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Villes en parallèle

Entre exigences et convenance


Jean-Claude Ndong Mba

Abstract
The author provides an accurate and convincing testimonial of the convergences between action and research and of the
benefit expected from multidisciplinary and comparatist approaches : the lack of efficient democratic management at Libreville
led to a detour via a university route and much can be learned from the foreign experiences.

Résumé
L'auteur apporte un témoignage précis et convaincant des convergences entre action et recherche, et du bénéfice attendu des
approches pluridisciplinaires et comparatistes : le déficit de gestion démocratique efficace à Libreville fut une incitation à un
détour par un cheminement universitaire et les expériences étrangères qui peuvent être riches d'enseignements.

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Ndong Mba Jean-Claude. Entre exigences et convenance. In: Villes en parallèle, n°40-41, janvier 2007. Villes du Gabon. pp.
10-17;

doi : https://doi.org/10.3406/vilpa.2007.1431

https://www.persee.fr/doc/vilpa_0242-2794_2007_num_40_1_1431

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Jean-Claude NDONG MBA
■ Résumé : Entre exigences et convenance

L'auteur apporte un témoignage précis et convaincant des convergences entre action et recherche,
et du bénéfice attendu des approches pluridisciplinaires et comparatistes : le déficit de gestion
démocratique efficace à Libreville fut une incitation à un détour par un cheminement universitaire
et les expériences étrangères qui peuvent être riches d'enseignements.

■ Mots clés : action politique, recherche fondamentale, comparatisme urbain

■ Abstract: Between requirements and convenience

The author provides an accurate and convincing testimonial of the convergences between action
and research and of the benefit expected from multidisciplinary and comparatist approaches: the
lack of efficient democratic management at Libreville led to a detour via a university route and
much can be learned from the foreign experiences.

■ Key words: political action, fundamental research, urban comparatism

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ENTRE EXIGENCES ET Jean-Claude
CONVENANCE NDONG MBA *

démocratie.
■ La question urbaine constitue l'un des principaux centres d'intérêt de la

J'ai eu le privilège de faire partie de l'équipe qui, agissant au sein de la


municipalité de Libreville, dans le cadre des réformes nécessaires à l'avènement
du multipartisme au Gabon, a pris de nombreuses initiatives. Comme chef de
projet de l'atelier d'urbanisme de la ville de Libreville (AUVIL) de 1990 à
1993, mais aussi comme conseiller du Maire de Libreville chargé du
développement urbain et Directeur de l' AUVIL, de 1993 à 1997, ma
connaissance des problèmes de Libreville s'est enrichie de nombreuses
expériences menées dans un cadre général où la plupart des acteurs me
paraissaient avoir une appréhension biaisée de la démocratie, de ses valeurs
ainsi que de ses modalités de fonctionnement.
Ma première action fut de convaincre, en 1990, le conseil municipal
monopartiste sur la nécessité impérieuse de mettre en place un atelier
d'urbanisme régi par la loi du 10 décembre 1962 et doté d'un budget autonome
tel que recommandé par la neuvième Assemblée générale de l'Association
Internationale des Maires Francophones (A.I.M.F), une année auparavant. Le
faire admettre aux élus qui avaient conservé du monopartisme une certaine

* Département de Géographie/LANASPET Université Omar Bongo (Libreville)

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rigidité dans l'esprit et la lecture des événements et qui, de ce fait, étaient


attachés aux archaïsmes de l'organisation administrative de l'époque, constituait
une véritable gageure. Faire comprendre qu'au-delà des directions techniques
d'exécution dont disposait la Mairie (direction de l'aménagement et des
équipements urbains, direction du génie civil), il eut été judicieux de mettre en
place une structure de conception et de concertation, regroupant l'État, la ville
et le secteur privé, relevait ainsi de l'exploit.
Pour moi, le conseil municipal, ce fut donc d'abord la difficile relation de
confiance avec notre équipe, de constantes concessions à son égard, l'absence
de curiosité intellectuelle et de vision pour le devenir de Libreville dont ses
membres étaient pourtant les dignes représentants. Comment ne pas se souvenir
en effet des difficultés que nous avons eues à obtenir des crédits destinés au
financement des projets conçus par l'AUVIL ? Je me souviendrai toujours des
débats aussi infructueux qu'interminables que nous avons suscités en vue
d'obtenir le financement d'un système informatique de gestion relationnelle des
données urbaines. La couverture aérienne du Grand Libreville, les opérations
d' aérotriangulation et de numérisation, ainsi que l'acquisition d'une
configuration matérielle et logicielle adaptée (type Oracle) n'ont pu se réaliser,
en dépit de l'appui dont nous avons constamment bénéficié de la part du maire
Claude Damas. Le système de géocodification et d'adressage urbain, bien
qu'ayant fait l'objet de délibérations du conseil municipal, n'a pas davantage
obtenu des crédits nécessaires à sa réalisation. Pour accroître les chances
d'aboutissement de ces projets de développement, j'ai dû m'employer à
démontrer leur intérêt fiscal à la direction générale des impôts qui,
malheureusement, n'a pas pu mobiliser les moyens financiers attendus à cet
effet. Ce qui m'a frappé, c'est l'attitude d'un grand nombre d'acteurs de la ville
(État, Sociétés parapubliques, Municipalité, opérateurs privés). Que ce soit la
Direction Générale des Impôts, le conseil municipal, l'Office des Postes et
Télécommunications (OPT), la Société d'Énergie et d'Eau du Gabon (SEEG)
ou les Sociétés de Transports Urbains, tous marquèrent leur intérêt pour
l'adressage de la ville et la mise en place d'un système de gestion de données
géoréférencées, mais ne trouvèrent point de cadre d'action opérant leur
permettant de soutenir financièrement collectivement tous nos chantiers.
Le conseil municipal, ce fut aussi la découverte d'une instance
manifestement incapable de mobiliser les services de l'État pour un

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fonctionnement efficient de l'AUVIL, dont l'utilité était pourtant bien reconnue


par chaque élu. Il manifestait ainsi à mes yeux une fébrilité, un réflexe de repli
sur soi incompatible avec les exigences de la modernité et de la démocratie.
Traiter des enjeux de développement urbain me paraissait pourtant nécessiter
une collaboration étroite entre tous les acteurs impliqués dans les processus en
cours.
Après avoir soutenu plusieurs projets devant ce conseil et fréquenté
assidûment certains professionnels de l'urbain dont Monsieur Paul Émile
Simon, un architecte rompu à la tâche, j'ai appréhendé au mieux la complexité
des problèmes urbains à résoudre, les actions essentielles à mener pour faire
évoluer positivement la situation des villes du Gabon. Je m'explique ainsi plus
aisément aujourd'hui l'absence de la planification territoriale dans la ville de
Libreville. Depuis le plan colonial de 1939, en effet, aucun document
d'urbanisme n'a véritablement donné satisfaction pour cette ville-capitale,
pourtant chargée de symboles et d'histoire. Les plans Pottier (1962) et d'Olivo
Prass (1965) ont tous donné lieu à des usages fort limités. Le premier avait pour
but de définir le cadre de développement de la ville pour une population de
75 000 habitants environ établis entre deux vallées : Guégué (au Nord) et
Oloumi (au Sud). Le zonage envisagé prévoyait des emprises foncières pour la
voirie, les espaces verts, les commerces et les affaires, l'éducation et le sport,
l'industrie. En dépit de quelques réalisations (Hibiscus, Université nationale,
« 90 logements », complexe omnisports O. Bongo) qui s'en sont inspirées, ce
plan fut remis en cause par le Fonds européen de développement qui, se fondant
sur certaines études, tenait, avec l'État gabonais, à la réalisation d'un port en
eau profonde à Owendo. Ce dossier qui fut confié par la suite au groupe d'Olivo
Prass n'a guère connu plus de succès. Motivé essentiellement par la nécessité de
construire le port, ce troisième plan préconisait que soit reconsidéré le choix
initial d'Owendo au profit de la Pointe Pongara (au Nord) et que cette
réalisation s'intègre dans un aménagement plus global de la région de
Libreville. Parce que la mise en application de cette vision nécessitait la
réalisation d'un pont de 1 1 km sur l'estuaire du Gabon, ce plan fut jugé futuriste
et très coûteux. Contraint de retenir l'option du site d'Owendo, d'Olivo élabora
un fichier d'intentions devant inspirer les opérations d'urbanisme dans
Libreville, du Cap Estérias au Nord, à Owendo au Sud. Mais, comme dans le
cas du plan Pottier, seuls quelques aménagements sectoriels s'en sont

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réellement inspirés : voie Express, lotissements de Nzeng ayong, cité C.N.S.S.,


zone industrielle d'Oloumi, port d'Owendo, etc ...
Par delà les limites spécifiques à chaque plan, le plus lourd handicap
demeure l'absence dans les deux cas d'un programme d'équipements collectifs
pour les personnes à faibles revenus. Pourtant, la loi 3/81 du 8 juin 1981 qui
« fixe le cadre de la réglementation destinée à permettre un développement
harmonieux et rationnel des agglomérations et d'assurer la sécurité et le bien-
être des habitants » (art. 1) prévoit que soient élaborés pour chaque ville du
Gabon un schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme et un plan
d'occupation des sols, dont Libreville reste malheureusement encore dépourvue.
De la compétence de l'État (art. 2), ces documents doivent se concevoir avec le
concours des municipalités qui, dans la pratique, sont systématiquement exclues
des réunions techniques prévues à cet effet, comme dans le cas de l'étude
actuelle du schéma directeur de Libreville, débutée depuis plus de dix ans, et
qui n'a jamais pu aller au-delà de l'étape des scénarios.
Pour approfondir mes réflexions sur ces différentes préoccupations et
d'autres encore, des missions d'information et de formation auprès de
l'I.A.U.R.I.F, l'A.P.U.R (Paris) et l'A.U.A (Abidjan) furent nécessaires et utiles
au début des années quatre-vingt-dix. Persuadé que la nature et l'ampleur des
questions urbaines du Gabon justifiaient une implication permanente dans le
domaine de la recherche scientifique, il m'a paru indispensable de solliciter un
poste d'enseignant-chercheur au sein du département de géographie de
l'université Omar Bongo où, en compagnie de quelques collègues et amis, dont
le Professeur Marc Louis Ropivia, j'eus l'honneur de participer à la création de
deux centres de recherches : le CERGEP (1992) et le LANASPET, au début de
la décennie en cours.
La dynamique créée par ces structures et d'autres, tel que le LAGRAC, a
conduit le département de géographie à repenser son action pédagogique et de
recherche autour de nouvelles problématiques de développement. La
redéfinition de nos axes de recherche nous a ainsi amenés à privilégier le
traitement de la question urbaine au Gabon. Un colloque international de
géopolitique urbaine, organisé en mai 2003 à Libreville, en collaboration avec
de nombreuses universités d'Afrique, d'Europe et d'Amérique du nord, nous a
permis de confirmer cette orientation et de créer des opportunités de partenariat
sur la thématique de la gestion des villes. Dans ce cadre, j'ai été amené à

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séjourner au sein du Laboratoire de Géographie Urbaine, dirigé par le


Professeur Guy Burgel au contact de qui je me suis enrichi de nouvelles
connaissances théoriques et pratiques. Après trois ans de collaboration
pédagogique et de recherche, nous avons convenu d'un projet collectif de
publication dans la collection « Villes en Parallèle » consacré aux villes du
Gabon. Le présent ouvrage, qui est donc l'aboutissement de ce projet, revêt à
mes yeux un double intérêt scientifique et pratique. Au plan scientifique, il met
à contribution les universitaires d'horizons disciplinaires différents, en même
temps qu'il ouvre des perspectives de comparaisons internationales autour des
thématiques communes aux villes africaines. Au plan pratique, les résultats des
différentes approches ayant débouché sur un surcroît de signifiants permettront,
je l'espère, d'enrichir les réflexions en cours dans notre pays, en matière de
politique et de gestion urbaines.
Au moment où la mondialisation de la production et de la consommation,
ainsi que celle du renforcement de la circulation des capitaux et des personnes
s'imposent à nous, les sciences ont tendance à s'enfermer trop souvent encore
dans des logiques nationales. Ce travail, par son innovation éditoriale, vise
l'ouverture. Il est heureux qu'il en soit ainsi, dans la mesure où les politiques
urbaines pratiquées dans différents territoires africains sont mises en
perspective, afin d'en saisir les filiations, les convergences et les divergences,
rendant ainsi justice à la circulation des idées. L'ouvrage conduit à une double
réflexion. Il invite au réexamen de certains concepts et méthodes, en même
temps qu'il donne l'occasion de remettre en cause certaines procédures, à la
lumière ou au reflet d'autres façons de penser et de pratiquer la ville. Les
questions liées au développement économique et social dans l'espace urbain
africain ont été ici approchées sous des angles divers qui témoignent d'un
dialogue scientifique fécond.
L'analyse historique des processus d'urbanisation ouvre la voie aux
comparaisons, permet de formuler des points de vue et de cerner des aspects
qui, dans l'optique d'une approche courante peuvent être, soit considérés
comme allant de soi, soit totalement méconnus. Elle révèle la dynamique et
l'intérêt de l'approche comparative, la complexité et le caractère convergent des
mécanismes de mal croissance urbaine résultant des grandes transformations qui
se sont produites et se produisent encore. Elle permet aussi l'identification des
espaces où se sont produits des changements problématiques importants, des

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morceaux de territoires où sont observés des effets non désirés pour le


développement. Fondés sur de tels résultats, les objectifs des futures politiques
de développement urbain pourront se perfectionner dans la durée et devenir plus
pertinents. Cela suppose que nombre de ces résultats devront continuer à
alimenter le débat scientifique, enrichir les connaissances et les savoirs des
acteurs politiques et engendrer une nouvelle pédagogie citoyenne apte à
promouvoir le débat public.
Dans le domaine de la gestion urbaine et des disparités du
développement, les problèmes abordés dans ce travail sont directement liés aux
processus décisionnels, aux efforts publics en faveur du développement urbain,
aux modalités de mise en œuvre des décisions politiques et à la cohérence des
politiques d'aménagement sectorielles, axes essentiels de l'action des
gouvernements successifs depuis les années soixante-dix.
À l'évidence, la politique urbaine s'intègre dans la politique globale de
l'aménagement du pays qui, en se donnant récemment comme finalité la
redynamisation des zones rurales, vise en définitive un meilleur équilibre villes-
campagnes. Mais, la politique de réduction du chômage, de l'augmentation de
l'emploi, et de la prospérité économique poursuivie par l'actuel gouvernement,
et dont les villes sont les principales bénéficiaires, ne produira-t-elle pas un effet
d'appel d'air pour les populations rurales, au point de modifier les stratégies et
les certitudes les mieux établies ?
Je pense, pour ma part, que l'intérêt tout particulier des réflexions
présentées dans ce travail réside dans l'analyse des tendances lourdes qui gênent
le développement harmonieux et durable des villes du Gabon, les
transformations et les changements survenus dans celles-ci durant les dernières
décennies étant d'une importance, d'une complexité et d'une rapidité
exceptionnelles. En dépit des efforts d'investissement appréciables des pouvoirs
publics, les transformations opérées présentent de graves lacunes, des
distorsions manifestes et même des inerties en tout genre. Il faut donc aller plus
loin sur le chemin de la recherche de solutions capables d'apporter aux
problèmes de développement qui se posent, amélioration de ce qui existe et
création de ce qui doit l'être. Cela implique l'intensification des efforts déjà
entrepris, un renforcement de la démocratie locale, et une certaine concentration
d'action et de moyens.
Je considère que ce travail scientifique constitue à cet égard une

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contribution utile pour ouvrir le dialogue entre acteurs (politiques, scientifiques,


privés) et permettre un traitement global et concerté des nouvelles
problématiques du développement urbain au Gabon.

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