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A l’horizon 2030, plusieurs grands séismes risquent de secouer l’Afrique.

D’une part sur le plan interne, avec la croissance démographique, la question


environnementale ou les crises sécuritaires ; d’autre part sur le plan international avec la
crise énergétique, les effets de la construction d’un monde multipolaire, le déplacement du
centre de gravité du capitalisme mondial et celui de la puissance vers les pays émergents,
asiatiques notamment.

Les cheminements et les futurs de l’Afrique en 2030 dépendent cependant prioritairement


des stratégies qu’adopteront les principaux acteurs et décideurs. Il en résulte plusieurs
scenarios possibles.

Défis internes :
 Démographiques :
Les sociétés africaines ont à gérer un doublement de leur population dont un triplement de
leur population urbaine d’ici 2040. Elles doivent reconstituer leurs écosystèmes, réaliser les
investissements nécessaires à la croissance et se repositionner positivement dans la division
internationale du travail.

Les défis démographiques supposent entre autres un accompagnement des migrations


dépassant les nationalismes et des révolutions technologiques. Les principaux enjeux seront
la réduction de la mortalité infantile et maternelle, l’éradication des grandes pandémies
(VIH/Sida, paludisme, méningite) et la maîtrise de la fécondité via l’accomplissement de la
transition démographique.

Des investissements conséquents seront également nécessaires dans le domaine social (mise
en place de systèmes de retraite et de prise en charge des non actifs, absorption des jeunes
sur le marché du travail formel et informel), éducatif (augmentation du taux de
scolarisation), et scientifique, où la recherche, appliquée aux priorités africaines, pourrait
jouer un rôle déterminant dans les filières stratégiques.

 Naturels :
A défaut de stratégies proactives, les risques de dégradation des ressources et des sols, de
catastrophes naturelles, de désertification, de déforestation, de réduction de la biodiversité,
d’augmentation de la pollution urbaine et de sécheresses accrues demeurent considérables,
de même que leurs conséquences en termes de tensions, de conflits et de migrations non
contrôlées.

 Sécuritaires :
Les défis sécuritaires seront également nombreux du fait des risques d’extension du
terrorisme dans les zones sahéliennes et la Corne de l’Afrique, des tentatives sécessionnistes
entre les Nords et les Suds de nombreux pays, des guerres liées à la rareté des ressources du
sol (terre et eau) et du sous-sol (minerais), ces dernières suscitant davantage la convoitise.
Les principaux points de friction seront à n’en pas douter au Soudan (avec des risques de
scission entre le Nord et le Sud), au Nigeria, en République Démocratique du Congo et dans
la Corne de l’Afrique où sévit un risque de « somalisation », c’est-à-dire de décomposition de
l’État et de violences ouvertes.

Défis internationaux :
L’évolution de l’Afrique demeurera largement dépendante de sa place dans l’architecture
internationale et l’économie mondiale. Celle-ci se traduira par une montée en puissance de
l’économie immatérielle et des technologies de l’information, de l’environnement
technologique et institutionnel, qui pourraient influer positivement sur sa capacité
d’attraction des capitaux étrangers.

Les scénarios géopolitiques en 2030 :

Certains « afro optimistes » définissent l’Afrique comme la nouvelle frontière de l’économie


mondiale, la Chine de demain ou un futur eldorado. D’autres « afro pessimistes » y voient
l’illustration des « trois Parques mortelles » de Malthus : les guerres, les épidémies et les
famines. De manière plus réaliste, il convient d’analyser les opportunités, risques et défis
d’un continent et d’États contrastés, en pleine ébullition, qui, tel un volcan, apporte fertilité,
créativité et vulnérabilité.

L’Afrique doublera de population d’ici 2050 pour arriver à environ 2 milliards d’habitants,
soit plus de 20% de la population mondiale, avec un poids croissant de la jeunesse. Celle-ci
peut, selon les stratégies suivies, constituer un levier du développement ou une bombe à
retardement. Certaines zones s’intègreront au « système monde » alors que d’autres seront
marginalisées.

1- la désynchronisation par rapport à l’évolution du monde.


La désynchronisation par rapport à l’évolution du monde, prend acte du fait que l’Afrique ne
saurait gérer, hors prise en compte de la longue durée, ces défis que le monde développé a
mis des siècles à relever. Un tel scénario serait donc porté par des dynamiques
majoritairement endogènes, propres à chacun des pays et/ou régions.
2- L’intégration positive dans la mondialisation : le rattrapage.
Un second scénario poursuivrait le chemin du rattrapage économique avec les mondes
développé et émergent, en continuation donc de l’évolution en cours depuis le début des
années 2000. D’où une insertion dans l’économie monde qui irait croissant, mais aussi une
différenciation également croissante entre pays et régions, ainsi que le maintien du plus
grand nombre dans une pauvreté relative.
3- Recentrage économique sur les marchés nationaux.
Un troisième, qui possède certaines ressemblances avec celui de la désynchronisation, serait
celui du recentrage économique sur les marchés nationaux, voire régionaux, et de la
construction de systèmes politique et d’organisations de l’État sui generis. Tout comme dans
le scénario précédent et compte tenu de spécificités tenant à la taille des pays, à leur
situation enclavée ou côtière, à leur population, à leur parcours historique et à la
structuration de leur société, il serait également porteur de différenciations fortes.
4- Insertion du continent dans la mondialisation :
Un quatrième scénario, enfin, serait également celui d’une insertion du continent dans la
mondialisation, mais avec un basculement de son arrimage, le Sud-Sud l’emportant sur un
Nord-Sud jusqu’à aujourd’hui dominant sur les plans tant du politique que de l’économique,
du financier et du commercial. Semblable évolution serait assez conforme aux évolutions en
cours, marquées par la montée du multipolaire.
Comme dans les trois autres scénarios, celui-ci serait porteur de différenciations, de
contrastes, d’inégalités, conformément à cet axe central des réflexions de l’auteur, ce qui
nous renvoie, in fine, à son axiome de départ : il n’y a pas une Afrique, mais des Afriques.