Vous êtes sur la page 1sur 215

© Éditions Albin Michel, 2015

ISBN : 978-2-226-38611-3
Ce livre est dédié à :

Frédérique, pour l’amour, la patience, l’aide et le soutien


qu’elle a su m’apporter dans l’écriture.
Mes enfants et petits-enfants. Puisse ce livre
leur apporter l’optimisme, le bonheur
et l’envie de vivre en pleine conscience chaque instant de leur
vie, sans en perdre une miette.
Mes parents, sans lesquels je n’aurais pu voir le jour.
Tous ceux qui désirent profiter pleinement de la vie,
le plus longtemps possible,
en pleine santé physique et mentale.
La vieillesse est inévitable,
Mais la sénilité est inexcusable.

(Vieux proverbe chinois)


Préface

Bien vieillir ? Cette formule peut sembler paradoxale dans nos sociétés
occidentales. Ne baignons-nous pas dans le culte du « jeunisme » et par
incidence dans le rejet du « vieillir » ? Car il est manifeste qu’une triste
évolution, si l’on peut utiliser ce terme, touche notre humanité : la vieillesse
est devenue une période de vie synonyme de décrépitude. On la considère
comme une charge, un poids et ce à plusieurs titres. On la pense ainsi tout
d’abord parce qu’elle est une phase de vie où la maladie est fréquemment
présente. On la pense également ainsi parce qu’elle représente une phase de
vie lors de laquelle l’individu perd de son autonomie pour devenir dépendant.
On la pense enfin ainsi parce qu’un « vieux », ce n’est pas productif, au
contraire, puisqu’il coûte une retraite et que ses maladies grèvent des comptes
sociaux déjà bien mal en point ! Quel triste constat que celui-ci ! Que faire ?
Doit-on aller vers les pires scénarios, eugénistes ou de science-fiction ? Peut-
on espérer et croire que les pauvres ravalements de façade que l’on nous
propose ne soient autre chose que de simples cache-misères, que des décors à
la « cinecittà » qui ne dupent personne, sauf peut-être celui qui y a recours ?
Pourtant bien vieillir n’est pas une proposition incongrue ni une promesse
méphistophélienne. C’est une réelle option ! Mais elle implique l’acceptation
d’un principe majeur et incontournable : la santé n’est pas un dû ! C’est un
effort constant et un devoir, vis-à-vis de soi et des autres ! C’est à cette
condition que l’on pourra comprendre et accepter l’idée présentée par Jean
Pélissier dans ce livre : on peut « bien vieillir » et mourir en bonne santé !
Voilà, le mot est lâché : mourir ! Car c’est bien cela la question qui sous-
tend la problématique du vieillissement. Nos sociétés modernes ont perdu le
sens précieux connu de toutes les sociétés traditionnelles : celui du temps, de
son déroulement, de ses cycles et des passages qui jalonnent le parcours. Ce
sens est tellement ancré dans ces cultures qu’il est organisé, architecturé par
des rites, sortes de moments clés qui marquent les changements d’« état » que
vit l’individu. D’enfant, il devient adolescent. D’adolescent, il devient adulte,
d’adulte il devient « ancien », c’est-à-dire vieux. À chaque stade sont
associés des droits et des capacités, dont découle une position précise dans le
groupe, qui vient entériner le sens de ce stade. L’ancien, du fait de son âge,
est devenu sage. Il est le référent, celui qui a du recul, celui qui, parce qu’il
n’est plus aveuglé par les enjeux ou les passions, garde une vision claire et
juste. Non seulement, « l’ancien » n’est pas considéré comme une charge, un
poids ou une contrainte, mais bien au contraire, comme une richesse, une
valeur, porteuse de culture et de lignée. Autour de lui se constituent une
identité, une histoire, qui enracinent l’individu dans le groupe auquel il
appartient.
C’est beau n’est-ce pas ? Oui, mais cela n’a de sens qu’à partir du
moment où nous acceptons la part qui est la nôtre, dans la dérive de ce statut
en Occident. Car je me souviens encore, il n’y a pas si longtemps, qu’il en
était ainsi dans les campagnes. Je l’ai personnellement vécu. J’ai connu ces
soirées animées par des anciens volubiles qui nous contaient le monde, la vie
ou des histoires fabuleuses, tout en pelant des châtaignes devant la cheminée.
J’ai vu de jeunes hommes venir chercher en courant le grand-père pour qu’il
vienne calmer une bête qui mettait bas ou leur montre comment ouvrir un
ventre gonflé par du trèfle trop frais. Tout cela participait d’une « existence »,
d’un rôle et d’une raison d’être qui nourrissaient l’âme de chacun et en
particulier de l’ancien, lui donnant une raison de « se tenir droit » et de se
sentir digne. Tout cela tenait à ce fil de solidarité que des quotidiens parfois
compliqués, rendaient vital. Tout cela venait d’un tissu social lui aussi perçu
comme vital car l’individu seul ne pouvait survivre très longtemps.
Aujourd’hui, les machines ont remplacé les individus et la solitude
accompagne des nantis qui remplissent leur vide par de la nourriture ou de
l’agitation, rassurés et anesthésiés par une prise en charge qui évite la
responsabilité. Cela engendre des comportements pathogènes, qui fatiguent,
usent des organismes que l’on croit pouvoir retaper avec des substances
issues de la chimie ou concentrées de façon excessive. Excitants, alcools,
drogues, sucres, exhausteurs de goût, sont autant d’artefacts aveuglants dont
l’effet est uniquement d’exciter l’instant et de retarder, un peu, l’échéance de
la facture tout en l’aggravant. Et celle-ci est déjà là ! Les maladies de
dégénérescence frappent de plus en plus d’individus, de plus en plus jeunes,
hommes et femmes mélangés. Des sonnettes d’alarmes sont souvent tirées
mais si peu entendues. Des solutions sont proposées, car il y en a, et le livre
de Jean Pélissier en est une.
Sans concession et pas à pas, il dénoue l’écheveau du mal vieillir et en
particulier de la maladie d’Alzheimer. En s’appuyant sur cette science
millénaire qu’est la Médecine Traditionnelle Chinoise, il démonte les
mécanismes du « mal-manger » et du « mal-aimer » qui sont les racines du
« mal vieillir ». Dans un langage simple et didactique, il éclaire le
fonctionnement du corps humain et les liens de ce dernier avec la vie
émotionnelle, rejoignant ainsi ce principe majeur que j’ai développé dans
1
Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi . Et en cela, ce livre est majeur.
Mais Jean Pélissier ne s’en tient pas à ce constat, que l’on pourrait
considérer comme aisé. Il propose des réponses claires, précises, concrètes…
et pertinentes. Il ne se contente pas d’écrire que nos modes alimentaires font
le lit de la maladie et du « mal vieillir », il le démontre et donne des réponses
simples et applicables, allant jusqu’à confier les clefs principales de la
diététique chinoise ! Il ne se contente pas d’expliquer comment une sexualité
mal comprise et mal maîtrisée, fait, elle aussi, le lit du « mal vieillir ». Il
explique pourquoi et surtout comment faire, avec des exercices précis et
faciles à réaliser, pour vivre une longue complicité de couple.
Il nous conduit en fait, petit à petit, à nous réapproprier la responsabilité
qui est la nôtre, dans le « vieux » que nous sommes ou que nous serons. Il
nous explique qu’il n’est jamais trop tard, mais également qu’il n’est jamais
trop tôt pour prendre de bonnes habitudes. Car il faut savoir par exemple
qu’une maladie comme Alzheimer, qui apparaît la plupart du temps après
63 ans, prend en fait racine plus de vingt ans plus tôt. Qu’un Parkinson fait de
même et qu’un diabète s’est lui aussi construit dans les décennies qui ont
précédé sa manifestation véritable. Il nous rappelle enfin que ce qui anime un
corps, c’est une âme, concept oublié de nos cultures mécanistes. Or, cette
âme est nourrie par notre conscience et la façon dont nous nous pensons et
dont nous pensons le monde.
Alors chassons de nos esprits que vieillir est une décrépitude et que la
mort est une fin. Beaucoup de « vieux » sont bien plus beaux et intéressants à
rencontrer que certains « jeunes ». Sans doute parce qu’ils n’ont pas oublié
que ce qui brille dans un regard, c’est une âme et pas un état civil. Le corps
est un véhicule, alors c’est vrai qu’il perd certaines de ses capacités. Mais si
j’osais une analogie triviale, je rappellerais avec envie ce phénomène actuel
qui s’appelle les Young timers, ces voitures ayant appartenu à la génération
des parents et des grands-parents, auxquelles de jeunes passionnés redonnent
une nouvelle vie. Changeons notre regard et nous serons stupéfaits de
constater combien notre vécu changera. Je ne citerai en exemple que la façon
dont en Orient on appelle la ménopause : le deuxième printemps ! Cela
change tout et permet de comprendre pourquoi les troubles de la ménopause
et de l’ostéoporose, touchent beaucoup moins les Orientaux que les
Occidentaux, pour qui cette phase de vie est un automne voire un hiver.
Alors ce livre est de salubrité publique ! Son écriture simple traduit la
simplicité de son auteur et sa capacité à transmettre de la connaissance. Ce
sont des qualités essentielles pour ses lecteurs, qu’ils soient directement ou
indirectement concernés par des maladies comme Alzheimer, ou qu’ils soient
des cheminants sur cette route de la vie, dont le confort dépend aussi de nous.
Michel Odoul

1. M. Odoul, Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi, Albin Michel, 2002.


Introduction

Avant de commencer l’écriture de ce livre, je me demandais comment


procéder. Certes, je savais où je voulais arriver, quel message je voulais faire
passer, qui d’ailleurs pourrait se résumer en cette simple phrase : « La
vieillesse est inéluctable, la sénilité est inexcusable. »
J’avais beau échafauder des plans, activer ma conscience, faire appel à
ma mémoire, mon ego, rien n’y faisait. Je me suis alors rappelé les
enseignements de mes maîtres : « Lâche prise, mets ton Cœur au repos et
écoute la “Voix de ton Âme” ». Et cette voix m’a soufflé l’idée suivante :
« Et si tu débutais ton livre par un chapitre qui dévoilerait tout ? Un peu
comme si on commençait la lecture d’un roman par la fin pour en connaître la
clé, la solution. »
Cette idée m’excita au plus haut point et je décidai donc, dans le premier
chapitre (p. 25) de faire, en quelque sorte, le résumé de tout le livre,
d’exposer les liens de causalité pouvant déboucher sur une maladie
d’Alzheimer et aussi, de donner les clés enseignées par la médecine
traditionnelle chinoise pour nous mettre définitivement à l’abri de cette
maladie qui, justement par méconnaissance, effraie beaucoup d’entre nous.
Après la lecture de ce chapitre, vous pourrez fermer le livre. Vous saurez à
quoi vous en tenir, faire un point sur votre état du moment. Vous saurez par
vous-même et pour vous-même comment mettre en œuvre une véritable
politique de prévention et d’entretien de votre capital santé, comment aborder
le « grand âge » calmement et sereinement en pratiquant « l’art du bien
vieillir » !
Pour les curieux qui voudront aller plus loin dans cette vision donnée par
les enseignements traditionnels chinois quant à l’apparition de cette
pathologie, toute une série de chapitres leur permettra de se persuader qu’il
n’y a aucune fatalité dans cette maladie que l’on pourrait à tort cataloguer
d’épidémique tant son ampleur devient alarmante dans nos sociétés
modernes. Je vais aborder des concepts, des notions qui sont à mille lieues de
ce que l’on nous enseigne dans nos facultés, où l’esprit matérialiste
prédomine. Parler d’Âme en médecine ! Beaucoup vont en sourire, d’autres
au contraire vont être amenés à réfléchir devant certaines évidences quand on
se trouve en présence d’une personne souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Qu’est-ce qui m’a poussé à écrire un tel livre ? Depuis ma plus tendre
enfance, j’ai toujours refusé l’idée de la maladie. Je me suis toujours dit que
le corps n’avait pas été construit pour tomber malade, mais qu’il avait en lui
un potentiel d’autoguérison et d’autorégulation. La médecine moderne ne m’a
donné que très peu d’informations à ce sujet. À l’inverse, elle tentait de me
prouver le contraire :
Si tu as une allergie, c’est à cause du pollen.
Si tu as une grippe, c’est à cause du virus.
Si tu as un cancer, une dépression, une hypertension, un rhumatisme, un
Alzheimer, c’est toujours à cause des autres, de l’environnement, de
l’hérédité.
On n’est pas responsable. Ou si peu. On n’est qu’un bateau à la dérive, à
la merci des aléas de la vie, porteur d’un alibi karmique qui fait de nous des
autruches.
Oui, mais voilà.
Les pollens existent depuis la nuit des temps et tout le monde ne
développe pas d’allergie.
Il y a des centaines de millions de fumeurs sur terre et tous ne
développent pas un cancer du poumon, à peine 0,01 % d’entre eux.
Une majorité d’individus vit dans un environnement de peur, de stress, de
pollution et tout le monde ne développe pas une dépression.
La liste pourrait s’allonger ainsi à l’infini…
Tant d’interrogations sans réponse. Alors, toujours en écoutant la Voix de
mon Âme, il y a une quarantaine d’années, je me suis lancé – si je puis
m’exprimer ainsi – dans l’étude de la médecine traditionnelle chinoise. On a
l’habitude de dire que quand on met son doigt dans l’engrenage, on ne peut
plus le retirer. Ce fut donc mon cas. Quand on comprend les tenants et les
aboutissants de cette médecine, on sent bien qu’une vie entière ne suffit pas
pour en faire le tour. J’ai eu de la chance ou plutôt « les perches de la
destinée » m’ont fait rencontrer un des plus grands maîtres modernes de
médecine traditionnelle chinoise, reconnu en tant que tel en Chine, avant la
« Révolution culturelle ». J’ai nommé le professeur Leung Kok Yuen.
Ayant émigré à Hong Kong, puis à Vancouver au Canada, il a été l’un
des seuls à transmettre une partie de son immense savoir. Un des seuls à
enseigner l’ensemble des pièces du puzzle de cette médecine plurimillénaire
que l’on qualifie de médecine holistique. Né à Canton en 1922, il est issu de
treize générations de médecins, de père en fils. À l’âge de 11 ans, il était
capable de réciter deux livres rédigés par Zhang Zhong Jing (un des
fondateurs de la médecine traditionnelle chinoise), le Jin Kui Yao Lüe et le
Shang Hang Lun. Il commença à faire ses premiers soins à l’âge de 16 ans !
Au cours des onze années d’études qu’il nous a dispensées, nous avons
longuement abordé les grandes pathologies que l’on retrouve chez les
Occidentaux, à savoir les maladies cardio-vasculaires, par une analyse très
complète de l’hypertension artérielle. Ensuite, nous avons étudié le cancer,
les maladies mentales et émotionnelles, dépression y comprise. Son
enseignement comprenait aussi des cours magistraux sur la mort, sur le sens
de la Vie. Leung Kok Yuen s’appuyait sur les trois piliers fondateurs de la
société chinoise : taoïsme, confucianisme et bouddhisme, qu’il mettait à la
portée d’un esprit occidental. Il partageait ses connaissances dans la pure
tradition des grands maîtres, par un enseignement exclusivement oral. C’était
un des premiers à avoir insisté sur le mot clé : PRÉVENTION.
Enfin, je comprenais à travers le partage de tout ce savoir, que sur cette
Terre, nous n’étions pas des effets, mais bien, à proprement parler, des causes
dans l’apparition de tous nos maux.
Enfin, je saisissais l’incroyable impact du mental et des émotions sur la
genèse de quasi toutes nos pathologies internes (hypertension, diabète,
cancers, rhumatismes, maladies cardio-vasculaires, maladies mentales et
émotionnelles, dépressions, maladie d’Alzheimer, etc.).
Enfin, j’ai appris que la mort, tant redoutée par certains, n’était pas une
maladie, mais l’extinction de quelque chose et le passage d’un état à un autre,
que l’on pouvait parvenir au terme de son existence en « bonne santé »,
atteindre « l’endormissement en pleine conscience » (voir p. 191) recherché
par tous les méditants, « Graal » de toutes les religions.
Dans quelques dizaines d’années, quand les avancées de la médecine dite
« quantique » auront fait leurs preuves, tradition et modernité pourront enfin
se rejoindre. La science est en train de redécouvrir le message que la tradition
a toujours voulu faire passer.
C’est toute cette vision que je voudrais présenter dans ce livre pour que
vous puissiez prendre votre destinée en main.
La maladie d’Alzheimer n’est pas une fatalité. C’est une pathologie
interne que l’on se crée, pas à pas, par méconnaissance du
fonctionnement de notre corps, par manque de recul quant aux liens de
causalité susceptibles de la générer.
Mais les enseignements qui vont suivre iront bien au-delà de l’étude de
cette pathologie dégénérative que les Chinois appellent « une demi-mort ». Je
vais vous proposer une philosophie de vie ou ce que je nommerai « l’art du
bien vieillir », qui sera susceptible de vous mettre à l’abri de presque toutes
les pathologies dites « internes ».
Ce livre va volontairement être écrit sous une forme que l’on pourrait
qualifier d’orale. Et comme tout enseignement oral, il faudra lire ou écouter
neuf fois de suite certains chapitres pour que tout soit définitivement inscrit
dans votre subconscient et que le passage à l’acte soit ainsi plus aisé.
La maladie d’Alzheimer

Des statistiques alarmantes

La maladie d’Alzheimer va devenir un véritable fléau, si elle ne l’est pas


déjà dans nos sociétés modernes. Aujourd’hui, en France, on compte :
– 850 000 personnes atteintes ;
– 3 millions de personnes directement concernées ;
– 600 nouveaux cas par jour.
Alzheimer et toutes les maladies apparentées deviennent une priorité de
santé publique. Pour reprendre une image de l’Organisation mondiale de la
santé : si on imagine cent personnes âgées de plus de 60 ans, rassemblées
dans une pièce, plus de six d’entre elles seront atteintes d’une démence au
cours de leur vie ! Les conséquences sociales, affectives et le coût financier
liés à cette maladie font que nous sommes tous plus ou moins concernés ou
que nous le serons un jour ou l’autre, que ce soit dans notre entourage, parmi
nos proches ou nous-mêmes. C’est pour cela qu’il convient dès à présent d’en
connaître les différents aspects et les liens de causalité à l’origine d’un tel
déséquilibre afin de mettre en place une véritable politique de prévention.
L’appellation « Alzheimer », du nom du médecin allemand qui a
initialement décrit cette pathologie en 1906, est relativement récente. Avant,
on parlait de sénilité, de « ramollissement cérébral », de « démence sénile ».
Dans démence sénile, « de » signifie « perte » et « mens » signifie « esprit »
(en latin). Rappelons-nous cette citation de la dixième Satire de Juvénal,
er
poète latin du I siècle : « Mens sana in corpore sano » que l’on pourrait
traduire par : « Un esprit sain dans un corps sain ».
En Occident, on tente d’expliquer l’augmentation alarmante du nombre
de personnes atteintes d’Alzheimer par l’allongement de l’espérance de vie.
C’est un aspect tout à fait avéré, mais qui ne suffit pas, loin de là, à expliquer
cette pandémie. On en est désormais certain, la maladie d’Alzheimer se
déclenche beaucoup plus tôt qu’on le pensait jusqu’alors, dès l’âge de 50-60
ans et parfois même avant ! À l’heure actuelle, 5 à 10 % des sexagénaires et
20 à 30 % des octogénaires en sont atteints. Et, phénomène relativement
récent, on commence à l’observer chez les 45-50 ans. Nous comprendrons
pourquoi par la suite. À noter que les femmes sont plus touchées que les
hommes, sauf quand cette pathologie est précoce (voir plus loin).

Les différents stades de la maladie d’Alzheimer

En médecine occidentale, on décrit trois stades dans cette pathologie.


Premier stade, avec des symptômes légers. Les premiers sont liés à la
mémoire : « J’ai oublié d’éteindre le feu », « Où ai-je mis mes clés ? », « Je
n’arrive pas à trouver mon chemin ». Il y a ensuite une baisse de l’énergie
vitale, un état dépressionnaire latent, une diminution de la sensibilité
affective. La personne devient facilement susceptible, entêtée et surtout très
colérique. Mais ne vous alarmez pas. Ce n’est pas parce que vous avez de
temps en temps ces symptômes que vous êtes aux portes d’Alzheimer. Ces
signes sont d’une grande banalité et sont la traduction, la plupart du temps,
d’un surmenage, d’un excès de fatigue mentale généré par trop de soucis, de
stress, de travail et surtout par un manque de sommeil. Reposez-vous,
rechargez vos accus et tout rentrera dans l’ordre. Si les femmes en sont plus
atteintes que les hommes, c’est du fait de leur tempérament que l’on qualifie
de Yin (voir p. 33) en médecine traditionnelle chinoise. Par nature, elles ont
tendance à se faire beaucoup plus de soucis pour leur progéniture, elles
intériorisent plus leurs émotions et génèrent souvent des états de stagnation
qui fragilisent leur équilibre interne. Elles ont besoin, plus que l’homme, de
se « recharger », en particulier par le sommeil. Notre maître Leung Kok Yuen
nous expliquait que c’est pour cette raison qu’il leur faut une heure de
sommeil de plus que les hommes !

Dans le deuxième stade, on observe une aggravation de tous ces


symptômes, surtout au niveau émotionnel. Apparaissent aussi des difficultés
de coordination dans la gestuelle. La personne se répète souvent et a tendance
à répondre à côté de la question posée. Elle a de plus en plus de difficultés à
accomplir les tâches de la vie quotidienne. Un symptôme sur lequel insiste
beaucoup le professeur Henri Joyeux est la perte progressive du goût et de
l’odorat, qui a comme conséquence de déclencher une perte de l’envie de
manger. Tel le « Penseur de Rodin », le corps de la personne atteinte a
tendance à se plier, amputant d’autant sa capacité respiratoire, garante d’une
bonne recharge en énergie. Se met alors en place un gonflement de l’ego :
tout doit tourner autour de cette personne, elle devient de plus en plus
irritable. Se manifestent aussi, très souvent, des pics de dépression. Des
tremblements au niveau des mains, des membres peuvent également
apparaître.

Dans le troisième stade, nous sommes alors en présence de la véritable


maladie d’Alzheimer. Les personnes perdent progressivement leur
autonomie. Elles peuvent devenir incontinentes. Elles n’éprouvent plus la
sensation de faim ni de soif. Elles marchent de moins en moins et finissent
par ne plus quitter le lit. Elles perdent aussi leurs facultés cognitives et de
réflexion. Certaines vont développer des symptômes délirants, voire de folie,
de violence. Leur personnalité change du tout au tout. Ces personnes ne
peuvent plus rester seules chez elles. C’est la dépendance totale, une véritable
épreuve pour l’entourage, sans parler, comme je le disais plus haut, du coût
financier pour la société.
Que dit la médecine chinoise ?

Il faut bien comprendre que la maladie d’Alzheimer, comme toutes les


pathologies dégénératives du cerveau, n’est pas une maladie qui « s’attrape »
à « l’insu de son plein gré ». On se crée peu à peu un Alzheimer, c’est la
résultante d’une chaîne de causalités.
Contrairement à la médecine moderne occidentale, que nous pourrions
taxer de mécaniste ou d’organiste, la médecine traditionnelle chinoise a une
conception holistique du fonctionnement du corps humain. Corps, Esprit et
Mental sont totalement associés. Cette vision va encore au-delà. Notre
corps, notre « moi » et la nature qui nous entoure ne font qu’un. S’il n’y avait
pas l’air à respirer, la terre pour fournir notre alimentation, le soleil pour nous
réchauffer, nous ne serions pas sur cette planète ou en tout cas, pas en tant
qu’êtres humains comme nous l’entendons. Cette perception nous permet de
comprendre la genèse de cette pathologie et, partant de là, de concevoir une
véritable politique de prévention. Pour comprendre cette chaîne de causalités,
je vais commencer par un bref rappel du fonctionnement du corps à travers
les enseignements de la médecine traditionnelle chinoise.

Le corps à l’image d’un ordinateur

Il y a quelques décennies, notre « intelligence » a mis au point un outil


qui a révolutionné notre mode de vie : l’ordinateur. Cette machine tentait de
pallier, tout au moins au début, les insuffisances de notre cerveau gauche, le
cerveau analytique, calculateur. On peut dire que l’on a construit cette
machine à notre image. Sans entrer dans les arcanes de son fonctionnement,
nous sommes en présence d’une mémoire centrale où sont stockées toutes les
données. Afin d’accéder à ces données, on utilise des logiciels. Pour que cette
machine puisse marcher, il lui faut de l’énergie. Cette énergie est fournie par
une alimentation extérieure. Pour fonctionner en autonomie, certains
ordinateurs disposent d’une batterie.
Aujourd’hui, l’organisme peut parfaitement être comparé à un ordinateur.
La mémoire centrale est le cerveau avec ses milliards de connexions et ses
possibilités stupéfiantes.
Toujours sur le modèle de notre ordinateur, pour accéder à cette mémoire
centrale, nous avons cinq « logiciels-organes » qu’il est très important de
connaître pour la suite des événements. Le terme « logiciel » cadre bien avec
la vision de la médecine chinoise, car lorsqu’on parle d’un organe, il ne faut
pas s’imaginer uniquement son anatomie. Par exemple, ne voyez pas le cœur
avec la forme que l’on connaît, mais situez-vous en amont en pensant
« énergie », l’énergie du Cœur. Un logiciel-organe comprend les fonctions
proches et à distance de cet organe, mais aussi les symptômes qui
correspondent aux différents dysfonctionnements de ces fonctions, en
particulier, à son dysfonctionnement énergétique. On dira ainsi que les
tendons sont à mettre en relation avec le logiciel Foie, de même que les
ongles, les yeux, l’émotion colère, l’élaboration des plans, le passage à l’acte,
etc. Pour faire fonctionner cette mémoire centrale, nous avons cinq logiciels-
organes qui gouvernent l’ensemble des symptômes physiques, mentaux et
émotionnels de l’organisme. Un symptôme, quel qu’il soit, est toujours relié
au déséquilibre d’un ou de plusieurs de ces logiciels :
– Foie-Vésicule Biliaire ;
– Cœur-Intestin grêle ;
– Poumon-Gros Intestin ;
– Rate-Estomac ;
– Rein-Vessie ;
– auxquels nous rajoutons un couple d’organes « virtuels », purement
énergétiques, le Péricarde-Trois Foyers.
À chacun de ces logiciels correspond un profil émotionnel. On dira ainsi
que :
1
– la joie est en relation avec le logiciel Cœur ;
– la colère est reliée au Foie ;
– la réminiscence fait partie de la Rate ;
– la tristesse et le Poumon sont dans un même état vibratoire ;
– la peur, le stress, l’angoisse sont liés aux Reins.
Si par exemple, vous souffrez d’une déficience au niveau du logiciel
Rein, vous serez très facilement anxieux, craintif, peureux, angoissé. Si
l’énergie de votre Foie est « tendue », c’est la colère, l’irritabilité, la violence
qui prédomineront. Donc, à chaque logiciel-organe est liée une émotion
particulière, bien que le Cœur en médecine chinoise soit considéré comme le
« Maître de toutes les émotions ». Cette vision a son importance pour
comprendre pourquoi, à certains stades, une personne souffrant d’Alzheimer
peut présenter des phases de violence et d’irritabilité.

Les taoïstes définissaient cinq parties dans le « déroulement de la


pensée ».
• L’énergie des Reins est à mettre en relation avec une entité que l’on
appelle « Zhi ». C’est la mémoire. C’est le Zhi qui nous permet d’accéder
à la mémoire centrale de l’ordinateur, où tout est stocké. Il est dit, par
exemple, dans les textes anciens que « les Reins sont la mère des
moelles ». Les moelles sont aussi bien la moelle osseuse à l’origine de la
fabrication de cellules entrant dans le cadre des défenses immunitaires,
que la moelle épinière et surtout le cerveau.
• Le Poumon, lui, est le logis du « Po » que l’on pourrait traduire par
l’« Âme corporelle ».
• Le Foie est le logis du « Hun », l’Âme éthérée, l’ « Âme spirituelle ».
• Le Cœur est la demeure du « Shen », de l’Esprit, qui lui-même est issu
du Hun.
• La Rate est le logis du « Yi » qui est la volonté, la concentration, le tri
des informations, l’endroit où se « digèrent » les concepts. C’est aussi le
lieu de la production des idées.
C’est une gageure que d’essayer d’expliquer ces concepts en quelques
lignes. Mais avec un peu d’esprit d’abstraction, on peut appréhender cette
vision taoïste du fonctionnement du corps humain. Des notions telles que la
trilogie Reins-Foie-Poumons reliée aux notions de Hun (Âme spirituelle) et
de Po (Âme corporelle) et son impact sur le fonctionnement du corps, seront
développées dans les chapitres suivants. Elles nous permettront
d’appréhender les différents mécanismes de l’apparition d’un Alzheimer.
En attendant, voici un tableau récapitulatif des logiciels-organes et des
différents éléments qui leur sont associés. Certains, comme la couleur ou la
saveur, seront abordés plus loin (voir p. 84 et p. 94).

États
Logiciel émotionnels Élément Énergie Couleur Saveur
associés
Foie –
Hun (Âme
Vésicule Colère Bois Vert Acide
éthérée)
Biliaire
Cœur – Shen
Joie Feu Rouge Amer
Intestin Grêle (Esprit)
Poumon – Po (Âme Âcre,
Tristesse Métal Blanc
Gros Intestin corporelle) piquant
Rate – Yi Doux,
Réminiscences Terre Jaune
Estomac (intellect) sucré
Zhi
Peur, stress,
Rein – Vessie Eau (volonté, Noir Salé
angoisse
mémoire)

La batterie de l’organisme
Si on en revient à l’image de l’ordinateur, en tant qu’être humain, nous
pouvons dire que nous fonctionnons en autonomie. Nous possédons donc une
« batterie rechargeable ». Cette batterie est située au niveau du logiciel des
Reins. Dans la médecine moderne, elle pourrait s’apparenter à la notion de
défenses immunitaires. Pour la médecine chinoise, cette vision est par trop
réductrice. En réalité, cette « batterie » est assimilée à l’immense pouvoir
d’autoguérison de l’organisme, mais aussi à son incroyable faculté
d’adaptation. Cette batterie rechargée à bloc, vous ne pouvez pas déclencher
de pathologie. C’est là l’aspect novateur et optimiste de la médecine
chinoise ! Quand vous mettez en œuvre au quotidien les méthodes de
préservation de la Vie « Yang Sheng Fa », votre organisme sera à même de
s’auto-équilibrer et de s’adapter aux changements brutaux que vous impose
parfois votre existence.
Quels que soient votre hérédité, votre passif, à condition que celui-ci
ne soit pas trop lourd, si vous décidez de vous prendre en main,
d’apprendre ou de réapprendre à vous relaxer, dormir, respirer, bouger,
manger, faire l’amour, gérer vos émotions, aimer et vous aimer, alors
oui, vous serez certain de ne pas déclencher tout un processus, toute une
chaîne de causalités qui pourraient déboucher plus tard sur un
Alzheimer.

Le Yin et le Yang

Avant la conception, avant l’union d’un spermatozoïde et d’un ovule, il


n’y a rien, si ce n’est une potentialité, une puissance en devenir. C’est le Zéro
symbolique qui va donner le « Un ». Le « Un », c’est l’union de deux êtres
qui, au cours de l’acte sexuel, ne forment qu’Un à l’origine de la pénétration
d’un spermatozoïde dans un ovule. Ensuite du « Un », on passe au « Deux » :
c’est la première division cellulaire. Puis, la multiplication se fait de plus en
2
plus rapidement jusqu’à donner les « Dix mille cellules » de l’être humain.
Dès cette première division cellulaire, tout devient dualité. C’est le Yin-
Yang, véritable moteur de la vie. Ce concept de Yin-Yang est tout à fait
évident, si on veut bien se donner la peine de réfléchir.
En effet, le « oui » ne pourrait pas exister si le « non » n’en était pas la
contrepartie, et de même, le jour sans la nuit, le son sans le silence, le haut
sans le bas… Mais les taoïstes expliquent que le « Yang pur » et le « Yin
pur » ne sont pas accessibles à l’être humain. Ce n’est en réalité qu’un éternel
passage d’un état à un autre. C’est pour cela que dans les idéogrammes
chinois, on ne retrouve pas notre « oui » ou « non » très tranché, mais « oui,
mais… » ou « non, mais… ». C’est la définition même du signe du Tao avec
un petit peu de Yang dans le Yin et inversement : .
Cette dualité existe également au niveau du concept de l’Âme. Cette
« énergie du Ciel », lorsqu’elle est incarnée, devient elle aussi duelle. Le
Hun, logé dans le Foie, est l’aspect Yang, lié au Ciel, sûrement mal traduit
par « Âme spirituelle ». Le Po, dont une partie de l’idéogramme signifie
« Gui », les démons, c’est « Âme corporelle » logée dans le Poumon. Sa
caractéristique est Yin, liée à la Terre. Elle ne tend que vers une seule chose :
vous attirer vers le bas, vers les abîmes, vers l’autodestruction pour que votre
corps physique se retrouve au plus vite « poussière et terre ». Si le Po, l’Âme
corporelle, prend le dessus sur le Hun, l’Âme spirituelle, la vie s’arrête
prématurément. Pour la médecine traditionnelle chinoise, c’est une des causes
de l’apparition des maladies dites « auto-immunes », terme qu’on peut
attribuer à presque toutes les pathologies internes. D’autre part, il est dit que
si le Hun, l’Âme spirituelle, s’épanouit librement, l’être humain peut devenir
un Saint Immortel. Par contre, s’il prend trop d’ampleur à cause d’un Foie
excessivement tendu ou si, au contraire, il est opprimé, s’il ne peut
« s’exprimer », ce sera la cause de très nombreuses pathologies mentales et
émotionnelles, Alzheimer y compris.
Dans la voie du juste milieu, il doit exister un parfait équilibre entre ces
deux entités de pure énergie, immatérielles, difficiles à concevoir et pourtant
bien réelles. Cette conception a tendance à être abandonnée dans la médecine
dite « moderne » en Chine. Elle est pourtant fondamentale. Elle est à même
de nous faire comprendre la genèse de toutes les maladies mentales et
émotionnelles. Nous verrons que l’énergie des Reins a un rôle de premier
ordre dans le contrôle du Shen, de l’Esprit logé dans le Cœur. Quoi qu’il en
soit, le Shen est d’une certaine manière créé par le Hun. Cette vision
simpliste, j’en conviens, mais très proche des enseignements ésotériques
traditionnels, sous-entend qu’avant la naissance, le Shen, notre « Moi
émotionnel » n’existait pas et qu’il disparaîtra totalement après la mort.
Seul persistera le Hun, l’Âme spirituelle.
Nos émotions, nos désirs, nos affects, nos facultés cognitives et de
réflexion prennent naissance au moment de la « pénétration » de cette entité
duelle dans le corps, ce que les Chinois qualifient de « Ciel Antérieur », soit
le moment de l’apparition de la dualité Yin-Yang.
Et qui nourrit en permanence le Shen, l’Esprit ? C’est le Hun, « l’Âme
spirituelle qui sait tout ». Toutes les pratiques taoïstes, « Qi Gong »,
méditation, relaxation ont, entre autres, comme finalité de mettre en veilleuse
le Shen, l’Esprit afin de se mettre à « l’écoute de son Âme », de ses
intuitions, de ses prémonitions. Si l’Âme donne trop d’informations au Shen
ou de manière totalement déréglée, c’est l’overdose, le burn out ou la
bipolarité ou la schizophrénie. S’il n’en donne pas assez, s’il est opprimé,
c’est la dépression. J’insiste, cette vision est fondamentale pour comprendre
l’apparition de la maladie d’Alzheimer et toutes les maladies
neurodégénératives.

La vitale énergie des Reins

Nous allons à présent étudier une phrase clé, tirée du Huangdi Nei Jing
ou Classique de l’Empereur Jaune, un des livres fondateurs de la médecine
chinoise qui remonte à plus de 2 500 ans : « L’Eau des Reins nourrit le Bois
du Foie et calme le Feu du Cœur ». Cette phrase explique quasi toutes les
pathologies internes développées par les Occidentaux. Partant du principe
que nous vivons en symbiose avec notre environnement, les anciens Chinois
ont mis en relation les éléments de la nature avec le fonctionnement des
différents logiciels-organes (voir tableau p. 32).
L’élément Eau est à mettre en relation avec l’énergie des Reins. Toujours
dans cette même conception holistique, le Bois est à mettre en relation avec le
Foie. Si dans la nature, l’eau n’arrive pas à « nourrir le bois de l’arbre » au
travers de ses racines, celui-ci s’assèche et s’enflamme facilement à la
moindre étincelle. Le Yang devient excessif. Cet état est une des grandes
causes de l’apparition de l’hypertension artérielle. Dans le cas qui nous
intéresse ici, on dit alors que le Hun, l’Âme spirituelle, a tendance à vouloir
s’échapper du corps. Il « s’échappe » avec cette montée de Yang. Les Chinois
disent alors que le Shen, l’Esprit, perd son maître, le Hun.
La deuxième partie de cette citation est la plus importante. Si le Yin des
Reins, « l’Eau des Reins » n’arrive plus à contrôler le Feu du Cœur, le Cœur
Empereur (cet organe lié au Feu, à la couleur rouge, est le Yang dans le Yang
et connaît son apogée en été), celui-ci finit par s’embraser. Le Yang
s’échappe du corps. Une hyperactivité se met en place. C’est alors l’excès de
pensées qui provoque insomnies, palpitations, agitation, fatigue mentale.
Cette « explosion » du Shen, de l’Esprit, c’est que l’on appelle le burn out en
Occident. On rencontre très souvent ces situations dans nos sociétés où le
stress prédomine. Or, le stress est une des grandes causes de
l’affaiblissement du Yin des Reins, de la batterie des Reins. Il en existe
d’autres que nous verrons plus loin. La pratique de certains exercices comme
la marche, le Qi Gong, la méditation permettent de recharger très facilement
la batterie des Reins et par là même de calmer le « Feu du Cœur ». On peut
ainsi prévenir ou prendre à temps ces états avant qu’ils ne dégénèrent. Nous
sommes là dans la véritable phase de prévention d’un Alzheimer. Si on passe
outre ces « symptômes-signaux d’alarme » qu’émet l’organisme ou si on les
occulte artificiellement par toute une pharmacopée qui ne traite que la cime
des dérèglements et non pas leur racine, leur cause, alors la situation peut
devenir tout autre. À un moment donné, l’énergie des Reins n’arrive plus à
calmer le « Feu du Cœur », comme une corde sur laquelle on a trop tiré et qui
finit par se rompre. En médecine traditionnelle chinoise, on parle de « la
rupture de l’axe Shao Yin », la rupture de l’axe Rein-Cœur. On dit que le
Shen contenu dans le Cœur devient définitivement flottant. Pour la
médecine chinoise, c’est la grande cause de la maladie d’Alzheimer. Les
Chinois, en langage imagé, lui donnent le nom de « demi-mort ». Il n’y a pas
de retour en arrière possible. On peut juste colmater les brèches, calmer le jeu
pour éviter une évolution trop rapide. Cette manière de concevoir cet état
correspond bien à l’impression qu’on a en présence d’une personne ayant
développé ce type de pathologie. Si vous observez ses yeux, vous ressentez
pleinement cette notion d’Âme dont ils sont la vitrine. L’Âme est devenue
« flottante », l’esprit fait des va-et-vient. La personne, son Moi, est de temps
en temps présente, elle est alors en pleine conscience. L’Esprit n’a toutefois
pas réintégré définitivement le corps. Alors, d’un seul coup, la personne
déconnecte. L’Esprit se détache du corps. Le jour où il ne peut plus jamais le
réintégrer, l’Alzheimer est en phase terminale.
Mais la mise en pratique raisonnée des méthodes dites « Yang Sheng
Fa » de préservation de la Vie, soit l’art de bien vieillir, la mise en place
d’une véritable politique de prévention permet d’éviter ce type de
pathologie, de même que toutes les pathologies liées à une « usure
prématurée du cerveau », comme le Parkinson…

L’équilibre essentiel des logiciels-organes

Il est dit dans le Nei Jing que « l’énergie des Reins est la mère des
moelles ». « Moelle », comme nous l’avons vu, est un terme générique qui
englobe aussi bien la moelle osseuse, la moelle épinière que le cerveau.
Contrairement à la tendance excessivement matérialiste de la médecine
chinoise dans ses recherches dites « modernes », nous pensons que la
dégradation du cerveau est une conséquence et non pas la cause première
dans l’apparition des pathologies. Certes, toutes ces maladies dégénératives
sont à mettre en relation avec une usure prématurée du cerveau que l’on
pourrait assimiler à un « ramollissement », à un entartrage, à une nécrose de
certaines zones, à des masses, des blocages, des stagnations. Mais ce qui a
produit cet état de fait, c’est le déséquilibre des logiciels-organes. C’est un
peu comme si on vous donnait régulièrement des coups de marteau à un
endroit du corps. La médecine moderne analyserait l’aspect inflammatoire de
la zone responsable de vos douleurs et finirait par vous donner des
antalgiques pour arrêter la souffrance. Le médecin chinois enlèvera la cause,
c’est-à-dire le marteau !
Et quelle est la cause principale de ces déséquilibres ? C’est une non-
recharge de la batterie des Reins, batterie qui gouverne toutes les facettes de
l’adaptation de l’organisme, son immense pouvoir d’autoguérison et
d’autorégulation. Nous pouvons d’ores et déjà entrevoir que le
déséquilibre de chaque logiciel-organe est à même de déclencher une
pathologie au niveau du cerveau et donc aussi de créer une maladie
d’Alzheimer. Il est bien reconnu en médecine moderne occidentale que le
fait de manger trop de sucres, trop de gras, de manière déséquilibrée,
d’ingérer trop d’aliments ne peut, à la longue, qu’entraîner un « entartrage »
de l’organisme. Tous ces excès génèrent des déchets, que les Chinois
appellent d’un terme générique, le « Tan » et qui circulent dans tout le corps
et progressivement bouchent les vaisseaux. Au niveau du cerveau, véritable
éponge à sang, le Tan cause inévitablement des stagnations.
Le logiciel-organe incriminé est alors celui de la Rate-Pancréas, « chef
d’orchestre » de la digestion du bol alimentaire. Son déséquilibre est à
l’origine de multiples pathologies. On peut facilement comprendre que cet
« entartrage du cerveau », qui crée physiquement des « masses et
stagnations », soit la cause d’un ralentissement des conductions neuronales et
ait un impact négatif direct sur le fonctionnement de cette extraordinaire
machine. Mais on passerait à côté du problème si on s’en tenait uniquement à
cette vision mécaniste. Il faut prendre en compte un autre principe non
quantifiable, invisible, impalpable qui est pourtant la clé pour comprendre
cette pathologie.
C’est la vision que nous donne la médecine traditionnelle chinoise,
celle de l’union du Corps et de l’Esprit et, en particulier, la mise en avant
de la trilogie Hun, Âme spirituelle, Po, Âme corporelle et Shen, mental-
esprit, cette trilogie étant elle-même contrôlée, régulée par l’énergie des
Reins, la batterie de l’organisme. Pour nous préparer une vieillesse saine
et heureuse, nous devons nous l’approprier et méditer sur ses modes de
fonctionnement.

Quelles sont les solutions ?

Elles se résument en une seule phrase : la mise en place raisonnée d’une


hygiène de vie capable de recharger en permanence la batterie de
l’organisme, l’énergie des Reins. Ce sont donc les méthodes Yang Sheng
Fa, dites de « préservation de la Vie » que l’on devra mettre en œuvre de
manière PROGRESSIVE, RÉGULIÈRE et QUOTIDIENNE. Une fois de
plus – on ne le répétera jamais assez –, si la batterie des Reins est
rechargée à bloc, on ne peut pas déclencher un Alzheimer et beaucoup
plus généralement, on ne peut pas générer de grosses pathologies. Je vais
vous présenter maintenant quelques axes de réflexion et d’action qui seront
développés dans les prochains chapitres.

Une diététique du bien vieillir


Avant tout, il faut opter pour une diététique saine, équilibrée et raisonnée,
qui arrête de fatiguer inutilement notre organisme. Pour ce faire, nous
n’avons pas besoin de devenir des extrémistes du bio. Il suffit d’appliquer des
règles simples qui, à elles seules, sauront transformer notre organisme. Il faut
évidemment éviter tout aliment qui pourrait l’encrasser, boucher la
« tuyauterie » et générer des blocages et des stagnations responsables de
« ramollissement cérébral ». Il conviendra aussi de s’abstenir de ce qui épuise
l’énergie des Reins, comme l’excès de saveurs salées ou de liquides : les
Reins sont une machine à filtrer les déchets et non pas les liquides.

La gestion du sommeil
En 100 ans de vie vous dormez 33 ans ! Le sommeil est le moyen le plus
naturel de recharger la batterie des Reins. Mais cette recharge ne peut se
faire que si on dort entre 6 à 8 h par nuit. Elle est maximale entre 10-
11 heures du soir et 5-6 heures du matin. Si par exemple, vous vous couchez
toujours après minuit, vous perdez une grande capacité de récupération
naturelle. De plus, le sommeil devrait être précédé d’une séance de
méditation ou de relaxation pour calmer le Shen, le mental, et non pas du
visionnage d’un match de foot, d’un film violent, de la pratique d’un sport ou
d’une dispute familiale. Vous devez vous coucher entre deux et trois heures
après le dîner pour que la digestion de votre bol alimentaire soit terminée et
éviter ainsi de voir les aliments pourrir dans l’estomac, ce qui est une cause
d’apparition de Tan dans l’organisme.

La relaxation
À ne pas confondre avec la méditation. Pour autant, la relaxation a de
tous temps été enseignée comme pratique Yang Sheng Fa en Chine. Il est dit
que « dix minutes de relaxation bien menées équivalent à trois heures de
sommeil en tant que facteur de récupération et de recharge de la batterie
des Reins ». Quand elle est pratiquée régulièrement, elle peut suppléer à un
manque de sommeil. Votre Shen, votre mental va « demander » à votre
organisme de se relâcher pas à pas. Quand vous vous relaxez, vous êtes en
position allongée, totalement détendu, avec la sensation progressive de flotter
au-dessus du sol ou au contraire de s’enfoncer, de sombrer dans la terre. Plus
aucun mouvement musculaire n’est perceptible de l’extérieur. Vous n’êtes
que respiration. Vous suivez votre respiration et vos idées parasites cessent
progressivement d’envahir le champ de votre mental. Les meilleurs moments
pour se relaxer dans la journée sont après le repas de midi et vers 6 – 7 heures
du soir. Une sieste n’est pas du tout recommandée après un repas, surtout si
elle dépasse la demi-heure : en effet, elle retarde la digestion et les aliments
commencent à « pourrir » dans l’estomac. En revanche, dix minutes de
relaxation vont non seulement vous préparer à une bonne digestion, mais
aussi vous permettre de récupérer assez d’énergie pour vous aider à vous
concentrer dans vos activités de l’après-midi. Il ne faut pas oublier que
l’énergie de la Rate gère aussi bien la digestion du bol alimentaire que la
« digestion » des informations et la concentration mentale.
La relaxation de la fin de journée est très importante. En effet, c’est
un moment critique où votre batterie est à plat. Toutes vos occupations du
jour ont, en quelque sorte, une action centrifuge sur la circulation de votre
énergie. Que ce soit les activités physiques, mentales, émotionnelles, la
digestion, le fait de parler, toutes ces actions ne peuvent se faire qu’en tirant
sur la batterie. Et lorsque celle-ci est épuisée, votre organisme perd son
autocontrôle, son autorégulation, sa capacité d’adaptation. Alors, « l’Eau
des Reins n’arrive plus à contrôler le Bois du Foie ». C’est le moment où
l’alcoolique se met à boire, où les joueurs vont au casino perdre leur argent,
où les boulimiques se mettent en phase d’autodestruction. C’est aussi l’heure
des disputes, de la perte de patience des parents, des colères, et même des
violences, puisque le Foie contrôle la colère. Les tics et les TOC (troubles
obsessionnels compulsifs) sont à mettre en relation avec le Foie. Si celui-ci
n’est plus contrôlé, ils ne pourront qu’être amplifiés. Pour toutes ces raisons
et bien d’autres encore, la relaxation du soir est très importante dans nos
sociétés que l’on pourrait qualifier de « Yinivores ».

Une bonne respiration


On ne vit que parce qu’on mange, parce qu’on respire, parce qu’on pense.
Comme on mange mal, on respire mal et on pense mal, on vit mal. La
respiration, dans le cadre de la prévention, tient évidemment une place
centrale. Elle est un puissant régulateur des émotions. Or, une mauvaise
gestion des émotions peut déboucher sur des pathologies comme le cancer ou
la dépression. Cette évolution, avec ses conséquences sur l’espérance de vie,
s’étend sur des années, ce qui nous la rend, à tort, improbable. Si vous arrêtez
complètement de boire et de manger, vous vivrez encore une dizaine de jours,
pour les plus chanceux. Arrêter de respirer, et il ne vous reste plus que trois
minutes de Vie ! Notre maître Leung Kok Yuen disait : « Si vous ne respirez
pas en pleine conscience, mises bout à bout, deux à trois cents fois par jour,
toutes les autres méthodes de préservation de la Vie que vous pourrez mettre
en œuvre n’auront que peu d’effets et ne vous serviront pas, à elles seules, à
atteindre la longévité. »
La respiration en pleine conscience, plusieurs fois par jour, est une
des clés de la prévention de la maladie d’Alzheimer.
Il est indispensable d’apprendre à respirer par le diaphragme. Quand on
inspire, les poumons se gonflent comme deux ballons et appuient sur le
diaphragme qui descend. Les viscères, contenus dans l’abdomen, ne peuvent
pas aller vers l’arrière à cause de la colonne et font « sortir le ventre ». Quand
on rentre le ventre, le diaphragme remonte, appuie sur les poumons qui se
vident comme deux ballons : c’est l’expiration. Cette respiration que l’on
appelle « abdomino-diaphragmatique », ou plus prosaïquement « par le
ventre », a de très nombreux avantages, entre autres, celui de faire entrer dans
l’organisme dix fois plus d’oxygène qu’une respiration normale. Tout le
surplus dont on n’a pas besoin sur le moment sert à recharger la batterie des
Reins. Surtout, cette respiration permet de masser les organes internes grâce
aux mouvements de montée et de descente du diaphragme. Ce massage
interne est une arme très importante pour lutter contre les stagnations
de toutes sortes. Cette respiration est aussi un élément essentiel dans la
pratique de la méditation, des Qi Gong (voir p. 184), de la pleine conscience,
donc dans l’apprentissage de la gestion des émotions. On ne peut donc pas
faire l’impasse sur ces techniques respiratoires. Elles sont excessivement
faciles à apprendre, mais très difficiles à pratiquer, car tout simplement on les
oublie. Cette dualité Yin-Yang, « inspire-expire », commence à la sortie du
ventre de la mère par une première inspiration et se termine par le dernier
souffle. Une des finalités de « l’art de bien vieillir » est d’être en pleine
conscience lors de ce dernier souffle, libre de toutes souffrances physiques ou
mentales, en toute quiétude. Mais cela se travaille bien avant.

Une sexualité harmonieuse


La sexualité tient, elle aussi, une place centrale dans ces méthodes de
prévention, si importante que je lui consacre un chapitre entier (voir p. 143).
Le liquide spermatique est considéré en médecine chinoise comme un
« liquide d’or » et son émission excessive finit par épuiser totalement le Yin
des Reins, la batterie de notre organisme. Nous verrons aussi que, selon la
médecine traditionnelle chinoise, la sexualité peut tout aussi bien nous
permettre d’accéder à la longévité que nous faire vieillir et mourir
précocement. C’est une des grandes explications de l’apparition de la
maladie d’Alzheimer chez des individus de plus en plus jeunes.

La gestion des émotions, du Hun et du Po


Il vous faudra aussi apprendre à gérer vos émotions. Cela passe d’abord
par une connaissance approfondie du fonctionnement de votre organisme, et
entre autres, des relations entre les différents logiciels-organes, les cinq
familles d’émotions et les cinq parties du déroulement de la pensée (voir
tableau p. 32). Vous êtes les auteurs, les scénaristes, les metteurs en scène et
les acteurs de vos émotions et de votre vie. Aussi, est-il indispensable de vous
créer un « surmoi », une sorte de « Jiminy Cricket » qui vous observe et vous
permet de calmer le jeu pour éviter de tomber du côté de l’autodestruction.
Certes, un déséquilibre organique peut être en partie responsable de votre
profil émotionnel. Si vous avez un Foie « tendu », vous avez tendance à être
irascible et nerveux. Mais vous avez toujours la possibilité d’agir, de prendre
les commandes. Si grâce aux techniques de méditation, aux exercices, vous
apprenez à « vivre en pleine conscience chaque instant présent », vous saurez
éviter de lâcher sous l’effet de la colère le mot qui tue, capable de faire voler
en éclat une famille ou une amitié.
Une tristesse qui perdure trop longtemps génère des stagnations au niveau
du Poumon, logis de l’Âme corporelle ; des colères à répétition qui
« enflamment » le Foie laissent s’échapper l’âme spirituelle ; des peurs et des
angoisses récurrentes mettent à mal la batterie des Reins. Dans chacune de
ces situations, c’est le Po qui « se frotte les mains », car il vous attire vers le
bas, vers la terre, vers une mort prématurée. Or, la mise en place de cet
autocontrôle ne peut se faire que par une recharge optimale de la batterie des
Reins et l’initiation à ce que l’on appelle « la pleine conscience ».
Il est important de comprendre que le développement du Hun, sa libre
expression, nous amènent vers le Ciel, l’axe vertical. Par contre, un Po
excessif ou dominant nous attire vers le bas, vers la terre, l’horizontalité. Pour
faire court, notre civilisation actuelle est plus dans l’horizontalité que dans la
verticalité. Plus démon qu’ange ! Il conviendra donc, dans ces méthodes de
prévention d’Alzheimer, de privilégier le développement de notre spiritualité
à travers nos lectures (voir p. 229), réflexions et méditations, à « l’écoute
de notre Âme ». Apprendre le sens de la Vie et dissoudre la peur de la
mort si dévastatrice sont autant de moyens d’éviter que s’installe, avec
les années, une « dépression larvée », un « engluement du mental », porte
ouverte à l’apparition de la maladie d’Alzheimer. Toutes ces méthodes,
toutes ces pratiques nous permettront de conserver une attache sur cette Terre
et d’éviter que le Hun n’ait envie de s’échapper ou que le Shen ne se détache
du corps.
Dans l’encadré qui suit, vous trouverez résumées les 5 clés pour protéger
votre cerveau au quotidien. Certaines (comme la poésie ou la lecture) seront
développées plus loin dans ce livre.

Les 5 clefs pour protéger votre cerveau au


quotidien
1. Au lever, faire des exercices ou des Qi Gong pour entretenir vos
articulations et libérer les stagnations (p. 184).
2. Lire un poème, calmement et à voix haute (p. 211).
3. Devenir le chef d’orchestre de votre alimentation en vous posant les bonnes
questions (p. 81).
4. Méditer sur quelques pages d’un ouvrage de philosophie ou de spiritualité
(p. 229).
5. Faire une pause « respiration », autant de fois que nécessaire dans la
journée (p. 41).

Changer notre vision des « vieux »


En dehors de toute cette politique de prévention, si on veut comprendre
les causes profondes qui ont prévalu à la formation d’un Alzheimer, on ne
peut occulter un élément essentiel, à savoir la place qu’on donne aux
« vieux » en Occident. En Chine, comme dans beaucoup d’autres
civilisations, le « Vieux », l’ancêtre, est le symbole de la sagesse. Il fait
l’objet d’un profond respect et même d’une certaine vénération. Il a appris à
s’autogérer et surtout, il est entouré par sa famille et ses amis. Nous assistons
à la tendance inverse dans nos sociétés occidentales. Il serait trop long d’en
débattre ici, mais force est de constater que, très souvent, la personne âgée se
retrouve seule. Si on s’attache à une des définitions que donnait notre maître
sur cette pathologie : « la maladie d’Alzheimer est une dépression très
profonde et cachée », on comprend pourquoi la personne âgée peut perdre
très facilement toute attache sur cette Terre, pourquoi son Esprit et son Âme
commencent déjà à se détacher du corps tandis que le Po la tire vers le bas
pour la faire redevenir terre et poussière. Certes, on ne peut pas nier tous les
efforts qui sont engagés quant à la politique sociale des « troisième » et
« quatrième » âges et l’on ne peut que l’encourager. Mais ajoutons notre
pierre à l’édifice et essayons d’instiller un peu de culture confucéenne (voir
aussi p. 205) en redonnant à la personne âgée la place qu’elle mérite, son rôle
indispensable sur la grande scène de théâtre qu’est la vie en société.
Revenons au « culte de l’ancêtre vivant ».

Quelques pistes dans « l’art de bien vieillir »

Il est primordial de conserver des passions, d’apprendre en permanence


de nouvelles choses, de continuer à être curieux, de s’intéresser aux mille
facettes de la vie. Une des grandes lois de la longévité est de rester, jusqu’à
la fin de sa vie, « enseignable ». Ce terme renvoie à deux significations :
– tout d’abord avoir envie de continuer à apprendre ;
– mais aussi posséder la double faculté de concentration et de
mémorisation.
Le jour où vous perdez l’envie d’apprendre, c’est qu’une dépression
larvée est en train de se mettre en place et de vous faire entrer dans
l’antichambre d’un Alzheimer. Il convient de faire régulièrement travailler
son mental. Il est très important que la personne âgée lise à haute voix de
bons livres, des poésies… Et il ne faut surtout pas avoir peur de vieillir. Selon
la médecine traditionnelle chinoise, la peur est directement liée au
fonctionnement même de l’organisme, à savoir l’énergie des Reins. Si cette
peur s’installe, elle ne fait que vous précipiter vers le déclin.

La première peur à éradiquer, à dissoudre, est celle de la mort. On


devrait répéter comme un mantra que « la mort-passage » n’est pas une
maladie et qu’il est tout à fait concevable de pouvoir « mourir en bonne
santé ».
Il est tout aussi fondamental de pratiquer des activités collectives pour
maintenir le Shen, l’esprit, le but évident étant d’éviter de se replier sur soi de
manière excessive.
Il est important de toujours trouver un équilibre entre le Yang
(l’extériorisation, l’excès d’activités, l’excès de mouvements, de paroles) et le
Yin (l’intériorisation, la réflexion, le silence, la méditation, les pratiques
internes).

Un autre point crucial est le fait de bouger son corps. La marche est un
véritable médicament contre la tendance à la dépression, de même que la
pratique régulière de mouvements de gymnastique. Il n’y a qu’à voir en
Chine le nombre de personnes « très âgées » qui continuent à pratiquer le Qi
Gong ou le Tai Chi Chuan, tôt le matin dans les jardins. Autant de pistes qu’il
faut approfondir pour se créer une vie pleine et heureuse.

Le « savoir vieillir » de Cicéron


Du livre Savoir vieillir, de Cicéron, je fais mien ce passage : « Il faut résister
à la vieillesse et combattre ses inconvénients à force de soins. Il faut lutter contre
la maladie. Entretenir sa santé, pratiquer des exercices appropriés, manger et boire
pour refaire ses forces sans les ruiner. Mais il ne suffit pas d’être attentif à son
corps. Il faut davantage encore s’occuper de l’Esprit et de l’Âme. L’un et l’autre,
en effet, risquent d’être éteints par la vieillesse comme la flamme d’une lampe
privée d’huile. »

Pour conclure ce panorama synthétique, on pourrait dire de tout ce qui


précède que nous devrions passer d’un « statut d’effet » tel qu’on nous
l’enseigne dans nos sociétés modernes à un « statut de cause ». Nous devons
cesser d’incriminer les autres, les microbes, les virus, les gènes, les
ancêtres… C’est par méconnaissance du fonctionnement de notre organisme
et par non-respect des règles élémentaires de prévention que nous nous
créons peu à peu des maladies, Alzheimer y compris. Nous sommes
responsables de notre corps. À nous d’en tirer les conclusions. À nous de
mettre en place une véritable politique d’« égoïsme » salvateur, le pendant
nécessaire à l’altruisme. Comment aider les autres, si on n’a pas soi-même la
force et l’exemplarité ? C’est à cette condition que nous pourrons vivre en
pleine conscience et profiter de chaque instant du restant de notre vie,
jusqu’au « passage ». Dans les prochains chapitres de ce livre, je
développerai les idées précédemment présentées pour mieux vous faire entrer
dans cette « logique » du fonctionnement du corps humain, au travers des
enseignements plurimillénaires de la médecine chinoise. Et quand vous
arriverez à la fin de ce livre, je vous invite à relire ces premières pages qui,
bien assimilées, donneront à votre Âme et à votre Esprit l’envie de rester
jusqu’au terme de votre vie dans leur demeure charnelle.

1. Pour simplifier la lecture, je n’utiliserai que le premier terme d’un logiciel.


2. « Dix mille » est un terme symbolique qui signifie « la multiplicité »,
l’indénombrable.
Le corps humain vu par la médecine
traditionnelle chinoise

Une médecine plurimillénaire

Depuis des millénaires, les taoïstes essaient de comprendre le


fonctionnement de notre organisme avec une vision très différente de notre
médecine moderne. Le concept de base est le suivant : « L’énergie prévaut
sur la matière. » Pour faire court et dire les choses d’une autre manière : « La
matière, c’est de l’énergie concentrée. » Cette vision est difficilement
concevable pour nos esprits occidentaux. En voici un exemple parmi tant
d’autres. Dans la description anatomique du corps humain, les Chinois ont
mis au premier plan l’existence de réseaux énergétiques que l’on appelle les
méridiens (j’y reviendrai p. 57). En Occident, on essaye coûte que coûte de
prouver l’existence de ces réseaux en inventant des détecteurs. Or, à juste
titre, notre maître enseignait qu’aucun appareil ne serait à même de mettre en
évidence cette énergie circulante, puisqu’elle va au-delà de la matérialité. On
ne ferait que détecter des différences de potentiel électrique qui font partie du
domaine du « visible » (mais la physique quantique va révolutionner cet état
d’esprit et corroborer les dires de la tradition). En amont du physique, d’un
organe, d’un muscle, d’un nerf, d’un vaisseau sanguin, il y a l’énergie. Ce
n’est pas tout. Le déroulement de nos pensées, nos émotions, c’est aussi de
l’énergie. Toutes ces énergies sont interdépendantes. En effet, nos émotions,
notre esprit, notre mental sont directement liés ou plutôt sont dans la même
vibration énergétique que nos organes.

Les cinq logiciels-organes

Comme nous l’avons vu, notre organisme peut tout à fait être comparé à
un ordinateur. La mémoire centrale, c’est le cerveau, avec des milliards de
connexions. Ces connexions et les cellules nerveuses qui leur sont associées
sont douées d’une extraordinaire plasticité. Si on ne les laisse pas en
« jachère », elles vont pouvoir se multiplier et créer de nouvelles connexions
grâce à l’apprentissage, à condition bien évidemment que ce cerveau ne soit
pas « pollué » par des déchets et qu’il reçoive suffisamment d’énergie,
d’oxygène et de nutriments. L’existence de cette plasticité est très
encourageante lorsqu’on parle de l’art de bien vieillir. On saisit là tout le
pouvoir de l’injonction : « rester enseignable jusqu’à la fin de sa vie ».
Mais attention, ne tombons pas dans le piège occidental. Comme je le
disais précédemment, un mauvais fonctionnement du cerveau n’est pas une
cause, mais une conséquence. Cet organe est avant tout une mémoire
centrale, un réceptacle à informations. S’il connaît des « bugs », des « virus
informatiques », dans la majorité des cas, cela vient de causes à distance, de
déséquilibres de nos organes vitaux. Ces notions vont avoir leur importance
dans la compréhension de la maladie d’Alzheimer.
Dans chaque logiciel, nous avons deux types d’organes :
– des organes dits « creux » ou « réceptacles ». Dans la dualité Yin-Yang,
ils font partie des organes Yang. Ils ont, entre autres, un rôle de
protection de l’organe vital ;
– les organes « vitaux » qui doivent être absolument protégés. On les
appelle les organes « pleins », Yin.
Alors qu’on peut « se séparer » d’un organe Yang (par exemple une
vésicule biliaire, une vessie, un estomac) si on enlève un organe Yin, on
meurt.
Les organes Yang sont :
– la Vésicule Biliaire ;
– l’Estomac ;
– la Vessie ;
– le Gros Intestin ;
– l’Intestin Grêle.
On rajoute les « Trois Foyers » évoqués précédemment.

Les cinq organes Yin sont donc :


– le Foie ;
– le Cœur ;
– les Poumons ;
– la Rate-Pancréas et les Reins ;
– on en rajoute un sixième, le Péricarde.
Les cinq couples ou logiciels-organes sont donc :
– le logiciel Foie-Vésicule-Biliaire ;
– le logiciel Rate-Estomac ;
– le logiciel Reins-Vessie ;
– le logiciel Cœur-Intestin Grêle ;
– le logiciel Poumon-Gros Intestin ;
– auquel on rajoute, relié au logiciel Cœur, le couple Péricarde-Trois
Foyers.
Ces cinq logiciels-organes gouvernent tous les fonctionnements
physiques, mentaux ou émotionnels de notre organisme. Un « bug » dans
un de ces programmes provoque un symptôme : mal de tête, insomnie,
nervosité anormale, baisse de libido… Ce sont des signaux d’alarme. Notre
organisme en émet plus de neuf cents différents, neuf cents signaux d’alarme
pour signifier qu’il y a un déséquilibre énergétique à tel ou tel endroit du
corps. La force de la médecine traditionnelle chinoise est de ne considérer
aucun symptôme comme étant isolé : il est obligatoirement relié au
déséquilibre d’un ou de plusieurs de ces logiciels.

Un symptôme n’est pas une maladie


Il est juste là pour vous dire : « Stop, arrête-toi. Vois ce qui ne va pas. Corrige
ton déséquilibre et je disparaîtrai ». Or, la médecine moderne a trop tendance à se
précipiter sur ce symptôme, à vouloir le faire disparaître à tout prix, à coup
d’antalgique, d’anxiolytique, de somnifère, d’anti-inflammatoire. Le problème,
c’est que lorsqu’on enlève « l’alarme », le voleur s’engouffre encore plus
profondément dans le corps. Il a le champ libre pour poursuivre son œuvre de
destruction. Aussi, avant de vous précipiter sur un comprimé d’aspirine pour le
moindre mal de tête, dites à votre corps : « Merci de me prévenir, je vais agir en
conséquence. »

Les sources d’énergie du corps

Allons plus loin dans cette vision « corps-ordinateur ». Pour fonctionner,


cette machine a besoin d’énergie. En médecine traditionnelle chinoise,
puisque tout est énergie, on se trouve devant une multitude de « sous-
divisions énergétiques ». Même si toute simplification est réductrice,
essayons de synthétiser. Nous pouvons considérer qu’il y a deux types
d’énergie : l’énergie « acquise » et l’énergie « innée ».

L’énergie dite « innée »


Elle est héritée à la naissance. Les Chinois en ont une vision très poétique
en parlant du « Ciel Antérieur ». Cette énergie dépend autant de la position
des étoiles au moment de la conception, que de l’Âme qui vient s’incorporer,
s’investir dans une nouvelle vie, une nouvelle demeure. Je consacrerai un
chapitre entier à cette notion d’Âme qui permet de comprendre bien des
aspects de la genèse d’une maladie d’Alzheimer (voir p. 63). Cette énergie
acquise est aussi liée à nos ancêtres, à notre hérédité. Les Chinois ont ainsi
l’habitude de remonter à trois générations antérieures. Cette énergie est un
peu notre patrimoine génétique. Prenons un exemple. Si vous êtes issu de
trois générations de personnes souffrant d’alcoolisme, vous aurez toutes les
chances d’avoir l’énergie du Foie « tendue » dès la naissance et donc une
prédisposition à un excès du Yang du Foie, une hyperactivité ou une maladie
hypertensive. Rappelez-vous la notion de Hun (p. 34), d’Âme spirituelle, qui
peut se détacher lorsque le Yang du Foie monte de trop, signe de l’apparition
d’un Alzheimer. On peut ainsi parler de profil héréditaire pouvant conduire à
cette pathologie.
Pour toutes ces raisons, les anciens médecins chinois devaient faire un
diagnostic très précis afin de détecter chez un enfant ces
« prédispositions » pour qu’elles ne restent que des cicatrices à
l’intérieur de lui et ne remontent pas à la surface. Ils avaient ainsi un rôle
central quant aux conseils qu’ils devaient donner aux parents pour son
éducation. Nous pouvons comparer cette énergie « innée », « prénatale », que
nous recevons à la naissance à une lampe à huile, munie d’une petite flamme.
La quantité d’huile dont nous héritons devrait théoriquement nous donner une
espérance de vie de 120 ans, à condition évidemment de ne pas trop puiser
dedans, de ne pas la brûler trop vite par un mode de vie irraisonné. Cette
huile ancestrale, inutilement dilapidée, ne peut pas se reconstituer.
Quand on puise dedans en excès, c’est le vieillissement précoce qui s’installe.
Ce point est très important à comprendre. En effet, nous verrons que nous
touchons là aussi à une des grandes causes d’apparition d’un Alzheimer.

L’énergie dite « acquise »


En médecine traditionnelle chinoise, on la nomme aussi « le Ciel
postérieur ». Elle peut elle-même être subdivisée en trois catégories.
La première, la plus essentielle, c’est l’énergie de l’air, issue de la
respiration. La respiration est la prise de courant qui nous relie directement à
notre environnement. J’ai bien insisté précédemment sur l’importance des
techniques respiratoires. Si nous admettons que notre cerveau a besoin d’une
très grande quantité d’énergie pour fonctionner, nous pouvons dire qu’une
des premières règles de prévention de la maladie d’Alzheimer, c’est la
RESPIRATION. Apprenez à respirer et pratiquez encore et encore.
La seconde source d’énergie est issue de notre alimentation. L’air
vient du Ciel, les aliments viennent de la Terre. Mais alors que les poumons
peuvent traiter directement l’air que nous respirons pour en tirer la
quintessence, le logiciel Rate-Pancréas, qui joue le rôle de « chef d’orchestre
de la digestion du bol alimentaire » peut rencontrer deux problèmes relatifs à
l’état dans lequel il se trouve et à la teneur en énergie de nos aliments. Notre
bol alimentaire doit être « vivant », équilibré, d’où la recherche d’une
alimentation la plus saine possible. Le logiciel Rate-Pancréas doit être bien
harmonisé et avoir une force suffisante pour digérer le bol alimentaire afin
d’en tirer la quintessence énergétique. Il doit aussi jouer son rôle de gare de
triage et donner les ordres adéquats pour que le « pur » nourrisse le corps et
que « l’impur » soit rejeté par les selles et les urines. Or, dans notre mode de
vie occidental, tout est fait pour déséquilibrer ce logiciel : excès de saveur
sucrée, trop grandes quantités de liquides que nous avons pris l’habitude
d’ingérer, travail musculaire souvent irrationnel qui fatigue nos muscles,
muscles qui sont justement à mettre en relation avec l’énergie de la Rate. On
peut tout autant incriminer l’excès de pensées, de réflexion et les excès en
tout genre qui peuvent facilement le déséquilibrer. Le déséquilibre de ce
logiciel-organe est la première cause d’apparition dans l’organisme de
Tan dont j’ai déjà parlé (voir p. 38). Ce terme désigne, entre autres, tous les
déchets que l’organisme aurait dû normalement éliminer et qui stagnent en
son sein : cholestérol, triglycérides, graisses circulantes, radicaux libres et
bien d’autres éléments encore. Ce Tan est responsable de l’apparition de
polypes, de lipomes, de plaques d’athérome, de nodules, de tumeurs,
d’athérosclérose… Il est aussi la principale cause de ce que l’on appelle
« l’entartrage du cerveau », le « ramollissement cérébral », responsable d’une
multitude de pathologies cérébrales, Alzheimer en particulier. Je consacrerai
un grand chapitre à l’alimentation (p. 81), mais sachez qu’avec la gestion des
émotions, la diététique est un axe central des méthodes de prévention des
dégénérescences cérébrales.
La troisième composante de l’énergie « acquise » est trop souvent
occultée en Occident. Il s’agit de l’impact des émotions sur la circulation
énergétique dans notre corps. J’ai évoqué les cinq familles d’émotions à
mettre en relation avec les cinq logiciels-organes (voir p. 32). Chacune de ces
émotions, lorsqu’elle devient excessive, a des répercussions négatives sur la
captation de l’énergie environnementale (respiration, alimentation), sur la
transformation de l’énergie dans notre corps et sur la circulation du sang et de
l’énergie au niveau des trajets énergétiques et des organes.
Le « Cœur » ne doit pas être stimulé par des joies trop soudaines, trop
importantes ou récurrentes : si vous venez de gagner à la loterie ou si vous
hurlez de joie quand l’équipe que vous soutenez marque un but, vous pouvez
déclencher un problème cardiaque.
La réminiscence, la nostalgie, concentrent l’énergie. Cela sous-entend
que celle-ci va stagner. Or, une stagnation, un ralentissement de la circulation
énergétique, quand elle dure trop longtemps va être à l’origine de l’apparition
de la trilogie : « rubor, calor, dolor » (en latin), soit « rougeur, chaleur,
douleur ». C’est la définition de tous les états inflammatoires. Tel un vent,
une tornade, un volcan, une colère exacerbée peut tout détruire sur son
passage et déclencher une attaque cérébrale, un ictus. Une personne qui se
fâche trop facilement pendant trop longtemps fait monter son énergie
exagérément et crée les conditions d’une hypertension artérielle. Une peur
trop brutale peut bloquer les Reins et déclencher quelques jours après une
sciatique.
L’autre versant de la colère, tout aussi dévastatrice, est la colère dite
« intériorisée ». Elle est à l’origine de blocages et de stagnations d’énergie au
niveau du « Foyer moyen, Foie-Estomac-Rate » : ballonnements intestinaux,
remontées acides, insomnies de seconde partie de la nuit, douleurs cervicales
et une multitude d’autres symptômes peuvent alors apparaître.
La peur fait descendre l’énergie, vers le bas du corps. Les peurs
chroniques sont une des grandes causes de descente d’organes. Des peurs
trop fortes ou trop soudaines font s’effondrer l’énergie. La personne ne peut
retenir ses urines.
On dit aussi que les soucis, le stress, font « couler » l’énergie. Quand ils
deviennent chroniques, constants, ils la font « sombrer », « se coaguler ».
L’énergie devient alors stagnante et perd sa capacité de pousser le sang dans
les vaisseaux. Là aussi les symptômes sont multiples et variés. C’est, entre
autres, une des causes d’apparition de varices, d’emboles ou micro-emboles
au niveau du cerveau. Chez certains malades d’Alzheimer, on retrouve lors
d’IRM, de petites zones nécrosées qui sont la conséquence de ces stagnations.
Ce n’est pas pour autant que l’on doit devenir des êtres « lisses », sans
émotions, des êtres a-émotionnels. Bien au contraire. Les émotions sont le fer
de lance d’un fonctionnement harmonieux de notre corps. La règle est la
suivante : une émotion ne doit pas en permanence être dominante au regard
des autres. Elle ne doit pas non plus être trop brutale, trop violente d’un seul
coup.
Tous les dérèglements émotionnels peuvent être à l’origine d’une
maladie d’Alzheimer, mais il faut surtout se méfier des états de pré-
dépression, des situations où la tristesse perdure trop longtemps, des
peurs ou angoisses et en particulier de la peur de la mort, qui mettent à
plat la batterie des Reins, qui ne peut plus alors contrôler le cerveau.
Le maillage énergétique de l’organisme

Nous connaissons la circulation artérielle, veineuse, lymphatique,


hormonale, etc. Mais il existe dans notre corps une autre circulation,
beaucoup plus subtile, la circulation énergétique, qui emprunte des voies bien
spécifiques. La médecine traditionnelle chinoise a en effet mis à jour
l’existence, à la surface et dans la profondeur de notre organisme, d’un
maillage, d’un réseau énergétique que l’on nomme en Occident
« méridiens ». Cette circulation ne pourra jamais être mise en évidence,
comme je le disais plus haut, par un appareil physique, car elle est située en
amont, avant la matérialité. Beaucoup de médecins « modernes », nourris par
le matérialisme ambiant, se refusent à reconnaître sa réalité, et souvent même,
ils la taxent de charlatanisme. Pourtant, ils ne s’étonnent pas que les ondes à
haute fréquence des téléphones nous « transpercent » d’énergie porteuse
d’informations. Il suffirait d’accepter comme preuve scientifique le fait que
des centaines de médecins chinois aient utilisé pendant des siècles les mêmes
trajets, les mêmes points, pour obtenir les mêmes résultats positifs !
Il faut savoir que cette trame énergétique met directement en relation la
surface de la peau avec nos organes internes. Les méridiens qui la composent
nous permettent de détecter à la surface du corps des symptômes, des signaux
d’alarme, bien avant qu’une pathologie ne s’installe sur un organe vital. Aux
douze organes internes correspondent douze méridiens. On rajoute deux
méridiens superficiels, les méridiens médians antérieurs et postérieurs qui
relient les douze méridiens entre eux. Dans ces méridiens circule une énergie
très subtile. Elle est le résultat du mélange de la « quintessence » de l’énergie
de l’air inhalé et de l’énergie des aliments absorbés. Tout cela est contrôlé,
entretenu par une petite flamme, celle de la fameuse lampe à huile (énergie
dite « innée ») dont j’ai parlé plus haut. Logée au niveau de l’énergie des
Reins, elle est le « starter » de l’organisme. Quand on parle de
« quintessence », on va au-delà de l’atome d’oxygène pour la respiration et
au-delà du macroscopique pour le bol alimentaire. Entrent en jeu les subtilités
subatomiques véhiculées par l’air que l’on inspire, les vibrations énergétiques
des couleurs, des odeurs, des saveurs de nos aliments. Cette énergie a la
capacité d’être stockée dans notre batterie, de circuler dans les méridiens plus
ou moins régulièrement, au gré de nos émotions et de nos activités physiques.

La progression d’une pathologie

Une des spécificités de la médecine chinoise est qu’elle permet de


prévoir, bien des années avant, l’apparition d’une pathologie. Il est alors aisé
de mettre en place en amont une politique de prévention efficace et d’éviter
ainsi qu’un organe Yin, un organe vital, soit atteint en bout de chaîne. Les
pathologies internes – l’hypertension, le diabète, les différents cancers, les
rhumatismes, les maladies cardio-vasculaires, les maladies mentales et
émotionnelles, les dépressions, la maladie d’Alzheimer, etc. – ont été
précédées des mois ou des années avant par des symptômes précurseurs.
Étudions cela de plus près. Il existe une hiérarchie dans la gravité d’un
symptôme ou d’une pathologie. Le corps a mis en place toute une série de
barrières protectrices pour éviter qu’un des cinq organes Yin, organes vitaux,
ne soit atteint. Les premiers symptômes signaux d’alarme apparaissent le
long des méridiens, à la surface du corps. Ce sont donc très souvent les
méridiens Yang, correspondant aux organes Yang, « creux », « réceptacles »,
qui sont atteints en premier. Si on ne prête pas attention à ces symptômes
précurseurs ou si on décide de les « éteindre » de l’extérieur par des
médicaments, la pathologie passe aux méridiens Yin. Prenons deux
exemples.

Le cancer
En médecine traditionnelle chinoise, un cancer est la résultante de
plusieurs facteurs qui, une fois réunis, déclenchent une maladie
d’autodestruction. Il y a avant tout la présence de déchets, de Tan, dans
l’organisme, que celui-ci n’a pas eu la force d’éliminer. Cette présence, à elle
seule, ne suffit pas à provoquer un cancer. Entre en jeu la notion de
stagnation de sang et d’énergie qui va générer, là où elle se produit (zone
d’un méridien ou organe interne), un phénomène inflammatoire. Si dans cette
zone de stagnation, il y a du Tan, ce Tan, sous l’effet de la chaleur, de la
stagnation, se transforme en « poison ». Le corps doit absolument l’éliminer.
Ce rôle est imparti à la batterie des Reins, aux défenses immunitaires.
Si le « poison » est trop important, si les défenses sont trop faibles, si la
situation perdure, le corps risque de s’affoler. On assiste alors à une hyper-
multiplication cellulaire : l’autodestruction est lancée. Or, la cause la plus
souvent identifiée dans l’apparition d’une stagnation est la mauvaise gestion
des émotions. En médecine traditionnelle chinoise, les émotions mal
gérées ont un rôle central dans l’apparition d’une tumeur. Elles
favorisent les stagnations de sang et d’énergie. Elles sont ainsi le facteur
déclenchant direct de l’apparition d’une tumeur maligne. Preuve en est le
nombre de cancers qui apparaissent quelques semaines, quelques mois après
un choc émotionnel violent.
La grande majorité des cancers du sein chez la femme commencent sur le
sein gauche, une zone où passe le méridien de la Vésicule Biliaire qui est le
méridien Yang du logiciel-organe Foie-Vésicule Biliaire. Si le cancer
commence à gauche, c’est qu’il est à l’opposé du Foie. Pour la médecine
traditionnelle chinoise, c’est le plus bénin des cancers. Il sera la plupart du
temps traité avec succès. La personne pourra se considérer comme guérie.
Mais, les mêmes causes produisant les mêmes effets, si elle n’a pas profité de
cette « épreuve de vie » pour évoluer, si elle ne change rien dans sa
diététique, dans la gestion de ses émotions, dans la manière de faire circuler
son énergie dans le corps, deux ou trois années plus tard, un autre cancer
refera son apparition. Et cette fois, du côté droit, sur le sein droit. Imaginons
que la personne soit soignée et guérisse à nouveau. N’ayant toujours pas la
connaissance du fonctionnement de son corps et n’ayant trouvé personne
pour lui expliquer ces liens de causalité, elle déclenchera quelques années
plus tard un autre cancer. Celui-ci se situera alors directement au niveau
d’autres organes : un cancer des voies biliaires (organe Yang) ou, plus grave,
un cancer du Foie. Puis, si sa batterie des Reins est déchargée à cause de la
peur, de l’angoisse et de la fatigue physique et mentale causée par les
précédents traitements, c’est au niveau du logiciel Rein que se crée un
nouveau processus tumoral. Or, il est dit en médecine chinoise que « les
Reins sont la mère des os du squelette ». Ce sera alors un « cancer des os », le
plus grave des cancers, car il vide littéralement l’huile ancestrale, le contenu
de l’énergie héritée à la naissance. Et c’est la mort prématurée.

Les champignons
Intéressons-nous maintenant au logiciel Rate-Pancréas, central en
médecine traditionnelle chinoise quand on parle de la production de Tan, de
déchets qui viennent entartrer le cerveau. Il est dit dans les textes anciens que
« la Rate déteste l’excès d’humidité ». Dans la classification des cinq
éléments, la Rate est à mettre en relation avec l’élément Terre, comme le Foie
est à mettre en relation avec le Bois, le Poumon avec le Métal, le Cœur avec
le Feu et les Reins avec l’Eau. Dans la nature, une terre chaude et humide
donne des champignons et favorise la production de fumier. Dans notre
organisme, c’est la même chose ! À force de trop boire, de prendre trop de
saveurs sucrées, de consommer des graisses saturées à outrance, de nous faire
trop de soucis, d’être trop souvent dans le passé, nous installons un état que
l’on appelle en médecine chinoise : « excès d’humidité dans la Rate », ou
excès de « chaleur-humidité ». Le méridien de la Rate – de même que celui
du Foie d’ailleurs –, commence au niveau du gros orteil, bien loin
évidemment des organes Rate et Foie. Une personne qui présente
régulièrement ces « champignons » qui déforment l’ongle du gros orteil
souffre à coup sûr d’un déséquilibre provoqué par cet excès d’humidité. De
même les inflammations, telle une crise de goutte, démontrent la présence de
« chaleur-humidité ». À ce stade, ce ne sont que des signaux d’alarme. Dans
le cas des champignons, si la personne traite le problème localement par des
antifongiques sans traiter la cause, si elle continue dans ses déséquilibres,
quelques années plus tard, à force d’occulter tous ces signaux d’alarme,
l’organe Yin (Rate-Pancréas) sera atteint avec le déclenchement soit d’un
diabète, soit d’une pancréatite, qui sont des pathologies autrement plus
graves.

Si j’ai insisté sur ces différents aspects, c’est pour vous faire comprendre
que la maladie d’Alzheimer ne s’attrape pas comme cela, par hasard. Ce
n’est en fait que la résultante d’un long processus d’évolution, d’un
chemin parsemé de symptômes- signaux d’alarme. Si vous prenez le parti
de ne pas occulter ces symptômes, mais plutôt de « remercier » votre
organisme qui vous tend des perches pour que vous vous preniez en main,
que vous mettiez réellement en place une politique d’« égoïsme salvateur »,
alors oui, ce livre aura servi à quelque chose !
De l’existence de l’Âme en médecine
traditionnelle chinoise

Est-ce que l’Âme existe ?

Quand on observe une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, et


encore plus quand on vit avec elle, on pressent que ce n’est pas seulement la
mécanique qui est atteinte, que quelque chose d’indéfinissable explique ces
allers-retours entre les périodes de lucidité, de pleine conscience et les
périodes de déconnexion. Quand on touche ses mains, quand on regarde le
fond de ses yeux, on voit bien au-delà de la simple enveloppe charnelle, on
perçoit l’existence d’une autre dimension. Et si, afin de mieux appréhender
cette pathologie, nous nous posions cette question fondamentale : est-ce que
l’Âme existe ?
En Chine, la croyance en une âme remonte à des temps immémoriaux.
Selon les principes de la philosophie taoïste, au départ, avant la Vie, il n’y a
rien. C’est le Vide, le Néant, le « Zéro ». Et de ce « Rien » va apparaître le
« Un », une potentialité, la possibilité d’apparition d’une vie. Le « Un » va
alors donner le « Deux ». Le « Deux », c’est le Yin-Yang, composantes de la
Vie, de la Vitalité, ou « Shen Ming », en chinois. Ce Yin et ce Yang sont
deux entités qui génèrent ce que l’on appelle respectivement Hun, l’Âme
spirituelle, l’Âme éthérée, et Po, l’Âme corporelle. Ces deux forces, ces deux
énergies, vont se réunir pour engendrer la Vie.
Pour mieux cerner la profondeur de cette vision, disons les choses
autrement. Avant la Vie, il n’y a rien, tout au moins ce que l’état actuel de
notre cerveau appréhende comme étant le Rien, le Néant. Nous sommes alors
un être humain en devenir, fruit potentiel d’une hypothétique rencontre de
deux êtres. Lorsqu’un homme rencontre une femme, lorsqu’un ovule est
fécondé par un spermatozoïde, la dualité initiale Yin-Yang va se mettre en
place. C’est la première division cellulaire. Puis, très rapidement, on aura 4,
8, 16 et « Dix mille cellules ». « Dix mille » est un terme symbolique qui
signifie « la multiplicité ». C’est à ce moment-là que l’Âme vient
« s’incarner » dans une maison qui est en construction. Elle donne le pouvoir
à cette vitalité, à cette nouvelle vie de fonctionner.
Or, comme tout devient dualité dans l’incarnation, cette Âme va elle aussi
être duelle. On parle d’Âme corporelle, de Po, et d’Âme éthérée, de Hun.

Le Po ou l’Âme corporelle

Le Po provient d’une entité qui était présente avant la Vie (l’énergie dite
« innée », que les Chinois appellent aussi « Ciel Antérieur », voir p. 53). Une
traduction bien évidemment approximative, au vu de la profondeur de vision
de l’idéogramme chinois correspondant, pourrait être « l’Âme corporelle ».
Une partie de ce Po est directement liée à nos ancêtres et une autre partie
vient du Ciel, du Surnaturel, de l’Indéfinissable. Pour tenter d’appréhender ce
concept, on peut se référer au patrimoine génétique que nous recevons à la
naissance. C’est l’Âme corporelle, « le souffle vital » qui est en partie
responsable de la forme de notre corps, de la couleur de nos yeux, de nos
prédispositions à tel ou tel type de déséquilibre. Le Po est un potentiel en
devenir. C’est le starter, celui qui donne l’impulsion à notre corps pour se
développer.
Visualisons en accéléré le développement d’une graine. Les racines
grandissent dans le sol, alors que la tige pointe, sort de terre, croît, que les
bourgeons apparaissent, que les feuilles s’épanouissent, que le bouton floral
s’ouvre. Une fleur magnifique apparaît. Elle se referme. Elle se flétrit. La
plante devient terne et finit par mourir. Le Po est responsable de tout ce
processus. Je ne suis pas en train de tenter de vous démontrer qu’une plante a
une âme, j’utilise juste une image pour que vous compreniez le rôle du Po
dans notre Shen Ming, notre vitalité. Tout ce potentiel en devenir, hérité à la
naissance, ne touche pas uniquement le physique, mais aussi l’aspect mental
et émotionnel.
J’avais déjà pris l’exemple d’une hérédité de trois générations de
personnes alcooliques avec en corollaire un Foie tendu et l’acquisition dès la
naissance d’un profil émotionnel tourné vers l’excès, vers la colère,
l’irritabilité. Si on n’y prend pas garde, plus tard, cette prédisposition peut
être à l’origine d’une hypertension. Cette conception n’est pas sans
conséquence. En effet, on peut penser que les émotions, le déroulement de
la pensée, apparaissent avec la naissance, avec ce que l’on pourrait
appeler « la cristallisation énergétique » de l’organe, et disparaissent au
moment de la mort.
Je l’ai déjà dit sous une autre forme : émotions et déroulement de la
pensée sont directement liés au fonctionnement des cinq logiciels-organes.
Donc, cette première entité, le Po, est responsable de l’aspect matériel,
macroscopique de l’organisme, si tant est que l’on puisse parler de matérialité
des émotions.
Toujours selon la vision taoïste, cette Âme pénètre le corps et est
activée dès le troisième jour après la conception. Le Po est l’aspect Yin de
cet héritage, de cette transmission. Une fois activé, il ne disparaît pas pour
laisser place à autre chose. Il est toujours là, présent, en tant que moteur du
développement permanent de notre corps. C’est le Po qui est responsable
de tous les automatismes, de toutes les circulations, de toutes les
« constructions-destructions » (catabolisme-anabolisme) de l’organisme. Le
champ d’action du Po est immense. En langage informatique, on dirait que si
l’ensemble de nos activités conscientes d’une journée mobilise une
1
cinquantaine de bits de données, tout ce qui se passe en souterrain, sans que
l’on s’en rende compte, représente l’équivalent de 11 millions de bits ! En
médecine chinoise, « le logis du Po est le Poumon ». On est tenté de se faire
une représentation anatomique de ce Po, de s’imaginer qu’il est dans un
morceau du Poumon ou que, quelque part dans le Poumon, il y a quelque
chose qui s’appelle Po. Or, nous nous situons ici sur un plan purement
énergétique. L’énergie Yin du Poumon et l’énergie Yin de l’Âme corporelle
sont sur un même plan vibratoire. Le Po est l’emblème du Poumon, son
attribut. Dans la métaphore du corps-ordinateur, on peut dire que le Po est le
responsable de la recharge de la batterie des Reins. Sans le Po en arrière-
plan, cette batterie ne pourrait plus jouer son rôle de régulateur des différents
fonctionnements de l’organisme, des différents automatismes. Ainsi, sans la
présence du Po, le premier mouvement automatique dont l’organisme a
besoin pour sa survie, à savoir la respiration, ne pourrait avoir lieu ; de même
pour les battements cardiaques.
Pour comprendre la maladie d’Alzheimer, il faut bien garder à l’esprit le
rôle du Po. En effet, l’émotion qui appartient au Poumon est la tristesse. Un
chagrin, la perte de quelque chose de très cher, un deuil non accepté génèrent
une stagnation au niveau du Poumon et une baisse de l’activité cachée du Po.
La batterie des Reins perd sa capacité à se recharger. Le corps tend alors vers
son autodestruction. Il tend à retourner vers la terre. D’ailleurs, cela
correspond à une des définitions du Po : « Partie de l’Âme qui est
indissolublement attachée au corps et retourne à la terre (Yin) après la mort. »

Le Hun, l’Âme spirituelle

Le Hun, l’autre aspect de la bipolarité Yin-Yang de l’Âme, pourrait se


traduire par « l’Âme spirituelle », « l’Âme éthérée », l’Âme qui vient du Ciel,
du Surnaturel. Maître Leung Kok Yuen disait qu’« elle pénètre, qu’elle vient
rejoindre sa future demeure trois jours après la naissance ».
Quelle est la conception taoïste à ce sujet ? L’Âme éthérée n’est pas une
substance, encore moins une influence, ni un fluide, ni quelque chose de
quantifiable. C’est avant tout une PRÉSENCE. Michel Laurent, un spécialiste
de la médecine traditionnelle chinoise, en a donné la définition suivante :
« C’est un principe céleste appartenant à l’ordre de la réalité du non
manifesté qui, dans son union avec Po, l’Âme corporelle, permet l’apparition
en mode de manifestation informelle de l’Esprit et de l’Essence avec une
vocation plus marquée pour la réalisation du Shen, de l’Esprit. » On peut dire
que toutes les qualités de l’Être sont en germe dans le Hun, l’Âme éthérée.
C’est la manifestation la plus spirituelle de la conscience. C’est une force
dynamique qui déclenche les impulsions nécessaires pour entreprendre une
action. C’est le subconscient de la psychologie moderne. En Chine, il est
symbolisé par le Dragon vert. Le Hun, l’Âme éthérée, est à l’origine de
l’apparition du Shen, de l’Esprit, qui est logé dans le Cœur. Le Shen est
considéré en médecine traditionnelle chinoise comme le maître de toutes les
émotions.
Il est important de comprendre que le Hun, l’Âme éthérée, a une
existence indépendante de celle du Shen, de l’Esprit. Il a sa propre vie, sa
propre organisation. Au moment du passage, de la mort, il est dit que le Hun,
l’Âme éthérée, survit au corps et retourne au Ciel. Le Po, l’Âme corporelle
meurt avec le corps et retourne à la terre. Et le Shen, l’Esprit, s’éteint tout
simplement. Il faut bien comprendre le concept suivant : les deux exécutants
de la Vitalité, de la Vie, de Shen Ming, sont le Shen (l’Esprit), et la batterie
des Reins, qui gèrent le fonctionnement des « cinq organes et des six
viscères », responsables de la régulation de tous les automatismes du corps,
de son immense pouvoir d’adaptation et d’autoguérison. En arrière-plan, le
Hun, l’Âme éthérée, et le Po, l’Âme corporelle sont également présents. Ces
deux entités ne se voient pas, ne sont pas quantifiables, mais elles sont
obligatoirement là et sont le moteur de notre Vitalité. Sans elles, la Vie ne
pourrait exister. Or, à notre époque dite « moderne », quand on parle de
médecine, on en fait totalement abstraction, voire on les rejette. Penser ainsi,
c’est comme si, alors qu’on regarde un film sur grand écran, on considère que
ce que l’on voit est la réalité et on oublie qu’il y a un projecteur par-derrière
et qu’avant cela, une caméra a filmé ces scènes, et que plus en amont encore,
un scénariste et un metteur en scène en ont dessiné les contours.
Se référer au Hun, l’Âme éthérée et au Po, l’Âme corporelle, pour poser
un diagnostic et comprendre les causes d’une pathologie n’est pas du tout en
adéquation avec notre vision matérialiste de la Vie en Occident. De ce fait,
dans l’immense majorité des cas, quand on parle de Vitalité, de « principe
vital », du fonctionnement de l’organisme, même si on reconnaît de plus en
plus l’impact des émotions sur le déclenchement d’une pathologie, on
s’attache surtout au Shen, à l’Esprit, à l’analyse du psychisme, aux différents
métabolismes, aux différentes fonctions organiques du corps, et on néglige
totalement ces deux entités primordiales.

Les cinq parties du déroulement de la pensée

Nous avons vu dans le chapitre précédent sur le fonctionnement du corps


humain que, selon la médecine traditionnelle chinoise, il existe cinq entités
énergétiques, cinq logiciels-organes qui gouvernent à eux seuls toute la
symptomatologie, tous les signaux d’alarme qu’émet notre organisme. Ces
symptômes relèvent aussi bien du physique, du mental que de l’émotionnel.
Dans le Nei Jing, le Classique de l’Empereur Jaune, texte fondateur de la
médecine chinoise, il est dit :

« Le Cœur abrite le “Shen”, l’Esprit.


Le Poumon abrite le “Po”, l’Âme corporelle.
La Rate abrite le “Yi”, l’intellect.
Les Reins abritent le “Zhi”, la volonté.
Le Foie abrite le “Hun”, l’Âme éthérée. »

Ces cinq aspects réunis forment ce que l’on appelle en Occident le


psychisme. Au travers de cette citation, nous voyons que le Hun, l’Âme
éthérée, s’enracine dans l’énergie du Foie, plus précisément dans la couche
Yin du Foie.
Une des caractéristiques du Hun est de pouvoir aller et venir à sa
guise. C’est ce que l’on appelle « la libre errance » du Hun, l’Âme éthérée.
Dans un ouvrage très connu en Chine, Le secret de la fleur d’or, de Lu Tsou,
il est dit : « Dans la journée, Hun, l’Âme éthérée, est dans les yeux et la nuit
dans le Foie. Lorsqu’il est dans les yeux, les yeux peuvent voir correctement.
Quand il est dans le Foie, la personne rêve… La nuit, les rêves représentent
l’errance du Hun dans les Neuf Cieux et les Neuf Terres. Lorsqu’on se
réveille, l’esprit est peu clair et confus, car il est encore sous le coup de Hun,
l’Âme éthérée. »
« Voir correctement » n’est pas à prendre au premier degré. Il faut
comprendre « clairvoyance », « intuition » et pas nécessairement « bonne
vue », bien qu’en médecine traditionnelle chinoise, l’orifice de sortie du Foie
soit les Yeux. Le Hun, l’Âme éthérée représente le côté intuitif et non
rationnel de la nature humaine. Dans la dualité Yin-Yang, le Hun est de
nature Yang.
Le Shen, l’esprit qui est issu du Hun, est dit « Yang dans le Yang »
puisqu’il appartient au Cœur, alors que le Hun, l’Âme éthérée est « Yin dans
le Yang » , car il appartient à la couche Yin du Foie. Cette notion est
fondamentale dans la compréhension de la maladie d’Alzheimer. Il y a en
effet une relation directe dans le cycle des cinq éléments entre l’énergie des
Reins et l’énergie du Foie. Chaque logiciel-organe doit, pour bien
fonctionner, être bien équilibré au regard de la balance Yin-Yang. Dès que le
Yin des Reins diminue, le Yang augmente. Non seulement, le Yin du Foie
n’est plus contrôlé par les Reins, mais, en plus, le Yang du Foie a tendance à
trop monter. Or, de très nombreuses situations dans nos sociétés modernes
contribuent à épuiser le Yin des Reins. On peut citer pêle-mêle : la peur
ambiante, le stress lié au surmenage, l’angoisse du lendemain, mais aussi les
excès de saveur salée, d’hydratation, de position assise et, chez l’homme,
d’éjaculations. Tout cela fait que la batterie des Reins se décharge en
permanence. Quand cet état perdure, le Yin du Foie n’est plus contrôlé et le
Yang s’échappe. Le Yang qui s’échappe, c’est le Hun, l’Âme spirituelle.
En cas de faiblesse du Yin du Foie, on dit que « le Hun perd sa demeure
et peut se mettre à errer sans but ». Cet état génère des symptômes-signaux
d’alarme comme l’insomnie, surtout celle que l’on connaît en seconde partie
de nuit, mais aussi un excès d’activité onirique. Ce cas de figure est une
cause d’apparition d’Alzheimer. Alors que si le Hun est bien ancré dans le
Foie, le sommeil est normal et profond, et les rêves sont peu nombreux.
En médecine traditionnelle chinoise, on dit que les « rêves proviennent de
l’errance du Hun ». La majorité des rêves se font pendant le sommeil
paradoxal, au moment où il y a des mouvements oculaires rapides. Le
somnambulisme est un exemple type de dissociation du Shen inactif et du
Hun hyperactif. Je vais y revenir. D’autre part, le Hun est à mettre en relation
avec le courage. Quand la couche Yin du Foie (le Yin étant à mettre ici en
relation avec le « sang du Foie ») est « florissante », la personne est
courageuse. Mais en cas de faiblesse du Yin, elle manque de courage, de
résolution. Elle perd sa capacité de « passage à l’acte ». Elle est facilement
découragée et incapable de prendre une décision. Elle a perdu « la capacité
d’écouter son Âme ».
Une autre pathologie que l’on retrouve très souvent en Occident est « la
stagnation de l’énergie du Foie ». Le Foie a comme rôle principal de faire
circuler le sang et l’énergie dans le corps. Si l’énergie du Foie est bloquée,
nouée sous l’effet de colères intériorisées par exemple, le Hun perd sa
capacité de « libre errance ». Son mouvement est entravé et la personne
devient alors facilement déprimée. Elle perd l’accès à ses ressentis, à ses
intuitions.
Une autre compétence relative au Hun est la capacité de planifier. En cas
d’entrave à ce « va-et-vient de l’Âme », la personne est désorientée. Elle perd
tout but, toute perspective pour l’avenir. C’est la porte ouverte à la
dépression. Or, notre maître définissait la maladie d’Alzheimer comme
une « dépression profonde, consentie par le malade ». En quelque sorte,
cette personne, consciemment ou inconsciemment, n’a tout simplement plus
envie de vivre. Malgré cela, elle reste accrochée à la Vie. La cause principale
de cette « attache » s’explique généralement par une peur, souvent panique,
de la mort.
Nous avons vu qu’une faiblesse du Yin des Reins pouvait générer un
Yang excessif au niveau du Foie, qui, alors, n’est plus contrôlé. On assiste à
ce que l’on appelle « une hyperactivité de l’Âme ». Trop d’informations sont
données au Shen, à l’Esprit, qui ne peut plus suivre. L’Esprit devient
hyperactif, en surrégime, en excès de pensées. Quand les informations de
l’Âme ne sont plus contrôlées par l’Esprit, peuvent apparaître certains types
de pathologies mentales et émotionnelles comme les troubles bipolaires,
l’autisme chez les enfants… Dans les cas extrêmes, à l’image d’un flipper
que l’on secoue trop et qui finit par faire tilt, c’est l’apparition du burn out,
dont le traitement le plus classique reste encore la cure de sommeil.
Donc, nous pouvons dire qu’une mauvaise gestion du Hun est une des
clefs pour comprendre comment on peut se créer, pas à pas, une maladie
d’Alzheimer.
Nous avons vu que le Hun, l’Âme éthérée, existait indépendamment de
l’Esprit, du Shen. Pour aller plus loin, nous pouvons dire que le Hun est le
dépositaire des idées, des aspirations, de la créativité, des rêves de vie,
des intuitions. Certains artistes, en manque d’inspiration (pas tous,
heureusement pour eux) ou justement pour booster cette inspiration, boivent
des alcools forts, de l’absinthe par exemple, ou prennent des drogues dures.
Sous l’emprise de ces substances, ils produisent parfois des œuvres de génie.
Toutes les visions qu’ils ont à ce moment-là, tous ces dons décuplés, c’est le
Hun en hyperactivité qui les leur donne. En réalité, toutes ces drogues
agressent directement le Yang du Foie, qui « s’enflamme », et finissent par
épuiser littéralement la batterie des Reins. L’énergie des Reins épuisée
n’arrive plus à contrôler le cerveau. Le Po, l’Âme corporelle, devient
prépondérant. C’est la fuite en avant, la folie au bout du chemin, et bien
évidemment, une extinction prématurée de l’huile ancestrale.
Le Hun est donc la petite voix, le « Jiminy Cricket » qu’il convient de
réapprendre à écouter.
Une des finalités des méthodes de « préservation de la Vie », en
médecine traditionnelle chinoise, est de mettre au repos notre Shen, notre
Esprit, pour permettre à notre Âme de s’exprimer. Le but ultime de la pleine
conscience est de se mettre à l’écoute du « chuchotement de l’Âme ». C’est
ce que l’on appelle aussi : « se départir de son ego ». L’ego, c’est notre esprit,
en permanence occupé par sa propre conversation. L’ego pense que tout peut
être expliqué, qu’il peut tout gouverner et mettre tout sous son contrôle. Le
problème est que l’Âme n’a pas le même langage que l’Esprit, et surtout,
qu’elle n’a pas d’émotions qui soient susceptibles de parasiter ce langage.
Lorsque l’Esprit s’affaiblit un peu, lorsqu’il se met en veilleuse, les ressentis
et les savoirs intuitifs de l’Âme peuvent alors jaillir dans la conscience.
L’Âme ne pense pas et ne parle pas, mais elle ressent et SAIT. Toutes les
méthodes de prévention que l’on apprend dans cette médecine rejoignent ce
qui est dit dans ce dicton populaire : « se mettre à l’écoute de son Âme ».
Quand le Hun et le Shen, l’Âme et l’Esprit, sont sur la même fréquence, en
parfaite concordance, l’Esprit reçoit l’inspiration, la clé du problème, « l’idée
géniale » qui lui permet de faire une nouvelle création, de prendre un
nouveau chemin de Vie. Quand on réapprend à ouvrir son œil intérieur sur
l’Âme et qu’on se branche sur sa fréquence, quand on arrête de se penser
tout-puissant, la Vie devient passionnante.
Le Hun, l’Âme éthérée et le rêve

Revenons à cette notion du Hun, de l’Âme éthérée, relativement aux


rêves. En médecine traditionnelle chinoise, les rêves sont mis en relation avec
le Hun, qui est « stocké » comme nous l’avons vu, dans le Foie. Quand le
Hun est constitué, quand il pénètre dans l’organisme et permet donc à une
personne d’être créée, de croître, il laisse agir le Shen, l’Esprit contenu dans
le Cœur.
Le Shen se développe après la naissance. Il est en relation avec notre
esprit, notre sensibilité, nos émotions, nos facultés cognitives, le
fonctionnement de notre mental. Le Shen, l’Esprit, tout au long de notre vie,
se cultive, se nourrit de notre éducation, de nos expériences. Le Hun, l’Âme
éthérée, est toujours là, mais n’a plus de fonctions apparentes à remplir. Il est
au repos. Il ne devrait plus intervenir. Le rêve se produit lorsque le Shen,
l’Esprit, est au repos, au moment du sommeil ou de la méditation profonde.
Lorsqu’on rêve, c’est une manifestation du Hun. Il faut bien comprendre
que la réalité, les activités conscientes quotidiennes sont contrôlées par le
Shen, l’Esprit. Le Hun est pendant ce temps-là en position d’observation. Il a,
pourrait-on dire, une certaine connaissance de nos activités.
Quand on est en bonne santé, on ne doit pas se souvenir de ses rêves.
J’entends par rêve un voyage dans l’au-delà, une prémonition et bien d’autres
aspects contenus dans le Hun. Par contre, si dans la journée une personne a
été très soucieuse ou exagérément triste ou en colère, le Hun qui observe le
Shen réalisera, comprendra ses soucis, intégrera ses colères et les partagera.
L’hyperactivité du Hun se révélera, se manifestera par des « rêves
émotionnels » excessifs. Tout rêve dont on se souvient et qui a déclenché
un sommeil agité signifie que le Hun n’est pas calme, n’est pas paisible.

Le Hun chez l’enfant


Chez l’enfant, le Hun est très marqué. L’Esprit, le Shen, n’est pas encore
totalement formé. Il est en cours d’apprentissage des « épreuves de la vie ». Le
cerveau, sous la dépendance de l’énergie des Reins, est en train de se structurer,
d’emmagasiner des données. On dit que l’enfant est dans « la potentialité du
Hun ». Quand on observe un enfant, on se rend compte qu’il présente très souvent
des instants de vide, de « non-pensée ». Il est ailleurs. Ses yeux regardent sans
voir. Il ne sursaute pas au bruit. Il est dans la pleine conscience. C’est le Hun qui
a pris les commandes. D’ailleurs, beaucoup plus que les adultes, les enfants sont
sujets au somnambulisme. Un enfant est souvent dans le rêve, la créativité. Il
s’invente un monde imaginaire, fait semblant « de », joue avec un bout de ficelle
ou un morceau de bois… Il devient pirate, fée ou cow-boy, laisse divaguer son
Âme, laisse parler son Hun. Malheureusement les enfants sont, très souvent, trop
sollicités, soumis à trop d’activités imposées : sport, musique, apprentissage de
langues. Ou on les « colle » devant la télé, les tablettes… Leur Esprit, leur Shen,
est saturé d’informations, d’images. Leur Hun ne peut s’exprimer. Ils se fatiguent
vite et deviennent irritables, anxieux.

La trilogie Hun, Po, batterie des Reins

Nous savons que l’énergie des Reins a, en son sein, une batterie qu’il
convient de recharger au quotidien par toutes les méthodes de prévention que
nous apprenons en médecine traditionnelle chinoise. Ces méthodes incluent
un bon sommeil, une bonne respiration, une bonne gestion des émotions, une
diététique du juste milieu, une sexualité épanouie et des exercices physiques
appropriés. Cette recharge quotidienne nous met à l’abri de toutes les
maladies internes, nous permet de nous adapter à notre environnement. Et
surtout, cette batterie, rechargée au maximum, permet d’équilibrer les
deux entités que sont le Hun et le Po.
Nous savons aussi que le Hun, l’Âme éthérée, est de nature Yang. Or,
l’énergie Yang dans l’organisme a tendance, si elle n’est pas retenue par un
Yin solide, à vouloir s’échapper. On dit que le Yang est soumis à une force
« centrifuge » quant à la circulation énergétique. Pour le Yin, c’est l’inverse.
Le Yin ramasse, concentre, retient. Son action a une tendance « centripète »
quant à la circulation de cette même énergie. Ce Hun, cette Âme éthérée qui
a tendance à « sortir de sa maison », car il n’est plus retenu par le Yin du
Foie, c’est la définition même de la maladie d’Alzheimer en médecine
chinoise.
Par contre, si c’est le Po qui prend le dessus, nous risquons de passer de
l’autoguérison naturelle de notre corps, possible si la batterie est rechargée, à
ce que l’on pourrait appeler son autodestruction. Nous savons que le Po
appartient à la Terre, au Yin. Dans l’idéogramme Po, il y a la notion de
démons, de « Gui ». « Gui » en chinois signifie l’Âme sensitive désincarnée.
Ce sont les fantômes, les revenants, mais aussi le rusé, le roublard, le malin,
le pernicieux, le sournois, l’esprit mauvais, le diabolique, ce qui est caché,
sous la terre. Une prépondérance de Po est un des facteurs de
raccourcissement de la Vie. Le Po ne demande qu’une seule chose, c’est que
vous retourniez à la terre.
Prenons un exemple. Déguster un café avec un carré de chocolat après le
repas, en pleine conscience et avec délectation, peut être excellent pour votre
santé. Nous le verrons plus loin, cela peut même favoriser la digestion de
votre bol alimentaire. Votre conscient et votre subconscient sont en accord,
votre Hun et votre Shen sont sur la même fréquence. Par contre, en fin de
journée, votre batterie des Reins est à plat, car vous n’avez pas appliqué au fil
des heures la règle de « recharge-décharge ». La batterie des Reins a perdu sa
capacité d’autocontrôle, d’auto-adaptation. Le Po « se frotte les mains ». En
vous donnant mille alibis, ce démon intérieur va vous pousser vers la tablette
de chocolat, la bouteille d’alcool ou mille autres expédients
d’autodestruction. Si le Hun et le Po sont en parfait équilibre grâce à une
énergie des Reins puissante, la Vie s’écoule comme un long fleuve
tranquille ; le Principe vital est capable de s’adapter aux épreuves et de
traverser toutes les saisons de la Vie sans « casse » ; le « passage » se profile
en toute quiétude à un âge très avancé ; le Po, l’Âme corporelle, retourne à la
Terre et le Hun, l’Âme éthérée s’en retourne au Ciel. Ne perdez pas de vue
cet élément essentiel de la Vie qu’est la Mort, le passage : la Mort n’est pas
une maladie et on peut tout à fait mourir en bonne santé !

Que devient l’Âme au moment du passage ?

Nous avons vu que la Vitalité, la Vie, le Shen Ming, est une combinaison
de quatre entités :
– le Hun, l’Âme éthérée ;
– le Shen, l’Esprit issu du Hun ;
– le Po, l’Âme corporelle ;
– la batterie des Reins, responsable de la coordination et de l’optimisation
de toutes les activités du corps : le « Shen Ti », en chinois.
Ces entités peuvent, sous certaines circonstances, quitter le corps.

Quand le Shen quitte le corps


Le Shen, l’Esprit, a la particularité d’être observable de l’extérieur. On
peut parfaitement suivre l’activité du mental et de l’Esprit, alors qu’en
arrière-plan, le Hun reste invisible. Si le Shen quitte le corps et que le Hun et
le Po restent, cela correspond, en médecine traditionnelle chinoise, à un état
d’inconscience ou de coma qui peut durer quelques jours, voire plusieurs
mois. Pendant un coma, le Hun est toujours là, dans le corps, et il est capable
d’enregistrer tout ce qui se passe. À nous d’en tirer des conclusions,
confrontés à une personne dans cet état : il ne faut pas dire n’importe quoi en
sa présence, ne pas manifester d’émotions trop brutales ou émettre des
jugements négatifs. Mais plutôt lui parler doucement, la caresser, faire passer
l’amour que l’on a pour elle.
Quand le Hun « s’échappe » du corps
Toutes les activités internes, le Shen, le Po, le Shen Ti sont toujours
présents. Ce n’est pas encore la mort. En chinois, on appelle cela « Shi
Hun », la perte du Hun. Quand le Hun est pour ainsi dire flottant, quand il se
détache et revient, on parlait autrefois de sénilité. À l’heure actuelle, c’est une
des manifestations de la maladie d’Alzheimer. Dans les cas avancés de cette
pathologie, quand le Hun se détache véritablement, sans jamais revenir, on
dit que le Po, l’Âme corporelle, prend tout l’espace. On peut alors assister à
l’activation de notre face cachée, la part « démoniaque » contenue dans le
Po : c’est la folie, la démence sénile. Le Hun n’est plus sur Terre mais la
personne malade a la force de crier, de frapper, de mordre, d’injurier. Comme
2
dans le film L’Exorciste , cette personne n’est plus le « Moi » que vous avez
connu. Elle est effectivement « habitée ». Cette réalité est fondamentale.
Quand vous êtes en présence d’un de vos proches dans un tel état de démence
et d’égarement, n’entrez pas dans son jeu, ne pensez pas que ses injures vous
sont adressées directement. Ce n’est plus la même personne ! Mais n’oubliez
pas que l’Âme n’est pas loin. Vous pouvez lui parler, lui demander d’aider le
malade à retrouver l’apaisement. N’oubliez pas la puissance des caresses, de
votre sourire intérieur, de vos pensées. Faites passer par la douceur de votre
regard et par la chaleur de vos mains tout votre amour, votre affection et
votre compassion. Nous l’avons vu, les Chinois comparent la maladie
d’Alzheimer à une « demi-mort ». Nous savons que le Shen, l’Esprit qui est
contenu dans le « Cœur Empereur », provient du Hun. On dit alors que si « le
Hun s’en va, le Shen perd son maître » !

Quand le Po quitte le corps


Lorsque le Po s’échappe du corps, à la mort, la décomposition
commence. Mais il faut savoir que le Po peut quitter partiellement le corps,
lorsqu’une de ses parties est endommagée : en cas d’hémiplégie, d’atrophie
de certaines parties du corps, d’amputation, d’accidents.

À partir de l’observation de ces différentes situations, on retient que la


Vie est le résultat de la combinaison de ces quatre entités. Il se peut
qu’occasionnellement le Shen, le Hun et le Po puissent, dans une certaine
mesure, quitter plus ou moins provisoirement le Shen Ti, le corps. On se
trouve devant un état pathologique, certes, mais ce n’est pas encore la mort.

La mort, le passage

Voyons à présent ce qu’est la mort telle qu’elle est décrite par la


médecine traditionnelle chinoise. Que se passe-t-il au moment de ce qu’on
pourrait appeler « le passage » ? Comment se dissocient ces différentes
entités ? La mort, c’est la disparition successive et dans cet ordre, du
Shen, du Hun, du Po et du Shen Ti. Quand la mort survient, le Shen quitte
le corps le premier. Et normalement, tout de suite après, le Hun le suit.
Lorsque le corps n’a plus ni Shen, ni Hun, il n’a plus de maître. Le Po peut
alors le quitter. Mais il ne le fera que très lentement. On peut lire dans les
textes traditionnels que lorsque le Shen, l’Esprit, quitte le corps, il disparaît
complètement. Le Hun lui disparaît comme une fumée. Le Shen Ti, le corps,
matière organique, lorsque le Po l’a quitté, peut dès lors commencer à se
décomposer. Il va finir par disparaître comme les trois autres entités de la
Vie. De ce fait, dans une mort, dans le déroulement d’un passage que l’on
pourrait qualifier de « normal », les quatre éléments disparaissent
complétement. L’origine de chaque chose étant le Vide, la Vie retourne au
Vide. Je n’irai pas plus loin au sujet de la mort, car cela nous éloignerait de
notre sujet. Pour autant, il est intéressant de méditer sur le fait que le Shen,
l’Esprit, et le Shen Ti, le corps physique, disparaissent totalement et
définitivement, alors que le Hun et le Po partent comme une fumée, un
élément vaporeux. Il n’est pas dit à leur sujet qu’ils disparaissent totalement.
J’ai longuement insisté sur toutes ces notions qui font partie intégrante de
la médecine traditionnelle chinoise. Elles sont indispensables pour vraiment
comprendre l’apparition et l’évolution de la maladie d’Alzheimer. Notre
monde moderne tend vers la matérialité, vers le Po, dans le sens d’une pensée
horizontale qui nous attire vers la terre et nous éloigne du Hun, de la
« Verticalité », de la spiritualité. À l’heure actuelle, la médecine chinoise, qui
est de moins en moins traditionnelle, occulte dans ses enseignements l’étude
pourtant fondamentale de cette notion d’Âme. Il est même très mal vu d’en
parler.
Si on s’éloigne de ces données traditionnelles, si on n’arrive pas à
comprendre qu’un des grands facteurs à l’origine d’une maladie
d’Alzheimer est une peur de la mort encore non résolue, avec toutes les
angoisses qui l’accompagnent (à savoir peur de la souffrance et de la
maladie), si on ne conçoit pas que toutes ces peurs mettent à bas l’énergie
des Reins, qui n’arrivent plus dès lors à contrôler le Hun et le Po, alors
on ne pourra pas mettre en place une véritable politique de prévention
de cette maladie.
Les neuf règles de diététique anti-
Alzheimer

Introduction à la diététique du juste milieu

Il est évident que l’on ne peut aborder le bien vieillir et la prévention de


la maladie d’Alzheimer sans parler de diététique. C’est un domaine
primordial en médecine traditionnelle chinoise, une des pièces maîtresses de
notre santé. Rappelons-nous l’aphorisme : « Dis-moi ce que tu manges et je
3
saurais ce que tu es et ce que tu deviendras . » Si on ne s’attache qu’à une
vision mécaniste du corps humain, il est facile de comprendre qu’une
alimentation inappropriée, chargée de graisses saturées, de sucres rapides,
d’éléments indigestes ne peut que générer des « déchets » dans l’organisme
qui, à la longue, finissent par entartrer, entre autres, le cerveau. Cet
entartrage, cet « engluement », comme aiment à le nommer les Chinois, est
directement à l’origine de pathologies dégénératives au niveau du cerveau.
La diétothérapie fait aussi partie intégrante de l’arsenal thérapeutique
chinois. Un praticien peut être amené à donner « une ordonnance de
diététique » à son patient, en lui demandant d’agir pendant un certain temps
sur certaines saveurs, couleurs, odeurs, d’éviter tel ou tel type d’aliment et
d’en privilégier certains autres. Il pourra, par exemple, vous demander après
une grippe de vous mettre « au vert » pendant une semaine, c’est-à-dire de
consommer uniquement du riz et des légumes pour que l’organisme puisse
récupérer, sans être parasité par des repas trop lourds à digérer. Mais ces
« ordonnances » ne doivent s’appliquer que sur une période limitée. Si vous
décidiez de les suivre pendant toute une vie, vous auriez de grandes chances
de vous mettre dans des états carentiels.
Quand on parle de « bonne diététique » en médecine traditionnelle
chinoise, de « diététique du juste milieu », on met évidemment de côté le mot
« régime ». Régime vient du latin « regere » qui veut dire diriger, c’est-à-dire
imposer à son corps des restrictions qui ne peuvent, à la longue, que
déboucher sur de nouvelles pathologies. Vous avez bien compris à la lecture
du précédent chapitre que la diététique, à elle seule, ne suffit pas à prévenir
l’apparition d’une maladie d’Alzheimer. En revanche, opter pour une bonne
diététique permet de ne pas fatiguer inutilement notre organisme et de ne pas
puiser dans nos réserves. La pratique d’une « diététique du juste milieu » est
le pilier des méthodes de prévention et de longévité en médecine
traditionnelle chinoise. En effet, une diététique raisonnée est un des moyens
de recharger au quotidien la batterie de l’organisme. Ce faisant, vous
prévenez l’apparition de toute maladie dégénérative au niveau du cerveau.
Je vais aborder cette diététique sous la forme de principes, de règles très
faciles à comprendre et à mettre en pratique. Elles sont au nombre de neuf. Si
vous les assimilez bien, si vous les mettez en place progressivement, sans
aucune précipitation, elles vous seront très précieuses pour recouvrer une
bonne santé. Ces « neuf règles », d’ailleurs communes à toutes les diététiques
traditionnelles, vont faire de vous le chef d’orchestre de vos propres aliments
occidentaux. En effet, il n’est pas question de se transformer en
« Chinois » pour bien manger, mais de réapprendre à consommer les
aliments que vos ancêtres consommaient déjà.

RÈGLE 1
Différencier repas de fête
et repas quotidiens

Il existe deux types de diététiques, celle que l’on pourrait qualifier de


« quotidienne » et celle des « jours de fête » qui fait apparaître un terme très
important en médecine traditionnelle chinoise, « Xiang Shou » ou « la
jouissance », en l’occurrence ici, par l’alimentation.
La diététique quotidienne obéit à des règles très précises que nous
allons voir par la suite et qui ont comme principales finalités de nourrir le
corps et de favoriser la production de sang et d’énergie dans l’organisme.
C’est une diététique très simple, très naturelle où l’on s’abstient de manger de
nombreux aliments qui pourraient inutilement fatiguer notre organisme,
« boucher les filtres », favoriser l’apparition du Tan (les déchets que notre
corps aurait dû normalement éliminer, mais qui, pour différentes raisons, sont
restés dans l’organisme). Citons le cholestérol, les différentes mucosités, les
radicaux libres, les toxines, les graisses circulantes, les amas, les plaques
d’athérome… Le Tan est une des causes de l’apparition d’une maladie
d’Alzheimer. Ainsi, dans nos repas quotidiens, il faudrait se passer de tous les
produits à base de lait de vache et de leurs dérivés (voir p. 87), des sucres
rapides en excès (chocolat, gâteaux, glaces, friandises, etc.) et des graisses
saturées (charcuterie, viandes grasses, etc.). Cependant, cette diététique dite
« quotidienne » ne doit surtout pas devenir un pensum, une diététique
monotone et triste. On peut au contraire lui donner une forme tout à fait
attrayante. De très nombreux éléments Xiang Shou peuvent y être incorporés.
Un exemple parmi d’autres : un plat composé de riz blanc, de poulet revenu
avec un peu de gingembre, de sauce de soja et de haricots verts, plus une
pincée d’ail et de persil, est un repas « quotidien » des plus délicieux.
Cette diététique ne contient donc pas d’aliments riches. Elle est surtout
basée sur l’apport :
– de sucres lents pour fabriquer et stocker de l’énergie ;
– de fibres pour éliminer les déchets ;
– et, de temps en temps, de protéines pour « nourrir muscles et chairs ».

La diététique des « jours de fête » est tout autre. On dit qu’elle est faite
pour nourrir le Cœur et l’Esprit, le Shen. Étudions cela de plus près.
L’immense avantage des repas Xiang Shou est de pouvoir réintégrer certains
aliments « interdits » dans les repas quotidiens, afin de ne pas vivre en
ermite, de ne pas devenir « extrémiste » d’une diététique quelle qu’elle soit,
de ne pas s’exclure de la société ! Les repas Xiang Shou obéissent à plusieurs
règles et ils combinent trois facteurs essentiels : la couleur, l’odeur et la
saveur. Le parfum des aliments permet d’attirer notre attention, d’aiguiser
notre appétit et d’ouvrir notre cœur. On peut être « mis en appétit » en sentant
les aliments, même si on ne les voit pas. Un des symptômes d’une personne
en pré-Alzheimer est justement la perte progressive de l’odorat. Or, l’odeur
met en alerte l’énergie du logiciel Rate-Pancréas pour se préparer à une future
digestion. Les couleurs et les saveurs attirent notre œil et viennent exciter nos
papilles. Si nous nous référons aux cinq logiciels-organes, en médecine
traditionnelle chinoise, nous avons cinq couleurs et cinq saveurs qui
« nourrissent énergétiquement » chacun de nos organes (voir tableau p. 32) :
– la couleur verte et la saveur acide sont à mettre en relation avec le
Foie ;
– la couleur jaune et la saveur douce, sucrée avec la Rate ;
– la couleur blanche et la saveur âcre, piquante avec le Poumon ;
– la couleur rouge et la saveur amère avec le Cœur ;
– la couleur noire ou sombre et la saveur salée avec les Reins.
Chaque couleur et chaque saveur « nourrissent » l’organe cible. Par
contre, elles se retournent contre lui quand elles sont prises en excès.
À ce ressenti qui vient de l’extérieur, s’ajoute une sensibilité qui vient de
l’intérieur. Quelle que soit la beauté d’un plat, si notre sensibilité intérieure
est perturbée, si notre état émotionnel est parasité par de la colère intériorisée,
de la tristesse ou d’autres émotions négatives, Xiang Shou sera incomplet et
pourra même se retourner contre nous. Il convient donc de se mettre en
adéquation avec son ressenti. Ainsi, lorsque nous sommes amenés à manger
des mets inconnus, si une réaction de refus apparaît en nous, il faut s’abstenir
de manger ce plat. Il faut écouter la voix de son Âme. Si vous avez devant
vous un repas luxueux, mais que vos pensées sont tournées vers toute autre
chose, que votre esprit est ailleurs, alors vous ne vous rendez même pas
compte de ce que vous mangez et vous ne cultivez pas votre « jouissance » :
le repas ne sert qu’à remplir l’estomac, et encore de manière excessive. C’est
souvent l’alcool en excès qui vient « parasiter » cette relation très intime que
l’on devrait avoir avec les aliments. Inversement, si vous décidez de manger
le pain le plus brut, le moins raffiné, le moins cher, mais que vous avez très
envie de le mâcher, de le consommer en pleine conscience, de vous
concentrer sur le goût qui apparaît au cours d’une mastication prolongée,
vous allez forcément trouver ce pain très bon. La magie de « là, ici et
maintenant » va opérer. Le pain aura des effets bénéfiques décuplés pour
votre santé.
Un autre point est qu’il faut désirer pendant un certain temps un repas dit
« de fête » avant de le déguster. Et quand vous obtenez enfin ce que vous
désirez, tout est bien meilleur. Vous mangez avec plaisir, avec délectation.
C’est cela la jouissance par l’alimentation. Xiang Shou dépend de notre état
d’Âme, de nos dispositions intérieures. On est bien loin de la vision
mécaniste moderne basée en grande partie sur le quantitatif et la valeur
nutritive des aliments. Nous pouvons dire que la jouissance par les aliments,
quand elle est exceptionnelle, stimule le Cœur, le Shen, l’Esprit, le mental.
C’est pour cela que dans toutes les civilisations traditionnelles existent des
repas de fête, des jours anniversaires où l’on se réunit autour d’une table pour
déguster des spécialités propres à chaque pays, à chaque région… Ces jours
de fête, en nourrissant notre esprit, subliment notre potentiel d’autoguérison.
Pour autant, vous l’avez bien compris, Xiang Shou est un concept qui ne peut
pas être répété quotidiennement. Un mois de repas, en comptant le repas de
midi et celui du soir, représente soixante repas. On peut se permettre huit à
dix repas de fête dans le mois, à condition que les cinquante autres soient
diététiques. Or, dans nos civilisations modernes, les trois quarts de nos repas
s’éloignent des repas dits « quotidiens » destinés à nourrir le corps. Cela
revient à dire qu’on fait plus d’une quarantaine de repas de fête par mois !
Nos repas quotidiens ressemblent à des repas Xiang Shou qui seraient
« amputés » de leur dimension Cœur-Esprit. C’est une des raisons pour
lesquelles notre manière de manger nous rend malades.

RÈGLE 2
Les aliments interdits

Pour atténuer les effets négatifs et culpabilisants du mot « interdit », nous


allons voir que les aliments dont nous devons nous passer pendant les repas
« quotidiens » peuvent être réintégrés dans les repas de fête, à condition bien
sûr de ne pas en abuser. Cela nous permettra aussi, comme il a été dit plus
haut, de ne pas devenir des extrémistes de la diététique. Au stade de notre
évolution actuelle, nous sommes des omnivores, c’est-à-dire des êtres
capables de manger presque tout ce qui peut être comestible. Dans des
périodes antérieures, nous étions plus des carnivores. Dans un avenir pas si
4
lointain, nous serons sans doute plus des végétariens . Nous verrons que plus
nous avançons en âge, plus nous devrions tendre vers ce type d’alimentation,
à savoir le végétarisme. Pour autant, faut-il s’interdire un repas de famille
parce qu’on vous sert une paella ou une choucroute ? À vous de peser le pour
et le contre et de prendre la décision en répondant à cette simple question :
« Est-ce que j’écoute mon Âme ou les règles souvent trop rigides que l’on
m’a imposées ou que je me suis imposées ? » Voyons donc ces aliments
« interdits » qui, une fois encore, pourront être réintroduits dans les huit à dix
repas de fête du mois. Je vais vous présenter quatre familles « d’interdits »,
les plus importants à mes yeux, par rapport aux comportements alimentaires
des Occidentaux.
Premier interdit : le lait de vache et ses dérivés
Le premier aliment à supprimer de votre alimentation, c’est le lait de
vache, avec tous ses dérivés. Vous en avez plus ou moins entendu parler.
Mais le matraquage médiatique des différents lobbies fait que vous ne savez
plus trop qu’en penser. Je vais essayer de vous donner, en quelques lignes,
des arguments pertinents pour vous aider à faire un choix en pleine
conscience et en connaissance de cause. Encore une fois, un camembert
« bien fait », dégusté lors d’un repas de fête, ne portera pas à conséquence, à
condition évidemment que votre mental y participe. Mais dans la cuisine
occidentale, la consommation des produits issus du lait de vache est devenue
pluriquotidienne. Que ce soit sous forme de lait, de fromages, de râpés, de
parmesan, de beurre, de yaourts, de crème fraîche et autres, nous sommes
amenés à consommer outre mesure ce type de produits. Le professeur Henri
Joyeux, éminent cancérologue, a développé à ce sujet des arguments
incontournables. Le veau à l’âge de 9 mois pèse 250 kg alors que le bébé
d’homme pèse 8-10 kg. Cela signifie que dans les protéines laitières, le
facteur de multiplication cellulaire est si puissant qu’il est capable d’induire
une telle croissance en très peu de temps. C’est pourquoi la consommation de
lait de vache a deux conséquences majeures :
– la formation de Tan. Quand nous ingérons en excès ces protéines (un
petit morceau de beurre en contient autant qu’un litre de lait !), elles
bouchent progressivement, d’année en année, tous les filtres du corps, car
elles sont beaucoup trop grosses. C’est un des ingrédients qui se
transforment en Tan, en déchets ;
– l’inflammation. Un foyer inflammatoire n’est rien d’autre qu’un foyer
d’hyper-multiplication cellulaire. Le fait de prendre tous ces dérivés du
lait de vache ne peut que décupler cet état inflammatoire. Toutes les
pathologies inflammatoires, les rhumatismes, toutes les maladies qui se
terminent pas le préfixe « -ite » (mammite, conjonctivite, gingivite,
gastrite, etc.), et évidemment tous les foyers d’hyper-multiplication
cellulaire comme les lipomes, les nodules, les cancers…, voient leur
symptomatologie se calmer, voire disparaître, lorsqu’on arrête totalement
la consommation de ces produits. En effet, quand ces protéines pénètrent
dans l’organisme, elles donnent des ordres totalement inappropriés à
notre physiologie d’être humain, ordres qui vont dans le sens de l’hyper-
multiplication cellulaire.
Rien ne vous empêche de tester cela sur vous, pendant un certain laps de
temps. Par exemple, pendant trois mois, excluez les protéines laitières issues
du lait de vache dans toute votre alimentation, y compris celle des jours de
fête. Ces jours-là, vous pourrez les remplacer par du fromage de chèvre (le
cabri pèse le même poids que le bébé d’homme) ou de brebis. Vous serez
étonné par les résultats que vous allez obtenir. Combien de symptômes-
signaux d’alarme, que ce soit des douleurs articulaires, des cervicalgies, des
problèmes d’insomnie de seconde partie de la nuit, des ballonnements au
niveau du ventre, des états de nervosité constante, etc., vont progressivement
s’éteindre ! N’oubliez pas que le Foie est un filtre à sang. Cet organe, quand
il est en excès de Yang, est directement incriminé dans l’apparition
d’hypertension artérielle. Une personne qui débute une maladie d’Alzheimer
devrait proscrire totalement ce type d’aliment. Une fois de plus, ne portez pas
de jugement sur ces assertions tant que vous n’aurez pas fait cette expérience
des trois mois d’arrêt total. Mais dans le subconscient collectif persiste encore
une vision erronée : « Si j’arrête le lait, je vais me décalcifier ! » Le terme est
déjà une erreur. On ne devrait pas parler de décalcification, mais
d’ostéoporose, c’est-à-dire d’une raréfaction des fibres de protéines
contenues dans l’os. Quand on fait une coupe sagittale d’un os, d’un fémur
par exemple, on observe des travées osseuses, disposées de façon
harmonieuse, qui donnent toute leur solidité à l’os. Sur ces travées viennent
« s’incruster » différents minéraux, et pas uniquement le calcium. Si ces
fibres viennent à manquer, un surplus d’apports en minéraux aura pour
conséquence de durcir les artères, sans pour autant consolider les os. Ce
surplus est considéré comme du Tan en médecine traditionnelle chinoise.
Alors comment lutter contre l’ostéoporose ? Grâce aux trois moyens
qui suivent.
• La mise en pression de l’os par des exercices physiques appropriés : le
saut à la corde, le trampoline, la marche… En médecine traditionnelle
chinoise, on considère que « les dents sont l’extrémité des os ». Par un
défaut de mastication, dû en particulier à l’absorption d’aliments de plus
en plus « lisses », en quelque sorte « prémâchés », les os de la mâchoire
se fragilisent, les dents ne sont plus tenues et tombent facilement. Il existe
un exercice taoïste qui consiste à « claquer » cent fois des dents, le matin
au lever. Cela permet de reconstituer la fibre osseuse mais il faut avoir de
bonnes dents pour le pratiquer (ne pas souffrir de bruxisme par exemple).
• La deuxième solution est liée à la vitamine D, une hormone qu’on
retrouve dans l’alimentation et qui est synthétisée dans l’organisme grâce
à une exposition régulière au soleil. Dix minutes par jour suffisent.
• La troisième solution, la plus importante pour la médecine traditionnelle
chinoise, est une recharge permanente de la batterie des Reins. Dans les
textes anciens, il est dit que l’énergie des Reins, cette batterie que l’on
doit recharger quotidiennement, gouverne les os du squelette. En
physiologie moderne, on sait que les glandes surrénales ont un rôle très
important dans la reconstitution des fibres de protéines osseuses et dans la
fixation des minéraux sur ces fibres. Le logiciel des Reins y joue un rôle
central. Les causes d’une ostéoporose vont bien au-delà d’une supposée
carence en minéraux. Consommer trop de liquides (ce qui génère une
fatigue des Reins), avoir des éjaculations à répétition (comme nous le
verrons dans le chapitre sur la sexualité), rester trop longtemps assis
devant un ordinateur sans se lever régulièrement pour mettre ses os en
pression, trop dormir, sont tout autant de causes de l’apparition de ce type
de pathologie. Mais aussi, puisqu’émotions et organes sont liés, l’excès
de stress, de peur, peut directement être mis en relation avec l’apparition
de l’ostéoporose.
Nous parlons de l’art de bien vieillir et nous savons désormais que la
mort intervient par le tarissement progressif de l’huile ancestrale contenue
dans le logiciel des Reins. Nous comprenons donc qu’à un certain âge, il est
normal que se mette en place une ostéoporose « physiologique ». Mais nos
habitudes de vie actuelle font débuter la vieillesse osseuse à 50 ans et non à
80 ans. La survenue d’une ostéoporose précoce et celle d’un Alzheimer vont
souvent de pair. Cela n’est pas surprenant si on comprend l’importance de
l’énergie des Reins dans l’apparition de ces pathologies. Si les peuplades
asiatiques ne se sont jamais servies des produits de la vache et si les hindous
ont « sacralisé » cet animal, c’était pour de bonnes raisons. On peut aussi se
poser les questions suivantes : alors que les pays du nord de l’Europe et les
États-Unis sont de très grands consommateurs de produits à base de lait de
vache et de leurs dérivés, pourquoi trouve-t-on chez eux la plus grande
fréquence de fractures du col du fémur ? Ne devraient-ils pas avoir des os en
« béton » ? En vérité, on peut très bien vivre en se passant de ces produits.
Cet apport alimentaire est, somme toute, relativement récent dans nos
sociétés. La ration quotidienne de légumes qui viennent de « la terre
minérale » et l’eau minéralisée que l’on absorbe devraient, si tout est mis en
œuvre par ailleurs, largement suffire à satisfaire nos besoins quotidiens en
minéraux.

Deuxième interdit : les graisses saturées


Il existe deux types de graisses, les graisses dites « insaturées » et celles
que l’on nomme « saturées ».
Les graisses insaturées sont indispensables pour le bon fonctionnement
de l’organisme. Elles nourrissent en particulier les cellules du cerveau. On les
trouve principalement dans les végétaux, en particulier sous forme d’huile.
Bien que certaines soient à proscrire, comme l’huile de palme ou l’huile
d’arachide, d’autres sont nécessaires et obligatoires quand on parle de
prévention de maladies cardio-vasculaires et des pathologies dégénératives du
cerveau, Alzheimer y compris. La plus importante est l’huile d’olive, comme
l’ont montré les nombreuses études réalisées sur les bienfaits du régime
crétois. Toujours dans l’optique du « juste milieu », je vous conseille
d’alterner avec d’autres huiles telles que celles de tournesol, de colza, de soja,
de cameline… Il est dit que l’on devrait en consommer quotidiennement
l’équivalent de deux à trois cuillerées à soupe !
Les graisses dites « saturées », comme leur nom l’indique, une fois
qu’elles ont pénétré dans l’organisme, ne peuvent quasiment plus se diviser,
ni être métabolisées. Elles sont considérées comme des déchets. Si
l’organisme a assez de forces, si le logiciel Rate-Pancréas, chef d’orchestre
de la digestion, est bien équilibré, ces déchets pourront être facilement
éliminés. Mais cela constitue une perte pour le corps, car l’énergie dépensée
afin de se débarrasser de ces déchets aurait pu servir à d’autres fonctions, ne
serait-ce que la recharge de la batterie des Reins. Par contre, en cas de
défaillances, de déséquilibres internes, de surconsommation, ces déchets se
transforment en Tan, dont j’ai parlé précédemment, Tan qui va
progressivement boucher tous les filtres de l’organisme et être à l’origine de
blocages, de stagnations. C’est une cause du « ramollissement cérébral » et
donc de l’apparition de pathologies dégénératives du cerveau. On retrouve
ces graisses saturées en grandes quantités dans :
– le beurre, les huiles hydrogénées (huile de palme, de coco…) ;
– les chips, les biscuits et certaines viennoiseries ;
– les graisses animales transformées et les graisses animales qui servent à
la confection des boulettes de viande, des saucisses, des hamburgers ;
– le chocolat noir – c’est même la plus grande source de graisses
saturées ! Donc à consommer avec modération ;
– les huiles de poisson, en particulier dans la sardine, l’huile de foie de
morue, de saumon ;
– les fromages (et évidemment tous ceux fabriqués à partir de lait de
vache) ;
– les graines et les noix, comme celles de macadamia ;
– les charcuteries ;
– la Chantilly.
Ne commencez pas à vous faire peur à la lecture de cette liste. Ces
aliments (mais pas tous) pris très modérément ont certains aspects bénéfiques
pour le corps. Réincorporez-les dans vos repas de fêtes ! On ne peut pas
prendre soin de sa santé et mettre en place une véritable politique de bien
vieillir, si on ne tient pas compte de cette évidence.

Troisième interdit : les sucres rapides


Il existe deux types de sucres : les sucres lents et les sucres rapides.
Les sucres lents, comme nous allons le voir par la suite, devraient être la
source même de notre alimentation quotidienne. On les trouve dans les
céréales, le riz, les tubercules et les légumineuses. Comme leur nom
l’indique, ces aliments dispensent très lentement de l’énergie dans
l’organisme. Ils sont disponibles pendant une longue durée et donc très utiles
en cas de pratique d’un sport. Ils ne provoquent pas non plus de pic
d’hyperglycémie et d’hypoglycémie réactionnelle, contrairement aux sucres
rapides. Ils apportent l’énergie nécessaire à la digestion du bol alimentaire,
permettant ainsi d’éviter une décharge inutile de notre batterie. Le surplus de
cette énergie va servir à recharger cette même batterie.
Les sucres « rapides », eux, vont très rapidement dans le sang et créent
un pic d’hyperglycémie, d’excès de sucre dans le sang. Le logiciel Rate, via
l’insuline, rééquilibre le taux de sucre dans le sang. Le sucre excédentaire se
transforme en éléments utilisés d’abord pour les fonctions hépatiques. Mais si
on dépasse les doses, ce surplus est stocké sous forme de graisses qui se
transformeront en Tan. Selon la tradition médicale chinoise, on ne devrait pas
consommer au quotidien plus que l’équivalent de 4 à 5 morceaux de sucre, y
compris les sucres rapides dits « cachés ». Quelques repères par rapport aux
sucres rapides :
– une canette de soda représente l’équivalent de 7 à 9 morceaux ;
– un thé glacé aromatisé, 8 morceaux ;
– un cornet glacé, 8 à 10 morceaux ;
– une part de gâteau, 5 morceaux ;
– une barre chocolatée, 5 morceaux ;
– une tablette entière de chocolat, 8 à 12 morceaux ;
– un yaourt aux fruits ou parfumé, une cuillerée à soupe de confiture, de
gelée, de miel, 4 morceaux ;
– un flan du commerce, une boule de glace, 5 morceaux ;
– un repas fast-food avec du soda, de 15 à 20 morceaux !
Une grande majorité d’Occidentaux (et pas seulement eux,
mondialisation aidant), consomment au quotidien l’équivalent de 20 à
30 morceaux de sucre… À vous d’en tirer les conclusions qui s’imposent !

Quatrième interdit : l’excès de certaines saveurs


J’ai présenté au début de ce livre les cinq logiciels-organes et les cinq
saveurs qui leur sont rattachées. La règle est la suivante (la même d’ailleurs
que pour la gestion des cinq émotions) : « Prises séparément, chacune des
saveurs nourrit l’organe cible auquel elle correspond. » Mais une saveur ne
doit jamais être en permanence dominante par rapport aux autres. De même,
elle ne doit pas être « trop violente » ou survenir d’un seul coup. Quand on
parle de saveur, il s’agit aussi bien de l’aspect quantitatif que qualitatif.
Prenons un exemple. On se donne souvent bonne conscience en remplaçant le
sucre par des édulcorants, des « sucrettes ». Or chacune d’elle a un goût dix
fois plus sucré qu’un morceau de sucre roux. Ce goût excessivement sucré va
générer un pic énergétique au niveau de l’organe cible qu’est la Rate et finira
par le déséquilibrer aussi sûrement qu’une consommation excessive de
« vrais » sucres. Attention donc à la mode « bonne conscience » de toutes ces
boissons light qui ne sont pas si light que cela.
Certains pays du nord de l’Europe commencent à interdire ce type de
produits. Ils se sont rendu compte qu’ils pouvaient causer de graves
déséquilibres au niveau du cerveau !
Je ne vais pas m’étendre outre mesure sur la saveur salée. Il suffit de
savoir que prise en quantité, elle est très nocive pour l’organisme. Elle
déséquilibre le logiciel Rein et a la propriété de « durcir » : c’est une des
premières causes d’artériosclérose et une des causes majeures de l’apparition
d’un Parkinson ou d’un Alzheimer. Le point de repère est le suivant : vous ne
devez jamais sentir qu’un aliment est salé dans votre bouche. C’est déjà trop
tard !
De même, on devrait bannir les salières sur la table. En effet, la plupart
des aliments sont salés naturellement. À nous d’en redécouvrir le goût grâce à
une mastication prolongée.
Je voudrais juste insister ici sur une saveur qui passe souvent inaperçue,
mais qui pourtant, quand elle est consommée en trop grande quantité, se
retourne contre l’organisme : c’est la saveur amère. On dit que la saveur
amère, prise en quantité raisonnable, « tonifie le Cœur ». Elle permet aussi
« d’ouvrir l’estomac », facilitant ainsi une future bonne digestion. Pensez aux
apéritifs (étymologiquement : « ouvrir l’appétit ») à base d’artichaut ou de
gentiane. Mais l’excès de cette saveur est nocif, il peut provoquer une baisse
de la température du corps, un ralentissement du transit et des métabolismes.
Il favorise la rétention d’eau, la prise de poids. Ce qui nous intéresse ici, c’est
l’effet de stagnation de sang et d’énergie qui peut alors se produire dans
n’importe quelle zone de l’organisme et en particulier au niveau du cerveau.
Nous avons vu que la stagnation générait les gonflements, les inflammations,
les douleurs, les thromboses… et toutes les pathologies associées. Or, on
retrouve cette saveur amère dans deux aliments que privilégient les
Occidentaux : le café et le chocolat. Ce sont deux aliments qui génèrent un
pic d’amertume dans le corps, même si cette saveur est « cachée » par du
sucre. Un café avec un carré de chocolat après le repas de midi est bénéfique
pour une future bonne digestion. Par contre, des cafés tout au long d’une
journée, a fortiori si le tempérament de la personne est plutôt Yin (aspect que
l’on retrouve très fréquemment chez les femmes) et une tablette de chocolat
avalée en fin de journée ne peuvent qu’entraîner votre auto-destruction. C’est
le Po, l’Âme corporelle, qui prend le dessus et vous entraîne vers la terre.

RÈGLE 3
L’assiette unique

Intéressons-nous maintenant à un concept que l’on retrouve dans toutes


les traditions culinaires : la règle de « l’assiette unique ». À elle seule, cette
règle va permettre à l’organisme d’arrêter de se fatiguer inutilement. Que ce
soit en Asie, en Afrique, en Inde, quand on a la chance de pouvoir voyager et
de partager les repas quotidiens de ces différents peuples, on se rend compte
que tous les aliments qui constituent un bol alimentaire sont présentés dans
une même assiette. Il n’y a pas « d’entrée », ni de « sortie » (de dessert). En
Occident, on vit dans une certaine opulence. On mange trop ! Certains ont
estimé que ce « trop » atteignait 30 %. Or, ces 30 % de plus vont obliger
votre organisme à travailler beaucoup plus que ce pour quoi il a été construit.
Il va donc s’user prématurément. De « la bouche à l’anus », nous ne sommes
en quelque sorte qu’une machine à digérer les aliments avec « des moteurs de
dérivation » que sont la Rate, l’Estomac, le Foie, les Intestins, les organes
excréteurs. Ils ont été programmés pour une certaine durée de vie. Si vous les
faites travailler 30 % de plus pendant toute une vie, ils ne pourront
évidemment pas tenir jusqu’à 100 ans… Cette usure prématurée est la cause
de nombreuses pathologies digestives. Cette simple constatation justifie
totalement le vieil adage : « L’avenir appartient à ceux qui mangent peu. »
Revenons à notre assiette unique. Imaginez le début d’un repas. Vous
avez faim et donc vous vous précipitez sur l’entrée. Vous « chargez » ainsi
votre assiette plus que de raison de crudités (qui risquent de refroidir votre
estomac si vous les prenez en début de repas) ou de pâté et autres charcuteries
que l’on devrait réserver aux repas de fête. Puis vient le plat principal. La
faim est toujours là et on a tendance à bien remplir son assiette. De plus, dans
notre subconscient est gravée la phrase : « Tu ne laisseras rien dans ton
assiette ». On va jusqu’au bout, alors qu’on aurait pu s’arrêter à satiété. Pour
finir, vient le sacro-saint dessert. On se précipite sur du fromage que l’on ne
devrait réserver qu’aux repas de fête (en privilégiant le fromage de chèvre ou
de brebis pour toutes les raisons vues précédemment). Ou on se délecte de
gâteaux, de douceurs, eux aussi dédiés aux repas de fête. Ou encore on
choisit en toute bonne conscience un fruit, en ignorant qu’un fruit n’est pas
digéré par l’estomac, mais par l’intestin grêle. Lorsqu’il est consommé en fin
de repas, il ralentit la digestion. L’organisme ne pourra pas en tirer tous les
nutriments dont il a besoin pour un fonctionnement optimal. Amusez-vous à
manger du melon après un repas et vous en aurez des relents tout l’après-
midi. Alors que, pris un quart d’heure avant le repas, l’estomac vide, il sera
complètement assimilé. Les fruits sont donc réservés au petit déjeuner ou au
goûter. Le dessert est la « cerise sur le gâteau », la « goutte d’eau qui fait
déborder le vase ». Autant il est facile de se passer d’entrée, autant il est plus
difficile de rester sur la dernière bouchée de son plat du jour. Alors, pour le
repas de midi, considérez qu’un café avec un carré de chocolat noir constitue
votre dessert.
L’application de cette simple règle de « l’assiette unique » vous permettra
de réguler votre poids. Vous verrez que sans aucun « régime », votre corps va
retrouver, de mois en mois, son équilibre. Et surtout, l’énergie inutilement
mobilisée pour digérer ce « surplus » du bol alimentaire, servira, entre autres,
à potentialiser le pouvoir d’auto guérison de votre organisme.

RÈGLE 4
La composition de l’assiette unique

Nous sommes donc en présence d’un repas dit « quotidien ». Nous avons
compris qu’il était tout à fait possible de se passer « d’entrée » et de « sortie »
et que tout ce que nous allons manger pendant ce repas se trouve dans une
seule assiette. On se rappelle que cette catégorie de repas sert à nourrir notre
corps, à fabriquer le sang et l’énergie dont une partie contribue au
fonctionnement des différents métabolismes et dont le surplus est utilisé pour
recharger la batterie des Reins.
Ce sont les sucres lents qui permettent de produire l’énergie dont le corps
a besoin. Où les trouve-t-on ? Prioritairement dans les céréales, avec en tête
de liste, le riz, qui est la céréale alimentaire la plus produite et consommée
dans le monde. Nous avons aussi le blé, le maïs, le quinoa, le seigle, le
sarrasin, le sorgho, etc. Les sucres lents proviennent aussi des tubercules
(pommes de terre, patates douces, tarots, ignames, topinambours), mais aussi
des légumineuses (fèves, haricots, pois chiches, lentilles, etc.), à condition
que votre organisme soit capable de les digérer. Ces aliments énergétiques
doivent être présents à chaque repas. On ne peut pas en faire l’impasse.
Certains pensent se « faire du bien » en ne mangeant que des légumes
pendant un repas. Ils ne prennent alors que de l’eau et n’ont pas assez
d’énergie pour assimiler le bol alimentaire. C’est une cause de prise de poids.
Dans « sucres lents », il y a le mot : lent. Cela sous-entend que la digestion de
ces aliments va se faire lentement dans l’estomac. Il va falloir activer cette
digestion, empêcher que ce type d’aliments stagne et devienne ce que les
Chinois appellent « un amas de nouilles » ! Ce sont les légumes qui vont se
charger d’accélérer la digestion des sucres lents. La présence de légumes à
chaque repas est indispensable pour une bonne digestion. Les légumes, grâce
à leurs fibres, vont permettre d’accélérer la digestion. Elles favorisent les
mouvements de l’estomac et surtout elles favorisent l’augmentation du
péristaltisme intestinal (mouvements de l’intestin). Ces fibres vont aussi
nettoyer, brosser, récurer les villosités intestinales.
En plus des sucres lents qui constituent la base de cette assiette unique et
des légumes qui favorisent la digestion, introduisons un troisième
composant : les protéines, qui contribuent à la production des muscles et des
chairs dans notre organisme. Mais que ce soit des protéines d’origine animale
(viandes, poissons, etc.) ou des protéines végétales (soja, tofu, légumineuses),
en Occident, nous en consommons beaucoup trop. Ce sont des aliments très
chargés en énergie. On dit qu’elles « yanguisent » l’organisme, et ce, de
manière trop brutale, trop exagérée. On ne mettra jamais assez en garde les
personnes qui, voulant perdre du poids, se mettent à suivre des régimes
hyperprotéinés. Ces régimes uniquement à base de protéines peuvent
effectivement faire perdre du poids en quelques jours. Le « feu » des
protéines brûle littéralement les graisses et fait « s’évaporer » les liquides.
Mais sitôt ce régime arrêté, elles reprennent du poids de plus belle. Si ce
n’était que cela, ce serait un moindre mal. Mais ce type de régime est très
dangereux pour la santé. « L’humidité interne », les graisses, les déchets,
sous l’action de ce « feu », vont se transformer en Tan. Et ce Tan, au contact
d’une stagnation, devient un poison que l’organisme doit absolument
éliminer. S’il n’en a pas la force, c’est la porte ouverte à de très nombreux
cancers, surtout du système digestif. Aussi on devrait appliquer la règle
suivante : exception faite des grands sportifs et des personnes exerçant un
métier qui demande beaucoup de muscle, un individu normalement constitué
qui suit les principes de la diététique du juste milieu ne devrait consommer
des protéines qu’à un repas sur deux. Cela sous-entend qu’un repas dans la
journée sera plutôt végétarien alors que l’autre pourra comporter des
protéines (pour déterminer lequel, voir p. 130).
Quelles sont les différentes proportions
de cette assiette unique ?
Pour un repas végétarien :
– 50 % de sucres lents ;
– 50 % de légumes.
Pour un repas avec des protéines :
– 50 % de sucres lents ;
– 30-35 % de légumes.
– 15-20 % de protéines.

RÈGLE 5
La transformation des aliments
en sucres lents

Cette règle va nous permettre de comprendre comment tirer le maximum


d’énergie du bol alimentaire, énergie que l’on va puiser prioritairement dans
la digestion des céréales, des tubercules ou des légumineuses. C’est une loi
fondamentale, oubliée de tous et pourtant enseignée autrefois dès les petites
classes en sciences naturelles. On donnait aux enfants un morceau de pain à
mâcher très longtemps dans la bouche. Le premier qui sentait un goût spécial
devait lever le doigt et le définir : c’était le goût du sucré. En médecine
traditionnelle chinoise, c’est la définition même de la saveur douce.
La règle est donc la suivante : « Une céréale, un tubercule, une
légumineuse ne se transforment prioritairement en sucres lents que dans la
bouche, sous l’action de la mastication et à condition que cet aliment soit
nature, mélangé à aucun autre ingrédient ».
Prenons un exemple : si vous mastiquez une tranche de pain nature, au
goûter par exemple, vous tirez un maximum d’énergie de ce pain. Cela vous
permet de réguler votre poids. Si par contre vous « saucez » avec ce pain, si
vous mettez de la confiture dessus, du miel, du chocolat…, cet aliment
devient lourd à digérer : vous prenez du poids. Toutes les civilisations
traditionnelles appliquent cette loi dans leur repas quotidien. En Inde, la
galette de blé se mange nature. On la mastique séparément des autres plats
présentés tout autour. Il en va de même pour le vrai couscous que l’on prend
sous la tente dans le désert. La graine se trouve au centre, les différents plats
disposés tout autour. Vous faites une boulette de semoule avec vos doigts,
vous la mastiquez longuement ; ensuite, vous puisez dans les autres plats. Et,
évidemment, dans tous les pays d’Asie, nous retrouvons le sacro-saint bol de
riz. On ne doit rien mélanger d’autre à ce riz. Le mode d’emploi est le
suivant :
– mastiquez longuement (votre riz, votre pain, vos pâtes, vos pommes de
terre… donc nature) soit 20 à 30 fois, jusqu’à ce que vous sentiez un goût
sucré dans la bouche ;
– après deux ou trois bouchées, passez aux autres ingrédients contenus
dans votre assiette, puis revenez aux sucres lents.
Si vous ne pratiquez pas ainsi, votre salive, qui est un véritable organe
capable de reconnaître les différents mets que vous mastiquez, ne pourra
transformer qu’une toute petite partie en énergie. Cette règle si simple à
comprendre peut à elle seule, quand elle est appliquée régulièrement, avec
constance, vous permettre de revenir à votre poids de forme. Mais vous
verrez aussi qu’en mangeant de cette manière, vous serez beaucoup moins
fatigué pendant la digestion et votre concentration ne s’en portera que mieux.

RÈGLE 6
La règle des trois heures

La règle des trois heures pourrait porter un autre nom : « la règle anti-
grignotage ». Lorsque vous avez terminé un repas, lorsque vous avez
mastiqué la dernière bouchée, vous ne devriez pas mettre, ne serait-ce qu’une
seule miette de pain dans votre bouche, et ce, pendant au minimum trois
heures. C’est pendant ce laps de temps qu’il faut boire (après avoir attendu
entre 15 et 20 minutes après la fin du repas). Prenons l’image suivante pour
expliquer cette règle. De la bouche à l’anus, nous ne sommes qu’un tube
digestif : bouche, œsophage, estomac, duodénum, intestin grêle, gros intestin,
rectum, anus. Sur ce « long tuyau » se greffent des organes, des « machines »
qui permettent la digestion et l’assimilation du bol alimentaire. Entre autres,
le foie, la vésicule biliaire, le pancréas… Si on compare cet appareil digestif à
une machine à laver le linge, on peut dire que c’est une machine à deux
tambours. Le premier, c’est la bouche avec ses dents, sa langue, son palais, sa
salive. Elle joue un rôle de « prélavage » grâce à la mastication. Ensuite,
chaque bouchée du bol alimentaire descend par un conduit dans un deuxième
tambour, l’estomac. Lorsque nous consommons notre « assiette unique »,
l’orifice entre l’œsophage et l’estomac est ouvert, celui entre l’estomac et le
duodénum est fermé. Plusieurs opérations vont alors se produire. Les
assouplissants, les lessives (sucs gastriques, sucs pancréatiques, salive…)
commencent à préparer le « lavage », la future digestion de ce bol
alimentaire. N’oublions pas qu’une bonne mastication amène jusqu’à un
demi-litre de salive dans l’estomac. C’est d’ailleurs une des raisons pour
lesquelles il ne faut pas boire, ou très peu, pendant un repas, car cela retarde
la digestion (l’eau dilue les sucs gastriques).
Ensuite, une opération essentielle commence, le tambour se met à
« tourner » (mouvement de malaxage de l’estomac), mais il ne le fait qu’une
fois le contenu de l’estomac à 38 °C. Quand vous mettez de l’eau à chauffer
sur une plaque de gaz ou électrique, il faut mobiliser une certaine quantité
d’énergie pour réaliser l’opération. Dans notre organisme, c’est la même
chose. Si la température moyenne du bol alimentaire est de 20 °C, pour
passer à 38 °C, le corps a besoin d’énergie. Et cette énergie, d’où provient-
elle en grande partie ? De la batterie des Reins, de vos réserves. La médecine
traditionnelle chinoise nous apprend que la digestion d’un bol alimentaire
peut aller jusqu’à vider de moitié cette batterie. Voilà pourquoi la mastication
est tellement importante. Elle permet de préchauffer le bol alimentaire dans la
bouche. C’est aussi la raison pour laquelle toutes les cuisines traditionnelles
évitent les crudités lors leurs repas quotidiens. Manger des légumes qui sont
déjà « froids » par nature et en consommer en grande quantité, crus, surtout
en plein hiver, de plus sans les mâcher suffisamment pour les « cuire dans la
bouche », ne peut avoir que des incidences négatives sur notre santé. Voilà
pourquoi, lorsqu’on est fatigué, surmené, en convalescence, même d’un
simple rhume, il ne faut pas surcharger le tambour de la machine par de trop
gros repas ou par des repas froids.
Un autre élément très intéressant, propre à la médecine traditionnelle
chinoise, pour mieux comprendre ce phénomène de la digestion, est le
concept des « Trois Foyers ». Le « Foyer inférieur », c’est la petite flamme de
la lampe à huile logée au niveau de l’énergie des Reins (c’est l’énergie dite
« innée », que les Chinois nomment « Ciel Antérieur »). Cette huile est notre
capital vital, il ne se reconstitue pas et il ne faudrait jamais puiser dedans sous
peine de vieillir prématurément. On peut considérer qu’à l’instar d’un
chauffe-eau, cette petite flamme sert de veilleuse, de starter à l’allumage du
« Foyer moyen ». Le « Foyer moyen », c’est l’Estomac, la Rate-Pancréas et
le Foie. C’est la digestion qui se fait à 38 °C.
Le « Foyer supérieur » (les Poumons) doit aussi « s’allumer » pour
favoriser l’évaporation des liquides. Si tel n’était pas le cas, on finirait par se
noyer dans nos liquides. Une fois que « la machine digestion » est terminée,
le clapet inférieur « s’ouvre », la « boue alimentaire » passe dans le
duodénum où la bile, sécrétée par la vésicule biliaire, continue son action de
digestion. Toutes ces opérations liées à la digestion d’un bol alimentaire
durent entre une heure et demie et trois heures. Tout dépend de la quantité
d’aliments ingérés, de notre état de fatigue, du climat extérieur ou
« intérieur », de notre état émotionnel… Si, pendant la durée de cette
digestion, vous prenez, ne serait-ce qu’un petit fruit sec, un biscuit, un carré
de chocolat, une douceur, une pomme, un petit morceau de pain… tous les
mécanismes que j’ai cités plus haut s’arrêtent ! La salive va de nouveau
donner des ordres, évidemment erronés, au système digestif qui va être
amené à sécréter de nouveaux sucs digestifs, etc., etc. Le corps ne sait plus où
il en est. Il se comporte un peu comme cette maîtresse de maison qui attend
un certain nombre de convives et qui apprend qu’elle en reçoit quatre de plus.
Elle a commencé à faire cuire son riz. En cours de cuisson, elle en rajoute !
Au final, le riz qui avait commencé à cuire sera beaucoup trop cuit, alors que
le riz rajouté, lui, ne le sera pas assez. Le repas sera immangeable. C’est
exactement ce qui se passe dans notre estomac. Cette stagnation d’aliments
mal digérés, liée à un grignotage excessif, est une des grandes causes de
fatigue, que l’on appelle « la fatigue du Foyer moyen ». C’est aussi un des
facteurs responsables du dérèglement énergétique du logiciel Rate-Pancréas,
chef d’orchestre de la digestion du bol alimentaire. Lorsque ce logiciel est
déréglé, le Tan apparaît. Or, nous avons vu que le Tan est en grande partie
responsable de l’entartrage du cerveau, et donc de l’apparition de la maladie
d’Alzheimer. Sévère conséquence pour des grignotages de prime abord
anodins !

RÈGLE 7
La règle des neuf jours

Cette règle concerne l’importance de varier le plus possible la


composition de notre bol alimentaire. Dans la diététique moderne, on se
raccroche à une vision mécaniste. On dissèque, analyse, pèse les différents
aliments. On parle de calories, de vitamines, d’oligo-éléments, d’enzymes,
d’oméga 1, 2, 3… On se comporte un peu comme une personne qui voudrait
regarder son écran de télévision avec une loupe et n’en percevrait que des
petits points, les pixels ! La médecine traditionnelle chinoise prend beaucoup
plus de recul, elle est beaucoup plus globale. Sa vision est avant tout
énergétique. On y parle de couleur, d’odeur, de saveur, de forme des
aliments, soit tout autant d’énergies vibratoires. On vous dit en Occident que
le lait de vache est bon pour la santé, car il contient du calcium. Que le
chocolat est recommandé, car il contient du magnésium. On va jusqu’à le
prescrire en cas de spasmophilie ! Mais on ne voit pas leurs côtés néfastes
pour la santé, dus à leur consommation effrénée.
Pour la médecine traditionnelle chinoise, quels que soient les aliments
que l’on ingère, une bonne digestion du bol alimentaire ne dépend que d’un
seul facteur : l’état d’équilibre énergétique de votre logiciel Rate-Pancréas.
Quand ce « chef d’orchestre » de la digestion est bien équilibré, il est capable
de discernement : il peut trier le bon du mauvais, prendre dans chaque bol
alimentaire la quantité de vitamines, d’oligo-éléments qui lui est nécessaire
pour la vitalité du moment. Il est même capable de prévoir et de stocker, de
mettre en réserve certains éléments. D’où cette règle : « Vous ne devriez
manger qu’une à deux fois le même légume, le même fruit ou la même
protéine pendant un laps de temps de neuf jours. » Comme dans ces neuf
jours, il y a dix-huit repas, vous pourrez manger deux fois le même aliment
pour ne pas jeter les restes. L’application de cette simple règle vous met à
l’abri de toutes les carences. Elle vous permet aussi de faire l’impasse sur
l’analyse à la loupe de la composition des aliments. Il existe un corollaire à
cette règle : « Il faut consommer les fruits et légumes de saison et de la région
où vous vivez. » Chaque fruit, chaque légume, chaque végétal ou chaque
produit d’origine animale est un médicament à part entière avec une nature,
une saveur, un organe cible. Leur consommation régionale et saisonnière a
pour effet de tonifier l’organe cible. En prendre trop se retournerait contre
l’organisme. Pendant la période estivale, manger deux à trois fois des tomates
en neuf jours est excellent pour votre corps. En effet, pour la médecine
chinoise, les tomates reconstituent les liquides organiques, apaisent la soif et
tonifient le Yin des Reins. Prises de manière excessives, elles agressent les
Reins et deviennent nocives.
L’application de cette loi va vous obliger à lister les fruits et légumes de
saison. Elle vous permettra aussi de sortir de la monotonie du steak-frites-
salade quotidien. Sur les étals des marchands de fruits et légumes, quelle que
soit la saison, vous en trouverez, sans aucun problème, assez pour en changer
neuf jours d’affilée. Pour vous aider à commencer vos listes, voici deux
tableaux :

Les fruits par saison

Printemps Été Automne Hiver


abricot, amande abricot, airelle, avocat, ananas, avocat,
fraîche, ananas, amande, avocat, châtaigne, citron,
avocat, banane, banane, brugnon, citron, clémentine,
cassis, cerise, cassis, cerise, citron, clémentine, datte, fruit de la
citron, datte, fraise, figue, fraise, fraise coing, datte, passion, goyave,
fraise des bois, des bois, framboise, figue, fruit de la grenade, kaki,
framboise, fruit de fruit de la passion, passion, kaki, kiwi, litchi,
la passion, kiwi, groseille, kiwi, kiwi, litchi, mandarine,
mandarine, melon, litchi, mangue, mandarine, mangue, orange,
mûre, pomme, melon, mirabelle, mangue, orange sanguine
orange sanguine, mûre, myrtille, marron, myrtille, pamplemousse,
pamplemousse, nectarine, papaye, noisette, noix, papaye, poire,
papaye, prune pastèque, pêche, olive, orange, pomelo, pomme
(quetsche, reine- poire, pomme, prune papaye, pêche
claude), rhubarbe (quetsche, reine- de vigne, poire,
claude), raisin, pomme, prune
rhubarbe (quetsche, reine-
claude), raisin
Les légumes par saison

Printemps Été Automne Hiver


ail, artichaut, ail, artichaut, asperge artichaut, betterave,
asperge blanche, blanche, asperge aubergine, bette, brocoli, cardon,
asperge verte, verte, aubergine, betterave rouge, carotte,
aubergine, bette, batavia, bette, bolet, brocoli, catalonia, céleri,
betterave, carotte, betterave rouge, carotte, catalonia, chou, chou
céleri-rave, chou brocoli, carotte, céleri-rave, blanc, chou de
blanc, chou-fleur, céleri-rave, céleri- céleri-branche, Bruxelles,
chou frisé, chou- branche, chou blanc, cèpe, chou chou-fleur,
rave, chou rouge, chou de Bruxelles, chinois, chou de chou frisé, chou
concombre, chou chinois, chou- Bruxelles, chou- rouge, chou
courgette, fleur, chou frisé, fleur, chou frisé, chinois,
cresson, endive, chou romanesco, chou rouge, citrouille,
épinard, fève, chou-rave, chou citrouille, coprin courge, cresson,
fenouil, laitue rouge, concombre, chevelu, courge, crosne, endive,
romaine, lentille, cornichon, courge, cresson, endive, épinard, mâche,
navet, oignon, courgette, cresson, épinard, fenouil, navet, oignon,
oseille, patate épinard, fenouil, laitue, mâche, oseille, panais,
douce, petit fève, haricot vert, maïs, navet, patate douce,
oignon blanc, laitue romaine, oignon, panais, pissenlit,
petit pois, poireau, lentille, maïs, patate douce, poireau, pomme
pois gourmand, mesclun, navet, pied-de-mouton, de terre,
poivron, pomme oignon, oseille, pleurote, poireau, potiron, radis,
de terre, radis, patate douce, potimarron, salsifis,
radis long, salade pâtisson, petit oignon potiron, radis, topinambour
frisée, tomate blanc, petit pois, pois rosé des prés,
mange-tout, poireau, salsifis,
poivron, pomme de topinambour,
terre, potiron, radis, trompette de la
radis long, salsifis, mort
tomate

Quant aux protéines, qu’elles soient d’origine végétale ou animale, il est


très facile d’en changer tous les jours. En revanche, le riz et les différentes
céréales peuvent être pris à chaque repas. Ces aliments, qui fournissent des
sucres lents, n’ont pas besoin de suivre la règle des neuf jours. Nous avons vu
qu’un des symptômes de la maladie d’Alzheimer était la perte progressive du
goût et de l’odorat. Le fait de bien mastiquer, de varier le goût et les saveurs
est un exercice très puissant pour prévenir cette pathologie.

RÈGLE 8
L’importance de la mastication

Lorsque nous étions enfants, nos grands-parents et nos parents nous


répétaient à longueur de repas : « N’engouffre pas, mâche encore et encore. »
Faites l’expérience suivante. La prochaine fois que vous irez au restaurant,
observez les personnes autour de vous. En moyenne, elles mastiquent chaque
bouchée du bol alimentaire 4 à 5 fois, puis avalent, alors que l’on devrait
mâcher 20 à 25 fois minimum chaque bouchée. En médecine traditionnelle
chinoise, il est même dit que l’on devrait « mâcher » les liquides, les soupes,
afin de bien les mélanger avec la salive. Quand on regarde le visage d’un
centenaire en bonne santé, trois critères de longévité sautent aux yeux. Il
possède les rides du sourire. Cela sous-entend qu’il a « un Cœur ouvert » et
qu’il irradie l’amour. Ensuite se dégage un air de quiétude de son visage et de
ses yeux. Enfin, il a les muscles de la mastication très développés. Cela
prouve que la mastication est devenue, chez lui, une sorte de « compétence
inconsciente », un véritable réflexe conditionné ! C’est ce vers quoi nous
devrions tendre pour optimiser nos chances d’atteindre la longévité en bonne
santé. Mâcher ne veut pas dire ralentir le temps d’un repas par une
mastication trop lente, comme le font les enfants qui tardent à avaler une
bouchée d’aliment qu’ils détestent. Non. La mastication doit être rapide. On
doit triturer les aliments à l’aide de ses dents, de sa langue jusqu’à ce qu’ils
deviennent une purée dans la bouche. En pratiquant ainsi, on a déjà fait le
quart de la digestion, autant d’énergie à dépenser en moins pour les
opérations qui vont suivre.
Comme vu précédemment, le premier effet de la mastication est de
transformer les céréales, les tubercules ou les légumineuses en sucres
lents, en énergie. Cette réaction chimique ne peut se faire que dans la
bouche, à condition que la céréale soit nature, sans l’adjonction d’aucun autre
ingrédient, à part un peu d’huile dans les pâtes pour éviter qu’elles ne collent.
Si on met du beurre, de la sauce tomate, du gruyère, du parmesan, du
ketchup…, le riz ou les pâtes seront beaucoup plus longs à digérer et vous ne
tirerez que très peu d’énergie du repas.
En médecine chinoise, on considère qu’il y a deux catégories de salive :
5
– une salive sécrétée par la parotide , à mettre en relation avec le logiciel
Rate et qui contient plus d’enzymes permettant une bonne digestion ;
– une salive sécrétée sous la langue, par la glande sublinguale, qui
appartient aux Reins et sur laquelle je reviendrai dans le chapitre sur la
sexualité.

Mâcher fait perdre du poids


Si vous mâchez 20 à 30 fois chaque bouchée, votre repas durera plus de
temps que pris à la va-vite sans mastiquer. En mâchant, vous allez être beaucoup
plus vite rassasié. En mangeant moins, vous allez perdre du poids. Une autre
raison de cette perte de poids est le surplus d’énergie que vous allez tirer du bol
alimentaire et qui va permettre de wtonifier la Rate-Pancréas. Ce logiciel est bien
équilibré quand vous conservez toujours le même poids ; même si vous faites
épisodiquement de « gros repas » le volume de vos selles augmente en
conséquence. La mastication permet de diminuer de moitié le temps de la
digestion du bol alimentaire. C’est autant d’usure prématurée en moins pour la
« machine digestion ».

Notre maître expliquait que bien mastiquer tonifie l’énergie de la Rate.


En effet, l’hypersécrétion de salive permet de redonner à la Rate son pouvoir
de chef d’orchestre de la digestion du bol alimentaire. Dans les textes
anciens, on retrouve la phrase suivante : « Mâcher permet de lutter contre la
dépression. » Certes, il s’agit d’un sacré raccourci. Mais cela peut se
comprendre quand on se rappelle que les comportements liés à la Rate sont
« ressasser le passé », l’excès de réflexion, la dépression. C’est l’image que
donne le « Penseur de Rodin ». Le fait de tonifier cet organe, grâce, entre
autres, à une bonne mastication permet de dissoudre progressivement le
syndrome dépressif. Petite référence : l’organe Rate se dit « spleen » en
anglais ! Il est fondamental dans l’art de bien vieillir de cultiver l’art de bien
mâcher.

Pour une meilleure circulation du sang et de


l’énergie
Une autre action, directement liée à la mastication, est de permettre au
sang, aux liquides organiques (voir p. 111) de mieux circuler. En effet, nous
avons vu qu’une bonne mastication pouvait mobiliser jusqu’à 0,5 l de salive.
Les liquides organiques, les différents compartiments liquidiens de
l’organisme sont interdépendants. Il se produit en permanence des échanges
entre eux. La salive fait partie de ces liquides organiques. Elle provient de la
lymphe, du sang, des liquides interstitiels. Le fait de bien mastiquer réactive,
en quelque sorte, la pompe de cette circulation. C’est une action très
importante qui permet de prévenir l’apparition de « stagnations » dont j’ai
longuement parlé précédemment.

Pour rejeter les particules indésirables


Souvent, les aliments contiennent des particules indésirables, des
éléments qui peuvent blesser les muqueuses. Plus on mange sainement, plus
on est confronté à ce genre de problèmes. Ainsi, très souvent, la dernière
enveloppe des céréales bio, complètes ou demi-complètes échappe au
filtrage. La mastication permet de la sentir et de la rejeter. De même pour les
arêtes de poisson. Si ce type d’élément pénétrait dans l’organisme, il pourrait
blesser la muqueuse œsophagienne, mais surtout les villosités intestinales, et
être en partie à l’origine de l’apparition de polypes.

La salive est « intelligente »


Comme nous l’avons déjà vu, la salive est capable de reconnaître et
d’« analyser » (sur le plan énergétique) les aliments présents dans la bouche. À
partir de cette reconnaissance, elle donne les indications nécessaires au logiciel
Rate pour que celui-ci sécrète la juste quantité « de lessives et assouplissants »
pour digérer au mieux le bol alimentaire. La salive perd en partie cette fonction si
elle est en présence d’aliments « mélangés » dans la bouche. C’est une des raisons
pour lesquelles la diététique chinoise préconise les « régimes dissociés », non pas
d’un repas sur l’autre, comme on l’a mal compris en Occident, mais au cours d’un
même repas ! Évitez le plus possible de mélanger les aliments. Faites le test et
vous verrez le gain d’énergie que vous obtiendrez. Pour toutes ces raisons, et bien
d’autres encore, il va vous falloir apprendre ou plutôt réapprendre à mâcher
chaque bouchée beaucoup plus longtemps que vous ne le faites, et ce, le plus
régulièrement possible. C’est un peu comme apprendre à respirer, c’est très facile
à comprendre, à conceptualiser, mais la pratique quotidienne n’est pas si évidente.
Prenez le temps du changement. Ce simple exercice vous ouvrira les « portes de
la pleine conscience ».
RÈGLE 9
La règle de l’hydratation

Si dans les traités contemporains sur la diététique, on retrouve de


nombreux éléments cités dans ce chapitre, pratiquement tous ces ouvrages
font l’impasse sur l’un des thèmes pourtant essentiels en médecine
traditionnelle chinoise : l’hydratation. Et quand il est abordé, son contenu
s’oppose le plus souvent aux enseignements dispensés par toutes les
diététiques traditionnelles.

Quelques rappels physiologiques


Notre organisme est fait de 70 à 80 % de liquides, et selon certains points
de vue, de même plus encore. Le corps contient l’équivalent de plus ou moins
50 % de son poids en eau. Les deux tiers du volume appartiennent aux
compartiments intracellulaires, le tiers restant aux compartiments
extracellulaires, dont 3 litres pour le plasma, 12 litres pour les liquides
interstitiels, la lymphe, le liquide céphalo-rachidien. Dans ces liquides
organiques, on retrouve :
– le sang artériel et veineux ;
– les liquides lymphatiques ;
– les liquides présents sous la surface de la peau et qui lubrifient la peau,
les poils, les différents orifices ;
– les liquides qui lubrifient les tendons, les muscles, les différents
viscères ;
– les larmes, la salive, les liquides sinusaux, intra-oculaires, intra-
auriculaires ;
– les liquides synoviaux, qui lubrifient les articulations.
Ces liquides ne sont pas cloisonnés et peuvent se retrouver tantôt lymphe,
larme, salive ou sang. Ils sont vitaux et une baisse brutale de 10 % (diarrhées,
hémorragies, sauna…) peut très vite être létale. L’élaboration de ces liquides
organiques est un processus très complexe. Il faut savoir qu’à chaque niveau
du corps, les liquides sont transformés en « purs » et « impurs ». On dit en
médecine chinoise que « les éléments purs montent et que les éléments
impurs descendent ». Mais toutes ces transformations sont sous la
dépendance du logiciel Rate-Pancréas. C’est lui qui conditionne la qualité et
la quantité de tous ces liquides. Par ailleurs – et c’est très important à
comprendre –, il y a d’un côté des entrées de liquides et de l’autre des sorties.
Entre ces entrées et sorties, l’organisme voit en permanence ses liquides
organiques renouvelés.

Les « entrées »
L’air inspiré est chargé d’humidité. Certaines personnes ayant une
faiblesse de la batterie des Reins peuvent prendre du poids les jours de pluie.
C’est pour cette raison d’ailleurs que sous les climats chauds et humides, les
aliments piquants sont privilégiés. Ils ont en effet pour vertu d’assécher cet
excès d’humidité dans l’organisme. Ces mêmes produits consommés
exagérément sous nos climats tempérés génèrent un « feu dans le sang »,
responsable entre autres d’eczéma.
Les liquides pénètrent aussi dans l’organisme par les aliments que l’on
ingère, que ce soient les légumes, les fruits, mais aussi le riz, les pâtes, les
viandes… On peut par exemple très facilement prendre du poids en ne
mangeant que des légumes et des fruits qui ne sont que de l’eau, si on
n’absorbe pas en contrepartie des céréales qui, par l’énergie qu’elles dégagent
au moment de la digestion, permettent d’éliminer cet excédent de liquides.
Les liquides peuvent aussi pénétrer par la peau. En médecine traditionnelle
chinoise, peau et Poumon font partie d’un même logiciel-organe. La peau
respire. Quand vous êtes immobile dans un bain, vous voyez des milliers de
bulles d’air apparaître sur votre peau. À ce propos, on se lave trop et mal en
Occident. Il ne faut pas oublier que la peau sécrète une substance qui la
protège de l’intrusion des microbes et autres « bébêtes » indésirables. À force
de trop nous décaper, nous fragilisons notre organisme. Ainsi, on devrait, le
plus souvent, ne savonner que les aisselles et les parties génitales, laisser
« couler l’eau » sur le reste de son corps et ne prendre qu’une douche par jour
(sauf circonstances exceptionnelles : forte chaleur, activité physique
importante…). Dans les méthodes Yang Sheng Fa de l’art de bien vieillir, il
est préférable de prendre des douches plutôt que des bains. En effet, les
phénomènes d’osmose font qu’à travers une paroi poreuse (la peau), les
liquides vont aller d’un milieu non concentré vers un milieu concentré pour le
diluer. Or, dans un bain, les pores de la peau sont ouverts (eau à 38° C) et
l’organisme a une concentration de 9 g par litre de sel. La pénétration de
liquides est donc loin d’être négligeable. Un excès de bains nous fait prendre
du poids. Pesez-vous avant et après pour le vérifier. Le seul moyen de
remédier à cet état de fait est de rajouter 800 g à 1 kg de sel dans son bain.
On rétablit ainsi la pression osmotique et le bain peut alors détendre sans
pour autant fatiguer. Enfin les liquides vont évidemment pénétrer par les
boissons que l’on ingère.

Les « sorties »
L’air que l’on expire est chargé de « chaleur-humidité ». Même en plein
été, quand on expire devant une vitre, on fait de la buée. Quand on parle ou
qu’on chante trop, les muqueuses se dessèchent très vite.
La peau transpire en permanence. Cette transpiration est le plus souvent
invisible. On l’assimile à une évaporation. Ce n’est pas pour rien que, dans le
désert, les Touaregs portent plusieurs couches de vêtements amples, laissant
circuler l’air entre la peau et les tissus. Si on conserve pendant trop
longtemps les bras et les jambes nus sous de tels climats, la déshydratation
est inévitable.
Les urines. En 24 heures, les Reins filtrent 1 500 litres de sang, soit
environ 300 fois les 5 litres de sang d’un adulte ! Il ne faut pas perdre de vue
la règle suivante : « Les Reins sont une machine à filtrer les déchets et non
pas les liquides. » Notre organisme ne pouvant pas stocker, à la manière d’un
chameau, l’eau dont il a besoin, il est de la plus grande importance de
conserver ce que l’on appelle un « équilibre hydrique ». Les entrées et les
sorties doivent se compenser. En moyenne, un adulte élimine deux à trois
litres d’eau par jour dont :
– 1 à 1,5 litre par les urines ;
– 1 litre par la sueur et la respiration ;
– 0,2 litre par les matières fécales.
Il doit compenser ces pertes : avec l’eau contenue dans les aliments (de
0,6 à 1 litre) et l’eau contenue dans l’humidité de l’air (de 0,4 litre à
beaucoup plus selon le climat) et la boisson. Ces données de la physiologie
moderne vont à l’encontre de ce que l’on nous enseigne en permanence :
« Pour éliminer, buvez, buvez 1,5 litre à 2 litres, voire, dans certains cas,
3 litres par jour ! » C’est beaucoup trop ! Les enseignements de la médecine
traditionnelle chinoise préconisent ceci : un individu normalement constitué
qui vit sous un climat tempéré ne devrait pas boire plus d’un litre de
liquide, absorbé en petites quantités fractionnées. Il faut éviter de boire
une grosse quantité d’un seul coup (comme on le fait traditionnellement au
petit-déjeuner), et il faut s’abstenir de boire pendant les repas (comme nous
l’avons vu), sous peine de ralentir la digestion en diluant les sucs digestifs. Et
n’oubliez pas qu’une bonne mastication génère plus de 0,5 l de liquides.
Au regard des pathologies rencontrées en cabinet par les praticiens, ce qui
va suivre devrait devenir un enseignement prioritaire, et ce, dès le plus jeune
âge. En effet, à elle seule, cette règle de diététique, appliquée avec
discernement, et surtout sans précipitation, va vous transformer et devenir un
facteur déterminant de votre santé. Et d’ailleurs, à l’heure actuelle, beaucoup
de nutritionnistes, surtout américains, se sont penchés sur cette question et,
dans les conclusions de leurs travaux, ils en sont revenus à préconiser au
maximum 1 litre quotidien. Dans l’art de bien vieillir, il s’agit d’un point
crucial.
En Occident, on ne sait plus boire. Depuis deux ou trois générations, on
s’est éloigné de la tradition. La consommation habituelle est de l’ordre de :
– une à deux grandes tasses de thé ou de café, le matin au lever ;
– un ou deux verres d’eau dans la matinée ;
– deux ou trois pendant le déjeuner, autant l’après-midi et au dîner ;
– et, « cerise sur le gâteau », la tisane du soir.
Sachant que cinq « verres à moutarde » font un litre, cela fait plus de
deux litres et demi au quotidien, sans compter les boissons nocturnes !
On boit donc beaucoup trop. Les Reins ont été conçus pour filtrer, au
travers du sang, une certaine quantité de liquides au quotidien. Si vous
augmentez en permanence le volume sanguin total, si vous buvez en
permanence plus que de raison, la « machine » va se mettre en surrégime et
se fatiguer pour rien. À un certain moment, que ce soit à la ménopause, où se
produit un affaiblissement physiologique de l’énergie des Reins, à la suite
d’un grand stress de vie ou tout simplement avec l’âge, cette machine va
dire : « Stop ! Je ne peux plus filtrer autant ! » Une des premières
conséquences sera la prise de poids par rétention de liquides.
Il faut savoir que, comme l’excès de consommation de saveur sucrée,
l’excès de boissons est une cause d’obésité. La médecine traditionnelle
chinoise va encore plus loin. Trop boire finit par déséquilibrer le logiciel
Rate-Pancréas et générer ce que l’on appelle un état « d’humidité interne ».
Cette « humidité interne » est très dangereuse, car elle peut se transformer en
Tan. Mais surtout, trop boire provoque l’affaiblissement de l’énergie des
Reins, avec toutes les conséquences que nous avons vues précédemment. Les
déséquilibres générés par ce « trop boire » sont en effet la cause d’apparition
de multiples pathologies comme l’ostéoporose, l’hypertension artérielle, les
insuffisances rénales, mais aussi les maladies dégénératives au niveau du
cerveau, maladie d’Alzheimer y comprise.
Dans le cycle d’une vie, la vieillesse correspond à un affaiblissement
physiologique de la batterie des Reins, de l’huile ancestrale qui va
progressivement se tarir jusqu’à l’extinction de la « flamme de Vie ». C’est
très souvent le Yin des Reins qui diminue, entraînant une augmentation du
Yang, de la chaleur. À cause de ce « feu intérieur », une personne âgée se
déshydrate très facilement. En France, une grave erreur a été commise suite à
la grande canicule de 2003. Certes, elle a été la cause de milliers de morts par
déshydratation, d’autant plus qu’une personne âgée qui vit seule oublie très
souvent de boire. Mais, par principe de précaution, on a ensuite obligé les
personnes âgées à boire plus que de raison, et surtout de trop grandes
quantités d’un seul coup. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Le pic de
mortalité a été aussi important l’année d’après. Tout urgentiste vous dira que
pour réhydrater une personne âgée, il ne faut surtout pas la faire boire trop
d’un coup, mais la mettre très lentement sous perfusion. Plus que jamais,
quand on atteint un certain âge, il convient de suivre cette règle du « un
litre », en insistant sur le fractionnement. Cette règle doit évidemment être
modulée selon les circonstances. Si vous avez trop transpiré, à la suite de la
pratique d’un sport, il faut boire évidemment un peu plus, mais pas
obligatoirement des litres et des litres, sous peine de fatiguer de manière très
importante votre énergie des Reins. Il faut plutôt opter pour des boissons
dites « à fort potentiel d’hydratation ». J’en reparlerai un peu plus loin (voir
p. 117). Quand souffle un vent sec, comme le mistral dans le Sud, on peut
boire 1,2 litre. Par contre, en cas de pluie, 0,8 litre suffit. Tout est question de
logique, de ressenti et surtout d’observation.
La soif est un symptôme à prendre en considération. On dit en médecine
chinoise qu’on ne devrait jamais avoir soif. La soif est un symptôme, signal
d’alarme de « trop tard », qui vous indique que cela fait plus de trois heures
que vous n’avez pas bu et que vous êtes déjà en position de déséquilibre
hydrique. Cela peut aussi refléter un état de chaleur interne, par exemple
après un repas trop lourd. Ce symptôme est également à mettre en relation
avec une faiblesse du Yin des Reins, qui déclenche une sécheresse de la
gorge. On peut aussi citer la soif du diabétique. Le problème est que, dans ces
cas de figure, plus on boit, plus on aggrave cette symptomatologie.

Vers quelle boisson se tourner ?


Nous venons de prendre conscience que pour conserver une bonne santé,
il ne fallait surtout pas « se noyer » dans un excédent de liquides, qu’il fallait
fractionner le plus possible sa boisson en évitant de dépasser le litre par jour,
tous liquides confondus. Il convient maintenant de se poser la question :
« Que boire pour hydrater au mieux tous nos compartiments liquidiens ? » On
peut diviser les boissons en quatre catégories : les boissons chimiques, les
jus, les boissons alcoolisées et l’eau.
En ce qui concerne les boissons que l’on peut qualifier de
« chimiques », comme les sodas et des dizaines d’autres du même acabit, un
livre entier ne suffirait pas pour présenter tous leurs effets négatifs sur la
santé et les addictions qu’elles génèrent. Nous avons bien compris que
l’accession à la longévité ou l’art de bien vieillir ne pouvait aller de pair avec
la prise quotidienne de telles boissons !
Les jus, qu’ils soient de fruits ou de légumes, sont très rarement
consommés dans les différentes diététiques traditionnelles. Les soupes
consommées en Afrique, en Inde ou en Asie sont des soupes « claires », non
mixées, où « flottent » des légumes et des viandes. Une des raisons est que
notre organisme a absolument besoin de fibres longues pour un bon
fonctionnement du péristaltisme intestinal, une bonne digestion du bol
alimentaire. Ces fibres favorisent l’évacuation des déchets qui pourraient se
transformer en Tan s’ils devaient rester trop longtemps dans le tube digestif.
Or, les jus « cassent » littéralement ces fibres. Une autre raison est avancée
par la médecine chinoise. Prenons l’exemple du jus d’orange du matin.
Quand on épluche une orange, il reste une « peau blanche » collée au quartier
du fruit. Cette « peau » est un médicament qui a la capacité de dissoudre les
graisses et le Tan. Chaque quartier d’orange possède aussi des fibres longues
excellentes pour les intestins et la digestion. De plus, dans une orange, vous
avez l’exacte quantité de saveur acide capable de stimuler son organe cible, à
savoir le Foie. Mais un jus d’orange est équivalent à 2 à 3 oranges dont on a
perdu les fibres longues ainsi que certaines substances favorisant la
dissolution du Tan. Et la « dose » de saveur acide est largement dépassée.
Cette saveur va se retourner contre l’organisme, contre le logiciel Foie. Or,
comme tous les tendons sont à mettre en relation avec l’énergie du Foie, il ne
faudra pas s’étonner de voir apparaître des raideurs articulaires à force de
prendre trop de saveur acide. Il existe une autre raison pour ne plus boire le
jus d’orange du matin, sauf en « repas de fête ». Le matin au lever, on se
retrouve très souvent avec une hyperacidité dans l’estomac. En effet, le pic
métabolique du Foie se situe en seconde partie de nuit, si l’énergie de cet
organe est déjà en plénitude, la présence d’acide dans l’estomac en est
anormalement élevée. C’est d’ailleurs l’heure des reflux gastriques
responsables de toux sèche, de brûlures œsophagiennes et de mauvaise
haleine. En rajoutant un jus d’orange, soit un nouvel excès d’acide, le matin
au lever, on ne fait qu’aggraver cet état.

Les boissons alcoolisées. Il y a les alcools « forts » et ceux qui sont plus
« soft ». Traditionnellement en Chine, les alcools forts sont réservés aux
repas de fête, pour égayer une assemblée, faire monter le Shen, l’Esprit. Les
Chinois sont passés maîtres dans la fermentation de tout ce qui pouvait
l’être ! De très nombreuses formules médicamenteuses sont mélangées à ce
type d’alcool, pour favoriser leur diffusion dans le corps et permettre ainsi
une action plus rapide. Mais il est évident qu’il ne faut pas en abuser.
Parmi les alcools plus doux, la bière, prise à l’occasion, surtout quand il
fait chaud, peut être très agréable, et l’effet de ses ferments, utile pour
l’organisme. Mais plusieurs bières au quotidien se retournent contre le corps.
Le plus souvent, on ne boit pas la bière chaude et on ne la chauffe pas non
plus dans la bouche. Or, nous avons vu que le froid génère des stagnations.
De plus, la présence de bulles de gaz favorise un météorisme intestinal : c’est
pour cela que les buveurs de bière ont un ventre proéminent. Quant aux vins,
on devrait faire très attention à ne pas trop consommer de vins blancs, et a
fortiori rosés. En effet, pour les conserver, on est souvent obligé de mettre
trop de dérivés sulfureux. Et le soufre est très agressif pour le foie. Une
ivresse au vin rosé peut être à l’origine de très fortes migraines, avec des
yeux douloureux. Les symptômes « d’après cuite » avec le rouge sont moins
aigus, on se retrouve dans un état cotonneux. En revanche, un verre d’un bon
rouge, lors de l’un des deux repas de la journée, favorise la circulation
sanguine et peut même être une aide au nettoyage des artères. Ce n’est surtout
pas une boisson que l’on doit mettre à l’index quand on vieillit, à condition
évidemment d’en respecter les limites de quantité. Il vaut mieux prendre un
verre de bon rouge à table plutôt que de consommer trois verres d’eau
« bonne conscience ».

L’eau. En pensant à l’eau, nous avons tous l’idée : « Voilà, c’est cette
boisson qu’il faut au quotidien pour hydrater notre corps. » Mais, l’eau nature
ne peut « nourrir » nos compartiments liquidiens que lorsque sa température
est de 38 °C. L’eau à température ambiante ou froide passe directement de
l’estomac dans l’intestin grêle. Vous allez uriner « pour rien ». Les urines
seront claires, alors que normalement elles doivent être de couleur jaune
paille. Les Reins perdent alors leur rôle d’élimination des déchets. On peut, à
la rigueur, réchauffer cette eau dans la bouche, ce que les Chinois signifient
quand ils parlent de « mâcher les liquides ». Mais trop souvent, on la boit à
pleines gorgées. Et consommer de l’eau chaude n’est pas très attrayant.
Sachant cela, on décide de se tourner vers les tisanes et d’en boire le plus
possible. Toutefois, une tisane est une boisson qui contient une ou plusieurs
plantes médicinales comme le thym, la verveine, la menthe, le tilleul. En tant
que « médicament », il ne faut pas consommer la même plante pendant trop
longtemps, sous peine de voir celle-ci se retourner contre l’organe cible.
Prendre de la verveine de temps en temps est excellent pour l’organisme. En
prendre tous les jours, pendant des semaines, se retourne contre lui. À ce
propos, quand on prend une tisane, il ne faut pas en boire un grand bol. Un
verre suffit pour dispenser au corps toutes les vertus de la plante. Donc, les
tisanes ne peuvent pas devenir votre boisson pluriquotidienne.
Mais il existe une boisson connue dans le monde entier, consommée
depuis des millénaires en Asie, en Inde et en Afrique, qui peut être prise
pendant toute une vie sans pour autant se retourner contre l’organisme. C’est
le thé.

Le thé, boisson de longue vie


Il existe deux grandes catégories de thé :
– les thés en provenance d’Inde (Assam, Darjeeling, Nilgiri…), de
Ceylan (Dimbula, Nuwara, Uva…), certains thés d’Afrique ;
– les thés chinois.
Les thés indiens ne sont pas adaptés à nos climats tempérés, mais aux
climats chauds et humides. Ils ne doivent pas être consommés au
quotidien dans nos contrées.
Les thés chinois viennent du Camellia sinensis, le camélia de Chine,
arbuste qui pousse en Chine, mais aussi en Inde et en Afrique. Il est à
l’origine des thés blancs, verts, Oolong ou demi-fermentés, noirs, et rouges.
• Quand on cueille les feuilles naissantes et qu’on les fait sécher au soleil
ou devant une source de chaleur, on obtient du thé vert.
• Si les mêmes feuilles sont mises à fermenter quelques jours avant d’être
séchées, il s’agit du thé Oolong ou demi-fermenté.
• Si on les laisse fermenter beaucoup plus longtemps, on parle alors de
thé noir. Les Chinois préfèrent parler de thé rouge, car, lors de son
infusion, le liquide va prendre une couleur rouge terre. À ne pas
confondre avec le Rooibos, qui n’est pas un thé, mais une infusion tirée
de l’écorce de l’arbre du même nom.
• Le thé blanc est un peu le Dom Pérignon des thés qu’on évitera
évidemment de consommer au quotidien, ne serait-ce que du fait de son
prix élevé (il est obtenu à partir des toutes petites feuilles naissantes
duveteuses de la plante).
Ces thés sont donc adaptés à nos climats tempérés et nous allons voir
qu’ils pourront, sous certaines conditions, remplacer notre eau quotidienne.
On ne consommera, en effet, que de l’eau chaude avec quelques feuilles
dedans.

Quelques propriétés essentielles du thé


Un livre entier ne suffirait pas à vanter les vertus de cette plante aux mille
facettes. Les Américains et les Russes ont fait des études très poussées à son
sujet. Il a même été dit que les thés chinois allaient devenir « la » plante du
troisième millénaire en matière de prévention du cancer et, j’ajouterais, quant
à son rôle essentiel dans la prévention de la maladie d’Alzheimer. On ne
compte plus le nombre de compendiums de pharmacopées chinoises qui en
parlent. Voyons quelques vertus essentielles indiquées par la tradition.
• Il est dit dans les textes anciens que le thé « fait monter l’Esprit »,
« éclaircit le Shen ». Si je devais comparer les effets du thé et du café, je
pourrais faire référence à la théorie des signatures. Le café provient d’une
graine, alors que le thé est prélevé sur les dernières feuilles naissantes.
Une graine a un pouvoir énergétique très concentré : une seule graine
peut donner un baobab. De plus, cette graine est torréfiée, ce qui lui
enlève sa nature « froide ». C’est pour cette raison que l’on explique en
médecine traditionnelle chinoise que le café provoque un pic énergétique
au niveau du Foie : il va déclencher une forte montée du Yang. Le café
énerve, excite. Au contraire, la feuille de thé, fruit de l’explosion de la
graine, est au bout de la chaîne de la maturité, d’autant plus que ce sont
les feuilles naissantes qui sont consommées. Le thé a une action
beaucoup plus douce, plus aérienne, plus superficielle. C’est en ce sens
que l’on dit que le thé chinois « ouvre » le mental, il aiguise les facultés
intellectuelles, favorise la concentration et la mémoire. Il ne nous
6
empêche pas de dormir, contrairement aux thés indiens , à condition de
suivre les règles de préparation adéquates.
• Le thé permet de « faire circuler », de lutter contre les stagnations,
les amas d’aliments. Il permet de dissoudre et d’aider à l’élimination des
matières grasses. Il a une action conjointe d’aide à l’élimination des selles
et des urines. Alors qu’un diurétique assèche les selles, un laxatif fait se
concentrer les urines. Le thé est légèrement diurétique. Mais comme il
« lubrifie » les intestins, il favorise aussi l’élimination des déchets par le
gros intestin.
• Le thé est un excellent produit pour lutter contre les pollutions et
même les irradiations, car il possède certaines protéines capables
« d’englober » les poisons et les toxines au niveau du Foie, mais aussi le
Tan, les déchets présents dans l’organisme. Maître Leung Kok Yuen nous
expliquait qu’à Hiroshima et Nagasaki, dans les années qui ont suivi les
7
bombardements atomiques , les personnes qui buvaient régulièrement du
thé vert, même proches des foyers d’explosion, étaient beaucoup moins
atteintes que celles qui n’en consommaient pas. Par ailleurs, notre maître
précisait qu’une consommation régulière de thé, en particulier de thé noir
chinois, pouvait diviser par deux le temps d’élimination d’une
chimiothérapie. Ce sont surtout les thés noirs qui favorisent l’élimination
des graisses, du cholestérol, du Tan.
• Le thé chinois, surtout le vert, a un très fort pouvoir hydratant. Deux
raisons à cela. On consomme toujours le thé tiède ou chaud, ce qui
favorise une meilleure diffusion des liquides. Les feuilles par elles-
mêmes possèdent aussi un pouvoir hydratant très important. Ainsi, on dit
que le thé hydrate quatre fois plus que l’eau. C’est une des raisons pour
lesquelles les « hommes du désert » ne boivent pas plus d’un litre et demi
et du thé vert chaud, alors qu’il fait 40 °C à l’ombre. L’Occidental, lui,
est obligé de boire quatre à cinq litres d’eau… !
• En médecine traditionnelle chinoise, la peau et le Poumon font partie du
même logiciel-organe : le thé aura une action « cosmétique » de
réhydratation de la peau. C’est un important facteur antivieillissement.
Pour s’en persuader, il suffit de regarder la peau « lisse » des Asiatiques.
• Le thé est un antidote de la cigarette. La cigarette est à l’origine d’un
vieillissement précoce pour plusieurs raisons, notamment son important
pouvoir de dessèchement de l’air ambiant : il suffit que deux ou trois
personnes fument toute une journée dans une pièce fermée pour que
l’hydrométrie passe de 50 à 20 % en fin de journée. C’est une des raisons
pour lesquelles les civilisations traditionnelles utilisent des pipes à eau,
des narguilés, etc. La fumée, en passant à travers l’eau, perd une partie de
son pouvoir destructeur : le dessèchement des liquides organiques. De
plus, la fumée inhalée dérègle le logiciel Poumon : c’est une cause du
blanchiment précoce des cheveux et de l’apparition de rides. C’est aussi
un aliment puisqu’elle est « avalée ». Elle finit à la longue par générer des
symptômes de sécheresse interne, cause d’inflammations, de
constipations, de stagnations. Cette fumée véhicule des poisons, entre
autres des goudrons et de la nicotine qui « entartrent » le Poumon, mais
aussi le Foie et toutes les zones de l’organisme, cerveau y compris. Il est
évident que dans l’art de bien vieillir, longévité et cigarette ne font pas
bon ménage. Mais attention, ce n’est pas la peur qui doit vous faire
arrêter de fumer. Lorsque votre subconscient, votre Hun, sera en accord
avec votre Shen, votre Esprit, l’arrêt pourra être définitif.
• Le thé, momentanément, tempère les effets indésirables du tabac.
• Le thé permet d’éliminer les poisons et de « nourrir » les compartiments
liquidiens.
Pour toutes ces raisons, le thé est essentiel dans la prévention des
maladies cardio-vasculaires et de l’hypertension artérielle ; c’est aussi, selon
8
les recherches modernes, la boisson idéale pour prévenir les cancers ; et ce,
non seulement grâce à son pouvoir hydratant qui favorise la circulation des
liquides organiques, s’opposant ainsi aux problèmes de stagnation, mais aussi
par sa capacité à nettoyer l’organisme de ses poisons. Avec l’épuisement de
l’énergie des Reins et la mauvaise gestion des émotions, ce sont les deux
autres facteurs qui sont à l’origine de l’apparition des cancers. La résultante
de tout ce qui vient d’être dit sur le thé nous permet de comprendre pourquoi
la consommation régulière de cette boisson est un des axes centraux dans
la prévention de la maladie d’Alzheimer.

La préparation du thé
L’eau utilisée devra être la plus naturelle possible : eau filtrée ou eau minérale
en bouteille. Évitez l’eau du robinet qui a tendance à dénaturer le goût du thé.
Quant aux théières, celles qui sont en fonte ou en terre servent surtout pour
l’infusion des thés noirs ou des thés Oolong. Les thés blancs et verts se font dans
des théières en porcelaine, pour préserver leur goût plus subtil. L’idéal est de
posséder une théière en verre transparent, afin de jouir de la couleur des différents
types de thés pour lesquels elle peut servir. Il existe deux types de préparation du
thé : celle des moments de fêtes, Xiang Shou, et celle du quotidien. Pour les
moments de fêtes, on parle de « cérémonie du thé ». Les règles en sont très
précises. La température de l’eau dépend de chaque thé, de même que le temps
d’infusion.
Pour préparer le thé « boisson quotidienne » qui, pourquoi pas, remplacera
petit à petit votre eau, on ne met que deux pincées de feuilles de thé, le pouce,
l’index et le majeur tendus, sans que cela ne dépasse exagérément de la pulpe des
trois doigts et, ceci, pour trois quarts de litre d’eau. On met beaucoup trop de thé
en Occident. Quelques feuilles dans de l’eau chaude suffisent ! Évitez le thé en
sachet, car il contient des débris.
Je vous recommande de procéder de la façon suivante :
– mettez deux pincées au fond de votre théière en verre. S’il s’agit de thé vert,
humectez-le très légèrement avec de l’eau à température ambiante, pour éviter
de « brûler le thé ». S’il s’agit d’un thé Oolong, demi-fermenté ou noir,
versez directement dessus l’eau qui vient juste de passer au stade
d’ébullition ;
– les feuilles vont s’épanouir, remonter à la surface, puis redescendre au fond,
au bout de 5 à 10 minutes ;
– versez alors le thé filtré dans une Thermos qui vous suivra toute la journée.
Cela vous permettra de mesurer la quantité de liquides pris.

Quelques considérations sur le thé


• L’idéal est de posséder les trois sortes de thé chez soi :
– le thé vert est celui qui possède le plus de vertus médicinales et c’est
celui que l’on consommera le plus souvent. Sa nature étant plus fraîche
que celle des autres thés, on le prendra prioritairement dans les saisons
chaudes ;
– le thé noir vous servira à nettoyer votre organisme et à réguler votre
poids. C’est le thé des jours de bombance, destiné à aider la digestion.
Vous pouvez en faire des cures de neuf jours et retourner ensuite au thé
vert ;
– quant au thé Oolong, c’est le thé du « juste milieu ». C’est celui que
vous servirez à vos invités pour ne pas faire d’erreur. Il se rapproche du
goût des thés indiens, sans en avoir les contre-indications. Il est idéal
quand on « débute » dans les thés.
• Quand vous choisissez un thé, le matin, il vous suivra toute la journée.
Sur la même mouture, vous pourrez refaire deux ou trois infusions.
• Aucun rajout de quoi que ce soit ne doit être fait dans le thé quotidien,
sous peine d’en perdre toutes les propriétés préventives ou curatives.
Évidemment pas de citron, de sucre, de « larme de lait ». De même, pas
de menthe, de jasmin, de bergamote, de fleur de lotus, etc. Comme les
vertus du thé sont très légères, c’est la plante rajoutée qui donne la
direction thérapeutique à la boisson. Par exemple, le jasmin est une plante
chaude et piquante. En prendre trop risque de favoriser l’apparition
d’eczéma ou d’aggraver un psoriasis.
• On ne doit pas consommer de thé froid, car il a perdu quasi toutes ses
propriétés, surtout hydratantes.
• Attention aussi de ne pas léser les muqueuses buccales ou
œsophagiennes par la prise régulière de thés trop brûlants.
• On évitera aussi de prendre le thé de la veille, car les protéines qu’il
contient se décomposent relativement vite et deviennent nocives pour le
foie.
• Ne jetez pas les feuilles infusées. C’est un excellent engrais pour vos
plantes.
• Pour appliquer la règle « boire en petites quantités fractionnées »,
procurez-vous de petites tasses chinoises ou de petits verres arabes ou
indiens. Évitez absolument les gros bols.
• Évidemment pas de boissons pendant un repas, sauf quelques gorgées
de thé si le repas est trop « sec » ou un bon verre de vin rouge, par petites
lampées, qui pourra aider à la digestion du bol alimentaire. Dans les repas
ordinaires, les Chinois n’ont pas l’habitude de boire. La soupe claire,
servie en fin de repas, suffit à hydrater le corps. Le thé se boit donc en
dehors des repas, très régulièrement tout au long d’une journée. Une
douzaine de petits verres équivalent à trois quarts de litre. D’où le côté
pratique de la Thermos pour ne pas avoir à refaire infuser du thé à chaque
fois, surtout si on est à l’extérieur. Vous aurez ainsi l’impression de boire
tout le temps, mais ce sera à chaque fois deux ou trois gorgées et cela a
l’avantage d’éviter d’inonder votre corps. Comme la digestion se fait à
38 °C, le fait de consommer le thé entre les repas et chaud ne pourra que
favoriser celle-ci. C’est une des raisons pour lesquelles on doit boire le
thé chaud, même dans le désert !
En Chine, les thés sont très nombreux. Il y a autant de noms que de
familles productrices. C’est un peu comme nos vins. À vous d’aiguiser votre
palais pour déterminer quel est le thé qui vous convient au niveau du goût. Il
est normal, au début de trouver qu’un thé chinois n’a que très peu de goût.
Nous avons trop été habitués au fort goût des thés indiens. Il y a un bon
moyen de savoir si on est en présence d’un thé issu du Camellia sinensis ou
d’un thé indien. S’il noircit au bout de quelques minutes d’infusion, c’est un
thé pour les climats chauds et humides. Si au contraire, il reste toujours
« clair », c’est un thé chinois.
Enfin, boire le thé doit devenir un acte « Qi Gong », un acte de pleine
conscience. Cette répétition de moments « ici et maintenant » est une des clés
de la bonne gestion des émotions.

Les enseignements contenus dans ce chapitre, cette diététique en


« neuf règles », où le mot régime n’est jamais apparu, constituent
évidemment une des clés, non seulement de la prévention des maladies,
mais surtout de l’art de bien vieillir.
Se retrouver à un âge avancé dans un état de dépendance
médicamenteuse, dans un état de « survivance », perclus de rhumatismes, de
douleurs de toutes sortes ne donne pas forcément envie de vivre longtemps…
Imprégnez-vous bien de ces neuf règles, lisez-les encore et encore.
Choisissez celles qui vous semblent les plus urgentes. Ne tombez pas dans
l’écueil du « tout et tout de suite ». Mettez la « pédale douce » dans les
changements que vous allez apporter à votre diététique. Dans le prochain
chapitre, vous trouverez quelques informations supplémentaires qui vous
aideront à atteindre la longévité en bonne santé, qui donneront envie à votre
Âme de « rester dans sa maison », mais vous avez déjà à votre disposition,
tous les éléments, pour arrêter de fatiguer inutilement votre corps !
Et pour vous aider à organiser vos repas dès à présent, voici une journée
type vous proposant différents menus.
La journée type

(Si possible BIO et hors repas de fête)


PETIT-DÉJEUNER
Il est inutile d’en faire un repas à part entière ; ce serait perdre
inutilement l’énergie que vous vous êtes réappropriée par une bonne nuit de
sommeil. Vous avez 4 options au choix.
Option 1 : fruits
• des fruits « de saison et de région » (voir p. 106), à volonté
• 1 tasse à thé de boisson (voir p. 117), 5 minutes après
Option 2 : muesli
• 1 bol de muesli
• « mouillé » avec du lait de soja ou du thé vert chinois chaud
• et 2 cuil. à café de miel
Cette option est très bonne pour déclencher un bon transit intestinal. Ne
pas mettre trop de liquide car le muesli reste l’ingrédient principal.
Option 3 : pain-confiture
• 2 ou 3 tranches de pain complet
• 1 à 2 cuil. à soupe de miel ou de confiture
Pour tirer le maximum d’énergie du pain complet, l’idéal est de le
mastiquer séparément des autres ingrédients.
• 1 tasse à thé de boisson (voir p. 117), 5 minutes après
Option 4 : galettes de céréales
• 2 galettes de céréales bio
• 1 tasse à thé de boisson (voir p. 117), 5 minutes après
DÉJEUNER
Vous avez 2 options au choix : soit vous décidez que votre déjeuner sera
le repas principal de votre journée, à condition de ne pas avoir un travail
intensif (physique ou intellectuel) l’après-midi car vous risquez de vous
assoupir, soit vous optez pour un repas léger sans protéines.
Option 1 : repas principal avec protéines
Dans ce cas, le dîner sera végétal, sans protéines.
• 1 part de céréales ou tubercules (riz, pâtes, pommes de terre, patates
douces) : 50 % du repas
• 1 part de légumes sans amidon (haricots verts, courgettes…, voir
p. 106) : 30 % du repas
• 1 part de protéines (viande, poisson, crustacé, tofu…) : 20 % du repas
• À volonté : aromates, herbes et épices
• Vous pouvez assaisonner légèrement les protéines et les légumes, mais
pas les céréales
• 1 verre d’eau ou de vin rouge
Pour tirer le maximum d’énergie des céréales, l’idéal est de les
mastiquer séparément des autres ingrédients.
Option 2 : déjeuner léger sans protéines
Dans ce cas, le dîner sera le repas principal, avec protéines.
• 1 part de céréales ou tubercules (riz, pâtes, pommes de terre, patates
douces) : 50 % du repas
• 1 part de légumes sans amidon (haricots verts, courgettes…, voir
p. 106) : 50 % du repas
• Vous pouvez assaisonner légèrement les légumes, mais pas les céréales
• 1 verre d’eau ou de vin rouge
Pour tirer le maximum d’énergie des céréales, l’idéal est de les
mastiquer séparément des autres ingrédients.
GOÛTER
Il est facultatif (mais fortement recommandé à partir de 50 ans) et vous
devez attendre au moins 3 heures après le déjeuner pour déguster ce goûter.
Vous avez 4 options au choix.
Option 1 : fruits
• 1 fruit « de saison et de région » (voir p. 106)
– ou 1/2 bol chinois de fruits secs (appréciables en hiver)
• ou un mélange de fruits frais et fruits secs
• pas ou très peu de boisson
Option 2 : galettes de céréales complètes
• 2 galettes de céréales complètes
• pas ou très peu de boisson
Option 3 : muesli
• 1 bol de muesli
• « mouillé » avec du lait de soja ou du thé vert chinois chaud
• 2 cuil. à café de miel
Cette option est très bonne pour déclencher un bon transit intestinal. Ne
pas mettre trop de liquide car le muesli reste l’ingrédient principal.
Option 4 : pain-confiture
• 2 ou 3 tranches de pain complet
• 1 à 2 cuil. à soupe de miel ou de confiture
Pour tirer le maximum d’énergie du pain complet, l’idéal est de le
mastiquer séparément des autres ingrédients.
• pas ou très peu de boisson
DÎNER
Vous avez 2 options au choix, selon le déjeuner que vous avez choisi.
Dans le cas de l’option 2, vous prendrez ce repas si possible vers
19 heures et vous attendez au moins 3 heures pour vous coucher, de manière
à avoir pratiquement terminé la digestion.
Option 1 : repas léger sans protéines
Dans ce cas, le déjeuner était le repas principal de la journée, avec
protéines
• 1 part de céréales ou tubercules (riz, pâtes, pommes de terre, patates
douces) : 50 % du repas
• 1 part de légumes sans amidon (haricots verts, courgettes…, voir
p. 106) : 50 % du repas
• Assaisonner les légumes, mais pas les céréales
• 1 verre d’eau ou de vin rouge
Pour tirer le maximum d’énergie des céréales, l’idéal est de les
mastiquer séparément des autres ingrédients.
Option 2 : repas principal avec protéines
Dans ce cas, le déjeuner était végétal, sans protéines
• 1 part de céréales ou tubercules (riz, pâtes, pommes de terre, patates
douces) : 50 % du repas
• 1 part de légumes sans amidon (haricots verts, courgettes…, voir
p. 106) : 30 % du repas
• 1 part de protéines (viande, poisson, crustacé, tofu…) : 20 % du repas
• à volonté : aromates, herbes et épices
• Assaisonner les protéines et les légumes, mais pas les céréales
• 1 verre d’eau ou de vin rouge
Pour tirer le maximum d’énergie des céréales, l’idéal est de les
mastiquer séparément des autres ingrédients.

1. Bit : unité de mesure de l’information.


2. L’Exorciste, réalisé par William Friedkin, 1973.
3. Jean Anthelme Brillat-Savarin (1755-1826), gastronome français.
4. Pour plusieurs raisons. Notamment parce que la production de viande nécessite
d’importantes surfaces agricoles qui pourraient être utilisées pour fournir des
céréales destinées à la consommation humaine. Et aussi parce que nous sommes
de plus en plus nombreux à prendre conscience que les animaux sont des êtres
sensibles.
5. Glande salivaire située au-dessous du conduit auditif externe.
6. Les thés indiens contiennent beaucoup de tanins et de substances qui font monter
le Yang dans le corps.
7. Hiroshima : 6 août 1945. Nagasaki : 9 août 1945.
8. Pour en savoir plus, vous pouvez lire, par exemple, l’ouvrage suivant : Dr D.
Gingras, Dr R. Béliveau, Les aliments contre le cancer, le Livre de Poche, 2015.
Questions-réponses sur la diététique
du juste milieu

Dans ce chapitre, je vais aborder sous forme de questions-réponses


quelques aspects de la diététique qui vous permettront d’accéder sereinement
à la longévité prônée par la philosophie taoïste. Les réponses à ces différentes
interrogations vous feront entrer de plain-pied dans cette culture du « bien
vieillir ».

Doit-on manger cru ou cuit ?

Notre maître nous mettait très souvent en garde contre la dangerosité des
différentes modes qui pouvaient apparaître en diététique. Il nous conseillait
de toujours nous référer à ce que consommaient nos ancêtres et à la manière
dont ils abordaient l’alimentation. Prenons l’exemple de l’instinctothérapie,
une pratique alimentaire à tendance crudivore qui préconise l’écoute de son
instinct pour choisir ses aliments. De prime abord, être à l’écoute de son
corps peut sembler logique. Mais cela n’a de sens qu’à une seule condition :
votre batterie doit être parfaitement rechargée. Si ce n’est pas le cas, votre
organisme, au lieu d’aller vers son autorégulation, tendra au contraire vers
son autodestruction. Rappelez-vous : c’est le Po, l’Âme corporelle, qui vous
attire vers la terre. Ainsi, le diabétique est attiré par le sucre. Et, plus il en
consomme, plus il aggrave sa pathologie. De même, on retrouve de très fortes
envies de sel chez les insuffisants rénaux ou les hypertendus, ce qui n’est pas
fait pour améliorer leur état. Certaines modes préconisent le « tout cru » et
font donc partie de ces dérives diététiques, de ces régimes, qui, suivis à la
lettre, déséquilibrent dangereusement la santé.
Si on s’en réfère aux différentes médecines traditionnelles, c’est le cuit
qui domine. La raison en est simple. Nous avons vu qu’une digestion se fait à
38 °C. Si vous faites entrer du cru, du froid, très souvent dans votre estomac,
sans l’avoir au préalable « cuit » dans la bouche, grâce à une longue
mastication, non seulement votre digestion en sera retardée, mais cela sera un
facteur d’épuisement de votre organisme. À moins de posséder un
tempérament très Yang, cet excès de cru ne pourra que raccourcir votre
espérance de vie. Dans la même logique, préférez manger des crudités de
temps en temps en été et évitez-les durant la période hivernale. Plus on
avance en âge, plus on doit consommer des aliments plutôt cuits, ou tout au
moins « blanchis » (car recharger la batterie des Reins devient de plus en plus
difficile). Cela fait partie des « secrets » des centenaires. Donc, attention au
« tout cru ».
Il existe de nombreuses manières de cuisiner un plat : à la vapeur, à l’eau,
revenu dans une poêle, sur une plancha, au barbecue, etc. Une des grandes
règles de la philosophie taoïste est d’opter pour la voie du juste milieu. Ne
cuisiner qu’à la vapeur qui, au demeurant, est un des meilleurs modes de
cuisson, risque de vous faire perdre certaines vertus d’autres modes de
cuisson.
Soyez prudent avec la cuisson au barbecue : les graisses qui tombent
directement sur les braises se transforment en poisons. Ces poisons retournent
à la viande, à la saucisse et aux autres aliments du même type. La médecine
traditionnelle chinoise considère que c’est la cause d’un grand nombre de
pathologies, comme l’hypertension artérielle et certains cancers. Pendant
l’été, quelques grillades au feu de bois comme repas de fête ne portent pas à
conséquence. Par contre, utiliser très souvent le barbecue peut s’avérer
excessivement nocif. Préférez les planchas, mode de cuisson inventé, il y a
des millénaires, par les Chinois.

Quelle quantité idéale d’aliments doit-on


ingérer ?

De nombreuses études ont été faites sur la longévité. On s’est rendu


compte que les centenaires en bonne santé avaient un point commun : celui
de manger peu. Plus on avance en âge – et c’est là un point fondamental
quand on aborde le « bien vieillir » –, plus on devrait faire de petits repas.
Que ce soit le petit-déjeuner, le repas de midi, le goûter ou le repas de fin de
journée, tous ces repas devraient être frugaux (je ne parle pas ici des repas de
fête). Il y a une règle importante à suivre, et nul besoin d’avoir un âge avancé
pour l’appliquer : on ne devrait jamais sortir d’un repas quotidien en se
disant : « Je n’en peux plus, je m’arrête. » C’est déjà 30 % de nourriture en
trop. Normalement, on devrait s’arrêter de manger en se disant : « Je pourrais
continuer, mais je peux tout aussi bien m’arrêter. » La quantité varie d’une
personne à l’autre. Deux catégories de facteurs entrent en jeu :
– le facteur héréditaire. Si parmi nos ascendants il y a de gros mangeurs,
notre corps, notre estomac, nos intestins seront plus développés, de même
que toutes nos fonctions d’élimination. Nous aurons tendance à manger
beaucoup ;
– les facteurs relevant de l’acquis, les habitudes contractées après la
naissance. Il faut se souvenir que les organes digestifs sont aptes à
s’adapter à nos modes alimentaires. Si nous avons l’habitude de manger
beaucoup, progressivement, l’estomac et les intestins augmentent leurs
capacités et il faut manger beaucoup plus pour assouvir sa faim !
Dans la diététique occidentale, les calories sont reines. Les aliments, les
régimes sont traduits en nombre de calories. Et chaque catégorie d’individus
est supposée ingérer une certaine quantité de ces calories. La médecine
traditionnelle chinoise voit le problème sous un tout autre angle et ne
considère pas uniquement la quantité ou la qualité d’apports alimentaires.
Avant tout, elle s’attache à connaître l’état énergétique du logiciel Rate-
Pancréas. Ce logiciel a, entre autres, le pouvoir de discerner l’exacte quantité
d’aliments dont le corps a besoin. Véritable chef d’orchestre de la digestion,
il donne des ordres à l’estomac pour que celui-ci conserve ou rejette les
différents nutriments du bol alimentaire, rejet effectué par les selles, les
urines et la transpiration.
Quand le logiciel Rate est bien équilibré énergétiquement, deux situations
sont possibles :
– dans la première, en cas d’excès alimentaire, de « repas de fête », le
surplus inutile pour le métabolisme du corps est rejeté et ainsi le poids du
corps reste inchangé. C’est la personne de qui l’on dit : « Elle peut
manger ce qu’elle veut, elle ne grossit jamais. » Mais trop en abuser
aboutit à dérégler ce logiciel ;
– dans la seconde, on peut avoir un appétit d’oiseau, paraître sous-
alimenté et pourtant conserver le même poids. La Rate est bien réglée.
Elle prend le maximum de nutriments dans le bol alimentaire. C’est le cas
du paysan chinois qui ne vit qu’avec deux bols de riz par jour et quelques
légumes, et qui pourtant, respire la santé.
Lorsque l’énergie de la Rate est déséquilibrée, elle n’est plus capable
d’accomplir sa fonction de discernement. Elle « prend » trop ou au contraire
« rejette » trop. Ce sont les sempiternelles plaintes du type : « Je ne mange
presque rien et pourtant je n’arrête pas de grossir. » Le cas inverse peut se
produire : « Je mange beaucoup et pourtant je n’arrête pas de maigrir. » C’est
même plus grave. D’où l’importance de tout mettre en œuvre pour éviter de
dérégler sa Rate, facteur initial de l’apparition de nombreuses maladies y
compris, comme nous l’avons vu, de la maladie d’Alzheimer. Les facteurs de
dérèglement de ce logiciel-organe sont très nombreux dans nos sociétés :
– une alimentation inadéquate, certaines saveurs prises en excès, entre
autres, le sucré ;
– les dérèglements émotionnels ont de grandes incidences sur la
détérioration de l’énergie des organes. En ce qui concerne la Rate, ce sont
tous les comportements Yin comme ressasser le passé, avoir un esprit
négatif, trop réfléchir. Quand on avance en âge, il faut y prêter attention,
car il s’agit d’une des grandes causes d’apparition de maladies
dégénératives au niveau du cerveau ;
– l’irrégularité des rythmes, tant au niveau des repas, que des heures de
lever et de coucher ;
– le manque, l’excès et l’irrégularité des exercices physiques. Les
muscles sont en relation avec le logiciel Rate. S’ils sont trop sollicités ou
au contraire pas assez, cela peut être une cause de déséquilibre de ce
logiciel.
Nous comprenons ainsi pourquoi tant de personnes ont des problèmes
d’embonpoint. La quantité de calories ingérées n’est qu’un facteur
secondaire, le premier facteur en cause est le dérèglement de ce logiciel.
Et si on se rappelle que le Tan provient du déséquilibre de la Rate, nous
avons intérêt à tout faire pour que l’énergie de cet organe ne se dérègle pas !

Que penser du petit-déjeuner ?

Plusieurs théories s’opposent. Certaines préconisent, comme dans la


tradition chinoise, « pas de petit-déjeuner ! » En principe, on devrait avoir
rempli en carburant, en énergie, notre « machine », la veille au soir pour tenir
jusqu’au lendemain midi. Ceci est difficilement réalisable dans notre mode de
vie occidental. D’autres appliquent l’aphorisme : « Faites un petit-déjeuner de
roi, un déjeuner de prince, et un dîner de pauvre. » Mais interrogeons-nous.
Le matin arrive et vous venez de dormir 6 à 8 heures. La finalité du sommeil
est la recharge de votre batterie – c’est pour cela que l’on dort 33 ans en 100
ans de vie. Et vous voulez, dès le matin, commencer à l’épuiser par la
digestion d’une trop grosse ration alimentaire ? Il ne faut pas alors s’étonner
si, aux alentours de 17 heures, vos réserves sont à plat. Positionnons-nous, là
aussi, selon la voie du juste milieu et prenons donc un petit-déjeuner frugal
(exemples p. 129).

Comment doit-on prendre ses repas


quotidiens ?

En SILENCE ! Si, comme c’est très souvent le cas, vous « engouffrez »


vos bouchées tout en parlant, sans même faire attention au repas que l’on a
concocté pour vous, ne vous étonnez pas d’avoir des difficultés de digestion,
des remontées acides, des ballonnements intestinaux, des insomnies de
seconde partie de la nuit, qui sont à mettre en relation avec une digestion trop
tendue. La RÉGULARITÉ est le maître mot quand on veut parler de l’art de
bien vieillir. Manger toujours aux mêmes heures est idéal. Les repas de fête
sont là, pour que vous puissiez, de temps en temps, faire un pas de côté. Il est
dit que l’irrégularité, à condition qu’elle ne soit qu’occasionnelle, nourrit la
régularité.

Que doit-on penser du blé ?

De manière générale, au centre de chaque continent où l’eau se fait rare,


le blé est la céréale de base de l’alimentation quotidienne (où se trouve l’eau,
c’est le riz qui domine). N’oublions pas que ce sont les Chinois qui sont les
inventeurs des pâtes. C’est Marco Polo qui les a ensuite « importées » en
Italie. À l’heure actuelle, les farines ont tendance à être trop raffinées et
contiennent un peu trop de gluten. Mais le gluten est indispensable pour
nourrir le corps. Le mettre totalement à l’index n’est peut-être pas la
meilleure des solutions. Alors, si vous avez peur du gluten, et si vous croyez
que tous vos maux viennent de là, arrêtez d’en consommer. Le pouvoir de
l’autosuggestion réalise souvent des miracles. En revanche, si vous
considérez avoir une bonne énergie de la Rate, vous pouvez prendre de temps
en temps du blé et ses dérivés de culture biologique. Dans tous les cas, partez
du principe que la céréale la plus digeste et la plus neutre reste le riz.

Doit-on mettre à l’index le soja ?

Sans entrer dans des considérations tout à fait justifiées sur le


soja transgénique, les Occidentaux font souvent des erreurs sur la manière de
consommer les dérivés du soja. Par exemple, il ne viendrait pas à l’idée d’un
Asiatique de boire directement du lait de soja. Pris en tant que tel, c’est un
grand facteur d’humidité interne, de déséquilibre du logiciel Rate. On s’en
servira pour remplacer le lait de vache dans les préparations culinaires
comme les crêpes, la béchamel, certains gâteaux. Pour les mêmes raisons, un
excès de yaourts au soja est préjudiciable. D’autre part, selon la tradition,
les germes de soja ne sont pas à consommer crus. Ils devront pour le moins
être « blanchis » pendant quelques minutes pour « casser » leur nature
excessivement froide et les rendre plus digestes. Le tofu, la grande invention
chinoise en matière d’apport protéinique, peut remplacer les protéines
animales. Il se présente sous une forme rectangulaire. C’est un genre de
gélatine blanche, sans goût. Pour le rendre digeste, on doit impérativement le
couper en petits dés et le faire cuire longtemps avec les légumes dont il
prendra la saveur, car pris cru ou très peu cuit, c’est un aliment très agressif
pour le Foie.

Le thé est-il ferriprive ?

De nombreuses personnes évitent de se lancer dans la prise régulière de


thé chinois, car on les a convaincues que le thé les rendrait anémiques. Pour
autant, en Chine ou en Inde, pays où le thé est la boisson principale depuis
des millénaires, la majorité de la population n’est pas anémique ! En réalité, il
faut connaître la différence entre les thés chinois et les thés indiens. Les thés
chinois comportent très peu de tanins et n’ont pas d’action exagérée sur le
Foie (comme nous l’avons vu précédemment). Ils ne peuvent pas être
ferriprives. Par contre, les thés indiens peuvent empêcher la fixation du fer du
bol alimentaire par le Foie, si on en consomme une grande quantité pendant
les repas. Or, nous avons vu qu’on ne devrait pas boire pendant un repas…
En médecine traditionnelle chinoise, la première cause de manque de fer,
surtout chez les femmes, est liée à la mauvaise gestion des émotions et en
particulier à l’excès de blocages émotionnels, de colères intériorisées qui
génèrent une stagnation de sang et d’énergie au niveau du Foie.

Et les produits chimiques présents dans notre


alimentation ?

On touche là à une question qui ne remonte pas à plus de trois ou quatre


générations, mais qui risque de devenir un vrai problème de santé publique :
la chimie s’est invitée dans notre alimentation, dans nos médicaments. Pour
les médecins traditionnels chinois, tous les médicaments, sous quelque forme
que ce soit, contiennent des facteurs toxiques, a fortiori si leurs composants
sont synthétisés. Souvent, dans nos médicaments modernes, concentration de
principes actifs rime avec toxicité ! Aujourd’hui, dès que les gens souffrent
d’un léger mal de tête, ils s’empressent de prendre des pilules. Ils n’arrivent
pas à comprendre que les symptômes légers sont souvent révélateurs d’une
inadaptation de l’individu à son environnement, qu’en réalité ce ne sont que
des signaux d’alarme émis pour qu’ils reviennent sur la voie du juste milieu.
En connaissant, ne serait-ce qu’un petit peu, la médecine chinoise, on saura
entretenir son corps et on aura moins de raisons d’absorber des « poisons »
d’origine externe.
Prenons quelques exemples. Fréquemment, les personnes ayant eu une
dure journée de travail craignent de ne pas dormir facilement et prennent
préventivement des somnifères. Cela risque de devenir très rapidement une
habitude. D’autres redoutent des problèmes de digestion. Avant un important
repas, même s’ils ne ressentent rien de particulier, ils s’empressent de les
prévenir grâce à des pilules. Petit à petit, les éléments toxiques ainsi ingérés
sont de plus en plus difficiles à éliminer par le corps. Ils s’accumulent, le
sang et le Foie sont blessés, endommagés. Un jour ou l’autre, ils déclenchent
une pathologie externe (eczéma, psoriasis) ou interne (ballonnements,
douleurs à l’estomac). À l’heure actuelle, tous les jours, l’industrie
pharmaceutique est obligée de retirer des médicaments du marché, pour cause
de trop grande toxicité.
Mais la chimie est aussi dans nos assiettes ! J’ai parlé un peu plus haut
des édulcorants (p. 94) et j’ai insisté sur leur dangerosité au niveau du foie.
Les consommateurs d’édulcorants risquent de se créer un besoin maladif
d’hydrates de carbone les prédisposant à l’obésité. En effet, ces substances,
au goût beaucoup plus sucré que le sucre, déclenchent des pics énergétiques à
répétition, ce qui va déséquilibrer les logiciels Rate-Pancréas et Foie. Or,
l’énergie du Foie est responsable des addictions. De plus, ces sucres de
synthèse sont soupçonnés d’être à l’origine d’une augmentation sensible de la
fréquence des cancers du cerveau et de lésions au niveau des neurones.
Un autre produit que l’on retrouve dans quasiment tous les plats préparés
est un exhausteur de goût : le glutamate. En Asie, il est utilisé comme
condiment. Au départ, il était destiné à remplacer le goût du bouillon de
poule, base de toutes les soupes chinoises. Cet additif agit très rapidement sur
le logiciel Foie. De très nombreuses personnes peuvent présenter, en cas de
surdosage, des maux de tête, des constrictions de la mâchoire, des
resserrements de la cage thoracique similaires à une crise cardiaque. On
appelle cela « le syndrome du restaurant chinois ». Dans la médecine
moderne occidentale, on explique que le glutamate augmente la concentration
cellulaire en calcium et surtout la production de radicaux libres au niveau des
neurones. Le glutamate serait également impliqué dans la survenue de la
sclérose latérale amyotrophique (anciennement nommée maladie de Charcot),
de certaines formes de la maladie de Parkinson et de certains accidents
vasculaires cérébraux. Dans le cadre du bien vieillir et de la prévention de la
maladie d’Alzheimer, il est très important de se tenir à l’écart de ce type de
produits et de revenir à une alimentation beaucoup plus proche de la nature.
Bien d’autres questions pourraient encore être soulevées. Mais je pense
que vous avez là assez d’éléments de réflexion et de réponse pour que la
diététique que vous allez mettre en œuvre soit une véritable diététique de
longue vie.
La sexualité de longue vie

Quand on étudie la médecine traditionnelle chinoise, et a fortiori quand


on essaye de comprendre l’origine des maladies, en particulier des
pathologies dégénératives, on ne peut pas faire l’impasse sur la sexualité.
C’est même un thème incontournable. Elle tient une place de premier plan
dans les méthodes Yang Sheng Fa, de préservation de la Vie. Elle est aussi,
comme nous le verrons, une méthode thérapeutique à part entière. Une
sexualité mal comprise et mal pratiquée peut se retourner contre l’organisme
et être à l’origine de très nombreuses pathologies et d’un vieillissement
précoce, et de plus s’avérer une cause d’apparition de la maladie d’Alzheimer
chez l’homme, dès la cinquantaine.
La sexualité est directement en relation avec le logiciel Rein. Une
sexualité « incomprise » peut déséquilibrer l’énergie des Reins qui se
trouvent être le lieu par excellence des défenses immunitaires et de
l’immense possibilité – on ne le répétera jamais assez – d’adaptation et
d’autoguérison de l’organisme. En revanche, une sexualité bien comprise
peut être un des moyens les plus efficaces de prévenir les maladies et de bien
vieillir, ainsi qu’une aide précieuse à l’épanouissement et à l’ouverture
spirituelle. C’est ce que nous allons voir dans les pages suivantes.

Différences entre l’homme et la femme


On considère en médecine chinoise que l’énergie masculine est
assimilable au Yang, alors que la femme a tendance à être plutôt Yin. Quand
la gent masculine se rendra compte que le Yin est un trésor caché qu’il faut
absolument préserver, elle aura une autre vision de la femme. Toute la
sexualité doit être comprise autour de cette bipolarité Yin-Yang. Le Yang
s’apparente au Feu, au Soleil, le Yin à l’Eau, à la Lune. Le Yin est long à se
mettre en mouvement, à se réchauffer. Pour que ses sens puissent s’éveiller,
la femme a besoin de longues prémices amoureuses : un massage des pieds,
du dos, du ventre, des baisers, des caresses, des murmures…
Le baiser amoureux met en jeu la salive. Comme nous l’avons vu, en
médecine traditionnelle chinoise, il y a deux types de salive :
– l’une, chargée d’enzymes et sécrétée par les glandes parotidiennes, sert
à digérer le bol alimentaire ;
– l’autre, qui trouve sa source sous la langue, est directement reliée à
l’énergie des Reins, entre autres par le méridien antérieur « Ren Mai ».
C’est celle qui est impliquée dans le vrai baiser amoureux et qui permet
d’augmenter très rapidement la libido chez la femme et de favoriser
l’érection chez l’homme.
À l’opposé du Yin, le Yang, lui, ne demande qu’une seule chose : monter,
s’enflammer rapidement, sortir ! C’est une force centrifuge. S’il ne tempère
pas son feu intérieur, s’il ne tient pas compte du fonctionnement de la partie
intime de sa partenaire, l’homme va faire jaillir sa lave en quelques minutes,
comme un volcan. Deux conséquences à cela : un épuisement de l’homme
après l’acte sexuel et une frustration de la femme, consciente ou inconsciente,
pouvant induire, à la longue, d’importants blocages internes.
Sur le plan sexuel, les taoïstes considèrent que les hommes et les femmes
sont des partenaires égaux et complémentaires. De même que le Ciel et la
Terre, que le Yin et le Yang doivent s’équilibrer mutuellement pour réaliser
l’harmonie, les deux sexes doivent s’équilibrer réciproquement pour ne
former en fin de compte qu’« Un ». Ce retour vers l’unicité est le but ultime
des taoïstes. Il existe dans notre organisme trois entités que l’on appelle les
« trois trésors », le « San Bao » et qui sont :
– le « Jing », c’est-à-dire l’essence des Reins ;
– le « Qi », l’énergie vitale ;
– le Shen, l’Esprit.
Les taoïstes ont très vite compris que sans Jing, c’est-à-dire sans une
énergie sexuelle optimale, il ne pouvait pas y avoir assez d’énergie interne
pour faire fonctionner l’organisme suffisamment bien. Cela revient à dire que
sans une essence des Reins suffisante, le corps n’a pas assez d’impulsion
pour produire suffisamment d’énergie, de Qi. Et sans un Qi suffisant, le Shen
ne peut pas être activé, l’Esprit et la spiritualité ne peuvent pas s’épanouir
librement. C’est en ce sens-là que sont reliés sexualité et Esprit.
Bien avant les découvertes récentes des endocrinologues, les taoïstes ont
montré que notre organisme comprenait un ensemble de sept glandes, de sept
centres d’énergie dont la fonction est de régler constamment le flux d’énergie
dans les différents systèmes que comporte le corps humain. Ces centres sont
les « chakras » des hindous et les « nœuds énergétiques » fondamentaux en
médecine traditionnelle chinoise. On trouve ainsi, du haut vers le bas du
corps :
La glande pinéale ou la « maison de l’Esprit » qui gouverne toutes les
autres glandes et permet à l’homme de communiquer à un niveau spirituel.
Située dans le cerveau, elle serait l’endroit qui recevrait les informations de
l’Âme spirituelle. Elle correspondrait à ce que l’on appelle le « troisième
œil ». L’intuition et la conscience sont sous sa dépendance.
L’hypophyse ou « la maison de l’intelligence » qui gouverne la
mémoire, l’intelligence et la sagesse. Elle est aussi située dans le cerveau,
mais plus bas que la glande pinéale. N’oublions pas que ces deux structures
sont directement liées à l’énergie des Reins. Rappelons-nous que les Reins
sont appelés « la mère des moelles ».
La thyroïde ou « la maison de la croissance », située au niveau du cou,
qui assure le métabolisme cellulaire.
Le thymus, appelé encore « maison du Cœur », situé à la base du cou,
gouverne le Cœur et le système circulatoire.
Le pancréas ou « la maison de la transcendance » qui contrôle la
digestion, la glycémie et l’équilibre thermique du corps.
Les glandes surrénales, situées au-dessus et en dedans des Reins, encore
appelées « maison de l’eau » et qui gouvernent la fonction des Reins, des os
et des moelles.
Enfin les glandes sexuelles encore appelées « la maison de l’essence »
qui comprennent la prostate, les testicules chez l’homme, les ovaires et
l’utérus chez la femme, auxquels on rajoute le vagin.
Toutes ces glandes sont sous la dépendance de l’énergie des Reins et sont
responsables de la sécrétion d’hormones et de l’énergie sexuelle. Il faut
visualiser la chose suivante : ces sept glandes s’appuient l’une sur l’autre
dans un mode ascendant. Si les six premières glandes ne sont pas
remplies et ne sont pas en pleine capacité, la septième, la « maison de
l’Esprit » ne le sera pas non plus. Les glandes sexuelles sont donc à la base
de ce circuit énergétique.
Par ailleurs, ces glandes sont mises en relation avec la surface du corps
par les méridiens énergétiques. Les deux méridiens concernés sont les
méridiens « Jen Mai » et « Du Mai ».
• Le Jen Mai part d’un point situé à mi-distance entre l’anus et la
commissure postérieure des grandes lèvres chez la femme et le bord
antérieur du scrotum pour les hommes. Ce point, vous le verrez, aura une
grande importance dans les exercices que je décrirai plus loin. À partir de
ce point, le méridien Jen Mai passe par la face médiane et antérieure du
corps. C’est là que se situent tous les chakras des hindous. Il se termine
sous le frein de la langue, là où sort la salive, le « liquide d’or » selon les
taoïstes, excrété lors du baiser amoureux.
• De cette même zone, au niveau du périnée, part un autre méridien, le Du
Mai qui lui, est postérieur et longe les sommets des vertèbres, passe par le
sommet du crâne par un point fondamental, le 20 DM ou « Bai Hui » et
se termine au niveau de la lèvre supérieure. Les flux hormonaux et
sanguins, de même que l’énergie, circulent le long de ces méridiens,
mettant en relation les sept chakras, les sept glandes précédemment
citées.
Il est à noter que les exercices liés à la sexualité ou encore certains
exercices de méditation se font la pointe de la langue touchant le palais
supérieur pour permettre à ces deux circuits énergétiques de former une
boucle. Cela permet aussi à cette « salive des Reins » d’être hyper sécrétée,
tonifiant directement l’énergie des Reins. D’ailleurs, certains exercices
préconisent de remplir sa bouche de cette salive et ensuite de l’avaler en trois
fois.
Lors de certaines pratiques, vous pourrez ressentir une onde vibratoire
monter jusqu’au sommet du crâne. Cette « décharge énergétique », que l’on
appelle « Kundalini » en médecine ayurvédique, se fait le long du méridien
Du Mai.
Revenons aux différences entre l’homme et la femme, pour mieux
comprendre tout ce qui va être dit par la suite. L’homme est plutôt de nature
Yang, alors que la femme est plutôt Yin. L’homme a la plupart de ses
organes sexuels à l’extérieur. Sous l’impulsion de l’énergie des Reins, le sang
donne ses ordres au cerveau qui remplit les corps caverneux et déclenche une
érection au niveau du pénis. Lorsque la prostate est remplie de liquide
séminal, celui-ci, s’il n’est pas contrôlé, est éjecté vers l’extérieur. C’est
l’éjaculation. Il s’agit toujours de cette force centrifuge sur l’énergie, de ce
mouvement Yang vers l’extérieur. L’homme est excité très rapidement et son
excitation est anatomiquement visible. Tout ce processus est donc par nature
Yang.
Inversement, les organes sexuels féminins, à l’exception des seins, sont
internes. Le clitoris, le vagin et les sécrétions émises sont toutes internes.
C’est dans ce sens aussi que l’on parle de Yin, force centripète. Mais le Yin
est aussi l’emblème du froid, de l’eau, de la lenteur, de l’intériorisation.
L’homme doit évidemment tenir compte de tout cela pendant les rapports
amoureux. Messieurs, ne vous en déplaise, ce tempérament Yin, comme je le
disais plus haut et comme nous le verrons plus tard, n’est ni péjoratif, ni signe
d’infériorité.
Dans les écrits du maître spirituel taoïste Mantak Chia, on peut lire : « Le
Yang est le Feu, la femme est l’Eau. Quand un homme et une femme font
l’amour, le feu du pénis chauffe l’eau de la matrice. La femme est presque
toujours sexuellement plus forte que l’homme, car son eau éteint le Feu de
l’homme qui perd son érection. Le faible est doux. Le Yin vient toujours à
bout du dur Yang. Un exemple en est donné par les fleuves Yin qui
triomphent des rochers massifs. C’est ainsi qu’un cours d’eau emporte
1
lentement une montagne gigantesque . »
Je vais à présent aborder ce qui concerne la sexualité masculine avant de
présenter ce qui touche au féminin. Chaque partenaire devra bien
connaître l’ensemble de ces informations pour être capable de se mettre
à la place de l’autre et ainsi de transformer un acte d’amour en jeu très
subtil d’équilibre entre le Yin et le Yang. Si j’emploie le mot « subtil »,
c’est que pendant un rapport amoureux, si la femme se relâche, qu’elle pense
à autre chose, alors comme un volcan, l’homme a envie d’éjaculer. La
réciprocité existe : si l’homme pense à autre chose, le Yin le ressent et
s’évapore. C’est pour cela, et je le redirai, que l’acte d’amour doit être un
véritable état de pleine conscience, voire même un exercice de méditation en
pleine conscience.

La sexualité masculine
Dans sa vie, un homme normal éjacule assez de semence pour engendrer
un trillion (mille milliards) de vies humaines ! Les scientifiques ont montré
que la valeur nutritive d’une éjaculation équivalait à deux beefsteaks, dix
œufs, six oranges et deux citrons combinés. Physiologiquement, le liquide
séminal est composé de deux substances provenant d’une part de la prostate
et des vésicules séminales, et des testicules d’autre part. Quand il y a une
excitation du pénis, de « la tige de jade » pour les taoïstes, la prostate se
remplit de sécrétions. Une fois qu’elle est gonflée, une série de contractions
rapides lui fait reprendre sa taille normale : c’est l’éjaculation.
Les testicules produisent les spermatozoïdes et les hormones, tandis que
la prostate, par l’intermédiaire des vésicules séminales, produit le fluide
séminal, riche en éléments nutritifs et en hormones. En plus de ces éléments
nutritifs, le sperme contient une très grande quantité d’énergie vitale.
Rappelons-nous : un seul spermatozoïde est tellement concentré en énergie
qu’il peut donner naissance à un être humain (en coopération avec un ovule,
évidemment). Une seule graine peut donner un baobab. C’est ce qui explique
le sentiment d’épuisement que l’homme éprouve après une éjaculation. En
effet, après une perte de semence, les sept glandes (vues p. 145) de l’homme
accusent une importante déperdition d’énergie. D’après un proverbe taoïste,
l’homme commun choisit de faire circuler son énergie de haut en bas à
travers les sept glandes pour terminer par l’éjaculation. Celui qui a la
connaissance fait circuler son énergie dans le sens contraire, du bas vers le
haut, à travers les sept glandes. Il choisit ainsi la Vie immortelle, la Vie
divine.
On considère que pour entretenir une sexualité opérationnelle, pour
reconstituer une semence perdue, le corps mobilise 30 à 50 % de
l’énergie journalière qui est normalement apportée par la respiration, la
digestion du bol alimentaire, la lumière solaire, et ce, au détriment du
fonctionnement des autres métabolismes. C’est un énorme investissement
en matière première. Quand l’organisme se retrouve avec une batterie des
Reins vide, il se connecte sur son énergie vitale, il consomme l’huile de sa
lampe à huile, celle qui ne se reconstitue pas, ce qui est la cause du
vieillissement précoce et de l’apparition de pathologies dégénératives comme
celle d’Alzheimer. L’acte sexuel n’est souvent, aujourd’hui, que la traduction
du matérialisme ambiant, c’est un échange uniquement physique, avec
obligatoirement l’émission de la si précieuse semence, sous peine de passer
aux yeux des autres pour un impuissant. C’est la caricature donnée par les
films pornographiques, où l’acte dure une quinzaine de minutes, pratiqué la
plupart du temps par des personnes boostées aux hormones. Cette image est
catastrophique, en particulier pour nos adolescents. Quand ils veulent la
transposer dans la vie réelle, elle génère un sentiment d’infériorité,
d’angoisse, qui peut s’ancrer au plus profond de leur subconscient pour toute
leur vie. Internet a universalisé cet état de fait. On pourrait même parler de
mondialisation du sexe. À l’heure actuelle, aller sur un site pornographique
en trois clics est à la portée de n’importe quel jeune. Matérialité et rapidité
étant souvent apparentées, chez un Occidental, l’acte sexuel moyen dure
environ un quart d’heure. L’insatisfaction qui en découle conduit l’homme à
« butiner » à la manière d’un papillon (aspect Yang) et la femme à intérioriser
son insatisfaction (aspect Yin). L’impuissance (la baisse de la libido pour les
femmes) est souvent au bout du chemin, avec toute la batterie d’excitants
sexuels, auditifs, visuels, tactiles, de toutes sortes, pour tenter d’y remédier.
Certes, cette panoplie peut faire partie de rituels dans le jeu amoureux d’un
couple épanoui. Mais cela doit être un moyen et non pas une fin.
Il est grand temps de revenir à l’essence même de la sexualité : un acte
conscient et amoureux qui nous différencie de l’animal. Les textes anciens de
physiologie chinoise insistent sur le fait qu’un homme ne devrait pas avoir de
rapports sexuels suivis avec éjaculation avant l’âge de 24 ans et une femme
avant 21 ans. Ces âges respectifs correspondent à la maturité des organes
génitaux et à la mise en place définitive de tous les mécanismes hormonaux
agissant sur la sexualité. Tout excès sexuel plus précoce (surtout vers 16-
17 ans) pourra avoir des conséquences néfastes et irréversibles pour la santé
des adolescents à court terme, mais surtout à long terme. On n’incrimine pas
tant ici une éjaculation épisodique, mais surtout et avant tout, celle qui peut
devenir quasi quotidienne et la plupart du temps en solitaire. Je parle ici de la
masturbation, qui est si dévastatrice. C’est une des causes à court terme de
lombalgies à répétition, de tension du Foie excessive avec des émotions
versatiles souvent tournées vers la colère, de maux de gorge récurrents… Ces
laryngites s’expliquent entre autres par un épuisement du Yin des Reins. Cet
affaiblissement génère de la chaleur et de la sécheresse qui conduisent à
l’inflammation. Avant que celle-ci ne s’installe au niveau local, elle est
« exportée » le long d’un méridien qui part lui aussi du périnée et qui monte
en avant de la colonne vertébrale, pour passer à l’entrée des bronches (asthme
par sécheresse des cils vibratiles), aux glandes thyroïdes et parathyroïde,
jusque dans la gorge.
N’oubliez pas la chose suivante : les virus ou microbes ne peuvent se
développer dans la gorge que lorsqu’un terrain prédisposant (de chaleur) est
présent. La mauvaise gestion du stress est une autre cause d’affaiblissement
du Yin des Reins. Je voudrais citer ici un passage d’un livre écrit en 1769 par
M. Tissot, docteur en médecine de la Société Royale de Londres,
L’onanisme, dissertation sur les maladies produites par la masturbation :
« Un jeune homme s’étant livré à la masturbation à l’âge de quinze ans et
l’ayant exercée très fréquemment jusqu’à vingt-trois ans, tomba, dans cette
période, dans une si grande faiblesse de tête et des yeux que souvent ces
derniers étaient saisis de violents spasmes dans le temps de l’émission des
semences […] La trop grande perte de semence provoque la lassitude, la
débilité, l’immobilité, des convulsions, la maigreur, le dessèchement, des
douleurs dans les membranes du cerveau. Cela émousse les sens, surtout la
vue, donne lieu à la consomption dorsale, à l’indolence… » Je suis bien
conscient qu’il s’agit d’un texte datant d’une époque à laquelle on pouvait
soupçonner le religieux de peser sur le scientifique, mais ces symptômes
trouvent tous leur explication en médecine traditionnelle chinoise. Il ne s’agit
pas de morale ou de juger certaines pratiques sexuelles, mais de tenir compte
d’un enseignement millénaire qui explique qu’une sexualité débridée
entraîne, outre un vieillissement précoce, toute une série de pathologies
comme l’hypertension artérielle, des maladies mentales et émotionnelles,
certains types de cancers dont celui de la prostate chez l’homme, des ovaires
et de l’utérus chez la femme. C’est une des grandes causes de l’apparition de
la maladie d’Alzheimer, de Parkinson et des maladies neurodégénératives.

Le désir sexuel masculin


Il existe deux types de désirs sexuels masculins :
– l’un fait partie du domaine de l’inné ;
– l’autre est à mettre en relation avec la sphère du conscient.
La pulsion sexuelle innée est appelée libido en Occident. C’est un désir
normal, sain. Cette libido peut, dans certains cas, non pas être réprimée, mais
canalisée, pour éviter de trop grandes déperditions d’énergie. Elle est
directement reliée à l’énergie des Reins, à la recharge de la fameuse batterie.
Une trop grande répression et, à l’inverse, une trop grande libération, sont
aussi nocives l’une que l’autre. Il est important ici de suivre la voie du Tao,
c’est-à-dire la voie du juste milieu. En matière d’éducation sexuelle, comme
dans toute éducation, il faut adopter la règle suivante : « Si nous mettons un
tuteur trop important ou trop serré à une jeune plante, elle ne peut se
développer harmonieusement. Si nous décidons de lui enlever tout tuteur, son
développement se fera de manière anarchique. Elle aura tendance à ramper
sur le sol au lieu de s’élever vers le ciel. Tout l’art est de trouver le tuteur
adapté à chaque stade d’évolution. »
Comme je le disais plus haut, le sexe est présent partout : dans les
habitudes vestimentaires, les images, les affiches, la musique, les livres, les
films… Toutes ces incitations réveillent artificiellement et en permanence la
libido, « le feu qui dort ». On ne sait plus faire la différence entre pulsions
sexuelles innées qui font partie d’un processus physiologique naturel et
pulsions sexuelles artificielles provoquées par ces stimuli cernant l’individu
de toute part. Si vous avez bien suivi les enseignements sur le Hun et le Po,
vous comprenez que c’est évidemment le Po qui prend le dessus sur le Hun et
qui fait tout pour vous attirer de plus en plus vite vers la terre. Une première
étape serait de refondre entièrement l’éducation sexuelle à l’école. Avant
d’apprendre à faire l’amour, il faudrait réapprendre l’Amour. Il ne faut pas
seulement inciter les jeunes de 13-14 ans à acheter des préservatifs (pour les
protéger des maladies sexuellement transmissibles, qui font encore des
ravages), mais aussi leur dire la vérité en face : « L’acte sexuel avec émission
de sperme est un danger pour la santé, s’il est pratiqué de façon débridée et
en excès avant la fin de la croissance physiologique. » Cet acte sexuel devrait
être un acte d’amour, de connaissance d’autrui, de confiance mutuelle, de
patience, de culture duelle impliquant de la fidélité, à condition évidemment,
qu’il n’y ait pas d’incompatibilité entre les deux partenaires. Que de chemin
il nous reste à parcourir ! Vous avez bien compris qu’il s’agit ici d’un
discours médical, basé sur des réalités physiologiques incontournables,
discours qui peut paraître rétrograde, révolu, moraliste et cependant, bien
nécessaire à entendre pour préserver une bonne santé.
Après la sexualité du jeune, voyons à présent celle de l’adulte. Le plein
épanouissement sexuel se situe entre 25 et 55 ans, bien qu’il puisse aller bien
au-delà quand on pratique les méthodes taoïstes, comme nous allons le voir.
Des pertes séminales régulières, mais espacées, faites dans un contexte de
fusion amoureuse et non pas en solitaire, ne peuvent être nocives pour la
santé. Cependant, après 60 ans, les hommes devraient s’abstenir de répandre
leur semence, ce qui ne signifie pas qu’ils doivent s’abstenir de toute relation
sexuelle. Dans les mythiques dialogues avec l’Empereur Jaune, le Nei Jing,
remontant à plus de 2000 ans avant J.-C., à la question relative au
vieillissement prématuré de l’homme, on trouve la réponse suivante :
« L’homme peut vieillir prématurément à cause de sept
traumatismes :
Le premier est un abus dans l’utilisation de la “tige de jade”
avant l’âge de 24 ans.
Le deuxième, une dispersion trop fréquente de la semence.
En troisième, au contraire, une érection insuffisamment
fréquente.
Ensuite, un non-maintien de la circulation d’énergie entre les
méridiens Du Mai et Ren Mai.
Un non-maintien de la libre circulation d’énergie dans le
Foyer inférieur, l’abdomen inférieur.
La recherche de la rapidité pendant les rapports, représentant
un gaspillage de Jing (essence) et de Qi (d’énergie).
Et enfin, une insuffisance dans la fréquence d’absorption des
essences Yin de la femme pour renouveler son Yang.
S’il évite ces sept traumatismes, un homme peut restaurer et
2
préserver sa jeunesse bien au-delà de 48 ans et ouvrir ainsi la
porte qui permet d’accéder au secret de la longévité et de
l’immortalité. »

Par ailleurs, nous vivons en symbiose avec notre environnement, et


comme les saisons qui rythment notre relation avec l’extérieur, nous avons
également notre cycle des saisons pour la sexualité. Il est dit aussi dans le
Nei Jing, le livre fondateur de la médecine chinoise, qu’au printemps et au
début de l’été, les rapports peuvent être fréquents. En hiver, ils doivent être
espacés, sous peine d’importantes déperditions énergétiques. C’est là une
réalité physiologique qu’il serait très facile de vérifier sans la pression sociale
actuelle qui occulte le désir sexuel inné. Je parle ici de rapports avec émission
de semence. Si on ne contrôle pas nos éjaculations, l’énergie Yin des Reins
risque d’être fortement endommagée. Toujours dans le même ouvrage : « Au
printemps, le Yang monte et on peut avoir quatre éjaculations dans le mois.
En plein été, les liquides organiques sont diminués par la sudation et il
faudrait n’en avoir que trois. En automne, le Yang se rassemble et commence
à aller en profondeur et on devrait n’en avoir que deux. En hiver, le Yang est
concentré à l’intérieur et le Yin diminue et on devrait n’en avoir qu’un. Les
excès sexuels de l’hiver engendrent les maladies du printemps. » En plus de
ces deux considérations d’âge et de saison, il faut tenir compte de l’hérédité
et de la maladie. Certains naissent avec une énergie des Reins très puissante
et pour eux, des rapports excessifs ne sont pas préjudiciables. D’autres au
contraire devront mettre un frein à leurs pulsions immodérées. En cas de
convalescence après une maladie, il est évident qu’il faut laisser le temps à
votre organisme de récupérer. Tout rapport excessif avec émission de sperme
pendant cette période ne pourra que fragiliser un peu plus le corps et le rendre
perméable à d’autres attaques externes ou d’autres déséquilibres internes. Les
taoïstes ont édicté d’autres règles en la matière. Souvent, après un bon repas,
après avoir bien bu, le désir sexuel est exacerbé. Si les rapports sexuels ont
lieu dans de telles circonstances, l’énergie des Reins peut être très facilement
endommagée. Donc, après un bon repas arrosé, il ne faut surtout pas émettre
de sperme. De plus, si nous sommes fatigués, surmenés, tristes, en colère, si
nous avons faim ou si, au contraire, nous avons l’estomac rempli et que nous
sommes en pleine digestion, le corps risque de s’affaiblir grandement par
l’émission d’une semence qui épuise de moitié la batterie des Reins. Dans la
tradition, il est aussi dit qu’avant un rapport sexuel, il faut éviter les boissons
froides, les glaces ou les glaçons. En effet, le corps devra d’abord réchauffer
le Foyer moyen, l’Estomac, pour l’amener à 38 °C, ce qui brûlera d’autant
votre énergie sexuelle subtile. Le flux de la semence peut devenir
incontrôlable si vous êtes ivre. D’autre part, il est idéal d’uriner 15 à 20
minutes avant un rapport. En effet, une vessie pleine rend difficiles une
détente et une concentration pendant l’acte sexuel. Le seul moment où il est
conseillé d’uriner après le rapport, c’est quand la femme a ses menstruations,
pour éviter que le sang ne stagne dans votre urètre.
Il est aussi dit, dans les textes anciens, qu’un rapport lors d’un froid
sévère ou au contraire d’une chaleur excessive, ou par temps d’orage, peut
générer un déséquilibre entre les partenaires. Il faut en tenir compte si vous
décidez d’éjaculer dans le but de procréer ! La raison est simple à
comprendre. Les testicules de l’homme sont Yin (toujours cette
complémentarité du Yin et du Yang : il y a toujours un peu de Yin dans le
Yang et inversement, comme l’indique le signe du Tao, à savoir les deux
virgules opposées Yin et Yang avec dans le renflement de chacune un point
blanc ou noir, Yin ou Yang). Quand on touche les testicules d’un homme, ils
sont froids, de même que le liquide séminal qu’ils contiennent. Au moment
de l’éjaculation, les spermatozoïdes sont ralentis par ce Yin et seuls les plus
forts sont susceptibles d’arriver à destination pour « engendrer ». Mais si
cette semence se réchauffe à cause du Yang de l’alcool, de l’électricité dans
l’air, du Yang de la colère et de bien d’autres facteurs, tous les
spermatozoïdes, même ceux qui ont une énergie plus faible, vont arriver à
destination. Vous risquez de mettre au monde une génération à l’énergie
diminuée, sans parler des potentielles malformations dues à « un mauvais
spermatozoïde » qui aurait dû rester en arrière.
Encore un conseil : il faut éviter de prendre une douche, et surtout un
bain, après l’acte sexuel. Il faut attendre que le corps et l’esprit aient eu le
temps de se relaxer et d’absorber, de distiller l’énergie sexuelle de votre
partenaire.

Les effets néfastes d’une sexualité excessive


Nous avons vu que la conséquence d’une vie sexuelle débridée était un
vieillissement précoce : apparition de sécheresse interne par épuisement des
liquides organiques dû à l’excès de Yang, mais aussi de sécheresse externe,
engendrant des rides précoces, des sécheresses vaginales chez la femme.
L’assèchement de l’énergie des Reins, soit un affaiblissement ou
un effondrement du Yin des Reins consécutif à des éjaculations répétées,
entraîne aussi :
– des problèmes prostatiques ;
– des problèmes rhumatologiques ;
– des impuissances sexuelles ;
– des éjaculations précoces ;
– des décalcifications osseuses ;
– des coxarthroses ;
– des lombo-sciatiques ;
– des inflammations au niveau des organes sexuels ;
– une sécheresse de la gorge ;
– un blanchiment ou une perte de cheveux précoces ;
– des sifflements d’oreilles ;
– des problèmes de surdité ;
– des montées de tension.
Tout ceci peut déboucher sur des maladies cardio-vasculaires, des
attaques, des sénilités précoces comme la maladie d’Alzheimer. La médecine
traditionnelle chinoise explique que le logiciel Rein, de nature Yin, et la
batterie des Reins (c’est-à-dire les facultés d’autoguérison, d’autorégulation
et d’adaptation de l’organisme) sont de même nature. C’est là où l’énergie
excédentaire est mise en réserve. Cette zone des Reins stocke aussi l’essence
originelle, la « lampe à huile ». Et c’est là aussi qu’est produite la semence.
Dans le Nei Jing, il est dit : « Le Bois du Foie vient prendre ses racines dans
l’Eau des Reins. »
Puisqu’une émission trop importante de semence génère une insuffisance
du Yin des Reins, de « l’Eau des Reins », le Bois du Foie peut s’assécher et
s’enflammer facilement, entraînant les symptômes suivants : hypertension,
raideurs articulaires, tendinites (puisque les tendons sont à mettre en relation
avec le Foie).
À la suite d’éjaculations à répétition, certains individus vont littéralement
« vider » l’énergie de leur Rein, provoquant l’apparition d’un « feu interne »
au niveau du Foie qui les conduira, dans les cas extrêmes, à devenir des
« obsédés sexuels ». Or, les obsessions, tout comme la nervosité et la colère,
appartiennent au logiciel Foie. On peut comprendre que les violences
sexuelles habitent le quotidien d’un grand nombre d’individus : le Foie
s’enflamme et la colère explose. Les violeurs sont amenés à pratiquer les
pires sévices sur leurs victimes. Il s’agit là, bien sûr, de cas extrêmes, mais
qui permettent de bien comprendre le schéma relationnel existant entre les
organes, les émotions et les troubles comportementaux.

Le grand secret : la rétention séminale


Depuis des millénaires, les sages taoïstes détiennent un des plus grands
secrets, de ceux qui permettent d’accéder à la longévité, à l’explosion de
notre énergie mentale et de notre spiritualité. Le secret révolutionnaire de la
sexualité taoïste, comme d’ailleurs celle des hindous et celle que l’on
retrouve dans certains traités médicaux arabes, c’est la RÉTENTION
SÉMINALE, avec transmutation de la semence en une énergie subtile
capable de transcender les capacités physiques et intellectuelles de
l’individu. Dans les dialogues avec l’Empereur Jaune, celui-ci demandait à
son médecin et ministre Qi Bai : « L’activité sexuelle finit le plus souvent par
une éjaculation. Ainsi, si je peux contrôler mon orgasme et empêcher mes
éjaculations, quel en sera le bénéfice ? Conseillez-moi, je vous prie, de façon
détaillée. » La réponse fut celle-ci :
« Si vous contrôlez correctement la première sensation d’éjaculation,
vous renforcerez et augmenterez votre virilité. Refréner la deuxième
éjaculation purifiera les yeux et les oreilles. Refréner la troisième
débarrassera les muscles et les articulations du corps des affections et des
douleurs. Refréner la quatrième éjaculation renforcera les organes. Refréner
la cinquième régulera tous les pouls du corps. Refréner la sixième renforcera
la colonne vertébrale et la taille. Refréner la septième renforcera les fesses et
les cuisses. Refréner la huitième apportera une couleur juvénile à la peau et
un teint lisse plein de santé. Refréner la neuvième éjaculation augmentera
naturellement la longévité. Refréner la dixième mènera à l’immortalité. »
Une autre question de l’Empereur Jaune : « On considère le plus souvent
que l’homme tire le plus grand plaisir dans la sensation d’éjaculation.
Cependant, quand il apprend à suivre la voie du Tao, il lui est conseillé
d’éjaculer de moins en moins souvent. S’il observe cela, sa sensation de
plaisir ne sera-t-elle pas diminuée ? » La réponse fut : « Bien loin de là.
Quand un homme a éjaculé, il est fatigué. Ses oreilles bourdonnent et ses
yeux sont lourds de sommeil. Il a soif et ses membres et ses articulations le
font souffrir et se raidissent à la longue. Quand un homme éjacule, il
n’éprouve du plaisir que quelques instants, mais il est accablé par la fatigue
pendant plusieurs heures. Est-ce là le vrai plaisir ? » Cette notion de plaisir
extrême, suivi de fatigue, se retrouve chez la femme quand elle a des
orgasmes clitoridiens à répétition.
Même si tout cela peut paraître de prime abord logique, bien que
surprenant, on se trouve devant un double écueil. Le premier est lié à la
femme. En effet, dans le subconscient collectif, elle doit réussir à faire
éjaculer l’homme sous peine d’être une mauvaise épouse (ou partenaire),
même si persiste en elle un état de frustration. Le second se trouve chez
l’homme, Yang, le mâle. Il doit jouer les « machos », être un
« surhomme ». Il finit par se servir de la femme comme l’objet de
l’assouvissement de son propre plaisir aigu, de sa pulsion, même si, chez lui
aussi, persiste un malaise, comme celui d’avoir perdu une guerre ! Tout ceci
est aux antipodes de ce qu’enseigne la tradition. C’est une vision totalement
erronée de la véritable sexualité. Tout ce qui précède explique pourquoi les
taoïstes ont cherché à mettre en place des méthodes pour diminuer, et ensuite
éviter, pratiquement toute éjaculation.
Mais attention ! Souvent, les Occidentaux qui se lancent dans ce type
d’exercices confondent l’inversion du flux éjaculatoire avec le blocage forcé
de l’éjaculation. Si par des méthodes inappropriées ou mal maîtrisées, vous
bloquez le liquide séminal dans la prostate, celle-ci va se tendre, devenir
douloureuse. Quand un tel phénomène se produit – ce qui peut arriver surtout
au début de l’apprentissage –, si vous ne savez pas faire autrement, il suffit de
provoquer une éjaculation pour que tout rentre dans l’ordre. En réalité, les
exercices que nous allons voir servent à transformer l’éjaculation en
« injaculation ». Le liquide séminal ne s’épand pas vers l’extérieur, mais au
contraire, on lui permet de retourner dans la circulation sanguine, rechargeant
ainsi les « sept glandes endocrines » de bas en haut.

Exercices de rétention séminale


Une série d’exercices va vous permettre d’accéder sans trop de difficultés
à ce « secret », ce « pouvoir » aux bénéfices inestimables qu’est la rétention
séminale.

L’exercice de compression de la porte d’Or


C’est une méthode de rétention séminale qui est pratiquée en Chine depuis
plus de cinq mille ans. Elle est si simple à mettre en œuvre que n’importe qui peut
se l’approprier facilement. Il s’agit de comprimer à l’aide de ses doigts un point
situé à mi-chemin entre l’anus et le scrotum et dont nous avons parlé
précédemment au sujet de la circulation des méridiens Ren Mai et Du Mai. Il
porte en acupuncture le nom de « Hui Yin », le point de rassemblement du Yin. Il
est encore appelé « Jin Men » ou « la porte d’Or ». Quand on passe le doigt sur ce
point, on ressent une petite dépression, une petite concavité. En pressant dessus
juste avant qu’une éjaculation ne se produise, l’énergie remonte en suivant les
méridiens qui prennent naissance à cet endroit. Lors d’un orgasme masculin
classique, la prostate émet des mouvements de contraction et de dilatation
successifs pour évacuer toutes ses sécrétions hors de l’organisme et se vide en
quelques fractions de secondes. En pressant ce point, l’homme peut contrôler et
faire diminuer le rythme auquel la prostate vide son contenu. Le sperme ne passe
pas dans le pénis, mais au contraire, demeure dans la prostate, où il est ensuite
absorbé dans la circulation sanguine et transporté dans le reste de l’organisme, en
remontant les différentes glandes endocrines. L’homme continue à éprouver des
sensations orgasmiques, données par les spasmes de la prostate, mais au lieu
d’éjaculer, il « injaculera ». C’est la respiration qui dirige toute l’opération.
On ne peut arriver à un tel résultat du jour au lendemain. On a évidemment
besoin de répétitions de cette pratique avant qu’elle ne devienne une
« compétence inconsciente ». La pression ne doit être ni trop forte, ni trop faible.
Elle doit durer jusqu’à la fin des contractions de la prostate. Au début, on peut se
servir des trois doigts, ensuite on passe à un seul doigt.

De manière encore plus subtile, si on considère que les hormones


sexuelles font partie du macroscopique, la pure énergie circulant dans les
méridiens, au lieu de s’échapper du corps, va remonter le long des méridiens
et en particulier du Du Mai. La prostate peut mettre alors jusqu’à cinq
minutes, pour se vider, ce qui veut dire que l’orgasme peut durer cinq
minutes ! Il est important de bien synchroniser les mouvements. Dès que
vous sentez que l’éjaculation va être inévitable, juste un peu avant, appliquez
les doigts, pour réaliser le blocage externe. Maintenez la pression pendant et
après les contractions. Il faut bloquer jusqu’à ce que le pompage de la
prostate ait complètement cessé. Si vous attendez trop longtemps avant
d’intervenir, aucune force ne pourra arrêter le flux. Le blocage externe, tel
qu’il vient d’être décrit, améliore de manière très appréciable l’érection. C’est
une méthode très intéressante pour les débutants et une excellente entrée en
matière pour l’exercice qui va suivre.

L’exercice du cerf, pour l’homme


Dans l’Antiquité, trois animaux représentaient symboliquement la longévité :
le cerf, la grue et la tortue. En observant le comportement du cerf, les sages
taoïstes ont remarqué que cet animal aux prouesses sexuelles hors du commun
met en œuvre certains types de contractions et de massages anaux. De ces
observations découle un exercice connu de tous les médecins traditionnels
chinois : l’exercice du cerf. Il se décompose en deux parties :
– la première est une étape préparatoire qui recharge énergétiquement les
organes sexuels ;
– la seconde permet de produire l’« injaculation », sans aucune pression
externe.
Au bout de plusieurs semaines de pratique régulière, cette énergie sexuelle
sera à même d’être transmutée en énergie spirituelle.
Dans cet exercice, vous n’avez plus besoin de comprimer avec un, deux ou
trois doigts la région du scrotum. Pendant la période d’initiation, il vaut mieux
s’asseoir au bord d’une chaise. Ensuite, vous pourrez vous exercer dans n’importe
quelle position, debout, couché, allongé sur le dos ou sur le côté.
• Commencez par frotter vigoureusement les paumes des mains l’une contre
l’autre en avant du Cœur. Cela permet à l’énergie de refluer au centre des mains,
au niveau du point 8CC, « Lao Gong ». Les mains se réchauffent.
• Ensuite, votre main droite va se placer sous les testicules de manière à ce
que la paume les entoure complètement. La pression doit être légère. Petit à petit,
vous devez ressentir l’irradiation d’énergie venant du centre de votre main.
Pendant ce temps, la paume de la main gauche se place un peu au-dessus du
pubis, au niveau du « Dan Tian ».
• Entamez alors une série de mouvements rotatifs dans le sens des aiguilles
d’une montre. Vous faites 9 fois 9, soit 81 rotations avec une très légère pression.
Pendant tout cet exercice, votre respiration est calme, sans effort. La pointe de
votre langue touche le palais supérieur et votre esprit est centré sur la zone du Dan
Tian.
• Ensuite, frottez à nouveau vos paumes des mains l’une contre l’autre et
inversez l’exercice, c’est-à-dire que la paume de la main gauche entoure les
testicules et votre main droite entame une série de 81 rotations, mais cette fois-ci,
dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
N’oubliez pas que pendant tout cet exercice, votre esprit doit être calme, à
l’écoute de toutes les sensations qui peuvent apparaître, sans jamais – et c’est là
un point très important – essayer de provoquer ces sensations, quelles qu’elles
soient.
Ensuite, vous pouvez passer à la deuxième étape.
Elle consiste à resserrer les muscles autour de l’anus et à les pousser vers le
haut et vers l’intérieur. Vous devez avoir l’impression que l’air est aspiré par le
rectum, que toute la région anale est aspirée vers l’intérieur et vers le haut. Si cet
exercice est bien fait, vous devez sentir les testicules remonter. Au début, vous
aurez du mal à maintenir la contraction. Répétez alors plusieurs fois cet exercice
dans la journée afin de réveiller progressivement les muscles de votre plancher
pelvien. En effet, à cet endroit se trouve une nappe musculaire très importante,
pour ne pas dire primordiale, en médecine chinoise, qui va du pubis au coccyx :
c’est le muscle pubo-coccygien. Ce muscle, tant chez l’homme que chez la
femme, doit être très souvent exercé. Une bonne tonicité permettra plus tard, non
seulement d’éviter les problèmes de fuites urinaires, de descentes d’organes, mais
aussi de favoriser le retour veineux et, par là même, de prévenir ou d’améliorer les
problèmes de jambes lourdes ou de varices. En effet, quand cette nappe
musculaire devient atone, cela favorise la compression des grosses veines iliaques
qui la traversent et, en conséquence, une déficience de retour veineux. À ce titre,
cet exercice est très important à pratiquer dans l’art de bien vieillir.
Au début, tenez les contractions 1 ou 2 temps. Au bout de quelques jours
d’entraînement, vous pourrez aller beaucoup plus loin. Cet exercice est à répéter
autant de fois que vous le voulez. Le point de repère est de ne ressentir aucun
inconfort. Ce principe sera d’ailleurs un des principes de base dans toutes les
pratiques de Qi Gong. À certains moments, au cours de la pratique de cet
exercice, vous pourrez ressentir une sensation de picotement qui remonte le long
de « la voie des sept glandes », le long de la colonne vertébrale et, pourquoi pas,
jusqu’au sommet du crâne. Cette sensation peut être augmentée si vous inspirez
en continu tout en tenant la contraction, un peu comme une paille qui aspirerait du
liquide dans un verre d’eau.
Mais attention : pendant les premiers mois d’apprentissage, vous devez rester
spectateur de ces sensations épisodiques. Vous devez adopter une position
d’observateur. Dans le cas contraire, si vous faites cet exercice dans le but
d’obtenir quelque chose de précis, comme telle ou telle sensation, vous allez
disperser votre énergie et vous épuiser mentalement. Vous risquez de déclencher
ce que les Chinois appellent : « la pénétration du Dragon et la sortie du Feu »,
c’est-à-dire qu’à force d’avoir l’esprit tendu pour parvenir à un effet donné, vous
risquez de déclencher de très puissants déséquilibres internes. Ne mettez pas la
charrue avant les bœufs. Faites consciencieusement l’exercice tel qu’il est décrit,
le plus régulièrement possible, et ne soyez qu’un simple spectateur des effets qu’il
peut produire. Plus tard, si vous le souhaitez, vous pourrez aller beaucoup plus
loin dans ces pratiques, à condition d’être dirigé par un maître. N’oubliez pas que
le but premier de l’exercice du cerf est d’éviter une déperdition inutile d’énergie
par trop d’éjaculations. Il favorise donc l’injaculation. Du coup, vous n’avez plus
besoin d’utiliser vos doigts. La simple contraction des muscles du périnée, aidée
par la visualisation et la respiration, suffit à faire changer de direction le flux
séminal. Pour vérifier si cet exercice est bien pratiqué, si vous avez les bonnes
sensations, la prochaine fois que vous urinerez, interrompez une à deux fois le jet
mictionnel. C’est d’ailleurs une pratique excellente pour tonifier les muscles des
sphincters, aussi bien pour les hommes que pour les femmes.
Cet exercice de contraction musculaire a comme propriété de masser et de
stimuler la prostate en douceur, permettant ainsi la sécrétion d’endomorphines qui
produisent des effets euphoriques naturels. Il renforce les tissus des organes
sexuels et augmente la circulation sanguine dans l’abdomen. En outre, il permet à
la prostate de se vider entièrement et d’éviter ainsi toute congestion qui pourrait
devenir douloureuse. La prostate est, en effet, un organe très élastique, mais trop
de rétention peut favoriser à son endroit des stagnations susceptibles de se
transformer en phénomènes inflammatoires.

L’exercice du cerf, comme je vous le disais plus haut, peut aussi avoir un
impact positif sur votre spiritualité. Il permet de puiser l’énergie de six des
sept glandes et de la diriger ensuite vers la glande pinéale qui est la partie de
l’intelligence supérieure et ce que l’on appelle le « troisième œil ». Cette
action peut déboucher sur des capacités psychiques (mémoire, concentration,
intuition) accrues et sur un état de tranquillité et de paix intérieure. C’est donc
un excellent exercice thérapeutique, qui agit aussi bien sur le psychisme, que
sur le mental et le spirituel. Ces contractions pratiquées le matin au lever ou
le soir au coucher (pendant 5 à 10 minutes) donnent des résultats très
efficaces en ce qui concerne les problèmes d’éjaculation précoce, de fuites de
sperme la nuit ou d’impuissance.
En agissant directement sur le logiciel Rein, cet exercice permet
d’augmenter les défenses immunitaires de l’organisme, son immense
possibilité d’adaptation et son pouvoir permanent d’autorégulation et
d’autoguérison. Il y a une particularité qu’il convient de prendre en compte.
La nuit, pendant votre sommeil, vous êtes censé recharger votre batterie des
Reins. Vous vous rechargez en énergie vitale et en énergie sexuelle. Il est
donc normal d’avoir au réveil une érection spontanée. À ce moment-là, il est
très important de tirer l’énergie vers le haut par injaculation. Ainsi, vous
pourrez apprécier sa force pure et intense. Dans le cas contraire, elle risque de
s’échapper. Je vous rappelle que la masturbation avec éjaculation est très
dangereuse pour l’homme quand elle est répétitive. En médecine
traditionnelle chinoise, on considère qu’on ne peut pas subir de telles pertes
d’énergie et rester en bonne santé. Je vous invite donc à travailler
régulièrement ce type de contraction interne pendant l’acte sexuel, pour éviter
toute perte séminale et favoriser la remontée d’énergie sexuelle dans les
glandes endocrines. De plus, en maîtrisant un tel exercice, vous obtiendrez
tous les effets thérapeutiques et préventifs, précédemment cités.

L’exercice du cavalier de fer


Je vous invite aussi à mettre en œuvre, en parallèle et le plus souvent possible,
cet autre excellent exercice. Les quatre muscles les plus importants de
l’organisme en rapport direct avec l’énergie des Reins sont :
– les quadriceps ;
– les muscles fessiers ;
– la partie basse des abdominaux ;
– le muscle pubo-coccygien.
Or, un seul exercice peut les faire travailler tous les quatre, et bien d’autres
muscles encore. C’est la position dite « du cavalier de fer » ou « Ma Bu » en
chinois : vous êtes debout, les jambes sont écartées de part et d’autre du corps
dans une position large, les pieds sont parallèles et dirigés vers l’avant, les genoux
sont pliés et le buste penché légèrement vers l’avant, le plus droit possible. Vous
devez trouver une position médiane entre l’hyperlordose et l’hypercyphose. Le
haut du corps, lui, reste libre. 50 % du poids repose sur chaque pied. Vous devez
avoir l’air d’être assis, en ayant les jambes écartées. C’est une position qui doit
rester très stable. Plus les pieds sont parallèles, plus la position est statique.
Attention de ne pas descendre trop bas au début.
La règle est que l’on ne doit pas ressentir de tensions excessives dans les
genoux. Dans certaines pratiques d’endurance en Kung Fu, on peut aller jusqu’à
manger dans cette position. Très rapidement, vous allez ressentir les muscles
susnommés devenir du béton. Dans cette position, vous faites des contractions des
muscles du plancher pelvien, comme si vous vouliez soulever quelque chose de la
terre, avec les testicules pour l’homme. Avec cette position s’ouvre le Canal
Énergétique du Bas, qui est lié à l’énergie de la Terre. La membrane périnéale se
décontracte plus, ce qui produit spontanément son activation énergétique. Au
début, vous ne pourrez pratiquer ce mouvement que quelques minutes pour
ensuite pouvoir tenir un quart d’heure, voire plus.

C’est un exercice que vous pouvez faire par exemple en vous brossant les
dents et à bien d’autres moments dans la journée.

La sexualité féminine

Nous avons vu que la femme est Yin par rapport à l’homme, que ses
organes sexuels et ses sécrétions sont intériorisés, qu’elle est de nature plus
« froide » que l’homme. Elle a donc besoin de longues prémices avant toute
pénétration, pour éviter tout phénomène de douleurs et de blocage.
Anatomiquement, l’organe sexuel de la femme est intériorisé. Entre les
grandes et les petites lèvres se trouve la vulve, qui est la zone d’entrée du
vagin, et en profondeur, l’entrée de l’utérus. Toute zone du corps, que ce soit
les oreilles, la voûte plantaire, l’intérieur du nez, etc., est réflexogène. Les
organes sexuels féminins et masculins ne dérogent pas à cette règle.
Pour le pénis :
– l’extrémité, le gland, correspond au Cœur ;
– les côtés du gland sont mis en relation avec les Poumons ;
– la partie supérieure du corps du pénis avec la Rate ;
– le milieu avec le Foie et la racine du pénis avec les Reins.
Chez la femme, c’est l’inverse. L’orifice du vagin est mis en relation avec
les Reins. En avançant en profondeur jusqu’à l’entrée de l’utérus, les zones
du vagin sont à mettre en relation successivement avec le Foie, la Rate, les
Poumons et le Cœur. Nous constatons cette totale complémentarité entre
l’homme et la femme. Au cours de l’acte sexuel, chaque zone, à la manière
d’une pièce de puzzle, entre en correspondance avec la zone réflexogène qui
lui correspond.
Il existe un corollaire à cela. Une masturbation masculine excessive peut
exciter prioritairement la partie terminale du pénis et donc le Cœur. Il n’est
pas rare dans ces cas que cette excitation déclenche des symptômes similaires
à une crise d’angor (crise douloureuse toujours en rapport avec une artère
coronaire). Une masturbation féminine purement clitoridienne, donc externe,
peut exciter anormalement l’énergie des Reins et déclencher à plus ou moins
long terme un « Yin Xu » des Reins, une faiblesse de la partie Yin des Reins.
Le Yin diminuant, le Yang a tendance à augmenter. Le Yang ici représente
un état de chaleur, un état inflammatoire. Des stimulations répétées de la zone
clitoridienne favorisent l’apparition de nombreux symptômes comme des
infections urinaires à répétition ou encore des problèmes de rétention d’eau
avec prise de poids. Dans la sexualité taoïste, le clitoris peut jouer un rôle de
« starter », d’aide à l’augmentation de la libido, au réchauffement des Reins,
mais c’est le vagin, l’interne qui doit être à l’origine des orgasmes féminins.
Je voudrais aborder maintenant un autre aspect de la sexualité, spécifique
au sexe féminin : les menstruations. Si on considère que l’on reçoit dans une
journée notre énergie par la respiration, l’alimentation, le sommeil, la
relaxation, les Qi Gong, la gestion des émotions (toutes les méthodes Yang
Sheng Fa), nous en dépensons en moyenne 70 % pour les activités externes,
le travail, la digestion, la respiration et toutes les activités métaboliques et
automatiques du corps. Or, quand nous prenons de l’âge, nos capacités à
capter de l’énergie ont tendance à s’amoindrir. Au lieu d’être créditeurs
(batterie des Reins rechargée), nous devenons débiteurs. Alors que le corps
continue à dépenser la même quantité d’énergie, il finit par la retirer des
organes vitaux : dans l’ordre, le Foie, les Reins, la Rate, les Poumons et le
Cœur, le Pancréas, les glandes et en dernier, le cerveau. Ce sont les
différentes étapes du vieillissement dans une vision plus matérialiste de ce
que l’on appelle, en médecine chinoise, l’épuisement du « Yuan Qi » », de
l’huile de la « lampe à huile ». Les taoïstes expliquent que chez l’homme, la
principale perte d’énergie supplémentaire, celle qui les met en déficit
épisodique ou durable, ce sont les éjaculations, surtout si elles sont à
répétition. Le problème de la femme est différent. Elle perd principalement
son énergie lors des menstruations. On dit que c’est du Yin qui s’échappe
au travers du sang. Cette vision explique, entre autres, qu’une femme a plus
besoin de dormir qu’un homme pour reconstituer son Yin. Tous les mois, la
couche externe de la paroi de l’utérus se gonfle de vaisseaux sanguins dans
l’attente de la nidation d’un ovule fertilisé. Si l’ovule n’est pas fertilisé, il n’y
a pas d’implantation et la paroi de l’utérus se dépouille de son sang et de ses
cellules mortes. Ce sont les menstruations. De grandes quantités de sang, de
substances nutritives et d’énergie sont ainsi perdues chaque mois. Il est à
noter que physiologiquement, quand l’organisme féminin a besoin d’un
surplus d’énergie et de sang, alors spontanément les règles s’arrêtent, que ce
soit au moment de la ménopause – qui devrait être une véritable résurrection
pour la femme, si elle savait s’y préparer –, ou au moment de l’allaitement ou
encore au décours d’un important problème de santé. C’est un peu comme si
l’organisme, pour augmenter ses facultés d’autoguérison et d’adaptation,
faisait l’impasse sur une future procréation pour récupérer un maximum
d’énergie. En partant de cette observation, les taoïstes ont considéré que les
règles étaient inutiles à partir du moment où l’acte sexuel n’avait pas comme
finalité la procréation. Ils ont alors mis au point des exercices capables de
diminuer de façon très significative, le volume de sang perdu chaque mois
(voir ci-dessous). Ces mêmes exercices peuvent aller jusqu’à faire cesser
totalement les menstruations. Un peu comme l’injaculation chez l’homme, ce
surplus d’énergie relatif à cette non-perte de sang, va permettre à l’organisme
de se recharger et de nourrir les sept niveaux glandulaires.
L’exercice du cerf pour la femme
• Dans une première étape, asseyez-vous sur un coussin d’une dizaine de
centimètres de haut, si possible, en position de demi-lotus. Amenez le talon d’un
de vos pieds contre l’ouverture de votre vagin dans le but d’exercer une pression
continue et assez forte sur votre clitoris. Si vous n’avez pas assez de souplesse,
n’hésitez pas à mettre une balle de tennis entre votre talon et cette zone pour
obtenir cette pression.
• Quand cette position devient confortable, frottez vos mains l’une contre
l’autre devant le Cœur pour faire arriver l’énergie dans les paumes des mains.
• Placez ensuite vos mains sur vos seins et ressentez la chaleur des paumes
irradier lentement à travers la peau.
• Ensuite, faites un mouvement circulaire vers l’extérieur, sans que la pression
des mains soit trop forte. La main droite bouge dans le sens contraire des aiguilles
d’une montre et la main gauche dans le sens des aiguilles d’une montre.
Vous pouvez répéter ce mouvement de 100 à 300 fois.
Pendant toute la durée de l’exercice, la pointe de votre langue est en contact
avec le palais supérieur, toujours dans l’optique de favoriser la circulation
d’énergie entre les méridiens antérieurs et postérieurs du corps, Ren Mai et Du
Mai. Votre respiration est calme. Elle se fait librement, de manière abdominale,
l’inspiration par le nez et l’expiration par la bouche légèrement entrouverte. Vous
ne faites que suivre la respiration et ne la provoquez pas. Votre esprit reste vide et
détendu. C’est donc aussi un excellent exercice de méditation.

Cette première étape a pour conséquence de diminuer sensiblement le


volume des règles et même parfois de les arrêter sans aucun effet secondaire.
Tout se passe comme si vous reproduisiez les mêmes réflexes physiologiques
que lors de l’allaitement. L’excitation du sein par la succion du nouveau-né
déclenche des contractions utérines et le retour de couches ne se fait pas.
Le sang et l’énergie sont réacheminés vers les glandes sexuelles pour les
nourrir et les renforcer. Les règles reprendront dès que vous arrêterez de
pratiquer ces mouvements de massage. Les effets d’un tel mouvement sont
très nombreux. Il stimule la production naturelle d’œstrogènes. Le corps
s’autoguérit en permanence. Pratiqué pendant la préménopause, il permet
de lutter efficacement contre tous les effets secondaires d’une « mauvaise
ménopause », comme les bouffées de chaleur, les sautes d’humeur, la
rétention d’eau, les blocages hormonaux, les crampes, les maux de tête, les
migraines, etc. Un tel mouvement de massage de la poitrine aide à prévenir
3
les tumeurs bénignes et malignes du sein . Les capacités sexuelles et la libido
en sont fortement augmentées.

Le fait de diminuer ou de supprimer les règles peut déclencher un phénomène


de « surpression » dans la région du Foyer inférieur, dans la région génitale. Il
faut donc absolument faire circuler ce surplus d’énergie et c’est le but de la
deuxième étape de cet exercice :
• À présent, resserrez les muscles du vagin, de l’anus comme si vous vouliez
en refermer les orifices. Vous devez avoir l’impression que l’air remonte dans le
rectum et le conduit vaginal.
Plus tard, vous imaginerez que c’est de l’énergie de la terre, de l’énergie Yin
que vous aspirez ainsi. Gardez les muscles serrés aussi longtemps que possible,
sans cependant ressentir d’inconfort ou de tensions excessives.
Attention : pendant toute la durée de cet exercice, ne bloquez pas votre
respiration. Après un moment de repos, vous recommencerez autant de fois que
vous le pouvez.

Jadis, les femmes chinoises avaient l’habitude d’introduire dans leur


vagin deux œufs en jade, de la grosseur d’un œuf de caille, et de faire
travailler leur plancher pelvien en contractant les muscles internes. Ces œufs,
en servant de contre-appui sur la paroi utérine, devaient monter et descendre
au gré des contractions. Cette technique est remise au goût du jour grâce à la
mode des « boules de geisha ». Quand cet exercice est correctement exécuté,
vous devez ressentir de temps en temps, sans pour autant la provoquer à tout
prix, une sensation agréable qui part de la région anale et qui va, en montant
le long de la colonne vertébrale, le long du méridien Ren Mai jusqu’au
sommet du crâne. C’est aussi l’énergie qui passe le long du système
glandulaire, jusqu’à la glande pinéale. Outre ses effets positifs sur l’Esprit, le
Shen et l’ouverture du mental, ce mouvement de contraction du périnée est
un véritable exercice anti-âge. Il permet de retarder efficacement le
vieillissement. Cet exercice doit faire partie de l’arsenal des méthodes pour se
prémunir de la maladie d’Alzheimer. Il peut être pratiqué jusqu’à un âge très
avancé.

La sexualité duelle

J’ai abordé différents éléments relatifs à la sexualité de l’homme et de la


femme de manière distincte. Outre ces exercices en « solitaire », il faut
aborder la véritable sexualité qui est, vous le savez, duelle. Le véritable
échange du Yin et du Yang, le mélange des essences et la sublimation vous
permettront d’atteindre des sphères encore inconnues en amour. Voyons
quelques considérations à ce propos.
Lorsqu’un homme « explose », il faut savoir qu’il y a une rupture
énergétique entre les deux partenaires et qu’ils auront besoin de plusieurs
heures, voire plusieurs jours, pour se reconnecter. À l’inverse, dans la culture
duelle dont fait partie la rétention séminale, lorsque l’équilibre est
parfaitement trouvé, les rapports peuvent être quotidiens, voire durer
plusieurs heures par jour. Ils pourront même avoir lieu à un âge très avancé.
Et même si les caresses deviennent dominantes, à cause d’une certaine
« faiblesse masculine », le contact corps à corps a comme conséquence de
retenir le Hun, l’Âme spirituelle… ! Mantak Chia, le célèbre taoïste, a été
l’un des premiers, avec le professeur Leung Kok Yuen, à introduire ces
notions de sexualité en tant que pratique de longue vie. Il a très bien décrit
toute cette physiologie de l’amour. Le Yin et le Yang de l’homme et de la
femme ne sont pas séparés. Cette dualité fait partie d’une seule et même
énergie, mais aux deux charges différentes. Le Yin ne peut exister sans le
Yang et inversement. Et ces deux pôles sont toujours en mouvement, comme
un pendule qui se balance d’avant en arrière, passe du chaud au froid et se
stabilise, graduellement, à la température moyenne idéale. C’est ainsi que
l’homme et la femme peuvent devenir « Un ». Quand l’échange des essences
atteint une certaine intensité, le corps physique des deux partenaires
commence à palpiter, à vibrer comme s’il était chargé d’électricité. Les
taoïstes parlent alors d’un orgasme total du corps et de l’esprit. Comme
l’expliquait Mantak Chia : « Pour entendre la musique des sphères célestes,
vous devez apprendre à orchestrer les sentiments du conjoint (partenaire) et
ses sensations avec les vôtres », « Un homme peut facilement et rapidement
allumer son feu, mais s’il brûle trop vite son bois, le récipient d’eau n’a pas le
temps de bouillir. L’eau chauffe plus lentement que le feu ne brûle. Aussi
l’homme doit préserver son bois pendant qu’il chauffe lentement l’eau de la
femme. Il est donc fondamental d’attendre que l’eau de la nature féminine se
4
mette à bouillir avant de débuter les rapports sexuels . »
Un tel état de vibration existe dans l’homosexualité masculine ou
féminine, à une différence près. Dans les deux cas de figure, un des deux
partenaires est plus Yang que Yin. Mais les femmes savent prendre le temps
de réchauffer leur Yin, leur « Eau intérieure » et donc de se régénérer, alors
que l’homme rentre souvent dans le cercle destructeur de déperdition
permanente de l’énergie vitale par excès d’éjaculations.
Certains couples se demandent si en supprimant l’éjaculation chez
l’homme et la jouissance clitoridienne chez la femme, ils ne passent pas à
côté du vrai plaisir. C’est évidemment tout le contraire ! Le véritable orgasme
a lieu quand l’homme et la femme vibrent ensemble… C’est le cercle du Tao,
avec les « deux virgules » blanche et noire, symbole du Yin et du Yang qui
s’interpénètrent en harmonie, une harmonie circulaire parfaite.
Pour autant, ce cercle à lui seul ne suffit pas. Il faut que l’AMOUR soit
présent. L’amour nu, tout en compromis, en compréhension de l’autre, en
partage, dénué de toute émotion excessive. L’Esprit ainsi relâché peut alors
prendre part aux ébats amoureux, en étant pleinement attentif, sans que le
Ciel du mental soit obscurci par des émotions parasites. Il vibre là, ici et
maintenant. Avoir, par exemple, des rapports après une dispute ne peut
aboutir qu’à un échec. Le cercle du Tao ne pourra pas se fermer si l’homme
ne fait que joindre son pénis au vagin d’une femme, sans l’aimer avec son
Cœur, son Shen, et inversement. C’est pour cela que le sexe seul, sans amour,
au travers d’excitations extérieures, ne peut que nous rendre malheureux,
insatisfaits et générer de multiples blocages internes.
Ce n’est pas le lieu ici de vous décrire des positions, des subtilités du jeu
amoureux qui n’aime pas la monotonie. Je vous invite à lire tous les traités
5
taoïstes qui ont été écrits à ce sujet . Je voulais juste, dans cette
« introduction à la sexualité », vous donner envie d’aller encore plus loin sur
ce sujet. Je n’insisterai jamais assez, sur le fait que l’homme a le devoir
de s’assurer que les organes sexuels de son amante sont réveillés. Cet
« éveil » ne s’éteindra jamais si les rapports sont quotidiens, sans émission de
liquide spermatique. S’il en est ainsi, c’est votre partenaire qui vous attirera
vers elle et ce ne sera pas vous qui la « forcerez ».

Pourquoi la domination masculine ?


J’aimerais à présent partager une réflexion relative aux conséquences de
l’« inculture » totale quant à la « sexualité duelle ». Pourquoi, dans de très
nombreuses sociétés, à de très nombreuses époques, l’homme a-t-il toujours tenu
la femme sous sa domination ? Et si une des réponses se trouvait justement dans
les enseignements taoïstes ?
Quand un homme perd sa semence, il a perdu une guerre. Consciemment ou
inconsciemment, il le sait. Il sait aussi que la femme en est frustrée. La nature
Yang de l’homme va l’emporter et plutôt que de reconnaître ses faiblesses, il fera
porter la faute à la femme. Des fossés d’incompréhension se creusent. Très
souvent, l’homme transmute sa faiblesse et sa peur en domination, dans le
meilleur des cas, mais aussi en violence vis-à-vis de la femme. Quand vous
progresserez dans la voie de la connaissance, vous comprendrez qu’il n’y a pas
dans la nature de meilleur exemple de complémentarité que celle existant entre
l’homme et la femme.
Éloge de la caresse

Toute la surface de notre corps, chaque millimètre de notre peau, doit


participer à l’échange amoureux. La caresse amoureuse est sensuelle, elle
donne une autre dimension à l’acte amoureux. De nos cinq sens, le toucher
semble être le seul qui ne décline pas avec l’âge et il est le premier à nous
procurer du plaisir quand nous venons de naître ! Le premier contact entre la
mère et l’enfant se fait par un corps à corps, peau contre peau. La femme, la
mère exprime toute sa sensibilité, son attachement et son amour par ses
caresses subtiles, ses frottements, ses effleurements… Ce contact charnel,
quasi fusionnel, érotise la peau de la femme et celle de l’enfant. Ce besoin de
tendresse, de caresses, reste présent tout au long de la vie, comme un besoin
vital. Nos mains, nos doigts peuvent transmettre beaucoup, plus et mieux que
les mots… Pourtant, dans nos sociétés et dans notre culture occidentales, il
est rare que l’on se touche. Mises à part les étreintes et les poignées de mains,
en général, nous évitons les contacts physiques en dehors du cercle familial.
La caresse est une langue universelle. Quand une personne est atteinte de
la maladie d’Alzheimer, par exemple, quand elle semble hermétique à tout
échange, quand on pense qu’on ne peut plus communiquer avec elle, car elle
ne parle plus et semble ne plus nous entendre, il reste la caresse, le toucher,
les baisers. Car la peau reste sensible, perméable à toutes les émotions,
capable de ressentir l’amour, la tendresse et l’affection, et ce, jusqu’à la mort.
Cette même personne peut alors vous sourire ou resserrer ses doigts sur votre
main… L’énergie qui circule entre vous et tout ce que vous voulez lui
transmettre comme sentiments bienveillants, comme chaleur, comme amour
lui parviendront et l’apaiseront. C’est un acte d’amour qui dépasse la
sexualité et permet à deux Âmes de se réunir !
Vous avez bien compris que la sexualité, quelles que soient vos
préférences, que vous la désiriez ou que vous vous en absteniez, est
déterminante en ce qui concerne votre état physique et mental, et votre profil
psychologique. C’est aussi un des éléments essentiels dans les pratiques Yang
Sheng Fa de préservation de la Vie. Chacun d’entre vous a le choix de
l’utiliser positivement ou négativement. Si vous considérez que ce domaine
est incontournable, aussi bien sur le plan préventif que curatif, nous vous
invitons à élargir vos connaissances. Ne perdez pas de vue enfin que
lorsqu’on veut changer dans sa vie, quel que soit le changement que
l’on veuille mettre en œuvre, on doit nécessairement tenir compte du facteur
temps. Changer trop brusquement risque d’avoir de graves conséquences sur
votre santé, surtout quand il s’agit de sexualité. Il ne vous viendrait pas à
l’idée de passer la marche arrière sur une voiture qui roule à 100 km/h.
Approfondissez donc bien toutes ces notions en relisant ce qui précède, et
« bonne pratique » !

1. M. Chia, M. Winn, Les Secrets de l’amour selon le Tao, La Maisnie-Trédaniel,


2000.
2. Âge avancé à l’époque à laquelle ce texte a été rédigé.
3. Massage à ne surtout pas pratiquer en cas de tumeur.
4. M. Chia, M. Winn, Les Secrets de l’amour du Tao, La Maisnie-Trédaniel, 2000.
5. Par exemple : J. Chang, Le Tao de l’art d’aimer, Calmann-Lévy, 1977 ; Hsi Lai,
Les enseignements sexuels du Dragon de jade, Trédaniel, 2003 ; Hsi Lai, Les
Enseignements sexuels de la Tigresse blanche, Trédaniel, 2002.
L’art du mouvement

Nous avons vu qu’une des grandes causes de maladie est la stagnation de


sang et d’énergie dans l’organisme. Dès qu’une stagnation apparaît, un état
inflammatoire s’installe. Prenons l’exemple du poignet. Autour de cette
articulation, on trouve un circuit artériel et veineux, des trajets lymphatiques
et nerveux. La médecine traditionnelle chinoise explique qu’autour de cette
articulation passent six méridiens énergétiques. Rappelons-nous que ces
méridiens mettent en relation la surface du corps avec les organes internes.
Lorsque ces organes sont en souffrance, cela se répercute sur l’articulation.
L’inverse est tout aussi vrai. Si, de manière arbitraire, on décide
d’immobiliser cette articulation avec un plâtre (et ce pendant trois semaines),
une fois le plâtre retiré, on observera, sur un poignet ne souffrant à l’origine
d’aucune pathologie, une articulation chaude, enflée, douloureuse et raide. Le
fait d’avoir entravé la circulation de sang et d’énergie a déclenché ce
phénomène inflammatoire.
Si on veut atteindre la longévité en bonne santé, si on veut prévenir ces
« stagnations », que ce soit à la surface du corps, ou en interne, il faut
conserver la souplesse des articulations, et ce le plus longtemps possible.
C’est un gage de bonne santé.
Plus on avance en âge, plus le Foie a tendance à « s’encrasser ». Or, les
tendons de l’organisme sont à mettre en relation avec le logiciel Foie, ce qui
prédispose la personne âgée aux raideurs articulaires. Même si les femmes,
du fait de la présence de certaines hormones, ont plus de facilité que les
hommes à conserver une bonne souplesse, elles n’échappent pas à
l’enraidissement. Un seul antidote à cet état de fait, le MOUVEMENT ! Le
but n’est pas d’augmenter le volume musculaire. Il est avant tout de libérer
les différentes circulations autour des articulations.

Les exercices des « neuf articulations »

Par manque de temps, par manque de motivation, on a trop tendance à


remettre au lendemain la pratique d’une gymnastique quelle qu’elle soit, alors
que c’est au quotidien que l’on devrait bouger. De nombreuses personnes
hésitent à faire de l’exercice par méconnaissance de leur anatomie et, en
particulier de la physiologie articulaire. C’est pourquoi j’ai élaboré une
séance de gymnastique d’une très grande simplicité, praticable à tout âge.
Dans cette série d’exercices, nous allons nous focaliser sur 9 des
400 articulations que compte le corps humain. En effet, la mobilisation de
ces neuf articulations suffit, à elle seule, à agir sur tous les méridiens et
sur tous les organes internes. Passons-les en revue.

1re articulation – Le poignet


Si tous les matins, vous faites 10 rotations de vos poignets dans un sens,
puis dans l’autre, il n’y a aucune raison que cette articulation devienne raide
un jour.

2e articulation – Le coude
Même principe pour une flexion-extension complète du coude : faire 10
mouvements par coude.
3e articulation – L’épaule
C’est une articulation très importante, susceptible d’être affectée par de
nombreuses pathologies. Là aussi, si au quotidien vous faites 10 rotations
complètes dans un sens, puis dans l’autre, avec le bras replié, cela vous
évitera bien des déboires.

4e articulation – La cheville
Comme pour le poignet, faites 10 rotations dans un sens et 10 dans l’autre
pour chaque cheville.

5e articulation – Le genou
Elle est fondamentale. Il est dit en médecine traditionnelle chinoise que le
genou est « le Foyer du Foie ». C’est en effet à son niveau que l’on retrouve
le plus de tendons (latéraux, antérieur, postérieur, croisé, rotulien, capsule,
etc.). Très souvent, les pathologies de blocage et de stagnation au niveau du
Foie se répercutent au niveau du genou. Si très régulièrement, en position
debout, vous ramenez à l’aide de votre main, votre talon aux fesses et
qu’ensuite vous allongez complètement votre genou, vous êtes certain de
conserver la souplesse de cette articulation charnière. Cela aura une
répercussion directe sur le bon fonctionnement de votre logiciel Foie. Là
aussi, 10 mouvements par jambe. Cet exercice est à faire debout, ou allongé
sur le dos s’il est trop difficile.

6e articulation – La hanche
Une raideur de hanche sera responsable de douleurs, d’inflammation. La
nutrition du tissu osseux se fera mal. C’est la coxarthrose avec, en fin de
parcours, la prothèse de hanche.
Tout ceci peut être évité si on s’applique à conserver la souplesse de la
hanche. Que ce soit debout ou allongé sur le dos (si l’exercice est trop
difficile), il conviendra jusqu’à un âge avancé que vous puissiez ramener
votre genou sur la poitrine. Ce simple mouvement (10 fois de chaque côté)
suffira pour conserver la souplesse articulaire de la hanche dans tous ses axes.

Nous en arrivons à la colonne vertébrale, qui contient environ


190 articulations. Je vais les réduire à trois grandes articulations.

7 e articulation – Les cervicales


Avec les lombaires, s’il est bien une région névralgique dans le corps, ce
sont les vertèbres cervicales, celles du cou. Combien de douleurs, de
1
phénomènes arthrosiques, de douleurs dans le bras qui sont le pendant de la
sciatique pour la jambe, de syndromes du canal carpien pourraient être évités
si vous appreniez à conserver la souplesse de votre colonne cervicale ? Le
plus souvent, ces raideurs trouvent leur origine dans un Foie très tendu suite à
des colères intériorisées ou extériorisées à répétition, mais aussi à cause d’une
alimentation exagérément acide. En effet, les méridiens de la Vésicule
Biliaire passent à ce niveau et « exportent » ces stagnations au niveau du cou.
Concrètement, je vous conseille l’exercice suivant :
• Inspirez, puis, en expirant et en fléchissant très légèrement le cou vers
l’arrière, tournez très lentement la tête sur le côté comme pour regarder
derrière vous. Quand vous tournez à gauche par exemple, vous pouvez
vous servir de votre main droite pour pousser un peu le menton et gagner
très progressivement quelques millimètres. Tenez le temps de
l’expiration.
• Revenez au centre et pratiquez le même mouvement à l’opposé. À faire
10 fois de chaque côté.
Si toute votre vie, vous réalisez au quotidien cet exercice, sauf accident,
pourquoi voulez-vous que votre colonne cervicale ne conserve pas son
entière souplesse ? Par contre, si vous n’y prenez pas garde, si vous « les
laissez de côté », de mois en mois, de millimètre en millimètre, ces
articulations s’enraidissent. Et un jour, vous ne pourrez plus tourner la tête,
mais seulement le torse pour regarder en arrière. Quand vous conservez une
bonne mobilité en rotation, la flexion-extension retrouve sa liberté.

8e articulation – La colonne dorsale


J’expliquais au début de ce livre qu’un des facteurs déclenchants de la
maladie d’Alzheimer était une dépression latente, consciente ou
inconsciente. En médecine traditionnelle chinoise, la dépression est à mettre
en relation avec les trois logiciels-organes que sont le Foie, la Rate et les
Reins. Un des premiers symptômes à distance est de fortes contractures au
niveau des muscles paravertébraux dorsaux, contractures qui peuvent, à la
longue, entraîner un dos voûté. Plus cette voûture s’installe, plus le
diaphragme et les côtes « se bloquent », réduisant d’autant la capacité
respiratoire. C’est une cause très importante de vieillissement précoce. Il est
fondamental de conserver toute sa vie un dos bien droit, une bonne souplesse
de la colonne dorsale. Il conviendra donc de pratiquer quotidiennement des
mouvements d’hyperflexion de la colonne dorsale (en arrondissant le dos, les
bras tendus vers le sol), suivis d’un redressement en hyperextension, comme
si vous essayiez de vous grandir.

9e articulation – La région lombaire


C’est peut-être la plus importante, car il s’agit d’une zone névralgique
pour le bon fonctionnement de l’organisme. C’est le lieu où se
« rassemblent » tous les soucis, les peurs, les angoisses, les accumulations de
stress. Citons aussi l’excès de saveurs salées, de boissons, les éjaculations à
répétition, les grandes fatigues, etc. Ne pas suivre correctement les règles
d’hygiène de vie que nous avons vues jusqu’ici génère des souffrances dans
la région lombaire. Cette zone qui appartient à l’énergie des Reins peut donc
très vite s’enraidir si elle est « empoisonnée » par des décharges d’adrénaline
récurrentes. Un simple mouvement peut déclencher un lumbago aigu, quand
ce n’est pas une sciatique. Il est fondamental de conserver la souplesse de la
région lombaire grâce à des exercices de rotation, comme celui qui suit :
• Assis sur une chaise, la jambe gauche s’enroulant autour du pied de la
chaise pour bloquer le bassin, tournez le tronc vers la droite.
• Regardez le plus loin possible vers l’arrière, en vous aidant de la main
gauche qui « s’agrippe » au genou droit pour tenter de gagner quelques
millimètres supplémentaires. Si de temps en temps, vous entendez un
« craquement », ne vous troublez pas. C’est une vertèbre qui se
« débloque ».
• Ensuite, faites le même mouvement de l’autre côté. Cette alternance est
à répéter 10 fois.
À la lumière de ce qui vient d’être dit, rien ne vous empêche de créer
votre propre série d’exercices qui mobilisera sélectivement chacune de ces
neuf articulations. Cela vous demandera tout au plus dix minutes de pratique
quotidienne. Il ne faut pas oublier que pendant la pratique, c’est le souffle,
l’expiration qui dirige le mouvement, qui permet de conserver ou retrouver
de jour en jour cette souplesse articulaire si importante pour lutter contre les
stagnations. Nul besoin d’être un grand sportif pour réaliser une telle série. À
la portée de tous, elle fait partie du programme quotidien incontournable de la
culture de l’art du bien vieillir.

L’essence du Qi Gong
Depuis des temps immémoriaux, parmi les méthodes aussi bien
préventives que curatives, les différentes civilisations ont créé des séries de
mouvements, avec pour vocation, notamment, de contribuer à cette culture de
l’art du bien vieillir. En Inde, on a appelé ce type de gymnastique le Yoga et
en Chine le Qi Gong. Les deux activités partagent la même finalité et leur
pratique assidue donne des résultats équivalents. Leurs résultats vont
évidemment beaucoup plus loin que ceux de notre série de neuf mouvements.
Cependant, attention de ne pas chercher à atteindre trop rapidement
certaines postures de Yoga. Si vous débutez vers la cinquantaine dans ce type
de pratique, vos articulations sont évidemment plus raides et vous risquez de
déclencher certaines pathologies articulaires. Le Qi Gong, tout le monde en a
entendu parler. Mais il existe des milliers de Qi Gong, autant que de maîtres
chinois. Quand vous en connaîtrez les lois essentielles, vous pourrez,
pourquoi pas, créer votre propre série.
Prenons un exemple : debout, montez vos deux mains (paumes vers le
sol), bras tendus devant vous, jusqu’à la verticale et redescendez-les sur les
côtés, de telle manière que les mains épousent la forme du corps. C’est un Qi
Gong. Si vous visualisez le mouvement de votre poignet, il est d’abord en
hyperflexion, puis en hyperextension. De même, le coude est à un moment
complètement fléchi et à un autre moment étendu. Enfin, vos épaules font un
mouvement complet de rotation externe. Avec un seul mouvement, vous
venez de faire travailler trois articulations !

Énergie et mouvement
Une bonne série de Qi Gong doit faire travailler toutes les articulations, dans
le but d’en conserver la souplesse. Mais comme le corps est parcouru par un
maillage de réseaux énergétiques, cette mobilisation articulaire agit aussi sur les
différents méridiens du corps et en renforce l’énergie, d’où le nom donné à ce
type de mouvements, « Qi » voulant dire énergie et « Gong », mouvement. En
Chine, quand on va tôt le matin dans les espaces publics, on voit un très grand
nombre de pratiquants. Ce qui interpelle et dérange un peu l’Occidental, c’est
l’extrême lenteur de ces mouvements ! La vie moderne, tout en explosion du
Yang, nous incite à mettre en œuvre des pratiques qui ne supportent pas le
ralenti : on court, on saute, vite, toujours plus vite.

Reprenons le même mouvement.


Quand vous montez les bras jusqu’à la verticale, inspirez très lentement
en essayant de faire une respiration ventrale. Lorsque les bras redescendent
sur le côté, expirez tout aussi lentement. C’est pour cela que le mouvement
est lent. Il est juste rythmé par la respiration.
Un Qi Gong est avant tout dirigé par la respiration. À tel point que
lorsque la série de mouvements que vous avez choisi de pratiquer est devenue
en quelque sorte une compétence inconsciente, un geste automatique sans
implication du Shen, de la pensée, vous n’êtes plus que « respiration ».
Pendant une série qui dure de 15 à 20 minutes, vous avez respiré plus d’une
centaine de fois sur les trois cents cycles respiratoires « en pleine
conscience » que vous devriez faire dans la journée. Non seulement le Qi
Gong libère la circulation de sang et d’énergie en assouplissant les
articulations, mais dans une deuxième phase, il recharge la batterie des Reins
grâce à cette hyperventilation.
Ce type de pratique va encore bien au-delà. Prenons l’image d’une sphère
pour représenter le conscient, nos facultés cognitives, l’ensemble des
informations reçues par nos cinq sens et, à l’intérieur, une autre sphère, celle
du subconscient avec, au plus profond, notre Âme spirituelle, le Hun. Notre
mode de vie moderne a pour conséquence de créer une véritable armure du
conscient qui nous empêche d’écouter la « Voix de l’Âme ».
Une fois les deux premières étapes du Qi Gong atteintes (conservation de
la souplesse articulaire et respiration), celui-ci devient un véritable exercice
de « méditation en mouvement ». Petit à petit, à force de pratique
quotidienne, nous cassons cette armure et nous créons ainsi un entonnoir
entre conscient et subconscient. Pendant le laps de temps de la pratique, nous
arrêtons de penser, nous mettons en veille notre ordinateur qui est trop
souvent au bord de l’échauffement, du burn out. Maître Leung Kok Yuen
nous enseignait que chacun d’entre nous possède un certain nombre de dons.
Une des conséquences de ces pratiques est aussi de les faire remonter à la
surface.
De fausses idées circulent sur le Qi Gong. D’aucuns vont mettre en avant
la dangerosité de pratiques en solitaire, sans guide. Certes, il faut au départ un
professeur, un maître pour apprendre une série. Mais une fois la série bien
intégrée, il faut savoir se détacher du tuteur. La pratique du Qi Gong est un
acte solitaire. Dans l’idéal, on doit être seul, face à soi-même (notamment
pour atteindre le troisième niveau, le niveau méditatif), en étroite
relation avec la Terre mère et le Ciel créateur. Peut-on imaginer que, parce
que le mouvement n’atteint pas une certaine perfection, vous allez tomber
malade ? En réalité, si on vous demande au départ une certaine justesse, c’est
pour que vous soyez focalisé sur le mouvement afin de disperser toutes les
idées parasites. Cela vous permet progressivement de faire le vide dans le
mental. Ensuite, les mouvements auront une certaine rondeur pour que
l’énergie puisse circuler plus librement, avec fluidité. Si au départ, une
raideur articulaire vous empêche d’accéder au bon mouvement, cela n’a
aucune espèce d’importance. Du fait de la symétrie du mouvement, cela
pourra même être un excellent moyen pour récupérer la totale amplitude de
l’articulation enraidie.
Toutefois, le Qi Gong peut en effet comporter un certain danger
lorsqu’on le pratique dans le but d’obtenir quelque chose de précis. Dans ce
cas, l’Esprit est tendu. De même, si on se concentre pour amener l’énergie
dans telle ou telle zone de l’organisme, on risque de générer des stagnations
localisées. Mais si on le pratique dans le but de conserver une bonne santé, en
lâchant prise, en étant dans le ressenti, un Qi Gong ne peut avoir que des
effets positifs sur notre santé. Il ne faut pas non plus tomber dans l’écueil
occidental du « toujours plus ». Nul besoin de devenir un « collectionneur »
de mouvements. Citons cette maxime très connue dans la pratique des arts
martiaux :
« Je n’ai pas peur de la personne qui connaît mille techniques, mais qui
ne les a pratiquées qu’une seule fois. Mais je crains plus que tout celui qui ne
connaît qu’un seul coup, mais qui l’a pratiqué mille fois. »
Il suffit d’apprendre une série qui fasse travailler toutes les articulations,
qui agisse sur tous les méridiens énergétiques et sur tous les organes internes.
Des séries très connues en Chine comme les « huit pièces de brocart » ou le
« jeu des cinq animaux » obéissent à ces critères. Lorsqu’un maître vous a
enseigné une série, c’est celle que vous allez pouvoir pratiquer
quotidiennement toute votre vie.

Le Tai Chi Chuan


Si vous en avez le temps ou l’envie, vous pouvez vous initier au « Tai Chi
Chuan ». Ce summum du Qi Gong est aussi un art martial. Pour apprendre cet
enchaînement composé d’une série de 80 à 104 mouvements, il convient d’avoir
un maître, de le voir une ou deux fois par semaine et de se donner deux ou trois
années pour acquérir une certaine maîtrise.

Une série de Qi Gong peut s’apprendre en quelques semaines. Tout en


étant des exercices de méditation en mouvement, les Qi Gong actifs ont
surtout pour action de conserver la souplesse des articulations et de faire
circuler le sang et l’énergie. C’est une des raisons pour lesquelles, il vaut
mieux les pratiquer le matin, au saut du lit. En effet, le sommeil qui nous a
permis de recharger nos batteries a eu aussi pour conséquence de nous
engourdir. Cette pratique matinale permet de retrouver notre souplesse et
surtout de permettre au sang et à l’énergie de circuler jusqu’aux extrémités,
en particulier jusqu’au cerveau.
La pratique quotidienne des Qi Gong peut devenir un élément
essentiel de la batterie des méthodes de prévention de la maladie
d’Alzheimer et de l’art de bien vieillir. Par ses actions conjointes de
libération, de circulation de sang et d’énergie, de recharge de la batterie des
Reins, de changement de votre profil mental et psychologique, elle va vous
permettre de vivre la dernière partie de votre vie, en toute sérénité. La seule
vue des centenaires qui, en Chine, pratiquent au quotidien, et dont on sait
qu’ils ne finiront pas séniles, devrait nous donner l’envie de pratiquer cet
« art de santé » le plus régulièrement possible.

La pratique du « Qi Gong calme »

Nous allons voir à présent des exercices destinés à rééquilibrer notre


caractère, nos émotions, en harmonisant les énergies Yin et Yang dans notre
corps. La forme de méditation que l’on appelle aussi « Qi Gong calme » a
pour rôle essentiel de « nourrir le Yin » du corps, de recharger la batterie
des Reins. La méditation met directement en connexion l’énergie des Reins
avec le cerveau. C’est une pratique essentielle dans la prévention de la
maladie d’Alzheimer. En pratiquant ce « Qi Gong calme » très régulièrement,
on acquiert progressivement la capacité de contrôler son esprit et son énergie.

Premier point : se préparer


Il est préférable d’être vêtu d’habits amples. Pensez à bien décontracter
votre cou, ne serait-ce que par de petits massages ou frottements avec les
mains. Juste avant de vous asseoir, faites quelques mouvements, quelques
étirements afin de relaxer votre corps. Il convient aussi de prendre quelques
respirations profondes pour relâcher les tensions du corps, pour dégager
l’esprit de ses préoccupations. Traditionnellement, on pratique ainsi trois
respirations profondes. Il est très important d’oublier ses soucis avant de
méditer.

Deuxième point : la bonne position


Quand on commence ce type de pratique à un âge moyen ou avancé, il
n’est nul besoin de prendre des positions telles que le lotus ou le demi-lotus.
En effet, les articulations sont souvent raides. Ces positions ont tendance à
bloquer la circulation de sang et d’énergie et à devenir très inconfortables.
C’est l’opposé de ce que l’on veut obtenir. Il vaut mieux tout simplement
s’asseoir sur une chaise, les jambes dans une position relaxée, les hanches, les
genoux et les pieds à 90 °. La colonne dorsale doit être bien droite, le menton
légèrement ramené vers le thorax pour redresser la colonne cervicale. La
chaise ne doit être ni trop haute, ni trop molle. Le dos ne sera pas en contact
avec le dossier. Les yeux ne doivent pas être perdus au loin, mais « regarder
sans voir » à peu près à 1 mètre devant soi. Il faut absolument être assis de
façon confortable et naturelle, relaxé, totalement détendu. Progressivement,
les muscles des épaules, des mains, des pieds, des bras, des jambes, du
visage, se relâchent. On a l’impression alors d’émettre un léger sourire
intérieur.

Troisième point, le plus important : la respiration


Il faudra au préalable avoir appris à respirer par le ventre. L’air absorbé
dans la poitrine ne va pas la dilater, car on va le pousser dans l’abdomen. Les
poumons se dilatent vers le bas et poussent sur le diaphragme. Quand on
expire, l’abdomen se contracte et l’air est éliminé. Cette manière de respirer
améliore les relations entre les organes et surtout, permet de lutter contre les
stagnations de sang et d’énergie.
Votre esprit doit être concentré sur un seul point, le mouvement
respiratoire. Il peut ainsi se libérer de toute pensée. Pendant toute la durée de
l’exercice, l’inspiration se fait par le nez et l’expiration par la bouche à peine
entrouverte pour mieux suivre la sortie de l’air. Il est très important dans
une méditation de ne pas provoquer, mais de suivre sa respiration.
Le but principal de ce type de Qi Gong interne est de cultiver le calme
intérieur, qui est Yin, à l’opposé de l’agitation, qui est Yang. On dit qu’il
« nourrit » le Yin. À force de pratiques régulières, le caractère change. Le
Shen, le mental, l’Esprit se calme. C’est un état très particulier, celui de
« pleine conscience », qui se met en place, état qui permet le contrôle des
émotions par l’Esprit qui n’est plus agité. On peut pratiquer cette posture
deux ou trois fois par jour. Mais le meilleur moment est le soir. En effet, la
fin de journée est un moment critique quant à la gestion des émotions. La
batterie des Reins s’est déchargée durant tout le jour et a perdu son rôle de
contrôle des logiciels-organes. C’est l’heure de tous les TOC (troubles
obsessionnels compulsifs), des comportements addictifs qui vont de la
boulimie à la prise d’alcool ou de saveurs sucrées en excès. C’est l’heure des
disputes, des violences conjugales. Les parents n’ont plus de patience avec
leurs enfants. Le fait de pratiquer le soir permet de recharger puissamment
cette batterie qui reprend alors le contrôle. Le sommeil de fin de soirée qui
s’en suivra sera beaucoup plus profond et réparateur. C’est un excellent
exercice contre les insomnies.
La durée de la pratique peut varier d’un jour à l’autre : un jour, seulement
quelques minutes et d’autres jours, pourquoi pas, une heure. Concentrez-vous
sur la respiration. Sans forcer, visualisez, sans la diriger, la colonne d’air qui
entre et sort de votre corps. Quand apparaissent des tensions ou de la
nervosité, il est important de s’arrêter tout de suite. Mais le point essentiel est
la quotidienneté de l’exercice pour que cela puisse avoir un impact sur le
caractère, le Shen. Quelques minutes de pratique suffisent à vider l’Esprit et à
mieux réagir au stress. Et avec un peu d’entraînement, vous pourrez vous
détendre, lâcher prise dans n’importe quel lieu et à n’importe quel moment de
la journée (par exemple au bureau). C’est à ce prix que l’on peut atteindre la
longévité. En effet, celle-ci est déterminée par la préservation et l’économie
de l’huile ancestrale. Pour ne pas y toucher, il convient d’avoir notre batterie
en permanence rechargée. Le Qi Gong interne est un des plus puissants
exercices pour conserver le Shen, l’Esprit, dans son corps, et donner à
notre Hun, notre Âme spirituelle, l’envie d’y rester. C’est un des meilleurs
moyens de prévenir la maladie d’Alzheimer.

La marche de longue vie

La marche fait partie intégrante des méthodes Yang Sheng Fa, de


préservation de la Vie. Un des principaux bienfaits d’une marche régulière,
en médecine chinoise, est de tonifier le logiciel Rate, chef d’orchestre de la
digestion du bol alimentaire. D’après un proverbe chinois : « Celui qui
marche cent pas après le repas, vivra jusqu’à cent ans » ! Comme le méridien
de l’Estomac passe au milieu du coup de pied, là où se trouve l’artère
pédieuse, chaque pas va permettre de masser ce point en profondeur. Or, ce
point a le rôle fondamental d’activer la digestion, de tonifier l’énergie de
l’Estomac. C’est pour cela qu’on dit que la marche permet de digérer.
En médecine moderne occidentale, on dira que la marche permet de
brûler un grand pourcentage de mauvaises graisses, de contrôler le poids, de
diminuer la tension artérielle, etc. En médecine traditionnelle chinoise, la
marche constitue une thérapie à part entière. En Chine, des hôpitaux de jour
se servent de techniques de marche spécifiques pour traiter certains cancers
comme celui du poumon. Mais surtout, la marche est un des meilleurs
antidépresseurs qui soient. N’oublions pas le rôle essentiel joué par le
logiciel Rate dans l’apparition de la dépression. En tonifiant l’énergie de cet
organe et en libérant la circulation de sang et d’énergie, la marche permet au
dépressif de se défaire progressivement de son « enfermement égotique ».
Seule ou en groupe, c’est donc un antidépresseur naturel, un régulateur du
Shen, de l’Esprit. D’après Nietzsche : « Seules les pensées que l’on a en
marchant valent quelque chose ! » Les philosophes comme Socrate
marchaient avec leurs élèves tout en discourant. Citons encore Jean Giono :
« Si tu n’arrives pas à penser, marche. Si tu penses trop, marche. Si tu penses
mal, marche encore. »
On peut tout à fait appliquer les règles du Qi Gong à la marche. Rien ne
vous empêche, lors d’une longue marche, de diviser celle-ci en trois temps ou
trois distances. Prenons l’exemple d’une marche d’une heure :
• Les vingt premières minutes, concentrez-vous sur la respiration en
pleine conscience. Pour encore mieux nettoyer votre organisme de toutes
ses toxines physiques mais aussi mentales et émotionnelles, il est
important d’expirer plus longtemps que ce que l’on inspire. À vous
de trouver votre cadence, votre rythme. Cela peut être : « J’inspire sur
trois pas et j’expire sur cinq pas. » D’autres rythmes sont tout à fait
possibles.
• Dans le deuxième tiers temps, alors que votre respiration est
parfaitement rythmée, concentrez-vous sur tout ce qui se passe dans votre
corps, sur les différents muscles qui entrent en fonction, sur le
mouvement de vos articulations, de vos pieds, sur le simple bonheur de
pouvoir marcher librement.
• Enfin, dans le troisième tiers, faites « une méditation en mouvement ».
« Goûtez » les odeurs qui vous entourent, ressentez l’air qui se déplace,
écoutez le chant d’un oiseau, soyez attentif aux mille et une choses de
votre environnement qui sont autant de sujets de méditation. Ce faisant,
vous êtes en train de régénérer votre batterie, d’ouvrir votre cœur, de
devenir zen. Avec cette simple marche, vous avez fait travailler ce que
l’on appelle les « trois trésors » dans le taoïsme : le travail sur l’Esprit,
sur l’énergie et sur votre corps physique.

Pour aller plus loin


Vous pouvez aller beaucoup plus loin en « étendant » l’exercice, par exemple
en parcourant 800 kilomètres en trois semaines sur le Chemin de Compostelle. La
première semaine, c’est le « détartrage » du corps. Tous les muscles, toutes les
articulations deviennent douloureux. Passé ce cap, c’est au tour du mental, de
l’Esprit, de se nettoyer. Vous pleurez, chantez, riez, revoyez toutes vos épreuves
et étapes de vie. Une fois cette mutation de tout votre être accomplie, vous
accédez dans la dernière semaine à un état de plénitude. Vous êtes là, ici et
maintenant, faisant corps avec la nature. Tous vos sens sont aiguisés et la
carapace de votre ego a fondu comme neige au soleil. Votre Âme, vos intuitions
sont revenues au-devant de la scène. Toutes vos peurs, vos colères, votre mal-être
se sont transformés en une force intérieure qui vous rend « invulnérable ». C’est
une expérience de vie inoubliable, que j’ai eu la chance de vivre en solitaire il y a
quelques années.

La marche est donc un exercice physique complet, et qui plus est, gratuit.
Et surtout, elle n’a pas tous les effets secondaires négatifs que peut générer la
pratique de certains sports. C’est l’une des pratiques physiques les plus
intéressantes dans l’art du bien vieillir.

Les bienfaits de l’automassage

L’art du massage est un art millénaire en Chine et dans bien des


traditions. Se faire masser est un luxe inestimable. Qu’il s’agisse d’un
massage énergisant ou d’un massage relaxant, le bien-être que l’on en retire,
la libération des tensions, des nœuds, en font une des méthodes les plus
puissantes de prévention. Mais c’est une méthode qui a un coût. Il est donc
très important d’apprendre dès le plus jeune âge des techniques
d’automassage. C’est aussi une très bonne alternative aux différents types de
touchers (kinésithérapie, réflexologie, acupuncture, ostéopathie). Un
automassage doit être avant tout un acte Qi Gong, pratiqué en pleine
conscience, dirigé par la respiration. Il peut être effectué à n’importe quel
moment de la journée, dans n’importe quel lieu.
Avant de commencer ce type de massage, il est important de chauffer ses
mains en les frottant l’une contre l’autre devant son cœur. Si vous n’aviez
qu’un automassage à pratiquer au début, ce serait le massage de vos
pieds. Le pied est le parent pauvre de notre corps. On a trop tendance à
l’oublier. C’est pourtant là où commencent et se terminent les méridiens les
plus importants, en particulier la trilogie Rein-Rate-Foie, si importante quand
on se remémore les causes profondes de l’apparition d’une maladie
d’Alzheimer. Même si on ne connaît pas les points qui parcourent ces
méridiens, il suffit de prendre un de ses pieds avec ses deux mains, de le
masser en profondeur à l’aide des pouces, en insistant sur les points
douloureux et sur la voûte plantaire. Ce massage peut devenir quotidien et
vous en ressentirez très rapidement les bienfaits quant au relâchement de tout
le corps. En cas d’insomnies récurrentes, pratiquez le soir. Vous pourrez
trouver une vidéo de ce massage sur la page d’accueil de mon site internet
(www.jeanpelissier.com). Vous serez surpris du résultat. Ensuite (sauf en cas
de phlébite), il est important de malaxer les mollets en profondeur puis de les
masser du haut vers le bas avec la paume des mains. Surtout quand on avance
en âge, la circulation de retour devient paresseuse et c’est une des grandes
causes de stagnation douloureuse.
Un autre massage de longue vie : celui du bas du dos, de la région
lombaire. C’est la zone de toutes les tensions et il est très important d’agir
très fréquemment dessus. Avec vos poings fermés ou vos mains à plat, vous
pouvez tapoter, frotter, chauffer toute cette zone. Si vous répétez ces
manœuvres très souvent, cela vous mettra à l’abri des lombalgies à répétition,
mais contribuera aussi à la recharge de votre batterie des Reins.
La région cervicale est aussi à masser le plus souvent possible. Voici
un massage facile à réaliser. Placez la paume de votre main droite, par
exemple, sur l’oreille gauche, en passant le bras derrière la tête. Puis, avec
cette main, suivez le contour de votre cou jusqu’à l’épaule opposée. Répétez
ce mouvement 10 fois d’un côté et 10 fois de l’autre. Cela permet de vous
libérer en quelques minutes de toutes vos tensions mentales et émotionnelles.
En matière d’automassage, il existe en médecine traditionnelle chinoise
des doubles lanières parcourues de boules en buis, se terminant par des
poignées aux extrémités. Vous pouvez ainsi vous masser tout le dos, la
nuque, les lombes, l’arrière des jambes. Si vous ne possédez pas de tels
accessoires, une simple serviette roulée pourra faire l’affaire.

L’ensemble de toutes ces pratiques que l’on pourrait qualifier


« d’internes », que ce soit le Qi Gong, la marche ou les automassages, ont
comme propriété commune de capter l’énergie provenant de l’extérieur, en
particulier grâce à la respiration, mais aussi grâce à la concentration du
mental. En cela, on peut dire qu’il s’agit d’exercices à action centripète sur
l’énergie. À l’inverse de la plupart des sports pratiqués en Occident, ce sont
des exercices de type Yin qui servent justement à contrebalancer les
échappements du Yang.
Il existe une différence fondamentale entre un vieux maître taoïste de 80
ans qui pratique régulièrement les arts martiaux et un culturiste de 35 ans qui
passe ses journées dans les salles de musculation. Le vieux maître, pour une
heure d’exercice physique Yang, pratiquera trois heures de Qi Gong ou de
méditation par jour. Extérieurement, il peut avoir un aspect malingre ; mais
ne le chatouillez pas trop, car d’une simple chiquenaude, il peut vous envoyer
à l’autre bout de la pièce. Le culturiste peut soulever 150 kg, mais il n’a pas
d’endurance et surtout, il a peu de chance d’atteindre un âge avancé.
Dans le cycle d’une vie, il faut savoir à un moment mettre un terme à des
pratiques physiques excessives, pour se tourner vers toutes ces pratiques
internes. Et pour reprendre une citation de Jean de La Fontaine : « Rien ne
sert de courir, il faut partir à point. »
1. Notamment liées à des névralgies cervico-brachiales.
L’envie de bien vieillir

Pourquoi vivre longtemps ?

Il est vrai que notre mode de vie « moderne » ne donne pas trop envie de
vivre vieux. C’est même plutôt l’inverse qui se produit. De plus en plus, les
jeunes adultes jouent à l’autruche. Ils ne se soucient guère de leur devenir et
préfèrent trop souvent brûler la vie par « les deux bouts », épuisant ainsi
prématurément leur huile ancestrale. Le temps de la vieillesse leur paraît trop
loin ou ils manquent de culture dans le domaine de « l’art de vivre ».
Et pourtant ! Chaque organisme vivant possède un potentiel énergétique
qui lui confère une espérance de vie limitée mais qui lui est propre. Tout se
passe comme si chaque espèce, de l’organisme unicellulaire à l’être le plus
évolué qu’est l’humain, possédait un programme informatique qui
s’épuiserait au bout d’un certain temps d’utilisation. J’ai parlé dans un
précédent chapitre de cette « huile ancestrale », cette énergie innée qui fait
partie du domaine du Ciel antérieur, cette huile qui, une fois dilapidée, ne
peut pas se reconstituer. Dans des conditions optimales, nous avons assez
d’huile pour vivre 120 ans, en pleine santé et jouissant de toutes nos facultés
intellectuelles ! Dans la Genèse, on peut lire : « Mon Esprit ne restera pas
toujours dans l’homme, car l’homme n’est que chair, et Ses jours seront de
120 ans » (La Genèse, 6:3). Dans certains cas exceptionnels, cette espérance
de vie pourra être dépassée, mais bien évidemment, elle est le plus souvent
plus courte. En effet, nous héritons des erreurs commises par les générations
antérieures qui réduisent la quantité d’énergie que nous recevons à la
naissance. Nous ne pouvons pas agir sur ce côté inné de la longévité. Par
contre, nous pouvons contrôler la flamme qui consume cette huile. Nous
pouvons éviter de dilapider cette dernière inutilement. Nous pouvons même,
dans certains cas, la prolonger. C’est là tout le but des méthodes de
prévention, le Yang Sheng Fa.
La médecine allopathique moderne, en luttant contre les épidémies
dévastatrices et les mauvaises conditions d’hygiène de vie d’autrefois, a
permis une augmentation tout à fait significative de l’espérance de vie. En
France, nous sommes passés de 50-60 ans il y a quelques décennies à 80-85
ans ! Mais combien a-t-il fallu dépenser d’énergie, d’argent pour arriver à un
tel résultat ? La vie est trop souvent prolongée artificiellement. Combien de
personnes atteignent la vieillesse percluses de rhumatismes, de maladies
cardio-vasculaires et prennent au quotidien une quantité invraisemblable de
médicaments pour survivre ? Sans parler de l’apparition de plus en plus
fréquente de maladies auto-immunes comme les cancers ou les maladies
dégénératives au niveau du cerveau, comme la maladie d’Alzheimer ou celle
de Parkinson.
La médecine actuelle, malgré ses immenses bienfaits, est avant tout
mécaniste. Elle privilégie le visible, le palpable, le quantifiable. Trop
matérialiste, elle dissocie dans son diagnostic et ses traitements le mental et le
physique, le corps et l’esprit. Elle ne tient pas compte de l’héritage de nos
ancêtres pour, dès le plus jeune âge, mettre en place une prévention adaptée à
chaque individu. Elle ne tient évidemment pas compte de l’aspect
philosophique de la Vie, du sens de la Vie, du devenir après le passage. Et,
sans parler de spiritualité, elle ne prend pas en compte la transmission à nos
descendants de nos erreurs dans cette vie. Pour elle, il n’est pas question
d’aborder certains concepts, comme l’Âme, la vie après la mort ou avant la
naissance. C’est une des raisons pour lesquelles on assiste souvent à un
acharnement thérapeutique en fin de vie, à ces existences « artificielles »,
« mécanisées », où la personne est « prolongée » au-delà des limites
naturelles.
La vision de la Vie, en médecine traditionnelle chinoise, est tout autre.
Cette médecine est issue du taoïsme, une philosophie de vie permettant de
bien vieillir dans le meilleur état de santé possible. Dans ses enseignements,
la vieillesse, en tant que telle, n’est pas le but ultime. C’est l’état de « bonne
santé » qui est recherché, par une pratique quotidienne de méthodes de
1
prévention capable de redonner au corps sa capacité d’autoguérison.
Cette médecine n’a pas peur de la mort. Bien au contraire, elle met tout en
œuvre pour que cette mort se passe le mieux possible. Le but ultime est de
« mourir en bonne santé et surtout en pleine conscience ». Elle croit en
l’existence de l’Âme. Il existe même des rituels d’aide au passage, basés sur
le massage, pendant et quelques heures après la mort pour aider l’Âme à se
détacher du corps. Cette conception de la Vie et de la Mort est à l’origine
d’une médecine basée avant tout sur la prévention. Certes, elle possède des
méthodes curatives très évoluées comme l’acupuncture, la pharmacopée, la
psychothérapie (relative à la gestion des émotions, aux blocages
émotionnels), etc. Mais en médecine traditionnelle chinoise, quand un
médecin s’occupe régulièrement d’un patient et que celui-ci tombe malade, il
se doit de le soigner gratuitement, car il n’a pas su déceler à temps
l’apparition de la maladie, et donc la prévenir !
Cette vision de la Vie et du devenir de la personne âgée peut nous donner
envie d’atteindre le grand âge et nous éviter de penser comme certains à 65
ans : « Mes jours sont comptés. Je suis déjà un vieux. » Ou encore : « J’ai
travaillé toute une vie pour me faire un petit pécule et cet argent va
maintenant servir à me soigner ! » L’Asiatique dirait : « À 65 ans, je
commence une nouvelle vie ! Il me reste au moins trente années pour
évoluer, gravir les marches de la connaissance, profiter de mes expériences
passées pour aider mes enfants, mes petits-enfants et mon entourage à vivre
du mieux possible. » Il sera à l’image de ce qu’il enseigne. La bonne parole
est une bonne chose, mais donner l’exemple, c’est encore mieux.
En ce sens, la vieillesse devient un espoir et non un désespoir. La Vie,
indissociable de la Mort, donne envie d’être vécue !

Méthodes de prévention adaptées aux


personnes âgées

Quand un enfant ou une jeune personne développe une pathologie, son


organisme perd momentanément de sa vitalité. Mais très rapidement, il
reprend le dessus et peut même trouver une énergie supérieure à celle d’avant
la maladie. À mi-parcours de vie, aux alentours de la cinquantaine, chaque
maladie nous fait descendre d’un palier, mais si on met en place les méthodes
de prévention adéquates, on peut retrouver son niveau énergétique antérieur.
Par contre, dans la dernière saison de la vie, chaque pathologie nous fait
descendre une marche, sans que l’on puisse retrouver son état antérieur. Le
vieillissement s’accélère. Plus que jamais, la personne âgée doit donc mettre
en place une politique de prévention adaptée, pour éviter de déclencher
l’apparition de maladies. Elle doit accepter une certaine usure physiologique
et mécanique de son corps. Elle ne doit pas « jouer au jeune » en pratiquant à
outrance certains sports, certaines activités qui ne feraient que la fragiliser.
La batterie des Reins d’une personne âgée s’épuise beaucoup plus vite et
met beaucoup plus de temps à se recharger.

Respiration, mouvement et relaxation


En tant que premier facteur de recharge de cette batterie, elles doivent
être l’axe central de toutes ces pratiques. Pour des raisons physiologiques,
plus on avance en âge, moins on a besoin de dormir. Il faut se réserver des
plages de relaxation plus importantes, sans tomber pour autant dans le piège
de la sieste prolongée qui génère des stagnations d’aliments au niveau de
l’estomac. Un des maîtres mots dans ces méthodes de prévention, c’est la
RÉGULARITÉ. Il est très important que la vie soit rythmée, cadencée par des
marches quotidiennes. Le matin au lever, la personne âgée devra pratiquer les
exercices de mobilisation des neuf articulations (voir p. 180). Encore mieux,
une séance quotidienne de Qi Gong ou, pourquoi pas, de Tai Chi Chuan. Tout
cela est excellent pour faire circuler le sang, l’énergie et conserver la
souplesse des articulations. En soirée, une séance de méditation est la
bienvenue pour aider à la recharge de la batterie des Reins, plus longue quand
on prend de l’âge.

L’amour, source de bonheur et de bonne


santé
La sexualité de la personne âgée, même si elle est taboue dans nos sociétés,
est pourtant un élément très important de la longévité. Il n’y a qu’à voir ce qui se
passe dans certaines maisons de retraite, où l’amour entre deux « vieux » est
souvent source de gêne pour le personnel. Il est même parfois mal vu. Mais, pour
ceux qui ont la chance d’être « deux » en fin de vie, les relations amoureuses
peuvent être une grande source de bonheur. Certes, très souvent d’ailleurs, à
cause de certaines médications, l’homme a perdu de sa virilité et la femme tend à
se mettre des barrières avec l’image négative qu’elle se donne d’un corps
vieillissant. Mais notre maître ne disait-il pas : « Quel que soit votre âge, vous
accepter vous-même, vous aimer, vous respecter ! » ? Cependant, les taoïstes
insistent sur le fait que plus que jamais, arrivé à un certain âge, il faut pratiquer
les exercices de rétention séminale. Des éjaculations à répétition, surtout si elles
sont pratiquées en solitaire, peuvent littéralement vider le peu d’énergie qu’il reste
dans sa « lampe à huile ». Dans l’acte amoureux, il n’y a pas que l’archétype
« pénétration-orgasme-éjaculation ». Les personnes âgées peuvent s’aimer au
travers de la puissance des caresses, du toucher. Il faut sortir de ces stéréotypes
culturels et être convaincu que l’amour entre deux personnes âgées peut être une
infinie source de bonheur et aussi de bonne santé.
Diététique pour les personnes âgées
Au niveau de la diététique, il a été dit que, plus on avance en âge, plus on
devrait se contenter de petits repas frugaux. En dehors de repas de fêtes, des
rations quotidiennes trop importantes sont une source de fatigue
supplémentaire des organes digestifs. Il est très important de s’imprégner des
neuf règles de diététique (p. 81), en insistant particulièrement sur la
neuvième, une des plus importantes : « l’art de l’hydratation » (p. 111). Avec
l’âge se produit un affaiblissement physiologique de l’énergie des Reins, qui
déclenche une faiblesse de Yin de ce logiciel-organe. Dans la balance
énergétique, quand le Yin diminue, c’est le Yang qui augmente. Le Yang,
c’est la chaleur, l’évaporation, la tendance à la sécheresse des liquides
organiques. Or, plus on boit, plus on « blesse son Yin » par fatigue des Reins.
La règle d’or est de boire en petites quantités fractionnées des boissons tièdes
ou chaudes (de préférence du thé, voir p. 120).

Gestion des émotions


Une personne âgée a subi de très nombreuses « épreuves de vie ». Si elle
n’a pas développé au cours de son existence, les techniques relatives à la
gestion des émotions, c’est un être très souvent fragilisé, mentalement et
psychologiquement. Elle doit absolument se tourner vers des lectures traitant
de thèmes philosophiques qui la fassent réfléchir sur le sens de la Vie et de la
Mort (voir Bibliographie p. 229). Rappelons-nous cette histoire de l’élève qui
demandait à son maître : « Quel est le plus grand bonheur ici-bas ? » Et le
maître de lui répondre : « Ton grand-père meurt, ton père meurt, tu meurs et
ensuite tes enfants mourront. » Décontenancé, l’élève demande une
explication : « Ce cycle de la Vie et de la Mort est dans l’ordre des choses.
Par contre, si tu perds un petit-enfant ou ton enfant, alors que tu restes en vie,
c’est un très grand malheur. » La personne âgée a besoin de beaucoup de
ressources, de points de repère, de foi pour affronter la mort de ses proches,
de ses amis, surtout si elle devient très âgée. Pour dépasser la tristesse,
l’accompagnement et l’enterrement d’un proche sont une occasion de plus,
offerte par la destinée, pour approfondir ses réflexions sur la mort, et au
travers d’elle, sur le sens de la Vie.

Un zeste de confucianisme !
Confucius, le célèbre philosophe chinois, vécut environ 500 ans av. J.-C.
Son enseignement a donné naissance au confucianisme, véritable doctrine
politique et surtout sociale. Selon la morale confucéenne, les relations filiales
occupaient une place centrale dans le microcosme familial et le « vieux »
était considéré comme un ancêtre vivant. Le culte des ancêtres, un des
fondements de cette doctrine, a malheureusement tendance à disparaître dans
nos sociétés égoïstes et matérialistes. Dans les civilisations confucéennes, ce
culte est double : le respect est dû aux défunts et aux personnes âgées. On
honore les morts. Ils font partie de la Vie. Les Asiatiques, et bien d’autres
peuplades considèrent que les Âmes de leurs parents survivent après leur
mort et qu’elles protègent leurs descendants. Petits et grands ont l’habitude
de prier et d’honorer leurs ancêtres, surtout aux périodes anniversaires. Dans
les familles pauvres, comme dans les familles les plus riches, l’autel des
ancêtres est au cœur des foyers. C’est devant cet autel que se prennent les
grandes décisions et que les enfants se marient. Un dialogue entre vivants et
défunts, d’Âme à Âme. La Mort fait partie intégrante de la Vie ! Comme
tous, l’enfant honore la personne âgée. Dès son plus jeune âge, il est en
relation avec la mort. Comme il n’en a pas peur, il évite ainsi bien des
pathologies futures.
Nous avons perdu depuis fort longtemps le respect et la gratitude que
nous devrions avoir pour la personne âgée. Le « vieux » pose problème. Il
devient un fléau pour nos sociétés. On ne parle de lui qu’en termes d’argent.
Certains vont jusqu’à dire que le vieillissement est une catastrophe, un
problème démographique majeur, une menace pour l’économie et les soins de
santé, alors que dans les civilisations traditionnelles, une famille s’organise le
plus souvent autour du « culte du vieux ». La personne âgée a tellement à
2
nous apporter ! « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle » .
On peut même lire dans la Bible : « Tu te lèveras devant les cheveux blancs
et tu auras du respect pour le vieillard » (Lévitique 19:32). La société
moderne, en mutation permanente, en « explosion du Yang », n’a pas le
temps de donner de l’importance à l’âge florissant de la Vie. Elle tente même
de remiser au placard la personne âgée. Et pourtant, la personne âgée est une
mine d’or. Elle a côtoyé plusieurs générations, vécu un certain nombre de
mutations sociétales, et parfois des guerres ou des conflits violents. Elle a fait
face à d’innombrables obstacles. Que de « leçons de vie » à creuser ! Elle
raconte des histoires qui passionnent enfants et petits-enfants. Elle a
beaucoup de temps et d’affection à partager…
Si nous voulons que la personne âgée reprenne la place qui normalement
devrait lui échoir, nous devons l’encourager à reprendre le pouvoir. Elle
doit cesser d’être un effet, mais une cause, elle doit transmettre ce qu’elle a
appris à ses descendants, à son entourage. Notre manière de vivre conditionne
notre vieillesse. Alors arrêtons de nous plaindre : nous ne faisons que récolter
les graines que nous avons semées. Et grâce à la pratique de toutes ces
méthodes de prévention, devenons des exemples pour notre entourage, pour
la société. Devenons des « vieux », acteurs de la Vie. Vous avez le choix.
Faites le bon et le plus tôt sera le mieux !

Les secrets de la longévité

Dans ce monde matérialiste, certains scientifiques cherchent à


« disséquer » le centenaire pour essayer de découvrir le « gène de la
longévité », le « secret des centenaires », la potion magique, qui nous rendra
éternels. Trop souvent, ils passent à côté de certaines évidences. Essayons de
prendre un peu de recul. Dans un chapitre, j’ai abordé toutes les erreurs à
éviter pour que notre diététique arrête de fatiguer inutilement notre organisme
et qu’elle soit, au contraire, une source d’apport énergétique pour notre
batterie. J’ai aussi parlé du « mouvement », de la nécessité de bouger son
corps, de conserver une certaine souplesse articulaire. À ces deux points, il
faut en rajouter quatre qui sont, semble-t-il, communs à tous ces centenaires
en « bonne santé » :
– leur sourire ;
– leur capacité à être toujours « enseignable » ;
– leur relation au temps apprivoisée ;
– l’absence de toute peur de la mort.

Un sourire pour guérir


Une des constantes que l’on retrouve dans toutes les recherches faites sur
les personnes très âgées en bonne santé, c’est leur capacité à sourire. En
grande majorité, elles ont ce que l’on appelle « le Cœur ouvert » et les « rides
du sourire ». Nous connaissons l’interaction existant entre les émotions et le
fonctionnement de chaque organe. Parmi les cinq logiciels-organes, l’un en
est le « maître » : c’est le Cœur, encore appelé « Cœur Empereur ». Il
gouverne plus précisément la Joie. C’est aussi le logis du Shen, du mental, de
l’Esprit, de toutes les facultés cognitives, mais aussi le maître de toutes les
émotions. Nous savons que la surface du corps est à mettre en relation avec
les organes internes, grâce au réseau des méridiens, des trajets énergétiques.
Au niveau du visage passent, entre autres, les six méridiens Yang du corps.
Aussi, votre visage est le reflet de tout ce qui se passe à l’intérieur de votre
corps. Quand vous êtes en colère, soucieux, triste ou au contraire joyeux,
épanoui, cela se voit tout de suite sur votre visage, parce que les méridiens
nourrissent les muscles peauciers du visage – il y en a environ une centaine.
Les contractions de ces muscles sont le reflet de vos émotions du moment.
On distingue quatre types de sourires que l’on appelle « externes ». Les voici.
Le sourire dit « du Cœur ». Quand on vit un moment heureux, celui-ci
est filtré, décrypté par l’énergie du Cœur qui le transforme en un sourire au
niveau du visage.
Le sourire du visage. C’est le sourire relationnel. Quand on rencontre
quelqu’un, spontanément, on lui sourit. Ce sourire peut être un facteur
d’apaisement important quand on a affaire à des personnes un peu trop
irascibles. Ce sourire peut devenir un véritable médicament, quand on est en
présence d’une personne qui va mourir. Plutôt que de chercher des mots qui
souvent tombent à côté, qui ne sont en général que le reflet de notre propre
angoisse de la mort, il suffit de lui sourire, de rencontrer ses yeux et de lui
prendre la main. Ce sourire va la détendre et relâcher ses tensions, l’apaiser,
l’accompagner sereinement.
Le sourire du nez. C’est le sourire hypocrite, forcé (les ailes du nez ont
tendance à remonter), dérangeant, qui met mal à l’aise.
Le sourire ou plutôt le « rire aux larmes ». Ce rire, le « fou » rire, peut
apparaître dans des situations très drôles, ou quand on est un peu éméché lors
d’un repas de fête. Il ne porte pas à conséquence sur la santé. Mais s’il est
excessif, s’il se répète trop souvent, s’il est inapproprié à la situation, il est le
signe d’un déséquilibre interne. Ainsi, les fous rires à répétition peuvent
trouver leur origine dans une faiblesse de l’énergie des Reins qui n’arrive
plus à calmer le « feu du Cœur ». Cela peut être, aussi, un symptôme
précurseur de la maladie d’Alzheimer qui, je vous le rappelle, est caractérisée
par un échappement du Yang, du Shen, consécutif à une rupture de cet axe
Rein-Cœur. Comme interne et externe sont interdépendants, si on se force à
rire de manière exagérée (comme dans certaines formations dites « de
développement personnel »), en croyant se faire du bien, on risque de
déclencher ce que l’on appelle « un feu du Cœur », qui peut générer des
problèmes cardiaques. Le premier sourire, le « sourire du Cœur », celui qui
doit progressivement devenir une compétence inconsciente, se travaille.
Aujourd’hui, les gens ne sourient plus. Quand on va dans les grandes villes,
les visages expriment la grisaille, la morosité, l’anxiété, quand ce n’est pas de
la tristesse, de l’abattement, du mal-être. En Asie (comme en Afrique
d’ailleurs), on est surpris de voir les gens sourire, rire encore et encore. Si on
n’a pas la chance de posséder ce sourire dans « ses gènes », il suffit de se
mettre devant une glace. Commencez par imiter les quatre types de sourires.
Ensuite, entraînez-vous à avoir le « sourire du Cœur ». Quand vous aurez en
vous cette image de « vous » en train de sourire, vous devrez la mettre en
œuvre le plus souvent possible. Ce sourire sera pour vous un véritable
médicament interne. Le sourire génère le sourire qui vous permet d’ouvrir
petit à petit votre cœur. Cela doit se travailler encore et encore, des dizaines
de fois dans la journée. Le sourire permanent du Dalaï-Lama ou du pape
François est un facteur d’apaisement pour tout leur entourage. Ces deux
hommes irradient de bonté, d’amour et de Paix.
Au-delà des quatre sourires « externes », il y a le « sourire interne ».
C’est le plus important des sourires à acquérir. Il peut se refléter très
discrètement sur les lèvres. Observons les représentations de Bouddha ou
d’autres Maîtres spirituels. Il se dégage de leurs visages, au travers de ce
sourire, une aura de Paix et de quiétude. L’acquisition de ce sourire peut
devenir un médicament pour l’organisme. On peut par exemple, au
décours de certaines méditations, apprendre à diriger ce « sourire du Cœur »,
ce « sourire intérieur », vers tel ou tel organe. Il a le pouvoir de transformer
les énergies négatives en énergies positives et augmente ainsi la fréquence
vibratoire du corps, tout en libérant les stagnations, les entraves au niveau des
organes. Ce « sourire intérieur » va progressivement augmenter les vibrations
énergétiques du Cœur. Quand on émet un sentiment d’amour, de joie,
d’altruisme, une énergie de guérison, c’est « l’énergie du Cœur » qui l’émet,
et non pas le cerveau. Preuve en est, le faisceau lumineux qui sort du « Sacré
Cœur » de Jésus.
De nombreuses personnes se sont servies de ces enseignements
traditionnels pour élaborer des théories dites « modernes », comme la loi
d’attraction ; elles ont compris que le Cœur était un véritable émetteur-
récepteur d’énergie vibratoire : si vous émettez un sourire de bonheur, vous
aurez plus de chances d’attirer des situations de bonheur autour de vous. Si
vous émettez en permanence de la colère, de la violence, vous aurez plus de
risques d’attirer des personnes ou des situations dans la même gamme
vibratoire. Ceci est aussi valable quand vous émettez, par exemple, une
« énergie de guérison ». Mais, ce que tout le monde oublie, c’est que cette
puissance du « sourire intérieur » n’existe qu’à condition que votre « batterie
des Reins » soit parfaitement rechargée : les Reins contrôlent le Cœur ! Si
nous voulons avoir une vieillesse heureuse, attirons vers nous des personnes
qui nous aiment, prodiguons de l’amour, ne soyons pas avares de sourires :
« Donner, donner pour recevoir ! »

Être toujours « enseignable » !


Comme nous l’avons vu précédemment, ce terme renvoie à deux
significations :
– tout d’abord avoir envie de continuer à apprendre ;
– mais aussi posséder la double faculté de concentration et de
mémorisation.
La mémoire centrale de notre ordinateur, le cerveau, est formée avant tout
de cellules que l’on appelle neurones. Il y a quelques dizaines d’années
encore, prévalait une théorie selon laquelle nous naissions avec un nombre
fixe de neurones qui, après la puberté, commençait à diminuer
inexorablement tout le reste de notre vie. Cette théorie a été battue en brèche
par de récentes découvertes scientifiques qui ont montré que, quel que soit
notre âge, notre cerveau peut, si certaines conditions sont remplies, produire
de nouvelles cellules nerveuses, de nouvelles connexions entre ces nouveaux
neurones ou entre ceux déjà existants (on parle alors de plasticité neuronale).
Ces découvertes sont d’une extrême importance et confirment les dires de la
tradition quant à la définition d’un « vieux » : « Est vieux celui qui n’a plus
envie d’apprendre, qui a perdu son enseignabilité. »
On reconnaît cinq facteurs nécessaires pour permettre au corps de
produire de nouveaux neurones :
– continuer à apprendre ;
– ne pas être soumis à un stress exagéré ;
– ne pas consommer de substances toxiques (alcool, tabac, drogues,
psychotropes, polluants, etc.) ;
– éviter la sédentarité ;
– avoir une vie sociale active.
Si trois de ces conditions manquent, la neurogénèse, c’est-à-dire le
processus de création de nouvelles cellules nerveuses, ne fonctionne plus.
Quelle redécouverte extraordinaire ! On peut commencer à être « vieux »
à 40 ans ! On peut ralentir l’usure du temps. La période de production de
neurones, c’est-à-dire l’ensemble de nos activités cérébrales comme nos
facultés cognitives, de mémorisation, la capacité de vivre l’instant présent,
tout cela peut être développé, amélioré, jusqu’à notre mort, si on continue à
être enseignable. Il faut continuer à apprendre. Il faut donc lire encore et
encore.

La poésie
Mais évitez les livres et toutes les autres sources d’informations qui font
trop appel à votre ressenti, qui déclenchent des émotions trop fortes, qu’elles
soient positives ou négatives. Privilégiez toute la littérature philosophique,
celle qui traite du sens de la Vie et qui est à même d’alimenter vos sujets de
méditation. Lisez des poèmes. La poésie va au-delà des mots. Elle fait
travailler notre imaginaire. Elle est en quelque sorte la « Voix de l’Âme ».
Les mots sont toujours en retrait par rapport au ressenti. La forme poétique
permet de faire dire plus au mot. Chateaubriand écrivait : « La poésie n’a été
pour moi que ce qu’est la prière, le plus beau, le plus intense des actes de la
pensée, mais le plus court et celui qui dérobe le moins de temps au travail du
jour. La poésie, c’est le chant de l’Âme. » Je pense que les Chinois, avec
leurs idéogrammes qui font parler leur imagination, leur sens de l’abstraction
et de la globalisation, ont une longueur d’avance sur nous. Dans les pays
d’Extrême-Orient, comme souvent chez nous d’ailleurs, ce sont les lettrés,
ceux qui ont accès à la connaissance, qui atteignent la grande longévité.
Il faut apprendre par cœur certains poèmes et, à la manière de prières, les
réciter comme des mantras. Ce qui est écrit en vers peut être chanté. Lire,
chanter souvent des poèmes permet de mémoriser l’essentiel du message que
l’on veut faire passer, et ce, beaucoup plus facilement. Toutes les religions
procèdent de la même façon. Les mantras, les prières, les psaumes sont autant
de concentrés d’enseignements qui, par leur répétition, pénètrent notre
subconscient le plus profond. Un médecin traditionnel chinois était tenu, dans
certaines circonstances, de composer des poèmes pour ses patients. Maître
Leung Kok Yuen nous a ainsi légué une série de quatre poésies que nous
devons faire apprendre à certains de nos patients, en particulier ceux qui se
trouvent dans un état dépressif. De cette manière, il nous est possible de nous
corriger en permanence, de savoir si nos actions quotidiennes sont en
adéquation avec les principes que l’on a appris.

La première concernait le Cœur :


« Quand tu as bien vidé ton esprit
Ta vraie nature, calme et harmonie
Riche des héritages du passé,
Te lègue vertu et capacité
Mais l’essai ajoute au savoir
Marquant ta nature comme un miroir
Ton démon vaincu par l’exercice
Cœur que ta vraie nature aboutisse. »

D’après ce texte, on comprend que l’Esprit doit être vide, tranquille.


Notre vraie nature, comme celle d’ailleurs qui gouverne le Ciel et la Terre,
c’est la vacuité, le calme, la tranquillité, l’harmonie. Par les générations
antérieures, nous héritons aussi de certaines capacités qui forment et
composent l’intelligence innée. Après la naissance, nous accumulons des
expériences et des connaissances. Une accumulation excessive d’expériences,
de connaissances peut masquer notre véritable nature. C’est la raison pour
laquelle, si nous voulons conserver une bonne santé mentale, il convient de
maîtriser le « démon du Cœur » par la pratique d’exercices réguliers et de
tout ce qui permet de recharger l’énergie des Reins.

Dans la deuxième poésie, relative à l’activité


physique, il est dit :
« L’homme doit être empli de mouvements.
Le végétal vit statiquement.
Articulations bougent amplement
Sans excès et sans emportement. »

Cette strophe nous indique que nous ne devons pas nous limiter aux
exercices de méditation, surtout quand nous sommes dans un état dépressif.
Cela ne pourrait que favoriser l’enfermement sur soi. Ensuite, il est dit que si
nous voulons conserver une bonne circulation de sang et d’énergie, il
convient de pratiquer des mouvements qui feront travailler de façon
harmonieuse toutes nos articulations. Mais ces exercices ne doivent pas être
excessifs et ne doivent pas vider la batterie de nos Reins. Il faut être régulier
dans la pratique du sport, se poser certaines limites. Comme dit le proverbe :
« Ne dis pas que tu connais tes limites, c’est trop tard ; cela veut dire que tu
les as déjà atteintes. » Chacun doit pratiquer le sport qui convient le mieux à
sa physiologie et à son âge.

La troisième poésie concerne l’alimentation :


« Faim et soif vont naturellement
Apporter au corps tout nutriment
Mais attention, car verser le sang
Des amis animaux innocents
Dans le corps ira l’empoisonnant
Et en excès l’émotion garante. »

Pour bien comprendre cette strophe, je vous renvoie aux différents


chapitres sur la diététique. Le message que veut faire passer ce poème est la
prudence alimentaire, l’application de règles universelles qui doivent sous-
tendre une diététique du juste milieu. Il convient de manger davantage de
végétaux et de consommer moins de viande. Cette façon de manger est
réellement bénéfique pour le corps. Il faut aussi hydrater intelligemment
l’organisme, sans qu’il devienne « une barrique » pleine, incapable
d’éliminer tous les liquides qu’on lui fait absorber.

Enfin, la quatrième poésie évoque le sommeil :


« L’actif inactif alterneront
Le repos dans une bonne position
La tête vide de toute action,
Suivront l’inspiration, l’expiration
Corps et esprit libres demeureront
Ainsi au moins cent ans sans façon. »
Nous vivons dans un environnement rythmé, caractérisé par des phases
Yin et des phases Yang. Il est très important de respecter ce rythme. Dès que
notre tête est posée sur un oreiller, il ne faut pas laisser vagabonder notre
imagination. Il faut cesser de penser à toutes les choses de la vie quotidienne.
Si une image survient dans notre esprit, il faut la chasser tout de suite,
l’empêcher d’enclencher un processus mental qui envahirait petit à petit notre
esprit et finirait par court-circuiter la mémoire centrale de l’ordinateur. Pour
cela un des grands moyens, dont j’ai déjà parlé, est de suivre sa respiration,
sans la diriger. Cela consiste à suivre chaque mouvement ventilatoire sans
pousser, ni l’inspire, ni l’expire. Les « démons du Cœur » nous laissent alors
tranquilles et on peut s’endormir paisiblement.

L’écriture
Nous avons vu l’importance de la lecture, de la poésie, mais un autre
moyen de prévenir la sénilité, c’est l’écriture. Écrire, encore et encore. Une
dangereuse mutation est en train de se produire sous nos yeux. Dans certains
pays, l’écriture manuelle ne fait plus partie de l’apprentissage scolaire ! Les
enfants apprennent à tapoter sur le clavier, ou pire encore, ils se servent de
logiciels de reconnaissance vocale ! Quand on écrit au clavier, on ne fait que
taper sur des touches. Seule une très petite partie de nos connexions
neuronales est ainsi mobilisée. Quand on écrit à la main, quand on écrit au
stylo à bille, ou encore mieux à la plume, le simple fait de former des
lettres fait travailler dix fois plus notre cerveau. Pour lui, taper un « S » ou
un « C » au clavier ne change pas grand-chose. Par contre, les écrire nous
oblige à associer à chaque lettre un mouvement particulier et encore plus, si
on fait des pleins et des déliés ou si on trace un idéogramme. Cette action
facilite le stockage dans la mémoire centrale de l’ordinateur et permet aussi
de mettre notre cerveau dans un état passager d’hyperactivité, d’euphorie, un
peu comme sous l’effet d’une drogue. L’Âme dispose alors d’un terrain
propice pour s’exprimer. À certains moments, notre écriture peut devenir
quasiment automatique, de plus en plus rapide, pour suivre les idées qui nous
sont données. Si en plus, vous vous tenez bien droit sur une chaise, vous
mettez directement en relation l’énergie des Reins avec le cerveau. Les Reins
commandant la mémoire, et participant à « l’ouverture du Cœur », si vous
avez l’impression de vous prendre de temps en temps pour un génie, en
suivant ces conseils, remerciez plutôt votre Âme. L’ordinateur servira ensuite
simplement à ordonner ce qui a été « couché » à toute vitesse sur votre
feuille.

La musique
Je n’oublie pas les autres activités artistiques, notamment la musique,
dont les bénéfices ont été scientifiquement prouvés : « La musique stimule le
développement cognitif de l’enfant, contribue à la réhabilitation des
personnes ayant subi une lésion cérébrale et de celles présentant des troubles
neurodéveloppementaux ou neurodégénératifs, et prépare l’adulte à lutter
3
contre le vieillissement cognitif » ; elle améliore « la qualité de vie des
4
personnes âgées saines qui […] présentent des difficultés motrices ». À
condition bien sûr de choisir des musiques harmonieuses et non dissonantes.

La méditation
Une autre méthode, pour continuer à être enseignable, c’est la
méditation. Elle aide à creuser cet entonnoir entre conscient et subconscient
le plus profond, en se connectant à notre Âme. Les intuitions, les ressentis,
les prémonitions qui surgissent de notre pensée sont autant d’enseignements
très précieux. On obtient l’effet inverse de celui que procure un excès
d’informations fournies par nos cinq sens. Les informations ne viennent plus
de l’extérieur. Elles surgissent de notre for intérieur et n’en sont que plus
précieuses, à condition, bien évidemment, d’être à leur écoute.

Une vie sociale active


C’est une évidence dans l’art de bien vieillir, surtout quand on parle de
prévention de maladies neurodégénératives. S’ouvrir aux autres, partager, se
confier, être dans le non-jugement, être à l’écoute de l’autre sont autant
d’outils qui nous permettent de sortir de notre microcosme, de notre tendance
à l’égocentrisme.

Ce tempérament s’oppose au profil dépressionnaire de la personne âgée


qui commence à développer une maladie d’Alzheimer. Notre maître nous
donnait les conseils suivants : « Extériorisez-vous et impliquez-vous dans des
activités et des pensées altruistes. Ces pensées doivent déboucher sur des
actions plus grandes que vous, enrichissantes et qui vous rendent plus fort
moralement… Aimer son entourage est une absolue nécessité si l’on veut
pouvoir vivre en société, ce qui contribue à favoriser la santé… » En effet,
une des conditions pour que cette vie sociale puisse être bénéfique, c’est
d’aimer les gens de manière inconditionnelle, sans être dans le jugement,
surtout s’il est négatif. N’oubliez pas : vous recevez ce que vous émettez !

Apprivoiser le temps !
5
La marquise de Lambert , dans son Traité de vieillesse (1732), écrivait :
« Un des devoirs de la vieillesse est de savoir faire usage du temps : moins il
nous en reste, plus il nous doit être précieux. » Le temps ! Qu’est-ce que le
temps ? Vaste sujet de méditation qui, plus on avance en âge, plus on se
rapproche du passage, devient comme la mort, un grand sujet d’interrogation.
La référence à la dualité Yin-Yang nous permet de donner un début de
définition du temps : « Le temps n’existe que parce qu’il y a un avant et un
après ! » Le temps, ce ne sont pas les secondes qui passent inéluctablement.
Le temps est « élastique ». Dans certaines situations, une minute peut
vous paraître une éternité. L’inverse est tout aussi vrai. Nous avons dit que la
Vie procédait du « Un » qui se dissociait en « Deux », le Yin-Yang, la
première division cellulaire en ce qui nous concerne. On peut donc imaginer
que le temps n’existe pas avant l’apparition de cette dualité. Nous parlons ici
du temps qui nous est propre, qui est propre à « notre maison » où notre Âme
vient « passer quelques vacances ». Tout au moins nous l’espérons.
Microcosme dans le macrocosme, nous pourrions tenir le même
raisonnement sur l’existence de la « grande maison » qu’est la Terre. Elle
procède de la même dualité Yin-Yang. Il y a eu un passé historique, de même
qu’il y aura un futur. Mais avant l’existence de notre « grande demeure » –
dont on devrait prendre soin autant que notre propre corps –, même avant
l’univers, il n’y avait pas de temps, puisqu’il n’y avait pas de dualité.
Que se passe-t-il au moment du passage ?
Le corps, notre maison, retourne à la terre, alors que l’Âme s’en retourne
vers d’autres horizons. La dualité fait place à l’unicité. Au moment du
passage, là où le « Deux » retourne au « Un », le temps n’existera plus. Donc
le temps, c’est la Vie. Un autre sujet de méditation. Nous savons que le
« Yang pur » et que le « Yin pur » ne font pas partie du domaine de la Vie,
mais de celui du Ciel. Il y a toujours un peu de Yin dans le Yang et un peu de
Yang dans le Yin. C’est la représentation emblématique du Tao : deux
virgules opposées, avec un cercle de couleur inverse dans le renflement de
chacune d’entre elles. L’examen de cet emblème évoque l’interactivité et
surtout l’équilibre. Il en va de même pour le temps. Dans la première partie
de notre vie, lors de l’enfance et de l’adolescence, dans la période de
croissance, d’hyper-multiplication cellulaire, d’explosion du Yang, pour
contrebalancer cette « effervescence », le temps nous semble s’étirer avec
lenteur. Le Yin et le Yang s’équilibrent. À l’inverse, dans la deuxième partie
de notre vie, à l’âge adulte et à l’âge mûr, là où les processus physiologiques
ont tendance à se ralentir, où nous marchons plus lentement, où nous nous
« posons » plus souvent, le temps au contraire paraît passer beaucoup plus
rapidement. Toujours cet équilibre !
Cette notion de temps qui passe de plus en plus vite, plus on s’éloigne de
la naissance, peut aussi être mise en relation avec le fameux Big-Bang, la
e
grande théorie de la fin du XX siècle pour tenter d’expliquer nos origines. À
partir du « Un » primordial, une explosion s’est produite, le début d’une
6
dualité, jusqu’à former les « Dix mille » mondes. Or, plus on s’éloigne du
centre, plus les astres prennent de la vitesse. Avec d’autres mots, dans la
cosmogonie traditionnelle, cette notion de Big-Bang avait déjà été
appréhendée. Mais on considérait qu’après le Bang (l’expansion) allait venir
le temps du Crunch (la contraction), un retour de la multiplicité vers
l’unicité. Si on considère que nous sommes un microcosme, que nous
fonctionnons sur le même modèle du macrocosme qui nous entoure, on peut
comparer ce Big-Bang-Big Crunch à la physiologie qui régit notre corps. Au
niveau cardiaque, par exemple, après la systole, l’expulsion de sang, vient la
diastole, soit le mouvement inverse, puis de nouveau une expulsion. Il en est
de même pour l’inspiration-expiration-inspiration. Cette notion de
« pulsation » se retrouve dans de très nombreuses autres fonctions. Après la
Vie vient la Mort, pour repartir. Le passage entre l’inspire et l’expire ne se
fait pas brutalement. Il y a un ralentissement, un arrêt puis un retour en
arrière.
Nous pouvons appliquer ce principe à notre vie terrestre. Le temps
commence, puis plus nous vieillissons, plus il s’accélère. Au moment du
passage, il se ralentit pour s’arrêter et ensuite réapparaître. Pour Julien
Green : « La mort n’est pas l’obscurité. C’est une lampe qui s’éteint, car le
jour se lève ». On comprend ainsi les témoignages de personnes qui sont
7
arrivées aux portes de la mort ou qui sont revenues d’un coma : « J’ai vu en
une fraction de seconde se dérouler toute ma vie. » En réalité, cette seconde,
c’est une éternité de temps, ou tout au moins, un extrême ralentissement du
temps au moment du passage. Ne serait-ce pas là ce que l’on appelle enfer ou
paradis ? Si, au moment du passage, vous êtes sous l’emprise de peurs,
d’angoisses, de colères, de conflits non résolus, de regrets, d’attachements
aux « choses de la vie », cette période d’extrême ralentissement du temps
risque d’être particulièrement mouvementée. Inversement, quelles qu’aient
été vos épreuves de vie, si vous vous éteignez dans un état de plénitude et de
bonheur d’avoir vécu, si votre Cœur déborde d’amour, d’altruisme, de Paix et
de Foi en votre devenir après la mort, ce moment « éternel » du passage sera
une félicité.
Les neurobiologistes ont essayé de donner une définition du temps. Nous
émettons en permanence des pensées. Mais ces pensées ne « s’enchevêtrent »
pas. Elles se succèdent et entre deux pensées, il existe un espace vide de
quelques millisecondes. Selon la loi du Yin-Yang, le temps ne peut exister
que si le « non-temps » existe. Le « non-temps » serait cet espace entre deux
pensées ! Les méditants confirmés cherchent justement à élargir cet espace
pour le faire passer à plusieurs secondes, voire plusieurs minutes. On peut
dire à ce moment-là qu’ils se trouvent dans le non-temps. Ne serait-ce pas ce
que l’on entend par « Éveil » dans le bouddhisme ? Ils embrassent le Tout en
une seule vision. Passé, présent, devenir n’existent plus. On peut avoir une
approche très parcellaire de cet état en s’initiant à la pleine conscience,
en vivant en pleine conscience chaque instant présent.

Une autre vision de la vie


Nous devrions faire nôtre une certaine conception de la vie, qui peut nous
permettre d’appréhender cet état de pleine conscience, de « vie dans la vie ».
Dans la tradition tibétaine, l’ermite, avant de s’endormir, avait l’habitude de
retourner le bol avec lequel il avait coutume de prendre ses repas. S’il venait
à mourir pendant la nuit, son successeur hériterait ainsi d’un bol sans
poussière ! Une journée peut être considérée comme une vie entière. Le
matin, on se lève, la vie renaît, nos activités redémarrent. L’apogée de la Vie
est à midi. Petit à petit, les heures s’écoulent, la soirée se profile, le calme
s’installe – ou tout au moins, il devrait s’installer ! On se prépare au sommeil,
à l’endormissement, à la « petite mort », comme l’appellent les taoïstes. Nous
traversons un état intermédiaire durant le sommeil, fait de calme et de paix,
ou au contraire, d’agitation et de violences émotionnelles. Ensuite, une
nouvelle vie, redémarre et ainsi de suite… de jour en jour. Durant cette
journée, cette Vie, nous avons notre lot d’épreuves, de joies, d’émotions.
Tout cela devra être dilué, relativisé au moment de l’endormissement. Si vous
vous levez du mauvais pied, après une nuit « d’enfer », votre nouvelle
journée, votre nouvelle vie, ne sera pas des plus radieuses. Par ailleurs, si
vous émettez des pensées de peur, de colère, de rancœur, vous rencontrerez
toute la journée des épreuves de Vie qui iront dans ce sens. Si, au contraire,
vous êtes souriant, si vous accueillez cette nouvelle Vie avec joie et gratitude,
chaque minute, chaque heure deviendra passionnante. Ce que vous appeliez
jusqu’à maintenant « une épreuve » ou « une catastrophe » ne sera
qu’expérience de vie que la pleine conscience vous permettra de gérer, de
relativiser. En agissant ainsi, vous ne vous verrez pas vieillir. Vous arrêterez
de vous projeter 20, 30, 40 ans en avant. Vie après Vie, jour après jour, votre
maison se délabrera plus ou moins, mais l’Âme, elle, se sera enrichie de tous
vos expériences et enseignements… Pour continuer son chemin.

Apprivoiser la mort
Apprivoiser le temps, donc la Vie, implique aussi d’apprivoiser la Mort.
J’ai déjà parlé de la mort, du point de vue de la médecine traditionnelle
chinoise, dans le chapitre consacré à l’Âme éthérée et à l’Âme corporelle.
Selon le taoïsme, c’est un « passage naturel de l’état matériel, visible,
palpable, vers un état de vide ». Il s’agit d’un phénomène naturel, non
dramatique, qui ne doit pas être générateur de peur. Lors du « passage », c’est
le Shen, l’Esprit qui commence en premier à s’échapper du corps. Il est suivi
naturellement du Hun, de l’Âme éthérée. Ce départ peut être plus ou moins
rapide. Tout dépend du degré d’évolution spirituelle de la personne, de ses
dispositions psychologiques au moment du passage. S’il persiste en elle un
état conflictuel, si elle est tendue par des problèmes psychologiques qu’elle
n’a pas réussi à résoudre durant sa vie, si elle ne s’est pas libérée de ses
attaches matérielles, si son entourage ne la « laisse pas partir » par trop
d’affliction, son Âme risque d’être « retenue », retardée dans son départ.
Normalement, le Po, l’Âme corporelle, doit suivre le départ du Hun, suivi
de la décomposition progressive du corps qui retourne en poussière. La mort
n’étant pas une maladie, la flamme de la Vie devrait s’éteindre dans un état
de pleine conscience, sans peur ni angoisse.
Cela se travaille en amont, en mettant toutes les pratiques de prévention
en œuvre, le plus régulièrement possible. La Vie et la Mort forment un tout.
On devrait être préparé à mourir, là, ici et maintenant. En effet, elle peut
subvenir à n’importe quel moment. Il serait opportun, au cours de certaines
méditations, de se poser régulièrement cette question : « Si ma mort doit
arriver ce soir, suis-je prêt ? » Est-ce que j’ai l’esprit tranquille, une « bonne
conscience » ? Ne suis-je pas sous l’emprise d’une émotion destructrice,
poussée à son paroxysme, de pensées obsessionnelles, de jalousie, de haine,
de rancœur qui m’empêcheraient d’accéder à une mort paisible ? Toutes ces
questions devront être évidemment résolues, si nous avons la chance
d’accéder à une mort naturelle.
Toutes ces conditions ne sont évidemment pas réunies si vous décidez
d’abréger votre vie par quelque moyen que ce soit. Un tel acte sous-
entendrait, d’un point de vue énergétique, que vous êtes en pleine tempête
émotionnelle et que le champ de votre mental se trouve devant un mur, une
voie sans issue. Vous êtes, pour ainsi dire, totalement obnubilé par le
« problème ». C’est un peu comme si vous teniez un objet devant vos yeux
qui envahirait tout votre champ de vision. Vous avez beau le tourner de tous
les côtés, il est là. En psychothérapie chinoise, un des moyens pour quitter cet
état est d’apprendre à reculer cet objet, à l’éloigner de vos yeux pour prendre
conscience de tout ce qu’il y a autour et commencer à relativiser le problème.
Plus on l’éloigne, plus il finit par se fondre dans le courant de la Vie. Une
épreuve, quelle que soit son importance, participe au « balancier de la Vie ».
C’est souvent le meilleur moyen que nous donne « la destinée » pour passer à
autre chose et redémarrer de plus belle : « Ce qui ne tue pas nous rend plus
forts… » (Nietzsche).
Les philosophies orientales ont une vision très intéressante du sens de la
Vie. La Vie, c’est comme des vacances. Nous arrivons à l’hôtel dans un pays
inconnu. L’endroit est plaisant, bien fourni. L’installation est agréable. Si
nous restons à l’hôtel, nous pouvons utiliser tout ce qui est à notre
disposition, puisque nous avons payé. Nous profitons donc de cet
environnement et nous pouvons estimer avoir de la chance. Mais nos
vacances ne durent qu’une semaine, peut-être deux. Après, nous devons
repartir et laisser tout en ordre au moment du départ qui devra se faire « sans
regrets ni attaches » : « Je quitte la Vie, non point comme on sort de chez soi,
mais ainsi qu’on sort d’une auberge où l’on a été reçu. Oh, comme sera belle
la journée où je partirai rejoindre, là-bas, cette assemblée divine que forment
les Âmes ! » (Cicéron). L’hôtel, c’est notre Terre, notre environnement, mais
aussi notre corps. Nous avons le devoir d’en prendre soin, pour que celui-ci
puisse retourner naturellement à la terre, pour que notre Âme puisse partir
tranquillement, heureuse d’avoir passé des vacances. C’est vous qui décidez
si votre temps terrestre, votre lieu de vacances, deviendra un enfer ou un
paradis. Même sur un tas d’immondices, un enfant peut rire et une rose
pousser…
Il est donc très important d’apprivoiser la mort. Dans certaines initiations,
pour accéder à la Vie, on passe rituellement par l’épreuve de la mort. Si vous
n’aviez qu’un seul livre à lire sur ce thème, choisissez celui de Sogyal
8
Rinpoché : Le Livre tibétain de la Vie et de la Mort . Prendre conscience de
la mort, l’accepter, ne pas se voiler la face, nous donne toutes les chances
d’accéder à la longévité en « bonne santé », heureux, en complète harmonie
avec nous-mêmes et tous ceux qui nous entourent.

1. Notons que depuis quelques années, face au vieillissement de la population, la


médecine occidentale s’intéresse de plus en plus à la prévention et multiplie les
recherches dans ce domaine.
2. Amadou Hampâté Bâ, écrivain et ethnologue malien.
3. E. Bigand, B. Tillman, « La musique qui “panse” les neurones », Cerveau et
o
Psycho, n 63, juin 2014, p. 29.
4. S. Dalla Bella, B. Tillmann, « Du rythme pour marcher à nouveau », Cerveau et
o
Psycho, n 63, juin 2014, p. 35.
5. Femme de lettres française (1647-1733).
6. Rappel : « Dix mille » est un terme symbolique qui signifie « la multiplicité ».
7. Qui ont vécu une EMI (expérience de mort imminente).
8. Rinpoché S., Le Livre tibétain de la Vie et de la Mort, Le Livre de poche, 2005.
Conclusion

Il y a quelques années, lorsque j’ai écrit la première version de l’ouvrage


Le Grand Jeu de la Vie (2002), j’avais en tête la représentation du « Petit
Prince » de Saint-Exupéry, avec son écharpe, seul, sur la Lune, regardant
devant lui. J’ai utilisé cette image pour créer la couverture du livre, afin de
représenter le sens à donner à la Vie. Deux falaises se faisaient face, l’une
figurait notre « Vie avant la naissance » et l’autre très luxuriante, l’existence
après la Mort. Entre les deux falaises, un câble était tendu : celui de la Vie.
Selon la vision taoïste, la santé n’est jamais acquise définitivement. C’est
un état d’équilibre plus ou moins fragile entre deux forces opposées que sont
le Yin et le Yang. Dès qu’il y a un déséquilibre apparaissent des symptômes,
des signaux d’alarme. Si nous n’en tenons pas compte, si nous ne changeons
pas nos comportements, nous risquons de raccourcir ce câble de Vie, de
vieillir précocement et d’avoir des difficultés lors du passage sur « la falaise
d’en face ». Nous risquons de « mourir de maladie ». Certains préfèrent se
jeter dans le précipice. Peine perdue, car il y a des chances qu’ils revivent,
sous d’autres formes, ces « épreuves de vie » non résolues.
Nous ne pouvons qu’avancer sur ce câble. Dès notre naissance, chaque
pas que nous faisons, c’est un jour, un mois, une année qui s’écoulent. Se
précipiter, brûler les étapes en mettant trop à contribution la petite flamme de
vitalité de notre lampe à huile ne fait que hâter notre passage. La marche vers
l’avant en pleine conscience permet de savourer, de se délecter de toutes les
merveilles qui environnent le câble sur lequel nous sommes des équilibristes,
des funambules. Mais nous pouvons nous équiper d’un balancier qui serait
l’ensemble des méthodes Yang Sheng Fa présentées dans cet ouvrage. Plus
nous les pratiquons, plus nous avons de chances de rester en équilibre sur le
câble de Vie.
Un autre moyen de ne pas être précipité dans le vide entre les deux
falaises, c’est de développer notre spiritualité, d’essayer de comprendre la vie
pour mieux comprendre le Ciel. Il se crée alors un fil invisible relié
symboliquement au Ciel, à l’étoile Polaire et qui part d’un point très
important en acupuncture, situé au sommet du crâne : « Bai Hui », qui
signifie « les cent réunions » ou les « cent rencontres ». Cette image nous
permet de comprendre pourquoi les Saints ou les Êtres éclairés peuvent être
représentés comme des êtres en souffrance ou des personnages ventripotents
comme les Bouddhas. Leur corps physique, leur demeure terrestre n’a pas
d’importance. Ils ne sont qu’« Âmes irradiantes ». Nous ne sommes pas des
« Saints ». Nous avons absolument besoin de mettre en place une politique
« d’égoïsme salvateur » pour développer l’autre pendant de la dualité,
l’altruisme. Comment aider autrui, si on est soi-même malade ?
Partant de là, quel est alors de sens de la vie ? Sur ce câble, on rencontre
des épreuves de vie. Le Yi Jing ou Classique des changements est un des
livres fondateurs de la médecine traditionnelle chinoise ; il a été écrit il y a
plus de trois mille ans. Dans sa grande sagesse, il explique qu’il peut exister
soixante-quatre familles d’épreuves. Heureusement, nous ne les accumulons
pas toutes ! Quand on observe le trajet de vie d’une personne, on se rend
compte que, sous des formes plus ou moins déguisées, elle sera confrontée à
trois ou quatre sortes d’épreuves qui la suivront toute sa vie. Une des
premières épreuves que l’on retrouve majoritairement dans nos civilisations
modernes en perte de spiritualité, c’est la peur de la mort. Cette peur agit sur
l’essence même du fonctionnement de notre corps, à savoir l’énergie des
Reins. Elle génère des vibrations négatives et constitue très souvent le facteur
déclenchant de toutes nos pathologies internes. Un des grands « sens de la
Vie » – pas le seul évidemment – serait d’apprendre, non pas à surmonter
cette épreuve, mais à la dissoudre. Au lieu de nous voiler la face chaque fois
que la mort se rapproche de nous, nous devrions en profiter pour méditer sur
elle, nous l’approprier, annihiler toute peur et toute angoisse. Nous éviterions
ainsi de passer à côté d’un enseignement essentiel de la Vie. La mort en ligne
de mire sur la falaise d’en face doit être appréhendée comme naturelle et nous
donner une « furieuse » envie de vivre en pleine conscience les différentes
étapes du passage.
Pour nous aider à dissoudre toutes les autres épreuves, nous avons à notre
disposition ce que j’ai appelé les « perches de la destinée ». Ce sont, par
exemple, des rencontres, des lectures qui tombent « au bon moment ». Mais
surtout, il nous faut apprendre à écouter la « Voix de notre Âme » qui peut
devenir notre meilleur maître. Une fois dissoute, l’épreuve ne reviendra plus.
Je ne peux terminer ce livre sans citer ce propos de Cicéron dans son
Savoir vieillir : « Enfermés que nous sommes dans la prison de notre corps,
nous accomplissons en quelque sorte une mission nécessaire, une tâche
ingrate. Car l’âme d’origine céleste a été précipitée des hauteurs où elle
habitait et se trouve comme enfouie dans la matière. C’est un lieu contraire à
sa nature divine et éternelle. Je crois que les dieux immortels ont distribué les
âmes dans des corps d’hommes pour aider ceux-ci à imiter l’ordre céleste en
choisissant la fermeté morale et l’Esprit de mesure. »
Il nous faut cultiver l’art de bien vieillir pour éviter que notre maison ne
se délabre à un point tel que notre Âme n’aurait qu’une envie, celle de la
quitter. Pour cela, donnons-nous toutes les chances pour vivre dans la pleine
conscience et pour rester enseignable jusqu’à notre dernier souffle. C’est à
notre portée. Encore faut-il savoir saisir les perches qui se présentent ! Ce
livre en est une, je l’espère.
Bibliographie

Cheng F., Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, Albin
Michel, 2013.
Chia M., Les Secrets de l’amour du Tao, La Maisnie-Trédaniel, 2000.
Cheng F., Cinq méditations sur la beauté, Albin Michel, 2006.
Cicéron, Savoir vieillir, Arléa, 2004.
El Hattab M., Chronique d’un buveur de lune, sur le mal et l’amour, Albin
Michel, 2006.
Javary C. J.-D., La souplesse du Dragon. Les fondamentaux de la culture
chinoise, Albin Michel, 2014.
Lenoir F., Petit traité de vie intérieure, Plon, 2010.
Ormesson d’. J., Comme un chant d’espérance, Éditions Héloïse
d’Ormesson, 2014.
Ricard M., Plaidoyer pour le bonheur, Nil, 2003.
Ricard M., Playdoyer pour l’altruisme, Pocket, 2014.
Rinpoché S., Le Livre tibétain de la Vie et de la Mort, Le Livre de poche,
2005.
Thich Nhat Hanh, Il n’y a ni mort ni peur – Une sagesse réconfortante pour
la vie, La Table ronde, 2004.
Remerciements

Je tiens à remercier :
Michel Odoul qui m’a fait l’honneur de préfacer ce livre. Il a su trouver
les mots justes pour me pousser à enseigner et ainsi, ne pas rompre la chaîne
de la transmission du savoir.
Mes différents maîtres en médecine traditionnelle chinoise et tout
particulièrement le Professeur Leung Kok Yuen et tous ceux qui ont travaillé
dans son sillage. Sans eux, ce livre n’aurait pu voir le jour.
Toute l’équipe des éditions Albin Michel, en particulier Laure Paoli, qui a
su découvrir l’humanisme qui se cachait dans mon manuscrit, et Caroline
Signol, pour ses patientes relectures.
Dans la même collection
Les secrets de l’alimentation anti-inflammatoire
Dr Catherine Serfaty-Lacrosnière

Les secrets de la micronutrition


Dr Bertrand Guérineau

Vaincre l’asthme et les allergies


Dr Florence Trébuchon

Les secrets de l’intestin, filtre de notre corps


Dr Louis Berthelot et Dr Jacqueline Warnet

Les secrets de la force de magnésium


Dr Kathy Bonan

Les secrets de l’alimentation vivante


Jacques-Pascal Cusin

Vous aimerez peut-être aussi