Vous êtes sur la page 1sur 23

1

Marielle MARTIN

DGC de l’INTEC 2019-2020

UE 111 « FONDAMENTAUX DU DROIT »

RESSOURCES COMPLEMENTAIRES AU COURS 2/4

c
- Documents et exercices auto-corrigés de la Partie 1 : LE DROIT DES
PERSONNES.

te
CHAPITRE 1 : La personnalité juridique

1) Question de cours :
-In
À partir de quand la personnalité juridique des personnes physiques débute-t-elle ?

Corrigé :
La personnalité juridique a de nombreuses implications (droits et obligations conférés à la
personne…). Il importe d’en repérer l’apparition car elle est la consécration de l’existence
juridique des personnes dont notre droit reconnaît deux catégories : les personnes morales
am

(certains groupements) et les personnes physiques (personnes humaines).

En principe, pour une personne physique, la personnalité juridique débute naturellement à sa


naissance. La personne doit cependant naître vivante (avoir respiré au moins une fois) et
viable (être dotée des organes vitaux).

Toutefois, si l’intérêt de l’enfant l’exige (intérêt successoral…), celui-ci peut être réputé né
Cn

alors qu’il n’est que simplement conçu. Une présomption légale simple précise la période
légale de conception (art. 311 C. civ. : « La loi présume que l’enfant a été conçu pendant la
période qui s’étend du trois centième au cent quatre-vingtième jour, inclusivement, avant la
date de la naissance. La conception est présumée avoir eu lieu à un moment quelconque de
cette période, suivant ce qui est demandé dans l’intérêt de l’enfant. La preuve contraire est
recevable pour combattre ces présomptions »).

Néanmoins, cette présomption ne permet pas de conclure que tout embryon (dont la
protection a pourtant été renforcée par les « lois bioéthiques ») possède la personnalité
juridique.

2) Les différentes sortes de personnes morales : tableau à compléter


Le droit positif français reconnaît l'existence de deux catégories de personnes : les personnes
physiques (personnes humaines) et les personnes morales (certains groupements).
Ce tableau mentionne quelques-unes de ces personnes morales : quelles sont celles qui sont
régies par le droit privé et celles qui sont régies par le droit public ?
2

Personnes morales Droit privé Droit public


Les associations simplement déclarées
Les associations reconnues d'utilité publique
Les communes
Les hôpitaux
Les fondations
Les SNC (Sociétés en Nom Collectif)
Les départements
Les SA (Sociétés Anonymes)
Les SCA (Sociétés en Commandite par Actions)
Les SAS (Sociétés par Actions Simplifiées)
Les universités

c
Les régions
Les SCS (Sociétés en Commandite Simple)
Les GIE (Groupements d'Intérêt Economique)

te
Les SARL (Sociétés à Responsabilité Limitée)
Les EURL (Entreprises Unipersonnelles à Responsabilité
Limitée)
L'Etat
Les syndicats
-In
Les sociétés civiles

Corrigé :
am

Personnes morales Droit privé Droit public


Les associations simplement déclarées X
Les associations reconnues d'utilité publique X
Les communes X
(collectivités
territoriales)
Les hôpitaux X
Cn

(établissements
publics)
Les fondations X
(groupements
de biens)
Les SNC (Sociétés en Nom Collectif) X
(sociétés
commerciales)
Les départements X
(collectivités
territoriales)
Les SA (Sociétés Anonymes) X
(sociétés
commerciales)
3

Les SCA (Sociétés en Commandite par Actions) X


(sociétés
commerciales)
Les SAS (Sociétés par Actions Simplifiées) X
(sociétés
commerciales)
Les universités X
(établissements
publics)
Les régions X
(collectivités
territoriales)
Les SCS (Sociétés en Commandite Simple) X

c
(sociétés
commerciales)

te
Les GIE (Groupements d'Intérêt Economique) X
Les SARL (Sociétés à Responsabilité Limitée) X
(sociétés
commerciales)
-In
Les EURL (Entreprises Unipersonnelles à Responsabilité X
Limitée) (sociétés
commerciales)
L'Etat X
Les syndicats X
Les sociétés civiles X
am

NB : certaines personnes morales relèvent à la fois du droit privé et du droit public (personnes
morales de nature publique soumises à des règles du droit privé : entreprises publiques,...).

3) QCM (Questions à Choix Multiple)


Cn

Déterminez, pour chacune de ces questions, la (ou les) bonne(s) réponse(s) parmi celles
proposées.

Question La question Les réponses proposées



1 Qui est doté de la personnalité a. Tout être humain
juridique ? b. Tout groupement
c. Certains groupements
2 Quel(s) est (sont) l’(les) événement(s) a. Le décès médicalement constaté
pouvant conduire à la cessation de la b. L’absence
personnalité juridique d’une personne c. La disparition
physique ?
3 Parmi les éléments cités, quel(s) est a. Le nom de famille
(sont) celui (ceux) permettant b. Le domicile
l’identification d’une personne c. La nationalité
physique ?
4

4 Parmi les éléments cités, quel(s) est a. Le pseudonyme


(sont) celui (ceux) qui est (sont) b. Le surnom
accessoire(s) du nom de famille ? c. Le titre nobiliaire
5 Parmi les éléments cités, quel(s) est a. La dénomination sociale
(sont) celui (ceux) permettant b. Le siège social
l’identification d’une personne c. La nationalité
morale ?
6 Pour le(s)quel(s) de ces groupements a. La société commerciale
l’immatriculation au RCS confère-t- b. La société civile
elle la personnalité juridique ? c. Le GIE

Corrigé :

Question La question Les bonnes réponses

c

1 Qui est doté de la personnalité a. Tout être humain

te
juridique ? c. Certains groupements
2 Quel(s) est (sont) l’(les) événement(s) a. Le décès médicalement constaté
pouvant conduire à la cessation de la b. L’absence
personnalité juridique d’une personne c. La disparition
physique ?
-In
3 Parmi les éléments cités, quel(s) est a. Le nom de famille
(sont) celui (ceux) permettant b. Le domicile
l’identification d’une personne c. La nationalité
physique ?
4 Parmi les éléments cités, quel(s) est a. Le pseudonyme
am

(sont) celui (ceux) qui est (sont) b. Le surnom


accessoire(s) du nom de famille ? c. Le titre nobiliaire
5 Parmi les éléments cités, quel(s) est a. La dénomination sociale
(sont) celui (ceux) permettant b. Le siège social
l’identification d’une personne c. La nationalité
morale ?
6 Pour le(s)quel(s) de ces groupements a. La société commerciale
l’immatriculation au RCS confère-t- b. La société civile
Cn

elle la personnalité juridique ? c. Le GIE

4) Questions de vocabulaire juridique


Le vocabulaire juridique est particulier. Sa maîtrise est indispensable. Pouvez-vous retrouver
à quels mots correspondent ces définitions ?

Définitions Le mot défini


Groupement doté de la personnalité juridique.
Lieu du principal établissement d'une personne.
Lien juridique de rattachement d'une personne à un Etat.
Appellation permettant de désigner les membres d'une même
famille.
Ensemble des qualités au plan privé d'une personne physique
5

déterminant ses droits et obligations (âge, sexe, qualité


d'époux...).
Appellation obligatoire servant à désigner entre elles chacune
des personnes d'une même famille qui portent le même nom de
famille.
Nom volontairement choisi par une personne pour exercer une
activité artistique...

Corrigé :

Définitions Le mot défini


Groupement doté de la personnalité juridique. Personne morale
Lieu du principal établissement d'une personne physique. Domicile
Lien juridique de rattachement d’une personne à un Etat. Nationalité

c
Appellation permettant de désigner les membres d'une même Nom de famille
famille.

te
Ensemble des qualités au plan privé d'une personne physique Etat civil
déterminant ses droits et obligations (âge, sexe, qualité
d'époux...).
Appellation obligatoire servant à désigner entre elles chacune Prénom
-In
des personnes d'une même famille qui portent le même nom de
famille.
Nom volontairement choisi par une personne pour exercer une Pseudonyme
activité artistique...
am

CHAPITRE 2 : La capacité juridique

1) Commentaire de document :
Commenter l’article 386-1 du Code civil : « La jouissance légale est attachée à
l’administration légale : elle appartient soit aux parents en commun, soit à celui d’entre eux
qui a la charge de l’administration ».
Cn

Corrigé :
Un mineur (individu de l’un ou de l’autre sexe qui n’a point encore l’âge de dix-huit ans
révolus) non émancipé (mineur dont l’émancipation juridique n’est pas prononcée) est une
personne physique réputée incapable d’exercice (le mineur ne peut exercer lui-même la
plupart des droits et des obligations qui sont les siens) en raison de son jeune âge.

Pour sa protection, le mineur non émancipé est placé sous un régime légal de représentation :
des personnes agissent dans son intérêt en ses lieu et place. Lorsqu’ils exercent à son égard
l’autorité parentale (ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant),
ce sont le père et la mère du mineur qui sont ses représentants légaux. Les attributs de
l’autorité parentale concernent la personne même du mineur (les parents veillent à la santé,
l’éducation…de leur enfant) mais aussi son patrimoine.

C’est sur la manière dont s’exerce l’autorité des « parents » sur les biens de leur enfant
(mineur non émancipé) que renseigne l’article 386-1 du Code civil. Cela passe, selon ce texte
de loi, par « l’administration légale » (a) et « la jouissance légale » (b) qui lui est liée.
6

a) L’administration légale :

« L’administration légale » visée par l’article à commenter est le droit et l'obligation pour le
père et/ou la mère qui exerce(nt) l’autorité parentale, de gérer le patrimoine du mineur non
émancipé.

Depuis le 1er janvier 2016, l’administration légale pure et simple et l’administration légale
sous contrôle judiciaire ont été supprimées au profit d’un régime unique d’administration
légale.

Dans le cadre de ce régime de protection, chaque parent exerçant l’autorité parentale est
réputé pouvoir faire seul les actes d’administration portant sur les biens du mineur. Pour les
autres actes, et spécialement les actes de disposition, l’accord des deux parents est requis

c
lorsqu’ils exercent tous les deux l’autorité parentale. À défaut d'accord entre les parents, l'acte
doit être autorisé par le juge des tutelles.

te
Mais, certains actes ne peuvent être faits par l’administrateur légal ou les administrateurs
légaux (même d'un commun accord) sans l’autorisation préalable du juge des tutelles : vendre
de gré à gré ou apporter en société un immeuble ou un fonds de commerce appartenant au
mineur, contracter un emprunt en son nom, renoncer pour lui à un droit, …
-In
En outre, certains actes sont totalement interdits à l’administrateur légal ou aux
administrateurs légaux (les actes en question ne peuvent être autorisés) : aliéner gratuitement
les biens du mineur, acquérir d’un tiers un droit ou une créance contre le mineur…

Avec l’administration légale, la jouissance légale est le second aspect de l’exercice de


am

l’autorité parentale sur les biens de l’enfant mineur non émancipé.

b) La jouissance légale :

Il s'agit d'un droit d'usufruit lié à l’administration légale (art. 386-1 C. civ. : « La jouissance
légale est attachée à l’administration légale… ») et appartenant au(x) titulaire(s) de l’autorité
parentale. Ce droit lui (leur) permet de percevoir les fruits, les produits et les revenus des
Cn

biens de l'enfant, jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de 16 ans ou qu'il soit émancipé ou jusqu’à la
cessation de l’autorité parentale ou de l’administration légale ou jusqu’à extinction du droit
d’usufruit pour l’une des causes de cette extinction.

Les revenus des biens de l'enfant doivent toutefois être prioritairement employés à sa
nourriture, son entretien et son éducation.

La jouissance légale porte, en principe, sur tous les biens de l'enfant mineur, sauf sur : les
biens que l'enfant acquiert par son travail (sans pour autant que le mineur puisse disposer de
ses salaires ; car c'est l'administrateur légal qui les perçoit et les capitalise pour son compte) ;
les biens qui lui ont été donnés ou légués par un tiers à la condition expresse que ses père et
mère n'en jouiront pas ; les biens recueillis dans une succession dont le père ou la mère a été
exclu comme indigne ; les biens reçus par le mineur au titre de l’indemnisation d’un préjudice
extrapatrimonial dont il a été victime.
7

En conclusion, les parents qui exercent l’autorité parentale ont surtout le devoir de gérer les
biens de leur enfant mineur non émancipé et, dans une moindre mesure, ils ont un droit
d’usufruit portant sur ces biens.
2) Analyse de situations pratiques :
Certaines personnes physiques sont fragilisées en raison de leur jeune âge ou de l'altération de
leurs facultés. Pour remédier à leur incapacité d'exercer correctement leurs droits et
d'accomplir leurs obligations, elles sont placées sous l'un des régimes de protection prévus par
la loi. Quel est le régime juridique qui s'applique à chacun des cas suivants (abstraction faite
du mandat de protection future et de l’habilitation familiale) ?

La personne à protéger Le régime juridique de protection à


appliquer

c
Un homme de 40 ans empêché d'exécuter ses
obligations professionnelles et familiales par une
consommation excessive d'alcool.

te
Une fillette de 5 ans dont le père et la mère exercent
l'autorité parentale.
Un homme de 50 ans dont les dépenses excessives
de jeu l'exposent sérieusement à tomber dans le
besoin.
-In
Une jeune femme mariée, âgée de 16 ans, plongée
dans un coma profond suite à un accident de la
circulation.
Un adolescent de 13 ans élevé par sa mère ; son
père étant décédé.
am

Une dame centenaire dont l'état de totale


dépendance physique et mentale a été constaté par
les médecins.
Un bébé de quelques mois trouvé abandonné et dont
on ignore l'identité.
Un homme de 25 ans, conscient de son état de
dépression nerveuse suite à un chagrin d'amour et
Cn

qui demande au juge des tutelles à être placé


provisoirement sous un régime de protection des
incapables majeurs.
Un jeune garçon de 8 ans dont les deux parents se
sont vus retirer l'autorité parentale suite aux
mauvais traitements qu'ils lui faisaient subir.
Un jeune homme de 17 ans, bénéficiant de
l'émancipation judiciaire, et qui gère à merveille ses
affaires.
8

Corrigé :

La personne à protéger Le régime juridique de protection à


appliquer
Un homme de 40 ans empêché d'exécuter ses Curatelle
obligations professionnelles et familiales par une (majeur, niveau intermédiaire de
consommation excessive d'alcool. l’altération des facultés)
Une fillette de 5 ans dont le père et la mère exercent Administration légale
l'autorité parentale. (enfant mineure, autorité parentale des
deux parents)
Un homme de 50 ans dont les dépenses excessives Curatelle
de jeu l'exposent sérieusement à tomber dans le (majeur, niveau intermédiaire de
besoin. l’altération des facultés)
Une jeune femme mariée, âgée de 16 ans, plongée Tutelle

c
dans un coma profond suite à un accident de la (mineure émancipée par mariage, mais
circulation. dont la grave altération des facultés

te
physiques et mentales justifie le régime
de protection le plus étendu applicable
aux incapables majeurs auxquels elle est
assimilée)
Un adolescent de 13 ans élevé par sa mère ; son Administration légale
-In
père étant décédé. (enfant mineur, autorité parentale d'un
seul des parents)
Une dame centenaire dont l'état de totale Tutelle
dépendance physique et mentale a été constaté par (majeure, altération grave des facultés)
les médecins.
Un bébé de quelques mois trouvé abandonné et dont
am

Tutelle
on ignore l'identité. (enfant mineur, aucun des parents
n'exerce l'autorité parentale)
Un homme de 25 ans, conscient de son état de Sauvegarde de justice
dépression nerveuse suite à un chagrin d'amour et (majeur, altération légère des facultés)
qui demande au juge des tutelles à être placé
provisoirement sous un régime de protection des
incapables majeurs.
Cn

Un jeune garçon de 8 ans dont les deux parents se Tutelle


sont vus retirer l'autorité parentale suite aux (enfant mineur, aucun des parents
mauvais traitements qu'ils lui faisaient subir. n'exerce l'autorité parentale)
Un jeune homme de 17 ans, bénéficiant de Aucun régime de protection n'est
l'émancipation judiciaire, et qui gère à merveille ses nécessaire !
affaires.
9

3) Démêler le vrai du faux :


Pour chacune des affirmations suivantes, dire ce qui est vrai ou ce qui est faux.

Les affirmations Vrai Faux


Un acte de gestion courante est un acte susceptible
d’engager ou de compromettre le patrimoine.
Un tuteur est habilité à effectuer seul un acte de
disposition.
Un mineur émancipé n’est pas un majeur.
Le subrogé-tuteur est une personne chargée de la
surveillance et de la suppléance du tuteur.
La capacité d’exercice est subordonnée à la capacité de
jouissance.

c
Pour une personne donnée, une incapacité de jouissance
peut être générale.

te
Un conseil de famille est institué dans le cadre de tout
régime de sauvegarde de justice.
Toute personne morale est soumise au « principe de
spécialité » qui limite son champ d’action à l’objet pour
-In
lequel elle a été créée et qui figure dans ses actes
constitutifs.

Corrigé :
am

Les affirmations Vrai Faux


Un acte de gestion courante est un acte susceptible X
d’engager ou de compromettre le patrimoine. (Les actes
susceptibles
d’engager ou de
compromettre le
patrimoine sont
Cn

des actes de
disposition)
Un tuteur est habilité à effectuer seul un acte de X
disposition. (Un tuteur ne
peut effectuer
un acte de
disposition
qu’avec
l’accord du
conseil de
famille)
Cn
am
-In
te
c
10
11

Un mineur émancipé n’est pas un majeur. X


(Une personne
physique ne
devient majeure
qu’à l’âge de
dix-huit ans
révolus)
Le subrogé-tuteur est une personne chargée de la X
surveillance et de la suppléance du tuteur.
La capacité d’exercice est subordonnée à la capacité de X
jouissance. (On ne peut
exercer que les
droits que l’on a)

c
Pour une personne donnée, une incapacité de jouissance X
peut être générale. (Une incapacité

te
de jouissance
généralisée à
tous les droits
reviendrait à
anéantir la
-In personnalité
juridique)
Un conseil de famille est institué dans le cadre de tout X
régime de sauvegarde de justice. (Le conseil de
famille est un
organe de la
am

tutelle)
Toute personne morale est soumise au « principe de X
spécialité » qui limite son champ d’action à l’objet pour
lequel elle a été créée et qui figure dans ses actes
constitutifs.

- Documents et exercices auto-corrigés de la Partie 2 : LE DROIT DES


Cn

BIENS.

CHAPITRE 1 : Les classifications des biens

1) Document : les dispositions du Code civil relatives aux différentes sortes de biens
(dispositions à jour de la loi n° 2015-177 du 16 février 2015)
12

CODE CIVIL

LIVRE DEUXIEME

DES BIENS ET DES DIFFERENTES MODIFICATIONS DE LA


PROPRIETE

Article 515-14 : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des
lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens ».

c
TITRE I - DE LA DISTINCTION DES BIENS

te
Article 516 : « Tous les biens sont meubles ou immeubles ».

CHAPITRE I - DES IMMEUBLES


-In
Article 517 : « Les biens sont immeubles, ou par leur nature, ou par leur destination, ou par
l'objet auquel ils s'appliquent ».

Article 518 : « Les fonds de terre et les bâtiments sont immeubles par leur nature ».

Article 519 : « Les moulins à vent ou à eau, fixés sur piliers et faisant partie du bâtiment,
am

sont aussi immeubles par leur nature ».

Article 520 : « Les récoltes pendantes par les racines, et les fruits des arbres non encore
recueillis, sont pareillement immeubles.
Dès que les grains sont coupés et les fruits détachés, quoique non enlevés, ils sont meubles.
Si une partie seulement de la récolte est coupée, cette partie seule est meuble ».
Cn

Article 521 : « Les coupes ordinaires des bois taillis ou de futaies mises en coupes réglées ne
deviennent meubles qu'au fur et à mesure que les arbres sont abattus ».

Article 522 : « Les animaux que le propriétaire du fonds livre au fermier ou au métayer pour
la culture, estimés ou non, sont soumis au régime des immeubles tant qu'ils demeurent
attachés au fonds par l'effet de la convention.
Ceux qu'il donne à cheptel à d'autres qu'au fermier ou métayer sont soumis au régime des
meubles ».

Article 523 : « Les tuyaux servant à la conduite des eaux dans une maison ou autre héritage
sont immeubles et font partie du fonds auquel ils sont attachés ».

Article 524 : « Les objets que le propriétaire d'un fonds y a placés pour le service et
l'exploitation de ce fonds, sont immeubles par destination.
Les animaux que le propriétaire d’un fonds y a placés aux mêmes fins sont soumis au régime
des immeubles par destination.
13

Ainsi, sont immeubles par destination, quand ils ont été placés par le propriétaire pour le
service et l'exploitation du fonds :
Les ustensiles aratoires ;
Les semences données aux fermiers ou métayers ;
Les ruches à miel ;
Les pressoirs, chaudières, alambics, cuves et tonnes ;
Les ustensiles nécessaires à l'exploitation des forges, papeteries et autres usines ;
Les pailles et engrais.
Sont aussi immeubles par destination, tous effets mobiliers que le propriétaire a attachés au
fonds à perpétuelle demeure ».

Article 525 : « Le propriétaire est censé avoir attaché à son fonds des effets mobiliers à
perpétuelle demeure, quand ils y sont scellés en plâtre ou à chaux ou à ciment, ou lorsqu'ils
ne peuvent être détachés sans être fracturés et détériorés, ou sans briser ou détériorer la

c
partie du fonds à laquelle ils sont attachés.
Les glaces d'un appartement sont censées mises à perpétuelle demeure, lorsque le parquet sur
lequel elles sont attachées fait corps avec la boiserie.

te
Il en est de même des tableaux et autres ornements.
Quant aux statues, elles sont immeubles lorsqu'elles sont placées dans une niche pratiquée
exprès pour les recevoir, encore qu'elles puissent être enlevées sans fracture ou
détérioration ».
-In
Article 526 : « Sont immeubles, par l'objet auquel ils s'appliquent :
L'usufruit des choses immobilières ;
Les servitudes ou services fonciers ;
Les actions qui tendent à revendiquer un immeuble ».
am

CHAPITRE II - DES MEUBLES

Article 527 : « Les biens sont meubles par leur nature, ou par la détermination de la loi ».

Article 528 : « Sont meubles par leur nature les biens qui peuvent se transporter d'un lieu à
un autre ».
Cn

Article 529 : « Sont meubles par la détermination de la loi, les obligations et actions qui ont
pour objet des sommes exigibles ou des effets mobiliers, les actions ou intérêts dans les
compagnies de finance, de commerce ou d'industrie, encore que des immeubles dépendant de
ces entreprises appartiennent aux compagnies. Ces actions ou intérêts sont réputés meubles à
l'égard de chaque associé seulement, tant que dure la société.
Sont aussi meubles par la détermination de la loi, les rentes perpétuelles ou viagères, soit sur
l'Etat, soit sur des particuliers ».

Article 530 : « Toute rente établie à perpétuité pour le prix de la vente d'un immeuble, ou
comme condition de la cession à titre onéreux ou gratuit d'un fonds immobilier, est
essentiellement rachetable.
Il est néanmoins permis au créancier de régler les clauses et conditions du rachat.
Il lui est aussi permis de stipuler que la rente ne pourra lui être remboursée qu'après un
certain terme, lequel ne peut jamais excéder trente ans ; toute stipulation contraire est
nulle ».
14

Article 531 : « Les bateaux, bacs, navires, moulins et bains sur bateaux, et généralement
toutes usines non fixées par des piliers, et ne faisant point partie de la maison, sont meubles :
la saisie de quelques-uns de ces objets peut cependant, à cause de leur importance, être
soumise à des formes particulières, ainsi qu'il sera expliqué dans le Code de la procédure
civile ».

Article 532 : « Les matériaux provenant de la démolition d'un édifice, ceux assemblés pour
en construire un nouveau, sont meubles jusqu'à ce qu'ils soient employés par l'ouvrier dans
une construction ».

Article 533 : « Le mot « meuble », employé seul dans les dispositions de la loi ou de
l'homme, sans autre addition ni désignation, ne comprend pas l'argent comptant, les
pierreries, les dettes actives, les livres, les médailles, les instruments des sciences, des arts et
métiers, le linge de corps, les équipages, armes, grains, vins, foins et autres denrées ; il ne

c
comprend pas aussi ce qui fait l'objet d'un commerce ».

Article 534 : « Les mots meubles meublants ne comprennent que les meubles destinés à

te
l'usage et à l'ornement des appartements, comme tapisseries, lits, sièges, glaces, pendules,
tables, porcelaines et autres objets de cette nature.
Les tableaux et les statues qui font partie du meuble d'un appartement y sont aussi compris,
mais non les collections de tableaux qui peuvent être dans les galeries ou pièces particulières.
-In
Il en est de même des porcelaines : celles seulement qui font partie de la décoration d'un
appartement sont comprises sous la dénomination de meubles meublants ».

Article 535 : « L'expression biens meubles, celle de mobilier ou d'effets mobiliers,


comprennent généralement tout ce qui est censé meuble d'après les règles ci-dessus établies.
La vente ou le don d'une maison meublée ne comprend que les meubles meublants ».
am

Article 536 : « La vente ou le don d'une maison, avec tout ce qui s'y trouve, ne comprend pas
l'argent comptant, ni les dettes actives et autres droits dont les titres peuvent être déposés
dans la maison ; tous les autres effets mobiliers y sont compris ».

2) Démêler le vrai du faux :


Cn

Les règles de droit applicables à un bien dépendent de sa nature (bien meuble ou immeuble,
corporel ou non, ...). Il est donc très important de savoir qualifier juridiquement un bien.
Pouvez-vous rétablir la vérité concernant chacune des affirmations suivantes ?

Les affirmations Vrai Faux


Un pain est un bien meuble corporel.
Un terrain non bâti est un bien immeuble
corporel.
Un fonds de commerce est un bien meuble
incorporel.
Les actions détenues par les actionnaires
d'une société sont des biens meubles
corporels.
15

L'usufruit d'un immeuble est un bien


immeuble corporel.
Un vélo est un bien meuble corporel.
Un tracteur utilisé par son propriétaire pour
les besoins de son exploitation agricole est un
bien meuble corporel.
L'action en justice en revendication d'une
maison est un bien meuble incorporel.
Une table et des chaises sont des biens
meubles corporels.
Une statue scellée dans une niche
spécialement aménagée dans le mur d'un
appartement est un bien meuble corporel.

c
te
Corrigé :

Les affirmations Vrai Faux


Un pain est un bien meuble corporel. X
-In (bien meuble par
nature)
Un terrain non bâti est un bien immeuble X
corporel. (bien immeuble par
nature)
Un fonds de commerce est un bien meuble X
am

incorporel.
Les actions détenues par les actionnaires X
d'une société sont des biens meubles (biens meubles
corporels. incorporels, par
détermination de la
loi)
L'usufruit d'un immeuble est un bien X
Cn

immeuble corporel. (bien immeuble


incorporel, par l'objet
auquel il s'applique)
Un vélo est un bien meuble corporel. X
(bien meuble par
nature)
Un tracteur utilisé par son propriétaire pour X
les besoins de son exploitation agricole est un (bien immeuble
bien meuble corporel. corporel, par
destination agricole)
L'action en justice en revendication d'une X
maison est un bien meuble incorporel. (bien immeuble
incorporel, par l'objet
auquel il s'applique)
16

Une table et des chaises sont des biens X


meubles corporels. (biens meubles par
nature)
Une statue scellée dans une niche X
spécialement aménagée dans le mur d'un (bien immeuble
appartement est un bien meuble corporel. corporel, par attache
à perpétuelle
demeure)

2) Question de cours :
Qu’est-ce qu’un bien corporel ?

Corrigé :

c
En droit, les biens sont toutes les choses susceptibles d’appropriation privée ainsi que les

te
droits patrimoniaux portant sur ces choses.

Il existe plusieurs classifications des biens. Ainsi, l’article 516 du Code civil dispose : « Tous
les biens sont meubles ou immeubles ». On peut également distinguer les biens corporels et les
biens incorporels.
-In
Les biens corporels, qu’ils soient meubles ou immeubles, sont les biens matériels, tangibles,
palpables (ex : une chaise, un bâtiment…). Au contraire, les biens incorporels sont
impalpables (ex : les droits patrimoniaux, les valeurs mobilières, les fonds de commerce…).

En dépit de ce que l’opposition entre biens corporels et biens incorporels n’apparaît pas
am

toujours très tranchée (cas des fluides, de l’énergie…), des différences de régimes juridiques
reposent sur cette distinction (ex : acquisition de la propriété par la possession).

CHAPITRE 2 : La propriété et ses démembrements

1) Question de cours :
Cn

Les attributs du droit de propriété.

Corrigé :

Aux termes de l’article 544 du Code civil : « La propriété est le droit de jouir et disposer des
choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les
lois ou par les règlements ».

Dans le cadre du droit positif français, le droit de propriété est un droit subjectif (droit
reconnu aux personnes) patrimonial (droit évaluable en argent) réel (droit portant sur des
choses) et principal (c’est théoriquement le droit le plus complet qu’une personne puisse avoir
sur une chose).

Le droit de propriété confère à son titulaire (le propriétaire) trois attributs : l’usus, le fructus et
l’abusus.
17

L’usus est le droit de se servir de la chose : l’habiter, l’exploiter…

Le fructus est le droit de jouir de la chose, c’est-à-dire d’en tirer les revenus (fruits naturels,
civils…).

L’abusus est le droit de disposer de la chose, aussi bien matériellement que juridiquement
(transformer la chose, l’abandonner, la donner, la vendre, la grever de sûreté…). En aucun
cas, l’abusus doit être confondu avec le droit d’abuser de son droit (un propriétaire ne peut
disposer de sa chose au point de nuire à autrui).

À noter que, ces dernières années, la jurisprudence hésite à étendre les attributs du droit de
propriété au droit à l’image que le propriétaire aurait sur son bien (Cass. Ass. plén., 7 mai
2004 ; Société civile particulière Hôtel de Girancourt c/ Société SCIR Normandie et autre :

c
« le propriétaire d’une chose ne dispose pas d’un droit exclusif sur l’image de celle-ci ; … il
peut toutefois s’opposer à l’utilisation de cette image par un tiers lorsqu’elle lui cause un
trouble anormal »).

te
2) Etude d’une situation pratique :

Il y a quinze ans, Monsieur DUPONT a hérité de son oncle une petite parcelle de vignes
-In
située en Touraine. Depuis lors, Monsieur DUPONT n’a cessé de prendre le plus grand soin
de cette parcelle.

À sa grande surprise, Monsieur DUPONT vient d’apprendre qu’un certain Monsieur


DURAND prétend être le véritable propriétaire de sa parcelle de vignes. En effet, Monsieur
DURAND, qui est domicilié depuis toujours dans la commune où se situe ladite parcelle, a
am

retrouvé des preuves formelles de ce que l’oncle de Monsieur DUPONT n’a jamais eu la
propriété de cette parcelle ; pareille information ayant été jusque-là ignorée de tous, y compris
du notaire qui avait administré la succession.

Monsieur DUPONT dispose-t-il néanmoins d’arguments juridiques pour contrer l’action en


revendication que compte exercer Monsieur DURAND ?
Cn

Corrigé :

Voici quinze ans, Monsieur DUPONT a hérité de son oncle une petite parcelle de vignes
située en Touraine et dont il n’a cessé de s’occuper. Or, Monsieur DUPONT est surpris car il
vient d’apprendre que Monsieur DURAND, domicilié depuis toujours dans la commune où se
situe ladite parcelle, prétend en être le véritable propriétaire. En effet, Monsieur DURAND a
retrouvé des preuves formelles de ce que l’oncle de Monsieur DUPONT n’a jamais eu la
propriété de cette parcelle ; ce que tout le monde ignorait, y compris le notaire qui avait
administré la succession. La validité de la transmission de la parcelle de vignes étant remise
en cause, Monsieur DUPONT peut-il néanmoins en être propriétaire ?

Une situation de fait peut-elle faire acquérir la propriété d’un bien ?

La propriété d’un bien peut s’acquérir de diverses manières : par legs, vente, échange,
donation, invention d’un trésor, possession…
18

Précisément, la possession est un état de fait consistant à détenir matériellement, pour son
propre compte, une chose corporelle (meuble ou immeuble) en exerçant dessus de façon
exclusive les attributs du droit de propriété (élément matériel de la possession ou corpus) et en
prétendant à la qualité de propriétaire (élément intentionnel de la possession ou animus).

Pour permettre d’acquérir la propriété d’un bien, la possession doit être utile ; c’est-à-dire
continue (exercée avec la même régularité que le ferait un propriétaire vigilant), paisible (sans
acte de violence), publique (au vu de tous) et non-équivoque (aucun doute ne doit exister
quant aux intentions du possesseur).

Toutefois, les modalités d’acquisition de la propriété par la possession divergent selon que le
bien possédé est un bien meuble (acquisition instantanée si le possesseur est de bonne foi,
prescription trentenaire s’il est de mauvaise foi) ou un bien immeuble.

c
En matière immobilière, l’acquisition de la propriété par la possession résulte en principe
d’une prescription acquisitive trentenaire (usucapion). Néanmoins, la durée de la possession
requise peut être abrégée à la condition d’une part, que le possesseur soit de bonne foi,

te
autrement dit qu’il se croit sincèrement dans son bon droit (la bonne foi étant présumée aux
termes de l’article 2274 du Code civil) et, d’autre part, que le possesseur détienne un juste
titre (acte apparemment valable mais vicié au fond : acte notarié entérinant la transmission
d’un bien dont l’auteur n’est pas le véritable propriétaire…). La durée de la possession est
alors ramenée à dix ans.
-In
En l’espèce, le bien litigieux est un bien immeuble par nature (parcelle de vignes). S’il s’avère
que Monsieur DUPONT n’en est pas propriétaire par succession (comme il le croyait), il en
est par contre depuis quinze ans le possesseur (manifestement, le comportement de Monsieur
DUPONT vis-à-vis de ladite parcelle traduit un corpus et un animus). Cette possession est
am

indubitablement utile (continue, paisible, publique et non-équivoque) et Monsieur DUPONT


est de bonne foi. En outre, l’acte notarié de succession constitue un juste titre. Par conséquent,
Monsieur DUPONT peut arguer de sa possession pour faire reconnaître en justice qu’il a
acquis la propriété de la parcelle de vignes ; cette possession réunissant toutes les conditions
pour être abrégée à dix ans.

3) QCM (Questions à Choix Multiple) :


Cn

Déterminez, pour chacune de ces questions, la (ou les) bonne(s) réponse(s) parmi celles
proposées.

Question La question Les réponses proposées



1 Qu’est-ce qu’une servitude ? a. Un service rendu par une personne à une
autre
b. Un droit réel grevant un immeuble, dit
fonds servant, pour l’usage et l’utilité d’un
autre, dit fonds dominant
c. Un droit subjectif patrimonial réel
démembré
2 Comment peut-on qualifier une a. C’est une servitude continue
servitude de vue ? b. C’est une servitude discontinue
c. C’est une servitude apparente
19

3 Parmi les modalités citées, de quelle a. Par la loi


façon une servitude peut-elle être b. Par convention
établie ? c. Par prescription acquisitive
4 Qu’est-ce qu’un usufruit ? a. Une manière de consommer des fruits
b. Le droit de jouir des choses dont un
autre a la propriété
c. Un droit subjectif patrimonial réel
démembré
5 À qui est conféré l’abusus s’agissant a. À l’usufruitier
du bien sur lequel porte un usufruit ? b. Au nu-propriétaire
c. À l’usufruitier et au nu-propriétaire
6 Parmi les modalités citées, de quelle a. Par la loi
façon un usufruit peut-il être établi ? b. Par contrat
c. Par prescription acquisitive

c
Corrigé :

te
Question La question Les bonnes réponses

1 Qu’est-ce qu’une servitude ? b. Un droit réel grevant un immeuble, dit
-In fonds servant, pour l’usage et l’utilité d’un
autre, dit fonds dominant
c. Un droit subjectif patrimonial réel
démembré
2 Comment peut-on qualifier une a. C’est une servitude continue
servitude de vue ?
am

3 Parmi les modalités citées, de quelle a. Par la loi


façon une servitude peut-elle être b. Par convention
établie ? c. Par prescription acquisitive
4 Qu’est-ce qu’un usufruit ? b. Le droit de jouir des choses dont un
autre a la propriété
c. Un droit subjectif patrimonial réel
démembré
Cn

5 À qui est conféré l’abusus s’agissant b. Au nu-propriétaire


du bien sur lequel porte un usufruit ?
6 Parmi les modalités citées, de quelle a. Par la loi
façon un usufruit peut-il être établi ? b. Par contrat
c. Par prescription acquisitive

4) Commentaire de document :
Comprenez-vous bien la décision de justice ci-après reproduite (cette décision figure
également dans la rubrique « annexes » du cours à distance) ? Pour le savoir, lisez-la
attentivement et répondez aux questions qui vous sont ensuite posées.
20

Cass. 1re civ., 20 janvier 1964 ; dame Blum c/ demoiselle Lassus

LA COUR ; − Sur le premier moyen, pris en sa première branche : − Vu l'article 1382 du


Code civil ; − Attendu que l'exercice du droit de propriété, qui a pour limite la satisfaction
d'un intérêt sérieux et légitime, ne saurait autoriser l'accomplissement d'actes malveillants, ne
se justifiant par aucune utilité appréciable et portant préjudice à autrui ; − Attendu que la Cour
d'appel a refusé d'ordonner la suppression d'un rideau de fougères de 1 m 70 de hauteur,
planté par demoiselle Lassus, à environ 0 m 85 du mur de la maison de dame Blum et
empêchant le passage de la lumière par une ouverture à verre dormiant dont l'aménagement
avait été judiciairement autorisé pour l'éclairage d'une cuisine ; Que pour statuer ainsi, l'arrêt
infirmatif attaqué se fonde sur ce que, s'il était fait droit à la prétention de dame Blum,
l'héritage voisin se trouverait grevé « d'une véritable servitude d'éclairement...
contractuellement inexistante » ; − Mais attendu que la même décision, après avoir rappelé et
déclaré constantes les constatations de fait des premiers juges, a relevé « qu'il apparaît bien

c
des éléments de la cause que les parties vivent dans une mésintelligence certaine » et que
« l'instance... reflète et caractérise la psychologie de demoiselle Lassus, recherchant la

te
satisfaction d'un mobile malicieux » ; − Attendu qu'en se refusant, dans de telles
circonstances, à accorder à dame Blum réparation du préjudice dont elle se plaignait alors
qu'ils constataient en même temps, à la charge de demoiselle Lassus, un exercice purement
malicieux, partant abusif, de son droit de propriété, les juges du second degré ont violé le
texte visé par le pourvoi ;
-In
Par ces motifs, et sans qu'il y ait lieu de statuer soit sur les autres branches du premier moyen,
soit sur le second moyen : − Casse et annule l'arrêt rendu entre les parties par la Cour d'appel
d'Agen, le 28 mars 1962, et renvoie devant la Cour d'appel de Toulouse.
am

-------------------------
Pour information :
L’article 1382 du Code civil, devenu, depuis l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016,
l’article 1240 de ce Code, dispose : « Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un
dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à le réparer ».

-------------------------
Cn

1. Sous quel visa (référence légale) la décision de justice rapportée est-elle rendue ?

2. Quelle est la juridiction qui rend cette décision ? Quand ? Qui sont les parties
(demanderesse, défenderesse) à ce stade de la procédure ?

3. Quels étaient les faits dans cette affaire ?

4. Quelle est la décision attaquée à ce stade de la procédure ? (Par quelle juridiction a-t-elle
été rendue ? Quand ? En faveur de qui cette juridiction s'était-elle prononcée ?)

5. Sur quels motifs (arguments des juges) la juridiction dont la décision est attaquée se fonde-
t-elle ?

6. Quelle est la juridiction qui avait statué au premier degré ? Dans quel sens s'était-elle
prononcée ?
21

7. Sur quel moyen (argument) la demanderesse centre-t-elle son recours devant la juridiction
qui rend la décision reproduite ?

8. Quel est le point de droit soulevé dans cette affaire ?

9. Dans quel sens statue la juridiction qui rend la décision étudiée ? (Qui l'emporte ? Selon
quels motifs ; en d'autres termes, quels sont les arguments de la juridiction ?)

10. Quel est le dispositif de cette décision (solution retenue par la juridiction quant à la suite
du procès) ?

Corrigé :

1. Sous quel visa (référence légale) la décision de justice rapportée est-elle rendue ?

c
Cette décision de justice est rendue sous le visa de l'article 1382 du Code civil, devenu

te
récemment l’article 1240 de ce Code, relatif à la responsabilité civile extracontractuelle du
fait personnel (« Vu l'article 1382 du Code civil... »).

2. Quelle est la juridiction qui rend cette décision ? Quand ? Qui sont les parties
(demanderesse, défenderesse) à ce stade de la procédure ?
-In
Cette décision de justice est rendue par la première chambre civile de la Cour de cassation
(« Cass. 1re civ. »), le 20 janvier 1964, sur pourvoi formé par dame Blum contre demoiselle
Lassus, respectivement demanderesse et défenderesse à ce stade de la procédure (« dame
Blum c/ demoiselle Lassus »).
am

3. Quels étaient les faits dans cette affaire ?

Un rideau de fougères arborescentes ayant été planté de façon malveillante par demoiselle
Lassus sur le terrain dont elle est propriétaire et à proximité de la maison de dame Blum
au préjudice de cette dernière (obstruction du passage de la lumière par une fenêtre), celle-
ci assigne demoiselle Lassus en justice.

4. Quelle est la décision attaquée à ce stade de la procédure ? (Par quelle juridiction a-t-
Cn

elle été rendue ? Quand ? En faveur de qui cette juridiction s'était-elle prononcée ?)

La décision attaquée à ce stade de la procédure est l'arrêt rendu par la Cour d'appel
d'Agen, le 28 mars 1962, qui avait donné gain de cause à demoiselle Lassus (« la Cour
d'appel a refusé d'ordonner la suppression d'un rideau de fougères de 1 m 70 de hauteur,
planté par demoiselle Lassus..... »). D'où, le pourvoi ensuite formé par dame Blum.

5. Sur quels motifs (arguments des juges) la juridiction dont la décision est attaquée se
fonde-t-elle ?

La Cour d'appel d'Agen se fonde sur ce que demoiselle Lassus n'empêche pas, par ses actes,
l'exercice d'une servitude d'éclairement au profit de dame Blum ; une telle servitude
n'existant pas en l'espèce.

6. Quelle est la juridiction qui avait statué au premier degré ? Dans quel sens s'était-elle
prononcée ?
22

Au début du procès, une juridiction du premier degré avait nécessairement été saisie. Il
s'agissait d'une juridiction civile car le pourvoi a lieu devant une chambre civile de la Cour
suprême. Par ailleurs, il s'agissait d’une juridiction (probablement TGI) d'Agen, car l'appel a
été ensuite interjeté devant la Cour d'appel d'Agen. Les premiers juges avaient donné raison
à dame Blum, car l'arrêt d'appel attaqué devant la Cour de cassation est « infirmatif », donc
contraire au jugement du premier degré ; or, on sait que la Cour d'appel a donné gain de cause
à demoiselle Lassus (Cf. supra, réponse à la question n° 4).

7. Sur quel moyen (argument) la demanderesse centre-t-elle son recours devant la


juridiction qui rend la décision reproduite ?

Dame Blum centre son pourvoi sur les limites à l'exercice du droit de propriété
(« l'exercice du droit de propriété.... ne saurait autoriser l'accomplissement d'actes
malveillants, ne se justifiant par aucune utilité appréciable et portant préjudice à autrui »).

c
8. Quel est le point de droit soulevé dans cette affaire ?

te
Cette affaire illustre parfaitement la théorie de l'abus du droit de propriété.

9. Dans quel sens statue la juridiction qui rend la décision étudiée ? (Qui l'emporte ?
Selon quels motifs ; en d'autres termes, quels sont les arguments de la juridiction ?)
-In
La Cour de cassation accueille le moyen du pourvoi (argument de la demanderesse) et
décide que l'exercice du droit de propriété, dans l'intention de nuire, sans intérêt sérieux
et légitime, et en causant un dommage à autrui, doit être sanctionné comme abusif, sur
la base de la responsabilité civile extracontractuelle.

10. Quel est le dispositif de cette décision (solution retenue par la juridiction quant à la
am

suite du procès) ?

La Cour de cassation, donnant raison à dame Blum, casse et annule l'arrêt rendu par la
Cour d'appel d'Agen et renvoie l'affaire devant la Cour d'appel de Toulouse (juridiction
de même nature et de même degré que celle dont la décision est cassée, mais située
territorialement ailleurs).
CHAPITRE 3 : Le patrimoine
Cn

1) Etude d’une situation pratique :


Monsieur DAMIEN assume de son mieux ses fonctions de tuteur de son neveu Jules, âgé de
douze ans, dont le père et la mère sont décédés.

Les défunts parents du jeune Jules, qui avaient de nombreuses dettes qu’il a fallu apurer, n’ont
pas laissé de biens en héritage à leur fils. Monsieur DAMIEN pense donc que celui-ci ne
possède juridiquement aucun patrimoine. Est-ce exact ?

Corrigé :

Monsieur DAMIEN est le tuteur de son neveu Jules, âgé de douze ans, dont le père et la mère
sont décédés. Très endettés, les défunts parents du jeune Jules ne lui ont pas laissé de biens en
héritage. Monsieur DAMIEN pense que Jules ne possède juridiquement aucun patrimoine.
23

Qu’est-ce que le patrimoine en droit ?

En droit positif français, la notion de patrimoine repose d’abord sur les travaux de AUBRY et
RAU, deux auteurs du XIXème siècle. Selon ces auteurs, le patrimoine est un attribut de la
personnalité juridique : toute personne, physique ou morale, possède donc un patrimoine,
mais n’en possède qu’un seul.

En outre, le patrimoine est une universalité, un ensemble intangible réunissant tous les biens
mais aussi les dettes appréciables en argent, présents ou futurs, d’une personne. Par
conséquent, le patrimoine est une enveloppe dont le contenu fluctue dans le temps : il peut à
un instant donné comporter des biens et des dettes, ou seulement des biens, ou seulement des
dettes ou encore être vide !

c
En l’espèce, Monsieur DAMIEN se trompe car son neveu Jules possède bien un patrimoine et
ce, en vertu de la théorie classique du patrimoine défendue par AUBRY et RAU et qui sert
encore de référence en la matière en droit positif français. En effet, Jules est une personne

te
physique et peu importe qu’il soit mineur ou qu’il ne possède aucun bien.

2) Question de cours :
Quelles sont les principales règles issues de la théorie classique du patrimoine ?
-In
Corrigé :

Le patrimoine est une universalité de droit comportant des biens, des dettes et charges
appréciables en argent qui appartiennent ou incombent, ou qui pourront appartenir ou
incomber à une même personne.
am

En droit positif français, la notion de patrimoine est dominée par la théorie dite classique
développée par deux auteurs civilistes du XIXème siècle, AUBRY et RAU, selon lesquels le
patrimoine est une conséquence, un attribut de la personnalité juridique.

Les principales règles qui résultent de la théorie classique du patrimoine sont les suivantes :
toute personne est titulaire d’un patrimoine (toute personne physique ou morale a un
Cn

patrimoine, même s’il est vide, car il s’agit d’un contenant), tout patrimoine appartient à un
titulaire (il n’y a pas de patrimoine qui n’appartienne à aucun sujet de droit), le patrimoine est
inaliénable (toute personne conserve son patrimoine sa vie durant et peu importe les
mouvements du contenu), le patrimoine est unique et indivisible (une personne ne peut avoir
qu’un seul patrimoine), le patrimoine est une illustration de la subrogation réelle (le
patrimoine n’est pas affecté par les biens ou dettes qui y entrent et en sortent).

Bien que toujours en vigueur, la théorie classique du patrimoine est aujourd’hui fortement
remise en question, notamment depuis la loi du 15 juin 2010 relative à l’EIRL (entrepreneur
individuel à responsabilité limitée) qui consacre le patrimoine d’affectation en permettant à
tout entrepreneur individuel qui le désire de séparer son patrimoine non professionnel et son
patrimoine professionnel ; et donc, d’avoir plusieurs patrimoines.