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ENCG

KENITRA

MASTÈRE SPÉCIALISÉ :

MANAGEMENT DES ORGANISATIONS FINANCIÈRES ET BANCAIRES

RAPPORT SOUS LE THEME :

LA FINANCE
ISLAMIQUE
DANS LE MONDE

DEMANDÉ PAR : RÉALISÉ PAR :

Pr. LAILA BENNIS  EL-AMRANI NADA

 EL-HOUSNI
HAFSA

 JABRANE HALIMA

 SELLAMI SIHAM
 TALBI HOUDA

Management des Organisations Financières Islamiques | M2 | S3

2020/2021
SOMMAIRE
INTRODUCTION GENERALE

I. HISTOIRE ET DÉVELOPPEMENT DE LA FINANCE

ISLAMIQUE

1. ORIGINES ET PREMIÈRES TRACES DE LA FINANCE ISLAMIQUE

2. ÉVOLUTION ET MONDIALISATION DE LA FINANCE ISLAMIQUE

3. LES DÉFIS DU DÉVELOPPEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE

II. CARTOGRAPHIE DE LA FINANCE ISLAMIQUE

1. ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS L’AFRIQUE ET LA

RÉGION MENA (HORS CONSEIL DE COOPÉRATION DU GOLFE)

2. ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS L’ASIE

3. ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE AUX ÉTATS-UNIS ET EN

EUROPE

CONCLUSION GENERALE

BIBLIOGRAPHIE

TABLE DES MATIERES

1
INTRODUCTION GENERALE

Modernisée au début des années 70, la finance islamique connaît aujourd’hui un


important essor à travers le monde et s’impose de plus en plus comme une concurrente de la
finance dite « conventionnelle ». Elle se présente comme une forme d’intermédiation
financière qui s’appuie sur les préceptes de l’islam.

Le caractère islamique d’un produit financier, ou d’une transaction financière, est établi
dès lors que le respect des cinq principes de l’islam financier a été vérifié par un conseil de
conformité à la Charia1. C’est, en effet, une finance qui véhicule des principes moraux et
éthiques universels, et ouvre des perspectives à tous les opérateurs.

Le développement de la finance islamique au cours des deux dernières décennies est


l'un des développements les plus intéressants de l'histoire récente du secteur des services
financiers mondiaux. Les institutions spécialisées en finance islamique reconnaissent
désormais que leur marché n'est pas confiné à certaines régions du monde musulman mais
commencent à s’étendre à l’échelle internationale. ».

L’objectif de ce travail est de révéler l’importance et la place de la finance islamique


dans le monde, et démontrer que la finance islamique a connu un démarrage fulgurant, le
nombre d’institutions financières islamiques est passé d’une seule en 1963 à plus de 300
aujourd’hui dans plus de 75 pays, la majorité concentrée dans le monde musulman. Mais
actuellement elles suscitent un vif intérêt de la part de nombreux pays non musulmans.

Quelles sont alors les premières traces et les dates marquantes dans l’évolution de la
finance islamique et sa mondialisation ? quels sont les obstacles qui freinent sa croissance ? Et
quel État des lieux de la finance islamique à l’échelle mondiale ?

La réponse à cette problématique va être structurée en deux grandes parties, la première


concernera les origines, l’évolution et les défis du développement de la finances islamique. La
deuxième partie servira à une présentation de l’expansion de la finance islamique dans le
monde en mettant le point sur les différents continents, régions et pays porteurs de ce modèle
financier.

1
Interdiction de l’intérêt (pas de « Riba »), interdiction de l’incertitude, de la spéculation (pas de
« Gharar », ni de « Maysir »), interdiction d’investir dans des secteurs illicites (pas de « haram ») et le
principe de partage des pertes et des profits.
I. HISTOIRE ET DÉVELOPPEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE

INTRODUCTION

Cette section servira à restituer les premières traces de la finance islamique. Il


s’agit de comprendre, en premier lieux, les origines de cette finance ainsi que ses
premières formes d’organisation ensuite une présentation des points marquants son
évolution et finalement les difficultés qui évoquent une réticence du développement de
la finance islamique.

1. ORIGINES ET PREMIERES TRACES DE LA FINANCE ISLAMIQUE

La finance Islamique est pratiquée par les musulmans durant les premières années de
l’Islam. L’Islam est donc l’origine de la finance islamique, la religion qui oriente les principes
de vie de tout musulman.

L’islam propose des règles précises, et interdit les transactions fondées sur l’intérêt
(riba) ou contenant des éléments de spéculation et d’incertitude (gharar) et jeux de hasard
(maysir). Ces principes se traduisent dans la vie privée, familiale, sociale, étatique, et
constituent le cadre normatif de la oumma (la communauté musulmane).

En effet, Fiqh Al Mouamalat donne depuis des siècles un cadre structuré des
transactions financières des musulmans mais ce n’est que vers la fin du XXe siècle que le
système financier islamique s’est assez développé pour être considéré comme un modèle
distinct permettant aux musulmans (et non musulmans) de mener des activités financières
conformes aux percepts de l’islam.

Bien que la pratique actuelle de la finance islamique diffère de celle pratiquée autrefois,
à cause notamment du changement de contexte économique et l’accentuation de la
concurrence avec les banques conventionnelles, les principes qui régissent cette finance sont
les mêmes qu’il y a 1437 ans.

La finance islamique est ancienne existe depuis plusieurs siècles, l’essor du système
financier islamique est apparu depuis une cinquantaine d’année avec l’indépendance d’une
grande partie des pays musulmans (le Pakistan en 1947, l’Indonésie en 1949, la Malaisie en
1959, l’Algérie en 1962, le GCC4 en 1971).
L’Égypte et la Malaisie sont les deux premiers pays en matière de finance islamique.

 En 1963, le Dr Ahmed Elnaggar est l’initiateur de la toute première banque islamique


moderne en Égypte. Ses expériences voient le jour au sein de la banque Mit Ghamr, où
le partage des profits constitue le principe fondamental.
Au même moment, Tabung Haji est créé en Malaisie, ses activités consistent
essentiellement en la collecte de l’épargne des musulmans en vue du financement
futur de leur pèlerinage à La Mecque.
 Les années 70, l’Organisation de la conférence islamique (OCI) crée la Banque
islamique de développement et lui donne la mission de financer les projets
économiques et sociaux et d’accompagner la finance islamique au sein des États
membres de l’OCI. Cette banque a également pour mission d’établir et de gérer des
fonds spéciaux pour des objectifs spécifiques. Elle a été autorisée à accepter les dépôts
et à mobiliser les ressources financières selon des modalités conformes à la Charia.
Durant la même période, le nombre de banques islamiques a connu une expansion
rapide : La Kuwait Finance House en 1977, la Banque Fayçal en Egypte dans la même
année, la banque islamique de Jordanie (1978).
 Les années 80, les banques islamiques deviennent de plus en plus sophistiquées et
s’imposent en Iran, en Asie du Sud, au Soudan, au Pakistan et dans le Golfe Persique.
La Malaisie et certains pays du Golfe établissent même un système dual entre banques
conventionnelles et islamiques. Dans le Golfe, Bahreïn est considéré comme le
précurseur en la matière, car ce pays fut le premier à abriter une série d’institutions à
même de normaliser l’industrie financière islamique alors émergente et à réglementer
de manière spécifique l’activité des Institutions Financières Islamiques (IFI). La
banque centrale de Bahreïn a également contribué au développement des marchés de
capitaux islamiques en introduisant très tôt les techniques obligataires islamiques
(sous la forme de soukouk).
La Malaisie, quant à elle, a accueilli sur son territoire l’Islamic Financial Services
Board (IFSB), organisme de normalisation réglementaire, fonctionnant en quelque
sorte comme le comité de Bâle des banques islamiques.
 Les années 90 ont connu l’expansion de la Banque de détail islamique et la naissance
de la désintermédiation financière islamique, soit le passage d’une économie
d’endettement à une économie de marchés financiers. Durant ces années, les IFI
deviennent de plus en plus structurées, et leurs règles de fonctionnement se sont
raffinées. Ainsi, en 1991, la principale organisation internationale de normalisation de
l’industrie de la finance islamique a été créée : l’Accounting and Auditing
Organisation for Islamic Finance Institutions (AAOIF) qui sera chargée d’élaborer les
standards comptables appropriés pour les IFI.
La période allant de 1975 à 1990 est enrichissante pour la banque et la finance
islamiques.

CHRONOLOGIE DES BANQUES ISLAMIQUES

 1963. Émergence des principes financiers islamiques en Égypte. La


Mit Ghamr Savings Bank propose des comptes d’épargne basés sur le
partage des bénéfices.
 1970. Création de l’Organisation de la conférence islamique pour
encourager la banque islamique.
 1975-1980. Création de la Banque islamique du développement et
naissance de banques islamiques commerciales, comme la Dubai
Islamic Bank, la Kuwait Finance House et la Bahrain Islamic
Bank.
 1979. Le Pakistan introduit la banque islamique.
 1980. L’Iran adapte son secteur bancaire aux principes islamiques.
 1987. Création de Lariba, première banque islamique aux États-Unis.
 2004. Le Royaume-Uni adopte la pratique de la finance islamique
en agréant l’Islamic Bank of Britain (IBB).
Source : Lila GUERMAS-SAYEGH « LA RELIGION DANS LES AFFAIRES : LA FINANCE
ISLAMIQUE », Mai 2011, FondaPol pour l’innovation politique

2. ÉVOLUTION ET MONDIALISATION DE LA FINANCE ISLAMIQUE

A partir des années 90, la finance islamique est répandue principalement dans les pays
du Golfe persique, comme l’Iran, l’Irak, le Koweït, l’Arabie-Saoudite, le Qatar, mais aussi
dans les pays du sud asiatique comme la Malaisie, le Brunei, et l’Indonésie.

Elle est aussi très présente dans l’Afrique du Nord, spécifiquement au Maroc, en
Tunisie, en Algérie, et dans l’Afrique de l’Ouest, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, et le
Togo. D’autres banques islamiques opèrent dans plus de 80 pays, non seulement musulmans,
mais où vivent une minorité de musulmans, comme c’est le cas en Europe.
Selon les estimations du Fonds monétaire internationale (FMI2), il existe actuellement
plus de 300 institutions islamiques opérant dans plus de 75 pays.

Aujourd’hui, les encours totaux du marché financier islamique (c’est-à-dire les banques,
fenêtres, les fonds, les obligations et les hors-bilans islamiques) se scindent en quatre sous
marchés : l’Amérique du Nord (environ 40 milliards de dollars) ; l’Europe (environ 60
milliards) ; le Moyen-Orient, y compris le Pakistan, le Soudan et la Turquie, (environ 590
milliards de dollars) et l’Asie du Sud-Est (260 milliards de dollars). La somme s’élève à
environ 950 milliards de dollars à la fin de l’année 2009 et passera sans aucun doute la barre
symbolique du trillion de dollars avant la fin de l’année 2010, ce qui est conforme aux
prévisions de la dernière décennie. Les autres pays du globe sont soit dans un processus de
mise en œuvre (Algérie, Libye, Inde), soit en phase d’exploration (France, Chine, Australie).

3. LES DÉFIS DU DÉVELOPPEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE

La finance Islamique gagne du terrain, le nombre de banques islamiques augmente


d’une année à l’autre et leur actif se diversifie et devient de plus en plus important ; leurs
activités se multiplient et s’étendent à l’ensemble du globe y compris aux pays non
musulmans. Malgré ce développement important du système financier islamique, des
obstacles de toute nature freinent sa croissance.

Les défis que la finance Islamique doit relever sont de plusieurs ordres. Peuvent être
classées en problèmes d’ordre juridique et fiscal et des difficultés structurelles de la finance
islamique.

1.1 LES DEFIS D’ORDRES JURIDIQUE :

La finance islamique propose l’union de l’économique, du droit et de la charia, ce qui


l’expose à des difficultés en matières juridiques dues aux contraintes que la morale islamique
lui impose.

2
Le Fonds monétaire international ou FMI : est une institution internationale regroupant 190
pays, dont le but est de « promouvoir la coopération monétaire internationale, garantir la stabilité
financière, faciliter les échanges internationaux, contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité
économique et faire reculer la pauvreté »
̶ Il s’agit, en premier lieu, de l’insécurité juridique qui s’attache à la finance
islamique du fait que le droit islamique des affaires se superpose à des droits
nationaux et que des controverses doctrinales parcourent celui-ci.
̶ En deuxième lieu, la mise en œuvre de la finance islamique dans le monde
bancaire et financier rencontre des difficultés dues à certaines règles juridiques
islamiques spécifiques.3

a) L’insécurité juridique :
L’insécurité juridique est sans doute un obstacle important au développement de la
finance islamique. Il s’agit de l’existence de controverses doctrinales sur le droit islamique
des affaires et sur la difficulté à faire coexister un droit transnational et des droits nationaux.

La présence d’un certain nombre de controverses sur des points importants du droit
islamique des affaires est un grand obstacle pour la finance islamique, comme le RIBA, la
4
technique du QIYAS ou encore le recours aux ruses (HIYAL), qui peuvent opposer, en
particulier, les diverses écoles de pensée entre elles. D’où la nécessité d’une autorité
souveraine pour imposer des solutions uniformes dans ce droit international. Cette situation
est rendue plus complexe par le fait que se superposent au droit islamique des droits nationaux
laïques et différents : d’inspiration souvent occidentale en raison de la vague de codifications
qui est apparue dès le XIXe siècle5, ces droits divergent entre eux pour des raisons
coutumières. Les pays occidentaux qui veulent attirer la finance islamique sont confrontés au
même genre de problème et certains, comme la Grande-Bretagne et la France, s’y sont déjà
adaptés.

b) Les freins juridiques et fiscaux


Qu’il s’agisse des opérations financières basées sur le partage des profits et des pertes
(PPP6) ou des opérations commerciales, la Banque islamique est confrontée à des obstacles
qui la pénalisent par rapport aux banques conventionnelles. Ainsi, du fait de la rémunération
sous

3
François Guéranger, La finance islamique : Une illustration de la finance éthique, Edition :
Dunod (2009), p : 217,218
4
QIYAS : Raisonnement utilisé pour déterminer la solution d’un problème de droit non prévu
par les textes du Coran et de la SUNNAH.
5
Velidedeoglu H.V., Le Mouvement de codification dans les pays musulmans. Ses rapports
avec les systèmes juridiques occidentaux, Rapports généraux au Ve congrès international de droit
comparé (Bruxelles, 4-9 août 1958, t. I, p. 178-181).
6
Principe de Partage des Profits et des Pertes : ce principe permet d’engager les deux parties du
contrat dans la prise de risque qui a pour but de faire régner la justice, l’égalité sociale et de réaliser
des profits loin de la pratique de l’intérêt. Il permet, alors, le partage des risques et du rendement entre
les parties contractées.
forme de PPP, dans toutes les opérations réalisées sous cette forme - dépôts d’investissements,
émission de SOUKOUKS - la rémunération versée par la banque est considérée comme un
dividende et non comme une charge financière déductible fiscalement. Dans les opérations
basées sur l’achat/vente (du type MOURABAHA), et de location-vente (IJARA WA IKITINA),
la double transaction, achat puis vente, va entraîner des risques et des charges fiscales.

Dès lors, la finance islamique a un coût économique plus lourd que la finance classique,
ce qui est de nature à contrecarrer son développement.

c) Recherche de profit et conformité à la Chariaa


Depuis les années soixante-dix, les institutions financières islamiques se sont dotées de
conseils consultatifs islamiques (charia board), composé de spécialistes en loi islamique qui
valident la conformité aux règles coraniques des produits proposés ; or, les mécanismes
financiers ne sont pas définis par des règles précises et immuables. Ils sont déterminés plutôt
par l’appréciation de ces sharia scholars.

A noter que les interprétations ne sont pas uniformes d’un pays à un autre et d’un
comité à un autre. C’est que plusieurs écoles d’interprétation règnent dans différents pays.
Globalement l’Arabie Saoudite se montre moins tolérant que les pays d’Asie du Sud Est. La
création d’instruments islamiques de type obligatoire (au cours des années quatre-vingt en
Malaisie) a été d’abord condamnée, puis copié par les pays du moyen Orient. Hétérogénéité
qui explique la diversité des instruments islamiques. Au départ, orientés vers le
développement de manière plus diversifiée et plus décentralisée, à l’image du monde
musulman, se développe dans un petit nombre de pays (Arabie Saoudite, Égypte et Pakistan).
Au cours des années quatre-vingt-dix, l'extension se fait vers de nouveau pays d’Asie du Sud
Est mais également dans un nombre de pays occidentaux à forte concentration de la
communauté musulmane; les objectifs de ces institutions financières évoluent ainsi
progressivement et le système de financement islamique n’est plus un simple outil de
développement, il doit répondre aux besoins de vastes couches sociales et aux contraintes
environnementales de son application ; les banques islamiques acquièrent le statut
d’intermédiaires financiers à part entière, l’objectif de maximisation des profits devient ainsi
une priorité. Sous l’impulsion d’une demande de plus en plus sophistiquée et dynamique, la
finance islamique devient plus pragmatique et ses objectifs convergent progressivement avec
celles de la finance traditionnelle.

Parallèlement, la finance islamique revendique sa spécificité en l’existence des « Charia


board » qui servent de garant du caractère islamique de ces instruments financiers.
Un défi que doit relever la finance islamique de manière permanente est la recherche du
profit maximum tout en respectant la charia sous la contrainte de la compétitivité.7

1.2 LES DIFFICULTES STRUCTURELLES DE LA FINANCE ISLAMIQUE

Parmi les difficultés structurelles de la finance islamique, les contraintes qui


s’appliquent aux banques. En effet les institutions financières islamiques ont à faire face à des
obstacles de différentes natures, essentiellement des problèmes d’image de transparence
d’information et d’autre d’ordre technique et d’exploitation liées aux produits.

a) Les problèmes d’image et de manque de transparence :


L’image plutôt négative des banques islamiques est due à plusieurs facteurs : elles
apparaissent comme des institutions confessionnelles, non transparentes, offrant des produits
« non calibrés ».8

Il est reproché aux banques islamiques de ne pas être suffisamment transparentes. La


publication d’informations claires et pertinentes est cependant davantage nécessaire lorsque
l’on se trouve dans le système de partage des profits et pertes. Les déposants sont des
investisseurs, mais ils n’ont pas le droit d’intervenir dans les décisions de la banque, en
conséquence, ils doivent pouvoir disposer d’informations sur ce qui est fait de leur argent.
C’est également la transparence et la comparabilité des informations qui permettront le
développement des marchés financiers.

Enfin, le manque d’uniformisation des produits, dû à l’absence d’autorité commune


pour tous les pays musulmans du monde, isole chaque pays et, à l’intérieur des pays, chaque
établissement. Il nuit également au développement des marchés financiers islamiques.

b) L’absence de produits de substitution

Étant donné les prohibitions de la finance islamique, notamment du RIBA, du GHARAR,


du MAYSIR, certaines techniques bancaires ne peuvent être utilisées et handicapent les
banques islamiques, particulièrement dans les cas suivants :

 Les retards de paiement, des pénalités de retard basées sur l’intérêt ne peuvent être
prévues ;

7
Yahia ZAHIRI, Dossiers de Recherches en Economie et Gestion, Les défis de la finance
islamique, juin 2013, p 90.
8
Causse-Broquet, Geneviève, La finance islamique Ed. 2, RB édition (2012), p : 163.
 La gestion des liquidités, la banque ne dispose pas de moyen de faire fructifier son
argent au jour le jour, en cas de pénurie, elle ne peut se réapprovisionner auprès de la
banque centrale ;
 La couverture des risques financiers : les produits dérivés (les contrats à terme, les
swaps et les options) ne sont, en principe pas autorisés dans la finance islamique car ce
sont des instruments de couverture mais aussi des instruments de spéculation. Outre
ces difficultés, elles doivent faire face également à des problèmes plus ou moins
spécifiques et/ou contingents, comme le mode de gouvernance (dû à la présence du
comité de la charia) et la pénurie de personnel qualifié.

CONCLUSION

Les premières traces du système financier islamique ont servi à la formalisation


et à la diffusion de ses principes à l’échelle mondiale. Les véritables premières
expériences organisées sont certes tardives mais elles ont rapidement abouti à une
adhésion internationale. Cependant, il existe encore des défis qui freinent le
développement de cette industrie. Toutefois, quelle place procure actuellement la
finance islamique dans le monde ?

II. CARTOGRAPHIE DE LA FINANCE ISLAMIQUE

INTRODUCTION

Après avoir appréhender la question des origines, l’évolution et les défis du


développement de la finance islamique, la deuxième section est dédiée à cartographier
la place de la finance islamique dans les différents continents du monde. En
commençant par l’Afrique, la région MENA puis l’Asie et finalement l’Europe et les
Etats Unis.
1. ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS L’AFRIQUE ET
LA REGION MENA (HORS CCG) :

1.1 LA FINANCE ISLAMIQUE EN AFRIQUE :

a) Atouts offerts par la finance islamique :


Les besoins des économies africaines sont considérables, notamment en matière de
santé, d’énergie, de logement, d’éducation et d’infrastructures. La finance islamique offre au
continent deux atouts intéressants :

1. Elle apporte de nouveaux outils au service du système financier qui peuvent


permettre d’augmenter l’inclusion financière des ménages et des entreprises ;
2. Elle permet d’attirer les investissements en provenance des pays du Proche-Orient
qui détiennent d’immenses liquidités à placer

La finance islamique regroupe l’ensemble des produits financiers conformes à la loi


islamique, la Charia. A l’heure actuelle, à peine 1,5 % 1 des investissements islamiques
mondiaux sont dirigés vers le continent africain. Malgré cette présence encore très faible,
cette finance alternative à la finance conventionnelle représente pourtant un espoir pour de
nombreux investisseurs du continent. En effet, la croissance démographique galopante pose
des défis majeurs au continent. D’après les chiffres de l’Institut National d’Etudes
Démographiques (INED), la population du continent devrait s’établir à 3,6 milliards
d’habitants en 2100. Les besoins en termes d’infrastructures, d’éducation, d’emploi et donc
d’investissements sont donc gigantesques.

Malgré une présence encore dérisoire (seul 1,5 % du marché mondial de la finance
islamique est concentré sur le continent africain), les activités financières islamiques ne
cessent de percer en Afrique. En effet, plus d’une centaine de banques islamiques sont
présentes sur le continent. Leaders sur le marché, les banques islamiques ne sont pas les
acteurs uniques, fonds islamiques et institutions de microfinance s’y ajoutent. Les sociétés
d’assurance, Takaful, sont en revanche encore très peu développées. Comme en témoigne la
carte suivante, l’établissement de banques islamiques est réparti géographiquement sur tout le
continent. Pour répondre à des besoins exponentiels en termes de budget, certains Etats ont
recours à l’émission d’obligations souveraines respectueuses de la loi islamique, les Sukuk.
Côte d’Ivoire, Sénégal et Togo ont ainsi par exemple pu lever 1,2 milliards d’euros grâce à
l’émission de ces obligations « Sharia- compliant » depuis 2014. En octobre 2016, ces 1,2
milliards d’euros de Sukuk (représentant
766 milliards de francs CFA) sont entrés à la Bourse régionale des valeurs mobilières
d’Abidjan (BRVM). Une telle cotation permet aux titres islamiques de devenir plus liquides,
augmentant l’attractivité des prochaines émissions de Sukuk en Afrique. Khartoum et Tunis
sont les autres deux places financières pour les Sukuk sur le continent.

Illustration : Présence de la finance islamique sur le continent africain

Source : BSI Economics, La finance islamique en Afrique : état des lieux et


perspectives, p : 5.

De nombreux pays témoignent un intérêt grandissant pour l’industrie financière


islamique. Certains Etats, comme le Nigeria, ont annoncé leur volonté d’émettre
prochainement des Sukuk pendant que d’autres, comme le Kenya, adaptent leur
règlementation financière et leur fiscalité. La banque centrale marocaine a quant à elle
finalement autorisé les activités financières islamiques début 2017.

b) Avenir et Perspectives
Du côté de la demande, les perspectives pour le marché financier islamique sont
importantes : 1. La bancarisation de la population africaine est encore faible. En effet, en
2014, 35 % des Africains avaient un compte en banque contre 61,5 % dans le monde, d’après
les chiffres de la Banque Mondiale (Global Findex Database 2014). La microfinance
islamique peut notamment répondre aux besoins de financement des populations les plus
exclues
financièrement. Ethiopie et Ouganda ont par exemple fait le pari d’augmenter l’inclusion
financière et sociétale de leurs populations grâce à ces établissements. La finance islamique
permet de toucher un public sensible à la culture et aux croyances religieuses. Certains
individus s’excluent en effet volontairement du système financier pour des raisons religieuses.
D’après l’institut Pew Research Center, le nombre de musulmans sur le continent était
d’environ 406 millions en 2010 et devrait atteindre 638 millions en 2030. Il est toutefois
important de noter que la religion n’est pas l’unique facteur de développement du secteur.
Kenya et Afrique du Sud, deux pays majoritairement chrétiens, veulent faire de Johannesburg
et Nairobi les centres financiers de leur région respective. Le marché financier islamique est
donc un atout de plus pour atteindre leurs ambitions. A terme, la mise en place de produits et
services financiers islamiques peut promouvoir un cadre favorable à la mobilisation de
nouvelles ressources. Les particuliers (ménages et entreprises privées) peuvent espérer placer
leur argent, sur des comptes à rémunération participative (Musharaka et Mudharaba) ou des
dépôts à vue compatible avec la loi islamique. Les entreprises peuvent trouver de nouvelles
sources pour lever des fonds et augmenter leur capital du côté de leur passif, ou encore
investir leurs liquidités pour améliorer la rentabilité de leur actif. Avec l’appui des autorités
prudentielles pour une mise en place optimale de la réglementation des activités islamiques,
un marché de la dette islamique local pourrait émerger, offrant davantage de possibilités en
termes de prêt et de placement. La finance islamique voit aussi son rôle se développer sur le
continent du côté de l’offre de services financiers islamiques. Généralement émis en monnaie
étrangère, les Sukuk émis par les Etats africains peuvent toucher deux types de capitaux. Le
premier type de capitaux provient des investisseurs issus des pays à majorité musulmane du
Proche-Orient et d’Asie désireux d’investir dans des actifs respectueux de la loi islamique. Le
second type de capitaux provient des investisseurs simplement désireux de diversifier leurs
portefeuilles. Les investisseurs et les banques islamiques du Moyen-Orient ont des liquidités
excédentaires à placer et représentent donc la cible la plus intéressante à l’heure actuelle pour
diversifier l’offre de financement en Afrique.

Cas de l’Afrique du Nord :


Selon une étude de l’institut American Gallup sur la finance islamique menée dans les
quatre pays d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie et Egypte), « le pourcentage des
consommateurs de produits bancaires issus de la finance islamique demeure très faible. Ce
taux n’est seulement que de 3% en Algérie et en Égypte, 2% en Tunisie et 1% au Maroc. »
Effectué en 2011, un rapport de la banque africaine de développement sur la finance
islamique dans les pays du Maghreb signalait que le montant des opérations financières
islamiques restait alors dérisoire par rapport aux besoins de ses pays, et au vu du potentiel de
financement des institutions financières islamiques. Cela confirme les résultats des études et
recherches qui s’accordent sur le fait que le développement de la finance islamique en Afrique
du Nord reste très lent malgré ses capacités. Toutefois, les législations en place commencent à
s’y intéresser. En effet, selon une étude publiée par Standard and Poor’s (S&B) le 18 février
2014 : « Après des années de désintérêt pour cette finance alternative, la Tunisie et l’Egypte,
tout comme le Maroc, seraient prêts à l’intégrer dans leur système économique. […] Elle
permettra ainsi de financer des projets d’infrastructures. » 34 Ce constat est confirmé par une
étude réalisée au Maroc, laquelle prévoit que les actifs financiers islamiques devraient peser
entre 5,2 et 8,6 milliards de dollars en 2018.

1.2 LE DEVELOPPEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS LE


RESTE DU MENA (HORS LE CCG)
Le développement de la finance islamique dans la région du MENA (Middle East and
North Africa), hors le CCG9 (Conseil de coopération du Golfe), et du SEA (South-East Asia),
hors la Malaisie, est en croissance continue.

La finance islamique dans la région du MENA (Hors le CCG) a connu un


développement ces dernières années, notamment, suite à l’initiative prise par des investisseurs
privés du CCG. En Iran, le système bancaire est passé en un système islamique (plus de 67%
des banques iraniennes sont purement islamiques) et il y a eu une nationalisation de toutes ses
institutions financières. La banque islamique est toujours un marché de niche en Afrique du
Nord. L’agence de notation Standard&Poor’s estime que des facteurs économiques et un
paysage sociopolitique favorables devront accélérer sa croissance dans la région et ainsi
soutenir le développement de cette industrie à travers le monde. En 2016, les actifs bancaires
islamiques était de 540,5 milliards USD, en représentant ainsi 36,19% du total dans le monde
comme il est constaté dans le tableau ci-après à-propos des actifs financiers islamiques par
secteur et par région en Milliards USD pour l’année 2016. Le Takaful dans cette région n’est
pas aussi développé que dans les pays du CCG, tel que. En Iran la répartition du Takaful en
2012 est comme suit : 27% pour le secteur médical, 3% pour la marine et l’aviation, 18% pour
la propriété et les accidents

9
Conseil de coopération du Golfe (CCG) : une organisation régionale regroupant six pays du
golfe : l'Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar.
et 53% pour l’automobile. L’assurance islamique « Takaful » existe également dans les pays
d’Afrique du Nord. En effet, le Soudan est le premier pays de cette région à avoir adopté les
produits Takaful en 1979 ; en 2011, le poids du Takaful était de 340 millions de dollar et en
2012, le Soudan comptait quiz compagnies Takaful (le premier marché en Afrique). En 2012,
le nombre de compagnies Takaful était en Egypte de huit ; en Algérie, Tunisie et Lybie d’une
seule compagnie.

Tableau : Actifs financiers islamiques par secteur et par région en Mds USD pour
l’année 2016

Source: Islamic Financial Services Industry Stability Report 2017. BSI Economics

2. ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS L’ASIE

Aujourd’hui, seuls l’Iran, le Pakistan et le Soudan imposent aux banques de fonctionner


exclusivement selon les Partout préceptes du Coran. ailleurs, les deux systèmes bancaires
coexistent.

1.1 PAKISTAN :
La Chariaa a été introduite, en 1977, comme loi officielle du pays. Dès lors naissance,
est née une volonté d’adapter toutes les institutions du pays, parmi lesquelles les institutions
bancaires et financières, aux lois islamiques.

Tableau : Les banques islamiques et les institutions financières au Pakistan


Source : The Banker, novembre 2007

Le Pakistan a été parmi les trois pays dans le monde qui ont essayé de mettre en place
un système financier islamique au niveau national. Ce processus a été confié au Conseil de
l'idéologie islamique, en charge de la préparation d’une structure du système économique sans
intérêt. Ainsi, sous l'ordre du président Muhammad Zia Ul-Haq (1977-1988), un conseil,
comprenant des juristes, des banquiers et des économistes, a été invité à penser un plan
mettant en évidence les diverses manières d’éliminer l'intérêt du système financier du
Pakistan. Présenté en février 1980, ce rapport a été un important jalon dans les efforts pour
islamiser le système bancaire au Pakistan.

La Banque centrale du Pakistan a imposé, le 20 juin 1984, une période de transition de


deux ans, pendant laquelle tous les établissements financiers devaient adapter l’ensemble de
leurs activités aux principes économiques islamiques (partage des pertes et profits).

En 2014 il existait 5 banques islamiques qui accumulaient plus de 10% de l’actif


bancaire du pays. La banque centrale de Pakistan a estimé que en 2020 la part des banques
islamiques pourrait atteindre 20%.

Graphique : Part de marché de la finance islamique au Pakistan dans le monde et sur


l’échelle nationale
Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

1.2 MALAISIE :
Le développement de la finance islamique en Malaisie s’est appuyé sur une solide
volonté politique et sur la croissance économique. La loi du 7 avril 1983 « Islamic Banking Act
» autorisait la création des banques islamiques (afin de permettre aux Malais d’épargner en vue de
leur pèlerinage à La Mecque) et permettait, également, à la banque centrale de pouvoir réguler et
superviser ces banques au même titre que les établissements traditionnels. Une période de dix ans
(1983-1993) fut considérée comme une phase d’expérimentation.

La même année a été fondée la première banque islamique, la Bank Islam Malaysia
Berhad (BIMB), avec mission de s’implanter, en dix ans, dans le paysage bancaire malais et
d’y développer son réseau bancaire. Dans la foulée, sont nés la Compagnie d’assurance
islamique et le Fonds de gestion au profit des pèlerins du Hajj (Lembaga Urusan Tabung
Haji). La réussite de ces expériences a entré la Malaisie dans une véritable phase de
développement de la finance islamique nationale.

Au bout de cette période (1993), la banque centrale malaise a créé le « Interest-free


Banking Scheme » (IBS) permettant aux banques traditionnelles d’ouvrir des « fenêtres
islamiques » (« islamic window ») c’est-à-dire de maintenir des agences et des comptes
spécifiquement dédiés à la clientèle exigeant des produits et services conformes à la loi
coranique. Le secteur fut alors progressivement libéralisé et le gouvernement accorda, en
2004, les premières licences à des banques islamiques étrangères (pays du Golfe
essentiellement).

Cette loi a été un véritable accélérateur pour le développement de la finance islamique.


Le pays s’est ainsi doté d’une réglementation, d’une infrastructure financière et d’un cadre de
supervision qui ont favorisé l’innovation en termes de produits et de professionnalisme.
De suiveur, ce pays est devenu un pays moteur du développement du marché de la
finance islamique avec, en 2006, un actif total du secteur de près de 30 milliards €, soit 15 %
de l’actif bancaire national total.

EY-World Islamic Banking Competitiveness Report 2016, p 12

Tableau : Les banques islamiques et les institutions financières au Malaisie

Source : The Banker, novembre 2007

Aujourd’hui, il y a 17 banques islamiques en Malaisie, y compris Agro Bank qui a


converti ses opérations en 2014 et ouvert 11 fenêtres islamiques sous la régie des banques
conventionnelles. Avec une croissance moyenne de 18% par an, les actifs bancaires
islamiques représentaient en 2014 environ 21% du secteur bancaire total du pays.

Graphique : Part de marché de la finance islamique en Malaisie dans le monde et sur


l’échelle nationale
Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

1.3 L’INDONESIE :

L’Indonésie possède une situation paradoxale au regard de sa population de 230


millions d‘habitants, composée à 85 % de musulmans. En outre, la mise en place d’un réseau
bancaire est difficile dans la mesure où l’archipel est composé de 17 000 îles. Dix ans après la
crise asiatique, l’aversion au risque des établissements conventionnels, qui occupent une place
prépondérante dans le système bancaire, limite encore l’accès au crédit dans de nombreux
secteurs d’activité et incite de plus en plus de particuliers et d’entreprises à rechercher de
nouvelles sources de financement.

Dans ce contexte, à fin 2006, trois banques islamiques, 20 succursales bancaires


islamiques et 105 banques rurales islamiques, soit un total de 636 agences, réparties sur le
territoire, proposaient à 2,4 millions de clients, des solutions de financement conformes à la
loi coranique. Ceux-ci représentaient, en 2006, près de 3 % (contre 2,2 % en 2005).

Tableau : Les banques islamiques et les institutions financières en Indonésie

Source : The Banker, novembre 2007

Ce faible degré de pénétration (au regard de son voisin : la Malaisie) s’explique


notamment par la mise en place tardive du cadre réglementaire : le texte fondateur, Banking
Act n° 7 de 1992 amendé par l’Act n° 10 de 1998, a été complété par l’Act n° 23 en 1999, lui-
même amendé par l’Act n° 3 de 2004. En 2014, Avec une croissance moyenne de 2.5% par
an, les actifs bancaires islamiques représentaient en 2014 environ 3.7% du secteur bancaire
total du pays.
Graphique : Part de marché de la finance islamique en Indonésie dans le monde et sur
l’échelle nationale

Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

1.4 AU PAYS DU GOLF :

a) Bahreïn :
Le Bahreïn est considéré comme un pays pionnier pour la finance islamique. Malgré
une superficie très limitée et une population qui ne dépasse pas 1.5 million d’habitants avec
70% de musulmans, le Bahreïn est devenu l’un des plus grands foyers de la finance islamique,
grâce notamment à une forte volonté politique et une solide infrastructure financière. Le
Bahreïn dispose de 24 institutions islamiques. En Octobre 2013, le total d’actif de ces banques
était évalué à 23,1 milliards $, ce qui représentait 29.3% du secteur bancaire de Bahreïn.

L’un des plus grands problèmes du secteur bancaire étant la prolifération des
établissements, plusieurs banques étrangères ont, suite à la guerre civile au Liban en 1975,
choisi le Bahreïn comme refuge.

Ce nombre assez élevé de banques a permis au Bahreïn d’être un pays innovateur et


financièrement attractif. Selon Islamic Finance Development Indicator (IFDI), le Bahreïn
occupe la première place au niveau des pays du Proche-Orient, et la deuxième au niveau
mondial après la Malaisie, ce pays disposant d’un système bancaire relativement sophistiqué.

Graphique : Part de marché de la finance islamique en Bahreïn dans le monde et sur


l’échelle nationale
Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

b) Koweït :
L’histoire de la finance islamique au Koweït a débuté en 1977 avec la création de la
banque Kuwait Finance House (KFH). Et, depuis, l’industrie de cette finance est en pleine
expansion malgré la situation précaire de l'État en raison de la chute des prix du pétrole. Il
existe dans ce pays six banques islamiques : Ahli United Bank (converti en 2010), Boubyan
Bank, Kuwait International Bank (KIB), KFH, Warba Bank et Al Rajhi Bank. KFH reste la
plus grande banque islamique au Koweït, avec des actifs s’élevant à 17.18 milliards KWD
(57,21 milliards US $). L’actif total de ces six banques islamiques représente 45.2% du total
du système bancaire national.

Graphique : Part de marché de la finance islamique au Kuweit dans le monde et sur


l’échelle nationale

Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

c) Qatar :
Le Qatar a fait du marché des banques islamique un secteur d’avenir. Grâce à une
économie robuste et une forte volonté politique, le Qatar a fait des progrès pour
internationaliser la finance islamique.
La banque centrale de ce pays a émis une directive interdisant aux banques
conventionnelles d’ouvrir des fenêtres islamiques. Huit banques ont ainsi dû fermer leur
fenêtre charia compatible. Malgré la fermeture de ces fenêtres, la croissance de la finance
islamique n’a pas été freinée. Le taux de croissance de ce secteur bancaire a été estimé à 26%
entre 2009 et 2013.

Graphique : Part de marché de la finance islamique au Qatar dans le monde et sur


l’échelle nationale

Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

d) Les Emirats arabes unis :


Les Emirats arabes unis se sont constitués en état fédéral en 1971 et Abou Dhabi en
devient la capitale. La population de ce pays était estimée en 2010 à 8 millions d’habitants,
dont 76 % de musulmans.

La banque centrale de ce pays fut créée en 1980 et, depuis 1985, elle autorise les
banques islamiques à exercer leurs activités dans le pays. Elle impose néanmoins à ces
banques d’avoir leur propre comité de Charia afin d’apprécier les risques associés à leurs
produits. Il existe dans ce pays 8 banques islamiques et 6 guichets islamiques issus des
banques conventionnelles. L’actif de ces banques ne cesse d’augmenter avec un taux de
croissance moyen de 13% durant les cinq dernières années. En 2014, l’actif total de ces
banques représentait 15.4% du marché mondial de la finance islamique. Enfin, la part de
marché au niveau national de ces banques est passée de 8% en 2003 à 21.6% en 2014.

Graphique : Part de marché de la finance islamique en UAE dans le monde et sur


l’échelle nationale
Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

La plus grande banque du pays est Dubaï Islamic Bank (DIB). Elle a débuté ses activités
en 1975. Elle est considérée parmi les 3 plus performantes banques islamiques dans le monde.
Grâce à ses résultats et sa bonne réputation, elle a pu et su capter à elle seule 8 % des dépôts
bancaires du pays, avec un nombre de clients avoisinant le million.

En mai 2015, la Banque centrale des Emirats arabes unis a également proposé la
création d'une haute autorité nationale de Charia, afin de compléter et de superviser le conseil
de la Charia des différentes banques islamiques.

Avec un total d’actif bancaire proche des 140 milliards $, les Émirats arabes unis étaient
en 2014 le troisième plus grand marché islamique dans le monde après l'Arabie saoudite et la
Malaisie.

Les Émirats arabes unis ont été classés par la Banque mondiale comme un pays propice
aux affaires, grâce aux avantages qu’ils offrent aux investisseurs, avec notamment la présence
de 38 zones de libre-échange et la possibilité pour les étrangers d’acquérir 100% d’un projet,
le tout étant exonéré d’impôt dans le pays. En 2014, le pays a ainsi gagné trois places dans ce
classement. Il occupait alors la 23eme place à l’échelle mondiale, devant même plusieurs pays
européens.

Les Emirats arabes unis ont été affectés par la crise financière en 2008, mais les
autorités ont essayé d'atténuer l'effet de la crise avec l'augmentation des dépenses et de la
liquidité pour stimuler le secteur bancaire. De son côté, Dubaï a été particulièrement frappé, et
il a fallu l’intervention de la Banque nationale d'Abu Dhabi et Al Hilal Bank pour fournir des
prêts de 20 milliards $ US garantis par le gouvernement fédéral des Emirats arabes unis.
e) L’Arabie Saoudite :
L’Arabie saoudite est le plus grand producteur de pétrole dans le golfe. La population
de ce pays est estimée à 30 millions d’individus avec une majorité écrasante de musulmans.
L’agence monétaire de l’Arabie saoudite (SAMA) gère tous les opérations monétaires et
financières dans ce pays depuis 1952. Elle supervise ainsi les systèmes bancaires classique et
islamique. A partir de 1975 et suite à la création de la banque islamique de développement
(BID), plusieurs banques ont vu le jour, à l’image de National Commercial Bank (NCB) en
1980 et AlRajhi Investment Bank en 1987.

Le but de la création de la BID était de favoriser le développement de l’économie


islamique dans les pays membres à travers la formation du personnel et l’accord des prêts sans
intérêt pour financer des projets sur la base de la participation au capital (Abdul Gafoor,
1995).

L’agence monétaire d’Arabie saoudite (SAMA) ne fait pas de distinction entre les
banques islamiques et conventionnelles. Cette agence doit seulement s’assurer que les deux
systèmes bancaires appliquent ses exigences et ses directives (Hasan, 2010). En 2014, il
existait uniquement 4 banques islamiques. La banque AlRajhi se positionnait comme la plus
grande banque du pays puisqu’elle était la seule à exercer ses activités comme banque
islamique après la dissolution de la National Commercial Bank quelques années après sa
création. A partir de 2004, la SAMA a assoupli ses contraintes de délivrance de licence
bancaire, ce qui a permis la conversion d’Aljazirah Bank en banque islamique et la création
d’autres banques comme Albilad en 2004 ou Alinma Bank en 2008. Parmi ces quatre banques
islamiques, Al Rajhi Bank disposait de la plus grande part du marché avec un actif total de
170 milliards SAR. La deuxième plus grande est la Banque AlJazira avec un actif total de
29,97 milliards SAR en 2009. En troisième position, se trouvait la Banque Albilad avec un
actif total de 17,41 milliards SAR, et venait enfin la Banque Alinma nouvellement créée avec
un actif total de 17,31 millions SAR.

Grâce à une demande croissante de produits islamiques, les banques islamiques en


Arabie saoudite détiennent plus de 50% des parts de marché des banques (Alhuzaimy, 2009).
Selon les prévisions de Ernst & Young, 70% des produits bancaires seront conformes à la
charia en 2019.

Graphique : Part de marché de la finance islamique en Arabie Saoudite dans le monde et


sur l’échelle nationale
Source: World Islamic Banking Competitiveness Report 2016

Tableau : LES DIX PREMIERES BANQUES ISLAMIQUES DU GOLF

Source : The Banker, novembre 2007


3. ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE AUX ÉTATS-UNIS ET
EN EUROPE

1.1 AUX ETATS-UNIS


Les États-Unis sont souvent perçus comme un pays islamophobe. Toutefois, cette
phobie n’y a pas empêché le développement de la finance islamique. Avec une population
musulmane qui s’élève à 3.3 millions de personnes, les États-Unis sont le premier pays
occidental où la finance islamique a vu le jour, devant même l’Angleterre pourtant considérée
comme un pays pionnier en la matière. Le développement de la finance islamique y a débuté
en 1997 avec l’accord historique consenti entre les autorités de régulation « Office of the
comptroller of the currency » et l’United Bank of Kuwait concernant une offre de crédit
hypothécaire. Il est aussi à noter que les autorités américaines se sont montrées très
coopératives à ce sujet, leur aide ayant été cruciale et décisive pour contourner le problème du
transfert de propriété. En effet, la théorie financière aux États-Unis essaie de se montrer très
vigilante sur les questions de spéculation, dans la mesure où l’on n’y autorise que d’une façon
exceptionnelle une banque à être propriétaire du bien qu’elle commercialise. Or, dans les
contrats islamiques, la banque doit être propriétaire du bien. Etait donc nécessaire la
réalisation d’aménagements permettant aux transactions islamiques d’être effectuées. Pour
cela, il a fallu un effort et une volonté bien déterminée de la part des autorités public (FED) et
parapublique (Freddie mac). Mais, pour construire un système de financement alternatif aux
États-Unis, il a fallu aussi constamment essayer de le dissocier de l’islamisme radicale.
Comme ce système devait avoir des liens effectifs avec l’Islam, il fallait parallèlement «
l’innocenter » de l’image négative d’un terreau pour le terrorisme. Pour cela, les autorités
s’efforcèrent, à chaque fois que le débat prenait de l’ampleur, d’insister sur l’inexistence de
liens entre cette religion et les bouffées de violence aveugle.

Mais force est de constater qu’en dépit de nombreux efforts de « marketing », le


message adressé au public américain n’était pas bien saisi, et la confusion jamais totalement
balayée, surtout après les attentats de 11 septembre 2001. Tournant à partir duquel l’image de
la finance islamique s’est totalement dégradée. Ses produits furent de plus en plus
difficilement commercialisables, la finance islamique devenant peu à peu un produit
indésirable et effroyable. Ajoutons le reproche souvent adressé aux autorités américaines en
raison de leur manque de coordination. Une coopération entre la FED, le Congrès et les
différents organismes de crédit et de financement auraient certes pu favoriser la finance
islamique, mais les États-Unis ont préféré jouer une autre carte, à savoir minimiser le risque
lié à l’islam en essayant de couvrir la
finance islamique par l’anonymat. Si l’on a essayé de lui attribuer différents qualificatifs :
solidaire, éthique, alternative, coopérative ou même socialement responsable… nul terme
faisant référence à l’Islam ne fut utilisé. En effet, en 2002, de nombreuses structures de
financement furent approuvées par Freddie Mac représentant 45million $ d’achat de crédit
islamique. Au cours de cette année, le montant total des crédits hypothécaires islamiques
s’éleva à 250 millions$. A ce titre, des institutions comme Freddie Mac ou bien Feddie Mae
avaient une particularité, celle de s’occuper de la population la moins favorisée par le système
bancaire conventionnel. Sachant que la population musulmane aux États-Unis se caractérise
par un niveau social relativement élevé par rapport à celle des autres pays occidentaux, ses
rêves sont souvent les mêmes que ceux des Américains de la même classe sociale. Autrement
dit, son envie d’acquérir une maison, l’obsession de l’accession à la propriété poussent les
individus vers la finance islamique mais oblige cette dernière à se positionner dans ce secteur.
Rappelons que les dernières estimations du marché hypothécaire américain s’élevaient à 2
milliards$ avec essentiellement la contribution du leader incontesté : Guidance Financial

Les événements du 11 septembre n’ont certainement pas avorté la naissance de la


finance islamique aux États-Unis, mais ils ont sûrement limité sa croissance potentielle.
Plusieurs de ses institutions se sont retirées du marché et ont préféré cesser leurs activités sur
le sol américain pour migrer vers d’autres territoires dans l’espoir d’un accueil plus
chaleureux. En revanche, les premières tentatives d’émission de Sukuks sur le sol américain
datent du 22 septembre 2004. Sous forme d’asset-based, les Sukuks de l’entreprise Lochman
s’élevèrent alors à un montant de 110 millions$. La deuxième tentative qui suivit cette
émission fut lancée par l’entreprise East Cameron Partners le 19 juin 2006 à hauteur de
165.67 millions$. Les premiers à être notés par Standard & Poor’s, ces Sukuks furent, en dépit
de la complexité de leur composition, qualifiés d’actions non risquées.

La date du 11 septembre 2001, qui a laissé une empreinte indélébile sur l’ensemble du
monde musulman, a marqué également un tournant important dans le développement de la
finance islamique. La croissance de celle-ci s’est fortement accélérée au cours des de
dernières années sous l’impulsion de deux phénomènes :

 Le rapatriement de certains capitaux des investisseurs musulmans après le


11 septembre 2001 ;
 Le gonflement de l’épargne des pays du Proche-Orient.
1.2 EN EUROPE
Au cours de ces dernières années, le développement de la finance islamique a été
différent d'un pays à un autre. Et, si le mouvement en France se caractérise par une grande
timidité, l'intégration de la finance islamique en Angleterre ou au États unis été plus
audacieuse.

a) En France
Dans les pays d'Europe Continentale où la communauté musulmane représente une
partie non-négligeable de la population, comme l'Allemagne, la France ou la Belgique, les
banques islamiques sont jusqu'à présent non-existantes. Le principal argument avancé pour
justifier cette carence est la présence de législations qui s'opposent à l'établissement de telles
institutions. Il existe en Europe un véritable attrait pour la finance islamique, essentiellement
en France, et au Royaume-Uni.

C’est la crise des subprimes comme la crise de la dette souveraine en Europe qui aurait
pu nous être épargnées, et c’est la volatilité exacerbée des marchés financiers, des matières
premières et des denrées alimentaires qui auraient été nettement amoindrie si les pays
d’Occident s’étaient quelque peu inspirés de l’esprit de la finance islamique.

En France, le développement des banques et des techniques financières conforme aux


préceptes de l’islam est aujourd’hui l’ordre du jour.

Multiples sont les indices qui témoignent de l’intérêt de la France pour accueillir ce type
de finance, mais ils sont tout aussi nombreux les indices qui expliquent le choix de la finance
islamique pour ce pays souvent considéré comme très accueillant, et pour ce qui nous
concerne, si l’intérêt n’était pas mutuel et partagé entre les deux parties, le sujet n’aurait pas
pris autant d’ampleur.

Côté réglementaire, le droit français contient déjà de nombreuses dispositions


permettant d'accommoder la finance islamique : prohibition de l'usure, encadrement du jeu,
respect des bonnes mœurs. En 2010, la ministre de l'Économie Christine Lagarde avait tenté
de modifier le Code civil afin de permettre à un détenteur de Sukuk, de se prévaloir d'un droit
de propriété des actifs-supports. Mais la modification législative avait été refusée. Depuis, les
intentions pour adapter le droit français afin de le rendre compatible avec les préceptes de la
finance islamique sont restées lettre morte.

Selon Gilles de Saint-Marc, le contexte juridique est très largement compatible avec les
problématiques de la finance islamique. Les grands préceptes de la Chariaa se retrouvent aussi
dans Code Civil français : le jeu est interdit depuis 1804 et l’usure est aussi prohibée. Certes,
il existe des frottements juridiques et fiscaux mais pas plus qu’à Londres.

Depuis le deuxième forum de la finance islamique organisé par la Chambre de


Commerce franco-arabe et le groupe Secure Finance, en partenariat avec l’association Paris
Europlace, des mesures ont été prises, par exemple :

L’autorisation de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) de commercialiser des


OPCVM10 compatibles avec la Chariaa ;

La suppression de la double taxation des droits d’enregistrements lors des opérations de


type mourabaha ;

La déductibilité fiscale de la rémunération versée dans les opérations participatives, par


exemple les Sukuk

Actuellement, il n’existe aucune banque islamique en France. La banque Sofider est un


établissement dont l’activité bancaire est tout à fait traditionnelle. Pourtant, elle a fait le choix
de proposer en France un financement immobilier (nommé « Mourabaha ») qui est conforme
aux principes de la finance islamique. Ce financement immobilier est un exemple concret de
« fenêtre islamique »

Même s’il n’existe pas de banque islamique, tous les services conformes à l’éthique
islamique qui sont disponibles en France en 2020 :

 Compte bancaire
 Compte épargne
 Épargne & Placement (Assurance vie, Actions, Sukuk, Equity, Métaux précieux
Or ou Argent, crypto monnaies)
 Financement immobilier
 Financement professionnel
 Assurance rapatriement
 Transmission du patrimoine (application du droit musulman de l’héritage en
France)

10
OPCVM : Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières, sont des produits
d’épargne investis dans différents types de produits financiers (actions, obligations, titres de créance,
…) et qui ont également recours à des techniques de marchés (options, contrats, …).
Il est, donc, remarquable que la plupart des services d’une banque islamique sont déjà
en place en France. Bien sûr, de nombreuses solutions sont encore à développer notamment
sur les financements à titre personnel (auto, voyage…) ou les assurances (habitation, santé…).

b) Au Royaume-Uni

La Grande Bretagne est le pays européen où la finance islamique est la plus développée.
Elle a été l'un des premiers pays européens à adopter la finance islamique dans les années
1980.

La finance islamique au Royaume-Uni75 est classée neuvième au monde et est


considérée comme leader dans les pays occidentaux avec son classement au premier rang en
Europe. Une des principales clés de réussite de la finance islamique au RU est le soutien
gouvernemental au profit de cette finance. Londres cherche à consolider sa position en tant
que passerelle de la finance islamique en Europe et les fournisseurs de cette finance sont
susceptibles de se concentrer sur les services qui complètent ceux offerts ailleurs. En 2012, la
finance islamique au RU a été caractérisée par :

 22 banques, dont cinq sont totalement conformes à la Chariaa ;


 37 Sukuk émis d’une valeur de 20 milliards de dollar côtés à la bourse de Londres,
dont 10 en 2011. Sept fonds de commerce et deux produits commerciaux ont
également été côtés sur le « London Stock Exchange » ;
 Près de 25 cabinets d’avocats fournissent des services au profit de la finance islamique
; Il existe une différence entre l’implantation de la finance islamique aux États-Unis et
au Royaume-Uni. Dans le premier pays, la demande fut a posteriori alors qu’en
Angleterre la démarche était a priori. En effet, les États-Unis n’ont fait que répondre à
une demande d’autorisation d’exercer une activité financière islamique. Alors qu’en
Angleterre les autorités ont essayé de préparer le terrain et les conditions favorables
pour que les banques islamiques puissent exercer leurs activités.

L’objectif affiché par les autorités britanniques est de faire de Londres « le portail
occidental et le centre mondial de la finance islamique » La procédure d’implantation des
banques islamiques d’opère de deux manières : soit par la création de banques islamiques, soit
par l’ouverture de fenêtres islamiques dans les banques conventionnelles. Pour le premier
mode, on trouve IBB (Islamic Bank of Britain), banque de détail crée en 2004, L’EIIB
(European Islamic Investissement Bank), banque d’investissement crée en 2006 et la BLME
(Bank of London and Middle East) banque d’investissement crée en 2007. La FSA (Financial
Services
Authority) organe britannique de régulation, a autorisé l’ouverture de ces banques à la
condition qu’elles soient soumises à la même réglementation que les autres banques
britanniques. Et aussi environ 17 banques classiques qui ont ouvert des fenêtres pour des
services financiers islamiques, tel est le cas de la banque « HSBC Aamanh » dont l’actif est de
16,7 milliards de dollar, ou la « Gatehouse Bank »,

L’agrément en août 2004 de la Financial Services Authority, autorité de tutelle du


secteur financier, permettant à la Islamic Bank of Britain de fournir des services compatibles
avec la Chariaa, a formé l’acte de naissance de la banque de détail islamique Outre-Manche.

Les résultats de l’IBB illustrent l’intérêt suscité par ce marché : cette banque est passée
de 5 962 clients en janvier 2005 à 23 459 en juin 2006 (+74.6%) pour 70.1 millions de livres
sterling de dépôts.

Hormis le cas de la Grande-Bretagne, le mouvement d'intégration des banques


islamiques en Europe est assez paradoxal. En effet, c'est dans les pays où la population
musulmane est presque insignifiante qu'on retrouve les principales institutions implantées en
Europe. Le mouvement d'intégration des banques islamiques en Europe Continentale ne
connaît pas encore un réel succès, et celles qui ont été établies jusqu'à présent le sont
essentiellement pour les avantages fiscaux et légaux qu'offre leur pays d'accueil.

C'est en 1978 qu'apparaîtra la première institution islamique en Europe, plus exactement


au Luxembourg. « L’Islamic Banking System », qui sera rebaptisé plus tard la « Islamic
Finance House Universal Holdings », sera essentiellement consacrée à l'acquisition par achat,
échange, souscription, ... de parts dans des sociétés tant en Europe que dans le reste du
monde. Cette banque s'est également largement impliquée dans le financement de projets
communautaires (petits supermarchés, boucheries, ...), principalement en Allemagne.

IBS Luxembourg tentera d'élargir sa présence jusqu'au Danemark, où il installera une


filiale en 1982. Il sera ensuite racheté par la Dar al-Maal al Islami (DMI), avant de fermer
définitivement ses portes en 1997.

Beaucoup plus tard, en 1990, va s'établir la Faisal Finance à Genève en Suisse, filiale de
la Dar al-Maal al Islamic (DMl). Cette institution remplira principalement le rôle d'une
banque d'affaires avec toutes ses implications. Une autre filiale de la DMI ouvrira également
ses portes
au Luxembourg, mais cette fois en tant que holding de type Soparfi (société de participations
financières), et non pas sous le statut d'une banque.

C’est au Royaume Uni, qu’est lancé le premier projet de création de sukuk dans un pays
occidental, en 2006. Il fût également le premier pays à créer un marché secondaire des sukuk.
En 2009, London Stock Exchange (LES) a eu son premier sukuk américain (de General
Motors) et son premier sukuk d’une banque européenne (The Kuveyt Turk). Un total de 19
Sukuk émis à LSE pour un montant de 11 milliards de dollar. La première entreprise au RU à
émettre des sukuk était « International Innovative Technologies » (IIT), en 2010. A la même
année, cinq émissions de Sukuk ont été enregistrés sur le LSE pour un montant de 1,7
milliards de dollar. En 2011, 10 émissions de sukuk étaient inscrites sur le LSE, pour un
montant de 5,1 milliards de dollar. En 2012, le nombre est passé à 37 sukuk d’une valeur de
80 milliards de dollar. Six autres sukuk préalablement admis à une négociation sont arrivés à
maturités et ont été répertoriés. Un total de 43 sukuk a été répertorié sur le LSE avec une
valeur totale de 24 milliards de dollar.

Figure : EVOLUTION DES SUKUKS AU ROYAUME-UNI (2009-2012)

Source: Adapté de Datehouse Bank; « Financial Markets series: Islamic


Finance”; United Kingdom; March 2012, p 2-7.
CONCLUSION

Cette deuxième partie a démontré que la finance islamique s’est implantée et


développée dans le monde entier, elle s’est considérablement étendue et enrichie. Ses
règles ont été adoptées par les institutions financières de la plupart des pays
musulmans. Les banques occidentales implantées dans ces régions et même dans les
pays non musulmans proposent également des produits financiers conformes aux
principes de l’islam.

La finance islamique est Alors au cours du développement et d’expansion. Le


financement islamique devient, donc, « une force à laquelle il faut compter ».

CONCLUSION GENERALE

La finance islamique a incontestablement connu, en termes de la valeur de ses actifs une


expansion remarquable ces 40 dernières années. Elle a aussi fourni, sans aucun doute, dans
beaucoup de cas, un réconfort à des musulmans qui y ont vu un moyen d’augmenter leur
richesse, ce qui est encouragé par l’Islam sans déroger aux règles de la loi islamique elle-
même.

La finance islamique est, avant tout, une finance éthique, qui privilégie un système de
valeurs bâti sur la nécessité d’éviter ce qui est interdit, sur un équilibre entre l’intérêt
personnel et l’intérêt public, mais aussi sur les valeurs de l’équité, la transparence, la
sincérité… Ces valeurs sont d’une importance capitale et doivent se refléter obligatoirement
dans les actes et les transactions. Malgré son encours estimé à plus de 2 500 milliards de
dollars, la finance islamique ne représente qu’un peu plus de 1 % de la finance classique.
Autrement dit, son activité reste relativement marginale.

La croissance de son activité est freinée par une multitude d’obstacles tel qu’entamer
dans le travail, à savoir l’insécurité juridique, les problèmes d’image et l’étendu et les
caractéristiques des produits offerts. Afin de dépasser ces défis ; plein de reformes et de
stratégies doivent être mises en place.
BIBLIOGRAPHIE / WEBOGRAPHIE
- ALI BENGHAZI AKHLAKI, FINANCE ISLAMIQUE, 1ERE EDITION, 2015.
- DJIBRIL NDOYE, FINANCE ISLAMIQUE EN EUROPE.
- CAUSSE-BROQUET, GENEVIEVE, LA FINANCE ISLAMIQUE ED. 2, RB EDITION, 2012.
- FAKHRI KORBI. LA FINANCE ISLAMIQUE : UNE NOUVELLE ÉTHIQUE ? : COMPARAISON
AVEC LA FINANCE CONVENTIONNELLE. ECONOMIES ET FINANCES. UNIVERSITÉ SORBONNE
PARIS CITÉ, 2016.
- FRANÇOIS GUERANGER, LA FINANCE ISLAMIQUE : UNE ILLUSTRATION DE LA
FINANCE ETHIQUE, EDITION : DUNOD, 2009.
- LILA GUERMAS-SAYEGH « LA RELIGION DANS LES AFFAIRES : LA
FINANCE ISLAMIQUE », MAI 2011, FONDAPOL POUR L’INNOVATION POLITIQUE.
- OLIVIER PASTRE ; KRASSIMIRA GECHEVA, LA FINANCE ISLAMIQUE A LA CROISEE
DES CHEMINS.

- YAHIA ZAHIRI, DOSSIERS DE RECHERCHES EN ECONOMIE ET GESTION, LES DEFIS DE


LA FINANCE ISLAMIQUE, JUIN 2013.

- HTTPS://FIRSTUNION.FR/BANQUE-ISLAMIQUE-EN-FRANCE/

- HTTPS://TEL.ARCHIVES-OUVERTES.FR/TEL-01871008/DOCUMENT

- HTTPS://CDVM.GOV.MA (LA FINANCE ISLAMIQUE OCTOBRE 2011)

- HTTPS://WWW.CAIRN.INFO/REVUE-FRANCAISE-D-ECONOMIE-2010-4-PAGE-11.HTM

- HTTPS://BSI-ECONOMICS.ORG (LA FINANCE ISLAMIQUE EN AFRIQUE)


TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION GENERALE....................................................................................2

I. HISTOIRE ET DÉVELOPPEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE..........3

1. ORIGINES ET PREMIERES TRACES DE LA FINANCE ISLAMIQUE. 3

2. ÉVOLUTION ET MONDIALISATION DE LA FINANCE ISLAMIQUE. 5

3. LES DÉFIS DU DÉVELOPPEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE......6

1.1 LES DEFIS D’ORDRES JURIDIQUE.......................................................6

1.2 LES DIFFICULTES STRUCTURELLES DE LA FINANCE


ISLAMIQUE 9

II. CARTOGRAPHIE DE LA FINANCE ISLAMIQUE.......................................10

1. ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS L’AFRIQUE


ET LA REGION MENA (HORS CCG).........................................................................11

1.1 LA FINANCE ISLAMIQUE EN AFRIQUE............................................11

1.2 LE DEVELOPPEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS LE


RESTE DU MENA (HORS LE CCG)...........................................................................14

2. ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE DANS L’ASIE........15

1.1 PAKISTAN 15

1.2 MALAISIE 17

1.3 L’INDONESIE19

1.4 AU PAYS DU GOLF................................................................................20

3. ETAT DES LIEUX DE LA FINANCE ISLAMIQUE AUX ÉTATS-UNIS


ET EN EUROPE.............................................................................................................26

1.1 AUX ETATS-UNIS..................................................................................26

1.2 EN EUROPE 28

CONCLUSION GENERALE.......................................................................................33

BIBLIOGRAPHIE / WEBOGRAPHIE.......................................................................34