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DEDICACE

A Nos Parents !

iv
REMERCIEMENTS

Nos remerciements vont à l’endroit :

De notre directeur de mémoire, le Pr. BEGNI BAGAGNA, dont les critiques nous ont permis
de nous améliorer et surtout de parvenir au bout de cette recherche ;

De M. WAHA Jean Pierre, Expert-Comptable, pour le soin qu’il a apporté à la relecture de cet
ouvrage ;

De la merveilleuse famille dans laquelle nous sommes né, la Famille EWANE à Douala, pour
son amour, son soutien tout azimut, ses encouragements.

v
AVERTISSEMENT

L’Université de Douala n’entend donner aucune approbation, ni improbation aux opinions


émises dans ce mémoire. Celles-ci doivent être considérées comme propres à leur auteur.

vi
SIGLES ET ABREVIATIONS

vii
Al. Alinéa
Art. Article
C./ Contre
CAHT Chiffre d'Affraires Hors Taxes
CE Conseil d'Etat
CFC Crédit Foncier du Cameroun
CGA Centre de Gestion Agréé
CGI Code Général des Impôts
Ch. Chambre
Chon. Chronique
Civ. Civil
Comm. Commentaire
Concl. Conclusion
CS Cour Suprême
D Dalloz
DDHC Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen
DGD Direction Générale des Douanes
DGI Direction Générale des Impôts
Ed. / éd. Edition
FNE Fonds National de l'Emploi
ibid. Ibidem
INS Institut National de la Statistique
IRCM Impôt sur le revenu des Capitaux Mobiliers
IRPP Impôt sur le revenu des Personnes Physiques
IS Impôt sur les Société
L Livre
LF Loi de Finances
LGDJ Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence
LPF Livre des Procédures Fiscales
MINFI Ministère (Ministre) des Finances
N° / n° Numéro
OCDE Organisation de Coopération pour le Développement Economique
OHADA Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires
ONU Organisation des Nations Unies
Op. Cit. Opus Citatum
PE Petite(s) Entreprise(s)
PIB Produit Intérieur Brut
PME Petite(s) et Moyenne(s) Entreprise(s)
PUL Presses Universitaires Libres
RGE Recensement Général des Entreprises
RJF Revue Juridique Française
S. Suivant
TPE Très Petite(s) Entreprise(s)
TSR Taxe Spéciale sur les revenus
TVA Taxe sur la Valeur Ajoutée
V. Voir
Vol. Volume
viii
RESUME

Organisme financièrement indépendant, l’Entreprise est soumise à des lois et des règlements
qui régissent son environnement, entre autres les textes fiscaux dont la mission fondamentale
est d’améliorer le climat des affaires. Seulement, nombre d’entreprises au Cameroun
sembleraient ne pas ressentir les efforts de l’administration dans ce sens ; c’est ainsi qu’il a paru
important de mener une étude sur « la fiscalité comme levier de performance de la PME
camerounaise ».
De l’analyse de ce thème d’étude, il ressort que ce dernier pose un problème fondamental, qui
est celui du civisme fiscal dont les principaux écueils sont l’abus de droit, la prolifération du
secteur informel, entres autres. Vu sous un autre angle, le problème ci-dessus énoncé pourrait
susciter la question de savoir si le système fiscal camerounais incite la PME à participer
librement et honnêtement à la dépense publique tout en ressentant des améliorations sur sa
rentabilité, sa performance.
Les résultats obtenus au cours de cette recherche font état des responsabilités partagées entre le
contribuable PME et l’administration. D’un côté, conscient du rôle important que joue le secteur
privé dans la croissance de l’économie, l’administration camerounaise développe des stratégies
et met en place des mesures pour faire de la fiscalité le levier de la performance de la PME
camerounaise ; performance dont les effets seront la rentabilité, la compétitivité, la pérennité
des entreprises. Nonobstant ces différentes mesures, les faits visibles dans l’environnement
laissent croire que les effets escomptés par l’administration ne sont pas encore manifeste ; celle-
ci (l’administration) aurait encore des efforts à fournir visant non seulement l’attractivité du
système fiscal camerounais, mais aussi à bannir en son sein des comportements malsains qui
ternissent l’image de l’administration ; pendant ce temps de l’autre côté, l’entreprise devra
s’armer de toutes les ressources telles que protocole de gestion fiscale, documentation (veille)
juridico-fiscale entres autres, pour bénéficier de toutes les bonnes grâces de la fiscalité.

ix
ABSTRACT

A financially independent organization, the company is subject to laws and regulations that
govern its environment, including tax laws whose fundamental mission is to improve the
business climate. Only, many companies in Cameroon would seem not to feel the efforts of the
administration in this direction; this is how it seemed important to conduct a study on "taxation
as a performance lever of the Cameroonian SME".

From the analysis of this theme of study, it appears that the latter poses a fundamental problem,
which is that of fiscal citizenship whose main pitfalls are the abuse of law, the proliferation of
the informal sector, among others. Viewed from another angle, the above problem could raise
the question of whether the Cameroonian tax system encourages the SME to participate freely
and honestly in public spending while feeling improvements in its profitability, its performance.

The results obtained during this research show the shared responsibilities between the SME
taxpayer and the administration. On the one hand, aware of the important role played by the
private sector in the growth of the economy, the Cameroonian government develops strategies
and puts in place measures to make taxation the lever of the performance of the Cameroonian
SME; performance, the effects of which will be profitability, competitiveness, the durability of
companies. Notwithstanding these different measures, facts visible in the environment suggest
that the effects expected by the administration are not yet apparent; it would still have efforts
to provide for the attractiveness of the Cameroonian tax system, but also to ban it unhealthy
behaviors that tarnish the image of the administration; during this time on the other side, the
company will have to arm itself with all the resources such as protocol of fiscal management,
documentation (watch) juridico-fiscal among others, to benefit from all the good graces of the
taxation.

x
SOMMAIRE

INTRODUCTION GENERALE ............................................................................................ 1

PREMIERE PARTIE : LA PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE AU REGARD DE LA


FISCALITE CAMEROUNAISE .......................................................................................... 10

CHAPITRE 1 : LA MISE EN EVIDENCE DES AVANTAGES CONSACRES AUX PME PAR


LE SYSTEME FISCAL CAMEROUNAIS ........................................................................... 11

Section I : LES AVANTAGES PREVUS PAR LA LEGISLATION FISCALE CAMEROUNAISE


DANS LE CADRE DE LA FISCALITE DE DROIT COMMUN. ........................................... 12

Section II : LE CADRE PARTICULIER DU REGIME DES INCITATIONS.................. 20

CHAPITRE 2 : L’ASPECT PRATIQUE DE LA LEGISLATION FISCALE, SOCLE


DE LA PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE ......................................................... 31

Section I : LA RECONNAISSANCE DE LA LIBERTE DE GESTION FISCALE PAR


L’ADMINISTRATION CAMEROUNAISE ........................................................................... 31

Section 2 : LES EFFETS DE LA FISCALITE SUR LA PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE


............................................................................................................................................... 43

SECONDE PARTIE : L’ANALYSE CRITIQUE DE LA FISCALITE COMME


LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE ......................... 51

CHAPITRE 1 : QUELQUES ECUEILS A LA CONSTRUCTION DE LA


PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE SUR LA FISCALITE CAMEROUNAISE52

Section 1 : LES INSUFFISANCES DU FAIT DE L’ADMINISTRATION...................... 52

Section 2 : LES INSUFFISANCES DU FAIT DU CONTRIBUABLE ............................ 60

CHAPITRE 2 : LA CONTRIBUTION A LA CONSTRUCTION D’UNE FISCALITE


VERITABLE CLEF DE VOUTE DE LA PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE66

Section 1 : LES EFFORTS SUPPLEMENTAIRES A FOURNIR PAR LE FISC : LUTTER


CONTRE LA FUITE DES RECETTES FISCALES ............................................................... 66

Section 2 : LES EFFORTS SUPPLEMENTAIRES A FOURNIR PAR LE CONTRIBUABLE :


OPTIMISATION DES INCITATIONS ET AVANTAGES FISCAUX A EUX CONSACRE . 76

CONCLUSION GENERALE ......................................................................................... 89

xi
xii
LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

INTRODUCTION GENERALE

« La gestion fiscale est devenue un art et une science, presque une industrie. »1
« A Quel niveau situer le prélèvement fiscal, pour que la charge fiscale de chaque contribuable
soit supportable et ne devienne un obstacle à l’initiative et à la production ? »2

I- LE CADRE DE L’ETUDE

Pour fixer le cadre de cette recherche, l’analyse se fera sur un plan théorique (A) et
méthodologique (B).

A/ - LE CADRE THEORIQUE

Si l’on fait abstention des sociétés dites primitives où chacun n’obéit qu’à ses pulsions,
et où il n’existe aucune source d’autorité pour la gestion des intérêts communs, il est juste de dire
que même dans les plus petites communautés présentant des structures politiques et sociale assez
nettement définies, il a toujours été demandé à chaque membre de la communauté de contribuer
aux dépenses du Roi, du Chef ; ou à l’exécution des travaux d’intérêt général. Le cadre théorique
de l’étude conduira à présenter le contexte de la recherche (1) ainsi que les termes clés (2), pour
déboucher la délimitation du sujet ainsi que son espace géographique (3).

1- Le contexte de l’étude

Dans les sociétés antiques, cette contribution était honorée essentiellement en nature. Cette
technique élémentaire de prélèvement va progressivement disparaitre dans nos sociétés
traditionnelles. Ce qu’il est important de souligner c’est que même à ce niveau d’organisation
sociale, la contribution requise ne pouvait s’analyser comme une simple faculté de sorte que
seuls les privilégiés en étaient exonérés ; c’est le cas de la France féodale où la noblesse et le
clergé échappaient à l’impôt.

Déjà, se dessine l’élément contrainte qui peut alors résulter soit d’une volonté délibérée
d’honorer ses engagements envers la société, soit d’une pression extérieure. Le phénomène prend
donc une dimension nouvelle dans les sociétés modernes où l’Etat ou toute autre collectivité
publique, pour tenir ses engagements de bien-être économique culturel et social vis-à-vis des

1
M. COZIAN, Eloge de l’habileté fiscale, RFN 2006, n° 1, alerte 1, §5
2
B. BEKOLO, Note de lecture sur l’ouvrage « la fiscalité, levier de l’émergence des pays africains : le cas du
Cameroun », de A. S. NDZANA, Février 2016

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 1


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

citoyens3, exige des efforts de plus en plus importants. Il convient de souligner que le citoyen
dont il est fait référence ici englobe à la fois les personnes physiques et les personnes morales,
plus précisément les personnes morales de droit privé, sujets de cette analyse. Le paragraphe
infra tentera de présenter le cadre conceptuel de la recherche.

2- Les concepts

Pour cette recherche, les termes clés sont essentiellement l’entreprise, la fiscalité et la
performance. Pendant que François PERROUX cite l'entreprise comme « une organisation de la
production dans laquelle on combine les prix des divers facteurs de la production apportés des
agents distincts du propriétaire de l'entreprise en vue de vendre un bien ou des services sur le
marché pour obtenir par différence entre deux prix ( prix de revient et prix de vente) le plus grand
gain monétaire possible »4 ; pour M. MASOIN, « l'entreprise peut se définir comme une
organisation dans laquelle un entrepreneur affecte, contre revenus, des facteurs de production à
la production de biens ou des services destinés à l'échange, en vue de la réalisation d'un profit »5.
Des déclarations de ces auteurs nous pouvons constater que des éléments indispensables
permettent de caractériser l’entreprise à savoir : l’investissement des moyens, pour répondre à un
besoin précis sur le marché, avec pour seul objectif de réaliser des profits de plus en plus grands ;
ce qui conduit à la classification des entreprises suivant plusieurs critères dont la taille. On peut
ainsi distinguer la très petite entreprise (TPE), la petite entreprise (PE), la moyenne entreprise
(ME) et la grande entreprise (GE) généralement composée de multinationales. Au sens de la
règlementation camerounaise, les trois premières catégories sont rassemblées dans le terme
générique PME (Petite et Moyennes entreprises)6. De même, d’après cette loi du 16 juillet 2015,
l’un des critères de rattachement d’une entreprise à une sous-catégorie de PME7 est le chiffre
d’affaires qui, sous d’autres analyses est considéré comme instrument de mesure de la croissance

3
(Politique) « Personne faisant partie de ceux qui, dans un état organisé, jouissent des mêmes droits et obéissent
aux mêmes lois ». Dictionnaire wikipédia
4
F. PERROUX, cité par A. CRUTZEN, Cours d'Economique politique, éd. Wesmael
5
M. MASOIN cité par A. CRUTZEN, Ibid
6
Loi N°2015/010 du 16 Juillet 2015 Modifiant et Complétant certaines dispositions de la loi N°2010/001 du 13
Avril 2010, portant promotion des Petites et Moyennes Entreprises au Cameroun : « Article 2- (Nouveau) (1) La
présente loi s’applique notamment à la très petite entreprise (TPE), à la petite entreprise (PE) et à la moyenne
entreprise (ME). Article 3- (Nouveau) (1) Au sens de la présente loi, est considéré comme PME toute entreprise,
quel que soit son secteur d’activité, qui emploi au plus cent (100) personnes et dont le chiffre d’affaires annuel
hors taxes n’excède pas trois (3) milliards de francs CFA. »
7
INS, RGE 2009, Sept. 2010 : Le rapport du Recensement Général des Entreprises (RGE) au Cameroun publié en
septembre 2010 par l’Institut National de la Statistique expose que le tissus économique camerounais est
constitué à 75% de TPE, talonnées de très près par les PE (19%).

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 2


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

des entreprises et donc de leur performance ; or parvenir à cet objectif recherché ne pourra être
possible sans l’intégration complète par les PME, de la fiscalité8 dans leur processus de gestion.

L’étude de la fiscalité entendue comme droit fiscal, branche du droit public qui réclame les droits
du fisc ainsi que leurs prérogatives d’exercice, peut se réduire à l’étude de l’impôt qu’il ne faut
pas confondre avec des notions à effets analogues.

Dans l’avant-propos de son précis de fiscalité, le professeur Maurice DUVERGER écrit : « dans
le mot impôt, on englobe ici quelque soient leurs dénomination (impôt, taxe, prélèvement,
contribution…) tous les prélèvements effectués par l’Etat et les Collectivités Locales sur les
personnes physiques ou morales, qui servent à assurer le fonctionnement des services publics
mais ne trouvent néanmoins pas directement leur contrepartie dans un service rendu par
l’administration au contribuable ». En dépit de tous les mérites qu’on reconnait au professeur
Duverger, sa conception simple de l’impôt ne recouvre pas tous les aspects ; en l’occurrence, elle
ne fait pas ressortir l’élément « contrainte ». Or, sait-on que le paiement de l’impôt bien que
volontaire dans son principe, la non-exécution de la tache par le contribuable conduit le fisc à
déployer ses moyens de coercition à l’égard de ces derniers.

De même, pour les Etats modernes aux fonctions multiples, le produit de l’impôt ne saurait servir
seulement au bon fonctionnement des services publics. Cette conception reste assez muette sur
de degré d’effort et de sacrifice demandé à chaque contribuable, d’où l’intérêt de prendre en
compte le principe de l’égalité devant l’impôt. Ces quelques remarques nous conduisent à la
recherche d’une définition plus élaborée de l’impôt ; ainsi, la définition qui nous semble la mieux
adaptée est celle donnée par Gaston GEZE. Selon lui, « l’impôt est une prestation pécuniaire
requise des particuliers par voie d’autorité, à titre définitif et sans contrepartie, en vue de la
couverture des dépenses de l’Etat ».

De cette définition, il ressort que six éléments composent l’impôt :

 Le caractère pécuniaire. L’impôt est en principe perçu en argent et rarement sous forme
de prestation en nature. Par cela il diffère d’autres prestations que l’Etat peut exiger sous
certaines conditions, des citoyens9.

8
Ibid : d’après ce même rapport, sur la liste des difficultés dont se plaignent les entrepreneurs, la fiscalité
décroche la palme d’or avec 58,8% d’avis favorables.
9
C’est la Révolution française de 1789 qui posa le principe de l’impôt en argent. C’est pourquoi de nos jours,
dans tous les Etats modernes, l’impôt en nature a pratiquement disparu et cela à juste titre. Cet impôt était
indéniablement injuste dans la mesure où il frappait la production brute et non le revenu net du contribuable.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 3


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

 L’impôt est une prestation des particuliers. Directement ou non, l’impôt est assis sur les
patrimoines individuels. En principe, toutes les personnes physiques ou morales, de droit
privé ou d’économie mixte, sont assujetties à l’impôt, sauf en cas d’exonération
légalement prévue.
 Le prélèvement de l’impôt est autoritaire. L’impôt est une manifestation de la
souveraineté de l’Etat. Etabli de manière unilatérale, l’impôt est prélevé en utilisant la
contrainte. Le caractère coercitif10 de l’impôt réside en ce que, découlant de la loi (qui est
l’expression de la volonté populaire), l’impôt devient opposable à tous.
 C’est une prestation sans contrepartie. Les sommes versées par le contribuable n’ont
aucune que l’Etat lui devrait, que ce soit en bien ou en service. Cette contrepartie n’existe
qu’au niveau de la collectivité globale puisque l’Etat et le Collectivités Locales doivent
faire fonctionner les services publics et intervenir dans tous les aspects de la vie publique.
Ce caractère de l’impôt le différencie donc d’un « prix de vente ».
 Le caractère définitif de l’impôt. Les sommes perçues par le fisc au titre de l’impôt ne
constituent en rien un emprunt et donc, le contribuable qui le paie ne sera jamais
remboursé. Ce qu’il a donné sera difficilement soustrait de ses ressources.
 En vue de la couverture de la dépense publique. En principe et de façon générale, le
produit de l’impôt est affecté au règlement des charges publiques11 (éducation, santé,
armée, diplomatie, transport, culture…).

Vue sous l’angle de la définition supra, le rôle fondamental de l’impôt qu’est la couverture des
charges publiques, lui confère deux fonctions bien particulières : La fonction financière de
l’impôt ; La fonction économique et sociale de l’impôt.

Selon certain auteurs, la couverture des dépenses publiques (fonction financière) est l’unique
objet de l’impôt qui ne doit avoir aucune incidence économique ; Cette conception qui limite le
rôle de l’impôt à l’approvisionnement des caisses du trésor. Bien que l’impôt soit collecté dans
l’intérêt commun, il ne doit surtout pas contribuer à maintenir ou créer des inégalités sociales par
l’octroi de privilèges fiscaux. Toutefois on peut relever de ce courant de pensées que la neutralité
de l’impôt est relativisée car il est impossible de prélever par contrainte fiscale sans que ce
prélèvement ne vienne grever le pouvoir d’achat des particuliers, ce qui implique des répercutions

10
Tout l’appareil de contrainte et de sanction doit faire pression sur le contribuable ; pour l’obliger à payer, le
fisc dispose à cet effet du privilège d’exécution d’office.
11
Article 13 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 10 décembre 1789 « Pour l’entretien de la
force publique et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être
également repartie entre tous les citoyens en raison de leurs facultés. »

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 4


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

économiques. Dans le même ordre d’idées, l’impôt majore le prix des denrées taxées et agis ainsi
sur leur consommation.

Ce dernier aspect démontre à suffisance que l’objet financier n’est pas la seule finalité de l’impôt,
d’où l’importance d’analyser le rôle économico social de l’impôt.

Par l’impôt, on peut se proposer d’exercer une administration économique globale12 ou une
administration sélective. L’administration sélective que l’impôt se propose d’exercer se remarque
lorsque l’Etat décide par une politique fiscale, d’encourager un secteur et stimuler une branche
de production, ou au contraire, s’opposer à un développement jugé trop rapide. C’est ainsi que
l’impôt exerce une influence particulièrement importante sur le principal acteur du tissus
économique qu’est l’entreprise.

Si l’on définit l’entreprise comme étant une personne morale de droit public ou privé, jouissant
d’une autonomie de Gestion, d’une indépendance financière et dont l’essentiel des ressources
provient de la vente des produits ou services de son activité ; De cette définition il ressort quatre
(04) éléments fondamentaux que sont : la personnalité juridique, l’autonomie de gestion,
l’autonomie financière et le caractère lucratif. En tant que personne vivant sur un territoire régit
par des règles de fonctionnement et soumise à l’autorité d’un Etat, l’entreprise est titulaire de
droits et tributaire d’obligations ; d’où la contribution à la dépense publique13 à travers l’impôt.
L’impôt serait donc « une prestation pécuniaire requise des personnes physiques ou morales, de
droit public ou privé, d’après leurs facultés contributives, par voie d’autorité, à titre définitif et
sans contrepartie déterminée, en vue de la couverture des charges publiques ou à des fins
d’intervention de la puissance publique »14.

Sachant que l’entreprise15 est dotée d’une autonomie de gestion, elle est amenée à chaque instant
de son existence, à prendre des décisions conduisant à la réalisation de son objet lucratif ; d’où
la recherche de la performance16 qui se défini comme la faculté pour une entité à atteindre ses

12
C’est le cas d’une fonction fiscale accrue, destinée à éponger : le pouvoir d’achat excédentaire et lutter contre
l’inflation.
13
« Nul citoyen ne peut être dispensé de l’honorable obligation de contribuer aux charges publiques.» Article 101
de la Constitution Française de 1973.
14
L. MELH et P. BELTRAME, Science et Technique Fiscale, PUF, Thémis, Op Cit, P.54
15
L'entreprise est une notion économique et sociale qui peut être définie comme « une unité organisationnelle de
production de biens et de services jouissant d'une certaine autonomie de décision, notamment pour l'affectation
de ses ressources courantes ». (Source : INSEE)
16
« La performance a longtemps été réduite à sa dimension financière. Cette performance consistait à réaliser la
rentabilité souhaitée par les actionnaires avec le chiffre d’affaires et la part de marché qui préservaient la pérennité
de l’entreprise. Mais depuis quelques années, on est schématiquement passé d’une représentation financière de
la performance à des approches plus globales incluant des dimensions sociale et environnementale. Le concept de

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 5


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

objectifs fixés, grâce à un minimum de ressources ; elle allie donc efficacité et efficience. La
performance de l’entreprise peut s’évaluer sur l’axe sociétal, organisationnel, commercial,
économique, Financier. Pour la suite des développements nous ne tiendrons compte que du
dernier axe qu’est la performance financière. Toutefois, la quête permanente de la performance
ne saurait se faire hors du cadre légal expressément aménagé pour régler la gestion des affaires
sur un territoire donné ; d’où la nécessité de définir l’étendu de la recherche.

3- Délimitation du cadre de recherche

Au Cameroun et comme ailleurs, toute personne physique ou morale qui exerce une activité
lucrative est passible d’une contribution17 exigible à titre d’impôt. Cette contribution de nature
diverse semble exercer un poids plus ou moins considérable sur les contribuables, notamment les
personnes morales de petites tailles18 19 (voir Annexe 1 sur la typologie des entreprises) qui voient
leurs revenus ponctionnés au profit de la puissance publique qu’est l’Etat. Ainsi, l’amélioration
de la performance fiscale constitue l’un des défis de développement pour les pays africains, avec
une recette fiscale d’environ 19.10% du PIB20 ; ce qui demeure en retrait par rapport à d’autres
régions (22.30%) qui ont une structure fiscale comparable à celle des pays africains (en
l’occurrence l’Amérique Latine). De ce fait, la présente recherche s’intéressera aux entreprises
présentes sur le territoire camerounais, et traitera précisément de la performance fiscale en
matière d’impôt sur le revenu des personnes morale (l’IS).

L’observation de l’environnement des affaires au Cameroun laisse Comprendre que


l’administration et les contribuables21 ont des objectifs antipodes car pendant que l’Etat a besoin
de plus de recettes fiscale pour financer son budget, le contribuable de son côté fait tout pour ne
pas payer l’impôt ou du moins ne payer que le stricte minimum. Cette attitude des contribuables
cause des pertes à l’administration fiscale, au regard des manœuvres telles qu’entre autres

performance peut être défini pour une entreprise, comme étant le niveau de réalisation des résultats par rapport
aux efforts engagés et aux ressources consommées. Le concept de performance s'appuie largement sur les notions
d'efficacité et d'efficience. La performance est, par ailleurs, relative à la vision de l'entreprise, sa stratégie et ses
objectifs. » https://www.marketing-etudiant.fr/exposes/p/la-bonne-gouvernance-et-la-performance-de-
lentreprise.php
17
Article 13 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 10 décembre 1789 « Pour l’entretien de la
force publique et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être
également repartie entre tous les citoyens en raison de leurs facultés. »
18
Les personnes morales dont il est question ici sont essentiellement les entreprises.
19
Voir en annexe… répartition des entreprises camerounaises en type.
20
OCDE, Recettes publiques en Afrique, theconversation.com, le 12/10/2017.
21
Bien que regroupant les personnes physiques et morales qui participes à la dépense publique ; pour notre exposé
nous entendrons par « contribuable », « entreprise, PME ».

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 6


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

l’évitement, l’abus de droit, les prix de transfert. Pour tenter d’affiner les recherches sur le sujet,
il conviendra de se fixer une méthode bien précise.

B- LE CADRE METHODOLOGIQUE

Ayant planté le décor avec le cadre de la recherche, il convient de préciser que pour cette dernière
on fera recours à une approche empirique qui partira de l’observation de la réalité extérieure en
ce qui concerne le sujet. Puis, paradoxalement on effectuera un apport, une proposition en vue
de remédier à l’état actuel des choses en la matière. Par ailleurs, pour ce qui est de la méthode de
recherche, on procédera par la voie dialectique afin de faire ressortir avec plus d’évidence, le
contraste entre la quête de performance menée par l’entreprise et le besoin de recettes fiscales
dont souffre l’administration, et de là, tirer une synthèse. Pour y parvenir on aura recours à la
documentation numérique et physique, à la doctrine, à la jurisprudence, aux textes de loi.
Toutefois, la définition de l’intérêt et la formulation de l’hypothèse de recherche seront
nécessaires pour identifier l’objet de l’étude.

II – L’OBJET DE L’ETUDE

A- LA REVUE DE LITTERATURE ET L’INTERET

Pour ce qui est de la revue de littérature, quelques auteurs à l’instar de COZIAN, COLLETTE,
CHRISTINE, AYARI, ATANGA FONGUE entre autres, ont abordé des questions sous-jacentes
à notre thème, telles que la gestion fiscale de l’entreprise, la stratégie fiscale, l’évasion et la fraude
fiscale ; toutefois, cette recherche est inspirée de l’ouvrage d’Alain Symphorien NDZANA qui
traite de la fiscalité comme levier pour l’émergence des pays africains de la zone franc, le cas
du Cameroun. Seulement, le présent sujet se différencie de l’étude supra en ce sens que,
intervenant sur le plan microéconomique il se donne pour mission de permettre aux entreprises
camerounaises de tirer meilleur parti du système fiscal. Ainsi, à la suite de divers
développements, l’intérêt théorique et pratique devra être évident en ce sens que les résultats de
cette recherche devront intéresser à la fois la communauté scientifique, l’administration fiscale,
ainsi que le manager d’entreprise.

Pour la communauté scientifique en particulier les étudiants et chercheurs en sciences de gestion


ou en fiscalité qui traiterons des aspects se rapprochant de notre thème , l’étude suscitera des
interrogations majeures sur la promotion du civisme fiscal ; pour l’administration fiscale, notre
recherche permettra de booster les recettes fiscales tout en garantissant les intérêts des
contribuables et par là édicter des mesures efficaces pour faire de la fiscalité le moteur de la

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 7


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

croissance ; et enfin pour le manager, l’étude permettra de mieux rentabiliser son exploitation en
tirant meilleur parti des dispositions fiscales, toutefois sans plonger dans l’illégalité. Dès lors,
quelles pourraient être les questionnements à formuler ?

B – LA PROBLEMATIQUE ET L’HYPOTHESE

Affirmer que l’impôt a pour objet essentiel la couverture des dépenses publiques implique deux
observations, savoir :

- l’impôt à un objectif financier ;


- l’impôt a un objectif économique et social.

Partant de ce postulat, le sujet retenu pour cette recherche pose le problème du civisme fiscal22
qui se définit comme l’accomplissement volontaire des obligations fiscales, déclaratives et de
paiement, par les contribuables. Cet acte est une valeur universelle largement partagée par tous
les peuples organisés. L’accomplissement volontaire des obligations fiscales par les
contribuables représente un enjeu essentiel. En effet, l’incivisme fiscal est un phénomène de
société allant de la simple négligence à la fraude caractérisée. Ses effets sur l’économie en
général, l’ensemble de la société et sur la pérennité même des entreprises sont incommensurables
et cela se répercute sur plusieurs plans : Il réduit drastiquement les recettes publiques (Cela
signifie moins de dépenses pour la santé, pour l’éducation et pour le service public) ; Il fausse la
concurrence, menace le commerce légal et incite à l’informel, hypothéquant ainsi l’émergence
d’une véritable économie moderne par le fait que tout le produit de l’impôt pèse sur les
entreprises formelles ; Il rompt le principe de l’égalité23 de tous devant l’impôt et mine la
confiance de la population en ses institutions.

Si la fiscalité est l’ensemble des techniques et procédures visant à établir, liquider et recouvrer
l’impôt, celle –ci ne peut – elle pas constituer un tremplin ou un moteur pour la performance de
l’entreprise ? L’ignorance des mécanismes fiscaux par les contribuables eux – mêmes ne serait –
elle pas à l’origine de l’alourdissement de leurs charges fiscales ? C’est donc fort de ces constats
qu’on s’est proposé de rédiger sur « La fiscalité comme levier de performance de la PME
Camerounaise ». Ainsi, pour tenter de fournir des éléments de réponse à ces questionnements, il

22
« La notion du civisme fiscal recouvre l'ensemble des perceptions et attitudes des contribuables qui se
traduisent par le consentement à l'impôt ou par des pratiques de fraude. » Réunion de l’OCDE sur le Civisme
fiscal et intégrité dans les pays en développement, le 10/03/2019.
23
Ce principe suppose l’égalité de tous devant les charges publiques ; mais seulement il ne s’agit pas là d’une
égalité mathématique. L’égalité fiscale doit s’interpréter comme une égalité de sacrifice, chacun devant
participer en fonction de ses facultés contributives, ce qui justifie d’ailleurs l’existence de plusieurs catégories
d’impôts.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 8


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

conviendra examiner dans une première partie l’apport du système fiscal camerounais à la
construction de la performance des PME ; puis dans la seconde partie, on apportera une
contribution au travers d’une analyse critique du problème, en présentant des pesanteurs à
l’appréhension de la fiscalité en tant que levier de performance des PME au Cameroun, et une
poignée de mesures correctrices aussi bien à la charge du contribuable que de l’administration.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 9


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Première partie : LA PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE AU


REGARD DE LA FISCALITE CAMEROUNAISE

Clef de voute du développement de toute entreprise, la performance est un idéal poursuivi


par bien d’entreprises dont les instruments de mesure de la performance varient suivant le but
poursuivi. Parlant de l’axe qui nous intéresse, à savoir l’aspect économique et financier, la
performance se mesure tout d’abord par la rentabilité24 et ensuite par la relation Compétitivité –
Prix25 ; or ces deux ces deux critères quantitatifs, significatifs du résultat, sont influencés par la
fiscalité. Cette partie aura donc pour objectif de démontrer comment l’administration
Camerounaise soutient la performance des entreprises à travers divers régimes fiscaux, d’une
part, et d’autres parts comment le contribuable camerounais peut tirer meilleur profit de la
fiscalité. C’est ainsi que nous analyserons l’aspect pratique de la législation fiscale, socle de la
performance de l’entreprise (Chapitre II), après avoir passé en revue les avantages consacres aux
pme par le système fiscal camerounais (Chapitre I).

24
Il s’agit essentiellement du retour sur Investissement et de l’Excédent Brut d’Exploitation.
25
Il s’agit de la Capacité d'un produit à attirer des clients au détriment des produits concurrents.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 10


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Chapitre 1 : LA MISE EN EVIDENCE DES AVANTAGES CONSACRES


AUX PME PAR LE SYSTEME FISCAL CAMEROUNAIS

A cette ère du 21ième siècle, la préoccupation majeure de tout Etat souverain doit être son
développement économique, politique et social. Mu par le fait que ce développement passe par
la création des richesses grâce à un investissement productif26, et conscient de ce que « la fiscalité
d’un pays ne doit pas avoir pour seule finalité les finances publiques, c’est-à-dire de remplir les
caisses de l’Etat ; la fiscalité doit avoir un aspect de développement, c’est-à-dire permettre que
les entreprises progressent ; car si les entreprises ne se développent pas, il n’y aura pas de recettes
pour l’Etat »27, le législateur camerounais va donc s’engager depuis déjà plusieurs décennies dans
un vaste chantier de réformes fiscales. Ces diverses réformes visent essentiellement à réguler
l’économie à travers l’amélioration du climat des affaires, le boostage des investissements et de
l’emploi, avec pour ultime finalité la pérennisation du développement économique.

Ainsi, au-delà d’améliorer le climat des affaires, d’inciter et d’accompagner les


investissements, de lutter contre le chômage et de soutenir le relance et la croissance de
l’économie, toutes les réformes fiscales adoptées par l’Etat du Cameroun n’ont donc pour effet
que de concilier allègement des charges fiscales et élargissement de l’assiette fiscale. Si nous
gardons à l’esprit que la performance se résume en une gestion efficace et efficiente de
l’entreprise, il ne serait pas malséant de penser qu’optimiser c'est se donner des moyens matériels
et humains en vue d'atteindre le meilleur rendement possible ; d’où la quête permanente de
l’entreprise à tirer meilleur profit des multiples avantages à eux conféré par le législateur fiscal.
De ce fait, pour une meilleure appréhension des avantages consacres aux PME par le système
fiscal camerounais il conviendra d’analyser ces dernier sous l’aspect des avantages de droit
commun (section I) et des mesures particulières aux incitations (section II).

26
Il se distingue de l'investissement en infrastructure. Ce dernier est généralement l'œuvre des pouvoirs publics
et concerne la construction des routes, des voies de communication, la santé, l'éducation, etc..... Il accompagne
l'investissement productif. Celui-ci est fréquemment l'œuvre du secteur privé et concerne la création
d'entreprise, sa modernisation et l'ajustement des capacités de production, voir A. SILEM et J. M. ALBERNI,
Lexique d'économie, 7ème édition 2002, DALLOZ, pp. 399-401.
27
André SIAKA, Ancien président du GICAM, Interview de Cameroun Tribune n° 7823/4112, 28e année, mercredi
9 Avril 2003, p.2

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 11


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

SECTION I : LES AVANTAGES PREVUS PAR LA LEGISLATION FISCALE


CAMEROUNAISE DANS LE CADRE DE LA FISCALITE DE
DROIT COMMUN.

S’il est admis que Le droit commun désigne l'ensemble des règles juridiques applicables
à toutes les situations qui ne font pas l'objet de règles spéciales ou particulières28, en matière
fiscale Le régime de droit commun fait référence à la règle générale qui est normalement
applicable lors de l’imposition d'opérations, de transactions ou d'un capital. Le régime de droit
commun va ainsi différer, notamment, en fonction du type de transactions, du type de produits et
également de la personne (physique ou morale) faisant l'objet d'une taxation. Le régime de droit
commun est aussi évolutif dans le temps et il est dépendant de l'évolution de la législation
fiscale.29

Au Cameroun, on distingue trois (03) régimes d’impositions auxquels l’on est rattaché
suivant d’une part la nature de l’activité menée et d’autre part le volume d’affaires réalisé. Dans
ce cadre, les impôts de droit commun sont relatifs à l’impôt sur le revenu, l’impôt sur l’activité,
l’impôt sur la consommation, l’impôt sur le capital, entre autres. Les opportunités offertes par le
fisc dans les régimes fiscaux de droit commun, concernent tant l’allègement de la charge fiscale
du contribuable (A) que l’amélioration des procédures fiscales (B), tout ceci pour soutenir la
performance des PME.

Paragraphe 1 - Mesures fiscales visant l’allègement de la charge fiscale des


entreprises

Ces mesures d’allègement peuvent être regroupées en deux catégories. D’une part nous
avons l’allègement de l’impôt sur la consommation et de l’impôt sur le revenu (A), et d’autre
part, l’allègement de l’impôt sur le capital et sur l’activité (B).

A - Allègement de l’impôt sur la consommation et sur le revenu

Ce sous paragraphe présente les dispositions de la fiscalité camerounaise pour alléger la


charge fiscale liée à la consommation des entreprises, ainsi qu’à leur revenu.

28
https:\droit-finances.commentçamarche.com consulté le 18 février 2018
29
https://www.mataf.net/fr/edu/glossaire/regime-de-droit-commun

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 12


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

1 – Allègement de l’impôt sur la consommation

Parmi les impôts sur la consommation, on distingue entre autre la TVA, les Droits de Douanes,
les Droits d’assises.

Le droit d'accise est un impôt fonctionnant selon le même mécanisme que la TVA ; Il touche la
plupart des biens dangereux pour la santé comme les boissons alcoolisées et des biens de luxe.
Avant 2006, son taux était unique à 25 %. Depuis 2006, nous avons un taux normal à 25 %, taux
réduit à 12,5 % (véhicules) et le taux super réduit de 2% concernent les services de
communication.

Au regard de l’article 137(2-3), sont exclues de la base imposable à la TVA les distributions
gratuites de biens dans le cadre de la publicité ou de la promotion commerciale ; les débours qui
ne sont que des remboursements de frais facturés pour leur montant exact à l’acquéreur des biens
ou au client.

2 - Allègement de l’impôt sur le revenu

L’impôt sur le revenu30 représente la somme prélevée sur les bénéfices de l’entreprise au titre de
sa contribution à la dépense publique. Depuis l’exercice 2017, le législateur camerounais fait
passer le principal de l’impôt sur les sociétés de 35% à 30%31. Cette réforme intervient comme
une panacée aux jérémiades des contribuables par rapport à la pression fiscale.

B/ - Allègement de l’impôt sur le capital et sur l’activité

Ce sous paragraphe présente les dispositions de la fiscalité camerounaise pour alléger la charge
fiscale liée à l’activité des entreprises, ainsi qu’à leur capital.

1- Allègement de l’impôt sur l’activité

Comme impôt sur l’activité, nous retiendrons la patente et les licences.

La contribution des patentes, impôts recouvrés annuellement sur les personnes physiques ou
morales exerçant une profession ou une activité à but lucratif et dont la base de calcul est liée au
Chiffre d’Affaires présumé de l’activité ou de la profession. Ainsi, toute personne physique ou

30
Entendre par là Impôt sur les Sociétés (IS). Bien que l’IRPP face aussi partie de l’impôt sur le revenu, nous nous
intéresserons uniquement à l’IS vu que nos travaux sont axés sur la personne morale qu’est l’entreprise.
31
Article 17 du CGI.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 13


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

morale de nationalité camerounaise ou étrangère qui exerce au Cameroun un commerce, une


industrie, une profession non comprise dans les exemptions32 fixées par le C.G.I est assujettie à
la contribution des patentes33. Impôt direct local le plus productif, la contribution des patentes
est prévue par les articles 159 à 178 du Code Général des Impôts. Il convient de rappeler que,
soucieux des charges liées au démarrage d’une activité, et Dans l’optique de susciter et
d'encourager la création d’entreprises formelles, le législateur camerounais dans l’article C12 du
CGI exonère de la contribution des patentes au titre de leur premier exercice fiscal, les entreprises
nouvelles34 ; Cette exonération temporaire est de deux (02) exercice fiscaux pour les
contribuables membre d’un CGA.

Quant à La contribution des licences, elle est exigée pour la vente ou la production de certains
produits notamment les boissons ; elle est assise sur le montant de la contribution des patentes
ou sur le montant de l’impôt libératoire, selon que l’entreprise réalise soit un CA supérieur ou
égal, ou inférieur à dix millions (10 000 000).

2- Allègement de l’impôt sur le capital

Dans la catégorie de l’impôt sur le capital, nous traiterons essentiellement des droits
d’enregistrements.

Les droits d’enregistrement portent essentiellement sur des mouvements de patrimoines ; c’est
pour cette raison qu’ils sont classés dans la catégorie des impôts sur le capital. Initialement une
simple formalité juridique visant à protéger les particuliers des éventuelles fraudes par antidates
ou des modifications inattendues, l’enregistrement conférait une date certaine aux actes sous
seing privé. Depuis plusieurs années déjà l’enregistrement représente une part considérable dans
le budget de l’Etat, en ce qui concerne les recettes fiscales ; malgré cela, l’administration toujours
dans le cadre de l’assainissement du climat des affaires, a décidé d’abandonner une fraction non
négligeable de ce revenu, en consacrant l’enregistrement gratis35 des actes de constitution, de
modification du capital des sociétés ; des actes de concessions conclus avec l’Etat ; des actes de
vente des véhicules d’occasion par les concessionnaire de véhicules automobiles soumis à la
TVA36, entre autre.

32
Article C11 du CGI.
33
Article C8 du CGI.
34
On entend par « entreprise nouvellement créée », celle qui est immatriculée au registre du commerce l'année
considérée et qui se présente au service des impôts pour la première immatriculation ; Cf. circulaire
N°0002/MINFI/DGI/LC/L du 11 Jan. 2008 portant loi de finance 2008.
35
Voir article 546 A-6 du CGI.
36
Voir article 546 B-3 du CGI.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 14


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Bien qu’ayant pris des dispositions concourant à l’amoindrissement de la charge fiscale de


l’entreprise, l’administration ne s’est pas arrêté là ; mais a bien voulu améliorer le cadre
procédurier de la fiscalité.

Paragraphe II - Mesures tendant à l’amélioration des procédures

Pour assainir l’environnement des affaires au Cameroun, l’administration s’efforce de mettre en


place des procédures alliant simplicité et efficacité parmi lesquelles nous ne retiendrons que les
garanties reconnues au contribuable vérifié (A) ainsi que l’innovation dans la gestion des crédits
de TVA (B).

A - Les garanties du contribuable vérifié37

« Le système fiscal camerounais est déclaratif. Celui-ci laisse au contribuable toute la latitude
pour effectuer sa (ses) déclaration(s) et accomplir ses obligations fiscales conformément à la loi.
La déclaration souscrite est supposée sincère et exacte. Mais, il ne s'agit là que d'une
présomption » telle est la déclaration de l’ex Directeur Général des impôts, Alfred BAGUEKA
ASSOBO qui souligne le principe déclaratif qui régis toute le système fiscal Camerounais. Pour
confirmer l’adéquation des déclarations du contribuable avec la réalité, l’administration se
réserve le droit de contrôle38. Le contrôle pouvant être fait sur place ou sur pièces, peut prendre
la forme d’une vérification générale ou d’une vérification de la situation économique
d’ensemble ; dans tous les cas, sont reconnues au contribuable des garanties qui peuvent se
décliner en plusieurs points dont :

1- Les droits et de la charte du contribuable39

L'avis d'inspection ainsi qu'un exemplaire de la charte du contribuable doivent lui être envoyés
au moins quinze (15) jours avant le début de l'inspection. Cela devrait être mentionné dans l'avis
d'audit; sinon, l'audit sera nul et non avenu. Lorsqu’il s’agit d’un contrôle inopiné, le contribuable
doit recevoir un avis de passage au moins huit (08) jours avant la date de la première intervention.
De multiples droits lui sont donc consacrés.

37
La charte du contribuable vérifié, Direction Générale des Impôts du Cameroun, Ed. 2010.
38
Articles L11 et suivants du LPF.
39
Article L13 Nouveau du LPF.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 15


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

a) Le droit à l’assistance d’un consultant40

Lors d'une inspection, le contribuable peut être assisté d'un consultant de son choix.

b) Le droit de demander le report d'un audit41

Sur demande dûment motivée, le contribuable a le droit de demander le report d'une inspection
sur place qui lui a été notifiée par l'administration. Seulement, cette demande doit être faite dans
les quinze (15) jours qui suivent la réception de l’avis de passage ; le silence de l’administration
quinze jours après réception de la demande du contribuable vaut acceptation.

c) Limite de la durée des contrôles fiscaux42

Les contrôles sur place des comptes ne peuvent excéder une période de trois (3) mois, sauf dans
des circonstances exceptionnelles dûment expliquées.

d) La procédure d’inspection contradictoire43

Lorsqu'une lacune, une omission ou une inexactitude est constatée dans les éléments utilisés
comme base pour le calcul des taxes et droits, la loi reconnaît à un contribuable la possibilité de
présenter ses arguments de facto ou réagir en réponse aux ajustements que l'administration
prétend lui imputer. Le fardeau de la preuve incombera en principe à l'administration fiscale.

e) Le non-renouvellement de l’inspection

Lorsque la vérification des comptes d'une année donnée sur une taxe ou un groupe de taxes est
terminée pour une année donnée, l'autorité fiscale ne peut procéder à aucune autre inspection des
mêmes taxes au cours de la même période.

2- Les garanties du contribuable dans ses autres rapports avec


l’administration.

Au-delà de toutes ces garanties liées à la vérification de la situation fiscale du contribuable, il


existe encore d’autres, et pas des moindres, que nous allons présenter. Il s’agit des garanties du
contribuable dans ses autres rapports avec l’administration. Nous citerons entre autres :

40
Ibid.
41
Article L14 du LPF.
42
Articles L34 et suivants du LPF.
43
Articles L23 et suivants du LPF.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 16


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

a) Le rescrit fiscal44

Encore appelée procédure de décision anticipée, le rescrit fiscal permet au contribuable ou à un


investisseur de demander à l’administration de se prononcer officiellement sur un projet avant sa
mise en œuvre. La réponse reçue de l'administration engage celle-ci à ne pas contester la situation
fiscale du contribuable tant qu'il est de bonne foi.

b) Le droit à des clarifications et à des informations45

L'administration est tenue de répondre à toute demande d'information ou d'interprétation du


contribuable. Les informations fournies et les interprétations données engagent l’administration
tant que la situation du contribuable n’a pas changé. Ce privilège explique le nombre croissant
de lettres que l’administration reçoit dans le cadre de sa mission d’éducation du contribuable.

c) La garantie contre les modifications de la doctrine

La doctrine fiscale est alimentée par des circulaire, décisions, lettres, notes de l’administration.
Lorsqu'un contribuable s'est conformé à une interprétation d'un texte fiscal, comme convenu
formellement par l'administration à l'époque, toute modification ultérieure de cette interprétation
ne peut avoir d'effet rétroactif.

d) Les litiges46

Il s’agit de demandes visant à obtenir soit la réparation d’erreurs commises lors de l’évaluation
de la taxe, soit le droit à un droit résultant d’une disposition législative ou réglementaire. Ces
recours comportent, en amont, une phase administrative purement hiérarchique, qui peut donner
lieu à un renvoi au juge des impôts en cas de mécontentement. Le contribuable a désormais le
droit de conduire l’administration devant le juge de l’impôt.

e) Le droit de grâce fiscal47

Au terme de l’article L141 du LPF, les contribuables qui ne peuvent pas, en raison de leur
pauvreté ou d'un empêchement, payer des impôts dûment établis, ont la possibilité de demander
grâce auprès de l’administration fiscale. Ces demandes visent à obtenir l'annulation, la

44
Article L33 Bis du LPF.
45
Articles L22 et L22 bis du LPF.
46
Articles L115 et suivants du LPF.
47
Articles L141 et suivants du LPF.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 17


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

transaction ou la réduction d'impôts, de pénalités ou d'amendes fiscales. Toutefois, la grâce ne


saurait être accordée pour des impôts recouvrés auprès des tiers, ou retenus à la source.

B - l’innovation dans la gestion des crédits de TVA48

Le crédit de TVA désigne la différence négative entre la TVA brute collectée sur les clients et la
TVA supportée en amont lors de l’acquisition des biens et services. Cette modalité de déduction
appelée imputation est le mécanisme par excellence qui garantit la neutralité de la TVA car au
bout de la chaîne, seul le consommateur final supporte la taxe.

1- Présentation du crédit de TVA

Il peut arriver dans certains cas, que la démarche d’imputation ne soit pas opérante du fait que
l'entreprise ne collecte pas suffisamment de taxe brute. Dans ce cas, l'excédent de taxe déductible
après imputation encore appelé « crédit à reporter » pourra être imputée sur la TVA due des mois
suivants jusqu'à épuisement, sans limitation de délai. Toutefois, le principe de l'imputation peut
s'avérer pénalisant pour l'assujetti lorsque le crédit de TVA est très important ou a un caractère
structurel. C'est pourquoi, afin d'alléger les tensions de trésorerie des entreprises qui se trouvent
en situation de crédit structurel ou permanent, le législateur offre la possibilité de compensation,
voire de remboursement à ce crédit.

2- La compensation et le remboursement des crédits de TVA.

Le remboursement ou la compensation du crédit de TVA constituent une panacée pour les


entreprises en crédit structurel de TVA dans la mesure où elle permet de résorber le problème de
trésorerie. Le remboursement ou la compensation n’étant pas automatique, le contribuable doit

48
Articles 149 et suivants du CGI.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 18


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

en faire expressément la demande49, dans un cadre bien aménagé et mis à jour par le législateur,
en ce qui concerne les conditions d’éligibilité50 et les modalités de remboursement51 52.

Ainsi, depuis 2008, le seuil de la demande de remboursement des crédits trimestriel est passé de
25 à 10 millions de FCFA.

Cette possibilité pour les contribuables de se voir remboursé leurs crédits de TVA assez
volumineux, ou de les voir être compensés par d’autres impôts sur la consommation apparait
comme une bouffée d’oxygène pour ceux-là en ce sens que les crédits remboursés ou compensés
permettent de résoudre le déficit de trésorerie généré soit par l’insuffisance de la TVA d’aval,
soit par l’opération de la retenue à la source de cette dernière.

L’annexe 2 relate toutes les étapes de la procédure de demande de remboursement des crédits de
TVA.

49
Article 149 (3) (4) du CGI.
50
Ibid. au terme de cet article « Les crédits d’impôt générés par le mécanisme des déductions sont imputables
sur la Taxe sur la Valeur Ajoutée due pour les périodes ultérieures jusqu’à épuisement, sans limitation de délai.
L’administration fiscale peut à tout moment procéder à un contrôle de validation d’un crédit de TVA exposé par
un assujetti.
Pour les activités de commerce général, qui par leur nature, ne sont pas susceptibles de générer un crédit
structurel de Taxe sur la Valeur Ajoutée, tout report de crédit sur les déclarations ultérieures, n’est admis au-delà
d’une période de trois (03) mois qu’au terme de sa validation préalable par les services compétents de
l’administration fiscale. Les crédits de TVA non imputables sont sur demande des intéressés et sur autorisation
expresse du Directeur Général des Impôts, compensés pour le paiement de la TVA, des droits d’accises, ainsi que
des droits de douane, à condition que les opérateurs économiques concernés justifient d’une activité non
interrompue depuis plus de deux ans, au moment de la requête et qu’ils ne soient pas en cours de vérification
partielle ou générale de comptabilité. (M.L.F. 2012)».
51
« … Les crédits de Taxe sur la Valeur Ajoutée peuvent faire l’objet de compensation et éventuellement de
remboursement à condition que leurs bénéficiaires ne soient pas débiteurs des impôts et taxes compensables,
de quelque nature que ce soit, et que ces crédits soient justifiés.
Ils sont remboursables :
• dans un délai de trois mois aux entreprises en situation de crédit structurel du fait des retenues à la source ;
• dans un délai de trois mois à compter du dépôt de la demande, aux industriels, marketers et établissements de
crédit-bail lorsque ceux-ci renoncent au mécanisme de l’imputation ;
• aux exportateurs, dans un délai de deux mois à compter de la date de dépôt de la demande de
remboursement. Toutefois, le montant du crédit de TVA à rembourser est limité au montant de TVA calculé par
application du taux général en vigueur au montant des exportations réalisées.
Les exportateurs sont tenus d’annexer à leur déclaration les références douanières des exportations effectuées,
l’attestation d’exportation effective délivrée par l’administration en charge des Douanes, ainsi que celle du
rapatriement des fonds délivrée par l’administration en charge du Trésor sur les ventes à l’exportation dont le
remboursement est demandé ; … ».
52
Article 149 bis (1) (2) du CGI « Sont recevables, les demandes de remboursement des crédits de TVA éligibles,
assorties des pièces justificatives, introduites par voie électronique auprès des services fiscaux compétents. Les
remboursements des crédits de TVA se font dans les délais visés à l’article 149 ci-dessus et selon les modalités ci-
après : … ».

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 19


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Section II : LE CADRE PARTICULIER DU REGIME DES INCITATIONS

Conscient du fait que la croissance de son économie repose grandement sur le


secteur privé, le législateur camerounais va édicter une multitude de mesures classées sous le
terme générique de « régime des incitations », en vue de convier les entreprises à faire de la
fiscalité leur cheval de Troie pour une rentabilité et une compétitivité certaine et pérenne.
C’est dans ce sens que nous développerons cette section en passant en revue tour à tour, les
incitations à l’investissement privé (paragraphe 1) ainsi que les autres incitations (paragraphe 2)
en république du Cameroun.

Paragraphe I - Des incitations à l’investissement privé en République du


Cameroun

Si l’investissement est le moteur de la croissance économique, il n’est nul doute que la


fiscalité soit un déterminant majeur de l’investissement privé. C’est donc armé de cette ambition
de vouloir booster la croissance au Cameroun et porter son taux à deux chiffre53, que législateur
d’avril 2013, au travers de la loi n° 2013/004 du 18 avril 2013, fixe les incitations à
l’investissement privé en république du Cameroun. De cette loi (modifiée par voie règlementaire)
il ressort nombre d’avantages fiscaux et douaniers concédés, visant non seulement à attirer de
nouveaux investisseurs mais aussi à stimuler les entreprises déjà installées au Cameroun.
Qu’elles soient nouvelles ou anciennes sur le territoire, les entreprises devront mieux intégrer
dans leur prise de décision, les dispositions et les mécanismes d’application de cette loi ainsi que
des textes subséquents pour en tirer le plus grand bénéfice, et par ricochet donner un coup de
pouce à leur performance.

L’analyse du texte de loi ci-dessus fait ressortir que le contribuable qui veut bénéficier
des avantages y définies, dispose d’un vaste champ d’actions partant de l’agriculture à l’industrie
en passant par la santé, l’éducation, la culture, le sport, le transport, l’énergie, le logement etc.
Toutefois, ce dernier devra se conformer à certaines exigences pour être admis au régime des
incitations54 ; cette admission au régime des incitations confère donc au contribuable des

53
Voir prescriptions du DSCE (Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi) Cameroun vision 2035,
2009, p. 53-73.
54
ARRETE N° 00366/MINFI/SG/DGI/DGD du 19 novembre2013 précisant les modalités de mise en œuvre des
avantages fiscaux et douaniers de la loi n° 2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement prive
en république du Cameroun : Articles 2 et 3 « Article 2.- Le bénéfice des avantages fiscaux et douaniers prévus
par la loi n° 2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé est conditionné par
l’obtention d’un agrément délivré par les autorités compétentes.
Article 3.- (1) Un comité, créé par décision du Ministre chargé des Finances, composé des représentants de la
Direction Générale des Impôts qui en assurent la présidence, et de la Direction Générale des Douanes chargée du

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 20


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

avantages fiscaux et douaniers selon que l’entreprise est nouvellement installée au Cameroun, ou
qu’elle y existait déjà. Les avantages ainsi consacrés sont regroupés en incitations communes et
incitations spécifiques, et le législateur a bien pris soin de distinguer la phase d’installation des
entreprises, de celle d’exploitation.

A/ - Des incitations communes aux investissements

Il s’agira ici de présenter les incitations offertes à toutes les entreprises quel que soit le type ou
la nature de l’activité. La seule distinction à opérer est la phase d’installation ou d’exploitation.

1 - Avantages accordés aux entreprises nouvelles en phase d’installation 55

La phase d’installation est relative à la constitution de la société et son implantation au Cameroun.


Pendant cette phase, l’entreprise bénéficie de :

- l’exonération des droits d’enregistrement des baux d’immeubles à usage exclusivement


professionnel faisant partie intégrante du programme d’investissement ;

- l’exonération des droits de mutation sur l’acquisition des immeubles, terrains et bâtiments
indispensables à la réalisation du programme d’investissement ;

- l’exonération des droits d’enregistrement des contrats de fourniture des équipements et


de la construction des immeubles et installations nécessaires à la réalisation de leur programme
d’investissement ;

- l’exonération des droits d’enregistrement des contrats de concession ;

- l’exonération des droits d’enregistrement des actes de création ou d’augmentation du


capital.

- l’exonération de la TVA sur les prestations de services liées à la mise en place du projet
et provenant de l’étranger ;

- l’exonération de la TVA due à l’importation des équipements et matériels liés au


programme d’investissement.

rapport des travaux, instruit la demande d’agrément.


(2) Le comité visé à l’alinéa ci-dessus dispose d’un délai de quinze (15) jours ouvrables à compter de la date de
réception de la demande d’agrément transmise par le Guichet unique pour procéder à l’instruction. »
55
Article 5 de l’arrêté N° 00366/MINFI/SG/DGI/DGD du 19 Novembre 2013.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 21


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

- l’exonération de la patente pendant la durée de la phase d’installation.

- l’exonération des taxes et droits de douane sur tous les équipements et matériels liés au
programme d’investissement ;

- l’enlèvement direct des équipements et matériels liés au programme d’investissement lors


des opérations de dédouanement

2 - Avantages accordés aux entreprises nouvelles en phase d’exploitation56

Pour encourager les entreprises nouvelles à soutenir leur programme d’investissement, nombre
d’avantages leur sont accordés ; dans la pratique, on distingue trois (03) catégories à l’une
desquelles l’entreprise agréée au régime des incitations doit appartenir pour prétendre aux
avantages de la phase d’exploitation. Ainsi on distingue :

La catégorie A pour les entreprises qui s’engagent à réaliser sur une période maximale de cinq
(05) ans un investissement inférieur ou égal à un (01) milliards de F CFA ;

La catégorie B pour les entreprises qui s’engagent à réaliser sur une période maximale de cinq
(05) ans un investissement compris entre un (01) milliards et cinq (05) milliards de F CFA ;

La catégorie C pour les entreprises qui s’engagent à réaliser sur une période maximale de cinq
(05) ans un investissement supérieur à cinq (05) milliards de F CFA ;

Quel que soit la catégorie dans laquelle est agréée l’entreprise nouvelle, celle-ci doit, avant de
bénéficier des avantages en cause, satisfaire à au moins l’une des conditions ci-après :

- créer pendant la phase d’exploitation au moins un (01) emploi par tranche de vingt (20) millions
d’investissement dans les secteurs industriel, touristique, artisanal, agricole, de l’élevage et de la
pêche ;

- générer une activité dont les exportations annuelles représentent au moins 25 % du chiffre
d’affaires hors taxes au cours des cinq premiers exercices de production dans les secteurs
d’activité ci-dessus ;

- utiliser les ressources naturelles nationales à concurrence d’au moins 20 % de la valeur des
intrants dans les secteurs d’activité ci-dessus, à l’exclusion de la main-d’œuvre, de l’eau, de
l’électricité et des télécommunications ;

56
ibid

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 22


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

- générer une augmentation de la valeur ajoutée d’au moins 30 % dans les secteurs d’activité ci-
dessus.

Ayant satisfait pleinement l’un des critères suscités, l’entreprise peut donc bénéficier d’avantages
qui ont trait tant à la fiscalité interne qu’à la fiscalité des portes. Il s’agit entre autres de :

- réduction de 50 % de l’impôt sur les sociétés ou de l’impôt sur les bénéfices industriels et
commerciaux pendant cinq (05) ans ;

- réduction de 25 % de l’impôt sur les sociétés ou de l’impôt sur les bénéfices industriels et
commerciaux de la sixième à la dixième année ;

- exonération des droits d’enregistrement relatifs aux prêts, emprunts, avances en compte courant
et cautionnements pendant cinq (05) ans ;

- enregistrement gratis sans perception des droits de timbre gradué sur les actes relatifs à
l’augmentation, à la réduction, au remboursement et à la liquidation du capital social pendant dix
(10) ans ;

- réduction de 50 % des droits d’enregistrement sur les actes de transfert de droits de propriété
ou de jouissance immobilière et de baux pendant cinq (05) ans ;

- réduction de 50 % de l’impôt sur le revenu des capitaux mobiliers (IRCM) à l’occasion de la


distribution des revenus pendant cinq (05) ans ;

- réduction de 25 % de l’impôt sur le revenu des capitaux mobiliers (IRCM) à l’occasion de la


distribution des revenus de la sixième à la dixième année ;

- report des déficits jusqu’au cinquième exercice suivant celui de leur survenance pendant cinq
(05) ans.

- Au niveau de la fiscalité de porte, taux réduit de 5 % du droit de douane à l’importation


d’équipements, d’outils, de pièces de rechange, de produits intermédiaires, de fournitures et de
consommables n’ayant pas de similaires fabriqués localement, à l’exception des droits, taxes et
autres charges de nature non-fiscale ayant le caractère d’une rémunération de service.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 23


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B/ - Des incitations spécifiques

Celles-ci concernent à la fois les entreprises nouvelles et celles existantes, et diffèrent suivant
que l’entreprise sujette au régime des investissements réalise des activités spécifiques57 ou des
objectifs spécifiques58.

1 - Avantages accordés en raison de la réalisation de certaines


activités spécifiques59

Qu’elle soit nouvelle ou existante, l’entreprise qui réalise au moins l’une des activités spécifiques
au sens de l’article 9 (1) de l’arrêté du 19 novembre 2013, bénéficient en plus des incitations
communes, d’un crédit d’impôt sur le revenu pour des opérations réalisées au Cameroun. Il
convient de préciser que les activités d’intérêt public en zone rurale s’étendent à la construction
et / ou l’aménagement d’espaces et infrastructures à usage public.60 Toutefois, si l’activité de
l’entreprise consiste même accessoirement à la réalisation des activités dites spécifiques au sens
de l’alinéa 1 ci-dessus, cette dernière n’a plus droit au bénéfice du crédit d’impôt61.

2 - Avantages accordés en raison de la réalisation de certains


objectifs spécifiques6263

En plus des incitations communes au régime de l’investissement privé, les entreprises admises à
l’une des catégories dudit régime et qui satisfont aux exigences de l’article 11 de l’arrêté N°
00366/MINFI/DGI/DGD du 19 Novembre 2013, bénéficient entre autre d’une exonération de
TVA sur les intérêts sur les emprunts locaux ou extérieur relatif au programme d’investissement ;
d’une exonération de la taxe foncière sur les immeubles bâtis ou non.

57
Au terme de l’article 9 (1) de l’arrêté N° 00366/MINFI/DGI/DGD du 19 Novembre 2013, est qualifié d’activité
spécifique toute réalisation relatif au « financement d’infrastructures sportives, culturelles ou sociales ;
financement d’activités d’intérêt public en zone rurale ; recrutement d’au moins cinq (05) jeunes diplômés de
l’enseignement supérieur par an ; acquisition et installation sur le site des investissements de matériels et
d’équipements spécialisés d’épuration et de traitement de déchets industriels solides, liquides ou gazeux destinés
à éviter le déversement dans la nature d’effluents, de gaz ou d’autres substances nocives à la santé ».
58
Au terme de l’article 11 de l’arrêté N° 00366/MINFI/DGI/DGD du 19 Novembre 2013, sont qualifiés d’objectifs
spécifiques toute réalisation opérée dans « - le secteur de l’agriculture, de la pêche ou de l’élevage ; le secteur de
l’agro-industrie ; le secteur touristique, des loisirs et de l’artisanat ; le secteur de l’habitat et du logement social ;
le secteur des industries manufacturières ; le secteur de l’industrie lourde de fabrication de matériaux de
constructions et de la sidérurgie ; le secteur de l’industrie pharmaceutique ; le secteur de l’énergie et de l’eau ».
59
Articles 9 à 12 de l’arrêté N° 00366/MINFI/DGI/DGD du 19 Novembre 2013.
60
Article 9 (2) de l’arrêté N° 00366/MINFI/DGI/DGD du 19 Novembre 2013.
61
Article 9 (3) de l’arrêté N° 00366/MINFI/DGI/DGD du 19 Novembre 2013.
62
Articles 11, 12 et 13 de l’arrêté N° 00366/MINFI/DGI/DGD du 19 Novembre 2013.
63
Articles 4 et 14 de la LOI N° 2013/004 DU 18 AVRIL 2013 Fixant les incitations à l’investissement privé en
République du Cameroun.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 24


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Il est important de préciser que les avantages concédés aux contribuables par le régime des
incitations à l’investissement privé en république du Cameroun, ne sont aucunement cumulables
aux régimes conventionnels ; au régime du code minier, gazier et pétrolier ; au régime des
contrats de partenariat, du réinvestissement ; aux régimes économiques du code des douanes et
tout autre régime particulier accordant des avantages de nature fiscale et/ou douanière.64

Outre les opportunités fiscales offertes aux entreprises en termes d’incitations à l’investissement
privé en république du Cameroun, l’administration camerounaise offre bien d’autres avantages
qu’il convient aussi d’examiner.

Paragraphe 2 - Des avantages fiscaux relatifs aux autres incitations

Toujours dans l’optique de rendre plus attrayant le climat des affaires au Cameroun et ainsi
dopper la performance de l’entreprise, le législateur camerounais aménage de multiples autres
opportunités fiscales contenues dans des incitations de plusieurs ordres à savoir les incitations
relatives à l’emploi, la formation et l’innovation (A) ; les incitations relatives à la promotion du
secteur agricole (B) ; les incitations relatives à la promotion des CGA (C).

A/ - Incitations fiscales afférentes à l’emploi, la formation et l’innovation

Ces incitations bénéficient plus aux entreprises œuvrant dans les secteurs propres aux missions
régaliennes de l’Etat (éducation, emploi, santé).

1 - mesures relatives à la promotion de l’éducation, de la formation


professionnelle et de la sante65

Dans le seul but de soutenir le développement et encourager la création des centres


éducatifs, de formation professionnelle et des centres hospitaliers, le législateur de décembre
2009 accorde aux promoteurs de ces institutions des avantages non moins considérables et qui
pourraient traduire des effets positifs sur leur performance. Ainsi depuis le 1er janvier 2010, les
établissements privés d’enseignement, de formation et de santé, laïcs ou confessionnels, dûment
agréés par l’autorité compétente, sont soumis à un régime fiscal particulier selon qu’ils sont
redevable légal ou redevable réel.

64
Article 14 de l’arrêté N° 00366/MINFI/DGI/DGD du 19 Novembre 2013.
65
Article 120 du CGI.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 25


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En leur qualité de redevable réel : ils sont exonéré du paiement de la contribution des
patentes ; dispense du paiement de la taxe sur la propriété foncière sur les immeubles affectés à
leurs activités lorsque ceux-ci leur appartiennent en pleine propriété ; exonération de l’impôt sur
les sociétés et de l’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux, lorsqu’ils ne poursuivent
pas un brut lucratif. Jusqu’à l’adoption de la loi de finances pour l’exercice 2010, les immeubles
appartenant aux établissements hospitaliers et scolaires privés étaient soumis à la taxe sur la
propriété foncière66. La loi de finances sus visée dispense désormais les immeubles appartenant
à ces entités du paiement de cet impôt ;

En leur qualité de redevable légal, ils sont entre autres dispensé de collecte de la TVA
sur tous les services par eux offerts, qu’ils se rapportent directement à leur activité principale
d’enseignement ou de fourniture des soins, ou qu’ils leur soient accessoires à l’instar de la
restauration, de la distribution des fournitures, manuels scolaires et des tenues, du transport
scolaire, de la vente des consommables médicaux et des produits pharmaceutique.

2 - Mesures relatives à la promotion de l’emploi jeune67

Instituée par la loi N° 2016/018 du 14/12/2016 portant promotion de l’emploi jeune, cette mesure
incitative qui apparait comme une panacée au fléau du chômage des jeunes a pour effet
d’encourager le recrutement des jeunes diplômés camerounais de moins de 35 ans. Ainsi, Les
entreprises relevant du régime du réel qui recrutent dans le cadre d’un contrat à durée
indéterminée ou déterminée pour un premier emploi, ou d’un stage pratique pré-emploi, des
jeunes diplômés camerounais âgés de moins de 35 ans, sont exemptes des charges fiscale et
patronale sur les salaires versés à ces jeunes, à l’exception des charges sociales, sur une durée de

66
CIRCULAIRE N°0000001/MINFI/DGI/LC/L DU 15 JANVIER 2010 Précisant les modalités d’application des
dispositions fiscales de la loi n°2009/018 du 15 décembre 2009 portant loi de finances de la République du
Cameroun pour l’exercice 2010 : Au sens de la loi de finances pour l’exercice 2010, les établissements hospitaliers
s’entendent de l’ensemble des structures sanitaires publiques, ou privées dûment agréées, qui offrent des services
de santé aux patients. Il en est ainsi notamment des hôpitaux, dispensaires, cliniques, centres de santé appartenant
soit à l’Etat ou à ses démembrements, soit à des privés laïcs, soit à des privés confessionnels.
En effet, seuls les immeubles affectés à l’activité sanitaire (notamment les salles de soins,
d’hospitalisation, les bureaux de consultation, les magasins) sont visés par cette exonération qui ne saurait en
aucun cas bénéficier aux immeubles appartenant aux établissements hospitaliers mais utilisés à des fins autres que
la fourniture des soins de santé. Il en est ainsi des logements des médecins attenants aux établissements
hospitaliers. Ceux-ci sont normalement soumis à la taxe sur la propriété foncière.
De même, cette disposition ne s’applique pas aux cliniques vétérinaires qui sont en conséquence exclues du
bénéfice de la présente mesure, celles-ci n’étant pas des établissements hospitaliers.
Concernant les établissements scolaires visés par cette exonération, il convient de préciser qu’il s’agit des écoles
maternelles et primaires, secondaires et universitaires, des centres de formation professionnelle, qu’ils soient laïcs
ou confessionnels. Ces établissements sont exonérés de la taxe foncière sur leurs seuls immeubles affectés à
l’activité scolaire ou de formation.
67
Articles 105 et 106 du CGI.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 26


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

trois (03) ans. Pour bénéficier de cette mesure, le contribuable du régime du réel ne doit pas être
soumis à un autre régime dérogatoire ou un autre régime incitatif particulier. L’exonération des
charges fiscales et patronales sur salaires versés aux jeunes s’étend à cinq (05) ans lorsque le
recrutement est fait en zone économiquement sinistré68.

Il convient de rappeler que malgré la grosse économie d’impôt que présage cette mesure, ne
pourront se voir appliquer ces avantages, seul les contribuables qui auront fourni au fisc la liste
des personnes recrutées, ainsi que les justif probants.

3 - Mesures relatives à la promotion de l’innovation

En vue d’inciter et d’encourager la recherche scientifique et technique ainsi que


l’innovation, le législateur camerounais accorde aux entreprises du régime du réel engagées à
cette cause, un crédit d’impôt aux titre des dépenses de recherche et d’innovation qu’elles
exposent. Au-delà d’inciter, ce crédit d’impôt participe activement à la performance des
entreprises suscitées en terme d’économies réalisées sur la charge fiscale.

Ainsi, au terme de l’article 124 bis du CGI, les dépenses de recherche et d’innovation
ouvrant droit au crédit d’impôt sont :

- les dotations aux amortissements des immobilisations acquises à l’état neuf et affectées
aux opérations de recherche scientifique et technique ;

- les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche


directement et exclusivement affectés à ces opérations ;

- les dons et libéralités effectués au profit des chercheurs indépendants ;

- les dépenses liées à l’acquisition des droits d’exploitation des inventions des chercheurs
camerounais ;

- les dépenses exposées pour la réalisation des opérations de recherche et d’innovation


confiées à des organismes de recherche public ou privé, des établissements d’enseignement

68
Voir Arrêté N°000509/MINFI/DGI/LRI/L du 04 Juillet 2016. Au sens de cet arrêté, par zone économiquement
sinistré il faut entendre les zones dans lesquelles l’activité économique est affectée structurellement et
durablement parles sinistres de toute nature à l’instar de l’insécurité, l’inondation, la famine, la sècheresse, etc.
[…] Est reconnue comme zone économiquement sinistré à la date de signature du présent arrêté, la région de
l’extrême-nord. …

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 27


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

supérieur ou à des chercheurs indépendants agréés par le ministère en charge de la recherche. Le


taux du crédit d'impôt est de 15% des dépenses de recherche et d’innovation ci-dessus.

Toutefois, il est important de souligner que ce crédit d’impôt qui est plafonné à cinquante
(50) millions de FCFA est imputable dans la limite de trois exercices clos suivant celui au titre
duquel des dépenses ont été engagées.

B/ - Mesures relatives à la promotion du secteur agricole, des matériaux locaux


ainsi que des matières premières locales69

Pour booster la production agro-pastorale, la fiscalité camerounaise prévoit au travers de


l’article 122 du CGI, que les entreprises ayant pour activités l’agriculture, l’élevage et la pêche
d’une part, de même que les industries utilisant de la matière première locale d’autres parts,
bénéficient des avantages fiscaux ci-après définis. Nous distinguerons donc les avantages
communs à toute la filière agro-pastorale (1) de ceux réservés aux industries consommant des
intrants locaux.

1 - Avantages communs à tout le secteur agro-pastoral.

Ces avantages sont relatifs à :

- La dispense des charges fiscales et patronales sur les salaires versés aux ouvriers
agricoles saisonniers par les exploitants individuels ;

- L’exonération de la TVA sur l’achat des pesticides, des engrais et des intrants utilisés
par les producteurs, ainsi que des équipements et matériels de l’agriculture, de l’élevage et de la
pêche figurant à l’annexe du présent titre ;

- L’exonération des droits d’enregistrement des mutations de terrains affectés à


l’agriculture, à l’élevage et à la pêche ;

- L’exonération des droits d’enregistrement des conventions de prêts destinées au


financement des activités agricoles, de l’élevage et à la pêche ;

- L’exonération de la taxe foncière des propriétés appartenant aux entreprises agricoles,


d’élevage et de pêche, et affectés à ces activités, à l’exclusion des constructions à usage de
bureau.

69
Articles 122, 123, 124 du CGI.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 28


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Dans le même ordre d’idées, la loi de finances pour l’exercice 2017 entends développer
l’industrie locale en accordant des avantages particuliers aux entreprises engagées à cette cause.

2 – Avantages consacrés aux industries locales œuvrant dans la promotion


des matières premières locales.

Au terme des articles 123 et 124 du CGI les établissements publics de promotion des
matériaux locaux de construction bénéficient des avantages fiscaux ci-après :

- exonération de la TVA sur l’achat des équipements et matériels de fabrication des


matériaux locaux de construction ainsi que sur la vente des produits fabriqués à base de ces
matériaux ;

- soumission à l’Impôt sur les Sociétés au taux réduit de 20% ;

- application d’un abattement de 50% sur la base de l’acompte mensuel d’Impôt sur les
Sociétés.

De même depuis le 1er janvier 2017, les boissons produites et conditionnées


exclusivement à partir de la matière première locale, sauf indisponibilité absolue d’un ingrédient
sur le marché local, sont passibles uniquement du droit d’accises ad valorem à l’exclusion du
droit d’accises spécifique visé à l’article 142 (8). Dans tous les cas, le pourcentage de la matière
première issue de l’agriculture locale ne peut être inférieur à 40% des composants utilisés et les
emballages servant de conditionnement, lorsqu’ils sont non retournables, doivent nécessairement
être recyclés au Cameroun.

C/ - Opportunités liées aux incitations relatives à la promotion des Centres de


Gestion Agréés (CGA)70

La LF pour l'exercice 2016 vient innover le régime fiscal des adhérents aux Centres de Gestion
Agréés (CGA). Suivant les dispositions de l'article 118(2) du CGI, peuvent être adhérentes aux
CGA, les personnes physiques ou morales réalisant un CAHT annuel inférieur ou égal à cent
(100) millions de FCFA.

Ainsi, au titre d’avantages fiscaux l'adhérent du CGA bénéficiera de :

70
Article 118 (2) et 119 du CGI.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 29


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

- abattement de 50% du bénéfice fiscal déclaré sans que l’impôt dû soit inférieur au minimum de
perception prévu par le présent Code ;

- abattement de 50% sur la base de calcul du précompte sur achats des distributeurs, lorsque ces
achats sont effectués auprès de certaines grandes entreprises dont la liste est fixée par arrêté du
Ministre chargé des Finances. Le précompte acquitté dans ce cas constitue le minimum de
perception prévu par le présent code ;

- dispense de contrôles fiscaux sur place pour la période non prescrite pour toute adhésion
effectuée avant le 31 décembre 2016 ;

- application des pénalités de bonne foi pour les contrôles fiscaux couvrant la période postérieure
à l’adhésion au CGA.

Ce chapitre premier qui s’achève et dont l’objectif était de présenter avec certains le
parterre d’avantages consacrés par le système fiscal camerounais au PME, a démontré avec
suffisance l’attachement de l’administration à la croissance des entreprises, à leur
développement, bref à leur performance ; seulement, l’effet de la fiscalité sur cette performance
ne pourra être mieux appréhendé qu’après l’analyse de la fiscalité en tant que pratique du droit
fiscal, d’où l’importance du chapitre second ci-après.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 30


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Chapitre 2 : L’ASPECT PRATIQUE DE LA LEGISLATION FISCALE,


SOCLE DE LA PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE

Perçue en tant que pratique du droit fiscal, la fiscalité est un élément essentiellement
primordial dans le management de toute entreprise. La maitrise des principes de gestion fiscale
permet à l’entreprise de tirer profit de tous les avantages prévus par la législation fiscale, ceci en
réduisant de manière légale la charge fiscale tout en payant le juste impôt. Pour y parvenir,
l’entreprise doit prendre connaissance de la liberté de gestion fiscale à elle reconnue (I) et être
capable de pouvoir discerner et mesurer les effets de la fiscalité sur les différentes composantes
de sa performance (II).

Section I : LA RECONNAISSANCE DE LA LIBERTE DE GESTION FISCALE


PAR L’ADMINISTRATION CAMEROUNAISE

Parallèlement au développement de la fiscalité, le législateur Camerounais a laissé au


contribuable une porte ouverte : la voie la moins imposée, qui donne encore plus de force à la
liberté de gestion du contribuable ; De plus, l’article 25 (d-3) de la Constitution du 18 janvier
1996 établit que tout impôt au profit de l’État, d’une CTD ou d’un organisme public doit faire
l’objet d’une loi. Il en résulte que tout ce qui n’est pas retenu explicitement comme objet ou sujet
de taxation est exonéré d’impôt et par conséquent, comme le stipule le préambule de la loi
constitutionnelle « Nul ne peut être contraint de faire ce que la loi n’ordonne pas »71.

Paragraphe 1 – Le contenu du principe de la liberté de gestion fiscale

Loin de constituer une matière rude et compliquée, la fiscalité est une matière
particulièrement intéressante. Elle constitue, tout d'abord, un champ d'intérêt pour de nombreuses
disciplines et concerne au premier chef le comptable et le gestionnaire, d'une part parce que la
fiscalité des entreprises trouve sa source dans leur comptabilité et implicitement dans leurs actes
de gestion, et d'autre part parce que la gestion de cette fiscalité constitue bien souvent une
dimension décisive de la gestion de l'entreprise en générale ; c’est ainsi que l'intégration de la
variable « fiscalité » au niveau de la gestion est devenue aujourd'hui une préoccupation majeure
des gestionnaires autant qu'une nécessité pour satisfaire aux nombreuses obligations que le droit
fiscal met à la charge de l'entreprise. En effet, bien que le droit fiscal, intervienne fréquemment

71
Voir préambule de la loi constitutionnelle du 18 Janvier 1996.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 31


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

dans les choix et les stratégies gestionnaires de l'entreprise, il laisse à cette dernière une
autonomie de gestion (A) et est arrêté par le principe de non immixtion (B).

A/ - L’autonomie de Gestion des entreprises

De par son souci de recherche de la performance pour les entreprises, la fiscalité peut en
effet encourager des choix, en attachant des avantages particuliers à certaines rationalités, en
sanctionnant fiscalement des comportements qu'elle jugerait « déviants »72 73. Ainsi, l’autonomie
de gestion des entreprises est fondée sur la liberté dans le choix des décisions (1) et est garantie
par la constitution camerounaise (2).

1 – La liberté dans le choix de décisions.

Dans le cadre de la gestion de son exploitation, est libre74 de conduire les affaires sociales
comme il l'entend. Pour prendre ces décisions et accomplir les actes qui en découlent, en vertu
de son pouvoir de direction, il jouit, en principe d'une entière liberté, quitte ensuite à en supporter,
le cas échéant, la responsabilité sur le plan commercial, fiscal, etc.75 Ç'est ainsi qu'apparaît le
principe de la liberté de commerce et de l'industrie. Toutefois ce principe stipule que toute
personne soit libre de créer une entreprise, d'exercer la profession de son choix, de là découle le
principe de la liberté de gestion des entreprises, qui implique que le contribuable, maître de son
affaire a toute la latitude de fixer à son gré les stratégies et politiques opérationnels, commerciales
et financières de son entreprise. C'est à cet effet que contrairement au législateur camerounais
qui ne s’approprie que subjectivement le principe de la liberté de commerce et de l’industrie, le
législateur tunisien, à cause de sa conscience absolue de l'importance de la liberté , surtout dans
le domaine du commerce, et de son rôle dans la réalisation du développement économique espéré,
puisque c'est finalement cette liberté qui incite les hommes à travailler et les encourages à créer
et à produire, à consacrer explicitement le principe de la liberté de commerce et de l'industrie
dans le cadre de la constitution de 1959, et bien avant même dans le pacte de 1857 et dans la

72
M. S. AYARI, Fraude et évasion fiscale, l'expert n°89-90, P.14.
73
F. CHOYAKH, Le principe de la liberté de gestion du contribuable et la théorie de l'acte anormal de gestion,
Tunis, RCF, n°62, 2003, (souvent qualifiés d’actes anormaux de gestion, ces déviances sont constituées d’abus de
droit, d’évitement de l’impôt…).
74
J. GROSCIAUDE ; Ph. MARCHESSOU, Droit fiscal général, Dalloz, 2001, 3éme édition, P149 « La liberté de
gestion dont bénéficie l'entrepreneur ne connaît comme limite que l'intérêt bien compris de son entreprise »
75
Bruno (A), Gestion et droit, Edition Dalloz, P.177.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 32


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

constitution de 1861 qui « consacraient explicitement et pour la première fois en Tunisie, la


liberté de commerce et de l'industrie »76.

2 – La consécration de cette autonomie par la constitution


camerounaise.

Au nombre des composantes de ce principe, dont on peut déduire la consécration implicite par le
législateur camerounais de par sa consécration explicite de la liberté d’affaires77, figure le
principe de la liberté de gestion des entreprises. Ainsi au Cameroun, les entreprises sont donc
libres de leur gestion, cette liberté s'étendant au droit accordé aux chefs d'entreprise de faire de
mauvaises affaires dans l'intérêt de leurs exploitations, ils ne sont donc tenus de tirer de celle-ci
le maximum de profit.78 ; D’où le principe de non immixtion.

B/ - Le principe de non immixtion79

Par ce principe, l'administration n'a pas à s'immiscer dans la gestion de l'entreprise, elle n'a pas à
porter de jugement sur la qualité ou les résultats de la gestion financière ou commerciale. Il
convient donc d’analyser le contenu du principe de non immixtion (1) avant d’en examiner les
effets (2).

1 – Contenu.

La gestion de l'entreprise est une mission du chef de l'entreprise. D'ailleurs, il existe une bonne
gestion fiscale de l'entreprise, comme il existe une bonne gestion financière ou une bonne gestion
commerciale. Comme le bon père de famille du code civil ou comme le chef d'entreprise prudent
et avisé du droit comptable, Le contribuable éclairé doit gérer sa fiscalité au mieux de ses
intérêts80. De ce fait, le contribuable possède une faculté des choix fiscaux afin de payer le moins
d'impôt possible.

76
H. BEN MRAD : le principe de liberté de commerce et de l'industrie, thèse de doctorat, faculté de droit et des
sciences de Tunis 1998, P.42.
77
Voir préambule de la loi constitutionnelle du 18 Janvier 1996.
78
CE du 7 juillet 1958, req. N°35977. Le Conseil d'Etat français dans un arrêt de principe de 7 juillet 1958 : « le
contribuable n'est jamais tenu de tirer des affaires qu'il traite le maximum de profit que les circonstances lui
auraient permis de réaliser ».
79
COZIAN (M), Les grands principes de la fiscalité des entreprises, Edition LITEC, P92 : « l’administration n’est pas
un contrôleur de gestion » ; c’est de là que découle le principe de non immixtion, né lui-même de la liberté de
gestion. Au Cameroun, ce principe de non immixtion est encadré par le plafonnement de certaines dépenses de
frais généraux (voir article 7- du CGI).
80
M. COZIAN, Précis de fiscalité des entreprises, Paris, Litec, 23éme édition, P163.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 33


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

2 – Les effets du principe de non – immixtion.

Vu que l'administration n'a pas à critiquer une gestion qu'elle trouve soit trop prudente soit
risquée dès lors que l'entreprise respecte les prescriptions légales, en parallèle, le chef d'entreprise
est l'unique juge du choix d'une politique de financement, par exemple, il peut recourir à
l'emprunt et dans ce cas déduire les intérêts même si les fonds propres apparaissent suffisant81.

Par ailleurs, n’ayant pas à interférer dans la gestion de l'entreprise, l'administration est chargée
seulement de collecter l'impôt sur la base du bénéfice réalisé par les entreprises au nom de l'Etat
et de vérifier que les contribuables ne fraudent pas la loi en voulant diminuer artificiellement le
poids de l'impôt par le biais de la fraude et de l'évasion fiscale bien que la majorité de la
jurisprudence et de la doctrine internationales en matière fiscale considèrent l'évasion fiscale
comme un moyen licite pour se soustraire à l'impôt82.

Il convient de souligner que la liberté de gestion fiscale garantie aux entreprises n’implique
aucunement des entraves aux prescriptions fiscales, car bien gérer ses impôts ne signifie pas en
effet se mettre en infraction avec la législation83. Cette liberté de gestion a des effets qu’il serait
tout aussi bien d’examiner.

Paragraphe 2 – Les conséquences de la Liberté de gestion : l’optimisation fiscale.

Les avantages fiscaux existent parce que le législateur a jugé nécessaire d’encourager
certaines pratiques ; Il s’agit donc d’incitants financiers. Le droit fiscal est donc fait d’exceptions
et d’incitants portés par des choix socio-économiques. La fiscalité se renforce d’un côté et se
détricote de l’autre ; ceci est manifestement évident lorsque le législateur privilégie l’épargne
privée, veut encourager la natalité, les investissements productifs…

Le maniement de la fiscalité des entreprises se fait à deux niveaux : le niveau élémentaire et le


niveau supérieur. Le premier englobe les règles techniques de base, telles que doit les connaître
et les appliquer un bon exécutant. Le second, non pas isolé mais relié au droit des affaires et au
droit comptable, remonte aux grands principes84. Par-là, on atteint à la gestion fiscale, laquelle

81
C. CHRISTINE, Gestion fiscal de l'entreprise, Op.cit, P24.
82
83
C. COLLETTE, Gestion fiscale des entreprises, Edition ELLIPSES, 1998, P22.
84
Au rang de ces grands principes, se classent l'abus de droit, l'acte anormal de gestion, l'erreur comptable et les
décisions de gestion, le statut des dirigeants, les avances sans intérêts, les abandons de créances... tous ces
éléments ont pour ambition de nourrir la réflexion de ceux qui, au-delà de la simple technique fiscale, veulent
s'aguerrir de la stratégie fiscale.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 34


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

autorise les audaces calculées, avec le souci constant des limites à ne pas franchir. Ainsi,
parallèlement au développement de la fiscalité, le législateur Camerounais a laissé au
contribuable une porte ouverte : la voie la moins imposée, qui donne encore plus de force à la
liberté de gestion du contribuable ; De plus, l’article 25 (d-3) de la Constitution du 18 janvier
1996 établit que tout impôt au profit de l’État, d’une CTD ou d’un organisme public doit faire
l’objet d’une loi. Il en résulte que tout ce qui n’est pas retenu explicitement comme objet ou sujet
de taxation est exonéré d’impôt et par conséquent, comme le stipule le préambule de la loi
constitutionnelle « Nul ne peut être contraint de faire ce que la loi n’ordonne pas »85.

L’optimisation fiscale, ou l’art d’utiliser la voie la moins imposable, « consiste à utiliser


des procédés pour réduire au minimum la charge fiscale de entreprise86 en se servant des
dispositions avantageuses de la loi sans se mettre en infraction avec les lois fiscales en vigueur
dans le pays »87. Ainsi, dans sa quête permanente de performance globale, l’entreprise pourra ou
encore devra faire appel à la fiscalité pour en tirer meilleur profit ; d’où la mise en œuvre d’une
stratégie d’optimisation fiscale (A), veillant au maximum de tomber dans les effets pervers de
l’optimisation (B)

A/ - La mise en œuvre de la technique d’optimisation fiscale

L’optimisation fiscale vise à utiliser les ressources du droit fiscal ou social en vue de réduire la
somme due en termes d’impôts et/ou de cotisations sociales. Le contribuable camerounais peut
donc intentionnellement orienter son action afin de réduire considérablement, voire d’annuler
purement et simplement ses contributions fiscales ; d’autres parts, optimiser la fiscalité dans un
objectif de recherche de la performance consiste à la transformer en une variable active de
stratégie. Dans ce cadre l’entreprise sera amenée à identifier l’ensemble des options prévues par
la législation fiscale, pour ne retenir après évaluation de leurs conséquences, que celles qui
semble concourir au mieux à la construction de la performance.

Ainsi pour parvenir à tirer meilleur parti des dispositions fiscales, l’entreprise dans sa
liberté de gestion fiscale et au regard de la composition de sa charge fiscale, a le choix entre
plusieurs aspects dont l’optimisation de la masse salariale, emploi des déficits privilégié88, entre

85
Voir préambule de la loi constitutionnelle du 18 Janvier 1996.
86
Notion développée au paragraphe B de la section 2 du chapitre 2 du présent ouvrage.
87
« L’optimisation fiscale », Pagny Associés. [En ligne :] http://pagny-associes.com/assets/
fiche/file/L-optmisaton-fiscale.pdf, consulté le 13 décembre 2016.
88
Entendons par-là, la perte fiscale qui serait générée par le montant des amortissements si ceux-ci n’avaient pas
été réputé différé. Voir dispositions CGI relatives à l’IS.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 35


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

autres. Ces aspects peuvent être atteints suivant divers procédés, selon que l’objectif visé par le
contribuable à savoir réduire l’assiette (2) ou affecter le tarif de l’impôt (1).

1 – Les procédés tendant à affecter le tarif même de l’impôt.

Dans cette catégorie on distingue entre autres :


 Le choix du régime d’imposition le plus avantageux ;
 L’absence provisoire d’imposition.
Il peut s’agir des deux situations suivantes :
• le contribuable peut retarder la naissance fiscale d’un gain dont il veut tirer d’ores et déjà parti
ou d’une opération qui existe pourtant en fait : le fait générateur est ici retardé ;
• malgré la naissance de l’impôt, le contribuable dispose d’un délai parfois important pour le
payer au Trésor public : il y a alors exigibilité différée.

 Réduction directe de l’impôt.


Deux procédés principaux de réduction directe de l’impôt peuvent être distingués :
• Le premier procédé agit sur le taux de l’impôt (en se mettant en situation d’imposition au taux
le plus bas possibles). Par exemple, un entrepreneur, exerçant une activité à titre individuel et
soumis à l’IRPP, peut transformer son entreprise en une société soumise à l’IS en vue de
bénéficier d’une imposition au taux proportionnel de 33% au lieu de subir le taux progressif de
l’IRPP dont le taux marginal est de 38.5%. Toutefois, il est vrai que cette solution ne peut être
intéressante que si cette entreprise est largement bénéficiaire ;
• Un second procédé pour réduire l’impôt est de bénéficier d’une réduction prévue par les textes
de lois fiscaux. Ces réductions sont multiples et ont des objectifs économiques et sociaux variés.
Il peut s’agir notamment :
- D’un contribuable qui s’installe dans une zone encouragée sur le plan fiscal au lieu de s’installer
dans une zone où il serait soumis aux règles fiscales du droit commun : ou
- D’un contribuable qui adhère à un centre de gestion agréé et bénéficie d’un abattement de 50%
appliqué à la base d’imposition à l’IS.

2 – Les procédés visant l’amoindrissement de l’assiette.

 Diminution de la base imposable :


Une troisième forme possible d’optimisation fiscale consiste pour le contribuable à réduire sa
base d’imposition. Divers procédés légaux de réduction existent. Ils peuvent être regroupés en
trois catégories principales : diminuer le gain brut, augmenter les charges déductibles et enfin
l’imputation des déficits antérieurs.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 36


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

 Autres formes d’optimisation fiscale :


Selon M..S.SCHOLES et WOLFSON, il existe d’autres cas d’optimisation fiscale, à savoir :
• la modification de la catégorie de revenu ;
• la modification du lieu d’imposition ou de la personne imposable ;
• le report de la date d’imposition

Toute entreprise peut faire des choix fiscaux qui l’avantagent en toute légalité. Ainsi ces
choix fiscaux mis en œuvre par l’entreprise peuvent avoir pour objectifs la maitrise et la réduction
de sa charge fiscale telle que le préconise la technique d’optimisation fiscale. Toutefois, ces
objectifs ne doivent pas dépasser la limite de la légalité.

B/ - L’aspect illégal de l’optimisation fiscale : l’abus de droit89

Dans le langage courant, l’ « abus » est utilisé pour désigner le mauvais emploi, l’usage excessif
de quelque chose. Plus précisément l’abus de droit est défini comme « l’usage excessif d’un droit,
d’une fonction par son titulaire »90. Il s’agit en effet de l’exercice d’un droit d’une manière
contraire aux usages et dommageable à autrui. En droit privé, l’abus de droit est défini comme
une « faute qui consiste à exercer son droit sans intérêt pour soi-même et dans le seul dessein de
nuire à autrui, ou, suivant un autre critère, à l’exercer en méconnaissance de ses devoirs
sociaux »91. Bien que la théorie de l’abus de droit semble n’apparaître en France qu’au début du
XXème siècle92, l’idée de sanctionner l’abus de l’exercice d’un droit existait déjà en droit romain,
comme le démontre
l’adage « Malitiis non est indulgendum »93. Le droit civil actuel sanctionne l’abus de droit par
le biais de la responsabilité civile prévue aux articles 1382 et 1383 du Code civil. Ainsi,
« l'abus de droit est une faute au sens des articles 1382 et 1383 du code civil qui engage la
responsabilité civile de son auteur envers la victime du dommage »94. Cependant, « la
sanction de l’abus de droit ne consiste pas toujours en des dommages et intérêts : il peut

89
M. COZIAN, Les grands principes de la fiscalité des entreprises, p163 « L'abus de droit, c'est le péché des surdoués
de la fiscalité, certains contribuables ne manquent ni d'imagination ni d'audace et n'hésitent pas à échafauder des
montages acrobatiques afin de se soustraire à l'impôt qui serait normalement dû. Ces excès d'habilité frisent la
malhonnêteté ».
90
P. SERLOOTEN, Le statut fiscal des dirigeants de société, Paris, J-CL, 2002, P104.
91
V. « Abus (-- de droit, a) civ.) », Vocabulaire Juridique, Gérard CORNU, Association Henri CAPITANT, PUF, 10ème
éd., 2014.
92
P. SERLOOTEN, Le statut fiscal des dirigeants de société, Op., cit. P106.
93
« Il ne faut montrer aucune indulgence envers ceux qui sont de mauvaise foi. » CE, sous-section N°8 et 9, 13 mai
1991, req. N°67188 : RJF 1991, N°7,953 ; chron. P511.
94
B. POULLAIN, L'abus de droit en fiscalité - La jurisprudence de la Cour de cassation, Rev. soc. 2002, p. 479, §3.

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LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

s’agir d’amende, de nullité, d’inopposabilité, de déchéance, ou plus simplement de priver une


clause contractuelle de sa force »95.

1 – Les manifestations de l’abus de droit fiscal

La théorie de l’abus de droit en matière fiscale ne renvoie pas nécessairement au domaine de la


responsabilité civile délictuelle. En effet, l’abus renvoie à deux démarches : l’abus comme faute
du comportement qui permet de « juger de l’attitude d’un homme et non de la force de ses droits
» ; l’abus comme limite à la force obligatoire d’une clause qui permet de « juger de la force de
ses droits et non de son attitude »96.
La matière fiscale fait une application particulière de la théorie de l’abus de droit puisqu’elle tend
à confondre l’abus et la fraude à la loi. Plus précisément, la fraude à la loi fait partie intégrante
de la théorie de l’abus de droit fiscal alors qu’en droit des contrats, la doctrine distingue les deux
fondements. En effet, la fraude à la loi est définie en droit privé comme « une volonté pour le
contractant d’écarter, par l’usage formellement régulier de sa liberté contractuelle,
l’application d’une règle législative précise », là où l’abus « correspond davantage à une
violation des valeurs générales de l’ordre social ». Seul l’abus de droit fiscal est envisagé dans
la présente étude et comprend à la fois la fictivité et la fraude à la loi.

a) Les actes fictifs

Concernant les actes fictifs, il convient de se reporter à la notion de


simulation en droit civil. En langage courant, la simulation est l'action de faire paraître
comme réel, effectif ce qui ne l'est pas. Il s’agit de dissimuler une réalité, de mentir sur une
réalité. Dans un sens juridique large, le Vocabulaire juridique de l’association Henri
CAPITANT définit la simulation comme « un fait consistant à créer un acte juridique
apparent (dit ostensible) qui ne correspond pas à la réalité des choses, soit pour faire croire
à l’existence d’une opération imaginaire, soit pour masquer la nature ou le contenu réel de
l’opération, soit pour tenir secrète la personnalité d’une ou de plusieurs parties à
l’opération »97. La simulation en droit fiscal reprend cette même définition98. Ainsi, il existe trois
hypothèses de simulation, à savoir la fictivité, le déguisement et l’interposition de personnes.
Tout d’abord, l’acte fictif est un acte dépourvu de toute substance économique ou juridique. Il

95
Edition Technique-Juris-Classeurs-1994, (2, 1994), fasc. 360, P6.
96
Ph. STOFFEL-MUNCK, L’abus dans le contrat – Essai d’une théorie, Thèse, LGDJ, 2000, n° 10.
97
V. « Simulation », Vocabulaire Juridique, Gérard CORNU, Association Henri CAPITANT, PUF, 10° éd, 2014.
98
Pour une étude approfondie de la notion de simulation en matière fiscale, V. F. DEBOISSY, La simulation en droit
fiscal, Thèse, LGDJ, 1997.

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LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

s’agit notamment de l’hypothèse d’une société fictive ; La société est constituée en respect des
textes en vigueur, cependant elle est dépourvue de toute substance, réalité économique ou vie
juridique ; c’est une coquille vide. Ensuite, l’acte déguisé est un acte dont la consistance juridique
apparente ne correspond pas à la consistance juridique réelle. Autrement dit, la qualification
juridique retenue par les parties est différente de la réalité. Afin de reprendre l’idée du mensonge,
l’acte juridique passé est réel, mais c’est son étiquette qui est mensongère. L’exemple le plus
connu est celui de la donation déguisée qui consiste à dissimuler une donation sous l’apparence
d’un acte d’une autre nature afin d’éluder l’application du régime des droits de mutation à titre
gratuit, souvent plus élevés que les droits de mutation à titre onéreux. Enfin, l’interposition de
personnes vise l’hypothèse dans laquelle une partie à l’acte est en réalité un tiers. Dans un acte
juridique ostensible, les parties font figurer le nom du titulaire apparent d’un droit, alors qu’en
vertu de la volonté réelle des parties, le véritable intéressé est une autre personne tenue secrète.
Dans ce cas, le mensonge porte sur la personne du contractant. Ainsi, les trois hypothèses de
simulation correspondent à la «création volontaire d’une contradiction entre un élément occulte
et un élément ostensible en vue d’induire les tiers en erreur »99.

b) La fraude à la loi

Pour ce qui est de la fraude à la loi, deux critères doivent être dégagés. En effet, l’article L.33 du
LPF prévoit que sont constitutifs d’un abus de droit, les actes qui, recherchant le bénéfice d'une
application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs
auteurs, n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges
fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passé sou réalisés, aurait normalement
supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. Le premier critère se rapporte au but
exclusivement fiscal de l’opération. Il doit s’agir d’un acte répondant à des préoccupations
exclusivement fiscales, c'est-à-dire n’ayant aucune justification financière, économique,
commerciale, patrimoniale ou encore familiale. Selon le second critère, est frauduleux l’acte qui
fait une application littérale des textes à l’encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs. La
fraude à la loi est établie lorsque la mise en œuvre d’un montage juridique correspond à une
application des textes dans un sens contraire à leur esprit dans le seul but d’éluder l’impôt. Plus
précisément, il s’agit d’une application littérale des « textes ou des décisions ». A l’inverse, une
doctrine illégale, mais favorable au contribuable, peut être invoquée par lui et est opposable à
l’administration. De cette règle, découle la garantie du contribuable contre les changements de

99
F. DEBOISSY, La simulation en droit fiscal, thèse préc., n° 711 et s.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 39


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

doctrine. Au sens de l’article L.33 bis du LPF, lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal
selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires
publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre
aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Cette garantie est un gage de
sécurité juridique pour le contribuable. Ce dernier peut ainsi mettre en œuvre ses montages en se
fondant sur la doctrine administrative. Reconnaître l’application de la procédure de l’article L.33
du LPF à la doctrine administrative revient à estimer qu’il peut y avoir une application littérale
de la doctrine administrative à l’encontre des objectifs poursuivis par ses auteurs. Or, il est
difficile de l’admettre, comme a pu l’affirmer Jérôme TUROT, « la doctrine n’a pas d’esprit »100.
Cette approche conforte la position du Conseil d’Etat qui a estimé que « lorsqu'un contribuable
s'est conformé à l'interprétation que l'Administration a donnée d'une loi dans une instruction ou
une circulaire, l'Administration ne peut recourir à la procédure de répression des abus de droit
pour faire échec à la garantie que le contribuable tient de l'article L.33 bis du LPF au motif qu'en
se conformant aux termes mêmes de cette instruction, il aurait outrepassé la portée que
l'Administration entendait conférer à la dérogation aux dispositions de la loi fiscale qu'elle
autorisait »101. Afin de conserver une certaine sécurité juridique, il convient de faire une
application littérale de la doctrine administrative, d’autant plus que « chacun pourrait attribuer
aux rédacteurs de la doctrine n’importe quelle intention puisque, par construction, on ne la
connaît pas »92 ce qui porterait atteinte au principe d’opposabilité de la doctrine administrative.

Il convient de souligner que la notion de l’abus de droit fiscal ne doit pas être
confondue avec des notions voisines, telle que l’erreur, l’évasion fiscale ou encore la fraude
fiscale.
2 - L’abus de droit et ses voisins

Au rang des notions très proche de l’abus de droit fiscal, nous commencerons en premier lieu par
l’erreur (a), pour déboucher sur l’évasion (b) et la fraude (c) fiscale.
a) L’erreur
L’erreur procède « de la méconnaissance involontaire d’une prescription fiscale obligatoire »102.
Dès lors qu’elle est involontaire, l’erreur, qui « vise le fait de se tromper »103, peut être rectifiée

100
Cité par O. FOUQUET, L’application littérale de la doctrine administrative peut-elle être constitutive d’un abus
de droit ?, Dr. fisc. 2009, n°42, act. 316.
101
CE ass. Avis 8 avril 1998, n° 192539, Sté DISTRIBUTION DE CHALEUR DE MEUDON ET ORLEANS, Dr. fisc. 1998, n°
18, comm. 398, concl. G. GOULARD.
102
G. DEDEURWAERDER, La distinction des erreurs et des décisions de gestion – Essai de présentation renouvelée
d’une théorie générale, Dr. Fisc. 2014, n°28, 427, §2.
103
Ibid., §6.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 40


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

à l’initiative tant du contribuable que de l’administration fiscale. Dans cette dernière hypothèse,
le contribuable étant présumé de bonne foi, il n’encourt aucune pénalité fiscale. L’erreur peut
constituer une irrégularité de fait ou de droit.
L’erreur de fait concerne l’hypothèse dans laquelle le contribuable s’est fondé sur des faits
matériellement inexacts : par exemple, il a omis de déduire une charge ou il s’est trompé en
déduisant une charge qui n’existe pas. L’erreur de droit « procède d’une interprétation erronée
de la loi »104. La notion d’erreur doit être distinguée de celle de décision de gestion qui
résulte de la mise en œuvre du principe de liberté de gestion. Le Conseil d’Etat, dans un arrêt
fondateur de la théorie générale de la distinction des erreurs et des décisions de gestion, a exposé
le triptyque, maintes fois repris par la suite, permettant de distinguer les erreurs
comptables, les décisions de gestion opposables à l’administration fiscale et au contribuable, et
la décision de gestion irrégulière ou erreur comptable délibérée qui est rectifiable par
l’administration quand le contribuable n’est pas fondé à en demander la correction ». A la
différence de l’erreur, la décision de gestion procède d’un choix du contribuable et lui est donc
opposable, ainsi qu’à l’administration fiscale. Seule la décision de gestion peut conduire à la mise
en œuvre de la procédure de l’abus de droit dès lors que l’administration démontre son caractère
artificiel ou fictif. Le pouvoir général de requalification dont dispose l’administration fiscale
s’exerce dès lors que le service souhaite rectifier une qualification erronée. Contrairement à
l’abus de droit, la qualification erronée résulte d’un fait involontaire du contribuable. Cependant,
lorsque l’administration fiscale se rend compte d’une erreur de requalification d’un acte avec une
éventuelle intention du contribuable d’altérer la qualification de l’acte, elle dispose d’un choix :
soit elle se fonde sur la procédure de l’abus de droit fiscal, à la condition qu’elle démontre cette
intention, soit elle requalifie l’acte sur le fondement de son pouvoir général de rectification. Peu
importe que l’erreur de qualification soit empreinte d’un agissement délibéré du contribuable.

b) L’évasion fiscale

La notion d’abus de droit fiscal se distingue aussi de celle d’évasion fiscale. D’un usage courant,
la notion d’évasion fiscale n’en est pas moins difficile à cerner. Contrairement à l’optimisation
fiscale, il s’agit d’un terme péjoratif, ceci étant vraisemblablement dû à « une inclusion du terme
ʺévasionʺ dans celui de ʺ fraudeʺ, cette dernière notion n’ayant jamais cessé, depuis, d’avoir des
velléités d’expansionnisme vis-à-vis de la première, dans un but répressif »105. L’évasion fiscale
se situe entre la fraude fiscale, qui est illégale ou « contra legem », et la décision de gestion, qui

104
Ibid., §9.
105
C. ROBBEZ-MASSON, La notion d’évasion fiscale en droit interne français, Thèse, LGDJ, 1990, n° 106.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 41


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

est légale ou « intra legem »106. Ainsi, elle peut être définie comme « une action individuelle,
volontaire, non violente et extra-légale d’un contribuable qui, par la mise en œuvre d’une
technique juridique de sur-adaptation alternative fondée sur l’existence du principe de liberté
de gestion choisit de se placer indirectement dans une situation fiscale déterminée, afin d’obtenir
un résultat économique équivalent à celui recherché, tout en étant fiscalement plus favorable
»107. De par son caractère volontaire, elle s’oppose à l’erreur, action involontaire du contribuable.
De par son caractère extra-légal, elle s’oppose à la fraude fiscale, infraction pénale prévue et
réprimée par la loi.

c) La fraude fiscale

Enfin, la fraude fiscale, en tant qu’infraction pénale, ne doit pas être confondue avec l’abus de
droit fiscal. Il s’agit d’une violation délibérée des prescriptions de la loi fiscale sanctionnée
pénalement. Comme pour tout délit pénal, le délit général de fraude fiscale est composé d’un
élément matériel et d’un élément intentionnel. Quant à l’élément matériel, la doctrine
administrative rappelle qu’il faut tout d'abord qu'il y ait soustraction ou tentative de soustraction
à l'établissement ou au paiement total ou partiel des impôts visés au CGI. Quant à l’élément
intentionnel, il faut que l'auteur de l'infraction ait été animé par une volonté de fraude. La preuve
du caractère intentionnel incombe aux parties poursuivantes, ministère public et administration.
La réalisation de la fraude fiscale peut se faire par plusieurs procédés. Il peut s’agir notamment
de l'omission volontaire de déclaration dans les délais prescrits, de la dissimulation volontaire de
sommes sujettes à l'impôt ou encore de l'organisation d'insolvabilité, l’article L107 du LPF108
expose clairement les peines encourues par les contrevenants.

106
Ibid., n° 109 et s.
107
Ibid., n° 219.
108
« Sans préjudice des sanctions fiscales applicables, est passible d’un emprisonnement d’un (1) à cinq (5) ans et
d’une amende de cinq cent mille (500 000) à cinq millions (5 000 000) de F CFA ou de l’une de ces deux peines
seulement, quiconque - se soustrait frauduleusement ou tente de se soustraire frauduleusement à l’établissement,
au paiement, au reversement total ou partiel des impôts, droits et taxes visés dans le Code Général des Impôts -
refuse expressément de faire sa déclaration dans les délais prescrits - dissimule une part des sommes sujettes à
l’impôt ; droits et taxes retenus à la source, donne lieu à l’application d’une amende forfaitaire non susceptible de
remise ou de modération suivant le barème ci-après - de 0 à 5 000 000 : F CFA cinq cent mille (500 000) - de 5 000
001 à 25 000 000 F CFA deux millions (2 000 000) - de 25 000 001 à 50 000 000 F CFA cinq millions (5 000 000) -
plus de 50 000 000 : F CFA dix millions (10 000 000) - organise son insolvabilité ou met obstacle au recouvrement
de l’impôt - obtient par des manœuvres frauduleuses un remboursement de crédits de TVA » article L107 du LPF.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 42


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Section 2 : LES EFFETS DE LA FISCALITE SUR LA PERFORMANCE DE


L’ENTREPRISE

La compétitivité constitue une grande contrainte des entreprises commerciales et


industrielles constituant le pivot de l'économie et dont la fiscalité est l'un de ses éléments
contribuant en amont et en aval à sa croissance et son développement par rapport autres firmes
nationales et multinationales.

Entendu que la performance de l’entreprise découle d’une gestion efficace et efficiente


des activités de cette dernière, celle-ci (parlant de la performance) peut être évaluée au travers de
la croissance ; or, comme le présente l’introduction de cet ouvrage, la fiscalité en tant que pratique
du droit fiscal peut être le moteur de la croissance lorsqu’elle est bien managée. Ainsi, sachant
sue la performance de l’entreprise découle entre autre non seulement de la maitrise de sa charge
fiscale (voir annexe 5) , mais aussi des décisions de gestion (Paragraphe 1) qu’elle prend, sans
oublier la manière dont elle utilise ses facteurs de productions et dont elle manage sa demande
(Paragraphe 2) ; il convient d’analyser l’impact de la fiscalité sur tous ces différents éléments.

Paragraphe 1 - L’impact de la fiscalité sur les décisions de l’entreprise

L'action fiscale est permanente, chaque opération de l'entreprise entraîne un prélèvement


fiscal qui affecte peu ou trop, les coûts de production109. C'est ainsi que la fiscalité intervient dans
le choix de l'activité110, la forme juridique choisie à la création111, l'extension de ses capacités, la
localisation de ses installations, le nombre de ses établissements….. Il est donc nécessaire
d'intégrer la fiscalité dans les données du contexte de l'entreprise

Évaluées principalement à l’aune112 d’indicateurs strictement financiers, les entreprises


intègrent de plus en plus la fiscalité comme un paramètre clé de leur performance et de leur
communication. Dans ce contexte, les directions fiscales113 deviennent des acteurs à part entière
de la stratégie financière de leurs entreprises. Une nouvelle donne qui révèle de nouvelles
opportunités, mais aussi de nouveaux défis dans la mesure où il faudrait avoir un minimum de
connaissances en fiscalité pour pouvoir l’intégrer dans son processus décisionnel ; ainsi pour une
performance soutenue et durable, l’entreprise se doit d’intégrer la fiscalité non seulement dans

109
Par les impôts directs affaiblissant les capacités d'exploitation de l'entreprise.
110
Choix des activités subventionnées par le fisc dotation, exonération, etc.….
111
Choix des formes juridiques contenant des obligations fiscales favorisant l'entreprise comme la limitation de la
responsabilité des entrepreneurs, …
112
Aune = Instrument de mesure. A l’aune de… = à la mesure de ; en tenant compte de ; sur la base de.
113
Ou services fiscaux, selon qu’on est dans une grande ou une petite entreprise.

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ses décisions d’investissement / financement (A), mais encore dans ses décisions opérationnelles
(B).

A/ - Rapport entre fiscalité et décisions d’investissement

Si l’investissement est une action qui consiste à placer des fonds, pour l’entreprise il s’agit
d’acquérir un bien durable ; c’est ainsi qu’on distingue l’investissement matériel et immatériel,
l’investissement financier, l’investissement humain. Quel que soit le type d’investissement
envisagé, l’entreprise doit retourner la question dans tous les sens afin de tirer avantage de la
fiscalité.

1 – Le contenu de la relation Fiscalité - Investissement

Parmi les différentes catégories de décisions que prennent les entreprises, celles qui
concernent l'investissement sont d'une importance économique particulière, puisqu'elles
conditionnent dans une large mesure les demandes des autres facteurs de production et l'offre
future de produits. La fiscalité, qui intervient à différents niveaux dans les comptes des entreprises,
a sur ces décisions des effets qui dépendent de la manière dont elle affecte les paramètres du calcul
économique conduisant au choix. Ainsi, la maitrise de la fiscalité permet à l’entreprise de mieux
orienter ses choix de décision.

2 – Les effets

Pour une meilleure compréhension de l’effet de la fiscalité sur l’investissement de


l’entreprise, il convient de tenir compte du mode de financement de cet investissement. Si l’on
considère les trois modes de financement courant des immobilisations (fonds propres, emprunt,
crédit-bail), la remarque est telle que la charge fiscale diffère lorsqu’on adopte un mode plutôt
qu’un autre, même en cas de combinaison de deux des trois modes. A titre d’illustration, un
exemple chiffré est proposé en annexe 3.

De l’exemple proposé en annexe, il ressort que moins l’entreprise utilise ses fonds propres
pour financer ses projets, plus elle est rentable et donc performante. Ceci est essentiellement dû
au fait que le système fiscal Camerounais favorise l’endettement en rendant déductible les
charges d’intérêts ; ainsi, en faisant preuve de stratégie fiscale l’entreprise réalise non seulement
des économies d’impôts, mais aussi des économies de trésorerie liées au fait que dans des
meilleurs mode de financement, elle dépense moins sa trésorerie. Le tableau infra en donne
l’évidence.

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Fonds Propres Crédit-bail Emprunt (60%) + Emprunt


Fonds Propres (40%)

Décaissement
15 000 000 F 0F 6 000 000 F 0F
initial

Coût du projet 15 000 000 F 15 000 000 F 15 000 000 F 15 000 000 F

Indice de
0.1732 0.2091 0.2689 0.3328
Rentabilité

Economie
1 468 500 F 779 625 F 1 299 375 F
d’impôt réalisée

Tableau 1 : Mise en évidence de la relation Impôt – Investissement - Financement


(Source : par nos soins)

Au regard de cette analyse le constat qui est fait est tel que la rentabilité d’un investissement est
une fonction décroissante du financement par fonds propres ; et dans le même ordre d’idées, on
réalise plus d’économie d’impôts en s’endettant.

Outre l’effet de la fiscalité sur les décisions du cycle Investissement/Financement, il convient


d’analyser aussi son effet sur le cycle d’exploitation.

B/ - L’impact de la fiscalité sur le cycle d’exploitation

Tout comme sur les décisions d’investissement et de financement de l’entreprise, la


fiscalité intéresse aussi les décisions opérationnelle de l’entreprise c’est-à-dire celles affectant
son cycle exploitation. L’objectif de ce paragraphe est d’expliquer avec plus d’évidences, que la
maitrise de la technique fiscale par l’entreprise est susceptible de faire éviter à cette dernière (ou
du moins de réduire) des impasses de trésorerie générées par la fiscalité ; mais avant toute chose,
il faudrait rappeler que pour cette illustration, nous prendrons le cas de la taxe sur la valeur
ajoutée (TVA).

Impôt sur la consommation, La TVA est en principe neutre pour l’entreprise qui reverse
au trésor la TVA collectée sur ses clients, après déduction de la TVA déjà réglée lors des achats
d’immobilisations, biens et services auprès des fournisseurs. Par ce mécanisme de déduction,
l’entreprise reverse l’impôt frappant uniquement la valeur ajoutée par celle-ci au produit acheté.
Bien que neutre du côté de l’entreprise, la TVA génère à sa charge un coût administratif lié à sa

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gestion ; ce cout est dû d’une part à la comptabilisation de la TVA collectée et d’autre part par
l’obligation de déclaration mensuelle de cette taxe. Même si le consommateur supporte
effectivement le poids de la TVA, c’est l’entreprise qui en assure la gestion ; pour cela, il serait
judicieux pour nous d’examiner son impact sur la trésorerie de l’entreprise, d’une part du point
de vue institutionnel ainsi que du point de vue interne à l’entreprise, tout ceci afin de donner à
l’entreprise des moyens lui permettant de gérer efficacement et de manière efficiente cet impôt.

1 - Sur le plan institutionnel

Sur le plan institutionnel, l’impact de la fiscalité sur la trésorerie de l’entreprise nait


essentiellement des retenues à la source (RAS)114 de TVA. En effet, seule la différence entre
TVA collectée et TVA déductible est reversée à l’administration ; mais seulement, par
l’autorisation de RAS conférée aux entreprises « listées », les autres entreprises qui effectuent
des opérations avec ces dernières voient leur liquidité absorbé du fait qu’elles ne peuvent pas
encaisser la TVA facturée sur ces clients.

A titre d’illustration, considérons une entreprise « E » qui fait des achats de 400 FHT,
avec une TVA sur achat de 77 F. cette marchandise est revendue à raison de 800 FHT aux
entreprises « listée » et 200 FHT aux autres entreprises du régime du réel. La TVA facturée pour
ces ventes est de 192.5 F ; mais l’entreprise « E » n’encaissera que 38.5 F correspondant à la
TVA collectée sur les ventes aux entreprises non listées. Alors l’entreprise « E » aura donc payé
comme TVA la somme de 192.5 + 77 = 269.5 F au lieu de 192.5 – 77 = 115.5 F.

Ainsi, pour une entreprise qui réalise la quasi-totalité de ses opérations avec des
entreprises « listées » sans toutefois qu’elle-même ne soit autorisée à retenir à la source, celle-ci
sera à la longue asphyxiée dans sa trésorerie ; il faudra donc à cette entreprise-là de faire preuve
d’un minimum d’habileté fiscale pour résorber la tension de trésorerie. Il en est de même des
entreprises en crédit structurel de TVA115. En effet, si toute la TVA collectée par l’entreprise sur
ses clients ne lui était pas payée, celle-ci (l’entreprise) serait indéfiniment en situation de crédit
de TVA.

114
Institué par les articles 21, 92, 92ter, 143, 149 du CGI la liste des entreprises habiletés à opérer cette retenue
est fixée au début de chaque exercice par arrêté du Ministre des finances.
115
On parle de crédit structurel de TVA lorsqu’une entreprise régulièrement en situation de crédit, effectue soit
des opérations imposables au taux zéro, soit des opérations avec des personnes exonérées ou habilitées à opérer
la RAS.

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2 - Sur le plan interne à l’entreprise

Au-delà du coût de gestion que supporte l’entreprise admise au régime du réel en matière
de TVA, il existe aussi un coût de trésorerie. Cette autre section de l’analyse de l’impact de la
TVA sur la trésorerie de l’entreprise vise à expliquer cet impact de par les décisions de crédit à
court terme prise par l’entreprise elle-même ; l’incidence de la TVA sur la trésorerie de
l’entreprise affectera donc le Besoin en Fonds de Roulement (BFR).

Si la TVA à reverser au trésor public nait de la confrontation de la TVA collecté à la


TVA déductible, il convient de souligner que ces dernières fonctionnent en sens inverse dans le
bilan : l’une, la première en ressource (dette à court terme) et l’autre, la deuxième, en emploi
(créance à court terme). On sait par contre que le BFR116 traduit la capacité financière de
l’entreprise à financer les stocks et la durée du crédit-client ; or sachant que les créances sont
réglées toute taxes comprises, il convient de souligner que la TVA collectée ne sera encaissée
par l’entreprise qu’à postériori et l’incidence financière de la TVA ainsi collectée dépendra de la
durée du crédit client.

Dans le contexte camerounais, la TVA est reversée au trésor au plus tard le 15 du mois
suivant celui au cours duquel elle a été ; ainsi, si une entreprise vend au début du mois, la TVA
sur cette vente est exigible dans 45 jours ; par contre si elle vend à la fin du mois, la TVA dans
ce cas est exigible dans 15 jours. Cela signifie que la durée moyenne de crédit client est de 30
jours [(45+15)/2] ; de ce fait, plus l’entreprise dans son libre choix de gestion117 accordera une
durée crédit très grande à ses clients, plus régulièrement elle paiera au trésor un montant de TVA
qu’elle n’a pas encore perçue de ses clients, ce qui génèrera un besoin financier qui, du fait de
l’accumulation, entrainera pour l’entreprise une trésorerie nette négative qui à son tour donnera
naissance à de charges considérables liées au coût du découvert et par ricochet, portera préjudice
à la performance financière de l’entreprise.

Bien que la fiscalité ait des effets assez important sur les décisions de l’entreprise ainsi
que sa trésorerie, celle-ci (l’entreprise) peut en réduire les effets en intégrant la fiscalité dans leur
processus décisionnel ; ce qui pourrait avoir un impact flagrant sur leur charge fiscale.

116
BFR = Stocks + Créances à Court terme – Dettes non bancaires à Court terme
117
Principe de la liberté fiscale, garant de la fiscalité comme levier de performance de l’entreprise.

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Paragraphe 2 – Les impacts de la fiscalité sur les facteurs de compétitivité de


l’entreprise

Comme facteur de compétitivité, nous étudierons essentiellement les facteurs de production (A)
et le demande (B).

A/ - l'impact de la fiscalité sur les facteurs de production

Chaque industrie a besoin d'un ensemble de facteurs que les économistes rangent dans
trois éléments : terre, travail et capital. Qu'on peut aussi regrouper sous quatre grandes catégories.

1 - Ressources humaines : effectif, qualification et coût

L'impôt est considéré comme un élément du coût de travail pour les entreprises. En effet,
la rémunération - coût détermine le volume du travail qu'une entreprise pourrait demander et
affecte la possibilité de recruter des employés qualifiés. Dans le contexte camerounais,
l’utilisation de la main d’œuvre génère à la charge de l’entreprise, des contributions fiscales118 et
sociales119. Dans ce sens, l’entreprise doit pouvoir arbitrer entre l’embauche et la sous-traitance.

118
Cette contribution fiscale concerne à la fois la contribution au CFC et celle au FNE. Voir articles 3 et 6 de la LOI
N° 90/050 DU 19 DECEMBRE 1990 MODIFIANT LA LOI N° 77/10 DU 13 JUILLET 1977 PORTANT INSTITUTION
D’UNE CONTRIBUTION AU CREDIT FONCIER ET FIXANT LA PART DE CETTE CONTRIBUTION DESTINEE AU FONDS
NATIONAL DE L’EMPLOI.
119
Les cotisations sociales à la charge de l’employeur (l’entreprise) comprend la contribution au titre de PVID,
d’allocation familiale et de Maladie Professionnelle – Accident de Travail.
Article 1 du Décret n° 90-198 du 03 août 1990 fixant le taux et l’assiette des cotisations dues à la Caisse
Nationale de Prévoyance Sociale pour les branches des prestations familiales et de l’assurance pensions de
vieillesse, d’invalidité et de décès
« Article 1 (1). Les taux de cotisations dues à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale au titre des prestations
familiales sont fixés comme suit :
a) pour les travailleurs relevant du régime général, y compris les domestiques et employés de maison : 7%
des salaires ;
b) pour les travailleurs relevant du régime des entreprises agricoles et assimilés : 5, 65% des salaires ;
c) pour le personnel de l’enseignant privé : 3,70% des salaires.
(2) Les cotisations prévues au paragraphe précédent sont à la charge de l’employeur.
Article 2 : Le taux des cotisations dues à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale au titre de l’assurance pensions
de vieillesse, d’invalidité et de décès est fixé à 8,4% des salaires répartis ainsi qu’il suit :
-- 4,2% à la charge de l’employeur ;
-- 4,2% à la charge du travailleur.»
Décret n° 78-283 du 10 juillet 1978 fixant les taux de cotisation pour la branche des accidents du travail et des
maladies professionnelles « Article 1er : En vue de la fixation des cotisations pour la branche des accidents du
travail et des maladies professionnelles, les entreprises sont classées en fonction de la gravité des risques et de
leur fréquence ainsi qu’il suit :
Groupe A : risque faible ; Groupe B : risque moyen ; Groupe C : risque élevé.
Article 2. (1) Le montant des cotisations dues par chaque employeur est obtenu en appliquant, à l’ensemble des
salaires du personnel de l’établissement, le taux de risque afférent au groupe déterminé comme suit :
Groupes A : 1,75 % ; Groupes B : 2,5 % ; Groupes C : 5% »

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2 - Ressources Physiques : abondances, qualité disponible et coût de la


terre, de l'eau des minerais du bois de coupe, de l'énergie hydro
électrique…

L'impôt constitue un élément de coût de ces ressources. On trouve, dans le système fiscal
camerounais, des taxes et impôts frappant l'énergie, l'eau, les minerais, … augmentant par
l'occasion le coût de production de l'entreprise et réduisant sa place concurrentielle sur le marché.

3 - Ressources en savoir (scientifique, technique…) et en capitaux

La fiscalité contribue à la détermination de l'étendue scientifique soit par la taxation des


équipements des profits de recherche, soit par les déductions fiscales sur les dépenses de
recherche.

A ce propos on peut dire que l'ampleur de l'imposition des revenus influence la formation
des capitaux. De même, la taxation des intérêts et des dividendes détermine l'affectation de ces
capitaux ainsi que leur mobilité. En effet, la fiscalité est l'un des déterminants des flux
internationaux des capitaux par les contrôles fiscaux exercés sur leurs mouvements nécessitant
leur abolition et libéralisation des marchés financiers permettant aux capitaux de franchir les
frontières.

B/ - l'impact de la fiscalité sur la demande

Toute entreprise commerciale et industrielle cherche à accroître le volume de ses ventes


en accroissant la demande sur ses marchandises ou ses produits lié automatiquement à la
recherche et création de nouveaux marchés intérieurs et extérieurs120 pour l'écoulement de ses
marchandises et produits destinés à la vente. Pour le marché interne qui reste primordial pour la
majorité des entreprises camerounaise, on trouve que sa taille se détermine en partie par le
pouvoir d'achat interne affecté à son tour par la fiscalité au niveau de l'imposition de la
consommation finale, tout comme les revenus. Comme également c'est en fonction de la
répartition de la charge fiscale et de l'affectation des dépenses publiques, la demande de certaines
catégories de biens peut être modifiée au profit ou au détriment d'autres121

120
Les principaux déterminants du marché intérieur sont :
- le pouvoir d'achat dépendant de la population et la structure de revenu,
- le degré d'ouverture de l'économie,
- L’importance du secteur informel.
121
C’est l’effet de « substitution ».par effet de la fiscalité, la demande des biens fortement imposés peut
diminuer au profit des biens moins imposés ; dans le même ordre d’idée, les entreprises produisant les premiers

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LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Au terme de cette partie visant à mettre en évidence la relation entre la fiscalité et la


performance de l’entreprise, il ressort que la fiscalité intéresse au plus haut niveau l’entreprise.
Pour rendre le développement de cette dernière plus harmonieux, le législateur camerounais, en
aménageant un cadre très attrayant de régimes incitatifs, reconnait aux entreprises la liberté de
gestion fiscale qui pourrait leur permettre d’optimiser leurs charges fiscales. Le procédé décrit
ci-dessus étant bien entendu textuel, il pourrait arriver de constater que les efforts fournis par
l’administration pour que la fiscalité serve de tremplin à la performance de l’entreprise restent
insuffisants. Qu’est ce qui peut bien faire problème ? Et comment contourner l’écueil ? La
deuxième partie ci-dessous tentera de solutionner ces questionnements en faisant une analyse
critique de la relation entre la fiscalité et la performance de l’entreprise.

biens verront leur marché s’amoindrir leur marché. Il leur faudra donc ajuster leurs stratégies en fonction des
innovations fiscales affectant leur marché.

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LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Seconde partie : ANALYSE CRITIQUE DE LA FISCALITE


COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME
CAMEROUNAISE

Il n’est nul doute que la fiscalité est un moteur du développement et de la croissance dans
une économie. Pour mieux apprécier cet effet, les administrations à travers le monde font du
secteur privé leur tremplin en leur accordant certains privilèges susceptibles de nourrir leur
performance et surtout de leur permettre de satisfaire aux exigences de compétitivité.
L’administration camerounaise n’est pas en reste, d’où l’effort considérable mis à profit par cette
dernière depuis quelques années pour développer des régimes incitatifs en faveur des PME.
Seulement, l’observation de la pratique pourrait nous amener à penser que les résultats visibles
ne sont pas parfaitement en accord avec ceux escomptés122 car ces efforts se heurtent à des écueils
(Chapitre 1) que nous nous proposons d’examiner et auxquels nous tenterons par notre
contribution (Chapitre 2) d’apporter quelques éléments de réponses.

122
Il convient de rappeler que l’intention de l’administration en créant toutes ces mesures incitatives est de
renforcer la performance des entreprises, plus particulièrement du secteur privé.

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LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Chapitre 1 : QUELQUES ECUEILS A LA CONSTRUCTION DE LA


PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE SUR LA
FISCALITE CAMEROUNAISE

Ainsi, pour une fiscalité plus efficace, moteur de la performance des PME, le
discernement des écueils à la perception de la fiscalité en tant que levier de performance des
entreprises (section 1) est indispensable, ce qui permettrait par la suite d’énoncer quelques
mesures correctrices (section 2).

Section 1 : LES INSUFFISANCES DU FAIT DE L’ADMINISTRATION

Les mesures fiscales incitatives ont pour vocation l'allègement partiel ou total de la charge fiscale.
Leurs insuffisances imputables à l’administration sont d'ordre juridictionnel et fonctionnel.

Paragraphe 1 - Insuffisances sont d'ordre juridictionnel

Les insuffisances d'ordre législatif sont des défaillances qui relèvent du cadre réglementaire. Il
s'agit des carences qui ne facilitent pas l'incitation aux investissements, même si certaines sont
en cours d'amélioration. Elles portent sur les conditions excessives et restrictions défavorables
(A), sur l'élargissement de l'assiette fiscale et l'instabilité des régimes fiscaux incitatifs (B).

A/ - Les conditions excessives et les restrictions défavorables

Ces deux éléments qui sont du fait de l’administration, constituent un frein non moins
important à la construction de la performance de l’entreprise sur la fiscalité. Il convient donc de
les analyser tour à tour.

1 – les conditions excessives

Dans la législation camerounaise en matière d’incitations fiscale, les entreprises sont parfois
soumises à des conditions qu’elles devront respecter pour bénéficier d’un quelconque régime.
Ces conditionnalités et restrictions auxquelles sont soumises les entreprises créent souvent des
distorsions dans l'économie qui font que cette réglementation aille à l'encontre des objectifs
recherchés, qui sont principalement de booster la performance des entreprises visées.

Mais il n’est nul doute qu’une réglementation excessive, même bien orientée, se traduit par des
ingérences au sein des entreprises qui ne veulent pas être pénalisées pour non-respect des critères

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 52


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

d'éligibilité du régime. On prescrit parfois de lourdes obligations123 aux entreprises privées pour
bénéficier des régimes fiscaux incitatifs, surtout dans une économie où le tissu industriel est
constitué en majorité des PME-PMI. Ces exigences sont généralement liées au bénéfice des
avantages fiscaux au moment de l'approbation de l'investissement.

2 – Les restrictions défavorables

Enfin pour ce qui est des restrictions, les incitations accordées en début de période et liées à des
obligations de résultat vont souvent à l'encontre des objectifs assignés car, plusieurs entreprises
n'ont vraiment pas besoin des privilèges dont elles bénéficient124 au cours de cette phase. A
contrario, si les pouvoirs publics tiennent à appuyer certaines branches d'activités, ils devraient
utiliser un système d'incitation accordé en fin de période (phase d’exploitation), qui
récompenserait les entreprises pour leurs réalisations effectives au terme du cycle de
l'investissement. Les entreprises qui atteignent les buts d'un système incitatif (par exemple créer
et maintenir les emplois, assurer le transfert de technologie, promouvoir les exportations etc..)
pourraient être admises au bénéfice d'un soutien fiscal. Cette formule assurera la rentabilité du
système d'incitation : seules seront récompensées les entreprises performantes.

B/ - L'élargissement de l'assiette fiscale et L'instabilité des régimes fiscaux


incitatifs.

L’élargissement de l’assiette fiscale et les régimes fiscaux incitatifs pourraient constituer des
écueils considérables à la performance des PME, lorsqu’ils ne sont pas gérer correctement. Il
convient donc de les analyser en détail.

1 - L'élargissement de l'assiette fiscale.

L'élargissement de l`assiette est une réalité au sein de l'Administration fiscale camerounaise.


Dans sa valeur intrinsèque, il ne constitue pas une insuffisance, car l'Etat a davantage besoin des

123
L'article 3 du décret n°2008/2304PM du 29 juillet 2008 dispose : « Pour le bénéfice du régime des projets
structurants, les grandes entreprises doivent présenter un plan d'investissement à réaliser d'au moins cinq
milliards (5 000 000 000) FCFA, tandis que les PME peuvent se prévaloir des projets d'un coût estimé à au moins
cinq cent millions (500 000 000) FCFA ». Ce plafond est assez élevé pour une économie en construction où le tissu
industriel est constitué en majorité des PME-PMI.
124
De la création au lancement d'une activité, l'entreprise supporte plusieurs charges liées à la constitution et au
lancement (Publicité, honoraires, promotion etc..). Elle doit se faire connaître et constituer un portefeuille ; ce
qui suppose qu'elle est généralement déficitaire car, elle n'a presque pas encore des clients. A l'exception des
droits et taxes à la constitution, elle n'est vraiment pas dans le besoin malgré le minimum de perception à payer
sur le CAHT. Ces incitations pourront être plus rentables au cours de la phase d'exploitation tant pour
l'Administration que pour le contribuable.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 53


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

ressources pour assurer ses missions régaliennes sans cesses croissantes. Il peut se réaliser de
plusieurs manières :

- création des nouveaux impôts ;

- augmentation des taux d'imposition ;

- contrôle des obligations fiscales ;

- réorganisation du secteur informel, etc...

Seulement, l'élargissement de l'assiette fiscale devient problématique quand on sait qu'au-delà


d'un certain seuil critique, il contribue plutôt à dissuader les entreprises et par là, à la baisse même
des recettes fiscales à travers des comportements « pervers ».

Ces trois premières formules d'élargissement constituent des écueils à l'efficacité des mesures
fiscales incitatives pour garantir la performance des entreprises.

L'accroissement des recettes fiscales se réalise à travers des objectifs en termes de rendement à
chaque niveau de l'Administration. Cette technique moderne de gestion par objectif s'applique
dans toutes les organisations. Pour l'Administration fiscale, elle consiste à fixer des objectifs en
termes d'augmentation des recettes dans chacune de ses structures. Ainsi déclarait l'Ex-ministre
en charge de l'économie et des finances : « l'expérience d'une gestion par objectif permet
d'apprécier le personnel sur la base du mérite ».

Ainsi, l'élargissement de l'assiette fiscale peut avoir pour conséquence de ralentir l'effectivité des
mesures fiscales incitatives sur lesquelles se fonde la performance des entreprises.

2 - L'instabilité des régimes fiscaux incitatifs

Dans le souci d'accroître les recettes fiscales pour assurer ses missions régaliennes, la fiscalité
incitative a connu quelques turbulences au cours de ces dernières années au Cameroun.

En effet, depuis l'élaboration des ordonnances de 1990 relatives au Code des investissements et
à la ZFI, les contribuables n'ont jamais cessé de dénoncer les incohérences dans l'application
concrète des textes sur le terrain. Ils dénoncent que ces avantages fiscaux sont constamment
modifiés par l'Administration fiscale. Alors que l'article 15 du statut de la zone franche dispose
que « les entreprises installées dans les zones industrielles bénéficient, pendant les dix premières
années de leur exploitation, de l'exonération totale des droits et taxes directs ou indirects, en
vigueur ou à créer, ainsi que les droits d'enregistrement, de timbre, de quelque nature que ce soit

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 54


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

», il n'est pas rare d'entendre les investisseurs se plaindre que telle taxe ou telle autre soit
incorporée au fil des années dans les LF. Pour ce qui est de l'instabilité observée dans ces
ordonnances, on peut noter à titre d'exemple :

- l'exclusion au statut de zone franche industrielle, les entreprises forestières à l'exception des
industries de transformation du bois (LF 95/96) ;

- la suppression du régime de réinvestissement du Code des investissements dans la LF 2003 et


sa réintroduction dans la LF 2007 ;

- le montant de déduction au résultat imposable initialement de 5% de la valeur FOB des produits


manufacturés est passé à 0,5% (LF 95/96).

Il s'agit là de quelques turbulences ayant influencées l'efficacité des mesures fiscales incitatives.
Néanmoins, il faut noter que cette instabilité a été largement influencée par la fraude et l'évasion
fiscale de certains contribuables dans un Etat où le besoin en ressources est sans cesse croissant.

Outre les insuffisances d'ordre législatif, l’appréhension de la fiscalité en tant que pilier de la
performance de la PME Camerounaise présente également des insuffisances d'ordre fonctionnel.

Paragraphe 2 – Les insuffisances sont d'ordre fonctionnel

Ces insuffisances ont un dénominateur commun : elles atténuent directement ou indirectement


les allègements ou exonérations des droits et taxes accordés. Elles portent entre autres sur la
longueur et la lourdeur des procédures administratives et la médiatisation insuffisante des
mesures (A), l'exercice excessif de l'abus de droit et le pourvoir discrétionnaire des services
compétents (B).

A/ - Les Procédures administratives et la médiatisation.

Ces deux éléments constituent les premiers dans le rang des insuffisances fonctionnelles.

1 - La longueur et la lourdeur des procédures administratives

La mise en œuvre des régimes fiscaux incitatifs dans les pays en voie de développement en
général et le Cameroun en particulier souffre d'énormes difficultés. Elle se caractérise par la
longueur et la lourdeur des procédures administratives auxquelles sont confrontés les
contribuables.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 55


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Ces problèmes auxquelles sont confrontées les entreprises se traduisent par des augmentations
importantes du coût des investissements atténuant par-là, les avantages fiscaux qu'accorde
l'Administration aux entreprises.

Bien qu’il ait été créé un guichet unique chargé de l'examen et de l'approbation des dossiers d'une
part et de l'administration des entreprises agréées à un système incitatif d'autre part ; l’écueil se
trouve maintenant déporté vers l’attitude de certains agents en charge de ces différents services.

2 - Une divulgation insuffisante

La mise en place des régimes fiscaux incitatifs n'est que le point de départ d'une stratégie visant
à attirer les investissements, instaurer le civisme fiscal et par là, booster la performance des
entreprises. Il faut y ajouter une autre mesure importante : faire connaître l'existence de ces
régimes et veiller à ce que les contribuables potentiellement éligibles soient pleinement informés
des avantages à attendre d'une opération réalisée dans chacun des régimes.

Il convient de souligner que dans le cadre des incitations à l’investissement privé en république
du Cameroun, les investisseurs doivent avoir accès à toute information susceptible de les
encourager à s’installer car « Si les informations sur le pays sont difficiles à obtenir, les
investisseurs iront tout simplement ailleurs », déclare Cécile SAGER, une ancienne Directrice
du service conseil du climat d'investissement au sein du groupe de la Banque mondiale.

La fiscalité fait partie de ces informations pertinentes qui conditionnent le choix du lieu
d'implantation d'une entreprise et même sa pérennité et sa compétitivité. La fiscalité des
investissements au Cameroun souffre de ce problème de médiatisation.

Au terme de cette analyse, nous pouvons admettre que la recherche de la bonne information en
générale et de l'information fiscale en particulière, induit des coûts supplémentaires qui n'ont
pour conséquence que, d'amoindrir les allègements ou exonérations des charges fiscales accordés
par le législateur. Ainsi, l'Administration fiscale doit davantage prendre des dispositions pour
réduire ces coûts en mettant à la disposition des entreprises la bonne information (et surtout
l’information actuelle) à travers son site internet et les journées portes ouvertes.

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LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

B/ - l'exercice excessif de l'abus de droit et le pourvoir discrétionnaire des


services compétents.

Ces deux autres éléments apparaissant en second plan, ne sont pas moins importants, car eux
aussi constituent une réelle entorse à l’attractivité de la fiscalité.

1 - L'exercice excessif de la procédure d'abus de droit

L'exercice de la procédure d'abus de droit est l'une des prérogatives125 dont jouit l'Administration
fiscale. Elle lui permet de rétablir la réalité des faits, quel que soit la façade juridique derrière
laquelle se cache une opération réalisée. Visée à l'article L33 du Livre de Procédures Fiscales
(LPF), elle dispose : « Toute opération conclue sous la forme d'un contrat ou d'un acte juridique
quelconque dissimulant une réalisation ou un transfert de bénéfices ou revenus effectués
directement ou par personnes interposées n'est pas opposable à l'Administration des impôts qui
a le droit de restituer à l'opération son véritable caractère et de déterminer en conséquence les
bases des impôts sur les sociétés ou sur le revenu des personnes physiques. En cas de réclamation
devant la juridiction contentieuse, l'Administration à la charge de la preuve ». En effet, pourront
être qualifiées d'abus de droit tous montages juridiques réalisés dans la seule motivation de
réduire l'assiette imposable. L'exercice excessif de cette prérogative ne donne pas toujours la
possibilité au contribuable de choisir les constructions juridiques lui offrant les solutions les
moins onéreuses fiscalement126.

A titre d'illustration, supposons une entreprise qui dispose de déficits ordinaires127 qui seront
prescrites au 31 décembre 2019. Au cours de cette année, il ressort des données prévisionnelles
que le bénéfice fiscal sera très faible pour absorber ces pertes antérieures. De ce fait, l'entreprise
décide de procéder à la réévaluation libre128 de ses immobilisations amortissables afin de profiter
des économies d'impôts129 qui en découleront. En effet, le bénéfice fiscal y compris l'écart de

125
Les prérogatives de l'Administration s'entendent comme la contrepartie du système déclaratif dont elle
dispose pour s'assurer de l'exactitude, de la fidélité et de la sincérité des déclarations souscrites par les
contribuables. Elles portent d'une manière générale sur le droit de contrôle, le droit de communication et
d'enquête dont les modalités sont visées aux articles L 9 et suivants du LPF. L'abus de droit fait partie intégrante
du droit de contrôle.
126
BIELEU (J-R), Président de l'Ordre National des Experts fiscaux: Cours de procédures fiscales, année
académique 2008/2009, p.7.
127
Il s'agit là des déficits visés à l'article 12 du CGI, à l'exception des amortissements différés en période
déficitaire énoncés à l'article 7(D) du CGI
128
L'on qualifie de réévaluation libre, celle initiée par l'entreprise et à un taux interne déterminé. L'écart de
réévaluation est la différence entre la valeur nette économique du bien après réévaluation, diminuée de sa
valeur nette comptable avant réévaluation. C'est un véritable profit imposable ; Voir NZAKOU, op.cit., pp. 96-97.
129
Cette opération permet de passer des déficits ordinaires dont le délai d'imputation est limité dans le temps
aux amortissements imputables indéfiniment. En effet, les plus - values dégagées en s'imputant aux déficits

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 57


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

réévaluation s'imputera sur ces pertes antérieures pour le ramener à zéro. Par ailleurs, l'ajustement
du plan d'amortissement induira des économies d'impôts car, cette démarche permet de convertir
ces pertes ordinaires en amortissements futurs.

Cette opération peut être qualifiée par le fisc d'abus de droit si cette réévaluation réalisée ne se
limite qu'à des motivations d'ordre fiscal, c'est-à-dire, faite exclusivement dans l'intention de
conserver les économies antérieures qui prescrivaient au 31 décembre 2019.

Seulement, dans le cadre de cette opération, il ne s'agit pas d'une fraude fiscale, mais une habileté
fiscale excessive. L'entreprise n'a fait que choisir la solution la moins onéreuse. Il serait donc
judicieux que le législateur fasse preuve de tolérance administrative devant ces situations d'abus
de droit, à l'exception de celles dissimulant la fraude.
hjjjjj

2- Le pouvoir discrétionnaire des services compétents

Toujours dans le cadre des incitations à l’investissement en république du Cameroun, pour être
admis à ce régime, l’entreprise doit déposer un dossier au guichet unique ouvert auprès de
l’organe en charge de la promotion des PME pour les entreprises existantes et auprès de l’organe
en charge de la promotion des investissements, pour les entreprises nouvelles130. Le dossier ainsi
reçu est acheminé à la commission constituée au sein du MINFI et composée des représentants
de la DGI et DGD. Cette commission est chargé d’étudier le dossier afin d’agréer l’entreprise au
régime sollicité ; seulement, ces derniers disposent d'une large discrétion dans l'examen et
l'appréciation des dossiers. Au dernier recours, le Ministre décide de l'opportunité d'accorder ou
de refuser l'agrément. En tout état de cause, cette marge d'appréciation personnelle est très
souvent perçue par les candidats comme une source d'inégalité et de discrimination, pour tout
dire, une source d'arbitraire.

Pour y remédier, l'Etat devrait veiller à ce que les personnes en poste dans les services centralisés
soient pleinement représentatives de tous les ministères qu'elles représentent. Parallèlement, les
textes relatifs à l'approbation des investissements devraient être rédigés en termes clairs et sans
ambiguïté, de façon à limiter le plus possible les interprétations divergentes. Ce qui réduira les
risques de corruption et garantira, une application équitable et juste des régimes incitatifs et autres

ordinaires permettront de convertir ces derniers en amortissements car, elles s'ajustent aux valeurs initiales des
immobilisations réévaluées.
130
Voir ARRETE N° 00000331/MINFI/SG/DGI/DGD DU 17 Juillet 2014 modifiant et complétant certaines
dispositions de l'arrêté n°00366/MINFI/SG/DGI/DGD du 19 novembre 2013 précisant les modalités de mise en
œuvre des avantages fiscaux et douaniers de la loi n° 2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à
l'investissement privé en République Du Cameroun.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 58


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

avantages fiscaux et par la même occasion contribuera à alimenter la performance, la


compétitivité des PME au Cameroun. D’où cette déclaration de Eloi DIARRA, Agrégé en droit
public et Maître de conférence à la faculté de droit public de Dakar : « Pour remédier au pouvoir
discrétionnaire des services compétents, l'Etat devrait instaurer l'automaticité des régimes fiscaux
incitatifs ; ce qui revient à dire que lorsque les conditions posées par le législateur sont remplies,
on bénéficie automatiquement des avantages du régime, bien entendu si l'on en formule la
demande »131.
Comme autre insuffisance du fait de l’administration, nous pouvons citer l’obsolescence des
textes fiscaux. Il n’est aucun doute que l’investissement, variable essentielle du PIB, est le
principal moteur du développement ; Conscient de ce fait, l’Etat du Cameroun a mis en place un
cadre aménagé pour encourager l’investissement privé132. Bien que cela paraisse comme une
bouffée d’oxygène aux yeux du contribuable qui peut se servir de cette fenêtre pour renforcer sa
performance et par ricochet sa compétitivité, il se retrouve parfois confronté à des dispositions
d’une législation très peu (voire pas du tout) proche de la réalité économique. C’est le cas des
ordonnances n° 90/007 du 08 novembre 1990 portant Code des investissements et n° 90/001
créant le régime de ZPFI. Il s'agit des mesures qui sont intervenues au Cameroun dans le contexte
d'ajustement structurel. Après plus de deux décennies environ, ces textes n'avaient toujours pas
été actualisés malgré leur bilan mitigé.133 Ce dernier peut être justifié par l'inadéquation de cette
fiscalité aux exigences de l'environnement national et international134.

Réagissant à cette critique, la loi n°2002/004 du 19 avril 2002 portant charte des investissements
en République du Cameroun en son article 43(1) abroge lesdites ordonnances. Cette même
disposition en son alinéa 2 prévoit l'entrée en vigueur de cette charte dès l'élaboration des Codes
sectoriels et textes réglementaires dans un délai de deux (02) ans ou au plus tard le 19 avril 2004.
Quatre années après ce délai initialement prévu, ces Codes sectoriels et textes réglementaires

131
E. DIARRA : « Le Code des investissements du Sénégal d'août 1987 : un bref aperçu », revue juridique africaine
N°2, 1990, p.10.
132
Voir loi portant Incitations à l’investissement privé en république du Cameroun
133
Commission de la réforme fiscale, rapport général 2007 : « De manière générale, l'appréciation des régimes
fiscaux incitatifs au regard des objectifs assignés permet de dégager un bilan mitigé : A ce jour, seule les entreprises
relevant du régime des entreprises stratégiques du Code des investissements et celles sous contrat de concession
avec l'Etat ont fait l'effort d'atteindre les objectifs assignés par l'Etat. La politique fiscale incitative arrêtée par l'Etat
pour les entreprises du régime de la zone franche et des autres régimes du Code des investissements n'ont pas
porté les fruits attendus. Il se dégage un manque de lisibilité des résultats concrets et efficients assignés aux
promoteurs des entreprises relevant des régimes fiscaux incitatifs », pp.107-108.
134
La concurrence accrue entre les nations est un facteur incitatif pour le renforcement des instruments de
compétitivité économique, au rang desquels figure la qualité du système fiscal. En rapport avec cette
considération, les bouleversements que préfigure l'entrée en vigueur des Accords de Partenariat Economiques
(APE) entre la Communauté Européenne et l'Afrique Centrale depuis le 1er janvier 2010 imposent un réajustement
du dispositif fiscal aux nouveaux enjeux qui se dessinent.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 59


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

demeurent inexistants. Ce n’est qu’en 2013 que le régime des investissements privés en
république du Cameroun voit le jour ; privant ainsi les contribuables pendant plusieurs années,
de la possibilité d’en jouir. Toute cette obsolescence des textes fiscaux, ainsi que la lenteur dans
leur mise à jour effective ne constituent que des pesanteurs à la construction de la performance
des PME sur la fiscalité camerounaise.

Section 2 : LES INSUFFISANCES DU FAIT DU CONTRIBUABLE

Bien que l’administration ait un grand rôle à jouer dans l’efficacité de la fiscalité,
l’observation des quelques freins à la perception de la fiscalité comme levier de performance de
la PME incombe aussi au contribuable. Ainsi, les écueils liés au contribuable lui-même sont
relatifs tout d’abord à l’ignorance par ce dernier des avantages offerts par le système fiscal
camerounais (paragraphe 1), puis à l’inexistence au sein de l’entreprise d’un protocole de gestion
fiscale clairement défini (paragraphe 2).

Paragraphe 1 - L’ignorance des avantages fiscaux offerts par le système fiscal


Camerounais.

Selon le dictionnaire Wikipédia, L'ignorance135 est un décalage entre la réalité et une


perception de cette réalité, décalage qui est la conséquence d'une croyance, d'un préjugé, d'une
illusion ou d'un fait avéré de ne pas savoir. Appliqué à notre contexte, l’ignorance du contribuable
se caractérise par le fait pour ce dernier de ne pas se mettre à la page de l’actualité fiscale. Ce
défaut d’informations suffisantes l’expose au courroux de l’administration qui use de mesures
coercitives en cas de non-respect ou d’abus de la règlementation fiscale, car nul ne peut se
prévaloir de son ignorance136. D’un autre côté, l’absence de la bonne information pourrait
conduire l’entreprise à générer d’énormes charges fiscales ; il convient donc de considérer que
l’ignorance de la PME camerounaise surenchérit le risque fiscal (A) qui s’oppose à toute
entreprise et lui fait perdre de multiples opportunités (B).

135
« L’ignorance est perfectible ; il suffit d’étudier. » Albert BRIE, le mot du silencieux, p. 33, Fides.
136
« La liberté commence où l’ignorance fini » Victor HUGO

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 60


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

A/ - Le risque fiscal lié à l’ignorance des entreprises

Si le risque est la probabilité qu'un événement incertain, susceptible de causer un


dommage arrive, en matière fiscale le risque137 opposable aux entreprises repose sur l’éventualité
qu’une opération (ou une activité ou un procédé) engagé par l’entreprise, n’alourdisse son fardeau
fiscal. Dans le cadre d’un audit fiscal, les dirigeants d’une entreprise sont amenés à constater
d’éventuelles erreurs organisationnelles, pouvant être la source de risques fiscaux. Ainsi, bien
qu’au sein de l’entreprise les risques fiscaux peuvent être d’origine diverses (1), ceux-ci doivent
être gérés (2) au mieux pour assurer la performance de l’entreprise
.
1 - Origine et évaluation des risques fiscaux

« Probabilité d'émergence d'une dette supplémentaire vis-à-vis du trésor public, le risque


fiscal tire son origine des potentielles discordances entre les règles fiscales en vigueur et
l'application de ces règles au niveau de l'entreprise »138. Ainsi présenté, le risque fiscal peut donc
naitre des contrats et protocoles d’accords conclus par l’entreprise avec un tiers ; du traitement
des charges du personnel ; de diverses décisions prises par les dirigeants de l’entreprise. Ainsi,
toutes ces sources peuvent être regroupées en quatre catégories à savoir le risque de
transactions139, le risque fiscal lié au cycle financier140 141, les risques comptables142, les risques

137
« Tel que défini par la Commission européenne, le concept de risque, prend en compte La probabilité que
survienne un élément dangereux et la sévérité de ses conséquences. » S. OUIDA, Audit fiscal : gestion des risques
et outils d'optimisation, Université Hassan 2 Casablanca - ENCG Spécialité Gestion financière et comptable, 2013.
138
Ibid.
139
« Certaine opération non récurrente à caractère complexe et incertain peuvent être source de risque fiscaux,
telle que les opérations de fusion, scission, conversion des dettes en action... en raison de leur nature elles sont
souvent suivies par contrôle fiscaux de la part de l'administration fiscale. La présence de spécialistes en la
matière avant et durant chaque opération à caractère structurelle et la mise en place d'une politique fiscale
formalisée peuvent contribuer à la minimisation du risque de transaction. » Ibid.
140
« La complexité du cycle financier est une source permanente des risque, en effet plus le cycle financier est
complexe plus il est difficile de poursuivre une gestion efficace de la charge fiscale de l'entreprise. » G. Legros,
Mini manuel de finance d'entreprise, Dunod, Paris, 2010.
141
« La variable fiscale est liée à chaque mouvement du cycle financier de l'entreprise. En effet l'Etat impose la
marge bénéficiaire réalisée par voie d'impôt sur les sociétés, l'encaissement de cette marge est taxé au niveau de
la taxe sur la valeur ajouté, les acquisitions des immobilisations nécessaires au bon fonctionnement du cycle
financier sont soumises à la taxe professionnelle et enfin les opérations de transfert de revenus au profit des
personnes physiques sont régies par l'impôt retenu à la source de l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques
(IRPP). Le niveau de formation, de communication et de documentation des parties impliquées au niveau des
opérations à caractère fiscal ou ayant un impact fiscal directe ou indirecte constitue un outil clef pour
minimisation des risques fiscaux liés au cycle financier. » S. OUIDA, Op. Cit.
142
« La comptabilité est un outil de centralisation des informations à caractère économiques, financière et
commerciale dans un but de refléter une image fidèle du patrimoine de l'entreprise. Elle constitue la principale
base du contrôle fiscal et, par conséquent de découvert de défaillance au niveau des processus de la
détermination de la base imposable. Le choix des procédures efficaces de traitement et d'imputation, d'analyse
et de justifications comptables et de rapprochements les données comptables et donnés fiscales peut contribuer
à réduire les risques fiscaux d'origine comptable. » Ibid.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 61


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

d'origine interne et externe143 144


. Ces divers points à risque agissent entre autre sur les impôts
directs et indirects de l’entreprise.

A titre d’exemple, l’engagement par les managers des dépenses non déductibles du point
de vue fiscal, expose l’entreprise à un redressement (rehaussement du bénéfice) fiscal, dont les
conséquences pourraient être désastreuses pour cette dernière du fait des pénalités et intérêts145
qui seront imputés, au-delà de l’impôt réellement dû.

Pour évaluer les risques fiscaux, il est important de mettre en place un cadre fiable
permettant de les mesurer les uns aux autres, quel qu’en soit leur type. Il s’agit donc d’établir un
registre des risques, classés selon leurs conséquences, leur probabilité et leur degré de
survenance. Ce recueil servira à établir des stratégies organisationnelles dont le but est de
maîtriser les risques fiscaux rencontrés lors de l’exercice écoulé. L’évaluation des risques fiscaux
consiste donc à quantifier ceux qui auront été définis lors du dernier exercice, en distinguant les
risques majeurs de ceux moins importants. Après avoir identifié et évalué convenablement les
risques fiscaux, il est important et même crucial de les gérer efficacement.

2 – Gestion des risques fiscaux

« Le comportement à caractère réactif des contribuables vis-à-vis des problèmes et risques


fiscaux contribue indirectement à l'intensification de ces risques et problèmes »146. La mise en
place d'un système de gestion proactif permet de prévoir, de contrôler et d'optimiser la charge
fiscale de la PME. La gestion proactive du risque fiscal est un instrument moderne qui permet de
réduire considérablement la réalisation des risques fiscaux qui peuvent avoir une conséquence

143
Ibid.
144
Les risques fiscaux internes et externes proviennent pour la plupart des faits tels que la rareté des ressources
humaines compétentes ; les Pratiques non qualifiées ou négligentes ; le changement de doctrines ou de
pratiques administratives ; la méconnaissance des règles, des textes, de la doctrine ou de la jurisprudence ; la
complexité, ambiguïté, inadaptation et incertitude des textes fiscaux ; la méconnaissance des avantages fiscaux ;
l’apparition d'une nouvelle jurisprudence fiscale ; les procédures défaillantes ; la mauvaise interprétation de la
pratique de l'entreprise par l'administration ; l’absence d'autocontrôle ; les contrôleurs fiscaux n'ayant pas les
qualifications techniques nécessaires ; la mauvaise coordination entre les services impliqués par la fiscalité ; les
discordances inconciliables entre comptabilité et Fiscalité ; la comptabilité irrégulière, incohérente, non probante
ou insuffisante ; la comptabilité non tenue à jour ; la difficulté de justification probante de certaines dépenses ;
l’absence de confidentialité et de discrétion du Personnel ; la pression des clients ou des fournisseurs ou des autres
parties prenantes ; le non-respect des dispositions fiscales. Tout compte fait, les risques externes sont alimentés
par des faiblesses internes.
145
Articles L104 et Suivant du CGI.
146
D. N, Erasmus II, Proactive Tax Risk Management, THOMAS JEFFERSON SCHOOL OF LAW SAN DIEGO, TJSL
Research Paper No, 1435612, September 2009.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 62


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

plus ou moins directe sur la trésorerie de l'entreprise. Elle se base sur une succession d’étapes147
dynamiques qui facilitent le calcul et la maitrise de la fiscalité de l'entreprise avant, durant et
après tout opération comptable, commerciale et financière. La gestion du risque fiscal tel que
présenté ici, est assise essentiellement sur la planification fiscale qui « constitue un outil essentiel
de minimisation des risques fiscaux qui facilite le calcul et la maitrise de l'évolution de la charge
fiscale de l'entreprise »148 ; Elle peut préalablement intervenir au sein de plusieurs départements
dont les décisions sont liées soit directement ou indirectement à la charge fiscale de la
l’entreprise. Ses domaines d'intervention englobent tant les décisions stratégiques
qu’opérationnelles. La gestion des risques fiscaux aboutie à la mise en forme d’un protocole de
gestion fiscale (que nous présenterons au paragraphe 1 de la deuxième section ci-dessous)
opposable à tous les acteurs de l’entreprise.

Au-delà de l’exposition de l’entreprise aux risques fiscaux du fait son ignorance, celle-ci
en-cours aussi la perte d’innombrables avantages légaux, ce qui constitue un autre frein à la
construction de sa performance sur la fiscalité.

B/ - La perte d’avantages fiscaux du fait de l’ignorance149 des PME.

Comme observé en première partie de cet ouvrage, le système fiscal camerounais un


parterre d’avantages et de mesures incitatives aux entreprises ; mais à cause de l’ignorance de
ces bienfaits par les entreprises, celles-ci ne parviennent pas à en bénéficier clairement et
continuent de croupir sous le poids de la charge fiscale qu’elles auraient pu réduire en tirant profit
des avantages fiscaux. Cette perte d’avantages peut être liée soit aux impôts directs (1) ou aux
impôts indirects (2).

1 - Avantages liés à la réduction d’impôts directs

Comme principal impôt direct de l’entreprise, nous parlerons de l’impôt sur le revenu, en
l’occurrence l’IS. Pour la réduction de l’impôt sur le revenu, les dispositions du CGI relatives à
l’IS (articles 7 et suivants) mettent en évidence la déductibilité des charges financières (intérêts
débiteurs sur emprunts). Ainsi, dans l’optique d’amoindrir l’assiette fiscale de l’IS, le manager

147
Il s’agit entre autre, de la constitution d’une équipe fiscale, du choix de la stratégie fiscale appropriée, de la
collecte des problèmes et risques fiscaux.
148
Hongceng Cao, Xiaohui Xu, Guojie Ao, The Tax Planning of Enterprise Income Tax, International Journal of
Business and Management, May, 2009, Vol 5 No 4, P 36 – 40.
149
« Le savoir diffère autant de l'ignorance que la vie diffère de la mort. » Gabriel GIRARD ; Les synonymes
français, 1736.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 63


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

futé pourrait opter pour un financement de ses activités par des capitaux étrangers plutôt que par
des fonds propres ; la charge financière ainsi générée viendrait en diminution du bénéfice
imposable et par la même occasion entrainerait une variation négative sur l’impôt dû. Dans le
même ordre d’idée, l’entreprise pourrait décider d’accorder des dons aux organisations sociales
et sportives ; cette décision renferme un double gain en ce que d’une part la charge étant
fiscalement déductible fait réaliser des économies d’impôts, et d’une autre part, en même temps,
l’entreprise gagne en visibilité et suscite de la sympathie auprès des donataires et de son marché.

2 - Avantages liés à la réduction d’impôts indirects

Bien que n’étant pas à la charge de l’entreprise, les impôts indirects exercent un poids énorme
sur la trésorerie de celle-ci. Il convient donc d’en limiter la pression ; c’est ainsi que le manager
avisé invoquera les dispositions du CGI relatives à la promotion de l’emploi jeune, telles que
présentées en première partie de ce document.

D’après ces dispositions toute entreprise qui emploi (au titre de premier emploi), des
jeunes de moins de 35 ans, est exonéré de contribution aux charges patronales pendant 2 ans ;
toutefois, l’importance de la connaissance détaillée de ladite mesure réside en ce que le bénéfice
de cette dernière n’est pas automatique. Le contribuable doit en faire la demande expresse.

Au-delà de l’ignorance des mesures et dispositions incitatives de la part de l’entreprise,


la non possession d’un protocole de gestion fiscale clairement défini constitue un autre écueil à
sa performance.

Paragraphe 2 - L’absence d’un protocole de gestion fiscale clairement défini.

Toute entreprise clairement structurée doit avoir en son sein, et conformément aux
prescriptions de l’AUDCIF150, un manuel de procédures. Lorsqu’il est bien conçu, ce document
fait ressortir toutes les actions à mener, comment les mener, ainsi que les différents intervenants,
pour chacun des aspects (opérationnel, technique, commercial, administratif, financier…) de
l’entreprise. Chaque aspect est donc un assemblage de protocoles définissant la conduite à tenir
pour l’exécution d’une tache ; c’est ainsi que le protocole de gestion fiscale apparait au sein de
l’entreprise comme un instrument efficace d’aide à la décision, et qui devrait retenir toute

150
Acte Uniforme relatif au Droit Comptable et à l’information Financière.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 64


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

l’attention des managers afin de leur d’anticiper sur leurs différentes impositions pour ne retenir
la voie la moins imposée. L’absence d’un protocole de gestion ou encore l’utilisation d’un
protocole mal ficelé, transforme le contribuable en victime du système fiscale en ce sens que ce
dernier prends des décisions et mène ses activités sans intégrer la variable fiscalité.

Au terme de ce chapitre trois dont le but essentiel était de mettre en évidence les
pesanteurs qui fragilisent la fiscalité en tant que levier de la performance de la PME
camerounaise, il serait incongru de ne pas remarquer que ces écueils peuvent être le fait tant de
l’administration qui a encore des efforts à fournir dans le cadre du développement des régimes
incitatifs, de la vulgarisation des textes fiscaux, entre autres ; mais aussi du contribuable lui-
même qui, de par son ignorance principalement, échappe aux bonté de l’administration. Le
quatrième et dernier chapitre ci-après tentera de poser quelques pistes de solutions pour que la
fiscalité au Cameroun puisse de mieux en mieux, donner un coups de pouce à la performance des
entreprises.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 65


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Chapitre 2 : LA CONTRIBUTION A LA CONSTRUCTION D’UNE


FISCALITE VERITABLE CLEF DE VOUTE DE LA
PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE

Tout processus de développement et de relance économique s'intègre dans une démarche


participative. L'Etat et le secteur privé en sont les premiers acteurs. A cet effet, l'Etat définit et
pilote la politique économique du pays tandis que le secteur privé créé des entreprises et par
ricochet la Valeur Ajouté qui alimente le PIB. Dans cette symbiose, l'Etat assure la régulation en
accordant des facilités parmi lesquelles les exonérations et allègements fiscaux. Par ailleurs, cet
Etat régalien qui davantage a besoin des ressources sans cesses croissantes dont les plus
importantes sont constituées par les recettes fiscales, ne peut véritablement respecter cet
engagement que si en plus des facilités fiscales qu'il accorde, il n'existe pas d'autres sources de
dépenses fiscales informelles. Ces dépenses fiscales informelles laisseraient penser que si les
PME subissent le courroux de la pression fiscale, la cause principale serait d’une part
« l’inculturation fiscale » de plusieurs, mais aussi la mauvaise foi de certaines entreprises qui ne
paient pas leurs impôts. C'est également le constat fait par le GICAM qui pense que : « le fardeau
fiscal imposé aux entreprises formelles serait dû au développement progressif d'une économie
informelle dont les adhérents n'ont ni charges fiscales, ni charges sociales »151. Ainsi, pour une
fiscalité plus efficace, moteur de la performance des PME, des efforts supplémentaires sont à
observer tant du côté de l’administration que de celui de l’entreprise elle-même ; de ce fait, la
lutte contre la fuite des recettes fiscales apparaît donc comme un enjeu majeur (section1) à
condition que l'entreprise, sache tirer profit des mesures fiscales incitatives prévues par les textes
en vigueur (section 2).

Section 1 : LES EFFORTS SUPPLEMENTAIRES A FOURNIR PAR LE FISC :


LUTTER CONTRE LA FUITE DES RECETTES FISCALES

Le comportement du contribuable devant l'honorable obligation de contribuer aux


charges publiques est une réaction de défense : le contribuable cherche à se soustraire au
prélèvement que le fisc entend opérer sur son patrimoine ou tout au moins à en réduire
l'ampleur152. C'est le phénomène de fuite devant l'impôt. Il a des conséquences très néfastes. En
effet d'un point de vue fiscal, il fausse l'équilibre du système fiscal en permettant à certains

151
GICAM : « Fiscalité et parafiscalité : réalités et enjeux », rapport dîners -débat du 02 octobre 2008, p.2.
152
P. M. GAUDEMET et J. MOLINIER : Finances Publiques / Fiscalité, Tome 2, Domat droit public, 6ème édition
Juillet 1997, p.226.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 66


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

contribuables d'éluder leurs charges fiscales tandis que d'autres la supportent pleinement. D'autre
part, ce phénomène compromet le rendement de l'impôt et diminue les rentrées fiscales. Enfin,
ce phénomène a des répercussions économiques : il entraîne des distorsions dans l'économie,
fausse la politique fiscale en matière d'incitation et par le même fait le jeu de la concurrence entre
les entreprises.
Compte tenu de l'ampleur du problème, il importe d'en rechercher les manifestations (Paragraphe
1) et d'en dégager les remèdes (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 - Les manifestations de la fuite des recettes fiscales

La fuite fiscale peut se manifester de différentes manières : tantôt le contribuable pour éluder
l'impôt n'hésite pas à contrevenir formellement à la loi fiscale : c'est le procédé de la fraude
proprement dite (A). En revanche, sans recourir à la violation de la loi, le contribuable réussit à
éluder l'impôt : c'est le procédé de l'évasion fiscale (B).

A- La fraude fiscale

La fraude fiscale 153 est une violation directe et délibérée de la loi fiscale ou une soustraction
illégale de toute ou partie de la matière imposable. Le délit de fraude fiscale est visé dans les
dispositions de l'article L 95 à L 102 du LPF. La fraude fiscale suppose ainsi des faits matériels
tendant à éluder l'impôt de manière volontaire. Elle peut prendre plusieurs formes de
dissimulation regroupées au sein de trois catégories. La fraude peut être matérielle (1), comptable
(2) et juridique (3).

1 - La dissimulation matérielle

C'est la forme la plus grossière des fraudes. On peut citer à titre d'illustration la dissimulation
d'une partie du matériel d'exploitation pour échapper aux droits proportionnels, ou bien encore
des marchandises importées pour échapper aux droits de douane. Elle peut également
correspondre à une dissimulation personnelle154 : c'est le cas de certains intermédiaires de
commerce dont les instruments de travail se limitent à un téléphone, un fax et un ordinateur qui
sont tous inconnus de l'Administration fiscale.

153
Pr. Jean GATSI, op. Cit. p.155.
154
Il s'agit par exemple du secteur informel.

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2 - La dissimulation comptable

C'est une forme de fraude très développée. Pour les impôts établis sur déclaration, la comptabilité
sert fréquemment d'instrument de vérification à l'Administration. La fraude comptable apparaît
comme le procédé classique de fraude fiscale. Sur le terrain, plusieurs entreprises ont tendance à
pratiquer un double bilan : un bilan fiscal qui est présenté au fisc pour l'établissement des
impositions et un bilan réel qui retrace fidèlement la réalité des opérations155. En revanche, le
fisc peut procéder à des recoupements de données et déceler des dissimulations. Cette
reconstitution des informations porte sur les bons de commande, les factures, les bons de
livraison, les relevés de comptes bancaires, les souches de paiement en espèce, le listing des
importations et d'autres informations reçues des partenaires externes de l'entreprise.

La dissimulation comptable permet aussi d'éluder la TVA. Deux méthodes sont généralement
pratiquées. La vente sans facture est la technique la plus ancienne. Elle permet de ne pas faire
entrer certaines ventes dans la comptabilité et de diminuer par-là, la TVA et l'impôt sur le revenu
correspondant. Quant aux fausses factures156, c'est un procédé engendré par le mécanisme de
déduction de la TVA sur les achats. Elles permettent de minorer la TVA collectée et le bénéfice
imposable157. En outre, il faut noter certaines formes de fraude qui consistent à faire passer les
dépenses personnelles dans la rubrique des frais généraux déductibles du résultat fiscal.

3 - La dissimulation juridique

La troisième forme de fraude consiste à maquiller une situation de fait derrière une situation
juridique apparente moins imposée. C'est le cas des ventes sans factures encaissées par le crédit
d'un compte courant associé assimilant l'opération à un prêt ; ou bien encore, les livraisons de
marchandises assimilées à des prestations de services qui ne seront jamais encaissées pour se
soustraire du paiement de la TVA. Cependant, l'Administration ne doit pas rester figée à la
qualification juridique de l'acte qui lui est présenté. Elle doit rechercher la situation réelle derrière
la situation apparente. De ce point de vue, l'Administration dispose de plusieurs moyens pour
détecter la nature exacte d'une opération ou d'un acte juridique. Le fisc peut se servir du droit de
communication visé à l'article L 42 du LPF pour remonter les informations jusqu'à la source afin
d'identifier les tiers concernés par l'opération et par là, rétablir la nature juridique de l'acte.

155
P. M. GAUDEMET et J. MOLINIER, op.cit., p. 237.
156
Il s'agit généralement des factures avec des fausses identités.
157
Cf. Pr. Jean GATSI, Op.cit., p.48.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 68


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Ainsi, le contribuable peut s'exposer à des sanctions pour avoir violé la loi fiscale. En revanche,
il existe des hypothèses où le contribuable réussit à éluder l'impôt en abusant intentionnellement
la loi fiscale sans pour autant la violer : c'est l'évasion fiscale.

B/ - L'évasion fiscale

Quelle que soit la perfection d'un système fiscal, la matière fiscale réussit toujours à échapper les
mailles du filet tendu par l'Administration fiscale pour la saisir. Le contribuable réussit à éluder
l'impôt sans violer la loi : c'est ce qu'on appelle l'évasion fiscale. Elle peut revêtir plusieurs
formes. Ainsi, on distingue l'évasion fiscale interne (1) et l'évasion fiscale internationale (2).

1 - L'évasion fiscale interne

Elle consiste pour le contribuable tout en restant sous la souveraineté fiscale nationale, à essayer
d'échapper à l'imposition grâce aux failles du système fiscal. Plusieurs procédés s'offrent à lui.
Ils portent sur l'abstention (a) et l'utilisation des lacunes de l'Administration fiscale (b).

a) L'abstention

L'abstention est le procédé le plus simple de fuite devant l'impôt. Le contribuable s'abstient juste
d'accomplir l'acte taxé ou de posséder la matière imposable. C'est pourquoi de nombreux impôts
manquent d'élasticité. En effet, une augmentation du taux d'impôt peut entraîner une diminution
de la matière imposable et parfois, du produit de l'impôt. De même, pour éviter l'imposition sur
les transactions immobilières, le contribuable s'abstient de toutes transactions sur les immeubles ;
Ce procédé ne saurait tomber sur la censure de l'Administration, mais il lui fait perdre
d'importantes ressources.

En général, le contribuable n'est pas obligé d'accomplir les actes taxés ou d'acheter les denrées
soumises à l'imposition. Cette forme d'évasion n'est cependant pas très développée, car exige au
contribuable des efforts. Par ailleurs, plutôt que de recourir à l'abstention, les contribuables
préfèrent rechercher systématiquement les lacunes du système fiscal.

b) L'utilisation des lacunes du système fiscal

Aujourd'hui, en raison de l'importance du prélèvement fiscal, les contribuables sont bien


obnubilés par le souci d'échapper autant qu'il est possible à l'impôt. Généralement, ils organisent
et aménagent leurs patrimoines de telle manière que le fisc ait le moins de prise possible sur eux.
C'est un droit pour chacun d'agencer ses affaires de manière à payer le moins d'impôt possible.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 69


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Ainsi dans la rédaction des actes juridiques, les préoccupations d'ordre fiscal emportent souvent
sur des considérations strictement juridiques. C'est un droit pour le contribuable de choisir la voie
la moins imposée. En revanche, le reproche fait au contribuable n'est pas d'avoir eu recours à un
acte fictif ou déguisé, mais simplement, d'avoir fait preuve d'une excessive habileté dans
l'utilisation des possibilités légales158.

Le contribuable dispose ainsi de certaines possibilités légales pour échapper à l'imposition. C'est
le cas du contribuable qui, pour s'exonérer de l'IRCM sur les distributions de dividendes se sert
d'un compte courant associé rémunéré au taux de la Banque des Etats de l'Afrique Centrale
(BEAC) majoré de deux points159. On peut aussi citer l'achat indirect d'un fonds de commerce160 ;
ce qui permet d'acquérir le fonds sans payer les droits proportionnels, mais les droits dégressifs.

A côté de ces hypothèses où le contribuable échappe à l'imposition en profitant des imperfections


du système fiscal tout en restant sous la souveraineté fiscale de l'Etat dont il relève, il existe une
autre forme d'évasion : l'évasion fiscale internationale.

2 - L'évasion fiscale internationale

Le contribuable profite ici du caractère territorial de la souveraineté fiscale161 pour échapper à


l'imposition. En transférant indirectement une partie des bénéfices ou en s'implantant sur un
territoire étranger où la pression fiscale est moins forte, il a la possibilité de se soustraire à
l'imposition : c'est l'évasion fiscale internationale au sens strict. Le principe de la territorialité de
la souveraineté fiscale n’étant plus absolu aujourd'hui162. L'impôt n'est plus uniquement territorial
et le fisc cherche à appréhender la matière même au-delà du territoire national. Cependant, il se
trouve souvent impuissant et désarmé en raison des difficultés qu'il rencontre pour exercer ce
contrôle au - delà des frontières. L'évasion fiscale internationale est donc susceptible de revêtir
diverses formes. On note l'évasion de l'assiette de l'impôt (a) et l'évasion fiscale à l'établissement
de l'impôt (b).

158
M. COZIAN : Les grands principes de la fiscalité des entreprises, Litec, 4ème édition 1999, p. 20.
159
Ces charges financières sont déductibles ; Voir article 7(B) du CGI.
160
L'acquisition indirecte d'un fonds de commerce consiste à acquérir l'ensemble de ses titres sociaux.
161
Ceci relève du fait qu'il est difficile, voire impossible pour l'Administration fiscale d'exercer son droit de
contrôle hors du territoire national en absence d'une convention fiscale.
162
Car, en présence des conventions fiscales, l'Administration fiscale peut exercer son droit de contrôle au-delà
des frontières nationales.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 70


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a) L'évasion de l'assiette de l'impôt

C'est le cas où la matière imposable est soustraite à l'Administration fiscale et placée sous une
souveraineté fiscale étrangère. Il existe plusieurs formes d'évasion dans l'assiette de l'impôt. On
note la surfacturation des commissions ou courtages versés à l'étranger par les entreprises
camerounaises. On peut également noter les frais d'assistance technique majorés versés à
l'étranger et la vente des marchandises à des prix minorés aux entreprises du groupe situées dans
les paradis fiscaux163. Cette forme d'évasion est généralement pratiquée dans les multinationales
eu égard à leurs structures juridiques et leurs implantations dans plusieurs pays. Ainsi, les sociétés
du groupe situées dans les pays à forte pression fiscale transfèrent indirectement une partie de
leurs bénéfices dans les pays à fiscalité faible. L'Administration fiscale tend à faire obstacle à
l'évasion de la matière imposable dans les paradis fiscaux. Autant, les dispositions de l'article
L19 bis du LPF renforcent les prérogatives de l'Administration face à la lutte contre ces formes
de transfert indirect de bénéfice.

b) L'évasion fiscale à l'établissement de l'impôt

L'évasion fiscale à l'établissement de l'impôt est une autre forme d'évasion par laquelle le
redevable lui-même émigre du pays où il doit l'impôt : c'est l'évasion personnelle. Si le
contribuable ne laisse aucun bien sur lequel il soit possible de recouvrer l'impôt, c'est l'évasion
matérielle. Ainsi, certaines entreprises camerounaises peuvent quitter le Cameroun pour
s'installer dans les pays étrangers où elles bénéficient d'un régime fiscal plus favorable.

Il apparaît à cet effet une pléthore des formes de fuite devant l'impôt dont les manifestations se
multiplient en variété et en ampleur. Cette fuite des recettes fiscales, comme on l'a déjà noté, a
des conséquences regrettables tant pour le rendement de l'impôt que pour la justice fiscale, pour
l'économie où elle conduit à des distorsions et plus particulièrement déstabilise la politique fiscale
d'incitation aux investissements. Aussi, faut-il lui chercher des remèdes.

Paragraphe 2 - Les remèdes à la fuite des recettes fiscales

Les remèdes se modèlent aux diverses formes de fuite des recettes fiscales. On peut distinguer
les remèdes à la fraude (A) et les remèdes à l'évasion fiscale (B).

163
Les paradis fiscaux sont des micros territoires qui commercialisent leur souveraineté en pratiquant l'accueil
illimité et anonyme des capitaux des résidents étrangers. Ils sont constitués par les Etats qui pour attirer les
capitaux étrangers, ont une fiscalité nettement plus favorable que celle des autres pays. Cf. Pr. Jean GATSI,
op.cit. p.233.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 71


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A/ - Les remèdes à la fraude

On distingue deux moyens pour réduire l'ampleur de la fraude : la prévention (1) et la répression
(2).

1 - La prévention de la fraude

Le meilleur moyen de prévenir la fraude est de perfectionner le contrôle fiscal. En effet, conscient
du perfectionnement du contrôle, le contribuable s'abstiendra de frauder de peur d'être démasqué.
L'Administration fiscale n'a pas manqué de développer des moyens pour lutter contre la fraude.
Elle peut tout d'abord entrer en relation avec le contribuable en lui adressant une simple demande
d'éclaircissement ou de justification164 sur tout point de sa déclaration ouvrant droit à une
réduction d'impôt ou encore lorsque l'Administration a réuni des éléments permettant d'établir
que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés.
L'Administration peut également s'adresser aux tiers. Ainsi, le droit de communication165 lui
permet de prendre connaissance des documents et renseignements relatifs au contribuable. Il est
exercé auprès des autres administrations publiques166, établissements ou organismes publics,
organismes de sécurité sociale, organismes de toute nature soumis au contrôle de l'autorité
étatique, mais aussi les banques, les sociétés de bourse, les compagnies d'assurance, les
employeurs et des personnes versant les honoraires ou droits d'auteurs. Le contrôle fiscal peut
également prendre la forme de vérification de comptabilité167 qui est la comparaison entre les
déclarations souscrites et les écritures comptables ainsi que l'examen de régularité, de la sincérité
et du caractère probant de la comptabilité à l'aide des renseignements recueillis grâce au droit de
communication, à la demande d'éclaircissement et aux contrôles matériels.

Le droit d'enquête168 institué au profit de l'Administration depuis la LF 2000/2001 permet de


rechercher les manquements aux règles de facturation auxquelles sont soumis les assujettis à la
TVA, de se faire présenter les factures, la comptabilité matière ainsi que les livres, les registres
et les documents professionnels pouvant se rapporter à des opérations ayant donné lieu ou devant
donner lieu à une facturation et de procéder à la constatation matérielle des éléments physiques
de l'exploitation.

164
Voir Article L22 du CGI.
165
Voir Article L42 du CGI.
166
Notamment le service des douanes.
167
Voir Article L11 du CGI.
168
Voir Article L49 du CGI.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 72


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2 - La répression de la fraude

La répression a une certaine efficacité pour combattre la fraude à condition que les sanctions
fiscales prononcées soient celles édictées par le législateur. On distingue une grande variété de
sanctions contre la fraude fiscale. Visées aux articles L 95 à L 114 du LPF, elles peuvent donner
lieu à des amendes, des peines de prison169, des sanctions complémentaires170 telles que la saisie
vente des biens meubles appartenant au débiteur, la poursuite des créanciers du débiteur, le
blocage des comptes bancaires, la fermeture de l'établissement, la mise en fourrière d'un véhicule
et l'exclusion des marchés publics. Les sanctions pécuniaires sont relatives aux insuffisances
constatées dans les déclarations à l'absence de la facture ou du numéro d'identifiant unique et aux
fausses factures. Il s'agit des majorations d'impôts ou d'amendes fiscales qui ont à la fois un
caractère répressif et réparateur pour le trésor et peuvent de ce fait, faire l'objet de remises et de
transactions à titre gracieux.

B/ - Les remèdes à l'évasion fiscale

L'évasion fiscale revêt comme il a été vu plus haut, une double forme, interne et internationale.
Convaincu que cette pratique gangrène profondément son tissu économique, l’administration
camerounaise a le 11 Juillet 2017, adhérée à et ratifiée la convention de l’OCDE (en tant que
70ème membre) visant à prévenir l’érosion de la base fiscale et le transfert des bénéfices.171

Les solutions doivent s'adapter à ces deux types. Nous avons les remèdes à l'évasion interne (1),
les remèdes à l'évasion internationale (2) et l'amélioration des rapports entre le fisc et le
contribuable (3).

1 - Les remèdes à l'évasion interne

L'évasion interne résulte surtout de la complexité du système fiscal et de la diversité des


privilèges fiscaux. Ces privilèges poussent souvent certains investisseurs à l'abus en faisant de
leurs entreprises des « paradis fiscaux ». Le remède est la simplification du système fiscal. De
même, il n'est pas rare que plusieurs contribuables sollicitent les régimes particuliers et ne
remplissent pas les critères d'éligibilité requis à la demande d'agrément. Cette situation entraîne

169
Voir Article L107 du CGI.
170
Voir Article L111 du CGI.
171
« l’OCDE fournit aux gouvernements des solutions pour fermer les brèches des règles internationales actuelles
qui permettent à des entreprises de faire « disparaitre » leurs bénéfices ou de les transférer artificiellement vers
des destinations où ils ne sont pas imposés ou sont soumis à une imposition réduite, alors même que ces
entreprises y réalisent des activités économiques limitées, voire inexistantes. » www.ocde.org

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 73


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

une double perte pour l'Etat. D'abord parce que les objectifs attendus ne seront pas atteints, et
ensuite parce que l'impôt ne sera pas payé. Ainsi, l'Administration devrait mettre en place un
comité permanent chargé d'évaluer systématiquement ces différents régimes incitatifs afin
d'identifier les cas d'abus de droit.

Au terme de ces évaluations, il serait judicieux de suspendre l'agrément, mais aussi, de réclamer
l'impôt initialement exonéré sous forme d'amendes à ces entreprises.

2 - Les remèdes à l'évasion externe

L'évasion internationale est possible en raison de la limitation territoriale imposée au contrôle


fiscal. Elle ne peut être combattue que si les accords internationaux interviennent pour permettre
à l'Administration fiscale d'étendre son contrôle au-delà des frontières nationales172. Les
organisations internationales à l'instar de l'OCDE et l'ONU se sont attardées à ce problème
d'assistance administrative internationale en matière fiscale en élaborant des projets de
conventions d'assistance administrative et juridictionnelle. C'est à partir de ces différents projets
que les Etats élaborent des conventions fiscales internationales qui, en plus de lutter contre
l'évasion fiscale, éliminent la double imposition entre souverainetés fiscales.

En revanche, l'efficacité de ces conventions se heurte à deux obstacles. Les conventions


d'assistance administrative internationale en matière fiscale ne pourraient être véritablement
efficaces que si elles couvraient la Terre entière d'un réseau complet et s'il n'existait plus d'Etats
où les capitaux puissent se réfugier et se mettre à l'abri des investigations fiscales. Mais, les
paradis fiscaux subsistent .Ces derniers tirent des ressources financières importantes de
l'hospitalité qu'ils accordent aux capitaux poursuivis par le fisc dans les autres pays .On conçoit
que ces pays qui, comme la Suisse, la philippine ou la Malaisie, en tirent des ressources énormes
pour financer leurs économies, présentent peu d'intérêt à coopérer en matière d'assistance fiscale
internationale.

Cependant, même lorsqu'il existe des conventions d'assistance fiscale entre deux pays, leur mise
en œuvre est lourde. Les demandes de renseignements doivent suivre la voie hiérarchique et
transiter par les ministères des finances et des affaires étrangères des deux pays intéressés. Elles

172
Pour ce qui est par exemple de la convention fiscale avec la France, les autorités fiscales de chacun des Etats
contractants se transmettent mutuellement des renseignements d'ordre fiscal dont elles disposent pour assurer
l'établissement et le recouvrement réguliers des impôts visés dans la convention ; Voir article 37(1) de ladite
convention.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 74


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

ne peuvent donc être adressées que pour des affaires importantes et la lenteur des réponses laisse
au contribuable le temps nécessaire d'échapper aux poursuites.

3- L'amélioration des rapports entre le fisc et le contribuable

Il faudrait que les rapports entre le fisc et le contribuable soient nécessairement des relations entre
deux partenaires et non deux adversaires. Des efforts doivent être réalisés dans ce sens tant au
niveau de l'Administration qu'au niveau des contribuables. De nombreuses circulaires ont prescrit
aux agents du fisc d'éviter tout comportement qui risquerait de provoquer l'hostilité des
contribuables173.

Ainsi, ces efforts pourront s'améliorer davantage par des séminaires sur l'éthique en milieu
professionnel organisés au sein de cette Administration. Quant aux contribuables, il est
nécessaire d'introduire dans les programmes scolaires à partir du second cycle un cours de
fiscalité. Ce cours peut porter essentiellement sur la politique et la théorie générale de l'impôt,
visant ainsi à informer la jeunesse sur le rôle de l'impôt payé et à cultiver en eux le sens civique
du devoir fiscal.

Si la lutte contre la fuite des recettes fiscales demeure un impératif majeur pour une fiscalité des
investissements plus efficace, il serait judicieux pour l’administration d’encourager la
structuration en filière174. Il faut tout de même reconnaître qu'il ne s'agit là que des outils de
gestion fiscale que le législateur met à la disposition des investisseurs qui doivent choisir. Sans
doute, son efficacité dans le choix des décisions dépendra de son fondement juridique, de son
coût, de la démarche et bien d'autres paramètres. Ainsi, il nous semble nécessaire de nous
appesantir sur l'optimisation des mesures fiscales incitatives au sein de l'entreprise.

173
Circulaire CADRE N° 004/MINEFI/DGI/LC/C du 08 Mai 2008 relative au contentieux fiscal.
174
La compétitivité d'une industrie donnée exige que les industries amont et apparentées le soient aussi. La
fiscalité pourrait être utilisée comme un instrument favorisant cette structuration en filière.
L'octroi des avantages fiscaux à une industrie isolée reste sans résultat si non une perte. D’où, la nécessité
d'envisager toute une filière de production pour élaborer une politique fiscale efficace. Les avantages compétitifs
paraissent dépendre de l'impact sur les capacités de coordination et de complémentarité entre les efforts des
opérateurs.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 75


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Section 2 : LES FFORTS SUPPLEMENTAIRES A FOURNIR PAR LE


CONTRIBUABLE : OPTIMISATION DES INCITATIONS ET
AVANTAGES FISCAUX A EUX CONSACRE

La vie d'une entreprise est faite d'une multitude de décisions et d'actions. Il faut en
permanence faire face aux problèmes qui se présentent et apporter une solution satisfaisante
moins onéreuse. L'ensemble des décisions d'une manière générale et les décisions liées à la
gestion fiscale en particulière doivent répondre à cette préoccupation de réduction des coûts.
Suivant le Doing Business, l'ensemble des impôts absorberait environ 51,9% des bénéfices de
l'entreprise175. Ceci nous interpelle à prendre conscience du coût de la fiscalité afin de mettre en
place une politique fiscale qui vise à exploiter de façon rationnelle les facilités fiscales qu'accorde
le législateur pour réduire ce coût et assurer la compétitivité et surtout garantir la performance.
De ce point de vue, notre contribution portera sur l'approche d'élaboration d'une politique de
gestion fiscale (Paragraphe 1) et la procédure d'optimisation fiscale au sein de l'entreprise
(Paragraphe 2).

Paragraphe 1 - L'élaboration d'une politique de gestion fiscale au sein de


l'entreprise

Pour assurer sa gestion fiscale, l'entreprise doit définir une politique fiscale conforme à sa
structure juridique et aux dispositions fiscales en vigueur. Pour y parvenir, l’entreprise se doit de
mettre à jour toutes les composantes de sa politique fiscale (A), qui au sein de l'entreprise
concernent essentiellement la mise en place d'un service fiscal compétent (ou alors un consultant
externe), la documentation fiscales ainsi que des procédures fiscales internes, pour enfin
déboucher sur l'élaboration d'un budget des charges fiscales (B) ; ce dernier prend en compte tous
les impôts et taxes opposables à l’entreprise.

A/ - Les composantes de la politique fiscale de l’entreprise.

Afin d’établir ou de se doter d’une politique fiscale fiable et pertinente, l’entreprise ne doit point
ignorer les composantes de cette politique qu’il convient de bien analyser, allant de la mise en
place d’un service compétent (1), à l’élaboration de procédures efficaces (3), tout en passant par
une veille juridico-fiscale accrue (2).

175
GICAM : « Fiscalité et parafiscalité : réalités et enjeux », rapport dîners -débat du 02 Octobre 2008, p.3

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 76


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

1- La mise en place d'un service compétent

Pour créer et gérer une entreprise, le manager a besoin de ressources qui ne se limitent pas
seulement aux ressources financières mais incluent aussi les ressources humaines et qui d'ailleurs
sont les plus importantes car, la crédibilité d'une entreprise, passe d'abord par l'image et
l'efficacité de son personnel. Celui-ci constitue la pièce maîtresse des différents services. Cet
ensemble forme un tout indissociable pour sa compétitivité et sa pérennité. Le service fiscal
apportera sa contribution dans la gestion fiscale de l'entreprise. Ainsi, l'entreprise doit se doter
des spécialistes de la fiscalité, ayant des connaissances dans les disciplines voisines176, toute aussi
indispensables à l’application les textes fiscaux.

2 - La documentation fiscale appropriée à son activité

Les supports d'informations fiscales sont des fondements juridiques d'aide à la prise des
décisions177. Ces différents textes sont opposables à l'Administration fiscale178. En d'autres
termes, il s'agit des sources formelles d'interprétation du droit fiscal. Suivant la hiérarchie des
normes juridiques, ils sont constitués :

- des conventions fiscales visant à éviter la double imposition ;

- des conventions, actes, directives CEMAC, etc. ;

- de la loi (CGI, LPF, LF, Code des investissements, etc.) ;

- des jurisprudences ;

- des textes réglementaires (décrets, arrêtés, ordonnances, etc.) ;

- de la doctrine administrative (circulaires, instructions, notes, réponses administratives, précis


de fiscalité, etc.).

3- L'élaboration des procédures fiscales internes.

On appelle procédure un canevas que l'on suit pour réaliser une tâche ou atteindre un objectif.
L'ensemble des procédures fiscales élaborées par l'entreprise constitue le manuel des procédures
fiscales internes. Ce dernier permet aux opérateurs d'atteindre les objectifs qui découlent de la
politique fiscale de l'entreprise. Chaque entreprise doit être dotée d'un manuel des procédures

176
Les disciplines voisines à la fiscalité concernent la comptabilité, le droit en général et plus
particulièrement le droit des sociétés commerciales et le droit commercial.
177
Toutes décisions touchant à la fiscalité de l’entreprise doivent être prises sur la base des textes
178
Article L37 du LPF

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 77


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

fiscales. Celui-ci est fonction de sa taille, de son secteur d'activité, de son régime fiscal et de
toutes autres spécificités qui lui sont propres. Il doit pouvoir définir quels sont les différent impôts
et taxes auxquels l’entreprise est assujettie, quels en sont les faits générateurs et quand naissent
les différentes exigibilités, comment sera contrôlée la bonne exécution des tâches réalisées, quels
sont les différents intervenants, comment seront archivé les dossiers fiscaux …

Ces différentes préoccupations ne sont pas exhaustives. Elles dépendront de la taille, des
spécificités et de la politique fiscale de l'entreprise. Toutefois, son élaboration visera pour
l'entreprise à :

- délimiter les objectifs et les responsabilités de chaque intervenant dans le service fiscal de
l'entreprise ;

- permettre à la hiérarchie et aux intervenants externes179 d'appréhender rapidement la gestion


fiscale de l'entreprise ;

- améliorer l'efficacité du service compétent ;

- faciliter la rotation du personnel ;

- faciliter la diffusion de l'information ;

- réduire le coût de la fiscalité pour l'entreprise ;

- contribuer au renforcement du système de contrôle interne.

Quant à la démarche d'élaboration du manuel, elle doit être participative. Le rédacteur doit
intégrer tous les services qui participent directement ou indirectement à la production de
l'information fiscale en l'occurrence le service commercial, comptable, technique et des archives.

B/ - L'élaboration d'un budget des charges fiscales

Si gérer, c'est prévoir et prévoir, c'est anticiper sur l'avenir, l’entreprise se doit anticiper sur
l'avenir pour éviter de le subir; ainsi dans une perspective de réduction des charges fiscales au
sein de l'entreprise, il est indispensable d'élaborer un budget des dépenses fiscales. Dans le
processus d'élaboration (2), le fiscaliste se servira des données issues des autres budgets ; mais il
devra tout d’abord se faire une idée claire des composantes de ce budget (1).

179
Auditeur externe, Commissaire aux comptes, Conseil fiscal etc.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 78


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

1 – Le contenu du budget des charges fiscales

Si l’on définit par charge fiscale l’ensemble des impôts, droits, et taxes que l’entreprise doit
verser à l’Etat, il convient de souligner qu’elle renferme plusieurs prélèvements, partant de ceux
opéré sur l’activité et sur le revenu, aux impôts, droits et taxes sur la consommation. Ainsi, pour
être certaine d’avoir tout pris en compte, l’entreprise doit recenser au détail près tous les
prélèvements qui lui sont opposables du fait de l’exercice de son activité ; prenant surtout soins
de distinguer les prélèvements de droit communs des prélèvements spécifiques. Ainsi on aura
entre autres et suivant l’activité :180

- La TVA, dont les entreprises du régime du réel en sont les redevables légaux ;
- Les Droits de Douanes et d’Assises,
- La Taxe Spéciale sur le Revenu, qui frappe tout achat de services à l’étranger ;
- Les droits d’enregistrement,
- Le précompte sur loyer et le précompte sur achat,
- Les contributions de patentes et de licences,
- La Taxe d’hygiène et de Salubrité,
- Les taxes d’abattage et de transhumance,
- La Taxe Spéciale sur le Produits Pétroliers,
- L’impôt sur le revenu,
- Les charges patronales, qui sont des prélèvements parafiscaux générés par l’utilisation de
la main d’œuvre.

Après avoir définit les différents impôts droits et taxes auxquels elle est redevable, l’entreprise
devra retrouver pour chacun d’eux, le fait générateur, l’exigibilité et les délais de paiement. Tous
ces éléments permettront d’établir avec aisance, le budget des charges fiscales.

2 – Le montage du budget des charges fiscales

Pour parvenir à la construction d’un budget performant de charges fiscales, le fiscaliste se servira
des données issues du budget de vente pour ce qui est du chiffre d'affaires prévisionnel. Ce
dernier permet à l'entreprise de prévoir la TVA à collecter sur les ventes et le minimum de
perception à payer181 et dans une certaine mesure le droit d’assise spécifique. Par ailleurs, les

180
Voir dispositions du CGI relatives à l’impôt sur le revenu, à la TVA, à la fiscalité locale, aux fiscalités
spécifiques.
181
Article 22 al. 2 du CGI.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 79


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

différents budgets de dépenses permettront de prévoir la TVA déductible, les droits


d'enregistrement, les droits de douane, la TSR et la parafiscalité.

Cette formule permet à l'entreprise d'avoir une idée chiffrée de ce que lui coûtera la fiscalité pour
l'exercice à venir, d'envisager aussitôt des actions correctives pour réduire les cas d'abus de droit
et les sanctions liées au paiement tardif.

A titre d'illustration, on a le tableau ci-après :

Eléments/ mois Janvier ........... Décembre Total

-CAHT/vente des marchandises : ............ ............ ........... ..........


- CAHT/services :
-Production immobilisée :

- TVA collectée (A)


- Patente à payer

-Achats locaux /marchandises et services


-Importation /marchandises.
-Importation/ services.

-Droit de douane et diverses taxes douanières


-TVA déductible sur achats
-Précomptes sur achats payés à la douane
-TVA retenue à la source
-TSR retenue à la source

- TVA à payer ............ ............. .............


- Crédit de TVA
- Acompte IS (ou BIC) à payer
- Crédit d'acompte IS (BIC)
- droit d'enregistrement à payer
- divers taxes.

Masse salariale brute


Salaire cotisable non plafonné
Salaire cotisable plafonné

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Dividende à verser aux associés :

FNE (1%) et CF (1.5%)182 / part patronale.


Allocation familiale
Pension vieillesse / part patronale
Accident de travail

IRCM retenue à la source


IRPP retenus sur salaires
CF retenu sur salaire
Pension vieillesse retenue sur salaire

Total des charges fiscales à supporter


Total des charges sociales à supporter
Total des retenues fiscales et sociales à reverser

Total des décaissements fiscaux et sociaux à projeter :

Echéance de paiement ............. ............ .............

Tableau 2 : budget des dépenses fiscales, retenues fiscales et sociales.

Ce tableau est d'une grande portée dans une démarche de réduction du coût de la fiscalité au sein
d'une entreprise. Il renforce également la gestion prévisionnelle de la trésorerie de l'entreprise et
permet aux dirigeants de prendre conscience de la place qu'occupe la fiscalité pour une entreprise
pérenne et performante. Vu l’évolution de la fiscalité en fonction de l’environnement
économique national et international, il convient de dire que l'élaboration d'un budget des
dépenses fiscales constitue une étape incontournable dans toute politique de gestion fiscale dont
les composantes183 méritent d’être actualisées régulièrement.

Outre l'approche d'élaboration d'une politique de gestion fiscale au sein de l'entreprise, notre
contribution porte également sur la procédure d'optimisation des charges fiscales au sein de
l'entreprise.

182
LEFEBRVE (F): Mémento pratique Fiscal, édition Francis LEFEBRVE, 1990, p. 936
183
L'actualisation des composantes de la politique fiscale porte essentiellement sur le recyclage
du service compétent, la mise à jour des supports d'informations fiscales, la révision des
procédures fiscales internes et le contrôle du budget des charges fiscales.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 81


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Paragraphe 2 - La procédure d'optimisation des charges fiscales au sein des


entreprises

La procédure d'optimisation des charges fiscales au sein des entreprises porte entre autre sur les
choix fiscaux à opérer dans l’entreprise (A), sur les différentes pistes d’optimisation auxquelles
l’entreprise peut faire recours (B).

A/ - Les caractéristiques des choix fiscaux

Dans le cadre de sa politique fiscale d'incitation et d'accompagnement des entreprises, le


législateur camerounais offre aux contribuables plusieurs mesures fiscales incitatives. Ces
mesures de droit commun et/ou particulières concourent parfois à la réduction du même impôt
sur la même matière imposable184. Ainsi, il revient donc à l'entreprise d’opérer un choix
rationnel qui doit mettre en évidence économie (1), simplicité (2), sécurité (3).

1 - Le coût induit du choix

Certains choix opérés font naître des coûts supplémentaires. Il peut s'agir des coûts liés
aux formalités juridiques, administratives et fiscales. Par exemple, d'après les dispositions de
l'article 9 du CGI relatives à l'exonération des plus-values issues des opérations de fusion,
scission et d'apport partiel d'actif, les amortissements desdits biens ne se calculeront pas sur les
valeurs de reprise comme le prévoit le droit comptable185. C'est sur les valeurs nettes comptables
qui figurent dans l'acte d'apport que seront calculés ces amortissements. Il s'agit là d'un coût fiscal
supplémentaire pour l'entreprise en matière d'impôt sur les sociétés car, l'amortissement n'est pas
pratiqué sur la plus-value nette qui fait partie du coût de revient de ces immobilisations. C'est un
exemple parmi tant d'autres. Le fiscaliste de l'entreprise se doit donc d’entreprendre une
démarche qui visant à évaluer le coût fiscal, juridique et administratif de chaque disposition avant
toute prise de décision.

En dehors du coût susceptible de naitre des choix fiscaux du contribuable, ce dernier doit
s'assurer de la sécurité de son choix.

184
C’est le cas des Articles 9 et 10 du CGI, qui visent à exonérer totalement ou partiellement les plus-values sur
opérations de cession ou de transfert des immobilisations.
185
Voir article 36 de l'Acte uniforme OHADA portant organisation et harmonisation des comptabilités des
entreprises

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 82


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2 - La sécurité du choix fiscal

On dira d'un choix fiscal qu'il est sécurisé lorsqu'il relève d'une disposition fiscale formellement
reconnue par le législateur, c'est -à-dire opposable à l'Administration et encore en vigueur au
moment de son application. A cet effet, le LPF en son article L 37 dispose que : « Il ne sera
procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause de celui-ci résulte d'un
différend d'interprétation par le contribuable de bonne foi d'une disposition fiscale à l'époque
des faits formellement admise par l'Administration fiscale ». Toute décision de gestion fiscale
prise sans fondement juridique est considérée comme irrégulière et par conséquent, non
opposable à l'Administration fiscale. Le décideur doit également s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un
cas d'abus de droit.
La sécurité d'un choix dépend également de sa simplicité d’application.

3 - La simplicité du choix fiscal

Le choix doit être simple d’application et compréhensible par tous. Lorsqu'il est inaccessible, le
législateur tend à l'assimiler à une construction juridique visant à dissimuler la matière imposable
et par là, un cas d'abus de droit.

Ainsi, un choix rationnel est celui qui permet de concilier ces différents critères fiscaux.
Le mécanisme d'optimisation des charges fiscales porte également sur les moyens auxquels
feront recours les investisseurs.

B/ – Quelques pistes d'allègement des charges fiscales

L'entreprise dispose de plusieurs atouts pour payer légalement et en toute sécurité, moins
d'impôts.

Ces atouts portent sur le recours au rescrit fiscal, aux mesures fiscales incitatives et aux audits
fiscaux (1) et aux mesures d'allègement des charges suite aux opérations de contrôles fiscaux (2).

1 - Le recours au rescrit fiscal, aux mesures incitatives, aux audits.

Ces différentes voies sont celles d’usage courante parce qu’employé à titre préventif en amont
de toute action susceptible de générer une contribution fiscale.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 83


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a) - Le recours au rescrit fiscal

Formellement consacré par La LF 2008, le CGI en son article L 33 bis du LPF, défini le rescrit
fiscal en ces termes: «Tout contribuable peut, préalablement à la conclusion d'un contrat, d'une
opération sous forme de contrat, d'un acte juridique ou d'un projet quelconque, solliciter l'avis de
l'Administration sur le régime fiscal qui lui est applicable. Lorsque le contribuable a fourni à
l'Administration l'ensemble des éléments nécessaires à l'appréciation de la portée véritable de
l'opération en cause, la position énoncée par celle-ci garantit le contribuable contre tout
changement d'interprétation ultérieure ». Cette disposition constitue une importante innovation
dans la législation fiscale camerounaise. Elle donne au contribuable la possibilité de solliciter
préalablement à la réalisation de toute opération, la position de l'Administration sur le traitement
fiscal applicable à l'opération envisagée. Dans ce cas, la réponse donnée par l'Administration
garantit le contribuable contre les changements d'interprétations ultérieures.

Pour bénéficier de cette garantie, trois conditions cumulatives doivent être remplies :
- une demande écrite adressée au DGI ou au MINFI, avec indication précise de l'objet ;
- la consultation doit être préalable à l'opération envisagée ;
- la demande doit comporter tous les éléments utiles à l'appréciation de la portée véritable de
l'opération projetée.

En effet, l'entreprise demanderesse doit :


- produire un exposé clair, complet, et sincère de l'opération envisagée ;
- désigner toutes les parties contractantes, ainsi que les liens existants entre elles ;
- produire une copie de tous les documents afférents au projet (actes, contrats, conventions,
protocoles d'accords, statuts, etc.).

Le requérant peut donner dans sa requête l'interprétation qu'il fait de l'opération, objet du rescrit.
Lorsque ces conditions précitées sont réunies et que l'Administration ne répond pas dans un délai
d'un mois, aucun redressement ne peut être mis en œuvre à l'encontre du contribuable sur la base
de l'interprétation qu'il fait des dispositions fiscales186.
Hors le recours au rescrit fiscal, l'entreprise à la latitude de choisir entre plusieurs mesures fiscales
incitatives pour réduire sa charge fiscale et ainsi garantir sa performance.

186
Article L37 du LPF.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 84


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b) – L’emploi des mesures fiscales incitatives

La présentation de ces mesures a fait l'objet du premier chapitre de cette recherche. Chaque
entreprise, en fonction de sa taille, de son secteur d'activité, de la période ou des circonstances
choisira le régime ou les facilités fiscales les mieux appropriées à ses besoins.
En plus de recourir aux incitations fiscales, le recours aux opérations d'audits fiscaux vise à
prévenir les actions et/ou décisions potentiellement coûteuses du point de vue fiscal.

c) - Le recours aux opérations d'audits fiscaux

L'audit fiscal est un examen critique de la situation fiscale d'une entreprise en vue de formuler
une appréciation. En d'autres termes, il s'agit d'établir un diagnostic de la situation fiscale. L'audit
permet :

- d'examiner la politique fiscale de l'entreprise et proposer éventuellement des solutions de nature


à rendre la gestion fiscale plus performante ;

- de faire un diagnostic des obligations comptables et fiscales de l'entreprise ;

- de vérifier que l'entreprise n'est pas exposée à des risques fiscaux qu'elle n'a pas identifiés ;

- de vérifier que l'entreprise a tiré profit de toutes les possibilités qu'offre la réglementation fiscale
en vigueur pour minimiser sa charge fiscale ;

- de rechercher si une diminution de la charge fiscale peut être obtenue par une modification de
la structure juridique existante ;

- de faire prendre conscience aux dirigeants de l'entreprise que l'impôt a un coût qui doit être
géré.

L'issue de cette opération conduira à formuler des actions correctives aux anomalies identifiées
conformément aux dispositions de l'article L34 du LPF187.
Par ailleurs, certains manquements non identifiés pourront faire l'objet d'un redressement au
cours d'un contrôle fiscal. Cependant, le législateur a prévu des mesures d'allègement des charges
fiscales à l'issue de ce contrôle.

187
Il ne sera appliqué aucune pénalité aux omissions réparées spontanément par le contribuable avant l'envoi
d'un avis de vérification ou d'une notification de redressement dans l'hypothèse d'un contrôle sur pièces.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 85


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2 - Les mesures d'allègement des charges fiscales à l'issue des opérations


de contrôle fiscal

Les mesures d'allègement des charges fiscales à l'issue des opérations de contrôle fiscal portent
sur le recours à la cascade et au recours à la juridiction gracieuse.

a) Le recours à la cascade

La cascade est une mesure d'allègement des charges fiscales prévue par le législateur au cours
des opérations de contrôle fiscal. Visée à l'article L39 du LPF, elle dispose que : « A condition
d'en faire la demande expresse préalablement à l'établissement des impositions, les
contribuables faisant l'objet d'une vérification simultanée de la TVA et de l'IRPP ou de l'IS
peuvent bénéficier de la déduction au titre d'un exercice donné, des suppléments de taxes
afférentes aux opérations effectuées au cours de ce même exercice ».

En effet, lors d'un contrôle fiscal, un vérificateur peut remettre en cause des charges purement
comptables telles que les amortissements, les provisions ou encore l'évaluation des stocks ; par
exemple, la pratique des amortissements d'un montant exagéré dans une société se traduira par
une économie irrégulière d'impôt ; il y aura à cet égard un redressement de l'impôt sur les sociétés.
Mais, il n'y a pas eu pour autant désinvestissement.

En revanche, si le vérificateur estime que la société a effectué un transfert indirect de bénéfice


par une minoration de son taux de marge, les redressements porteront sur :

- l'impôt sur les sociétés ;

- l'IRPP au taux le plus élevé conformément aux dispositions visées à l'article 45 du CGI188.
En cumulant ces deux dernières impositions, on aboutit à un taux global d'impôt sur le revenu de
71.5%189.

Le mécanisme de la cascade permet d'atténuer l'incidence de cette double imposition pesant sur
les distributions irrégulières car :

-la TVA à payer viendra en déduction de l'assiette de l'IS ;

188
Car cette opération donne lieu à un appauvrissement de l’entité au profit d’un tiers dont l’identité est
inconnue du point de vue fiscal ; elle s’assimile donc à une distribution occulte de revenu et doit être traitée
comme telle.
189
Ce taux correspond à l’IS (30%) et au maximum de l’IRPP (35%), tous deux majorés de Centimes Additionnels
Communaux

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 86


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

-la TVA et l'IS à payer viendront en déduction de l'assiette de l'IRCM.

La déduction en cascade n'est pas appliquée d'office par le vérificateur190. Elle doit expressément
être demandée par le contribuable avant l'établissement des impositions.
Outre le recours à la cascade, la juridiction gracieuse offre la possibilité aux entreprises de
solliciter une modération de leurs charges fiscales même lors de la procédure contentieuse.

b) Le recours à la juridiction gracieuse

Aux termes des dispositions de l'article L141 du LPF, « la juridiction gracieuse connaît des
demandes tendant à obtenir :

- la remise ou une modération d'impôts directs régulièrement établis, en cas de gêne ou


d'indigence mettant les redevables dans l'impossibilité de se libérer envers le trésor ;

- la remise ou la modération d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités


et, le cas échéant, les impositions sont définitives ;

- la décharge de la responsabilité incombant à certaines personnes quant au paiement d'imposition


dues par un tiers.

Elle statue également sur les demandes des receveurs des impôts visant à l'admission en non-
valeur de cotes irrécouvrables ou à une décharge de responsabilité ».

Les exceptions sont définies à l'article L l42 du LPF qui dispose : « aucune remise ou modération
ne peut être accordée sur les impôts sur le chiffre d'affaires, les autres impôts collectés auprès
des tiers pour le compte du Trésor, ainsi que les pénalités consécutives à une taxation d'office ».

Quant à la forme, la requête doit être adressée au Chef de Centre des impôts territorialement
compétent191. Elle doit contenir toutes les indications nécessaires pour identifier l'imposition en
cause. D'une manière générale, le requérant doit joindre les pièces suivantes :

- avis de vérification, sauf en cas de contrôle sur pièces ;

- notification primitive ;

190
La cascade doit être expressément demandée par le contribuable pour être applicable. Voir article L39 du CGI
191
Article L143 du CGI

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 87


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

- sa réponse à la notification primitive ;

- la notification définitive ;

- l'avis de mise en recouvrement ;

- une copie de la requête déposée au contentieux ;

- justificatif de paiement de la partie non contestée ;

- justificatif attestant l'apurement du principal de la dette ;

- toutes les pièces justificatives attestant qu'il est dans l'impossibilité de payer sa dette.

Après examen de la requête, l'Administration notifie par écrit sa décision de remise, de


modération ou de rejet.
Conformément à l'article L 145 du LPF, « En cas de remise ou modération, la décision est
notifiée :
- par le chef de centre principal des impôts ou le responsable de la structure chargée de la gestion
des grandes entreprises dans la limite de trente millions (30 000 000) de francs pour les impôts
et taxes en principal et de trente millions (30 000 000) de francs pour les pénalités et les
majorations ;
- par le DGI des impôts dans la limite de cent millions (100 000 000) de francs pour les impôts
et taxes en principal et de cent millions (100 000 000) de francs pour les pénalités et les
majorations ;
- par le MINFI pour les impôts et taxes en principal dont les montants sont supérieurs à cent
millions (100 000 000) de francs ainsi que pour les pénalités et les majorations dont les montants
sont supérieurs à cent millions (100 000 000) de francs.
Toutefois, lorsque la décision de l'autorité compétente ne satisfait pas le demandeur, le recours
hiérarchique reste ouvert à ce dernier jusqu'au MINFI ».
Ainsi, le recours gracieux au même titre que la cascade constitue une mesure fiscale d'allègement
des charges fiscales à l'issue des opérations de contrôle fiscal.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 88


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

CONCLUSION GENERALE

La multiplicité des textes fiscaux visant l’amélioration du climat des affaires au cours de
ces deux dernières décennies, l’effort de dématérialisation des procédures fiscales, entre autres
témoignent de la préoccupation du gouvernement camerounais à promouvoir les investissements
par le biais de sa fiscalité, le développement des entreprises et mettre à disposition de ces
dernières des ressources susceptibles d’améliorer leur compétitivité. Au regard de la position du
Cameroun sur l’échelle des pays à climat d’affaires favorable, nous nous sommes interrogés de
savoir, si effectivement les mesures fiscales incitatives et accompagnatrices édictées par
l’administration constituaient réellement un gage d'allègement des charges fiscales et donc de
performances des entreprises.
A l'issue d'une étude approfondie, malgré les insuffisances relevées, nous sommes conduits à
reconnaître qu'au Cameroun, les mesures fiscales incitatives et accompagnatrices constituent
réellement un gage d'allègement des charges fiscales.
L'exposé du cadre réglementaire de la fiscalité en tant que levier de performance de la PME a
porté sur les mesures de droit commun et les mesures particulières. Au terme de l'analyse
précédente, des illustrations et enquêtes d'opinions relevées auprès de certaines entreprises avec
lesquelles nous avons travaillé démontrent l'effectivité des dépenses fiscales prescrites par le
législateur. Ce dernier accorde aux contribuables des allègements ou exonérations des droits et
taxes se traduisant au sein des entreprises par des économies d'impôts. Par ailleurs, selon Vincent
BOLLORE lors d'une interview à Jeune Afrique Economique, à la question de savoir comment
il évaluait les efforts accomplis pour améliorer l'environnement des affaires en Afrique,
répondait : « J'ai le sentiment qu'il y a une vraie volonté des dirigeants africains de supprimer les
obstacles. Je vais vous faire une confidence : j'ai l'impression qu'il y'a même moins d'obstacles
en Afrique qu'en France ».
Néanmoins, il faut reconnaitre que cette fiscalité présente encore des insuffisances tant sur le
plan législatif que fonctionnel.
Sur le plan législatif, elles sont relatives à l'obsolescence des textes en vigueur, les conditions
parfois excessives, l'instabilité des régimes fiscaux incitatifs et l'élargissement de l'assiette
fiscale. Sur le plan fonctionnel, nous avons relevé la médiatisation insuffisante, la discrétion des
services compétents, la longueur et la lourdeur des procédures, et enfin, l'exercice excessif de
l'abus de droit. Le constat est que, plusieurs de ces insuffisances sont la conséquence des
difficultés que rencontre l'Etat dans l'ajustement de ses recettes fiscales pour la couverture des
charges publiques et le déficit d'information. C'est pourquoi, la lutte contre la fuite des recettes

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 89


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

fiscales nous parait être un impératif majeur tant pour une fiscalité des investissements plus
efficace que pour un tissus économique avec des entreprises performantes. Quant aux freins qui
handicapent encore plus le civisme fiscal au Cameroun, nous pouvons affirmer au regard des
analyses qui ont précédé, qu’il s’agit bien de la méconnaissance de la réalité observée chez les
contribuables. Pour ôter ce frein, il faut communiquer. Car la réalité est très supérieure à l'image
que les gens se font du système fiscal camerounais. Le jour où la communication sera devenue
parfaite et que les contribuables intègreront mieux la fiscalité dans leur schéma de gestion
chacune des parties prenantes trouvera son compte : l’entreprise deviendra plus rentable, plus
compétitive et donc plus performante, pendant qu’à l’actif de l’administration on observera une
croissance économique dûe au volume d’emplois créé, à la valeur des investissements nouveaux
réalisé par le secteur privé, à la fiscalisation du secteur informel.
Les petites entreprises représentent un cas unique pour le système fiscal. Elles forment le gros
des contribuables mais sont dans le même temps les principales contributrices à l’économie
informelle, qui échappe à l’imposition. La lourdeur du système fiscal est considérée dans la
plupart des pays comme l’une des principales raisons expliquant le choix de l’économie
informelle. Or le choix des entreprises d’opérer dans le secteur informel a un impact négatif sur
l’ensemble de la société, en particulier sur la part des entreprises qui se conforme aux obligations
fiscales ; Il affecte également le potentiel de croissance des entreprises informelles elles-mêmes.
Les réformes destinées à favoriser le développement du secteur privé et à soutenir l’innovation
et la croissance doivent par conséquent identifier et éliminer les obstacles à la formalisation des
petites entreprises. L’outil synthétisé qu’est cet ouvrage, fournit un certain nombre d’options ou
de mesures à adopter pour rendre plus attractif le système d’imposition des petites entreprises de
façon à faciliter leur mise en conformité.
A la lecture de ce bilan mitigé qui se dégage de nos analyses, s'il n'est plus question de contester
que les facilités fiscales consenties par le Cameroun pour promouvoir l’installation des
entreprises, faciliter leur développement mais encore plus, accompagner leur performance, sont
en bonne voie. Il est toutefois urgent de reconnaitre qu'elles présentent encore des insuffisances
dont l'amélioration interpelle tant le législateur que les entreprises. C'est pour cela que ces
derniers devront accompagner le gouvernement dans cette politique en développant le civisme
fiscal pour éviter au grand maximum des comportements déviants qui tendent plutôt à la ralentir.
Les entreprises doivent également prendre conscience que ces dispositions incitatives à eux
consacrés sont d'instruments de gestion fiscale qu’elles doivent utiliser de façon optimale en
mettant en œuvres des moyens nécessaires tels que la veille juridico-fiscale, l’audit fiscal .

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 90


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

ANNEXES

Annexe 1 : Classification des entreprises

Source : MINPMESA

Annexe 2 : Processus de remboursement des crédits de TVA

ELIGIBILITE - DOSSIER DE DEMANDE ET DELAIS DE REMBOURSEMENT DE


CREDITS TVA

PERSONNES LES DELAIS DOSSIER DE DEMANDE


ELIGIBLES
Introduction de rembou Composition Lieu de dépôt (contre
la demande rsement décharge)

les entreprises en Après le cumul de Trois (3) La demande de Auprès de la structure


situation de crédits crédit pendant 1 mois remboursement sur gestionnaire du
trimestre (3
structurels du fait des imprimé délivré par Dossier Fiscal
retenues à la source. mois). l'administration est
accompagnée d`un dossier
Les entreprises Dès la réalisation Trois (3) en 3 exemplaires Auprès de la structure
industrielles et les de l'opération mois comprenant : -les copies gestionnaire du
établissements de générant le crédit. de toutes les déclarations Dossier Fiscal
crédit-bail, ayant mensuelles de la période
réalisé des de constitution des crédits
investissements ; -un bordereau de
lourds validés au situation fiscale délivrée
préalable par le DGI. par le receveur des Impôts
de rattachement ; -une
Les missions Dès la réalisation A la fin A la DGI
attestation de non
diplomatiques ou de l'opération. de
redevance délivrée par la
consulaires et les

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 91


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Organisations chaque Direction des Douanes


internationales (à la trimestre pour les exportateurs ou
condition de réciprocité par le chef de CPI
pour les unes ou de compétent pour les autres;
stipulation de l'accord -une attestation de
de siège pour les rapatriement des fonds
autres). pour les exportations hors
CEMAC délivrée par la
Les organismes sans Dès la fin de A la fin Direction Générale du A la DGI
but lucratif reconnus l'exercice. de Trésor et de la
d'utilité publique l'exercic Coopération monétaire et
(dont la gestion est e Financière ou une
bénévole). attestation d'échanges
intracommunautaire ; -des
Les entreprises Apres le cumul de Deux (2) Auprès de la structure
copies des attestations de
exportatrices (que crédit pendant 1 mois gestionnaire du
retenue à la source
l'application du taux trimestre (3 Dossier Fiscal
(éventuellement); -des
zéro met en situation mois).
documents démontrant
de crédits structurels)
l'effectivité de la cessation
Les entreprises en Dès la cessation Trois (3) d'activité le cas échéant. Auprès de la structure
cessation d'activité d'activité. mois gestionnaire du
Dossier Fiscal

LE CONTROLE PREALABLE A LA VALIDATION DU CREDIT DE TVA PAR LA


STRUCTURE GESTIONNAIRE DU DFU

CATEGORIE CARACTERISTIQUES CONTROLE


D'ENTREPRISE PREALABLE

Entreprises - Respectent l'essentiel de leurs obligations Contrôle formel du


Citoyennes fiscales ; Dossier Fiscal
- Lorsqu'elles sont soumises au contrat, les Unique
redressements opérés sont motivés par de simples
erreurs matérielles ou de simples omissions Par la structure
sanctionnées par des pénalités de bonne foi ; gestionnaire du
- Elles présentent des éléments de solvabilité Dossier Fiscal
(immobilisation, patrimoine mobilier important,
garanties bancaires etc.) ;
- Leurs dirigeants sont de bonne moralité
fiscale (absence des antécédents fiscaux).
NB : Les critères ci-dessus énumérés sont
cumulatifs. Leur respect simultané doit être
démontré.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 92


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Entreprises à - Toutes celles qui ne font pas partie de la catégorie Contrôle Ponctuel
risques des entreprises citoyennes ; portant sur la TVA
Par la structure
- Celles qui présentent une demande de gestionnaire du
remboursement du fait de la cessation de leur Dossier Fiscal
activité ;

- celles qui présentent une demande durant leur


première année d'activité ;

-celles qui presentent des défaillances graves et


répétées en matière d'obligations fiscales ;

- celles qui ont fait l'objet de contrôle d'assiette ou


lors de demandes de remboursement de crédit TVA
précédentes révélant la mise en oeuvre de procédés
frauduleux sanctionnés par des pénalités de
mauvaise foi ou de manœuvres frauduleuses ;

- celles qui ont fait l'objet d`une Taxation d’Office


quel qu’en soit le motif.

Transmission par voie hiérarchique au

Chef de CPI ou DGE

Transmission au DGI dans un délai de sept (7) jours les conclusions du contrôle, confirmant ou
précisant le niveau de crédit remboursable

Au niveau de la cellule de validation de crédits : instruction des demandes en 72 heures


après Notification de la confirmation ou du rejet motivé de la demande de remboursement.
Programmation des remboursements : établissement tous les 15 du mois de la liste des
entreprises devant bénéficier des remboursements effectifs de TVA

La cellule soumet les titres de remboursement au DGI pour signature

Directeur General des Impôts : Signature de l'ordre de remboursement (en 3 exemplaires)


; priorité est accordée aux entreprises citoyennes.

Le bénéficiaire est notifié du remboursement par lettre de la DGI l'invitant à prendre


l'attache de sa banque.La liste des entreprises bénéficiaires du remboursement est publiée
par le DGI

Source : www.impôt.cm/procédures

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 93


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Annexe 3 : illustration en vue de mettre en évidence l’effet fiscalité sur l’investissement et


le financement.

Pour automatiser sa chaine de fabrication, une petite industrie veut acquérir en avril de
l’année N une console qui sera chargée de commander et piloter toute la chaîne. Pour cela, elle
a le choix entre 4 modes de financement (Fonds propres, Emprunt, Crédit-bail, 60% Emprunt +
40% Fonds propres).

Après évaluation du projet, quel mode de financement serait le plus avantageux au


regard de la rentabilité. Les données sont les suivantes :

- Coût de l’investissement 15 000 000 Frs ; Durée probable d’utilisation 5 ans ;


amortissement constant
- Recette annuelle 12 420 000 Frs ; Charges décaissables directes 6 880 000 Frs
- Remboursement de l’emprunt sur 4 ans par amortissements constants au taux de 10.5%
l’an, dès mars N+1
- Pour le crédit-bail, la redevance annuelle est de 3 890 000 Frs, avec levée d’option de 1
650 000Frs

Annexe 4 : Tableau répartition (en %) des entreprises suivant le type d'entreprises et


selon la forme juridique

Type d'entreprise
GE Total
TPE TPE PE ME
SARL 11,9 13,9 28,7 45,5 100,0
SA 0,0 2,4 19,5 78,0 100,0
EI 85,3 14,7 0,0 0,0 100,0
GIC/Coopérative 60,0 0,0 40,0 0,0 100,0
SUARL/SARLU 50,0 50,0 0,0 0,0 100,0
Entreprise
0,0 0,0 0,0 100,0 100,0
Publique/Parapublique
Autre 25,0 25,0 0,0 50,0 100,0
Ensemble 61,1 10,6 8,6 19,7 100,0
Source : UYII/EPEASF/Cameroun 2014

Annexe 5 : Impact de la fiscalité sur les charges de l’entreprise.

Dans sa quête permanente de performance globale, l’entreprise pourra ou encore devra


faire appel à la fiscalité pour en tirer meilleur profit ; mais pour cela elle devra tout d’abord
comprendre sa charge fiscale avant d’évaluer quelques pistes d’optimisation.
Si l’on désigne par charge fiscale l’ensemble des obligations fiscales opposables au
contribuable, il est clairement constaté que l’entreprise en a plusieurs. Au Cameroun, avec un
système fiscal déclaratif, la charge fiscale de l’entreprise pourrait se résumer en l’obligation de

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 94


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

déclarer et de payer l’impôt duquel elle est redevable. Ainsi, d’après le CGI, l’entreprise doit
reverser à l’administration fiscale des impôts directs et des impôts indirects. Dans le cadre de
cette recherche, on ne s’intéressera qu’à un impôt direct en l’occurrence l’impôt sur les sociétés
(IS).

Classé dans la catégorie de l’impôt sur les revenus, l’IS dont le taux est de 30% en
principal, est assis sur la ressource nette générée par l’entreprise elle-même : le résultat. Il
apparait quelques peu que ce résultat, tel qu’issu de la comptabilité de l’entreprise, ne
corresponde aux exigences fiscales192 ; il sera donc question d’y apporter certains ajustements
afin d’obtenir le résultat fiscal qui servira de base d’imposition à l’IS.

 Détermination du résultat fiscal

Etabli d’après des considérations fiscales, le résultat fiscal s’obtient en ajoutant au résultat
comptable tous les éléments non admis en déduction par le CGI (on parle alors de réintégration),
et en y retranchant les éléments non imposables du point de vue de la loi fiscale (on parle ici de
déduction).

Ainsi, résultat fiscal = résultat comptable + réintégrations – déductions.

Les réintégrations sont essentiellement constituées des charges et des pertes


comptabilisées mais non déductibles sur le plan fiscal ; des produits dont l’imposition a été
différée précédemment et qui deviennent imposables au cours de l’exercice ; Ces éléments
devront être rajoutés au résultat comptable. On dit qu’ils sont réintégrés

Les déductions comprennent les profits non imposables au cours de l’exercice ; ces
profits seront imposés plus tard ou sont soumis à un autre régime fiscal ; les produits
définitivement exonérés d’impôts ou non imposables ; les charges réintégrées au cours des
exercices précédents et devenues déductibles lors de l’exercice. Ces éléments doivent être
retranchés du résultat comptable, Ils constituent les déductions193. Les charges sont déductibles
des produits de l’exercice au cours duquel elles ont été engagées ; ainsi elles affectent les résultats
dudit exercice, c’est à dire qu’on ne peut rapporter à un exercice que les charges qui sont nées
d’événements ayant eu lieu au cours dudit exercice. De même, suivant les principes de
l’indépendance des exercices194 et du rattachement des charges aux produits, l’entreprise n’est

192
Mise en évidence du principe d’indépendance du droit fiscal.
193
Voir articles 7 et suivant du CGI.
194
Principe comptable selon lequel à chaque exercice comptable doivent être rattachés les charges et les
produits qui lui sont propres.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 95


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

pas en droit de déplacer des charges d’un exercice sur un autre. Cette règle est tempérée par les
charges dont la répartition est admise en fiscalité

De ce qui précède, il ressort que le résultat fiscal s’obtient par la Différence entre les
produits imposables et les charges déductibles ; ainsi pour être déductible, la charge engagée par
l’entreprise doit respecter de façon cumulative les conditions195 infra :

 Etre engagée par l’entreprise et pour son propre compte ;


 Etre constatée en comptabilité et surtout appuyé par des pièces justificatives ;
 Ne doit pas être exagérée et ne doit faire l’objet d’un double emploi ;

Pour mieux comprendre l’application des conditions ci-dessus, une illustration qui fera ressortir
de façon détaillée le passage du résultat comptable au résultat fiscal est nécessaire.

Illustration permettant de mettre en évidence la détermination de l’assiette d’IS.

On extrait de la balance (31/12/2018) après inventaire d’une petite industrie les éléments ci-
après :

- Total des produits : 125 075 800 F, dont 118 997 000 F de chiffre d’affaires
- Total des charges : 147 820 200 F, dont 10 850 000 F d’amortissements
- Résultat 2017 : -357 800 F ; Résultat 2016 : 12 123 800 F.

Une analyse plus détaillée du compte de résultat fait ressortir les éléments ci-après :

- Le directeur commercial se fait rembourser des notes de frais suite à un voyage d’affaire
en Australie………. 3000 000 F, tandis qu’il bénéficie dans son salaire mensuel, d’une
indemnité de déplacement pour 600 000 F ;
- Dons accordé à la croix rouge camerounaise …………… 1 525 785 F ;
- Amende pour déclaration tardive de la patente…………… 2 670 200 F ;
- Loyer annuel versé à Sieur Atangana (actionnaire détenant 23% du capital), pour la mise
à disposition d’un camion d livraison ………….. 1 199 000 F ;
- Frais d’assistance financière et comptable versés à une entreprise Allemande…..
2 000 000 F ;
- Reprise de provisions pour congé ………….. 1 200 000 F.

195
Il convient de noter que rien n’interdit à l’entreprise de constater dans la comptabilité des charges dont
La déduction est refusée par la loi fiscale. Dans ce cas, le montant des charges non déductibles doit être rapporté
de façon extracomptable au résultat fiscal

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 96


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Un examen des remarques supra au regard de la législation fiscale fait état des constatations
suivantes :

Eléments Position adoptée Justification

Notes de frais 7 200 000 F A réintégrer Le montant de 3000000F


(600 000 * 12) constitue un double emploi
car pour le même objet, une
somme forfaitaire est payée
dans le salaire. Ce forfait
sera donc réintégré au
résultat comptable.

Dons 930 800 F A réintégrer Bien que le bénéficiaire du


don soit fiscalement éligible,
le CGI prévoit que ces dons
ne sauraient excéder 0.5%
du chiffre d’affaire HT ;
d’où la fraction excédentaire
de 930 800 F [1 525 785 –
(118 997 000 * 0.5%)]

Amande 2 670 200 F A réintégrer Les amendes et pénalités ne


sont pas fiscalement
déductibles du point de vue
fiscal.

Loyer versé 1 199 000 F A réintégrer Les charges locatives sont


fiscalement déductibles ;
mais seulement, si elles sont
versées (en contrepartie de
l’utilisation d’un bien
meuble) à un associé qui
détient (avec ses conjoints,
ascendants et descendants)
au moins 10% du capital,

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 97


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

ce loyer n’est plus


déductible.

Frais d’assistance 2 000 000 F A réintégrer Les frais d’assistances sont


déductibles dans la limite de
5% du BFI avant
déduction des frais en
cause.

Reprise de provisions 1 200 000 F A déduire Il s’agit là d’une provision


antérieurement taxé qui doit
être porté en déduction.

Tableau 3 : Analyse fiscale des charges (Par nos soins).

Pour la mise en forme du résultat fiscal, l’administration a prévu un formulaire contenu dans la
Déclaration Statistique et Fiscale (DSF), il s’agit du tableau 22 ci dessous.

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TABLEAU DE PASSAGE DU RESULTAT COMPTABLE AVANT IMPÔT AU RESULTAT FISCAL

Ligne
MONTANTS

SOLDE DU RESULTA T NET A VA NT BENEFICE NET COMPTABLE AVANT IMPÔT 01


IM P ÔT SUR LE RESULTA T
PERTE NETTE COMPTABLE AVANT IMPÔT 02 -22 744 400
DEDUCTIBLES OU PARTIELLEMENT DEDUCTIBLES DU
REINTEGRATIONS DES CHARGES OU PERTES NON

Amortissements non déductibles 03


Amortissements comptabilisés mais réputés différés en période déficitaire 04 10 850 000
Provisions non déductibles 05

Intérêts excédentaires des comptes courants d'associés 06


POINT DE VUE FISCAL

Frais de siège et d'assistance technique 07 2 000 000


Impôts non déductibles autre s que l'impôt sur le résultat 08
Amendes et Pénalités non déductibles 09 2 670 200
Pourboires et Dons non déductibles 10 930 800
Retenue à la source (TPRCM) sur revenus des capitaux mobiliers 11

Divers 1 Salaire excédentaire 12 7 200 000


Divers 2 Loyer non déductible 13 1 199 000
Divers 3 14
REINTEGRATIONS : Totaux ligne s 3 à 14 15 24 850 000

Total interm édiaire POSITIF : ligne 15 + ligne 1 ou ligne 15 - ligne 2 16 2 105 600
Total interm édiaire NEGATIF : ligne 2 - ligne 15 17
PROFITS DEDUCTIBLES DU POINT DE VUE
CHARGES OU PERTES, PRODUITS OU

Amortissements antérieurs différés et imputés sur l'exercice 18


Provisions antérieurement taxées ou définitivement exonérées réintégrées dans l'exercice 19 1 200 000
Fraction non impôsable des plus-values réalisées en fin d'exploitation 20
Produits nets des filiales (après déduction de la quote-part de frais et charges) 21
FISCAL

Autres revenus mobiliers déductibles 22


Frais de siège et d'assistance technique déductibles 23 105 280
Divers 1 24
Divers 2 25

Divers 3 26
DEDUCTIONS : Totaux ligne s 18 à 26 27 1 305 280

BENEFICE FISCAL DE L'EXERCICE : ligne 16 - ligne 27 28 800 320


RESULTAT FISCAL
PERTE FISCALE DE L'EXERCICE : ligne 27 - ligne 16 ou ligne 17 + ligne 27 29
SITUATION DE L'ENTREPRISE AU REGARD DU

RUBRIQUES Ligne Bases Taux Principal de l'Im pôt

Minimum de Perception Minimum proportionnel au chiffre d'affaires 30 118 997 000 2% 2 379 940
MINIMUM DE PERCEPTION

Impôt sur les Sociétés 31 800 320 30% 240 096

BIC et BNC 32 22%


33
Im pôt s ur le
Im pôt calculé reve nu des Bénéfices Artisanaux 34 11%
sur le Bénéfice Entreprene urs 35
fiscal de Individuels
l'Exercice (ligne 36
30) Bénéfices Agr icole s 37
Taxe proportionnelle Taxe Propor tionnelle 38 15%
TOTAL ligne s 32 à 38 39

Tableau 4 : tableau de passage du résultat comptable au résultat fiscal

Cette annexe explique de façon pratique les analyses à mener pour obtenir une base, un revenu
imposable à l’IS. La ligne 4 du tableau supra représente une technique préconisée par

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l’administration, afin de permettre aux entreprises d’éviter de présenter des états financiers avec
résultat négatif. L’application de la technique consiste donc à différer dans le futur, la prise en
compte de la charge d’amortissement. Nous pouvons donc nous rendre compte que si le
contribuable n’a pas une certaine maitrise de la technique fiscale, il ne saurait profiter de cette
opportunité qui lui permettrait de se présenter sain auprès de ses partenaires car si
l’amortissement n’avait été différé, le résultat fiscal aurait été une perte d’au moins 8 000 000 F.

Après l’évaluation de la matière imposable, la prochaine étape consiste en la détermination de la


note d’imposition.

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BIBLIOGRAPHIE
I – OUVRAGES

A/ OUVRAGES GENERAUX

1- ATANGA FONGUE (Roland) et TOCKE (Adrien), Eléments de fiscalité des affaires


au Cameroun, Paris, l’Harmattan, 2011, 10. 900 pages.
2- ATANGA FONGUE (Roland), Contrôle fiscal et protection du contribuable dans un
contexte d’ajustement structurel : le cas du Cameroun, Paris, L’Harmattan, janvier
2008, 342 pages.
3- BRUNO (Amann), Gestion et droit, Paris, Dalloz, Août 2012, 228 pages.
4- COZIAN (Maurice), Les grands principes de la fiscalité des entreprises, Paris,
LexisNexis, 1999, 4. 494 pages.
5- COZIAN (Maurice) & DEBOISSY (Florence), Précis de fiscalité des entreprises,
Paris, Litec, Janvier 2011, 34. 987 pages.
6- MALHERBES (Jacques), Droit Fiscal International, Bruxelles, Lacier, 1994, 910
pages.

B/ OUVRAGES SPECIALISES

1- COLLETTE (Christine), Gestion fiscale des entreprises, Paris, ELLIPSES, 1998, 221
pages.
2- MELH (Lucien) et BELTRAME (Pierre), Science et Technique Fiscale, Paris, Presses
Universitaires de France, 1984, 800 pages.
3- NDZANA BILOA (Alain Symphorien), La fiscalité, levier pour l'émergence des pays
africains de la zone franc, Paris, l’Harmattan, janvier 2016, 354 pages.

C/ OUVRAGES DE LEXICOLOGIE

1- Dictionnaire de langue française, Manchecourt, Larousse, juin 1996.


2- Lexique d'économie, SILEM (Ahmed) et ALBERTINI (Jean - Marie), 11ème édition
2010, DALLOZ.

II – THESES

1- BEN MRAD (Hédi), le principe de liberté de commerce et de l'industrie, thèse de


doctorat, faculté de droit et des sciences de Tunis 1998.
2- DEBOISSY (Florence.), La simulation en droit fiscal, Thèse, LGDJ, 1997.
3- OUIDA, Audit fiscal : gestion des risques et outils d'optimisation, Mémoire, Université
Hassan 2 Casablanca - Spécialité Gestion Financière et Comptable, 2013.

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 101


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III – ARTICLES

1- AYARI (Marie - Solange), « Fraude et évasion fiscale », revue l'expert, n°89-90, P.14
2- COZIAN (Maurice), « Eloge de l’habileté fiscale », Revue Fiscale Notariale n° 1
alerte 1 §5, 2006.
3- POULLAIN (Bernard.), « L'abus de droit en fiscalité » - La jurisprudence de la Cour
de cassation, Rev. soc. 2002.

IV – DOCUMENTS

1- André SIAKA, Ancien président du GICAM, Interview de Cameroun Tribune n°


7823/4112, 28e année, mercredi 9 Avril 2003, p.2
2- DSCE (Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi), Cameroun Vision
2035, 2009.
3- Fiscalité et performance de l’entreprise, PWC, LANDWELL & ASSOCIES, Mai 2011
4- Gestion Fiscale de l’Entreprise, guide pratique de gestion et d’optimisation fiscale,
LEFEBVRE, Novembre 2001.
5- La charte du contribuable vérifié, DGI du Cameroun, Ed. 2010.
6- Revue juridique et fiscale d’Afrique Francophone, DELOITTE, Novembre 2014, N°2
7- Risk mangement guide for tax administration, Commission de l’Union Européenne,
Mai 2017.
8- Rapport de Réunion de l’OCDE sur le Civisme fiscal et intégrité dans les pays en
développement, le 10/03/2019.

V – LEGISLATION
1- Loi constitutionnelle du 18 Janvier 1996.
2- Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
3- Code des Douanes CEMAC.
4- Code Général des Impôt.
5- Loi N° 2016/018 du 14/12/2016 portant promotion de l’emploi jeune.
6- Décret n° 78-283 du 10 juillet 1978 fixant les taux de cotisation pour la branche des
accidents du travail et des maladies professionnelles ;
7- Arrêté N° 00366/MINFI/SG/DGI/DGD du 19 novembre2013 précisant les modalités de
mise en œuvre des avantages fiscaux et douaniers de la loi n° 2013/004 du 18 avril 2013
fixant les incitations à l’investissement prive en république du Cameroun.
8- Arrêté N° 00000331/MINFI/SG/DGI/DGD DU 17 Juillet 2014 modifiant et complétant
certaines dispositions de l'arrêté n°00366/MINFI/SG/DGI/DGD du 19 novembre 2013
précisant les modalités de mise en œuvre des avantages fiscaux et douaniers de la loi n°
2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l'investissement privé en République
Du Cameroun.
9- Arrêté N°000509/MINFI/DGI/LRI/L du 04 Juillet 2016.

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10- Circulaire N°0002/MINFI/DGI/LC/L du 11 Jan. 2008 portant loi de finance 2008.


11- Circulaire N°0000001/MINFI/DGI/LC/L DU 15 Janvier 2010 Précisant les modalités
d’application des dispositions fiscales de la loi n°2009/018 du 15 décembre 2009 portant
loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice 2010.
12- CE du 7 juillet 1958, req. N°35977.
13- CE ass. Avis 8 avril 1998, n° 192539, Sté DISTRIBUTION DE CHALEUR DE
MEUDON ET ORLEANS, Dr. fisc. 1998, n° 18, comm. 398, concl. G. GOULARD.

VI – SITES INTERNET
1- https://www.marketing-etudiant.fr/exposes/p/la-bonne-gouvernance-et-la-
performance-de-lentreprise.php consulté le 17 juin 2017
2- https://www.droit-finances.commentçamarche.com consulté le 18 février 2018
3- https://www.mataf.net/fr/edu/glossaire/regime-de-droit-commun consulté de 26 mai
2019
4- http://pagny-associes.com/assets/fiche/file/L-optmisaton-fiscale.pdf, consulté le 13
décembre 2016
5- www.ocde.org

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 103


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TABLE DES MATIERES

DEDICACE ............................................................................................................... IV
REMERCIEMENTS ................................................................................................... V
AVERTISSEMENT ................................................................................................... VI
SIGLES ET ABREVIATIONS ................................................................................. VII
RESUME .................................................................................................................. IX
ABSTRACT ................................................................................................................ X
SOMMAIRE ............................................................................................................... X

INTRODUCTION GENERALE................................................................................ 1

PREMIERE PARTIE : FISCALITE ET PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE10

CHAPITRE 1 : MISE EN EVIDENCE DES AVANTAGES CONSACRES AUX PME


PAR LE SYSTEME FISCAL CAMEROUNAIS .....................................................11

SECTION I : AVANTAGES PREVUS PAR LA LEGISLATION FISCALE


CAMEROUNAISE DANS LE CADRE DE LA FISCALITE DE DROIT COMMUN. 12
Paragraphe 1 - Mesures fiscales visant l’allègement de la charge fiscale des
entreprises ..............................................................................................................12
A - Allègement de l’impôt sur la consommation et sur le revenu ................................ 12
1 – Allègement de l’impôt sur la consommation ..................................................... 13
2 - Allègement de l’impôt sur le revenu .................................................................. 13
B/ - Allègement de l’impôt sur le capital et sur l’activité ............................................ 13
1- Allègement de l’impôt sur l’activité ................................................................. 13
2- Allègement de l’impôt sur le capital ................................................................ 14
Paragraphe II - Mesures tendant à l’amélioration des procédures .....................15
A - Les garanties du contribuable vérifié ................................................................15
1- Les droits et de la charte du contribuable ......................................................... 15
a) Le droit à l’assistance d’un consultant .......................................................... 16
b) Le droit de demander le report d'un audit .....................................................16
c) Limite de la durée des contrôles fiscaux ....................................................... 16
d) La procédure d’inspection contradictoire ..................................................... 16
e) Le non-renouvellement de l’inspection ........................................................16
2- Les garanties du contribuable dans ses autres rapports avec l’administration. ..16
a) Le rescrit fiscal ............................................................................................ 17
b) Le droit à des clarifications et à des informations .........................................17
c) La garantie contre les modifications de la doctrine ....................................... 17

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 104


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d) Les litiges .................................................................................................... 17


e) Le droit de grâce fiscal ................................................................................. 17
B - l’innovation dans la gestion des crédits de TVA ...............................................18
1- Présentation du crédit de TVA.........................................................................18
2- La compensation et le remboursement des crédits de TVA. ............................. 18

Section II : CADRE PARTICULIER DU REGIME DES INCITATIONS ..................... 20


Paragraphe I - Des incitations à l’investissement privé en République du Cameroun
................................................................................................................................20
A/ - Des incitations communes aux investissements................................................ 21
1 - Avantages accordés aux entreprises nouvelles en phase d’installation .......... 21
2 - Avantages accordés aux entreprises nouvelles en phase d’exploitation .......... 22
B/ - Des incitations spécifiques ................................................................................ 24
1 - Avantages accordés en raison de la réalisation de certaines activités
spécifiques ............................................................................................................. 24
2 - Avantages accordés en raison de la réalisation de certains objectifs spécifiques
24
Paragraphe 2 - Des avantages fiscaux relatifs aux autres incitations ..................25
A/ - Incitations fiscales afférentes à l’emploi, la formation et l’innovation ........... 25
1 - mesures relatives à la promotion de l’éducation, de la formation
professionnelle et de la sante .................................................................................. 25
2 - Mesures relatives à la promotion de l’emploi jeune .......................................26
3 - Mesures relatives à la promotion de l’innovation ........................................... 27
B/ - Mesures relatives à la promotion du secteur agricole, des matériaux locaux
ainsi que des matières premières locales ................................................................. 28
1 - Avantages communs à tout le secteur agro-pastoral. ..........................................28
2 – Avantages consacrés aux industries locales œuvrant dans la promotion des
matières premières locales. .....................................................................................29
C/ - Opportunités liées aux incitations relatives à la promotion des Centres de
Gestion Agréés (CGA) ............................................................................................. 29

CHAPITRE 2 : ASPECT PRATIQUE DE LA LEGISLATION FISCALE, SOCLE DE


LA PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE............................................................31

Section I : RECONNAISSANCE DE LA LIBERTE DE GESTION FISCALE PAR


L’ADMINISTRATION CAMEROUNAISE ..................................................................... 31
Paragraphe 1 - Contenu du principe de la liberté de gestion fiscale....................31
A/ - L’autonomie de Gestion des entreprises ..........................................................32

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 105


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

1 – La liberté dans le choix de décisions. ................................................................ 32


2 – La consécration de cette autonomie par la constitution camerounaise. ...............33
B/ - Le principe de non immixtion ........................................................................... 33
1 – Contenu. ........................................................................................................... 33
2 – Effets du principe de non – immixtion. .............................................................34
Paragraphe 2 - Conséquences de la Liberté de gestion : l’optimisation fiscale. ..34
A/ - Mise en œuvre de la technique d’optimisation fiscale ..................................... 35
1 – Procédés tendant à affecter le tarif même de l’impôt. ........................................ 36
2 – Procédés visant l’amoindrissement de l’assiette. ............................................... 36
B/ - Aspect illégal de l’optimisation fiscale : l’abus de droit................................... 37
1 - Manifestations de l’abus de droit fiscal.......................................................... 38
a) Les actes fictifs ............................................................................................ 38
b) La fraude à la loi .......................................................................................... 39
2 - L’abus de droit et ses voisins ......................................................................... 40
a) L’erreur ....................................................................................................... 40
b) L’évasion fiscale .......................................................................................... 41
c) La fraude fiscale .......................................................................................... 42

Section 2 : EFFETS DE LA FISCALITE SUR LA PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE


............................................................................................................................................... 43
Paragraphe 1 - Impact de la fiscalité sur les décisions de l’entreprise ...............43
A/ - Fiscalité et décisions d’investissement .............................................................. 44
1 – Contenu de la relation Fiscalité - Investissement ............................................... 44
2 - Effets ................................................................................................................ 44
B/ - Impact de la fiscalité sur le cycle d’exploitation .............................................. 45
1 - Sur le plan institutionnel................................................................................ 46
2 - Sur le plan interne à l’entreprise .................................................................... 47
Paragraphe 2 - Impacts de la fiscalité sur les facteurs de compétitivité de l’entreprise
................................................................................................................................48
A/ - l'impact de la fiscalité sur les facteurs de production ...................................... 48
1 - Ressources humaines : effectif, qualification et coût ...................................... 48
2 - Ressources Physiques : abondances, qualité disponible et coût de la terre, de
l'eau des minerais du bois de coupe, de l'énergie hydro électrique… ....................... 49
3 - Ressources en savoir (scientifique, technique…) et en capitaux ..................... 49
B/ - l'impact de la fiscalité sur la demande ............................................................49

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 106


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

SECONDE PARTIE : ANALYSE CRITIQUE DE LA FISCALITE COMME LEVIER


DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE ........................................51

CHAPITRE 1 : QUELQUES ECUEILS A LA CONSTRUCTION DE LA


PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE SUR LA FISCALITE CAMEROUNAISE52

Section 1 : INSUFFISANCE DU FAIT DE L’ADMINISTRATION .............................. 52


Paragraphe 1 - Insuffisances sont d'ordre juridictionnel.....................................52
A/ - Les conditions excessives et les restrictions défavorables ................................ 52
1 – les conditions excessives................................................................................... 52
2 – Les restrictions défavorables ............................................................................. 53
B/ - L'élargissement de l'assiette fiscale et L'instabilité des régimes fiscaux
incitatifs. ................................................................................................................... 53
1 - L'élargissement de l'assiette fiscale. ................................................................... 53
2 - L'instabilité des régimes fiscaux incitatifs .......................................................... 54
Paragraphe 2 - insuffisances sont d'ordre fonctionnel .........................................55
A/ - Les Procédures administratives et la médiatisation. ....................................... 55
1 - La longueur et la lourdeur des procédures administratives ................................. 55
2 - Une divulgation insuffisante .............................................................................. 56
B/ - l'exercice excessif de l'abus de droit et le pourvoir discrétionnaire des services
compétents. ............................................................................................................... 57
1 - L'exercice excessif de la procédure d'abus de droit ............................................ 57
2- Le pouvoir discrétionnaire des services compétents ............................................58

Section 2 : INSUFFISANCES DU FAIT DU CONTRIBUABLE ................................... 60


Paragraphe 1 - L’ignorance des avantages fiscaux offerts par le système fiscal
Camerounais. .........................................................................................................60
A/ - Le risque fiscal lié à l’ignorance des entreprises.............................................. 61
1 - Origine et évaluation des risques fiscaux ........................................................... 61
2 – Gestion des risques fiscaux ............................................................................... 62
B/ - La perte d’avantages fiscaux du fait de l’ignorance des PME. ....................... 63
1 - Avantages liés à la réduction d’impôts directs ................................................... 63
2 - Avantages liés à la réduction d’impôts indirects ................................................ 64
Paragraphe 2 - L’absence d’un protocole de gestion fiscale clairement défini....64

CHAPITRE 2 : CONTRIBUTION A LA CONSTRUCTION D’UNE FISCALITE


VERITABLE CLEF DE VOUTE DE LA PERFORMANCE DE L’ENTREPRISE66

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 107


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Section 1 : EFFORTS SUPPLEMENTAIRES A FOURNIR PAR LE FISC : LUTTER


CONTRE LA FUITE DES RECETTES FISCALES ........................................................ 66
Paragraphe 1 - Les manifestations de la fuite des recettes fiscales .....................67
A- La fraude fiscale .................................................................................................. 67
1 - La dissimulation matérielle................................................................................ 67
2 - La dissimulation comptable ...............................................................................68
3 - La dissimulation juridique ................................................................................. 68
B/ - L'évasion fiscale ................................................................................................ 69
1 - L'évasion fiscale interne .................................................................................... 69
a) L'abstention .................................................................................................... 69
b) L'utilisation des lacunes du système fiscal....................................................... 69
2 - L'évasion fiscale internationale ..........................................................................70
a) L'évasion de l'assiette de l'impôt......................................................................71
b) L'évasion fiscale à l'établissement de l'impôt ................................................... 71
Paragraphe 2 - Les remèdes à la fuite des recettes fiscales .................................71
A/ - Les remèdes à la fraude ....................................................................................... 72
1 - La prévention de la fraude ............................................................................. 72
2 - La répression de la fraude..............................................................................73
B/ - Les remèdes à l'évasion fiscale ............................................................................ 73
1 - Les remèdes à l'évasion interne.......................................................................... 73
2 - Les remèdes à l'évasion externe ......................................................................... 74
3- L'amélioration des rapports entre le fisc et le contribuable .................................. 75

Section 2 : EFFORTS SUPPLEMENTAIRES A FOURNIR PAR LE CONTRIBUABLE :


OPTIMISATION DES INCITATIONS ET AVANTAGES FISCAUX A EUX CONSACRE
............................................................................................................................................... 76
Paragraphe 1 - L'élaboration d'une politique de gestion fiscale au sein de l'entreprise
................................................................................................................................76
A/ - Les composantes de la politique fiscale de l’entreprise. ....................................... 76
1- La mise en place d'un service compétent ...........................................................77
2 - La documentation fiscale appropriée à son activité ...........................................77
3- L'élaboration des procédures fiscales internes. ..................................................77
B/ - L'élaboration d'un budget des charges fiscales ..................................................... 78
1 – Le contenu du budget des charges fiscales ........................................................ 79
2 – Le montage du budget des charges fiscales ....................................................... 79

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 108


LA FISCALITE COMME LEVIER DE PERFORMANCE DE LA PME CAMEROUNAISE

Paragraphe 2 - La procédure d'optimisation des charges fiscales au sein des


entreprises ..............................................................................................................82
A/ - Les caractéristiques des choix fiscaux ................................................................. 82
1 - Le coût induit du choix.................................................................................. 82
2 - La sécurité du choix fiscal ............................................................................. 83
3 - La simplicité du choix fiscal .......................................................................... 83
B/ – Quelques pistes d'allègement des charges fiscales ............................................... 83
1 - Le recours au rescrit fiscal, aux mesures incitatives, aux audits. .................... 83
a) - Le recours au rescrit fiscal ......................................................................... 84
b) – L’emploi des mesures fiscales incitatives .................................................. 85
c) - Le recours aux opérations d'audits fiscaux ................................................. 85
2 - Les mesures d'allègement des charges fiscales à l'issue des opérations de contrôle
fiscal ...................................................................................................................... 86
a) Le recours à la cascade ................................................................................ 86
b) Le recours à la juridiction gracieuse ............................................................. 87

CONCLUSION GENERALE ...................................................................................89

ANNEXES .................................................................................................................91

BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................. 101

Rédigé et présenté par EWANE EWANE GIRESSE 109

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