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Cancer et Nutrition

Book · July 2016


DOI: 10.13140/RG.2.2.35655.70564

CITATION READS

1 939

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Maamri Abdellatif
Université Mohammed Premier
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LES ANNALES DES
SCIENCES DE LA
SANTE

DIRECTEUR DE LA
PUBLICATION
PR A. MAAMRI

CANCER &
p

NUTRITION
NUMERO 8
VOLUME 1
JUILLET 2016
Edité par Pr A. Maamri
Faculté des Sciences Oujda
OPEN ACCESS
Copyright © Annales des sciences de la santé

Revue indexée par :

Online
http://revues.imist.ma/?journal=A2S
Tous droits réservés
Dépôt légal
ISSN : 2421-8936

Contact : annalesdessciencesdelasante@gmail.comom
N° 8, Vol. 1: 1-11 MAAMRI A., 2016

Cancer et Nutrition
A. MAAMRI
Faculté des Sciences, Département de Biologie, Oujda
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Plusieurs recherches durant les quarante dernières d’un cancer. On suppose aujourd’hui que les
années ont montré l’incrimination de la nutrition graisses alimentaires influent sur le
dans la survenue de certains cancers développement des cancers du sein, du côlon, de
(WCRF/AICR, 2007 in INCa, 2009). Il faut l’ovaire et des reins. Autre exemple : si le cancer
prendre en compte tant la composante ‘apports de l'estomac peut avoir une origine infectieuse, ce
nutritionnels’ que la composante dépenses, en sont plutôt les carences alimentaires en fruits et
particulier la dépense énergétique liée à l'activité légumes et la consommation élevée d'aliments
physique, afin de maintenir un équilibre entre les salés qui seraient à l'origine de bon nombre des
deux. La nutrition recouvre à la fois cas de cancer observés en Asie ou en Afrique.
l’alimentation et l’activité physique, et fait partie
En effet, plusieurs études admettent que
des facteurs comportementaux sur lesquels il est
l’alimentation joue un rôle majeur dans la
possible d’agir pour accroître la prévention des
cancérogenèse, quoiqu’il ne soit pas aussi facile
cancers. Les données convaincantes sur les
de le mettre en évidence que celui d’autres
facteurs qui augmentent le risque de cancer
carcinogènes environnementaux tel le tabac par
concernent principalement le surpoids et
exemple. La relation alimentation-cancer est
l’obésité, la consommation de boissons
complexe, d’une part, parce que le cancer est une
alcoolisées et l’excès de viandes rouges ou de
maladie multifactorielle qui se déroule en
charcuteries (WCRF/ AICR, 2007 in INCa,
plusieurs étapes, d’autre part, parce que
2009).
l’alimentation est un phénomène complexe
mettant en jeu des facteurs de comportement et de
a- Cancer et alimentation
culture, mais aussi parce que l’aliment lui-même
L'alimentation est un facteur environnemental est constitué de très nombreux microconstituants,
souvent cité. Étant donné la diversité des régimes chacun pouvant avoir un rôle à jouer, isolément
alimentaires, il est souvent difficile d’établir ou en synergie. La part de l’alimentation dans la
expérimentalement une relation causale entre un genèse des cancers est estimée à 30 % mais avec
élément donné de l’alimentation et la survenue

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une large marge d’incertitude (10 à 60 %) nutrition, 2001) : plus d’un tiers des cancers sont
(Collège des enseignants de nutrition, 2001). évitables par une meilleure maîtrise de
En effet, l’alimentation apporte à l’organisme une l’alimentation, et près de 70 % des cancers
multitude de nutriments et autres micro- colorectaux pourraient être évités dans les pays
constituants qui auront des effets divers. Certains occidentaux en changeant de mode de vie
ont un effet inducteur et/ou promoteur de la (Clavel-Chapelon & Boutron-Ruault, 2005).
cancérogenèse, alors qu’au contraire d’autres ont
un effet protecteur (Collège des enseignant de
Tableau I- Principales relations concluantes entre des facteurs alimentaires ou nutritionnels et le
risque de cancer, mentionnées dans le rapport WCRF/AICR, 2007 cités par INCa (2009).
Augmentation du risque du cancer Diminution du risque du cancer
Facteur alimentaire ou Localisation du cancer Facteur alimentaire ou Localisation du
nutritionnel nutritionnel cancer
Surpoids et obésité Œsophage Activité physique Colon rectum
Pancréas Sein*
Colon rectum Endomètre*
Sein (post ménopause) Fruits Bouche*
Endomètre utérin Pharynx*
Rein Œsophage*
Vésicule biliaire* Poumon*
Boissons alcoolisées Bouche Estomac*
Pharynx Légumes non Bouche*
Larynx féculents Pharynx*
Œsophage Larynx*
Colon rectum Œsophage*
Sein Estomac*
Foie Allaitement Sein
Colon rectum Aliments contenant Colon rectum*
des fibres
Viandes rouges Colon rectum
Charcuteries Colon rectum
Sel Estomac*
Aliments salés Estomac*
Compléments Poumon
alimentaires à base de
béta carotène
* : niveau de preuve probable, pour les autres : niveau de preuve convaincant

De même, les données scientifiques sur la relation la population espagnole (poumon, colorectal,
entre nutrition et tumeurs les plus fréquentes dans prostate, sein et estomac) ont conclu que la

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consommation de viande rouge transformée est pour le cancer du sein, 14 % pour le cancer du
positivement associée au cancer colorectal et pancréas, 15 % pour le cancer colorectal, 31 %
probablement à celui de l'estomac (INCa, 2009). pour le cancer du rein, 52 % pour le cancer de
Les graisses animales pourraient être associées au l’endomètre et 55 % pour celui de l’œsophage.
cancer colorectal et probablement à ceux de la De Goursac (2006) rapporte aussi que l'obésité
prostate et du sein. La consommation importante est un facteur de risque reconnu des cancers
d'alcool augmente le risque de cancers colorectal colorectal et du sein chez les femmes
et du sein, tandis que les produits laitiers et le ménopausées, tandis que les aliments à forts
calcium semblent diminuer le risque de cancer index et charge glycémiques pourraient
colorectal (INCa, 2009). augmenter le risque de cancers colorectal et de la
On trouve aussi dans la chaîne de production prostate. A noter que le cancer du côlon et les
alimentaire de nombreux contaminants cancers hormono-dépendants de l’homme
(pesticides, produits chimiques…) susceptibles de (prostate) et de la femme (sein, endomètre,
favoriser l'apparition de cancers. Des soupçons ovaire) sont le plus souvent associés à un type
existent, et parfois même des preuves de toxicité d’obésité bien caractérisé, l’obésité
au niveau cellulaire, mais à ce jour seules des abdominale/viscérale (Collège des enseignant de
études à l'échelle des populations permettent de nutrition, 2001).
mettre en évidence certains liens.
Tableau II- Estimation de l’augmentation du
risque de cancers pour une augmentation de la
b- Cancer et obésité corpulence de 5 points d’IMC pour les
relations jugées convaincantes (INCa, 2009).
Le risque de la cancérogenèse de l’alimentation
Localisation % d’augmentation du
se voit principalement si associé à d’autres risque de cancers pour
une augmentation de
facteurs tels que surpoids et obésité. Il est estimé
l’IMC de 5 kg/m²
qu’en France, pour l’année 2000, le surpoids et Adénocarcinome de 55
l’œsophage
l’obésité ont été responsables d’environ 2300
Endomètre 52
décès par cancer (IARC, 2007). De même WCRF Rein 31
et AICR (2007) précisent dans leur rapport Côlon rectum 15
Pancréas 14
conjoint qu’une augmentation de l’indice de Sein (après 8
masse corporelle (IMC)² (indice de masse ménopause)

corporelle) de 5 kg/m2 pourrait correspondre à un


c- Cancer et viande rouge
pourcentage d’augmentation du risque de 8 %

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La viande rouge (bœuf, porc, mouton et chèvre) en cancérogènes par les bactéries intestinales).
et charcuteries augmentent le risque de cancer du Néanmoins, certains de ces précurseurs ont aussi
côlon et du rectum (WCRF/ AICR, 2007 in INCa, été trouvés dans le poisson et la volaille grillés,
2009). Les données permettent d’estimer une dont la consommation n’augmente pas le risque
augmentation de 29 % du risque de cancer de cancer colorectal.
colorectal par portion de 100 g de viandes rouges Tableau III- Estimation de l’augmentation du
risque de cancers colorectal /portion de
consommée par jour et une augmentation de 21 %
viandes rouges ou de charcuteries pour les
du risque par portion de 50g de charcuteries relations jugées convaincantes (INCa, 2009)
% d’augmentation Taille de la
consommées par jour (WCRF/ AICR, 2007 in
du risque de cancer portion
INCa, 2009). Une méta-analyse du CIRC (2009) colorectal
/portion /jour
exprime un risque relatif (RR) de 1,12 pour les
Viandes 29 100g
viandes, et de 1,36 pour les charcuteries rouges
concernant le cancer du côlon. Cependant, les Charcuteries 21 50g

mécanismes à l’origine du lien entre le risque du


D’autre part, et toujours selon Clavel-Chapelon &
cancer colorectal et la consommation de viande et
Boutron-Ruault (2005), le risque de cancer
de charcuterie ne sont pas encore complètement
colorectal pourrait être réduit en augmentant la
élucidés. Clavel-Chapelon & Boutron-Ruault
consommation de poisson chez ceux qui en
(2005) suggèrent ce qui suit :
mangent le moins, et en réduisant celle de viande
 des composés nitrosés ayant des effets
rouge, abats et charcuterie chez les gros
cancérogènes se forment dans le système gastro-
consommateurs. Des études chez les animaux et
intestinal, à la suite de la consommation de fer,
in vitro indiquent que les acides gras à chaîne
présent en grande quantité dans la viande (viande
longue caractéristiques de l’huile de poisson
de boucherie et charcuterie).
pourraient inhiber la cancérogenèse (Clavel-
 la concentration élevée de fer héminique
Chapelon & Boutron-Ruault, 2005).
dans la viande serait aussi l’occasion de réactions
De même, la consommation de viande rouge
chimiques (réaction de Fenton) créatrices de
transformée est positivement associée au cancer
radicaux libres.
colorectal et probablement à celui de l'estomac.
 un autre mécanisme évoqué serait la
Les graisses animales pourraient être associées au
formation de précurseurs de cancérogènes
cancer colorectal et probablement à ceux de la
pendant la cuisson de la viande à forte
prostate et du sein (Gonzales, 2006).
température (type gril ou barbecue, transformés

4 Annales des Sciences de la Santé, ISSN : 2421-8936


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Tableau IV- Alimentation et cancer adapté par voies aérodigestives supérieures (bouche,
Hill 1995
pharynx, larynx et oesophage). Par exemple, le
Risques Graisses Viandes Fruits et
légumes risque de cancers de la cavité buccale est environ
Pas 3 4 1 six fois plus élevé chez les gros buveurs que chez
d’association
Relation 2 5 0 les abstinents (Bagnardi et al., 2001 ; Corrao et
positive al., 2004 in INCa / NACRe, 2007).
Relation 2 2 5
négative Les études récentes montrent également une
association entre la consommation d’alcool et le
Le rôle des aliments riches en nitrites dans la risque de cancer colorectal dans les deux sexes et
survenue de tumeurs cérébrales a été aussi discuté le risque de cancer du sein chez la Femme (INCa
mais avec des résultats non concordants. Les / NACRe, 2007, PEIN, 2009). Le rapport WCRF/
nitrates ou nitrites (provenant d’aliments fumés, AICR (2007) estime une augmentation du risque
de charcuteries, d’eau de boisson riche en de cancers par verre de boisson alcoolisée par
nitrates) consommés dans des conditions qui jour à 9 % pour le cancer colorectal, 10 % pour le
donnent, après transformation dans l’estomac, des cancer du sein, 25 % pour le cancer de
nitrites et autres composés nitrosés sont classés l’œsophage et 168 % pour le cancer de la bouche,
cancérogènes probables par le CIRC (Afsset, du pharynx et du larynx (Tableau XIV). La
2009). consommation de boissons alcoolisées augmente
également le risque de cancer du foie,
d- Cancer et alcool généralement après développement d’une
Le risque de cancer augmente avec la dose cirrhose alcoolique (dans les populations peu
d’éthanol apportée par les boissons alcoolisées, exposées aux virus de l’hépatite B ou de
sans effet de seuil (INSERM, 2001). En 2002, il a l’hépatite C, comme c’est le cas en Europe)
été estimé qu’en Europe près de 150 000 cas de (Corrao et al. 2004 in INCa / NACRe 2007).
cancers pouvaient être directement attribuables à
l’alcool (Boffetta, 2006 in INCa / NACRe, 2007).
De ce fait, la consommation de boissons
alcoolisées est la seconde cause évitable de
mortalité par cancer, après le tabac
(INCa/NACRe, 2007). Cette consommation
augmente fortement le risque des cancers des

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e- Cancer, sel et aliments salés


Les aliments conservés par « salaison » ou « aliments salés augmentent de manière probable le
fumaison », multiplient le risque de cancer de risque de cancer de l’estomac. Le mécanisme est
l’estomac et de cancers du nasopharynx par 1,5 à lié à la présence de nitrosamines, à l’activation du
3. Saler les plats multiplie ce risque par 1,5 à 6,2 virus Epstein-Barr, et à la prolifération
(PEIN, 2009). Pour WCRF/AICR (2007) les d’Helicobacter pylori (PEIN, 2009).
Tableau V- Risques relatifs (RR) pour la consommation d’alcool et fraction attribuables (FA%), par
sexe (INCa 2009)
Cancer Coefficient r RR pour consommation FA%
moyenne
(a) (b) Hommes Femmes
Hommes Femmes
Cavité buccale, 0.02 (c) 3.41 1.33 70.7 24.6
pharynx 0.013 (c) 2.23 1.20 55.2 16.9
Œsophage 0.002 (c) 1.13 1.03 11.2 2.7
Colorectal 0.006 (c) 1.47 1.09 31.8 8.4
Foie 0.014 (c) 2.34 1.22 57.3 17.8
Larynx 0.007 (d) - 1.10 - 9.4
Sein
(a) le risque relatif (RR) est lié à la consommation d’alcool D (en g/jour)
(b) consommation moyenne hommes : 62.3 g/j ; femmes : 14.4 g/j
(c) fondé sur l’extrapolation linéaire des résultats d’une méta-analyse (Corrao et al, 2004)
(d) fondé sur des résultats d’analyse regroupés (Hamajima et al., 2002) - -

Tableau VI- Estimation du risque de cancers par verre d’alcool consommé par jour pour les
relations jugées convaincantes (INCa, 2009).

Localisation % d’augmentation du risque de cancer par verre de boisson


alcoolisée par jour
Bouche, pharynx et larynx 168
Oesophage 25
Colorectum 9
Sein 10
En Europe, l’incidence du cancer de
l’estomac continue à décroître doucement, f- Effet protecteur de la nutrition
avec pour raison principale l’évolution des Si certains aliments sont accusés de par leur
modes de conservation des aliments où le mode de culture, de conservation ou de
réfrigérateur et le congélateur ont remplacé préparation, de favoriser le développement
fumages, salaisons et conserves (Collège de certains cancers, d’autres ont plutôt un
des enseignant de nutrition, 2001). rôle protecteur. Tel est le cas des fruits et

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légumes, qui sont considérés, à côté de


l’activité physique, parmi les facteurs qui Tableau VII- Nombre de cas de décès par
diminuent le risque de cancers avec un cancers attribuables à la consommation
niveau de preuve jugé convaincant ou d’alcool en France (INCa, 2009)
probable (WCRF/ AICR, 2007 in INCa,
2009).

Location du Hommes Femmes


cancer FA Nombre de décès par FA Nombre de décès par cancers
% cancers liées à l’alcool % liés à l’alcool
Cavité buccale, 71 2402 25 177
pharynx
Œsophage 55 1726 17 120
Colorectal 11 1010 3 216
Foie 32 1754 8 163
Larynx 57 726 18 27
Sein -- -- 9 1075
Total -- 7618 -- 1779
9 3
f1- La consommation de fruits et légumes
Elle a un effet protecteur jugé comme Le mécanisme impliqué dans la protection
probable sur les cancers des voies par les fruits et légumes suggère d’une part
aérodigestives supérieures (œsophage, que les fruits et légumes sont riches en
cavité buccale, larynx et pharynx), les micro-constituants antioxydants
cancers de l’estomac et du poumon. C’est (caroténoïdes, vitamines C, E, etc.), d’autre
essentiellement les légumes et les fruits part, que leur effet porte sur la réduction du
jaunes, rouges, oranges (carottes et tomates) stress oxydatif et, plus généralement, sur la
et les légumes verts qui sont le plus détoxification des carcinogènes
fréquemment retrouvés comme protecteurs xénobiotiques. Il faut y ajouter aussi les
pour les cancers des voies aérodigestives différents composés phénoliques, (les
supérieures et du poumon, et plutôt les flavonols des pommes et des oignons, les
légumes verts et jaunes, rouges, oranges catéchines du raisin, les anthocyanes des
consommés crus, et les agrumes pour le fruits rouges, etc.) qui en plus de leurs
cancer de l’estomac (WCRF/ AICR, 2007). effets antioxydants, interfèrent avec les
enzymes de phase I et II, et celles

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impliquées dans la prolifération cellulaire développer un cancer colorectal (niveau de


(Collège des enseignant de nutrition, 2001). preuve probable). Moins de la moitié (43
De plus, faibles en calories, les fruits et %) de la population adulte consomme au
légumes participent au maintien d’un poids moins 5 fruits et légumes et environ un tiers
corporel normal et à la prévention du en consomme moins de 3,5 portions par
surpoids et de l’obésité qui sont aussi jour.
incriminés dans plusieurs cancers. Une Cependant, le terme « anticancer », souvent
alimentation riche en fibres (céréales utilisé dans les ouvrages et par les médias,
complètes, fruits, légumes, légumineuses) est un raccourci abusif et trompeur. Il peut
est associée à un moindre risque de laisser supposer que la consommation d’un
développer un cancer colorectal (INCa, aliment particulier va guérir les personnes
2009). atteintes d’un cancer, ce qui est
L'impact de la nutrition sur le processus de scientifiquement et cliniquement infondé. Il
cancer est évident. Néanmoins, peut aussi laisser penser que manger un
d'importantes questions restent à résoudre et aliment donné va protéger du cancer. Le
d'autres études sont nécessaires. Ces cancer est une pathologie multifactorielle
accumulations de connaissances devraient (facteurs environnementaux et génétiques).
être utilisées par les autorités de santé Si une alimentation équilibrée peut
publique pour développer des actions et des contribuer à réduire le risque de certains
recommandations afin de réduire le cancers, aucun aliment à lui seul ne peut
surpoids et de promouvoir des habitudes s’opposer au développement de cette
alimentaires saines (Gonzalez, 2006). pathologie.
La consommation de fruits et légumes a un
effet protecteur jugé comme probable sur f2- L’activité physique
les cancers des voies aérodigestives Elle est associée à une diminution du risque
supérieures (œsophage, cavité buccale, de cancers du côlon, du sein après la
larynx et pharynx), les cancers de l’estomac ménopause et de l’endomètre
et du poumon (pour les fruits seulement). (WCRF/AICR, 2007). Dans le cas du
Une alimentation riche en fibres (céréales cancer du côlon, pour lequel la relation est
complètes, fruits, légumes, légumineuses) jugée convaincante, le pourcentage de
est associée à un moindre risque de diminution du risque pour les individus les

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plus actifs par rapport aux moins actifs se En France, 63-79 % des adultes de 18 à 74
situe entre 18 et 29 % selon le type ans pratiquent un niveau d’activité physique
d’activité physique considéré ou son équivalent à au moins 30 minutes d’activité
intensité (WCRF/AICR, 2007). Pour physique modérée par jour au moins 5 fois
l’année 2000, il a été estimé qu’en France, par semaine. Un niveau d’activité physique
environ 2200 décès par cancers étaient élevé est pratiqué par 44 à 46 % des adultes.
attribuables à l’inactivité (IARC, 2007). En
Tableau VIII- Estimation de la
plus de la limitation du surpoids, l’activité
diminution du risque du cancer du côlon
physique protège contre le risque du cancer pour les individus les plus actifs par
rapport aux moins actifs pour les
du côlon (- 40 à -50%), du cancer du sein
relations jugées convaincantes (INCa,
surtout après la ménopause (-30 à -40%), 2009)
Types d’activité % de diminution
du cancer de la prostate (-10 à -30%), du
physique du risque de
cancer du poumon (- 30 à -40%) (PEIN, cancer du côlon
pour les individus
2009). Une méta-analyse de Freudenreich et
les plus actifs/aux
al., (2005) réalisée sur 27 études a montré moins actifs
Activité physique totale 23
que la majorité (21 études) suggère une
Activité physique 29
relation inverse entre la pratique sportive et professionnelle
le risque de cancer du sein, 4 ne montrent Activité physique de 18
loisir
aucune relation et deux une relation Intensité de l’activité 20
positive. Cet effet protecteur serait plus physique de loisir

marqué chez les femmes minces ayant eu


Conclusion
des enfants et non ménauposées (Oukili,
Quatre recommandations nutritionnelles
2006). Une activité physique régulière
sont à adopter pour la prévention des
permettrait de réduire le risque de cancer du
cancers (PEIN, 2009) :
sein (Friedenreich & Orenstein, 2002,
1- La consommation de fruits et
Tehard et al., 2006). Un exercice physique
légumes ;
modéré régulier (1/2 heure de marche par
2- La lutte contre le surpoids et
jour environ) diminuerait également le
l’obésité ;
risque (RR~0.70). Cette réduction est aussi
3- L’activité physique ;
observée chez les femmes ménopausées
4- La non-consommation d’alcool.
prenant un THS.

9 Annales des Sciences de la Santé, ISSN : 2421-8936


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L'impact de la nutrition sur le processus de 6. Friedenreich C., K. J. Aronson, K.


cancer est évident. Néanmoins, DeKoning, M. Goldberg, Ruth Heisey;

d’importantes questions restent à résoudre Valerie Hepburn; Rosemonde


Mandeville, Carolyn Pim; Katherine
et d'autres études sont nécessaires (Collège
Wynne-Edwards, Johnson KC. 2005.-
des enseignant de nutrition, 2001). Ces
Accumulating evidence on passive and
accumulations de connaissances devraient
active smoking and breast cancer risk.
être utilisées par les autorités de santé
International journal of cancer. 117 (4)
publique pour développer des actions et des : 619-628.
recommandations afin de réduire le 7. Gonzalez CA., 2006.- Nutrition et
surpoids et de promouvoir des habitudes cancer : données épidémiologiques
actuelles. Br J Nutr., 96 Suppl 1: S42-
alimentaires saines.
5.
8. INCa / NACRe, 2007- . Alcool et
risqué de cancers PRÉVENTION
Bibliographie
www.e-cancer.fr. Rapports &
1. AFSSET, 2009.- Cancer et syntheses. ÉTAT DES LIEUX DES
environnement. Avis de l’Agence DONNÉES SCIENTIFIQUES ET
française de sécurité sanitaire de RECOMMANDATIONS DE SANTÉ
l’environnement et du travail. Edition PUBLIQUE
scientifique, 255p. 9. INCa, 2009.- La situation du cancer en
2. Bagnardi V., Blangiardo M., La France en 2009. Collection Rapports &
Vecchia, V., & Corrao G., 2001.- synthèses, ouvrage collectif édité par
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866-867. facteurs de risqué du cancer du sein à
4. Collège des enseignants de nutrition,
propos de 816 cas. Thèse univ. Med V,
2001.- www. Fascicules. fr. Mise à jour
: 01/02/2011 - 2010-2011 Université Fac. Med. et pharma. Rabat, 115p.
Médicale Virtuelle Francophone. 12. Pein F., 2009.- Nutrition et cancer :
5. Friedenreich C. & Orenstein M., 2002.- quelques certitudes, hypothèses et idées
physical activity and cancer prevention: fausses. Centre de lutte contre le
cancer, 35p.
Etiologie evidence and biological
13. WCRF-AICR panel of experts, 2007.-
mecanisms. J. Nut., 136: 3456-64. Food, Nutrition and the Prevention of
Cancer: a global perspective. American

10 Annales des Sciences de la Santé, ISSN : 2421-8936


N° 8, Vol. 1: 1-11 MAAMRI A., 2016

Institute for Cancer Research,


Washington, DC.

11 Annales des Sciences de la Santé, ISSN : 2421-8936


N° 8, Vol. 1: 12-19 BOUYAHYA A. & BEREZGOUN K., 2016

Les nutrithérapies sont-elles efficaces contre les maladies du cancer ?

BOUYAHYA Abdelhakim1, 2, BEREZGOUN Kawtar1


1Laboratoire de Biochimie-Immunologie, Faculté des sciences, Université Mohamed V, Rabat
2Laboratoire de Biologie et Santé, Faculté des sciences, Université Abdelmalek Essaadi, Tétouan. E-mail :
boyahyaa-90@hotmail.fr

Résumé Abstract
Le cancer est une maladie complexe dont les Cancer is a complex disease with multiple risk
facteurs de risque sont multiples, les stades factors, the evolutionary stages are very varied
évolutifs sont très variés et les mécanismes de and processing mechanisms are highly
transformation sont extrêmement interconnected and now deciphered. The
interconnectés et désormais déchiffrés. La complexity results from the alteration of the
complexité résulte de l’altération de expression of oncogenic sequences and tumor
l’expression des séquences oncogéniques et suppressor genes. Tumors growth requires
des gènes suppresseurs de tumeurs. La passing a cell from a somatic or germ state to
transformation tumorale a besoin du passage an anarchic state in which their divisions
d’une cellule d’un état somatique ou germinal become sun controlled. The development of
à un état anarchique dont leur division devient therapies now possible to specifically target
incontrôlable. Le développement des thérapies cancer cells without altered other normal cells.
ne permettrait désormais de cibler The natural origins of compounds have
spécifiquement les cellules cancéreuses sans demonstrated their ability to overcome these
altérer d’autres cellules normales. Les therapeutic failures.
composés d’origines naturelles sont montrés
capables de surmonter ces échecs
thérapeutiques. Keywords : Cancer, cancerotherapy;
Mots clés : Cancer ; cancérothérapie ; nutritherapy.
Nutrithérapie.

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N° 8, Vol. 1: 12-19 BOUYAHYA A. & BEREZGOUN K., 2016

Introduction visant des traitements multi-


Chaque cellule dans notre corps complémentaires pour lutter contre les
(somatique ou germinale) pourrait devenir maladies d’un cancer nécessitant de
tumorale si un certain nombre des l’argent, du temps et de curiosité.
conditions soit réuni. La perturbation Aujourd’hui, les traitements visent
d’une panoplie de différents facteurs essentiellement la destruction des cellules
semble réunir ces conditions, elles sont : tumorales.
1 : Facteurs génétiques (Activation des Les principales approches actuellement
oncogènes, dépression des antioncogènes), utilisées pour traiter le cancer sont
2: Facteurs externes : (Infections l'excision des tumeurs par la chirurgie, la
microbiennes, infections virales, stress radiothérapie, la chimiothérapie et
oxydatif) 3: Facteurs l’immunothérapie. Malheureusement, ces
épigénétiques (Methylation d’ADN, approches sont très invasives et très
modification des histones et conformation éprouvantes pour le patient autant au
spatiale de la chromatine) 4 : facteurs niveau physique que psychologique. En
hormonaux (taux d’œstrogène chez le effet, la chirurgie qui reste une approche
cancer du sein), 5) Mode de vie. En plus délicate et loin d’être applicable à cause de
de ces facteurs déclenchants, d’autres la localisation compartimentationnelle de
maladies pourraient prédisposer à une certaines tumeurs, la radiothérapie via les
transformation tumorale. En effet, le lien rayons utilisés qui sont souvent liés aux
d’interconnexion entre les grandes risques d’induire la génotoxicité des
pathologies (l’athérosclérose, le diabète- cellules normales (ce risque sera
type 2 et l’anémie…) et l’apparition des catastrophique si la génotoxicité touche les
tumeurs sont aujourd’hui confirmés. La cellules germinales). De plus, l'utilisation
cellule tumorale est caractérisée par d'agents de chimiothérapie entraîne de
certains aspects tels que la division nombreux effets secondaires provoqués par
anarchique, l’activation des télomérases et la toxicité de ces médicaments envers les
l’inhibition du contact. La cellules saines de l'organisme. Ce
reprogrammation d’une cellule tumorale traitement ne permettrait désormais de
vers une autre dite normale s’avère un contrebalancer la multi-drogue résistance
processus très délicat. Des recherches (MDR) développée par les cellules

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tumorales. Cette multi résistance n’est pas cellules cancéreuses auto-organisatrices et


seulement liée à des facteurs génétiques, auto-dépendantes.
mais elle est essentiellement d’origine
épigénétique. Pour lutter contre les Relation entre l’alimentation et cancer
maladies du cancer, des études plutôt Avec les obstacles de cette pathologie, la
préventives sont nécessaires, par ce que la stratégie thérapeutique la plus prometteuse
compréhension mécanistique d’un certain et de vivre avec le concept de ‘’nous
type de cancer y compris le cancer sommes tous porteurs des tumeurs’’ sans
colorectal a montré d’une manière assez qu’en nous atteignons. Les études
élégante qu’il y a des maladies plutôt épidémiologiques ont montré qu’il y a des
qu’une maladie du cancer. Ce terme corrélations étroites entre l’alimentation
désigne en sens large, qu’une cellule une avec l’apparition, la prévention et les
fois transformée, elle présente les traitements des cancers (Bamia et al.,
différentes pathologies phénotypiques 2013). En effet, les nutriments sont riches
résultantes de dysfonctionnements en composés ayant un rôle pour la santé
cellulaires et moléculaires divergentes. En plus que leur rôle alimentaire de base. Ces
réalité, nous sommes tous porteurs des aliments sont appelés aliments
tumeurs dans des trillions de nos cellules ; fonctionnels, nutraceutiques ou bien
chaque cellule pourrait devenir tumorale si alicaments. Les produits alimentaires
un certain facteur transformant soient trouvent leurs utilités contre les différents
présent. Ces facteurs agissent sur la types de maladies (Bouyahya, 2016).
dynamique de régulation génique comme Actuellement, plusieurs recherches
c’est le cas de certaines mutations, les décrivant le mécanistique de la
rétrovirus, les éléments transposables. La transformation tumorale ont soulevé
cellule commence à développer des aujourd’hui l’implication des diètes dans la
pathologies cumulatives qui pourraient être prévention de cette transformation (Songet
traduit finalement par une transformation al., 2015). En effet, certains composants
tumorale. Cette transformation est dédiée alimentaires sont montrés capables
essentiellement par une reprogrammation d’activer certains facteurs de transcription
génétique et physiologique qui rend les spécifiques des oncogènes soit directement
soit via d’autres intermédiaires. D’autres

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N° 8, Vol. 1: 12-19 BOUYAHYA A. & BEREZGOUN K., 2016

régimes alimentaires sont riches par des sont considérées comme étant
molécules qui modifient l’état épigénétique pharmacologiquement sécuritaires. Cela
soit au niveau de la méthylation d’ADN limite l’utilisation des médicaments de
et/ou par modification des histones synthèse à cause de leur toxicité sur
générant ainsi des expressions aberrantes l’organisme. Parmi les produits qui sont
qui prédisposées à une transformation considérés comme des nutraceutiques
tumorale. antitumoraux, on cite les fruits, les
légumes le thé et certaines épices. Ces
Nutrithérapie anticancéreuse aliments ont été prouvé anticancéreux par
Afin de diminuer les effets secondaires de nombreuses études épidémiologiques.
reliés aux thérapies anticancéreuses et Les études expérimentales in vitro et in
d'augmenter leur efficacité, de nouveaux vivo sont en consonance avec des
axes de recherche dans le traitement du nutraceutiques anticancéreuses. Elles ont
cancer ont vu le jour. Parmi ceux-ci, la montré que l’action antitumorale contre
nutrithérapie. Le concept de nutrithérapie des ces nutriments due essentiellement à
est né suite à l'observation, que des des composés phytochimiques présents
molécules présentent naturellement dans dans ces aliments tels que les polyphénols
les nutriments ont de plus le rôle de (curcuminoïdes, flavonoïdes et catéchines),
molécule de base un effet thérapeutique les composés sulfurés (isothiocyanates et
(Bouyahya, 2016). Dans la thérapie diallylsulphides), les terpènes
cancéreuse, certaines molécules isolées (caroténoïdes et monoterpènes) et les
d’aliments ont induit la mort des cellules saponines (triterpénoïdes et stéroïdes).
cancéreuses d’une manière sélectives, d’où D’autres études très récentes in silico ont
l’idée d’utiliser de ces molécules de façon montré que les interactions entre certains
naturelles via l’alimentation afin d’éviter le nutriments et l’expression génique réduit la
développement ou la progression tumorale. susceptibilité des risques liés au cancer du
L'avantage d’utilisation de ces molécules sein. Modulation est due essentiellement à
réside qu’ils sont contenus dans les la réduction du taux de méthylation des
aliments ce qui rend leur utilisation ilots CpG du promoteur du gène BRCA1 et
quotidiennement possible. En effet, le de superoxide dismutase (Naushadet al.,
développement des maladies du cancer 2016).

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La composition totale de ces aliments est En effet, elle a été montrée efficace pour
complexe et très diverse et par conséquent des effets antitumoraux, antioxydants, anti-
ils agissent sur une panoplie des cibles inflammatoires et anti-angiogénique très
thérapeutique (pour guérir des maladies du puissantes. Plus récemment certaines
cancer). Ces composés peuvent en fait études sont focalisées sur l’étude de
présenter une cytotoxicité antitumorale, l’activité de curcumine dans la modulation
inhiber l’angiogenèse, arrêter le cycle de l’expression génique, et elles ont montré
cellulaire et réactiver les réponses du qu’effectivement, cette molécule capable
système immunitaire. Plusieurs aliments de modifier voire moduler l’expression de
dits nutraceutiques sont très riches en certaines protéines y compris Akt, MAPK,
certains composés qui peuvent agit à la fois p53, Nrf2, Notch-1, JAK/STAT, β-
sur plusieurs cibles moléculaires citées. Le catenin, and AMPK (5'-AMP-activated
thé (catéchines), le soja (la génistéine), l'ail protein kinase) (Shehzad et Lee, 2013). La
(diallylsulfide), des fraises (l'acide perturbation dans l’expression de ces
éllagique), les bleuets (delphinidine), les molécules pourrait générer des phénotypes
tomates (lycopène), les raisins très tumoraux. La curcumine capable aussi
(resvératrol), le brocoli (sulforaphane) et le d’arrêter le cycle cellulaire dans les
curcuma (curcumine). Parmi les aliments différentes phases conduisant à l’apoptose
nutraceutiques le curcuma (Curcuma longa de cellule tumorale via une activation
L.); plante de la famille des Zingibéracées. éventuelle des voies dépendantes et/ou
Elle est utilisée en tant qu'épice, mais aussi indépendantes des caspases.
comme agent de coloration de plusieurs Avec l’avancement de la compréhension
aliments, tels que le cari et la moutarde, de moléculaire du processus de la
même que dans la production de transformation tumorale, il est devenu
cosmétiques, de teintures et de assez claire que la perturbation génétique
médicaments. La couleur jaune de cette d’une cellule ne pouvait pas générer une
espèce due à un mélange de pigments autre tumorale. Ce constat a incité les
phénoliques dits les curcuminoïdes, dont la chercheurs de promouvoir la recherche au-
curcumine fait partie. Cette molécule delà de la génétique, par occurrence,
présente des propriétés pharmacologiques l’épigénétique. En utilisant des techniques
les plus intéressantes. sophistiquées y compris OMICS, les

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études pharmacologiques ont commencé à chez les cellules normales. Leur activité
cibler certaines voies de modification résulte dans leur effet inhibiteur
épigénétique possible telles que les pleotropiquesur les voies de signalisation
enzymes de méthylation de l’ADN, les des kinases induisant la prolifération
acteurs d’acétylation-méthylation des cellulaire (Russo et al., 2014). La
histones, les protéines Polycomp et quercétine semble avoir un effet sur la
Trithorax et finalement les voies des petits modulation d’expression génique pas
ARNm. En effet, la curcumine était seulement par l’interférence des voies de
montrée capable de moduler le réseau signalisation mais aussi par la modification
épigénétique dans les cellules tumorales. des voies des histones et éventuellement le
Elle réduite en fait l’acétylation des remodelage de la chromatine (Ruiz et al.,
histones via l’inhibition des histones 2007). L’alpigène est une autre molécule
acétyltransférases (HAT), ce type nutritive contenant dans des végétaux et
d’activité a été montré la première fois en des fruits qui a été montrée capable
2004 contre les cellules du cervelet (HeLa) d’induire d’arrêter le cycle cellules
(Baatout et al., 2004). La curcumine inhibe tumorales par une cytotoxicité sélective et
aussi l’acétylation les histones H3 et H4 à d’induire la mort de ces cellules par
la concentration de IC50= 25 μM. Cet effet apoptose via l’activation des caspases
dédié par l’inhibition de l’acétyle effectrices (Cai et al., 2006).
transférase ce qui génère une activité
importante dans la mesure où l’acétyle Conclusion
inhibe la transcription de P53 ce qui bien La recherche dans la thérapie cancéreuse
évidement génère des perturbations dans la est un axe de recherche assez élégante.
réparation de l’ADN (Guoet al., 2015). La D’une part par ce que les cellules
quercétine est un flavonoïde que l’on tumorales sont la résultante des maladies
trouve dans les végétaux qui possède des cellulaires et d’autre part la flexibilité et la
propriétés antioxydantes, anti- plasticité de ces cellules rend le criblage
inflammatoires et antitumorales. Cette pharmacologique déficience d’une
molécule a été montrée capable de sélectivité-spécificité pharmacodynamique.
produire la cytotoxicité chez les cellules Dans ce sens que vient l’importance des
cancéreuse avec une toxicité très limitée aliments fonctionnels ou nutraceutiques

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N° 8, Vol. 1: 12-19 BOUYAHYA A. & BEREZGOUN K., 2016

dans le maintien de l’intégrité cellulaire 5. Cai YZ, Mei Sun, JieXingLuo Q,


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, N° 8, Vol. 1: 20-27 GUESSOGO WILIAM et al., 2016

Effets de 3 mois de pratique régulière des activités physiques et


sportives de maintien sur la composition corporelle et les
paramètres psychologiques chez des femmes obèses ou en surpoids
au Cameroun
Effects of 3 months of regular practice of sport and physical activities on body composition
and psychological parameters in obese and overweight women in Cameroon

GuessogoWiliam Richard1, 2, *, AssomoNdembaPeguy Brice2, Temfemo Abdou3,


EbalMenye Edmond1, MpendeAlamba Micheline1, TadjoreNdjock Maurice1, Hamadou
André1, Mandengue Samuel Honoré2
1Institut National de la Jeunesse et des Sports de Yaoundé, BP 1016, Cameroun.
2Unité de Physiologie de l’Exercice et du Sport, Université de Douala, BP 24157, Cameroun
3Laboratoire EA3300 – APS et Conduites Motrices : Adaptations et Réadaptations, Faculté des Sciences du
Sport, Université de Picardie Jules Verne, Amiens, 80025 Cedex, France.
*Auteur correspondant : Wiliam R. Guessogo, BP 1016 Yaoundé - Cameroun. Tél : (00237) 698 13 49 43, E-
mail : guessowiliam@yahoo.fr.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- -----------
Résumé Abstract
28 femmes obèses ou en surpoids (IMC>25), 28 obese or overweight women (BMI>25),
nouvellement admises à un programme de new lyadmitted to a program of fitness, aged
remise en forme, âgées de 39 ± 10 ans, ont pris 39 ± 10 years took part in a study who seaimed
part à une étude dont le but était d’évaluer, sur to evaluate, on a period of 3 months (T0, T1,
une période de 3 mois (T0, T1, T2, T3), la T2, T3), the variation of weight, the body mass
variation du poids, l’indice de masse corporelle index (BMI), the fat mass (%MG), the
(IMC), la masse grasse (%MG), la masse muscular mass (MM), the bone density (DO)
musculaire (MM), la densité osseuse (DO) et le and the percentage of water (%H2O) on one
pourcentage d’eau (%H2O) d’une part et, hand and, the self esteem (SE) and the quality
d’autre part celle de l’estime de soi (ES) et de of life (QL) on the other hand. They were
la qualité de vie (QV). Elles ont été soumises à subjected to sessions of aerobic physical
des séances d’activités physiques aérobies, activities of one hour and thirty minutes, four
quatre fois par semaine, d’une heure trente times a week. The weight, BMI, MM, DO and
minutes de durée. Le poids, l’IMC, la MM, la %H2O did not vary significantly. An analysis
DO et le %H2O n’ont pas varié by age group showed a significant decrease of
significativement. Une analyse par classe d’âge the BMI (p< 0.01) and of %MG (p< 0.0001).
montre des baisses significatives de l’IMC (p< The post-hoc test of Tukey revealed significant
0,01) et du %MG de l’ordre de 9,7% (p< differences (p<0.05) on the variables MM and
0,0001).Le test post-hoc de Tukey révèle des %H20. The %MG reduced significantly by
différences significatives (p< 0,05) sur la MM 9.7% (p<0.001). The SE and the QL showed
et le %H2O. L’ES et la QV ont eu des respectively variations of 19.9% and 15.2%
variations respectives de 19,9% et 15,2% (p< 0.001). Three months of experimentation
(p<0,001). Trois mois d’expérimentation improved psychological state but, was not
améliorent le bien être psychologique mais, enough to improve body parameters.
n’ont pas suffi pour améliorer les paramètres
corporels.

Mots clés : Activités physiques et sportives de Keywords: Physical and sport activities,
maintien, composition corporelle, estime de Leisure, body composition, psychological
soi, qualité de vie, surpoids, obésité. parameters, self esteem, overweight, obesity.
Introduction

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, N° 8, Vol. 1: 20-27 GUESSOGO WILIAM et al., 2016

Au Cameroun, les centres de remise en anthropométriques ou physiologiques


forme constituent des lieux induites par la pratique des Activités
majoritairement sollicités par les femmes Physiques et Sportives (APS) (Lawani et
en surpoids ou obèses. Sur le plan al., 2005 ; Etoundi-Ngoa et al., 2006) ; très
national, la prévalence de l’obésité chez les peu intègrent la composante
femmes se situe autour de 25%, les psychologique. Or cette dernière peut
femmes en surpoids représentant 27% influencer les bénéfices potentiels de la
(Pasquet et al., 2003). Les attentes de ces pratique des APS en ce sens que les
femmes sont généralement la lutte contre facteurs physiologiques sont également
l’obésité, la réduction de poids, la modulés par les facteurs psychologiques
prévention du gain de poids et le maintien (Cazenave et al., 2006). Des recherches ont
d’un poids idéal. Pour atteindre cet en effet montré que les APS améliorent le
objectif, les scientifiques préconisent bien être psychologique notamment
généralement une restriction calorifique ou l’estime de soi chez des personnes obèses
une augmentation de l’activité physique ou (Barth & Perrin, 2010 ; Peteuil et al.,
alors une action combinée des deux. Au 2010 ; Salaun et al., 2010). Le but de cette
Cameroun en particulier et en Afrique en étude était d’évaluer les modifications des
général, les programmes de remise en paramètres anthropométriques (poids,
forme connaissent de nos jours, une grande IMC), et la composition corporelle
floraison en dépit des contraintes socio (pourcentage de graisse, densité osseuse,
culturelles souvent évoquées et marquées pourcentage d’eau, la masse musculaire)
surtout par la valorisation des femmes à ainsi que la variation de certains
forte corpulence. Compte tenu du fait que paramètres psychologiques (estime de soi
l’obésité est un facteur de risque majeur et qualité de vie) chez des femmes
des maladies cardiovasculaires et du camerounaises obèses ou en surpoids
diabète du type 2 (Chan et al., 1994 ; nouvellement admises à un programme de
Kannel et al., 1996), il devient très remise en forme.
important de mettre sur pied des I- Matériel et Méthodes
programmes d’entraînement pour lutter a- Participantes
contre ce syndrome. 28 femmes sédentaires obèses ou en
Les études réalisées en Afrique surpoids (IMC > 25) et âgées de 25 à 57
s’intéressent généralement aux (39 ± 10) ans ont volontairement pris part à
modifications des paramètres cette étude, en remplissant un avis de

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consentement éclairé dans lequel les elle regroupait les deux premières activités
objectifs et les mesures à réaliser étaient (jogging + renforcement musculaire).
clairement définis. Le Comité National Mesure de la composition corporelle et des
d’Ethique pour la Recherche Scientifique paramètres psychologiques
du Ministère de la Santé Publique du Le poids, l’indice de masse corporelle
Cameroun a permis la réalisation de cette (IMC), le pourcentage de masse grasse
étude. Les participantes n’ont été soumises (%MG), le pourcentage d’eau (%H2O), la
à aucun régime alimentaire particulier densité osseuse (DO) et la masse
durant la période de l’étude. musculaire (MM) ont été déterminés grâce
b- Protocole expérimental à une balance à impédencemètre de
Programme de travail marque TANITA BC-532 (Tokyo, Japon).
Les participantes ont été soumises à un Les scores d’estime de soi (ES) et de
programme d’entrainement aérobie à qualité de vie (QV) ont été déterminés
raison de quatre séances par semaine de respectivement à l’aide de l’Echelle de
durée d’une heure trente minutes chacune. l’Estime de Soi (EES-10) et du
La première et la quatrième séance étaient Questionnaire MOS Short Form 36 (SF-
consacrées au jogging. La seconde séance 36). Ces variables ont été évaluées au
était réservée au renforcement de certains début du programme (T0) ainsi qu’à la fin
groupes musculaires notamment les bras, du premier (T1), du deuxième (T2) et du
les jambes, les abdominaux, les fessiers et troisième (T3) mois de pratique.
les dorsaux. La troisième séance quant à
Tableau I: variation de la composition corporelle et des paramètres psychologiques
pendant le programme
Paramètres
T0 T1 T2 T3
Poids (kg) 86,38±11,44 84,91 ± 11,30 84,60 ± 11,44 83,28 ± 11,39
IMC (kg/m2) 32,42 ± 4,08 31,81 ± 3,81 31,44 ± 3,84 30,95 ± 3,78
%MG 43,34 ± 3,78 40,85 ± 4,5b 40,21 ± 4,55b 39,12 ± 4,50b
MM 46,06 ± 3,80 47,19 ± 3,54 47,80 ± 3,68 48,51 ± 3,57
DO 2,47 ± 0,19 2,51 ± 0,19 2,55 ± 0,20 2,56 ± 0,17
%H2O 40,39 ± 2,57 41,18 ± 2,83 41,81 ± 2,74 42,02 ± 2,69
b b
ES 25,54 ± 3,10 27,04 ± 3,04 28,93 ± 3,23 30,61 ± 3,12a
b b
QV 90,46 ± 7,31 96,75 ± 4,66 101,07 ± 5,2 104,25 ± 4,46a
a : p<0,001 ; b : p<0,05 ; T0 : début du programme ; %H2O : pourcentage d’eau ; ES : Estime de Soi;
T1 : Fin du premier mois ; T2 : fin deuxième mois ; QV : Qualité de Vie
T3 : fin troisième mois ; IMC : Indice de Masse
Corporelle ; %MG : Pourcentage de Masse Grasse ;
MM : Masse Musculaire ; DO : Densité Osseuse;

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c- Analyse statistique au long du programme. Par ailleurs, notons


Les données collectées ont été présentées que nous avons enregistré des
sous forme de moyenne plus ou moins augmentations très significatives sur les
déviation standard (M±DS) et analysées paramètres ES et QV (p<0,01) entre T2 et
grâce au logiciel STATVIEW (SAS T3.
Institute Inc, USA). Une ANOVA à Une répartition des sujets en fonction de
mesures répétées a été réalisée pour l’âge nous a permis de ressortir 6 classes
comparer les valeurs obtenues sur chaque d’âges comme suit : C1 : 25 – 29 ans ; C2 :
paramètre lors des différentes mesures. 30 – 34 ans ; C3 : 35 – 39 ans ; C4 : 40 –
Lorsque celle-ci était significative, le test 44 ans ; C5 : 45 – 49 ans et C6 : 50 – 57
post hoc de Tukey était réalisé pour ans. Les résultats obtenus au cours du
localiser la différence. Le seuil de programme dans chaque classe d’âge sont
significativité était fixé à p ˂ 0,05. consignés dans le tableau II. Le poids et
II- Résultats l’ES n’ont pas montré de variation
Le tableau I montre la composition significative (p>0,05) au cours du
corporelle et les paramètres programme quelle que soit la classe d’âge
psychologiques des sujets au cours des considérée. Des variations significatives
trois mois du programme. Le poids, l’IMC, (p<0,05) ont été trouvées sur l’IMC et la
la MM, la DO et le % H2O n’ont pas QV. Par ailleurs, le % MG a
montré de variation significative (p>0,05) significativement diminué dans chaque
au cours des trois mois de pratique. Par classe d’âge (p< 0,001) au cours de
contre, le %MG, l’ES et la QV ont connu l’expérimentation.
des variations significatives (p<0,05) tout

Tableau II : variation de la composition corporelle (Poids, IMC, %MG) et des paramètres psychologiques dans chaque classe
d’âge.
Classes C1 C2 C3 C4 C5 C6
TO T3 TO T3 TO T3 TO T3 TO T3 TO T3
Poids (kg) 81,24 78,27 89,28 86,40 87,33 84,12 87,57 84,40 83,30 79,90 93,20 90,18
IMC (kg/m2) 31,22 30,06b 32,97 31,90 b 30,71 29,59 b 32,08 30,92 b 30,99 29,71 b 38,22 34,88 b
%MG 39,56 35,37c 45,13 41,78 c 44,43 38,05 c 44,03 40,77 c 43,23 40,28 c 46,13 42,23 c
ES 26,43 31,14 24,75 28,50 25,83 31,00 26,67 32,00 24,50 31,25 24,50 29,50
QV 90,00 103,71 b 92,50 104,75 b 93,17 104,50 b 95,00 105,33 b 90,25 105,50 b 82,00 102,25 b
T0 : début du programme ; T1 : Fin du premier mois ; T2 : fin deuxième mois ; T3 : fin troisième mois ; b p<0,05 ; c
p<0,0001 ; C : Classe ; C1 : 25 – 29 ans ; C2 : 30 – 34 ans ; C3 : 35 – 39 ans ; C4 : 40 – 44 ans ; C5 :45 – 49 ans et C6 : 50 –
57 ans ; IMC : Indice de Masse Corporelle ; %MG : Pourcentage de Masse Grasse ; ES : Estime de Soi ; QV : Qualité de Vie

23 Annales des Sciences de la Santé, ISSN : 2421-8936


, N° 8, Vol. 1: 20-27 GUESSOGO WILIAM et al., 2016

III- Discussion et al., 2010), la pratique d'une activité


Le but de cette étude était d’évaluer les
physique constitue l'un des facteurs
modifications de la composition corporelle
déterminants pour le succès à long terme
(poids, indice de masse corporelle,
des programmes de perte pondérale. Les
pourcentage de graisse, densité osseuse,
résultats de notre étude ne montrent aucune
pourcentage d’eau, la masse musculaire)
variation significative (p> 0,05) de la MM,
ainsi que la variation de certains
mais révèlent une baisse significative (p<
paramètres psychologiques (estime de soi
0,001) du %MG. Ce résultat est d’autant
et qualité de vie) chez des femmes
plus important dans la mesure où les
camerounaises obèses ou en surpoids
graisses constituent des facteurs de risque
nouvellement admises à un programme de
des maladies coronariennes et cardio-
remise en forme. Les résultats obtenus à
vasculaires via le LDL-cholestérol (Lawani
l’issue des trois mois de pratique révèlent
et al., 2005). Quant à l’IMC, la DO et au %
que le poids, l’IMC, la MM, la DO et le
H2O, la durée de l’expérimentation n’a pas
%H2O n’ont pas connu de variation
permis d’enregistrer des modifications qui
significative (p>0,05). Ces résultats sont
sont restées non significatives (p> 0,05).
contraires à ceux avec ceux de Saygin et
En effet, Wong et al. (2008) soutiennent
Öztürk (2011) (Tableau I). En effet, ces
qu’il faut plus de trois pour enregistrer des
auteurs ont examiné l’effet d’un
bénéfices corporels de la pratique des APS.
programme de 12 semaines d’exercices
Par contre, les paramètres psychologiques
aérobies sur les composants de l’aptitude
(ES et QV) ont tous connu des variations
physique et sur les lipides sanguins des
significatives au cours de notre
filles obèses. Les résultats ont ressorti des
expérimentation. Ceci suppose que l’état
différences significatives sur le poids,
psychologique est le premier facteur à
l’IMC, le %MG ainsi que sur d’autres
subir des variations au cours d’une
paramètres entre le pré-test et le post-test.
intervention, d’où les pourcentages de
En ce qui concerne le poids, il est fonction
variation nettement supérieurs enregistrés
de la masse maigre musculaire et de la
sur l’ES et la QV, respectivement 19,9% et
masse grasse corporelle. Westerterp (1999)
15,2% (p< 0,001). La répartition des sujets
et Wilmore (1995) montrent que la perte
en classe d’âge montrent que l’estime de
pondérale due à l'exercice physique seul
soi et la qualité de vie ne varient pas quel
demeure modeste. Toutefois, pour de
que soit la classe d’âge considérée (p>0,05,
nombreux auteurs (Hills et al., 2007 ; Hills

24 Annales des Sciences de la Santé, ISSN : 2421-8936


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tableau II). Cette stabilisation des données psychologiques évaluées (ES et QV) dans
les classes d’âge de notre étude milite en ans tandis que dans le cadre de notre étude,
faveur d’une harmonisation des les sujets étaient âgés en moyenne de
programmes d’entraînement aussi bien 39±10 ans, ce qui pourrait justifier la
chez les jeunes que chez les adultes. différence au niveau des résultats obtenus.
Généralement les motivations de La DO n’a pas montré une variation
fréquentations des centres de remise en significative. Cela pourrait être dû au fait
forme par les femmes sont variées : que les sujets de notre étude avaient
certaines sont préoccupées par le retour dépassé la phase de croissance. L’analyse
d’une silhouette mince en accord avec les effectuée par classe d’âge montre dans
indices de beauté actuels et d’autres chaque classe, des baisses significatives de
préoccupées par des soucis physico l’IMC (p<0,01) et du %MG (p<0,0001) à
thérapeutiques (obésité, surcharge partir de T3 (Tableau II). Ce résultat laisse
pondérale, maladies cardiovasculaires). penser que la variation de l’IMC est
Les conséquences psychologiques de la modulée par l’âge des sujets et, renforcent
pratique des APS seraient alors les mêmes la position de Wong et al. (2008) que des
pour toutes les femmes quel que soit leur bénéfices corporels sont enregistrés à partir
âge. Ces résultats démontreraient du troisième mois de pratique. Par ailleurs,
également qu’une pratique à long terme la QV varie significativement (p<0,05)
des APS n’influerait pas sur les paramètres dans chaque classe d’âge tandis que l’ES
psychologiques concernés (ES et QV). reste inchangée.
En ce qui concerne la MM, contrairement à Le test post-hoc de Tukey réalisé a révélé
Wong et al. (2008) qui ont montré que des différences significatives (p<0,05) sur
l’exercice physique améliore les variables MM et %H2O. Le %MG a
significativement la masse musculaire diminué significativement de 9,7%
maigre, nos résultats n’ont révélé aucune (p<0,001) alors que l’ES et la QV ont
variation significative (p> 0,05), bien que respectivement et significativement
la durée de l’expérimentation soit augmenté de 19,85% et 15,24% (p< 0,001)
sensiblement la même (3 mois et 12 justifiant ainsi les effets de
semaines). Wong et al. (2008) ont l’expérimentation.
investigué sur des sujets âgés de 13 à 14

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Conclusion pour induire des effets bénéfiques sur ces


3 mois de pratique régulière des activités variables et, déterminer le lien qui pourrait
physiques et sportives améliorent l’ES et la exister entre la variation des paramètres
QV chez des sujets obèses ou en surpoids. psychologiques et celle des paramètres
Toutefois, il faudrait plus de 3 mois pour corporels. Par ailleurs, la relation entre les
que les effets se manifestent sur certains paramètres psychologiques et
paramètres corporels notamment sur le biochimiques (HDL et LDL) devrait
poids, l’IMC, la MM, la DO et le %H2O. également être investiguée.
Des études ultérieures devraient déterminer
le temps minimal et l’intensité qu’il faut
overweight and obesity. Sports Med.
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26 Annales des Sciences de la Santé, ISSN : 2421-8936


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(12), 1441-1445.
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15. Wong PC, Chia MY, Tsou IY et al.
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16. Program on aerobic fitness, body
composition, bloodlipids and C-
reactiveprotein in adolescents
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27 Annales des Sciences de la Santé, ISSN : 2421-8936


, N° 8, Vol. 1: 28-36 HOUMAID et al., 2016

NUTRITION ET FAUSSES COUCHES SPONTANEES


NUTRITION AND MISCARRIAGES
‫االجهاض وعالقته بالتغذية‬

H. Houmaid1, H.Talbia, A.Hilaliab


1 LaboratoireAgroalimentaires et santé, Faculté des Sciences et Techniques. Université Hassan
1er.b InstitutSupérieur des Sciences de la Santé. Université Hassan 1er. Route de Casablanca Km 3,5 BP 539.
Settat- Maroc. h_homaid@yahoo.fr
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- -----------
Résumé
Les fausses couches spontanées (FCS)
constituent environ 15 % des grossesses et
les fausses couches à répétition (FCSR)
touchent environ 1 % des femmes.
De nombreuses études soulignent l’impact
de la nutrition sur la gamétogenèse, le
développement embryonnaire et
l’évolution des grossesses. Ainsi, le bilan
étiologique des FCS, et en particulier des
FCSR, doit tenir compte de la nutrition qui
semble représenter une voie prometteuse
dans l’amélioration de la prise en charge
des pathologies liées à la reproduction
entre autres les fausses couches et qui reste
encore mal explorée.
Evaluer le rôle de la nutrition comme
facteur favorisant la survenue de FCS est
d’autant plus important qu’elle représente
un facteur modulable sur lequel on peut
agir pour améliorer le pronostic de la
grossesse.

Mots clés : Fausse couche spontanée,


Nutrition, Obésité, Vitamines, sels
Minéraux, Alcool, Café.

Keywords :Miscarriage, Nutrition,


Obesity, Vitamins, Minerals, Alcohol,
coffee

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Introduction : l’issue de ce bilan, environ 50 % des FCSR


Il est aujourd’hui admis que l’alimentation, resteront inexpliquées. Des facteurs
tant par sa qualité que par sa quantité est nutritionnels et environnementaux doivent
capable de prévenir les maladies être pris en compte, tels que le statut
cardiovasculaires, certains cancers, ou vitaminique, la consommation de café,
l’obésité qui d’ailleurs souvent impliquée tabac, alcool, ou la prise de compléments
comme facteur de risque de survenu de alimentaires (Maconochie et al., 2007). La
fausses couches (FCS) spontanées ou cause nutrition semble alors être une voie
d’infertilité. prometteuse insuffisamment explorée.
La fausse couche spontanée est la plus A travers une revue de la littérature nous
fréquente des complications gravidiques. discutons le rôle de l’alimentation dans la
Selon l’Organisation mondiale de la santé survenue des fausses couches.
(OMS), il s’agit de l’expulsion ou 1. Indice de masse corporelle et fausses
l’extraction hors de la mère d’un embryon couches :
ou d’un fœtus de moins de 500 g. On 1.1. La prise de poids et fausse couche
considère qu’environ deux tiers des spontanée :
grossesses s’arrêtent avant le 6ème L’obésité et le surpoids sont un problème
mois, dont la plupart sous forme majeur de santé publique. Selon l’OMS
infraclinique juste après la conception. l’indice de masse corporelle (IMC) permet
Environ 15% des grossesses évoluent vers de définir différentes classes de surpoids et
une fausse couche. La plupart des fausses obésité :
couches sont sporadiques mais environ 1% • un IMC est considéré normal lorsqu’il est
des femmes présentent des fausses couches compris entre 18,5 et 24,9 kg/m² ;
répétées (FCSR). Les FSCSR sont définies • un individu est en surpoids lorsque son
par trois arrêts de grossesse successifs, IMC est compris entre 25 et 29,9 kg/m² ;
consécutifs ou non (Griebel et al., 2005 ; • à partir d’un IMC supérieur ou égal à 30
Wilson et al., 1999). kg/m², l’individu est considéré obèse.
Ils affectent 2 à 5 % des couples sans
enfant, touchant de 0,3 à 1 % des Il a été bien démontré que l’obésité et le
grossesses. surpoids ont été associés au problème de
Le bilan de FCSR doit permettre de fertilité et notamment de fausses couches
détecter les situations où un traitement spontanées (FCS).
préventif ou curatif peut être proposé. A

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Les femmes obèses ont trois fois plus de ovocytes chez les femmes en obésité
risques de ne pas concevoir, naturellement morbide, avec un impact défavorable sur la
(Rich-Edwards et al., 1994), ou après qualité des embryons.
assistance médicale à la procréation (AMP) L’obésité est un facteur aggravant des
(Crosignani et al., 1994 ;Zaadstra et al., troubles de l’ovulation chez les patientes
1993). Le poids est aussi associé à une souffrant du syndrome des ovaires
augmentation du risque de fausses couches polykystiques (SOPK), souvent associé à
spontanées (FCS) précoces et de FCS une insulino-résistance (Rotterdam
itératives par rapport aux femmes de poids ESHRE/ASRM, 2003), qui constitue un
normal dans le cadre d’une conception facteur de risque de FCS.
naturelle (Lahsen&Strudee, 2004). Dans le contexte de l’AMP, les femmes
Des études ont retrouvé une association obèses répondent moins bien à la
significative entre obésité et FCS (13,7 vs stimulation ovarienne, ainsi, plus l’obésité
10,9 %) (Boots & Stephenson, 2011). Une est sévère, plus la durée de la stimulation et
méta-analyse sur 16 études démontrait les doses d’hormones sont importantes.
même une augmentation du risque de FCS Egalement, les risques d’annulation ou
dès le surpoids (IMC supérieur ou égal 25 d’hyperstimulation sont augmentés.
kg/m²) (Metwally et al., 2010). 1.1.2- obésité et réceptivité de
Chez les femmes traitées en AMP par FIV l’endomètre :
(fécondation in vitro) /ICSI Afin d’évaluer l’impact de l’obésité sur
(intracytoplasmic sperm injection), un IMC l’endomètre, les études sont
élevé entraine une augmentation du risque réalisées sur le modèle du don d’ovocyte
de FCS, une diminution de nombre qui constitue un modèle particulièrement
d’embryons de bonne qualité, avec une intéressant pour étudier les effets extra-
diminution des taux de grossesses et de ovariens du poids. Plusieurs études
naissances vivantes. montrent une augmentation significative
Le risque de FCS augmente dès le surpoids du risque de fausses couches avec l’obésité
mais est encore plus élevé lorsque la après don d’ovocytes. Ce risque a été
femme est obèse (Rittenberg et al., 2011). multiplié par 4 lorsque l’IMC de la
1.1.1- obésité et qualité des gamètes et receveuse dépasse 29,9 kg/m² (Bellyer et
des embryons : al., 2010).
Des études ont montré une diminution du
nombre et une altération de la qualité des

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, N° 8, Vol. 1: 28-36 HOUMAID et al., 2016

L’obésité semble donc altérer certaines anomalies du développement


l’environnement utérin avec un impact fœtal, telles que les anomalies de
négatif sur le rôle de l’endomètre fermeture du tube neural (Berry et al.,
1.2. La perte de poids et fausse couche : 1999), certaines complications liées à la
Dans un groupe de patientes obèses grossesse comme la pré-éclampsie voire
infertiles avec anovulation, il a été même la prévention de certaines
montré qu’une perte de poids de 5 à 10 % malformations.
du poids initial, améliore la qualité de De nombreuses vitamines ont un impact
l’ovulation et les taux de grossesses sur la gamétogénèse et le développement
spontanées, et réduit les risques de FCS. embryonnaire, la qualité de l’endomètre ou
La mise en place de mesures hygiéno- la nidation, ce qui conditionne la capacité à
diététiques dès le début de la grossesse concevoir ou de mener une grossesse à
chez des femmes obèses permet une terme.
diminution significative des taux de FCS. La plupart de ces vitamines ont des
En AMP, quelques études ont montré propriétés antioxydantes, ce qui pourrait
l’efficacité d’un régime hypocalorique diminuer le risque de FCS et de FCSR.
chez des femmes en surpoids et obèses, Plusieurs études de supplémentation en
avant et pendant la FIV, sur les taux de vitamines B (B2, B6, B9, B12) chez des
grossesse. femmes enceintes montrent une réduction
Donc, l’amélioration rapide de la fonction significative du risque de FCS (Quere et
de reproduction après une al., 2001).
perte de poids suggère que les effets 2.2. Acide folique (B9), autres vitamines
délétères de l’obésité sur la du groupe B (B6, B12) et
reproduction seraient modulables et homocystéine :
réversibles. Les folates appartiennent au groupe des
2. Apport en sels minéraux, en vitamines vitamines B (B6, B12, et acide folique B9)
et fausses couches : et doivent obligatoirement être apportés
2.1. Vitamines et fausses couches : par l’alimentation (légumes verts. . .) ou
Une supplémentation vitaminique est sous forme de suppléments. Si leur rôle en
recommandée pour les femmes enceintes période péri-conceptionelle et au cours de
ou désirant l’être (Lumley et al., 2001). la grossesse est bien connu dans la
Les bénéfices d’une telle recommandation prévention des anomalies de fermeture du
concernent surtout la prévention de tube neural et les autres malformations

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, N° 8, Vol. 1: 28-36 HOUMAID et al., 2016

congénitales, leur implication dans la et à une réduction des groupements


reproduction humaine est de plus en plus méthyles disponibles. A` consommation
étayée par les recherches récentes. équivalente en folates et en vitamines B6,
Les vitamines du groupe B agissent les porteuses du génotype MTHFR 677TT
comme cofacteurs dans la synthèse de la et 1298AC ont un risque de FCS augmenté
méthionine à partir de l’homocystéine. (Ferreira et al., 2010).
Leur déficit induit une Les vitamines du groupe B et
hyperhomocystéinémie(Savage et al., l’homocystéine sont donc indispensables
1994) responsable de stress oxydant. Dans au bon fonctionnement cellulaire en
la reproduction, une concentration élevée maintenant une bonne intégrité de l’ADN,
en homocystéine dans le plasma séminal et ainsi que du réseau vasculaire. Une carence
le liquide folliculaire est associé à une en vitamines B pourrait ainsi impacter la
mauvaise qualité de l’embryon produit. qualité des gamètes féminins et masculins,
Ainsi, une diminution significative des en particulier celle de leur ADN. La
taux d’acide folique et une augmentation nidation et le maintien de l’implantation de
des taux d’homocystéine ont été constatés l’œuf, mettant en jeu un réseau vasculaire,
chez des femmes ayant fait plus de quatre peuvent également être touchés par ces
FCS (Sikora et al., 2007). En effet carences.
l’hyperhomocystéinémie s’associe à une 2.3. Les sels minéraux de sélénium
embryotoxicité(Quere et al., 2001) et à une Sélénium
toxicité vasculaire avec infarctus Les sels minéraux de sélénium jouent un
placentaires (Steegers-Theunissenet al., rôle très important dans la reproduction. Le
1992), ces deux phénomènes pouvant être sélénium est un agent antioxydant. Les
à l’origine de FCS. carences en sélénium sont associées à une
Enfin, l’une des enzymes clef impliquées susceptibilité aux infections virales,
dans la reméthylation de l’homocystéine en cancers et maladies cardiovasculaires, ainsi
méthionine est la MTHFR. Le gène de la qu’à une augmentation des FCS (Rayman
MTHFR présente différents 2000). Des concentrations en sélénium
polymorphismes correspondant à des significativement plus basses, au niveau
mutations nucléotidiques. La mutation sérique ou capillaire, ont ainsi été
C677TT induit une réduction de l’activité rapportées chez les femmes ayant subi des
de la MTHFR de 50 à 70 %, aboutissant à FCS.
une augmentation du taux d’homocystéine

32 Annales des Sciences de la Santé, ISSN : 2421-8936


, N° 8, Vol. 1: 28-36 HOUMAID et al., 2016

Le rôle du sélénium dans la survenue de tératogène et s’accumule au niveau du


FCS a été expliqué par la perte de l’effet fœtus.
antioxydant, entraînant des lésions au 4. Caféine et fausse couche spontanée :
niveau membranaire et nucléaire La caféine est une substance qui se trouve
et par la réduction de l’activité dans plusieurs produits à consommation
antithrombine III (Barrington et al., 1996 ; quotidienne. La principale source de
Tara et al., 2010 ;Aursnes et al.,1988). caféine est le café avec une concentration
3. Alcool et fausse couche spontanée : moyenne de 107 mg par tasse. Nous la
L’alcoolisme a un effet néfaste sur le trouvons à une concentration plus faible au
développement fœtal. Il peut être niveau du thé, certains sodas, le chocolat et
responsable du syndrome d’alcoolisation certaines drogues. La caféine traverse aussi
fœtal. L’alcool traverse facilement la le placenta. Sa demi-vie plasmatique
barrière placentaire et méningée, sa chez un adulte est aux alentours de 2.5–4.5
concentration s’équilibre entre les h. Néanmoins, cette demi-vie s’élève chez
compartiments maternel et fœtal. Il n’ya une femme enceinte à 10.5 h.
pas de dose minimale considérée sans Certaines études ont démontré
risque au cours de la grossesse. La l’association entre la consommation de la
recommandation pour la femme enceinte caféine et la survenue de fausse couche,
demeure donc claire et intransigeante en ainsi qu’un risque accru de faire une fausse
prônant l’abstinence complète. couche chez les femmes consommatrice de
Le mécanisme impliqué dans la survenue caféine à partir du café que celle en
des FCS liées à l’alcool provenance des autres produits (thé,
reste mal connu. Un taux élevé de fausses sodas).
couches a été observé chez les femmes Il y a plusieurs hypothèses qui peuvent
alcoolique sans pouvoir connaître son effet expliquer l’association entre la
direct ou secondaire. Un niveau élevé consommation de la caféine et la survenue
d’alcool au niveau du sang supérieur à 200 de fausse couche.
mg/dl peut directement provoquer une Il est connu que la caféine augmente le
fausse couche. Le mécanisme par lequel niveau cellulaire de l’adénosine cyclique
l’alcool exerce son effet délétère sur la monophosphate, qui interfère avec le
grossesse reste inconnu. Probablement, il a développement fœtal et le profil hormonal
une toxicité directe, mais un de ses de la mère et le fœtus. La caféine diminue
produits de métabolisme, acétaldéhyde est le flux sanguin placentaire en augmentant

33 Annales des Sciences de la Santé, ISSN : 2421-8936


, N° 8, Vol. 1: 28-36 HOUMAID et al., 2016

le taux des catécholamines circulantes. La prise en charge des pathologies liées à la


caféine augmente donc les risques reproduction entre autres les fausses
d’anomalies du développement couches.
cardiovasculaire fœtal et de retard de De nombreuses études soulignent l’impact
croissance intra-utérin. Il a été démontré de la nutrition sur la fertilité, la
qu’une dose de 200 mg de la caféine peut gamétogenèse, le développement
baisser le flux placentaire. embryonnaire et l’évolution des grossesses.
La consommation modéré ou excessive de Des études complémentaires sont
caféine semble associée à des FCS avec nécessaires et qui prendront en compte
caryotype normal. l’alimentation comme facteur de risque
6. Intolérance au gluten et fausse couche reconnu dans la survenue de fausse couche.
spontanée : Ceci à toute son importance puisqu’il
Le gluten est un complexe protéique s’agit d’un facteur modulable et permettant
retrouvé dans le blé, orge et seigle. ainsi d’améliorer le traitement des femmes
L’intolérance au gluten est responsable de souffrant de fausses couches, grâce à
la maladie cœliaque. La grossesse peut l’établissement de recommandations de
constituer un facteur déclenchant de la régime alimentaire et de style de vie.
maladie cœliaque, une femme enceint sur Références :
70 à une MC méconnue ou sous traitée. 1. Griebel CP, Halvorsen J, Golemon TB,
Il a été démontré que 50% des femmes Day AA. 2005.- Management of

suivies pour une maladie cœliaque spontaneous abortion. Am Fam


Physician72 :1243–50.
souffrent de fausses couches et qu’un
2. Wilson R, Ling H, MacLean MA,
régime sans gluten réduit significativement
Mooney J, Kinnane D, McKillop JH.
le risque de
1999.-Thyroidantibodytiter and avidity
survenue de FCS.
in patients withrecurrentmiscarriage.
Donc il s’avère nécessaire de chercher Fertil Steril.71 :558–61.
cette maladie chez chaque femme enceinte. 3. MaconochieN, Doyle P, Prior S,
Simmons R., 2007.- Riskfactors for
Conclusion : first trimestermiscarriage–resultsfrom
Le bilan étiologique des FCS, et en a UK-population-based case-control
particulier des FCSR, ne doit pas omettre study. BJOG. 114 :170–86.

la nutrition qui semble représenter une 4. Rich-Edwards JW, Goldman MB,


Willett WC, Hunter DJ, Stampfer MJ,
voie prometteuse dans l’amélioration de la

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