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Droit des organisations in ternationa les

Séverine NICOT, Maître de Conférences en Droit public

Master 2 « Études internationales et européennes »


Spécialité « Gouvernance des organisations pour le développement
international »
(Année universitaire 2012-2013 – Enseignement à distance)

Le ço n n° 8
Le s co m pét e n ce s d es o rg ani s ati on s int er n ati o n al es

 Temps de travail estimé pour cette Leçon : 6 heures

 B ibl io grap hie in d ic a t ive


* Jurisprudence
- Arrêt McCulloch v. Maryland, 17 U.S. (4 Wheat.) 316 (1819)
- CIJ, avis consultatif du 11 avril 1949, Réparation des dommages subis au service des Nations
Unies, Rec., 1949, p. 174
- CIJ, avis consultatif du 8 juillet 1996, Licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires,
Rec., 1996, p. 226

* Doctri ne
- CHAUMONT (Ch.), « La signification du principe de spécialité dans les organisations
internationales », in Mélanges offerts à Henri ROLIN – Problèmes de droit des gens, Pedone, Paris,
1964, pp. 55-66
- ROUYER-HAMERAY (B.), Les compétences implicites des organisations internationales, LGDJ, Paris,
1962, 110 p.

Ce Cours, parce qu’il est destiné à l’usage exclusif des étudiants inscrits en EAD à la Faculté
d’Économie de Grenoble, n’a pas vocation à être mis en ligne alleurs que sur le site de l’EAD.
Cours de « Droit des organisations internationales » Séverine NICOT, Maître de Conférences en Droit public

Le ço n n° 8
Le s co m pét e n ce s d es o rg ani s ati on s int er n ati o n al es

Pis tes de réflex io n


⇒ L’identification des compétences des organisations internationales.
⇒ Les organisations internationales, des autorités investies ?
⇒ Les organisations internationales à la croisée de forces centripètes (= autonomie) et de forces
centrifuges (= dépendance).
⇒ La concurrence entre les organisations internationales.

Les compétences des organisations internationales correspondent à la sphère d’action qui leur
est ouverte, ces compétences s’exerçant à l’aide de pouvoirs, c’est-à-dire de moyens d’action reconnus
aux organisations internationales pour leur permettre de remplir leurs missions et d’atteindre les buts
qui leur ont été assignés par leurs actes constitutifs. En d’autres termes, par « compétences », il est fait
référence au champ matériel (= domaine d’action) des organisations internationales.

Nb. : Lorsqu’on aborde la question des compétences des organisations internationales, on ne peut pas raisonner
selon la même logique que pour les compétences des États. En effet, les organisations internationales n’ont pas de
territoire et, par suite, de compétences territoriales1.

1 CPA, sentence arbitrale du 4 avril 1928, Affaire de l’Île de Palmas : « La souveraineté, dans les relations entre États,
signifie l’indépendance. L’indépendance, relativement à une partie du globe, est le droit d’y exercer à l’exclusion de tout autre
État, les fonctions étatiques. Le développement de l’organisation nationale des États durant les derniers siècles et, comme
corollaire, le développement du droit international, ont établi le principe de la compétence exclusive de l’État en ce qui
concerne son propre territoire, de manière à en faire le point de départ du règlement de la plupart des questions qui touchent
aux rapports internationaux ».
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Cours de « Droit des organisations internationales » Séverine NICOT, Maître de Conférences en Droit public

I – D es or ga nis a tio ns a ux c o mpétenc es d éli mitées

Pis te de r éflex io n
⇒ La définition des compétences des organisations internationales.

§ 1 : L’a t tr ib u tion de s co mpéte nce s

A – Le princ ipe de spéc ial ité

Pis tes de réflex io n


⇒ Les États ont une compétence de droit commun ; les organisations internationales ont une
compétence d’attribution.
⇒ Le principe de spécialité atteste de l’origine étatique des compétences des organisations
internationales : les compétences transférées aux organisations internationales ne le sont,
effectivement, que par la volonté des États.
⇒ Le principe de spécialité, un facteur de restriction des compétences des organisations
internationales ?

Contrairement aux États2, qui ont une compétence plénière et qui, tant qu’ils n’ont pas
renoncé à le faire, ont vocation à statuer sur n’importe quel objet, les organisations internationales se
trouvent soumises au principe de spécialité : elles ne peuvent intervenir que dans le domaine des
missions qui leur ont été confiées par leur acte constitutif. Ainsi, les organisations internationales
disposent de toutes les compétences nécessaires à la réalisation de leurs objectifs, mais uniquement de
celles-ci …

Nb. : Aucune organisation internationale – même l’ONU – n’a de compétence générale. Si les compétences de
l’ONU sont larges, elles sont assignées à un seul objectif – le maintien de la paix et de la sécurité internationales –,
et non pas à la généralité de la gestion sociale planétaire …

Le principe de spécialité a été défini par la CIJ dans l’avis consultatif du 8 juillet 1996, Licéité de
l’utilisation des armes nucléaires par un État dans un conflit armé : « Les organisations internationales sont des
sujets de droit international qui ne jouissent pas, à l’instar des États, de compétences générales. Les
organisations internationales sont régies par le « principe de spécialité », c’est-à-dire dotées, par les États qui les
créent, de compétences d’attribution dont les limites sont fonction des intérêts communs que ceux-ci leur
donnent pour mission de promouvoir ». À vrai dire, le principe de spécialité3 est fondé sur la conception
selon laquelle les organisations internationales constituent des moyens pour parvenir à la réalisation
d’objectifs définis4. Il en découle que l’étendue de leurs compétences ne sera justifiée que par ces
objectifs et ne devra pas aller au-delà de ce qui est nécessaire pour leur réalisation.

Le principe de spécialité est un principe restrictif dans la mesure où son application consiste à
vérifier si une compétence déterminée figure dans l’acte constitutif d’une organisation internationale,
auquel cas, seulement, celle-ci peut la revendiquer. Dès lors, l’organisation internationale dispose de

2 Les États ont « la compétence de la compétence ». En particulier, ils peuvent tout faire et n’ont besoin d’aucune
délégation pour justifier telle ou telle de leurs compétences.
3 Qui, en France, s’applique aux établissements publics.
4 La définition de ces objectifs indiquera, de façon claire, les compétences que les États acceptent de leur déléguer.

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compétences d’attribution, qu’elle ne peut dépasser. En fait, cette situation est conforme à la qualité de
sujet second (= sujet dérivé), créé par les États qui ont entendu assigner à l’organisation internationale
des missions précises, auxquelles correspondent des compétences définies : en principe, l’organisation
internationale n’a pas autorité pour sortir du champ de celles-ci …

Nb. : Les compétences des organisations internationales étant mentionnées dans leurs actes constitutifs, des
modifications de ces compétences supposent donc un changement dans le contenu de ces textes …

D OCUMENT N° 1 : Trait é de Lisbo nne


Artic le 3 ter du Tra ité sur l’ U E
« 1. Le principe d’attribution régit la délimitation des compétences de l’Union. Les principes de subsidiarité et de
proportionnalité régissent l’exercice de ces compétences.
2. En vertu du principe d’attribution, l’Union n’agit que dans les limites des compétences que les États membres
lui ont attribuées dans les Traités pour atteindre les objectifs que ces Traités établissent. Toute compétence non
attribuée à l’Union dans les Traités appartient aux États membres. (…) »

D OCUMENT N° 2
C H AUMON T (Ch.), « La sig ni fic atio n du pr inci pe de s péc ial ité d ans le s organ isa tion s
intern atio nal es », in Mél an ges o fferts à Henri R O LIN – Pro blè me s de droi t d es gens , Pe done,
Paris, 196 4, pp. 58-5 9
« (…) La notion fondamentale est la notion d’affectation. Toute organisation est une structure affectée à un ou
plusieurs buts prédéterminés. Ces buts répondent à des besoins durables, et c’est la continuité des besoins qui
explique l’utilité de la structure.
Les États créateurs du service se sont mis d’accord, non seulement sur la nature du but, mais aussi sur les moyens
de l’accomplir. En tant que service public, l’organisation doit être considérée comme un ensemble de moyens dans
la poursuite d’un but. Le sens profond du principe de spécialité c’est, précisément, l’assujettissement et la
correspondance des moyens au but. Si, d’une manière ou d’une autre, l’organisation se pose en but, le principe de
spécialité est méconnu, et l’organisation perd son caractère de service public. Telle nous semble être une des règles
dominantes : l’organisation doit demeurer un moyen, pour une fin dont elle est l’agent de réalisation. (…) »

D OCUMENT N° 3
R OUY ER - H AM ERAY ( B.), Les c o mpé tenc es i mpl ici tes des organis at ions i ntern atio na les , LGD J,
Paris, 196 2, p. 12
« (…) Les organisations internationales, qui n’ont pas le caractère étatique, sont donc des autorités investies. Elles
ne tirent pas leurs droits, et ne peuvent les tirer, de leur propre volonté, mais seulement des volontés étatiques. Elles
n’ont de pouvoirs, elles n’ont de compétences que ceux que les États leur reconnaissent.
Les conflits de prétentions qui naissent sur un point précis de leur activité, et touchent l’exercice d’une compétence
donnée ne peuvent dont être tranchés que par l’autorité qui leur est supérieure : l’accord des volontés étatiques. (…) »

B – La thé or ie de s co mpéte nce s impl ic ites

Pis tes de réflex io n


⇒ Des pouvoirs énumérés ou des pouvoirs impliqués ?

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⇒ L’organisation internationale, créée par des États souverains, peut-elle se voir reconnaître des
compétences qui ne lui ont pas été explicitement attribuées par ses auteurs sans que, du même coup,
les bases du consentement des États à en devenir membres soient remises en cause ?
⇒ La vitalité des organisations internationales finit par les faire échapper au strict volontarisme
qui a présidé à leur création.
⇒ La théorie des compétences implicites, un facteur d’extension des compétences des organisations
internationales ?

Est « implicite », aux termes du Dictionnaire de l’Académie française, ce « qui est contenu dans
un discours, une proposition, sans y être énoncé expressément, mais qui s’en tire naturellement par induction ou
déduction ». Formulé autrement, est considéré comme implicite ce qui n’est pas, formellement, exprimé
par un texte, mais qu’on peut en tirer naturellement.

Comme les organisations internationales ne disposent que de compétences d’attribution, c’est-


à-dire de compétences qui leur sont conférées par leurs actes constitutifs, les compétences implicites
seront, en conséquence, des compétences qui ne sont pas expressément données aux organisations
internationales par leurs actes constitutifs, mais dont l’existence se déduit naturellement des termes de
ces textes.

Force est de reconnaître que les textes ne peuvent jamais tout prévoir et l’évolution des
situations peut faire apparaître des besoins imprévisibles au départ. C’est pourquoi, sous l’influence
des droits nationaux et, particulièrement, du droit constitutionnel des États-Unis, a été développée
une théorie de l’interprétation dynamique (= évolutive) de l’acte constitutif. En effet, les organisations
internationales « changent » et leurs compétences doivent évoluer avec elles. Or, comme, d’une part, il
n’existe pas de compétence générale des organisations internationales et que, d’autre part, il n’est pas
possible d’ajouter des compétences qui ne soient pas spécifiées, on a recouru, dans la pratique, à la
technique de l’interprétation extensive centrée sur l’analyse des buts et des fonctions de l’organisation
internationale, dans le respect, toutefois, des limites posées par l’acte constitutif. Concrètement, cette
technique a donné naissance au concept de « compétences implicites » (= « implied powers »).

Nb. : Les actes constitutifs de certaines organisations internationales consacrent les compétences implicites de
celles-ci, par exemple en autorisant les organes statutaires à créer les organes subsidiaires qu’ils jugent nécessaires
à l’exercice de leurs fonctions (ex. : les articles 22 et 29 de la Charte des Nations Unies).

De façon unanime, la doctrine fait remonter l’origine de la théorie des compétences implicites
à une jurisprudence de la Cour suprême des États-Unis, élaborée sous l’impulsion du Chief Justice John
MARSHALL. À propos de la répartition des compétences entre l’État fédéral et les États fédérés, la Cour
suprême des États-Unis a reconnu à l’État fédéral, dans l’arrêt du 6 mars 1819, McCulloc v. Maryland, le
droit d’adopter des actes qui n’étaient pas expressément autorisés par la Constitution fédérale. En
effet, « pourvu que les fins soient légitimes, qu’elles soient dans la sphère de la Constitution, tous les moyens
qui sont appropriés à ces fins, qui ne sont pas interdits, mais qui sont compatibles avec la lettre et l’esprit de la
Constitution, sont constitutionnels ».

Puis, cette théorie a été timidement transposée par la CPJI dans l’ordre juridique international
(cf. l’avis n° 13 du 23 juillet 1926, Compétences de l’OIT) et, depuis l’avis consultatif du 11 avril 1949,
Réparation des dommages subis au service des Nations Unies, elle est utilisée par la CIJ. Dans cet avis, la CIJ
déclare que, « Selon le droit international, l’Organisation doit être considérée comme possédant ces pouvoirs
qui, s’ils ne sont pas expressément énoncés dans la Charte, sont, par une conséquence nécessaire, conférés à

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l’Organisation en tant qu’essentiels à l’exercice des fonctions de celle-ci ». La CIJ n’est pas la seule juridiction
à faire application de la théorie des pouvoirs implicites, car cette méthode d’interprétation vaut pour
toute organisation et toute juridiction internationales. Dès lors, on ne s’étonnera pas qu’il en est fait un
usage fréquent par la CJUE par exemple, dont l’interprétation, volontiers téléologique, s’appuie à la
fois sur la recherche de l’effet utile de l’objet et du but des traités communautaires et sur la théorie des
pouvoirs implicites (cf. l’arrêt du 31 mars 1971, AETR).

Nb. : La théorie des compétences implicites implique le respect de deux conditions : la compétence arrogée doit
être nécessaire à l’organisation internationale pour réaliser ses buts (= le critère de nécessité) et la compétence doit
s’inscrire dans le domaine d’activité de ladite organisation (= le critère de spécialité).

Les vues des États étant servies par le principe de spécialité, la théorie des compétences
implicites a, par suite, été élaborée pour « contourner » cet obstacle : elle invite à une interprétation
libérale (= dynamique) des compétences expresses et des objectifs des organisations internationales,
tout en préservant le garde-fou constitué par le principe de spécialité.

Nb. : Si la théorie des pouvoirs implicites permet d’aller au-delà de ce que permet, de façon expresse, l’acte
constitutif de l’organisation internationale, elle n’autorise pas à se mettre en contradiction avec celui-ci. Il faut
souligner, toutefois, que la limite entre l’interprétation extensive et la contradiction pure et simple n’est, parfois,
pas évidente …

D OCUMENT N° 4
Z OLLER (É.), Grands arrêt s de la Cour su prê me des É tats -Unis , P aris, P UF, 20 00, p. 129
« (…) Aucun principe n’est plus fondamental en droit constitutionnel américain que celui selon lequel le
gouvernement fédéral est un gouvernement de « pouvoirs énumérés ». Il signifie que le gouvernement central a un
pouvoir législatif limité et qu’il n’a aucun titre juridique à s’occuper de toutes les questions. Cependant, si le
gouvernement fédéral n’a bien que des pouvoirs énumérés, donc limités, une saine interprétation de la Constitution
doit lui reconnaître la possibilité de recourir à ceux de ces pouvoirs qui sont « impliqués » (implied) par les pouvoirs
énumérés. (…) »

D OCUMENT N° 5
R OUY ER - H AM ERAY ( B.), Les c o mpé tenc es i mpl ici tes des organis at ions i ntern atio na les , LGD J,
Paris, 196 2, p p. 13-1 4
« (…) Le problème des compétences implicites, c’est-à-dire le problème de l’attribution des compétences dont l’exercice
n’est ni formellement confié à une organisation donnée par sa charte fondamentale, ni expressément réservé aux
États par cette même charte, se ramène donc juridiquement à la possibilité de tirer naturellement de cette attribution
des sources du droit ; techniquement : au problème de l’interprétation des sources obscures. Il ne s’agit que d’une
partie du problème ancien, et classique, de l’interprétation des traités. (…) »

§ 2 : L’exer c ice des c ompé ten ces

A – Le princ ipe d’in te rpré t at io n res tr ic t ive des co mpé ten ces

L’organisation internationale diffère de l’État en tant qu’elle est un sujet dérivé et fonctionnel.
Or, cette double qualité doit, en général, avoir pour effet de restreindre ses compétences et, si l’acte
constitutif ne permet pas de trancher une question concernant les compétences de l’organisation
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internationale, elle doit l’être dans le sens le plus conforme à la souveraineté des États. La compétence
de l’organisation internationale résulte de l’acceptation, par les États membres, d’une perte de leur
exclusivité ou, au moins, de leur pouvoir discrétionnaire, et ses pouvoirs sont de nature à leur imposer
des obligations ou, à tout le moins, des charges ; par suite, l’interprétation restrictive des clauses
attributives de compétence est la plus conforme à la volonté des parties.

Nb. : Pour limitée que soit la compétence de l’organisation internationale, les conflits d’attribution entre elle et les
États membres ne sont pas, nécessairement, tranchés en faveur de ces derniers : dans les limites inhérentes à sa
définition, la compétence de l’organisation internationale se déploie aussi largement que possible et le juge,
quand il est appelé à interpréter son acte constitutif, ne tire pas, toujours, de son silence la conclusion que la
compétence doit rester aux États membres ou que l’organisation internationale est privée du pouvoir auquel elle
prétend.

B – Le prin c ipe de s ub sid iar it é

Nb. : Le principe de subsidiarité fut, d’abord, utilisé afin de protéger l’autonomie individuelle (ou collective)
contre toute intervention publique injustifiée. À vrai dire, il s’agissait de prendre les décisions au niveau le plus
bas possible. Puis, le concept, qui provient du terme militaire latin « subsidium » (= troupe de réserve), fut peu à
peu utilisé dans le sens général d’appui, d’assistance (= « subside »). Ainsi, à l’origine, la subsidiarité contient
l’idée d’un soutien des entités supérieures aux entités inférieures dans la réalisation de leurs tâches.

Le principe de subsidiarité est un principe selon lequel la responsabilité d’une action


publique, lorsqu’elle est nécessaire, doit être confiée à la plus petite entité capable de résoudre le
problème d’elle-même. Il va de pair avec le principe de suppléance qui veut que, lorsque les
problèmes excèdent les capacités d’une petite entité, l’échelon supérieur a, alors, le devoir de la
soutenir, dans les limites du principe de subsidiarité. Cela répond donc au souci de veiller à ne pas
faire à un niveau plus élevé ce qui peut l’être, avec autant d’efficacité, à une échelle plus faible, c’est-à-
dire à la recherche du niveau pertinent d’action publique.

Introduit dans le droit de l’UE en matière de protection de l’environnement par l’Acte unique
européen de 1986, le principe de subsidiarité a été généralisé par l’article 5 du TCE introduit par le
Traité de Maastricht, qui dispose que « La Communauté agit dans les limites des compétences qui lui sont
conférées et des objectifs qui lui sont assignés par le présent traité. Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa
compétence exclusive, la Communauté n’intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si, et dans la
mesure où, les objectifs de l’action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les États
membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de l’action envisagée, être mieux réalisés au
niveau communautaire. L’action de la Communauté n’excède pas ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs
du présent traité ». Le principe de subsidiarité, qui consiste à réserver à l’échelon supérieur (UE) ce que
l’échelon inférieur (États membres) ne pourrait effectuer que de manière moins efficace, correspond,
par suite, à deux éléments : l’insuffisance de l’action étatique et la plus-value apportée par l’action
communautaire. En définitive, ce principe, d’un côté, protège les compétences des États membres et,
de l’autre, permet l’intervention de l’UE lorsque certaines actions ne peuvent être conduites par les
États membres.

Nb. : Bien que les notions de spécialité et de subsidiarité puissent paraître proches, les deux principes n’en sont
pas moins distincts. Si, dans les deux cas, le point de départ est la reconnaissance, pour l’organisation
internationale, d’une compétence d’attribution, la notion de subsidiarité, selon la lecture que l’on en fait, peut
apparaître soit comme un renforcement du principe de spécialité (= lecture favorable aux États membres), soit
comme une possibilité de dépassement de la notion de spécialité (= lecture favorable à l’UE). Cette double lecture
du principe de subsidiarité a, d’ailleurs, été soulignée lors du Conseil européen d’Édimbourg de 1992 au cours

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duquel il fut précisé que « La subsidiarité est un concept dynamique qui doit être appliqué à la lumière des objectifs
énoncés dans le Traité. Elle permet d’élargir l’action de la Communauté lorsque les circonstances l’exigent et, inversement,
de les restreindre ou de l’interrompre lorsqu’elle n’est plus justifiée ».

D OCUMENT N° 6 : Trait é de Lisb onne


Artic le 3 ter du Tra ité sur l’ U E
« (…) 3. En vertu du principe de subsidiarité, dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive,
l’Union intervient seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l’action envisagée ne peuvent pas être atteints
de manière suffisante par les États membres, tant au niveau central qu’au niveau régional et local, mais peuvent
l’être mieux, en raison des dimensions ou des effets de l’action envisagée, au niveau de l’Union.
Les institutions de l’Union appliquent le principe de subsidiarité conformément au Protocole sur l’application des
principes de subsidiarité et de proportionnalité. Les Parlements nationaux veillent au respect du principe de
subsidiarité conformément à la procédure prévue dans ce Protocole.
4. En vertu du principe de proportionnalité, le contenu et la forme de l’action de l’Union n’excèdent pas ce qui est
nécessaire pour atteindre les objectifs des traités.
Les institutions de l’Union appliquent le principe de proportionnalité conformément au Protocole sur l’application
des principes de subsidiarité et de proportionnalité. »
Artic le 61- B du Trait é sur le fon cti onne me nt de l’ U E
« Les Parlements nationaux veillent, à l’égard des propositions et initiatives législatives présentées dans le cadre des
Chapitres 4 et 5, au respect du principe de subsidiarité, conformément au Protocole sur l’application des principes de
subsidiarité et de proportionnalité. »

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II – D es or ga ni sa tio ns a ux co mpétenc es div ersi fi ées

Pis te de r éflex io n
⇒ La classification des compétences des organisations internationales.

Nb. : Les compétences des organisations internationales sont très diverses, car elles dépendent des buts assignés à
ces organisations. Pour cette raison, il serait hasardeux de vouloir dresser une typologie exhaustive des multiples
compétences dont peuvent être dotées les organisations internationales …

Les compétences sont des pouvoirs reconnus aux organisations internationales afin qu’elles
puissent poursuivre leurs activités. Dans la pratique, les organisations internationales possèdent trois
sortes de compétences : des compétences normatives (§ 1), des compétences opérationnelles (§ 2) et
des compétences de contrôle (§ 3).

Nb. : L’étendue et la nature des compétences sont des critères de classification des organisations internationales.
De la sorte, s’agissant de leur étendue, on distingue, traditionnellement, les organisations internationales qui
disposent de compétences générales et les organisations internationales qui ont des compétences restreintes. En
ce qui concerne leur nature, on oppose, souvent, les compétences normatives, les compétences opérationnelles et
les compétences de contrôle.

§ 1 : Les c ompé ten ces no rm atives

Nb. : Créées par les États, les organisations internationales sont, elles-mêmes, créatrices de règles juridiques dont
les destinataires sont variés mais dont toutes les dispositions, même si elles s’inscrivent à l’intérieur de l’ordre
juridique propre à l’organisation internationale, sont soumises au droit international.

Les compétences normatives des organisations internationales sont celles qui autorisent
l’adoption ou la mise en œuvre de « normes », c’est-à-dire de règles juridiques de portée générale ou
de portée individuelle. Ainsi, pour s’exprimer, l’organisation internationale possède, en tant que sujet
de droit international, la possibilité de produire des normes et de conclure des actes (ex. : des traités,
des actes unilatéraux, des contrats) à destination des États membres ou avec d’autres sujets ou acteurs
du droit international.

En pratique, beaucoup d’organisations internationales servent de cadre à l’élaboration de


conventions, socle d’une sorte de législation internationale intervenant dans les domaines les plus
variés. Cependant, ce n’est pas cette sorte d’activité normative que nous évoquerons en l’espèce : nous
n’examinerons, en effet, que les actes normatifs pouvant directement être imputés à l’organisation
internationale. Ces actes unilatéraux de réglementation internationale, qui constituent du « droit
dérivé », par opposition au droit « originaire » ou « initial » que réalise l’acte constitutif en application
duquel ils peuvent être émis, n’ont pas tous le même champ d’application, ni le même régime
juridique : les uns apparaissent comme la manifestation d’un pouvoir d’autorégulation de
l’organisation internationale, qui en est, ainsi, son propre destinataire ; les autres dépassent ce cadre
proprement interne à l’organisation internationale, pour viser directement les conditions légales de la
conduite des États membres dans le domaine couvert par l’action de l’organisation internationale, tel
que défini dans son acte constitutif.

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C’est pourquoi, concernant les compétences normatives des organisations internationales,


deux points méritent d’être abordés, si l’on met à part les traités conclus par les organisations
internationales ou dans le cadre de celle-ci : le droit interne des organisations internationales (A) et le
pouvoir réglementaire externe des organisations internationales (B).

A – Le dro it inte rne des or ganis a t ion s in t ern at io nales

Les organisations internationales se voient reconnaître un pouvoir normatif dans un cadre


proprement interne, ce pouvoir réglementaire interne s’exerçant selon les procédures prévues par
l’acte constitutif de l’organisation internationale (ex. : les articles 21 et 30 de la Charte des Nations
Unies). De manière plus précise, le droit interne des organisations internationales est constitué par la
réglementation que se donne une organisation internationale pour s’auto-organiser.

Les textes composant cette réglementation interne sont extrêmement variés, les organisations
internationales ayant compétence pour réglementer tous les aspects de leur fonctionnement intérieur.
Autrement dit, ces textes couvrent tous les aspects de la vie de l’organisation internationale comme,
par exemple, le fonctionnement des organes principaux (ex. : le règlement intérieur), la mise en place
et le fonctionnement des organes subsidiaires (ex. : le statut et le règlement de procédure), la
détermination des règles d’emploi des agents travaillant pour l’organisation (ex. : le contrat-type, le
règlement du personnel, le règlement des comités de discipline), la procédure budgétaire, les modes
de passation des marchés, les usages protocolaires à l’intérieur de l’organisation et dans les rapports
de l’organisation avec ses membres …

Nb. : Tous ces textes destinés aux divers organes de l’organisation internationale sont obligatoires, en tous points,
à l’égard de leurs destinataires, comme à l’égard de leurs auteurs, tant qu’ils n’ont pas été modifiés par ceux-ci.

B – Le pouvo ir ré gleme nt aire ex ter ne de s or gan is at io ns inte rn a tion ales

Nb. : Historiquement, c’est la compétence que les organisations internationales ont exercée en premier et il s’agit,
de nos jours, la compétence principale qu’exercent la plupart d’entre elles.

Le droit international contemporain est très fortement marqué par l’apport normatif des
organisations internationales : en effet, la plupart des traités multilatéraux conclus dans le monde le
sont dans le cadre de ces organisations. En vérité, il n’est pas un domaine de la société pour lequel il
n’existe pas une organisation internationale chargée de proposer des règles de comportement, de
rapprocher les législations nationales ou, encore, de favoriser la conclusion de traités internationaux.
Les compétences normatives des organisations internationales se traduisent donc par l’édiction de
règles de droit destinées à régir une situation ou une activité déterminée. Plus précisément, elles
s’expriment par le vote de résolutions dont la portée juridique est variable. Leur influence peut,
néanmoins, être grande si les États acceptent de suivre leurs prescriptions …

Nb. : Les compétences normatives sont, pourrait-on dire, de droit commun. Toutes les organisations les exercent
peu ou prou, ne serait-ce que pour assurer leur propre fonctionnement. Ces compétences sont plus étendues,
encore, lorsque l’organisation exerce des compétences opérationnelles, car elles doivent, alors, définir le régime
juridique de ces activités.

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§ 2 : Les c ompé ten ces opé rat ion nel les

Les compétences opérationnelles sont relatives à la réalisation, sur le terrain, d’actions ou


d’opérations menées par une organisation internationale et sont, également, appelées « compétences
opératoires ». De manière plus précise, ces compétences consistent dans des activités de gestion (ou de
conseil) dans les domaines administratif, économique, technique ou financier … En réalité, elles
regroupent tous les pouvoirs d’action des organisations internationales autres que d’édiction de
normes : participation « sur le terrain » à des procédures de règlement des différends, sanctions
coercitives, apport d’une assistance économique, administrative ou militaire, représentation
diplomatique, contrôle de la régularité d’opérations électorales, gestion de laboratoires … Autrement
dit, l’organisation internationale ne se contente pas de délibérer et de décider ; elle exécute, elle-même,
la politique qu’elle a élaborée.

Nb. : Le principe est que l’organisation internationale doit obtenir le consentement des États sur le territoire
desquels elle intervient, les modalités de son intervention étant fixées par des accords particuliers. Cette forme
d’action a tendance, de nos jours, à se développer, car nous nous trouvons dans un monde où prédominent les
États sans ressources suffisantes pour faire face, seuls, à leurs difficultés …

§ 3 : Les c ompé ten ces d e co nt rôle ( et de s anc tion)

Nb. : Ces compétences sont en relation directe avec les compétences normatives des organisations internationales,
dont elles constituent, souvent, l’une des manifestations.

Les compétences de contrôle (et de sanction) permettent aux organisations internationales de


veiller à la régularité du comportement de leurs membres au regard de leurs obligations statutaires.
Ces compétences, qui supposent l’obligation, pour les membres de l’organisation internationale, de
fournir des renseignements dans le domaine considéré et de se conformer aux directives que peut
donner l’organisation internationale, prennent une importance grandissante dans des domaines tels
que la protection internationale des droits de l’homme. Ce type de compétences se retrouve, aussi,
dans des organisations techniques. Ainsi, le système de contrôle le plus anciennement établi est celui
existant dans le cadre de l’OIT, qui oblige les États membres à faire des rapports périodiques à
l’organisation internationale pour permettre à celle-ci de vérifier la légalité de leur action, voire de
déclencher, le cas échéant, une procédure plus contraignante pouvant aboutir à la saisine de la CIJ.

D OCUMENT N° 7 : Cons tit uti on de l’Or gan isa tion i nte rnation al e du tra va il
Artic le 22
« Chacun des Membres s'engage à présenter au Bureau international du travail un rapport annuel sur les mesures
prises par lui pour mettre à exécution les conventions auxquelles il a adhéré. Ces rapports seront rédigés sous la
forme indiquée par le Conseil d'administration et devront contenir les précisions demandées par ce dernier. »

Le contrôle opéré par les organisations internationales s’exerce selon des modalités variables
qui tiennent à la diversité des organes intervenant et à la diversité des pouvoirs qui leur sont
reconnus. En ce qui concerne les organes de contrôle, ce contrôle peut être le fait d’organes politiques
(ex. : le Conseil de sécurité), d’organes techniques (ex. : la Commission des pêches de l’Atlantique),
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Cours de « Droit des organisations internationales » Séverine NICOT, Maître de Conférences en Droit public

d’organes juridictionnels (ex. : la CIJ) … S’agissant des pouvoirs de contrôle, ils peuvent se présenter
sous la forme de simples constatations, de recommandations, de décisions, de sanctions …

Nb. : Les compétences de contrôle sont inégalement développées selon les organisations internationales et se
heurtent, souvent, à la difficulté de sanctionner efficacement les États membres.

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