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Fondamentaux du droit 111

2019
2020

Corrigé du devoir 1

Auteur : Marielle Martin

EXERCICE 1 ÉTUDE DE SITUATION PRATIQUE (6 POINTS)


Il y a un mois, Mme ATTEND et la SARL « C’LENT », l’une et l’autre installées en France, ont
signé, en bonne et due forme, un contrat en vertu duquel Mme ATTEND a commandé une
trottinette à la SARL « C’LENT » qui devait la lui livrer au plus tard quinze jours après cette
commande ; étant entendu que Mme ATTEND ne devait payer le prix intégral de ce bien
qu’au moment de la livraison. Cependant, ce délai a été dépassé et la trottinette n’a toujours
pas été livrée. Mécontente et en quête d’explications, Mme ATTEND, qui prétend avoir un
droit de créance ainsi bafoué par la SARL « C’LENT », a écrit à cette société pour le lui repro-
cher. En réponse, la SARL affirme que le droit de Mme ATTEND d’obtenir livraison de la trot-
tinette, n’étant pas un droit portant sur une somme d’argent, n’est pas un droit de créance.
Qu’est-ce qu’un droit de créance ?
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Dans le cadre du droit positif, c’est-à-dire du droit objectif (ensemble des règles de conduite
juridiques qui gouvernent la vie des personnes dans une nation donnée ; règles dont l’inob-
servation est sanctionnée par les pouvoirs publics) actuellement en vigueur, et notamment
du droit positif français, toutes les personnes (les individus et certains groupements) sont
titulaires de droits subjectifs (prérogatives juridiques individuelles) et sont tenues à des
obligations (devoirs, liens juridiques en vertu desquels une personne peut exiger d’une
autre qu’elle accomplisse une prestation).
Les droits subjectifs sont soit extrapatrimoniaux, lorsqu’ils sont incessibles et n’ont pas de
valeur pécuniaire (ex. : droit à l’intégrité physique, droit de vote…), soit patrimoniaux,
lorsque, au contraire, ils sont cessibles et ont une valeur pécuniaire (ex. : droit de propriété,
droit de créance…).
Plus précisément, outre le fait qu’il est l’une des sortes de droits subjectifs patrimoniaux, un
droit de créance, dit aussi droit personnel, est un droit qui s’exerce directement d’une per-
sonne sur une autre car celle-ci est tenue d’une obligation à son égard. Autrement dit, le
créancier, titulaire du droit de créance, peut exiger de la personne tenue envers lui, à savoir
le débiteur, l’exécution de l’obligation à la charge de ce dernier.

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Or, les obligations sont de natures variées : payer une somme d’argent, fournir un conseil,
livrer un bien… Inversement et en conséquence, on peut être créancier d’une somme
d’argent, d’une prestation de service, de la livraison d’un bien…
En l’espèce, un contrat a été valablement passé entre Mme ATTEND et la SARL « C’LENT ». Ce
contrat prévoyait que, dans un délai qui n’a pas été respecté, la SARL « C’LENT » devait livrer
une trottinette à Mme ATTEND. La SARL est donc débitrice envers Mme ATTEND de l’obliga-
tion de livrer ce bien ; tandis que Mme ATTEND est créancière de cette livraison non effec-
tuée. C’est Mme ATTEND qui a raison : elle est titulaire d’un droit de créance envers la SARL
et cette société se trompe en croyant que les droits de créance ne peuvent porter que sur les
sommes d’argent.

EXERCICE 2 COMMENTAIRE DE DOCUMENT (10 POINTS)


Il s’agissait de répondre de manière argumentée aux dix questions posées à la suite du
document reproduit dans le sujet.

1. Qui a eu l’initiative de la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 ?


C’est le Gouvernement qui a eu l’initiative de la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019, car le
texte d’origine est un projet de loi (« Projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme
pour la justice, n° 463… »). En effet, on sait qu’il convient de distinguer les projets de loi (à
l’initiative du Gouvernement) et les propositions de loi (à l’initiative du Parlement).

2. Devant quelle assemblée du Parlement français le texte a-t-il été déposé en premier ?
Le Parlement français est composé de deux assemblées : l’Assemblée nationale (où siègent
les députés) et le Sénat (où siègent les sénateurs). C’est devant le Sénat que le texte, destiné
à donner lieu à la loi étudiée dans le sujet, a été déposé en premier ; et, ce, le 20 avril 2018
(« Projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, n° 463 (2017-2018)

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déposé au Sénat le 20 avril 2018 »).

3. Pour quelle raison le texte examiné n’a-t-il d’abord fait l’objet que d’une seule et
première lecture devant chacune des deux assemblées du Parlement français ?
Un texte de loi en cours d’élaboration doit, par le biais de navettes, faire l’objet de lectures
successives (avec débats, amendements et votes) devant chacune des deux assemblées du
Parlement français, jusqu’à être voté en des termes identiques par ces deux assemblées.
Cependant, si la procédure accélérée a été mise en œuvre, un constat des convergences et
divergences peut être effectué à l’issue d’une seule et première lecture devant chacune des
deux assemblées. Tel est le cas concernant le texte examiné ici (adoption d’un texte par le
Sénat le 23 octobre 2018 après 1re lecture, puis adoption d’un texte modifié par l’Assemblée
nationale le 11 décembre 2018 après 1re lecture), puisque le Gouvernement avait engagé la
procédure accélérée dès le 20 avril 2018, jour du dépôt du texte au Sénat (« engagement par
le Gouvernement de la procédure accélérée le 20 avril 2018 »).

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4. À la demande de qui, quand, où et pour quelle raison une CMP a-t-elle alors été
réunie ?
Une CMP (Commission mixte paritaire) a alors été réunie au Sénat le 13 décembre 2018, à la
demande du Premier ministre (« à la demande du Premier ministre une CMP chargée de pro-
poser un texte sur les dispositions restant en discussion du projet […] s’est réunie au Sénat le
jeudi 13 décembre 2018 »).
En effet, une CMP est une commission, composée de sept députés et de sept sénateurs,
chargée de tenter de rapprocher les points de vue de l’Assemblée nationale et du Sénat sur
les dispositions à propos desquelles un accord n’a pu être précédemment trouvé entre ces
deux assemblées. En cas de procédure accélérée, comme ce fut le cas pour l’élaboration de la
loi n° 2019-222, la CMP peut être réunie à la demande du Premier ministre après une seule
lecture dans chacune des assemblées et n’ayant pas permis un vote identique sur l’intégra-
lité du texte («  Conformément au deuxième alinéa de l’article 45 de la Constitution et à la
demande du Premier ministre une CMP chargée de proposer un texte sur les dispositions restant
en discussion du projet […] s’est réunie au Sénat le jeudi 13 décembre 2018 […] »).

5. Pour quelle raison la navette a-t-elle ensuite repris et pourquoi n’a-t-elle donné lieu
qu’à une seule et nouvelle lecture devant chacune des deux assemblées du Parlement
français ?
Suite aux travaux de la CMP, la navette a repris entre l’Assemblée nationale et le Sénat car
aucun texte de compromis n’a pu être trouvé dans le cadre de cette Commission (« La CMP a
constaté qu’elle ne pouvait parvenir à l’adoption d’un texte commun sur les dispositions restant
en discussion du projet de loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice […] »).
Mais cette navette ayant été limitée à une seule et nouvelle lecture par assemblée (retour à
l’Assemblée nationale le 13 décembre 2018 qui adopte un texte le 23 janvier 2019, puis
transmission au Sénat le 23 janvier 2019 qui adopte un texte le 12 février 2019), on en
déduit que le Gouvernement avait demandé à l’Assemblée nationale de statuer ensuite défi-
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nitivement. Effectivement, cette transmission à l’Assemblée nationale a été faite le 13 février


2019, avec adoption définitive du texte à l’Assemblée nationale le 18 février 2019 (« Lecture
définitive. Assemblée nationale. Texte n° 1684 transmis à l’Assemblée nationale le 13 février
2019. Texte n° 232 adopté définitivement par l’Assemblée nationale le 18 février 2019 »).

6. D’après vos connaissances juridiques, en droit positif français, quel est le rôle du
Conseil constitutionnel quant à la hiérarchie des sources du droit ?
En droit positif français (droit actuellement en vigueur en France), le Conseil constitution-
nel est un organe dont le rôle est de vérifier la conformité des textes de lois aux textes ayant
valeur constitutionnelle.
En effet, les règles de droit proviennent de différentes sources (Constitution, traités interna-
tionaux, sources de droit européen, lois nationales, ordonnances du Gouvernement, règle-
ments de droit interne, coutume, jurisprudence, doctrine) liées entre elles de manière
hiérarchique avec, au sommet de cette hiérarchie, les textes à valeur constitutionnelle dont
la Constitution française du 4 octobre 1958.

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Ainsi, un texte de loi ne doit pas être contraire à la Constitution. C’est ce à quoi veille le
Conseil constitutionnel, participant de cette manière au respect de la hiérarchie des sources
du droit.

7. Dans le cadre de l’élaboration de la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019, quelle sorte de


contrôle de constitutionnalité et à la demande de qui le Conseil constitutionnel a-t-il
été amené à effectuer ? La saisine du Conseil constitutionnel a-t-elle été conforme au
droit en vigueur ?
Dans le cadre de l’élaboration de la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019, le Conseil constitu-
tionnel a été amené à effectuer un contrôle de constitutionnalité a priori, c’est-à-dire avant
promulgation de la loi (à ne pas confondre avec un autre type de contrôle : le contrôle de
constitutionnalité a posteriori qui s’effectue, dans le cadre d’une QPC (question prioritaire
de constitutionnalité) et à l’occasion d’un procès, pour une loi déjà en vigueur).
La demande de contrôle a été adressée au Conseil constitutionnel successivement par
60 députés, 60 sénateurs et 60 autres sénateurs («  Saisine du Conseil constitutionnel du
21 février 2019 par plus de 60 députés » ; « Saisine du Conseil constitutionnel du 22 février 2019
par plus de 60 sénateurs » ; « Saisine du Conseil constitutionnel du 25 février 2019 par plus de
60 sénateurs »). Cette saisine du Conseil constitutionnel est conforme au droit en vigueur car
l’on sait que, outre les cas de contrôle obligatoire (ex. : pour lois organiques avant leur pro-
mulgation), pour un contrôle de constitutionnalité avant promulgation d’une loi dite ordi-
naire (telle la loi étudiée), le Conseil constitutionnel peut être saisi au minimum par le
Président de République, ou par le Premier ministre, ou par le Président de l’Assemblée
nationale, ou par le Président du Sénat, ou par soixante députés ou par soixante sénateurs.
Ici, ce sont les parlementaires, en nombre supérieur au nombre minimal requis, qui ont
effectué la saisine.

8. Quand et dans quel sens le Conseil constitutionnel s’est-il ici prononcé ?

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Le Conseil constitutionnel s’est prononcé le 21 mars 2019 en décidant que certaines dispo-
sitions de la loi en élaboration n’étaient pas conformes à la Constitution [« Décision du CC
(Conseil constitutionnel) n° 2019-778 DC du 21 mars 2019 (partiellement conforme) »]. On
sait que, en vertu de la Constitution, une disposition déclarée inconstitutionnelle par le
Conseil constitutionnel ne peut être promulguée ni mise en application.

9. Qu’est-ce que la promulgation d’une loi et quand la loi étudiée ici a-t-elle été
promulguée ? La décision du Conseil constitutionnel a-t-elle été prise en compte ?
La promulgation d’une loi est l’acte par lequel le Président de la République en ordonne la
publication et l’exécution. La loi étudiée a été promulguée le 23 mars 2019 et, au préalable,
le texte a nécessairement été modifié afin de se conformer à la décision du Conseil constitu-
tionnel. («  Loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice promulguée le
23 mars 2019 […] «  L’Assemblée nationale et le Sénat ont délibéré, L’Assemblée nationale a
adopté, Vu la décision du CC n° 2019-778 DC du 21 mars 2019, Le Président de la République
promulgue la loi dont la teneur suit… »).

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10. Sauf, entre autres, dispositions particulières contenues dans le texte de la loi lui-
même, quand et pour quelle raison la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 est-elle entrée
en vigueur ?
Sauf, entre autres, dispositions particulières contenues dans le texte de la loi lui-même (ex. :
entrée en vigueur, le 1er janvier 2020, des dispositions relatives aux tribunaux judiciaires), la
loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 est entrée en vigueur le 25 mars 2019 car elle a été publiée
le 24 mars 2019 au Journal officiel de la République française (« Publication de la loi au JORF
n° 0071 du 24 mars 2019 ») et, par principe, une loi entre en vigueur le lendemain de sa
publication.

EXERCICE 3 QUESTION DE COURS (4 POINTS)


Quelles sont les compétences matérielle et territoriale des tribunaux de commerce en
droit positif français ?
En droit positif français, c’est-à-dire en droit objectif (ensemble des règles de conduite juri-
diques qui gouvernent la vie des personnes au sein d’une nation ; règles dont l’inobserva-
tion est sanctionnée par les pouvoirs publics) actuellement en vigueur en France, les
tribunaux de commerce (dits aussi juridictions consulaires) sont parmi les juridictions d’ex-
ception (juridictions spécialisées, contrairement aux juridictions de droit commun) non
pénales du premier degré de l’ordre juridictionnel judiciaire.
Les tribunaux de commerce sont répartis dans tout le pays et ont la particularité, entre
autres, d’être composés par des juges qui sont des commerçants élus par leurs pairs.
Comme toutes les juridictions, les tribunaux de commerce se voient reconnaître par le légis-
lateur, d’une part, une compétence matérielle (attribuée en fonction de la nature des affaires
à examiner : domaine de l’affaire…) et, d’autre part, une compétence territoriale (détermi-
née en fonction des lieux : implantation de la juridiction, localisation des parties au pro-
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cès…).
S’agissant d’abord de la compétence matérielle qui leur est réservée, les tribunaux de com-
merce statuent essentiellement sur les litiges impliquant des commerçants, personnes phy-
siques ou personnes morales (SA, SARL…), et relatifs à une opération commerciale (ex. :
litige né d’un contrat passé, pour les besoins de leur activité professionnelle, entre un com-
merçant grossiste et un commerçant détaillant).
S’agissant ensuite de leur compétence territoriale, les tribunaux de commerce sont valable-
ment saisis en application des règles applicables à toutes les juridictions non pénales du
premier degré de l’ordre judiciaire. Ainsi, par principe, est compétente la juridiction dans le
ressort de laquelle est situé le domicile du défendeur (lieu où demeure le défendeur, per-
sonne assignée). Et s’il y a plusieurs défendeurs, le demandeur saisit, à son choix, la juridic-
tion du lieu où demeure l’un d’eux. Si le défendeur est une personne morale, le domicile
s’entend du lieu où celle-ci est établie (siège social).
Toutefois, si le défendeur est une personne morale possédant plusieurs succursales ayant
une autonomie juridique, la juridiction compétente, au choix du demandeur, peut être l’une
de celles dans le ressort desquelles se situe l’une quelconque des succursales (jurisprudence
dite des « gares principales »).

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D’autres options, encadrées par la loi, s’offrent parfois à la partie demanderesse qui, comme
en matière contractuelle, peut s’en tenir à la juridiction du lieu où demeure la partie défen-
deresse ou préférer la juridiction du lieu de la livraison effective de la chose ou du lieu de
l’exécution de la prestation de service.
Cependant, dans certains cas, la territorialité juridictionnelle est imposée, notamment par
contrat : c’est le cas lorsque, dans l’éventualité où un litige découlerait dudit contrat, les
parties y ont inséré une clause choisissant la territorialité de la juridiction qu’elles devront
saisir. Toutefois, pour être valable, cette clause doit avoir été spécifiée dans le contrat de
façon très apparente et les parties doivent toutes avoir contracté en qualité de commer-
çants. En pratique, cette modalité de détermination contractuelle de la compétence territo-
riale n’a donc de véritable incidence que pour les tribunaux de commerce.
Au total, de même qu’en toutes les matières, maîtriser les règles de compétences matérielle
et territoriale des tribunaux de commerce est indispensable afin, dès le début d’un procès,
de soumettre à ces juridictions des litiges pour lesquels elles ne seront pas amenées à se
déclarer incompétentes.

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