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UNIVERSITÉ D'ÉTAT DE MOLDAVIE

FACULTÉ D'ÉCONOMIE

GÎSCA DANIELA

Référé
Les problemes majeurs de l’economie nationale moldave

Coordinateur scientifique:

POSTOVAN Stela

Chișinău, 2021
Devenue indépendante en 1991, la République de Moldavie est l’un des pays les plus
pauvres d’Europe. Son économie a traversé une phase de transition, d’un système planifié
soviétique à un système de marché. Comme tout Etat en transition, la République de Moldavie
est confrontée aujourd’hui à des difficultés engendrées par les nouvelles conditions et relations
économiques, mais aussi à une difficulté particulière qui est l’héritage d’une mentalité
soviétique. L’économie de la République de Moldavie est marquée par la position géographique
du pays, entre l’Ouest et l’Est. Dans cet article on fera une analyse succincte de l’économie
moldave d’après nos rencontres avec plusieurs acteurs économiques, privés et publics, à
Chisinau pendant notre voyage d’études Alter Europe.

Données générales sur l’économie moldave

Les points forts de l’économie moldave résident dans le renforcement de ses relations
avec l’UE, son ouverture aux investissements étrangers et sa main d’œuvre relativement peu
coûteuse. La forte émigration et la contraction de la population, la dépendance à l’égard des
transferts des travailleurs expatriés, l’instabilité politique et les tensions sociales, la corruption et
la mauvaise gouvernance constituent ses points faibles. La performance économique de la
Moldavie s’est montrée relativement forte ces dernières années, en grande partie grâce à des
politiques fiscales, monétaires et de taux de change améliorées et à d’autres réformes.
Cependant, la fraude bancaire d’un milliard d’euros en novembre 2014, suivie par une vague de
protestations en janvier 2016, mais aussi le contexte international défavorable – les crises en
Ukraine et le conflit gelé en Transnistrie 1 – ont eu un fort impact négatif sur l’économie
moldave.
En 2015 la croissance du PIB était de -1%. Le pays a aussi enregistré une réduction de
ses échanges commerciaux (-24.5% pour les imports et -16.4% pour les exports) et un déficit
budgétaire de 2%. Il est important de mentionner que 49% des importations en Moldavie
viennent de l’UE et qu’elle y exporte 61.9% de ses produits. La Moldavie a signé en 2014 un
Accord de libre-échange avec l’UE mais la majorité des économistes considèrent que la
Moldavie n’était pas préparée du point du vue législatif pour cet accord. C’est la raison pour
laquelle la balance commerciale reste négative. La dette publique qui était de 23.7% du PIB en
2013 est maintenant de 44.9%. L’inflation est aussi montée de 8.4% à 13.6% à cause de la fraude
bancaire massive et le taux de chômage est de 4.9%.

La croissance économique de la Moldavie est largement stimulée par la consommation, la


construction immobilière et les transferts de capitaux des travailleurs moldaves résidant à
l’étranger. De fait, les rémittences étrangères étaient de 1.13 milliards de dollars en 2015. Avec
un revenu moyen de 100 euros par mois, ces flux financiers de l’étranger constituent pour
beaucoup de Moldaves la principale voire l’unique source d’existence. L’agriculture joue un rôle
important dans l’économie de la Moldavie, représentant 12-13% du PIB. Cependant, une étude
réalisée par la Banque mondiale montre que l’agriculture en Moldavie est peu productive : la
productivité de ce secteur est deux fois inférieure à la moyenne européenne.

Les investissements

Les chiffres montrent que le pic des investissements directs étrangers (IDE) a été
enregistré en 2008, avec un montant de 711,5 millions de dollars. En revanche l’année suivante,
en 2009, les investissements ont été réduits par quatre. En outre, si les investisseurs étrangers au
cours des années 2005-2008 ont introduit dans le pays des fonds d’une valeur d’environ 1,7
milliards de dollars lors des quatre années suivantes (2009-2012) les investissements étrangers se
sont élevés à seulement 782,9 millions. La tendance actuelle des flux d’investissements directs
étrangers est à la baisse avec un recul en moyenne de 50 % depuis 2004. Selon Emmanuel
Skoulios, directeur de la CCI France-Moldavie, la France est le premier investisseur étranger en
termes de stock d’IDE, cependant la tendance actuelle place l’Allemagne en tête des flux. La
faiblesse structurelle des IDE en Moldavie a pour cause non seulement la crise de 2008, qui
entraîne une baisse systématique des IDE dans la plupart des pays en développement, mais aussi
un climat des affaires délétère et peu attractif.

La Moldavie possède pourtant de très bons atouts en faveur de l’investissement. En effet


la Moldavie, de par sa position géographique, est un pays stratégique entre l’Europe et l’Asie,
une zone en plein développement pouvant faire office de carrefour commercial. Le pays est à
trois heures de l’Union Européenne en camion, et à seize heures de Moscou. Les débouchés
commerciaux peuvent en conséquence être très importants. Par ailleurs, la main d’œuvre est bon
marché et qualifiée. Enfin, la privatisation de nombreuses entreprises est en cours et les taxes et
impôts sont réduits afin de favoriser l’investissement.

Malgré tout, le climat des affaires en Moldavie n’est pas propice, et pour plusieurs raisons.

 Tout d’abord politiques. A l’issue des élections législatives de novembre 2015, les trois
partis pro-européens décrochent 55 sièges sur 101 au Parlement (le parti libéral démocrate
de Moldavie, le Parti démocrate de Moldavie, et le parti libéral) et forment un
gouvernement sous la direction de Valeriu Strelet. Selon la Délégation de l’Union
européenne et le vice-ambassadeur de France, Monsieur Petit, la Moldavie semblait alors
être sur la bonne voie et des réformes jugées positives pour le développement économique
sont adoptées. Cependant, en octobre 2015, le dirigeant du parti libéral démocrate Vlad
Filat a été arrêté pour affaire de corruption et de détournement de fonds, ce qui a conduit à
des tensions sociales notamment en janvier 2016. Tensions qui ont eu pour résultat la
possibilité de tenue d’élections anticipées qui pourraient voir arriver au pouvoir un
gouvernement pro-russe et remettre en cause les négociations avec l’Union européenne 2.
Cette instabilité et, en toile de fond, la revendication sécessionniste de la Transnistrie
pèsent sur le climat des affaires. De même, les difficultés de la municipalité à établir des
infrastructures performantes et un cadre juridique clair freinent l’arrivée d’investissements
étrangers.
 Du point de vue budgétaire, la perte du milliard d’euros en 2015 a, selon Rida Tekhala
président directeur général de Mobias Banca, fortement contribué à la dégradation des
comptes publics, cette somme représentant près de 12.5% du PIB. De plus, selon Wicher
Slagter, membre de la délégation européenne, le refus de la part du gouvernement
Moldave d’appliquer un plan d’action du FMI a entrainé l’interruption des financements
(on parle de 130 million d’euros). Il faut aussi noter que les embargos sur les produits
alimentaires moldaves par la Russie suite aux accords commerciaux signés avec l’Union
européenne ont fortement pénalisé les exportations moldaves bien que, selon Emmanuel
Skoulios, elles arrivent tout de même en Russie par le biais d’un commerce avec
l’Ukraine.
 Socialement, l’achalandage faible (le nombre de clients potentiels) avec une population
de 3.5 millions d’habitants ainsi que le déficit démographique sont des explications
également au manque d’investissement en Moldavie. Tous nos interlocuteurs (notamment
Rida TEkhala et des interlocuteurs de la fondation SOROS) sont globalement d’accord sur
le fait que le manque d’investissements trouve également sa source dans la psychologie
moldave. En effet les rémittences, qui représentent 30% du PIB (1,13 milliards de dollars
en 2015), sont à 95% utilisées pour la consommation et non pour le développement
entrepreneurial. En outre, le reliquat de pensée communiste influence les mentalités, avec
un Etat fort, centralisé, omniprésent qui empêche la volonté d’entreprendre. Un
interlocuteur de la fondation SOROS va même jusqu’à parler « d’addiction à l’Etat et à
son assistance » qui empêcherait donc la création d’entreprise et la volonté de recherche
d’investissement
Le déficit démographique comme cause et conséquence des difficultés économiques de la
Moldavie
Si le taux de natalité est en baisse, le taux d’expatriation est la principale explication de la
faible démographie de la Moldavie. La pauvreté et le faible développement, illustrés par un
Indice de développement humain relativement faible bien qu’en progression (en 2014, la
Moldavie est au 107ème rang sur 188 pays), contribuent au départ d’une partie de la population.
A cela s’ajoute une crise économique et sociale profonde. Les estimations montrent qu’environ
un quart de la population moldave a émigré 3. Le recteur de l’Académie des études économiques
de Moldavie évoque par ailleurs une décroissance régulière du nombre d’étudiants, qui
s’élèverait à 35% au cours de ces dernières années.
Du fait de l’indépendance récente de la Moldavie (1991), les deux vagues de globalisation, des
entreprises et des individus, se superposent. En effet, la période soviétique et l’imposition d’une
économie dirigée et planifiée ne permettaient pas la spécialisation dans les secteurs les plus
productifs et le développement grâce aux IDE. Ainsi, la transition économique est assez récente.
Elle correspond à une période de mobilité des individus et donc à une disparition d’une partie
des forces productives. Il faut également noter que le départ est facilité par l’obtention de la
nationalité roumaine – sous conditions d’avoir au moins un ascendant roumain et de réussir un
examen de langue roumaine – par une large partie de la population moldave. La Roumanie ayant
intégré l’Union européenne en 2007 sa nationalité permet en effet de circuler et de travailler au
sein de ses différents Etats membres.

Face au problème du déficit démographique, le gouvernement moldave met en place des


programmes, avec l’aide de l’Union européenne dans certains cas, comme « PARE », « 1 pour
1″ ou « Nexus », afin de favoriser le retour ou de dissuader la population de partir. Cependant,
ces tentatives ont vu peu de résultats positifs. D’autres idées émergent pour freiner les flux
migratoires hors de la Moldavie. On peut notamment évoquer le projet envisagé d’une aide au
départ pour mieux favoriser le retour : en soutenant ceux qui souhaitent partir, par des formations
par exemple, ils pourraient gagner davantage d’argent et éviter les réseaux criminels. A leur
retour, on suppose, qu’avec l’expérience acquise, de nouvelles manières de travailler et de
nouvelles mentalités seraient bénéfiques à la situation économique moldave du fait notamment
d’une plus grande productivité.

L’économie moldave est encore en transition. L’intégration de la Moldavie dans la Politique


européenne de voisinage et la perspective d’une adhésion à l’UE pourraient représenter l’espoir
d’une amélioration de la situation économique du pays.
1
 Sur la Transnistrie, lire l’article « Perceptions moldaves sur la Transnistrie ».
2
 Sur la situation géopolitique de la Moldavie, lire l’article « Les influences russe et européenne
en Moldavie ».
3
 Sur l’attrait du départ, lire « Partir ou rester : les aspirations des jeunes moldaves face à la
réalité de leur pays ».

Conclusions et recommendations
Devenue indépendante en 1991, la République de Moldavie est l’un des pays les plus
pauvres d’Europe. Son économie a traversé une phase de transition, d’un système planifié
soviétique à un système de marché. Comme tout Etat en transition, la République de Moldavie
est confrontée aujourd’hui à des difficultés engendrées par les nouvelles conditions et relations
économiques, mais aussi à une difficulté particulière qui est l’héritage d’une mentalité
soviétique. L’économie de la République de Moldavie est marquée par la position géographique
du pays, entre l’Ouest et l’Est. Dans cet article on fera une analyse succincte de l’économie
moldave d’après nos rencontres avec plusieurs acteurs économiques, privés et publics, à
Chisinau pendant notre voyage d’études Alter Europe.
Du fait de l’indépendance récente de la Moldavie (1991), les deux vagues de globalisation, des
entreprises et des individus, se superposent. En effet, la période soviétique et l’imposition d’une
économie dirigée et planifiée ne permettaient pas la spécialisation dans les secteurs les plus
productifs et le développement grâce aux IDE. Ainsi, la transition économique est assez récente.
Elle correspond à une période de mobilité des individus et donc à une disparition d’une partie
des forces productives. Il faut également noter que le départ est facilité par l’obtention de la
nationalité roumaine – sous conditions d’avoir au moins un ascendant roumain et de réussir un
examen de langue roumaine – par une large partie de la population moldave. La Roumanie ayant
intégré l’Union européenne en 2007 sa nationalité permet en effet de circuler et de travailler au
sein de ses différents Etats membres.
Face au problème du déficit démographique, le gouvernement moldave met en place des
programmes, avec l’aide de l’Union européenne dans certains cas, comme « PARE », « 1 pour
1″ ou « Nexus », afin de favoriser le retour ou de dissuader la population de partir. Cependant,
ces tentatives ont vu peu de résultats positifs. D’autres idées émergent pour freiner les flux
migratoires hors de la Moldavie. On peut notamment évoquer le projet envisagé d’une aide au
départ pour mieux favoriser le retour : en soutenant ceux qui souhaitent partir, par des formations
par exemple, ils pourraient gagner davantage d’argent et éviter les réseaux criminels. A leur
retour, on suppose, qu’avec l’expérience acquise, de nouvelles manières de travailler et de
nouvelles mentalités seraient bénéfiques à la situation économique moldave du fait notamment
d’une plus grande productivité.

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