans se

retourner, elle saisit vivement son sac sur le bureau et se dirigea vers la porte.

— À demain, Sabrina.

Elle accéléra le pas en entendant la voix de Hannigan tout près derrière elle. Il fallait qu’elle parte.

Elle ne pouvait supporter l’idée de rester plus longtemps, même s’il était à peine seize heures et
qu’elle travaillait habituellement jusqu’à dix-huit heures. Le rendez-vous chez le médecin n’avait été

qu’une excuse pour échapper à Hannigan. Une autre minute en sa présence l’aurait fait vomir ou

tomber dans les pommes.

Comment était-elle censée continuer à travailler dans ce cabinet pendant encore au moins un an,
avec Hannigan qui regardait sans cesse par-dessus son épaule, ou plutôt dans sa chemise ?

— Votre journée est terminée ? demanda Caroline, la réceptionniste, en voyant Sabrina traverser
le hall.

Sabrina répondit par un regard qui en disait plus long qu’une explication de dix minutes.
— Encore Hannigan ?

Elle hocha la tête et se pencha au-dessus du comptoir.


— Je ne sais pas combien de temps encore je vais tenir, murmura-t-elle à Caroline.
— Vous savez ce qui est arrivé à Amy. Si vous vous plaignez, ils trouveront simplement une

raison pour se débarrasser de vous.


La réceptionniste afficha une expression de commisération. Elle disait vrai. Les associés
semblaient accorder suffisamment de valeur au travail de Hannigan pour passer outre son

comportement déplacé.

Un club de vieux machos, voilà ce que c’était. C’était comme nager à contre-courant. La question
était cependant de savoir si elle serait capable de lutter encore longtemps ou si elle allait sortir de la
rivière.

— Cela ne me laisse pas beaucoup d’options, non ? À demain.

Sabrina sortit du bâtiment. Malgré la chaleur qui régnait dehors, l’air lui parut rafraîchissant.
L’atmosphère dans le bureau était oppressante en présence de Hannigan.

Les secrétaires s’étaient réjouies que le cabinet embauche enfin une jeune collaboratrice, et

Sabrina comprenait à présent pourquoi : Hannigan les laissait désormais presque tranquilles. Sabrina

était devenue leur paratonnerre. Elle avait beau éprouver de la compassion pour ces femmes, elle

devait aussi penser à elle et réfléchir à ce qu’elle devait faire. Pouvait-elle prendre le risque de porter

plainte ? Quel impact cela aurait-il sur sa carrière ?


Se souvenant que le réfrigérateur de son appartement était presque vide, Sabrina décida de profiter

du temps qu’elle avait pour aller faire des courses en rentrant. Le supermarché était bondé, et il n’y

avait qu’une seule caisse ouverte. Toutes les autres étaient en panne, apparemment à cause d’un

problème informatique.
Après s’être assurée qu’on lui gardait sa place dans la queue, Sabrina retourna vers le rayon des

glaces. Elle espérait que Holly, sa colocataire et amie d’enfance, serait à l’appartement à son retour.
Elles pourraient ainsi dévorer ensemble le gros pot de Ben and Jerry’s qu’elle avait acheté, tout en

disant du mal des hommes en général et de Hannigan en particulier.


3

Lorsque Sabrina rentra enfin à l’appartement, il était dix-huit heures passées.
— Holly, tu es là ? lança-t-elle en se dirigeant vers la cuisine pour poser ses sacs de courses sur le

plan de travail.

Elle commença par ranger la glace au congélateur puis se retourna en entendant un bruit
provenant de la salle de bains au fond du couloir.

— Holly, ça va ?
La porte de la salle de bains était entrouverte. Vêtue de sa robe de chambre rose, Holly était par

terre devant les toilettes en train de vomir.

— Qu’est-ce qui ne va pas, ma puce ? Tu as mangé quelque chose qui n’est pas passé ?

Sabrina se baissa pour dégager le visage de son amie des longs cheveux blonds qui le

recouvraient. Son visage était blême.

— Je ne sais pas. J’allais bien tout à l’heure. Et puis…

Holly retourna brusquement la tête vers la cuvette en porcelaine et rendit encore un peu plus le
contenu de son estomac. Sabrina se releva et sortit un gant de toilette de l’armoire à linge. Elle le

mouilla avec de l’eau froide puis s’accroupit près de son amie.

— Tiens, ma puce. (Elle appliqua le gant froid sur la nuque de son amie, tout en retenant ses
cheveux en arrière.) Fais tout sortir.
— Tu as l’air stressée. Mauvaise journée ? demanda Holly, essayant sans doute de se distraire de

sa nausée.
Sabrina sourit doucement.

— Apparemment pas aussi mauvaise que la tienne.


— C’est encore Hannigan ?

Holly la regarda d’un air entendu puis se tint de nouveau le ventre en penchant la tête au-dessus de
la cuvette.
— Pas pire que d’habitude, mentit Sabrina.

En réalité, la situation allait vraiment de mal en pis. Il s’était mis à faire des allusions sexuelles

claires et elle était à court d’excuses pour lui échapper. Mais ce n’était pas le moment d’ennuyer Holly
avec ses problèmes.
— Tu devrais vraiment faire quelque chose, lui dit Holly sur un ton ferme.

— Mais commençons par prendre soin de toi avant d’échafauder un plan pour gérer le problème

Hannigan, d’accord ?
Sabrina aida Holly à se relever et sentit à quel point elle avait du mal à tenir sur ses jambes. Elle la

soutint pendant qu’elle se lavait le visage et se rinçait la bouche.

— Tu préfères t’allonger sur le canapé ou sur ton lit ?

— Sur le canapé, s’il te plaît.

Alors que Sabrina marchait avec elle vers le salon, le téléphone sonna.

— Laisse le répondeur s’enclencher. Je pense que je sais qui c’est.


Sabrina haussa les sourcils sans poser de questions. Elles ne recevaient que rarement des appels

sur leur ligne fixe et celui-ci était très probablement destiné à Holly.

À peine le bip du répondeur eut-il retenti qu’une voix de femme irritée emplit la pièce.

— Holly, c’est Misty. Je sais que tu es là, alors décroche ce fichu téléphone. Tu m’entends ? Si tu
crois que tu peux tout simplement me laisser un message pour me dire que tu ne prends pas la

réservation de ce soir, tu te trompes. Et après ce que tu as fait avec le client japonais la semaine
dernière, je suis à bout de patience avec toi.

Sabrina lança un regard interrogateur à son amie, mais celle-ci se contenta de hausser les épaules
avec un air renfrogné.

— Il n’y a personne pour prendre ta place, toutes les autres filles sont prises. Alors tu vas
travailler ce soir, malade ou pas, ou bien tu ne travailleras plus jamais pour moi. C’est bien clair ? Et
je ferai ce qu’il faut pour que plus personne d’autre dans cette ville n’accepte de t’engager. J’espère

que tu comprends bien. Si tu ne te présentes pas ce soir à 19 heures à l’Intercontinental Mark Hopkins,
chambre 2307, tu es virée.
Misty raccrocha.

— Vieille peau ! lança Holly d’une voix rauque.

— Qu’est-ce qui s’est passé avec le client japonais ? demanda Sabrina en regardant son amie.
Holly fit un geste explicite.
— Pervers.

Même si Holly semblait ne pas vouloir en dire plus, Sabrina connaissait assez bien son amie pour

être convaincue qu’elle finirait par lui dire tout ce qu’elle désirait savoir. Holly n’était pas le genre de
personne à garder des secrets.

— On était dans sa chambre d’hôtel. Je pensais qu’il voulait la même chose que la plupart des

hommes, mais non, il a fallu que je tombe sur un vicieux. Il avait apporté des petites boules en acier

sur une chaîne, et tu n’as vraiment pas envie de savoir ce qu’il avait envie que je fasse avec…

Sabrina lui confirma du regard qu’il n’était pas utile qu’elle lui en dise plus. Elle en avait déjà trop

appris.
— Quoi qu’il en soit, j’ai déguerpi, et quand Misty l’a appris, elle m’a en quelque sorte mise à

l’essai. Elle a dit que si je laissais encore une fois tomber un client, elle me botterait le cul. Désolée

pour mon langage.

Le langage de Holly n’était jamais un problème. D’ailleurs, la plupart de ses clients aimaient son
franc-parler, comme toutes les autres choses qu’elle pouvait faire avec sa langue. Sabrina secoua la

tête en riant.
— Laisse-moi te préparer une tisane à la camomille.

Tout en s’affairant dans leur grande cuisine et en s’efforçant de mettre la main sur des biscuits
secs pour accompagner la camomille, Sabrina se demanda comment ses collègues réagiraient s’ils

apprenaient qu’elle partageait son appartement avec une escort professionnelle.


Elle avait grandi avec Holly dans une petite ville de l’est de la baie de San Francisco. Très proches
à l’époque, elles s’étaient retrouvées après l’université en se rendant compte qu’elles avaient toutes

les deux décidé de déménager à San Francisco. Rien ne leur avait alors semblé plus naturel que de se
mettre en colocation.
Sabrina poursuivait ses études de droit tandis que Holly enchaînait les petits boulots, jusqu’au jour

où elle découvrit un moyen facile de gagner de l’argent.

Holly était une ravissante blonde aux yeux bleus. Et avec les bons vêtements, elle était éblouissante.
Alors pourquoi sortir avec des garçons qui se contenteraient de l’inviter à dîner puis s’attendraient à
coucher avec elle, quand elle pouvait se faire payer pour faire la même chose ?

Bien entendu, il y avait parfois des clients comme le Japonais de la semaine précédente, mais

d’après Holly, la plupart d’entre eux étaient normaux. C’étaient souvent des hommes d’affaires de
passage en ville, à la recherche d’un peu de compagnie.

Sabrina avait d’abord été choquée quand son amie lui avait annoncé sa décision de devenir escort,

mais en voyant que Holly aimait son travail, le plus souvent du moins, et qu’elle était restée la même

personne qu’avant son étrange choix de carrière, elle s’était faite à l’idée.

Quoi qu’il en soit, les revenus élevés de Holly s’étaient révélés bien utiles quand Sabrina avait dû

laisser tomber son emploi de serveuse à mi-temps pendant sa dernière année à la faculté de droit,
pour se consacrer exclusivement à ses études exigeantes. Holly avait entièrement pris à sa charge le

loyer de l’appartement, tout en s’assurant que le réfrigérateur soit toujours plein.

Lorsque Sabrina avait trouvé un travail suffisamment bien payé pour mettre de côté quelques

centaines de dollars par mois et qu’elle avait voulu rembourser Holly, celle-ci avait refusé, lui
rétorquant que les amis étaient faits pour s’entraider. Holly était pour elle plus une sœur qu’une amie,

et elle savait que le sentiment était mutuel.


Le teint de Holly était toujours aussi pâle que celui de Blanche-Neige quand Sabrina lui apporta

une tisane et lui en fit boire quelques gorgées. Elle était adossée contre des coussins.
— Tu n’es vraiment pas en état de travailler ce soir. Il faudra bien qu’elle comprenne cela.

Holly fronça les sourcils.


— C’est ce que je lui ai dit, mais tu l’as entendue. Si je ne me bouge pas les fesses ce soir, je suis
virée. Et cette fois, elle ne plaisante pas.

Holly essaya de se redresser, mais retomba immédiatement sur les coussins.


— Mon Dieu, j’ai tellement la tête qui tourne.
— Tu ne peux pas y aller. Je vais l’appeler et lui expliquer.

Sabrina commença à se lever, mais elle se sentit aussitôt tirée en arrière par la main de Holly.

— Tu n’es pas ma mère, alors ne fais pas ça. Ça ne sert à rien. Elle est aussi compréhensive qu’un
vieillard borné.
— Tu ne peux pas trouver quelqu’un pour te remplacer ?

D’autres filles pouvaient sûrement prendre sa place. L’activité devait tourner au ralenti

puisqu’aucun congrès n’avait lieu en ville en ce moment.


— Je ne suis pas prof, Sabrina, je suis escort. Il n’y a pas de système central à appeler quand on a

besoin d’une remplaçante.

— Il doit bien y avoir des filles qui travaillent en indépendant. Tu ne connais personne ?

Elle refusait de laisser Holly travailler ce soir. Son amie avait besoin de repos. Et si c’était une

intoxication alimentaire due à des salmonelles ? Il était hors de question qu’elle laisse Holly

s’épuiser.
— Quoi ? Tu veux y aller à ma place? demanda Holly en riant.

Elle vit alors le visage choqué de Sabrina.

— Oh, ne dis pas n’importe quoi, je ne saurais pas quoi faire, répondit Sabrina en chassant cette

idée d’un geste de la main.


Sa vie sexuelle était inexistante depuis quelque temps. Elle n’était presque pas sortie avec des

garçons et n’avait pas… Mais ce n’était pas important. La question ne se posait pas. Ces trois
dernières années, le sexe s’était résumé pour elle aux histoires que lui racontait Holly sur ses clients.

— Ça serait parfait. Dis-toi juste que c’est comme un rendez-vous arrangé avec un homme.
— Hors de question.

Holly avait-elle perdu la tête ? Elle devait être fiévreuse. Peut-être que Sabrina devrait aller
chercher le thermomètre pour vérifier. Ou mieux encore, la conduire à l’hôpital pour s’assurer
qu’elle ne délirait pas. Elle posa la main sur le front de Holly.

— Qu’est-ce que tu fais ?


— Je m’assure que tu n’as pas de fièvre.
— Je n’en ai pas. Écoute, tu n’auras peut-être même pas à coucher avec lui. Certains des clients

veulent juste de la compagnie.

— S’il te plaît, n’essaie pas de me faire croire qu’ils paient tout cet argent juste pour discuter !
s’énerva Sabrina.
Même elle n’était pas aussi naïve. Après tout ce que Holly lui avait raconté, elle savait exactement

ce que les hommes attendaient d’une escort. Et elle n’avait aucune envie de le découvrir par elle-

même.
— Et puis j’ai déjà assez de mal à repousser les avances de Hannigan tous les jours.

— Mais ce type-là est une ordure, fit remarquer Holly. Je ne sais pas pourquoi tu ne lui as pas

encore donné un coup de pied dans l’entrejambe. Je peux m’en charger, si tu m’y autorises, ajouta-t-

elle avec un sourire mauvais.

Sabrina savait que son amie prendrait un malin plaisir à flanquer une raclée à Hannigan. Elle avait

une connaissance intime de tous les endroits les plus douloureux pour un homme, et elle n’hésiterait
pas à s’en servir.

— Peut-être que je te laisserai le faire un jour. En attendant, j’ai encore besoin de mon travail.

Sabrina s’efforça de ne pas penser à la situation délicate dans laquelle elle se trouvait. Elle voulait

que sa carrière avance, mais pas aux dépens de son intégrité. En cédant à Hannigan elle travaillerait
peut-être sur des dossiers passionnants, mais rien ne la dégoûtait plus que de l’imaginer en train de la

toucher. Elle préférait encore qu’on lui recouvre la peau de sangsues.


— Moi aussi j’ai besoin de mon travail. On est dans le même bateau.

La voix de Holly semblait résignée. Sabrina la regarda longuement.


— Je ne peux pas. Je ne peux tout simplement pas coucher avec un homme que je ne connais pas.

Holly lui prit la main.


— Dis-moi, à quand remonte ta dernière relation sexuelle ?
— Avec mon appareil à piles fabriqué en Chine ?

— Non, avec un homme.


— Tu le sais aussi bien que moi, alors pourquoi est-ce que tu me le demandes ?
— Quand ?

Holly avait beau parler faiblement, elle ne lâcherait pas l’affaire.

— Pendant ma première année de fac de droit. Tu connais parfaitement l’histoire… Tous les gens
qui regardaient YouTube ont pu mater mes fesses.
Sabrina frissonna à ce souvenir. À son insu, Brian les avait filmés en train de coucher ensemble

puis avait posté la vidéo sur YouTube, visible par tout le monde.

— C’est une sale histoire, je l’avoue. Mais tu ne devrais pas te laisser arrêter par une seule
mauvaise expérience. Te faire passer pour quelqu’un d’autre et te lâcher te ferait le plus grand bien.

Tu ne peux pas continuer à ressasser ces vieux souvenirs et à vivre dans la peur de ce que le prochain

homme te fera. Tu dois prendre ta vie en main. En t’affirmant dans ta vie sexuelle, tu obtiendras ce

que tu veux. Alors ne reste pas les bras croisés. Tu es jolie, tu es charmante, tu es intelligente. Tu

pourrais être ce que tu veux. Et tu pourrais avoir tous les hommes que tu veux.

Sabrina regarda son amie comme si elle avait perdu la raison. Elle n’était pas capable de faire ce
que Holly lui suggérait.

— Je n’y arriverais jamais. (Et elle pouvait lui donner une centaine de raisons pour l’expliquer.) Je

ne suis pas comme toi, Holly. Je ne me précipite pas au lit avec un homme après le premier verre. J’ai

même du mal à embrasser quelqu’un après le premier verre. Je ne suis tellement pas la personne qu’il
te faut.

— Foutaises ! Tu as suivi des cours de théâtre à l’université. Ne me dis pas que tu ne sais pas jouer
un peu la comédie. Fais semblant d’être moi. D’ailleurs, c’est ce que tu devras faire si je ne veux pas

que cette histoire nous retombe dessus. Tu vas simplement à l’hôtel et tu dis au client que tu es Holly
Foster, et puis tu te comportes comme Holly Foster. Imagine-toi juste que tu vas à un rendez-vous

arrangé.
Curieusement, plus Holly essayait de la convaincre, moins la perspective lui semblait
déraisonnable.

— Un rendez-vous arrangé ? Il va m’inviter à dîner et ensuite il voudra coucher avec moi. C’est
ça ? (Sabrina s’efforçait de se faire à cette idée étrange.) C’est ridicule. Je ne suis pas faite pour ça. Tu
me connais depuis toujours. Qu’est-ce qui te fait croire que je pourrais y arriver ? Ce type va tout de

suite voir clair dans mon jeu.

— Ne sois pas aussi parano. Tout ce qu’il va voir c’est ton joli minois, et il se fichera du reste. Ce
sera comme un rendez-vous arrangé, sauf qu’il aura payé à l’avance. Et au moins tu sais exactement
ce qui t’attend. D’ailleurs, c’est toi qui seras en charge. La plupart des hommes me laissent prendre

les choses en main. Ils veulent être séduits. Cela te permettra de t’entraîner. Je t’assure que tu en as

bien besoin.
Cette dernière phrase de Holly lui fit mal. Sabrina s’était renfermée sur elle-même après son

histoire désastreuse avec Brian, un étudiant de sa faculté de droit. Il l’avait convaincue de coucher

avec lui uniquement pour pouvoir poster une vidéo sur Internet. Sabrina ne voulait plus jamais

ressentir une telle humiliation.

Suite à cette expérience, elle s’était réfugiée dans ses études et avait évité la plupart des activités de

groupe de l’université pour ne pas voir Brian plus que nécessaire.


— Il va bien falloir que tu t’en remettes un jour. Et pour passer à autre chose, quel meilleur moyen

que de savoir exactement ce qui t’attend ? C’est une affaire d’un soir. Le client n’est pas de San

Francisco et tu n’auras pas à le revoir. C’est l’occasion pour toi de faire quelque chose de fou, de

t’amuser, de prendre ton pied et de te laisser aller.


Holly mordit délicatement dans un biscuit tout en lançant un regard à Sabrina.

Sabrina était tiraillée. Elle avait envie de tirer sa meilleure amie de ce mauvais pas. Holly l’avait
aidée tant de fois ces dernières années, et elle lui était vraiment redevable. Mais ça ? Accepter de se

faire passer pour une escort et aller dans la chambre d’hôtel d’un homme bizarre pour coucher avec
lui ?

Si ses parents l’apprenaient un jour, ils seraient horrifiés et mourraient de honte... Mais l’une des
choses que lui avait dites Holly avait fait mouche. Elle avait raison : Sabrina s’était effectivement
complu dans son malheur et n’avait laissé aucun homme s’approcher d’elle. Par crainte d’être blessée

de nouveau, elle avait renoncé au sexe.


Peut-être que ce n’était pas pire qu’un rendez-vous arrangé. Deux étrangers, un dîner, du sexe.
N’était-ce pas ce que la plupart des hommes attendaient des femmes avec lesquelles ils sortaient ?

Sauf qu’ils s’en tiraient à moindre coût avec un dîner dans un restaurant médiocre. Pourquoi ne pas se

vendre à un prix plus élevé, plus proche de ce qu’elle valait vraiment ?


Du reste, le sexe commençait à lui manquer, ainsi que les caresses d’un homme. On ne pouvait pas
faire des câlins à un vibromasseur. Mais sa peur de souffrir l’avait jusque-là empêchée de se lancer.

Elle s’était dit que les choses rentreraient dans l’ordre lorsqu’un homme qui était fait pour elle

croiserait sa route. Mais cela ne s’était pas produit. Elle n’avait rencontré personne, et elle était tout
aussi seule à présent qu’après sa mauvaise expérience à l’université.

Peut-être que Holly avait raison. Il était temps de se laisser aller et de passer une nuit torride avec

un étranger. Juste une nuit. Sans regret et sans devoir revoir cet homme, pour éviter toute gêne ou

toute peine. Il ne saurait même pas qui elle était. L’anonymat était une excellente protection.

— Faudra-t-il que je lui demande l’argent tout de suite ?

Holly sourit.
— Non. Tout a déjà été réglé à l’agence. Il n’y aura pas de transaction compliquée en liquide. Ça

sera comme un rendez-vous galant.

Sabrina hocha lentement la tête. Elle ne pouvait plus reculer à présent. Elle allait devoir faire

preuve de courage pour aider son amie, et s’aider elle-même par la même occasion.
— D’accord. Je vais le faire. Ce soir, je serai Holly Foster.
4

À l’instant même où il ouvrit la porte de sa chambre d’hôtel, Daniel comprit pourquoi l’agence
d’escorts lui avait fait payer une somme aussi exorbitante. La jeune femme aux cheveux bruns qui

allait lui tenir compagnie pendant la soirée semblait tout droit sortie d’un conte de fées.

Elle posa ses magnifiques yeux verts sur lui. Il y lut de la surprise, ainsi qu’une interrogation
silencieuse. S’était-elle trompée de chambre ? Il espérait que ce n’était pas le cas.

Si elle était vraiment l’escort envoyée par l’agence, il se maudissait déjà de ne pas avoir demandé
plus de détails concernant les prestations pour lesquelles il avait payé. Était-elle là uniquement pour

l’accompagner au cocktail, ou bien lui fournirait-elle d’autres services plus personnels plus tard dans

la soirée ?

Il resta un instant incapable de parler, laissant glisser son regard sur les traits doux de son visage,

sa nuque gracieuse et ses formes féminines mises en valeur par une robe d’été légère, suffisamment

courte pour révéler ses jambes joliment galbées jusqu’à ses chevilles fines. Il remarqua que sa

poitrine montait à chaque fois qu’elle inspirait.


Elle ne portait pas de soutien-gorge à cause des bretelles étroites de son élégante robe, mais elle

pouvait se le permettre. Ses seins étaient fermes, et Daniel ne put s’empêcher de songer qu’ils avaient

la taille parfaite pour qu’il puisse les prendre dans ses mains.
Il n’aurait su dire combien de temps il resta à la regarder, une seconde ou bien cinq minutes. Mais
il savait pourquoi il était soudain devenu muet. Un désir violent et incontrôlable s’était emparé de lui.

Par peur de lui dire ce qui lui passait par la tête, quelque chose qui ressemblerait à « J’ai envie de
vous maintenant », il serra les mâchoires et continua à regarder ses lèvres. Elles étaient rouges et

charnues, légèrement écartées comme si elles attendaient qu’il les embrasse. C’était du moins ce qu’il
aurait voulu faire.

Son imagination s’emballa. Il pouvait se représenter en train de lui arracher ses vêtements avec
brutalité. Son corps serait souple sous le sien, et il la chevaucherait avec ardeur jusqu’à ce qu’elle crie
son nom.
Il avait envie que ses lèvres pulpeuses lui fassent tant de choses. Maintenant. Tout de suite. Il était

sorti avec beaucoup de jolies femmes et avait couché avec un bon nombre d’entre elles, mais celle qui
se tenait devant lui n’était pas seulement belle. Elle semblait être faite pour l’amour.
Elle ouvrit alors la bouche, et sa voix évoqua le son cristallin d’une source de montagne.

— Je suis Holly, Holly Foster. C’est l’agence qui m’envoie.

Une lueur d’incertitude subsistait dans ses yeux. Elle n’était pas sûre d’avoir frappé à la bonne
porte.

— Bonjour Holly, Holly Foster, la salua-t-il, goûtant au plaisir de prononcer son nom. Je suis

Daniel, Daniel Sinclair.

Elle lui tendit la main et il la serra avec fermeté.

— Bonjour Daniel, Daniel Sinclair, répéta-t-elle avec un petit rire nerveux.

Daniel sentit le rire de la jeune femme résonner dans tout son corps, et il eut l’impression d’être
redevenu un lycéen. Était-elle vraiment sa compagne pour la soirée ? Était-il mort et monté au

paradis ? Son avion s’était-il écrasé ?

— Je vous en prie, entrez, lui dit Daniel en lui faisant signe d’avancer. Je vais chercher ma veste et

nous pouvons partir.


Daniel pouvait songer à des choses bien plus intéressantes à faire avec elle que de l’emmener à un

cocktail d’affaires ennuyeux. Il pourrait par exemple la conduire jusqu’à son lit.

~ ~ ~

Daniel partit dans la chambre voisine et Sabrina en profita pour essayer de reprendre ses esprits.
Elle avait passé le premier obstacle. Quand elle attendait sur le seuil, il l’avait regardée avec une telle
intensité qu’elle s’était demandé si elle ne s’était pas trompée de chambre. Pourquoi cet homme aussi

beau qu’Adonis avait-il besoin d’une escort ?


Grand et fort, élégamment vêtu d’un pantalon sombre et d’une chemise blanche, il respirait le
savoir-vivre et l’assurance. Toutes les clientes de l’hôtel rêvaient sûrement de passer leurs mains dans

ses cheveux bruns épais et de se jeter sur lui – ou sous lui. Sabrina n’arrivait pas à comprendre

pourquoi il faisait appel à une escort alors qu’il pouvait certainement avoir gratuitement toutes les
femmes qu’il voulait.
Soudain, l’idée de coucher avec un étranger ne lui paraissait plus aussi intimidante. Avec lui, elle

se sentait prête. Elle s’étonna alors de ses pensées audacieuses. Qu’était-il arrivé à la femme réservée

et prudente qu’elle était habituellement ? Était-elle déjà devenue Holly ?


Sabrina réfléchissait encore à cela lorsque Daniel réapparut dans la pièce, avec une veste de

costume assortie à son pantalon. Il ressemblait à un mannequin sortant d’une séance photo. Comment

un mortel pouvait-il être aussi beau ? Les dieux jouaient-ils avec elle ?

— Je vous brieferai en chemin.

Daniel prit son bras et la conduisit vers la porte. Le contact de sa main sur sa peau nue déclencha

des picotements dans tout son corps.


— Où allons-nous ?

— À une réception au Fairmont.

Alors qu’ils se dirigeaient vers le Mark Hopkins et se trouvaient à quelques rues du célèbre hôtel

qui avait survécu au tremblement de terre de 1906, il lui donna davantage d’explications.
— Vous allez m’accompagner à un cocktail d’affaires important. Je vous présenterai comme ma

petite amie.
Il lui jeta un coup d’œil en souriant. En marchant près de lui, elle pouvait sentit son odeur virile et

enivrante.
— Les gens vont-ils vous croire ? Ils doivent sûrement savoir si vous avez une petite amie.

Sabrina n’avait pas posé la question parce qu’elle doutait du succès du plan de Daniel, mais par
curiosité. Il ne semblait cependant pas disposé à lui apporter de réponse.
— Ne vous inquiétez pas. Personne ne sait rien sur ma vie privée. Il ne s’agit que de relations

d’affaires. Votre travail ce soir consiste à rester à mes côtés et à flirter avec moi. Si nous sommes
séparés et que vous me voyez parler à une femme de moins de quarante ans, venez me sauver.
— Vous sauver ?

Sabrina lui lança un regard surpris. Il était si beau de profil.

Daniel se mit à rire doucement.


— Oui, c’est votre mission principale ce soir. Je ne veux pas que ces femmes célibataires pensent
pouvoir jeter leur dévolu sur moi. Quoi qu’il en soit, si l’une d’entre elles s’approche de trop près,

vous devez intervenir et lui faire comprendre que je suis avec vous. Assurez-vous qu’elles

comprennent que vous ne plaisantez pas.


— Avez-vous une préférence sur ma manière de procéder ? demanda Sabrina en riant.

Elle avait elle-même quelques idées, mais ne voulait pas être présomptueuse.

À moins qu’elle ne délire complètement et ne prenne ses désirs pour des réalités, le regard que lui

lança Daniel était brûlant.

— Être tactile est très efficace, faites-moi confiance. Et des mots tendres seraient aussi vivement

appréciés.
— Je suis sûre que je trouverai quelque chose.

Leurs yeux se croisèrent.

— J’en suis persuadé.

Ils s’arrêtèrent devant la porte de la salle où avait lieu la réception.


— Il vaut mieux que je vous tienne la main pour entrer.

Elle déglutit péniblement.


— Bien sûr.

Quand il lui prit la main et entrelaça ses doigts dans les siens, elle eut l’impression d’être
foudroyée sur place. Elle n’en revenait pas. Jamais le simple contact d’un homme n’avait eu un tel

effet sur elle.

La salle était remplie. Sabrina estima qu’il devait y avoir une centaine d’invités, tous élégamment
vêtus. Des serveurs circulaient avec des assiettes recouvertes de canapés et des plateaux de

champagne. Il y avait beaucoup de femmes, mais les hommes en costumes sombres étaient largement
majoritaires. Certains paraissaient s’ennuyer plus que les autres. C’étaient certainement des avocats,
songea Sabrina. Elle savait les reconnaître.

Daniel traversa la foule avec elle et l’emmena jusqu’au fond de la salle. Il émanait de lui une

profonde assurance et une détermination totale, comme s’il avait été chez lui.
— Ah, vous voilà. Nous nous demandions quand vous arriveriez.
L’homme distingué qui avait parlé devait approcher de la soixantaine.

— Martin. Quelle joie de vous revoir.

Daniel serra la main de Martin.


— Permettez-moi de vous présenter mon épouse. Nancy, voici Daniel Sinclair, l’homme qui nous

rachète.

La petite femme au bras de Martin serra la main tendue de Daniel avec un grand sourire.

— Quel plaisir de vous rencontrer enfin, dit-elle d’une voix enjouée en jetant un coup d’œil à

Sabrina.

— Le plaisir est pour moi. Vous allez sûrement voir Martin beaucoup plus une fois que
l’acquisition aura été signée.

Nancy donna un petit coup de coude dans les côtes de son mari et leva les yeux au ciel.

— Ne m’en parlez pas. Il va me rendre folle en passant autant de temps à la maison.

Son mari la regarda avec un sourire affectueux.


— Elle plaisante. En réalité, elle est impatiente de passer plus de temps avec moi. Mais en voilà

assez sur nous. (Martin posa les yeux sur Sabrina.) Daniel, vous ne nous présentez pas votre
compagne ?

— Toutes mes excuses. Martin, Nancy, voici Holly, ma fiancée.


Sabrina lança un regard surpris à Daniel, mais détourna rapidement les yeux vers leurs hôtes en

leur adressant un sourire charmant. Pourquoi ne s’en était-il pas tenu à ce qui avait été convenu ?
Pourquoi l’avait-il fait passer au rang de fiancée ?
Après avoir échangé des poignées de main et des salutations, ils commencèrent à bavarder.

— Vous ne semblez pas être de New York, Holly, fit remarquer Nancy.
— En effet. Je suis de la région de San Francisco.
Martin lança à Daniel un regard complice.

— Je vois. Mon entreprise n’est donc pas la seule « acquisition » que vous faites à San Francisco.

Daniel lui sourit et porta la main de Sabrina à ses lèvres pour y déposer un baiser.
— Je plaide coupable.
Ce geste inattendu accéléra le rythme du cœur de Sabrina. Elle lui fit un petit sourire, mais il ne

semblait pas le moins du monde troublé. Il devait être habitué à faire semblant.

— Qu’est-ce que vous faites dans la vie, Holly ? demanda Nancy.


~ ~ ~

Daniel tressaillit en entendant la question de Nancy. Ils n’avaient absolument pas discuté de cela. Il

lança un coup d’œil à Holly pour essayer d’attirer son regard, se demandant si elle parviendrait à

improviser, mais elle était déjà en train de répondre.


— Je suis avocate, répondit-elle.

Il ferma les yeux pendant une seconde, comme s’il attendait qu’une bombe soit lâchée. Elle avait

pris de gros risques en répondant cela ! Il y avait plus d’avocats dans la salle qu’à un congrès

juridique à Las Vegas. Il aurait dû la briefer avant leur arrivée. Ils allaient droit au mur.
— Mais ne parlons pas de travail, d’accord ? intervint-il pour essayer d’éviter le désastre. Une

coupe de champagne, ma chérie ?


Il arrêta un serveur pour prendre deux flûtes sur son plateau et lui en tendit une. Mais il était trop

tard : Nancy avait déjà fait signe à un homme de s’approcher. Daniel le reconnut. C’était l’un des
avocats qui travaillaient sur l’acquisition.

— Bob, tu connais déjà Daniel, mais laisse-moi te présenter sa fiancée, Holly Foster. Elle est
avocate.
Daniel faillit s’étouffer avec son champagne. Comment sa jolie escort allait-elle s’en sortir ? Bob

n’était pas du genre à discuter de banalités. Tout ce que cet avocat dégingandé savait faire, c’était
parler travail.
— Ravi de vous rencontrer, Holly. À quelle université êtes-vous allée ?

Daniel ne s’était pas trompé.

— Hastings, répondit-elle sans hésitation.


— Quelle coïncidence ! Je suis de la promotion 99. Bunburry enseigne-t-il toujours ?
Bob était dans son élément. Cette mascarade n’allait pas tarder à leur exploser en pleine figure,

Daniel en était certain. N’aurait-elle pas pu choisir une université obscure au milieu de nulle part,

plutôt que la faculté de droit de Hastings en plein San Francisco, qu’il connaissait lui-même alors
qu’il n’était pas de la région ? Sans doute était-ce la seule qu’elle pouvait citer. Évidemment. Bon

sang, il était fichu.

— Il a fini par prendre sa retraite l’année dernière, répondit Sabrina avec assurance.

Bob hocha la tête d’un air compréhensif.

— Il était temps.

Elle avait eu de la chance pour cette fois.


Alors que Daniel s’apprêtait à lancer un autre sujet, Martin intervint pour leur présenter une jolie

rousse.

— Il faut absolument que vous rencontriez Grace Anderson. Elle fait partie de presque tous les

comités d’œuvres de bienfaisance de la ville. Ma chère Grace, je vous présente Daniel Sinclair.
Grace envoya un baiser dans la direction de Martin puis regarda Daniel droit dans les yeux. Il

connaissait ce regard. Il était en train de se faire évaluer par une femme qui cherchait un époux
fortuné. Jetant un coup d’œil derrière lui, il vit que sa prétendue fiancée était en pleine conversation

avec Bob. Cela tombait mal.


— Je suis heureux de faire votre connaissance, Mlle Anderson.

Daniel lui serra la main et la lâcha aussi vite qu’il le put.


— Ne soyez pas aussi formel. Appelez-moi Grace.
Son sourire mielleux lui donna la nausée. Elle correspondait exactement au type de femmes qu’il

cherchait à éviter. Daniel avait le sentiment d’être un tigre en cage, en un peu moins apprivoisé. En
voyant l’expression suggestive de Grace, il comprit qu’elle lui ferait des avances dès qu’il baisserait
la garde.

— Dans quelles associations êtes-vous impliquée ?

Il était bien obligé de lui faire la conversation, même s’il n’en avait pas la moindre envie. Cette
femme était une copie conforme d’Audrey : superficielle, prétentieuse, et à la recherche d’un riche
mari. Étrangement, il voyait Audrey avec bien plus de lucidité depuis qu’il n’était plus avec elle.

Daniel écouta d’une oreille la réponse de Grace, car il essayait de saisir des bribes de la

discussion entre Holly et Bob. Ils étaient cependant trop loin pour qu’il saisisse quoi que ce soit dans
le brouhaha qui régnait dans la salle.

Sentant soudain la main de Grace sur son avant-bras, il remarqua qu’elle avait arrêté de parler et

lui demandait quelque chose.

— Vous n’êtes pas d’accord ?

Il lui adressa un sourire réservé et se demanda comment il allait pouvoir s’éclipser.

— Chéri. (Il se retourna avec reconnaissance en entendant derrière lui la voix de Holly, qui lui
caressait le dos.) Bob était en train de me raconter une histoire très drôle datant de ses années à la

faculté de droit. Je pense qu’elle va t’amuser, surtout que tu adores le baseball. (Holly lança un regard

appuyé à Grace puis baissa les yeux vers la main que celle-ci avait posée sur le bras de Daniel.)

Excusez-moi, je vais devoir vous prendre mon fiancé pendant un moment.


Grace retira immédiatement sa main, comme si elle avait été brûlée.

Holly l’entraîna hors de portée de voix de la femme.


— C’était bien ?

Daniel s’approcha d’elle.


— C’était parfait, répondit-il en plantant un baiser sur sa joue, qui s’empourpra aussitôt. Il était

moins une. Je ne sais pas comment ces femmes arrivent à repérer les célibataires aussi rapidement.
Elle était sur le point de mettre le grappin sur moi.
— Elle était déjà passée à l’attaque, fit remarquer Holly avec un petit rire. Vous n’aimez pas

beaucoup les femmes, n’est-ce pas ?


Il lui lança un regard étonné.
— Non, ce n’est pas ça. Mais je n’aime pas beaucoup les croqueuses de diamants. Alors racontez-

moi, comment avez-vous réussi à échapper à Bob ?

— C’était facile. Ne vous inquiétez pas pour moi, je suis capable de m’en occuper.
Il lui lança un regard admiratif. Il la croyait sur parole. Elle devait être capable de s’occuper de
beaucoup d’autres choses, peut-être même de lui. Peut-être pourrait-elle lui donner un aperçu ce soir-

là de la façon dont elle comptait s’occuper de lui.

— Venez, nous allons devoir discuter encore un peu avec les invités avant de pouvoir échapper à
ce cirque.

Il lui prit de nouveau la main, pas par nécessité mais parce qu’il en avait envie. Il aimait la toucher.
5

Sabrina passait une très bonne soirée. Daniel la présentait à de nombreuses personnes, dont elle
oubliait le nom aussitôt qu’ils allaient voir d’autres invités désireux de faire sa connaissance.

D’après les conversations, elle comprit que Daniel était à San Francisco pour finaliser

l’acquisition d’une entreprise, et compte tenu de toutes les jeunes et jolies femmes qui voulaient le
rencontrer, elle conclut aussi qu’il était l’un des célibataires les plus en vue en ville. Il n’était pas

étonnant qu’il ait fait appel à elle pour être tranquille. Comme il le lui avait demandé, elle faisait de
son mieux pour faire fuir toutes les femmes qui s’approchaient de lui.

Même si c’était son travail pour la soirée, elle le faisait très volontiers. Elle prenait plaisir à le

toucher, à lui prendre la main, à lui donner des petits noms. Il l’avait embrassée une fois sur la joue,

et elle se demandait s’il recommencerait. Ses lèvres étaient si chaudes et douces, et malgré elle, elle

commença à les imaginer sur d’autres parties de son corps. Cette pensée la fit rougir.

Il y avait peu de chance pour qu’il veuille coucher avec elle puisqu’il l’avait à l’évidence

uniquement engagée pour jouer le rôle de sa petite amie, même s’il l’avait inexplicablement élevée au
statut de fiancée pour éloigner les autres femmes. Il ne semblait pas être le genre d’hommes à se jeter

au lit avec une escort, pas même une fausse escort.

Pour se consoler, elle songea qu’elle aurait au moins passé un agréable moment avec un homme
charmant et attentionné. Les regards envieux que lui lancèrent beaucoup de jeunes femmes pendant la
soirée lui confirmèrent qu’elle n’était pas la seule à trouver Daniel à son goût.

Mais étrangement, il ne paraissait pas apprécier toute cette attention. Il discutait surtout avec des
hommes, et essentiellement de travail. Chaque fois qu’on lui présentait une femme, et en particulier si

elle était célibataire, il s’éclipsait aussi rapidement que possible, généralement en se servant d’elle
comme excuse.

— Holly, ma chérie, veux-tu autre chose à boire ? lui demanda-t-il en souriant alors qu’une jeune
femme essayait de l’entraîner dans une conversation.
Sabrina lui tendit son verre vide et il le posa sur une table à côté. Il prit alors sa main et embrassa

le bout de ses doigts sous les yeux de l’autre femme, qui s’éloigna aussitôt.

— Vous êtes terrible, le réprimanda Sabrina en riant, tout en sachant que son geste d’affection
avait pour unique but de repousser les autres femmes.
— Je ne peux pas m’en empêcher, lui répondit Daniel avec un clin d’œil.

Elle ne lui demanda pas ce qu’il voulait dire par là.

— Vous avez déjà entendu parler de maîtrise de soi ? le taquina-t-elle.


— C’est quelque chose d’impossible en présence d’une belle femme.

— Laquelle ? demanda Sabrina en parcourant la salle du regard.

Sans répondre, Daniel l’entraîna pour aller lui présenter d’autres invités.

Un peu plus tard, elle se retrouva au fond de la grande salle avec Daniel, tout près d’un magnifique

bouquet de fleurs colorées. Voyant passer un serveur, Sabrina en profita pour attraper un autre canapé

sur le plateau. Elle avait arrêté de compter le nombre de délicieux amuse-gueule qu’elle avait avalés.
Quelle importance si elle prenait un petit kilo ? Personne ne la verrait nue de sitôt.

Daniel lui fit un petit sourire et poursuivit sa conversation avec Martin, tandis que son épouse

continuait à raconter à Sabrina les voyages qu’elle comptait faire avec son mari une fois que

l’entreprise aurait été rachetée.


Sabrina l’écoutait poliment et posait des questions quand l’occasion se présentait, lorsque soudain

son nez commença à la démanger irrésistiblement. Elle ne put retenir un éternuement, sûrement bien
trop bruyant au goût de la bonne société qui l’entourait.

— À vos souhaits ! lui lancèrent à l’unisson Daniel, Martin et sa femme.


— Je suis allergique, expliqua Sabrina d’un air confus en montrant du doigt le bouquet de fleurs,

tout en fouillant dans son petit sac à main pour y trouver son mouchoir.
Elle en avait toujours un sur elle. Lorsqu’elle le sortit, un petit emballage carré s’échappa de son
sac et atterrit sur la petite table où était posé le vase.

Ils tournèrent tous les quatre la tête pour voir de quoi il s’agissait.
Sabrina écarquilla les yeux, horrifiée. L’un des préservatifs qu’elle avait mis dans son sac à main
s’était glissé dans son mouchoir et était tombé. De sa main élégante, Daniel fit immédiatement

disparaître l’objet indésirable dans la poche de sa veste, aussi naturellement que s’il ramassait un

papier de bonbon.
Sabrina croisa son regard et constata avec effroi qu’elle l’avait mis dans l’embarras. Son visage
était agité et ses joues étaient légèrement rouges. Il était furieux !

— Je crois qu’il se fait tard, il est temps pour nous d’y aller. J’ai une grosse journée demain, dit

brusquement Daniel à Martin.


C’était certain, elle l’avait gêné et il voulait à présent partir. Martin et Nancy avaient certainement

vu le préservatif mais avaient été assez polis pour ne pas faire de remarque. Sabrina aurait aimé que

le sol s’ouvre sous ses pieds pour l’engloutir, mais elle sentit la main de Daniel dans le creux de son

dos.

— On y va, ma chérie ?

Il lui parlait toujours aussi gentiment. Il devait être habitué à cacher ses émotions, et ne laissa rien
paraître de sa colère devant leurs hôtes.

Comme dans un brouillard, Sabrina dit au revoir à Martin et Nancy. Daniel l’entraîna alors vers la

sortie et ils prirent la direction de l’hôtel Mark Hopkins.

Sabrina se sentait terriblement mal. Elle avait tout fichu en l’air. Cela allait revenir aux oreilles de
Misty, et Holly aurait des ennuis. Au lieu de lui sauver la mise, elle avait sans doute aggravé la

situation. Elle devait essayer de réparer les dégâts, pour Holly.


— Je suis désolée, commença-t-elle alors qu’ils venaient d’entrer dans le Mark Hopkins et

traversaient le hall.
Daniel lui lança un regard surpris

— Désolée ?
— Je ne voulais vraiment pas vous mettre dans l’embarras. C’était un accident.
Sa voix était suppliante, et elle espéra qu’il sentirait sa sincérité. Il fallait à tout prix qu’il accepte

ses excuses. Elle ne l’avait pas fait exprès.


— Me mettre dans l’embarras ? demanda-t-il d’une voix amusée en appuyant sur le bouton pour
appeler l’ascenseur.

— Oui, je suis vraiment désolée. Ce n’était pas mon intention. J’aurais dû faire plus attention,

poursuivit-elle.
Elle n’était pas faite pour être escort. Elle avait su que cela se passerait mal.
L’ascenseur était vide lorsqu’ils y entrèrent. Dès que les portes se furent refermées sur eux, Daniel

se tourna vers elle.

— Vous ne m’avez pas mis dans l’embarras. Bien au contraire.


Sabrina le regarda avec étonnement.

— Alors pourquoi sommes-nous partis aussi brusquement ?

Il laissa son regard se promener sur son corps.

— Parce que j’ai en tête une bien meilleure manière de passer la soirée que de rester à un cocktail

ennuyeux.

Daniel fit un pas vers elle et posa la paume de sa main sur le mur derrière elle. Sa tête n’était qu’à
quelques centimètres de la sienne, et il la regardait droit dans les yeux. Elle pouvait sentir son odeur

virile, un mélange discret de parfum et d’homme. Son estomac se noua.

— Oh, dit-elle simplement, en comprenant à quoi il pensait.

Il était si proche qu’elle n’arrivait plus à réfléchir.


— Il va falloir que vous m’aidiez, Holly. Je n’ai encore jamais été avec une escort et je ne connais

pas le protocole.
Il lui parlait d’une voix basse et elle sentit son souffle sur son visage.

— Le protocole ? répéta-t-elle d’une voix haletante, ne pouvant penser à rien d’autre qu’à leurs
corps qui se touchaient presque.

Elle était contre le mur, sans nulle part où aller.


— Oui. Je ne sais pas, mais… Est-ce que vous embrassez ?
Il fixait des yeux ses lèvres avec intensité.

— Ou-oui, balbutia-t-elle faiblement.


Il prit alors son menton dans sa main et le caressa lentement avec son pouce. Son contact était
électrisant. Instinctivement, elle passa sa langue sur ses lèvres. Comme s’il attendait un signe de sa

part, il pencha la tête vers elle. Sabrina laissa échapper un léger soupir lorsqu’il effleura sa bouche

avec la sienne. Il s’en empara alors pleinement, avec exigence.


Tirant et aspirant sa lèvre inférieure, il la prit dans sa bouche et la caressa avec sa langue humide.
Puis il la mordilla délicatement jusqu’à ce qu’elle écarte les lèvres, invitant sa langue à se mêler à la

sienne.

Elle posa la main sur sa nuque pour l’attirer plus près, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus s’approcher
davantage. Son corps était plaqué sur le sien contre le mur de l’ascenseur, lui laissant à peine assez de

place pour respirer. Mais Sabrina n’en avait que faire. Avait-elle vraiment besoin d’oxygène alors

qu’elle pouvait humer son parfum ?

Le goût de Daniel évoquait en elle une douche fraîche au beau milieu d’une forêt tropicale boisée

et vivante, mais aussi sombre, recelant des trésors cachés. Et à chaque mouvement de sa langue, il

libérait une nouvelle saveur qui donnait à Sabrina encore plus envie de capturer sa langue avec la
sienne et de la garder prisonnière.

~ ~ ~


Daniel n’en revenait pas de ce qu’il était en train de faire. Il embrassait une escort, une prostituée.

Il devait avoir perdu la tête, et il savait exactement à quel moment cela s’était produit. Quand elle avait
accidentellement laissé tombé le préservatif, il avait compris qu’il n’avait pas seulement payé pour

avoir une petite amie pendant la réception. L’agence lui avait également dit de se préparer à coucher
avec lui.

Pouvait-il vraiment la décevoir ?


Enivré par le goût de ses baisers, il l’embrassa plus profondément, explorant sa bouche et jouant
avec sa langue qui réagissait à ses caresses. Chacun des gémissements de Holly résonnait dans sa

poitrine et le rendait plus impatient encore pour la suite.


Jamais une femme ne lui avait fait autant d’effet. Il aimait le sexe, mais il lui fallait généralement
davantage qu’un baiser de quelques secondes pour être vraiment excité. Le regard qu’elle lui avait

lancé avant que leurs lèvres se rencontrent avait suffi à lui faire perdre tous ses moyens.

Elle savait manifestement ce qu’elle faisait. Après tout, c’était une professionnelle. Son métier était
d’éveiller le désir des hommes et de les satisfaire. Il pouvait penser à une centaine de manières dont
elle pourrait s’acquitter de son travail, mais aucune d’elles n’était vraiment appropriée dans un

ascenseur d’hôtel.

Dès que les portes s’ouvrirent, Daniel l’entraîna hors de l’ascenseur. Il tourna la tête vers elle et
remarqua que ses joues étaient rouges et que ses lèvres étaient plus pulpeuses. Il allait continuer à s’en

occuper, mais il devait d’abord l’emmener dans sa suite, à l’abri des regards indiscrets.

Il eut l’impression de mettre une éternité à arriver à sa chambre. Ils étaient tous les deux

silencieux, comme s’il n’y avait rien à dire. Du moins rien qui ne puisse être dit en public.

À peine eut-il claqué la porte derrière eux que Daniel reprit Holly dans ses bras pour reprendre là

où ils s’étaient arrêtés. Ses lèvres charnues nécessitaient une attention qu’il n’était que trop prêt à leur
accorder. Il ne pensait pas au fait qu’elle était escort. Pour le moment, il s’en moquait. L’important

était qu’elle l’excitait plus qu’aucune femme ne l’avait jamais fait, alors qu’il était encore seulement

en train de l’embrasser.

Il n’avait pas encore touché sa peau nue. Il n’avait pas encore recouvert ses seins de baisers. Et
déjà, son sexe était aussi dur qu’une barre d’acier et ne demandait qu’à être libéré. Si une femme

pouvait lui faire cet effet, peu importait la profession qu’elle exerçait. Au diable les conventions.
Daniel enserra les poignets de Holly et les plaqua contre le mur derrière elle de chaque côté de sa

tête. Cette femme réveillait ses instincts les plus primaires. Avec son corps collé au mur, elle
paraissait si vulnérable, et pourtant son regard était avide et rempli de désir.

Daniel écrasa ses hanches contre elle pour lui montrer son excitation. Elle lui répondit par un
gémissement étouffé, comme si elle ne voulait pas admettre qu’elle sentait sa virilité pressée contre
ses reins à travers le fin tissu de sa robe.

Elle approcha son visage du sien, comme pour le supplier de l’embrasser encore. Et il s’exécuta.
Comment pouvait-il lui résister ? Holly était animée par un feu intérieur qu’il n’était pas capable
d’éteindre, ne pouvant que l’alimenter par son ardeur. Mais il n’était pas pompier et son devoir n’était

pas d’arrêter les incendies. Il n’avait d’ailleurs aucunement l’intention d’essayer d’éteindre la flamme

de Holly, du moins pas avant d’en avoir fait un brasier ardent.


Daniel la tira vers le canapé et se laissa tomber dessus avec elle, sans quitter ses lèvres un instant.
Il pourrait devenir ivre rien qu’en l’embrassant. Sérieusement ivre. Il était impossible de résister aux

baisers de cette femme. Il s’écarta d’elle un instant.

— Est-ce que vous embrassez tous les hommes de cette façon ? Non. Ne répondez pas.
Il ne voulait pas penser au fait qu’elle embrassait des étrangers et couchait avec eux pour gagner

sa vie. Il n’était pas étonnant qu’elle soit aussi douée. Elle ne manquait pas de pratique.

Il laissa échapper un profond soupir.

— Est-ce que cela vous convient ? demanda soudain Holly.

— Si cela me convient ? Je pense que je ne pourrai plus jamais embrasser une amatrice

maintenant.
— Une amatrice ?

— Contrairement à vous, qui êtes une professionnelle. On ne vous a jamais dit que vos baisers

pouvaient pousser un homme à commettre tous les péchés de la terre ? demanda-t-il avec un petit rire.

— Et c’est une bonne chose ?


Elle paraissait hésitante, et plongea ses yeux interrogateurs dans les siens.

— Oh que oui, c’est une bonne chose !


Un sourire se dessina sur le visage de Holly, et il ne put s’empêcher d’écraser ses lèvres sur les

siennes. Il fit descendre sa main vers le bas de son dos puis empoigna ses fesses, la pressant avec
force contre son érection complète.
6

À travers la fine étoffe de sa robe, Sabrina sentait parfaitement le corps de Daniel, en particulier
son membre érigé. Elle n’en revenait pas qu’un homme aussi séduisant que lui puisse être excité si

rapidement par elle. Elle ne s’était jamais considérée comme un canon. Elle savait qu’elle était jolie et

qu’elle avait une silhouette correcte, mais elle était loin d’être aussi magnifique que Holly.
Cet homme lui donnait cependant l’impression qu’elle était la femme la plus désirable du monde.

Cela ne devrait-il pas être l’inverse ? Une escort n’était-elle pas censée séduire ? Et pourtant, elle
avait l’impression que c’était lui qui essayait de la séduire. Peut-être aurait-elle dû demander plus de

détails à Holly sur ce qu’elle devait faire. Elle prenait vraiment le risque de se faire démasquer.

Et elle n’avait vraiment pas envie que cela se produise. Pour Holly, mais aussi pour elle-même.

Elle était dans les bras de Daniel, ses lèvres étaient scellées aux siennes, et cela faisait une éternité

qu’elle ne s’était pas sentie aussi bien.

Cet homme savait non seulement comment embrasser une femme, mais aussi où et comment la

toucher pour la faire fondre entre ses mains. Malgré l’ardeur qu’elle sentait en lui, ses gestes n’étaient
pas hâtifs et précipités ; il prenait son temps. Il la laissait apprécier ses caresses et ses baisers, comme

s’il partageait son plaisir. Aucun homme ne l’avait jamais embrassée aussi bien.

— Daniel, murmura-t-elle.
Il posa sur elle son regard obscurci par la passion.
— Hmm ? répondit-il en mordillant sa lèvre inférieure.

— Embrassez-vous toutes les femmes de cette façon ? le taquina-t-elle.


— Vous voulez dire comme ceci ? demanda-t-il avant de l’embrasser pendant plusieurs minutes,

comme s’il voulait la marquer au fer rouge.


— Mmh mmh.

— Que vouliez-vous savoir ?


— Je vous demandais si vous embrassiez… ?
Il l’interrompit en s’emparant de nouveau de sa bouche et en faisant glisser sa langue sur ses

lèvres.

— Je ne peux répondre à aucune question pour le moment. Je suis occupé. À moins que vous ne
préfériez discuter ?
— Non !

~ ~ ~

Daniel se mit à rire et elle rougit comme une écolière. Il ignorait que les escorts pouvaient

vraiment prendre plaisir à faire leur travail, mais il voyait bien que Holly appréciait ce qu’ils étaient

en train de faire. Les réactions de son corps à ses caresses ne pouvaient pas être feintes. Ni les

gémissements discrets qu’elle laissait échapper. Ils étaient à peine audibles, comme si elle n’en était

pas consciente. Si elle faisait semblant, elle aurait été bien plus bruyante. Daniel était certain qu’elle
aimait ce qu’il lui faisait, et cela ne faisait qu’accroître son désir.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle avec un regard désorienté.

— Vous êtes belle.

Ses joues se teintèrent de nouveau de rouge. Il était impossible de simuler cela.


— J’ai envie de vous toucher.

Elle se redressa et se mit à califourchon sur lui. Lentement, elle passa ses mains dans son dos pour
descendre la fermeture éclair de sa robe, mais il l’arrêta.

— Vous permettez ?
Elle hocha la tête et baissa les bras. Daniel s’assit à son tour, tout contre Sabrina. Tandis qu’il

tâtonnait dans son dos, il effleura son cou élancé avec ses lèvres et fit glisser sa langue sur sa peau,
tout en la mordillant délicatement. Elle sentit son corps frissonner sous ses caresses.
Après avoir baissé la fermeture éclair de la robe, Daniel passa les mains sur ses épaules et fit

glisser les fines bretelles de sa robe le long de ses bras. Puis il tira la robe autour de sa taille et recula
de quelques centimètres pour pouvoir admirer ses seins nus.
Ils étaient parfaits, ronds et fermes. Elle n’avait même pas besoin de soutien-gorge. Ses mamelons

rose foncé étaient dressés. Ressentant le besoin impérieux de les toucher, il les effleura de sa main.

Elle tressaillit, comme si elle ne s’y attendait pas. Elle était si sensible et si réactive. Il fallait qu’il les
lèche.
Lentement, Daniel approcha sa bouche. Avec douceur, il passa sa langue sur la pointe durcie de

son sein puis referma les lèvres dessus et le suça lentement.

Immédiatement, la respiration de Sabrina s’accéléra et se fit saccadée. Elle était aussi excitée que
lui. Elle agrippa ses cheveux tout en le serrant contre elle, comme si elle ne voulait pas qu’il s’arrête.

Il n’en avait pas l’intention. Il prendrait tout ce qu’elle était prête à lui donner ce soir. Il la pousserait

aussi loin qu’elle le laisserait, puis il en demanderait davantage.

Daniel sentit son érection palpiter dans son pantalon. Il ne savait pas combien de temps encore il

parviendrait à se retenir, mais il ne voulait pas que les choses se terminent trop vite. L’occasion de

coucher avec elle ne se représenterait sans doute pas. Et si elle partait tout de suite après ? Il fallait
vraiment qu’il fasse durer le plaisir.

Daniel regretta de ne pas avoir posé plus de questions à Tim lorsqu’il lui avait donné les détails de

la réservation, mais il était trop tard à présent. Il ne lui restait plus qu’à poursuivre ce qu’il avait

commencé et à espérer qu’il obtiendrait ce qu’il voulait, c’est-à-dire Holly. Sous lui, sur lui, devant
lui, de toutes les façons possibles. Jamais il n’avait désiré une femme avec une telle force.

Tout en caressant fermement le sein négligé de Holly, Daniel continua à téter et mordiller
délicatement le premier, puis il tourna la tête pour inverser et infliger la même douce torture à l’autre.

Elle ne réprimait plus ses gémissements, et Daniel prenait un immense plaisir à voir ainsi son corps
réagir.

— Oh, Daniel, c’est tellement…


Elle n’acheva pas sa phrase, soit parce qu’elle était trop essoufflée, soit parce qu’elle était dans le
même état que lui. Daniel n’arrivait à penser à rien d’autre qu’à l’embrasser, à la toucher, à être avec

elle. Depuis qu’elle avait laissé tomber le préservatif, il n’était plus capable de réfléchir
rationnellement.
— Holly, dis-moi ce que tu veux.

Elle écarquilla les yeux.

— Ce que je veux ?
Il se demanda ce qui l’avait poussé à lui poser cette question. C’était elle, l’escort. Il ne devrait pas
lui demander ce qu’elle aimait. C’était Holly qui était là pour le satisfaire, et pas l’inverse. Pourtant, il

avait envie de lui donner du plaisir.

— Oui, j’ai envie de savoir ce que tu aimes.


~ ~ ~

— Tu te débrouilles très bien sans instructions.

À peine eut-elle prononcé ces mots que Sabrina les regretta. Comment avait-elle pu dire quelque

chose d’aussi personnel, qui la mettait dans une position si vulnérable ?


— Alors imagine ce que je pourrais faire si tu me disais ce que tu aimes vraiment, dit-il avec un

sourire coquin.

Daniel Sinclair sortait vraiment de l’ordinaire. Quel genre d’homme faisait appel à une escort puis

insistait ensuite pour lui donner du plaisir plutôt que de la laisser faire son travail ? Qu’est-ce qui
n’allait pas chez lui ? Ou bien Holly lui avait-elle présenté une idée complètement fausse de son

métier ? Cela ne lui ressemblait pourtant pas de mentir sur ce genre de choses. Cet homme devait
vraiment avoir un problème.

Alors qu’il s’apprêtait à reprendre son téton dans sa bouche, elle prit son visage entre ses mains et
le redressa.

— Pourquoi ?
— Pourquoi quoi ?
— Pourquoi veux-tu savoir ce que j’aime ?

— Parce que je pense que nous passerons une bien meilleure soirée tous les deux si nous obtenons
tous les deux ce que nous voulons. Tu n’es pas d’accord ? (Ils se regardèrent dans les yeux.) Et puis,
quel homme ne voudrait pas être considéré comme le meilleur amant d’une femme ? Alors, vas-tu

accepter de m’aider un peu ?

Sabrina se mit à rire. Elle avait le sentiment qu’il n’avait pas vraiment besoin d’aide pour être le
meilleur amant qu’elle avait jamais eu. Il s’était montré très doué jusqu’à présent. Mais elle n’avait
pas l’intention de le lui dire. S’il voulait essayer davantage, elle le laisserait faire.

— C’est un oui ?

Elle hocha la tête.


— Crois-tu qu’on pourrait passer dans… ?

Elle fit un signe de tête vers la chambre.

— Tes désirs sont des ordres.

~ ~ ~


Un instant plus tard, Daniel la souleva dans ses bras et la porta jusqu’à la chambre. Le meilleur

restait à venir. Ils allaient se déshabiller peu à peu, se séduire, faire monter la tension. Cela ne voulait

pas dire qu’il n’avait pas aimé embrassé Holly : il y avait au contraire pris un immense plaisir, plus

qu’avec aucune autre femme. Mais elle était à présent étendue sur son lit, et il n’était plus possible de
retourner en arrière.

Ses seins nus étaient exposés au regard avide de Daniel. Ses tétons étaient durcis, et elle levait vers
lui ses beaux yeux verts bordés de longs cils sombres. En la regardant, il eut le sentiment d’être un

loup sur le point de dévorer un agneau. Un agneau très consentant.


Lentement, Daniel retira sa veste et la jeta sur une chaise. Il se moquait bien de la retrouver

froissée le lendemain. Bouton après bouton, il ouvrit sa chemise. Elle l’observait en silence, comme
fascinée par le simple fait de voir un homme se déshabiller. Quand il laissa tomber sa chemise sur le
sol, il la vit passer sa langue sur ses lèvres.

Il envoya valser ses chaussures dans la chambre puis s’allongea sur le lit, couvrant son corps du
sien.
— Je t’ai manqué ?

— Tes lèvres m’ont manqué, avoua-t-elle.

Il ignorait pour quelle raison il lui tenait des propos aussi ridicules, mais ses réponses lui
plaisaient. Il était déconcerté par leur franchise et leur naturel. Tout avait l’air si simple avec elle, noir
et blanc, dénué de complexité. Holly semblait être une femme facile à vivre, qui ne faisait pas de

manières et se contentait d’être elle-même.

Elle réveillait le côté plus sombre, animal et passionnel, qui sommeillait en lui la plupart du temps.
Cet aspect de lui qui vivait pour satisfaire ses désirs charnels et son besoin de posséder une femme,

complètement. Et de se faire posséder par elle, ce qu’il n’avait jamais laissé faire à une femme parce

qu’il s’était toujours empêché de se donner entièrement. Il n’avait jamais osé.

Mais cette fois il n’avait qu’une envie, c’était de posséder cette femme et de se donner à elle, sans

retenue. C’était la première fois qu’il ne risquait rien. Il ne pouvait pas y avoir de souffrances ou de

complications futures, parce qu’elle ne serait plus là le lendemain et qu’il ne la reverrait jamais. Voilà
pourquoi il pouvait s’offrir inconditionnellement à elle.

— Oublie qui tu es et ce que tu es. Ce soir, tu es simplement une femme et moi un homme. C’est

tout ce qui compte.

Un éclat apparut dans le regard de Holly, et il comprit qu’elle était d’accord. Quand elle chercha
ses lèvres, il sut qu’elle était prête à tout. Elle caressa son dos lisse et sa peau toute chaude. À chaque

fois qu’elle le touchait, Daniel avait la sensation qu’elle laissait une traînée de lave en fusion.
Il roula sur le côté pour la libérer de son poids et parcourut fiévreusement son corps avec ses

longs doigts. Il fit descendre le tissu de sa robe dans son dos puis glissa ses mains dessous, jusqu’aux
courbes de ses fesses parfaites. Elle portait un simple slip en coton, sans dentelle ni fioritures.

Pourtant, elle était si attirante ainsi.


Elle laissa échapper un léger gémissement quand il baissa son slip jusqu’au sommet de ses cuisses,
juste assez pour exposer les deux monticules de chair qui lui firent penser aux Twin Peaks, les

collines jumelles surplombant San Francisco. Il passa ses mains dessus pour sentir sa peau, aussi
douce que du velours.
Il comptait prendre le temps d’explorer chaque centimètre de son corps divin avant de la faire

jouir. Lorsqu’il écarta ses lèvres de celles de Holly, il perçut sa réticence. Mais à peine les eut-il

rapprochées de ses seins qu’elle lâcha un autre soupir. Il tira délicatement sur la pointe de son sein
avec ses dents et la sentit frissonner sous lui, puis il passa lentement sa langue sur cette zone sensible.
Daniel savait comment torturer doucement une femme, la faire réagir avec force et hoqueter de

plaisir. Il se mit à la téter comme un nouveau-né qui ne serait jamais rassasié, et Holly se cambra pour

pousser son sein dans sa bouche, comme pour lui demander de sucer plus fort.
— Oh, s’il te plaît, encore ! demanda-t-elle d’une voix suppliante en serrant ses doigts sur ses

épaules pour le garder tout près d’elle.

Il lui avait demandé ce qu’elle aimait, et elle semblait s’être décidée à le lui dire. Daniel tenait à

respecter ses souhaits et il se consacra avec autant d’application à son autre sein, laissant ses tétons

tendres sous ses doigts.

Son érection douloureuse ne demandait qu’à être libérée de l’étroitesse de son pantalon, mais il
l’ignora. Il savait que s’il cédait maintenant, tout se terminerait trop vite. Il voulait faire tant de choses

avec elle qu’il décida de ne pas tenir compte de son propre désir pour le moment. Et plus il attendrait,

plus son plaisir de la posséder serait intense.

Mais en revanche, il ne pouvait pas ignorer l’odeur de l’excitation de Holly. Baissant lentement ses
lèvres vers son ventre, il inspira profondément pour s’imprégner de ce parfum si exaltant. Il en

émanait quelque chose de primitif, d’intact et de pur. Holly était une femme vraie, qui ne jouait pas.
Il continua à faire descendre sa robe, dénudant son corps entièrement à l’exception de la petite

zone entre ses jambes qui était encore recouverte d’un bout de tissu. Il tira dessus avec ses dents,
révélant ses boucles sombres en dessous. Puis il lui ôta entièrement son slip avec ses mains.

Elle se laissa faire volontiers.


—Holly, tu es tellement belle. (Elle avait les yeux mi-clos et les lèvres entrouvertes.) J’ai envie de
te goûter.

Ce n’était pas une question ou une demande, ni même une requête. Il ne faisait que lui annoncer ce
qu’il était sur le point de lui faire, comme s’il y était contraint par une force supérieure. À peine eut-il
plongé son visage dans son intimité et humé son arôme enivrant qu’il comprit qu’il était perdu.

Il passa avec avidité sa langue sur sa chair chaude et luisante, léchant le jus qui s’échappait d’elle.

Elle s’empressa d’ouvrir les jambes pour lui faciliter l’accès, haletant sous ses douces caresses. Il
écarta ses lèvres avec ses doigts avant de poursuivre avec impatience sa quête et de l’explorer dans
les moindres recoins avec sa langue.

Holly se tordait et se contractait de plaisir, et il plaça ses mains sous ses fesses pour la serrer

encore plus contre lui. Elle ne lui échapperait pas. Pour ce soir, elle était à lui.
— À moi, tout à moi, murmura-t-il avant de plonger sa langue dans son sexe mouillé.

Il se laissa envahir par la chaleur émanant de son intimité, but sa moiteur et respira son parfum.

Elle était en train de devenir une partie de son corps, et il savait que même dans un siècle, s’il vivait

assez longtemps, il serait encore capable de reconnaître son odeur.

Voulant se concentrer sur un autre endroit, il se retira de sa fente. Il avait gardé le meilleur pour la

fin. Il fit doucement remonter sa langue jusqu’à son petit bouton de chair tout gonflé, caché à la base
de sa toison. Lentement, il l’effleura avec sa langue et la sentit immédiatement trembler.

Elle était plus sensible qu’un sismographe. Un sourire se dessina sur les lèvres de Daniel. Il allait

lui faire vivre un tremblement de terre de magnitude 9,5 avec des puissantes répliques, il pouvait

presque le garantir. Il savait aussi que son propre corps se trouverait mêlé à chacun des séismes qui
allaient l’agiter.

— Bébé, tu ferais bien de t’accrocher.


Mieux valait la prévenir.
7

Qu’est-ce que Daniel essayait de lui faire ? Sabrina n’avait encore jamais rien éprouvé de tel. Cet
homme qu’elle connaissait à peine lui infligeait la torture la plus délicieuse qu’elle avait jamais

goûtée. Elle était à mille lieues de s’imaginer que le sexe pouvait être aussi agréable, et pourtant

Daniel était encore à moitié habillé et ne l’avait même pas encore pénétrée.
Elle n’en revenait pas d’être nue dans les bras de ce superbe étranger qui semblait s’être mis en

tête de lui procurer tous les plaisirs possibles et imaginables. Cela paraissait surréaliste. Pourtant
c’était bien réel, aussi réel que son souffle chaud effleurant son clitoris et que sa langue se mouvant

dessus en rythme.

Elle savait ce qu’il faisait, et avec n’importe quel autre homme elle aurait refusé cet acte intime.

Mais sachant qu’elle ne le reverrait jamais et qu’elle se faisait passer pour quelqu’un d’autre, elle

s’abandonna à ses caresses irrésistibles. Elle se concentra sur ce qu’elle ressentait et arrêta de penser.

Sans cesser de titiller son petit bouton de chair avec sa langue, il explora l’intimité de Holly en y

glissant lentement un doigt. Elle faillit bondir du lit tant la sensation qui s’empara d’elle fut intense.
Elle n’avait pas senti un homme en elle depuis si longtemps. Et si un doigt lui faisait déjà un tel effet,

elle ne pouvait qu’imaginer ce qui se passerait quand Daniel la pénétrerait enfin. Sabrina frissonna à

cette pensée.
Il fit entrer et sortir doucement son doigt de sa chair glissante. À chacun de ses mouvements, elle
devenait de plus en plus mouillée et brûlante. Elle avait l’impression d’être un volcan prêt à entrer en

éruption.
Elle se sentait dans un état de vulnérabilité absolu, mais cela lui importait peu. Il ne la ferait pas

souffrir. Après ce soir, elle ne le reverrait jamais. Il n’y aurait pas de gêne, elle ne pourrait pas être
blessée. Il ne connaîtrait même jamais son nom.

— Jouis pour moi, Holly, l’entendit-elle murmurer.


Daniel agitait frénétiquement ses doigts en elle tout en jouant avec son clitoris du bout de sa
langue. Il savait exactement le rythme qu’il devait adopter pour la faire gémir de plaisir. L’excitation
de Sabrina monta et sa respiration se fit irrégulière. Il était temps de lâcher prise, de s’abandonner et

de faire ce qu’il lui demandait.


En sentant la langue de Daniel passer une fois de plus sur son clitoris et son doigt atteindre son
point G, elle sut qu’elle ne pouvait plus revenir en arrière. Tel un tsunami se formant dans l’océan,

elle sentit un fourmillement dans son bas-ventre qui se diffusa petit à petit en elle. Il y eut une

explosion au centre de son corps et elle fut secouée par des vagues de jouissance intenses qui ne
s’arrêtaient plus.

Plongée dans un état d’extase elle entendit un cri, un cri de libération qui venait de sa propre

gorge. Elle n’aurait su dire si son orgasme dura quelques secondes ou quelques minutes car elle avait

perdu toute conscience spatiale ou temporelle. Elle ne s’était jamais sentie aussi libre.

Comme dans un brouillard, elle sentit Daniel remonter le long de son corps et la serrer

tendrement contre son torse, jusqu’à ce qu’elle finisse par s’apaiser et retrouver son état normal. En
rouvrant les yeux, elle découvrit le visage souriant de son amant.

— Oh, mon Dieu.

— Cela me fait plaisir que tu aies aimé la mise en bouche. Et si nous passions au plat principal ?

demanda-t-il avec un sourire, sans manifester la moindre gêne.


Elle acquiesça lentement de la tête.

— Pas avant que tu aies goûté ta mise en bouche.


Sabrina tira sur le bouton de son pantalon.

— Je veux que tu te déshabilles, maintenant.


Elle se demanda si cela dérangerait Daniel de recevoir des ordres d’une femme. Mais à en croire

la rapidité avec laquelle il se débarrassa de son pantalon et de son caleçon, ce n’était pas un problème
pour lui.
Il s’apprêtait à se rallonger sur le lit mais elle l’arrêta. Il resta debout, son membre fièrement

dressé devant lui. Il avait un corps parfait. Son torse large était lisse jusqu’à son nombril, qui était
relié par une fine traînée sombre à la toison bouclée entourant son sexe.
Il avait le ventre plat, et même si ses abdominaux n’étaient pas vraiment visibles, il était mince et

musclé. Il prenait visiblement soin de son corps, et elle veillerait à en faire de même ce soir.

— Superbe.
Sabrina l’observa avec admiration puis tendit la main pour le toucher. Malgré la force qui émanait
de son corps, il avait la peau douce, et la pointe de son énorme verge était comme du velours. Il lâcha

un gémissement lorsqu’elle posa ses doigts sur sa virilité pour la première fois. Elle s’agenouilla

devant lui sur le lit. Sa tête était juste à la bonne hauteur.


Jetant un coup d’œil rapide à son visage, elle s’assura qu’il savait ce qui l’attendait. À en juger par

l’éclat avide dans son regard, il avait très bien compris et était extrêmement impatient.

Il se tenait devant elle, tel un dieu grec. Mais elle pouvait faire de lui ce qu’elle voulait, simplement

avec sa langue et sa bouche. Lentement, elle s’avança vers lui jusqu’à ce que son érection ne soit plus

qu’à un centimètre de sa bouche. Elle commença par lécher le bout de son sexe puis descendit jusqu’à

sa base.
Daniel haleta bruyamment, ce qui la fit sourire. Oui, il était à sa merci comme elle avait été à la

sienne. Mais elle le ferait d’abord supplier. Elle ne voulait rien de plus que de l’entendre l’implorer

de l’enfouir dans sa bouche.

— Encore ? demanda Sabrina.


— Oh, oui.

Sa voix était devenue rauque et n’avait plus rien à voir avec celle avec laquelle il parlait pendant le
cocktail.

— Encore ? répéta-t-elle.
Il ne l’avait pas encore supplié.

— Oh s’il te plaît, Holly, ne me torture pas ainsi.


Immédiatement, elle recommença à lécher son membre de l’extrémité à la base puis elle le prit
dans sa bouche, aussi profondément que possible. Elle le sentit tressaillir. Il avait un goût légèrement

salé, mêlé à une essence très primitive qui lui ressemblait mais qu’elle n’arrivait pas à identifier.
Sabrina avait déjà pratiqué des fellations par le passé mais n’y avait jamais vraiment pris plaisir. Cette
fois, c’était différent.

Elle se sentait toute puissante et incroyablement excitée à l’idée de pouvoir le mettre à genoux

simplement avec sa langue et sa bouche. Bientôt, elle sentirait en elle son sexe palpitant, qui
l’ébranlerait jusqu’au plus profond de son être tandis que ses muscles se contracteraient autour de sa
virilité et qu’il se viderait en elle. Mais pour le moment, elle allait faire monter son plaisir jusqu’au

point où il ne serait plus capable de penser rationnellement.


~ ~ ~

Daniel agrippa les épaules de Holly pour garder son équilibre tandis qu’il se balançait d’avant en

arrière en suivant son rythme. Les yeux fermés, la tête rejetée en arrière, il s’abandonna à ses

caresses. Avec elle, il était si facile de se concentrer sur ses sensations et d’oublier son travail et ses

ambitions, pour ne plus penser qu’au fait qu’il était un homme entre les mains d’une femme
splendide.

La bouche de Holly était chaude et mouillée autour sa verge durcie. Elle jouait avec lui de sa

langue, le chatouillant et le provoquant. Cela n’avait rien à voir avec les fellations mécaniques qu’il

avait parfois reçues de ses anciennes petites amies. Holly s’impliquait avec toutes les fibres de son
corps.

Elle ne faisait pas semblant. En voyant l’application avec laquelle elle le suçait, le léchait et
l’effleurait avec ses dents sans lui faire mal, il avait l’impression qu’elle voulait lui faire la meilleure

fellation qu’il avait jamais connue. Et elle était en train d’y parvenir. Ses va-et-vient se firent plus
pressants et elle le prit plus profondément dans sa bouche. Daniel sentait qu’il ne pourrait plus se

retenir longtemps. C’était trop bon.


Daniel ne voulait pas jouir dans sa bouche, du moins pas la première fois. Il ressentait le besoin
d’être en elle et de sentir ses muscles se contracter autour de son sexe pendant son orgasme. Et il

voulait la regarder et se perdre dans ses magnifiques yeux verts.


La façon dont elle allait et venait sur son sexe lui faisait perdre la raison, et il sentit son contrôle
lui échapper. Avant qu’il ne soit trop tard, il se retira de la bouche de Holly et l’écarta doucement.

— Je n’avais pas fini, se plaignit-elle en faisant la moue.

Elle était si adorable.


— Bébé, tu me rends fou.
Il l’attira à lui pour embrasser ses lèvres charnues.

— Laisse-moi entrer en toi.

Elle lui prit les mains pour qu’il s’étende sur le lit avec elle, mais il s’arrêta à mi-chemin.
— Attends.

Elle lui lança un regard interrogateur.

— Préservatif.

Il attrapa sa veste sur la chaise et en sortit un de la poche avant de rejoindre Holly sur le lit.

— Je peux ? demanda-t-elle en montrant le préservatif du doigt.

Il secoua la tête. Il ne pourrait pas se retenir si elle le mettait elle-même.


— Si je te laisse me toucher maintenant, c’est terminé.

Il marchait sur une corde raide et sentait qu’il pouvait perdre le contrôle à tout moment pour

s’abandonner à l’explosion de plaisir qui ne tarderait pas à se produire. Il fallait qu’il la possède, et il

ne pouvait pas attendre une seconde de plus. Daniel enfila le préservatif et reprit Holly dans ses bras.
Comme si elle était faite pour lui, son corps épousa parfaitement le sien. Il la regarda dans les

yeux tandis que son érection palpitait avec impatience devant l’entrée de son sexe. Il glissa lentement
son sexe gonflé en elle, centimètre par centimètre, se perdant dans la profondeur de son regard. Il

ressentait le besoin de la voir en la pénétrant. De voir comment elle réagissait et ce qu’elle éprouvait.
Le plaisir, le désir et la passion se lisaient dans son regard. Ce n’était pas quelque chose qu’on

pouvait simuler. Il l’embrassa à pleine bouche et s’enfonça en elle profondément, sans rencontrer de
résistance. Holly était plus étroite qu’il ne s’y attendait pour une escort professionnelle. La façon dont
elle gardait ses muscles contractés autour de son sexe le surprit. Elle était aussi étroite qu’une vierge.

Daniel resta enfoui en elle pendant plusieurs longues secondes, incapable de bouger par peur de
jouir immédiatement. Il finit par sentir sa force revenir et commença à se mouvoir en elle, et leurs
corps bougèrent en rythme. Se retirant d’elle presque entièrement, il la pénétra aussitôt de nouveau

alors qu’elle venait à sa rencontre en soulevant ses hanches, ce qui ne fit qu’intensifier son

mouvement.
Il avait l’impression de se glisser dans un endroit chaud et humide, aussi étroit qu’un gant un peu
trop petit mais ajusté juste comme il fallait. Holly semblait avoir été créée pour lui et pour lui seul.

Chaque fois qu’il se retirait, ne laissant que la pointe de son sexe en elle, elle le suppliait de la remplir

de nouveau, et chaque fois il s’exécutait, complètement.


Daniel songea qu’il avait trouvé son égal lorsqu’elle se servit de son poids pour le pousser à se

retourner, en mettant sa jambe derrière lui. Elle se redressa avec un sourire satisfait, la verge de

Daniel encore profondément en elle.

À la vue du corps nu de Holly le chevauchant et de ses seins se balançant à chacun de ses

mouvements, Daniel perdit toute maîtrise. À chaque fois qu’elle montait et descendait sur son sexe, il

soulevait son bassin avec autant de force que lui permettait cette position. Mais ce n’était pas suffisant.
Il était sur le point d’exploser, et il avait besoin de plus.

— Oh, Holly.

Daniel roula sur le côté avec elle et elle se retrouva de nouveau sur le dos.

— S’il te plaît, jouis avec moi.


Il passa sa main entre leurs corps pour toucher le petit bouton de plaisir qui lui était devenu si

familier. Il le caressa tout en s’enfonçant en elle, encore et encore, au rythme de leurs cœurs battants
et de leurs respirations saccadées, jusqu’à ce qu’il sente les muscles de Holly se resserrer autour de

son membre. C’était un moment parfait. Ses contractions déclenchèrent aussi son orgasme, et il
explosa en elle comme un volcan en éruption.

Quelques instants plus tard, alors que leur excitation retombait peu à peu, il la regarda, la
respiration lourde.
— Tu es incroyable, parvint-il à marmonner malgré le peu d’énergie qu’il lui restait.

— Je te renvoie le compliment, dit-elle d’une voix rauque.


Il l’embrassa alors, tendrement, langoureusement, longtemps. Il explora sa bouche comme si
c’était la première fois. Leurs langues dansèrent aussi timidement que deux lycéens, s’entremêlant

comme si elles ne pouvaient plus se séparer.

Ce n’était pas un baiser exigeant, ni un prélude à autre chose. C’était un moyen et une fin en soi.
Un baiser rempli d’affection et de reconnaissance, d’adoration et de respect. Un baiser inoubliable.
Avec réticence, il finit par s’écarter d’elle.

— Je ne m’attendais pas à cela, murmura-t-elle d’une voix essoufflée en le regardant droit dans les

yeux.
Daniel sourit.

— C’était le dessert.
8

Il était minuit passé et Holly était en train de se rhabiller dans la salle de bains. Daniel en profita
pour aller chercher son portefeuille et en sortit plusieurs billets de cent dollars. Il avait déjà payé

l’agence mais cela ne lui semblait pas suffisant. Ce que Holly lui avait offert ce soir dépassait toutes

ses attentes. Jamais encore par le passé il n’avait réussi à s’abandonner ainsi, et jamais il n’avait senti
une femme se donner aussi complètement à lui.

Daniel regarda les draps entortillés, témoins de leurs ébats passionnés. Holly avait réveillé en lui
le sentiment d’être vivant. Son quotidien était tellement centré sur le travail qu’il en avait oublié

comment s’amuser, comment se détendre et comment aimer. Grâce à elle, il s’était souvenu que la vie

ne se résumait pas au boulot.

Il plaça l’argent dans une enveloppe avec un petit mot, la referma et la glissa dans le sac à main de

Holly, ne voulant pas gâcher leurs adieux en la lui donnant en mains propres.

Elle sortit de la salle de bains, prête à partir. Ce qu’ils venaient de vivre était inscrit sur tout son

être. Elle était rayonnante. Silencieusement, il passa son bras autour de sa taille et la conduisit vers la
porte, puis il la fit pivoter pour qu’elle soit face à lui.

Sans un mot, il l’attira à lui et s’approcha des lèvres de Holly, qui accueillirent volontiers son

baiser. Une dernière fois, il glissa sa langue dans sa bouche, en explorant les recoins qu’il connaissait
désormais si intimement. Il la sentit avec bonheur passer ses mains dans ses cheveux. C’était si
agréable qu’il ne pouvait se résoudre à arrêter.

Avec réticence, il finit par s’écarter d’elle et plongea son regard dans ses yeux verts, qui
semblaient plus sombres après leur soirée de passion.

— Tu ferais mieux de partir avant que je te fasse revenir au lit pour te posséder encore.
Sa voix était rauque de désir. Il était idiot de la laisser partir, il le savait.

— Je pensais que c’était moi qui t’avais possédé, le taquina-t-elle.


— C’est pareil.
Lorsque la porte se referma sur elle, Daniel se laissa glisser le long de la porte avec un profond

soupir. Elle n’était plus là, mais elle lui avait permis de prendre conscience qu’il n’était pas aussi

froid et indifférent que certaines de ses anciennes petites amies l’affirmaient. Il sentait clairement le
feu dans son bas-ventre. Un feu qu’elle avait allumé.

~ ~ ~


Sabrina se dirigea vers l’ascenseur d’un pas chancelant. Ses jambes étaient encore flageolantes

après le moment intense qu’elle venait de vivre. Elle avait essayé de reprendre ses esprits dans la salle

de bains, sans succès. Elle était sens dessus dessous. Ses cheveux décoiffés, son visage empourpré et

les suçons sur sa peau ne laissaient pas de doutes sur la façon dont elle avait passé sa soirée. Elle

sentait encore un agréable fourmillement entre ses jambes, et l’odeur de Daniel ne l’avait pas quittée.

Elle était certaine que toutes les personnes qu’elle croiserait pour rentrer chez elle sauraient
immédiatement qu’elle venait de connaître l’expérience sexuelle la plus incroyable de sa vie. Lorsque

les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, elle constata avec soulagement qu’il était vide. Mais elle songea

nerveusement qu’elle allait devoir traverser le hall et que le personnel de l’hôtel devinerait sûrement

qu’elle sortait de la chambre d’un client avec qui elle avait couché.
Sentant des gouttes de transpiration perler sur son front, Sabrina ouvrit son sac à main pour en

tirer son mouchoir. Elle remarqua alors une enveloppe qui ne s’y trouvait pas auparavant.
Elle s’empressa de l’ouvrir, curieuse. À l’intérieur se trouvaient plusieurs billets de cent dollars,

ainsi qu’une note manuscrite.


Merci pour cette soirée exceptionnelle. Daniel.

Sabrina savait qu’elle devait refuser. Elle ne pouvait pas se faire payer pour quelque chose qui lui
avait permis de se sentir de nouveau femme. Aucun homme ne lui avait jamais procuré autant de
plaisir dans sa vie, et elle ne voulait pas laisser Daniel ternir ce sentiment en acceptant ses billets. Il

avait déjà payé l’agence, mais elle dirait à Holly de garder l’argent. Elle n’en voulait pas un sou.
C’était librement qu’elle s’était donnée à Daniel ce soir-là. Et elle pensait ne jamais recevoir d’un
homme ce qu’il lui avait offert, surtout pas de la part de quelqu’un qui pensait avoir loué une escort.

Elle n’avait jamais connu une telle tendresse, une telle passion, et un tel désir de satisfaire chez les

hommes avec qui elle était sortie. Mais Daniel était un mystère pour elle. Elle n’arrivait pas à
comprendre pourquoi un homme qui la prenait pour une escort avait été si attentionné avec elle.
Dans le hall de l’hôtel, elle écrivit un petit mot à Daniel et le glissa dans une enveloppe qu’elle

trouva à la réception. Avant de la sceller, elle y ajouta discrètement les billets, pour éviter que le

personnel de la réception ne voie l’argent.


— Pourriez-vous, je vous prie, remettre cela à M. Sinclair demain matin, chambre 2307 ?

— Certainement, Madame, répondit l’employé en prenant l’enveloppe.

Il la détailla de haut en bas, et elle se demanda à quoi il pensait. La prenait-il pour une cougouar

qui payait son gigolo ? Si c’était le cas, il ne pouvait être plus loin de la vérité.

Sabrina sortit à grands pas de l’hôtel et s’engouffra dans un taxi qui attendait devant.

Holly guettait son retour. À peine eut-elle ouvert la porte d’entrée que Sabrina entendit son amie
l’appeler du salon.

— Sabrina, tout va bien ?

Elle se dirigea vers le salon et s’arrêta sur le seuil. Holly était adossée sur le canapé, un biscuit sec

à la main et sa tasse de thé posée sur la table basse.


— Tu te sens mieux ?

Holly fit un geste impatient de la main.


— Beaucoup mieux. Maintenant raconte-moi, comment ça s’est passé ? Je ne pensais pas que cela

prendrait si longtemps.
Sabrina sourit avec un air évasif.

— Il était très gentil.


— Quoi ? Très gentil ? Tu crois que tu vas satisfaire ma curiosité en me disant qu’il était « très
gentil » ? Je veux toute l’histoire.

Holly tapota le canapé à côté d’elle pour signifier à Sabrina de venir s’asseoir.
— Je suis vraiment fatiguée. Il vaut mieux que j’aille me coucher.
Sa réponse lui valut un regard sévère de Holly.

— Oh que non, tu ne vas pas aller te coucher. Pas tant que tu ne m’auras pas raconté les détails

croustillants.
Sabrina sentit ses joues s’empourprer. Son amie pouvait être vraiment casse-pieds quand elle avait
envie de savoir quelque chose.

— Tu as couché avec lui, affirma Holly. Non, attends ! Tu as couché avec lui et c’était génial !

Sabrina ne put retenir un sourire.


— Ça alors ! Assieds-toi et dis-moi tout.

Sabrina ne raconta à Holly que le strict nécessaire, évitant les détails intimes de sa soirée avec

Daniel. Elle voulait garder son jardin secret parce qu’elle savait que c’était tout ce qu’elle aurait, une

nuit fabuleuse avec un homme d’exception. Elle ne voulait pas partager ce qu’elle avait vécu, pas

même avec sa meilleure amie.

Holly se doutait sûrement qu’elle ne lui avait pas tout dit, mais elle arrêta d’insister au bout d’une
demi-heure.

~ ~ ~


Cela faisait des années que Daniel n’avait pas aussi bien dormi. Lorsqu’il ouvrit les yeux, le soleil

inondait la pièce car il avait oublié de fermer les rideaux la veille au soir. Au lieu de bondir de son lit
dès son réveil comme il le faisait habituellement, il mit ses mains derrière sa tête et garda les yeux

rivés sur le plafond. Puis il regarda la chambre autour de lui.


Ses vêtements étaient éparpillés par terre. Le parfum de Holly était encore présent partout, sur sa

peau, sur ses lèvres, sur les draps. Les souvenirs de la veille l’aideraient à supporter les quelques
semaines qu’il passerait à San Francisco avant la finalisation de l’acquisition. Après cela, il se
reconcentrerait sur sa vie. Il avait beaucoup réfléchi depuis le départ de Holly.

Elle lui avait rappelé qu’il était un homme passionné et qu’il avait besoin d’une femme passionnée.
Il n’avait pas seulement hérité du teint olivâtre de sa mère, mais aussi de sa fougue. Il se rappelait les
disputes enflammées qu’elle avait parfois avec son père. Lorsqu’il était adolescent, Daniel grimaçait

toujours en les voyant ensuite se précipiter dans leur chambre et fermer la porte à clé derrière eux.

Leurs ébats amoureux étaient aussi ardents que leurs disputes, et Daniel avait fini par s’installer dans
une chambre à l’autre bout de la maison lorsque la situation lui était devenue insupportable.
Mais à présent, il comprenait ce qu’ils vivaient, car il avait ressenti la même passion en lui.

Il avait décidé qu’à son retour à New York, il essayerait de trouver une femme pour partager sa

vie. Peut-être pourrait-il enfin exaucer l’un des vœux les plus chers de sa mère : des bambini. Mais en
attendant, il devait se concentrer sur l’acquisition.

Après une longue douche, Daniel s’habilla et descendit dans le hall pour se rendre à sa première

réunion de la journée. Alors qu’il s’apprêtait à demander au portier de lui appeler un taxi, un employé

de l’hôtel lui tapota sur l’épaule.

— M. Sinclair. On a laissé cela pour vous hier soir.

L’homme lui tendit une enveloppe sur laquelle son nom était inscrit à la main. Elle paraissait assez
épaisse.

— Merci.

Il l’ouvrit avec curiosité et y découvrit une liasse de billets et une note.

Daniel. Tu m’as déjà donné tellement.


Ce n’était pas signé. Holly. Elle avait refusé son cadeau. Il ne comprenait pas pourquoi mais il

n’avait pas le temps d’y réfléchir pour le moment. Il devait se rendre à sa réunion.
Pendant toute la matinée, il n’eut pas une minute pour penser au petit mot de Holly. Plusieurs

nouveaux problèmes furent soulevés concernant une condition préalable qui n’avait pas été remplie,
et il dut se concentrer là-dessus. Toute l’affaire pourrait tomber à l’eau s’il n’était pas prudent. Et

c’était trop important pour qu’il laisse cela se produire.


Daniel se réjouit lorsque l’heure du déjeuner arriva. Il devait retrouver Tim dans un restaurant du
centre-ville. Ils s’étaient déjà vus le soir de son arrivée à San Francisco, et il lui avait raconté sa

récente rupture avec Audrey.


— Tu as l’air crevé, Danny.
Hormis ses parents, Tim était le seul à l’appeler Danny. Avec ses cheveux blonds hirsutes, Tim

ressemblait plus à un surfeur qu’au jeune prodige de la finance qu’il était.

— Je n’ai pas beaucoup dormi, expliqua-t-il sans pouvoir réprimer un sourire, qui n’échappa pas
à Tim.
— Tu as couché avec l’escort ! Eh ben mon vieux ! Qui aurait pu s’en douter ?

Daniel se contenta de hausser les épaules.

— N’en fais pas toute une histoire. Elle était mignonne.


Elle était plus que mignonne, mais il n’avait pas l’intention de parler de ce qu’il avait vécu, pas

même avec son meilleur ami.

— Allez, raconte-moi !

— Prends ton pied avec quelqu’un d’autre, Tim. Je ne discute pas de ma vie sexuelle.

— Tu as une vie sexuelle avec une escort ?

— Le sujet est clos. (Il passa à autre chose.) Merci de m’avoir mis en contact avec les avocats. J’ai
rendez-vous avec eux demain matin. Ça tombe bien car il y a quelques petits hics avec une condition

préalable.

— Rien de grave ?

Tim était un d’homme d’affaires à l’esprit aussi affûté que celui de Daniel et il semblait toujours
en mesure de proposer des idées.

— Rien d’insurmontable pour les avocats. Mais je vais sans doute rester un peu plus longtemps
que prévu à San Francisco.

— Tant mieux. À propos, je vais voir un spectacle avec quelques amis ce soir. Je suis sûr qu’on
peut te trouver une place. La distribution est de Londres et…

— Désolé, je ne peux pas. J’ai déjà quelque chose de prévu.


Ce n’était pas vrai, mais cela le serait bientôt. Le mot que lui avait laissé Holly l’avait intrigué. Elle
était escort. Elle travaillait pour l’argent, alors pourquoi n’avait-elle pas accepté son pourboire ?

Quelle escort saine d’esprit refuserait de l’argent en plus ?


9

Holly attendait avec impatience le retour de Sabrina.
— C’est pas trop tôt !

Sabrina lui lança un regard étonné. Il était seulement dix-huit heures, l’heure à laquelle elle rentrait

habituellement du travail.
— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-elle, immédiatement sur le qui-vive.

— Il t’a de nouveau réclamée !


Le cœur de Sabrina s’arrêta un instant de battre. Elle n’avait même pas besoin de demander de qui

il s’agissait.

— Pour ce soir. Il faut que tu te prépares maintenant.

Holly était tout excitée.

— Mais ce n’est pas possible. C’était juste pour un soir ! Je ne peux pas le refaire.

Malgré le plaisir que lui avait procuré la soirée passée avec lui, elle ne pouvait pas continuer à se

faire passer pour Holly.


— Ma puce, il faut que tu y ailles. Si j’y vais à ta place, il appellera l’agence et Misty découvrira le

pot aux roses. Elle me mettra à la porte. S’il te plaît. Je suis sûre que c’est la dernière fois. Il vient de

New York et repartira dans quelques jours. (La voix de Holly était suppliante.) Est-ce que je t’ai déjà
demandé quoi que ce soit ?
Holly avait raison. Elle ne lui avait jamais demandé de faveur, hormis la veille au soir et ce soir.

En réalité, c’était plutôt une seule et même faveur qui s’étendait sur deux jours.
Sabrina se sentait tiraillée. Une partie d’elle avait envie de revoir Daniel et de reprendre là où ils

s’étaient arrêtés, mais l’autre partie avait peur des conséquences. Elle ne pouvait pas s’attacher à un
homme qui couchait avec des escorts, même s’il s’agissait de prétendues escorts.

— Holly, s’il te plaît. Ça ne va pas marcher.


— Il t’a plu et tu as pris ton pied. Alors s’il te plaît, fais ça pour moi. Juste ce soir.
Malgré ses réticences, elle se sentit hocher la tête.

— Mais c’est la dernière fois.

— Promis.

~ ~ ~

Une heure plus tard, Sabrina retrouva Daniel dans le hall de l’hôtel. Il était vêtu d’un jean foncé et
d’une chemise décontractée, et elle le trouva plus beau encore que la veille. Quand elle entra dans le

hall, il leva les yeux de son journal et quitta immédiatement son fauteuil.

Il fut près d’elle en quelques enjambées et lui prit la main.

— Salut.

— Salut.

— J’espère que tu as faim. Nous allons dîner près de Telegraph Hill.


Sabrina lui lança un regard surpris.

— On sort ? Et je rejoue le rôle de ta fiancée ?

Daniel secoua la tête.

— On sort tous les deux seulement. (Il fit glisser ses yeux sur son corps avant de les reposer sur
ses lèvres.) Et on reviendra ici tout à l’heure.

Son regard de braise était une promesse qu’elle ne risquait pas d’oublier.
Un taxi les emmena jusqu’à leur destination, et Daniel lui tint la main pendant tout le trajet. Quand

il l’aida à sortir de la voiture, leurs corps s’effleurèrent et elle frissonna légèrement. Ses tétons se
durcirent immédiatement.

— Je t’ai manqué ? lui chuchota-t-il dans l’oreille, sans attendre sa réponse. Viens.
Daniel l’emmena à l’intérieur. Elle ne s’attendait pas à ce qu’elle découvrit. Il ne s’agissait pas
d’un restaurant mais d’une grande cuisine. Il y avait plusieurs autres couples dans la pièce ainsi que

trois chefs en tenue traditionnelle.


— Bienvenue à l’école de cuisine Tante Marie.
Sabrina lui lança un regard stupéfait et vit qu’il souriait.

— J’ai toujours voulu essayer, murmura-t-il. On va s’amuser.


~ ~ ~

C’était Tim qui lui avait parlé de cet endroit qui proposait des cours de cuisine pour les couples.

Cela n’avait tellement rien à voir avec ce que Daniel avait l’habitude de faire lorsqu’il sortait avec
une femme que cela lui avait semblé parfait. Il voulait changer un peu mais aussi apprendre à

connaître Holly, pour comprendre pourquoi elle avait refusé son argent. L’atmosphère détendue d’un

cours de cuisine serait l’endroit idéal...

Le menu était simple : une salade, une pizza maison et un tiramisu. Et du vin pendant la préparation

de repas puis pendant le dîner, suffisamment pour délier la langue de n’importe qui.

Les chefs firent d’abord une démonstration de la préparation des plats puis répartirent les tâches
entre les différents couples, avant de les laisser les réaliser seuls. Holly et lui furent chargés de

préparer la pâte à pizza. Suivant la recette à la lettre, ils mesurèrent les ingrédients, les mélangèrent

avec une cuillère dans un grand saladier puis placèrent la pâte obtenue sur une grande planche à

découper en bois. Ils portaient tous les deux des tabliers fournis par l’école de cuisine.
— Tu veux pétrir la pâte ou je le fais ? demanda-t-elle.

— Tu n’as qu’à commencer, et je prendrai la relève quand tu seras fatiguée.


Daniel se tenait debout à côté de Holly et suivait chacun de ses mouvements. Il observait avec

fascination ses mains élégantes travailler la pâte. S’avançant silencieusement derrière elle, il colla son
corps au sien. Il sentit sa surprise mais elle ne bougea pas.

En la tenant ainsi contre son torse, il eut la certitude qu’il passerait la meilleure nuit de sa vie s’il
pouvait s’étendre près d’elle, la prendre dans ses bras et nicher sa tête dans le creux de son cou.
C’était ce qu’il voulait : qu’elle passe toute la nuit avec lui, pour qu’il puisse s’endormir en la tenant

tendrement. Plus tard, lorsqu’ils seraient de retour à l’hôtel, il lui demanderait de rester jusqu’au
lendemain matin.
Il avança ses mains et les plaça sur les siennes pour l’aider à pétrir la pâte, tout en touchant sa joue

avec la sienne.

— Pourquoi n’as-tu pas pris mon argent hier soir ?


Elle se raidit.
— Tu l’avais mérité, lui assura-t-il, sans cesser de mouvoir ses mains dans la pâte avec les siennes.

— Ce n’était pas nécessaire.

— Pourquoi ?
— C’était plus que suffisant.

— Qu’est-ce qui était plus que suffisant ?

— Ce que tu m’as donné hier soir.

Daniel avait besoin de comprendre.

— L’argent que j’ai payé à l’agence ?

— Non. Je ne parle pas de ça.


— S’il te plaît, Holly. Explique-moi ce que tu veux dire.

— Je ne me suis jamais sentie aussi bien avec quelqu’un.

Les mains de Daniel s’immobilisèrent.

— Mais…
— Jamais, répéta-t-elle en tournant la tête vers lui. Tu es le meilleur amant que j’ai connu.

Plongeant son regard dans ses yeux verts, il la crut. Sans même réfléchir, il approcha ses lèvres
des siennes et se perdit dans un baiser profond. Il avait tellement envie d’elle qu’il la dévora presque,

perdant toute notion de temps et d’espace.


~ ~ ~

Sabrina n’était pas sûre d’avoir bien fait de se livrer ainsi à lui, mais il avait tellement insisté. Et

puis au point où ils en étaient, la vérité pouvait-elle faire du mal ? Et la vérité était qu'il était son
meilleur amant. Elle n’en avait pas eu tellement, mais même si cela avait été le cas, elle était sûre qu’il
resterait le meilleur.

En sentant ses lèvres exigeantes sur les siennes, elle eut envie d’être de retour dans son hôtel pour

pouvoir lui arracher ses vêtements. Elle était plus qu’excitée par son baiser et sentit son slip se
mouiller d’un liquide chaud provenant du plus profond de son être.
— Hé, les tourtereaux, ça avance cette pâte à pizza ? leur lança une voix.

Le couple chargé de préparer les garnitures de la pizza les observait en souriant.

— Une pâte à pizza, tout de suite, dit Daniel avec un petit rire. (Il lança un autre regard brûlant à
Sabrina.) On reprendra plus tard, lui murmura-t-il à l’oreille.

Sabrina avait désespérément envie de s’asseoir pour empêcher ses genoux de trembler. Elle n’en

revenait pas qu’un homme puisse la mettre dans cet état par un simple baiser. Elle se sentait si faible.

Daniel lui lança un coup d’œil complice. Il ne savait que trop bien désormais l’effet qu’il avait sur

elle. Peut-être qu’elle n’aurait après tout pas dû lui dire qu’il était son meilleur amant. Il n’avait

visiblement pas besoin d’être encouragé davantage.


Elle apprécia plus le repas que s’ils avaient dîné dans un restaurant étoilé. Ils s’installèrent à une

longue table commune avec les autres couples, bavardant, buvant et se félicitant mutuellement de

leurs talents de cuisiniers.

Ils commencèrent à discuter avec le couple assis en face d’eux, Kim et Marcus.
— Vous n’êtes pas mariés ni fiancés, non? demanda Kim avec curiosité.

Son mari lui donna un coup de coude dans les côtes.


— Ne sois pas aussi indiscrète, chérie.

— Ne vous en faites pas, répondit Daniel. Qu’est-ce qui vous fait dire ça, Kim ?
— Vous êtes très tactiles. Nous étions pareils au début de notre relation. Tu te souviens, chéri ?

demanda Kim en regardant son mari.


— Bien sûr, répondit-il en lui plantant un baiser humide dans le cou.
Elle éclata de rire.

— Désolée, on dirait que Marcus est en train de revenir en arrière.


Il lâcha un grognement amusé.
— Comment vous êtes-vous rencontrés ?

— À la soirée d’une amie.

— Sur Internet, dit Daniel presque au même moment.


Sabrina jeta un coup d’œil nerveux à Daniel.
— Enfin, j’étais sur le point de m’inscrire sur un site de rencontres, dit Daniel, tentant de se

rattraper.

— Mais c’est alors qu’une de mes copines a organisé une soirée pour tous ses amis célibataires,
poursuivit Sabrina pour venir à son aide.

— Chacun devait écrire un petit texte pour se présenter sur le site de rencontres. Holly m’a aidé à

rédiger le mien, et c’est ainsi que tout a commencé.

Joli rattrapage. Elle lui sourit et il lui rendit son sourire.

— Comme c’est drôle ! s’exclama Kim. Je suis curieuse. Qu’est-ce que vous avez écrit ?

Sabrina allait devoir continuer à improviser. Mais c’était plus facile qu’elle le pensait. Elle allait
simplement le décrire tel qu’elle le voyait.

— Bel Adonis recherche Déesse d’amour pour offrir plaisirs charnels en échange d’un amour et

d’un dévouement éternels.

Les mots étaient sortis tous seuls.


Sabrina était aussi étonnée que Daniel, qui la dévisageait avec stupéfaction.

— Waouh ! s’extasia Kim de l’autre côté de la table.


— Et c’est à ce moment-là que j’ai pris conscience que ma déesse d’amour était assise juste à côté

de moi. On est partis de la soirée sans s’inscrire sur le site de rencontres, ajouta Daniel en lui lançant
un regard ardent.

Ils restèrent bavarder encore un peu une fois le dessert servi, puis partirent. Dehors, l’air s’était
rafraîchi.
— Merci, lui dit Sabrina. Je me suis beaucoup amusée. Viens maintenant. Je veux te montrer

quelque chose.
Il haussa les sourcils.
— Qu’est-ce que c’est ?

— Une vue splendide sur la baie, à quelques rues seulement d’ici.

Elle connaissait un escalier caché qui partait de Green Street. Il passait entre plusieurs maisons et
menait à une plateforme offrant une vue à couper le souffle sur la baie. Ils commencèrent à monter la
rue pentue et s’arrêtèrent vers le milieu.

L’escalier se trouvait sur leur droite, mais à la surprise de Sabrina, l’entrée était bloquée par une

grille en fer.
— Oh non, c’est fermé.

Elle était déçue. Cela aurait été romantique d’admirer la ville et la baie de là-haut.

— C’est dommage, dit-elle, s’apprêtant à rebrousser chemin.

~ ~ ~


En voyant son regard déçu, Daniel l’arrêta. Il n’y aurait pas de déceptions ce soir.

— Qu’est-ce que tu dirais d’y aller quand même ?

— Malgré la grille ? Tu ne ferais pas ça !

— Pourquoi pas ? demanda-t-il en souriant d’un air coquin, avec le sentiment d’être un petit
voyou.

— On pourrait se faire arrêter !


— Tant qu’ils nous enferment dans la même cellule, ça m’est bien égal. Allez, enlève tes

chaussures, je vais te porter au-dessus de la grille.


Daniel ne la laisserait pas se défiler. Il se baissa et lui ôta ses chaussures l’une après l’autre.

Puisqu’il était déjà à ses pieds, il en profita pour passer sa langue sur sa jambe, de la cheville au
genou.
La respiration de Holly se fit lourde, et il la regarda avec un air provocant. Quel plaisir il

ressentait à la rendre ainsi nerveuse et tremblante !


— Alors qu’est-ce que tu préfères ? Que je t’aide à escalader la grille ou que j’embrasse chaque
centimètre de ton corps ici même, sous les yeux de tous les passants ? demanda-t-il avec une

expression déterminée pour lui faire comprendre qu’il avait tout à fait l’intention de mettre sa menace

à exécution.
— D’accord pour la grille, s’empressa-t-elle de répondre.
En quelques secondes, il l’aida à passer par-dessus la grille d’un mètre vingt. Il lui tendit ensuite

ses chaussures et l’escalada à son tour.

La cinquantaine de marches menait à une petite plateforme, entourée de balustrades en bois sur
trois côtés et d’un mur de soutènement au fond. Un banc y avait été installé.

Daniel apprécia la vue sur Alcatraz, le Bay Bridge et les lumières de l’autre côté de la baie, mais il

apprécia encore davantage la vue du corps de Holly debout devant lui, appuyé sur la balustrade. Il

glissa ses bras autour de sa taille et l’attira à lui.

Son dos se moulait parfaitement à son torse.

— Crois-tu que beaucoup d’autres personnes vont escalader la grille ce soir ?


— Personne n’est aussi fou que toi.

— Parfait. On est donc tranquilles ici.

Il savait qu’elle avait compris la raison pour laquelle il avait besoin d’intimité. Un instant plus

tard, il prit son sein dans sa main. Avec sa bouche, il attrapa la bretelle de sa robe et la fit glisser sur
son épaule. Le tissu qui recouvrait ses seins tomba, et il put caresser sa peau nue.

Il sentit son téton se durcir sous ses doigts et passa son autre main sous le bas de sa robe.
— Tu ne veux pas te débarrasser de ce slip ? demanda-t-il d’une voix rauque en pressant son

membre gonflé contre elle.


Daniel savait que c’était insensé, mais elle ne l’arrêta pas. Il était en plein air en train de toucher

Holly, et cela le rendait plus excité qu’un lycéen découvrant un magazine Playboy.
À peine Holly eut-elle retiré son slip qu’il s’en empara pour la mettre dans la poche de son jean.
— Je te la rendrai à l’hôtel.

Peut-être. Mais sans doute pas. Comme un guerrier amérindien gardait un scalp, il garderait le slip
de Holly.
— On ne devrait pas faire ça ici, protesta-t-elle faiblement.

Il n’en tint pas compte.

Il se tenait toujours debout derrière elle.


— Ne crie pas cette fois, même si j’adore ça, la mit-il en garde.
Il avait pris un tel plaisir à entendre le cri de libération qu’avait lâché Holly en jouissant la veille

au soir. C’était un cri brut et sauvage. Plein de vie et de passion.

Daniel s’agenouilla derrière Holly et admira ses fesses, les plus belles qu’il avait jamais eu le
plaisir de toucher. En caressant tendrement sa peau douce, il sentit qu’elle avait la chair de poule et

l’entendit soupirer doucement.

Il effleura sa peau de ses lèvres et passa sa langue sur ses fesses tout en les pressant doucement

avec ses mains.

— Oh, Daniel !

— Oui, bébé ?
— Tu es fou !

Il avança sa main entre ses jambes vers son intimité chaude. Glissant ses doigts le long des plis

familiers de sa chair humide, il trouva son entrée si tentante. Trop impatient pour attendre, il enfonça

brusquement un doigt en elle. Holly hoqueta.


— Ce qui serait fou, c’est de ne pas faire ça, la corrigea Daniel.

Continuant à couvrir ses fesses de baisers, il fit aller et venir son doigt dans son sexe glissant puis
ajouta un deuxième doigt, exacerbant les sensations de Holly lors de ses va-et-vient.

Son érection appuyait contre son pantalon, la fermeture éclair mordant douloureusement son long
sexe durci. Cela faisait longtemps que son désir n’avait pas été aussi violent. Il brûlait d’envie de la

pénétrer. Ses gémissements, l’odeur de son excitation et la douceur de ses magnifiques fesses sous ses
lèvres et sa langue lui faisaient perdre tous ses moyens. C’était trop pour un seul homme.
Daniel se releva derrière elle et retira ses doigts de son intimité. Déboutonnant son jean, il en

ouvrit la fermeture éclair puis le descendit jusqu’à ses cuisses. Il baissa ensuite son caleçon et sortit
un préservatif de sa poche, qu’il enfila rapidement.
— Je ne peux plus attendre, bébé. (Il la fit se pencher vers l’avant et aligna sa verge dressée avec le

sexe de Holly.) J’ai besoin d’être en toi maintenant.

D’un coup de reins puissant, il s’enfouit en elle.


— Oh, oui, l’entendit-il murmurer.
Il se réjouit de ne pas lui avoir fait mal par son impatience.

— J’aurais adoré te jeter sur cette table de cuisine et aplatir la pâte à pizza avec ton corps.

— Je pense qu’on se serait fait mettre dehors.


— Mmm, hmm.

Daniel se retira d’elle puis la pénétra de nouveau. Encore et encore. Il lui tenait les hanches pour

qu’elle ne bouge pas et elle haletait sous ses puissants coups de boutoir, accrochée à la balustrade

pour garder son équilibre.

Daniel regardait son sexe aller et venir entre ses cuisses. Il se sentait englouti par la chaleur de son

corps et la moiteur de sa chair.


— Bébé, je ne peux pas m’arrêter.

— Alors ne t’arrête pas.

Sa voix douce ne fit qu’accroître son excitation. Il était dehors sous les étoiles, en train de

s’enfoncer dans la femme la plus sexy qu’il avait jamais rencontrée. C’était incroyable. Daniel se
moquait bien qu’on les voie. Si c’était le cas, on ne pourrait que l’envier d’avoir le droit de posséder

une si belle femme.


Le corps de Holly épousait parfaitement le sien, et la façon dont elle contractait avec force ses

muscles autour de sa virilité le rendait fou de volupté. Il caressa le contour de ses fesses parfaites
avec ses mains.

— Daniel.
L’entendre murmurer son nom ainsi lui fit perdre tout contrôle. Il ne pouvait plus se retenir. Il
marchait jusque-là au bord d’une falaise et il tomba alors dans le précipice, ou plutôt y plongea. Il

fonça vers l’abîme, se laissant aller avec bonheur. Son corps fut agité par des spasmes violents,
comme des puissantes décharges électriques qui mirent le feu à toutes les fibres de son corps tandis
qu’il libérait sa semence.

La respiration lourde, Daniel serra Holly avec force contre lui. Il ne voulait pas quitter son corps,

qui était comme un sanctuaire pour lui.


— Je suis désolé, Holly. Je suis désolé.
Il savait qu’elle n’avait pas joui mais il n’avait pas été capable de se maîtriser plus longtemps. Il

était furieux contre lui-même.

— Pourquoi désolé ? demanda-t-elle, ne comprenant visiblement pas ce qui le contrariait.


Il se retira, ôta le préservatif et remonta rapidement son caleçon et son jean, avant de la reprendre

dans ses bras.

— J’ai été égoïste.

Daniel la souleva et la porta jusqu’au banc. Il s’assit doucement en la gardant sur ses genoux.

— À ton tour maintenant.

Glissant sa main sous sa robe, il caressa l’intérieur de sa cuisse.


~ ~ ~

Sabrina immobilisa sa main pour l’empêcher de remonter le long de sa cuisse.


— Tu n’as pas obligé de faire ça.

Elle était son escort, pas sa petite amie. Il n’avait pas besoin de la satisfaire sexuellement.
Il la regarda avec une expression sérieuse.

— Bon, Holly. Crache le morceau. Pourquoi est-ce que tu refuses que je te donne du plaisir ? Je
croyais que tu aimais ça.

Daniel semblait énervé contre elle. Elle était de nouveau en train de tout gâcher.
— Tu as fait appel à moi pour que je puisse te satisfaire, et pas le contraire.
— Je n’ai donc pas le droit de te donner du plaisir ? C’est une règle de l’agence ? lui demanda-t-il

avec un regard perçant.


— Non, mais…
— J’ai payé pour que tu passes du temps avec moi. Ça signifie aussi que c’est moi qui choisis ce

que nous faisons. Et si je décide de passer ce temps avec toi à te donner du plaisir, alors c’est ce que

nous allons faire. Et si j’ai envie de te donner orgasme après orgasme, est-ce que tu vas m’en
empêcher ?
— Mais…

— Mais quoi ? Tu n’aimes pas quand je te touche ? Tu n’aimes pas sentir mes mains sur toi ?

Sabrina savait qu’il la provoquait, et cela marchait.


— Si. J’aime bien.

— Alors quel est le problème ?

— Tu me fais perdre tout contrôle. Je n’arrive plus à penser clairement quand tu me touches.

Lui en révélait-elle trop ? Peut-être qu’elle aurait dû tenir sa langue. Elle était en train de se mettre

dans une position de vulnérabilité.

— Alors ne pense pas. Ressens. C’est tout ce que je te demande. Est-ce que tu sais à quel point c’est
excitant pour un homme de savoir qu’il peut mener une femme à l’extase ? Crois-moi, je prends mon

pied à chaque fois que je te touche. Je n’ai jamais connu un désir aussi fort qu’en ce moment.

Elle lâcha la main de Daniel, qu’elle tenait toujours prisonnière sur sa cuisse.

— J’ai envie de toi.


— Tant mieux, parce que tu vas m’avoir. Et nous ne partirons pas d’ici tant que tu ne seras pas

complètement satisfaite. Et c’est moi qui en jugerai.


Il continua alors à faire remonter sa main, si brutalement arrêtée quelques instants plus tôt.
10

Arrivés à l’hôtel, ils prirent l’ascenseur pour monter jusqu’à l’étage de Daniel. Il se tenait debout
derrière elle, mais ils n’étaient pas seuls. Sabrina était en train d’observer le couple d’un certain âge

qui faisait face à la porte, leur tournant le dos, quand elle sentit la tête de Daniel s’approcher de son

oreille.
— Tu sais à quel point je bande à l’idée que tu ne portes pas de slip ? lui murmura-t-il à l’oreille

avant d’embrasser sa nuque délicate.


Elle dut sortir son mouchoir de son sac à main et faire mine de se moucher pour étouffer son rire.

Daniel essayait non seulement de lui faire perdre son sang-froid et de l’embarrasser devant l’autre

couple, mais il eut en plus l’audace de mettre sa main sur ses fesses et de les caresser sensuellement à

travers le tissu de sa robe. Sans son slip, elle avait l’impression qu’il touchait sa peau nue.

Mais évidemment, cela ne suffit pas à Daniel. Sabrina sentit sa main relever lentement le tissu de sa

robe. Un courant d’air effleura ses fesses nues. Il pressa alors son bassin contre elle. Son érection

était impossible à ignorer.


D’un moment à l’autre, elle risquait de laisser échapper un gémissement. Si cela se produisait, elle

aurait envie de disparaître sous terre. Par chance, l’ascenseur s’arrêta alors à l’étage du couple. Dès

que la porte se fut refermée derrière eux, elle se tourna vers Daniel.
— Qu’est-ce qui te prend ?
Daniel éclata de rire.

— Je te taquine, bébé. Je voulais te prouver que je ne mentais pas.


Il prit sa main et la posa sur le renflement de son jean. Elle fit monter et descendre avidement sa

main sur son sexe, qui était d’une longueur impressionnante.


— Je peux goûter ? demanda-t-elle de manière suggestive en battant de ses longs cils, tout en

augmentant la pression de sa main sur son érection.


Il gémit bruyamment.
— Oh, oui.

Plus elle passait de temps avec lui, plus elle devenait audacieuse. Comme si c’était addictif. Deux

jours plus tôt, elle aurait été horrifiée par l’idée de suggérer à un homme de lui faire une fellation
dans un ascenseur. Elle l’avait déjà fait dans une chambre, mais dans un ascenseur c’était tout autre
chose. En temps normal elle n’en parlerait pas, et le ferait encore moins.

Cependant, elle était soudain excitée de voir l’effet qu’elle faisait à Daniel en lui parlant crûment.

— J’ai hâte de refermer mes lèvres sur toi, de te lécher et de te sucer jusqu’à ce que tu jouisses.
(Bon sang, elle s’était transformée en Holly ! Sinon, qui pouvait être cette créature effrontée qui avait

pris le contrôle de son corps et de son esprit ?) Et je te garderai dans ma bouche jusqu’à ce que tu

n’en puisses plus et me demandes grâce.

Daniel la poussa contre le mur et pressa son corps contre le sien.

— Si tu continues à me parler comme ça, je vais te prendre ici et maintenant. Et je ne n’en ai rien à

faire que quelqu’un nous voie.


Ses yeux étaient obscurcis pas un désir qu’il avait du mal à contenir.

Sabrina le regarda et passa sa langue sur ses lèvres, impatiente. S’il voulait la posséder dans

l’ascenseur, elle ne s’y opposerait pas.

— Vas-y. Fais-le.
— Bon sang, Holly, tu me rends fou.

Il l’embrassa avec ardeur et ne la lâcha que lorsque l’ascenseur sonna en arrivant à leur étage.
Quelques instants plus tard, il l’entraîna à l’intérieur de sa chambre et fit claquer la porte derrière eux.

Sans un mot, il la plaqua contre le mur et se baissa pour soulever sa robe. Moins d’une seconde
après, il avait la bouche entre ses cuisses et caressait son sexe avec sa langue, recueillant le liquide

qui s’échappait d’elle. Il la léchait comme s’il était affamé, tout en laissant échapper des
gémissements.
— Daniel, pourquoi tu ne me fais jamais ça ? demanda une voix féminine qui tira brusquement

Sabrina de son extase.


Daniel la lâcha immédiatement et se redressa d’un coup. Bouche bée, ils tournèrent tous les deux la
tête vers la jolie rousse qui se tenait devant la porte de la salle de bains, vêtue d’un négligé ne laissant

pas beaucoup de place à l’imagination. Elle était appuyée lascivement contre l’encadrement.

— Audrey, tu déconnes !
Daniel semblait furieux.
Sabrina comprit soudain. Il la connaissait. Était-elle sa femme ? Sa fiancée ? Sa petite amie ?

Pourquoi avait-elle supposé qu’il était sans attache ? Ce n’était pas possible. Son pire cauchemar était

en train de se réaliser sous ses yeux.


— Je pourrais en dire autant, dit Audrey. Je te laisse seul pendant deux jours, et voilà ce qui arrive.

Son ton était mielleux.

— Audrey, comment es-tu entrée ici ?

— Tu as oublié que la réservation était aussi à mon nom. Je suis venue te parler.

— Nous n’avons rien à nous dire.

Il parlait de plus en plus fort et la colère perçait dans sa voix, comme s’il avait du mal à se
maîtriser.

Sabrina recula vers la porte.

— Je ferais mieux d’y aller.

Pensant d’abord que personne ne l’avait entendue, elle posa la main sur la poignée mais Daniel la
rejoignit d’un bond.

— Non, Holly, tu restes. C’est Audrey qui part, déclara-t-il d’une voix impérieuse.
— Je ne peux pas, dit Sabrina en poussant la porte et en partant précipitamment.

— Holly, reviens, cria Daniel derrière elle, mais elle avait déjà atteint l’ascenseur, qui s’ouvrit
miraculeusement.

Les portes se refermèrent sur elle avant qu’il puisse la rattraper.


Dans le hall, elle ne fit pas attention aux regards étranges que lui lancèrent les employés en la
voyant courir vers la sortie. Il fallait qu’elle parte de là. Elle n’était pas Holly, et elle n’était pas faite

pour cela. Elle s’était promis de ne pas souffrir, et pourtant elle savait que c’était trop tard. Elle devait
partir avant que la situation n’empire.
Daniel n’était qu’un homme de plus qui cherchait à s’amuser, trompant sa femme ou sa petite amie.

Il lui avait sans doute menti en affirmant qu’il n’avait jamais été avec une escort. Il faisait sûrement

appel à ce genre de femme à chaque voyage d’affaires.


Comment avait-elle pu baisser la garde ainsi et lui faire confiance avec son corps, et pire encore,
avec son cœur ? Elle s’était impliquée émotionnellement, complètement. Elle n’aurait jamais dû céder

à Holly et accepter de la remplacer. Ce n’était pas son univers, et à présent ses blessures étaient là

pour en témoigner.
En rentrant chez elle, Sabrina courut s’enfermer dans sa chambre avant de laisser ses larmes

ruisseler. Holly la connaissait suffisamment pour savoir qu’il valait mieux la laisser tranquille en

attendant qu’elle soit prête à parler. Mais cette fois, elle ne dirait rien. Elle ne pouvait parler à

personne de la honte qu’elle ressentait ou de son cœur meurtri.

Pourquoi avait-elle laissé cela se produire ? Elle aurait dû s’arrêter alors qu’il était encore temps.

Après la première soirée passée avec lui, elle n’aurait jamais dû le revoir. Elle avait le sentiment
d’avoir joué à Las Vegas : elle avait beaucoup gagné la première fois mais y était retournée le

lendemain pour miser tous ses jetons, et avait tout perdu.

Elle avait été imprudente et l’avait laissé s’approcher trop près, pas seulement physiquement mais

aussi émotionnellement. Peut-être qu’elle ne connaîtrait pas la même humiliation qu’avec Brian cette
fois puisqu’elle ne le reverrait jamais, mais cela n’en atténuait pas sa douleur. Cela lui faisait plus mal

encore que ce qui lui était arrivé à l’école de droit.


Elle fut soulagée lorsque le sommeil s’empara enfin d’elle, mettant un terme aux pensées qui

agitaient son esprit.


~ ~ ~

La soirée de Daniel n’était pas près d’être terminée. Audrey était hystérique. Quand elle avait

compris que ses efforts pour le séduire étaient vains, elle avait essayé de l’apitoyer avec des larmes.
Mais cela ne marcha pas non plus. Elle aurait pu tout aussi bien parler à une statue de pierre.
— J’en ai assez entendu. Il est temps pour toi de partir.

Il était à bout de patience. Elle avait complètement gâché la soirée parfaite qu’il passait avec Holly

et l’avait fait fuir. Il ne voulait plus rien avoir à faire avec elle.
— Qu’est-ce que cette petite traînée a de plus que moi? le provoqua-t-elle.
Daniel lui lança un regard furieux.

— Ce n’est pas une traînée !

— C’est ta troisième nuit ici et elle couche déjà avec toi. Il n’y a qu’une pute pour faire ça !
— Mais qui es-tu pour la traiter de pute ? Est-ce que tu es mieux ? Non, ton prix est juste plus

élevé. Mais tu écartes les cuisses tout aussi rapidement quand tu trouves un homme suffisamment

riche ou puissant et que tu crois que cela va le décider à t’épouser. Alors s’il te plaît, ne monte pas sur

tes grands chevaux et ne regarde pas de haut les autres femmes.

À en juger par l’expression choquée sur le visage d’Audrey, elle ne s’attendait pas à cette réaction

de sa part.
— Et ne la traite pas de pute ! Elle a bien plus d’intégrité que tu n’en auras jamais. Oui, j’ai couché

avec elle. Je n’ai d’ailleurs jamais autant pris mon pied de toute ma vie. Et je vais de ce pas la

retrouver. C’est fini entre toi et moi depuis l’instant où tu t’es retrouvée au lit avec Judd. Retourne

avec lui et vois s’il peut te rendre heureuse. Parce que je ne suis pas intéressé.
Il fulminait à présent. Audrey l’avait blessé en insultant Holly, mais il avait pris conscience au

même moment que cela lui importait peu qu’elle soit une prostituée. Il voulait juste la tenir dans ses
bras. Au moins, Holly était honnête, ce qui était plus que ne pouvaient en dire toutes ces putes

hautaines de la bonne société, qui se vendaient aussi mais pour une autre monnaie : le pouvoir, le
prestige et la richesse.

— Va-t-en ! lui dit sèchement Daniel.


Audrey finit par comprendre qu’il était vraiment en rage.
Elle avait raison d’avoir peur de lui, parce que si elle le tenait loin de Holly plus longtemps, il

oublierait sa bonne éducation et la jetterait dehors dans la tenue légère qu’elle portait.
Moins d’une minute plus tard, elle avait repris sa valise, recouvert son négligé d’un manteau et
franchi avec fureur la porte qu’il tenait pour elle. Il ne l’avait jamais vue se dépêcher autant.

— Tu vas le regretter et tu me supplieras de revenir, siffla-t-elle.

Daniel secoua la tête.


— Ne compte pas là-dessus. Je te garantis que tu seras déçue.
Il la laissa claquer la porte derrière elle. C’était le son le plus agréable qu’il avait entendu pendant

cette dernière demi-heure.

Il s’empressa de chercher le numéro de l’agence sur son BlackBerry. Il fallait absolument qu’il
parle à Holly.

Une voix féminine décrocha.

— Bonsoir.

Elle ne se présenta pas.

— Bonsoir, je cherche à joindre l’une de vos employées. Nous avons accidentellement été séparés

ce soir, et j’ai besoin… J’ai besoin de lui parler pour lui dire où je suis.
Il espéra qu’il était crédible.

— Je suis désolée, Monsieur, mais la politique de l’agence est de ne jamais communiquer les

coordonnées de nos employés. C’est pour leur protection, je suis sûre que vous comprenez.

Elle lui avait répondu aimablement mais avec fermeté.


— Mais c’est vraiment une urgence. Comme je vous l’ai dit, nous avons été séparés et notre soirée

n’est pas encore terminée.


Il fallait qu’il la voie.

— Je suis désolée, Monsieur, répéta-t-elle sur le même ton. Je peux prendre un message si vous le
souhaitez et le lui transmettre demain matin.

— Demain matin ?
Impossible. C’était trop tard.
— Oui, Monsieur. Nous ne contactons pas nos employés après minuit.

— Laissez tomber.
Il raccrocha. Fichue Audrey ! Il pourrait être au lit avec Holly à l’heure qu’il était, en train de vivre
l’expérience sexuelle la plus incroyable de sa vie, et au lieu de cela il était seul, en colère et frustré,

sans aucun moyen de la contacter.

Bel Adonis recherche Déesse d’amour.


Où était-elle, sa déesse d’amour ? Pourquoi s’était-elle enfuie ? Peut-être était-ce la politique de
l’agence d’éviter de se mêler aux disputes avec les épouses et les petites amies des clients. Ne pas

s’interposer entre un client et sa moitié en colère relevait sans doute de l’instinct de survie pour une

escort.
Si seulement il savait comment joindre Holly, ils pourraient reprendre là où ils avaient été

interrompus. Tout son corps la désirait ardemment. Il avait encore son goût sur la langue, et il était

loin d’être rassasié d’elle. Il ne pouvait pas se l’expliquer et ne préférait pas trop y réfléchir, mais il

était sûr d’une chose : il voulait Holly. Et il se fit la promesse qu’il l’aurait.

Ce qu’il avait ressenti en la faisant jouir sur le banc et la façon dont elle l’avait embrassé ensuite

ne pouvaient pas être achetés par tout le monde. Elle lui avait donné quelque chose qui n’était pas à
vendre, il en était convaincu. Ce n’était pas parce qu’il la payait qu’elle l’avait embrassé ainsi. Holly

le voulait aussi. C’était la seule explication possible.


11

Sabrina eut des difficultés à sortir de son lit le lendemain matin. Elle fut tentée d’appeler le cabinet
pour dire qu’elle était malade, mais elle songea qu’en restant à l’appartement toute la journée, elle ne

ferait que broyer du noir et pleurer encore un peu plus. Il valait mieux qu’elle arrête de ruminer son

chagrin et se ressaisisse. Elle allait devoir faire comme si tout allait très bien, même si c’était loin
d’être le cas.

Malgré ce qu’elle s’était promis, elle était blessée. Elle était tombée amoureuse de Daniel, même si
elle n’aurait su dire exactement quand cela s’était produit. Peut-être pendant le cours de cuisine, quand

ils avaient pétri la pâte ensemble, ou bien quand il avait fait le voyou en l’incitant à escalader la grille.

Quoi qu’il en soit, le moment n’avait pas d’importance. Ce qui comptait était le fait que cela soit

arrivé.

Mais Daniel n’était pas digne de ses sentiments. C’était un salaud infidèle et menteur, qui ne valait

pas mieux que le garçon avait qui elle avait couché pendant ses études de droit. Comment avait-il pu

lui faire cela ? Il avait été si gentil et si attentionné avec elle. Cela faisait d’autant plus de lui un goujat.
Il fallait qu’elle l’oublie. Il n’en valait pas la peine et elle ferait mieux de passer à autre chose. Et

personne ne devait savoir ce qui s’était passé, pas même Holly. Si son amie apprenait qu’elle était

tombée amoureuse de lui, elle se ferait des reproches. Et ce n’était pas la faute de Holly, mais la
sienne.
Sabrina se versa un café et le but rapidement, debout dans la cuisine. Elle voulait éviter sa

colocataire et partir tôt au travail, mais elle n’eut pas de chance. Holly avait dû l’entendre car elle
s’était levée, alors qu’elle n’émergeait généralement jamais avant dix heures du matin.

— Qu’est-ce qui s’est passé hier soir ?


Holly ne s’embarrassait pas d’un préambule quand elle voulait savoir quelque chose.

Sabrina évita son regard.


— Rien. Tout va bien. Je dois arriver tôt au travail. Gros dossier.
Elle reposa sa tasse de café sur le plan de travail et prit sa serviette.

— Sabrina, s’il te plaît, insista Holly.

— Tout va bien, répéta-t-elle avant de sortir précipitamment en laissant la porte se fermer derrière
elle.
Il n’y avait aucun gros dossier. Rien de particulièrement important ne l’attendait au travail. Mais

elle pourrait au moins se tenir occupée pour faire passer la journée plus vite. Lorsqu’elle arriva au

cabinet, tout le monde s’affairait déjà comme dans une ruche.


— Qu’est-ce qui se passe, Caroline ? demanda-t-elle à la réceptionniste. Pourquoi est-ce que tout

le monde est arrivé aussi tôt ?

— Vous n’êtes pas au courant ? Nous avons un nouveau client très important qui vient de la côte

est. Il doit arriver pour une réunion dans une heure.

Sabrina haussa les épaules. Personne ne lui disait jamais rien. De toute façon, elle ne travaillerait

certainement pas sur le nouveau dossier, surtout s’il s’agissait d’un gros client, comme l’avait dit
Caroline. On ne lui confiait jamais de tâches importantes.

Sabrina ouvrit la porte de son minuscule bureau et se plongea dans la relecture de dépositions

ennuyeuses. Personne ne vint la déranger. Elle avait l’impression que tout le monde sauf elle avait été

mis à contribution sur le dossier du nouveau client. Parfait. Sa vie sentimentale était un désastre et sa
carrière n’avançait pas.

Son interphone sonna.


— Hannigan veut une photocopie des dépositions de Fleming. C’est vous qui les avez, Sabrina ?

demanda la voix de Caroline.


— Je viens juste de les relire. Vous pouvez passer les prendre et les photocopier pour lui.

— Désolée, je ne peux pas. On m’a demandé de ne pas quitter l’accueil aujourd’hui.


— Alors demandez à Helen.
— Helen travaille sur le dossier du nouveau client. Je suis désolée mais vous êtes la seule

personne disponible pour faire ces photocopies. Et Hannigan les veut maintenant.
Sabrina soupira.
— Très bien, je m’en occupe.

Elle était désormais même reléguée à des tâches de secrétariat. Sa journée allait de mieux en

mieux. Qu’est-ce qui pouvait encore lui arriver ?


En se dirigeant vers la pièce où se trouvait la photocopieuse, elle passa devant la salle de
conférence située au bout de l’étage. Lorsque les associés avaient fait refaire les locaux, ils avaient

voulu impressionner les clients. Délimitée par des cloisons en verre, la salle de conférence offrait

une vue absolument superbe sur la ville.


Tous les associés, plusieurs collaborateurs et d’autres hommes que Sabrina n’arrivait pas à

distinguer étaient rassemblés à la longue table et discutaient avec animation en se faisant passer des

documents. Une multitude de costumes. En fin de compte, ils se ressemblaient tous. Il n’y avait pas

une seule femme parmi eux.

Sabrina entra dans la salle de la photocopieuse et composa son code pour commencer à

photocopier les dépositions. La machine se mit en route dans un bourdonnement bruyant et Sabrina
tapota des doigts avec impatience sur le panneau de commande.

— Vous attendez quelque chose ?

Sabrina sursauta en entendant une voix près de la porte.

Elle se retourna vivement et vit Hannigan refermer la porte à clé derrière lui. Immédiatement, une
sueur froide l’envahit. Elle était faite comme un rat. Il l’avait envoyée faire des photocopies en

sachant qu’aucune des secrétaires n’était disponible, pour pouvoir la piéger dans cette pièce.
Sabrina sentit son estomac se nouer et fut prise d’une sensation de nausée.

— J’ai presque terminé. Je peux vous apporter les papiers dans votre bureau.
Elle s’efforça de rester calme et fit mine d’ignorer ce qu’il avait en tête.

— Cela ne sera pas nécessaire.


Il sortit sa langue répugnante pour humecter ses lèvres.
Elle sentit la bile monter dans sa gorge. Il n’y avait qu’une seule porte, et Hannigan la bloquait.

— Et puis c’est beaucoup plus intime ici. Qu’est-ce que vous en pensez, Sabrina ?
Il fit un pas vers elle et elle eut un mouvement de recul.
— M. Hannigan, je vous apporterai les papiers dans votre bureau.

Elle essayait de lui dire aussi formellement que possible qu’il n’était pas le bienvenu.

— Allez, Sabrina. Je suis sûre que sous votre apparence froide, vous êtes une femme très
passionnée.
Il n’avait que trop raison, mais la passion qu’elle abritait ne lui serait jamais destinée, pas même

s’il était le dernier homme sur terre et que la survie de l’espèce dépendait d’eux.

— M. Hannigan, je dois vous demander de me laisser passer. J’ai du travail.


Elle s’efforça d’empêcher sa voix de trembler. Elle ne devait pas lui montrer à quel point elle avait

peur.

— Je vais vous dire où vous avez du travail. C’est ici.

Il se toucha l’entrejambe.

— M. Hannigan, je vous demande d’arrêter cela, sinon…

— Sinon quoi ? Vous le direz aux associés ? (Il eut un rire.) Ils ne toucheront pas à un cheveu de
ma tête, faites-moi confiance.

Il avança d’un pas vers elle et Sabrina recula contre une pile de papiers. Sur sa gauche se trouvait

la photocopieuse, qui était trop large pour qu’elle la contourne ; à sa droite, plusieurs cartons de

rames de papier, mais empilés pas très haut. Elle pourrait facilement passer par-dessus.
— Sabrina, je peux faciliter votre travail ou le rendre difficile. C’est à vous de décider.

Elle avait le sentiment qu’il n’était pas venu pour lui laisser le choix, mais pour lui imposer le
sien. Ce qu’il lui proposait lui paraissait très clair. Soit elle cédait à ses demandes, soit il la ferait

céder par la force, ce qui était impensable dans les deux cas. Il fallait qu’elle parte avant qu’il ne pose
ne serait-ce que le petit doigt sur elle.

Sabrina évalua rapidement la situation. Pour réussir à passer derrière lui et pouvoir déverrouiller
la porte, elle allait devoir le laisser s’approcher d’elle. C’était non seulement risqué, mais la seule
pensée de le voir plus près lui donnait envie de vomir.

Mais elle n’avait pas le choix. Jetant un coup d’œil à la porte derrière lui, elle se fit violence pour
lui sourire. Elle espérait en avoir suffisamment appris par Holly pour savoir comment faire croire à
un homme qu’il allait parvenir à ses fins avec elle. Elle vit que Hannigan s’était détendu en voyant son

sourire. Lentement, il fit un autre pas vers elle. C’était le moment d’agir.
12

Daniel regardait fixement par la fenêtre de la salle de conférence du cabinet Brand, Freeman &
Merriweather. Derrière lui, les avocats discutaient de la meilleure façon de gérer le problème qui

retardait la signature du contrat. Cela faisait une demi-heure qu’il n’écoutait plus, et ses pensées

étaient revenues à Holly. Avant de la rencontrer, il n’avait jamais eu de difficultés à rester concentré
sur le travail. C’était différent cette fois.

Soudain, l’acquisition sur laquelle il travaillait depuis plus d’un an ne lui paraissait plus aussi
importante. La perspective de devoir encore assister à d’innombrables réunions comme celle-ci dans

les prochains jours l’épuisait d’avance.

— M. Sinclair, que diriez-vous de leur demander un million de dollars d’obligations qui ne

seraient émises que si la condition préalable est remplie d’ici l’échéance décalée ? suggéra M.

Merriweather.

Se tournant vers lui pour réfléchir à ce qu’il proposait, Daniel se figea soudain. Alors que ses

yeux dérivaient vers la réception, il aperçut Holly – sa Holly ! – qui venait de franchir une porte et
traversait le hall à grands pas. Elle paraissait changée. Vêtue d’un tailleur, elle avait les cheveux

décoiffés, et le col de sa chemise était mal mis. Elle disparut rapidement de son champ de vision, et le

regard de Daniel se posa alors sur la porte par laquelle elle venait de sortir. Elle se rouvrit, et un
homme d’une quarantaine d’années apparut sur le seuil. Tout en jetant un coup d’œil de chaque côté
comme s’il ne voulait pas se faire remarquer, il rangea sa cravate dans son costume et rajusta sa

veste. Son visage était empourpré.


Bon sang ! Oh, non ! Ce n’était pas possible. Holly était là pour un autre client.

— M. Sinclair ? demanda Merriweather, pour lui rappeler qu’il attendait toujours sa réponse.
— Très bien, faisons cela. Je vais vous laisser travailler sur les détails. Vous connaissez mon

opinion. Messieurs, vous savez ce que vous avez à faire, dit-il pour prendre congé.
Daniel sortit précipitamment de la salle, impatient de rattraper Holly. À la pensée qu’elle avait été
avec un autre homme, il avait la sensation qu’on enfonçait un cintre métallique dans ses entrailles
avec une lenteur atroce. Daniel lâcha un juron. Il ne voulait pas laisser un autre homme la toucher !

Il la chercha partout, en vain. La porte vers laquelle il l’avait vue se diriger menait à l’escalier, et
lorsqu’il arriva au rez-de-chaussée et sortit du bâtiment, elle était introuvable. Elle n’avait pas perdu
de temps. Elle ne l’avait sûrement pas vu, mais elle avait sans doute appris à s’éclipser rapidement

sans se faire voir au cas où elle se faisait remarquer par un client du cabinet.

Daniel serra les poings en revoyant le visage de l’homme qui était sorti de la pièce après elle. À la
pensée des mains de ce porc sur elle, il avait envie de frapper quelqu’un, de préférence cet homme. Il

dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas retourner dans le cabinet et rouer de coups le visage de

ce salaud jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’une tache sanglante.

Daniel sortit son téléphone et composa un numéro.

— Bonjour, lança gaiment une voix féminine amicale à l’autre bout du fil.

— Mlle Snyder, s’il vous plaît. Daniel Sinclair à l’appareil.


L’appel fut immédiatement transféré.

— M. Sinclair, comment puis-je vous aider ?

— J’aimerais faire une réservation avec Holly.

— Très bien. Pour quel créneau horaire ?


— À partir d’aujourd’hui jusqu’à la fin de la semaine prochaine. Elle ne devra avoir aucun autre

client, exigea-t-il.
— M. Sinclair. C’est une demande très inhabituelle. Je pense qu’il serait préférable que nous en

discutions dans mon bureau.


— Très bien.

— Je peux vous voir à 14 heures. Mon assistante vous donnera les instructions pour venir.
Elle lui repassa la jeune femme qui avait répondu au téléphone. Après lui avoir communiqué
l’adresse, elle s’apprêtait à lui expliquer comment trouver le bureau mais Daniel l’interrompit.

— Je sais où c’est.
Daniel se moquait bien de paraître grossier. Il n’était pas d’humeur à être poli. Il avait parfaitement
identifié le sentiment qu’il éprouvait au fond de lui, mais il n’était pas prêt à l’admettre. Il préférait ne

pas y penser.

Il se dirigea vers un bar miteux et commanda un whisky bien tassé au comptoir. Il avait plus de
deux heures à tuer, et même si Tim aurait certainement été ravi de déjeuner avec lui, Daniel n’était pas
sûr de pouvoir faire face à son ami. Il était bien trop perspicace et lirait en lui comme dans un livre

ouvert. Daniel serait alors contraint de reconnaître ce qui était arrivé, mais il ne se sentait pas prêt.

Il était plus facile de descendre quelques verres dans un bar en faisant semblant de regarder le
sport à la télévision, plutôt que de réfléchir à la situation. Pour l’instant, il préférait choisir la facilité.

Les difficultés arriveraient bien assez vite.

Le barman lui lança un regard entendu, comme s’il savait ce qui se passait dans sa tête.

— Vous voulez des cacahuètes ?

— Je veux bien.

Même s’il n’avait pas déjeuné, il n’avait pas faim, mais des cacahuètes ne pouvaient pas lui faire
de mal.

Le barman en poussa un bol devant lui, et Daniel le remercia d’un signe de tête.

— On ne peut pas vivre avec elles, on ne peut pas vivre sans elles, déclara soudain le barman.

— Vous croyez que je suis d’humeur à écouter ces clichés ? dit sèchement Daniel.
— Pas vraiment, mais au moins ça vous a fait ouvrir la bouche.

— Qui vous a dit que j’avais envie de parler ?


— Il est midi et vous êtes seul dans un bar en train de boire de l’alcool. Vous êtes là pour discuter.

Je connais votre genre.


— Mais pour qui vous prenez-vous, les barmen ? Vous avez un diplôme de psychologie ?

demanda Daniel sur un ton irrité.


— Personnellement je n’en ai pas, mais je ne peux pas parler pour les autres. Alors, qu’est-ce
qu’elle a fait ? demanda-t-il sur un ton détaché tout en sortant des verres humides du lave-vaisselle.

— De qui parlez-vous ?
— De la femme à cause de qui vous êtes ici en pleine journée.
Bon sang, que cet homme était casse-pieds. Peut-être qu’il devrait simplement terminer son verre

et partir. Il devait bien y avoir un autre bar dans le quartier, avec un barman moins agaçant.

— Pourquoi est-ce qu’un homme ne peut pas avoir envie de prendre un verre sans qu’il y ait une
femme dans l’histoire ?
Il n’avait pas l’intention de céder aussi facilement.

— Il y a toujours une femme. Ce sont elles qui font la pluie et le beau temps.

Il avait prononcé ces paroles avec un air de sagesse.


Daniel eut envie de répliquer sur un ton sarcastique, mais il se ravisa. Il était inutile de gaspiller

son énergie.

— Et alors ?

— Alors elle ne veut pas de vous, c’est ça ?

— Personne ne vous a jamais dit que vous pouviez garder vos conseils pour vous ? (Daniel

descendit d’un trait la fin de son verre et se leva.) Tenez.


Il posa un billet sur le comptoir, sans prendre la peine d’attendre sa monnaie.

— Et juste pour votre information, elle me veut. Et je vais lui en faire prendre conscience.

Daniel arpenta les rues en attendant l’heure de son rendez-vous avec Misty Snyder, la directrice de

l’agence d’escorts, ou plutôt la maquerelle. En posant le pied dans le bureau élégant mais austère, il
songea qu’elle devait gérer son affaire d’une main de fer. La réceptionniste était vêtue d’un tailleur

classique et portait un maquillage très discret. Il y avait une salle d’attente ainsi que plusieurs pièces
fermées.

Rien ne laissait paraître qu’il s’agissait des bureaux d’un service d’escorts. Il n’y avait rien
d’obscène dans le cadre. En le voyant dans cette salle d’attente, n’importe qui penserait qu’il était là

pour un rendez-vous avec son comptable.


Il ne s’attendait vraiment pas à cela. Il pensait trouver du kitch, du surfait, et non la pièce propre et
nette dans laquelle il attendait avec impatience.

— M. Sinclair.
Une séduisante femme d’âge moyen s’avança vers lui et lui tendit la main. Elle était vêtue d’un
tailleur tout aussi classique que celui de la réceptionniste et avait les cheveux attachés en un chignon

lâche. Elle lui adressa un grand sourire.

— Mlle Snyder.
— Eva, fais entrer Holly dans la salle de conférence dès qu’elle arrive, ordonna-t-elle à la
réceptionniste avant d’indiquer une des portes à Daniel. Par ici, je vous prie.

— Holly sera là ? demanda Daniel dès que la porte se fut refermée derrière eux.

— Oui, je trouve qu’il est préférable de discuter de réservations aussi longues avec mes
employées. Nous voulons éviter tout malentendu par la suite.

Elle le regarda avec un air sérieux.

— C’est très avisé de votre part.

— D’autant plus que vous avez fait une demande d’exclusivité. Je pense qu’il est important que

Holly soit d’accord avec tous les termes. Vous ne croyez pas ?

Daniel sentait qu’elle était intriguée par sa demande, mais il préféra ne pas en dire plus que
nécessaire afin de mettre toutes les chances de son côté. C’était un négociateur prudent et il savait

cacher son jeu.

— Je suis d’accord.

— Vous comprenez bien sûr que le coût quotidien pour une telle réservation sera plus élevé que
celui que vous avez payé pour ses soirées. Nous devrons prendre en compte le fait qu’elle ne pourra

pas prendre de clients pendant la journée.


Misty était à l’évidence une redoutable femme d’affaires. Elle le préparait déjà afin de pouvoir en

tirer le meilleur prix possible. Mais elle ignorait que l’argent n’avait aucune importance pour lui
quand il s’agissait de Holly.

Il serait même prêt à accepter qu’elle lui facture cinq fois le tarif habituel si cela lui garantissait de
passer du temps avec Holly et d’empêcher qu’un autre homme pose la main sur elle. Et le plus tôt
serait le mieux.

— Il y aura aussi bien entendu des frais d’annulation dans le cas où vous décideriez de mettre un
terme au contrat prématurément.
Misty scruta son visage pour guetter sa réaction. Mais Daniel n’avait absolument aucune intention

de terminer la réservation plus tôt que prévu. Lorsque la fin de la semaine arriverait, il espérait que

Holly serait…
Il fut tiré de ses pensées lorsque la porte s’ouvrit, laissant apparaître une jeune femme blonde.
— Excusez-moi, mais Eva m’a dit d’entrer tout de suite.

Misty lui fit signe de s’avancer et lui indiqua un fauteuil.

— Assieds-toi, Holly. Je passe juste en revue les termes et les conditions avec M. Sinclair.
Holly ? Daniel sursauta et regarda fixement la femme blonde à côté de lui. Ce n’était pas Holly. Il

devait y avoir une erreur. Ce n’était pas sa Holly. Elle le regarda droit dans les yeux comme si elle

voulait lui dire quelque chose, mais resta silencieuse.

Comprenant qu’il y avait quelque chose de louche, il s’adressa à la directrice de l’agence.

— Mlle Snyder, est-ce que cela vous ennuie que je parle à Holly en privé pendant quelques

minutes ?
Misty haussa les sourcils et parut se demander si c’était une bonne idée de les laisser seuls.

— Je vous attends dehors.

— Merci.

Dès que la porte se fut refermée sur elle, Daniel tourna le dos à la femme blonde.
— Qui êtes-vous, et où est la vraie Holly ?

— Je suis la vraie Holly, affirma-t-elle.


— Écoutez, je ne sais pas à quoi vous jouez mais ne me prenez pas pour un imbécile. J’ai passé

mes deux dernières soirées avec Holly, et c’est cette Holly-là que je veux.
Il avait parlé avec détermination. Si elles essayaient de l’entourlouper, il comptait bien le leur faire

regretter.
La jeune femme cligna des yeux puis le regarda.
— Je ne me doutais pas du tout que la situation allait tourner ainsi. J’étais malade le soir où j’étais

censée vous retrouver, et je me suis fait remplacer. Misty n’est pas au courant.
Daniel sentit une bouffée de soulagement l’envahir.
— Ce n’est pas grave. Dites-moi juste comment elle s’appelle, et je ferai une réservation avec elle.

Sans vouloir vous vexer.

Il allait devoir s’habituer à l’appeler par un autre prénom, mais c’était le moindre de ses
problèmes.
— Cela va être compliqué.

— Mais non. Je dirai juste à votre patronne que j’ai changé d’avis et je réserverai votre collègue.

Holly s’agita sur sa chaise et se passa nerveusement la main dans les cheveux.
— Ce n’est pas ma collègue.

— Vous voulez dire qu’elle travaille pour une autre agence ?

Daniel commençait à s’impatienter. Il n’avait pas de temps à perdre. Chaque minute qu’il passait

loin de sa Holly signifiait qu’un homme pervers risquait de mettre la main sur elle.

— Qui est-ce ? Voulez-vous que je fasse venir Mlle Snyder ici pour lui demander ?

S’il devait la menacer pour apprendre la véritable identité de Holly, il était prêt à le faire.
Holly leva la main pour l’arrêter.

— Je suis désolée, je ne peux pas vous le dire.

Daniel se leva.

— Alors je ferais mieux d’aller en discuter avec votre patronne.


— C’est ma colocataire. Ce n’est pas une escort, dit précipitamment Holly.

Daniel mit un peu de temps à assimiler la nouvelle. C’était sa colocataire. Pas une escort. Il
retomba sur son fauteuil.

— Attendez ! Qu’est-ce que vous avez dit ?


— C’est ma colocataire.

— Non. Pas ça.


— Ce n’est pas une escort.
— Mais… (Il s’interrompit un instant.) Mais elle était avec moi. Ces deux derniers soirs.

— Parce que j’étais malade, expliqua Holly. Misty m’aurait virée si je n’avais pas accepté la
réservation, je l’ai donc convaincue de me remplacer.
Il n’arrivait pas à croire que Holly n’était pas une escort.

— Ce n’est pas une escort. C’est une personne normale ?

— Je vous remercie !
— Désolé, ce n’est pas ce que je voulais dire. Ce n’est pas une escort. Elle est… Quel est son vrai
nom ?

— Sabrina.

— Sabrina.
Il prit plaisir à prononcer son prénom et trouva qu’il lui allait beaucoup mieux que l’autre. Il se

rappela alors soudain l’incident au cabinet d’avocats.

— Si ce n’est pas une escort, qu’est-ce qu’elle fichait avec ce porc au cabinet ?

À cette seule pensée, Daniel sentait sa colère revenir.

— Le porc de quel cabinet ?

— Du cabinet d’avocats Brand, Freeman & Merriweather. Elle y était ce matin et est sortie toute
débraillée d’un bureau, expliqua-t-il en regardant Holly avec un air interrogateur.

— Le porc auquel vous faites référence est Hannigan. Il la harcèle sexuellement depuis qu’elle a

commencé à travailler dans ce cabinet.

Daniel frappa du poing sur la table avec fureur.


— Je vais faire la peau à ce salaud.

— Faites la queue. C’est moi qui m’en occupe la première.


Daniel se détendit dans son fauteuil. Il se réjouissait que Sabrina ait une amie prête à se battre pour

elle. Il lui sourit.


— Elle travaille là-bas ?

Holly hocha la tête.


— Elle est avocate.
Tout s’éclaircit d’un coup dans l’esprit de Daniel. À la réception, elle était tout simplement

redevenue elle-même. Il n’était pas étonnant qu’elle ait réussi à répondre aux questions de Bob.
— Elle a fait ses études à Hastings ?
— Comment le savez-vous ?

— Elle l’a mentionné à la réception à laquelle je l’ai emmenée. Je pensais qu’elle allait droit au

mur, mais ce n’était sans doute pas nécessaire que je m’inquiète. (Il s’interrompit, et une expression
sérieuse s’afficha sur son visage.) Holly, expliquez-moi ce qui s’est passé. Je ne comprends pas
pourquoi elle a pris votre place.

— Pourquoi ? Je peux être très convaincante. Elle savait ce que je risquais. Mais je regrette

maintenant de le lui avoir demandé.


Elle le regarda avec un air grave.

— Qu’est-ce que vous voulez dire ? Elle n’a vu personne d’autre que moi, non? Est-ce qu’elle

l’avait déjà fait ?

Il sentit de nouveau la colère monter en lui. Si quelqu’un d’autre l’avait touchée, il serait prêt à le

tuer.

— Non ! Il y a eu juste vous. Mais à mon tour de vous interroger. Pourquoi a-t-elle versé toutes les
larmes de son corps hier soir ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ? demanda Holly en se penchant vers

lui, comme pour exiger une réponse.

— Elle a pleuré ? Oh mon Dieu, quel idiot je suis, dit Daniel en se passant les mains dans ses

cheveux.
— Je serai la première à approuver si vous me donnez plus de détails.

Holly s’enfonça dans son fauteuil, s’attendant visiblement à une histoire croustillante.
— Hier soir, mon ex est venue à l’hôtel, expliqua-t-il.

— Oh, mince. Ça commence mal.


— Ça ne se termine pas bien non plus. Je pense que Holly… pardon, que Sabrina a cru que je

trompais ma petite amie avec elle. Elle ne savait pas qu’Audrey était mon ex. Elle a fait irruption sans
prévenir, en pensant qu’elle pourrait me récupérer.
Il grimaça en repensant à la scène qui s’était produite. Il comprenait à présent pourquoi Sabrina

était partie en courant. Ce n’était pas parce que l’agence leur demandait de rester en dehors des
disputes de couples. Elle était partie parce qu’elle s’était sentie trahie par lui.
— Est-ce vous allez vous remettre avec elle ? voulut savoir Holly.

— Audrey ? Jamais de la vie. Cette femme est complètement superficielle et égocentrique.

Malheureusement, elle a réussi à faire croire à Sabrina que j’étais encore avec elle. Sabrina s’est
enfuie et je n’ai pas réussi à la contacter depuis. J’ai appelé l’agence hier soir après son départ mais
ils n’ont pas voulu me donner d’informations. (Il s’interrompit et la regarda droit dans les yeux.) Il

faut que vous m’aidiez.

— Vous aider comment ?


— Je veux récupérer Sabrina, répondit-il sans détour.

C’était limpide dans son esprit.

— Excusez-moi, mais vous n’avez pas entendu ce que j’ai dit ? Sabrina n’est pas une escort.

Daniel agrippa le bras de Holly pour la forcer à le regarder.

— Holly, je veux récupérer Sabrina. J’ai besoin d’elle.

— Vous êtes fou ? Elle n’est pas à vendre. Vous ne pouvez pas tout simplement la réserver. (Elle
secoua la tête et se libéra de son étreinte.) Mais qu’est-ce que vous voulez d’elle ?

Il ne pouvait pas répondre à cette question alors qu’il refusait de s’avouer la raison pour laquelle

il tenait tant à la revoir, ni pourquoi il se mettait en colère chaque fois qu’il imaginait un autre homme

en train de la toucher.
— Il faut que je lui dise la vérité au sujet d’Audrey. Je ne veux pas qu’elle me prenne pour un

salaud infidèle. Je vous en prie, dites-moi où je peux la trouver.


— Pour que vous lui disiez que vous savez qu’elle n’est pas une escort ?

— Pardon ? Bien sûr. Je mettrai tout au clair avec elle.


— Surtout pas !

Est-ce qu’elle délirait ? Quelle raison pouvait-elle bien avoir pour ne pas vouloir qu’il dise la
vérité à Sabrina ?
— Si elle découvre que vous l’avez démasquée, elle sera horrifiée.

— Horrifiée ?
Il ne comprenait absolument pas de quoi Holly voulait parler.
— Elle ne fait pas confiance aux hommes parce que trop de salauds se sont mal comportés avec

elle. Avant vous, elle n’avait couché avec personne depuis trois ans. Et maintenant qu’elle a enfin pu

se libérer de ses inhibitions, vous voulez tout gâcher en lui disant que vous savez qu’elle n’est pas une
escort ? Quelle excellente idée ! s’exclama ironiquement Holly.
— En quoi cela gâcherait-il tout ?

— Elle n’a couché avec vous que parce qu’elle pensait ne jamais vous revoir. C’était la garantie

pour elle de ne pas souffrir. Et elle se sentait en sécurité parce qu’elle se faisait passer pour quelqu’un
d’autre. Elle pouvait se dire que ce n’était pas elle qui était en train de coucher avec un étranger, mais

moi.

Il eut soudain une illumination.

— Vous avez planifié tout ça ? demanda-t-il avec stupéfaction.

— Il m’a fallu un bout de temps. J’ai dû attendre un homme qui lui convenait.

Il fut choqué qu’elle l’admette. Quel genre de personne envoyait sciemment son amie dans la
gueule du lion ?

— Vous ne pouviez pas savoir si je lui conviendrais. J’aurais pu être un pervers. Est-ce que vous

êtes folle ? demanda Daniel avec fureur.

Holly soupira avec impatience.


— Vous nous prenez vraiment pour des amatrices ? On nous envoie les biographies et les

antécédents détaillés de tous les gens qui passent par notre agence. Croyez-moi, nous savons à qui
nous avons affaire. Pourquoi pensez-vous que le tarif est aussi élevé ? Il faut bien payer tout ce travail

de recherches.
— Vous saviez qui j’étais ?

Elle hocha la tête.


— Photos, date de naissance, numéro de sécurité sociale, taches de naissance, antécédents
familiaux, ragots, travail, investissements. Quand j’ai vu votre photo, j’étais sûre que vous lui

plairiez. Je n’aurais pas dit non moi non plus, mais…


— … vous étiez malade ce soir-là, compléta-t-il sur un ton sarcastique.
— Non. J’ai une santé de fer. Pour avoir l’air plus crédible, j’ai pris un médicament pour me faire

vomir sinon elle se serait méfiée. Voilà pourquoi vous ne pouvez pas lui dire maintenant que vous

savez qu’elle ne travaille pas comme escort. Elle n’est pas prête à l’entendre.
Holly croisa les bras sur sa poitrine pour lui faire comprendre qu’elle n’avait pas l’intention de
changer d’avis.

— Très bien. Je ne dirai rien pour le moment. Mais je ne veux pas qu’elle continue à penser que

j’ai menti à propos d’Audrey. Je vais réparer les choses. Et vous, Holly, vous allez aussi m’aider. Je
vais réserver Holly pour la semaine à venir, et vous allez vous assurer qu’elle accepte la réservation.

— Vous plaisantez !

— Pas le moins du monde. Vous allez lui dire aujourd’hui qu’à partir de demain matin, elle est

avec moi.

— Elle ne va jamais accepter. Elle pense que vous lui avez menti. Elle est blessée.

Il ne se laisserait pas dissuader.


— C’est pour cela que vous allez lui donner mon numéro de portable et lui dire de m’appeler ce

soir. (Il inscrivit son numéro sur une carte et lui tendit.) Faites ce qu’il faut pour qu’elle accepte.

Dites-lui que si elle refuse, elle devra me convaincre d’annuler la réservation auprès de votre

patronne sinon vous serez renvoyée. J’ai vraiment besoin de lui parler.
Avec réticence, Holly rangea la carte dans son sac à main.

— Si j’avais su que vous étiez aussi borné, je ne lui aurais jamais demandé de faire ça.
— Vous savez quoi, Holly ? Si ça avait été vous ce soir-là, je n’aurais pas couché avec vous. Ne le

prenez pas mal, vous êtes superbe, mais je ne cherchais pas de sexe. J’avais juste besoin de quelqu’un
pour repousser toutes ces célibataires au cocktail où je devais aller. Mais tout a changé quand je l’ai

vue. Et je refuse de la laisser partir.


— Rappelez-moi pour quelle raison je dois vous aider ?
— Pour votre amie, répondit-il simplement. Et parce que je pourrais encore vous faire virer si je

racontais tout à votre patronne.


Daniel se leva.
— Je vais payer l’intégralité du tarif exorbitant suggéré qu’elle suggère pour éviter qu’elle se

doute de quoi que ce soit. Peu m’importe que vous donniez ou non l’argent à Sabrina.

— Elle n’a pas pris l’argent pour les deux premières soirées. Elle a refusé net, reconnut Holly.
Il se détendit et sourit.
— Je m’en suis douté.

Elle n’avait pas non plus accepté son pourboire, et cette pensée lui faisait plaisir à présent qu’il

savait qui elle était. Si Sabrina avait besoin de se faire passer pour une escort pour être avec lui, alors
il jouerait le jeu – pour le moment du moins. En attendant de trouver un moyen de gagner

suffisamment sa confiance pour qu’elle veuille être avec lui par choix, et non parce qu’il avait payé

pour.

— Hé, mon vieux. Une dernière chose encore. Si vous la faites souffrir, je vous retrouverai pour

vous exploser la figure, l’avertit Holly en le regardant avec détermination.

Daniel hocha la tête.


— Je n’attends rien de moins de votre part.
13

— Non, je ne recommencerai pas, déclara Sabrina avec un air furieux. J’en ai assez. Il va falloir
que tu ailles voir Misty et que tu lui avoues tout.

Elle partit à grands pas vers sa chambre et claqua la porte derrière elle. Quelques secondes plus

tard, celle-ci se rouvrit.


— Je ne peux pas. Elle va me virer, répliqua Holly en entrant dans la chambre. La seule manière

d’éviter ça est de le convaincre d’annuler sa réservation.


— Et comment veux-tu que je fasse ?

Holly lui tendit une carte avec son numéro.

— Appelle-le et dis-lui que tu ne peux pas. Dis-lui que tu le trouves repoussant, ou invente ce que

tu veux pour le pousser à annuler.

— Je n’ai pas envie de lui parler !

— Désolée, mais j’ai bien peur que ce soit la seule solution.

Sabrina regarda fixement son amie. Elle ne comprenait pas pourquoi Holly ne la soutenait pas
davantage. Après tout elle l’avait sortie du pétrin, et la moindre des choses serait d’être un peu plus

compréhensive à propos de son refus de voir Daniel. Elle pourrait inventer n’importe quelle excuse

pour échapper à cette réservation, mais elle avait refusé net de le faire.
Holly insistait pour que ce soit Daniel qui annule, pour ne pas s’attirer d’ennuis avec Misty. Parfait.
Sabrina ne savait pas pourquoi Daniel voulait encore la voir. Sa femme ou sa petite amie n’était-

elle pas rentrée la veille ? Comment avait-il réussi à s’en débarrasser aussi rapidement ? C’était
vraiment un salaud et un menteur.

Elle avait envie de disparaître sous terre tant elle avait honte de ce qu’ils avaient fait la veille. Elle
l’avait laissé l’utiliser. Quel fumier ! Et malgré son comportement, il avait le culot de la demander

pour une réservation prolongée. Quel mufle !


Sabrina avait très envie de dire ce qu’elle avait sur le cœur à ce coureur de jupons hypocrite.
S’emparant de son téléphone, elle lança un regard acerbe à son amie.

— Est-ce que je peux avoir un peu d’intimité ? demanda-t-elle sèchement.

Holly sortit aussitôt de la chambre.


Daniel décrocha immédiatement.
— Daniel à l’appareil.

Sa voix était aussi douce que la veille.

— C’est S… Holly.
— Je suis content que tu m’appelles.

— Je t’appelle seulement pour te dire que je ne peux pas accepter la réservation, dit-elle avec

fermeté. Alors peux-tu s’il te plaît téléphoner à Mlle Snyder pour annuler ? Je t’en serais

reconnaissante.

— Je pense qu’on devrait en parler.

— Il n’y a rien à dire.


— Si. Pourquoi es-tu partie aussi vite hier ?

Sabrina soupira vivement.

— Pourquoi ? Je ne suis pas une briseuse de couples. Je suis peut-être une escort, mais j’ai des

principes.
— Je ne suis plus avec Audrey.

— Peut-être pas en ce moment même, mais tu es avec elle, elle a été très claire.
— Holly, ma relation avec Audrey s’est terminée la veille de mon départ de New York. Elle refuse

juste d’accepter la vérité. S’il te plaît, laisse-moi t’expliquer. Je t’en prie. Retrouve-moi ce soir et je
t’expliquerai tout. Et si tu veux toujours que j’annule, alors je le ferai.

— Je ne suis pas aussi stupide. Dès que je serai dans ta chambre, tu me porteras jusqu’au lit et on
ne parlera pas. Non merci.
— On peut se voir dans un café. S’il te plaît. Si tu veux toujours que j’annule la réservation après

avoir entendu ce que j’ai à te dire, je te promets que je le ferai.


Sabrina hésita. Elle savait qu’elle ferait mieux de refuser, mais elle sentait la détermination dans la
voix de Daniel. Il n’accepterait pas d’annuler si elle ne lui laissait pas la chance de lui donner sa

version de l’histoire.

— C’est d’accord.
Elle lui donna l’adresse d’un café près de chez elle et raccrocha, en s’en voulant d’avoir dit oui.
Sabrina avait choisi le café au coin de sa rue parce qu’il était toujours plein. Il ne pourrait

certainement pas la piéger dans ce lieu qui était loin d’être intime : il n’y avait pas d’endroit où se

cacher, pas de recoins sombres où il pourrait user de son charme sur elle.
Elle arriverait en avance pour s’asseoir à l’endroit le moins privé du café. Elle n’avait pas

l’intention de lui faciliter la tâche. S’il pensait pouvoir utiliser son corps sensuel pour la faire

changer d’avis, il se méprenait.

Malheureusement, il s’avéra qu’il n’avait pas seulement un corps sensuel mais aussi un esprit très

vif : il l’avait devancée. À son arrivée au café, dix minutes avant l’heure fixée, Sabrina constata qu’il

était déjà là et qu’il avait réussi à mettre la main sur l’unique banquette de l’établissement. Elle se
demanda comment il s’était débrouillé car elle était d’ordinaire toujours prise.

Il se leva et lui fit signe. À contrecœur, elle s’avança vers lui.

— Je vois que tu es aussi en avance.

Il lui sourit d’un air entendu et lui indiqua la place à côté de lui sur la banquette pour deux. Une
fois assise, elle ne put s’empêcher de prendre conscience de la proximité de son corps et de son

parfum viril.
— Merci d’être venue, lui dit-il avec un regard sincère. Je suis désolé pour ce qui s’est passé hier

soir.
— Quelle partie ? répliqua-t-elle.

— La partie où Audrey est arrivée. Tout le reste était parfait.


— Mais bien sûr !
— Peux-tu me laisser m’expliquer, s’il te plaît ? Audrey et moi sortions ensemble depuis quelques

mois, mais notre relation n’allait nulle part. J’étais loin d’être un petit ami romantique et attentif. Je
suppose qu’elle s’est sentie seule, et cette semaine je l’ai surprise au lit avec mon avocat. J’ai donc
rompu avec elle.

— Est-ce qu’elle est au courant que tu as rompu avec elle ? Ce n’est pas l’impression qu’elle m’a

donnée, intervint Sabrina sur un ton caustique.


— Elle le sait. Elle ne voulait simplement pas affronter la vérité. Elle s’est dit qu’elle pourrait me
récupérer en sortant le grand jeu.

— Alors, est-ce que ça a marché ? demanda Sabrina, sans oser le regarder.

Du coin de l’œil, elle le vit secouer lentement la tête.


— Rien ne pourra me convaincre de retourner avec elle. (Daniel lui prit la main et elle le laissa

faire, étonnée.) Tu n’as pas brisé notre couple. Je suis célibataire, je ne suis pas engagé dans une

relation et je suis libre de faire ce que je veux.

Il la força à se tourner vers lui.

— Pourquoi moi ? Tu ne peux pas réserver quelqu’un d’autre ? L’agence ne manque pas de

femmes très bien.


Il s’approcha légèrement d’elle et Sabrina recula dans le coin de la banquette. Elle essaya de

retirer sa main mais il ne la lâcha pas.

— Je me sens bien avec toi. J’aimerais passer plus de temps avec toi.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Misty n’aime pas que nous devenions trop proches
de nos clients, mentit Sabrina.

— Ça n’a pas semblé déranger Misty quand j’ai négocié avec elle cet après-midi.
Daniel porta la main de Sabrina à ses lèvres et l’embrassa tendrement.

Son baiser déclencha une vague de chaleur dans le corps de Sabrina.


— ​Je ne peux pas accepter. Désolée. Choisis quelqu’un d’autre. Il y a plein de femmes qui

sauteraient sur l’occasion de pouvoir coucher avec toi. Mais je n’en fais pas partie.
— Coucher avec moi ne t’intéresse plus ? demanda-t-il en plissant les yeux.
— Non.

Elle ne se souvenait pas d’avoir déjà prononcé un aussi gros mensonge.


Il la regarda longuement.
— D’accord.

Elle se réjouit d’avoir enfin réussi à le convaincre qu’elle ne voulait plus rien avoir à faire avec

lui. Il ne lui restait plus qu’à annuler la réservation pour que Holly et elle soient tirées d’affaire et ne
risquent plus d’avoir des ennuis.
Sabrina s’apprêta à se lever de la banquette mais il la retint avec son bras.

— J’ai dit d’accord, pas de sexe. Mais je n’ai pas dit que j’avais l’intention d’annuler ma

réservation.
Stupéfaite, elle lui lança un regard furieux. Pourquoi voulait-il louer une escort si ce n’était pas

pour coucher avec elle ? Qu’est-ce qui ne tournait pas rond chez lui ?

— Pardon ?

— Tu as bien entendu. C’est toi qui décideras si tu veux coucher ou non avec moi. Si tu ne veux

pas, je ne te l’imposerai pas. Mais tu vas m’accompagner dans le wine country ce week-end. J’ai

réservé dans une petite chambre d’hôtes pour demain soir. Tu partageras mon lit. Et j’ai le droit de
t’embrasser.

Elle s’était bien fait avoir. Comment était-elle censée ne pas avoir envie de coucher avec lui alors

qu’il tenait à ce qu’ils dorment dans le même lit ?

— Tu es fou.
— Peut-être, mais c’est le compromis que je te propose. Tu passes le week-end avec moi, ainsi que

les soirées et les nuits à notre retour à San Francisco, et tu dors dans mon lit. Je n’essaierai pas de
coucher avec toi, à moins que tu le veuilles.

Daniel ne semblait pas plaisanter, mais Sabrina avait du mal à le comprendre.


— Pourquoi réserves-tu une escort qui ne veut pas coucher avec toi ? C’est l’idée la plus bizarre

que j’ai jamais entendue.


Il haussa les épaules.

~ ~ ~

— J’aime bien passer du temps avec toi, avec ou sans sexe. (Il approcha son visage du sien en

regardant ses lèvres d’un air suggestif.) Peut-être que tu devrais dire oui maintenant, sinon je vais être

obligé d’avoir recours à d’autres moyens de persuasion qui risquent d’être un peu déplacés ici.
Sabrina lui lança un regard choqué.
— Tu ne ferais pas ça !

Comptait-il vraiment les mettre tous les deux dans une situation gênante en l’embrassant au beau

milieu d’un café, à la vue de tous ? Il ne pouvait quand même pas avoir l’intention de la toucher de la
façon dont il l’avait déjà touchée quand ils étaient seuls.

En voyant la lueur coquine dans ses yeux, elle comprit qu’il était prêt à tout. Et sachant qu’il

n’habitait pas San Francisco, cela lui importait sans doute peu de s’afficher en public. Contrairement à

elle, il n’avait pas à revenir là chaque jour pour aller acheter son café.

— Bébé, si tu savais de quoi je suis capable…

Il effleura doucement ses lèvres avec les siennes dans un baiser discret.
Sabrina tressaillit.

— D’accord. Mais tu devras tenir tes engagements. Pas de sexe.

— Tant que tu les tiens aussi. Tu partages mon lit et tu me laisses t’embrasser.

Quelques secondes s’écoulèrent avant que Sabrina finisse par hocher la tête. Daniel s’écarta de son
visage en souriant.

— Je suis heureux qu’on se soit enfin mis d’accord. Même si ça aurait pu être amusant.
Elle grimaça en voyant un sourire espiègle se dessiner sur son visage. Il éclata alors d’un rire

franc.
— Viens, je te ramène chez toi. Comme ça je saurai où venir te chercher demain matin.

— Non, ce n’est pas nécessaire. (Elle préférait qu’il ne sache pas où elle habitait.) Et puis c’est
contraire à la politique de l’agence.
— Mlle Snyder l’a autorisé, puisque je t’emmène à la campagne demain.

Il lui donna le bras et sortit du café avec elle.


Quand ils arrivèrent devant son immeuble, il lui reprit la main.
— Apporte des vêtements confortables, on va faire le tour des vignobles de Sonoma. Et un maillot

de bain, il y a une piscine à la chambre d’hôtes. Je serai là à neuf heures demain matin.

Il embrassa la paume de sa main puis la lâcha.


— Daniel, commença-t-elle.
Il la regarda droit dans les yeux.

— Qu’y a-t-il ?

Elle secoua lentement la tête. Non, elle ne pouvait pas lui dire la vérité.
— Rien. À demain.

— Bonne nuit.

Lorsqu’elle ouvrit la porte de l’appartement, Holly l’attendait.

— Alors ? Est-ce qu’il va annuler ? demanda-t-elle de but en blanc avec curiosité.

Sabrina secoua la tête.

— Non, il passe me chercher demain matin pour aller passer le week-end dans le wine country.
— Et ça ne te pose pas de problème ? demanda doucement Holly.

— Tu devrais faire des réserves de glaces au congélateur parce que j’aurai bien besoin de

réconfort quand il sera reparti à New York. De beaucoup de réconfort. Holly, je suis tellement dans le

pétrin.
Son amie la prit dans ses bras et la serra fort contre elle.

— À ce point-là ?
Sabrina se mit à pleurer incontrôlablement contre l’épaule de Holly.

— Il est trop parfait, dit-elle entre deux sanglots.


Holly lui caressa doucement les cheveux.

— Oh, ma chérie, essaie juste de profiter du temps que tu passes avec lui, et peut-être que tout va
s’arranger.

~ ~ ~

Daniel avait hésité à rester toute la soirée avec Sabrina, mais il avait finalement décidé de ne pas la

brusquer. Il allait désormais devoir agir avec beaucoup de prudence. Il voulait gagner sa confiance, et

cela allait lui demander du temps.


L’attirer de nouveau dans son lit ne mènerait à rien pour le moment, même s’il en mourait d’envie.
C’était la raison pour laquelle il avait voulu lui laisser l’initiative à ce sujet. Peut-être qu’elle se

sentirait plus rassurée ainsi. Cela promettait d’être difficile pour lui, mais il était déterminé à

respecter ses engagements.


Il allait devoir la séduire lentement, sans qu’elle le remarque. Holly avait raison : Sabrina pourrait

rapidement prendre peur si elle découvrait trop vite qu’elle était démasquée. Se faire passer pour

quelqu’un d’autre lui procurait un sentiment de sécurité, mais comment réagirait-elle en apprenant

qu’il connaissait sa véritable identité ? Elle ne pourrait l’accepter que si elle se sentait profondément

en confiance avec lui.

Après avoir ramené Sabrina, Daniel dîna avec Tim dans un petit restaurant du quartier.
— Alors si je comprends bien, tu veux faire la cour à une escort ? demanda Tim avec un sourire

jusqu’aux oreilles.

— Je te le répète, Sabrina n’est pas une vraie escort, le corrigea Daniel.

— Tu joues avec les mots. Quoi qu’il en soit, elle a couché avec toi en échange d’argent.
Tim s’amusait visiblement à le provoquer ainsi et n’avait pas l’intention de s’arrêter.

— Ce n’est pas elle qui a pris l’argent mais son amie.


— Alors elle a couché avec toi parce que… ? Aide-moi Danny, je suis perdu.

Daniel fronça les sourcils.


— Tu penses que je ne peux pas attirer une femme sans mon argent ? Peut-être qu’elle m’a trouvé

séduisant. C’est si difficile à croire que ça ?


Daniel savait très bien que Tim essayait de le pousser à bout.
— Calme-toi. Je te taquine, c’est tout. Bien sûr qu’elle t’a trouvé séduisant. Même moi je te trouve

séduisant !
Tim avait parlé un peu trop fort pour le petit restaurant où ils se trouvaient, et plusieurs têtes se
tournèrent dans leur direction.

Daniel leva les yeux au ciel et Tim eut un petit rire.

— Détends-toi, on est à San Francisco. Tout le monde s’en fiche.


— C’est facile à dire pour toi, tu es Californien. Moi je suis de New York, tu te rappelles ?
— Comment l’oublier ? Peut-être que tu devrais t’installer ici, la vie est tellement moins stressante.

Je suis sûr que même toi, ça te décoincerait.

— Je ne suis pas coincé, rétorqua Daniel sur un ton irrité.


Peut-être juste un peu.

— Bien sûr que si. Mais je crois que l’air de San Francisco te fait déjà du bien. Tu es là depuis

quelques jours à peine, et tu sors déjà avec une escort. Ça, c’est de l’émancipation !

Tim prit une gorgée de vin.

— Ce n’est pas une escort et elle a un prénom. Elle s’appelle Sabrina.

— Comment vas-tu la présenter à mamma et papa ? demanda Tim, qui aimait faire référence aux
parents de Daniel comme s’ils étaient les siens.

Daniel ouvrit la bouche sans rien dire.

— Ne me regarde pas comme si tu n’y avais pas pensé. Je te connais trop bien.

— Mais de quoi tu parles ? demanda Daniel avec un regard noir.


— Peux-tu me dire à quand remonte la dernière fois que tu as pris des jours de congé pour te

détendre ?
Daniel s’apprêtait à répondre mais Tim ne lui en laissa pas le temps.

— Non, ne me dis rien, parce que je connais la réponse. Tu ne t’en souviens pas. C’est amusant.
Quand tu sortais avec Audrey, tu n’es jamais parti en week-end avec elle. Et voilà que tu emmènes la

sexy petite Sabrina dans le wine country, sans une seule réunion de travail prévue. Alors pourquoi ?
Vas-y, je t’écoute.
Daniel secoua la tête.

— Je préfère entendre ta théorie.


— Très bien. Je pense que c’est parce que le fier Daniel, celui qui fuit les relations compliquées, a
fini par tomber amoureux d’une vraie femme. Pas d’une femme artificielle comme Audrey et

compagnie. Félicitations, mon ami, j’espère que c’est réciproque.

Tim leva son verre pour trinquer avec Daniel, mais celui-ci resta immobile, sous le choc. Il le
savait déjà au fond de lui mais ne voulait pas l’accepter, tant cela lui paraissait improbable. La colère
et la jalousie qu’il avait ressenties en pensant que Hannigan était un des clients de Sabrina prouvaient

bien la nature de ses sentiments pour elle, mais il avait essayé de l’ignorer.

Lui, Daniel Sinclair, ne tombait pas amoureux d’une femme en deux jours, encore moins d’une
femme qu’il avait prise pour une prostituée. Dès le début, il l’avait pourtant traitée davantage comme

une petite amie que comme une escort. C’était la preuve qu’un lien spécial s’était immédiatement noué

entre eux. Depuis l’instant où il avait posé les yeux sur elle lorsqu’elle avait frappé à la porte de sa

chambre d’hôtel.

— Tim, je crois que j’ai besoin d’aide, dit Daniel en regardant son ami avec une expression

sérieuse. Je ne peux pas me permettre de gâcher ce que j’ai avec Sabrina. Et je suis déjà sur la corde
raide avec elle.

Tim se frotta les mains.

— Alors on va devoir mettre sur pied un petit plan d’action. (Il regarda sa montre.) Il nous reste

environ quatorze heures, ça nous laisse un peu de temps. Mais dépêche-toi de finir ton assiette, il ne
faut pas traîner non plus.
14

Lorsque la sonnette retentit à neuf heures pile, Sabrina prit son petit sac de voyage et se retourna
vers Holly, qui était debout sur le seuil de sa chambre en train de frotter ses yeux encore lourds de

sommeil.

— Respire, lui dit-elle avec un sourire encourageant. Ça va bien se passer.


Sans rien dire, Sabrina sortit de l’appartement pour retrouver Daniel en bas. Vêtu d’un short et

d’un polo, il était appuyé d’un air détaché sur le capot de son cabriolet rouge. Un grand sourire
apparut sur son visage quand il la vit s’approcher.

Bien que les yeux de Daniel soient cachés derrière des lunettes de soleil, Sabrina se sentit scrutée

de la tête aux pieds. Elle portait un short, un débardeur et des sandales plates. Une chaleur accablante

était prévue à San Francisco, ce qui était inhabituel. Dans le comté de Sonoma où ils allaient passer le

week-end, il ferait encore quelques degrés de plus.

Daniel la salua par un baiser amical sur la joue.

— Tu es superbe.
Après avoir rangé son sac dans le coffre, il lui ouvrit la portière de la voiture et la referma une

fois qu’elle fut installée.

Quelques minutes plus tard, ils roulaient en direction du Golden Gate Bridge dans des
embouteillages légers. Ils avaient bien fait de partir tôt. Les habitants de San Francisco profiteraient
du beau temps pour se rendre sur les différentes plages de la baie et de l’océan, et toutes les routes

pour sortir de la ville seraient bientôt surchargées.


Pendant tout le trajet vers le nord, Daniel fit la conversation à Sabrina, lui parlant de sa famille

dans l’est du pays, de son père américain, et de sa mère italienne dotée d’un fort tempérament.
— Mais je suis malheureusement fils unique. J’ai toujours voulu avoir un petit frère ou une petite

sœur, mais ça n’est jamais arrivé. Ce n’était pourtant pas parce que mes parents n’ont pas essayé,
ajouta-t-il en lui lançant un regard coquin de biais.
Sabrina se mit à rire.

— Tu veux dire que tu écoutais tes parents coucher ensemble ? C’est dégoûtant !

— C’était difficile à éviter. Ma mère n’était pas du genre discret. Mais j’ai fini par ne plus en
pouvoir, et j’ai réussi à les convaincre de m’installer dans une chambre de l’autre côté de la maison.
J’étais soulagé. J’aime beaucoup mes parents, mais je n’avais vraiment pas besoin de les imaginer au

lit ensemble. Ça peut être très perturbant pour un enfant.

— Est-ce que tu tiens beaucoup de ta mère ?


À peine cette question eut-elle franchi ses lèvres que Sabrina prit conscience qu’elle pouvait être

comprise de travers. Et ce fut le cas. Rien n’échappait à Daniel.

— À toi de me le dire.

Sabrina sentit ses joues s’enflammer. Elle devait être rouge comme une pivoine. Évidemment,

Daniel avait l’esprit mal tourné.

— Je parlais de son caractère et de son physique.


Sabrina s’efforça de ramener la conversation sur un terrain moins glissant.

— C’est une femme pulpeuse d’un mètre soixante, commença-t-il avec un grand sourire, mais j’ai

hérité de son teint mat, ainsi que de ses yeux et ses cheveux foncés. Pour le reste, je ressemble à mon

père. Plus jeune, il était très sportif. C’était un excellent joueur de tennis, et il nageait tous les jours.
Mamma essayait de le suivre tant bien que mal.

Sabrina l’observa discrètement, s’imaginant sans difficulté à quoi il ressemblerait avec trente ans
de plus. Il aurait le même corps parfait mais ses tempes seraient grisonnantes, et son visage serait

marqué de quelques rides supplémentaires, autour de la bouche et des yeux. Et il garderait le même
sourire coquin.

— Tu as de la chance d’avoir des parents qui sont encore ensemble et qui s’aiment, fit-elle
remarquer sur un ton pensif.
— Les tiens ne sont plus ensemble ? demanda Daniel.

Elle secoua la tête.


— Ils ont divorcé quand j’avais quatorze ans, mais au moins ils sont tous les deux restés dans la
même ville. J’habitais chez ma mère pendant la semaine et chez mon père le week-end.

— Est-ce que tu étais tiraillée entre les deux ?

— Parfois. Mais à vrai dire, j’ai appris à profiter de la situation.


Daniel haussa les sourcils.
— Tu veux dire à les manipuler ? demanda-t-il avec un petit sourire.

— Je n’irais pas jusque-là. Mais je savais comment tirer le meilleur de leurs deux univers. Il n’y

avait rien de mal à ça, surtout que j’étais entre les deux.
— Alors dis-moi, est-ce que tu douée en manipulation ?

— Tu es un homme d’affaires, tu devrais savoir qu’il ne faut jamais montrer toutes ses cartes,

répondit Sabrina en riant. C’est comme jouer au poker.

— Le seul poker auquel j’ai envie de jouer avec toi est le strip poker, répliqua-t-il aussitôt, sans

quitter la route des yeux.

Il était bon, elle devait le reconnaître. Quel que soit le sujet de conversation, Daniel parvenait
systématiquement à le ramener au sexe. Il avait beau avoir promis de ne pas lui imposer de coucher

avec lui, et elle lui faisait confiance pour tenir parole, cela ne signifiait pas pour autant qu’il allait

éviter d’en parler.

Elle devrait faire preuve de prudence pendant ce week-end, sinon elle aurait tôt fait de se laisser
piéger et de retomber dans ses bras. Elle ne pouvait pas se permettre de baisser la garde et de lui

donner une autre chance de la blesser. Il lui avait déjà suffisamment fait mal.
Même si elle avait accepté son explication à propos de son ex-petite amie, elle n’était pas

entièrement convaincue qu’il était honnête avec elle. Quel homme accepterait de dépenser des milliers
de dollars pour passer quelques jours avec une escort, sans s’attendre à coucher avec elle en retour ?

Il manigançait quelque chose, c’était certain, et elle était résolue à découvrir de quoi il s’agissait.
Lorsqu’ils sortirent de l’autoroute, ils eurent quelques difficultés à trouver la chambre d’hôtes où
Daniel avait réservé. À la surprise de Sabrina, il s’arrêta pour demander son chemin à un fermier qui

passait. Elle savait que beaucoup d’hommes auraient préféré tourner en rond plutôt que d’admettre
qu’ils étaient perdus.
Il lui sourit, comme s’il savait à quoi elle pensait.

— On devrait y être dans quelques minutes.

L’endroit qu’il avait choisi était paradisiaque. Il s’agissait d’un petit bed and breakfast situé en
plein cœur d’un vignoble. Mais contrairement à d’autres établissements de ce genre, il était composé
de plusieurs cottages répartis sur le vaste terrain de la propriété.

Ils allèrent récupérer les clés dans la maison principale puis se dirigèrent vers leur petite maison.

Daniel posa leurs bagages dans le salon. Il y avait une petite cuisine sur leur droite, qui leur
permettrait de préparer du café le matin.

Sabrina traversa la chambre meublée d’un lit queen size, de deux tables de chevet, d’une commode

et de deux fauteuils confortables. La salle de bains attenante était équipée d’une baignoire et d’une

douche. Les portes-fenêtres de la chambre donnaient sur une grande terrasse qui couvrait toute la

largeur du cottage.

La vue était absolument incroyable. Lorsque Sabrina ouvrit les portes pour accéder à la terrasse,
elle fut éblouie. Perchée sur une colline, la petite maison surplombait le vignoble qui s’étendait dans

la vallée. De chaque côté, des pentes douces étaient recouvertes d’innombrables rangées de vignes.

— C’est superbe, murmura-t-elle.

— Oui, stupéfiant. (Il était juste derrière elle et elle sentit son souffle caresser sa nuque.) Penses-tu
que tu vas te plaire ici ? Même si tu dois me supporter ?

Elle tourna la tête et lui sourit doucement.


— Même si je dois te supporter.

Il la caressa du regard mais à sa surprise, il n’essaya pas de la toucher ou de l’embrasser.


— Viens, allons nous promener dans le vignoble.

Ils sortirent du cottage et empruntèrent le petit chemin menant vers les vignes. Daniel lui prit la
main et elle se laissa faire sans hésitation. Elle sentit avec plaisir sur sa peau le soleil déjà chaud,
tandis qu’ils marchaient sur les sentiers boueux, leurs doigts entrelacés.

C’était un contact innocent, qui ne ressemblait en rien aux caresses purement sexuelles auxquelles
il l’avait habituée. Elle s’interrogea sur la raison de ce changement. Quand ils s’étaient retrouvés au
café la veille au soir, il était rempli d’un désir difficilement contenu. Mais voilà qu’il s’était

transformé en un gentil garçon sage. Il était amusant et d’agréable compagnie, mais hormis les

quelques allusions sexuelles qu’il avait faites dans la voiture, rien dans son comportement ne lui
laissait penser qu’il voulait la séduire.
C’était comme s’il avait laissé son côté charmeur derrière lui à San Francisco. Sa bonne humeur la

mettait à l’aise, et elle avait l’impression de s’être enfin libérée de la tension qui l’habitait ces

derniers jours. Même ses problèmes avec Hannigan lui semblaient désormais loin.
Daniel l’aida à monter un bout de chemin pentu. Ils se retrouvèrent alors sur un petit plateau

recouvert d’herbe, en partie ombragé par quelques arbres. La vue à trois cent soixante degrés était à

couper le souffle. Ils étaient entourés de collines ondoyantes, d’arbres, de vignes, et d’un petit torrent

au loin. Sabrina eut l’impression de se retrouver au beau milieu d’une brochure de tourisme.

En regardant autour d’elle, elle remarqua une grande couverture étendue sous un arbre, avec un

panier posé dessus. Il suivit son regard.


— J’espère que tu as faim. J’ai fait préparer un petit pique-nique pour nous.

Daniel sourit en voyant son visage étonné.

— Waouh.

Il répartit sur la couverture le contenu du panier : du pain, des fromages, des olives, des morceaux
de viande froide, des condiments et bien sûr une bouteille de vin, élément indispensable à tout pique-

nique dans le wine country.


Sabrina laissa Daniel prendre soin d’elle. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il s’implique autant dans la

préparation de ce week-end et était touchée qu’il ait pris le temps d’organiser ce déjeuner pour eux.
Daniel servit deux verres de vin et lui en tendit un.

— À un merveilleux week-end, dit-il en trinquant avec elle.


— À un merveilleux week-end.
Sans lui laisser le temps d’approcher son verre de sa bouche, il se pencha vers elle et pressa

doucement ses lèvres sur les siennes, avant de s’écarter et de prendre une gorgée de vin. Cela n’avait
duré qu’une seconde. Sabrina s’empressa de boire à son tour pour ne pas laisser paraître le trouble
qu’avait fait naître en elle le simple fait de toucher ses lèvres. Quand il l’avait embrassée, elle avait

tout de suite eu envie de plus, d’un contact plus profond et pas seulement de ce léger baiser qui n’avait

fait que mettre ses sens en éveil.


— Je suis content que tu aies accepté de venir avec moi.
— Tu ne m’as pas vraiment laissé le choix, dit Sabrina en mettant une olive dans sa bouche.

— Avec certaines personnes il faut faire preuve de persuasion, répondit Daniel avec un sourire

chaleureux, rempli de gentillesse.


Mais Sabrina n’était pas naïve. Sous ses airs de bienveillance rôdait un prédateur. L’homme qui

l’avait pratiquement dévorée au lit était encore là. Il ne pouvait pas avoir disparu comme par magie.

— Dis-moi, qu’est-ce que tu manigances ? lui demanda-t-elle soudain.

— Ce que je manigance ? répéta-t-il en lui lançant un regard de biais.

— Pour ce week-end. J’ai comme l’impression que tu as un plan. Ce pique-nique n’est pas sorti de

nulle part. Quel autre tour as-tu dans ton sac ? Tu as l’intention de m’attendrir, n’est-ce pas ?
— Même si c’est le cas, crois-tu vraiment que je vais te révéler ce qui t’attend ? C’est bien toi qui

m’as dit qu’il ne fallait pas montrer ses cartes, non ? (Il préféra changer de sujet.) Tu veux du

fromage ?

Elle hocha la tête et ils commencèrent à manger.


15

Daniel sourit intérieurement. Sabrina était maline et il était difficile de lui cacher quoi que ce soit.
Sa jolie prétendue escort n’avait pas pu s’empêcher de lui faire savoir qu’elle voyait clair dans son

jeu. Il avait effectivement un plan pour le week-end mais n’avait pas la moindre intention de lui dire

ce qu’il avait prévu pour la rendre follement amoureuse de lui et la faire revenir dans ses bras.
Avec l’aide de Tim, il avait réfléchi à toutes sortes d’idées et il comptait bien en mettre le plus

possible à exécution. Si elle n’était pas aussi éprise de lui qu’il l’était d’elle d’ici la fin du week-end, il
lui faudrait redoubler d’efforts la semaine suivante. Un échec n’était pas envisageable.

Tout en versant la fin de la bouteille dans le verre de Sabrina, il se fit la réflexion qu’elle tenait

bien l’alcool. Ils bavardèrent gaiement tout au long du repas, parlant de vin, de cuisine et de voyages.

Après avoir bu sa dernière gorgée de vin, Daniel s’étendit sur la couverture. Le manque de sommeil

commençait à se faire cruellement ressentir.

Malgré le concours de Tim, l’organisation du week-end parfait avec Sabrina l’avait tenu éveillé

jusqu’à une heure avancée de la nuit. Il avait à peine dormi deux heures, et le vin l’avait achevé. Son
corps ne pouvait plus résister davantage à la fatigue.

Le matin, il avait laissé un message à ses nouveaux avocats pour leur dire où ils pouvaient le

joindre en cas d’urgence absolue, tout en les prévenant qu’il ne souhaitait pas être dérangé. Il avait
même coupé son BlackBerry, ce qui ne lui était encore jamais arrivé.
— Ça t’ennuie si je ferme les yeux quelques instants ? lui demanda-t-il.

— Vas-y. On est bien ici. Je vais peut-être aussi faire un petit somme. Le vin m’a un peu endormie.
Avant de fermer les yeux, Daniel eut le temps de voir le sourire de Sabrina. Quelques secondes

plus tard, il la sentit s’allonger près de lui sur la couverture. Il s’assoupit rapidement, sous la caresse
d’une légère brise. Malgré le soleil de plomb, l’ombre de l’arbre leur offrait une fraîcheur relative.

Il fit un rêve semi-conscient, imaginant les bras de Sabrina autour de lui, sa tête reposant sur son
torse, l’apaisant avec sa respiration régulière. Il n’avait aucun mal à se voir avec elle, et pas
seulement au lit. Il pouvait se la représenter à ses côtés, faisant des choses que faisaient les couples,
mais aussi et surtout dans ses bras.

Quant il était sorti avec des femmes artificielles, comme les appelait Tim, il n’avait jamais été très
démonstratif. Cela lui arrivait de leur donner le bras pour les mener à une table de restaurant ou bien
les aider à sortir de voiture, mais il n’était pas du genre à leur tenir la main en public et encore moins

à les embrasser. Ses petites amies avaient toujours respecté cela.

Tandis qu’avec Sabrina, il n’avait qu’une seule envie, c’était de montrer au monde entier qu’elle
était à lui et qu’il était le seul à pouvoir lui tenir la main et à l’embrasser. Pendant leur première

soirée ensemble, il s’était demandé pourquoi il lui avait laissé des suçons sur la peau. Il n’était plus un

adolescent, et jamais il n’avait agi de la sorte avec ses petites amies précédentes. Mais à présent qu’il

était conscient de ses sentiments pour Sabrina, il savait qu’il avait inconsciemment voulu la marquer.

Lorsque Daniel sortit de son sommeil, il sentit que sa poitrine était lourde et que quelque chose

était pressé contre ses cuisses. En ouvrant les yeux, il comprit avec surprise d’où venait ce poids, et
un sourire se dessina sur ses lèvres.

Sabrina s’était blottie contre lui et dormait profondément, sa tête reposant sur son épaule. Elle

avait étendu le bras sur son torse et placé une de ses jambes sur ses cuisses. La simple vue de son

corps paisible sur lui et la sensation de sa jambe nue sur sa peau suffirent à enflammer ses sens.
Soudain, l’ombre de l’arbre et la brise légère ne suffirent plus à faire baisser la température de

son corps.
Il était dans le pétrin. Comment avait-il pu croire qu’il serait capable de passer la nuit dans le

même lit qu’elle sans la toucher ? Elle était habillée, et pourtant il avait déjà du mal à se retenir de
l’attirer plus près de lui et de passer la main sous son short pour caresser ses fesses douces. Ce soir

elle serait nue, ou pas loin.


La panique s’empara de lui. Il ne parviendrait jamais à s’en tenir à son plan. Lorsque Sabrina serait
dans son lit, même un bain glacé dans l’Antarctique ne serait pas efficace pour calmer ses pensées ou

lui permettre de contrôler son érection.


Comment pourrait-il continuer à la séduire progressivement pour la faire venir à lui, alors qu’il
aurait envie de lui sauter dessus dès leur retour au cottage ? Et dire que c’était lui qui avait eu cette

brillante idée. Tim avait émis des doutes dès le départ sur sa capacité à résister et lui avait conseillé de

dire la vérité à Sabrina une fois qu’ils auraient quitté San Francisco. Un-zéro pour Tim.

~ ~ ~

En voyant Holly entrer dans le café, Tim lui fit signe pour attirer son attention. Elle l’aperçut tout
de suite et se fraya un chemin à travers les tables occupées, avant de se laisser tomber à côté de lui sur

la banquette. Ils se firent la bise.

— Ma cocotte, tu ne peux pas imaginer la soirée que j’ai passée, se plaignit théâtralement Tim.

— Remets-toi, mon chou. Ce n’est pas toi qui as dû consoler Sabrina. C’était une vraie fontaine.

Elle lâcha un long soupir.

— J’adore quand tu me dis des cochonneries, la taquina-t-il.


— Si seulement c’était vrai, mon chou, si seulement. Pour toi, je serais prête à laisser tomber mon

travail. Sérieusement.

Tim lui serra l’épaule affectueusement.

— Désolée, ma chérie, je ne peux pas changer qui je suis. Mais si je le pouvais, je n’hésiterais pas
une seconde à le faire pour toi.

Elle haussa les épaules.


— Je crois que c’est à ton tour de payer. Je vais prendre un triple…

Il l’interrompit.
— J’ai déjà commandé. J’ai une longueur d’avance sur toi on dirait.

Le barista annonça sa boisson et Tim se leva pour aller la chercher.


Holly s’empressa d’en avaler une longue gorgée puis essuya la mousse sur ses lèvres.
— J’en avais besoin. Je me suis réveillée beaucoup trop tôt pour m’assurer que Sabrina ne

changerait pas d’avis à la dernière minute et partirait bien avec Daniel.


— Et moi donc. Danny m’a tenu éveillé pendant la moitié de la nuit pour tout organiser pour le
week-end. Bon, j’avoue que je me suis porté volontaire pour l’aider.

Holly haussa les sourcils d’un air interrogateur.

— Tu vas comprendre. Je l’ai convaincu de faire les choses bien. (Tim lui fit un clin d’œil en
souriant.) Je lui ai fait prendre un cours intensif de massage sensuel.
— Pardon ?! s’exclama Holly qui faillit s’étouffer avec son latte.

— J’ai appelé ma masseuse et je lui ai demandé d’apprendre la pratique du massage sensuel à

Daniel. Fais-moi confiance, Sabrina nous remerciera plus tard. Il apprend vite. Et il est motivé.
Holly secoua la tête.

— Tu ne crois pas qu’on va trop loin ?

Tim fit un geste de la main pour rejeter cette idée.

— Si j’en crois tout ce que tu m’as raconté sur Sabrina ces dernières années, ils sont parfaits l’un

pour l’autre.

— Je ne suis pas sûre que c’était vraiment une bonne idée. Elle va souffrir. On n’aurait jamais dû
faire ça. Qu’est-ce qui nous a pris ?

L’inquiétude perçait dans la voix de Holly.

Tim la regarda d’un air taquin.

— Est-ce que je t’ai dit qu’il était tombé amoureux d’elle ?


Holly resta un instant bouche bée.

— Tu es sûr ?
Il lui lança un regard offensé.

— Je connais Danny mieux que personne.


— Il te l’a dit ?

— Non, c’est moi qui le lui ai dit. Il avait besoin d’un petit électrochoc. Mais il a accepté l’idée, je
l’ai vu dans ses yeux. Ça l’a un peu ébranlé mais il va s’en remettre. (Il sourit avec assurance.) Je suis
sûr que tout s’arrangera une fois qu’il lui aura révélé la vérité.

Holly secoua la tête.


— Et crois-tu qu’il y aura un bon moment pour lui dire ? Sabrina a tellement peur de souffrir
encore qu’elle va se replier sur elle-même.

— Ne t’inquiète pas, il s’en sortira. On a fait notre travail. Et un excellent travail. Tu ne crois pas ?

— Rien n’est encore sûr. À propos, très bon timing pour le message sur mon répondeur. Sabrina a
bien cru qu’il s’agissait de Misty et ne s’est doutée de rien. Qui était la fille ?
— Une serveuse que je connais. Je lui ai dit de faire comme si elle récitait un monologue pour une

audition.

— Je regrette qu’on n’ait pas fait les choses autrement. Sabrina va être tellement furieuse quand
elle va le découvrir, dit Holly en se mordant la lèvre inférieure.

— Hé, je n’y suis pour rien. Je voulais leur organiser un rendez-vous arrangé mais il n’a pas

voulu. Je ne pouvais pas laisser cette opportunité me filer entre les doigts. Qui sait quand la prochaine

se serait présentée ? C’était le moment idéal. Crois-moi, même si je n’ai jamais rencontré son ex-

petite amie, je connais le type. Aucune des femmes avec qui il est sorti ne lui convenait. Je l’aime

comme un frère. Je n’ai pas envie de le voir terminer avec une fille superficielle uniquement
intéressée par son argent. Il a besoin d’une vraie femme, avec des vrais sentiments.

Il avait parlé sur un ton déterminé.

Holly hocha la tête d’un air approbateur.

— Et bien, c’est sa chance. Elle a vraiment des sentiments pour lui. J’espère juste que ton ami en
est digne et qu’il n’est pas là pour jouer avec elle.

— Oh, il va jouer, mais pour la conquérir. Quand il se met quelque chose en tête, il ne baisse pas
les bras tant qu’il n’a pas obtenu ce qu’il voulait. Et je t’assure qu’il la veut. Il la voulait même quand

il pensait que c’était une escort, même s’il avait dû annoncer à ses parents qu’il était amoureux d’une
prostituée. Au fond de lui, il se moque bien des conventions. Mais pour l’amour de sa mamma, il se

réjouit sûrement qu’elle ne le soit pas, même s’il ne le reconnaîtra jamais.


Tim eut un petit rire et elle lui donna un coup dans les côtes.
— Il n’y a rien de mal à être escort, et pourrais-tu s’il te plaît arrêter de parler de prostituée ? dit-

elle sur un ton boudeur.


Il la serra dans ses bras.
— Tu as tout à fait raison. Le prix n’a rien à voir.

— Tu es vraiment idiot parfois, répliqua-t-elle en riant.

— C’est sûrement pour ça que tu m’aimes ? demanda-t-il avec un sourire.


— Pourquoi est-ce que tu n’as jamais essayé de me caser avec lui ?
Il la regarda avec un air incrédule.

— Quoi ? Et perdre ma meilleure amie ? Est-ce que tu as oublié que je pense beaucoup à moi ? Tu

ne me connais donc pas du tout ? Et puis de toute façon, tu n’es pas son type.
Elle soupira.

— C’est ce qu’il a dit quand je l’ai vu. Bon sang, il est encore plus beau en vrai que sur les photos

que tu m’as montrées.

— Je le sais bien. Et ne t’inquiète pas, je vais te trouver quelqu’un d’autre. Mais pas tout de suite. Je

ne suis pas encore tout à fait prêt à te laisser partir. Sans toi, qui d’autre est-ce que je vais pouvoir

appeler à deux heures du matin quand je n’ai pas le moral ?


Holly secoua la tête en riant.

— Sale égoïste.
16

Daniel avait besoin d’une douche froide, et vite. Ils étaient revenus au cottage, et quand il avait
suivi Sabrina à l’intérieur, le simple fait de regarder ses jambes nues dépassant de son short lui avait

donné l’impression de marcher sur un lit de charbons ardents. Pieds nus.

— Tu m’excuses quelques minutes s’il te plaît ? parvint-il à articuler avant de se précipiter dans la
salle de bains.

Il ferma la porte derrière lui, se déshabilla rapidement et sauta dans la douche. Elle devait penser
qu’il était fou, mais c’était soit cela, soit il la plaquait au sol et lui arrachait ses vêtements.

Quand elle s’était réveillée dans ses bras après le pique-nique, elle avait eu l’air gêné. Il n’avait

rien dit et n’avait pas fait de sous-entendus sexuels. Mais il n’avait pas pour autant oublié la sensation

de son corps contre le sien. Cela lui avait rappelé toutes les choses qu’ils avaient faites au lit et en

dehors pendant les deux premières soirées qu’ils avaient passées ensemble.

L’eau froide ruissela sur son corps brûlant mais ne fit rien pour apaiser son érection palpitante.

Comme un soldat au garde-à-vous, elle se tenait là, droite, dure, inflexible. D’où venait la rumeur
selon laquelle une douche froide permettait de se débarrasser d’une érection ? Ce n’était

apparemment qu’une légende urbaine.

Ce qui était sûr, c’était que cela ne fonctionnait pas chez lui. Ce n’était vraiment pas de chance. Il ne
pouvait pas sortir de la salle de bains et faire face à Sabrina dans cet état. Il y avait entre ses jambes
comme un fusil chargé dépourvu de cran de sûreté qui risquait de tirer à tout moment. Il ne

connaissait qu’une seule manière infaillible de décharger cette arme.


Daniel prit son sexe dans sa main et ferma les yeux en imaginant Sabrina dans la douche avec lui,

en train de le toucher. Sa bouche. Sa langue. Il serra sa main sur son membre en faisant des va-et-
vient, d’abord doucement, puis plus vite, plus fort, jusqu’à ce que sa respiration devienne haletante.

Il n’eut pas de difficulté à trouver le soulagement. En quelques secondes, il atteignit l’orgasme et


fit feu avec sa semence sur les petits carreaux du mur de la douche. Il ne lui restait plus qu’à espérer
que cela lui permettrait de tenir le reste de la journée et de la soirée. Mais il avait des doutes.
Il commençait à comprendre la profondeur de ses sentiments, et son corps désirait ardemment

s’unir à celui de Sabrina. Mais il fallait qu’il se maîtrise. Après ce que Holly lui avait raconté sur elle,
il avait compris qu’il ne fallait pas la brusquer. Lui sauter dessus n’était pas la meilleure manière de
procéder. Pas pour le moment du moins.

Quand il retourna dans la chambre après s’être séché et rhabillé, il chercha Sabrina des yeux et la

trouva sur la terrasse. Elle avait découvert la prochaine surprise qu’il avait lui avait réservée.
Le personnel de l’hôtel s’était procuré une table de massage professionnel et l’avait installée

dehors. Sabrina posa sur Daniel ses yeux verts avec un air interrogateur.

— Qu’est-ce que c’est ?

Il était sûr qu’elle avait déjà vu une table de massage, mais ce n’était pas la question qu’elle lui

posait.

— C’est exactement ce que tu crois. Tu es prête pour ton massage ?


— Quand est-ce que la masseuse arrive ?

Il vit que l’idée lui plaisait et sourit.

— Il est déjà là.

Sabrina le regarda et ne mit qu’un instant à comprendre.


— Toi ?

Daniel hocha la tête.


— J’ai suivi un cours.

C’était plutôt un cours accéléré, la veille au soir. Il lui tendit le peignoir posé sur la table de
massage.

— Déshabille-toi et enfile ça, dit-il en faisant un geste vers la salle de bains.


— Tu n’es pas sérieux, protesta-t-elle sans grande conviction.
— Je t’ai déjà vue nue. Ne fais pas ta timide. Je te promets que tu vas apprécier.


~ ~ ~

Sabrina hésitait à faire ce qu’il lui demandait. L’idée d’un massage relaxant lui plaisait, mais elle

appréhendait sa réaction au contact de ses mains sur sa peau nue. Elle se demanda s’il était prudent de
s’exposer à la tentation ainsi, même si Daniel s’était jusqu’à présent comporté comme un parfait
gentleman depuis leur départ de San Francisco.

Même quand elle s’était réveillée tout contre lui après le déjeuner, il n’avait pas profité de la

situation. C’était elle qui s’était blottie contre lui et pas l’inverse. Juste avant de s’endormir, elle avait
ressenti le besoin irrépressible d’être près de lui. Elle se trouvait déjà dans un demi-sommeil et s’était

instinctivement serrée contre lui, épousant les formes de son corps avec le sien.

À son réveil, il avait déposé un léger baiser sur sa tête avant qu’elle s’écarte mais n’avait pas

essayé de la toucher davantage. Quand il avait négocié avec elle le droit de l’embrasser, elle avait cru

qu’il faisait référence aux baisers torrides et fougueux qu’ils avaient échangés pendant leurs deux

premières soirées de passion, et non aux petits baisers chastes qu’il lui avait donnés aujourd’hui.
— Je reviens, annonça Sabrina en s’emparant du peignoir, avant de disparaître à l’intérieur.

Elle fut de retour moins de deux minutes plus tard, nue sous le peignoir.

Elle se demandait si les baisers de Daniel resteraient aussi innocents une fois qu’il l’aurait massée,

avant de se réprimander intérieurement. Qu’est-ce qui lui prenait ? Elle devrait se réjouir qu’il garde
sa langue pour lui. Sa langue. En imaginant sa langue caressant sa peau…

Non ! Elle s’efforça de chasser ces pensées de son esprit. Il ne fallait pas qu’elle oublie qu’il
l’avait plus ou moins fait chanter pour qu’elle vienne avec lui ce week-end. Elle n’était pas assez folle

pour se laisser séduire de nouveau. Elle devait penser à elle et au fait que dans quelques jours il
partirait, et qu’elle serait triste parce qu’elle était tombée amoureuse d’un homme qui ne la

considérait que comme un jouet.


Sabrina se débarrassa du peignoir et s’allongea sur le ventre. Elle était parfaitement consciente du
regard de Daniel sur elle et de la façon dont il avait dégluti quand elle s’était tenue entièrement nue

devant lui pendant quelques secondes.


Daniel étendit une grande serviette sur son corps.
— J’espère que tu aimes l’odeur de la lavande.

Sa voix était rauque.

— Mmm hmm, répondit-elle en se détendant sur la table de massage confortable.


Elle sentit ses mains effleurer ses épaules lorsqu’il descendit la serviette jusqu’à ses hanches. Il
s’enduisit les mains d’huile et elle se crispa à la pensée qu’il allait bientôt la toucher.

À l’instant même où elle sentit ses mains puissantes commencer à lui masser le dos avec de longs

mouvements des épaules à la taille, elle comprit qu’elle n’avait pas l’ombre d’une chance de lui
résister s’il essayait de la séduire. Mais il était trop tard pour reculer. Elle était entre ses mains, ses

mains très compétentes.

Un gémissement lui échappa alors que Daniel continuait à faire glisser ses mains en rythme le

long de son dos. Elle serra la mâchoire pour éviter d’exprimer son plaisir de façon audible. Elle

voulait à tout prix éviter de lui faire savoir qu’elle était complètement impuissante entre ses mains.

— Détends-toi, bébé, murmura-t-il. Tu es tellement crispée.


Savait-il tout ce qui se passait en elle ?

— Pourquoi fais-tu ça ?

— Tu veux parler du massage ? demanda-t-il doucement.

À lui seul, le son de sa voix lui faisait perdre tous ses moyens. Mêlé aux mouvements de ses mains
à la fois fermes et délicats, c’était un cocktail destructeur pour son cœur déjà torturé.

— De tout. De ce week-end, du massage.


Daniel mit quelques instants avant de répondre.

— Je t’aime bien, Holly.


Elle devait l’empêcher de dire des choses de ce genre. Cela ne mènerait à rien et ne ferait que

rendre les choses plus difficiles quand leurs routes se sépareraient.


— Daniel, je suis une escort. J’ai l’impression que tu n’arrêtes pas de l’oublier, mentit-elle,
espérant ainsi le ramener à la réalité de leur situation.

Même si elle n’était pas une escort, il l’avait engagée en pensant qu’elle en était une. Dans le fond,
c’était comme si elle l’était.
Sabrina l’entendit retenir sa respiration. Il y eut quelques secondes de silence, pendant lesquelles il

continua à passer ses mains le long de sa colonne vertébrale, exerçant juste assez de pression avec ses

pouces pour la faire frissonner de plaisir.


— Ça m’est égal. (Sa voix était inhabituellement tendue, comme s’il était en colère.) Je vois au-
delà de ça, ajouta-t-il un peu plus doucement.

Daniel disait exactement ce qu’il fallait. Si elle l’avait rencontré dans d’autres circonstances, il

serait l’homme parfait. C’était quelqu’un de gentil et attentionné, de passionné et expérimenté, de fort
et impétueux. Mais ils ne s’étaient pas rencontrés au bon moment. Il avait fait appel à une escort parce

qu’il avait rompu avec sa petite amie. Il venait de connaître un échec amoureux, et il était évident qu’il

ne voulait pas se lancer dans une autre relation. Sinon pourquoi aurait-il engagé une escort ? C’était

une manière de garantir du sexe sans attache.

Sabrina ne fit pas de commentaire et se concentra sur ses mains. Chaque fois qu’il arrivait au

niveau de sa taille, il caressait doucement le haut de ses fesses du bout de ses doigts. Et chaque fois,
elle ne pouvait s’empêcher de souhaiter qu’il descende plus bas.

Comme si Daniel pouvait lire dans ses pensées, il finit par laisser son dos et par glisser ses mains

sous la serviette pour masser ses deux dunes de chair. Un gémissement guttural s’échappa

immédiatement des lèvres de Sabrina. Les caresses de Daniel n’avaient plus rien à voir avec ses
mouvements de massage sur son dos et ses épaules.

Elle avait l’impression qu’il allumait avec ses doigts des traînées de feu sur ses fesses et ses
cuisses, dans un sens puis dans l’autre.

Sabrina sentit une vague de chaleur partir de son ventre puis se concentrer entre ses cuisses. Elle
n’en revenait pas de la façon dont Daniel était capable de l’exciter. Elle dut se faire violence pour

empêcher son corps de se cambrer vers ses mains.


Si elle le laissait continuer quelques minutes encore, elle savait qu’elle atteindrait l’orgasme sans
même qu’il la touche de façon plus intime. Elle sentit son corps s’agiter d’un tremblement à cette

pensée et se raidit, essayant de se contrôler pour ne pas lui demander dans un cri de la prendre.
— Je suis désolé, dit soudain Daniel en éloignant ses mains.
Une bouffée de déception envahit Sabrina. Daniel remit la serviette sur son dos et ses épaules puis

découvrit une de ses jambes. La légère brise de fin d’après-midi rafraîchit sa jambe brûlante, mais

pas pour longtemps.


Daniel s’enduisit de nouveau les mains d’huile puis les fit lentement descendre du haut de sa cuisse
jusqu’au bout de ses orteils. Pensait-il vraiment faire diminuer son excitation ainsi ? Il avait sûrement

remarqué l’effet de ses caresses sur ses fesses.

À chaque passage de ses mains sur sa jambe, Sabrina sentait sa peau devenir plus chaude.
Lorsqu’il fit glisser ses mains de l’arrière de son genou jusqu’au haut de sa cuisse, elle retint sa

respiration. Allait-il remarquer à quel point elle était excitée avec sa main située à l’intérieur de sa

cuisse ? Glisserait-il ses doigts assez haut pour sentir sa chair humide, ou même les enfoncer en elle ?

À sa grande contrariété, Daniel s’arrêta bien trop tôt et fit redescendre ses mains. Elles étaient

comme des fers sur sa peau, brûlantes mais pleines de douceur. Son corps était tendu mais elle sentait

la façon dont Daniel essayait de défaire les nœuds de ses muscles.


Sabrina n’avait qu’une seule envie, c’était de se laisser aller et de ne plus penser à rien. Plus elle se

concentrait sur ses mains et oubliait tout le reste, plus elle sentait ses muscles se détendre.

Elle réfléchirait à ses problèmes plus tard. Pour le moment, elle souhaitait juste s’abandonner à la

chaleur des mains de Daniel et à la tendresse de ses caresses, sans s’attarder sur ce que cela voulait
dire.

— Tu as des mains merveilleuses.


— Tu as un corps merveilleux, répondit-il avec un sourire dans la voix.

— Est-ce que tu fais souvent des massages ?


Ses petites amies étaient chanceuses. Sabrina sentit son ventre se nouer en l’imaginant en train de

procurer ce genre d’attentions à d’autres femmes.


— C’est la première fois.
Elle n’en revenait pas.

— La première fois ? Ce n’est pas possible. Tu es incroyable.


Mais elle ne le croyait pas. Personne n’était aussi doué.
— C’est facile avec un corps aussi souple que le tien.

Daniel rabattit la serviette sur ses jambes, les couvrant complètement.

— Comment est-ce que tu te sens ?


Elle était déçue que le massage soit terminé mais se garda bien de le dire.
— Faible.

Il eut un petit rire.

— Je pense que tu es détendue, pas faible.


Sabrina tourna la tête pour le regarder. Il souriait doucement, mais sans pouvoir masquer le désir

dans son regard. Pendant plusieurs secondes, elle le dévisagea silencieusement.

— Merci. C’était très agréable.

— Je t’en prie. (Il affichait une expression presque torturée, et finit par détourner les yeux.) Tu

peux te reposer ici aussi longtemps que tu veux.

Sur ces mots, il rentra à l’intérieur. Une minute plus tard, elle entendit le bruit de la douche. Elle
fronça les sourcils. Il avait déjà pris une douche une heure plus tôt. Même si la journée avait été très

chaude, le soleil de fin d’après-midi était supportable et de plus, la terrasse était à l’ombre.

Sabrina tourna la tête vers la vallée et les vignobles. La vue était magnifique, et elle songeait que si

les circonstances avaient été différentes, la vie aurait été parfaite. Elle lâcha un soupir.
17

Sa deuxième douche froide de la journée ne fut pas plus efficace que la première. C’était un
imbécile. Il n’aurait jamais dû se laisser convaincre par la vraie Holly de poursuivre cette mascarade.

Il aurait mieux fait de suivre son instinct et de dire la vérité à Sabrina tout de suite après avoir quitté

les bureaux de l’agence d’escorts.


Il se retrouvait désormais dans une impasse. D’un côté, il ne désirait rien de plus que de faire

l’amour à Sabrina, mais d’un autre côté, il lui avait promis de lui laisser prendre l’initiative si elle en
avait envie. S’il avait d’autres bonnes idées comme celle-ci, la situation n’allait pas s’améliorer.

Qu’est-ce qui lui avait fait croire que Sabrina viendrait à lui s’il ne lui faisait pas d’avances

pendant une journée ? Le massage l’avait mis dans un état d’excitation extrême, et pourtant c’était lui

qui l’avait prodigué. Elle y avait bien sûr pris plaisir, mais il n’avait décelé aucune réaction de sa part

pouvant lui laisser penser qu’elle souhaitait être touchée d’une façon plus intime.

Quand il avait caressé ses fesses belles à croquer, elle s’était raidie et il avait dû retirer ses mains

pour ne pas gâcher le moment. Elle ne s’était pas complètement laissée aller pendant le massage. En
lui rappelant qu’elle était une escort, elle lui avait fait implicitement comprendre qu’elle ne voulait

pas d’une relation différente avec lui. Elle l’avait remis à sa place.

Ce fut cette pensée qui fit finalement disparaître son érection, et non l’eau froide de la douche. Elle
ne voulait pas de lui. Comme le lui avait dit Holly, Sabrina n’avait pas eu de relations sexuelles ou
amoureuses pendant trois ans. Et si elle n’avait aimé coucher avec lui que parce que cela faisait une

éternité qu’elle ne l’avait pas fait, mais que cela lui suffisait ?
Daniel se sentait déprimé en sortant de la douche. Il se sécha et noua sa serviette sur ses hanches

avant d’entrer dans la chambre. Encore perdu dans ses pensées, il laissa tomber sa serviette, sortit des
vêtements propres et s’habilla lentement.

Quand il se retourna, il vit que Sabrina était debout dans l’encadrement de la porte donnant sur le
salon. Ses joues étaient légèrement rouges. Depuis combien de temps se tenait-elle là ? Cela n’avait
pas d’importance. Il n’était pas pudique, et elle l’avait déjà vu nu. Mais à en croire ses joues colorées,
il l’avait embarrassée.

— Je devrais aussi prendre une douche, dit-elle en se dirigeant vers la salle de bains.
Elle le frôla en passant et évita son regard.
— J’ai fait une réservation pour le dîner à dix-neuf heures. Prends ton temps.

Daniel regarda sa montre. Il aurait bien besoin d’un verre, mais il devait conduire pour aller au

restaurant et avait envie de boire un peu de vin pendant le dîner. Il devrait donc s’en passer pour le
moment.

Il se laissa tomber sur le canapé du salon et alluma la télévision pour se distraire et éviter de

penser à Sabrina nue sous la douche, l’eau perlant sur sa peau parfaite. Le cottage était-il équipé de

l’air conditionné ? Visiblement non, songea-t-il après avoir parcouru la pièce des yeux.

Pourquoi avait-il aussi chaud ? Avait-il trop pris de soleil dans la journée ? Il secoua la tête. Cela

s’expliquait sans doute plutôt par son attirance irrésistible pour Sabrina. Et c’était apparemment une
maladie incurable.

Daniel regarda les nouvelles mais il avait du mal à se concentrer sur ce que disait le présentateur.

Du coin de l’œil, il vit quelque chose bouger et tourna la tête. Sabrina avait déjà terminé sa douche, et

par la porte de la chambre, il constata qu’elle était sortie de la salle de bains en serviette.
Avait-elle remarqué que la porte était ouverte ? Quelques secondes plus tard, la respiration de

Daniel se fit haletante. Sabrina avait retiré sa serviette et cherchait des vêtements dans son sac de
voyage. Elle ne se rendait donc pas compte qu’il pouvait la voir de là où il était assis ? Elle le rendait

fou. Littéralement.
Au lieu d’agir comme un gentleman et de détourner le regard, il laissa ses yeux glisser sur son

corps dévêtu et l’observa pendant qu’elle s’habillait. Elle enfila d’abord un petit slip noir puis mit une
robe d’été légère qui ressemblait à celle qu’elle avait le soir où ils étaient allés au cours de cuisine.
Instinctivement, il porta la main à son entrejambe et sentit la bosse familière qui ne le quittait presque

plus depuis sa rencontre avec Sabrina.


Bon sang, cette femme ne pouvait donc pas mettre un soutien-gorge ? Était-elle vraiment obligée
de ne rien porter sous sa robe, sachant qu’à chacun de ses pas ce soir-là, ses superbes seins se

balanceraient de façon suggestive ?

Lorsqu’elle se baissa pour attacher ses sandales à talon haut, il admira ses jambes magnifiquement
galbées et s’imagina en train de la jeter sur la commode, d’arracher son slip et de s’enfoncer en elle.
Daniel se leva d’un bond du canapé et se dirigea vers la cuisine. Il ouvrit brusquement la porte du

congélateur et y plongea sa tête. L’air froid lui fit mal mais il en avait besoin. Lentement, sa

respiration revint à la normale.


— Qu’est-ce que tu fais ?

Il sursauta au son de la voix de Sabrina et se cogna la tête contre la porte du congélateur en la

sortant.

— Aïe ! (Qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir lui raconter ?) Rien. Je vérifiais juste s’il y avait des

glaçons.

Elle haussa les sourcils mais ne dit rien. Elle était éblouissante. Sa peau était rayonnante après leur
après-midi en plein air, et grâce à l’huile de massage dont il l’avait enduite, elle embaumait encore la

lavande.

Sabrina ne portait pratiquement pas de maquillage. Non qu’elle en avait besoin : son visage était

sans défaut, et ses cils si naturellement épais qu’un mascara n’aurait rien ajouté à ses yeux expressifs.
— Tu as fait vite.

Ses anciennes petites amies ne mettaient jamais moins d’une heure à se préparer, encore moins une
quinzaine de minutes.

Sabrina haussa les épaules.


— Désolée de te décevoir.

— Viens, on n’a qu’à aller en ville maintenant pour faire un tour avant le dîner.
Il était prêt à tout pour sortir de la petite maison et échapper à la tentation de la déshabiller.
La petite ville de Healdsburg était située entre Alexander Valley, Chalk Hill et Dry Creek Valley.

Daniel ne fut pas déçu par le restaurant que Tim lui avait recommandé, et à en juger par l’appétit de
Sabrina, elle non plus. Quand il l’avait massée, il avait remarqué qu’elle avait des courbes plus
pulpeuses que ses ex-petites amies, qui se nourrissaient essentiellement de petites salades et de

sashimi par peur de prendre un kilo.

Il aimait sentir la rondeur de ses hanches et de sa poitrine, et cela lui rappela qu’il n’avait pas
touché ses seins depuis bien trop longtemps. Des symptômes de manque sévères se firent sentir sous
la forme de crampes désagréables dans son bas-ventre.

Pendant le dîner, leur conversation tourna essentiellement autour du wine country. Daniel évita tout

ce qui pouvait être interprété de façon sexuelle, et Sabrina parut en faire de même. Sur le trajet de
retour vers le cottage, ils restèrent tous les deux silencieux. Il savait à quoi elle pensait parce qu’il

pensait à la même chose : ce soir, ils allaient dormir dans le même lit.
18

Sabrina avait senti la tension entre eux pendant toute la soirée. Un silence embarrassant avait régné
dans la voiture au retour. Dès leur arrivée au cottage, Daniel avait allumé la télévision et s’était

installé sur le canapé.

Elle prit son temps dans la salle de bains mais elle ne pouvait pas y rester indéfiniment. Elle finit
par en sortir, vêtue d’une simple chemise de nuit courte en coton. La chambre était toujours vide. Elle

se glissa sous les couvertures en se demandant quand il finirait par se coucher.


Ses caresses et ses baisers lui manquaient plus qu’elle n’aurait souhaité l’admettre. Elle ne pouvait

pas se voiler la face. Elle le voulait, et n’avait plus envie de se priver de lui. Tant pis pour les

conséquences. À l’heure qu’il était, Holly avait sans doute rempli leur congélateur de suffisamment

de pots de glace pour lui permettre de tenir le coup après le départ de Daniel.

Le son de la télévision cessa et quelques secondes plus tard, Daniel entra dans la chambre et

referma la porte derrière lui. Il se dirigea droit vers la salle de bains. Sabrina secoua la tête en

entendant de nouveau la douche couler. Il allait falloir que cela s’arrête. Et elle allait s’en assurer.
Daniel n’aurait pas eu l’air de souffrir davantage si on venait de lui arracher les dents. Et elle

connaissait la raison. Elle n’était pas juste avec lui. Il avait payé pour passer du temps avec elle et

s’amuser, et elle gâchait son plaisir. Et son propre plaisir par la même occasion.
La porte de la salle de bains s’ouvrit et il en sortit, portant uniquement un caleçon. Sabrina sentit le
rythme de son cœur s’accélérer à chaque pas qu’il faisait vers le lit. Elle espérait trouver la force de

faire ce qu’elle devait faire.


Le matelas bougea quand il se mit sous les couvertures. Tendant la main vers la lampe de chevet, il

l’éteignit.
— Bonne nuit, Holly.

Il n’essaya pas de s’approcher d’elle ni même de l’embrasser pour lui souhaiter bonne nuit. Le
cœur de Sabrina battait la chamade, mais elle ne pouvait plus reculer.
— Ces douches froides sont efficaces pour toi ?

Elle le sentit tressaillir, et quelques secondes plus tard, il ralluma la lumière. Il s’assit sur le lit et

se tourna vers elle avec une expression de colère. Elle n’avait visiblement pas choisi la bonne
approche.
— Je crois que je ferais mieux d’aller dormir sur le canapé.

Sans lui laisser le temps de sortir du lit, Sabrina lui prit le bras.

— Non.
Il ne dit rien mais la regarda d’un air surpris.

— Tu as promis qu’on dormirait dans le même lit, et tu as promis que tu m’embrasserais. Est-ce

que tu as l’intention de revenir sur ces promesses ?

Il haussa les sourcils mais resta silencieux.

— Bon sang, Daniel, tu ne m’as pas embrassée de toute la journée, et tu fais la tête comme un

enfant à qui on a volé sa sucette. Mais pourquoi ne prends-tu pas ce que tu veux ? Tu as bien payé le
prix pour cela.

Elle sentait la colère bouillonner en elle. Comment un homme pouvait-il être aussi têtu ?

Il parut enfin retrouver l’usage de la parole.

— Je ne prends pas ce qui n’est pas offert volontairement, souffla-t-il.


— Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Que je porte une pancarte qui dit « Prends-moi »? Je ne

peux pas faire ça.


— Quel que soit le prix que j’ai payé, je ne m’abaisserai pas à imposer à une femme de coucher

avec moi alors qu’elle n’en a visiblement pas envie. Tu me l’as bien fait comprendre aujourd’hui. Je
n’aurais jamais dû te convaincre de venir avec moi ce week-end.

— Quoi ?
Elle pensait pourtant avoir émis suffisamment de signaux. Avait-il complètement oublié le
massage et les frissons qu’elle avait ressentis à son contact ?

— Ne joue pas avec moi. Chaque fois que je te touche, tu te crispes.


Il avait tout mal interprété ! Elle allait devoir lui faire passer le message de façon beaucoup plus
claire. Prenant son courage à deux mains, elle se glissa près de lui.

— Daniel, s’il te plaît. (Sabrina le regarda droit dans les yeux mais il ne parut pas comprendre.

Elle lui prit la main et la déplaça lentement sur son sein.) Fais-moi l’amour.
— Parce que j’ai payé pour ça ?
Elle secoua la tête.

— Parce que j’ai envie de toi. Parce que j’ai besoin de te sentir en moi.

Daniel approcha alors son autre main du visage de Sabrina et la posa sur sa joue. Il la dévisagea
avec intensité, comme s’il voulait s’assurer qu’elle était sincère.

— Tu es sûre ?

Elle sentait son souffle sur son visage.

— Embrasse-moi, et tu le sauras.

Dès l’instant où leurs lèvres se joignirent, le cœur de Sabrina s’emballa et elle eut l’impression

qu’elle allait s’évanouir. Mais la bouche de Daniel la maintenait consciente. L’alchimie entre eux était
indéniable. Son baiser libéra toute la tension qui s’était accumulée en elle pendant la journée. Sans

hésitation, elle l’embrassa en retour, l’invitant à jouer avec sa langue et à envahir sa bouche.

Elle s’agrippa à lui avec un désespoir qu’elle n’avait jamais connu, jusqu’à ce que soudain elle le

sente s’écarter d’elle. Elle le regarda avec étonnement. Lui avait-elle fait peur en se comportant
ainsi ?

— Il faut qu’on parle, dit-il d’une voix sérieuse.


— Non. Ce n’est pas le moment. J’ai envie de te sentir.

Il lui attrapa les poignets avant qu’elle puisse l’attirer de nouveau à elle.
— Bébé, j’ai besoin que tu comprennes quelque chose.

Mais elle ne voulait rien savoir. Elle ne voulait pas affronter la réalité, en tout cas pas celle de leur
situation.
— Regarde-moi, insista-t-il. Si on fait ça ce soir, si on fait l’amour, tu es à moi. Il ne sera pas

possible de revenir en arrière. Je n’accepterai plus de refus de ta part. Tu comprends ?


Sabrina hocha la tête. Tant qu’il était à San Francisco et pendant toute la période pendant laquelle il
l’avait réservée, il voudrait qu’elle couche avec lui et n’accepterait pas qu’elle se défile. Elle

comprenait. Et elle s’exécuterait, parce qu’elle en avait envie.

— Oui.
— Tu m’as tellement manqué ! s’exclama alors Daniel en s’empressant de la reprendre dans ses
bras.

Il eut un petit rire.

— Il faut que je te prévienne, ces douches froides n’ont pas du tout atténué mon désir pour toi.
— Je ne sais pas pourquoi tu t’es donné cette peine, répondit Sabrina en riant. Tu as failli me faire

jouir sur la table de massage. Tu aurais pu m’avoir sur-le-champ.

Daniel la regarda avec surprise.

— Mais tu t’es crispée.

— Parce que je sentais que j’étais sur le point d’avoir un orgasme.

Il l’embrassa avec douceur.


— Je suis vraiment idiot. Comment est-ce que je peux me rattraper ?

— J’ai bien une ou deux idées en tête… ou trois… ou quatre, dit-elle avec un sourire en coin.

~ ~ ~

Daniel éclata de rire et la serra contre lui avec force, son rire se propageant dans son corps.
Soudain, tout lui paraissait de nouveau parfait. Sabrina était venue à lui et avait reconnu qu’elle le

désirait. Il lui avait dit qu’il la voulait pour de bon et elle l’avait accepté. Ils discuteraient des détails
de leurs vies plus tard. Pour le moment, il n’avait qu’une envie : lui faire l’amour. Il avait déjà attendu

bien trop longtemps.


Même s’il pouvait sentir ses seins à travers le fin tissu de sa chemise de nuit, elle était bien trop
habillée à son goût. Il faudrait qu’il impose désormais une règle : au lit, elle devrait être nue.

Entièrement nue.
Il s’empara fiévreusement de sa bouche, avec un désir inégalé. Le fait de savoir qu’il aimait la
femme qu’il tenait dans ses bras donnait à chaque caresse et à chaque baiser une saveur particulière,

bien meilleure. Il ne lui avait pas encore déclaré son amour, elle pouvait certainement le sentir.

Bientôt, il lui dirait.


Mais ce soir, il se contenterait de la première étape pour elle et savourerait le fait qu’elle soit
venue à lui. Il savait qu’elle avait besoin de plus de temps pour accepter tout ce que cela impliquait,

mais elle avait déjà fait un grand pas en avant en reconnaissant qu’elle était sienne.

Le seul petit obstacle qu’il lui faudrait encore franchir était de lui avouer qu’il savait qui elle était
vraiment. Mais il lui dirait plus tard. Après vingt-quatre heures passées à faire l’amour, elle serait

prête à avoir cette conversation parce qu’elle se rendrait compte à quel point il l’aimait. Il s’en

assurerait.

Daniel ôta la chemise de nuit de Sabrina et se débarrassa de son caleçon pour pouvoir enfin la

sentir comme il en avait eu envie pendant toute la journée : peau nue contre peau nue, lèvres soudées

et jambes entrelacées. Il descendit sa main sur les courbes douces de ses fesses et l’attira plus près de
lui. Elle lui appartenait. Avec un soupir, elle se laissa faire.

— Bébé, je n’ai jamais été aussi heureux, lui murmura-t-il à l’oreille avant de faire glisser ses

lèvres jusqu’au creux de son cou.

Elle parcourut avidement son torse avec ses mains puis, sans même lui laisser le temps de
s’abandonner à ses caresses, elle descendit plus bas. Un instant plus tard, elle prit son érection dans sa

main. Un grognement provenant du plus profond de son être s’échappa des lèvres de Daniel
D’un seul geste, cette femme était capable de lui faire perdre tous ses moyens. Et elle était à lui. Le

pouvoir qu’elle exerçait sur lui était à la fois effrayant et excitant.


— Arrête, bébé, je t’en supplie. Tu vas me faire jouir trop vite.

Il vit un sourire coquin apparaître sur ses lèvres.


— Alors, on est un peu à fleur de peau ?
— Dit la femme qui a failli avoir un orgasme sur la table de massage, plaisanta-t-il. À propos,

qu’est-ce qui t’a fait cet effet exactement ?


Sans lui laisser le temps de protester, il la retourna sur le ventre.
— Je pense que c’est important que je le sache pour l’avenir.

— Je ne devrais sans doute pas dévoiler ce genre de secrets, le taquina Sabrina.

Il s’agenouilla près d’elle et plaça ses mains sur son dos.


— Alors il va falloir que je le découvre par moi-même.
Il se mit au travail, passant lentement ses mains le long de son cou et de ses épaules avant de

caresser sa colonne vertébrale, jusqu’à atteindre la courbe dans le bas de son dos.

Daniel remarqua un changement dans la respiration de Sabrina et sut exactement comment


poursuivre. Se déplaçant sur le lit, il poussa son genou entre ses cuisses pour qu’elle les écarte

davantage et lui fasse de la place, et il mit ses mains sur ses hanches. Elle s’exécuta avec un

gémissement de plaisir.

Daniel sentit son excitation monter et son sexe se gonfler et durcir encore. C’était exactement le

genre de position dans laquelle il avait envie de la pénétrer.

Doucement, il massa ses deux dunes de chair avec des mouvements circulaires, passant de ses
hanches à l’intérieur et au haut de ses cuisses. Sabrina souleva ses fesses vers les mains de Daniel

comme pour en demander davantage, et il vit l’entrée de son intimité rose, charnue et luisante.

Glissant sa main entre ses cuisses, il toucha ses lèvres humides et chaudes et fut immédiatement

récompensé par un gémissement.


— Je sais ce que tu veux.

Caressant l’extérieur de ses lèvres avec ses doigts, il baissa la tête pour couvrir ses fesses de
baisers et en lécher chaque centimètre. À en juger par la respiration saccadée de Sabrina, elle était

bien partie pour atteindre l’extase. Il se mit alors à la mordiller et à la suçoter délicatement.
Lorsqu’il la sentit plaquer ses fesses contre sa main, il capitula et glissa son doigt dans sa fente

étroite.
— Oh, Daniel ! lâcha-t-elle d’une voix rauque et tremblante.
Continuant à la torturer doucement, il enfouit un autre doigt en elle et fit des va-et-vient dans son

sexe humide. Sabrina se cambra sous ses caresses, comme pour lui demander de bouger plus vite et
plus fort.
— S’il te plaît, le supplia-t-elle. Prends-moi, maintenant.

Il était plus que prêt à entrer en elle. Mais où étaient ces fichus préservatifs ?

— Attends, le préservatif.
— Table de nuit, tiroir, mon côté, parvint à articuler Sabrina d’une voix entrecoupée.
Sans retirer ses doigts, Daniel se redressa et tendit la main vers la table de chevet, s’efforçant avec

difficulté d’ouvrir le tiroir pour en sortir ce dont il avait besoin. Il ouvrit ensuite l’emballage avec ses

dents.
— Désolé, bébé.

Il avait besoin de ses deux mains pour mettre le préservatif. Cela ne lui prit que quelques secondes,

et il souleva alors les hanches de Sabrina.

— Maintenant, Daniel, s’il te plaît.

Il s’enfouit en elle dans un lent mouvement continu et fluide, en savourant chaque instant. Il se

retira et s’enfonça de nouveau, mais c’en était déjà trop pour elle. Les muscles de Sabrina se
contractèrent autour de sa virilité tandis que son orgasme se propageait en elle. Incapable de se

contrôler, Daniel se joignit à sa jouissance, allant et venant frénétiquement en elle.

Daniel ressentit une extase qu’il n’avait encore jamais connue, comme s’il planait après s’être

drogué. Ce n’était pas une simple satisfaction sexuelle. Il était en communion physique avec la femme
qu’il aimait. Conscient des sommets qu’ils pouvaient atteindre ensemble, il comprit qu’il avait trouvé

ce qu’il avait cherché pendant toute sa vie sans le savoir. Sa moitié, son âme sœur.
Ils se laissèrent tomber sur le lit et il se retourna pour se blottir contre Sabrina. Incapable d’arrêter

de lui témoigner son affection, il inonda sa nuque de baisers. Avec sa main, il dégagea doucement les
cheveux qui couvraient son visage afin de pouvoir l’admirer. Elle se tourna pour lui faire face.

Ses yeux verts semblaient plus sombres qu’avant, et elle avait l’expression d’une femme
pleinement satisfaite. Cela n’empêcherait cependant pas Daniel de lui refaire l’amour très rapidement.
Si cela ne tenait qu’à lui, ils ne fermeraient pas l’œil de la nuit.

— C’est mieux que les douches froides, non ? demanda-t-elle.


Daniel rit doucement.
— C’est mieux que tout ce que j’ai connu.

Sans laisser le temps à Sabrina de réagir à sa réponse, il l’embrassa avec passion.


~ ~ ~

Jamais un homme n’avait réussi à la satisfaire de cette façon. Il ne servait à rien de se mentir,

Sabrina était consciente qu’elle ne pourrait pas reprendre le cours normal de sa vie une fois que la
semaine avec Daniel se serait écoulée.

Lorsqu’il s’écarta de ses lèvres, Sabrina plongea son regard dans ses yeux bruns et y vit un océan

de tendresse. Elle savait que Daniel était un homme passionné, et peut-être qu’il était ainsi dans tout ce

qu’il entreprenait, se donnant à cent pour cent. Mais cela ne voulait pas dire qu’il en resterait quelque

chose après sa semaine avec lui.

Elle se rappelait la froideur avec laquelle il avait regardé son ex-petite amie, et ne voulait à aucun
prix se retrouver à sa place. Une fois qu’il en avait fini avec quelqu’un, sa passion se transformait en

glace, et Sabrina ne détestait rien de plus que le froid. Il lui faudrait mettre fin à cette histoire avant

que cela se produise.

Mais pour le moment, rien ne laissait présager cette tempête glaciale. Bien au contraire, Daniel
était plus brûlant que jamais. Déjà, il parcourait de nouveau fiévreusement son corps avec ses mains,

bientôt rejointes par ses lèvres et sa langue qui laissèrent une trace incandescente sur sa peau.
Il fallait qu’elle s’imprègne de lui au maximum, qu’elle prenne tout ce qu’il était prêt à lui donner.

Elle sentait son désir plus fort que jamais. Il était capable d’éveiller des émotions tellement brutes en
elle qu’elle en était effrayée. Cependant elle n’avait plus peur de lui demander ce qu’elle voulait. Dans

une semaine tout serait terminé, mais en attendant elle lui dirait de lui faire l’amour encore et encore.
— J’ai envie de te sentir à l’intérieur de moi.
Était-ce une lueur de fierté qui était apparue dans le regard de Daniel ? Mais cela n’avait pas

d’importance, la seule chose qui comptait était que Daniel réagissait comme elle le voulait.
— Il n’y a nulle part où j’ai plus envie d’être.
Cette fois, ils firent l’amour doucement, en prenant leur temps. Il était aussi dur et large qu’avant,

mais elle le sentait davantage alors qu’il s’enfonçait profondément en elle puis se retirait lentement,

avant de recommencer. Il ne la quittait pas des yeux, comme s’il avait besoin de lire dans son regard
ce qu’elle ressentait quand il s’enfouissait en elle.
À chacun de ses va-et-vient, elle laissait échapper de légers soupirs. Elle avait l’impression que

son corps était en feu, un feu qui se propageait de son bas-ventre vers toutes les cellules de son corps.

Daniel lui murmura des mots en italien, et même si elle ne le parlait pas elle comprit à son ton
qu’il s’agissait de paroles d’affection, ce qui la réchauffa d’autant plus. Elle se sentit encore plus

proche de lui à l’idée qu’il utilisait avec elle la langue que sa mère lui avait apprise et qu’il associait à

sa famille et à l’amour.

Il n’y avait rien d’autre à faire que de s’abandonner à ses caresses, de se laisser transporter dans

des hauteurs qu’elle n’avait encore jamais approchées avant ce jour, et de sentir son corps flotter,

aussi léger qu’un nuage. Comme si elle était en plein cœur d’une tempête, elle sentait les vagues
s’écraser en elle puis monter avec la violence d’un ouragan, et pourtant elle n’éprouvait aucune

crainte, seulement de l’impatience lorsqu’elles atteignirent leur paroxysme et balayèrent son corps

avec plus de force qu’une bombe atomique.

Sabrina le sentit exploser avec elle et vit dans son regard l’instant où il atteignit son orgasme, qui
semblait aussi puissant que le sien. C’était plus qu’elle n’en pouvait supporter. Ses yeux se remplirent

de larmes, sans qu’elle comprenne ce qui lui arrivait.


Ce ne fut qu’en sentant les lèvres de Daniel sur ses joues qu’elle comprit qu’il séchait ses larmes

par des baisers. Jamais elle n’avait connu un sentiment de vulnérabilité, mais aussi de sécurité, si fort.
Si elle pouvait conserver ce moment et le prendre avec elle quand il partirait, elle savait qu’elle

pourrait tout supporter.


Un peu plus tard, elle s’allongea contre lui et sentit aussitôt ses bras puissants l’entourer, comme
s’il ne voulait jamais la laisser partir.

— C’est dommage qu’on soit obligés de rentrer à San Francisco demain, regretta-t-elle.
Daniel lui prit le menton et leva son visage vers elle.
— Tu voudrais qu’on reste plus longtemps ?

— J’aimerais tellement, mais je sais que tu dois rentrer en ville pour tes affaires.

— Je peux tout faire d’ici. Je dirai au gérant de l’hôtel demain matin qu’on prolonge notre séjour.
Sabrina l’embrassa avec force. Elle allait devoir appeler le cabinet pour dire qu’elle était malade,
mais elle s’en moquait bien. Tout le monde était occupé avec le nouveau client et personne ne lui

prêtait attention, à l’exception de la personne de laquelle elle ne voulait pas être remarquée :

Hannigan. Quelques jours loin du travail lui feraient le plus grand bien, et elle avait envie de passer
autant de temps que possible avec Daniel.

— Merci. J’adore cet endroit.

Il lui fit un grand sourire.

— J’adore cet endroit aussi, dit-il en laissant glisser son doigt sur son triangle bouclé avec un air

suggestif, avant de l’enfoncer dans son intimité humide.

— Est-ce que ça t’arrive de penser à autre chose ? le taquina-t-elle.


— Bien sûr. Je pense aussi à ça. (Daniel caressa son sein.) Ou à ça.

Penchant la tête en avant, il prit son téton dans sa bouche et le suça doucement.

Elle ne put s’empêcher de rire, et il se joignit à elle. Il pouvait être aussi joueur que sensuel, aussi

passionné que tendre.


Quand leurs rires s’apaisèrent, Daniel la regarda comme s’il avait envie de lui dire quelque chose,

mais il se contenta de l’embrasser. Il n’y avait pas besoin de mots.


19

Daniel se réveilla avec Sabrina blottie dans ses bras. Après de longues heures passées à faire
l’amour, ils avaient fini par s’endormir vers quatre heures du matin. Il n’était pas du genre à paresser

au lit et encore moins à passer la matinée avec une femme le lendemain. Mais avec elle, c’était

différent.
Il avait mieux dormi que jamais dans ses bras, et bien qu’il ait complètement assouvi son désir

après leurs ébats passionnés, il avait de nouveau la même envie d’elle que la veille. Il était tenté de la
réveiller mais se retint, et se contenta de contempler son visage paisible et sa poitrine qui se soulevait

à chaque respiration. Sa seule vue le fascinait.

Se souvenant alors de tout ce qu’ils avaient fait pendant la nuit, il songea qu’elle avait non

seulement besoin de repos, mais aussi de reprendre des forces. Il jeta un coup d’œil à l’horloge. Il

était dix heures passées et elle ne tarderait pas à se réveiller avec le ventre qui gargouillait. Le moins

qu’on puisse dire était qu’ils avaient dépensé beaucoup d’énergie la veille. Et s’il voulait qu’elle

conserve ses courbes arrondies, il allait devoir la nourrir et lui faire refaire le plein de calories. Il
aimait tant ses formes pulpeuses qu’il ne pouvait rien imaginer de mieux dans ses mains.

Il avait failli lui dire qu’il l’aimait la nuit dernière mais s’était ravisé. Pas parce qu’il doutait de ses

sentiments – ce n’était pas le cas –, mais parce qu’il voulait d’abord qu’il n’y ait pas de mensonges
entre eux. En repensant à ce que Holly lui avait dit, il se demandait encore comment aborder le sujet.
Il ne voulait pas faire d’erreur.

Quoi qu’il en soit, il ne pouvait pas réfléchir avec un estomac vide. Aussi délicatement qu’il le put,
Daniel s’extirpa des bras de Sabrina et se leva. Après avoir pris une douche rapide, il sauta dans sa

voiture pour aller acheter des viennoiseries et un café correct dans le magasin le plus proche.
Sur le chemin du retour, il passa par la maison principale pour informer le gérant qu’ils

prolongeaient leur séjour indéfiniment. En rentrant dans leur petite maison, il trouva la chambre vide.
Il avait voulu surprendre Sabrina en lui apportant le petit déjeuner au lit, mais elle s’était déjà levée. Il
entendit le bruit de la douche et se réjouit de constater que la porte de la salle de bains n’était pas
fermée à clé.

C’était une opportunité qu’il ne pouvait pas laisser passer. Il se déshabilla rapidement et se faufila
dans la salle de bains. Sabrina se tenait dos à lui sous la douche, dans une nudité glorieuse. Elle ne
l’avait pas vu ni entendu entrer. Caressant du regard son corps voluptueux, il prit une profonde

inspiration. Jamais il ne se lasserait d’elle.

Silencieusement, il s’approcha de Sabrina par-derrière. Elle laissa échapper un petit cri


d’étonnement quand il la prit dans ses bras.

— Bonjour, lui murmura-t-il à l’oreille tout en lui mordillant le lobe.

— Tu es rentré, dit-elle en se retournant dans ses bras et en levant les yeux vers lui.

— Je ne peux pas rester longtemps loin de toi. Mais il fallait que j’aille chercher le petit déjeuner.

Tu as faim ?

Elle hocha la tête, et il vit un éclat de désir dans son regard.


— Mmm hmm.

Il n’avait pas besoin d’une invitation plus claire.

— Très faim ?

— Aussi faim que toi.


Elle baissa les yeux vers son érection grandissante, qui appuyait déjà sur son ventre. Sabrina était

capable d’enflammer son désir par un seul regard. Il oublia immédiatement son ventre vide.
Elle passa ses bras autour de son cou et il l’embrassa aussitôt. Cela faisait trop longtemps qu’il

n’avait pas senti ses lèvres sur les siennes et qu’il n’avait pas joué avec sa langue. En quelques
secondes, son excitation fut à son comble et il réalisa avec contrariété qu’il avait laissé les

préservatifs dans la chambre.


Il n’avait jamais eu de relations sexuelles sans protection avec une femme, pas par peur des
maladies mais principalement parce qu’il n’avait jamais fait suffisamment confiance à ses ex pour ne

pas craindre qu’elles le piègent avec une grossesse.


Mais avec Sabrina, il avait envie de planter sa semence en elle et de la regarder grandir. Il fut
soudain bouleversé à l’idée de penser qu’elle pouvait avoir un bambino avec lui. C’était une

perspective incroyable et excitante. Il se dit alors qu’il passerait aux aveux dans la journée. Il ne

pouvait pas attendre plus longtemps.


Daniel attira Sabrina contre lui et la fit reculer contre le mur de la douche. Quand leurs yeux se
rencontrèrent, il vit qu’elle savait ce qu’il était sur le point de faire. Et qu’elle était impatiente.

— Passe tes jambes autour de moi, s’entendit-il dire comme dans une sorte de transe.

Il la souleva avec ses bras pour que son intimité se retrouve devant son érection palpitante. Le
serrant fiévreusement avec ses jambes, elle l’attira en elle.

— Ti amo, lui murmura-t-il tendrement avant de s’emparer de ses lèvres et de s’enfoncer en elle

centimètre par centimètre avec son membre aussi dur que de la pierre.

~ ~ ~


Les mots de Daniel la touchèrent au plus profond d’elle même. Sabrina ne parlait pas l’italien mais

elle avait vu assez de films pour comprendre leur signification. Et même si elle ne pouvait pas croire

que Daniel l’aimait, elle se laissa transporter par ses paroles. Elle ne comprenait pas la raison pour

laquelle il n’utilisait pas de protection alors qu’il la prenait pour une escort professionnelle. Et elle se
demandait aussi pourquoi elle ne l’en avait pas empêché.

Elle ne prenait pas la pilule et pouvait très bien tomber enceinte, mais cette pensée ne l’arrêta
même pas. Soudain, elle ne désira rien plus ardemment que de le sentir en elle et d’avoir quelque

chose venant de lui, qu’elle pourrait garder après son départ.


Sabrina cambra son bassin vers lui et serra ses jambes autour de ses hanches pour le faire entrer

plus profondément en elle. Comme s’il comprenait ce qu’elle voulait, il s’enfonça davantage. Les
gémissements de Daniel devinrent incontrôlables tandis qu’il se mouvait en elle. Il avait les yeux
fermés et la tête rejetée en arrière, comme s’il hurlait au loup, agrippant ses hanches avec ses mains,

son sexe entrant en elle avec une force prodigieuse.


Plaquée contre le mur de la douche, elle pouvait à peine bouger. Elle ne pouvait pas s’écarter de
lui, mais elle ne le voulait pas non plus. Daniel la comblait si pleinement qu’elle avait l’impression

qu’il était la partie qui manquait dans sa vie. Les émotions brutes qui l’agitaient avec violence étaient

nouvelles pour elle.


Dans sa tête tournoyaient des images d’étoiles dans un ciel nocturne et de vagues dans un océan
déchaîné, et elle s’abandonna à la beauté simple d’être touchée par lui. Elle tira doucement sur ses

cheveux mouillés pour lui faire baisser le visage et le regarder.

Il ouvrit alors des yeux remplis de désir, de plaisir et… de tendresse.


— Per sempre, souffla-t-il en pressant ses lèvres sur les siennes puis en explorant sa bouche avec

sa langue comme si elle était la caverne aux trésors d’Ali Baba.

Jamais elle n’avait reçu un baiser aussi possessif. Un fer rouge n’aurait pas permis à Daniel de lui

signifier plus clairement qu’elle lui appartenait et qu’il s’assurait qu’elle ne veuille jamais être

embrassée ou touchée par un autre homme.

Chaque fibre du corps de Sabrina était remplie de l’essence de Daniel, de son odeur, de son
énergie, qui transformaient en permanence son être même, éveillant tout ce qu’il y avait de féminin en

elle et l’empêchant de penser à autre chose. Entre ses mains, elle était entièrement femme. Elle n’était

pas avocate, ou fille, ou amie. Elle n’était qu’une femme, et elle lui appartenait. Aujourd’hui. Et toute

la semaine.
Il lui fit rapidement atteindre l’extase, et continua à s’enfoncer en elle pendant qu’elle jouissait. Les

tremblements qui agitèrent son corps furent amplifiés par l’orgasme de Daniel, qui suivit le sien de
quelques secondes. Elle sentit le jet chaud de sa semence l’emplir, et elle se contracta avec force

autour de son membre pour prendre tout ce qu’il avait à donner. Tout en en voulant davantage.
Elle sursauta soudain lorsque la sonnette retentit à la porte, lui rappelant qu’ils n’étaient pas seuls

au monde. Ils se regardèrent.


— Ça doit être la femme de chambre, dit Daniel après avoir réfléchi un instant. Je lui ai demandé
de nous apporter d’autres serviettes pour la piscine. (Il l’embrassa tendrement.) Je reviens.

— Promis ?
Il sourit.
— Crois-tu vraiment que je peux rester plus de trente secondes loin de toi ?

On sonna de nouveau à la porte. Sabrina déposa un baiser sur ses lèvres et il se retira d’elle avec

réticence pour la reposer doucement sur le sol.


— Trente secondes, maximum, lui assura-t-il. Tu es tellement belle !
Il l’embrassa encore.

— J’arrive, lança-t-il en direction de la porte.

Il sortit de la douche et passa rapidement une grande serviette autour de sa taille.


~ ~ ~

Quel mauvais moment pour se faire interrompre ! Dès que la femme de chambre serait repartie, il

retournerait voir Sabrina et lui confesserait tout. Il était grand temps. Sabrina était prête et elle lui

faisait confiance. Il l’avait vu dans ses yeux.


— Mme Meyer, merci…

Les mots moururent sur les lèvres de Daniel quand il ouvrit la porte d’entrée et découvrit l’identité

de la personne qui venait le déranger.

Il jura intérieurement.
S’il avait eu une mauvaise surprise en voyant Audrey faire irruption dans sa chambre d’hôtel, que

dire de celle-ci ?
L’homme en costume qui se tenait sur le seuil avec un gros dossier sous le bras s’apprêtait à

sonner une troisième fois.


— M. Sinclair, je suis vraiment désolé de vous déranger un dimanche matin. Jon Hannigan, de

Brand, Freeman & Merriweather.


Les présentations étaient inutiles. Comment Daniel aurait-il pu oublier le visage du salaud qui
harcelait Sabrina ? Il le reconnaîtrait entre mille.

— Oui ?
Il ne fit aucun geste pour inviter Hannigan à entrer et resta devant la porte.
— Nous n’avons pas réussi à vous joindre. Il y a visiblement des problèmes de réseau dans

Sonoma, fit remarquer Hannigan sur un ton léger.

Daniel ne réagit pas. Devait-il lui casser la figure tout de suite ou plus tard ? Le visiteur parut
remarquer le silence gênant.
— M. Merriweather m’a envoyé ici car il a besoin d’une signature urgente de votre part.

Concernant l’obligation. Il m’a dit qu’il vous en avait parlé.

— Oui, répondit sèchement Daniel. Où faut-il que je signe ?


— Il vaut mieux que je parcoure le document avec vous. C’est pour cela que M. Merriweather ne

l’a pas envoyé par courrier.

Il voulut avancer d’un pas, mais Daniel ne bougea pas d’un centimètre pour le laisser passer.

— Cela ne sera pas nécessaire. Vous avez un stylo ?

L’avocat fouilla nerveusement dans son costume et tapota sur ses deux poches intérieures, sans y

trouver ce qu’il cherchait.


— Je suis désolé. Je ne sais pas ce que j’en ai fait. Vous n’en avez pas un par hasard ?

Daniel sentit sa colère monter d’un cran.

— Attendez ici.

Il alla dans la cuisine et ouvrit quelques tiroirs avant de mettre la main sur un stylo.
— Daniel, tu crois que la femme de chambre pourrait…

La voix de Sabrina s’éleva derrière lui mais s’interrompit brusquement.


Il se retourna vivement.

— Sabrina ? dit Hannigan.


Il était entré dans le cottage et regardait fixement Sabrina qui se tenait debout dans la pièce,

enveloppée dans une serviette.


— Oh non ! s’écria Sabrina.
— Est-ce que je rêve ? (Hannigan regarda tour à tour Daniel et Sabrina.) Petite salope. Tu n’as pas

pu t’empêcher de te faire notre client le plus riche, hein ?


Daniel s’avança immédiatement vers Hannigan pour l’empêcher de s’approcher d’elle.
— Sabrina, retourne dans la chambre. Je m’occupe de lui.

Mais Hannigan n’avait pas compris qu’il valait mieux qu’il se taise.

— Alors comme ça, il lui arrive d’écarter les cuisses. Mais pour un certain prix !
Soudain, Daniel vit rouge. Personne n’avait le droit d’insulter Sabrina de cette façon.
— Foutez-moi le camp immédiatement ! hurla-t-il. Partez tant que vous êtes encore capable de

marcher !

Un avion supersonique n’aurait pas pu faire plus de bruit.


Il se précipita sur Hannigan, qui s’empressa de reculer en comprenant la brutalité pure qui se

cachait derrière les paroles de Daniel. Ses narines palpitaient dangereusement et il n’hésiterait pas à

lui faire mal. Sans attendre de découvrir de quoi Daniel était capable, Hannigan fila sans demander

son reste.

Daniel claqua la porte avec force et se retourna. Sabrina n’était plus dans la cuisine.


~ ~ ~

Les mains agitées de violents tremblements, Sabrina enfila un short et un tee-shirt avec difficulté.

Ses cheveux étaient encore mouillés mais cela n’avait pas d’importance. Il fallait qu’elle parte d’ici.
Daniel l’avait appelée Sabrina. Il connaissait son nom, il savait qui elle était ! Il n’avait pas été

surpris quand Hannigan avait prononcé son prénom.


— Sabrina, lança Daniel en entrant à grands pas dans la chambre.

Elle s’empressa de rajuster son tee-shirt.


— Il faut qu’on parle.

Maintenant il voulait parler ? Il savait choisir son moment ! Elle chercha son sac à main.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Il paraissait dans tous ses états.

— Je m’en vais.
— Non, Sabrina. Tu ne peux pas partir.
Il n’avait aucun droit de lui dire ce qu’elle devait ou ne devait pas faire.

— Tu t’es moqué de moi. Tu savais depuis le début. Est-ce que tu t’es bien amusé derrière mon

dos ? Hein ?
Sa voix était aiguë.
— Je ne me suis jamais moqué de toi. S’il te plaît. Je voulais te parler aujourd’hui.

Elle lui lança un regard sarcastique.

— Mais bien entendu. (Pour lui dire quoi ? Qu’il l’avait démasquée ? Qu’il avait décidé de jouer
avec elle pour voir jusqu’où elle irait ?) Comment l’as-tu appris ? Dis-moi !

Elle comprenait à présent que c’était lui, le riche client de la côte est dont tout le cabinet parlait. Si

Hannigan était venu jusque-là, ce n’était pas parce qu’il la suivait mais parce qu’il cherchait Daniel.

Était-ce ainsi qu’il avait découvert la vérité ? Est-ce qu’il l’avait vue au cabinet ?

— C’est ton amie, Holly.

— Holly ?
— Elle a avoué quand j’ai fait la réservation pour ce week-end.

Sabrina eut l’impression de recevoir un coup de poignard en plein cœur. Sa meilleure amie l’avait

trahie. Comment avait-elle pu ? Elles avaient grandi ensemble, elles prenaient soin l’une de l’autre.

— Je n’ai plus d’amie.


— Sabrina, écoute-moi. Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu te faisais passer pour une escort

et j’ai joué le jeu. Je n’ai jamais voulu te blesser. Je veux être avec toi. Il y a un lien spécial entre nous.
Je t’aime.

Elle s’efforça d’ignorer ces trois mots qu’elle aurait pourtant tellement voulu croire. Comment
pouvait-il l’aimer ?

— J’étais ta pute ! Tu as payé pour mes services, et je t’ai donné ce pour quoi tu avais payé.
— Je ne t’ai jamais traitée de cette façon. Tu le sais aussi bien que moi.
— Vas-y, dis-le. J’étais ta pute. C’est tout ce que j’étais. C’est tout ce que je peux t’offrir.

Parce que si elle lui donnait davantage, il la ferait souffrir encore plus. Elle lui avait déjà donné
plus qu’elle n’avait jamais donné à un homme. Et elle savait qu’il finirait par écraser les sentiments
qu’il avait fait naître en elle. Les mots doux qu’il lui avait susurrés en italien quand ils étaient au lit

faisaient aussi partie de la mascarade. Elle avait été si stupide d’y croire alors que pendant tout ce

temps il lui mentait.


— Ce n’est pas vrai. Regarde-moi ! Ce n’est pas vrai. Tu m’as donné tellement plus. On s’est
tellement donné mutuellement. Tu ne peux pas nier ce qui s’est passé entre nous. S’il te plaît, dis-moi

que tu le ressens aussi. Je sais que c’est le cas, Sabrina.

Daniel s’avança vers elle pour la prendre dans ses bras mais elle recula.
— Ne me touche pas !

Sabrina savait que s’il posait ses mains sur elle et la serrait contre son corps à moitié nu, elle ne

répondrait plus de rien et lui céderait.

Elle devait mettre un terme maintenant et pour de bon à cette histoire qui ne mènerait à rien.

Comment pourrait-il la respecter en sachant ce qu’elle avait fait, en sachant qu’elle avait couché avec

lui pour de l’argent ? Comme une vulgaire prostituée. Il reprendrait ses esprits le lendemain matin à
son réveil, lorsque son désir pour elle serait retombé. Mais elle ne resterait pas là pour voir le dédain

dans ses yeux.

— Tu t’es bien amusé. Alors pars avant que les choses ne tournent mal. Ça fera une très bonne

histoire à raconter à tes amis à ton retour. Si tu n’en as pas eu pour ton argent, je te rembourserai.
— Pourquoi transformes-tu notre relation en une histoire sordide ? De quoi as-tu peur ?

Sabrina lui lança un regard hagard. Elle avait peur d’avoir le cœur brisé.
— Considère que la réservation est annulée.

— Non, je refuse ! Sabrina, tu m’appartiens.


Elle le regarda fixement.

— Non. Je ne t’appartiens pas, et je ne t’appartiendrai jamais. Hannigan avait raison. J’écarte mes
cuisses pour un prix. Et tu ne peux pas payer mon prix, tu ne le peux plus.
Son prix était l’amour et le respect de Daniel, et c’était quelque chose qu’il ne pourrait jamais lui

donner. Quel homme pouvait encore avoir de l’estime pour une femme qui s’était comportée comme
elle l’avait fait ? Mieux valait limiter les dégâts en partant maintenant.
Sabrina attrapa son sac à main et courut vers la porte.

— Sabrina, lui cria Daniel. Ce n’est pas fini. Tu m’entends ?

C’était fini. Elle ne faisait que blesser la fierté de Daniel, tandis que lui la plongeait dans un
désespoir profond. Elle était tombée amoureuse d’un homme qui avait couché avec elle en la prenant
pour une prostituée. Il ne pouvait pas avoir de véritables sentiments pour elle. Elle n’avait été pour lui

qu’un nouveau jouet avec lequel il avait pu s’amuser un peu. Il en prendrait conscience le lendemain,

et il lui serait reconnaissant de lui avoir laissé une porte de sortie.


20

La fille du vigneron avait pris pitié de Sabrina et lui avait proposé de la ramener en voiture à San
Francisco. Sabrina était trop désespérée pour refuser sa gentille proposition.

En rentrant chez elle, elle claqua la porte de l’appartement. Le bruit alerta Holly du retour

prématuré de sa colocataire. Quelques secondes plus tard, elle sortit de la cuisine.


— Qu’est-ce que tu fais ici si tôt ? demanda Holly avec un air sincèrement surpris.

— Je n’ai pas envie de te parler ! répondit sèchement Sabrina en se dirigeant vers sa chambre.
Une expression de stupéfaction se peignit sur le visage de Holly.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

Sabrina se retourna sur le seuil de sa chambre.

— Pourquoi est-ce que tu ne me le dis pas, puisque tu sais tout le reste.

— Sabrina, s’il te plaît…

Elle l’interrompit.

— Tais-toi ! J’ai déjà entendu assez de mensonges pour aujourd’hui. Je ne m’attendais vraiment
pas à ça de ta part. Tu m’as trahie. Comment as-tu pu lui dire ? Je te déteste !

Elle rentra dans sa chambre et referma la porte derrière elle. À présent, elle n’avait plus personne

pour la consoler. La trahison de sa meilleure amie lui était insupportable.


Sur le trajet du retour à San Francisco, elle avait déjà sangloté à chaudes larmes. Elle ne pleurerait
plus, ni pour lui, ni pour sa meilleure amie.

Elle sortit brusquement de sa chambre et se dirigea à grands pas dans la cuisine. Ouvrant
brusquement le congélateur, elle constata qu’il était vide à l’exception d’un sachet entamé de gaufres.

— Bon sang, où sont mes glaces ? cria-t-elle avec fureur.


Holly eut l’intelligence de ne pas répondre.

Sabrina avait besoin de quelque chose pour se réconforter, et rapidement, car elle se sentait près
de craquer et ne se maîtrisait qu’à grande difficulté. Elle décida d’aller faire un tour rapide au
supermarché et tira un billet de vingt dollars de son sac à main.
Elle sortit de chez elle et dévala les escaliers, puis ouvrit vivement la porte de l’immeuble. Elle se

figea soudain. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il la poursuive, pas aussi vite en tous les cas.
— Sabrina.
La voix de Daniel était douce et implorante. Il avait les cheveux ébouriffés par le vent, n’ayant

visiblement pas pris la peine de les sécher avant de bondir dans sa voiture pour la retrouver.

— Laisse-moi tranquille.
Elle savait que son visage était baigné de larmes et voulut se détourner de lui. Mais il fut plus

rapide qu’elle et la prit par les épaules avant qu’elle puisse s’échapper.

— Je suis désolé, bébé. Je n’avais pas l’intention de te blesser. Reviens. J’ai besoin de toi.

Sabrina s’efforça de se libérer de son étreinte mais il ne la lâcha pas.

— Laisse-moi partir.

— Je suis désolé, j’aurais dû de te le dire plus tôt mais j’avais tellement peur que tu me quittes sans
me laisser une chance. Sabrina, je suis amoureux de toi et je sais que tu as aussi des sentiments pour

moi.

Elle le regarda droit dans les yeux et tout à coup, elle comprit comment elle pouvait se débarrasser

de lui. Elle allait devoir mentir, mais qu’était-ce qu’un mensonge de plus après tout ?
— Je ne ressens rien pour toi. C’était uniquement sexuel pour moi. (Elle vit son expression se

durcir.) J’avais juste envie d’une aventure, et c’est ce que j’ai eu avec toi. Je ne me suis pas impliquée
émotionnellement.

En sentant son étreinte se détendre et ses mains lâcher ses épaules, elle sut qu’il avait compris le
message. Elle était libre. Il ne la poursuivrait plus.

— Si c’était vraiment ça…


Il semblait si froid à présent, inaccessible.
— Oui, c’était vraiment ça, confirma-t-elle.

Un instant plus tard, elle rentra dans l’immeuble et referma la lourde porte derrière elle. Mais
avant même d’atteindre le premier étage, elle s’écroula par terre en sanglotant de façon incontrôlée.
Dans quelques mois, il ne serait plus qu’un souvenir lointain. Il fallait qu’elle mette toute cette

histoire derrière elle. Même s’il avait affirmé qu’il l’aimait, elle savait que ce n’était pas vrai.


~ ~ ~

Le lendemain, Sabrina appela le cabinet pour prévenir qu’elle était malade. Le jour d’après, elle ne

se sentait pas encore prête à travailler et resta de nouveau chez elle.


Quand la sonnette retentit dans l’après-midi, elle était encore en robe de chambre et Holly était

sortie.

— Qui est-ce ? demanda-t-elle prudemment dans l’interphone.

Si c’était Daniel, elle ne lui ouvrirait pas.

— Un coursier avec une lettre pour Mlle Sabrina Parker. J’ai besoin d’une signature.

Elle appuya sur la touche pour lui ouvrir, et quelques instants plus tard, le coursier fut devant sa
porte. Elle signa puis retourna à l’intérieur avec le courrier.

À la place de l’adresse de l’expéditeur, il y avait le tampon de son cabinet. Sabrina sentit son

estomac se nouer. Une lettre d’un employeur remise en mains propres ne laissait rien présager de

bon.
Elle ouvrit l’enveloppe avec des mains tremblantes.

…ont le regret de vous informer que votre emploi prendra fin à dater du…
Sabrina fut incapable de poursuivre sa lecture. Ils l’avaient mise à la porte. Juste comme ça. Et ils

avaient le droit. Elle était une employée non protégée, et sa période d’essai de six mois n’était pas
encore terminée. Ils n’avaient même pas besoin de lui donner une raison, et c’était pour cela qu’ils ne

l’avaient pas fait. C’était intelligent de leur part. Sans connaître le motif de son licenciement, elle ne
pouvait rien faire pour lutter.
Elle se laissa tomber sur le canapé. C’était un cauchemar.


~ ~ ~

Daniel entra à grands pas dans le hall du cabinet de Brand, Freeman & Merriweather. La

réceptionniste le salua aussitôt.


— M. Sinclair, bonjour. (Elle parcourut des yeux le calendrier devant elle.) Je ne vois pas de
rendez-vous prévu. M. Merriweather vous attend ?

Il secoua la tête. Il n’était pas là pour voir son avocat. Pendant les trois jours qui venaient de

s’écouler, il avait ressassé les paroles de Sabrina. Sa mauvaise humeur avait empiré et il avait annulé
toutes ses réunions d’affaires, se moquant bien que l’acquisition tombe à l’eau à cause de cela.

Il avait eu besoin de trois jours pour parvenir à la conclusion que Sabrina lui avait menti en lui

disant qu’elle n’avait pas de sentiments pour lui. Après avoir disséqué dans tous les sens ce qui c’était

passé pendant la nuit dans le cottage, quand il avait séché ses larmes après qu’ils avaient fait l’amour,

il était presque certain qu’elle avait menti.

Mais c’était la confession de Tim aujourd’hui, pendant leur déjeuner, qui lui en avait apporté la
confirmation. Il avait été stupéfait d’apprendre que Tim était un bon ami de la vraie Holly et qu’ils

avaient voulu lui arranger un rendez-vous avec Sabrina. Son ami lui avait ensuite raconté que Holly

avait consolé Sabrina quand celle-ci avait cru qu’il était encore avec Audrey. C’était la preuve qu’elle

avait des sentiments pour lui.


Sabrina était une bien piètre menteuse. Elle ressentait quelque chose pour lui depuis le début, il le

comprenait à présent. Elle n’aurait jamais accepté cette deuxième soirée et le week-end avec lui si cela
n’avait pas été le cas.

Et ce n’était pas tout. Pendant le week-end qu’ils avaient passé à la campagne, il n’avait pas vu
trace d’un contraceptif oral parmi les articles de toilette qu’elle avait apportés. Il était presque sûr

qu’elle ne prenait pas la pilule, et pourtant elle l’avait laissé la pénétrer sans protection. Il ne pouvait
pas croire qu’elle aurait pris le risque de tomber enceinte si elle n’éprouvait rien pour lui et
considérait leur relation comme purement sexuelle.

— Je suis là pour voir Sabrina, annonça Daniel à la réceptionniste.


Elle le regarda avec un air surpris.
— Sabrina ?

— Oui.

— M. Sinclair. (Elle s’éclaircit la voix et baissa le ton.) Sabrina ne travaille plus ici.
— Quoi ?
— Elle s’est fait licencier.

Elle était virée ? Daniel savait pertinemment qui était derrière cette décision. Cette ordure de

Hannigan ! Cette fois, il ne le louperait pas.


— Où est Hannigan ? demanda-t-il d’une voix tranchante.

La réceptionniste lui lança un regard étonné mais lui indiqua une porte de l’autre côté du hall.

— Il est dans son bureau. Je suppose que vous n’avez pas besoin que je vous annonce ? demanda-t-

elle avec un inexplicable petit sourire en coin.

— Cela ne sera pas nécessaire.

Sans hésiter une seconde, Daniel traversa le hall et se dirigea vers le bureau de Hannigan. Il ne prit
pas la peine de frapper et ouvrit brusquement la porte d’un coup de pied.

Hannigan était au téléphone mais se leva d’un bond avec des yeux écarquillés en voyant Daniel.

— Je vous rappelle, dit-il dans le combiné avant de raccrocher précipitamment.

Sa voix était tendue et il savait visiblement que Daniel n’était pas là pour une réunion d’affaires.
C’était personnel.

— Hannigan, espère de salaud !


Daniel se moquait bien qu’on l’entende jusqu’au fond du hall.

— Sortez, où j’appelle la sécurité, l’avertit Hannigan.


Lentement et résolument, Daniel s’avança vers l’homme sournois dont le front perlait de

transpiration.
— Vous croyez que j’ai peur de la sécurité ? demanda Daniel avec un rire qui n’avait rien
d’amical. Quand j’en aurai fini avec vous, vous n’aurez pas besoin de la sécurité mais d’une

ambulance.
Hannigan recula instinctivement d’un pas vers la fenêtre.
— Vous n’oseriez pas !

En trois pas, Daniel se retrouva devant lui.

— Ça, c’est pour avoir harcelé Sabrina, grogna-t-il en lançant son poing dans le visage de son
adversaire si rapidement que celui-ci n’eut pas le temps de réagir.
Hannigan vacilla sous l’impact du coup et s’effondra contre la fenêtre. Daniel agrippa le revers de

sa veste et le remit sur ses pieds. Il n’en avait pas fini avec lui.

— Allez, bats-toi, pauvre type !


Hannigan couvrit son visage de ses mains pour se protéger, et Daniel lui envoya un coup de poing

dans l’estomac.

— Et ça, c’est pour l’avoir virée !

Hannigan se plia en deux.

— Au secours ! Aidez-moi ! hurla-t-il en direction de la porte.

Daniel entendit du bruit près de la porte mais ne se retourna pas. Prenant conscience que personne
ne venait à sa rescousse, Hannigan commença enfin à se défendre et le frappa au visage avec son

poing. Daniel sentit sa tête partir sur le côté mais se redressa rapidement.

— Merci !

Enfin, cette raclure lui donnait une raison de lui casser la figure. Il n’y avait rien d’amusant à
frapper un homme qui ne se défendait pas.

Les poings fusaient dans toutes les directions, atterrissant dans les visages, les poitrines et les
estomacs. Hannigan était costaud, mais Daniel compensait cela par son agilité et sa détermination. Il

défendait la femme qu’il aimait. Quelle meilleure motivation un homme pouvait-il avoir ?
Des voix étouffées lui parvinrent aux oreilles. Attirés par le vacarme, plusieurs employés du

cabinet étaient rassemblés devant la porte.


Daniel envoya un autre crochet dans le visage de Hannigan, qui fut précipité à terre. Il s’approcha
aussitôt de lui.

— Mais qu’est-ce qui se passe ici ?


Une voix autoritaire s’éleva soudain au-dessus des ricanements des employés.
Daniel se retourna et vit M. Merriweather entrer dans le bureau. Il remarqua que les secrétaires

affichaient toutes de grands sourires. Hannigan n’était manifestement pas l’homme le plus populaire

auprès des femmes du cabinet.


— Jon ! M. Sinclair ! Qu’est-ce que c’est que ce comportement ?
Il resta près de la porte dans l’attente d’une réponse tandis que les deux adversaires se relevaient.

Mais avant que Hannigan ou Daniel aient pu prononcer un mot, Merriweather se retourna vers les

employés qui entraient dans la pièce.


— Vous n’avez pas du travail ?

Ils se dispersèrent immédiatement, et Merriweather claqua la porte derrière eux.

— Messieurs ? Quelle est la raison de cette démonstration déplacée de testostérone ?

Il attendait toujours une explication et leur lança tous deux un regard sévère.

— Il m’a attaqué sans raison ! s’écria Hannigan.

Daniel le menaça d’un autre crochet.


— Cette petite ordure s’est vengée de Sabrina en la mettant à la porte.

— M. Sinclair. Ce que nous faisons avec nos employés ne vous concerne pas, fit remarquer

Merriweather en fronçant les sourcils.

— Cela me concerne tout à fait. Hannigan la harcèle sexuellement depuis qu’elle a commencé à
travailler ici.

— C’est faux ! protesta Hannigan.


Daniel fit mine de ne pas l’avoir entendu.

— Et quand il a compris qu’elle ne cèderait jamais à ses avances, il a décidé de la virer.


— Je suis le seul à prendre les décisions ici, M. Sinclair. Non que cela vous regarde, mais Sabrina

a été renvoyée parce qu’elle négligeait son travail.


— Selon qui ?
— C’est M. Hannigan qui a porté cela à ma connaissance. Il était chargé de la superviser, répondit

Merriweather.
Daniel lança un regard furieux à Hannigan.
— M. Hannigan vous a-t-il également fait savoir qu’il m’avait surpris avec Sabrina pendant notre

week-end à Sonoma ? Vous a-t-il fait savoir qu’il l’avait traitée de pute parce qu’elle couchait avec

moi ? Cela m’intéresse.


Merriweather pâlit. Il était manifeste qu’il ignorait ce que Daniel venait de lui apprendre.
— C’est bien ce que je pensais.

— Jon ? Est-ce que c’est vrai ? aboya Merriweather, sans obtenir de réponse. Bon sang, Jon.

J’étais prêt à laisser passer votre comportement avec les secrétaires, mais cela va trop loin !
Il se tourna vers son client.

— M. Sinclair. Nous pouvons remédier à cela.

— Je vous écoute, dit Daniel.

— Jon, rassemblez vos affaires et partez. Le cabinet n’a plus besoin de vous.

Merriweather était un homme pragmatique. Il valait mieux pour lui perdre un collaborateur qui

était devenu un handicap pour le cabinet plutôt que de mécontenter un client lucratif.
— Vous me virez ? Vous ne pouvez pas faire ça ! (Hannigan était hors de lui.) Cette petite salope !

Juste parce qu’elle se tape un client riche, elle a soudain tous les droits et c’est moi qui me fais

entuber !

Il avait le visage aussi rouge qu’une tomate.


Daniel se retourna vivement et décocha un coup de poing dans l’estomac de Hannigan. Celui-ci se

courba en deux et tomba à genoux en se tenant le ventre, le visage tordu par la douleur.
— Ne vous avisez plus jamais de parler ainsi de la femme que j’aime. Est-ce que c’est clair ?

— Jon, si vous n’avez pas quitté les lieux dans dix minutes, je demande à la sécurité de vous faire
sortir du bâtiment. M. Sinclair, veuillez je vous prie me suivre dans mon bureau.

Une fois dans le bureau de Merriweather, Daniel se détendit enfin. La décision radicale de son
avocat de mettre Hannigan à la porte sur-le-champ l’avait quelque peu calmé. Il laisserait une autre
chance au cabinet, même s’il avait été prêt à en chercher un autre.

— M. Sinclair, laissez-moi simplement vous dire au nom du cabinet que si nous avions été
informés de cette histoire, rien de tout cela ne serait arrivé. Veuillez accepter toutes nos excuses.
Daniel hocha la tête et s’installa sur le canapé.

— Je ne savais évidemment pas que Sabrina et vous… Je veux dire, je pensais que vous nous aviez

été envoyé par un autre client et non par Sabrina, dit-il pour tenter d’obtenir d’autres informations.
Il resta debout.
— Vous avez tout à fait raison. C’est un autre client qui m’a envoyé chez vous, se contenta de

répondre Daniel.

— Nous allons bien sûr la reprendre chez nous, puisqu’il est maintenant avéré que M. Hannigan
m’a donné de fausses informations sur son travail. J’aurais dû mener moi-même l’enquête au lieu de

me fier uniquement à ses dires, mais les circonstances… Quoi qu’il en soit, je vais tout de suite lui

envoyer un message personnel pour lui adresser les plus plates excuses du cabinet.

Il était presque en train de ramper.

Daniel lui fit signe de s’asseoir et il s’exécuta.

— J’avais autre chose en tête. J’aimerais que vous rédigiez un contrat de travail pour elle,
commença Daniel.

— Bien sûr. Absolument. Nous pouvons prendre pour base notre contrat standard et le modifier

selon vos suggestions.

Il semblait entièrement disposé à le satisfaire.


Daniel secoua la tête.

— Je ne parle pas d’un contrat de travail entre le cabinet et elle, mais entre elle et moi.
Merriweather le regarda avec surprise, essayant de comprendre.

— Vous voulez engager Sabrina ?


Lorsque Daniel commença à lui énoncer les termes qu’il voulait intégrer dans le contrat,

l’expression de Merriweather passa de l’étonnement à l’incrédulité puis à la stupeur.


— Vous ne croyez tout de même pas que Sabrina va signer un contrat de ce genre, dit
Merriweather en déglutissant avec difficulté.

— Je sais exactement ce qu’elle fera en le lisant, répondit Daniel.


Il espérait avoir raison. Pour une fois, il faisait confiance à son instinct. Il espérait que ce n’était
pas une erreur.
21

La semaine touchait presque à sa fin. Sabrina l’avait passée à mettre à jour son CV et à l’envoyer à
plusieurs agences de recrutement, mais les perspectives n’étaient guère réjouissantes. Les cabinets

d’avocat n’embauchaient généralement qu’à certaines périodes déterminées de l’année, et elle venait

de rater la plus importante à quelques semaines près.


Sabrina avait dû prendre au moins un kilo pendant les cinq jours qu’elle avait passés à

l’appartement, descendant des pots de glace chaque fois qu’elle se sentait déprimée et s’apitoyait sur
son sort, ce qui lui arrivait quotidiennement.

Le seul point positif de la semaine avait été sa réconciliation avec Holly, lorsque celle-ci lui eut

raconté toute la vérité.

— Avec Tim, on a juste voulu bien faire. On pensait que vous iriez si bien ensemble. Tim m’avait

tellement parlé de Daniel que j’étais absolument certaine que ça marcherait entre vous. On aurait dû

attendre un meilleur moment et tout simplement organiser un dîner tous les quatre. C’était une idée

stupide. Je suis tellement désolée.


Le regard de Holly était sincère.

— Ça n’a plus d’importance. C’est terminé, et je ne peux rien faire pour changer ça. (Sabrina

s’efforça d’avoir l’air indifférente.) Il n’a pas essayé de me contacter quand je lui ai déclaré que je ne
voulais plus le voir. J’ai dit des choses que je ne peux pas retirer. Il doit me mépriser.
— Tu as son numéro. Pourquoi est-ce que tu ne l’appelles pas ?

Elle secoua la tête.


— Ça ne servira à rien. Il ne me croirait pas si je lui disais ce que je ressens vraiment. Pas

maintenant.
Elle s’était sentie enveloppée par une tempête glaciale quand elle lui avait affirmé qu’elle n’avait

pas de sentiments pour lui. Il ne la croirait plus désormais. Elle l’avait rejeté, et même si elle n’avait
pas blessé son cœur, elle avait blessé sa fierté.

~ ~ ~


Elle reçut un appel du cabinet le vendredi matin.
— Sabrina, c’est Caroline.

Sabrina fut surprise d’entendre la voix de la réceptionniste. Même si elles s’entendaient bien, elles

n’étaient pas amies et il n’y avait aucune raison pour que Caroline l’appelle chez elle alors qu’elle ne
travaillait plus au cabinet.

— Bonjour.

— Hannigan s’est fait virer, annonça Caroline.

Sabrina en resta un instant bouche bée.

— Comment c’est arrivé ?

— M. Merriweather a appris que vous vous faisiez harceler par Hannigan et que ses reproches sur
votre travail n’étaient pas fondés. Il l’a mis à la porte immédiatement. C’est pour cela que je vous

appelle. M. Merriweather veut vous voir cet après-midi.

Sabrina n’arrivait pas à le croire. Ils avaient renvoyé Hannigan alors qu’il était persuadé que les

associés ne toucheraient jamais à un cheveu de sa tête. Elle eut l’impression qu’on lui retirait un
immense poids des épaules. La justice existait finalement dans ce monde.

— Vous voulez dire qu’il va peut-être me reprendre ?


— Il m’a juste dit de vous appeler pour vous demander de venir au cabinet à quinze heures. Mais

c’est sûrement pour ça. Quelle autre raison pourrait-il avoir ? demanda Caroline.
— Je serai là. Merci beaucoup !

Sabrina mit son plus beau tailleur et s’assura d’avoir l’air aussi professionnel que possible. Si
Merriweather lui rendait son ancien travail, elle voulait avoir la tenue de circonstance. Elle vérifia le
résultat deux ou trois fois dans le miroir. Elle avait mis une jupe qui descendait jusqu’au-dessus de ses

genoux et avait décidé de ne pas porter de collants car ses jambes étaient suffisamment bronzées.
Elle avait envie de se sentir plus grande ce jour-là, plus imposante, et elle enfila des talons
aiguilles plutôt que les confortables chaussures à brides ouvertes à l’arrière qu’elle portait

habituellement. Elle était tirée à quatre épingles. S’ils voulaient la récupérer, elle tenait en premier

lieu à recevoir des excuses, puis à avoir l’assurance qu’elle ne serait plus reléguée à des tâches de
routine comme c’était le cas quand elle travaillait avec Hannigan.
Après avoir jeté un dernier regard à son reflet, elle prit une profonde inspiration. Elle ne pouvait

plus repousser davantage le moment de partir si elle ne voulait pas arriver en retard.

En pénétrant dans le hall du cabinet, elle sentit que ses mains étaient moites. Elle se força à sourire
lorsque Caroline la salua.

— M. Merriweather vous attend dans son bureau. Vous pouvez y aller directement. (Elle appuya

sur le bouton de l’interphone.) Sabrina est arrivée.

Sabrina se dirigea avec appréhension vers le bureau de Merriweather. Mais en arrivant devant la

porte, elle avait retrouvé son assurance. Elle frappa et entendit la voix de Merriweather à l’intérieur

qui l’invitait à entrer.


Lorsqu’elle ouvrit la porte, Merriweather s’était déjà levé pour venir à sa rencontre. Il s’avança

vers elle en lui tendant la main.

— Sabrina, je me réjouis vraiment que vous soyez venue. Asseyez-vous, je vous prie.

— Merci, dit Sabrina avec surprise, peu habituée à une telle courtoise de la part de M.
Merriweather.

Elle s’installa sur le fauteuil devant son bureau et il se rassit derrière.


— Laissez-moi juste vous dire que le cabinet et moi-même vous demandons pardon pour la façon

dont vous avez été traitée. Il n’y a pas d’excuse. Nous étions au courant que Jon avait… disons, des
problèmes avec les employées féminines, mais nous étions à mille lieues de nous imaginer qu’il irait

jusqu’à vous harceler. Nous sommes profondément désolés que vous ayez eu le sentiment de ne pas
pouvoir nous en parler. (Il la regarda avec un air sincère.) Nous… J’espère que vous savez que nous
avons une haute estime de vous et que nous serions bien sûr prêts à vous proposer de reprendre votre

travail chez nous.


Serions ? Qu’est-ce qu’il voulait dire ? L’avait-il fait venir uniquement pour lui présenter les
excuses du cabinet ? Il n’avait donc absolument pas l’intention de lui rendre son travail. Comment

pouvait-on être aussi hypocrite ?

— Mais vous n’allez pas le faire ? Vous savez ce que Hannigan a fait et vous n’allez pas me
reprendre au cabinet ?
Elle avait parlé d’une voix neutre, dénuée d’émotions. Elle ne lui donnerait pas la satisfaction de

lui montrer qu’elle était déçue.

— Nous serions ravis de vous reprendre, bien entendu, mais un client nous a demandé de le
représenter pour obtenir vos… (Il s’éclaircit la voix.)… hmm, services. J’ai rédigé le contrat moi-

même et je peux vous dire que notre cabinet ne pourrait jamais vous offrir ce qu’il est prêt à payer

pour vous.

Sabrina était plus que surprise. Elle n’avait eu que très peu de contacts avec les clients depuis

qu’elle travaillait là. Il était impossible que l’un d’entre eux l’ait remarquée et ait décidé de lui

proposer un travail.
— Je ne comprends pas.

Merriweather poussa un dossier sur la table.

— Voici le contrat. Avant que vous le lisiez, laissez-moi vous assurer que j’ai fait tout ce qui était

en mon pouvoir pour vous protéger par les termes de ce contrat. Il est en béton, et personne ne vous
blâmera si vous décidiez de l’accepter, croyez-moi. Ce n’est pas une offre que beaucoup de personnes

dans votre position rejetteraient. Nous avons tous notre prix, ajouta-t-il mystérieusement.
Sabrina haussa les sourcils mais ne dit rien.

— Et si vous décidez de rejeter l’offre de mon client, je serai le premier à vous rouvrir grand les
portes de notre cabinet. (Il se leva.) Je vais vous laisser parcourir le contrat.

— Merci, M. Merriweather.
Il lui serra la main et se dirigea vers la porte. Quand elle l’entendit se refermer un instant plus tard,
elle s’empara du dossier et l’ouvrit.


~ ~ ~

Daniel observait Sabrina, qui lui tournait le dos. Il s’était glissé silencieusement dans le bureau

lorsque Merriweather était sorti, comme ils en avaient convenu plus tôt. Sabrina ne l’avait pas vu
entrer et il resta debout près de la porte, immobile.
Elle commença à lire la première page du contrat. Elle lui avait tellement manqué que Daniel

ignorait combien de temps encore il pourrait supporter la séparation.

— Oh, mon Dieu ! s’exclama-t-elle.


Malgré son impatience, Daniel voulait la laisser lire le contrat de trois pages dans son intégralité.

Alors qu’elle en était à la deuxième page, elle sursauta sur son fauteuil.

— Oh mon Dieu ! répéta-t-elle avec incrédulité.

Elle était visiblement stupéfaite de sa proposition. Ne pouvant distinguer son visage, Daniel ne

pouvait scruter ses expressions pour savoir si elle était tentée d’accepter ou de rejeter sa proposition.

Cela le rendait fou. Il avait besoin de savoir. Il ne pouvait supporter le suspense plus longtemps.
— Sabrina.

Sabrina bondit sur ses pieds en lâchant un petit cri qui resta coincé dans sa gorge. Ses mains

tremblaient si fort qu’elle lâcha involontairement les feuilles du contrat, qui atterrirent par terre. Elle

était plus belle que jamais.


— Toi…, commença-t-elle d’une voix chevrotante, sans pouvoir aller plus loin.

Il s’avança de deux pas vers elle en la voyant s’accrocher au bureau derrière elle pour garder son
équilibre. Il n’avait pas voulu lui faire peur.

— C’est ça que tu veux ? demanda-t-elle en montrant du doigt le contrat à ses pieds.


Daniel hocha la tête.

— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce qu’au point où j’en suis, je suis prêt à accepter n’importe quoi de toi.

Il s’approcha encore et se baissa pour ramasser les pages, qu’il lui remit dans les mains. En se
retrouvant si près de Sabrina après avoir été séparé d’elle pendant cinq jours, il mourait d’envie de la
prendre dans ses bras.

Elle le regarda droit dans les yeux.

— Tu veux que je sois ton escort ?


— C’est ce que tu voulais, non ? Juste du sexe. Tu l’as dit toi-même.
Sabrina brandit les pages qu’elle tenait à la main.

— Ce contrat ne parle pas juste de sexe. (Elle montra un passage du doigt.) Paragraphe neuf :

Enfants. Peux-tu m’expliquer ce que ça vient faire ici ?


— Les éventuels enfants issus de notre relation devront être reconnus comme mes héritiers

légaux, récita-t-il. Il s’agit bien de sexe. Je te garantis que tu tomberas enceinte si tu dors dans mon lit

tous les jours.

— Paragraphe six : Conditions de logement. L’employée vivra avec l’employeur et partagera son

lit, lut-elle.

— Tu sais aussi bien que moi ce qui se passe quand on dort ensemble. Tu veux que je te
rafraîchisse la mémoire ? demanda-t-il en s’approchant encore un peu d’elle.

Il la vit retenir sa respiration.

— Paragraphe dix-sept : Rémunération, déclara Daniel.

— Je n’ai pas encore lu jusque-là, s’empressa-t-elle de lui dire.


— Je vais reformuler ce passage. L’employée a droit à la moitié des revenus nets de l’employeur.

Sabrina hoqueta de stupéfaction.


— Tu n’es pas sérieux !

Il hocha lentement la tête.


— Lis-le toi-même.

Elle chercha le paragraphe et le trouva. Ses yeux le parcourent à toute allure, oscillant d’un côté à
l’autre comme une balle de ping-pong à un tournoi. Elle ouvrit la bouche de stupeur puis la referma
rapidement. Sans lever les yeux vers lui, elle poursuivit sa lecture.

— J’ai besoin d’un moment, lui demanda-t-elle.


Il recula, s’écartant de son parfum si attirant. Sabrina alla s’asseoir sur le fauteuil de Merriweather.
Elle mit quelques minutes à lire le contrat jusqu’au bout. Daniel n’était toujours pas plus avancé

qu’en entrant dans le bureau. Allait-elle le rejeter purement et simplement ? Allait-elle jouer avec lui ?

Quand elle leva enfin les yeux, son expression était indéchiffrable.
— Laisse-moi éclaircir un point. Tu veux m’employer pour que je sois ton escort, que je partage
ton lit et ton appartement, que je vive avec toi, voyage avec toi et assiste à tous les événements

familiaux avec toi. Je ne dois coucher qu’avec toi et ne pas avoir d’autres amants. Et tu n’auras pas

non plus d’autres amantes. Si des enfants naissent de notre relation, ils seront élevés comme les tiens
et reconnus comme tes héritiers légaux. En contrepartie, j’aurai droit à la moitié de tes revenus. Et je

ne parle pas de la clause de résiliation. (Elle fit une pause.) Tu ne devrais plus travailler avec

Merriweather. Je ne pense pas qu’il a ton meilleur intérêt à cœur. La clause de résiliation ne te laisse

aucune porte de sortie.

— C’est ce que je voulais. Aucune issue pour moi. Je ne cherche pas de porte de sortie mais une

porte d’entrée. Tout sera entre tes mains, comme tu l’as toujours voulu. Toi seule auras le pouvoir de
mettre fin au contrat. Je serai prêt quand tu le seras.

Sabrina secoua la tête.

— J’espère que ça ne t’ennuie pas que je fasse des modifications ? Personne ne signe jamais un

contrat tel qu’il est présenté, encore moins une avocate.


Sans attendre son accord, elle commença à faire des annotations. Cela signifiait-il qu’elle était

prête à accepter sa folle proposition ? Allait-elle vraiment dire oui ? Il la voulait pour toujours, il
n’avait aucun doute là-dessus, et même s’il aurait préféré la demander en mariage, il était prêt à

commencer ainsi si cela la mettait plus à l’aise.


Elle le lui avait dit franchement avant de quitter le cottage : elle ne pouvait pas être davantage que

son escort. Puisque c’était ainsi, il l’accepterait et lui montrerait ce qu’elle était vraiment : la femme
qu’il aimait.
En la voyant signer le contrat, Daniel sentit son cœur battre à tout rompre. Elle était à lui.

— Voilà. J’ai accepté. Tu dois signer le paragraphe dix-sept. J’y ai apporté quelques changements.
Le paragraphe dix-sept ? Il essaya désespérément de se souvenir de quoi il était question dans ce
paragraphe, quand cela lui revint brusquement : il concernait sa rémunération.

Elle hocha la tête en voyant qu’il s’en rappelait.

— C’est loin d’être suffisant pour ce que tu me demandes. J’ai besoin de plus.
Plus ? Il sentit la tristesse l’envahir. Sabrina voulait le dépouiller. Pouvait-il vraiment s’être ainsi
trompé sur son compte ? Elle n’avait jamais manifesté le moindre intérêt pour son argent, mais à

présent qu’elle le tenait à sa merci, sa vraie nature était-elle réapparue ? Il espérait de tout son cœur

que ce n’était pas le cas.


Elle poussa le contrat dans sa direction.

— Tu ne veux pas le lire ?

Daniel avança lentement vers le bureau avec la sensation que ses jambes étaient aussi lourdes que

du plomb. L’avait-elle manipulé pendant tout ce temps, avait-elle joué avec ses sentiments pour

l’utiliser ?

— Daniel, lis le paragraphe, le pressa-t-elle.


La façon dont elle avait prononcé son nom l’incita à lever les yeux vers elle et à croiser son

regard. Il n’y avait aucune froideur dans ses yeux mais uniquement de la chaleur. Sa manière d’agir

ne correspondait pas avec la manière dont elle le regardait.

Elle baissa les yeux vers le contrat, comme pour le supplier de nouveau de lire les changements
qu’elle avait faits. Daniel finit par s’exécuter. Il sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine en lisant

ce qu’elle avait ajouté. Elle avait barré tout le paragraphe et écrit dans la marge à l’encre bleue :
Rémunération : Daniel donnera à Sabrina son amour et son respect, chaque jour et chaque nuit.

C’était tout ce qu’elle voulait, rien d’autre. Elle avait signé le contrat. Il dut se maîtriser pour ne
pas exploser de joie.

— Est-ce que je peux t’emprunter ton stylo ?


La gorge serrée, il s’empara du stylo qu’elle lui tendait.
Un instant plus tard, l’encre sur le papier sécha : sa signature était apposée à côté de la sienne.


~ ~ ~

Elle le regarda en souriant. En commençant à lire le contrat, elle avait d’abord pensé qu’il était

devenu fou. Elle s’était même sentie légèrement insultée par ce qu’il lui proposait. Mais en arrivant à
la clause de résiliation, elle avait pris conscience qu’il s’offrait en réalité lui-même par ce contrat.
Il n’avait aucune possibilité de le résilier. Et la seule manière d’y mettre un terme pour elle était de

l’épouser. Il ne la libérerait du contrat qu’elle avait signé que si elle acceptait de devenir sa femme.

Elle comprenait à présent.


Sabrina marcha vers lui d’un pas décidé et s’arrêta à quelques centimètres. Elle pouvait sentir la

chaleur qui émanait de son corps.

— Tu penses donc pouvoir payer mon prix ? lui demanda-t-elle.

— Je ne le pense pas. J’en suis convaincu. Tu veux que je te donne un aperçu ? dit-il en lui lançant

un regard de braise qui ne fit que réchauffer l’atmosphère déjà brûlante entre eux.

Elle se passa la langue sur ses lèvres pour les rafraîchir, tout en regardant la bouche de Daniel
s’approcher de la sienne.

— J’ai besoin de plus qu’un aperçu, murmura-t-elle juste avant que leurs lèvres se joignent.

Il passa ses mains autour de sa taille et l’attira vers lui, écrasant sa poitrine contre son torse. De

son autre main, il lui caressa le creux de la nuque tout en lui faisant pencher la tête pour pouvoir
l’embrasser plus profondément.

Elle écarta les lèvres avec un profond soupir, le laissant explorer les profondeurs de sa bouche et
jouer avec sa langue impatiente. Son baiser criait la passion et l’amour. Elle était à lui.

Ressentant le besoin de sentir sa peau, Sabrina tira sur la chemise de Daniel pour la sortir de son
pantalon. À peine eut-elle glissé ses mains sous sa chemise qu’il lâcha un gémissement.

— Sabrina, tu m’as manqué. Plus de séparations, pas même pour une seule nuit, dit-il en la
regardant droit dans les yeux.
— J’ai signé le contrat, non ?

Daniel sourit.
— En effet.
— Comment savais-tu que j’allais accepter ?

— Je ne le savais pas. Franchement, j’ai même pensé à un moment que tu allais me jeter le contrat

à la figure et me dire d’aller au diable.


Elle haussa les sourcils.
— Et qu’est-ce que tu aurais fait ?

— J’avais un plan B.

— Et en quoi cela consistait-il ?


Il eut un petit sourire et secoua la tête.

— Puisque tu as accepté le plan A, tu ne le sauras sans doute jamais.

— J’ai tout intérêt à bien profiter du plan A alors, dit-elle en riant.

Elle retira sa main du torse de Daniel pour la placer sur le renflement familier au niveau de son

entrejambe. Elle sentait très distinctement sa chaleur sous ses doigts.

— Qu’est-ce que tu fais ? demanda lentement Daniel.


— Je prends au mot le paragraphe onze.

— Le paragraphe onze ? demanda-t-il dans un gémissement lorsque Sabrina commença à caresser

son érection de plus en plus forte à travers le tissu de son pantalon.

— Daniel, tu ne sais même pas ce qu’il y a dans le contrat ?


— Rafraîchis-moi la mémoire car mon corps est occupé ailleurs en ce moment.

Elle rit.
— Paragraphe onze, je reformule : L’employeur doit satisfaire sexuellement l’employée à tout

moment.
— À tout moment ?

Elle hocha la tête.


— À tout moment. Et je crois que cela inclut le moment présent.
— Ici ? demanda-t-il en regardant autour de lui.

— Ici. Maintenant. (Elle posa la main sur le bureau de Merriweather derrière elle.) Il a l’air bien
solide, fit-elle remarquer.
— On a de la chance que Merriweather garde son bureau bien rangé, ajouta Daniel avec une

étincelle dans les yeux, tout en relevant la jupe moulante de Sabrina. Et si tu te débarrassais de ce petit

slip ?
— Je ne me souviens pas que tu m’aies rendu l’autre.
— Je commence une collection. Tu veux m’aider ?

Sabrina retira son slip et le lui tendit.

— Qu’est-ce que tu me donnes en échange ?


Il la porta sur le bureau et lui écarta les jambes en se collant contre elle.

— C’est toi qui choisis.

Sa voix était basse et elle sentit son souffle sur son visage quand il avança ses lèvres vers les

siennes pour l’embrasser tendrement.

Lentement elle approcha ses mains de son pantalon, ouvrit le bouton et descendit la fermeture

éclair. Le soupir de plaisir de Daniel ne lui échappa pas lorsqu’elle baissa son pantalon et le laissa
tomber sur le sol. Après en avoir fait de même avec son caleçon, elle prit dans ses mains son membre

fièrement dressé.

— Parfait, admira-t-elle en le caressant doucement.

— Ça fait tellement longtemps, bébé.


Le désir de Daniel se lisait dans ses yeux. Elle aimait tant le voir ainsi. Elle l’attira tout près d’elle

en tirant sur sa chemise et se colla contre son corps, son sexe durci appuyant sur son entrée chaude et
humide.

— J’ai envie de toi Daniel, de toute ta personne.


Elle ressentait tant d’amour qu’elle ne pouvait pas exprimer. Elle ne se sentait pas encore capable

de dire les mots, mais elle savait qu’il attendrait qu’elle soit prête. En attendant elle serait son escort,
et elle serait toute à lui.
— S’il te plaît, prends-moi, le supplia-t-elle en pressant ses lèvres contre les siennes dans un

baiser passionné.
Sabrina lâcha un profond soupir en sentant la pointe de sa verge se glisser dans son fourreau
étroit. Daniel écarta ses lèvres des siennes et la regarda dans les yeux.

— Maintenant tu m’appartiens et je t’appartiens. Per sempre.

Et il la pénétra alors, enfonçant son long membre durci dans son intimité brûlante et mouillée tout
en lui murmurant des mots d’amour.

~ ~ ~


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A propos de l’Auteur

De nationalité allemande, Tina Folsom vit depuis plus de 25 ans dans des pays anglophones. Elle a
d’ailleurs épousé un Américain et s’est établie, il y a 15 ans, à San Francisco.

Tina a toujours été un peu globe-trotter et a vécu dans nombre de différentes contrées: après avoir

habité à Lausanne, en Suisse (où elle a appris le français), elle a brièvement travaillé sur un bateau de
croisière en Méditerranée. Elle a ensuite passé une année à Munich avant de partir s'installer à

Londres, où elle a suivi une formation de comptable. Cependant, au bout de 8 ans, l'air du large l'a
poussée à quitter l'Angleterre pour se rendre de l'autre côté de l'Atlantique.

A New York, elle a fréquenté pendant un an la célèbre école de théâtre de l'American Academy of

Dramatic Arts. Elle s’est ensuite envolée vers Los Angeles où, une année durant, elle a étudié

l'écriture de scénarii à l'UCLA. C'est également à Los Angeles qu'elle a rencontré son mari, lui-même

installé à San Francisco. Trois mois plus tard, elle déménageait dans la «Ville de la Baie».

Elle y a d'abord travaillé en tant que comptable et conseillère fiscale et a, en outre, ouvert son

propre cabinet. Cependant, sa profession ne la rendait pas complètement heureuse. Accessoirement,


elle a créé sa propre agence immobilière et est restée active dans ce domaine pendant un certain

temps. L’écriture lui manquait toutefois énormément ! C'est pourquoi, à l'automne 2008, elle a renoué

avec cette activité et rédigé son premier roman d'amour.


Elle a toujours été attirée par les vampires. Depuis 2008, elle a publié 25 livres en anglais et trois
douzaines dans d'autres langues (français, allemand et espagnol). De plus, elle fait actuellement

traduire l'ensemble de ses livres en français.


Tina apprécie recevoir des commentaires de ses lecteurs. Pour cela, vous pouvez lui écrire à

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