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REVUE TECHNIQUE DES ENTREPRISES DE TRAVAUX PUBLICS

OUVRAGES D’ART. VIADUC DE MARTIGUES. PONT DE SAINT-


NAZAIRE. VIADUCS DE LA ZORN ET DE WILWISHEIM. PONT CANOT.
A406 - VIADUC DE LA SAONE. VIADUC DU HASPELBAECHEL.
VIADUC DU LANDBACH. PASSERELLE DU GRAND LARGE.
PASSERELLE SUR L’ISLE. PONT A HAUBANS DE RUSSKI.
VIADUC DE MILLAU : DIX ANNEES DE MONITORING STRUCTUREL.
PONT DE VIDIN-CALAFAT. PONT JACQUES CHABAN-DELMAS
N°896 AVRIL/MAI 2013

OUVRAGES D’ART
AVRIL / MAI 2013
896
REVUE TECHNIQUE DES ENTREPRISES DE TRAVAUX PUBLICS

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EDITORIAL
REVUE TECHNIQUE DES ENTREPRISES
DE TRAVAUX PUBLICS
N° 896 AVRIL / MAI 2013

Directeur de la publication
Patrick Bernasconi
RELEVER LES DÉFIS TECHNIQUES
Directeur délégué
Rédacteur en chef
DU XXIe SIÈCLE
Michel Morgenthaler
3, rue de Berri - 75008 Paris
Tél. : +33 (0)1 44 13 31 03
Email : morgenthalerm@fntp.fr Or, dans le contexte actuel de forte concurrence
Comité de rédaction et de diminution des grands travaux en France,
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Datry (Setec), Michel Duviard (Egis), Et comment, si ce n’est grâce à nos capacités
Laurent Guilbaud (Saipem), Ziad
Hajar (Eiffage TP), Florent Imberty d’innover dans tous les domaines, à notre valeur
(Razel-Bec), Louis Marracci ajoutée en termes de qualité, d’environnement...
(Bouygues TP), Stéphane Monleau saurons-nous faire face à une concurrence accrue
(Soletanche Bachy), Jacques
Robert (Arcadis), Claude Servant venue de nations qui restent – mais pour combien
(Eiffage TP), Philippe Vion (Systra), de temps – moins performantes dans ces domaines.
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La revue Travaux s’attache, pour l’information ambitieux. le développement durable.
de ses lecteurs, à permettre l’expression de
toutes les opinions scientifiques et techniques. Certes la recherche et l’innovation sont toujours Seule la conjonction de ces facteurs permettra
Mais les articles sont publiés sous la au cœur de la compétitivité des grandes entreprises à notre pays de conserver son rang en matière
responsabilité de leurs auteurs. L’éditeur se
réserve le droit de refuser toute insertion, jugée nationales. Mais si elles venaient à disparaître, de travaux publics.
contraire aux intérêts de la publication.
elles ne seraient plus un facteur de développement
Tous droits de reproduction, adaptation, totale
ou partielle, France et étranger, sous quelque de notre réseau scientifique et technique. L’image
forme que ce soit, sont expressément réservés de la France s’en trouverait, selon toute vraisem-
(copyright by Travaux). Ouvrage protégé ;
photocopie interdite, même partielle blance, durablement ternie, dans un monde en
(loi du 11 mars 1957), qui constituerait
contrefaçon (code pénal, article 425). pleine mutation où un certain nombre d’ouvrages
Editions Science et Industrie SAS remarquables sont déjà conçus et réalisés par
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Commission paritaire n°0116 T 80259 CLAUDE SERVANT
ISSN 0041-1906 et au Moyen-Orient. EIFFAGE TRAVAUX PUBLICS

LISTE DES ANNONCEURS : STRRES, P.15 - CNETP, P.17 - SMA BTP, 4e DE COUVERTURE

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 1


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER

VIADUC DU LANDBACH © AIRDIASOL.ROTHAN


CONCEVOIR
CONSTRUIRE

2 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


04 ALBUM

18
08 ACTUALITÉ
ENTRETIEN AVEC
PATRICE SCHMITT
SNCF IGOA, BIEN AU-DELÀ
DU RÉSEAU FERROVIAIRE

22 ERSEM : AU CŒUR DU MÉTIER


DE CONSTRUCTEUR D’OUVRAGES

30
LE VIADUC DE MARTIGUES
Renforcement

37
LE PONT DE SAINT-NAZAIRE
Pathologie et renforcement

44
LGV EST EUROPÉEN.
LES VIADUCS DE LA ZORN
ET DE WILWISHEIM

50
LE PONT CANOT
À BESANÇON
Renforcement et gros entretien
pour le passage de la 1re ligne

59
du tramway
A406 -
LE VIADUC DE LA SAÔNE
Contournement Sud de Mâcon

66
LE VIADUC DU
HASPELBAECHEL

74
CONCEPTION-RÉALISATION
DU VIADUC DU LANDBACH
2e phase de la LGV
Est-Européenne

82
LA PASSERELLE
DU GRAND LARGE
à Dunkerque

92
LA PASSERELLE SUR L’ISLE
à Boulazac

98
LE PONT À HAUBANS
DE RUSSKI
à Vladivostok

108
LE VIADUC DE MILLAU
Dix années de monitoring
structurel

118
LE PONT DE VIDIN-CALAFAT
Une Ingénierie française
aux confins des Balkans

126
LE PONT
JACQUES CHABAN-DELMAS
Aux portes de Bordeaux,
un pont se lève

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 3


4 Travaux n° 896 avril / mai 2013
L’ALBUM
INGÉNIERIE
FRANÇAISE
SUR LE
DANUBE

RÉALISÉ en Conception-
Construction le pont transfron-
talier sur le Danube relie les
villes de Vidin en Bulgarie et
de Calafat en Roumanie. Cet
ouvrage en béton précontraint,
long de 1791 m, porte sur un
même niveau une autoroute
2 x 2 voies et une voie ferrée.
La passe navigable est franchie
par trois travées extradossées
de 180 m. Ce pont remarquable
par sa technique l’est aussi
par son contexte particulière-
ment compliqué : deux pays
possédant leurs réglementations
propres, intervenants cosmopo-
lites. La maîtrise d’œuvre de ce
projet complexe a été assurée
par une équipe franco-anglaise :
INGEROP (mandataire) et High-
Point Rendel. La photo montre le
Danube pris en glace par -32°C.
(voir article page 118)
© PHOTOTHÈQUE INGEROP

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 5


6 Travaux n° 896 avril / mai 2013
L’ALBUM
PONT
JACQUES
CHABAN-
DELMAS
À BORDEAUX

LE PONT Jacques Chaban-


Delmas sur la Gironde a été
inauguré le 17 mars 2013.
Il relie, à l’aval de Bordeaux,
le quartier de Bacalan à celui
de Bastide et supporte 4 voies
pour les automobiles, 2 voies
pour les bus et 2 passerelles
pour piétons et cyclistes.
D’une longueur totale de 433 m,
l’ouvrage comporte une travée
levante de 117 m qui s’élève
à 53 m au dessus des eaux
de la Garonne, portée par
quatre pylônes culminant à
75 m. On prévoit entre 60
et 90 manœuvres par jour.
Dans le cadre d’un contrat de
Conception-Construction, la
réalisation a été pilotée par
GTM Sud-Ouest TP GC, filiale
de VINCI Construction France.
(voir article page 126)
© RICHARD NOURRY

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 7


A C T U A L I T É

LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : UN PROJET DE SOCIÉTÉ EN DÉBAT


La consommation d’énergie participe au réchauffement clima- Néanmoins, « le grand public pense et stabilité des décisions politiques.
tique. L’abaisser exige la participation de tous, d’où le débat qu’elle fera augmenter la facture « Attention, quand nous parlons d’éner-
en cours sur la transition énergétique. Au programme : effica- d’énergie, constate Laurence Tubiana. gies renouvelables, de ne pas nous
cité énergétique mais aussi développement des énergies Il admet qu’il vaudrait mieux dépenser focaliser sur l’électricité, pointe Virginie
renouvelables, bénéfiques à l’économie. en France les milliards d’euros d’achat Schwarz. N’oublions pas la chaleur
de pétrole. » Le grand public va-t-il renouvelable. Il vaut mieux utiliser
accepter un changement de société ? le bois en chauffage qu’en production
« La transition énergétique, c’est aussi d’électricité. Nous aurions aussi à
donner aux Français une image d’une gagner à mieux prévoir la production
moindre consommation et des énergies d’énergies renouvelables, son stockage
renouvelables qui soit celle d’un monde et le pilotage de la demande. »
où nous vivrons bien, explique Virginie La question du financement de la tran-
Schwarz, directrice générale déléguée sition énergétique - aides aux énergies
de l’Agence de l’environnement et de renouvelables, aux travaux dans l’habi-
la maîtrise de l’énergie (Ademe). tat, etc. - « doit être mise en premier »
La demande d’énergie devra s’adapter selon Mathieu Orphelin (FNH) qui a
à la production et non l’inverse comme proposé « des taux d’intérêt divisés
© EDF-MARC DIDIER

aujourd’hui. » par deux pour les investissements


à Utiliser la chaleur renouvelable en énergies renouvelables. »
L’Ademe propose deux scénarios pour à Marché du carbone en berne
identifier le travail à faire : une réduction La recherche de fonds est d’autant plus
La France excelle en énergie hydraulique. Ici, centrale EDF à Mauzac sur
la Dordogne. de 20 % de la consommation d’ici à cruciale que « le marché du carbone
2030 et de 48 % d’ici à 2050. est un socle qui ne fonctionne pas et
Elle prévoit la rénovation de 500 000 les industriels attendent que le lapin

L a transition énergétique, c’est d’abord


un débat de janvier à juillet 2013,
puis la présentation d’un projet de loi
dans le projet. Il révèle aussi que les
énergies renouvelables ont acquis
une place : « Le marché a pris une
bâtiments résidentiels par an (150 000
actuellement) et, dans les transports,
le développement des services de mobi-
sorte du chapeau, a jugé Luc Poyer,
président du directoire d’Eon France.
La France et l’Allemagne comptaient sur
au Parlement en octobre. dimension mondiale, » a affirmé Jean- lité. Ces solutions, génératrices d’em- la vente de quotas de CO2 pour investir
Le Président de la République a exprimé Louis Bal, président du Ser, en ouver- plois locaux, nécessitent formations dans les énergies renouvelables. » n
sa volonté « d’engager la France dans ture de l’événement. « Les énergies
la transition énergétique, fondée sur nouvelles sont nécessaires pour com-
la sobriété et l’efficacité ainsi que sur pléter les énergies traditionnelles dont
le développement des énergies renou- la capacité de production va atteindre UN OBSERVATOIRE FRANCO-ALLEMAND
velables », ce qui passe par un « projet un plateau et à côté de l’efficacité éner-
de société que le débat fera émerger. » gétique, » a indiqué Philippe Boisseau, L’Office franco-allemand pour les énergies renouvelables a été créé fin
La France est déjà tenue de réduire directeur général marketing et services janvier dans le cadre de la transition énergétique et à l’occasion du 50e
de 20 % ses émissions de gaz à effet de Total. anniversaire du Traité de l’Élysée. « Si cette coopération marche entre la
de serre (GES), de réaliser 20 % d’éco- « La question énergétique est une France et l’Allemagne, elle marchera dans le monde entier, » a estimé
nomies d’énergie et d’utiliser les éner- question majeure en Europe, a souligné Peter Altmaier, ministre fédéral allemand de l’environnement, présent aux
gies renouvelables pour 20 % de Laurence Tubiana, facilitatrice du débat côtés de Delphine Batho, ministre de l’Écologie, au colloque du Syndicat
sa consommation, d’ici à 2020. et membre du comité de pilotage, des énergies renouvelables (cf. ci-contre). « La France et l’Allemagne doi-
De plus, le Président veut abaisser présidente de l’Institut du développe- vent toutes les deux lutter contre le réchauffement climatique et décar-
la part d’électricité d’origine nucléaire ment durable et des relations interna- boner, a-t-il ajouté. L’Europe sera le lieu de la transition énergétique avec
de 75 % à 50 %, d’ici à 2025. tionales. Aujourd’hui, nous avons une des innovations utiles partout dans le monde. »
Le débat devra construire une transition vision de l’énergie dans l’économie. » Cette « coopération bilatérale approfondie » n’a rien d’évident. L’Alle-
jusqu’à 2050. Il y sera question d’éco- À titre d’exemple, l’énergie hydraulique magne se dirige vers la sortie du nucléaire, de 25 % à 0 %, décidée en
nomies d’énergie, d’efficacité, de diver- est un domaine où la France excelle 2011. « Les énergies renouvelables sont plus développées car nous avons
sité des sources (mix énergétique), avec de grands projets à l’export, plus d’émissions de CO2 , mais nous devons aussi résoudre leur intégra-
de développement économique et a rappelé Henri Proglio, PDG d’EDF. tion dans le réseau, » a indiqué M. Altmaier.
de coûts. Le Conseil national du débat à Adapter la demande
tiendra compte des rencontres régio- à la production
nales dans ses recommandations Là où les grandes conférences ont UN PROJET DE LOI EN OCTOBRE
pour la loi. Un Comité citoyen veille échoué à lutter contre le réchauffement
au caractère démocratique du débat. climatique - nous sommes actuellement Le débat sur la transition énergétique doit déboucher sur un projet de
à Un marché mondial dans le pire des scénarios envisagés - loi en octobre. Il s’est accompagné de journées portes ouvertes sur des
Le Syndicat des énergies renouvelables la difficulté des ménages à payer leur installations énergétiques en entreprises et en collectivités (29 -31 mars)
(Ser) a fait labelliser son 14 e colloque facture d’énergie va peut-être y réussir : et était au centre de la semaine du développement durable (1er-7 avril).
annuel « débat national transition éner- « Le volet social, la précarité énergé- Le 25 mai, a lieu la journée citoyenne dans 26 régions. Une centaine de
gétique ». Organisé sur ce thème à tique, va nous sauver, estime Mathieu citoyens par région débattent des enjeux de cette transition.
Paris, le 7 février, il a témoigné de Orphelin, porte-parole de la Fondation
la difficulté de parler de réduction de Nicolas Hulot (FNH). La transition En savoir plus sur www.transition-energetique.gouv.fr.
consommation, pourtant primordiale énergétique va créer des emplois. »

8 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


A C T U A L I T É

ÉNERGIE : MESURES EN FAVEUR DE LA BAISSE DEUX PERMIS GÉO-


THERMIE HAUTE
DES CONSOMMATIONS TEMPÉRATURE
La ministre de l’Écologie a
faut-il disposer d’un logement qui ne signé le 28 février deux permis
soit pas une passoire. Le Président de exclusifs de recherches de géo-
la République a présenté des mesures thermie haute température,
visant à accélérer la rénovation dans c’est-à-dire au-dessus de
l’habitat, le 21 mars, et venant complé- 150°C.
ter la loi Duflot (4). Une aide de 1 350 Le premier a été délivré à Elec-
euros sera accordée aux particuliers terre de France pour le site
pour des opérations labellisées, ce Chaudes Aigues-Coren dans
qui représenterait une enveloppe de le Cantal et la Lozère.
500 millions d’euros puisée dans les Le second dit de Pau-Tarbes,
investissements d’avenir. Le Président en Pyrénées-Atlantiques et
accorde un emprunt à 1 % aux bailleurs Hautes-Pyrénées, va à Fonro-
sociaux afin de rénover 120 000 loge- che Géothermie.
ments par an. L’eau souterraine à cette tempé-
Pour accélérer les délais en construc- rature peut servir à produire
© FRANCE AIR

tion neuve, donc en abaisser le coût, de l’électricité ou de la chaleur,


François Hollande accorde une TVA à ou les deux en même temps.
5 % aux projets de HLM livrés en 2014.
À Saint-Amand-les-Eaux (Nord), 190 logements devraient consommer trois La densification de l’habitat sera auto- GESTION ACTIVE
fois moins d’énergie grâce, notamment, à l’isolation et aux pompes à chaleur
à absorption gaz. risée dans les zones tendues avec D’ÉNERGIE EN
la suppression de l’obligation d’un par- VENDÉE
king quand des transports en commun Deux projets contribuant

L a proposition de loi du député Fran-


çois Brottes a été définitivement
adoptée le 11 mars (1). Elle fait l’objet
existent pour maîtriser l’implantation
d’éoliennes en respectant le voisinage,
le paysage ou les sites naturels dont
desservent la zone.
Des bureaux pourront être transformés
en logements dans des délais plus
à la diversification des sour-
ces d’énergie et aux écono-
mies d’énergie vont recevoir
d’un recours devant le Conseil consti- la procédure des installations classées courts. 90 millions d’euros des inves-
tutionnel qui retarde sa promulgation pour la protection de l’environnement. à Aucune nouvelle norme tissements d’avenir, a annoncé
de quelques semaines. « Il faut deux fois plus de temps pour Enfin, aucune nouvelle norme ne devrait le Premier ministre, le 18 mars.
Considérée par son auteur comme le sortir un projet éolien en France être créée dans les deux ans et les nor- Le premier, en Vendée, vise à
« socle de la fusée transition énergé- qu’ailleurs, » a indiqué Marion Lettry, mes existantes seront révisées. mieux intégrer la production
tique » (2), elle contient différentes mesu- déléguée générale adjointe du Syndicat Les mesures annoncées par le Prési- d’électricité d’origine renou-
res sur l’énergie. Elle met fin aux zones des énergies renouvelables, chargée dent seront adoptées sans attendre ou velable dans le réseau par
de développement de l’éolien (Z DE). de l’éolien (3). par ordonnances et décrets cet été. n le développement à l’échelle
Censées éviter l’installation dispersée Par ailleurs, la loi Brottes instaure les du département d’une gestion
de hauts mâts sur tout le territoire en bonus-malus sur les consommations (1)
Loi visant à préparer la transition vers un système active, automatisée et optimisée
la restreignant à des secteurs prédé- d’énergie et d’eau. Ainsi, les ménages énergétique sobre et portant diverses dispositions de ce réseau. Le second permet
sur la tarification de l’eau et sur les éoliennes.
finis, les Z DE ont finalement été jugées hyper économes se verront-ils accorder (2) d’avancer dans l’utilisation
Source : Gazette des communes, 18 mars 2013.
néfastes au développement de cette une ristourne sur leur facture alors que (3) des compteurs intelligents grâce
Colloque du Ser sur l’éolien, 13-14 décembre
production renouvelable. Pour la même les gaspilleurs seront pénalisés finan- 2012, Nantes. à des tests auprès de 25 000
raison, l’exigence d’un minimum de cièrement. (4)
Loi n° 2013-61 du 18 janvier 2013 relative foyers lyonnais. Il s’agit de deux
cinq éoliennes pour constituer un parc à Fin de l’obligation de parking à la mobilisation du foncier public en faveur expérimentations d’ERDF
du logement et au renforcement des obligations
éolien a été supprimée. D’autres règles Pour dépenser moins d’énergie, encore de production de logement social. (cf. Travaux n°893, page 16).

LA MÉTHANISATION MIEUX VALORISÉE

L es producteurs de biogaz peuvent


désormais valoriser deux fois leur
production, sous forme d’électricité
la réalisation de certains projets de
méthanisation ou bien d’en limiter
la taille. »
et sous forme de biométhane s’il est à Projet en Moselle
injecté dans un réseau de gaz naturel. Un projet porté par le Syndicat mixte de
Le décret du 28 février leur accorde transport et de traitement des déchets
le bénéfice des tarifs d’obligation ménagers de Moselle-Est à Morsbach
d’achat de l’électricité ainsi produite (2 600 hab., Moselle) va en bénéficier.
et des tarifs d’achat garanti pour le bio- Le Méthavalor valorisera simultanément
© OCTEVA

méthane. Jusqu’à présent, ils devaient sa production de biogaz en électricité


choisir l’un ou l’autre des dispositifs, et chaleur, d’une part, et en biométhane
ce qui, selon le ministère de l’Écologie, injecté en réseau et utilisé en carburant, Le biogaz produit dans cette unité de traitement de biodéchets du Calaisis
« avait pour conséquence d’empêcher d’autre part. n (Sevadec) de 2007, fournit déjà électricité, vapeur et eau chaude.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 9


A C T U A L I T É

TRAIN : RÉOUVER-
TURE D’UNE LIGNE
LES FINANCES LOCALES VUES PAR LA POSTE
La ligne de chemin de fer reli-
ant Pau (Pyrénées-Atlantiques)
à Saragosse, à plusieurs dizai-
nes de kilomètres au sud, en
L a direction des études de la Banque
postale publie sa première note de
conjoncture sur les finances locales
d’euros, montant toutefois en recul de
plus de 2 % en 2012 contre une hausse
de près de 7 % entre 2010 et 2011.
Espagne, pourrait rouvrir en en 2012. Les charges de fonctionnement augmen-
2020*. La Région Aquitaine et La banque constate une légère hausse tent seulement de 2,7 % contre 3,2 %
le gouvernement de la province de l’investissement des collectivités en 2011.
espagnole d’Aragon ont signé territoriales et l’interprète comme Les recettes courantes suivent le mê-
un accord en ce sens. Fin mars, un signal positif. me mouvement avec + 1,8 % contre
une demande de subvention « Elles maintiennent leur effort d’équi- + 3,9 % en 2011, augmentation la plus
devait être déposée auprès de pement, confirmant ainsi leur place faible depuis 2001. L’encours de dette
la Commission européenne. de premier investisseur public avec s’établit à 161 milliards d’euros, soit
La ligne mise en service en un montant de 52,6 milliards d’euros, 2,6 % de plus qu’en 2011.
1928 avait été fermée en 1970 soit 1,6 % de plus qu’en 2011, » La Banque postale nuance ce tableau
suite à un accident. précise-t-elle dans un communiqué. général en constatant que les collecti-
© M.T.

* Source : Gazette des communes. Elle constate que les collectivités vités locales sont différemment armées
Les collectivités locales utilisent mettent à contribution un niveau élevé pour « poursuivre leur mission de servi-
CHEMINS DE FER encore beaucoup leur épargne d’épargne brute (solde recettes-dépen- ce public tout en préservant leur équi-
brute pour investir.
EN RÉGIE ses de fonctionnement), soit 39 milliards libre financier. » n
La Région Provence-Alpes-Côte
d’azur va reprendre en régie
les Chemins de fer de Provence.
La ligne Nice / Digne-les-Bains
DEUX JOURNÉES PORTES OUVERTES
(Alpes-de-Haute-Provence) DANS LES CARRIÈRES
était exploitée par une filiale
de Veolia Transdev.

PHOTOVOLTAÏQUE
DE PLUS DE 250 KW
P lus de 150 carrières dans 19 régions
vont ouvrir leurs portes au public le
vendredi 31 mai et le samedi 1er juin,
Les candidats qui voudraient à l’initiative de l’Union nationale des
répondre à l’appel d’offres du industries de carrières et matériaux
ministère de l’Écologie pour des de construction (Unicem). La filière,
installations photovoltaïques qui compte 3 500 PME en France à
d’une puissance supérieure à côté de groupes mondiaux, emploie

© UNICEM
250 kW peuvent le faire jus- un million de personnes localement.
qu’au 16 septembre (total Les carrières et matériaux seront spé-
soutenu : 400 MW). En ce qui cialement représentés cette année Les enfants sont une cible privilégiée de ces journées qu’ils soient scolaires
concerne les centrales au sol, par les granulats, le béton, la chaux, ou qu’ils viennent avec leurs parents.
l’appel privilégie celles sur sites le plâtre, les pierres de construction
dégradés (friches, anciennes (granit, pierre calcaire, grès, etc.) et gés après leur fermeture et transformés nes conditions, conduire des engins.
décharges, etc.). Afin de ne pas les minéraux industriels. en réserves naturelles. Pour connaître les sites visitables, aller
désavantager les PME, il n’est Les visites sont organisées dans des Les scolaires fréquentent assidument sur www.unicem.fr, rubrique dossiers
pas demandé de garanties sites en exploitation ou déjà réaména- ces journées. Ils pourront, sous certai- puis journées portes ouvertes. n
bancaires d’exécution lors de
la remise des offres.
RECHERCHE EN TRANSPORTS : BILAN DU PREDIT 4

C ’est l’heure du bilan pour le 4e pro-


gramme de recherche et d’innova-
tion dans les transports terrestres,
Chercheurs, opérateurs, industriels,
collectivités ayant participé à ce 4e pro-
gramme vont faire le point dans une
autrement dit le Predit 2008-2012. dizaine de réunions de mars à septem-
L’évaluation, qui a commencé en inter- bre. Par exemple, se tient un colloque
ne en 2012, se double d’un rapport sur le train à l’horizon 2020 les 18
externe indépendant à paraître à la et 19 juin à Valenciennes (Nord) et
mi-avril. Les trois ministères à l’origine un sur les infrastructures de transports
du Predit - Recherche, Écologie et terrestres, écosystèmes et paysages
Redressement productif - envisagent à Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes),
un Predit 5. les 26 et 27 septembre.
© VINCI

Le carrefour final du n°4 a lieu du 7 En savoir plus sur :


Un colloque sur les infrastructures terrestres et l’environnement rassemble au 9 octobre à Paris (à l’ex-Bourse, www.predit.prd.fr ou sur :
les acteurs du Predit 4, les 26 et 27 septembre. Paris IXe). http://tempsdubilan-predit4.org n

10 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


A C T U A L I T É

PONT RECONSTRUIT À BESANÇON 8e GRAND PRIX


DE L’INGÉNIERIE
Les candidats au 8 e grand
prix de l’ingénierie ont jus-
qu’au 4 juin pour se mani-
fester. Ce prix est organisé
par trois ministères - Égalité
des territoires, Écologie et
Redressement productif -
en partenariat avec Syntec-
Ingénierie, fédération des
professionnels de l’ingénierie,
et en association avec le grou-
© JEAN-CHARLES SEXE/VILLE DE BESANÇON

pe Moniteur. Pour y partici-


per : s’adresser au ministère
de l’Écologie.
Seront récompensés la qualité
de conception et de conduite
d’un projet exceptionnel par
ses innovations et sa créati-
vité, qu’il s’agisse d’infras-
À gauche, l’élargissement du quai Veil Picard par encorbellement. Au fond, le pont Battant en chantier. tructures, de construction,
de systèmes complexes, pro-
duits et process industriels,
Le pont Battant de Besançon (Doubs) a été démoli et entière- inonder les berges. Aujourd’hui, ses en France ou à l’interna-
ment reconstruit pour s’adapter au passage du futur tramway. 60 m de long extra-plats dégagent la tional.
vue sur les quais. Il a été conçu par les Le grand prix, le prix amé-

L e pont Battant à Besançon (Doubs)


est en travaux pour le passage du
tramway qui devrait être mis en service
énième transformation. À l’époque
romaine, il ne mesure que 4 m de large
et son tablier est porté par cinq arches.
architectes Reichen et Robert associés*
et coûtera de l’ordre de 10 millions
d’euros HT.
nagement-construction et
le prix industrie seront remis
le 7 novembre au Cnit à la
fin 2014. Contrairement aux autres Longtemps seul passage au-dessus du à Élargissement du quai Défense (Hautes-de-Seine).
ponts de la ville - Canot, de Gaulle et Doubs dans le centre-ville, il fait l’objet Le quai Veil Picard que le tramway
celui de la République en cours de de nombreuses réparations et modifi- empruntera après le pont est en cours L’ACIER AU SE-
remaniement, de consolidation ou de cations, et abrite même bâtisses et d’élargissement lui aussi, ses 10 m COURS DE LA
reprise d’étanchéité - celui-ci a été échoppes. Il souffre pendant la Seconde actuels étant trop justes pour accueillir DENSIFICATION
complètement démoli puis reconstruit. guerre mondiale mais est reconstruit les piétons et les cyclistes dans de Construiracier organise son
C’est désormais un ouvrage métallique provisoirement, puis réhabilité, et finale- bonnes conditions. Des consoles mé- 11e concours national d’idées
dont les 18 blocs de charpente de Victor ment repose sur trois arches. En 1953, talliques (Castel Fromaget) implantées autour du thème " urbanité
Buyck Steel Construction ont été posés il est détruit volontairement et recons- en bordure haute du quai forment suspendue ". L’organisme de
en février. Une fois assemblés par sou- truit dans la version en béton précon- un encorbellement de 3,50 m qui leur promotion de la construction
dure et les réseaux intégrés à l’intérieur, traint récente. En effet, ses piles gênent sera réservé. n en acier invite les étudiants
ces " colis " recevront la dalle servant la navigation et freinent les eaux fou- d’architecture y compris d’in-
de plate-forme aux rails puis ceux-ci, gueuses du Doubs qui, alors, viennent * Maîtrise d’œuvre : Egis Rail et Egis JMI. térieur, d’ingénieurs et de
en mai-juin. Les travaux, commencés designers, en France, à réflé-
en mars 2012, doivent prendre fin au chir à comment « densifier
courant de l’été. l’habitat en se greffant sur
Le pont aura pris 7 m de large pour TRAMWAY : COMMENT GAGNER SIX MOIS le tissu urbain existant en
atteindre 24 m et offrir au tramway utilisant les propriétés de
la courbe dont il a besoin pour passer Le tramway de Besançon (Doubs) sera mis en service fin 2014 au lieu ce matériau. »
d’une rive à l’autre. Il accueillera de mi-2015, le chambardement de la ville ayant fait des mécontents. Cette année, 120 équipes ont
piétons, cyclistes et tramway. Les autres L’avancement du planning a pu être absorbé par les intervenants grâce exprimé le désir d’y parti-
véhicules n’y seront pas admis sauf à l’organisation du projet prévue au départ. Le tramway est réalisé par ciper.Le 26 avril, un pré-jury
exception (pompiers, etc.). deux groupements à qui est attribué un secteur : à l’ouest, des entre- sélectionnera les 12 équipes
Il sera plus plat qu’avant, le tram ne prises locales issues du groupe Bouygues et, à l’est, celles du groupe qui défendront leur projet
pouvant supporter l’ancien profil en long Vinci associées à Bonnefoy, entreprise franc-comtoise de travaux publics. le 30 mai, en vue de gagner
" bombé ". « Le projet de tramway n’a Chaque groupement couvre un secteur mais pour tous les lots : voies un prix.
fait qu’avancer d’une dizaine d’années ferrées, aménagement de surface, voies de circulation et piétonne, éclai-
la reprise de l’ouvrage qui montrait des rage public, mobilier urbain, etc. Ainsi la coordination entre lots est-elle
signes de fatigue, » convient Hervé facilitée et ceux-ci peuvent-ils progresser à différents rythmes selon les
Girardot, chargé de projet infrastructures endroits. De plus, un bureau d’études est chargé de l’ordonnancement, du
à la mission tramway à la Communauté pilotage et de la coordination (OPC). La période des essais a été réduite.
d’agglomération du Grand Besançon, Les travaux de dévoiement des réseaux ont débuté très tôt, à l’automne
maître d’ouvrage. 2011, afin que d’éventuels retards ne viennent pas perturber les travaux
à Ouvrage souvent remanié d’infrastructures.
Le petit pont de Vesontio en est à sa

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 11


A C T U A L I T É

EUROVIA FUSIONNE
SON FERROVIAIRE
AMÉNAGEMENTS PIÉTONS ET CYCLABLES
Les activités de construction À MELUN SÉNART
et de maintenance ferroviaires
d’Eurovia (groupe Vinci) ont fonction de centre-ville du Carré Sénart, distance facilement praticable en vélo
été regroupées dans l’entreprise Zac accueillant logements, activités, uni- ou à pied par les personnes qui tra-
ETF en début d’année. versités, et commerces, l’Établissement vaillent dans le centre et veulent aller
© MIKAELIAN ARCHITECTE/EGIS ROUTE

Auparavant, et après le rachat public d’aménagement (EPA) Sénart a prendre le train.


de Vossloh Infrastructures décidé en 2009 quatre aménagements à Structure métallique
Services en 2008, le pôle ferro- dont une passerelle au-dessus de La future passerelle, dont les travaux
viaire se déclinait en deux l’autoroute A5 qui verra le jour fin 2014. commencent fin 2013, mesure 103 m
marques : Eurovia Travaux La maîtrise d’œuvre de l’ensemble du de long en deux travées avec une pile
Ferroviaires et Européenne projet est confiée à l’architecte Stépha- reposant sur le terre-plein central de
de Travaux Ferroviaires. ne Mikaelian et à Egis Route avec l’autoroute (1). Sa largeur utile est de
La passerelle au-dessus de l’auto-
route A5 sera mise en service fin Egis JMI. 4 m. Elle est constituée d’une structure
RAMERY BÂTIMENT 2014. La voirie située entre le centre commer- métallique en deux poutres principales
DANS LE SUD- cial et son extension sera accompagnée de 1,80 m de haut, dont la forme per-
OUEST d’un trottoir de 2,40 m. met de jouer le rôle de garde-corps sur
Ramery Bâtiment a signé
le rachat de Snegso, entreprise
du secteur présente à Bordeaux
M elun Sénart (Seine-et-Marne) veut
favoriser le cheminement piéton et
cyclable sur son territoire. La ville nou-
La piste le long de la RD 50 entre le
Carré et Savigny-le-Temple, une des
communes de la ville nouvelle, de 2 m
1,20 m.
L’ensemble de ces aménagements coû-
te 4,476 millions d’euros HT. La région
et à Bayonne, fin 2012. Ainsi velle du sud-est de Paris est traversée de large et provisoire, sera réaménagée en finance plus de 64 % et l’EPA Sénart,
la société, jusqu’ici implantée par de grands axes routiers qui sont pour plus de confort. Une passerelle près de 35 %. n
dans le Nord/Pas-de-Calais, autant d’obstacles pour les modes doux reliera la gare RER de Lieusaint-Moissy
élargit-elle son rayon d’action de déplacement. Afin de renforcer la au Carré Sénart, séparés de 2 km, (1) Selon l’avant-projet de 2009.
à la façade atlantique. Snegso
était une filiale de Fougerolle
avant sa reprise par son diri-
geant et un actionnaire finan- ROUEN : PONT MATHILDE ROUVERT EN 2014
cier en 2000.

REPRISE
L e 29 octobre 2012, le pont Mathilde

© CONSEIL GÉNÉRAL SEINE-MARITIME


PARTIELLE DE de Rouen (Seine-Maritime) est gra-
HEAVEN CLIMBER vement déformé par l’incendie d’un ca-
GTS a repris une partie des mion citerne accompagné d’une propa-
activités du groupe Heaven gation au quai occupé par des forains.
Climber (HC) en redressement Il est interdit de circulation.
judiciaire. La filiale du groupe Suite à de nombreuses expertises, Une travée du pont a brûlé suite à un accident en octobre 2012.
NGE, spécialisée dans les tra- le Conseil général, propriétaire de l’ou-
vaux géotechniques et de sécu- vrage, décide finalement en janvier de
risation, conserve 153 emplois changer la section de travée métallique, Philippe Fraleux, il mesure 585 m de L’incendie a eu lieu à l’endroit de pou-
et hérite d’un tiers des affaires endommagée sur 40 m. Le nom de l’en- long et se compose de cinq parties tres métalliques.
de HC ainsi que de matériel. treprise qui refera le pont sera connu en successives franchissant la Seine et l’île Les experts ont constaté que les mou-
Elle intègre, par cette opération juin et les travaux devraient débuter en Lacroix. vements de glissance sur les appuis
des techniques comme les pieux septembre pour une remise en service Plusieurs techniques sont mises en n’étaient plus conformes à la conception
à tarière creuse ou le Jet grou- à l’été 2014. Le chantier est estimé à œuvre : sur le béton précontraint repo- initiale et que les déformations des pou-
ting, système utilisant un jet de 8 millions d’euros. Le pont Mathilde sent des travées métalliques au-dessus tres et de la dalle étaient supérieures
fluide à haute énergie cinétique date de 1979. Conçu par l’architecte du fleuve et des tabliers en béton armé. aux normes. n
pour déstructurer un terrain et
le mélanger à un coulis. HC est
présent en France, notamment
dans le Sud, et à l’étranger.
A8 : UN TUNNEL CONTRE LES GLISSEMENTS
DE TERRAIN

E n 2016, un tunnel remplacera une


chaussée de l’autoroute A8 entre
d’argiles. L’eau remonte au niveau argi-
leux et provoque des glissements.
et 12 m de diamètre sera creusé au
second semestre.
© VINCI AUTOROUTES/ESCOTA

Nice-Est et Monaco (site de la Borne À l’avenir, la chaussée sens Italie-France Actuellement, ont lieu les tirs d’exca-
Romaine). va être abandonnée. vation de ses têtes.
Ce tronçon d’un kilomètre est soumis Ce sens passera sur l’actuelle chaussée Les travaux préparatoires - pistes
depuis l’origine, au milieu des années France-Italie qui, elle, devient tunnel. d’accès, protection du chantier contre
1970, à des glissements de terrain. Les travaux s’élèvent à 60 millions les éboulements, plate-forme de travail,
La chaussée actuelle du sens Aucune solution n’a pu être trouvée d’euros financés par Vinci Autoroutes terrassement des têtes - se terminent
Italie-France de ce tronçon pour y mettre fin. L’axe est construit sur (réseau Escota). cet été. Ils sont confiés au groupe
d’autoroute va être abandonnée. un sol karstique très faillé recouvert L’ouvrage souterrain de 800 m de long NGE-Guintoli. n

12 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


A C T U A L I T É

FIN DU CHANTIER DE LA TOUR CARPE DIEM MOTEURS DIESEL


MOINS POLLUANTS
À LA DÉFENSE À la fin du deuxième trimestre,
les moteurs diesel Hatz, utilisés

L a tour Carpe Diem arrive au terme


de sa construction après trois ans
de travaux. Située à la Défense, côté
dans les équipements de cons-
truction, les compresseurs, etc.,
répondront tous aux normes
Courbevoie (Hauts-de-Seine), elle rem- Tier 4 visant à réduire les
place l’immeuble France Télécom des émissions nocives d’échap-
années 1980 bâti au bord de la grande pement des moteurs non rou-
esplanade et démoli en 2010. tiers. Ces normes qui s’appli-
Elle aura coûté de l’ordre de 270 mil- quaient aux puissances de 0
lions d’euros. à 19 kW, valent également
Aviva Investors Real Estate France qui depuis cette année pour les
s’intéresse à l’immeuble dès 2007, 19-56 kW.
s’allie pour l’investissement avec l’assu- Certaines séries du fabricant
reur Predica en 2010. voient leurs cycles d’essais mo-
La maîtrise d’ouvrage déléguée est difiés, comme les B, D et G.
confiée à Hines France. Le projet, signé D’autres, comme les L, les M et
de l’agence d’architecte new-yorkaise les moteurs à régime variable,

© HINES/AVIVA
Robert A. M. Stern spécialisée dans seront dotées de filtres à parti-
les bâtiments écologiques, est réalisé cules (L43C et M43).
par le groupe d’entreprises mené par La nouvelle tour prend la place de l’ancien immeuble France Télécom. Pendant la période transitoire
Spie SCGPM /Besix. d’adaptation, certains modèles
La tour de 38 étages et 162 m de haut non équipés peuvent encore être
est reconnaissable par sa façade. mentales HQE complétée par la Leed récupérées pour l’arrosage des deux vendus mais dans les petites
Deux côtés présentent une surface en américaine (niveau Gold ) y compris en jardins : en rez-de-chaussée et en puissances seulement.
pointes de diamant. Les deux autres phase chantier. terrasse. Le parking abrite également
- façade parvis et celle donnant sur Cela suppose notamment la gestion 121 places vélos avec douches et
Courbevoie à l’arrière - sont lisses. efficace des procédés d’entretien et vestiaires pour les pratiquants, 115 pour
à 2 certifications de maintenance, des économies d’eau les motos et des bornes de recharge
Elle vise les certifications environne- et d’énergie. Les eaux de pluie sont électrique. n

INNOVATIONS SUR LE SALON BAUMA

© HATZ
Moteur diesel 4L43C équipé
la dernière sélection du prix de l’inno- En concurrence avec lui pour le prix : d’un filtre à particules.
vation. un foreur mobile souterrain (mobile
à Tranchée étroite tunnel miner) pour l’exploitation minière
Voici deux exemples de matériel qui de Aker Wirth et la production automa- CAPTEUR
concourent pour le 14 avril. Dans la tisée d’un mur multicouches en béton CONNECTÉ GSM
catégorie design, Kaiser met en avant de Sommer Anlagentechnik. Le Viva GS14 vient compléter
une pelle excavatrice marchante mobile Battage de pieux moins bruyant la gamme de systèmes de me-
© BAUMA

à
destinée aux terrains peu accessibles. Hors concours mais exposées sur le sure à capteurs GNSS pour la
Le prix de l’innovation du salon La cabine a été adaptée aux besoins salon, signalons d’autres innovations topographie de Leica. Compact,
international du BTP et de du conducteur. De nouvelles manettes comme le marteau-piqueur de 9,5 kg résistant, il comporte deux
l’exploitation minière a attiré 160 facilitent la commande des réglages d’Atlas Copco dont le mécanisme de systèmes de communication :
candidatures dont 15 concourent
en finale. hydrauliques et des différents outils frappe, flottant dans le carter, diminue une antenne GSM et une radio
portés. Cette pelle araignée est en les vibrations transmises à l’utilisateur. UHF. Il fournit des mesures très
compétition avec un chargeur compact Chez Abi, un vibrateur variable vise à précises même en environne-

C inq matériels innovants recevront


un prix le 14 avril à Bauma, salon
international du BTP et de l’exploita-
Liebherr et un marteau piqueur élec-
trique Wacker Neuson.
Dans la catégorie machine, Herren-
atténuer le bruit du battage de pieux.
Il est équipé d’une pince qui combine
des profilés en doubles Z et U, et des
ment difficile.

tion minière qui se tient à Münich knecht présente un système de perce- tubes. Ce grippage limite les oscilla-
(Allemagne) du 15 au 21 avril (3 300 ment semi-sans tranchée pour la pose tions bruyantes. Enfin, le fabricant de
exposants). L’événement, organisé par de canalisations près de la surface du chargeuses Kramer Allrad et la société
trois associations allemandes repré- sol. Le tunnelier creuse le sol qu’une de services Zeppelin présenteront un
© LEICA GEOSYSTEMS

sentant le secteur (VDMA, HDB et BBS), fraiseuse extrait directement. Selon système de géolocalisation d’engins
a attiré 160 candidatures réparties en son constructeur, la technique évite de chantier. En temps réel, pourront
cinq catégories - machine, composants, le rabattement de nappe. Elle ne mobi- être connus les heures de fonctionne-
procédés de construction / édifices, lise qu’une largeur réduite, ce qui ment, l’état du moteur et les délais de
recherche et design. Pour chacune abaisserait les dédommagements maintenance. Ce dispositif protégerait Le Viva GS14 s’utilise seul
d’elles, trois ont déjà été retenues pour à la traversée de terres cultivées. également du vol. n ou combiné à une station.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 13


A C T U A L I T É

TENSION
DE SERRAGE
SITE D’ESSAIS D’ÉNERGIES RENOUVELABLES
Le Traxx M2-B contrôle par EN PLEINE MER
ultrasons l’état d’un assemblage
vissé sur une grue, un engin de 2013 et avec le Conseil général, le
travaux ou un ouvrage d’art. CNRS, le fonds européen Feder et
Il mesure l’élongation de la vis l’Ademe. En plus, l’association France
ou du goujon sous l’effet de la énergies marines apporte 3 millions
tension induite par le serrage. d’euros pour le hub de connexion sous-
Le traducteur ultrasonore posé marine, sorte de " multiprise ".
sur la tête de la vis transforme C’est l’un des sites coordonnés par
l’impulsion électrique fournie l’association qui rassemble des indus-
par le système de mesures en triels, des structures académiques et
une onde qui se propage dans le scientifiques dont l’ECN, et des collec-
© ÉCOLE CENTRALE DE NANTES

matériau. Puis il recueille cette tivités territoriales dans le but de mettre


onde une fois réfléchie sur le sur le marché des technologies adap-
fond de la vis et affaiblie, qu’il tées.
transforme alors en un signal à Temps gagné pour les industriels
électrique traité par le système. Il a fallu près de trois ans pour obtenir
Ces opérations se répètent des Le navire câblier René Descartes de France Télécom part dérouler le câble
l’autorisation d’occuper une telle zone.
centaines de fois par seconde. électrique sur le fond marin. C’est autant de démarches que les
L’appareil électronique indique industriels n’auront pas à entreprendre.
la tension jusqu’à atteindre Outre Sem-Rev, l’ECN participe à des
le niveau souhaité.
U ne zone de 1 km 2 au large du
Croisic (Loire-Atlantique) est mise
à disposition des industriels qui vou-
comme celui avec Winflo pour une
éolienne flottante. D’ores et déjà, des
données sur les vagues, le courant
structures contribuant à une meilleure
connaissance des énergies marines
renouvelables, en particulier l’EMC2,
draient tester des éoliennes offshore et et la météo ont été recueillies. pôle industriel sur les équipements de
des récupérateurs d’énergie de la houle. à Rochers à contourner production (fondations offshore et sous-
Sem- Rev, c’est son nom, située à Le raccordement de Sem-Rev au station électrique) et l’Institut de recher-
12 km des côtes au-dessus d’un fond réseau électrique à terre est effectif che technologique Jules Verne (bassin
marin à 35-45 m, est interdite à la na- depuis l’automne 2012. Quelque 24 km numérique, hydrodynamique marine,
vigation. Elle est sous concession pour de câbles ont été nécessaires notam- allégement des structures flottantes
© TRAXX

vingt ans (2012-2032) entre l’École ment à cause de bancs rocheux à con- par des matériaux composites). n
Appareil de serrage centrale de Nantes ( ECN ) et le domaine tourner. Une partie est ensouillé sous
par ultrasons. publique maritime de l’État. Utilisée par 1,50 m de sable et de vase afin de ne
le Laboratoire de recherche en hydrody- pas entraver la pêche et une autre a été
namique, énergétique et environnement installée en forage dirigé. Le câble abrite
RÉSERVOIR atmosphérique ( Lheea ), unité mixte de de la fibre optique pour les mesures,

© ÉCOLE CENTRALE DE NANTES


ÉTANCHE recherche du CNRS sous tutelle de le contrôle et le pilotage à distance,
Le bassin de Vallendry en l’ECN, elle vient compléter ses moyens et la connexion au réseau ERDF.
Savoie sert à stocker les eaux de simulation numérique et expérimen- La zone d’essais en mer peut accueillir
d’orage ou de crues l’été et de taux (bassin de production de houle et quatre machines en même temps
réserve d’eau pour les canons soufflerie). jusqu’à un total de 8 MW. Elle coûte
à neige en hiver. Ce réservoir Le projet démarré en 2007 en est au 15 millions d’euros dont 10 pour le
de 20 000 m 3 fuyait depuis stade de la signature des contrats avec câblage, financés dans le cadre d’un Préparation du câble pour la partie
posée en forage dirigé.
deux ans. Le Sivom de Landry des industriels dont certains démarrent contrat de projets État-région 2007-
et Peisey-Nancroix sur le terri-
toire duquel il se trouve, en a
confié la rénovation à Cris BTP,
maître d’œuvre. Alpes Geos
APPEL À MANIFESTATION D’INTÉRÊT
Etanchéité a utilisé la membra- EN ÉNERGIES MARINES
ne TPO Flagon Geop en 2 mm
d’épaisseur et en vert.

L ’appel à manifestation d’intérêt (AMI)


sur les énergies marines renouve-
lables se clôt en juillet 2013 pour les
Il a pour objectif d’accompagner les
innovations afin de consolider la filière
des énergies marines renouvelables.
Sem-Rev au large du Croisic (voir article
ci-dessus).
à Préparation des fonds marins
© CHRISTELLE BLANCHET-CRIS BTP

projets demandant une aide de l’État et Il se décline sous deux axes. L’axe des briques technologiques
un an plus tard, pour ceux faisant appel L’axe des démonstrateurs de recherche s’applique aux quatre énergies marines
à un investissement privé. Les démons- se limite à l’énergie des vagues. renouvelables citées plus haut.
trateurs pourraient se concrétiser d’ici Les réponses à l’AMI doivent correspon- Ces briques sont communes à leur dé-
à 2016. Cet AMI concerne l’hydrolien dre à des unités de grande puissance ploiement à grande échelle.
marin ( courants ), l’houlomoteur ( va- capables de produire 1 000 MWh par Il peut s’agir d’une nouvelle méthode
gues ), l’éolien flottant et l’énergie ther- an et représentatives des conditions d’installation, de moyens qui facilitent
Le bassin alimente mique marine (différentiel de tempé- réelles d’exploitation. Les démonstra- le raccordement électrique, de la prépa-
les canons à neige l’hiver. rature eau de surface/eau profonde). teurs seront testés en priorité sur le site ration des fonds marins, etc. n

14 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 15
A C T U A L I T É

ANNUAIRE DE LA FILIÈRE HYDROÉLECTRIQUE

F rance Hydro Electricité et le Syndi-


cat des énergies renouvelables (Ser)
ont publié en février l’Annuaire des
que les organismes de formation spéci-
fiques. L’eau fournit 67 TWh électri-
ques par an, ce qui représente 13 %
installée de l’ordre de 4 300 MW, soit
17 % de la capacité totale hydroélec-
trique en France (25 400 MW).
fabricants et fournisseurs de la filière de l’électricité produite en France. Le Ser vient également de publier son
hydroélectrique française. Il est prévu qu’elle en produise 3 de annuaire des énergies renouvelables,
Il comprend, outre les coordonnées plus d’ici à 2020, par optimisation et et ceux de la filière française de la géo-
des entreprises du secteur, des chiffres création de nouvelles centrales hydrau- thermie (novembre 2012) et de l’éolien
sur la filière aujourd’hui et à l’avenir, liques. France Hydro Electricité repré- (décembre 2012).
une description de cette production, sente la petite hydroélectricité.
la réglementation et les aspects envi- Ses adhérents exploitent plus de www.enr.fr et
ronnementaux qui la concernent, ainsi 500 centrales pour une puissance www.france-hydro-electricite.fr n

LAITIERS SIDÉRURGIQUES EN TECHNIQUE


ROUTIÈRE

L e guide sur les laitiers sidérurgiques


paru dans la collection « Acceptabi-
lité environnementale de matériaux
cise les conditions de leur valorisation
sans mettre en danger la santé humai-
ne ni nuire à l’environnement. Les ser-
entreprises y trouveront les prescrip-
tions et exigences opérationnelles rela-
tives à l’acceptabilité environnementale
alternatifs en technique routière » con- vices de l’État y puiseront les critères de ces matériaux. Ils pourront ainsi
tribue à promouvoir l’utilisation de ces de valorisation dans le cadre des arrê- mieux élaborer les cahiers des charges
déchets dans des conditions maîtrisées. tés préfectoraux d’autorisation des et analyser les variantes qui leur sont
Il est destiné à plusieurs publics. installations sidérurgiques. proposées dans les appels d’offres.
Aux producteurs de ces laitiers, il pré- Maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre et www.setra.equipement.gouv.fr n

GUIDE DE L’EAU, 42 e ÉDITION

L ’édition 2013 du Guide de l’eau


fournit 20 000 noms et coordon-
nées d’acteurs dans le domaine de
à tout acheteur sur internet :
(www.guide-eau.com). Ce qui auto-
rise des recherches ciblées. Ce service
pelle le cadre institutionnel de l’eau à
l’international autant que localement.
Il comprend également des données
l’eau, publics et privés. est mis à jour quotidiennement. en provenance des agences de l’eau.
Publié sur papier, il est aussi accessible L’ouvrage de plus de mille pages rap- www.editions-johanet.com n

ÉROSION DES GÉOMATÉRIAUX

S téphane Bonelli a rassemblé dans


l’ouvrage Érosion des géomaté-
riaux les dernières contributions de phy-
vrages hydrauliques (barrages, digues,
etc.) et des milieux naturels (éoliens,
fluviaux, côtiers).
taire ou par charriage. Les contributions
alternent une vision phénoménologique
basée sur le fait expérimental et une
siciens et de mécaniciens sur l’érosion Chaque phénomène est abordé : description pouvant servir de cadre
interne et de surface. Il se concentre filtration, suffusion, érosion de contact, à la modélisation.
sur l’érosion dans le domaine des ou- érosion de conduit, transport sédimen- www.lavoisier.fr n

16 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


A C T U A L I T É

AGENDA
ÉVÉNEMENTS FORMATIONS • 26 au 28 juin la Caisse des dépôts et consi-
Calcul et conception des gnations.
• 29 au 31 mai • 4 juin assemblages (NF EN 1993-1-8)
Salon de la prescription et congrès Inspection des grands ouvrages ÉCOLOGIE :
d’art en béton précontraint Lieu : Paris
des économistes de la construction http://formation-continue.enpc.fr
Gilles Ricono remplace Pierre
(Untec) Lieu : Paris Cunéo à la direction du cabinet
http://formation-continue.enpc.fr
Lieu : Lyon (Cité internationale) • 1er ET 2 JUILLET de la ministre.
www. salondelaprescription.com • 11 au 13 juin Énergies renouvelables dans
Maintenance des ouvrages OFFICE NATIONALE DES FORÊTS :
le bâtiment : technologies,
• 3 au 7 juin à risques particuliers Jeau-Yves Caullet a été nommé
(centrales, barrages, réservoirs applications, coûts
World Dredging Congress président du conseil d’administra-
(congrès mondial du dragage) GNL, centres de stockage) Lieu : Toulouse
tion de l’ONF par le Président de
Lieu : Bruxelles Lieu : Paris www.formations.lemoniteur.fr
la République. il succède à Hervé
www.wodcon.org http://formation-continue.enpc.fr
Gaymard.
NOMINATIONS
• 3 au 7 juin • 12 et 13 juin POLITIQUE DE L’EAU :
Congrès européen de géothermie Réparation des ouvrages d’art : ARCHÉOLOGIE PRÉVENTIVE :
direction des travaux Le Premier ministre a demandé
Lieu : Pise (Italie) La Présidence de la République
Lieu : Paris à Michel Lesage, député des
www.geothermalcongress2013.eu a nommé Pierre Dubreuil direc-
http://formation-continue.enpc.fr Côtes-d’Armor, d’évaluer la poli-
teur général de l’Institut national
• 18 au 20 juin tique de l’eau afin de la réorienter
• 18 et 19 juin de recherches archéologiques
Ville sans tranchée pour la période de gestion de
Ponts ferroviaires, préventives.
Lieu : Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) la directive cadre sur l’eau
conception et réalisation
www.fstt.org BANQUE POSTALE : 2016-2021.
Lieu : Paris
http://formation-continue.enpc.fr Chantal Lory préside désormais
• 19 et 20 juin SPIE NUCLÉAIRE :
le directoire de la banque.
Parkopolis (rencontres • 20 et 21 juin Olivier Domergue passe de la
stationnement et mobilité) Ponts en maçonnerie : CDC : direction génie climatique de
Lieu : Paris (Porte de Versailles) élargissement Stéphane Kaeita est le nouveau Spie Île-de-France-Nord-Ouest
www.parkopolis.salons. Lieu : Paris directeur du développement à la direction générale adjointe
groupemoniteur.fr http://formation-continue.enpc.fr des territoires et du réseau de de Spie Nucléaire.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 17


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

SNCF IGOA
BIEN AU-DELÀ DU RÉSEAU FERROVIAIRE
AU SEIN DE LA DIRECTION DE L’INGÉNIERIE DE LA SNCF - INFRA INGÉNIERIE -
L’ACTIVITÉ DU DÉPARTEMENT DES OUVRAGES D’ART IGOA VA BIEN AU-DELÀ DE
LA SEULE GESTION, SOUS TOUTES SES FORMES, DES OUVRAGES AÉRIENS ET
SOUTERRAINS DU RÉSEAU FERROVIAIRE EXISTANT. ENTRETIEN AVEC PATRICE
SCHMITT, CHEF DE DÉPARTEMENT À LA DIRECTION DE L’INGÉNIERIE DE LA SNCF,
DÉPARTEMENT DES OUVRAGES D’ART. PROPOS RECUEILLIS PAR MARC MONTAGNON

EN RÉALITÉ, CE DÉPARTEMENT TECHNIQUE DE LA DIREC-


TION DE L’INGÉNIERIE CONSTITUE LE PÔLE DE SPÉCIALI-
TÉ DE LA SNCF POUR LE DOMAINE DU GÉNIE CIVIL ET DE
LA CONSTRUCTION (PONTS, VIADUCS, TUNNELS, SOUTÈ-
NEMENTS), CE QUE NOUS EXPLIQUE PATRICE SCHMITT,
CHEF DU DÉPARTEMENT DES OUVRAGES D’ART À LA DI-
RECTION DE L’INGÉNIERIE DE LA SNCF. À CE TITRE, IGOA
MET SON SAVOIR-FAIRE À LA DISPOSITION DES DIFFÉ-
RENTS ACTEURS DE LA CONSTRUCTION (MAÎTRES D’OU-
VRAGE, MAÎTRES D’ŒUVRE, ENTREPRISES...) POUR LES
ACCOMPAGNER DE LA CONCEPTION À LA MAINTENANCE
1 DE LEURS OUVRAGES DE GÉNIE CIVIL.
© MARC MONTAGNON

© SNCF-IGOA © SNCF-IGOA

2 3

18 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


En ce qui concerne le réseau des gabarits, tout particulièrement
ferré proprement dit, quelles sont TROIS MÉTIERS pour les tunnels anciens, avec des
les grands chiffres qui permet- outils spécialisés développés par la
tent de caractériser l’ampleur IGOA exerce trois métiers qui se complètent et s’enrichissent mutuelle- division, et sécurisation, en particulier
des ouvrages de toutes natures ment, appliqués principalement aux domaines des ponts, des viaducs, vis-à-vis des risques incendie.
qui dépendent du service des des tunnels, des soutènements, voire à tous types de structures com- Le but de cette organisation est de
ouvrages d’art ? plexes : les études de structures de génie civil, le suivi de chantiers et constituer un ensemble cohérent de
La SNCF gère, pour le compte de l’expertise-diagnostic. compétences, capable de gérer toutes
RFF, un ensemble de 30 000 km les questions liées aux ouvrages d’art
de voies sur lesquelles figurent qui impactent le réseau ferroviaire,
50 000 ponts et 1 500 tunnels, dont que ce soit aussi bien au niveau des
un certain nombre ont été construits de travaux et la conduite des projets nombreux projets d’investissement investissements que de la surveillance
au 19e siècle. En parallèle, elle réalise simples ; de tous types : principalement des et de la maintenance. C’est un
constamment des investissements à Une direction technique avec un ponts-rails, mais aussi des ponts- choix d’entreprise qui assure une
sur le réseau, soit pour renouveler département de 130 personnes dédié routes, des murs de soutènement, des certaine fertilisation des équipes :
des ouvrages qui sont en fin de vie, aux ouvrages d’art (IGOA), basé à tunnels, voire des gares. C’est ainsi, les concepteurs d’ouvrages neufs
soit pour en construire de nouveaux, Saint-Denis, assurant les expertises par exemple, qu’IGOA a assuré la disposent du retour d’expérience de
sur les lignes nouvelles mais aussi particulières sur le réseau ferré conception et suit la réalisation de la la maintenance et, inversement, ceux
sur les voies existantes dans le cadre lorsque des cas complexes sortent nouvelle gare Transilien « Rosa Park », qui expertisent des ouvrages existants
d’aménagements spécifiques. du domaine de compétence des pôles en construction à Paris sur les lignes peuvent prendre l’avis d’un ingénieur
Sur le plan juridique, la propriété du régionaux ainsi que la définition de de Paris-Est mais aussi participe à structure pour évaluer, par exemple,
réseau est à RFF qui en délègue la la politique générale de maintenance celle de Montpellier Saint-Roch qui la gravité d’un défaut, au-delà de
gestion opérationnelle à SNCF Infra. pour ses aspects techniques. est en restructuration forte ou encore la seule inspection visuelle.
Dans le domaine des ouvrages IGOA dispose par ailleurs d’un a mené le chantier du pôle multimodal
d’art, cela signifie que RFF se dote bureau d’études intervenant sur de de Massy-Palaiseau. Qui sont vos clients
d’enveloppes budgétaires pour et que leur proposez-vous ?
réaliser des travaux dont l’exécution Au sein de cette direction Nos premiers clients sont RFF et la
est majoritairement déléguée à SNCF technique, comment les travaux SNCF. Mais un tiers de notre activité
Infra Ingénierie. 1- Patrice Schmitt, sont-ils répartis tant au niveau s’exerce en direction de clients exté-
chef du Départe-
ment des ouvrages des gares que des ouvrages d’art rieurs dont les activités ne relèvent
Comment la gestion de ce d’art à la Direction et des infrastructures ? pas du domaine ferroviaire : sociétés
patrimoine est-elle organisée ? de l’Ingénierie Au sein d’IGOA, outre le bureau d’autoroute, conseils généraux,
Elle est assurée d’abord par les per- de la SNCF. d’études de structures que je viens communautés urbaines, entreprises
sonnels des établissements « mainte- 2- Pont sur la d’évoquer, on trouve une division de BTP, notamment, de construction
nance » qui assurent la surveillance Maine à Angers. « expertise & travaux » qui a plusieurs métallique. Nous réalisons pour eux
et l’entretien courants des ouvrages - 3- Viaduc en missions : la première est d’expertiser en premier lieu des prestations de
maçonnerie de
de l’ordre de 200 personnes - répartis Cize-Bolozon sur les structures sur le réseau, la deu- maîtrise d’œuvre dans le domaine
sur l’ensemble du territoire, auxquelles Bourg-Bellegarde. xième est de suivre la réalisation des du neuf ou et de la réparation.
s’ajoutent les quelques 300 per- 4- Équipes de ré- chantiers neufs sous tous ses aspects, Pour vous donner quelques exemples
sonnes de la Direction de l’Ingénierie paration de ponts de la maîtrise d’œuvre travaux au de chantiers en cours : renforcement
organisée en deux grands services : métalliques de la contrôle extérieur de construction. du viaduc en béton précontraint de
à Une direction régionale avec des SNCF sur le viaduc La quatrième division est chargée Bellegarde sur l’A40, remplacement
de Garabit.
bureaux disséminés dans 20 pôles de l’ensemble des métiers liés aux de la suspension du pont sur la
5- Austerlitz-
(PRI) sur tout le territoire, qui a en Tolbiac-Masséna : tunnels : inspection et expertise, Loire à Ancenis, confortement du
charge les inspections détaillées de couverture des conception et définition des travaux pont Daydé permettant d’accéder
ces ouvrages, l’évaluation des besoins voies. à réaliser, mesure et surveillance à l’île Seguin à Boulogne Billancourt,

© SNCF-IGOA © SNCF-IGOA

4 5

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 19


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

creusement du tunnel de Talant pour La première étape pour RFF a donc


la LINO à Dijon. été d’externaliser la maîtrise d’œuvre
La particularité de notre département
LA RECHERCHE AUSSI sur les LGV, ce qui a été le cas, par-
est, en plus de la conduite de projets IGOA est impliqué dans des actions de recherche-développement pour la tiellement, sur la LGV Est, et en totalité
neufs, d’être aussi gestionnaire d’in- SNCF, pour RFF ainsi que dans le cadre de projets européens ou nationaux. sur la LGV Rhin-Rhône.
frastructure c’est-à-dire de conserver, Sur les dernières lignes nouvelles
Principaux axes d’intérêt :
lorsqu’on construit des ouvrages, qui sont toutes en PPP, la procédure
le souci permanent de leur durabilité • Sécurité de l’infrastructure et optimisation de la maintenance, est encore différente. La SNCF, en
et de leur maintenabilité sur le long • Amélioration de la disponibilité du réseau, tant que futur exploitant, n’a pas eu
terme. • Maîtrise des interfaces ouvrage / remblai, ouvrage / voie, la liberté d’intégrer un groupement
Il y a un autre type d’activité que nous • Connaissance du comportement des ouvrages, candidat aux PPP pour des raisons
proposons à ces maîtres d’ouvrages • Développement de structures nouvelles. de juste concurrence. Ce qui explique
dans le domaine des investisse- la naissance de filiales telles qu’Inexia,
Ces sujets de recherche donnent lieu au développement d’outils tels que
ments : le contrôle de fabrication, en qui a fusionné avec Systra depuis...
prototypes de ponts provisoires, engin de relevé de gabarits en tunnel,
particulier des structures métalliques. qui permettent à la SNCF de participer
radar spécialisé dans l’auscultation des maçonneries.
Nous avons effectué, en usine et très indirectement à l’aventure.
sur site, le contrôle des structures
métalliques du viaduc de Millau, celui Le savoir-faire d’IGOA béné-
de la passerelle Simone de Beauvoir ficie-t-il également à d’autres
à Paris, d’ouvrages de la route des Les compétences que nous avons Depuis que la SNCF n’est plus domaines que celui des projets
Tamarins à La Réunion, de plusieurs développées pour le système ferro- maître d’œuvre des lignes à et de l’expertise ?
viaducs de l’A89 ou encore du pont viaire dans le domaine du diagnostic grande vitesse du TGV pour des IGOA participe activement, par
levant Bacalan-Bastide à Bordeaux. de structures sont en effet appréciées raisons réglementaires, comment exemple aux travaux de normalisa-
C’est une activité que nous pensons par d’autres maîtres d’ouvrage et avez-vous compensé cette perte tion, française ou européenne.
être vitale pour garantir une bonne peuvent être appliquées à d’autres d’activité ? Dans le domaine de la certification,
qualité de réalisation des ouvrages, constructions que des ouvrages Oui, dans le domaine ferroviaire, il y a nous collaborons avec l’AFNOR pour
en appui à l’action du maître d’œuvre. ferroviaires. eu effectivement une volonté de RFF la certification des centrales à béton
Notre avantage à IGOA est que les Nous effectuons enfin des études d’externaliser les missions de maîtrise au même titre, par exemple, que
personnes qui l’exercent disposent d’exécution essentiellement de struc- d’œuvre. Sur le réseau exploité, le CEBTP, mais aussi pour celle
d’un regard global sur les ouvrages tures métalliques pour des industriels, le recours à d’autres maîtres d’œuvre des carrières de granulats.
incluant aussi bien le contrôle de tels que Baudin-Châteauneuf (viaduc reste encore difficile et marginal en Depuis que la SNCF a renoncé il y a
la structure elle-même que celui de de la Maine à Angers) ou Eiffage raison de l’interface existant entre une dizaine d’années à son système
son fonctionnement dans le temps, Constructions Métalliques, avec l’exploitation et les chantiers. d’agrément propre dans le domaine
avec une bonne évaluation des points par exemple plusieurs ouvrages des centrales à béton, elle a bâti avec
critiques pour la durabilité et de la de la LGV Rhin-Rhône pour laquelle l’AFNOR une certification cohérente
gravité des problèmes qui peuvent nous n’étions pas maître d’œuvre. qui s’applique désormais à la plupart
se poser. Nous avons notamment accompagné des maîtres d’ouvrage. Nous sommes
Nous assurons par ailleurs de nom- Eiffage Construction Métallique et 6- Carottage sur partie prenante de cette certification
cordes par les
breuses inspections et des diagnostics Eiffage TP, pour les études d’exécution équipes d’IGOA et, à ce titre, nous effectuons nous-
d’ouvrages : par exemple, nous du viaduc de la Savoureuse, près sur les viaducs mêmes une partie des audits et nous
sommes titulaires de marchés de de Belfort, qui est l’ouvrage phare du Boulonnais participons à la rédaction des normes.
surveillance pluriannuelle des ponts de la ligne. Nous avons proposé une (réseau SANEF).
de Normandie et de Tancarville, des variante de conception par rapport à 7- Remplace- Quels sont actuellement
ment de tablier
viaducs autoroutiers du Boulonnais l’offre de base du maitre d’œuvre, qui du pont-rails vos chantiers phares ?
(SANEF) ou encore des tunnels a été retenue et nous avons assuré de Culoz sur Après avoir été longtemps ceux des
du Conseil Général de la Savoie. les études d’exécution qui ont suivi. le Rhône. LGV, cela ne l’est plus pour les raisons

© SNCF-IGOA © SNCF-IGOA

6 7

20 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


que je viens d’évoquer, depuis la pris conscience de la nécessité
création des PPP, qui nous ont écarté
de ce secteur d’activité, même si,
QUATRE DIVISIONS de renouveler un certain nombre
d’ouvrages sur le réseau existant
en deuxième étape, nous sommes IGOA est organisé en 4 divisions : deux d’études de structures de tous avec des programmes qui ont conduit
encore présents d’une autre manière types, une consacrée à l’expertise et au suivi de travaux et une dernière à un premier volant d’opérations.
sur SEA (Sud Europe Atlantique), et spécifique aux tunnels. Le département entretient également une cellule Aujourd’hui, on est plutôt dans
sur BPL (Bretagne - Pays de Loire). spécialisée dans la recherche et les calculs spéciaux. une phase d’accélération puisque
Sur la ligne SEA, nous réalisons les ouvrages restant à traiter sont
des prestations de contrôle d’études nombreux par rapport à ce qui a pu
et de contrôle de fabrication. être renouvelé dans les 30 dernières
Sur BPL, nous travaillons aux côtés du Trois ouvrages de ce type vont être remplacement de ces ouvrages sur années et ils ont encore vieilli.
bureau d’études interne de Eiffage TP réalisés par Eiffage TP sur BPL : les lignes les plus importantes, qui On dénombre plus de 1 000 grands
sur 3 viaducs mixtes, pour lesquels les viaducs du Vicoin, de la Courbe et monte en puissance auprès de RFF ouvrages métalliques, c’est-à-dire
nous avons d’ailleurs proposé une du Quartier, entre Le Mans et Rennes. et conduira à engager de nombreuses avec des portées supérieures à
conception nouvelle qui n’avait opérations dans les années à venir. 20 mètres, construits avant 1945,
jamais été mise en œuvre précédem- À coté de cet élargissement pour lesquels la question du renouvel-
ment. de compétences, comment Quels types d’ouvrages lement se pose, dès lors que l’avenir
le réseau ferroviaire existant cette politique concerne-t-elle ? de la ligne est assuré.
Des conceptions nouvelles se situe-t-il au niveau de votre Il s’agit de pérenniser l’ensemble des La difficulté de ce type d’opération
de quelle nature ? activité ? viaducs, petits et grands, qui condi- est très différente de celle de la
Nous avons proposé au groupement Notre domaine principal, aujourd’hui, tionnent le bon fonctionnement d’une construction d’un ouvrage neuf :
de pousser au bout le concept de c’est encore de loin le réseau exploité ligne. Cela concerne des ouvrages en particulier, le phasage des travaux
la structure mixte en créant des et, notamment, le défi que constitue qui posent aujourd’hui des questions doit être en général adapté à la né-
ouvrages à double fonctionnement la maintenance et le renouvellement d’obsolescence, mais en poseront à cessité de maintenir la ligne en
mixte. Schématiquement, dans la de tous les ouvrages qui sont en fin terme de sécurité et dont la défaillance circulation.
structure classique d’un ouvrage de vie. peut avoir un impact fort sur la régula- Les méthodes aussi sont spécifiques.
mixte acier-béton, le hourdis supérieur C’est un travail continu qui va s’étaler rité du trafic. Ce type d’opération est difficile à
en béton et les poutres métalliques sur des dizaines d’années avec, Lorsqu’on découvre des fissures engager parce qu’il demande des
sont très efficaces dans les zones en priorité numéro 1, certains tunnels sur ces ouvrages, on est contraint à arbitrages entre les besoins de tra-
de moment positif en travée, puisque qui sont préoccupants ainsi que prendre immédiatement des mesures vaux et la gêne que cela occasionne
le béton du hourdis participe en les viaducs métalliques anciens qui d’exploitation telles que la réduction à l’exploitation, alors que la demande
compression. Sur appui, il est tendu, souffrent évidemment de la corrosion de la vitesse, l’interdiction de certains pour faire passer les trains avec le
non participant, et tout l’effort doit être mais surtout de la fatigue. trains, voire la fermeture temporaire plus de régularité possible est grande.
repris par la poutre métallique seule. Il existe une politique préventive de de la ligne le temps des réparations. Ces travaux représentent aujourd’hui
L’idée était d’inverser le fonctionne- Sur des lignes très exploitées, une notre activité principale avec un défi
ment sur appui en réalisant aussi un intervention, ne serait-ce que de sur les zones denses, notamment
hourdis inférieur en béton, destiné quelques jours, est très lourde la région parisienne qui souffre de
à reprendre la compression et ainsi de conséquences. sous-investissements depuis trop
obtenir un comportement mixte sur 8- Augmenta- longtemps : le réseau n’est pas
appui comme en travée. Cela conduit tion du débou- Ce domaine de maintenance tout à fait adapté à l’augmentation
à des économies assez substantielles ché du tunnel et de renouvellement est-il du trafic actuelle et encore moins à
par réduction importante des quanti- des Roches ainsi en train de devenir l’activité celle attendue dans les années à venir.
de Condrieu.
tés d’acier nécessaires. principale du département des Les besoins sont très importants et
9- Construc-
Cette variante améliore aussi nota- tion de la gare ouvrages d’art d’Infra Ingénierie ? touchent tant le domaine du génie
blement le fonctionnement des struc- de Wuhan en Il l’a toujours été mais l’est aujourd’hui civil que celui des équipements ferro-
tures, qui sont plus rigides. Chine. plus qu’hier. Dans les années 80, on a viaires. 

© SNCF-IGOA © SNCF-IGOA

8 9

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 21


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

1
© ERSEM

ERSEM
AU CŒUR DU MÉTIER
DE CONSTRUCTEUR D’OUVRAGES
REPORTAGE DE MARC MONTAGNON

ERSEM EST UNE TPE DE TROIS PERSONNES DONT LA COMPÉTENCE EST UNANIMEMENT RECONNUE PAR LES
ENTREPRISES DE TRAVAUX PUBLICS EN FRANCE MAIS AUSSI À L’ÉTRANGER. ELLE INTERVIENT DANS LE DOMAINE
TRÈS POINTU DES ÉQUIPAGES MOBILES MAIS AUSSI DANS CELUI, TOUT AUSSI EXIGEANT, DES OUTILS COFFRAGES
MÉTALLIQUES SUR MESURE ET DES CELLULES DE PRÉFABRICATION DE VOUSSOIRS. UN CERCLE TRÈS FERMÉ DONT
LES RÉALISATIONS SONT REMARQUABLES, AU VRAI SENS DU TERME.

J
ean-Marc Serre, son directeur, nieur sup-aéro, à la grande époque de 1- L’équipage cette technologie française axée priori-
nous présente les spécificités la construction des ponts coulés en de première tairement sur la productivité et la sécu-
phase du chan-
de son entreprise tout en place par encorbellements successifs, tier du viaduc rité des chantiers.
nous faisant partager sa pas- afin de répondre aux besoins des des Trois Bassins Lorsque Pierre Cozzi prend sa retraite
sion : celle de la construction des majors français en matière de procédés à la Réunion en 1999, il vend la société à Etic, une
Ouvrages d’art. de constructions. en 2006. entreprise spécialisée dans les appa-
Ersem est installée à Toulouse et a été Ersem est arrivée sur le marché à cette reils d’appui, les joints de chaussée
créée en 1978 par Pierre Cozzi, ingé- époque et a immédiatement développé et détentrice du procédé de précon-

22 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


trainte BBR. Ersem apportait à Etic des travaux publics diplômé du CHE- AU CŒUR DU MÉTIER : « Le cœur du métier d’un constructeur
son savoir-faire et son expérience en BAP qui a commencé sa carrière au LE CHANTIER de pont, poursuit Jean-Marc Serre,
matière d’équipements provisoires liés bureau d’études « ouvrages d’art » de La boucle est donc partiellement bou- cela reste les méthodes, les procédés
à la réalisation des grands ouvrages, Spie Batignolles, puis l’a poursuivi sur clée en 2011 et l’aventure se poursuit de réalisation et donc les outils qui
une opportunité qui va lui permettre de des chantiers de travaux maritimes et avec une ligne directrice, presque une vont permettre l’exécution. Aujourd’hui,
répondre aux demandes de ses clients de génie civil, notamment d’ouvrages philosophie à laquelle Ersem n’a jamais l’évolution fait que l’aspect contractuel
à l’international. d’art. dérogé depuis sa création : être un par- prend le dessus sur ce qui devrait rester
C’est à cette époque que Jean-Marc tenaire complet des entreprises en leur du domaine de la créativité. C’est l’un
Serre rejoint Ersem après 12 ans proposant des équipements élaborés, des maux qui risque de faire perdre à
passés chez Spie-Batignolles, où il conçus pour répondre de la manière la notre métier son intérêt technique donc
est alors responsable technique du plus efficace aux impératifs d’un projet son sens : on devient de plus en plus
chantier de l’extension de l’aéroport 2- Vue d’ensem-
ainsi qu’à ses aléas éventuels avec le manager et de moins en moins bâtis-
de Madère (Portugal). ble du viaduc souci constant de réaliser des outils seur. Notre milieu est de plus en plus
L’entreprise est alors dirigée par André des Trois Bassins adaptés aux contraintes techniques et sectorisé et chacun fait la tâche qui lui
Heusse, recruté dix ans auparavant par en 2006. humaines d’un chantier. est confiée sans avoir une vision globale
Pierre Cozzi auquel il avait succédé lors 3- Chantier Cette ligne directrice a été mise en du chantier. Or, ce qui reste le cœur de
de son départ à la retraite. du viaduc de place par Pierre Cozzi, respectée et notre métier, c’est le chantier et tous
la Grande Ravine
André Heusse prend à son tour sa à La Réunion poursuivie par André Heusse puis par les collaborateurs d’Ersem continuent
retraite en 2004 et Jean-Marc Serre en 2008. Jean-Marc Serre. de partager cet attachement ».
lui succède en tant que directeur alors 4- Les équipages « Historiquement, depuis la création de
que Ersem fait toujours partie de Etic. pour la réalisa- l‘entreprise, précise-t-il, le recrutement UNE TECHNIQUE
En 2011, Etic vend l’ensemble de ses tion du viaduc chez Ersem s’est toujours fait de cette FRANCO-FRANÇAISE
filiales à Demathieu & Bard à l’excep- de la Grande façon ; c’est-à-dire avec des collabo- Les équipages dits « par en dessous »
Ravine.
tion d’Ersem que Jean-Marc Serre rateurs recrutés chez ses clients, qui autour desquels Ersem a bâti sa répu-
5- Viaduc
décide alors de reprendre. de Saint-Paul ont la fibre technique, qui s’intéressent tation présentent une particularité :
Nouveau départ à l’issue d’un par- à La Réunion à l’outil, qui ont le sens et l’amour du l’ensemble de la structure porteuse est
cours classique pour cet ingénieur en 2006. chantier ». située sous le tablier.

2 3
FIGURES 3, 5 & 6 © ERSEM

4 5

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 23


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

© ERSEM
6

© ERSEM

7 8

Cette conception permet de préfabri- sans possibilité de modularité donc de 6- Équipages du une économie d’échelle avec la possi-
quer les cages d’armatures, donc de réutilisation. Pont de Cé sur bilité de réemploi des équipements plu-
sortir du cycle cette tâche réalisée À cela s’ajoute, en amont, la culture la Loire en 2009. tôt que sur l’optimisation de l’outil à un
en temps masqué, et par la même de la préfabrication des cages d’ar- 7- Cellule de projet donné. Cela explique que le mar-
d’améliorer sensiblement la producti- matures, celle de la grue à tour qui préfabrication ché français de l’outil de coffrage soit
des voussoirs à
vité du cycle par rapport à des équi- n’est pas du tout émancipée, celle joints conjugués détenu par des TPE très spécialisées
pages classiques « par en dessus ». de la sécurité qui n’est pas forcément pour le viaduc alors que leurs principaux concurrents
Mais cette technologie présente un intégrée avec la même détermination de Compiègne européens, Allemands notamment,
inconvénient : elle est « franco-fran- à l’étranger ». en 2008. appartiennent à de grands groupes
çaise », difficilement exportable, car elle En effet, dans beaucoup d’autres pays, 8- Un voussoir à (Thyssen, Doka, DSI...).
implique en amont une culture propre à les entreprises s’orientent essentiel- joints conjugués
nos chantiers. lement vers des équipages beau- fini et son banc LE « C » : PRODUCTIVITÉ
de préfabrication
Jean-Marc Serre de préciser à ce coup plus lourds et rustiques mais pour la LGV Sud ET SÉCURITÉ
sujet : « Sa conception rend l’équipage réutilisables sur d’autres chantiers. Europe Atlan- Pour conjuguer ces deux critères de
prisonnier de la géométrie de l’ouvrage, Ces concurrents étrangers misent sur tique en 2012. productivité et de sécurité, Ersem a

24 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


9b
© ERSEM

9a 10

développé le système dit du « C », qui 9a- Coffrage inté- sensibilité liée à la bonne connaissance l’associe immédiatement à son élabo-
permet à l’équipage mobile, à toutes rieur de musoir de des chantiers. Je sais ce que signifie ration - soit elle obtient le marché et la
les phases du cycle, d’être « sécu- silo sur le port de arrêter un chantier, ne serait-ce qu’à consulte ensuite au même titre que ses
La Réunion en 2009.
risé » par une poutre en déport négatif cause d’un fait générateur minime tel confrères français et étrangers afin de
9b- Coffrage exté-
dont la présence limite, voire supprime rieur, entièrement que l’absence d’un boulon HR ». leur demander de remettre une offre
complètement les risques éventuels repliable pour son avec toutes ses prestations à partir du
résultant d’un ancrage défaillant sur le évacuation, d’un UNE DÉMARCHE dossier marché.
tablier, comme cela peut se produire musoir de silo sur À DEUX NIVEAUX Pour Jean-Marc Serre, le premier cas
avec un équipage par « en dessus ». le port de La Réu- Lors de l’élaboration d’un projet et de de figure est évidemment le plus pro-
nion.
Ce qui est important dans cette la soumission qui lui en est faite, Ersem ductif, car Ersem est associée au projet
10- Coffrages de
démarche, et qui différencie Jean- caissons Jarlan du peut aborder la situation de deux façons dès la phase de remise d’offres et peut
Marc Serre et ses collaborateurs de port de Tanger-Med différentes : soit l’entreprise l’implique apporter son expérience pour optimi-
la plupart de leurs confrères dont les en 2004. en amont, avant l’appel d’offres - et ser une solution pour réaliser l’ouvrage.
ingénieurs sont presque toujours issus « Dans le second cas, ce qui fait la
de l’industrie, est qu’elle est guidée en différence par rapport à nos confrères,
permanence par la culture du chantier. c’est notre créativité. Il nous faut
Elle fait partie de l’ADN de l’entreprise. convaincre le client que notre solu-
La conception qu’Ersem a de l’outil est
TROIS MÉTIERS tion, même si elle est un peu plus
toujours en interaction avec sa mise en Pour fabriquer des équipages mobiles ou des coffrages métalliques spé- chère sur le papier, va lui faire
œuvre sur chantier. ciaux tels qu’en conçoit Ersem, il faut trois compétences : charpentier, gagner du temps et de la sécurité
Par ailleurs, dans la phase amont de serrurier et chaudronnier. donc de l’argent au final. C’est une
réalisation, compte tenu de sa culture Ces trois métiers restent artisanaux mais demandent une grande com- des facettes les plus intéressantes
et de son parcours, Jean-Marc Serre pétence. Pour les chantiers en France et en Europe, Ersem l’a trouvée de notre métier, sachant qu’il n’est
est capable de dialoguer avec le bureau auprès de deux fabricants portugais avec lesquels Jean-Marc Serre évidemment pas question de trans-
d’études afin d’optimiser une solution collabore depuis 1996 - Metalozoïa à Lisbonne et Metalongo à Porto - qui former un chantier en laboratoire ».
dans l’intérêt du client. ont acquis et conservé le savoir-faire nécessaire et qui sont d’ailleurs Les marges et les délais d’exécutions
« Une telle démarche est assez reconnus pour leur qualité d’exécution. sont devenus tels qu’il n’est plus pos-
peu répandue, précise le directeur Pour les chantiers au grand export, Ersem fait appel à une entreprise sible comme cela était le cas encore
d’Ersem, car la plupart des intervenants basée à Taïwan, ce qui n’est pas arrivé depuis 2002, mais pourrait bien il y a 30 ans en arrière de proposer
dans ce domaine proviennent de l’in- se produire dans le cadre de grands chantiers à Panama et au Cameroun, une solution entièrement inédite que
dustrie métallique et n’ont pas toujours pour le franchissement de la rivière Wouri. l’on terminera de mettre au point sur
la culture du chantier. Et au-delà, la le chantier... à la force du système D.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 25


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

« Cela dit, même si notre idéal est de à une époque où la technique était
livrer un outil "clé en main", il ne faut encore à son stade de développement.
pas se leurrer car chaque concep-
DES PILES OUVRAGÉES DESSINÉES L’autre est l’amélioration sensible de la
tion est un prototype et par la même PAR DES ARCHITECTES compétitivité des charpentiers métal-
des ajustements sont nécessaires au liques qui ont largement investi pour
Un autre aspect significatif de l’activité de la TPE toulousaine mérite
moment de la prise en main par notre d’être précisé : répondre et mettre en œuvre les plus belles audaces des
rationaliser leur coût de production.
client. » C’est pourquoi Jean-Marc architectes, là encore presque une spécificité franco-française. « Dans l’immédiat, cette connotation
Serre a très tôt décidé de recruter dans Si l’on ne construisait que des piles d’ouvrages rectangulaires ou carrées, est un peu négative mais la roue va
son effectif un chef monteur, Salvador il suffirait de faire appel aux industriels du coffrage pour les réaliser. tourner, dit Jean-Marc Serre, lorsque
Ramos, indéfectible et précieux « com- En France, et c’est un souci qu’apprécie Jean-Marc Serre, l’intégration les maitres d’ouvrages vont réaliser le
pagnon d’armes » depuis 1996 sur le des ouvrages dans l’environnement a toujours été et demeure encore coût d’entretien des ouvrages mixtes.
chantier de Madère. Il est chargé tout plus aujourd’hui une préoccupation importante, à telle enseigne que tous Pour moi, l’ouvrage en béton a encore,
particulièrement de la mise en route les ouvrages et particulièrement les grands ouvrages sont toujours en France, un bel avenir devant lui
des outils, un service apprécié par dessinés à la base par des architectes qui font des choix de volumes, même si, dans l’immédiat, les équi-
de formes, de courbes qui justifient et nécessitent l’intervention d’une
les clients. Chez Ersem, on est bien pages mobiles sont moins utilisés que
entreprise spécialisée dans la conception et la construction d’outils
conscient du fait qu’il ne faut pas faire constructif quasiment sur mesure. « C’est aussi ce qui différencie le précédemment ».
de l’innovation à tout prix mais procé- monde des Travaux Publics de celui de l’industrie ». L’une de ses dernières grandes réfé-
der plutôt à pas lents et mesurés car, À ce titre Ersem est en train de réaliser les outils coffrages des piles rences en la matière demeure la route
au final, cela peut coûter très cher au architecturées du viaduc de la Sormone sur la portion du « Y ardennois » des Tamarins, sur l’ile de La Réunion,
client. C’est l’une des raisons pour les- de l’A304, affaire pour laquelle elle a proposé une solution originale qui a entre 2004 et 2009, où les coûts de
quelles ce métier nécessite beaucoup su convaincre le client Eiffage / Vinci. transport des structures métalliques
d’expérience car, pour chaque projet, et la volonté politique de favoriser les
Ersem extrapole des solutions qu’elle a emplois locaux, ont conduit à imposer
déjà mises en œuvre. la solution béton pour toute une série
Au quotidien, un bureau d’études tel mobiles pour ponts coulés en place d’ouvrages exceptionnels - viaducs
qu’Ersem est toujours partagé entre la par encorbellements successifs. des Trois Bassins, de Saint-Paul, de
11 & 12- Cof-
tentation de l’innovation et le risque que Or, depuis quelques années, les maîtres frage des piles la Grande Ravine - et d’ouvrages non
cela ne soit pas réalisable sur chantier. d’ouvrage commandent de moins en et chevêtres courants - viaduc de la Savane et
moins d’ouvrages en béton : on est du pont sur la OANC 5 - sur les chantiers desquels
LA ROUE VA TOURNER entré dans le règne du tout acier pour Maine en 2007 ce sont exclusivement des équipages
et l’une des
Le cheval de bataille de l’entreprise, plusieurs raisons dont l’une est la piles achevée. mobiles Ersem qui ont été mis en
nous l’avons longuement précisé pathologie liée à la précontrainte mise œuvre. Il s’agit, en l’occurrence de
en ouverture, ce sont les équipages en œuvre il y a plus de 40 ou 50 ans, ponts constitués de tabliers larges, de

© ERSEM

11 12

26 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


13
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plus de 20 m avec des bracons d’en- 13- Coffrage de de Saumur (Demathieu & Bard), PI 5 du 10e de millimètre dans la préfabri-
corbellement, qui ont été coulés en chevêtre pour à Orléans (Vinci et Eiffage TP) et pont cation des voussoirs pour garantir un
deux phases à l’aide de deux équipages le viaduc de de Cé (ETPO). résultat final dans la tolérance du mil-
Goutte Vignolle
par tablier. sur l’A89 en limètre lors de la pose des voussoirs. »
Hormis ces chantiers récents, les der- 2009. JOINTS CONJUGUÉS : Cela équivaut à industrialiser la réalisa-
niers grands ouvrages autoroutiers réa- 14- Avant-bec LE RÉVEIL tion de l’ouvrage avec une implication
lisés en France et auxquels a été asso- du viaduc de la Mais la roue est en train de tourner au niveau topographique d’une extrême
cié Ersem, sont les viaducs de l’A89, Bresle en 2003. pour les grands ouvrages, ainsi que le précision : chaque voussoir est réglé
de portée supérieure à 150 m avec des 15- Viaduc de prévoit d’ailleurs le patron d’Ersem. et coulé en fonction de la place qu’il
tabliers de plus de 20 m : viaduc de La La Lizaine sur la Vinci est en train de relancer une tech- occupera au final dans le tablier.
LGV Rhin-Rhône
Rauze à Cahors (1999 ), viaduc de Tulle en 2007. nologie initiée par l’entreprise Coignet Dans le cadre de cette technologie,
( 2000 ), viaduc de la Sioule ( 2003 ), puis développée par Campenon Ber- Ersem a le savoir-faire en matière
viaduc de La Colagne ( 2004 ), avec une nard et qui était en sommeil : celle des de fabrication des cellules de préfa-
parenthèse portugaise en 2001 sur le ponts à voussoirs préfabriqués à joints brication.
pont du Corgo dans le cadre du projet conjugués. La dernière fois que cette technique a
en concession SCUT par Eiffage TP. Depuis, à partir de 2008, les chan- « La technique des joints conjugués été mise en œuvre par Campenon Ber-
Sont ensuite intervenus les ouvrages tiers ont constitué essentiellement en représentait à l’époque un saut tech- nard en France remonte à 1997 pour le
de la Route des Tamarins entre 2004 des doublements sur la Loire d’ou- nologique, précise Jean-Marc Serre : on viaduc des Barrails sur l’autoroute A89
et 2009. vrages autoroutiers existants : pont passe de l’objectif du millimètre à celui prés de Libourne.
© ERSEM

14 15

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 27


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16

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18 17

1 340 VOUSSOIRS La cadence de production des moules nique des voussoirs préfabriqués à 16- Viaduc auto-
À PRÉFABRIQUER est de un voussoir par jour par moule joints conjugués, il n’est pas impossible routier du Corgo
pour les voussoirs courants et de un par au Portugal en
Dix ans plus tard, le groupe Vinci a qu’elle soit à nouveau mise en œuvre 2001.
décidé de réactiver cette technologie semaine pour les voussoirs spéciaux. pour le projet de la route côtière de La
17- Coffrage de
qui continuait d’ailleurs à être utilisée Le chantier a démarré et se déroule Réunion, qui comporte notamment un pile sur le lot 47
à l’étranger, pour répondre économi- dans les meilleures conditions, ce qui ouvrage sur l’eau d’une longueur de de la LGV Est
quement et techniquement à la concur- laisse présager d’un avenir peut-être 5 000 m, pour lequel les consultations près de Saverne
rence des ponts mixtes. serein pour la TPE toulousaine. sont en cours. Ersem compte bien y en 2011.
C’est ainsi qu’en 2007, le viaduc En effet, pour ce qui est qui de la tech- participer.  18- Chantier de
de Compiègne, d’une longueur de Kafr El Zayat en
Égypte en 2004.
2 000 mètres a été construit avec
19- L’équipe de
succès en voussoirs préfabriqués à Ersem à Tou-
joints conjugués. Tout récemment, le louse en février
même groupe adjudicataire du marché 2013 : Jean-
de la ligne Sud Europe Atlantique Bor- Marc Serre, au
centre, entouré
deaux-Tours a choisi de la mettre en de Cyril Dastu-
œuvre pour la construction de 7 grands gue (stagiaire)
ouvrages de cette ligne et fait appel à et Emmanuel
Ersem pour concevoir et réaliser les Vacher, à sa
moules de l’usine de préfabrication des droite, et Sal-
vador-Manuel
voussoirs, courants et spéciaux, située Alfaiate-Ramos,
à Poitiers, au centre du tracé. à sa gauche.
Cela concerne trois moules pour les
© MARC MONTAGNON

voussoirs courants qui produiront


chacun jusqu’à 500 voussoirs et trois
moules pour les voussoirs spéciaux
(sur piles, sur culées et sur joint). 19

28 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


COMPLÉTEZ VOTRE COLLECTION DE REVUE TECHNIQUE DES ENTREPRISES DE TRAVAUX PUBLICS

880 - SOLS & FONDATIONS 881 - TRANSPORTS 882 - PATRIMOINE 883 - TRAVAUX SOUTERRAINS 884 - INTERNATIONAL
& INFRASTRUCTURES & REHABILITATION

885 - ROUTES 886 - VILLE DURABLE - 887 - EAU, BIODIVERSITE 888 - OUVRAGES D’ART 889 - SOLS & FONDATIONS
ET TERRASSEMENTS ENERGIE - URBANISME & INFRASTRUCTURES

890 - TRANSPORTS, ROUTES 891 - PATRIMOINE 892 - LGV RHIN-RHÔNE 893 - INTERNATIONAL 894 - TRAVAUX SOUTERRAINS
ET TERRASSEMENTS & REHABILITATION

BON DE COMMANDE
À renvoyer à : Com et Com - Service Abonnements TRAVAUX - Bât. Copernic - 20 av. Édouard Herriot - 92350 Le Plessis-Robinson
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en indiquant le nombre d’exemplaires) : Nom Prénom
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889 x ___ 890 x ___ 891 x ___ Tél. : Fax :
892 x ___ 893 x ___ 894 x ___ Email : Merci de ne pas communiquer mon adresse mail.
Soit un montant total de : Je joins mon règlement d’un montant de € TTC par Chèque à l’ordre de ESI
__________numéros x 25 € =___________€ ATTENTION : tous les règlements doivent être libellés exclusivement à l’ordre de ESI
(Pour une commande de plus de 20 numéros le prix
passe de 25 € à 20 € l’unité. Pour plus de 100 numéros Je réglerai à réception de la facture Date, signature et cachet de l’entreprise obligatoire
commandés le prix est de 17 € l’unité. Pour les auteurs
de la revue le prix est de 15 € l’unité). Je souhaite recevoir une facture acquittée

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rectification des données concernant les abonnés peut s’exercer auprès du service abonnements. Ces données peuvent
être communiquées à des organismes extérieurs. Si vous ne le souhaitez pas, veuillez cocher cette case
AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 29
OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
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LE RENFORCEMENT
DU VIADUC DE MARTIGUES
AUTEURS : SAMY AMMAR, RESPONSABLE TRAVAUX, BOUYGUES TP RÉGIONS FRANCE - LOUIS MONTIGNY, RESPONSABLE TRAVAUX,
BOUYGUES TP RÉGIONS FRANCE - CYRIL COTTEY, INGÉNIEUR CHARGÉ D’AFFAIRE OUVRAGE D’ART, BUREAU D’ÉTUDES COGECI

CONSTRUIT ENTRE 1969 ET 1972, LE VIADUC EMBLÉMATIQUE DE MARTIGUES SUPPORTE 80.000 PASSAGES QUOTI-
DIENS. LES PATHOLOGIES ACTUELLES RÉVÉLENT LES INSUFFISANCES RÉGLEMENTAIRES ET TECHNOLOGIQUES DE
L’ÉPOQUE : FISSURATION DES NERVURES, DÉGRADATION DES APPUIS, OBSOLESCENCE DES DISPOSITIFS PARASIS-
MIQUES. COMMENCÉS EN 2011, LES TRAVAUX COMPRENNENT UNE PRÉCONTRAINTE EXTÉRIEURE LONGITUDINALE,
L’INJECTION DES FISSURES, LE REMPLACEMENT DES APPAREILS D’APPUIS ET LA REPRISE TOTALE DE LA CONCEPTION
PARASISMIQUE. LES DIMENSIONS DE L’OUVRAGE IMPOSENT LE RECOURS À DES OUTILS ET DES ACCÈS SPÉCIFIQUES.

1
© PHOTOTHÈQUE BYTPRF

L’OUVRAGE 40 m de haut pour 115 m de large ; 1- Vue géné- culée nord qui est de 34,50 m, soit
Le viaduc de Martigues supporte l’A55 à Quatre viaducs d’accès, deux au rale du viaduc une longueur totale de 259,50 m.
de Martigues.
et permet de franchir la passe navi- nord et deux au sud, objets des travaux Les viaducs sud sont constitués de
gable reliant l’étang de Berre à la mer de réparation et de renforcement. 7 travées continues, de portée cou-
Méditerranée (figure 1). Il est composé Les viaducs d’accès sont des tabliers 1- General view rante 45 m, sauf la travée d’extrémité
of the Martigues
de deux types d’ouvrage : jumeaux indépendants portant chacun viaduct. sur la culée sud qui est de 44,50 m,
à Un ouvrage principal métallique un sens de circulation. Les viaducs portant la longueur totale à 314,50 m.
de type pont à béquille d’une lon- nord sont constitués de 6 travées Ils présentent une pente longitudinale
gueur totale de 300 m, permettant de continues, de portée courante 45 m de 4 % et un dévers unique de 2 %
dégager un gabarit de navigation de excepté la travée d’extrémité sur la vers les rives extérieures.

30 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


Les tabliers sont des dalles nervurées Les tabliers s’appuient sur les piles LA NÉCESSITÉ DE RÉALISER règnent sur les trois quarts de la hau-
de 3 m de hauteur, précontraintes lon- en « I », dont la hauteur varie de 23 à DES TRAVAUX teur des nervures depuis leur base.
gitudinalement et transversalement. 43 m à l’approche de l’ouvrage métal- Plusieurs campagnes d’investigations Elles sont principalement dues à une
Les câbles de précontrainte longitudi- lique. À l’une des extrémités les tabliers menées entre 1981 et 2003 ont mis mauvaise appréhension du fonction-
nale sont munis de coupleurs au droit reposent sur des culées creuses, à en évidence certaines pathologies : nement des coupleurs de précon-
des reprises de bétonnage. l’autre sur des piles-culées en « I » à Une fissuration dans l’environne- trainte, à la non prise en compte des
Les nervures ont une largeur variable communes avec l’ouvrage métallique. ment immédiat des zones de reprise effets du gradient thermique, ainsi
de 0,86 m à leur base à 1 m à leur Sur chaque pile culée, 4 amortisseurs de bétonnage (zone de couplage de la qu’à une médiocre qualité du béton
encastrement sur le hourdis. L’entraxe parasismiques (vérin à huile simple précontrainte longitudinale existante), dans ces zones particulièrement déli-
des nervures est de 8,40 m. Le tablier effet) de 150 tonnes de capacité sont situées à 9 m des lignes d’appuis. cates dans la mise en œuvre (ségré-
a été réalisé à l’avancement à l’aide disposés entre le tablier métallique et Ces fissures suivent sensiblement gation évidente, béton mal serré,
d’un cintre auto lanceur. les tabliers béton. la ligne de reprise de bétonnage et caverneux) ;

2- Modélisa-
tion éléments
finis ROBOT - MODÉLISATION ÉLÉMENTS FINIS ROBOT
Cartographie Cartographie de contrainte normale Syy
de contrainte
normale Syy.
3- Vue d’en-
semble du
modèle ROBOT
pour l’étude
sismique (ta-
blier sud est).

2- ROBOT
finite element
modelling -
Mapping of
normal stress
Syy.
3- Overall view
of the ROBOT
model for the
seismic study
(southeastern
deck).

VUE D’ENSEMBLE DU MODÈLE ROBOT POUR L’ÉTUDE SISMIQUE


(tablier sud est)
FIGURES 2 & 3 © COGECI

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 31


OUVRAGES

ART
D’

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CONCEVOIR
CONSTRUIRE

4- Vue des LES ÉTUDES D’EXÉCUTION


dispositifs CONTEXTE RÉGLEMENTAIRE /
de vérinage
(consoles HYPOTHÈSES DE CALCUL
et vérins). Les études d’exécution de la réparation
5- Vue du viaduc de CARONTE ont été réali-
générale sées conformément aux hypothèses
accès piles. suivantes :
à Règlement de calcul appliqué :
4- View of règles BPEL 91 ;
the jacking à Charges considérées pour le re-
devices calcul de la flexion longitudinale de
(brackets
and jacks). l’ouvrage :

© PHOTOTHÈQUE BYTPRF
5- General - Fascicule 61 titre II (système de
view of pier charges civiles Al et Bc, et charge
access. militaire MC120),
- Effet de température (température
4 uniforme - 40°C /+ 30°C, gradient
+ 8°C),
à Règlement de calcul appliqué pour
à Une dégradation très avancée de ouvrages) et globalement insuffisants. est complété par l’injection préalable les études sismiques : AFPS 92 et
l’ensemble des appareils d’appuis : Les différentes études d’avant projet des fissures, le remplacement des Eurocode 8-2.
feuillets écrasés, gerçures générali- ont abouti à la nécessité de réaliser appareils d’appuis et la modification Le projet de renforcement n’a pas pour
sées, dysfonctionnement des appareils un renforcement de l’ouvrage par totale de la conception parasismique objet de rendre l’ouvrage strictement
d’appuis glissants sur pile culées ; précontrainte additionnelle ancrée aux de l’ouvrage (la ville de Martigues conforme aux règlements actuels, mais
à Des dispositifs antisismiques lon- extrémités de chaque tablier et dimen- passe de zone sismique faible à modé- de refermer les fissures au droit des
gitudinaux hors service (désolidarisés sionnée pour recomprimer les sections rée suivant la nouvelle réglementation joints de couplage de la précontrainte
des ouvrages et/ou non parallèles aux critiques de l’ouvrage. Ce renforcement sismique nationale). existante. Sur ces bases, la précon-

© PHOTOTHÈQUE BYTPRF

32 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


trainte additionnelle a donc été dimen- calculs (calcul en fluage scientifique).
sionnée de telle sorte que : Ces modèles ont permis d’établir les
Au droit des joints de construction des nouvelles descentes de charge en
travées (section de couplage de la pré- service sur les néoprènes et de vérifier
contrainte existante) : les contraintes normales et contraintes
à Critère 1 : La section soit toujours de cisaillement dans les tabliers durant
comprimée sous l’action des charges les différentes phases de la vie de
extérieures combinées à l’ELS fréquent l’ouvrage (état actuel avant réparation,
et sous les seules effets de la précon- état après réparation, état en phase de
trainte ; vérinage ultérieur, état au temps infini
à Critère 2 : À l’ELS rare, les trac- à t = 50 000 jours).
tions dans les aciers passifs et les Les justifications des sections de joint
surtensions dans les câbles calculées (calcul en sections fissurées) ont été
en classe III soient conformes aux pres- conduites à l’aide du logiciel CDS du
criptions du BPEL ; SETRA.
à Critère 3 : À l’ELU, les déforma- Pour ces vérifications, l’effet de la pré-
tions des différents matériaux soient contrainte a été considéré par un calcul
conformes aux prescriptions du BPEL. en fourchette en supposant :
Partout ailleurs : à Soit un niveau de fonctionnement
à Critère 4 : la précontrainte addi- correct des coupleurs de précontrainte,
tionnelle n’entraine que des compres- traduit par la prise en compte de 100 %
sions dans l’ensemble des sections. de l’effort de précontrainte transmis
Les études de clouage des massifs dans la section ;
d’ancrage de la précontrainte addi- à Soit d’un niveau de fonctionnement
tionnelle (et massifs déviateurs) ont été altéré des coupleurs de précontrainte,
menées suivant la norme NFP 95-104. traduit par la prise en compte de 70 %
L’accroche des massifs a été justifiée de l’effort de précontrainte transmis
à l’aide de barres précontraintes de dans la section.
clouage complétées par des scelle- 6
© PHOTOTHÈQUE BYTPRF
ments d’aciers passifs selon l’article ÉTUDE DES MASSIFS D’ABOUTS
paru dans le n°501 des annales de Les massifs d’abouts sont équipés d’un
l’ITBTP de février 1992. Un dimen- 6- Hissage ÉTUDES DE FLEXION système de précontrainte par barres
sionnement mixte (Béton précontraint d’une passerelle LONGITUDINALE dont le rôle est d’équilibrer les sollici-
- Béton armé) a donc été retenu : périphérique. Les études de flexion longitudinale tations suivantes :
à Sous sollicitations ELS, l’accroche 7- Vue d’ensemble ont été réalisées sous le logiciel ST1 Barres verticales :
des dispositifs
du massif a été justifiée au sens de la de hissage. du SETRA à l’aide d’une modélisation à Reprendre le cisaillement sous dif-
norme NFP 95-104 par la seule pré- filaire de chaque tablier béton. fusion d’équilibre général amené d’une
contrainte ; L’ensemble de la précontrainte (câblage part par la précontrainte existante et
6- Hoisting
à Sous sollicitations ELU, l’accroche a peripheral existant et câblage additionnel) a été d’autre part par la précontrainte addi-
du massif a été justifiée selon le n°501 foot bridge. rentré dans la modélisation. tionnelle.
des annales de l’ITBTP par la précon- 7- Overall Les effets différés du béton (retrait, à Assurer le clouage des pièces de
trainte associée à des armatures pas- view of hoisting fluage) et de la précontrainte (pertes charpente recevant les RAP en sous
sives scellées. devices. par relaxation) ont été intégrés dans les face des nervures.
© PHOTOTHÈQUE BYTPRF

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 33


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

© PHOTOTHÈQUE BYTPRF
8

8- Vue du pla-
teau coffrant
en phase de
hissage.
9- Vue du pla-
teau coffrant
sur pile culée
PC6 en fin de
hissage, avant
ripage.

8- View of the
formwork plate
in the hoisting
phase.
9- View of
© PHOTOTHÈQUE BYTPRF

the formwork
plate on PC6
abutment pier
at the end
of hoisting,
9 before sliding.

Barres horizontales : lytique conformément à l’annexe IV du (figure 3). Cette modélisation a permis ont été mis en œuvre entre les tabliers
à Justifier le clouage du massif sous BPEL et complétées par des analyses de déterminer : et les culées appui fixe de manière à
l’effet de l’ancrage de la précontrainte locales à l’aide de modélisations aux à Les efforts transversaux à reprendre limiter l’effort sismique global sollici-
additionnelle. éléments finis volumiques réalisées par les butées parasismiques en tant les culées. Les RAP ont donc été
à Reprendre le glissement amené par sous le logiciel ROBOT (figure 2). tête de pile ; dimensionnés selon 2 critères :
la précontrainte verticale à l’interface à Les déplacements transversaux du à Obtenir un effort global sismique
massif/nervure existante. ÉTUDE SISMIQUE tablier sous séisme ; longitudinal sur le point fixe des culées
à Reprendre le glissement provenant Dans les directions transversale à Les descentes de charges verticales inférieur à 1 200 t (effort maximum
du couple amené par les RAP (Ressorts et verticale sous séisme sur les néoprènes. horizontal pouvant être repris par les
Amortisseurs Précontraints) sur le mas- L’effet du séisme dans les directions Dans la direction longitudinale culées) ;
sif en situation sismique. transversale et verticale a été étudié de l’ouvrage à Obtenir un déplacement du tablier
Les études de diffusion des abouts ont à l’aide d’une analyse spectrale mul- Dans la direction longitudinale, des au niveau de son point fixe inférieur à
été menées selon une approche ana- timodale réalisée sur le logiciel ROBOT Ressorts Amortisseurs Précontraints 20 mm.

34 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


Les câbles règnent sur la quasi-tota-
lité de la longueur des tabliers et sont
déviés sur piles et en travées par des
déviateurs. Les gaines en PEHD sont
mises en œuvre à l’avancement, tra-
vée par travée, et raccordées entre elle
par manchons electrosoudables. Des
dispositifs de maintient provisoire des
gaines de type « hamacs » sont mis en
œuvre pour permettre les opérations
d’enfilage des torons. Retendable et
remplaçable, cette précontrainte est
injectée à la cire pétrolière. Les équipes
de VSL France, Entreprise Spécialisée
de Précontrainte et certifiée ASQPE,
sont chargés de sa mise en œuvre.
Les câbles sont ancrés aux extrémités
des tabliers par des massifs d’an-
crages, eux même cloués sur les ner-
© PHOTOTHÈQUE BYTPRF

vures par une précontrainte transver-


sale horizontale par barres. 45 barres
de précontrainte de diamètre 40 mm,
par massifs, sont nécessaires pour
10 assurer la bonne transmission des
efforts. La préparation des surfaces
de contact entre l’ouvrage existant et
Ces critères ont été vérifiés à l’aide LA PRÉCONTRAINTE 10- Vue des les massifs est réalisée par scarifi-
d’une analyse sismique temporelle réa- ADDITIONNELLE butées de sé- cation du béton par hydro démolition
curité sur piles (2 800 bars). Cette technique présente
lisée à l’aide du programme développé La précontrainte additionnelle longitudi- courantes.
par la société AK SISM. nale extérieure est assurée par la mise l’avantage de ne pas être traumati-
11- Principe
Selon cette méthode d’analyse, l’ac- en œuvre de 2 câbles 27T15S par ner- de fonctionne- sante pour l’ouvrage à l’inverse du
tion du séisme a été caractérisée dans vures (soit env. 1 000 tonnes de com- ment RAP. bouchardage ou du piquage.
le logiciel par la définition directe de pression par nervures), suivant un tracé 12- Principe Les déviateurs, sur pile et en travée,
l’accélérogramme fourni par le maitre polygonal. Le système de précontrainte de fonctionne- sont eux cloués à l’existant par deux
d’œuvre. utilisé est le système VSL type GC6-27. ment RAP2. barres de précontrainte de diamètre
36 mm. Les opérations de mise en
10- View of tension des câbles sont précédées
the safety par l’injection des fissures à la résine
abutments on
PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT RAP standard piers. époxy, permettant de rétablir le mono-
lithisme des sections fissurées et ainsi
11- Operating
principle of pre- de recomprimer ces zones.
loaded spring
shock absorber. LE REMPLACEMENT
12- Operating DES APPAREILS D’APPUIS
principle of Des consoles de vérinage sont réali-
© DYNA SHOCK SYSTEM

preloaded
spring shock sées pour chacune des piles. Elles sont
absorber 2. clouées à l’ouvrage par l’intermédiaire
de 8 barres de précontraintes de dia-
11 mètre 50 mm, mise en tension cha-
cune par les équipes de VSL France à
140 tonnes, assurant ainsi l’effort de
PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT RAP2 plaquage nécessaire au soulèvement
de l’ouvrage (figure 4).
4 groupes de 3 vérins de capacité
260 tonnes permettent de prendre
en charge l’ouvrage et de procéder à
la découpe des bossages inférieurs.
La dénivelée transversale admissible
(d’un appui à l’autre) pour ces opéra-
tions est limitée à 0,3 mm.
Les nouveaux appareils d’appuis néo-
© DYNA SHOCK SYSTEM

prène (dimensions 800 mm x 800 mm)


sont ensuite mis en œuvre suivant les
dispositions définies par les études
12 d’exécution.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 35


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

Suivant le besoin, des dispositions servant de fond de moule et de pla- Afin d’éviter le déplacement en service, la capacité de revenir à sa position
particulières sont mises en œuvre telage de travail (figure 9). En phase un effort de précontrainte est appliqué d’origine en raison de la fonction de
pour assurer un anti cheminement des d’exploitation, l’outil est suspendu par au ressort. ressort intégré (on dit qu’il est « auto-
appareils (type C) ou un plan de glisse- l’intermédiaire de 14 tiges de coffrage Cet effort est de 120 tonnes pour le réarmable »).
ment (type E). de diamètre 30 mm. L’ensemble de la viaduc de Martigues. Avant d’atteindre La valeur de la force de retour sera
structure pèse environ 8 tonnes. cette valeur, il est impossible de com- définie afin de surmonter la force de
LES ACCÈS primer l’amortisseur. Cette disposition frottement des appuis glissants.
Les dimensions de l’ouvrage nécessi- LES DISPOSITIFS permet de conserver le schéma sta- Afin de générer l’amortissement et
tent la mise en œuvre d’accès spéci- PARASISMIQUES tique de l’ouvrage en service. la fonction ressort dans les deux
fiques pour la réalisation des travaux. La « mise à niveau » des dispositifs Après la compression dynamique directions, un RAP à double effet est
parasismiques de l’ouvrage répond de l’amortisseur (séisme), celui-ci a utilisé. 
EN TÊTES DE PILE aux exigences accrues des nouvelles
Les travaux situés en tête de pile cou- règlementations. Elle comprend :
rante (remplacement des appareils à La réalisation de butées parasis-
d’appuis, butée parasismiques, dévia-
teurs sur piles) sont réalisés à partir
miques de sécurité sur les piles et de
blocage sur les culées et piles culées
PRINCIPALES QUANTITÉS
de plateformes périphériques, hissées (figure 10). PRÉCONTRAINTE LONGITUDINALE : 160 t
depuis le pied des piles (figure 5). à La mise en œuvre d’amortisseurs PRÉCONTRAINTE PAR BARRES : 352 barres de 47 mm / 1 000 barres
Les dispositifs de hissage sont consti- à effet de seuil sur culées à raison de de 40 mm / 176 barres de 36 mm
tués de 4 ensembles portiques + 4 unités par culée (figures 11 et 12).
palan à air, d’une capacité unitaire de L’amortisseur précontraint est un INJECTION DE FISSURES : 220 m
3,2 tonnes. L’assiette des plateformes appareil conçu pour dissiper l’énergie REMPLACEMENT DES APPAREILS APPUIS : 11 piles et 4 culées
est contrôlée durant les opérations de sismique soumise à des structures. soit 30 appareils d’appuis par ouvrage
hissage et de déhissage afin d’éviter Le RAP (Ressort Amortisseur Précon-
DISPOSITIFS AMORTISSEURS PARASISMIQUES : 16 u
toute déformation excessive de la traint) réduit le déplacement longitudinal
structure (figures 6 et 7). En phase du pont à 25 mm en phase de séisme. BÉTON AUTO PLAÇANT (C35/45) : 700 m3
exploitation, les plateformes reposent Ils sont placés entre les massifs de la
sur 8 corbeaux métalliques, fixés en précontrainte additionnelle, sur lesquels
périphérie de piles de l’ouvrage. ils sont cloués, et des massifs en béton PRINCIPAUX INTERVENANTS
Un système de clamps permet les armé. Ils agissent comme une clé de
phases d’accostages en hissage et de cisaillement, qui a la possibilité de se MAÎTRE D’OUVRAGE : DIR Méditerranée
désengagement en déhissage. régénérer automatiquement après un MAÎTRISE D’ŒUVRE : DIR Méditerranée - SIR Marseille
événement dynamique.
CONTRÔLE EXTÉRIEUR : CETE - Aix en Provence
SUR PILES CULÉES L’énergie sismique est dissipée par
La réalisation des massifs d’ancrage de l’amortisseur au lieu d’être transmise ENTREPRISE GÉNÉRALE : Bouygues TP Régions France
la précontrainte additionnelle nécessite à la structure.
la mise en place d’outils de coffrage et Ces amortisseurs précontraints accep- PRINCIPAUX SOUS TRAITANT
d’accès adapté aux contraintes géomé- tent le déplacement longitudinal lors BUREAU D’ÉTUDES : COGECI
triques de l’ouvrage. du retrait fluage et de la dilatation ou FOURNISSEUR RAP : DYNASHOCK
Pour chacune des nervures, un pla- contraction thermique.
teau coffrant est alors hissé depuis le L’amortisseur précontraint fonctionne HYDRODÉCAPAGE/HYDRODÉCAPAGE : Technique Haute pression
tablier (hauteur 43 m), suivant la même sur le principe du passage rapide du ARMATURES : SENDIN
méthodologie que les accès en tête fluide visqueux à travers un orifice
FORAGE SCIAGE : FORA SDD
de pile (figure 8). La premiere partie étroit, qui génère un taux de résistance
constitue un berceau permettant de élevé, dissipant alors une grande quan- INSTRUMENTATION : ARGOTECH
hisser puis de riper la seconde partie tité d’énergie.

ABSTRACT
STRENGTHENING REFUERZO
THE MARTIGUES VIADUCT DEL VIADUCTO DE MARTIGUES
SAMY AMMAR, BOUYGUES TP - LOUIS MONTINGY, BOUYGUES TP - CYRIL COTTEY, COGECI SAMY AMMAR, BOUYGUES TP - LOUIS MONTINGY, BOUYGUES TP - CYRIL COTTEY, COGECI

The emblematic Martigues viaduct, built between 1969 and 1972, Construido entre 1969 y 1972, el emblemático viaducto de Martigues
is crossed by 80,000 vehicles each day. At present it shows disorders soporta 80.000 pasos al día. Actualmente muestra patologías que ponen
revealing the regulatory and technological shortcomings of that period: de manifiesto las insuficiencias normativas y tecnológicas de la época:
evolving rib cracking, damage to support systems, obsolescence of the fisuración evolutiva de las nervaduras, degradación de los aparatos de
earthquake resistance devices. The «DIR Méditerranée» interdepartmental apoyo y obsolescencia de los dispositivos parasísmicos. La DIR Méditerranée
road board awarded Bouygues TP this repair and strengthening contract. (Dirección Interdepartamental de Carreteras) confió a Bouygues TP esta obra
The works, started in 2011, comprised longitudinal external prestressing, de reparación y de refuerzo. Las obras, que comenzaron en 2011, incluyen
crack grouting, replacement of the support systems and complete reworking una pretensión exterior longitudinal, la inyección de las grietas, la sustitución
of the earthquake resistance design. Given the size of the structure, special de los aparatos de apoyo y la reforma total del diseño parasísmico. Dadas
tools and approach routes had to be used.  las dimensiones de la estructura fue necesario recurrir a herramientas y
accesos específicos. 

36 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


1
© SETEC TPI

PATHOLOGIE ET RENFORCEMENT
DU PONT DE SAINT-NAZAIRE
AUTEURS : PHILIPPE GRIAUD, CHEF DU SERVICE RESTAURATION MODERNISATION DES GRANDS OUVRAGES D’ART, CONSEIL GÉNÉRAL
DE LOIRE ATLANTIQUE - FRANCIS LANQUETTE, MAÎTRE D’ŒUVRE ÉTUDES ET TRAVAUX, SETEC TPI - PAUL VILAR, DIRECTEUR VSL FRANCE,
BOUYGUES TP RÉGIONS FRANCE - TONY ROBERT, RESPONSABLE TRAVAUX VAL DE LOIRE ET BRETAGNE, BOUYGUES TP RÉGIONS FRANCE -
ARNAUD JEUNEHOMME, RESPONSABLE DU CHANTIER, BOUYGUES TP RÉGIONS FRANCE
NOUS DÉDIONS CET ARTICLE À LA MÉMOIRE DE MM. XERCAVINS ET LECROQ, MEMBRES DU COMITÉ TECHNIQUE DE SUIVI DU VIADUC VIPP SUD DU PONT DE SAINT-NAZAIRE, AUJOURD’HUI DISPARUS.

AUJOURD’HUI, CERTAINES POUTRES VIPP DES TABLIERS DES VIADUCS D’ACCÈS DU PONT DE SAINT-NAZAIRE -
SAINT-BRÉVIN PRÉSENTENT DES DÉFAUTS AFFECTANT LES FILS DE PRÉCONTRAINTE, CERTAINS ÉTANT ROMPUS SUITE
À LA CORROSION PAR LES CHLORURES EN RAISON D’ENROBAGES INSUFFISANTS. UN RENFORCEMENT STRUCTUREL
DE L’ENSEMBLE DES POUTRES DU VIADUC D’ACCÈS SUD PAR PRÉCONTRAINTE ADDITIONNELLE ISOSTATIQUE EST
AINSI NÉCESSAIRE. POUR RÉALISER LES TRAVAUX DE RENFORCEMENT, L’ENTREPRISE A CONÇU DES PONTONS
FLOTTANTS SERVANT AUSSI DE PLATEFORME DE TRAVAIL UNE FOIS HISSÉS SOUS LES TRAVÉES.

PRÉSENTATION de Saint-Brévin-les-Pins en rive sud. 1- Vue 22 travées d’environ 50 m de portée


DE L’OUVRAGE D’une longueur totale de 3 356 m, l’ou- générale et le viaduc sud de 1 521 m, objet
de l’ouvrage
ET DU VIADUC SUD vrage reste en 2013 le pont le plus long en cours de du renforcement structurel, comporte
PRÉSENTATION DE L’OUVRAGE de France. Il se compose d’un ouvrage renforcement. 30 travées. Les tabliers de ces viaducs
Le pont de Saint-Nazaire Saint-Brévin métallique haubané central de 720 m d’accès sont des structures en béton
se situe en Loire Atlantique, sur la Route de long, et de deux viaducs d’accès. 1- General précontraint de type VIPP (Viaducs à
Départementale 213. Cet ouvrage mis L’ouvrage métallique motiva lors de la view of travées Indépendantes à Poutres Pré-
en service le 18 octobre 1975 fran- construction, avec sa travée centrale the structure contraintes).
chit l’estuaire de la Loire et permet de de 404 m, un record mondial de por- undergoing L’ouvrage, a été construit entre 1972
relier les communes de Saint-Nazaire, tée pour un pont métallique haubané. strengthening. et 1975, et exploité par la Société Ano-
Montoir-de-Bretagne en rive nord, et Le viaduc nord de 1 115 m présente nyme Mixte du Pont de Saint-Nazaire.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 37


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

Après suppression du péage en octobre Six câbles sont ancrés en about, quatre HISTORIQUE DES INTERVENTIONS d’experts du secteur privé et du réseau
1994, le Conseil Général de Loire Atlan- sont relevés dans le hourdis. Les inspections détaillées réalisées technique et scientifique de l’État.
tique est devenu maître d’ouvrage et Le procédé de précontrainte utilisé en 2000, puis la découverte en mars Après une décision d’interdiction aux
assure la gestion et l’entretien depuis est le procédé KA, mis en œuvre par 2002 d’un désordre significatif, avec poids lourds de plus de 40 tonnes, des
le 1er août 1995. la Société Française de Précontrainte. mise à jour d’un câble de précontrainte essais en charge par courburemétrie
Seul ouvrage de franchissement de Le tablier n’est pas précontraint trans- présentant des ruptures de fils, avaient furent réalisés. De ces essais, on put
la Loire entre Saint-Nazaire et Nantes versalement. conduit le maître d’ouvrage à réparer conclure qu’en l’absence d’anomalies
(60 km), le pont a un rôle stratégique en priorité la poutre concernée, à ana- dans le comportement des structures,
pour le territoire. LES INTERVENTIONS lyser les conséquences en termes de l’ouvrage était dans un domaine de
PRÉCÉDENTES perte de capacité portante, et à com- fonctionnement satisfaisant au regard
DESCRIPTION ET LES PATHOLOGIES pléter les investigations sur les maté- de la sécurité.
DU VIADUC SUD RENCONTRÉES riaux, la pénétration des chlorures et En parallèle, dès mai 2004, le Comité
En plan, le viaduc d’accès sud présente CONSIDÉRATION PRÉLIMINAIRE les potentiels de corrosion des aciers. Technique recommanda d’engager des
une courbe de 3 352 m de rayon. Les tabliers des viaducs béton étaient De ces investigations, il était ressorti études pour un processus de répara-
Le tablier offre une largeur roulable considérés jusque dans les années des informations parfois ambiguës, tions lourdes ; dont les études furent
de 12 m bordée de deux passages de 2000 en bon état général compte notamment sur les teneurs en chlorures confiées à la société SETEC TPI.
service de 0,75 m (figure 2). La pente tenu des défauts d’origine et du fait et mesures de potentiels d’armatures. Des travaux de réparations classiques
longitudinale est variable et atteint loca- du vieillissement des bétons. Ils ne La première campagne de travaux, au des zones dégradées furent réalisés de
lement 6 %. nécessitaient que quelques réparations mois d’avril 2003, permit de mettre en 2003 à 2009, sous maîtrise d’œuvre
Chaque travée de 50,70 m de portée d’usage. Structurellement, le maître évidence des ruptures de fils de pré- interne du Conseil général. Ils donnè-
est constituée de quatre poutres en d’ouvrage avait connaissance des in- contrainte sous corrosion fissurante, rent l’occasion de mettre en évidence
béton précontraint de 2,80 m de hau- suffisances de ferraillage transversal en l’absence de toute corrosion par des désordres en talon de poutre, mais
teur, de 3,00 m de largeur de table, et du hourdis béton, qui avaient conduit à dissolution. aussi dans les âmes (de faible épais-
de 0,80 m de largeur de talon, solida- limiter le passage des convois excep- Le procédé de précontrainte utilisé est seur), avec corrosion classique des
risées par un hourdis coulé en place. tionnels. effectivement connu comme étant sujet aciers passifs et parfois ruptures de
Les poutres sont entretoisées aux Aujourd’hui, l’ouvrage souffre des à ce phénomène (figures 3 et 4). fils de précontrainte. La présence de
extrémités. conséquences d’un environnement Cet élément nouveau dans le diagnostic chlorures fut confirmée.
Chaque poutre est précontrainte longi- agressif, mais aussi d’un déficit de conduisit alors le maître d’ouvrage à Défauts d’enrobages, bétons aux pare-
tudinalement par 10 câbles, composés qualité à la construction, notamment mettre en place dès novembre 2003 ments mal fermés, environnement
de 20 à 28 fils plats. de ses bétons. un Comité Technique de suivi constitué agressif avec présence de chlorures,

2- Coupe trans-
versale générale.
COUPE TRANSVERSALE GÉNÉRALE 3- Poutre
dégradée - vue
d’ensemble.
4- Poutre dégra-
dée - zoom.

2- General
cross section.
3- Damaged
beam -
overall view.
4- Damaged
beam -
close-up view.
© SETEC TPI

2
FIGURES 3 & 4 © CG44

3 4

38 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


CONTRAINTES DANS UNE POUTRE CONTRAINTES NORMALES DANS LES POUTRES
À L’ELU FONDAMENTAL À L’ELS
FIGURES 5, 6 & 7 © SETEC TPI

5 6

MODÈLE DE CALCUL
5- Contraintes
dans une poutre
à l’ELU fonda-
mental.
6- Contraintes
normales dans
les poutres
à l’ELS.
7- Modèle
de calcul.

5- Stresses
in a beam
in the funda-
mental ULS.
6- Normal
stresses
in beams
in the SLS.
7- Design model. 7

procédé de précontrainte fragile ; confirmation du rôle de la fissuration tout en tenant compte de l’évolution pour plusieurs sections réparties sur
comme souvent les causes initiant les sous tension des fils KA conduisit à probable des dégradations observées. la longueur de la poutre. La première
dégradations sont multiples. L’ampleur envisager des ruptures aléatoires tout Le renforcement structurel des poutres étape du dimensionnement consistait
des zones à réparer se révéla très le long de la poutre. Les travaux de ren- VIPP concerne les 30 travées du viaduc à déterminer la quantité maximale de
nettement supérieure aux prévisions. forcement ont été confiés à l’entreprise d’accès sud du pont de Saint-Nazaire précontrainte additionnelle que les
On notera que l’objet de ces travaux BOUYGUES TPRF pour un montant voi- Saint-Brévin, soit 120 poutres. poutres pouvaient supporter afin de
n’était que de réparer et stopper le pro- sin de 21 M€ TTC. La maîtrise d’œuvre Ne pouvant connaître l’état exact de la reprendre un maximum de ruptures de
cessus de dégradation par la corrosion. est assurée par la société SETEC TPI. précontrainte d’origine de toutes ces fils sur une même section. La seconde
Aucune réponse n’était apportée ni aux poutres et partant du principe que de étape du dimensionnement portait sur
pertes de précontrainte, ni à la problé- CONCEPTION part et d’autre d’une rupture un câble la stabilité de l’ouvrage à l’ELU.
matique des chlorures. DU RENFORCEMENT peut se réancrer, le principe du renfor- La stabilité à l’ELU doit être vérifiée
Les désordres touchant la précontrainte BUT DU RENFORCEMENT cement structurel doit être universel, la pour un maximum de ruptures (objectif
étaient situés le plus souvent en talons Compte tenu de la position stratégique conception tenant compte à la fois des de 70 % de ruptures à l’ELU fondamen-
et pieds d’âmes. Plusieurs poutres du pont de Saint-Nazaire Saint-Brévin parties saines et des parties dégradées tal et 100 % à l’ELU accidentel) avec
montrèrent localement des ruptures (absence de tout autre franchissement des poutres. une maîtrise des déformations afin de
de fils pouvant représenter l’équivalent à 60 km), l’objectif principal de ce ren- Le modèle du projet de renforcement limiter les surtensions dans la précon-
d’un câble. Deux poutres présentèrent forcement est d’assurer le maximum a été réalisé avec le logiciel Pythagore, trainte restante.
localement des ruptures équivalentes à de durabilité et de sécurité à l’ouvrage développé en interne par SETEC TPI. En juin 2009, à l’issue de l’AVP, une
la perte d’environ 2 câbles. La décou- (30 ans au programme). La concep- Les cas de rupture ont été simulés solution de renforcement par précon-
verte ultérieure de ruptures de fils tion du renforcement doit permettre de manière à avoir une palette de trainte additionnelle isostatique placée
en zone d’ancrage en extrados, et la de maintenir la fonctionnalité actuelle résultats la plus large possible et ce, dans une gaine PEHD a été retenue.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 39


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

L’effet « parachute » destiné à assurer


à la structure une ductilité suffisante à
l’ELU en cas de rupture importante de
COUPE SUR RENFORT DE TALON
précontrainte est assuré par des ren-
forts en béton, armés de HA40 coulés
8- Coupe sur
sur le talon de la poutre. renfort de talon.
9- Perspective
PRÉSENTATION DES CALCULS d’une demi-
Les âmes des poutres ont été modé- travée renforcée.
lisées par des éléments filaires (de
80 cm de large et 2,82 m de haut) 8- Cross section
dont la section transversale est maillée on heel reinfor-
pour pouvoir affecter un comportement cement.
non-linéaire à la poutre (modèle « multi- 9- Perspec-
fibres »). La table de compression tive view of a
strengthened
reliant ces 4 poutres a été modélisée half-span.
par des éléments de dalles de 20 cm
d’épaisseur (linéaires pour leur part).
Cette modélisation du hourdis a permis

© BOUYGUES TP RF
d’obtenir un comportement transversal
prenant en compte cette répartition des
charges et la localisation des ruptures 8
sur les différentes poutres. Ainsi, la
totalité des calculs a pu être menée en PERSPECTIVE D’UNE DEMI-TRAVÉE RENFORCÉE
non-linéaire, avec prise en compte de
la non linéarité du comportement du
béton armé.
À l’ELS, le modèle a permis de déter-
miner la contrainte dans le talon lors
des différentes phases de renforce-
ment et de s’assurer que pour tous
les cas de rupture envisagés le talon
restait comprimé. À vide à la mise
en tension, on a pu s’assurer que la
contrainte dans les poutres centrales,
les plus comprimées, restait admis-
sible. Aux ELU, le modèle multifibre a

FIGURES 8 & 9 © SETEC TPI


permis de calculer la contrainte dans
le béton et dans les aciers passifs
(existants et additionnels), ainsi que les
surtensions dans les câbles existants.
Le calcul des contraintes tangentes a 9
permis d’estimer les déficits de résis-
tance à l’effort tranchant par rapport
aux armatures passives en présence, à Renforcement du talon par barres du gousset supérieur. Ces bandes LHM, le tout dans un contexte néces-
et d’estimer la quantité de matériau HA 40 enrobées de béton couturé sur sont collées par une matrice époxy et sitant des méthodes innovantes pour
composite à mettre en œuvre. Enfin, les talons ; les barres tiennent le rôle ancrées à la poutre par des scellements réaliser l’ensemble de ces travaux.
l’exploitation des efforts calculés dans de « parachute » à l’ELU et le béton au niveau des goussets ;
la dalle a permis de montrer que les renforce la résistance de la section à la à Mise en œuvre d’un revêtement de LES PLATEFORMES DE TRAVAIL
pertes de précontrainte n’avaient pas flexion à l’ELS ; protection des parements béton sur ET LES MOYENS D’ACCÈS
d’effet significatif sur le hourdis d’une à Mise en œuvre de massifs en béton l’ensemble de la surface des poutres L’enjeu principal du chantier est de
travée (figures 5, 6 et 7). armé aux abouts de 2 m de long inté- (hors hourdis). réaliser ces travaux importants tout
grant les ancrages de la précontrainte en limitant les interventions depuis le
DESCRIPTION additionnelle, les aciers de diffusion et TRAVAUX dessus du tablier pour minimiser les
DE LA SOLUTION RETENUE le renforcement du talon par des aciers DE RENFORCEMENT contraintes aux usagers du pont.
Sur la base des calculs précédemment en U permettant la reprise de la bielle Pour BOUYGUES Travaux Publics Pour ce faire, le service méthodes de
décrits, les dispositifs de renforcement d’about ; Régions France en charge des travaux, l’entreprise Bouygues TP RF a conçu
suivants ont été retenus (figures 8 et 9) : à Mise en œuvre de deux déviateurs le chantier de renforcement structurel des plateformes de travail qui sont
à Mise en œuvre d’une précontrainte en béton armé de 1 m de long pour du pont de Saint-Nazaire représente amenées entre les piles par flottai-
extérieure constituée de 4 câbles reprendre les efforts de déviation angu- une vitrine du savoir-faire de l’en- son sur la Loire puis hissées sous le
8T15S par poutre, placés dans une laire des câbles ; treprise. En effet, il requiert à la fois tablier par Heavy Lifting ® (procédé
gaine PEHD ; à Renforcement à l’effort tranchant des compétences dans les domaines VSL) (figure 10). Ces plateformes sont
à Préparation de surface et mise en par mise en œuvre de bandes de maté- du génie civil, de la précontrainte par de deux types ; les pontons, au nombre
œuvre d’un inhibiteur de corrosion en riaux composites ceinturant le talon de câbles, de la précontrainte par barres, de 2, permettant de réaliser les travaux
surface du talon existant ; la poutre et remontant jusqu’au niveau de la fibre de carbone et du revêtement de renforcement (génie civil et précon-

40 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


trainte) et les passerelles, également sine et des sanitaires ont été aménagés
au nombre de 2, permettant, elles, dans la coque de chaque ponton pour
de réaliser les bandes carbones V2C® limiter les trajets à un aller le matin au
(procédé VSL France), l’application du démarrage du poste et un retour le
revêtement LHM et la pose de l’instru- soir à la fin du poste. Après les travaux
mentation de service. d’une travée, les pontons sont déhissés
La conception des pontons est la prin- puis amenés par flottaison à l’estacade,
cipale innovation de ce chantier, elle a construite à cet effet, pour permettre
d’ailleurs été primée au concours inno- leur ravitaillement en matériaux.
vation Bouygues Construction 2012. Les pontons sont ensuite acheminés
Le cahier des charges consistait à par flottaison sur la travée suivante,
dimensionner une plateforme de travail puis hissés sous tablier. Les travaux
permettant de réaliser les travaux de de cette nouvelle travée peuvent alors
génie civil et de précontrainte de l’en- commencer (figures 12 et 13).
semble d’une travée tout en bénéficiant
d’une autonomie totale en matériels et LE CYCLE DE RENFORCEMENT
matériaux. Ainsi, de nombreuses engra- Le renforcement structurel réside
vures ont été prévues dans la struc- principalement dans l’ajout d’une pré-
ture des pontons pour permettre de contrainte additionnelle. La technologie
stocker les 25 tonnes d’aciers HA, les utilisée pour la précontrainte, proposée
8 tonnes de câbles de précontrainte et par VSL France en triple protection,
les 88 barres Macalloy Ø 50 de clouage avec des mises en tension au vérin
que comporte chaque travée, les cof- mono toron est un point clé du chan-
frages, les dévidoirs de précontrainte, tier. En effet, au lieu d’un système multi
etc. (figure 11). Également, à l’intérieur torons enfilés dans une gaine PEHD
de la coque des pontons, un magasin a 10 injectée ensuite à la cire pétrolière, VSL
© BOUYGUES TP RF
été aménagé pour permettre de stocker France a proposé d’enfiler des câbles
les produits et matériels sensibles aux personnel se faisant par un chemine- mono torons gainés-graissés dans une
intempéries, comme les mortiers de ment piéton suspendu aux 2 poutres 10- Vérins de gaine PEHD puis d’injecter au Supers-
ragréage, les sacs de coulis d’injection centrales du tablier, fixé sur celles-ci à Heavy Lifting. tresscem ® la partie entre ancrages
des gaines de précontrainte, les cen- l’avancement des travaux de renforce- 11- Structure pour enfin injecter les capots d’an-
trales d’injection, les produits de scel- ment, il a fallu prévoir une autonomie du ponton. crage à la cire. Cette méthode permet
lements, les vérins de mise en tension d’hygiène et de sécurité sur les pontons de proposer une couche de protection
etc. Enfin, le viaduc compte 30 travées pour limiter les aller-retour à la base vie 10- Heavy supplémentaire, de permettre de tendre
sur 1 500 mètres qui sont renforcées principale. En effet, pour la réalisation Lifting jacks. les câbles au vérin mono torons, tout
successivement depuis la culée côté des travaux des dernières travées les 11- Pontoon en gardant la possibilité de remplacer
Saint-Brévin-Les-Pins jusqu’au tablier pontons se trouveront à 1 500 m de la structure. un câble.
métallique haubané. Aussi, l’accès du base vie. Ainsi, un réfectoire, une cui- Les travaux de génie civil et de pré-
contrainte sont effectués depuis les
pontons décrits ci-avant qui sont au
nombre de 2, permettant de travailler
STRUCTURE DU PONTON simultanément sur 2 travées succes-
sives en dehors des opérations de his-
sage/déhissage/ravitaillement qui ont
LOCAL TOURET AV. BD lieu tous les 35 jours ouvrés.
FOSSE COMPRESSEUR Les travaux d’une travée sont organisés
PANNEAU MAGASIN
pour traiter dans un premier temps la
ACCÈS MAGASIN
poutre côté océan, puis la suivante, etc.
ENGRAVURE
ENGRAVURE pour finir par celle côté terre. Puis, ces
LONGITUDINALE BD
TRANSVERSALE travaux se répètent sur la travée sui-
vante depuis le 2e ponton. Les travaux
LOCAL TOURET AR. BD
d’une poutre suivent systématiquement
LOCAL TOURET AV. TD le cycle suivant :
à Hydro-surfaçage des zones de
ÉCHAPPÉE MAGASIN reprise de bétonnage : réalisé à la
lance haute-pression (2 500 bars),
ÉCHAPPÉE ZONE VIE
il permet d’assurer la qualité de la
ENGRAVURE
LONGITUDINALE TD
reprise de bétonnage ;
à Repérage des gaines de précon-
trainte et aciers existants et traçage
FOSSE GE
ACCÈS ZONE VIE des percements : passage du radar et
marquage du maillage des armatures
© BOUYGUES TP RF

LOCAL TOURET AR. TTD


permettant de préserver la structure
existante au moment des perçages et
11 carottages ultérieurs ;

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 41


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

à Percements des trous en vue d’y


sceller les aciers (dans les massifs et
le renfort de talon) ;
à Ferraillage : les aciers sont assem-
blés sur site avant d’être scellés pour
permettre de les façonner à la griffe
pour qu’ils respectent parfaitement
l’enrobage nécessaire ;
à Scellements chimiques des aciers ;
à Coffrage / Bétonnage des bielles
d’about : ce premier bétonnage permet
d’obturer le trou dans les entretoises
permettant ainsi de bétonner les mas-
sifs d’ancrages sans risque de voir le
béton s’écouler par ce trou ;
à Coffrage / Pose des tubes dévia-
teurs / Bétonnage des massifs d’an-
crages et déviateurs de précontrainte ;
à Clouage transversal : mise en ten-
sion des barres de précontrainte trans-
versales permettant « d’accrocher » les
massifs à la structure existante (résis-

© BOUYGUES TP RF
tance mini du béton pour cette phase :
26 MPa) ;
à Pose des tubes PEHD de précon- 12
trainte sur supports ;
à Enfilage et première mise en ten-
sion des câbles : reprise du « mou »
des câbles qui permet aussi d’assurer
les alignements lors de l’injection ;
à Injection du coulis de ciment dans
les gaines PEHD ;
à Détention puis substitution des
plaques d’ancrage : permet de retirer
les plaques d’ancrages d’injection et de
mettre en place les plaques définitives ;
à Mise en tension à 20 % de la pré-
contrainte préalable au bétonnage du
renfort de talons : la structure existante
des poutres ne permet pas de supporter
le surpoids amené par le bétonnage du
renfort de talon, mais elle ne supporte-
rait pas non plus la mise en tension à
100 % de la précontrainte sans le dit
renfort, il est donc nécessaire d’avoir
une phase intermédiaire de mise en
tension ;
à Coffrage/Bétonnage du renfort de
© BOUYGUES TP RF

talon ;
à Mise en tension à 100 % de la pré-
contrainte. 13
Chacune de ces opérations est répétée
d’une poutre à l’autre d’une travée, puis
d’une travée à l’autre en changeant de 12- Lamanage sont réalisées depuis des passerelles réponse en termes de capacité por-
ponton. de la passerelle indépendantes (figures 14 et 15). tante. Ce renforcement est conçu pour
Il est donc impératif que le cycle de sur flotteurs. « autoriser » une poursuite possible
transfert des pontons suive la même 13- Lamanage RÉFLEXIONS DE des phénomènes de dégradations de
d’un ponton
cadence que le cycle des travaux de chargé. LA MAÎTRISE D’OUVRAGE la précontrainte existante.
renforcement pour qu’il n’y ait jamais ET PERSPECTIVES On ne peut que souhaiter que la mise
d’interruption de la production entre Ces travaux conséquents de confor- en place d’un revêtement de protec-
12- Berthing
2 travées consécutives. of the foot tation structurelle du viaduc sud ont tion, mais aussi d’inhibiteurs en talons
L’application des bandes V2C® et du bridge on floats. débuté en septembre 2010, pour permette de ralentir voire stopper ce
revêtement LHM ainsi que la pose de 13- Berthing le seul viaduc VIPP sud et devraient processus.
l’instrumentation de service, sont dis- of a loaded s’achever en avril-mai 2014. L’ouvrage restera sous surveillance,
sociées de ce précédent cycle car elles pontoon. Le renforcement structurel apporte une notamment avec le recours à une

42 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


14- Activités
sur le ponton.
15- Mise
en place des
bandes carbone.

14- Activities
on the pontoon.
15- Installation
of carbon strips.

PRINCIPALES
QUANTITÉS
2 400 m3 de béton
770 t d’armatures passives
250 t de précontrainte
221 000 scellements
44 000 m2 de revêtement
de protection
14 15
© SETEC TPI © BOUYGUES TP RF

instrumentation associant capteurs Notons que par ailleurs, des défauts


acoustiques et cordes vibrantes. ou désordres ont été identifiés sur les
Pour le viaduc VIPP nord, moins fûts de piles motivant également un
PRINCIPAUX INTERVENANTS
dégradé, et avec des bétons de programme spécifique important de MAÎTRE D’OUVRAGE : Conseil Général de Loire Atlantique
meilleure qualité, la nécessité de restauration. L’ensemble de ces travaux MAÎTRE D’ŒUVRE : Setec TPI
procéder ultérieurement à son ren- représente donc une charge financière
forcement n’est pas établie, et devrait conséquente pour un ouvrage indis- ENTREPRISE : Bouygues TP Régions France
pouvoir être évitée. pensable. 

ABSTRACT
PATHOLOGY AND STRENGTHENING PATOLOGÍA Y REFUERZO
OF THE SAINT-NAZAIRE BRIDGE DEL PUENTE DE SAINT-NAZAIRE
P. GRIAUD, CONSEIL GENERAL 44 - F. LANQUETTE, SETEC TPI - P. VILAR, BOUYGUES TP - P. GRIAUD, CONSEIL GENERAL 44 - F. LANQUETTE, SETEC TPI - P. VILAR, BOUYGUES TP -
T. ROBERT, BOUYGUES TP - A. JEUNEHOMME, BOUYGUES TP T. ROBERT, BOUYGUES TP - A. JEUNEHOMME, BOUYGUES TP

At present, certain independent prestressed beams of the decks of Actualmente, algunas vigas VIPP de los tableros de los viaductos
viaducts leading to the Saint-Nazaire/Saint-Brévin bridge have defects affecting de acceso del puente de Saint-Nazaire - Saint-Brévin presentan defectos
the prestressing wires, some of which have broken due to stress corrosion. que afectan a los cables de pretensión, algunos de los cuales están rotos
Structural reinforcement of all the beams of the southern approach viaduct por corrosión bajo tensión. Así pues, es necesario un refuerzo estructural
by additional isostatic prestressing is therefore required. Nature of works: del conjunto de las vigas del viaducto de acceso sur mediante pretensión
> Performance of external prestressing; adicional isostática. Naturaleza de las obras:
> Surface preparation and application of a corrosion inhibitor on the surface > Aplicación de una pretensión exterior;
of the existing heel; > Preparación de superficie y aplicación de un inhibidor de corrosión en
> Strengthening of the heel by HA 40 bars coated with tied concrete on la superficie del talón existente;
the heels; > Refuerzo del talón por medio de barras HA 40 revestidas de hormigón
> Execution of reinforced concrete anchoring foundations at the ends; cosido en los talones;
> Execution of two reinforced concrete deviators 1 m long to absorb > Aplicación de macizos de anclaje de hormigón armado en los extremos;
the cables’ angular deviation forces; > Aplicación de dos desviadores de hormigón armado de 1 m de longitud
> Reinforcement against shear force by installing strips of bonded composite para recuperar los esfuerzos de desviación angular de los cables;
materials; > Refuerzo al esfuerzo cortante mediante la aplicación de bandas de
> Installation of a coating for protection of the concrete cladding over materiales compuestos pegadas;
the entire surface of the beams. > Aplicación de un revestimiento de protección de los paramentos de
To perform the strengthening works, the contractor designed floating pontoons hormigón en el conjunto de la superficie de las vigas.
also serving as a work platform after being hoisted under the spans.  Para realizar las obras de refuerzo, la Empresa ha diseñado pontones flotantes
que también sirven de plataforma de trabajo una vez izados bajo los tramos. 

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 43


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

1
© SETEC

LGV EST EUROPÉEN.


LES VIADUCS DE LA ZORN
ET DE WILWISHEIM
AUTEURS : ALAIN CUCCARONI, DIRECTEUR D’OPÉRATION, RFF - NORA ZEHANI, CHARGÉE DE PROJET DU TRONÇON H, RFF - JEAN TEISSEIRE, BOUYGUES TPRF -
ARNAUD CHASSINAT, ZWALHEN & MAYR - BRUNO GODEFROY, SETEC - LUC DE SAINT PALAIS, SETEC - DANIEL PRATS, SETEC - PIERRE-LOÏC VEYRON, SETEC

LA SECONDE PHASE DE LA LIGNE À GRANDE VITESSE PARIS-STRASBOURG COMPORTE LA TRAVERSÉE DE LA PLAINE


INONDÉE DE LA RIVIÈRE ZORN AU NIVEAU DE LA COMMUNE DE WILWISHEIM DANS LE DÉPARTEMENT DU BAS-RHIN.
DEUX VIADUCS À TABLIERS MIXTES DE 381 M ET 453 M DE LONG Y SONT RÉALISÉS PAR LE GROUPEMENT BOUYGUES/
ZWALHEN & MAYR, AVEC DES PROCÉDÉS INNOVANTS : MONTAGE DE LA CHARPENTE MÉTALLIQUE À LA GRUE ET RÉALI-
SATION D’ÉLÉMENTS PRÉFABRIQUÉES POUR LES PILES ET LES TABLIERS.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE et les riverains, il a été décidé d’y 1- Ouvrage ferroviaire actuelle Strasbourg-Paris.
La nouvelle Ligne à Grande Vitesse Est construire 2 ouvrages, le viaduc de de Wilwisheim : Il présente 9 travées de longueur
pose du tronçon
Européenne traverse l’Alsace depuis le Wilwisheim et le viaduc de la Zorn sur la voie variable comprise entre 23 et 48 m.
tunnel de Saverne qui permet de fran- respectivement de 381 m et 453 m ferrée Paris- et des piles de hauteur comprise entre
chir les Vosges, jusqu’à la périphérie de de long. Ces deux ouvrages sont espa- Strasbourg. 7,80 m et 12 m (figure 2).
Strasbourg au niveau de la commune cés par un remblai de 350 m de long. Le viaduc de la Zorn qui traverse la
de Vendenheim. 1- The Wil- zone inondable de la rivière Zorn, per-
À cette occasion, elle passe à tra- PRÉSENTATION wisheim struc- met également de franchir le canal de
vers la zone humide remarquable de DES OUVRAGES ture: laying liaison entre le Rhin et la Marne.
the section
la Zorn au niveau de la commune de Le viaduc de Wilwisheim permet on the Paris- Il présente 11 travées de 22 m à
Wilwisheim. Après de nombreuses d’enjamber une route départementale Strasbourg 47 m. Cet ouvrage a la particularité de
concertations avec les élus locaux importante, la RD 421, ainsi que la ligne railway line. « raser » le terrain naturel puisque les

44 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


COUPE LONGITUDINALE DU VIADUC DE WILWISHEIM

COUPE LONGITUDINALE DU VIADUC DE LA ZORN

3
© SETEC

piles ont des hauteurs comprises entre 2- Coupe poutres à ossature mixte acier-béton à à Le viaduc de la Zorn de longueur
4 et 6,50 m (figure 3). longitudinale 3 travées de portée maximale 31,9 m. 793 m, franchit la VF Paris-Strasbourg,
Compte tenu de sa longueur supé- du Viaduc de Lors de la reprise des études de projet le lit mineur et la vallée inondable, ainsi
Wilwisheim.
rieure à 450 m, il a été nécessaire en 2008, une nouvelle étude hydrau- que le canal. C’est un ouvrage de type
3- Coupe
d’introduire une travée isostatique afin longitudinale lique qui exploite des données topo- bipoutre mixte acier-béton à 19 travées
de tenir compte des contraintes d’ar- du Viaduc de graphiques beaucoup plus précises de portée maximale 48 m.
mement. la Zorn. et la poursuite de la concertation ont Solution franchissant l’ensemble de
Ainsi l’ouvrage présente 3 parties indé- conduit à revoir la conception du fran- la vallée par un viaduc unique de
pendantes de longueurs respectives : 2- Longitu- chissement. Différentes solutions ont 1 080 m :
176 m, 41 m et 236 m. dinal section été examinées dont les suivantes : C’est un ouvrage de type bipoutre
Ces travaux sont réalisés par un grou- of the Wil- Solution constituée de 3 ouvrages mixte acier-béton de portée maximale
wisheim
pement d’entreprises constituées de Viaduct. pour une longueur cumulée d’en- 48 m.
Bouygues TP Région France/Zwalhen 3- Longitu- viron 638 m : En définitive, suivant les avis rendus par
& Mayr. dinal section à Un pont rail de 3 travées sur la la mission d’expertise commanditée
of the Zorn RD 421 composé d’un tablier de type par l’état, la solution retenue est la
HISTORIQUE Viaduct. bipoutre mixte acier-béton. La longueur solution suivante qui fait l’objet de cet
DE LA CONCEPTION de l’ouvrage est 98 m pour une portée article.
Sur une longueur d’environ 1 080 m la maximale de 38 m. Solution retenue composée de
LGV franchit dans la vallée de la Zorn : à Le viaduc de Wilwisheim de lon- 2 ouvrages pour une longueur
à La RD 421 ; gueur 90 m, franchist la VF Paris- cumulée d’environ 834 m :
à La voie ferrée de la ligne Paris- Strasbourg. à Le viaduc de Wilwisheim de lon-
Strasbourg ; à Le viaduc de Wilwisheim de lon- C’est un ouvrage de type bipoutre gueur 381 m, franchit la RD 421 et la
à Le lit de la Zorn ; gueur 163,4 m, franchit la VF Paris- mixte acier-béton à 3 travées de portée VF Paris-Strasbourg.
à Le canal de la Marne au Rhin. Strasbourg en ménageant un espace maximale 38 m. à Le viaduc de la Zorn de longueur
La valeur patrimoniale de la zone de façon à respecter l’ouverture à Le viaduc de la Zorn de longueur 453 m, franchit le lit mineur et la vallée
humide constituée par le lit majeur de hydraulique requise dans la vallée. 450 m, franchit le lit mineur et la vallée inondable, ainsi que le canal.
la Zorn et le risque d’inondation sont C’est un ouvrage quadri-poutres à inondable, ainsi que le canal. C’est un
les enjeux principaux de la conception ossature mixte acier-béton à 6 travées ouvrage de type bipoutre mixte acier- ASPECT
de ce franchissement. de portée maximale 29,1 m. béton à 11 travées de portée maximale ENVIRONNEMENTAUX
La solution initiale est celle du à Le viaduc de la Zorn de longueur 48 m. Les viaducs de Wilwisheim et de la
projet de 2001. Elle consiste en 190 m, franchit le lit mineur et la partie Solution composée de 2 ouvrages Zorn sont situés dans une zone à forts
4 ouvrages pour une longueur centrale de la vallée inondable. C’est pour une longueur cumulée d’en- enjeux environnementaux.
cumulée d’environ 501,5 m : un ouvrage quadri-poutres à ossature viron 891 m : En effet, la vallée de la Zorn constitue
à Un pont-rail de 3 travées sur mixte acier-béton à 6 travées de portée à Un pont rail de 3 travées sur la une unité paysagère spécifique, consti-
la RD 421 composé d’un tablier à maximale 32 m. RD 421 composé d’un tablier de type tuée de prairie humide et de ripisylves
4 poutres en béton armé. La longueur à Le viaduc de Lupstein de longueur bipoutre mixte acier-béton. La longueur en fond de vallée encadrées par des
de l’ouvrage est 78 m pour une travée 70,1 m, franchit le canal de la Marne de l’ouvrage est 98 m pour une portée versants à pentes relativement douces
maximale de 30 m. au Rhin. C’est un ouvrage quadri- maximale de 38 m. partiellement cultivés.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 45


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

4 5
© GARONNE-MIDI-PYRENEES.N2000.FR © LEPIDOPTERES.BLOGSPOT.COM

Les 2 cours d’eau, la Zorn et le Lohgra- à Du Cuivré des Marais, espèce de 4- Agrion à Emprises de chantiers délimités par
ben présentent un intérêt écologique papillon protégée (figure 5). de Mercure. des clôtures et balisage des espaces
important avec des peuplements pis- Pour ces deux espèces, un arrêté pré- 5- Cuivré naturels remarquables ;
cicoles significatifs. fectoral a été pris afin de permettre par des Marais. à Opération de sauvegarde de la
Par ailleurs, 2 espèces d’insectes rares dérogation la destruction de leur milieu. 6- Barrettes C0 faune piscicole dans la rivière de la
Wilwisheim -
et protégées ont été observées sur le Des préconisations spécifiques ont été mise en place Zorn et dans le fossé du Lohgraben
site. Il s’agit : adoptées sur le chantier : du tronçon cen- par pêche électrique ;
à De l’Agrion de Mercure pré- à Réalisation des installations de tral de la cage à Réalisation d’un suivi de la qualité
sent dans les fossés le long de la chantier et des dépôts définitifs hors d’armatures des eaux par prélèvements et analyse
dans le forage.
Zorn (figure 4) ; des zones écologiques sensibles ; régulière des eaux ;
7- Barrettes C0 à Déboisements limités et réalisation
Wilwisheim -
bétonnage. en dehors de la période de nidifica-
tions des oiseaux (période autorisée
4- Agrion de début octobre à fin février).
de Mercure. à Mise en place d’un dispositif d’as-
5- Cuivré sainissement provisoire composé d’un
des Marais. réseau de collecte provisoire et d’ou-
6- Wilwisheim vrages de protection des eaux provi-
C0 supporting soires ayant pour fonction notamment la
wall units -
installation décantation des eaux de ruissellement
of the central des eaux du chantier.
section of the
concrete rein- RISQUES KARSTIQUES
forcing cage
in the drill hole. Les ouvrages traversent la plaine
7- Wilwisheim
alluviale de la rivière la Zorn. Ainsi ils
C0 barrettes sont fondés sur un dépôt alluvionnaire
concreting. sablo-graveleux d’une épaisseur com-
© GROUPEMENT BYTP/ZM

6 7

46 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


© GROUPEMENT BYTP/ZM

8 9

prise entre 7 et 9 m. Ce dernier repose 8- Coques de longueur par 1 m d’épaisseur. permettant de guider la benne de
sur un substratum constitué de marne préfabriquées Ceci représente un forage de 300 m3 forage. Les contrôles ont montré que
servant de cof-
de Keuper qui présente des traces frage de piles. sous bentonite et 100 t d’armature grâce à ces dispositions, l’exécution
de dissolution dues à la présence de pour chaque barrette. était correcte.
9- Dalles
gypse. préfabriquées Les dimensions et le poids des cages
Dès les reconnaissances effectuées inférieures non d’armatures qui les rendaient impos- LES APPUIS ET LE TABLIER :
lors de l’élaboration du projet, des encore clavées. sibles à manutentionner de façon clas- CHOIX DE LA PRÉFABRICA-
anomalies karstiques ont été mises en sique ont amené à dissocier les cages TION
évidence dans cet horizon. 8- Prefabricated en trois éléments et à les assembler en Compte tenu du délai fixé à 24 mois
La recherche d’une éventuelle cavité shells used for place de cette façon (figure 6) : période de préparation et intempéries
pendant la réalisation des fondations a pier formwork. - Prémontage en atelier des « T » comprises, les deux viaducs devaient
donc été une préoccupation constante. 9- Prefabricated d’extrémité, être réalisés en parallèle.
lower slabs not
Ainsi sous chaque appui, 3 sondages yet keyed. - Montage sur site de la cage cen- De plus, ils franchissent de nom-
destructifs descendant à 10 m sous trale, breuses voies circulées, notamment
la base des pieux ont été réalisés. - Mise en place dans le forage de la RD 421, la voie ferrée Paris-Stras-
Seul un appui a présenté des traces chacun des trois éléments sépa- bourg, le canal de la Marne au Rhin,
d’altérations des marnes directement rément, ce qui impose des interventions très
sous la base de celui-ci et a été traité. - Relevage simultané des 3 cages brèves auprès ou au-dessus de ces
Tous les autres appuis ne présentaient et assemblage progressif par axes. Dans le cas de la voie ferrée, des
aucun risque. hormis quelques ségrégations ou pré- « tirettes », créneaux courts et de nuit étaient déjà
sences de vides sous leur pied néces- - Descente de la cage monolithique fixées dans le marché sans aucune
RÉALISATION sitant des injections complémentaires. dans sa position définitive. modification possible.
DES FONDATIONS à Pour la culée C0 de l’ouvrage Le bétonnage a été mené avec trois La conjugaison de ces contraintes a
Compte-tenu du contexte géotech- de Wilwisheim qui constitue le point tubes plongeurs alimentés simultané- conduit pour limiter les aléas à privi-
nique, il a été nécessaire de réaliser fixe et reprend tous les efforts de frei- ment (figure 7). légier la préfabrication de toutes les
des fondations profondes qui ont nage et de séisme, en la réalisation de En plus, des difficultés de manutention parties d’ouvrages qui pouvaient s’y
consisté : 3 barrettes de 25 m de profondeur. des armatures, le problème résidait prêter. Et en particulier :
à Pour tous les appuis à l’excep- Les dimensions en plan de ces bar- dans la précision des forages à la
tion de la culée C0 de l’ouvrage de rettes sont exceptionnelles pour des benne. LES PILES
Wilwisheim, en la réalisation de pieux éléments monolithiques de cette sorte. Pour éviter un désalignement de ces Les fûts de forme oblongue sont
tubés forés de diamètre Ø 1 600 et de En effet, de forme en I, elles ont une derniers en pied de barrettes, ainsi que de section constante, et de hauteur
profondeur variable comprise entre 8 longueur de 10 m, pour une épais- pour limiter le temps de tenue de la variable. L’entreprise a choisi de subs-
et 20 m. La réalisation de ces pieux seur de 1 m et à chaque extrémité un fouille sous bentonite il a été procédé tituer à un coffrage classique l’emploi
n’a pas posé de problème particulier élément perpendiculaire de 2,25 m à des forages préalables en Ø 1 000 de coques préfabriquées.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 47


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

Ces coques, d’une épaisseur de 15 cm charpente à la grue afin d’éviter la réa-


d’une hauteur de 1,5 m pour un poids lisation d’aires de lancement.
de 12 tonnes sont réalisées en usine Cette solution permettait de s’affranchir
à Mulhouse, acheminées par la route également de la principale contrainte
et positionnées à leur emplacement du chantier qui était les plages fixées
définitif par empilage autour de la cage pour la pose du tronçon sur la voie
de ferraillage (figure 8). Le bétonnage ferrée grâce à plus de souplesse dans
est réalisé par levées successives dont le montage de la charpente.
la hauteur est définie par la résistance Au final c’est donc cette solution qui
des coques. a été retenue et a donc demandé à
L’intérêt de ce procédé, au-delà de la l’entreprise Zwalhen & Mayr un inves-
souplesse d’organisation de chantier 10 tissement important pour répondre en
qu’il apporte, est de réduire les heures temps et en heure, les ouvrages de la
de travail en hauteur, et d’obtenir une Zorn représentant entre 20 et 30 % de
qualité de parement très régulière. sa production annuelle.
L’acheminement des 3 600 tonnes de
LE HOURDIS INFÉRIEUR charpente des viaducs a été réalisé
Le tablier mixte comporte une dalle par convois exceptionnels avec des
inférieure en béton connectée aux dimensions de poutres de plus de 30 m
semelles basses des poutres métal- de long et dont la charge avoisinait les
liques. Cette dalle est elle aussi réalisée 50 tonnes.
par éléments préfabriqués (figure 9).
Le découpage de la dalle en éléments MONTAGE SUR SITE
unitaires est conditionné par la position Pour chacun des viaducs des disposi-
des entretoises et diaphragmes d’une tions particulières ont été prises pour
part et par la limitation de largeur au permettre de poser et régler les diffé-
gabarit routier d’autre part. rents éléments avant soudage.
Ainsi, ce sont 350 éléments d’une lar- Deux solutions techniques ont été alors
geur variant de 2 m à 2,5 m qui sont 11 mises en œuvre :
© GROUPEMENT BYTP/ZM
mis en place pour l’ensemble des deux à Pour Zorn, des pieux battus équipés
viaducs. d’un chevêtre métallique ;
Ces pièces préfabriquées en usine sont supplémentaires et mises en place à la 10- Vue de l’équi- à Pour Wilwisheim, compte-tenu de la
posées à la grue et clavées, travée par grue sur les prédalles précédemment page mobile hauteur des piles, la solution avec pieux
sur l’ouvrage
travée, avant le début d’exécution du posées. de Wilwisheim. n’était malheureusement pas envisa-
hourdis supérieur. Le cycle de réalisation du hourdis est geable. Des « béquilles » ont donc été
11- Poutre
L’avantage du procédé, est de réduire donc le suivant : en cours de fabriquées permettant à la fois de poser
les temps d’intervention au-dessus de à Préfabrication en usine des pré- soudage dans et régler les poutres.
voies circulées et de ne pas engager dalles, montage au sol des armatures ; les ateliers
les gabarits. à Pose des prédalles, pose des de Zwalhen CONTRAINTES PARTICULIÈRES
& Mayr.
Enfin, leur mise en place permet d’ob- paillasses d’armatures ; DU CHANTIER
tenir immédiatement un cheminement à Avancement de l’équipage et cou- Les viaducs du LOT H48 franchissent
et un plancher de travail sûrs entre les lage par plots en travée puis sur piles. 10- View of the la RD421 et la voie ferrée Paris-Stras-
mobile rig on
poutres. La contrepartie à la souplesse qu’ap- the Wilwisheim bourg ainsi que les cours d’eau de la
porte l’utilisation de la préfabrication structure. Zorn, du Lohgraben et du Canal de la
LE HOURDIS SUPÉRIEUR est la nécessité qu’il y a à maintenir 11- Beam under- Marne au Rhin.
Celui-ci est une dalle béton de 12,3 m en place du début à la fin des travaux going welding WILWISHEIM
de largeur, dont 2 x 3,15 m en encor- des moyens de levage importants et in the Zwalhen & Pour le franchissement de la voie fer-
bellement et 6 m entre les poutres. un accès largement dimensionné tout Mayr workshops. rée existante, la contrainte planning
Il est réalisé par plots de 12 m de lon- au long de l’ouvrage. est très forte car seules 2 nuits sont à
gueur. notre disposition pour réaliser l’opéra-
Les plots sont coulés en place au RÉALISATION DE tion de pose. L’unique solution est donc
moyen d’équipages mobiles avec le LA CHARPENTE MÉTALLIQUE : de poser un ensemble monobloc ter-
phasage classique, plots en travée puis DU CANTON DE VAUD miné en soudage et peinture y compris
plots sur appuis (figure 10). À LA RÉGION ALSACE à Une production annuelle d’environ couche de finition. Pour réaliser cette
Pour limiter le poids et le nombre de Les charpentes métalliques des via- 10 à 12 000 tonnes ; opération, 2 grues de capacité 400 t
parties mobiles de ces équipages, la ducs de la Zorn et de Wilwisheim ont à Des soudeurs qualifiés pour les sont disposées de part et d’autre des
partie entre poutres n’est pas coffrée été fabriquées par la société Zwahlen procédés MAG135 et 136 ; voies. Cette opération a été réalisée la
mais coulée sur des prédalles préfabri- & Mayr SA située dans le canton de à Un portique de soudage procédé nuit du 11 août 2012 sans utilisation
quées en usine puis mises en place sur Vaud en Suisse Romande non loin de 121 pour la réalisation des PRS. de la 2nde nuit de « réserve » (figure 1).
les poutres après exécution du hourdis la frontière française (figure 11). À noter que la solution grue a apporté
inférieur. Zwahlen & Mayr SA en quelques lignes SOLUTION TECHNIQUE de la flexibilité et ainsi permis de res-
De même, pour raccourcir les temps c’est : DE POSE RETENUE pecter la date fixée. En effet, suite à
de mise en place d’armatures, les à 2 unités de production : charpente Au stade de l’offre, le groupement des retards, l’entreprise a dû privi-
paillasses sont prémontées au sol, métallique et tube inox soit environ Bouygues / Zwahlen & Mayr (ZM) avait légier le montage de ce tronçon par
raidies transversalement par des barres 300 personnes ; proposé une solution de pose de la rapport aux autres tronçons ce qui

48 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


aurait été impossible dans le cas d’un
poussage.
Pour le franchissement de la RD421,
des coupures de la circulation ainsi
qu’une déviation ont été mises en place 12- Ouvrage
pour permettre la pose et les opérations de Wilwisheim :
de soudage de la charpente. pose d’un
ZORN tronçon sur
L’ouvrage franchit 3 cours d’eau. palée-bracon.
La Zorn, le Lohgraben et la Canal de la
Marme au Rhin. Ces franchissements 12- The Wil-
ont lieu en zone environnementale sen- wisheim struc-
ture: placing
sible, il est donc important de prendre a section on a
des dispositions particulières afin d’en bracket bent.
limiter les opérations au-dessus.
Le Lohgraben étant un fossé, il n’y a
pas de réelle difficulté technique pour © SETEC

son franchissement. 12
Pour ce qui est des franchissements
du Canal et de la Zorn, il a été adopté
la même technique, soit une grue de
part et d’autre du cours d’eau. Le Canal
étant navigable, la soudure et les opé-
PRINCIPALES PRINCIPAUX INTERVENANTS
rations de peinture ont été limitées. QUANTITÉS MAÎTRE D’OUVRAGE : RFF
Les poutres principales possèdent donc MAÎTRE D’ŒUVRE : Setec
les joints de raboutage en dehors de OUVRAGE DE WILWISHEIM
BÉTON : 10 000 m 3 MANDATAIRE - BÉTON : Bouygues TPRF
la zone sensible et les pièces ont été
ARMATURES : 1 600 t CO-TRAITANT - MÉTAL : Zwalhen & Mayr SA
livrées en peinture de finition. Seules
des retouches de peinture seront PIEUX : 60 u
réalisées à l’issue des opérations de BARRETTES : 3 u
soudage. OSSATURES MÉTALLIQUES :
PRINCIPAUX SOUS-TRAITANTS
La Zorn, quant à elle, est située 1 550 t FONDATION PROFONDES : Pro-fond
au-dessous de la travée isostatique.
TERRASSEMENTS : Weiler
Les poutres principales livrées en 2 élé- OUVRAGE DE LA ZORN
BUREAUX D’ÉTUDES : Siam, BE Arlaud et Secoa
ments ont été soudées avant levage / BÉTON : 10 100 m 3
pose sur la plateforme ; seules les opé- ARMATURES : groupement Prométal / CDF
ARMATURES : 1 800 t
rations de soudage des diaphragmes POSE DE LA CHARPENTE SUR L’OUVRAGE DE LA ZORN : Cicéron
PIEUX : 71 u
et les opérations de peinture sont ÉLÉMENTS PRÉFABRIQUÉES (dalles inférieurs du tablier, corniches,
OSSATURES MÉTALLIQUES :
réalisées au-dessus. Dans cette ultime coques préfabriquées de piles) : Béton contrôlé du Seeboden.
1 850 t
phase, des bâches seront disposées ÉLÉMENTS PRÉFABRIQUÉES (dalles supérieures du tablier) :
entre la structure et la Zorn afin d’éviter Bonna Sabla
tout risque de pollution. 

ABSTRACT
EAST EUROPEAN HIGH-SPEED TRAIN LINE. LGV ESTE EUROPEA.
THE ZORN AND WILWISHEIM VIADUCTS VIADUCTOS DEL ZORN Y DE WILWISHEIM
A. CUCCARONI, RFF - N. ZEHANI, RFF - J. TEISSEIRE, BOUYGUES TPRF - A. CHASSINAT, A. CUCCARONI, RFF - N. ZEHANI, RFF - J. TEISSEIRE, BOUYGUES TPRF - A. CHASSINAT,
ZWALHEN & MAYR - B. GODEFROY, SETEC - L. DE SAINT PALAIS, SETEC - D. PRATS, SETEC - ZWALHEN & MAYR - B. GODEFROY, SETEC - L. DE SAINT PALAIS, SETEC - D. PRATS, SETEC -
P.-L. VEYRON, SETEC P.-L. VEYRON, SETEC

The second phase of the Paris-Strasbourg High-Speed Train Line includes La segunda fase de la Línea de Alta Velocidad París-Estrasburgo incluye
the crossing of the flood plain of the Zorn River in the Wilwisheim district. la travesía de la llanura inundada del río Zorn a la altura del municipio de
Two composite-deck viaducts 381 m and 453 m long are being executed Wilwisheim. Se realizan dos viaductos de tableros mixtos de 381 m y 453 m
there, with numerous constraints: de longitud con múltiples exigencias:
> Environmental constraints, given the ecological interest of the sector; > Medioambientales, habida cuenta del interés ecológico del sector;
> Geotechnical constraints, due to the existence of a risk of a karstic cavity; > Geotécnicas por la presencia de un riesgo de cavidad kárstica;
> Crossing over traffic lanes such as a county road, the conventional > De cruce de vías de circulación como la carretera departamental,
Paris-Strasbourg railway line, and the canal from the Marne to the Rhine; la vía férrea convencional París-Estrasburgo y el canal del Marne al Rin;
> The completion time. > El plazo.
This therefore led the Bouygues / Zwalhen & Mayr consortium to propose Esto ha llevado a la agrupación Bouygues / Zwalhen & Mayr a proponer
innovative solutions, notably through erection of the steel frame by crane soluciones innovadoras en particular para el montaje de la estructura
and the execution of prefabricated elements for the piers and decks allowing metálica con grúa y la realización de elementos prefabricados a nivel de los
a certain flexibility in work sequencing.  pilares y de los tableros, lo que permite cierta flexibilidad en la planificación
de las obras. 

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 49


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

RENFORCEMENT ET GROS ENTRETIEN


DU PONT CANOT À BESANÇON POUR
LE PASSAGE DE LA 1ère LIGNE DU TRAMWAY
AUTEURS : PHILIPPE BATHELIER, CHEF DE PROJET, ARCADIS ESG - PHILIPPE VION, ASSISTANCE À LA MAÎTRISE D’OUVRAGE, SYSTRA DOAA

DANS LE CADRE DE LA RÉALISATION DE LA 1ère LIGNE DE TRAMWAY DE BESANÇON, DONT LA MISE EN SERVICE EST
PRÉVUE POUR 2014, L’AMÉNAGEMENT DE SURFACE DU PONT CANOT A ÉTÉ MODIFIÉ POUR ACCUEILLIR UNE PLATE-
FORME TRAMWAY (2 VOIES) DE 20 CM D’ÉPAISSEUR DE BÉTON. L’OUVRAGE CONSTRUIT EN 1949 À L’AIDE D’ARCS EN
BÉTON NON ARMÉ SERA RENFORCÉ EN MATÉRIAUX COMPOSITES ET FERA PEAU NEUVE POUR LE PRINTEMPS 2013.

HISTORIQUE 4,31 m. La chaussée est supportée par Les éléments transversaux ont été en 1979 par des encorbellements de
ET DESCRIPTION une dalle en béton armé reposant sur posés sur ces arcs. 2 m de part et d’autre du pont à l’aide
DU PONT CANOT des longerons en béton armé. Les lon- L’ouvrage en rive gauche est une voûte de dalles préfabriquées en béton armé
CARACTÉRISTIQUES gerons sont appuyés sur des éléments en plein cintre en béton non armé, dont s’appuyant sur des poutres de rive qui
GÉOMÉTRIQUES transversaux (voiles et entretoises) en l’ouverture est de 7 m. Les appuis de ont été démolies puis reconstruites
Le Pont Canot, construit en 1949, est béton armé et sont espacés d’environ l’ouvrage sont des appuis massifs en (figure 3 et tableau 1).
composé de deux ouvrages (figure 2) : 4,25 m. béton non-armé ancrés dans le subs-
un ouvrage principal et une voûte Transversalement, la structure est tratum résistant du lit du Doubs par l’in- ÉVOLUTION
construite en rive gauche de la rivière. constituée de 3 arcs en béton non- termédiaire d’un massif en gros béton. FONCTIONNELLE
L’ouvrage principal est un pont en arcs armé, dont la largeur est de 2,20 m L’ensemble de l’ouvrage a été recou- La largeur hors tout de l’ouvrage était
de 3 travées, d’une portée de 27,40 m et la hauteur variable de 0,80 m à vert d’un parement en maçonnerie. de 13,90 m, comprenant 2 trottoirs de
chacune et d’une hauteur à la clé de la clé jusqu’à 1 m aux naissances. L’ensemble de l’ouvrage a été élargi 2 m et une chaussée de 9 m (figure 4).

50 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


TABLEAU 1 : CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES
Longueur totale 105,00 m

Ouverture de la voûte 7,00 m

Portées de l’ouvrage principal 3 x 27,40 m

Largeur de la dalle État initial : 13,90 m / Après 1979 : 17,80 m

Largeur entre murs tympans des arcs 13,00 m

TABLEAU 2 : RÉSISTANCE TABLEAU 3 : RÉSISTANCE


CARACTÉRISTIQUES CARACTÉRISTIQUES
DES BÉTONS DE L’OUVRAGE DES ACIERS DE L’OUVRAGE
Partie d’OA fcj (MPa) Partie d’OA fe (MPa)

Arc 20 Arc Non armé

Voiles / Entretoises 30 Voiles / Entretoises 240

Longeron 30 Longeron 240

Hourdis 50 Hourdis 240

1 Dalles en encorbellement 30 Dalles en encorbellement 420


© ARCADIS

L’élargissement, réalisé en 1979, a 1- Vue de l’ou- projet que l’ouvrage subissait des L’étude a porté sur la comparaison
permis d’accueillir 2 trottoirs de 2,40 m vrage (2011). contraintes dans le béton non-armé des sollicitations engendrées par les
et une chaussée de 12,80 m. La lar- 2- Coupe des arcs largement supérieures aux superstructures et surcharges actuelles
geur hors tout de l’ouvrage élargi est longitudinale valeurs limites suivant le BAEL 91 à celles engendrées par les superstruc-
de l’ouvrage.
de 17,80 m (figure 5). révisé 99, règlement de dimension- tures et surcharges futures.
Pour le passage du tramway, la coupe nement des ouvrages en béton armé,
fonctionnelle de l’ouvrage est modi- 1- View of the ces résultats étant liés à des choix HYPOTHÈSES
structure (2011).
fiée de la façon suivante : 1 trottoir
2- Longitudinal
d’hypothèses de modélisation peu ET MODÈLE DE CALCULS
de 1,90 m, la plateforme tramway de section of the réalistes. HYPOTHÈSES
6,80 m, une chaussée de 6,30 m et structure. L’objet de la mission d’ARCADIS (PRO, Les caractéristiques des matériaux
1 trottoir de 2,40 m (figure 6). ACT, DET, AOR) a été de réaliser une ont été déterminées suite aux essais
modélisation plus fine de l’ouvrage, complémentaires menés par GINGER
CONTEXTE DE L’OPÉRATION notamment des conditions d’appui CEBTP (tableau 2 et 3).
L’opération de renforcement et de gros des arcs afin d’orienter les solutions de L’augmentation du poids des super-
entretien du Pont Canot est réalisée La société d’ingénierie en charge des renforcement et de réparation auprès structures entre la situation actuelle et
dans le cadre de la construction de la études de conception (EP, AVP), dans du maître d’ouvrage, la CAGB (Com- la situation future est de l’ordre de 30 %,
1ère ligne de tramway du Grand Besan- le cadre de l’évaluation de la capacité munauté d’Agglomération du Grand principalement due à la plateforme
çon, dont la mise en service est prévue du pont Canot à supporter le nouvel Besançon), et de l’assistant du maître tramway, constituée d’une vingtaine de
pour 2014. aménagement, avait conclu à l’avant- d’ouvrage, SYSTRA. centimètres de béton.

COUPE LONGITUDINALE DE L’OUVRAGE

2
© CONSEIL GÉNÉRAL DU DOUBS

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 51


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

3 4

FIGURE 3 © ARCADIS / FIGURES 4, 5 & 6 © EGIS


5 6

3- Dalles en encor- Les surcharges routières (a(l), Bc, Bt )


bellements (1979). dans les 2 situations sont celles du
4- Coupe transversale fascicule 61 Titre 2.
initiale (1949-1979). Les charges d’exploitation du tramway
5- Coupe transversale sont composées de plusieurs rames
actuelle (1979-2013).
différentes.
6- Coupe transver- Le poids d’un essieu d’une rame de
© ARCADIS

sale future.
7 tramway est sensiblement identique au
7- Position longi-
tudinale d’étude poids d’un essieu d’un camion.
des charges d’ex- La distance entre 2 essieux d’un tram-
ploitation. way est nettement plus importante
8- Vue isométrique que celle des essieux d’un camion Bc,
du modèle 3D. rendant ainsi le cas de charges de
9- Zoom sur les tramway moins défavorable que celui
conditions d’appui dû aux camions Bc.
des naissances
des arcs. Les charges d’exploitation (camions
Bc et tramways) sont positionnées lon-
gitudinalement au quart de la travée,
3- Cantilever slabs
(1979). afin de solliciter au maximum les
arcs, comme classiquement dans les
© ARCADIS

4- Original cross
8 section (1949-1979). ouvrages de ce type (figure 7).
5- Current cross Les cas de charges de température
section (1979-2013). (-40°C ; +30°C) et de retrait (2.10-4
6- Future cross m/m) sont également considérés.
section.
7- Longitudinal MODÈLE DE CALCULS
design position Le schéma statique de l’ouvrage est
of working loads. une succession de 3 travées indépen-
8- Isometric view dantes, permettant ainsi d’isoler une
of the 3D model.
travée unique.
9- Close-up view
of the conditions Le modèle de calculs (figure 8) réalisé
© ARCADIS

of support of the pour l’étude est composé d’éléments


9 arch origins. de type barres (arcs, entretoises, voiles)

52 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


ENVELOPPE DES CONTRAINTES NORMALES ELS À L’ÉTAT ACTUEL
10- Enveloppe
des contraintes
normales ELS
à l’état actuel.
11- Enveloppe
des contraintes
normales ELS
à l’état futur.

10- Range of
normal SLS
stresses in the
current condition.
11- Range
of normal SLS

© ARCADIS
stresses in the
future condition. 10

ENVELOPPE DES CONTRAINTES NORMALES ELS À L’ÉTAT FUTUR


et d’éléments finis (hourdis, dalles
en encorbellements) modélisés en
3 dimensions.
La condition d’appui des arcs est l’élé-
ment fondamental du comportement de
l’ouvrage.
En première approche en avant-projet,
les arcs ont été supposés encastrés
dans les piles, mais les contraintes à
la naissance des arcs étaient beau-
coup trop importantes pour un béton

© ARCADIS
non armé, de l’ordre de -10 MPa de
traction. 11
Après l’analyse des plans d’exécution
de l’ouvrage initial, nous n’avons relevé
aucune armature résistante traversant RÉSULTATS Les contraintes à la naissance des arcs d’efforts en pied d’arc (N, M) par l’ap-
la surface de contact entre la naissance CONTRAINTES DANS varient de -2,42 MPa à +6,21 MPa. plication des formules de Navier. Ces
des arcs et la surface de contact des LES ARCS NON ARMÉS : On observe une diminution des valeurs sont donc virtuelles, car en réa-
appuis. Ainsi, l’hypothèse d’un arc sim- COMPARATIF ACTUEL/FUTUR contraintes de traction à l’état futur. lité, l’arc se décolle de la zone d’appui.
plement appuyé sur son support a été Contraintes normales Cela s’explique par le caractère favo- Le flux de contraintes de compression
modélisée. L’enveloppe des contraintes normales rable des superstructures qui sont est donc dévié, entre d’une part une
L’arc se comporte alors comme une dans les arcs en situation actuelle augmentées à l’état futur (+20 cm section entièrement comprimée (Σ1) et
semelle comprimée qui se décolle de (figure 10), hors naissance, varie de béton de plateforme tramway) sur les d’autre part l’aire de la section réduite
son appui. L’appui modélisé est une -2,74 MPa (traction) à +6,10 MPa arcs, qui fonctionnent en compression d’appui (Σ2) (figure 12).
barre fictive infiniment rigide sur sol (compression). Les contraintes à principalement. La modélisation locale de l’arc isolé
élastique autorisant le soulèvement la naissance des arcs varient de Étude spécifique entre Σ1 et Σ2, en encastrant le côté
(figure 9). -2,46 MPa à +6,28 MPa. des naissances des arcs Σ1 et en injectant les efforts de réac-
Les dimensions géométriques de la En situation future, l’enveloppe des Les contraintes de tractions obtenues tions obtenus dans Σ2, permet d’affi-
barre fictive sont celles de l’arc à la contraintes normales (figure 11 et dans les zones d’appui du modèle 3D ner le comportement de l’arc dans la
naissance, à savoir 1 mètre de haut tableau 4) dans les arcs, hors nais- sont de l’ordre -2,50 MPa. Ces valeurs zone d’appui, notamment les flux de
par 2,20 mètres de large. sance, varie de -2,15 MPa (traction) à de traction sont purement « méca- contraintes principales ainsi que les
La raideur long terme du sol élastique +6,17 MPa (compression). niques », obtenues à partir du torseur valeurs des contraintes de traction
est prise égale à : locales.
à Module d’Young du béton à long La direction des contraintes principales
terme : 10 000 MPa, TABLEAU 4 : COMPARAISON DES CONTRAINTES (figure 14 - en clair contraintes de
à Hauteur de l’appui : 1 m, NORMALES ELS DANS LES ARCS compression - en foncé contraintes de
à Aire de la zone d’appui : 2,20 m². traction) montre que les contraintes de
à kLT = EA / L = 107 x 2,20 / 1,00 Contrainte minimale (traction) (MPa) compression s’évasent de la zone d’ap-
= 2,2.107 kN/ m pui de l’arc à l’encastrement et que les
État actuel État futur Différence
Les éléments transversaux (Entretoises contraintes de traction longitudinales
et Voiles) sont rotulés en pied et en tête, Contrainte dans l'arc (hors naissance) - 2,74 MPa - 2,15 MPa - 22 % (- 0,59 MPa) (resp. verticales) dans l’arc apparaissent
permettant ainsi la libre dilatation de en face supérieure (resp. à la surface
Contrainte dans l'arc - naissance - 2,46 MPa - 2,42 MPa - 1.7% (- 0,04 MPa)
l’ouvrage. de contact arc/béton).

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 53


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

À la lecture des valeurs des contraintes


dans l’axe longitudinal de l’arc σ xx (les
valeurs négatives indiquent une com-
SYSTÈME ISOLÉ DE LA NAISSANCE D’UN ARC
pression) (figure 14), on retrouve logi-
quement la traction en fibre supérieure
dans le sens longitudinal, qui varie entre
-0,1 et -1,4 MPa, ce qui reste inférieur
à la valeur admissible règlementaire-
ment (-1,8 MPa). La contrainte de com-
pression maximale dans l’arc est bien
de l’ordre de 10 MPa. La section Σ1
est quasiment entièrement comprimée
(σ min = -0,1 MPa).

ANALYSES ET PREMIÈRES
CONCLUSIONS SUR LE COMPOR-
TEMENT DES ARCS NON ARMÉ
La ligne de pression sous la combinai-
son la plus défavorable (température :

© ARCADIS
-40°C ; position des charges d’exploi-
12
tation au ¼ de la travée) (figure 15) sort
du tiers central de l’arc. Dans ce cas, le
béton non armé devrait être fissuré et DIRECTIONS DES FLUX DE CONTRAINTES
sans redistribution des efforts internes,
la structure devrait être endommagée. 12- Système isolé PRINCIPALES
de la naissance
À la suite de ces résultats, il a été d’un arc.
nécessaire de se demander pourquoi
13- Directions des
les inspections détaillées de l’ouvrage flux de contraintes
n’ont pas fait état de telles fissures, principales.
dans la mesure où l’ouvrage a dû 14- Contraintes
être capable de résister à des cas de σxx (MPa).
charges défavorables proches de ceux
de notre étude. 12- Isolated arch
Une étude menée avec un logiciel origin system.
tenant compte de la non linéarité des 13- Directions
matériaux n’a pas permis d’atteindre of main stress
les états de sollicitations maximales du flows.
fait du mode de rupture fragile du béton 14- σxx stresses
(MPa).
non armé conduisant à des instabilités
numériques.
© ARCADIS
Comme cas enveloppe, nous avons 13
décidé de vérifier les arcs de l’ouvrage
en supposant une rotule interne se
créant dans la zone la plus sollicitée.
CONTRAINTES σxx (MPA)
Dans ce cas précis (figure 16), les
contraintes dans l’arc, hors naissance,
sont toutes supérieures à 0 MPa.
L’Eurocode 2 étant plus prolixe que le
BAEL 91 révisé 99 sur la vérification
des éléments en béton non-armé, nous
avons vérifié les arcs selon les critères
de vérification de l’effort normal ELU
(figure 17) et les efforts de compression
combinée aux sollicitations tangentes
(figure 18). Les résultats ci-dessous
montrent que l’effort normal résistant
est atteint au quart de la travée mais
non dépassé et que les contraintes
combinées de cisaillement et de com-
pression sont largement vérifiées.
L’étude détaillée des arcs montre que
ceux-ci ne se comportent pas comme
des barres infiniment rigides, mais qu’ils
© ARCADIS

subissent la création de rotules internes


aux endroits les plus sollicitées qui 14

54 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


permettent de justifier les contraintes
LIGNE DE PRESSION ELS dans les arcs. Le comportement réel de
l’ouvrage se situe certainement entre
ces 2 hypothèses extrêmes, à savoir
une continuité mécanique pure dans le
domaine élastique et une redistribution
des moments de flexion par la création
d’une rotule interne.
À la suite de discussions menées avec
le client et son AMO Ouvrages d’Art,
il a été décidé de ne pas renforcer les
arcs, en raison de l’excellent état struc-
turel des arcs, de l’âge de l’ouvrage et
du caractère favorable de la nouvelle
configuration des charges sur l’ouvrage.

15- Ligne de
pression ELS.
16- Contraintes
ELS dans les arcs
en supposant
l’apparition d’une
rotule au ¼ de
la travée.
17- Vérification
© ARCADIS

de l’effort normal
15 ELU.
18- Vérification de
CONTRAINTES ELS DANS LES ARCS l’effort normal et
du tranchant ELU.
en supposant l’apparition d’une rotule au ¼ de la travée

15- SLS pressure


line.
16- SLS stresses
in the arches
assuming the
appearance
of a ball joint
at one-quarter
of the span.
17- Verification
of the normal
ULS stress.
18- Verification
of the normal
stress and ULS
shear stress.
© ARCADIS

16

VÉRIFICATION DE L’EFFORT NORMAL ELU VÉRIFICATION DE L’EFFORT NORMAL


ET DU TRANCHANT ELU
© ARCADIS

17 18

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 55


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

VUE EN PLAN DES RENFORCEMENTS DE L’EXTRADOS DE LA TRAVÉE CENTRALE

© BOUYGUES TPRF
19

VUE EN PLAN DES RENFORCEMENTS DE L’INTRADOS DE LA TRAVÉE CENTRALE

© BOUYGUES TPRF

20

56 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


19- Vue en
plan des ren-
forcements de
l’extrados de la
travée centrale.
20- Vue en plan
des renforce-
ments de l’intra-
dos de la travée
centrale.
21- Vue des
renforts de
l’extrados.
22- Vue des
renforts de
l’intrados.

19- Plan view


of strengthening
of the upper
surface of the
centre span.
20- Plan view
of strengthening

© ARCADIS
of the lower
surface of the 21
centre span.
21- View of
upper surface
strengthening.
22- View of
lower surface
strengthening.

RENFORCEMENT
DE L’OUVRAGE
Si les arcs ne nécessitent pas de ren-
forcement particulier, l’incidence de
l’évolution des surcharges conduit à
renforcer les éléments en béton armé
du tablier. Les renforts adoptés sont
du type matériaux composites à coller
par zone.
Le choix d’un renforcement en maté-
riaux composites collés s’est avéré être
plus judicieux vis-à-vis du délai d’exé-
© ARCADIS

cution, du phasage de réalisation, de


facilité de mise en œuvre et de coût 22
que des solutions de type béton pro-
jeté. Les éléments ainsi renforcés en
flexion sont l’extrados et l’intrados du collage de 60-70°C, une étanchéité vrage et la démolition des superstruc- Concernant la compatibilité entre les
hourdis (figures 19 et 20), les entre- par feuille préfabriquée et des enrobés tures en 3 phases, afin de conserver enrobés et le produit de collage des
toises et les voiles. Ces derniers sont bitumineux classique (130°C) auraient 2 voies de circulation. Les travaux de lamelles, l’Entreprise a proposé une
également renforcés vis-à-vis des décollé les matériaux composites de collage des matériaux composites en variante visant à remplacer le complexe
sollicitations tangentes. leur support, rendant ainsi caduques lamelle de fibres de carbone ont été [étanchéité liquide + enrobés coulés
les renforcements mis en œuvre. réalisés et l’étanchéité a été mise en à froid] par un complexe [étanchéité
RÉFECTION DES Ainsi, il a été choisi de disposer une œuvre suivant chacune des phases collée à chaud + béton fibré].
SUPERSTRUCTURES étanchéité liquide posée à température (figures 21 et 22). Des essais au brûleur ont été réalisés
Le renforcement de l’extrados de ambiante et des enrobés coulés à froid L’ouvrage est traité architecturalement pour vérifier la faisabilité de cette solu-
l’ouvrage en matériaux compo- (50-60°C) afin de garantir le renforce- par l’application de lasures de diffé- tion vis-à-vis des produits de collage
sites collés et la pose des nouvelles ment de l’ouvrage. rentes teintes : les corniches sont net- des matériaux composites. Ces essais
superstructures imposent une com- toyées et peintes avec un produit de ont été concluants, la résistance d’ar-
patibilité d’exécution entre d’une part TRAVAUX SUR SITE protection contre les chlorures, d’une rachement de la colle n’étant jamais
le matériau composite et son produit Les travaux, attribués à l’Entreprise VSL teinte grise ; l’intrados de l’ouvrage atteinte avant celle de l’étanchéité,
de collage, et d’autre part le système France, filiale de Bouygues TP RF, ont est intégralement repeint d’une teinte cette dernière étant largement supé-
d’étanchéité et les enrobés. En raison débuté en août 2012 par le montage beige clair rappelant les pierres natu- rieure à la limite définie par les essais
de la température limite du produit de des plateformes de travail sous l’ou- relles locales (figure 24). d’arrachement.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 57


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

23
© ARCADIS

CONCLUSION 23- Vue des plate-


L’approche du comportement des formes de travail
depuis la rive gauche.
structures en béton non-armé est rela-
24- Lasure teintée
tivement complexe, du fait que peu de beige clair en intra-
normes y fassent références, généra- dos de l’ouvrage.
lement orientées sur le béton armé, et
du fait que les logiciels, qui permettent 23- View of work
une approche non linéaire, ne soient platforms from
the left bank.
pas adaptés aux éléments ayant un
24- Light beige tinted
mode de rupture fragile comme un surface coating on
arc en béton non armé. the lower surface
Dans notre cas précis, les charges of the structure.
© ARCADIS

futures appliquées sur l’ouvrage dans 24


sa nouvelle configuration ne sont pas
plus défavorables que les charges
actuelles, évitant ainsi un renforcement PRINCIPAUX INTERVENANTS PRINCIPALES
d’élément non armé, ce qui présente MAÎTRISE D’OUVRAGE : Communauté d’Agglomération QUANTITÉS
l’intérêt de permettre les futures ins- du Grand Besançon
pections détaillées de ces éléments, PLATS CARBONE EN EXTRADOS : 615 m
ASSITANCE À LA MAÎTRISE D’OUVRAGE : Systra
et de suivre également l’apparition MAÎTRISE D’ŒUVRE SPÉCIFIQUE PONT CANOT : Arcadis PLATS CARBONE EN INTRADOS : 1 900 m
d’éventuelles fissures, en particulier ENTREPRISE : Bouygues TPRF / VSL France BÉTON FIBRÉ : 36 m 3
au droit des zones tendues mises en
évidence par nos calculs. 

ABSTRACT
STRENGTHENING AND HEAVY MAINTENANCE REFUERZO Y MANTENIMIENTO IMPORTANTE
FOR CANOT BRIDGE IN BESANÇON DEL PUENTE CANOT EN BESANÇON PARA
FOR THE FIRST TRAMWAY LINE CROSSING EL PASO DE LA 1ª LÍNEA DEL TRANVÍA
PHILIPPE BATHELIER, ARCADIS ESG - PHILIPPE VION, SYSTRA DOAA PHILIPPE BATHELIER, ARCADIS ESG - PHILIPPE VION, SYSTRA DOAA

Rebuilt in 1949, following its demolition during the Second World War, Reconstruido en 1949, después de su demolición durante la Segunda
this bridge is located in the Besançon city centre, crossing the Doubs River. Guerra Mundial, este puente está situado en el centro ciudad de Besançon
It consists of a plain concrete roof and the main structure of three 27-metre y cruza el río Doubs. Consta de una bóveda de hormigón no armado y la
spans, each consisting of a deck and reinforced concrete cross ties resting estructura principal de 3 tramos de 27 metros, compuestos cada uno por
on three plain concrete arches. Originally supporting two road traffic lanes un tablero y riostras de hormigón armado que toman apoyo en 3 arcos de
and two footpaths, it was widened in 1979 by means of prefabricated hormigón no armado. Soportando inicialmente 2 carriles de carretera y
cantilever slabs bonded to the existing top slab in order to receive four traffic 2 aceras, fue ampliado en 1979 por medio de losas en voladizo prefabricadas
lanes and two footpaths. As part of the construction of the first tramway line, unidas a la plataforma existente para recibir 4 carriles de circulación y
the surface layout of the structure was changed to receive two tramway 2 aceras. En el marco de la realización de la 1ª línea de tranvía, se ha
tracks, two traffic lanes and two footpaths. This article analyses the modificado la planificación de la superficie de la estructura para acoger 2 vías
behaviour of the main structure, the loading and modelling assumptions, de tranvía, 2 carriles de circulación y 2 aceras. Este artículo presenta el análisis
the results obtained and the planned composite material strengthening.  del comportamiento de la estructura principal, las hipótesis de carga y de
modelización, los resultados obtenidos y los refuerzos en materiales
compuestos previstos. 

58 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


1
© P. SANCEY

A406 - LE VIADUC DE LA SAÔNE -


CONTOURNEMENT SUD DE MÂCON
AUTEURS : CHRISTOPHE CÉZARD, INGÉNIEUR EGIS JMI - STÉPHANE GUICHON, INGÉNIEUR COGECI - BERNARD RÉMY, INGÉNIEUR CCS

MIS EN SERVICE EN MARS 2011, LE CONTOURNEMENT SUD DE MÂCON (A406) RELIE L’A40, À L’EST, AU NŒUD RN79-
RN6-A6, AU SUD DE LA VILLE. APRR, MAÎTRE D’OUVRAGE, ET SON MAÎTRE D’ŒUVRE EGIS SE SONT APPLIQUÉS À FAIRE
DE CES 9 KM D’AUTOROUTE UNE RÉALISATION EXEMPLAIRE, OÙ LES EXIGENCES DU DÉVELOPPEMENT DURABLE SONT
PRISES EN COMPTE À TOUS LES STADES DE LA CONCEPTION ET DE LA RÉALISATION. FONCTIONNEL ET NÉANMOINS
HARMONIEUX, LE VIADUC DE FRANCHISSEMENT DE LA SAÔNE TÉMOIGNE QU’IL EST POSSIBLE DE CONCILIER L’ÉCO-
NOMIE ET LE RESPECT DE L’ENVIRONNEMENT.

L
a majeure partie du tracé de d’évacuation des crues. L’implanta- 1- Le viaduc et CONTRAINTES IMPOSÉES
l’A406 est en zone inondable. tion et l’écartement des piles ont été la ville de Mâcon PAR LE MILIEU NATUREL
Elle est presque entièrement en déterminés par les exigences de la pendant la crue GÉOTECHNIQUE
de fin 2010.
remblai, afin de rester hors d’at- navigation. Le choix de la solution La plaine est tapissée d’alluvions
teinte des plus hautes eaux (figure 2). a été fortement influencé par les récentes à fort pourcentage de fines,
1- The viaduct
Le viaduc de la Saône s’intègre dans contraintes d’exécution : délais de and the city of peu perméables et compressibles.
un système d’ouvrages de décharge réalisation serrés, difficultés de com- Mâcon during De part et d’autre du lit mineur, leur
hydraulique couvrant toute la largeur munication entre les deux rives, com- the flood at the épaisseur atteint 6 m. Elles recou-
du lit majeur. Sa longueur et son tirant pressibilité des sols superficiels des end of 2010. vrent des alluvions plus anciennes
d’air ont été fixés par les contraintes berges, risque d’inondation. (graves puis sables assez compacts),

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 59


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

© P. SANCEY
2

épaisses d’une douzaine de mètres, qui 2- Vue vers le Si le débit augmente encore, le niveau Le Service de la Navigation a demandé
reposent sur le substratum, constitué nord du lit ma- monte et la vitesse de l’eau s’accroît. d’assurer une hauteur libre de 7 m au-
jeur de la Saône
de limons sableux compacts. pendant la crue Néanmoins, elle n’excède pas 1,5 m/s. dessus de la cote des plus hautes eaux
Dans le lit mineur, les alluvions récentes de fin 2010. La crête des remblais et l’intrados des navigables (172,85 NGF).
sont presque absentes, et le substra- Au premier ouvrages sont calés par rapport aux Sur la largeur du rectangle de navi-
tum est beaucoup plus profond que plan l’A406, à plus hautes eaux connues (crue de gation, égale à 48,4 m du fait de la
sous les berges. Par contre, au-delà l’arrière-plan, 1840, estimée à 3 800 m3/s). courbure du chenal, une hauteur d’eau
Mâcon et Saint-
d’un à deux mètres de vase, les son- Laurent-sur- La cote de 175,9 NGF, considérée minimale de 4 m est requise au-dessus
dages ont trouvé des sables et graviers Saône. comme un majorant du niveau des des obstacles immergés éventuels
de bonne compacité sur quinze mètres crues futures, a été retenue. L’obliga- (enrochements, semelles des piles,
d’épaisseur. 2- View north- tion de limiter à 2 cm la surélévation ouvrages provisoires recépés).
ward over the engendrée par l’autoroute a déterminé Le chemin de halage de rive gauche
HYDROGÉOLOGIE Saône flood l’ouverture des ouvrages. Le point cri- a été maintenu avec un gabarit de
La nappe alluviale est très proche de plain during tique se trouvant sur la rive droite, la 4,50 m sur 9,75 m.
the flood at
la surface du sol. Elle alimente des end-2010. In brèche de 450 m franchie par le viaduc En rive droite, seule s’appliquait la
pompages destinés à la production the foreground est décalée vers cette rive par rapport servitude de marchepied, imposant
d’eau potable. Les plus proches, en the A406, in the au lit mineur. de laisser libre une bande de 3,25 m
rive droite, sont à moins de 3 km en background, le long de la rivière.
Mâcon and
aval. Ils sont vulnérables à la pollution Saint-Laurent- ZONES NATURELLES SENSIBLES
engendrée par l’autoroute, car la nappe sur-Saône. Les prairies humides du lit majeur CONTRAINTES
affleure dans le lac de Varennes, une accueillent de nombreuses espèces. DE RÉALISATION
ancienne gravière située au pied du Les discussions avec le Comité National Afin de pouvoir l’utiliser pour transpor-
remblai. Les eaux des chaussées sont de Protection de la Nature sur l’éten- ter d’une rive à l’autre les matériaux de
donc traitées dans des bassins amé- due des zones destinées à compenser chaussée de l’autoroute, le viaduc a fait
nagés sur chaque rive au-dessus du de maintenir un niveau minimum égal l’emprise stérilisée par l’autoroute ont l’objet d’un marché de travaux anticipé,
niveau des plus hautes eaux. à 169,45 NGF pour les besoins de la retardé de quatre mois le démarrage dont le délai d’exécution a été fixé à
Sur l’ouvrage, elles sont conduites navigation. effectif des travaux. 20 mois. Ce marché a dû inclure près
par des corniches-caniveaux dans En aval du port de Mâcon, des diguettes de 90 000 m3 de remblai, nécessaires
les collecteurs d’assainissement de la délimitent le lit mineur. Lorsqu’elles sont CONTRAINTES ENGENDRÉES à la construction du tablier.
section courante, implantés en crête contournées par une crue (à peu près PAR LA NAVIGATION Un bipoutre en ossature mixte, assem-
des remblais. tous les deux ans), l’eau envahit les À Mâcon, la Saône est une voie navi- blé sur le remblai rive droite et mis
rives, dont la cote varie entre 170,4 et gable de classe VI. Pendant la construc- en place par lancement paraissait en
CRUES DE LA SAÔNE 172 NGF. tion du viaduc, des mesures de sécurité effet la solution la plus adaptée aux
Les faibles débits sont contrôlés en aval Quand les eaux atteignent 174 NGF, très strictes étaient requises, et le trafic exigences de la navigation et aux diffi-
par le barrage de Dracé, dans le but le champ d’inondation ne s’étend plus. devait être maintenu en tout temps. cultés de circulation sur le site.

60 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


ENTRETOISE D’APPUI BIAISE
entre pièces de pont droites (pile P4)

Au début des travaux, le vieux pont de pièces de pont. Ces dernières sont
Mâcon constituait la seule liaison rou- prolongées par des consoles sous les
tière entre les deux rives, et l’accès à encorbellements du hourdis collaborant
la rive gauche était restreint d’un côté en béton armé, large de 21,74 m.
par la traversée de Saint-Laurent-sur- Le schéma statique est celui d’une 4
© EGIS
Saône, et de l’autre par le faible gabarit poutre continue sur appuis simples ;
des ouvrages perçant les remblais de les deux appareils d’appui de chaque
la voie ferrée, au Nord, et de la LGV ligne sont des blocs de caoutchouc 3 & 4- Entretoise béton non armé de 3 à 6 m d’épaisseur,
Paris-Lyon, au Sud. fretté sur les piles et des appuis à pot d’appui biaise coulé sous l’eau à l’intérieur du batar-
entre pièces
sur les culées. de pont droites deau permettant de construire la pile à
CHOIX DU PARTI Tracé en plan et profil en long sont (pile P4). sec. Les palplanches du batardeau ont
ARCHITECTURAL définis dans l’axe de la plate-forme. été recépées et intégrées à la fonda-
Bien que la Saône sépare deux dépar- Sur l’ouvrage, le tracé en plan est un 3 & 4- Skewed tion ; elles sont connectées au béton
tements et même deux régions, cette cercle de 1 900 m de rayon. Pour res- supporting cross de la semelle. Enfin, des enrochements
frontière ne s’exprime pas dans le pay- pecter le gabarit de navigation, le profil tie between ont été mis en place autour des mas-
sage. Le pont qui la franchit n’a aucun en long est en dos d’âne (R 17 000 m). straight trans- sifs pour prévenir les affouillements.
rôle de porte. Ce n’est pas un pont Le dévers est en toit à 2,5 %. Les por- verse girders Un levé bathymétrique a permis de fixer
(pier P4).
urbain ; son traitement architectural tées sont mesurées sur le cercle du la cote des semelles. Alors que sous
devait viser la sobriété. tracé en plan. Elles valent, de l’Ouest P3 le fond n’était qu’à 2,5 m sous le
Ni le chenal de navigation, ni l’autoroute vers l’Est : 58,9 m, 4 x 72,2 m, 60,8 m, niveau minimal de la retenue, P4 et
ne respectent la symétrie du lit mineur. 39,9 m. Les lignes d’appui C0 et C7 P5 se trouvaient au bord d’une cuvette
Par rapport à celui-ci, tous deux ont sont perpendiculaires à l’axe, afin de COFFRAGE DES PILES profonde d’une dizaine de mètres.
un tracé courbe et biais ; le chenal est simplifier la fabrication. Les lignes d’ap- Larges de 3,20 m, les piles sont dis- Les archives de VNF ont montré qu’elle
désaxé vers la rive gauche, et la brèche pui P1 à P6 sont orientées suivant la posées suivant la direction des écou- avait été creusée une trentaine d’an-
est désaxée vers la rive droite. Mais ces direction de l’écoulement des crues, lements. Elles ont toutes le même nées plus tôt pour exploiter les maté-
déséquilibres sont peu sensibles sur le et parallèles à C0. Le biais qu’elles coffrage. Il associe deux fûts de 6 m riaux du lit, et qu’elle ne s’était pas
site, car le paysage, très plat, passe forment avec l’axe est donc variable : de haut, distants de 9,5 m, à un sou- rebouchée depuis. Plutôt que de caler
sans rupture de la terre à l’eau. il passe de 98 à 86 grades. bassement dont la cote dépasse de les semelles au niveau du fond de la
Le parti retenu privilégie donc les lignes Les pièces de pont espacées de 3,8 m quelques décimètres le niveau des plus cuvette, près de 5 m plus bas que la
horizontales, et souligne la continuité du sont perpendiculaires à l’axe. Les por- hautes eaux navigables. Sa hauteur cote requise par le trafic fluvial, on a
ruban autoroutier (figure 1). tées ont été ajustées de telle sorte que égale à 1,20 m pour les piles à terre comblé celle-ci autour des piles et ren-
les lignes d’appui biaises des piles cou- atteint 8,35 m pour les piles encadrant forcé la protection en enrochements.
CARACTÉRISTIQUES pent l’axe à mi-distance des pièces de le chenal (figures 5 et 6). Quoiqu’elle soit située sur la berge, la
DE L’OUVRAGE pont qui les encadrent. Cela a permis pile P6 a été fondée comme les piles
Les 4 voies de l’autoroute sont portées d’intercaler entre celles-ci une entre- FONDATIONS DES PILES en rivière, et justifiée comme elles
par un tablier unique en ossature mixte toise biaise, reliant les montants d’ap- Comme pour le pont de la LGV Paris- sous le choc des bateaux. Par contre,
à sept travées. La charpente en acier pui verticaux qui diffusent dans chaque Lyon et le nouveau pont d’Arciat, situés les piles P1 et P2 de la rive droite ont
S355 se compose de deux poutres poutre la réaction des appareils d’appui quelques kilomètres en aval, les piles en été fondées sur 8 pieux Ø 1 400 de 15
de hauteur constante reliées par des (figures 3 et 4). rivière ont été fondées sur un massif de à 19 m.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 61


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

5
© APRR / STUDIO BERGOEND

La proximité de la nappe et la mau- 5 & 6- Pour pouvoir remblayer en une seule début des travaux, les drains ont été
vaise tenue des alluvions récentes ont Coffrage phase sans risque de rupture du sol, remplacés en rive droite par des inclu-
des piles.
imposé le tubage provisoire des forages une banquette périphérique provisoire sions rigides, supportant directement
et le blindage des fouilles, étanchées de 10 m de large devait être édifiée la charge du remblai. 646 colonnes
par un bouchon de béton. 5 & 6- jusqu’à mi-hauteur. Ø 400 mm espacées de 1,7 m ont
Formwork
for piers. En rive gauche, ces dispositions ont été réalisées par refoulement du
CULÉES été appliquées. Mais pour disposer à sol à la tarière, puis remplissage en
Les culées sont de simples sommiers temps de la plate-forme d’assemblage béton maigre (180 kg/m3 de ciment,
fondés sur pieux en crête des remblais du tablier malgré le retard pris au 100 kg / m 3 de filler). Pour assurer
d’accès. Les pieux Ø 1 400 (7 sous C0, la stabilité du remblai, les inclusions
5 sous C7) sont disposés en quinconce. situées sous les talus ont été armées
Forés au travers du remblai et des par un tube d’acier Ø 126/140, ce qui
alluvions récentes à l’abri d’un tubage a permis de supprimer les banquettes
provisoire, ils sont ancrés dans les allu- provisoires.
vions anciennes. Les efforts parasites
dus aux déformations différées des sols CHARPENTE DU TABLIER
mous ont été pris en compte. Les poutres principales sont écartées
de 12,24 m. Hautes de 3,45 m, elles
REMBLAIS D’ACCÈS sont élancées au 1/21. L’épaisseur des
La majeure partie des matériaux a été âmes varie de 19 à 24 mm. Elles sont
tirée d’un emprunt destiné à compen- raidies à l’attache de chaque pièce de
ser le volume perdu pour le stockage pont par un raidisseur en T. Larges de
des crues du fait de la construction 1,10 m, les membrures supérieures
de l’autoroute. Pour pouvoir employer ont une épaisseur variable de 37 à
ces matériaux fins sous le niveau des 135 mm. Les membrures inférieures
plus hautes eaux, des masques de 3 m sont larges de 1,25 m ; leur épaisseur
d’épaisseur ont dû être mis en place varie de 42 à 135 mm.
sur les talus. Ils ont été réalisés en La hauteur des pièces de pont varie de
matériaux rocheux 0/300, comme la 1,30 m à 1,44 m dans l’axe du tablier.
couche de base des remblais. Enfin, Les consoles qui les prolongent sont
des tranchées drainantes ont été creu- longues de 4,57 m et leur hauteur varie
sées tous les dix mètres perpendiculai- de 1,30 à 0,50 m.
rement à l’axe des remblais, afin d’évi- Les entretoises biaises, hautes de
ter qu’ils ne bloquent les écoulements 1,20 m, sont soudées sur des montants
qui circulent sous la surface du sol. d’appui en double T.
Sous le poids des remblais, hauts
d’une dizaine de mètres, le tassement HOURDIS SOUS CHAUSSÉE
des alluvions fines atteignait 25 cm et L’épaisseur totale du hourdis est de
durait plusieurs mois. Afin de ramener 250 mm sur les rives et de 277 mm
à dix semaines le délai de consolidation, entre les poutres. Des prédalles pré-
un réseau de drains verticaux espacés fabriquées appuyées sur les poutres,
de 1,5 m devait être réalisé, et une les pièces de pont et les consoles ont
surcharge d’un mètre de remblai mise permis de bétonner sans étaiement des
en place au droit des futures culées. 6 plots de grandes dimensions.
© APRR / STUDIO BERGOEND

62 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


7- Prédalles
participantes
et ferraillage
du hourdis.
8- Répartition
des inserts sur
les prédalles.
9- Soudures
d’attache
des éléments
transversaux
sur les poutres.

7- Structurally
participating
formwork and
top slab reinfor-
cing bars.
8- Distribution
of inserts on
the precast form-
© APRR / STUDIO BERGOEND

work units.
9- Weld joints
fastening
transverse
elements on
the beams. 7

Épaisses de 120 à 130 mm, ces pré- couvrir de prédalles toute la surface CALCULS DE L’OUVRAGE en cours d’élaboration. Les nouvelles
dalles contiennent les armatures infé- du tablier avec un petit nombre de L’avant-projet d’ouvrage d’art a été hypothèses des calculs fixées avec
rieures du hourdis ; un réseau serré modèles distincts. établi à la fin de 2007 sur la base l’aide du SETRA ont pu être introduites
de cadres verticaux les solidarise au Sur les rives du tablier, alternent ainsi de la réglementation française en dans le marché de travaux.
béton de seconde phase (figure 7). (figure 8) : vigueur, suivant laquelle la séismicité
Moins délicate à mettre en œuvre à Une prédalle munie d’un support du site pouvait être négligée. Mais la OSSATURE MÉTALLIQUE
que la préfabrication complète, cette de barrière à mi-distance de deux décision ministérielle d’approbation L’application des eurocodes a eu les
solution permet de raccourcir le délai consoles successives ; de l’étude préliminaire, prononcée le effets suivants sur la répartition de
de réalisation du hourdis sous chaus- à Une prédalle munie d’un avaloir 29 janvier 2008 pendant la consul- matière des poutres :
sée. et de deux supports de barrière tation des entreprises, a prescrit de à Les âmes ont été épaissies sur
L’espacement des pièces de pont et implantés au quart et aux trois justifier l’ouvrage conformément aux toute la longueur du tablier ; leur poids
les principes d’entretoisement ont été quarts de l’intervalle séparant les eurocodes, et de le vérifier au séisme a augmenté de 18 % par rapport à
choisis de telle sorte que l’on puisse consoles. dans l’esprit du nouveau règlement l’APOA initial.

RÉPARTITION DES INSERTS SOUDURES D’ATTACHE DES ÉLÉMENTS


SUR LES PRÉDALLES TRANSVERSAUX SUR LES POUTRES

8 9

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 63


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

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© APRR / STUDIO BERGOEND

Par contre, le linéaire de raidisseurs 10- Avant-bec ainsi de 1 419 t à 1 505 t, en augmen- La conception particulière de l’entre-
longitudinaux a été réduit de 60 %. de lancement tation de 6 %. toisement a permis de justifier sans
de 30 m.
à L’épaisseur des membrures infé- Cela résulte d’une part de la méthode difficulté la sécurité vis-à-vis du flam-
rieures a été majorée de 5 à 15 mm au 11- Pose de justification du cisaillement intro- bement transversal des membrures
des prédalles
voisinage des piles. Le tonnage d’acier participantes. duite par l’EN 1993-2, et d’autre inférieures comprimées au droit des
correspondant a augmenté de 4,5 % part des nouvelles charges routières, piles, bien que la méthode de calcul
par rapport à l’avant-projet initial. 10- 30-metre
plus lourdes et plus excentrées que de l’EC 3 soit plus défavorable qu’au-
à L’épaisseur des membrures supé- launching nose. celles du fascicule 61 titre II du CPC. paravant.
rieures a été majorée ponctuellement 11- Placing La différence était d’autant plus Le poids des éléments transversaux est
de 5 à 10 mm au droit des piles. Le structurally sensible que l’on avait appliqué ces passé de 783 t à 859 t (en augmenta-
tonnage d’acier correspondant n’a aug- participating dernières sur 4 voies de circulation tion de 10 %) pour deux raisons :
menté que de 2,5 %. formwork. seulement, la DBA centrale étant à Les règles de justification de la
Le poids total des poutres est passé considérée comme inamovible. sécurité vis-à-vis du déversement
des consoles supportant les rives
sont plus sévères que celles du fasci-
cule 61 titre V ; l’épaisseur des mem-
brures inférieures des 238 consoles
du viaduc est ainsi passée de 18 à
25 mm.
à Pour assurer conformément à
l’EC 2 le recouvrement des armatures
des prédalles, la largeur des mem-
brures supérieures des pièces de pont
et des consoles a dû être portée de 450
à 520 mm.
En revanche, l’EC 3 est moins exigeant
que les règles antérieures pour l’at-
tache des éléments transversaux sur
les poutres :
à Pour les pièces situées dans les
zones comprimées des travées (soit
55 % du total), aucun raccordement
circulaire n’a été réalisé entre les mem-
brures supérieures. Ailleurs un rayon de
raccordement de 50 mm s’est avéré
suffisant.
à Les dimensions retenues en défi-
nitive pour les soudures ont été net-
tement supérieures aux valeurs théo-
11 riques issues des calculs (figure 9).
© APRR / STUDIO BERGOEND

64 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


SYSTÈME D’APPUI ments transversaux du tablier étaient multimodale ont montré qu’il restait l’accès du personnel et le raccorde-
Pour la justification des piles sous bloqués sur l’un des deux appuis de possible de bloquer les déplacements ment des réseaux. La charpente a été
le choc des bateaux, les valeurs des chaque ligne, et les déplacements lon- transversaux sur les culées au moyen lancée en 4 phases à partir du remblai
forces statiques équivalentes ont été gitudinaux sur les deux appuis de P3. d’un appui glissant unidirectionnel rive droite (figure 10). L’ensemble des
tirées de l’annexe D du BAEL, comme Il est apparu rapidement que cette pile construit sur mesures pour supporter les opérations d’assemblage, de lancement
pour les ponts voisins (celles de l’eu- ne pouvait reprendre seule les efforts efforts de séisme. On a donc conservé et de dépose sur appuis provisoires a
rocode auraient été sensiblement plus sismiques longitudinaux. Par contre, des appuis à pot sur les culées. duré 30 semaines.
importantes). Néanmoins, la prise en modifier le schéma statique en faisant Les prédalles ont été posées par une
considération des séismes remettait reposer le tablier sur les piles par l’inter- MÉTHODES grue installée sur un plateau roulant
en cause le système d’appui du projet médiaire de blocs de caoutchouc fretté DE CONSTRUCTION sur les poutres (figure 11). Un second
initial. de grandes dimensions (1 100 x 900 Pour la construction des appuis en plateau mobile la ravitaillait à partir de
Les appareils d’appui prévus étaient en x 12.(16+5) sur les piles 1 à 4) permet- rivière, le matériel a été installé sur des la culée. Du montage des plateaux au
effet des pots de caoutchouc munis de tait de conserver les fondations prévues. pontons. De part et d’autre du chenal, bétonnage du dernier plot, l’exécution
plaques de glissement. Les déplace- Les calculs effectués par la méthode deux estacades légères permettaient du hourdis a duré 11 semaines. 

PRINCIPALES QUANTITÉS LES INTERVENANTS


FONDATIONS PROFONDES SUR PIEUX : MAÎTRE D’OUVRAGE : APRR
• 28 pieux Ø 1 400 (16 m moyen) MAÎTRE D’ŒUVRE PRINCIPAL : Egis
• Armatures : 83 t
ÉQUIPE DE CONCEPTION : Egis jmi - Architecture et Ouvrages d’Art
BLINDAGE PROVISOIRE DES FOUILLES À TERRE : 75 t
FONDATIONS PROFONDES SUR MASSIFS : GROUPEMENT D’ENTREPRISES :
• Palplanches Dabrowa GU 8-600 : 330 t GÉNIE CIVIL : Demathieu & Bard (mandataire)
• Béton immergé : 3 000 m3
• Enrochements : 2 500 m3 CHARPENTE MÉTALLIQUE : Matière
REMBLAIS D’ACCÈS : TERRASSEMENTS : Valérian
• 1 435 drains verticaux Ø équiv. 50 (6,6 m moyen)
• 646 inclusions rigides Ø 400 (7,5 m moyen) SOUS-TRAITANTS :
• Armatures pour inclusions : 478 tubes Ø 126/140 (84 t) ÉTUDES D’EXÉCUTION :
• Remblais : 90 000 m3 • Génie civil : COGECI
GÉNIE CIVIL : • Charpente : CCS
• Béton des appuis : 5 000 m3 • Batardeaux et estacades en rivière : SIOAH
• Coffrage des appuis : 3 600 m2
CHARPENTE MÉTALLIQUE : Eiffage Construction Métallique
• Armatures des appuis : 468 t
• Béton du tablier : 2 800 m3 APPAREILS D’APPUI : ETIC
• Coffrage du tablier : 9 100 m2 INCLUSIONS RIGIDES : Géotechnique et Travaux Spéciaux
• Armatures du tablier : 812 t DRAINS VERTICAUX : Ménard
CHARPENTE MÉTALLIQUE : PIEUX FORÉS : Bauer
• Tablier : 2 400 t (y.c. goujons 25 t)
• Passerelle de visite : 74 t BATARDEAUX ET ESTACADES EN RIVIÈRE : Tournaud

ABSTRACT
A406 - THE SAONE VIADUCT - A406 - VIADUCTO DEL SAONE -
MACON SOUTHERN BYPASS CIRCUNVALACIÓN SUR DE MACON
C. CÉZARD, EGIS JMI - S. GUICHON, COGECI - B. RÉMY, CCS C. CÉZARD, EGIS JMI - S. GUICHON, COGECI - B. RÉMY, CCS

The A406 motorway crosses the flood plain of the Saône River La autopista A406 atraviesa la llanura inundable del Saône aguas
downstream of Mâcon city. The 450-metre, seven-span viaduct crossing abajo de Mâcon. El viaducto, de 450 m con siete tramos que cruza el río,
the river forms part of the flood discharge system. The two beams of the forma parte del dispositivo de evacuación de crecidas. Las dos vigas del
composite-structure deck are connected by transverse girders that are tablero de estructura mixta están unidas por piezas de puente prolongadas por
extended by cantilever girders under the edges of the slab. The slab was consolas bajo los bordes de la losa. Esta última ha sido colada sobre prelosas
concreted over structurally participating formwork which contributes to its prefabricadas que contribuyen a su resistencia. La estructura se lanzó desde
strength. The frame was launched from the embankment on the right edge, el terraplén de la orilla derecha, construido sobre inclusiones rígidas que
built on rigid inclusions passing through the compressible soils. The bridge atraviesen los suelos compresibles. Diseñada según la normativa francesa
was designed in accordance with the French design code of 2007, but de 2007, la estructura se ha ejecutado de acuerdo a las nuevas normas
execution was verified in accordance with the new earthquake resistance parasísmicas y los eurocódigos, que entonces se estaban elaborando.
codes and the Eurocodes, under preparation at that time. By using large- La utilización de aparatos de apoyo de caucho zunchado de grandes
sized hooped rubber support systems, it was possible to keep the originally dimensiones permitió conservar los cimientos previstos inicialmente. El peso
planned foundations. The total weight of the frame increased 7.5%, from total de la estructura pasó de 2.210 a 2.375 toneladas, lo que representa un
2210 to 2375 tonnes.  aumento del 7,5%. 

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 65


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

LE VIADUC
DU HASPELBAECHEL
AUTEURS : ALAIN CUCCARONI, DIRECTEUR D’OPÉRATION, RFF - ALAIN LACROIX, DIRECTEUR DE PROJET, SPIE ATIGNOLLES TPCI - STEFAN BERNHARD,
RESPONSABLE DU BUREAU D’ÉTUDES TECHNIQUES CBDI, CAMPENON BERNARD DODIN INGÉNIÉRIE - STÉPHANE JEAN VIÉNOT, DIRECTEUR TECHNIQUE /
DIRECTION DE PROJET, DODIN CAMPENON BERNARD - FLORENT DELHOMME, CONDUCTEUR DE TRAVAUX / TOARC, GTM ALSACE - GILLES MAXIMIN,
CHARGÉ QUALITÉ PRÉVENTION ENVIRONNEMENT / TOARC, VINCI CONSTRUCTION TERRASSEMENT - DANIEL COLLOMB, DIRECTEUR DE LA MAÎTRISE
D’ŒUVRE INTÉGRÉE, BG INGÉNIEURS CONSEILS - ROMAIN GUTTER, INGÉNIEUR TRAVAUX / MAÎTRISE D’ŒUVRE INTÉGRÉE, BG INGÉNIEURS CONSEILS -
LUC DE SAINT PALAIS, INGÉNIEUR TRAVAUX CONDUITE D’OPÉRATION, SETEC

LE VIADUC DU HASPELBAECHEL EST INTÉGRÉ AU LOT 47 DE LA DEUXIÈME PHASE DE LA LIGNE GRANDE VITESSE EST
EUROPÉENNE, DONT LES TRAVAUX ONT ÉTÉ LANCÉS EN PROCÉDURE DE CONCEPTION-RÉALISATION. FRANCHISSANT
LE RUISSEAU DU HASPELBAECHEL ET TRAVERSANT LE PARC NATUREL RÉGIONAL DES VOSGES DU NORD, IL PERMET
L’ACCÈS EN COURBE AU TUNNEL BITUBE DE SAVERNE. LA CONCEPTION ET LA RÉALISATION DE L’OUVRAGE PAR LE
GROUPEMENT RÉPOND AUX EXIGENCES DU CONTEXTE GÉOLOGIQUE, DU RÈGLEMENTAIRE ET DE LA FORTE CONTRAINTE
ENVIRONNEMENTALE. SA PARTICULARITÉ EST QUE LES EFFORTS LONGITUDINAUX DU POINT FIXE SONT REPORTÉS
SUR UNE DALLE FROTTANTE EN ARRIÈRE DU CHEVÊTRE, VIA UNE TRAVÉE SUR REMBLAI.

1
© GROUPEMENT LOT47- JM BANNWARTH POUR BALLOÏDE PHOTOS

INTRODUCTION sace et le plateau lorrain et comprend : 1- Vue générale bilité (STI), les solutions structurelles et
D’une longueur de 106 km environ, la à Le tunnel de Saverne d’une lon- du viaduc en constructives pour la réalisation du tun-
construction.
2e phase de la Ligne à Grande Vitesse gueur de 4 020 mètres ; nel étaient nombreuses. RFF a estimé
Est - Européenne complète le projet de à Des sections de pleine voie pour intéressant de ce fait de confier en
liaison Paris - Strasbourg et permettra une longueur cumulée de 2 890 1- General view conception - construction, la réalisation
of the viaduct un-
début 2016 de relier les deux villes en mètres ; der construction. des travaux de Génie civil et d’équipe-
1 heure et 50 minutes. à Le viaduc du Haspelbaechel d’une ment de sécurité du tunnel.
RFF a découpé la construction de ces longueur de 270 mètres ; Ce type de marché permet en effet
106 km en 10 lots de génie civil dont le à Un remblai de grande hauteur d’intégrer dès la conception les
lot 47 qui permet le franchissement du (36 mètres) sur le vallon du Fall- Étant donné les évolutions de la régle- méthodes optimales de réalisation des
massif des Vosges du Nord (figure 2). baechel ; mentation en matière de sécurité fer- entreprises et de fiabiliser ainsi le délai
Ce lot d’environ 8 km de longueur à Trois rétablissements de voirie : roviaire, notamment des Spécifications global de remise du tunnel aux équipe-
permet la liaison entre la plaine d’Al- 2 ponts route et un pont rail. Techniques européennes d’Interopéra- ments ferroviaires.

66 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


Le choix de la structure des tunnels C’est dans ce cadre, donc, que la
(monotube ou bitube) ayant une inci- TUNNEL DE SAVERNE conception, les études d’exécution, la
dence sur la largeur du viaduc, ce der- construction et les suivis des travaux
nier a logiquement été intégré dans le ont été réalisés (figure 3).
même lot que le tunnel, ainsi que les
sections de pleine voie attenantes. LE VIADUC
Le Groupement adjudicataire du lot 47 DU HASPELBAECHEL
regroupe les compétences principales Le viaduc du Haspelbaechel est un
suivantes : ouvrage emblématique du lot 47 de
à Des bureaux d’ingénierie (BG Ingé- la LGV Est Européenne, au même titre
nieurs Conseils, Campenon Bernard que le tunnel de Saverne.
Dodin Ingénierie et ANTEA) et l’assis- D’une longeur de de 270 m, l’ouvrage,
tance nécessaire en matière d’archi- de type bi-poutre mixte, comporte
tecture (Cabinet Alain SPIELMANN) et 2 5 travées (48 m en rive contre 58 m
© PHOTOTHÈQUE SETEC
de paysage (LASSUS PAYSAGE) ; en travée courante), pour une largeur
à Des entreprises spécialisées en de tablier variable de 12,87 à 13,83 m.
tunnel : Dodin Campenon Bernard 2- Localisation Une mission de conducteur d’opéra- Il est prolongé du côté de son point fixe
(mandataire) et Spie Batignolles TPCI ; du vallon du tion a été également confiée à Setec ; sur culée par une travée sur remblai
Haspelbaechel
à Des entreprises spécialisées en dans le cadre des Cette mission a pour objet de donner et une dalle de frottement pour une
terrassements, assainissements et travaux du Lot 47. à RFF toute l’information nécessaire longueur supplémentaire de 44,50 m.
ouvrages d’art : Dodin Campenon Ber- 3- Organigramme à la prise de décision, qui relève de La hauteur des poutres métalliques est
nard, Vinci Construction Terrassement, du projet. sa compétence exclusive, et d’attirer de 3,9 m.
Valérian et GTM Alsace et Lorraine ; son attention sur d’éventuels risques L’ouvrage s’inscrit en courbe et fran-
à Une entreprise spécialisée en équi- 2- Location of the de dysfonctionnements de l’ouvrage, chit le vallon du Haspelbaechel a une
pements électriques : CEGELEC. Haspelbaechel de surcoûts ou d’allongement des hauteur de 45 m environ, la pile la
L’ensemble de ces entreprises est dale for works délais. plus haute mesurant 35 m, la plus
as part of Work
piloté par une direction de projet qui Package 47. Le conducteur d’opération est le relais courte16 m.
assure les relations avec RFF et qui 3- Project permanent des décisions du Maître Le présent article concerne unique-
coordonne l’ensemble des études et organisation d’Ouvrage auprès du Groupement du ment ce viaduc. Il traite pour l’essentiel
des travaux. chart. lot 47. des aspects de conception.

ORGANIGRAMME DU PROJET
CERTIFER COMITÉ DE GROUPEMENT
LOT 47

DIRECTION DE PROJET
MAÎTRISE D’OUVRAGE (MOA) DIRECTEUR COMITÉ D’EXPERT
RFF DE PROJET
DIRECTION
Conduite ADMINISTRATIVE
d’Opération ET FINANCIÈRE SECRÉTARIAT
(COP
AMOT SPS SETEC) QUALITÉ
TRACTEBEL Niveau SÉCURITÉ SPS Niveau 1
ENVIRONNEMENT

QSE TOARC QSE Tunnel QSE Équipement

DIRECTEUR DIRECTEUR
TECHNIQUE OPC
PROJETEUR DES TRAVAUX

Maîtrise d’Œuvre
Intégrée
Architecte TOARC Tunnel Équipements
Paysagiste Directeur Travaux Directeur Travaux Directeur Travaux
Conception (DOS 3)
VISA (contrôle documents EXE)
DET (Constats, Levés des points Études (y cis C. Externe) Études (y cis C. Externe) Études (y cis C. Externe)
d’arrêt, Réunion de chantier, Travaux Travaux Travaux
Suivi Non Conformité) QPE QPE QPE
© PHOTOTHÈQUE SETEC

AOR (OPR, suivi des réserves,


vérification des DOE)
MOEi SECTEURS TRAVAUX

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 67


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

CONTRAINTES PRINCIPALES 4- Vue générale


DU PROJET du viaduc passant
au-dessus du
CADRE RÉGLEMENTAIRE Haspelbaechel.
Étant donnée la vitesse de projet de 5- Localisation
350 km/h prescrite au programme, la du ruisseau du
base règlementaire principale du projet Haspelbaechel et
RUISSEAU DU HASPELBAECHEL positionnement
du viaduc du Hasdpelbaechel est le
du Viaduc.
référentiel technique RFF pour les LGV
et les Eurocodes. 6- Bétonnage
du tablier.
L’ouvrage est concerné par une sis-
7- Palais des
micité modérée au sens des nouvelles Rohan en ma-
réglementations, avec de ce fait deux

© ALAIN SPIELMANN
çonnerie de grès
types de séismes à considérer : rose des Vosges
à Un séisme dit majeur (calcul aux (Saverne).
ELU), d’une période de récurrence de 4
475 ans et correspondant à une pro- 4- General view
babilité de dépassement de 10 % sur RUISSEAU DU HASPELBAECHEL of the viaduct
passing over the
une période de 50 ans ; Haspelbaechel.
à Un séisme dit de service (calcul aux 5- Location of
ELS), d’une période de récurrence de Haspelbaechel
95 ans et correspondant à une proba- stream and via-
bilité de dépassement de 10 % sur une duct positioning.
période de 10 ans. 6- Concreting
Les exigences spécifiques d’un projet the deck.
ferroviaire, avec limitation des dépla- 7- Rohan Palace
cements statiques et dynamiques, in pink Vosges

© ALAIN SPIELMANN
sandstone ma-
imposent généralement une concep- sonry (Saverne).
tion lourde et raide très éloignée des
considérations d’ordre parasismique 5
usuelles orientées plutôt vers des struc-
tures souples.
Notre conception s’est attachée à « A » au sens de la nouvelle norme. constructive sismique particulière pour au droit des culées, matériau réputé
la recherche d’un compromis entre Un comportement en ductilité limité a ces parties d’ouvrage. de mauvaise qualité au plan géotech-
la raideur minimale nécessaire pour été considéré pour la structure avec nique. Des caractéristiques médiocres
satisfaire les exigences ferroviaires et un coefficient de comportement q de CONTEXTE PARTICULIER étaient attendues notamment côté
la souplesse suffisante de la structure 1.5, sauf pour les fondations qui ont Le viaduc de Haspelbaechel décrit Lorraine, étant donnée la présence de
pour limiter les sollicitations sismiques été calculées avec un coefficient de 1 une courbe de rayon 7 000 m environ terrain fortement remanié reconnue
dans l’ouvrage. (comportement élastique). permettant l’inscription des deux voies dans ce secteur par les campagnes de
Le premier pas dans la volonté de Des piles massives de forte section ferroviaires pour partie en courbe reconnaissance qui ont précédé l’appel
limiter l’impact sismique a été de ont été choisies afin de satisfaire les (rayons de 6 750 et 7 300 m respec- d’offres aux entreprises.
faire le choix de fonder tout l’ouvrage exigences ferroviaires de raideur trans- tivement pour V1 et V2) et pour partie Selon les conclusions du Programme
directement sur le rocher afin de versale de l’ouvrage, la faible contrainte en clothoïde. de l’opération il était même probable
pouvoir prendre en compte dans le obtenue par ce fait ayant permis Le substratum rocheux est recouvert que l’axe de l’appui C0 puisse se trou-
dimensionnement une classe de sol de s’affranchir de toute disposition de colluvions sur une forte épaisseur ver au droit d’une ou plusieurs failles.

6 7
© GROUPEMENT LOT47- JM BANNWARTH POUR BALLOÏDE PHOTOS © PHOTOTHÈQUE SETEC

68 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


aval de notre projet un lit important pour
la conservation d’espèces piscicoles
protégées.
Les contraintes techniques et météo-
rologiques nous ayant contraints à pla-
nifier les travaux durant la période de
reproduction de la faune aquatique, le
premier défi environnemental du chan-
tier a consisté en la mise en œuvre
de dispositions pour protéger le cours
d’eau et son bassin versant immédiat.
Préalablement aux travaux de génie
civil dans le ravin du Hasdpelbaechel,
les équipes de travaux ont réalisé un
important réseau d’assainissement à
caractère provisoire constitué notam-
ment de bassins de décantation et de
filtres à proximité des pistes du chan-
tier et des fouilles. Des barrières suc-
cessives de géotextile et de fascines
ont notamment été mises en œuvre
au niveau des piles 2 et 3 du Viaduc
© GROUPEMENT LOT47

(situées de part et d’autres du cours


d’eau).
De fait, l’essentiel des eaux de ruissel-
8 lement a ainsi été traité avant son rejet
dans le milieu naturel.
Pour les bétonnages à proximité du
De fait, il était exclu d’ajouter des 8- Bétonnage À noter également les particularités cours d’eau, une attention particulière
charges supplémentaires sur les talus de la semelle suivantes de l’ouvrage : a été apportée au phasage des travaux
existants côté Lorraine de l’ouvrage. de culée C5. à Les dimensionnements réalisés, et vis-à-vis de risques de projection.
Par ailleurs, l’instabilité des berges du 9- Vue 3D notamment pour les piles et les fon- Des écrans de protection ont notam-
de la jonction
Haspelbaechel attestait et atteste tou- tablier-Culée C0 dations, intègrent les composantes ment été installés sur les outils coffrants.
jours d’une érosion active. Les maté- et du dispositif radiales des charges longitudinales La dernière phase délicate au plan
riaux sont emportés par charriage, d’appui fixe. résultantes de la courbure du viaduc environnemental pour l’achèvement
situation qui interdisait d’approcher (freinage / accélération, frottements des du viaduc concernait les finitions de
les fondations d’une pile du lit du Has- 8- Concreting appuis, interaction voie-OA, forces cen- peinture de la charpente métallique.
pelbaechel. the footing of trifuges, etc.) ; Outre l’interdiction de tout stockage de
Ces considérations et les exigences abutment C5. à Le tablier est bloqué transversa- produits dangereux dans la zone sen-
du programme nous ont conduits à 9- 3D view of lement sur tous les appuis par des sible du vallon, des dispositifs de pro-
positionner le point fixe du viaduc côté the joint between appareils d’appui glissants monodi- tection ont été mis en œuvre au niveau
the deck and
Lorraine (culée C0), et ceci malgré la abutment C0 rectionnels et longitudinalement sur la de la nacelle pour limiter au maximum
faiblesse des caractéristiques géotech- and the fixed culée C0 (point fixe) par l’intermédiaire les risques d’épanchement de résidus
niques attendues dans cette zone. support device. d’une butée parasismique. lors des opérations de sablage et de
peinture.
ASPECTS Au final, le suivi régulier réalisé de
ENVIRONNEMENTAUX la qualité du cours d’eau durant les
VUE 3D DE LA JONCTION TABLIER-CULÉE C0 Le Viaduc franchit le vallon de l’Haspel- travaux a confirmé le bon fonctionne-
baechel et le ruisseau du même nom à ment des dispositifs de protection mis
ET DU DISPOSITIF D’APPUI FIXE une hauteur de 45 m environ (figures 4 en place. Ce résultat est évidemment
et 5). La principale source du ruisseau très satisfaisant pour l’ensemble des
est proche de la zone de travaux. L’en- acteurs du projet et notamment pour
jeu environnemental de la réalisation les équipes travaux.
de cet ouvrage était ici d’autant plus
important que le vallon de l’Haspelbae- ASPECTS
chel se situe au cœur du Parc Naturel ARCHITECTURAUX
Régional des Vosges du Nord (PNRVN) Le viaduc du Haspelbaechel est situé
et d’une zone Natura 2000. au cœur du massif Vosgien non loin du
© EIFFAGE CONSTRUCTION MÉTALLIQUE

Pour la réalisation de l’ouvrage, d’im- col de Saverne et de l’autoroute A4.


portantes mesures ont été prises Le relief n’est pas très marqué dans
pour la protection de l’environnement, ce secteur. La couverture forestière est
notamment pour éviter toute pollution dense et principalement composée de
du cours d’eau et pour préserver le site sapins.
forestier environnant. Le fameux grès rose des Vosges
9 La rivière Haspelbaechel constitue en affleure à de nombreux endroits.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 69


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

Quand bien même la nouvelle ligne fer- La culée C0 a été prolongée pour
roviaire vient longer l’autoroute A4 dans s’appuyer à l’arrière directement sur
le secteur du viaduc, l’ouvrage n’est en le rocher sain, alors qu’à l’avant elle
fait pas visible depuis ladite autoroute. s’appuie sur trois pieux en béton forés
L’étude architecturale du viaduc a de longueur 16 m et de 1,60 m de
porté sur la définition des formes et diamètre. Le rôle de ces pieux est de
matériaux de parement, la teinte de transmettre la charge verticale au sol et
l’ouvrage et plus généralement sur son de reprendre les charges transversales
insertion dans le site, dans le respect par effet de portique.
de la définition du parti architectural Dans leur partie supérieure (zone des
d’ensemble de la ligne. colluvions) les pieux sont isolés du
Le traitement de l’ouvrage vise un terrain environnant sur une hauteur de
aspect unitaire par l’emploi de formes 6 m par un fourreau métallique de dia-
sobres et simples, l’utilisation d’une mètre 1,80 m, un vide de 10 cm étant
teinte homogène voisine de celle du par ailleurs laissé entre le bord du pieu
grès rose qui a permis la construction et le terrain environnant.
de nombreux bâtiments dans la région Les efforts longitudinaux de dimension-
tel que par exemple le palais des Rohan nement (environ 650 tonnes) corres-
à Saverne (figure 7). pondant aux cas de freinage / accélé-
Les corniches en béton coloré teinte ration et au séisme sont transmis par
grès rose prolongent cet esprit. la travée sur remblai longue de 24 m
Pour mettre en valeur cette teinte et jusqu’à une dalle de frottement de
offrir un contraste, le vert foncé a été 246 m2 (20,5 m de longueur pour 12 m
retenu pour la peinture des poutres du de largeur) coulée sur le rocher sain.
viaduc. Cette teinte sombre permet en La butée parasismique est reliée à la
effet d’affiner les lignes et les formes culée par des barres précontraintes.
de l’ouvrage. Deux appareils d’appui à pot verticaux
Elle participe ainsi à l’intégration esthé- permettent les rotations du tablier sur
tique du viaduc dans le Parc Naturel cette culée (figure 9).
Régional des Vosges du Nord.
Les piles sont composées en plan de PILES
10
deux «têtes» reliées par un « fût », lequel Description générale
s’interrompt en partie haute pour lais- Les piles pleines, de forte section et
ser passer transversalement la lumière. donc peu comprimées, garantissent un
Le fût est habillé d’un matriçage à bon fonctionnement en cas de séisme
relief crénelé permettant, par des jeux sans nécessiter d’armatures de confi-
d’ombres et de lumières, d’apporter nement.
un rendu plus sombre encore, tran- La partie supérieure des fûts comporte
chant avec le gris clair du béton. Sur le deux colonnes afin de calibrer les
champ, les « têtes » sont partiellement souplesses des piles de hauteur dif-
habillées de la même matrice. férente. Cela permet de mieux repartir
les efforts entre les piles P1 à P4 sous
ÉLÉMENTS PRINCIPAUX séisme transversal.
DE L’OUVRAGE L’accès aux appareils d’appui des têtes
FONDATIONS 11 de pile se fait par des trappes (une par
© GROUPEMENT LOT47
Pour obtenir un comportement satisfai- appareil d’appui) positionnées dans le
sant en cas de séisme, la plupart des hourdis inférieur du tablier.
appuis ont été fondés au rocher sur Au plan dimensionnel, ce choix a per- 10- Pile P3 À noter que les contraintes techniques
semelles superficielles. mis de classifier le sol en classe A selon en cours décrites précédemment ont influé sur
les termes de l’Eurocode 8 et ainsi de d’élévation.
Seule la culée côté Lorraine (C0) déroge les choix architecturaux retenus.
à cette règle puisqu’elle est fondée sur calibrer les efforts sismiques de dimen- 11- Vue sur en- Réalisation
tretoises abais-
pieux. sionnement aux ordres de grandeur des sées depuis le Les piles ont été réalisées à l’aide
Lorsque la qualité du terrain en fond efforts de service de l’ouvrage. plateau coffrant d’un coffrage semi-grimpant métal-
de fouille n’était pas jugée suffisante, Le dimensionnement de l’ouvrage a de l’équipage lique (l’élévation du coffrage était faite
la fouille a été approfondie jusqu’au ainsi été optimisé. mobile. à l’aide d’une grue à tour). Les levées
rocher sain, une couche de gros béton À noter que le calibrage a été obtenu courantes sont de 4,40 m. Le coffrage
non armé étant ainsi intercalée entre la grâce à l’utilisation d’un modèle de 10- Pier P3 a été conçu de sorte à minimiser le
base des semelles et le rocher. calcul dynamique spectral complet de undergoing nombre de tiges de serrage traver-
lifting.
Le choix de retenir principalement l’ouvrage. santes afin de marquer au minimum
11- View over
des fondations superficielles a permis Conformément aux exigences du Pro- the lowered le fût des piles.
d’éviter des ateliers de pieux très dif- gramme de l’Opération, la culée C0 a cross ties from Un seul outil coffrant a été utilisé pour
ficiles à mettre en œuvre et source été conçue pour que sa descente de the formwork la réalisation des quatre piles. L’outil
d’éventuelles pollutions dans ce vallon charges soit transmise directement plate of the disposait de parties amovibles pour
très escarpé dont la pente atteint ½ sur au rocher sain sans solliciter le talus mobile rig. permettre l’adaptation nécessaire aux
le versant mosellan. existant (réputé fragile). géométries des parties basse (section

70 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


massive) et haute (section ouverte en Au sommet des deux fûts de chaque tement métallique permettant la liaison dage des diaphragmes sur les PRS.
partie centrale). pile, des bossages en béton armé ont avec la butée parasismique. Une fois l’ensemble soudé, les dalles
La face matricée a été réalisée en fixant été réalisés ; ils sont munis de platines La section des barres de contrevente- préfabriquées composant le hourdis
une joue en polyuréthane directement métalliques noyées dans le béton. Les ment a été dimensionnée pour respec- inférieur du tablier ont été mises en
sur le coffrage. appuis à pot supports des poutres (PRS) ter les critères de déplacement en cas place avec une grue mobile (mais non
Sur chaque semelle de pile, une talon- de la charpente métallique reposent de freinage / accélération et pour offrir clavées).
nette de même forme que la pile et très directement sur ces platines. la souplesse nécessaire de la structure Le tablier a ensuite été lancé, travée par
précisément implantée a été réalisée en cas d’un séisme. travée, pas l’intermédiaire des chaises
en même temps que la semelle pour TABLIER Réalisation disposées en têtes de pile avant d’être
garantir la parfaite implantation de la Description générale La charpente métallique du tablier a été descendu sur ses appuis définitifs une
première levée et donc de la pile. Une solution mixte métal-béton a été mise en place par cinq lançages repré- fois le côté opposé atteint.
Avant chaque étape de bétonnage, un retenue avec deux hourdis en béton sentant à chaque fois une longueur de Une fois la charpente en position défi-
contrôle d’implantation du coffrage était armé. travée (environ 50-60 m) (figure 12). nitive, un équipage mobile a été mis en
réalisé pour éviter toute dérive géomé- Le hourdis supérieur a été coulé en à une extrémité du viaduc (côté C5 place au niveau de C0 afin de couler
trique de la pile. place sur équipage mobile, les entre- Alsace), une plateforme d’environ 90 m en place le hourdis supérieur du viaduc
Le chantier a pris l’option d’aménager toises abaissées étant conçues pour de longueur a été aménagée pour per- (ensemble de 28 plots de 10 m environ)
une aire pour préfabriquer une partie faciliter la circulation du coffrage mettre les lancements. (figure 13).
du ferraillage. Cette solution a permis (figure 11). Le hourdis inférieur a été à chaque lançage, les mêmes opé- Le ferraillage du hourdis supérieur a été
de gagner du temps lors des rotations préfabriqué, les dalles étant clavées rations ont été répétées, à savoir : réalisé sur une zone de préfabrication
de l’outil coffrant (une levée tous les sur les poutres métalliques mais non mise en place des PRS (270 m de au niveau de C5 avant d’être acheminé
3 jours environ en décoffrant au plus liaisonnées entre elles. longueur en 12 poutres), soudage des jusqu’en C0. Chaque cage d’armature
tôt à 15 heures selon les résistances À l’extrémité côté C0 le hourdis infé- jonctions de poutres, mise en place a été lancée avec un système de ski
atteintes). rieur a été remplacé par un contreven- des diaphragmes entre PRS, sou- tracté par des treuils électriques roulant
entre les goujons des semelles supé-
rieures des PRS.
12- Premier Comme indiqué précédemment,
tronçon lancé l’ouvrage a été conçu pour avoir un
(vue sur P4).
diaphragme abaissé qui permettait au
13- Équipage
plateau central de l’équipage mobile
© GROUPEMENT LOT47- JM BANNWARTH POUR BALLOÏDE PHOTOS

mobile entre
C0 et P1. (partie qui coffre la sous face du hourdis
supérieur entre les PRS) de circuler
12- First section librement d’un côté à un autre du
launched tablier.
(view over P4). Une fois le hourdis supérieur réalisé, le
13- Mobile rig hourdis inférieur a été clavé sur les PRS.
between C0
and P1. ÉQUIPEMENTS
DU VIADUC
Les équipements du viaduc du Haspel-
baechel sont classiques :
12 à Un complexe d’étanchéité de type
Parafort Pont constitué d’un enduit
d’imprégnation, d’une feuille d’étan-
chéité et d’une couche de protection en
béton bitumineux d’épaisseur 30 mm ;
à De corniches béton teintées en rive
d’ouvrage. Elles ont été mises en place
à la grue mobile et maintenues provi-
soirement à l’aide de tire-pousse avant
d’être clavées au tablier par la contre
corniche ;
à Des massifs supports de poteaux
caténaires dont la principale caractéris-
© GROUPEMENT LOT47- JM BANNWARTH POUR BALLOÏDE PHOTOS

tique est d’avoir des tiges ancrées en


sous face du tablier par l’intermédiaire
d’une platine métallique ;
à Des caniveaux à câbles préfabri-
qués posés sur lit de mortier pour les
équipements ferroviaires ;
à Des caniveaux à eaux constitués par
une des faces de la contre-corniche et
du caniveau à câble, recouverts par une
dallette en béton et reliés au chéneau
fixé en sous face du tablier (à l’aide
13 d’une nacelle à déport négatif).

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 71


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

14
© SETEC TPI

L’intérieur du caisson est aménagé sondages complémentaires de 2010. 14- Terrassement La résistance de la dalle à l’effort lon-
avec : La campagne de sol complémentaire de la datte frottan- gitudinal de traction/compression a été
te (C0).
à Un dispositif d’accès aux têtes de a mis en évidence un substratum sain améliorée en augmentant sa surface,
pile composé d’une trappe d’accès au droit de la dalle près de la surface 15- Spectre de calcul. solution retenue préférentiellement à
munie de garde-corps, d’un point d’ac- du terrain naturel. Le sondage carotté celle de plusieurs bêches encastrées
croche et d’une échelle (une unité par et les essais géophysiques sur site ont 14- Earthworks for dans le rocher, écartant ainsi tout risque
appareil d’appuis) ; confirmé l’absence d’une fracturation the friction slab (C0). de fracturation du sol support.
à Des marches en caillebotis pour « orientée » du massif au droit de la 15- Design spectrum. La vérification du non-glissement de la
franchir les diaphragmes ; culée C0. dalle a été menée avec un calcul de
à Un système d’éclairage pour l’en- frottement classique.
semble du caisson et de la travée sur © PHOTOTHÈQUE SETEC Des paramètres de sol conservatoires
remblai ainsi que des prises électriques ont été considérés : phi = 37° et cohé-
au droit de chaque diaphragme. SPECTRE DE CALCUL sion nulle.
En outre, un calcul aux éléments finis
ZOOM SUR LE FONCTION- a été mené afin de valider la stabilité
NEMENT PARTICULIER globale du massif, permettant ainsi de
DU POINT FIXE confirmer la non plastification du sol et
La solution retenue pour le secteur de la faible déformation de l’ensemble du
la culée C0 a permis de dissocier la massif sous efforts longitudinaux.
fonction des pieux (reprise des charges De fait, la solution dalle frottante avec
verticales) de celle de la dalle frottante les améliorations et aménagements
(reprise des efforts longitudinaux de présentés ci-dessus a été jugée comme
freinage / démarrage des TGV et de étant optimale, notamment vis-à-vis
séisme), cette dernière, coulée direc- des conditions de robustesse et de
tement sur le grès sain, transmettant faisabilité.
la totalité des efforts horizontaux au Cette solution a donc été celle déclinée
substratum. lors de l’exécution des travaux.
Étant donnée la préparation soigneuse 15 Le déplacement du point fixe sous
de la surface d’appui effectuée (utilisa- efforts de freinage / démarrage (650
tion d’une raboteuse), la dalle de frot- CARACTÉRISTIQUES tonnes) a pu être estimé à 1,5 mm
tement réalisée constitue un élément environ, valeur à comparer aux 5 mm
massif de fonctionnement statique bien LONGUEUR : 270 m avec 5 travées maximum prescrits par les Eurocodes.
maîtrisé (rigidité, résistance) (figure 14). LARGEUR TABLIER : variable de 12,87 m (C0) à 13,83 m (C5) Connaissant le déplacement très faible
Une travée béton en arrière de la culée HAUTEUR MAXIMALE DU TABLIER : 45 m de la culée et de sa dalle de frottement,
dite travée sur remblai fait la liaison HAUTEUR DES PILES : 16 m à 35 m nous avons pu déterminer les caracté-
entre la culée C0 et la dalle frottante. LONGUEUR DES TRAVÉES : 48 m en rive contre 58 m en travée courante ristiques du contreventement métallique
La solution alternative, considérée BÉTON : 10 000 m3 reliant le tablier à la butée sismique afin
au stade des premières études, d’un CHARPENTE MÉTALLIQUE : 1 100 t d’obtenir la souplesse nécessaire tout
groupe de pieux fichés verticalement ARMATURES BA : 1 000 t en respectant le critère de déplacement
dans le terrain aurait généré des pres- PIEUX (CULÉE C0) DIAMÈTRE 1 600 : 48 m (3 unités de 16 m) maximum imposé.
sions localisées sur les berges, situation INCLUSIONS RIGIDES (PILE P4) : 378 m Ø 540 mm, La période de vibration longitudinale du
jugée trop hasardeuse étant donné la maille 2,20 m x 2,20 m, hauteur 9 m dispositif assurant le point fixe a ainsi
fracturation pressentie du terrain dans CORNICHES PRÉFABRIQUÉES : 540 m pu être calée loin du palier du spectre
ce secteur. ÉTANCHÉITÉ : 3 600 m2 de réponse élastique, permettant
La solution de dalle frottante, propo- ainsi de réduire les efforts sismiques
sée par le Groupement lors de l’offre, DÉMARRAGE DES TRAVAUX : été 2011 (figure 15).
a été affinée lors de la phase PRO à ACHÈVEMENT DES TRAVAUX : printemps 2013 La rigidité du système de blocage et
l’aide des résultats de la campagne de du tirant béton armé étant calculée

72 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


16
© GROUPEMENT LOT47- JM BANNWARTH POUR BALLOÏDE PHOTOS

avec une bonne précision (calcul élé- 16- L’ouvrage


ments finis et résistance des maté- achevé sous
riaux) et celle du complexe dalle de la neige. PRINCIPAUX INTERVENANTS
frottement / sol ayant été approchée MAÎTRE D’OUVRAGE : RFF
en fourchette basse, nous avons ainsi 16- The com-
pleted structure ASSISTANT DU MAÎTRE D’OUVRAGE : Tractebel
la garantie de respecter le critère de under snow. CONDUCTEUR D’OPÉRATION : Setec
déformation imposé. GROUPEMENT DE CONCEPTION-RÉALISATION : Dodin Campenon
Bernard (mandataire), Spie Batignolles TPCI, Sotrabas, Valerian, Vinci
CONCLUSION Construction Terrassement, GTM Alsace, GTM Lorraine, CEGELEC, les
La forme de marché en conception- Les travaux se sont déroulés confor- ingénieries BG ingénieurs Conseils, Campenon Bernard Dodin Ingénierie,
construction retenue ici, qui regroupe mément au planning et avec la qualité ANTEA, l’architecte Alain Spiellmann et le paysagiste Bernard Lassus
dans un même ensemble la maîtrise demandée par le Programme.
d’œuvre et les entreprises de construc- Les derniers travaux (réalisation de
tion, était motivée par les objectifs prin-
cipaux suivants du Maître d’Ouvrage :
l’étanchéité, pose des caniveaux à
cables, finitions de peinture) seront
PRINCIPAUX SOUS-TRAITANT
à Fiabiliser le délai global de l’opé- achevés d’ici le printemps 2013. ET FOURNISSEURS
ration ; Plus généralement, les prévisions ÉTUDE D’EXÉCUTION : Secoa
à Permettre une optimisation des actuelles de délais finaux, ainsi que CONTRÔLE DES ÉTUDES D’EXÉCUTION : Tonello / BG
solutions techniques tant pour le génie le niveau de qualité atteint pour les
GÉNIE CIVIL : Demathieu et Bard
civil que pour les équipements non travaux réalisés sur le lot 47, donnent
CHARPENTE MÉTALLIQUE ET POINT FIXE : Eiffage Construction Métallique
ferroviaires ; à penser que l’expérience de Con-
PIEUX ET INCLUSIONS : Durmeyer
à Réduire les risques de réclama- ception / Réalisation est positive tant
CORNICHES PRÉFABRIQUÉES : Capremib
tion, toute erreur de conception étant pour le Maître d’Ouvrage que pour le
de facto assumée solidairement par le Groupement du fait de la cohérence APPAREIL D’APPUI : Maurer
Groupement. du « fonctionnement intégré études et ÉTANCHEITÉ : Sacan
À fin 2012, le viaduc est terminé pour travaux » (aspect réactivité notamment) JOINTS : ETIC
sa partie génie civil. et des optimisations réelles de projet ÉQUIPEMENTS MÉTALLIQUES : Rousseau
Les corniches sont posées et les mas- et de moyens réalisées dès la phase ÉQUIPEMENT DES TÊTES DE PILES : Pont Équipement
sifs caténaires réalisés. d’offre. 

ABSTRACT
THE HASPELBAECHEL VIADUCT VIADUCTO DEL HASPELBAECHEL
A. CUCCARONI, RFF - A. LACROIX, SPIE ATIGNOLLES TPCI - S. BERNHARD, CAMPENON A. CUCCARONI, RFF - A. LACROIX, SPIE ATIGNOLLES TPCI - S. BERNHARD, CAMPENON
BERNARD DODIN - S.J. VIÉNOT, DODIN CAMPENON BERNARD - F. DELHOMME, GTM ALSACE - BERNARD DODIN - S.J. VIÉNOT, DODIN CAMPENON BERNARD - F. DELHOMME, GTM ALSACE -
G. MAXIMIN, VINCI CONSTRUCTION - D. COLLOMB, BG INGÉNIEURS CONSEILS - R. GUTTER, G. MAXIMIN, VINCI CONSTRUCTION - D. COLLOMB, BG INGÉNIEURS CONSEILS - R. GUTTER,
BG INGÉNIEURS CONSEILS - L. DE SAINT PALAIS, SETEC BG INGÉNIEURS CONSEILS - L. DE SAINT PALAIS, SETEC

The Haspelbaechel viaduct forms part of work package 47 of the second El viaducto del Haspelbaechel está integrado en el lote 47 de la segunda
phase of the East European High-Speed Train Line, for which work was laun- fase de la línea alta velocidad este europea, cuyas obras han sido lanzadas
ched on a Design and Build basis. Crossing the Haspelbaechel stream and en procedimiento de diseño y realización. Cruza el arroyo de Haspelbaechel,
passing through the Northern Vosges Regional Nature Park, it provides a atraviesa el parque natural regional de los Vosgos del Norte y permite
curved approach to the double-tube Saverne tunnel. The design and execution acceder en curva al túnel bitubo de Saverne. El diseño y la realización de la
of the works by the consortium complies with the requirements of the geolo- obra por la agrupación responden a las exigencias del contexto geológico y
gical and regulatory context and with the major environmental constraints. reglamentario, y a la gran exigencia medioambiental. Su particularidad es
It is special in that the fixed-point longitudinal forces are transferred to a friction que los esfuerzos longitudinales del punto fijo están desplazados a una losa
slab at the back of the crossbeam, via a span on backfill.  de fricción detrás del durmiente, a través de un tramo sobre terraplén. 

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 73


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

1- Réalisation
de la couche
de forme sur le
remblai RBT 551
(à l’arrière plan
le viaduc et dans
le fond le déblai
DBT 549).
1- Execution
of the capping
layer on back-
fill RBT 551 (in
the background
the viaduct and
at the back
the earth cut
DBT 549).
© AIRDIASOL.ROTHAN

74 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


CONCEPTION-RÉALISATION
DU VIADUC DU LANDBACH -
2e PHASE DE LA LGV EST-EUROPÉENNE
AUTEURS : DIDIER KOENIG, DIRECTEUR DE DÉPARTEMENT OUVRAGES D’ART, EIFFAGE TP - VINCENT CRESPIN, DIRECTEUR DE TRAVAUX, EIFFAGE TP -
SANDRA CROQUETTE, INGÉNIEUR TRAVAUX, EIFFAGE TP - JULIEN SAMMUT, RESPONSABLE DES ÉTUDES D’EXÉCUTION GC, EIFFAGE TP - STOA

LE VIADUC DU LANDBACH, LONG DE 500 M, EST L’OUVRAGE PRINCIPAL DU LOT 40, INSÉRÉ DANS LE LOT 41 DU
TRONÇON G, DE LONGUEUR TOTALE 1,7 KM, RÉALISÉ EN CONCEPTION/CONSTRUCTION PAR UN GROUPEMENT
MULTIDISCIPLINAIRE DONT EIFFAGE EST LE MANDATAIRE. CE GROUPEMENT AVAIT PRÉALABLEMENT FRANCHI
LES ÉTAPES DE L’AVANT-PROJET DÉTAILLÉ ET DU PROJET. L’OUVRAGE EST UNE STRUCTURE BI-POUTRE MIXTE AVEC
DES PORTÉES DE 52 M. SITUÉ AU CŒUR D’UN SITE CLASSÉ, IL A FAIT L’OBJET D’UN CONCOURS ARCHITECTURAL.
© EIFFAGE TP

LES TRAVAUX 2- Le viaduc emprises temporaires (dépôts provi- en site inondable. Un ouvrage provi-
PRÉPARATOIRES du Landbach, soires et définitif, accès de chantier) ; soire a été construit sur le ruisseau
fin 2012,
L’ordre de service de démarrage a fixé presqu’achevé. à Passage préalable des services du Landbach pour accéder à l’ouest
celui-ci au 3 janvier 2011. Les travaux archéologiques : aucun vestige gallo- du chantier aux piles P1, P2 et P3, à
préparatoires revêtent comme pour romain n’a été détecté sur l’emprise la culée C0 et au déblai Ouest. Les
2- The Land-
tout projet une grande importance et bach viaduct, des travaux ; pistes ont été réalisées avec l’accord
notamment pour ce viaduc inscrit dans at end-2012, à Protection de la Scabieuse des des autorités locales et des proprié-
le site classé de Saint-Ulrich (villa et almost com- prés (fleur protégée) entre les futures taires ou exploitants ;
pont gallo-romains situés à moins de pleted. piles P4 et P5 ; à Mise en place d’installations de
500 m de l’ouvrage) : à Recherche de cavités karstiques par chantier aussi discrètes que possible
à Déboisage de la zone très pentue sondages destructifs et mesures micro dans le site ;
dans la partie du déblai à l’ouest sur la gravimétriques, au cours d’une cam- à Mise au point des dépôts pour les
commune du Haut-Clocher ; pagne géotechnique complémentaire ; excédents de déblais avec toutes les
à Contact avec les riverains et pro- à Réalisation d’un linéaire impor- obligations administratives qui carac-
priétaires pour l’indemnisation des tant de pistes d’accès aux appuis térisent cette démarche.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 75


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

3
© EIFFAGE TP

LES TRAVAUX 3- Vue du via-


DE TERRASSEMENT duc depuis les
installations de
ET D’ASSAINISSEMENT chantier situées
Ils s’étendent à l’est de l’ouvrage sur au nord-est.
une distance de 200 m, et à l’ouest sur 4- Vue de
une distance de 1 000 m. Ils sont étroi- la pile P2.
tement liés au phasage de l’ouvrage 5- Profil en
et sont, de ce fait, très méticuleux et long - Coupe
découpés dans le temps ; ils se dif- longitudinale.
férencient complètement des travaux
de terrassement d’un TOARC classique. 3- View of the
viaduct from
the site facilities
À L’OUEST DU VIADUC located in the
Le déblai de 1 km nécessaire à la North-East.
trace du TGV est complété par 100 m 4- View of
de remblai à l’arrière de la culée C0 et pier P2.
permettant l’accostage de la charpente 5- Longitudinal
métallique du viaduc. profile - longitu-
Le remblai est d’abord érigé jusqu’au dinal section.
niveau inférieur des poutres soit 4 m
au dessous du niveau définitif de la
plateforme ferroviaire. Après accostage,
il est ensuite remblayé en 2e phase À L’EST DU VIADUC
pour réaliser la PST (partie supérieure Un remblai de 200 m est réalisé
du terrassement) et le bloc technique (figure 1) permettant d’accueillir la pla-
du viaduc. La pente des talus du déblai teforme de lançage du tablier située à
(d’une hauteur maximale de 17 m) est l’arrière de la culée C10.
de 2/1. Les matériaux
Les aménagements à l’ouest com- et cadences de travail
prennent également la réalisation Les matériaux du site sont principa-
© EIFFAGE TP

d’une piste pour l’amenée de l’engin lement des marno-calcaires avec la


de visite MOOG. présence de dolomie. 4

PROFIL EN LONG - COUPE LONGITUDINALE


© EIFFAGE TP

76 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


6- Terrassement
du batardeau de
la pile P1 vu depuis
la culée C0 (à l’ar-
rière, l’ensemble
du chantier).
7- Réalisation des
semelles de fonda-
tions (ici semelle
de la pile P9, au
centre le coffrage
de l’amorce du
fût).

6- Earthworks on
the cofferdam of
pier P1 seen from
abutment C0 (in
the rear, the overall
construction site).
7- Execution of
the foundation
footings (here the
footing of pier P9,
in the centre the
formwork for the
start of the shaft).
© EIFFAGE TP

6
© AIRDIASOL.ROTHAN

L’extraction de ces matériaux néces- LES PRINCIPES de 42 m. Le tracé en plan est rectiligne. 12,46 m avec des encorbellements de
site l’utilisation de pelles mécaniques STRUCTURELS Au droit du viaduc, le profil en long est 3,23 m. l’épaisseur du hourdis supé-
de grande capacité. ET ARCHITECTURAUX circulaire de rayon 23 700 m. Compte rieur en béton armé est variable entre
La mise en œuvre des deux remblais Le viaduc du Landbach a une longueur tenu de la géométrie des voies en profil 43 cm dans sa partie centrale (y.c.
de 15 m de hauteur permettant l’accès totale de 500 m, il repose sur 9 piles en long, le point bas de l’ouvrage se coffrage perdu) et 25 cm en extrémité.
aux culées, a nécessité l’extraction de et 2 culées. La géométrie de la brèche situe entre les piles P5 et P6 (figure 5). Le hourdis inférieur, jouant le rôle de
400 000 m3 de matériaux. Le travail a à franchir (le vallon du Landbach) ne Le tablier est un bi-poutre mixte dont contreventement est constitué de dalles
été réalisé entre mai 2011 à juin 2012 présentant pas de contrainte d’im- les poutres métalliques ont une hau- préfabriquées, discontinues longitudi-
à la cadence journalière de 2 500 m3 plantation particulière, les appuis sont teur de 3,50 m et un entraxe de 6 m. nalement, et connectées aux semelles
avec un atelier de terrassement pelles- régulièrement espacés avec 8 travées Le hourdis supérieur est constitué inférieures des poutres par clavage.
tombereaux articulés de forte capacité. courantes de 52 m et 2 travées de rive d’une dalle en béton armé de largeur L’épaisseur de ces dalles est de 15 cm.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 77


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

8
© AIRDIASOL.ROTHAN

La hauteur des piles varie entre 10 et oscille, en fonction des hypothèses de 8- Plateforme du comportement non-linéaire du bal-
21 m. Les piles courantes (P1 à P7) frottement sur les appuis glissants, de lançage - Char- last à l’interface rail-tablier, ont conduit
pente métallique
sont composées en partie basse d’un entre 63 m et 71 m de la culée C10. en préparation en à des efforts plus importants que
fût creux octogonal d’emprise 5 m par Une des particularités des études vue du 3e lançage. ceux pris en compte habituellement ;
8 m et de 40 cm d’épaisseur, prolongés d’exécution de ce viaduc est l’étude 9- Pile P7 - Décof- L’effort d’intéraction obtenu est de
par un double fût jusqu’au chevêtre. spécifique d’interaction voie-ouvrage frage de la 2e levée : l’ordre de 190 t par voie. Enfin, la géné-
Ces piles sont fondées superficielle- exigée par l’EN 1991-2 consistant à levée dédoublée au ralisation de l’application de la méthode
dessus d’une levée
ment sur le substratum calcaire, avec déterminer d’une part, l’effort transmis creuse. « bielles et tirants » permise par les
un massif de substitution permettant par les voies au tablier sous actions Eurocodes a été largement appliquée
d’atteindre la couche porteuse. thermiques, et d’autre part, vérifier que 8- Launching pour les calculs des piles, notamment
Les piles points fixes de l’ouvrage (P8 les contraintes dans les rails restent platform - Steel au niveau des transitions entre les fûts
et P9) ont un fût octogonal creux sur dans les limites admissibles (72 MPa structure under- creux et les fûts doubles des piles cou-
going preparation
toute leur hauteur. L’épaisseur maxi- en compression, 92 MPa en traction). for third launching rantes mais également pour le calcul
male des fûts est de 0,65 m sur les Les règles du livret 2.01 (IN0034) don- operation. des chevêtres, en particulier celui des
côtés parallèles à l’axe de l’ouvrage. naient dans notre cas un effort d’in- 9- Pier P7 - Form- piles fixes. Ces modèles de comporte-
Ces piles sont fondées sur 6 pieux de teraction forfaitaire plafonné à 110 t work removal from ment ont été, dans la plupart des cas,
2 m de diamètre ancrés d’environ 4 m par voie. Les études réalisées par le the second concrete extrapolés des directions principales
lift: concrete lift
dans le substratum. bureau d’étude de la SNCF (IGOA), duplicated above a des contraintes issues de modélisations
L’architecte Fabrice Néel a recherché à l’aide d’une modélisation sous ANSYS hollow concrete lift. aux éléments finis en contrainte plane.
une esthétique nette et dépouillée.
Le choix de l’ouvrage mixte tend à offrir
un profil en long relativement discret
dans le paysage (figure 3), le béton
peint en noir des piles (figure 4) per-
mettant d’affiner les lignes de l’ouvrage.

LES ÉTUDES D’EXÉCUTION -


POINTS PARTICULIERS
L’interaction
rails-structures (IRS)
Le schéma fonctionnel de l’ouvrage
nécessite la disposition d’un appareil
de dilatation de voie sur la plateforme
côté C0, tandis que les rails sont conti-
nus côté C10. Cette disposition impose
que la longueur dilatable de l’ouvrage
côté C10 soit inférieure à 90 m, et
par conséquent le positionnement de
points fixes sur les piles P8 et P9.
La nécessité d’avoir recours à 2 piles
fixes étant par ailleurs guidée par la
limitation des déplacements à 5 mm
© EIFFAGE TP

sous efforts de freinage-démarrage.


La position du point fixe fictif du tablier 9

78 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


10
© AIRDIASOL.ROTHAN

Les calculs sismiques 10- Vue d’en- Culée C10 et plateforme chenilles de 45 à 100 tonnes. En effet,
L’étude a été réalisée conformément semble après de lançage du fait de la proximité du site protégé
deux lançages.
à l’Eurocode 8, suivant les recom- Le lançage s’effectue depuis la de Saint-Ulrich, le chantier s’est trouvé
mandations de la note d’information culée C10 qui est juchée sur le remblai confronté à l’interdiction d’utiliser des
du SETRA N°32 de février 2010, qui 10- Overall RBT 551. Ce dernier est édifié en une grues à tours (solution envisagée en
view after
anticipait le texte modifiant l’arrêté du two launching première phase (niveau de lançage) et phase de conception). Il a donc fallu
15 Septembre 1995 relatif à la clas- operations. augmenté provisoirement afin de per- utiliser des grues mobiles plus discrètes
sification et aux règles parasismiques mettre d’accueillir la plateforme d’as- et pouvant être facilement repliées.
applicables aux ponts (décret en projet semblage (figure 8) de la charpente
à l’époque). Le zonage pris en compte métallique mais également une aire de LA RÉALISATION DU TABLIER
est celui du 21 novembre 2005, rem- Réalisation des fondations préfabrication et de stockage des cages La charpente métallique
plaçant l’ancien zonage (décret n°91- (figures 6 et 7) de ferraillage. En parallèle de la réalisation des piles
461 de 1991). Le vallon du Landbach est caracté- La réalisation des piles l’assemblage de la charpente métal-
L’ouvrage, de catégorie d’impor- risé par une structure de sol assez Les fûts de piles sont réalisés en levées lique a commencé sur site en octobre
tance II, est situé en zone sismique homogène : un socle calcaire cohé- de 4 m (figure 9). Pour chacune d’entre 2011.
faible, soit une accélération de dimen- rent et dont le niveau est relativement elles, le ferraillage est préfabriqué sur Les PRS sont acheminées en convois
sionnement ag = 0,84 m/s2. La classe constant, propre à reprendre la des- une plateforme provisoire prévue à cet exceptionnels par tronçons de 18 à
de sol est B. cente de charges transmise par les effet. 25 m représentant chacun entre 30 et
Le calcul des spectres de réponses appuis, recouvert de marnes argileuses Pour l’ensemble des levées de piles, 40 tonnes.
élastiques donnés dans l’Eurocode 8 qui dessinent le profil du vallon. le chantier dispose de 5 ensembles de à Assemblage sur site :
a été réalisé en comportement élas- Du fait de ces bonnes conditions géo- coffrages spécifiquement conçus pour Avant déchargement des tronçons, les
tique (q =1) ce qui permet, étant logiques il a été retenu la solution de le viaduc du Landbach : camarteaux des poutres sont préré-
donnée la zone sismique, de se semelles superficielles reposant sur un à Un coffrage extérieur, identique pour glés en altitude. Après déchargement,
dispenser de dispositions construc- massif de substitution en gros béton toutes les levées, sur lequel on dispose la présentation et le jeu des joints de
tives spécifiques. L’effet du séisme pour fonder la majorité des piles (P1 de négatifs pour les engravures pré- chantier entre les tronçons de poutres
suivant la direction longitudinale de à P7). sentes sur certaines faces ; ainsi que la rectitude de ces dernières
l’ouvrage n’est pas dimensionnant, La profondeur du calcaire et la pré- à Un coffrage intérieur pour les sont vérifiés. Les opérations de sou-
en revanche le séisme transversal, sence de couches de sol décompri- piles P8 et P9 dont les voiles sont plus dage des poutres et des diaphragmes
avec des efforts de l’ordre de 300 mées sous les culées ont conduit à épais que ceux des piles P1 à P7 ; sont réalisées. Les lançages s’effec-
à 450 t en tête des piles, l’est pour choisir pour celles-ci des pieux de dia- à Un coffrage intérieur pour les levées tuent sur une ou deux travées, les
les semelles superficielles des piles. mètre 1 200. Les piles fixes P8 et P9 inférieures des piles P1 à P7, creuses opérations d’assemblage s’étalant sur
soumises à d’importants efforts hori- comme l’ensemble des fûts P8 et P9 ; un délai de 2 à 5 semaines. Le contre-
LE DÉROULEMENT zontaux ont été fondées sur des pieux à Un coffrage pour les faces inté- ventement de la charpente en phase de
DES TRAVAUX de diamètre 2 000. rieures des levées supérieures dédou- lançage est assuré par les dalles infé-
LA RÉALISATION DES APPUIS Du fait de la nature plutôt favorable du blées des piles P1 à P7 ; rieures et supérieures. Ces éléments
la réalisation des appuis est condition- terrain, les pieux n’ont pas nécessité à Un coffrage pour tous les chevêtres préfabriqués sont mis en place sur les
née par le lançage du tablier qui se fait d’être tubés sur toute leur hauteur. de piles. semelles inférieures et supérieures des
de C10 vers C0. Après implantation, une virole a été Ces ensembles sont complétés de poutres et calés provisoirement pour le
Les travaux ont démarré par le batar- mise en place sur les premiers mètres 2 plateformes de travail coulissant sur lançage. Les 30 premiers et les 30 der-
deau de la pile P7 et les pieux de la afin d’assurer la rectitude du forage. les piles. niers mètres de la charpente métallique
pile P9. Les deux ateliers avancent Suivant la dureté du sol il a été utilisé Toutes ces opérations (coffrage, mise ont été contreventés provisoirement à
ensuite, respectivement de P7 vers P6 alternativement un bucket (couches en place du ferraillage, décoffrage, his- l’aide de câbles en croix pour alléger la
jusqu’à P1 et de P9 à P8 puis C10 et meubles), un carottier (couches intermé- sage des plateformes de travail) sont structure et permettre l’accostage de
enfin C0. diaires) ou un trépan (couches dures). réalisées à l’aide de grues mobiles à l’avant bec.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 79


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

© AIRDIASOL.ROTHAN
11 12

Le ferraillage, constitué de cages pré- au bétonnage du hourdis supérieur. 11- Pianotage du LE VIADUC DU LANDBACH
fabriquées étaient également posé sur Le hourdis supérieur est réalisé à l’aide hourdis supérieur. ET SON ENVIRONNEMENT
les prédalles supérieures. de prédalles (non collaborantes) posées 12- Bétonnage L’impact des travaux et de la présence
à Lançage : entre les poutres et un équipage mobile d’un plot de de la ligne à grande vitesse ont fait l’ob-
tablier.
Le lançage (figure 10) est opéré à l’aide pour les encorbellements latéraux. jet d’études approfondies dès la phase
de 2 treuils : un treuil de traction et un Le bétonnage est réalisé par plots d’appel d’offre.
treuil de retenue permettant de contrô- de 10 et 10,50 m. Deux équipages sont 11- Alternate La proposition architecturale s’est
lengths work
ler le déplacement de l’ensemble. nécessaires afin d’optimiser le planning on the top slab. construite à partir des contraintes
Une fois lancé l’ensemble de la char- de bétonnage (figure 11). Ceux-ci sont 12- Concreting liées au site inscrit de Saint-Ulrich.
pente métallique, est descendu sur translatés à l’aide de treuils qui per- a deck section. L’ensemble des travaux a intégré les
appuis définitifs à l’aide de vérins mettent de les déplacer facilement et mesures fortes de respect de l’envi-
hydrauliques. Les appareils d’appui du en toute sécurité. Afin de limiter la fis- ronnement dans l’unité hydro-géogra-
viaduc sont de type MAURER. suration du béton, l’ordre de bétonnage phique de la Sarre et plus particulière-
Les hourdis béton des plots suit la technique classique du ment dans la zone humide du vallon du
à Clavage du hourdis inférieur : pianotage : les plots d’appui ne sont Écrans acoustiques Landbach, véritable niche écologique
Après mise en place de la charpente, bétonnés qu’après que les plots des Afin de limiter les nuisances sonores pour de nombreuses espèces végétales
on procéde à la réalisations des hour- deux travées adjacentes soient entiè- dues à la ligne pour les villages de Dol- et animales.
dis en béton du tablier. On commence rement réalisés. Le bétonnage s’effec- ving et Haut-Clocher tous proches, deux Soutenue par le maître d’ouvrage, cette
par le clavage du hourdis inférieur : tue depuis la piste en pied de piles à murs d’écrans acoustiques en béton stratégie d’intégration des données
ferraillage et bétonnage d’une lon- l’aide de pompes allant jusqu’à 50 m armé sont mis en place de part d’autre environnementales dans la conception
grine de connexion entre les dalles (figure 12). du tablier. Ces écrans (figure 13) du projet s’est avérée payante en phase
préfabriquées posées sur les semelles La cadence de réalisation atteint un mesurent 3,50 m de haut et pèsent d’exécution.
inférieurs des poutres et les goujons plot par jour et par équipage. Afin de 5 tonnes. Leurs dimensions ainsi que En effet, les contraintes sur les travaux
soudés sur ces semelles. s’assurer de la résistance du béton leur forme caractéristique particulière- se sont trouvés allégées : assainisse-
à Réalisation du hourdis supérieur : au décoffrage le lendemain matin, les ment travaillée par l’architecte Fabrice ment provisoire, limitation des prélè-
Une fois les longrines de clavage d’une bétonnages ont fait l’objet d’un suivi Néel en font la signature du viaduc du vements d’eau dans le ruisseau, pro-
travée bétonnées, on peut procéder maturométrique. Landbach (figure 2). tection des abords de celui-ci (barrière

80 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


anti-batracien, franchissement par un Les études et les travaux ont fait l’objet
pont provisoire surélevé et respec- d’un contrôle interne et d’un contrôle
tueux de la flore des rives...), analyse externe effectués par chaque cotrai-
bi-mensuelle de l’eau du Landbach, tant ; un contrôle externe complémen-
protection par clôtures de la zone dans taire (responsable devant la maîtrise
laquelle pousse la Scabieuse des prés d’œuvre du projet) permanent sur site
(fleur protégée), repli des engins hors a garanti la validité et la cohérence des
zone humide et équipement de cha- études ainsi que la qualité des travaux
cun d’entre eux en kit de dépollution... réalisés.
En particulier, l’étude d’implantation Le bon fonctionnement de la démarche
a permis d’éviter tout déplacement mise en œuvre a été confirmé au cours
d’espèce végétale ou animale. des audits effectués par RFF et par des
De plus l’ensemble du territoire impacté audits internes. 
par les travaux a fait l’objet d’un amé-
nagement paysager qui tient compte

© EIFFAGE TP
des caractéristiques de chaque zone
(humide, boisée) et des espèces endé- 13- Les écrans 13
miques. Ces aménagements permet- acoustiques -
tent de redonner à la nature environ- signature du
nante la richesse qu’elle avait au départ
viaduc. LES PRINCIPAUX INTERVENANTS
et contribue à l’intégration du viaduc MAÎTRE D’OUVRAGE : Réseau Ferré de France
dans le paysage. 13- Noise
barriers - CONDUCTEUR D’OPÉRATION : Groupement Systra-Arcadis
the viaduct’s MAITRISE D’ŒUVRE - TRAVAUX (en groupement) :
MAÎTRISE D’ŒUVRE ET signature.
• EIFFAGE TP (mandataire – Génie Civil)
ASSURANCE DE LA QUALITÉ • EIFFAGE Construction Métallique (tablier métallique)
Les relations maîtrise d’ouvrage -
• FOREZIENNE d’Entreprises (terrassement)
groupement se sont caractérisées,
• SECOA (Conception – Contrôle externe)
tant au niveau de la conception que de
• ARCHITECTURE NÉEL (architecte)
l’exécution, par un climat de confiance LES PRINCIPALES • Cabinet ALLIOD (aménagements paysagers)
réciproque.
Si le respect de la qualité au niveau des
QUANTITÉS PRINCIPAUX SOUS-TRAITANTS ET FOURNISSEURS :
études et des travaux a été supervisé • Études génie civil et béton armé : EIFFAGE TP - STOA
TERRASSEMENTS • Études de charpente métallique : EIFFAGE CM, CCS
par le conducteur d’opération Systra,
• Déblai : 400 000 m 3 • Bétons : Holcim
RFF a toujours considéré le groupement
• Remblais : 50 000 m 3 • Aciers HA : Armatures SA & CDF
concepteur-réalisateur comme un véri-
table maître d’œuvre. GÉNIE CIVIL • Coffrage : Coffrag&quipage
L’assurance de la qualité au cours des • Béton : 10 500 m 3 • Pont provisoire et batardeaux : ETMF
différentes phases du projet a été défi- • Aciers HA : 1 300 t • Pieux : Presspali
nie dans le marché par l’intermédiaire • Écrans pare-ballast : Capremib
• Étanchéité : 6 300 m 2
d’un schéma directeur de la qua- • Étanchéité : Eurovia
lité (SDQ), repris par une NOG (Note CHARPENTE MÉTALLIQUE • Peinture de la charpente métallique : BORIFER FIB
d’organisation générale) au niveau de • 1 850 t • Études géotechniques : Fondasol et Sotrec
l’exécution.

ABSTRACT
DESIGN AND CONSTRUCTION OF LANDBACH DISEÑO Y REALIZACIÓN
VIADUCT - PHASE 2 OF THE EAST EUROPEAN DEL VIADUCTO DEL LANDBACH -
HIGH-SPEED TRAIN LINE 2ª FASE LGV ESTE EUROPEA
D. KOENIG, EIFFAGE TP - V. CRESPIN, EIFFAGE TP - S. CROQUETTE, EIFFAGE TP - D. KOENIG, EIFFAGE TP - V. CRESPIN, EIFFAGE TP - S. CROQUETTE, EIFFAGE TP -
J. SAMMUT, EIFFAGE TP - STOA J. SAMMUT, EIFFAGE TP - STOA

The viaduct, a composite two-girder structure, is 500 m long, making El viaducto, estructura bi-viga mixta, tiene una longitud de 500 m.
it the longest in phase 2 of the East European High-Speed Train Line. Its main Es el más largo de 2a fase de la LGV Este Europea. Sus luces principales
spans are 52 m long. The work package of which the structure forms part has tienen 52 m. Por otra parte, el lote del que forma parte la estructura presenta
the original feature, moreover, of being executed on a Design and Build basis, la originalidad de estar realizado en diseño y realización, siendo Eiffage TP
with Eiffage TP being the leader of a multidisciplinary consortium which first el mandatario de una agrupación multidisciplinaria que realizó previamente
went through the «detailed preliminary design» and «final design» stages before las fases “anteproyecto detallado” y “proyecto” antes de encargarse de la
being placed in charge of work execution. The viaduct is located in the heart of realización. El viaducto, situado en el centro del sitio clasificado de Saint Ulrich,
the classified natural beauty spot of Saint Ulrich, and an architectural design fue objeto de un concurso arquitectónico para adaptar el proyecto tanto
contest was held to adapt the project both technically and visually to the técnica como visualmente a las exigencias medioambientales y a las del
environmental and technical constraints of the East European High-Speed Train referencial técnico de la LGV Este Europea. Se encontró una perfecta
Line. A perfect match was found between the design, the work methods and adecuación entre el proyecto, los métodos de ejecución y las exigencias
the requirements of the client, especially with regard to safety and protection del promotor, en particular en materia de seguridad y de respeto del medio
of the environment and quality.  ambiente y de la calidad. 

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 81


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

LA PASSERELLE
DU GRAND LARGE À DUNKERQUE
AUTEURS : CLOTILDE ROBIN, INGÉNIEUR RESPONSABLE DE PROJET, SETEC TPI - JEAN-BERNARD DATRY,
INGÉNIEUR DIRECTEUR DE PROJET, SETEC TPI - BRIGIT DE KOSMI, ARCHITECTE

LA PASSERELLE DU GRAND LARGE RELIE LA PLAGE DE MALO-LES-BAINS AU QUARTIER DU GRAND LARGE DE DUN-
KERQUE, QUARTIER EN PLEINE RÉNOVATION. FRANCHISSANT UN CANAL SUR UNE PORTÉE DE 112 M, LA PASSERELLE
RENVOIE L’IMAGE DES MÂTS DES BATEAUX DU PORT DE PLAISANCE PROCHE GRÂCE À UNE SOLUTION STRUCTURELLE
ORIGINALE : UN HAUBANAGE À PLUSIEURS MÂTS.

CONTEXTE laissant 150 hectares de docks, môles la ville de se rapprocher de la mer et au & Vassal qui assure actuellement la
Lors de la Seconde Guerre Mondiale, la et bassins à l’abandon. port de retrouver une certaine activité. conception et le suivi du chantier de ce
ville de Dunkerque est détruite à 80 %. Ces friches qui représentent un fon- Dans ce contexte, le projet « Grand projet ambitieux qui consiste à doubler
La reconstruction prend plus de dix ans. cier important deviennent l’assise Large » qui s’inscrit entre le port l’ancienne halle en béton par un volume
Le port est reconstruit sans lien avec d’un grand projet d’urbanisme, mené et Malo-les-Bains, a des ambitions identique en acier et verre.
le centre-ville et sans imaginer ce va notamment par la S3D (Société de sociales et environnementales, mais Ce chantier culturel fait face à la plage
devenir l’activité maritime. Développement du Dunkerquois). aussi éducatives et culturelles, illus- de Malo-les-Bains, haut lieu de pro-
Rapidement, seuls les chantiers navals Le premier Master plan, conçu par l’ar- trées par exemple par, la décision de menades, de jeux et de baignades à
restent et se développent près de chitecte Richard Rogers, est approuvé transformer l’ancienne et embléma- la belle saison.
la ville. Malheureusement, dans les en 1991. tique halle des chantiers navals en Alors, plutôt que de laisser ces deux
années 1980, la crise oblige les chan- Il conduit à la réalisation de nombreux Fonds d’Art Contemporain (FRAC). mondes s’ignorer, la Communauté
tiers navals de la Normed à fermer, ouvrages et bâtiments qui permettent à C’est l’équipe d’architectes Lacaton Urbaine de Dunkerque passe mandat

82 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


© BRIGIT DE KOSMI
1 2
© BRIGIT DE KOSMI

TRACÉ EN LONG ET PROFIL EN TRAVERS


1- Vue générale
de la passerelle
de franchisse-
ment.
2- Vue intérieure
de la passerelle
de franchisse-
ment.
3- Tracé en
long et profil
en travers.

1- General view
of the crossing
foot bridge.
2- Interior view
of the crossing
foot bridge.
3- Longitudinal
alignment and
cross section.
3

à la S3D pour assurer la Maîtrise d’Ou- TRACÉ EN LONG tant du paysage. Cette butte protège puis un autre tronçon rectiligne dans
vrage de la passerelle, trait d’union tant ET PROFIL EN TRAVERS le parvis qui se situera devant le FRAC l’axe de la plage pour franchir le canal,
physique que symbolique. Le cahier des charges imposait le point et offre un point de vue sur la mer et et entre les deux, un raccord en courbe
Cette passerelle, longue de 300 mètres, de départ - la rue intérieure du FRAC, la plage pour ceux qui se promènent au-dessus de la rue Militaire. Le départ
reliera donc le FRAC à la pointe de la à 5 m de hauteur- et le point d’arrivée - dessus. Nous avons donc décidé du FRAC se fait perpendiculairement à
digue des Alliés, en franchissant le sur la rive Nord du Canal exutoire, près qu’elle serait un point de passage pour la façade. La connexion avec la butte
canal. Inscrite dans la continuité d’une du Monument aux Morts, au niveau notre passerelle. Elle deviendra même n’est qu’un effleurement. Le franchis-
« rue intérieure », sur l’axe de jonction du sol. un cheminement privilégié pour des- sement du canal se fait de biais, déter-
des deux halles du FRAC, elle traver- Entre les deux, outre le canal exutoire, cendre, en douceur, de la passerelle miné par la ligne générale de la plage
sera le parvis qui lui fait face, effleurera nous notons l’existence d’une butte, vers le parvis. de Malo. Et l’ancrage sur la digue
une butte puis amorcera la promenade amas de terre et de gravas qui au fil Le tracé en long se précise : un tron- tangente le Monument aux Morts qui
du front de mer de Malo-les-Bains. du temps est devenu un relief impor- çon rectiligne du FRAC vers la butte, devient un point de repère.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 83


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

Le profil en travers est donné par les choisi d’utiliser la butte comme chemi- 4- Virginia Le projet du FRAC est, quant à lui, bien
contraintes de départ et d’arrivée. Du nement unique et paysager (figure 3). Railroad avancé, avec une inauguration prévue à
premier étage du FRAC à 10.70 NGF, Bridge, USA. l’automne 2013. Les principales Entre-
la passerelle monte légèrement vers la LES PROJETS ET CHANTIERS 5- Royal prises en charge des travaux sont :
Victoria Dock
butte, puis redescend doucement pour VOISINS Bridge, UK. à EIFFAGE TP - Gros-Œuvre ;
retrouver le niveau de la digue et du C’est ainsi qu’un nouveau projet est 6- Forthside à LOISON - Charpente.
parvis du Monument aux Morts. Les né : celui de la butte, lien essentiel entre Bridge.
pentes sont faibles et compatibles avec la passerelle, le FRAC et son parvis. LA PASSERELLE : PRÉSENTATION
un cheminement utilisable par des Per- Sa conception paysagère ainsi que celle 4- Virginia DE LA SOLUTION STRUCTURELLE
sonnes à Mobilité Réduite. La passerelle du parvis ont été confiées à Philippe Railroad ET ARCHITECTURALE
se situant à 5 m de hauteur dans toute Thomas. Les études ont été accélérées Bridge, USA. Bien qu’elle soit continue, on peut faci-
la partie Dunkerquoise, la question de la afin que ce chantier, anticipé, s’inscrive 5- Royal lement distinguer deux ouvrages dans
montée et de la descente sur l’ouvrage dans le planning de ceux du FRAC et de Victoria Dock cette passerelle : la partie reliant le
a été essentielle dans notre la réflexion. la passerelle. Aujourd’hui, les travaux Bridge, UK. FRAC à la butte et le franchissement
Plutôt que d’envisager un escalier et un de réaménagement sont en cours. Les 6- Forthside du canal. Alors que des appuis peuvent
Bridge.
ascenseur, ouvrages toujours délicats Entreprises en charge des travaux sont : être régulièrement prévus sur le parvis,
à réaliser, difficiles à entretenir et sans à COLAS Nord Picardie - Voiries ; le franchissement du canal, brèche
relation architecturale avec le bâtiment à SET Tertiaire - Réseaux divers ; d’une longueur de 112 m, ne peut se
du FRAC et la passerelle, nous avons à PLATEVOET - Espaces verts. faire avec un appui intermédiaire.

FIGURE 4 © PHOTO EXTRAITE DU LIVRE STRESS RIBON AND CABLE-SUPPORTED PEDESTRIAN BRIDGES DE JIRI STRASKY - FIGURE 5 © PHOTO EXTRAITE DU LIVRE FOOTBRIGES DE URSULA BAUS ET MIKE SCHLAICH - FIGURE 6 © SETEC TPI
4 5

84 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


7
© BRIGIT DE KOSMI

Cela nous a amené à proposer deux 7- Vue de avec plusieurs mâts dont la hauteur « poutre Fink inversée », en référence
solutions structurelles différentes mais la passerelle varie selon la courbe en chainette du à la poutre treillis Fink utilisée dans de
d’accès
liées architecturalement. au FRAC. câble central d’une passerelle suspen- nombreux ponts ferroviaires (figure 4).
Le premier choix a été celui du fran- 8- Construction due, avec finalement, un comportement Des passerelles de ce type existent
chissement. Pour une telle portée, de géométrique structurel plus proche de celui d’une donc. La plus emblématique et celle
nombreuses propositions structurelles et reprise poutre treillis à laquelle on aurait sup- qui nous a inspirés est le pont trans-
étaient envisageables : une passerelle du moment. primé la membrure supérieure. Cela bordeur, « Royal Victoria Dock Bridge »
treillis, une passerelle suspendue, une paraît complexe et ambitieux mais notre à Londres, conçu par les architectes
passerelle haubanée, une passerelle 7- View of the proposition trouve là une justification Lifschutz Davidson Sandilands (figure 5).
ruban... Nous avons écarté la passe- FRAC access architecturale forte : la multiplication Nous avons découvert ensuite que
relle treillis, car la hauteur des treillis foot bridge. l’agence d’architecture anglaise,
des mâts rappelle la présence proche
aurait lourdement marqué le paysage. 8- Geometric mais invisible des bateaux du port de Wilkinson Eyre Architects, associée
construction
Quant à la passerelle ruban, il ne nous and force plaisance qui se cache derrière la halle au Bureau d’Ingénierie Gifford, en a
a pas paru judicieux de poursuivre dans absorption. du FRAC. Encore une fois, le lien entre conçu une similaire, franchissant des
cette voie en raison des sols sableux les loisirs et la culture est maintenu. voies ferrées en Écosse (figure 6). Très
peu aptes à reprendre les efforts Les grues du port, les mâts des bateaux, proche de notre solution, elle s’en dis-
horizontaux d’ancrage inhérents à ce les gâbles du quartier du Grand Large, tingue, toutefois, par une complexité
type de structure. Restaient alors les ponctués par les verticales du phare géométrique additionnelle, notamment
solutions suspendues ou haubanées. de Risban, du beffroi, de la tour du dans l’inclinaison variable des mâts et
La différence se trouve notamment centre-ville et du clocher de la Mairie la dissymétrie des plans de haubanage.
dans la hauteur des mâts, d’autant plus composent l’horizon depuis la dune. Le positionnement et la hauteur des
si on considère un haubanage asymé- Le mât de 50 m de hauteur ne s’ins- La silhouette du franchissement sur mâts de notre passerelle respectent,
trique avec un seul mât. Les gabarits crivait pas dans le paysage plat de la le canal s’inscrira en accord avec eux, une loi géométrique simple.
envisagés sont alors les suivants : deux plage et concurrençait la silhouette le caractère maritime du lieu et À partir d’un découpage en un nombre
mâts de 15 m de hauteur pour une du FRAC, tandis que la solution l’échelle des hauteurs en présence. de tronçons impair (7) et des hauteurs
solution suspendue, un mât de 50 m suspendue manquait de caractère. Elle offre une réponse spécifique au de mâts de rive choisies (23 m), les
de hauteur, placé en rive Malo, pour la Nous avons donc opté pour une solu- site (figures 1 et 2). Structurellement, autres mâts se positionnent naturelle-
solution haubanée. tion mixte : une passerelle haubanée ce type de solution a déjà un nom : ment selon la règle suivante : le croi-
sement des haubans entre deux mâts
adjacents se trouve sur une parabole
représentant l’évolution des moments
CONSTRUCTION GÉOMÉTRIQUE ET REPRISE DU MOMENT le long de la passerelle.
En effet, l’altimétrie de ce point de croi-
sement correspond au bras de levier
permettant d’équilibrer le moment dans
la poutre par un couple de forces se
décomposant entre une force hori-
zontale dans le tablier et deux forces
inclinées dans les haubans (figure 8).
Afin de limiter les efforts dans les
mâts et les haubans, et surtout pour
permettre le passage libre des usa-
© SETEC TPI

gers, nous avons choisi deux plans de


8 haubanage en rive du platelage.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 85


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

SCHÉMA STATIQUE ELS FLÈCHE AVANT RÉGLAGE

© SETEC TPI
9a 10a

SCHÉMA STATIQUE ELU FLÈCHE APRÈS RÉGLAGE

© SETEC TPI
9b 10b

RÉGLAGE DES HAUBANS

© SETEC TPI

11

Les mâts fonctionnent donc deux à mâts inclinés deviennent des béquilles 9- Schémas avec des temps de pause matérialisés
deux, reliés en pied par des traverses d’appui en V. statiques ELS par des bancs en pieds des appuis ou
importantes formant des U rigides qui L’intention est de proposer une pro- et ELU. au niveau du garde-corps. Le parvis
donnent à la passerelle sa stabilité menade « cadrée » sous la passerelle. 10- Flèche traversé par la passerelle pourra être
avant et après
transversale. Mais à cause du franchis- Ainsi, les supports sont en V dans réglage. un lieu de manifestations artistiques,
sement en biais, ces U ne sont pas per- les sens longitudinal et transversal. comme une scène devant le FRAC. Et
11- Réglage
pendiculaires au platelage. Cela ajoute Les « V » dans le sens longitudinal des haubans. la passerelle sera sa tribune (figure 7).
une certaine dynamique à l’ouvrage. sont dessinés suivant le même angle
En rive, les mâts se prolongent sous que les gâbles des toitures voisines. RÉGLAGE ET DIMENSIONNEMENT
9- SLS and ULS
le tablier et deviennent des béquilles Le rythme des appuis reprend celui des static schemes. DE LA PASSERELLE DE FRAN-
encastrées dans deux piles en béton mâts et le tablier se poursuit naturelle- 10- Sag before
CHISSEMENT
émergeant de talus. ment d’une suspension vers un sys- and after adjust- Réglage des haubans
À cette image forte du franchissement, tème porteur. ment. La tension de réglage est choisie afin
répond une image plus douce de la L’intention architecturale est d’inviter à 11- Stay cable qu’aucun hauban ne soit détendu à
partie d’accès au FRAC. Les paires de la promenade sous et sur la passerelle adjustment. l’État Limite de Service. En revanche,

86 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


12- Coupe on autorise une détente dans les
transversale
COUPE TRANSVERSALE TYPE type de l’ou-
haubans centraux, à l’État Limite Ultime.
La passerelle fonctionne alors comme
de l’ouvrage de franchissement vrage de fran-
chissement. deux consoles. Les flèches sont donc
13- Vue en plus importantes mais les contraintes
plan du tablier restent acceptables (figure 9).
de l’ouvrage de Afin de n’admettre aucune détente à
franchissement. l’ELS, nous avons déterminé un réglage
14- Élévation de permettant à la passerelle chargée de
la passerelle de
franchissement. retrouver sa géométrie initiale. En effet,
sous charge verticale, la passerelle
fléchit et cela détend les haubans cen-
12- Typical
cross section traux. Annuler cette déformation revient
of the over- à éviter toute détente des haubans
bridge. (figure 10).
13- Plan view Le moyen de réglage est le sui-
of the deck of vant (figure 11) :
the overbridge. à On tend les haubans de retenue (en
14- Elevation violet) afin d’annuler le déplacement
view of the
overbridge. relatif entre la tête et le pied du mât ;
à On tend les haubans de traction (en
vert) afin d’annuler la flèche verticale du
tablier en pied de mât.
© SETEC TPI

12

VUE EN PLAN DU TABLIER DE L’OUVRAGE DE FRANCHISSEMENT


© SETEC TPI

13

ÉLÉVATION DE LA PASSERELLE DE FRANCHISSEMENT


© SETEC TPI

14

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 87


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

DÉTAILS D’ANCRAGE DES HAUBANS MODE PROPRE HORIZONTAL


EN TÊTE DE MÂT

15a

DÉTAILS D’ANCRAGE DES HAUBANS

© SETEC TPI
EN PIED DE MÂT 16

MODE PROPRE VERTICAL

© SETEC TPI
15b 17

La combinaison de réglage est 1.15 G d’autoriser une détente des haubans 15- Détails Suspension
+ 1.15 G’ + 1.15 Q. Cela permet de à l’ELU tout en vérifiant que l’équilibre d’ancrage Les mâts sont des tubes métalliques
était maintenu. Ainsi, un calcul pas à des haubans
s’assurer que sous l’ensemble des en tête et en d’épaisseur constante et de section
combinaisons ELS, notamment celles pas est effectué pour repérer l’instant pied de mât. constante en pied mais variable au
contenant des cas de chargement dis- de détente des haubans. Ce sont les 16- Mode moyen d’un retreint conique en tête.
symétriques de foule ou de vent ainsi haubans centraux et ceux contigus qui propre hori- Ils sont encastrés dans le longeron et
que sous les effets thermiques, aucun se détendent. Alors, ils sont retirés du zontal. libres en tête où, dans la zone d’an-
hauban n’est détendu. modèle de calcul et la vérification ELU 17- Mode pro- crage des haubans, des tôles épaisses
Numériquement, la méthode utilisée est se poursuit sans eux. pre vertical. permettent le transfert direct par
la suivante. On applique une déforma- Tablier cisaillement des charges des haubans
tion unitaire dans chaque hauban et on Le tablier métallique de la passerelle de 15- Details à travers le pylône. En pied, la jonction
stocke les déplacements résultants aux franchissement est constitué de : of stay cable mât/tablier est assurée par la continuité
anchoring at
nœuds voulus. On construit ainsi une à Deux longerons en caisson ; mast head des chapes d’ancrage des haubans qui
matrice de passage qui, transposée à De traverses de type profilés du and foot. sont enfourchées dans le mât et dans
puis inversée et multipliée au vecteur commerce, espacés tous les 4 m ; 16- Horizontal le longeron (figure 15).
déplacement objectif (DX = 0 et Y = 0), à De traverses renforcées au niveau natural mode. Les haubans sont des barres pleines
donne les déformations à imposer aux des mâts ; 17- Vertical réglées en déformation à l’aide de
haubans. à De solives de type profilés du com- natural mode. ridoirs. Ils sont connectés aux mâts
À l’État Limite Ultime, il est accep- merces, espacées tous les 0,6 m ; et aux longerons à l’aide de chapes.
table d’étudier des schémas de ruine à De tubes de contreventement. L’assemblage permet l’équilibre des
tout en garantissant la stabilité de la Les traverses sont encastrées dans les efforts entre la composante inclinée
structure. Afin de ne pas introduire une longerons et les mâts afin d’assurer des haubans et celles verticale du mât
précontrainte trop importante dans la stabilité transversale de l’ensemble et horizontale du longeron. La tension
le système, nous avons donc choisi tablier et mâts (figures 12 et 13). de réglage est choisie afin qu’aucun

88 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


18a, b, c-
Montage
MONTAGE PROPOSÉ proposé.

18a, b, c-
Proposed
assembly.

hauban ne soit détendu à l’État Limite


de Service. Le remplacement d’un
hauban durant la vie de l’ouvrage se fait
grâce au système de chapes et ridoirs.
Les opérations de réglage des haubans
sont prévues depuis le tablier.
Appuis
Les mâts de rive se prolongent par des
béquilles en tubes circulaires de gros
diamètre jusqu’aux piles en béton.
La longueur de ces béquilles a été
© SETEC TPI

maximisée afin d’apporter de la


18a souplesse au système. En effet, les
béquilles étant encastrées dans les
piles en béton, les dilatations du tablier
sont bridées par les appuis et créent
des efforts importants dans les fonda-
tions, contrôlés par la souplesse des
béquilles.
Les piles d’appui, P11 et P18, en bord
de berge, sont des massifs pleins en
béton armé aux parois légèrement incli-
nés. Leur hauteur est déterminée par
deux paramètres : à la base, la semelle
doit être entièrement enterrée afin de
ne pas entraver le flux de l’eau ; en tête,
l’appui des béquilles métalliques doit
être hors d’eau (crue à +1.00 NGF) et
hors de talus. Les piles reprennent les
efforts verticaux, les efforts horizontaux
et les moments provenant des béquilles
d’appui. La semelle de fondation repose
sur des pieux de gros diamètre régu-
© SETEC TPI

lièrement espacés et dimensionnés en


18b conséquence. Sa construction, en bord
de berge nécessite la mise en place
d’un batardeau.
À l’ancrage des haubans, derrière les
mâts d’appui, les tractions sont trans-
mises aux fondations par l’intermédiaire
de bielles en traction.
Les culées d’ancrage côté Dunkerque
et côté Malo fonctionnent de la même
façon mais différent par leur géomé-
trie et leur implantation par rapport au
terrain naturel. Ce sont deux culées
contre-poids.
La culée d’ancrage côté Dunkerque
est constituée de deux tirants en béton
axés sous les béquilles métalliques et
ancrés dans une semelle unique.
Les tirants sous les béquilles sont
réalisés en béton armé capable de
© SETEC TPI

reprendre les tractions. La semelle en


18c béton armé repose sur quatre pieux.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 89


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

ÉLÉVATION DE LA PASSERELLE D’ACCÈS

© SETEC TPI
19

COUPE TRANSVERSALE TYPE DE LA PASSERELLE D’ACCÈS

19- Élévation
de la passerelle
d’accès.
20- Coupe
transversale
type de la passe-
relle d’accès.

19- Elevation
view of the
access foot
bridge.
20- Typical
cross section
of the access
foot bridge.

Afin qu’il n’y ait pas de traction sous


charges quasi-permanentes dans les
pieux, des massifs en gros béton sont
portés par la semelle en béton armé.
La culée d’ancrage côté Malo est, elle,
complètement enterrée. En effet, le
tablier effleurant le niveau fini du sol,
les bielles métalliques en traction se
retrouvent enterrées. Pour les protéger
et permettent leur inspection, nous
avons créé une boite creuse accessible
par une échelle à crinoline.

DYNAMIQUE DE LA PASSERELLE
DE FRANCHISSEMENT
Les premiers modes propres observés
© SETEC TPI

sont des modes de torsion couplés à


des modes horizontaux. 20

90 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


Avec une fréquence proche de 0,75 Hz, à Pose de tronçons isostatiques à la Le platelage étant ajouré, les eaux de munis de leds bleues et blanches sont
le premier mode peut être excité par la grue, à partir de la digue provisoire ; pluie ne sont pas récupérées. situées sous l’ouvrage de franchisse-
composante horizontale de la marche à Pose des mâts et mise en tension Au niveau des appuis de la passerelle ment afin d’envelopper la passerelle
des piétons (figure 16). des tirants ; d’accès, des zones en caillebotis sont d’une lumière bleue à marée haute
Les neuf modes suivants sont des à Sous la mise en tension, la pas- prévues. Cette alternance entre plate- et d’une lumière blanche à marée
modes couplés entre torsion et dépla- serelle se lève et décolle de ses lage bois et caillebotis permet un jeu basse. Une lumière plus fonctionnelle
cement horizontal. Le onzième mode appuis provisoires ; avec l’éclairage de sous-face de la sera incluse dans les garde-corps de
est le premier mode vertical. Avec une à Déconstruction de la digue et des passerelle. la passerelle.
fréquence d’environ 1,6 Hz. Il est éga- palées provisoires ; Le garde-corps est constitué de mon- Au niveau de la passerelle d’accès, un
lement susceptible d’être excité par la à Reconstruction des talus et cicatri- tants métalliques entre lesquels est éclairage existe déjà pour le parvis et
marche piétonne (figure 17). sation du site. tendue une maille en inox. La main pour le FRAC. Ainsi, nous avons décidé
À partir de ces modes propres, le guide courante du garde-corps comprend un de travailler seulement la sous-face de
du SETRA permet de calculer des PASSERELLE D’ACCÈS AU FRAC éclairage pour la partie franchissement. la passerelle.
accélérations. Alors que pour le mode La passerelle d’accès est longue d’une Sur l’ouvrage d’accès, certaines parties
horizontal, il semble que l’accélération centaine de mètres et repose sur six de garde-corps font office de banc et APPEL D’OFFRES
soit légèrement inférieure à la limite piles et une culée au niveau de la butte. sont donc dessinées en conséquence. À l’heure de la rédaction de l’article,
acceptable, l’accélération verticale est, Les piles sont constituées de doubles L’éclairage s’est inspiré du rythme des l’appel d’offres est en cours. Un lauréat
elle, en dehors des limites. Ainsi, nous béquilles en tube acier en V inclinées marées lié à la lune. Des projecteurs sera choisi fin février 2013. 
avons prévu des amortisseurs verticaux, transversalement et longitudinalement
situés sous le platelage, au centre de vis-à-vis du tablier (figures 19 et 20).
la passerelle, à l’emplacement du Alors que toutes les béquilles métal-
ventre de vibration. Par précaution, liques sont encastrées dans des mas-
nous avons également envisagé de sifs en béton, celles de la première pile
CHIFFRES CLÉS
poser des amortisseurs horizontaux. près du FRAC sont rotulées afin de DURÉE PRÉVUE DES TRAVAUX : 13 mois
Les amortisseurs sont de type ADA permettre un déplacement longitudinal.
(Amortisseurs Dynamiques Accordés). Sur la culée, on dispose des appuis TONNAGE DE CHARPENTE : 600 t
Leurs caractéristiques (masse, ressort, simples en néoprène.
fréquence) seront à confirmer par des Le tablier est constitué de deux poutres
essais dynamiques. principales longitudinales continues PRINCIPAUX INTERVENANTS
en I, reliées par des traverses espacées
MONTAGE DE LA PASSERELLE d’environ 4 mètres. Des solives suppor- MAÎTRISE D’OUVRAGE :
DE FRANCHISSEMENT tent le platelage. Le contreventement • S3D en mandat pour la CUD : Nathalie Brocq et Sophie Meullenet
Le canal ayant une profondeur infé- est effectué par des tubes disposés en
MAÎTRISE D’ŒUVRE :
rieure à 4 m, nous avons privilégié un croix.
montage avec une digue et des palées • Setec TPI (Bureau d’Études Mandataire) : Jean-Bernard Datry,
provisoires afin d’assembler la structure ÉQUIPEMENTS : PLATELAGE, Clotilde Robin, Franklin Gedalof, Gemma Aubeeluck, Olivier Coval
de la manière suivante (figure 18) : GARDE-CORPS ET ÉCLAIRAGE • Brigit de Kosmi (Architecte) : Brigit de Kosmi
à Mise en place d’une digue provi- Le platelage est en bois de type Ipé, • Philippe Thomas Paysagiste (Paysagiste) : Philippe Thomas, Julie Billard,
soire en matériau du site en amont constitué de planches régulièrement Marie Gallienne
de la passerelle ; espacées non jointives. Il est vissé dans • Biotope (Faune & Flore) : Céline Dubreuil
à Mise en place de 3 palées provi- les solives.
• Patrick Rimoux Sculpteur Lumière (Éclairagiste) : Patrick Rimoux,
soires dans le canal ; La largeur du platelage est constante
Dorian Rigal
à Construction des travées d’équili- et filante sur tout le linéaire de la pas-
brage ; serelle.

ABSTRACT
“GRAND LARGE” FOOT BRIDGE PASARELA DEL GRAN LARGE
IN DUNKIRK EN DUNQUERQUE
C. ROBIN, SETEC TPI - J.-B. DATRY, SETEC TPI - B. DE KOSMI, ARCHITECTE C. ROBIN, SETEC TPI - J.-B. DATRY, SETEC TPI - B. DE KOSMI, ARCHITECTE

The “Grand Large” foot bridge links Malo-les-Bains beach to the Grand La Pasarela del Gran Large comunica la playa de Malo-les-Bains con el
Large district of Dunkirk, a district in the process of renovation. Crossing a barrio del Grand Large de Dunquerque, barrio en plena renovación. Salvando
canal with a 112-metre span, the foot bridge reflects the image of the masts un canal con una luz de 112 m, la Pasarela transmite la imagen de los
of the boats in the yacht harbour thanks to an original structural solution: mástiles de los barcos del puerto deportivo mediante una solución estructural
stay cables with several masts. It therefore behaves like a lattice beam original: un arriostramiento con varios mástiles. De este modo, se comporta
without an upper chord and requires precise adjustment of the stay como una viga triangulada sin cordón superior y requiere un ajuste preciso
cables. This is performed geometrically using turnbuckles so that, in the de los tirantes. El ajuste se realiza geométricamente por medio de tensores
serviceability limit state, no relaxation appears. In the ultimate limit state, para que en el Estado Límite de Servicio, no aparezca ninguna distensión.
on the other hand, relaxation of the central stay cables is permitted and the En cambio, en el Estado Límite Último, se permite una distensión de los
static scheme of the foot bridge changes: it functions like two opposite tirantes centrales y el esquema estático de la pasarela cambia: funciona
cantilevered beams.  como dos consolas una frente a otra. 

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 91


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

1
© JEAN-FRANÇOIS TREMEGE

LA PASSERELLE SUR L’ISLE


À BOULAZAC
AUTEURS : M. NOVARIN & G. DELPLACE, EIFFAGE TP STOA - F. FORGEOT, EIFFAGE TP SUD-OUEST -
P. LEPERT, EIFFAGE TP PRÉCONTRAINTE - H. VADON, STRATES - J. MAC FARLANE & X. SCALIERI, INGEROP

SITUÉE DANS LE DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE, LA PASSERELLE DE BOULAZAC S’INSCRIT DANS UN PROJET PLUS
LARGE D’AMÉNAGEMENT DES BERGES DE LA RIVIÈRE L’ISLE POUR LA CIRCULATION DES PIÉTONS ET DES CYCLISTES.
ELLE PROLONGE VERS LA COMMUNE DE BOULAZAC LA VOIE VERTE EXISTANTE EN RIVE DROITE SUR LA COMMUNE DE
TRÉLISSAC. C’EST UN PONT SUSPENDU AUTO-ANCRÉ D’UNE LARGEUR UTILE DE 3,50 M D’UNE SEULE TRAVÉE DE 56 M.

PRÉSENTATION DU PROJET à Ligne architecturale marquée par la 1- Vue Cette passerelle est un ouvrage singu-
À l’issue d’un concours de conception- légèreté ; d’ensemble. lier qui exprime, par l’architecture de
réalisation portant sur une passerelle de à Création d’un repère dans le pay- sa structure, le contexte général dans
franchissement de l’Isle, la ville de Bou- sage urbain ; 1- General lequel elle s’inscrit.
lazac a retenu le projet d’une passerelle à Construction sur berges sans view. Les choix de conception que nous pro-
suspendue proposée par le groupement aucune intervention en rivière. posons s’appuient sur une lecture du
composé d’Eiffage TP Sud-Ouest, Entre- La constitution d’un groupement réunis- site qui allie insertion architecturale et
prise générale mandataire, STRATES, sant l’ensemble des compétences archi- paysagère, et usage fonctionnel de la
Architecte, et INGEROP, Maître d’œuvre tecturales, techniques et constructives a LE PARTI ARCHITECTURAL passerelle.
études et travaux. Le projet a été réalisé permis de satisfaire le programme, et Le projet de franchissement de l’Isle, La dissymétrie du lieu est une évidence.
pour répondre aux exigences fixées par de définir avec précision dès la phase aussi ambitieux que nécessaire, est une Le front bâti de la rive gauche répond
le programme de l’opération : du concours le coût de l’opération en vraie chance pour Boulazac. Il va pro- à la plaine plus champêtre de la rive
à Portée de 50 à 55 m ; proposant une structure optimisée mar- mouvoir et faciliter la pratique des modes droite. Le contraste est fort et le futur
à Aucune pile en rivière ; quée par sa légèreté et faisant appel à doux intercommunaux de liaison douce objet prend cette donnée comme une
à Structure à câbles ; des méthodes constructives originales. entre Boulazac, Trélissac et Périgueux. base de travail.

92 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


La courbe douce de la suspension qui poids par deux butons en béton armé
descend lentement de la rive gauche à qui traversent la culée au niveau des
la rive droite apporte une élégance au murs garde-grève. En alternative, il
dessus de la rivière. aurait été envisageable de disposer
Le travail sur les mâts s’inspire du au niveau du mur garde-grève des
monde végétal. Leur forme cylindro- appareils d’appui d’axe horizontal et
conique les assimile à des troncs d’encastrer les butons dans la culée.
élancés cohérents avec les arbres qui Cela aurait toutefois assoupli considé-
bordent les berges de l’Isle. rablement le tablier rotulé à son appui
L’absence de verticales et l’inclinaison sur la culée, et donc compromis, en
dans deux plans renforcent ce coté l’absence de tout dispositif d’amortis-
naturel et organique et dessinent dans sement, le bon comportement de l’ou-
l’espace une porte symbolique, une vrage vis-à-vis des vibrations en phase
invitation à la promenade. d’exploitation.
L’éclairage recrée un paysage noc- Les culées et les appuis de la rampe
turne (figure 3) et s’inscrit dans cette d’accès sont fondés sur micropieux
démarche innovante et durable de ancrés dans le substratum calcaire.
renforcer la sécurité et le confort des 2 Le massif contrepoids a été dimensionné
usagers. pour équilibrer par sa propre masse la
Les mâts nécessitent une mise en composante verticale de la tension
valeur particulière. La position des mâts, sous charges permanentes des câbles
coté Boulazac nous incite à prolonger, de retenue. Le complément de tension
de nuit, l’effet de signal qu’ils envoient apporté par les surcharges variables est
le jour. Ce trait d’union au service du équilibré par les micropieux.
public propose un acte fort qui suscite La suspension est constituée de câbles
une émotion. Cette passerelle a pris clos Ø 70 mm et Ø 90 mm (respective-
très vite sa place dans la ville. ment pour les câbles porteurs et câbles
de retenue). Cette typologie de câble
LA CONCEPTION STRUCTURELLE offre avec sa triple protection contre les
Le projet de la passerelle est la syn- agressions externes des bonnes garan-
thèse d’un parti architectural bien ties en termes de durabilité.
affirmé, dont l’élément principal a été Les suspentes sont des câbles hélicoï-
le franchissement de l’Isle avec un pont daux Ø 20 mm avec des ancrages de
suspendu à câbles latéraux, et de la petite taille offrant un résultat esthé-
recherche d’optimisations portant sur la tique optimal.
structure et les méthodes constructives. La conception structurelle de la passe-
Pour le tablier suspendu, le groupement relle a par ailleurs tenu compte, et cela
a opté (figure 4) pour une structure à à partir de la phase même de définition
poutres latérales avec câbles porteurs du projet architectural, des contraintes
auto-ancrés. Les pylônes, situés à une liées aux méthodes constructives.
extrémité du tablier métallique et incli- En effet, les structures suspendues sont
nés dans le sens transversal et longi- 3 adaptées aux ponts de grande portée,
FIGURE N°2 © STRATES - FIGURE N°3 © JEAN-FRANÇOIS TREMEGE
tudinal, sont encastrés à leur base aux et ne peuvent être retenues pour des
poutres latérales. Cette option a per- franchissements plus modestes sans
mis de réaliser d’une part une culée 2- Perspective. trés à leur base à une pièce de pont en d’importantes incidences financières,
ramassée et élégante et une structure 3- Vue de nuit. PRS, soudée aux extrémités des profilés qui les rendent peu compétitives par
métallique aux lignes bien définies HEB 800. Pour des raisons esthétiques, rapport à des structures plus simples
et immédiatement lisibles, et d’autre 2- Perspective tous les assemblages apparents, et mais de moindre effet architectural.
part de rigidifier le tablier en flexion view. notamment les raboutages des poutres C’est pourquoi les techniques tradi-
longitudinale. Les poutres latérales 3- Night view. maîtresses et des pylônes, sont réali- tionnelles de construction des ponts
(figure 5) sont des profilés HEB 800. sés par soudure. Les assemblages des suspendus ont été ici écartées, et
Elles sont reliées transversalement par éléments secondaires sont réalisés par d’autres, mieux adaptées au contexte
des entretoises IPE 300 sur lesquels boulonnage. Du fait du schéma statique de l’opération, ont été envisagées.
sont appuyés les longerons IPE 200 et avec suspension auto-ancrée, le tablier La réflexion a porté sur deux points
HEB 200 portant le hourdis en béton conception structurelle, hourdis béton métallique est comprimé sur toute sa principaux : la mise en œuvre de la
avec bac acier collaborant. Les oreilles sur ossature de longerons et entre- longueur par la composante horizon- charpente et de la suspension. Ces
d’ancrage des suspentes au tablier, toises, a été reconduite pour le tablier tale de la tension des câbles porteurs deux points sont généralement liés
espacées de 5,5 m, sont soudées aux de la rampe d’accès. ancrés à ses extrémités. Cette force est dans la construction des ponts sus-
semelles supérieures des poutres laté- Les pylônes (figure 6) en tôle de 12 mm équilibrée par la composante horizon- pendus, car la charpente est mise en
rales. L’extrados du hourdis est situé au d’épaisseur ont une forme conique. tale de la tension des câbles de retenue oeuvre progressivement, en l’accro-
même niveau que les semelles supé- Ils reçoivent les oreilles d’ancrage des ancrés dans le massif contrepoids situé chant aux suspentes portées par les
rieures des poutres latérales, et les câbles porteurs de la suspension. à l’arrière des pylônes. câbles principaux préalablement mis
montants des garde-corps sont fixés Le parti architectural étant de ne pas Pour matérialiser ce schéma statique, en place. Les éléments de charpente
aux deux longerons HEB 200 appuyés poser d’entretoises de contreventement les extrémités des poutres métalliques du tablier sont le plus souvent hissés
sur les entretoises IPE 300. La même en partie haute, les pylônes sont encas- latérales sont reliées aux massif-contre- du bas et raboutés par soudage.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 93


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

Ces opérations sont longues et coû- d’équilibre des câbles. Ces premiers C’est ce modèle qui a servi au dimen- des cas de charges définis permet de
teuses. Dès la phase de conception, résultats ont permis de pré-dimensionner sionnement et à l’établissement des s’affranchir d’une modélisation avec
il a été donc été retenu de réaliser le les câbles eux même mais également quantités. prise en compte des grands déplace-
montage de l’ensemble du tablier en le massif de retenue et les fondations Enfin, un modèle sous « charges per- ments lors des phases d’étude amont
rive gauche de l’Isle et de le mettre en de la culée au droit des mâts. manentes + piétons à 70 kg/m2 » a et offre la possibilité de faire évoluer
place en une seule intervention. Pour Les calculs ont ensuite été complétés permis de définir les fréquences propres la conception sans reprise de calculs
cette raison, les profilés des poutres par des modélisations à barres sous dans le cadre de l’étude vibratoire. lourds. Cette méthode a pu être vali-
latérales ont été d’emblée dimension- ST1 (2D et 3D) et ROBOT (3D). La définition préalable de la géomé- dée a posteriori par les faibles écarts
nés pour pouvoir supporter la totalité Ces modèles ont été calibrés sur la trie par une méthode analytique sous constatés entre les modèles analytiques
du poids propre de la charpente et les base des géométries déformées et et les modèles numériques, les écarts
charges de chantier sans l’aide de la des tensions des câbles de l’étude sur les valeurs des efforts dans les
suspension. Une fois le tablier posé, manuelle. câbles obtenus sont de l’ordre de 1 %.
les pylônes sont soudés aux poutres Un premier modèle sous charges Les études d’Avant-Projet ont mis en
latérales et les câbles porteurs, avec permanentes seules a permis le évidence plusieurs aspects :
les suspentes déjà accrochées, sont réglage initial de la suspension avec 4- Coupe à Par rapport aux dimensionnements
longitudinale.
mis en place. un objectif de flèche quasi-nulle. initiaux, il a été nécessaire de raidir le
5- Tablier -
L’application des méthodes construc- Un second modèle sous « charges coupe tablier pour améliorer le comportement
tives traditionnelles aurait comporté permanentes + charge d’exploitation » transversale. dynamique de l’ouvrage tout en main-
ensuite la mise en tension des câbles a permis de déterminer la tension maxi- tenant un élancement permettant le
porteurs et de retenue et l’accrochage male dans les câbles, les contraintes 4- Longitu- fonctionnement et la mise en œuvre
du tablier aux suspentes à l’aide de tire- dans les profilés métalliques principaux dinal section. de la suspension ;
forts, opération longue et nécessitant (HEB 800) et la flèche de l’ouvrage avec 5- Deck - à Le respect du profil en long pa-
des multiples réglages de la tension la raideur définitive des câbles. cross section. rabolique de la passerelle est une
des suspentes. L’analyse du compor-
tement de la structure autoporteuse
constituée du tablier et des pylônes
avec les câbles porteurs ancrés à COUPE LONGITUDINALE
leurs extrémités a toutefois rapidement
confirmé ce que l’intuition avait laissé
présager : il était possible de profiter
de la souplesse du tablier pour ancrer
en une seule phase et sans difficulté
toutes les suspentes au tablier. La mise
en tension des câbles et des suspentes
a ainsi été faite en une seule opération,
une fois toutes les chapes des câbles et
des suspentes positionnées dans leurs
oreilles d’ancrage, à l’aide de deux
vérins appliqués entre les extrémités
© EIFFAGE TP
des câbles de retenue et les ancrages
des massifs contrepoids. Cette opéra- 4
tion a eu par effet de relever tablier et
pylônes dans leur position définitive, en
une seule phase de mise en tension TABLIER - COUPE TRANSVERSALE
des câbles de retenue.

LES ÉTUDES TECHNIQUES


Les études techniques des phases de
concours et de projet ont débuté durant
le concours et se sont poursuivies après
la notification de l’opération jusqu’à
aboutir à la formalisation d’un Projet
d’Ouvrage d’Art.
L’enjeu des études lors de la phase
concours était de valider la concep-
tion structurelle et la méthodologie
constructive de l’ouvrage. Pour cela, il
a été fait recours à une méthode de
calculs permettant à la fois une itération
aisée et offrant un degré de précision
satisfaisant pour le dimensionnement.
Dans un premier temps, les efforts et
la géométrie de la suspension ont été
© EIFFAGE TP

définis par des méthodes de calculs


analytiques basées sur les équations 5

94 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


donnée d’entrée incontournable pour 6- Pylône -
le bon fonctionnement de l’ouvrage. élévation
Sur la base des résultats des différents transversale.
calculs, les principes structuraux de la 7- Mode 1 -
Vibration
passerelle ont pu être confirmés : verticale
à Ancrage des mâts directement sur (f = 1,12 Hz).
le tablier ; 8- Mode 6 -
à Création d’une rotule à la jonction Vibration
entre les butons et les poutres princi- horizontale
pales en phase provisoire et réalisation (f = 2,59 Hz).

© EIFFAGE TP
d’un encastrement en phase définiti-
ve pour obtenir une rigidité suffisante 6- Tower -
Transverse
vis-à-vis du comportement vibra- elevation.
toire ; 7
7- Mode 1 -
à Recours à des profilés du com- Vertical
merce pouvant être cintrés (HEB 800) vibration
de façon à respecter le profil en long (f = 1.12 Hz).
de l’ouvrage. 8- Mode 6 -
Ces choix techniques ont abouti à la Horizontal
vibration
conception d’un ouvrage respectant (f = 2.59 Hz).
le parti architectural en préservant
l’économie de l’opération grâce à des
méthodes de réalisation simples.

PYLÔNE - ÉLÉVATION TRANSVERSALE

© EIFFAGE TP
8

LES ÉTUDES D’EXÉCUTION pour l’étude de la passerelle dans sa


Les études d’exécution de la charpente configuration finale, de corriger l’état
et du génie civil de la passerelle sus- à vide de la structure clavée, obtenu
pendue ont été confiées au bureau à partir du « réglage » (déformations
d’études interne STOA d’EIFFAGE TP. des câbles et suspentes donnant sous
Les études d’exécution de la charpente charges permanentes des moments de
de la rampe d’accès ont été réalisées flexion longitudinale négligeables) de la
par l’entreprise lyonnaise Legrand. structure non clavée. Cette correction
La passerelle suspendue a fait l’ob- a été réalisée en calculant la différence
jet d’une modélisation 3D à l’aide du entre les deux états à vide et en en
logiciel de calcul EF Robot. S’agis- tenant compte pour les justifications
sant d’une structure à comportement de la structure clavée.
non-linéaire, les calculs ont été faits L’ensemble des études a été réalisé
en grands déplacements. De par sa par application du règlement français
conception rationnelle, avec des che- (Fascicule 62 titre II, BAEL 91, Fasci-
minements d’efforts clairement définis, cule 61 titre V, fascicule 62 titre V) et
la passerelle a été entièrement étu- de l’EC3 pour quelques points particu-
diée avec des modélisations à barres. liers, tel que la stabilité au voilement
La charpente a aussi été optimisée, en des pylônes.
évitant d’inutiles redondances. Le guide méthodologique du SETRA
La structure de la passerelle présente « Passerelles piétonnes - Évaluation
néanmoins la particularité, par rapport du comportement vibratoire sous l’ac-
à celles des ponts suspendus usuels, tion des piétons » a servi de référence
d’avoir sous charges d’exploitation pour l’étude vibratoire de la passerelle.
un schéma statique différent de celui L’analyse modale préconisée par le
sous charges permanentes. En effet, guide a été réalisée en tenant compte
le clavage entre les butons en béton de la rigidité de torsion apportée par le
du massif contrepoids et les poutres hourdis béton en le remplaçant par un
latérales du tablier est réalisé après réseau de tirants et butons de contre-
© EIFFAGE TP

mise en tension des câbles de sus- ventement dont la section a été éva-
6 pension. Il s’est donc avéré nécessaire, luée selon la méthode de Kollbrunner.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 95


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

Le hourdis comporte en effet des joints


transversaux, et il ne participe pas à la
résistance en flexion longitudinale, mais
constitue un contreventement transver-
sal au même titre que les croix de saint
André inférieures du tablier métallique.
La suspension a été justifiée en res-
pectant une limitation de contrainte de
0,50 Frg sous combinaisons ELS rares
et 0,75 Frg sous combinaisons ELU fon-
damentales. Le cas de charge de rup-
ture d’une suspente a été étudié avec
application d’un coefficient dynamique
de 1,33. Le comportement vibratoire de
cette passerelle de classe III (figures 7
et 8) s’est avéré satisfaisant sans l’uti-
lisation d’amortisseurs, en conformité
aux critères de dimensionnement de la
phase de conception, avec un risque
moyen et faible de mise en résonance
vis-à-vis respectivement des vibrations
9
verticales et transversales.

LA RÉALISATION
DES TRAVAUX
À l’issue de la phase de conception,
les travaux de génie civil ont été lan-
cés par ETPSO Agence de Bordeaux
en octobre 2010 suivant les principales
phases suivantes :
Phase 1 : forage et injection des
micropieux type III sous les massifs
poids des culées ;
Phase 2 : terrassement des appuis
à l’abri de batardeaux ; fabrication en
usine de la charpente métallique et des
équipements du tablier ;
Phase 3 : réalisation du génie civil des
culées creuses : radier, voiles inclinés
matricés ;
Phase 4 : remblaiement des massifs
poids en GNT ;
10 Phase 5 : assemblage du tablier mé-
tallique, des bacs acier et des équipe-
ments sur la rive ;

9- Levage du
tablier pour pose
sur ponton flottant.
10- Levage double
pour pose sur
appuis définitifs.
11- Suspension
avant la mise
en tension.

9- Lifting the
deck for placing
FIGURES 9, 10 & 11 © EIFFAGE TP

on floating pon-
toon.
10- Double lifting
for placing on per-
manent supports.
11- Suspension
11 before tensioning.

96 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


PRINCIPALES QUANTITÉS
BÉTON : 350 m 3
ARMATURES PASSIVES : 40 t
CHARPENTE MÉTALLIQUE DU PONT SUSPENDU : 58 t
SUSPENSION : 15 t
MICROPIEUX : 40 u

PRINCIPAUX INTERVENANTS
MAÎTRE D’OUVRAGE : Commune de Boulazac
MANDATAIRE GROUPEMENT CONCEPTION - RÉALISATION : EIFFAGE TP
Sud-Ouest
ARCHITECTE : STRATES
PAYSAGISTE : Hélène Sirielys
CONCEPTION ET ÉTUDES D’EXÉCUTION : Eiffage TP - STOA
ÉTUDES ET TRAVAUX : GROUPE INGEROP
ENTREPRISE GÉNÉRALE : Eiffage TP Sud-Ouest
SUSPENSION : Eiffage TP Division Précontrainte

PRINCIPAUX SOUS-TRAITANTS
MICROPIEUX : Temsol
CHARPENTE MÉTALLIQUE : Legrand charpente métallique
ÉCLAIRAGE : Telelec
LEVAGE : Foselev
12
© JEAN-FRANÇOIS TREMEGE

Phase 6 : levage du tablier de 63 tonnes 12- Rendu 3- Hissage des câbles de retenue. environ deux mètres au-dessus de leur
par grutage lourd (figures 9 et 10) puis final. La mise en tension a été réalisée selon position définitive.
ripage sur ponton flottant ; un principe consistant à exercer un L’effort exercé par deux vérins creux
Phase 7 : mise en place des ancrages 12- Finished effort de traction sur les deux câbles de 60 t sur chaque chape a permis de
du tablier dans les culées, puis scel- appearance. de retenue, ce qui entraine un bascu- les ramener jusqu’à leur position défi-
lement ; lement des pylônes vers l’arrière, et le nitive, quasiment contre les massifs
Phase 8 : mise en place des relèvement du tablier métallique vers d’ancrage.
2 pylônes ; en un temps record de deux semaines, son niveau définitif. Ce déplacement a eu pour effet de
Phase 9 : mise en place de la sus- grâce à une analyse préalable appro- Il a été décidé de profiter de la présence tendre l’ensemble des câbles à leur
pension ; fondie des méthodes de construction. des barres de précontrainte nécessaires effort prévu et d’obtenir le profil en long
Phase 10 : bétonnage du hourdis de Elle s’est répartie en trois étapes : pour le clouage des chapes d’ancrage souhaité pour le tablier.
la passerelle ; 1- Pose des câbles porteurs sur le sur les massifs. Chaque paire de vérins était alimentée
Phase 11 : réglage définitif des sus- tablier et connexion des suspentes aux Des surlongueurs de plusieurs mètres par une centrale hydraulique indépen-
pentes. colliers de portées latérales ; ont été prévues, ce qui a permis de dante, permettant ainsi d’ajuster le pro-
L’installation et la mise en tension de la 2- Hissage des câbles porteurs sur les positionner initialement les chapes fil en travers de la passerelle avec une
suspension (figure 11) s’est déroulée pylônes ; d’ancrages des câbles de retenue à très grande précision. 

ABSTRACT
THE FOOT BRIDGE OVER THE ISLE PASARELA SOBRE EL ISLE
AT BOULAZAC EN BOULAZAC
M. NOVARIN, G. DELPLACE, F. FORGEOT, P. LEPERT : EIFFAGE TP - H. VADON : STRATES - M. NOVARIN, G. DELPLACE, F. FORGEOT, P. LEPERT : EIFFAGE TP - H. VADON : STRATES -
J. MAC FARLANE, X. SCALIERI : INGEROP J. MAC FARLANE, X. SCALIERI : INGEROP

The foot bridge at Boulazac, located in the Dordogne «département» of Situada en el departamento de Dordogne, la pasarela de Boulazac se
France, forms part of a more extensive project for development of the banks inscribe en un proyecto más amplio de ordenación de las orillas del río Isle para
of the Isle River for pedestrian and cycling traffic. The bridge extends toward la circulación de peatones y ciclistas. Prolonga hacia el municipio de Boulazac
the municipality of Boulazac the existing green path on the right bank in the la vía verde existente en la orilla derecha que se dirige al municipio de Trélissac.
municipality of Trélissac. It is a self-anchored suspension bridge of useful Es un puente colgante autoanclado de una anchura útil de 3,50 m, de un solo
width 3.50 m in a single 56-metre span. The steel deck consists of two tramo de 56 m. El tablero metálico está constituido por dos vigas principales
main beams in HEB 800 sections, linked transversely by IPE 300 cross ties. de perfiles HEB 800, unidas transversalmente por riostras de IPE 300. El pilón
The tower located on the right bank of the Isle consists of two transversely situado en la orilla derecha del Isle está compuesto por dos mástiles metálicos
and longitudinally inclined steel masts on which are anchored suspension inclinados transversal y longitudinalmente en los que van anclados los cables
cables and restraining cables.  portadores y los cables de retención. 

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 97


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

1- Vue de l’île
Russki et du
pylône M7.

1- View of
Russki island
and the M7
pylon.
© PHOTOTHÈQUE
FREYSSINET

98 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


LE PONT À HAUBANS DE RUSSKI
À VLADIVOSTOK
AUTEURS : JEAN-DANIEL LEBON, DIRECTEUR GRANDS PROJETS, FREYSSINET - VINCENT MAILLET, INGÉNIEUR EN CHEF, FREYSSINET

AVEC UNE PORTÉE CENTRALE DE 1 104 M, DEUX PYLÔNES EN A D’UNE HAUTEUR DE 319 M, LE PLUS LONG HAUBAN
JAMAIS POSÉ (582 M), UN DÉLAI DE CONCEPTION ET DE CONSTRUCTION DE 4 ANS SEULEMENT ET DES OPÉRATIONS
RÉALISÉES DURANT L’HIVER SIBÉRIEN AVEC DES TEMPÉRATURES DESCENDANT JUSQU’À -30°C, LE PONT DE RUSSKI
À VLADIVOSTOK EST LE PONT DE TOUS LES RECORDS. CONÇU PAR LA SOCIÉTÉ RUSSE MOSTOVIK ET CONSTRUIT
PAR L’ENTREPRISE GÉNÉRALE RUSSE USK MOST, LE PONT DE RUSSKI A AUSSI ÉTÉ LE THÉÂTRE D’OPÉRATIONS DE
L’INGÉNIERIE FRANÇAISE AVEC LA MISE EN ŒUVRE DE LA TECHNOLOGIE DES HAUBANS À TORONS PARALLÈLES
« COMPACT » DE FREYSSINET.

2 urbains (figure 2). Ce projet pharao-


nique et symbolique aura mobilisé des
concepteurs, ingénieurs et construc-
teurs russes, mais aussi français qui
sont intervenus sur les ponts à haubans
de la Corne d’Or (737 mètres de portée
centrale) qui traverse la baie dans le
centre de Vladivostok et de Russki qui
franchit le détroit Bosphore Vostochny
reliant ainsi la péninsule Nazimova à
l’île Russki.
Le pont de Russki est donc aujourd’hui
l’unique lien terrestre vers l’île
(figure 1).
Passage obligé pour rejoindre le site
de l’APEC 2012, c’est l’ouvrage de
tous les records : une portée centrale
de 1 104 m, deux pylônes en A d’une
hauteur de 319 m, le plus long hauban
jamais posé (582 m), un délai de
conception et de construction de 4 ans
seulement et des opérations réalisées
durant l’hiver sibérien avec des tem-
pératures descendant jusqu’à -30°C.
Cet ouvrage a fait l’objet de toutes les
attentions par les concepteurs russes
INTRODUCTION Les travaux se sont terminés à temps 2- Localisation en raison de la technicité du projet,
Vladivostok, à l’extrême est de la Sibé- pour permettre la tenue de cette ren- de l’ouvrage & mais aussi par les autorités russes en
contre internationale. infrastructures raison des enjeux liés au sommet de
rie Orientale, est devenue en septembre APEC 2012.
2012, le point de convergence et d’at- La cité portuaire de Vladivostok, inter- l’APEC.
traction de la Russie. Dans le cadre dite aux étrangers à l’époque soviétique Il a été conçu par la société russe
2- Location of
de la présidence russe au sommet de puis négligée dans les années qui ont the bridge and Mostovik et construit par l’entreprise
l’APEC (Forum de Coopération Asie- suivi la chute de l’URSS, et la province infrastructure, générale russe USK Most qui en a
Pacifique), les autorités russes avaient de Primorié, ont fait l’objet d’un inves- APEC 2012. sous-traité la partie côté péninsule à
choisi en 2007, l’île Russki, non loin de tissement de 20 milliards de dollars l’entreprise russe Mostovik. Les études
Vladivostok et à quelques 6 000 km à pour la construction d’un aéroport de méthodes de construction ont été
vol d’oiseau de Moscou, pour accueillir international, de routes, de ponts, d’une réalisées par les sociétés Institute
cette manifestation. nouvelle université et d’aménagements Gyprostroimost Moscou et Mostovik.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 99


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

ÉLÉVATION DE L’OUVRAGE

© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET
3

ÉLÉVATIONS DU PYLÔNE
Le pont de Russki a aussi été le théâtre dans les travées latérales au-delà des
d’opérations de l’ingénierie française et pylônes (figure 5). La position du pre-
de la mise en œuvre de la technologie mier hauban à 53 mètres de part et
des haubans à torons parallèles « com- d’autre de l’axe du pylône a conduit à
pact » de Freyssinet, qui a relevé le défi étendre la section métallique dans la
technique et technologique permettant travée arrière pour des raisons d’équi-
ainsi la réalisation de cet ouvrage hors libre. Le tablier métallique représente
normes dans un délai record. ainsi 67 % de la longueur totale de
l’ouvrage. Le tablier de la travée cen-
DESCRIPTION trale est construit par encorbellements
DE L’OUVRAGE successifs de voussoirs de 12 mètres
PRÉSENTATION GÉNÉRALE et 24 mètres de longueur.
Le pont de Russki franchissant le détroit Les travées latérales reposent sur des
Bosphore Vostochny a une longueur culées et des piles en béton armé et ont
totale de 1 872 mètres. Il comprend des des portées variables entre 60 mètres
travées latérales de 384 mètres cha- et 84 mètres. Dans la partie en béton
cune et une travée centrale haubanée des travées latérales, le tablier est un
de 1 104 mètres, qui avec 16 mètres caisson en béton précontraint multicel-
de plus que celle du pont de Sutong en lulaire avec 2 âmes verticales latérales
Chine, constitue aujourd’hui le record de 0,6 mètres et une âmes centrale
du monde de portée pour un ouvrage de 0,4 mètres d’épaisseur en partie
de ce type (figure 3). Le gabarit de navi- courante. Les hourdis supérieur et
gation est 450 mètres de large avec inférieur ont une épaisseur courante
70 mètres de hauteur. de 0,3 mètres (figure 6).
La travée centrale est supportée par
deux nappes latérales de haubans LE SYSTÈME DE HAUBANS
ancrés dans les têtes des pylônes ET LEUR AMORTISSEMENT
en A d’une hauteur de 319 mètres. Le système de haubans mis en œuvre
Les pylônes reposent sur des deux sur le pont de Russki est le système dit
semelles en béton armé de 13 mètres à « torons parallèles » et « compact » de
de hauteur, reliées entre elle par un Freyssinet. Inventé dans les années 70
tirant et supportées par 240 pieux de et dérivé initialement de la technologie
© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET

2 mètres de diamètre et de longueur de la précontrainte par post-tension,


variant de 20 mètres à 65 mètres les haubans à torons parallèles de
ancrés dans le substratum rocheux Freyssinet ont été utilisés à grande
(figure 4). échelle pour la première fois sur le
Dans la tête du pylône, les haubans Pont de Normandie (record du monde 4
sont ancrés dans des « boîtes d’an- de portée en 1994 avec 856 mètres
crage », constituées par des structures de portée) et ont depuis fait l’objet de
métalliques connectées au béton par développements techniques importants. 3- Élévation le toron en usine après application de la
des goujons. Le hauban compact est constitué de de l’ouvrage. cire (figure 7). La surface d’un toron est
Le tablier, en forme d’aile d’avion torons individuellement protégés et 4- Élévations de 150 mm2 et sa résistance garantie à
du pylône.
inversée, a une largeur totale de 25,96 placés parallèlement dans une gaine la rupture de 279 kN.
mètres et une hauteur de 3,20 mètres. extérieure. Chaque toron est composé Les torons sont placés dans une gaine
3- Elevation view
Dans la travée centrale, il est constitué de 7 fils galvanisés protégés par un film of the bridge. extérieure en polyéthylène haute den-
par un caisson métallique à dalle de cire et une gaine en polyéthylène 4- Elevation views sité construite par extrusion et dont
orthotrope qui s’étend de 70 mètres haute densité directement extrudée sur of the pylon. la couche extérieure, résistante au

100 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


SECTION TRANSVERSALE ( TRAVÉE CENTRALE )
© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET

SECTION TRANSVERSALE ( TRAVÉE LATÉRALE EN BÉTON PRÉCONTRAINT )


© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET

5- Section Au niveau du tablier et des pylônes, les


transversale
(travée centrale). HAUBAN torons sont ancrés individuellement,
au moyen de clavettes spécialement
6- Section trans- À TORONS PARALLÈLES conçues pour cette fonction, dans des
versale (travée
latérale en béton ancrages comportant des dispositifs
précontraint). brevetés permettant d’assurer la résis-
7- Hauban à tance à la fatigue et la minimisation
torons parallèles. des efforts parasites dus aux mouve-
ments du câble. De plus les ancrages
5- Cross section Freyssinet sont équipés d’un dispositif
(centre span). assurant sa parfaite étanchéité.
6- Cross section Les parties dénudées des torons ainsi
(side span in que les parties internes du bloc d’an-
© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET

prestressed crage sont protégées contre la corro-


concrete).
sion par injection de cire. Cet ensemble
7- Parallel-strand
stay cable. de dispositifs, combiné à une protection
contre la corrosion des parties métal-
7 liques externes des ancrages, assure
au système de haubans Freyssinet une
durabilité inégalée.
rayonnement ultra-violet, est colorée de Russki les gaines sont fournies aux de minimiser ces efforts. Pour ce faire Un autre avantage majeur du système
selon les demandes. De plus la gaine couleurs du drapeau russe, rouge, bleu Freyssinet a développé la technologie de haubans compact de Freyssinet est
est fournie avec un filet hélicoïdal exté- et blanc. du hauban « compact » qui permet, par sa facilité de mise en œuvre.
rieur permettant d’éviter l’apparition de Pour les ouvrages de très grande por- rapport aux autres technologies, la mise Les composants du système sont
vibrations sous l’effet combiné de la tée, les efforts de traînée dus au vent en place d’un nombre de torons plus assemblés sur site en fonction de la
pluie et du vent, tout en minimisant le deviennent prépondérants pour le important dans une gaine de même taille du câble (nombre de torons,
coefficient de trainée à fortes vitesses dimensionnement des pylônes et de diamètre, et ainsi réduire de l’ordre de longueur, etc.) au moyen de matériels
de vent (CD = 0.60). Dans le cas du pont leurs fondations. Il est indispensable 25 % les efforts dus à la traînée. légers d’installation.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 101


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

DISPOSITION D’AMORTISSEMENT DES HAUBANS

© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET
8

9 10
© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET © PHOTOTHÈQUE FREYSSINET

La mise en œuvre des haubans a donc pectivement de 2 860 km et de 54 km ! 8- Disposition et de le corréler avec les analyses
un impact minimum sur le chemin En travée centrale, les haubans sont d’amortissement structurelles.
espacés de 24 mètres et en travée des haubans.
critique d’installation des voussoirs en Pour chaque nappe, les haubans sont
encorbellement. arrière leur espacement varie de 9- Amortisseurs IRD ®. équipés en pied d’amortisseurs internes
Pour le pont de Russki, chaque 12 mètres à 24 mètres. 10- Amortisseurs (IRD®) et externes (PED®) conçus par
PED ®.
nappe de haubans est constituée de Le système de haubans est équipé de Freyssinet pour assurer, pour une
21 haubans formés de 27 à 86 torons, 48 cellules de mesure de force et de plage de température allant de -40°C
représentant ainsi 3 640 tonnes de 48 accéléromètres permettant ainsi de 8- Stay cable à +65°C, un décrément logarithmique
damping arrange-
torons. Le câble le plus court mesure mesurer les efforts et les accélérations ment. complémentaire dans le plan de la
135 mètres et pèse 4 tonnes, le câble dans les haubans, ce qui combiné 9- IRD ® vibration nappe de 4 % pour les haubans 1
le plus long mesure 582 mètres et avec les mesures issues du système dampers. à 14 et 6 % pour les haubans 15 à 21,
pèse 65 tonnes. La longueur totale des d’instrumentation global, permettra de 10- PED ® vibration et ce même à très faible amplitude de
torons et des gaines installés est res- mesurer le comportement de l’ouvrage dampers. vibration.

102 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


ACCÉLÉRATION FONCTION DU TEMPS ACCÉLÉRATION FONCTION DU TEMPS
Mode 2 pour le hauban MS17 Mode 1 pour le hauban SS21

11 12

De plus ces valeurs de décrément loga- 11 & 12- Afin de limiter et dissiper l’énergie de un système à frottement de Coulomb.
rithmique doivent être atteintes pour Accélération vibration des haubans, Freyssinet a L’efficacité maximale est obtenue pour
les modes de vibration propre de 1 à 4 fonction du une valeur de viscosité optimale pour
temps - Mode 2 développé les amortisseurs hydrau-
pour chaque hauban. Dans le plan per- et mode 1 pour liques IRD ® et PED ® permettant de chaque mode et pour la plage de tem-
pendiculaire 70 % de l’amortissement les haubans satisfaire ces critères et de garantir pérature considérée. L’étude théorique
à atteindre dans le plan de la nappe MS17 et SS21. un taux d’amortissement constant des différents modes permet de valider
est exigé. Cela a été possible grâce aux 13- Programme quelque soit l’amplitude de vibration une valeur de viscosité permettant de
principes de conception et de fonction- des travaux. (figure 8). satisfaire le critère d’amortissement
nement des amortisseurs IRD® et PED® L’énergie de vibration est ainsi dissipée quelque soit le mode de vibration du
de Freyssinet. Ces critères dépassent 11 & 12- à l’aide de pistons hydrauliques passifs hauban.
largement l’état de l’art qui propose Acceleration et semi-actifs dont les spécifications La technologie IRD® a été utilisée pour
as a function
une valeur de 3 % afin de limiter les of time - techniques ont été développées par les haubans courts d’une longueur infé-
phénomènes de vibration sous sollici- Mode 2 and Freyssinet. rieure à 230 mètres (figure 9). Pour les
tation périodique uniquement pour les mode 1 for stay Avec la technologie hydraulique utili- plus longs haubans, c’est la technolo-
modes 1 et 2 généralement. Le carac- cables MS17 sée, l’efficacité des amortisseurs est gie pendulaire PED® qui a été utilisée
and SS21.
tère exceptionnel de l’ouvrage (portée constante pour chaque mode de vibra- (figure 10).
centrale, longueurs des haubans) a 13- Work tion quelque soit l’amplitude de vibra- Des spécifications techniques très
schedule.
conduit le concepteur à réaliser des tion. Il n’y a donc pas d’effet fusible strictes, définies par Freyssinet, ont été
analyses complexes et à définir les pouvant réduire et dégrader l’effica- appliquées par les fabricants de pistons
performances ci-dessus. cité de l’amortisseur contrairement à hydrauliques passifs et semi-actifs.

PROGRAMME DES TRAVAUX

13

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 103


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

Les valeurs de décrément correspon-


dantes ont été évaluées pour les diffé-
rents haubans en corrélation avec les
déplacements de piston. Des valeurs
mesurées entre 7 % et 8,7 % pour les
PED ® ont ainsi permis de valider la
technologie au regard du critère de 6 %
demandé par le Cahier des Charges
(figures 11 & 12).
En complément de ces dispositions, les
gaines des haubans ont été conçues
pour permettre dans le futur l’instal-
lation d’amortisseurs complémen-
taires. Pour ces derniers, des études
et recherches ont été réalisées et ont
conduit à la mise au point de dispositifs
innovants assurant un décrément loga-
rithmique supérieur à 10 %.

CONSTRUCTION
DE L’OUVRAGE

© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET
PROGRAMME DES TRAVAUX
Les travaux de construction de l’ou-
vrage se sont déroulés sur une
période de 47 mois comme indiqué
sur la figure 13. La réalisation dans 14
un délai aussi court n’a été rendue
possible qu’avec un travail continu sur
24 heures, 365 jours par an.

FABRICATION ET MISE EN ŒUVRE


DES HAUBANS
La conception du système de haubans
compact de Freyssinet utilisé pour le
pont de Russki a fait l’objet d’études et
de mesures spécifiques pour résister
à l’environnement sévère de la région
du Primorié (environnement marin,
température négative jusqu’à -30°C,
vitesse de vent importante pendant la
construction, etc.) et prendre en compte
les exigences techniques importantes
du projet.
Le système de haubans de l’ouvrage
© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET

est équipé des dernières avancées


technologiques garantissant une dura-
bilité étendue et la sécurité de la struc-
ture avec :
à Des produits adaptés au grand froid 15 16
assurant la sécurité de la structure pour
des températures de -40°C ;
à Des haubans compacts pour réduire à Des équipements légers permettant 14- Levage technique dédiée, intégrée à l’équipe de
les effets de la traînée ; d’optimiser le cycle de pose des vous- de voussoir. travaux à Vladivostok, afin de répondre
à Une résistance à la fatigue des soirs métalliques ; 15- Levage rapidement aux besoins de méthodes
haubans accrue par la présence de à Des méthodes de mise en place et de gaines. d’exécution adaptées (figure 14).
dispositifs intégrés dans les ancrages et des outils de mise en tension adaptés 16- Mise Pour les phases d’installation, Freyssi-
en tension
contrôlant les déviations et les flexions prenant en compte les grandes lon- individuelle
net a développé de nouveaux équipe-
du câble ; gueurs des haubans tout en assurant des torons. ments utilisables pour des travaux réali-
à Un système de protection anticor- des durées de mise en œuvre mini- sés par grand froid. En effet, les travaux
rosion actif et réversible aux ancrages ; males. 14- Lifting d’installation des haubans pouvaient se
à Des mécanismes amortisseurs de DES CONDITIONS a segment. faire de jour comme de nuit par des
haubans permettant de satisfaire des OPÉRATIONNELLES RUDES 15- Lifting températures descendant jusqu’à
critères exigeants d’amortissement Le programme très court pour un ducts. -30°C. Pour intégrer ces contraintes
dans le plan et hors du plan de la ouvrage de cette envergure a néces- 16- Individual de planning, les méthodes d’installation
nappe ; sité la mise en place d’une structure strand tensioning. ont été redéfinies, notamment pour le

104 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


17- Faible visi- tension des haubans à la longueur est
bilité pendant nécessaire afin de réduire les étapes
la construction
des pylônes. de réglage. Une précision optimale sur
la mise en tension des haubans a été
18- Effet du froid
sur les tâches atteinte grâce à l’automate Isotension®
manuelles. 3000 de Freyssinet. Celui-ci permet à
l’aide de son interface programmable
17- Low visibi- de définir la tension du toron de réfé-
lity during pylon rence selon l’instruction reçue et d’au-
construction. tomatiser le réglage des torons suivants
18- Effect par isotension® (figure 16).
of cold on LA SÉCURITÉ
© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET

manual tasks.
Les opérations de mise en place
des haubans ont été réalisées à tout
moment sans interruption, ce qui a
nécessité la mise en œuvre d’un plan
17 Sécurité adapté aux risques liés aux
levage des gaines de grande longueur. opérations de montage des haubans,
L’objectif était de garantir la sécurité du aux conditions de travail de nuit et
EFFET DU FROID personnel avec un levage à 320 mètres aux conditions climatiques extrêmes,
SUR LES TÂCHES MANUELLES de hauteur pour les gaines les plus lon- la température ressentie pouvant
gues, mais aussi de garantir l’intégrité descendre en dessous de -30°C en
de la gaine, le remplacement de celle-ci fonction de la vitesse du vent. De plus
en cours d’installation aurait généré un la région du Bosphore Vostochny est
retard significatif sur le programme. sujette à des changements soudains de
L’installation des haubans a donc conditions de visibilité et de vent, des
nécessité une préparation précise des rafales tourbillonnantes pouvant surve-
moyens de levage mais aussi des com- nir très rapidement particulièrement sur
posants de haubans. Pour tenir compte l’île (figure 17).
des températures négatives, la prépa- L’analyse des risques et la formation
ration des gaines et de leurs soudures ont été les piliers du système de mana-
a été réalisée en atmosphère contrô- gement de la qualité et la sécurité pour
lée. Les équipements d’installation ont toutes les phases d’installation des
également exigé une maintenance haubans.
plus importante afin de répondre aux L’analyse des risques a permis de
cadences du chantier (figure 15). mettre en exergue les difficultés et
Les instructions de mise en tension risques opérationnels liés au froid et
étaient préparées par Freyssinet en aux conditions de travail nocturne.
tenant compte des instructions don- Trois types de risques ont été analysés :
nées par le bureau d’études Mostovik. 1- Le risque matériel lié au disfonc-
18 Pour ce type de structure, la mise en tionnement d’un équipement sans
préjudice pour l’avancement des
opérations ;
TABLEAU 1 : PALMARÈS DES PONTS À HAUBANTS DES DEUX DERNIÈRES DÉCENNIES 2- Le risque opérationnel qui impacte
le bon avancement du cycle d’ins-
Année tallation ;
Travée
Nom de l'Ouvrage Lieu Pays de mise 3- Le risque humain lié aux opérations
centrale (m)
en service
et à l’environnement.
Vladivostok, Détroit Bosphor Pour minimiser chacun de ces risques,
Pont de Russki Russie 1 104 2012
Vostochny des méthodes, moyens et outils spéci-
fiques ont été développés.
Pont de Sutong Suzhou, Nantong République Populaire de Chine 1 088 2008
Pour le risque matériel, de nouveaux
Pont de Stonecutters Rambler Channel
Hong Kong
1 018 2009
équipements ont été conçus pour les
(République Populaire de Chine) opérations de haubanage, notamment
Pont de E'dong Huangshi République Populaire de Chine 926 2010 des treuils grand froid permettant
d’assurer les cycles de hissage à des
Pont de Tatara Mer intérieure de Seto Japon 890 1999 températures de -40°C ont été déve-
Pont de Normandie Le Havre France 856 1995
loppés. Les équipements hydrauliques
ont aussi été calorifugés.
Pont de Jingyue Jingzhou République Populaire de Chine 816 2010 Pour le risque opérationnel, de nou-
velles procédures de mise en œuvre
Second Pont d'Incheon Incheon, Séoul Corée du Sud 800 2009
ont été définies afin de tenir compte de
Pont de la Corne d'Or Vladivostok Russie 737 2012 l’environnement et du caractère com-
pact des gaines combiné au record de
Shanghai Yangtze River Bridge Shanghai République Populaire de Chine 730 2009
longueur.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 105


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

Pour le risque humain, une analyse De nouvelles méthodologies ainsi que lier le poste de travail à l’extérieur du La réalisation d’abris chauffés situés
détaillée des effets du froid sur le com- de nouveaux moyens ont été déve- pylône pendant la phase de hissage sur les plateformes au voisinage des
portement humain et l’efficacité au loppés afin de maintenir les cadences des torons, a fait l’objet d’une revue zones de travail a aussi été nécessaire
travail a été effectuée afin de maîtriser souhaitées. détaillée qui a conduit à la définition de pour permettre une rotation rapide et
au mieux l’environnement et son impact Il a été également nécessaire de déve- procédures spécifiques. efficace des équipes.
sur le cycle de travail. Cette analyse a lopper et dispenser une formation Cela a conduit en particulier au tra- Les travaux de haubanage, de pose des
permis de mettre en œuvre les moyens technique adaptée au chantier. Au total vail en équipe de deux personnes au amortisseurs et du système de monito-
nécessaires pour réaliser les opérations 200 heures de formation réparties en minimum avec obligation d’observation ring des haubans se sont terminés en
en toute sécurité en maintenant un 88 sessions ont été ainsi dispensées. mutuelle afin de prévenir les effets du juillet 2012 conformément au planning
niveau d’efficacité optimal (figure 18). Chaque poste de travail, en particu- froid. et sans accident (figure 19). 

PRINCIPALES
QUANTITÉS
TRAVÉES LATÉRALES
PILES
• Béton : 80 490 m3
• Acier béton armé : 8 792 t
TABLIER
• Béton : 80 490 m3
• Acier béton armé : 8 792 t
• Acier de précontrainte : 647 t
PYLONES
FONDATIONS
• Béton : 74 475 m3
• Acier de béton armé : 7 351 t
JAMBES DES PYLÔNES
• Béton : 41419 m3
• Acier de béton armé : 10 462 t
• Acier de précontrainte : 133 t
• Structures métalliques : 3 394 t
TABLIER MÉTALLIQUE
19
© PHOTOTHÈQUE FREYSSINET
• Caisson orthotrope
métallique : 22 567 t

PRINCIPAUX INTERVENANTS HAUBANS


• Câbles (unités 27 à 91) : 168 u
19- Paquebot MAÎTRE D’OUVRAGE : État russe (Ministère des transports) • Torons : 3 650 t
de croisière CLIENT : FGU DSD Vladivostok • Amortisseurs internes
dans le détroit.
INGÉNIEUR : Mostovik (IRD) : 56 u
ENTREPRISE GÉNÉRALE : USK Most • Amortisseurs externes
19- Cruise liner (PED) : 112 u
in the strait. SOUS-TRAITANTS PRINCIPAUX • Cellules de mesure
GÉNIE CIVIL : SK Most et Mostovik de force : 48 u
CONCEPTION, FOURNITURE ET POSE DES HAUBANS : Freyssinet • Accéléromètres : 48 u

ABSTRACT
THE CABLE-STAYED BRIDGE OF RUSSKI PUENTE ATIRANTADO DE RUSSKI
IN VLADIVOSTOK EN VLADIVOSTOK
JEAN-DANIEL LEBON, FREYSSINET - VINCENT MAILLET, FREYSSINET JEAN-DANIEL LEBON, FREYSSINET - VINCENT MAILLET, FREYSSINET

With a centre span of 1104 m, two A-pylons 319 m high, the longest stay Con una luz central de 1104 m, dos pilones en A de 319 m de altura,
cable ever installed (582 m), a design and construction completion period el tirante más largo instalado hasta la fecha (582 m), un plazo de diseño y
of only four years, and operations carried out during the Siberian winter in de construcción de sólo 4 años y operaciones realizadas durante el invierno
temperatures as low as -30°C, the Russki Bridge in Vladivostok is a bridge siberiano con temperaturas que descienden hasta -30°C, el puente de
breaking all the records. Designed by the Russian company Mostovik and Russki en Vladivostok es el puente que bate todos los récords. Diseñado por
built by the Russian prime contractor USK Most, Russki Bridge was also la sociedad rusa Mostovik y construido por la empresa general rusa USK
a theatre of French engineering operations, using Freyssinet’s «compact» Most, el puente de Russki ha sido también el teatro de operaciones de la
parallel-strand stay cable technology.  ingeniería francesa con la utilización de la tecnología de tirantes con cables
trenzados paralelos “Compact” de Freyssinet. 

106 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


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AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 107
OUVRAGES

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CONSTRUIRE

1
© EIFFAGE

DIX ANNÉES DE MONITORING


STRUCTUREL DU VIADUC DE MILLAU
AUTEURS : SYLVESTRE GALLICE, CHEF DE SERVICE SÉCURITÉ ET VIABILITÉ, CEVM - HERVÉ LANÇON, DIRECTEUR TECHNIQUE, SITES -
CLAUDE SERVANT, EIFFAGE TRAVAUX PUBLICS

LE SYSTÈME DE SUIVI ET D’INSTRUMENTATION DU VIADUC DE MILLAU A ÉTÉ CONÇU PAR UNE ÉQUIPE D’EXPERTS DÉJÀ
IMPLIQUÉS DANS LES ÉTUDES DE LA STRUCTURE DE L’OUVRAGE. AVEC LE MAÎTRE D’OUVRAGE, ILS ONT FIXÉ DES OBJEC-
TIFS ET DES PRIORITÉS. LA GESTION DES DONNÉES AINSI QUE LA SURVEILLANCE ET LA MAINTENANCE DU SYSTÈME
ONT ÉGALEMENT ÉTÉ ÉTUDIÉES. APRÈS DESCRIPTION DU PROGRAMME DE SUIVI, LES RÉSULTATS DES PREMIÈRES
ANNÉES D’EXPLOITATION DE L’OUVRAGE SONT PRÉSENTÉS. IL Y A LIEU DE RAPPELER QUE LES ENREGISTREMENTS ET
LE TRAITEMENT DES MESURES POUR LES DIFFÉRENTES PHASES DE LA CONSTRUCTION ET POUR LES OPÉRATIONS DE
RÉCEPTION DE L’OUVRAGE ONT DÉJÀ FAIT L’OBJET DE DEUX ARTICLES DANS LE N° 868 DE JANVIER 2010 DE TRAVAUX.

PRÉSENTATION d’appuis sphériques qui sont cloués sur


DE L’OUVRAGE les piles à l’aide de câbles de précon-
Le viaduc de Millau est un ouvrage trainte.
financé et réalisé par le groupe EIFFAGE Chaque travée est supportée par l’in-
dont la filiale, la Compagnie Eiffage du termédiaire de onze paires de haubans
Viaduc de Millau (CEVM), est conces- disposés en semi-éventail ancrés de
sionnaire de l’ouvrage pour 75 ans part et d’autre des pylônes dans l’axe
(figure 2). du tablier. En forme de « Y » renversé
Ce viaduc multi-haubané exceptionnel a orienté longitudinalement et dans le
une longueur de 2 460 m et une hau- prolongement des fûts dédoublés des
teur de 343 m au sommet des pylônes piles les pylônes de 87 m de hauteur
(figure 3). totale sont métalliques.
Le tablier dont la largeur totale est de Le tablier a été réalisé par phases suc-
27,75 m (chaussée à 2 x 2 voies de cessives d’assemblage et de lançage à
circulation) est également équipé de 2 partir des plateformes aménagées der-
© EIFFAGE
barrières lourdes et d’écrans de protec- rière les culées C0 et C8 ( 1 743 m côté
tion des usagers contre le vent latéral. Sud et 717 m côté Nord - figure 1 ).
Les piles constituées d’un fût unique Le tablier est constitué d’un caisson 1- Lançage
en forme de caisson dans sa partie métallique trapézoïdal de 4,20 m de du tablier. LES OBJECTIFS
basse qui se dédouble dans sa partie hauteur à l’axe comportant un platelage 2- Le viaduc. ET LA CONCEPTION
supérieure précontrainte reposent sur supérieur orthotrope constitué de tôles DU SUIVI DE L’OUVRAGE
un système de fondation semi-profonde de 12 à 14 mm d’épaisseur (sous la 1- Deck Les objectifs de suivi de l’ouvrage
constitué de 4 puits de gros diamètre voie lente). Le tablier repose sur toutes launching. étaient précisés par l’autorité concé-
(5 m maxi). les piles par l’intermédiaire d’appareils 2- The viaduct. dante dans l’annexe 10 du « Cahier des

108 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


VUE LONGITUDINALE DU VIADUC

© SITES
3 4

COUPE TRANSVERSALE DU VIADUC

3- Vue
longitudinale
du viaduc.
4- Accéléromètre
en tête de pile P2.
5- Coupe
transversale
du viaduc.
6- Schéma
d’implantation
des coffrets
d’acquisition
de l’instrumenta-
tion du viaduc. 5

3- Longitudinal
view of the SCHÉMA D’IMPLANTATION DES COFFRETS D’ACQUISITION
viaduct. DE L’INSTRUMENTATION DU VIADUC
4- Accelerometer
on pier cap P2.
5- Cross section
of the viaduct.
6- Layout
diagram of
the viaduct
instrumentation
data acquisition
units.

Charges de la Concession », qui prévoit Pendant la construction, des contrôles liés à la sécurité des véhicules et de avec des capteurs à technologie fibre
pour l’ouvrage une « durée d’utilisation sont nécessaires pour vérifier la géomé- leurs passagers, contrôle du comporte- optique.
de projet » de 120 ans. trie et les déplacements de l’ouvrage, ment du viaduc et contrôle du vieillisse- La gestion de milliers de données
Cette durée de 120 ans s’entend principalement lors des opérations ment de l’ouvrage. exige un soin particulier. Les données
comme étant la durée pendant laquelle de lançage du tablier. Les techniques Le suivi du viaduc (tableau 1) a été doivent être organisées au début du
le viaduc doit être utilisé comme prévu, topographiques qui ont été utilisées, ont volontairement séparé des systèmes suivi : codes, formats d’enregistre-
en faisant l’objet de l’entretien et de la permis de vérifier que le comportement de contrôle conçus pour la sécurité ment, formats de fichier, noms de
maintenance escomptée sans qu’il soit du viaduc était conforme aux prévisions du trafic. La mesure de la vitesse du fichier, traitement des données. Les
nécessaire d’effectuer des réparations des calculs. vent qui peut déclencher la fermeture enregistrements et fichiers de données
majeures. Au moment de la réception de l’ou- du viaduc utilise un canal indépendant sont structurés pour être exporté direc-
Le suivi a été divisé en trois phases : vrage, c’est l’état de référence de l’ou- des informations de surveillance. tement dans un tableur plutôt que dans
construction, réception et surveillance vrage qui est enregistré et notamment La plupart des instruments de suivi - une base de données, pour une plus
à long terme dont les objectifs diffèrent sa réponse vis-à-vis des sollicitations capteurs, modules d’acquisition de grande efficacité.
d’une phase à l’autre. statiques et dynamiques lors des essais données, réseau - sont des disposi- Dans l’esprit d’un maître d’ouvrage,
L’installation des dispositions d’instru- de chargement. Cet état sert de « point tifs issus du monde industriel pour la le suivi est souvent envisagé pour
mentation en cours de travaux a été zéro » pour la surveillance à long terme. plupart en technologie électronique le très long terme. Dans le cas du
menée dans un contexte d’optimisation En phase d’exploitation la surveillance (figure 4). Seul le suivi du compor- viaduc de Millau, il était prévu une
de son utilisation pour les phases de à long terme comporte trois aspects : tement en déformation au jeune âge première période de suivi en continu
réception et de suivi à long terme. contrôle des paramètres spécifiques du béton des fondations a été réalisé de trois années avec enregistrement de

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 109


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

TABLEAU 1 : INSTRUMENTATION DU VIADUC


Mesure de… Au moyen de… Nombre Dans le but de…
Phase de construction
Déformation du béton des fondations Mesurer l’impact des contraintes de cisaillement à la suite de l’exothermie
Extensomètres à fibres optiques 8
au jeune âge (semelle P2) et du retrait du béton des semelles
Géométrie de la structure Station totale et prismes optiques 141 Contrôler la position des repères
Position du coffrage glissant GPS différentiel (DGPS) 1 Contrôler la position des coffrages
Déplacement vertical et rotation Nivellement optique à haute Comparer le tassement et la rotation des fondations sous la charge
4 cibles / semelle
des fondations précision de 4 repères croissante de la pile dans le temps

Inclinomètres amovibles
Rotation fondation et piles 2 embases par pile = 14 Redondance sur item précédent
sur embases

Capteurs de température Comparer les déplacements horizontaux des piles aux résultats
Déformation thermique des piles 103
dans le béton d’une simulation numérique
Lançage du tablier
Vitesse et orientation vent Anémomètre à ultrasons 1 + 1 de secours Mesurer la vitesse du vent, la comparer aux seuils d’alerte et de vigilance
Position du tablier Station totale et DGPS 1 Comparer les positions théoriques et réelles du tablier
Déformation des âmes du tablier Capteurs de déplacement Mesurer les déplacements de l’âme entre deux diaphragmes d’un segment
36
(patch-loading) sur dispositif fixe et mobile de tablier se déplaçant sur une pile ou palée

Mouvements dynamiques
Accéléromètres 7 sur tablier, 1 sur pylône Contrôler les accélérations pendant le lançage
du tablier et du pylône

Déplacement en temps réel


Télémètres laser 5 Contrôler les déplacements des palées provisoires
et torsion des têtes de palée

Déplacement en temps réel Contrôler les déplacements des têtes de pile pendant le lançage
Dispositif d’alignement au laser 1 par pile
des têtes de pile (avec seuil d’alerte)
Efforts dans les haubans Cellule de force 4 Contrôler les variations d‘efforts dans les haubans pendant le lançage
Phase d’exploitation
Mesurer la température des tôles en acier pour déterminer son impact sur
Température 27
le tablier. Calculer les corrections thermiques à appliquer aux simulations

Vitesse, direction et turbulence Anémomètres à coupelles Ultrasons 1 Mesurer la vitesse et la direction du vent pour déterminer son impact
du vent et à ultrasons A coupelles 2 sur pylônes, haubans, tablier et piles
Rotations des piles d’extrémité Inclinomètres Pylônes 2 Piles 2 Mesurer les rotations de la structure
Mesurer la déformation du béton des piles, essentiellement pour déterminer
Déformation Extensomètres 52
le fluage du béton (P2, P7)

Tablier 6 Pylônes 3 Mesurer l’amplitude et la fréquence des oscillations et vibrations


Vibrations Accéléromètres
Haubans 3 (effets du vent)

TABLEAU 2 : COMPARAISON DES FRÉQUENCES MESURÉES ET CAL- TABLEAU 3 : TASSEMENT MOYEN DES PILES ET DES CULÉES
CULÉES POUR LES 14 PREMIERS MODES VERTICAUX DU TABLIER DEPUIS 2006
Modes propres Fréquence calculée Fréquence mesurée Décembre
verticaux Fc [ Hz] Fm [ Hz] Novembre Décembre Janvier Octobre
2006
2007 2008 2010 2010
4 0.250 0.256 Origine*

6 0.280 0.293 C0 s = 0 mm + 0,4 + 1,0 + 1,4 + 2,2


8 0.321 0.336 P1 s = 0 mm - 1,3 * + 0,1 +0,5 - 0,4
10 0.370 0.385
P2 s = 0 mm - 0,2 - 0,4 + 0,7 + 0,6
12 0.423 0.433
P3 s = 0 mm - 1,5 - 1,2 - 1,0 - 0,8
15 0.474 0.494
17 0.532 0.549 P4 s = 0 mm + 0,7 + 0,5 + 1,2 + 1,4
21 0.589 0.604 P5 s = 0 mm + 0,2 - 0,2 + 1,0 + 1,2
26 0.639 0.653
P6 s = 0 mm - 0,9 ** - 2,0 - 0,8 - 0,4
28 0.685 0.702
29 0.725 0.748 P7 s = 0 mm - 1,2 ** - 1,4 + 1,2 + 1,7

32 0.766 0.762 C8 s = 0 mm - 0,1 - 0,3 + 0,0 + 0,1


34 0.797 0.845
* Origine en 2007 avec les 4 repères
36 0.818 0.833 ** Origine en 2008 avec les 4 repères

110 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


DÉFORMÉES MODALES DES CINQ PREMIERS DÉFORMÉES MODALES DES CINQ PREMIERS
MODES TRANSVERSAUX DU TABLIER MODES VERTICAUX DU TABLIER

7 8

7- Déformées
modales des
cinq premiers
modes transver-
saux du tablier.
8- Déformées
modales des
cinq premiers
modes verticaux 9a 9b 9c
du tablier.
9- Dispositif
de mesure
de l’excitation
impulsionnelle
du tablier.

7- Mode shapes
of the first five
transverse
modes of
the deck.
© CSTB

8- Mode shapes 9d 9e
of the first five
vertical modes
of the deck.
9- Deck pulse nombreux paramètres en dynamique ticulièrement en cas de tempête, LE SUIVI DE L’OUVRAGE
excitation de façon à appréhender des périodes devaient être complètes. Le suivi était EN PHASE D’EXPLOITATION
measuring de très fortes sollicitations de vent ainsi donc prévu d’être revu à ce moment-là L’instrumentation du viaduc de Millau
system. que la réponse de l’ouvrage. Au bout en fonction de cette expérience et en est divisée en deux ensembles dis-
de cette période, les connaissances tenant compte de la véritable durée de tincts : le système statique et le sys-
du comportement de l’ouvrage, par- vie de l’instrumentation. tème dynamique.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 111


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

Chaque ensemble possède sa propre service afin de vérifier que le compor-


chaîne d’acquisition et son application tement réel est conforme à celui prévu
dédiée (figure 6). par le calcul ;
à Des mesures en continu à partir de
SYSTÈME STATIQUE la mise en service pour s’assurer de
Une acquisition est effectuée toute les son bon fonctionnement et vieillisse-
30 secondes et la valeur de chaque ment dans le temps.
capteur est enregistrée toutes les Les mesures réalisées avant la mise
30 minutes. en service par le CSTB Nantes furent :
à Des mesures dynamiques :
SYSTÈME DYNAMIQUE - sous excitation ambiante, pour
L’enregistrement dynamique (suivant déterminer les principaux modes
une cadence de 40 Hz) est effectué et fréquence propres de la struc-
sur dépassement de seuil de la vitesse ture (figures 7 et 8 et tableau 2),
instantanée du vent (seuil réglable - - sous excitation impulsionnelle pour
actuellement à 90 km/h) ; la durée de mesurer l’amortissement des pre-
cet enregistrement est à chaque fois de miers modes propres de vibration
10 minutes et inclut les 4 composantes (figure 9).
fournies par l’anémomètre 3D situé au à Des mesures statiques :
sommet du pylône PY2. - mesure des flèches du tablier
Depuis la fin des travaux, plusieurs sous un chargement réglemen-
types de mesure ont ainsi été réalisés : taire induit par une trentaine de
à Des mesures juste avant la mise en 10 camions de 30 tonnes environ.
© EIFFAGE

10- PC
d’exploitation.
VARIATIONS DE L’INCLINAISON DE P2 11- Variations
selon les axes transversal et longitudinal
de l’inclinaison
de P2 selon les
axes transversal
et longitudinal.
12- Température
et humidité rela-
tive du tablier.

10- Operating
control centre.
11- Variations in
the slope of P2
on the transverse
and longitudinal
axes.
12- Temperature
and relative
humidity of
the deck.

11

TEMPÉRATURE ET HUMIDITÉ RELATIVE DU TABLIER

12

112 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


- humidité relative du tablier métal-
RÉSULTAT DES MESURES D’AMORTISSEMENT POUR LE HAUBAN S08 lique,
- température en surface de la
chaussée.
L’ensemble de ces mesures est visua-
lisé en temps réel au PC d’exploitation
de la gare de péage situé à Saint-
Germain à 6 km au nord du viaduc
(figure 10).
Ce suivi des différentes valeurs mesu-
rées est affiché sur écran sous forme
numérique et graphique. L’afficheur
permet de savoir si l’on est dans le cas
de franchissement de seuil ou non. Les
alertes surviennent lorsqu’un seuil pré-
13 défini est franchi.
2- Le second est de contrôler le vieillis-
sement de l’ouvrage. L’ouvrage est
13- Résultat équipé d’une instrumentation permet-
des mesures tant le suivi :
d’amortisse- à Des fondations : il est réalisé des
ment pour le
hauban S08. mesures altimétriques par nivellement
14a direct et une redondance par des
14- Dispositif
de mesure de mesures inclinomètriques permettant
l’amortissement d’évaluer le tassement absolu et diffé-
des haubans. rentiel éventuel des fondations dans le
15- Joint de temps (tableau 3).
chaussée et à Des piles : il est réalisé des mesures
capteur.
géométriques discrètes sur prismes
conjuguées à des mesures sans
13- Result of prisme sur les génératrices des piles
damping mea-
surements for de grande hauteur. En effet, en regard
14b stay cable S08. des mouvements importants journaliers
14- Stay cable du tablier les piles sont en permanence
damping mea- en mouvement et il s’avère important
suring system. de surveiller l’allure de leur déformée
15- Pavement à partir d’une mesure réalisée dans un
joint and sensor. temps le plus court possible. En outre,
les piles d’extrémité P1 et P7 com-
portent des capteurs inclinométriques
avec des mesures en continu à l’aide
du système de surveillance (figure 11).
Des mesures des déformations dans le
En ce qui concerne les mesures réa- béton des piles sont réalisées à l’aide
14c lisées après la mise en service, trois d’extensomètres afin de connaître
objectifs fondamentalement différents l’évolution du fluage du béton. Il est
sont visés : aussi effectué des mesures de la tem-
1- Le premier, et le plus important, pérature pour évaluer les gradients
est de contrôler en permanence les thermiques transversaux et leurs effets.
conditions d’exploitation de l’ouvrage à Du tablier : il est réalisé des
pour assurer la sécurité du trafic et des mesures géométriques (en travée et
usagers. L’ouvrage est ainsi équipé de sur appui) ; des mesures de tempé-
capteurs et dispositifs particuliers per- rature (dans le tablier et dans l’air) ;
© CSTB

14d
mettant d’assurer les fonctionnalités des mesures de l’humidité de l’air à
suivantes : l’intérieur du caisson afin de s’assurer
à La surveillance du trafic, du bon fonctionnement des dispositifs
à La mesure de la vitesse du vent, de déshumidification (figure 12) et des
à La détection des phénomènes glis- mesures accélérométriques sur déclen-
sants, chement du seuil de vent.
à Le suivi continu des paramètres à Des pylônes : il est réalisé des
suivants : mesures géométriques à l’aide
- ouverture des joints de chaussée de prismes et d’inclinomètres,des
sur culées, mesures accélérométriques en tête des
- température (moyenne) de l’air et pylônes P2 à P4 sur déclenchement du
© SITES

15 du caisson, seuil de vent.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 113


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

16

17 18

16- Joints
de chaussée :
déplacement /
température
sur 1 trimestre.
17- Évolution
du souffle du
joint de chaussée
sur culée C0.
18- Tempête
Klaus du 24
janvier 2009, en-
registrement des
vitesses de vent.
19- Résultats
pour le mode
1 transversal.
20- Résultats pour
le mode 6 vertical.
19 20
16- Pavement
joints: displa-
à Des haubans : il est réalisé le suivi : au culées (figure 15). Chaque trimestre l’ouvrage en service est conforme aux cement versus
- de l’amortissement des six hau- SITES fournit un rapport de synthèse prévisions des calculs d’exécution. temperature over
bans instrumentés côté sud du des mesures acquises, qui permet la Comme pour le pont de Normandie, one quarter.
pylône P3 (figures 13 et 14), constitution de la base données métro- il a été étudié par le CSTB de Nantes 17- Change in rela-
tive displacement
- de la tension dans les torons équi- logiques sur l’ouvrage. Ce rapport pré- des séquences de vent fort lors des of the pavement
pés de cellules de mesure, sente les mesures métrologiquement tempêtes Klaus (le 24 janvier 2009) et joint on abutment
- des éventuelles vibrations des fiables associées à des traitements sta- Xynthia (le 28 février 2010). C0.
haubans. tistiques permettant de disposer de cri- Ces études ont confirmé que les résul- 18- The Klaus
à Du souffle (ou déplacement) des tères d’évaluation, issus de corrélation tats des calculs théoriques effectués storm of 24
joints de chaussée sur culée (figures 16 et de comparaison temporelle simple. par le bureau Greisch lors des études January 2009,
recording of wind
et 17). Cette synthèse permet au Maitre d’Ou- d’exécution étaient sécuritaires par speeds.
Chaque joint de chaussé est équipé vrage et à ses experts de s’assurer rapport aux résultats des calculs effec- 19- Results for
d’une paire de capteurs de déplace- de l’état de santé de l’ouvrage. tués sur la base des enregistrements transverse mode 1.
ment pour surveiller la déformation et 3- Le troisième et dernier objectif est mesurés par les différents capteurs 20- Results for
le déplacement du tablier par rapport de contrôler que le comportement de (figures 18 à 23). vertical mode 6.

114 TRAVAUX N° 896 AVRIL / MAI 2013


21 22

De plus, afin de s’assurer que les 21- Vitesses


hypothèses de calcul concernant les du vent obser-
effets de la température établies à vées lors de
la tempête
partir des analyses menées sur le pont Xynthia.
de Normandie étaient bien adaptées, 22- Résultats
le tablier a été équipé de 27 sondes de pour le mode 3
température dans une section située transversal.
en travée P2-P3 afin de permettre des 23- Résultats
enregistrements en continu depuis la pour le mode 4
mise en service fin décembre 2004 vertical.
(acquisition toutes les 30 minutes envi- 24- Localisation
des capteurs
ron) (figure 24). dans le caisson.
Les enregistrements des mesures font
actuellement l’objet d’une étude de la 21- Wind speeds
part du STOA d’Eiffage TP avec les monitored 23
conseils de Michel Virlogeux qui avait during the
déjà piloté celle du pont de Normandie. Xynthia storm.
Nous donnons ci-après sous forme 22- Results 6°C pris en compte dans les calculs et béton afin de contrôler simultanément
de courbes les résultats des pre- for transverse qui sont vraisemblablement largement la durabilité et le vieillissement du béton
mode 3.
miers traitements réalisés à fin 2012 surestimés. armé des piles (carbonatation et péné-
23- Results for
(figures 25 à 31). vertical mode 4. En outre, il est prévu de réaliser tous les tration des chlorures).
Une estimation du gradient thermique 24- Location 10 ans à partir de sa mise en service, Les premiers essais réalisés en 2008
transversal dans les piles est égale- of sensors in soit en 2014, 2024, etc. des mesures sur les échantillons prélevés en pied
ment prévue afin de la comparer aux the box girder. sur des prélèvements de carottes de et au droit des planchers aux niveaux
- 90 et - 168.58 m de la pile P2 ont
montré que :
à Pour le contrôle de la résistance à
LOCALISATION DES CAPTEURS DANS LE CAISSON la compression, du module d’Young
statique et de la résistance à la trac-
tion par fendage du béton (B60) : les
valeurs mesurées 75 MPa en moyenne
en compression et 7 MPa en traction
et un module de déformation longitu-
dinale moyen de 45 GPa sont large-
ment supérieures aux valeurs prises en
compte dans les calculs ;
à La perméabilité à l’oxygène (se-
lon les recommandations de l’AFPC-
AFREM) est de l’ordre de 4.10-17 m2 en
moyenne ;
à La teneur en chlorures est quasi-
ment non détectable quelle que soit la
profondeur compte tenu de sa limite de
détection égale à 0.005 % de la masse
24 du béton.

AVRIL / MAI 2013 TRAVAUX N° 896 115


OUVRAGES

ART
D’

IMAGINER
CONCEVOIR
CONSTRUIRE

25- Températures
du caisson central
en journée froide
le 1 mars 2005.
26- Températures
des tôles de surface
en journée froide
le 11 avril 2011.
27- Températures
des tôles de surface
en journée chaude
le 20 août 2011.
28- Évolution du
gradient thermique
25 vertical équivalent
en fonction de
la température
moyenne.
29- Évolution
de la tempéra-
ture moyenne
du caisson sous
fort rayonnement
thermique.
30- Représenta-
tion du gradient
thermique vertical
équivalent en
fonction du rayon-
26 27 nement thermique
journalier.
31- Représentation
du gradient ther-
mique vertical équi-
valent en fonction
de la température
du caisson.

25- Temperatures
of the central box
girder on a cold day
on 1 March 2005.
26- Temperatures
of the surface
28 29 plates on a cold day
on 11 April 2011.
27- Temperatures
of the surface
plates on a hot
day on 20 August
2011.
28- Change in the