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Ethique et déontologie de l’enseignement

1- La question de l’éthique et de la déontologie a toujours été liée au métier


d’enseignant.

Pourquoi ?

Parce que celui-ci (le métier d’enseignant) n’a pas été d’abord caractérisé par des
compétences précises susceptibles de le définir, précisément, comme un métier.

Pendant longtemps, la possession d’un savoir académique a semblé suffisante pour attester la
capacité à enseigner : pour preuve l’organisation des concours de recrutements.

Dans ce cas, rien ne pouvait distinguer l’enseignant du savant ou de l’homme simplement


cultivé.

2- Il y a une sorte d’antinomie :

D’un côté, l’enseignement est considéré comme une profession spécifique au même titre que
les autres, et même dans un sens plus éminent, plus originel (les mots « profession » et «
professeur »ont la même racine étymologique).

D’un autre côté, on lui refusait a priori les attributs habituels de toute profession, à savoir un
ensemble de savoir-faire et d’habiletés techniques.

3- Où réside alors la solution ?

La solution de cette antinomie réside dans l’éthique : l’enseignant se distingue par des
exigences morales, par une attitude existentielle qui a essentiellement trait, non pas à la
détention ou l’acquisition de connaissances (comme c’est le cas du chercheur ou de
l’ingénieur), mais au rapport à autrui. La déontologie a ainsi pendant longtemps suppléé
l’absence de compétences strictement «professionnelles » ; elle a constitué pour ainsi dire une
« professionnalisation par défaut » de la pratique enseignante.

Aujourd’hui où le thème de la professionnalisation du métier d’enseignant est devenu


dominant, la référence à la déontologie et à l’éthique est appelée à changer de sens. Elle n’est
plus un «supplément d’âme », le substitut d’une professionnalité absente - mais au contraire,
elle s’intègre aux compétences exigibles de l’enseignant ; et par suite, c’est la distinction

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même entre le « technique » et « l’éthique » , entre les moyens et les fins , qui se trouve ainsi
remise en cause au travers du concept de pédagogie tel qu’il est appelé à fonctionner
aujourd’hui.

4- Ethique et déontologie traditionnelle de l’enseignant.

Le Code Soleil, fut durant des décennies le livre de référence de générations d’instituteurs. Il
marque bien cette place privilégiée de l’exigence éthique dans le statut de l’enseignant.

L’ouvrage s’ouvre par un chapitre consacré à la « morale professionnelle » : c’est dire


l’importance de celle-ci dans la définition même du métier. De même que l’école vise moins
l’inculcation de connaissances que la réalisation d’une éducation à la fois morale et civique,
de même le maître enseigne moins, en fin de compte, par sa culture et les savoirs qu’il a
acquis que par sa personne.

La première exigence de l’éducateur est la maîtrise de soi, car « on ne règne sur les âmes que
par le calme ». L’instituteur doit « s’imposer à lui-même les disciplines dont il doit être le
protagoniste » : ponctualité, patience, sens de l’effort et du travail bien fait, goût de l’ordre, de
l’épargne, sont ainsi des nécessités déontologiques, parce qu’on ne peut enseigner aux autres
des vertus que l’on ne pratiquerait pas soi-même. L’enseignant est d’abord un « modèle » ; et
à ce titre il enseigne moins par ce qu’il dit que par ce qu’il fait, et en dernier ressort par ce
qu’il est.

C’est pourquoi la seconde exigence déontologique est de manifester un dynamisme, « une


sorte de chaleur communicative, un reflet d’âme qui pénètre la classe toute entière ».

Si l’acte d’enseigner n’est pas, comme dans les autres métiers, une pratique transformatrice
fondée sur la possession d’un certain nombre de techniques et de savoir-faire, mais plutôt une
relation mimétique d’imprégnation, de pénétration et de séduction, alors le « rayonnement »
n’est plus pour l’enseignant une caractéristique personnelle contingente, un tempérament
parmi d’autres possibles, mais pour ainsi dire une obligation professionnelle dont l’absence
est rédhibitoire.

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5- Est-il alors possible de distinguer, dans ce cas, ce qui renvoie à la déontologie et ce
qui relève de la morale  ?

En dernier ressort, il est impossible de distinguer, dans le cas de l’enseignant, ce qui renverrait
à une déontologie professionnelle et ce qui relève de la morale tout court. Car l’enseignement
est peut-être le seul « métier » où activité publique et vie privée, existence professionnelle et
personnelle ne sauraient être dissociés.

Contrairement aux autres travailleurs, l’instituteur est enseignant toujours et partout, même et
surtout hors de la classe. « L’éducateur doit être irréprochable dans sa tenue et sa conduite
privée (...) Celui qui a accepté la mission d’éducateur doit mettre sa conduite en harmonie
avec son enseignement ».

Aussi bien, les termes employés à son propos n’appartiennent pas, comme c’est le cas
aujourd’hui, au vocabulaire des métiers (compétences, savoir-faire, techniques, etc.), mais à
celui du sacerdoce ecclésiastique : « vocation », «mission », « service », « apostolat », «
disciples » signifient clairement le caractère religieux, sacerdotal, de l’activité enseignante.

Le Code Soleil se termine par ce conseil en forme d’injonction adressé aux jeunes enseignants
: « Ne pensez pas trop à vos droits : souvenez-vous que l’exercice inconsidéré d’un droit
équivaut à une faute et que l’on a parfois tort d’avoir raison ». C’est donc une éthique «
sacrificielle » qui régit l’enseignant, invité à un sacrifice total et sans contrepartie de sa
personne à sa tâche, à un dévouement sans retour, à un complet oubli de soi-même.

6- Les transformations du métier d’enseignant et leurs conséquences éthiques.

Ce modèle traditionnel est-il encore aujourd’hui en vigueur ?

Oui, pour une minorité de professeurs nostalgiques de ce qu’ils considèrent comme l’âge d’or
de la condition enseignante. Déplorant l’envahissement du métier par un ensemble de
techniques issues soit des sciences de l’éducation ( pédagogie par objectifs, pédagogie
différenciée, techniques d’évaluation, etc.) soit de ce qu’il est convenu d’appeler les «
nouvelles technologies » (audiovisuel, multimédia, informatique ) , ils appellent à une
refondation «républicaine » du métier, qui restaurerait une éthique et une déontologie
menacées par le glissement de l’enseignant vers le statut de simple «technicien de l’éducation

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» , de « professionnel» considéré en vertu de ses compétences et de ses savoir-faire plutôt que
de sa personnalité et de sa valeur morale.

7- Est-ce vraiment le cas ?

La loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989, en redéfinissant les finalités du système
éducatif, portait en germe une modification profonde du statut de l’enseignant.

En plus des finalités traditionnelles (l’acquisition d’une culture générale, le développement


de la personnalité de l’élève ou l’éducation à la citoyenneté) , deux finalités nouvelles
apparaissent.

D’une part, le service public de l’éducation doit « contribuer à l’égalité des chances » ; d’autre
part, il doit permettre à l’élève de « s’insérer dans la vie sociale et professionnelle »

Or la question de l’égalité des chances pose immédiatement le problème de la contradiction


entre l’égalité formelle qui a toujours été assurée par l’école publique (tous les élèves
reçoivent le même enseignement dans les mêmes conditions avec les mêmes moyens) et
l’égalité réelle, qui suppose de compenser les inégalités antérieures et extérieures à l’école -
notamment socioculturelles, ce qui veut dire « favoriser les défavorisés », de préférer l’équité
à l’égalité stricte.

Donc l’enseignant ne peut plus être cet arbitre impartial, ce maître prestigieux qui se pose en
modèle à imiter. Il doit faire des choix, connaître les élèves auxquels il a affaire dans leur
singularité, repérer leurs difficultés d’apprentissage, en chercher les causes pour pouvoir y
remédier, définir des priorités.

Les exigences déontologiques qui s’imposent à lui ne concernent plus que sa propre personne
(être suffisamment cultivé et savant pour pouvoir dispenser un enseignement de qualité, avoir
un comportement irréprochable, une parfaite maîtrise de soi, etc…). Elles concernent aussi et
surtout sa relation aux élèves, à leurs préoccupations, à leur milieu familial et social, aux
urgences entre lesquelles il faut trancher.

Ce qui veut dire qu’il ne lui suffit plus d’être intellectuellement compétent et moralement
respectable, ni d’avoir une personnalité lui conférant une « autorité naturelle » et un «
rayonnement exemplaire »

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Mais, il lui faut également avoir des capacités relationnelles, disposer de techniques de
gestion et de résolution des conflits, et surtout vouloir l’égalité non comme un principe
abstrait, mais comme un combat quotidien nécessitant des outils et des méthodes , car la
bonne volonté ne suffit pas.

Il en va de même pour l’insertion sociale et professionnelle de l’élève. Dans la mesure où il ne


s’agit plus seulement d’une simple socialisation ( apprentissage des règles de base de la vie en
société) couronnée par une éducation morale et civique, mais d’un accès à l’autonomie dans
toutes ses composantes - intellectuelle, mais aussi économique, juridique, politique, sociale,
etc.

- elle suppose que l’enseignement ne se réduise pas à la juxtaposition de disciplines ou de


matières définies comme les éléments d’une « culture générale ».

La société moderne est en constante évolution, l’enseignant est dans l’obligation de se tenir
au courant de cette évolution et de ne pas la rejeter.

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L’éthique

1- Si la morale définit des principes ou des lois générales, l’étique est une disposition
individuelle à agir, selon les vertus afin de rechercher la bonne décision dans une
situation donnée. La morale n’intègre pas les contraintes de la situation. L’éthique,
au contraire n’a pas de sens que dans une situation. La morale ignore la nuance,
elle est binaire. L’éthique admet la discussion, l’argumentation, les paradoxes.

1.1 L’approche de l’éthique professionnelle doit reposer à la fois sur la dimension morale (il
ne peut s’agir d’ignorer les principes) et sur la dimension éthique (quelle décision est la
meilleure dans le cas présent ?) Lorsque cette réflexion devient collective et fait l’objet d’une
formalisation, la démarche devient déontologique, dans un sens large. Si ces règles ont une
valeur pour l’ensemble d’une profession et font l’objet d’une reconnaissance officielle, il
s’agit d’une déontologie au sens restreint.

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2- Déontologie professionnelle

La déontologie renvoie à l’ensemble de principes et règles éthiques (code de déontologie,


charte de déontologie) qui gèrent et guident une activité professionnelle. Ces normes sont
celles qui déterminent les devoirs minimums exigibles professionnels dans l'accomplissement
de leur activité.

2.1.- Code de déontologie

Un code de déontologie régit un mode d'exercice, d'une profession (déontologie


professionnelle), ou d'une activité en vue du respect d'une éthique. C'est un ensemble
de droits et devoirs qui régissent une profession, la conduite de ceux qui l'exercent, les
rapports entre ceux-ci et leurs clients ou le public. Il permet de lutter contre la corruption. 

En effet, la déontologie (du grec deon, -ontos, ce qu'il faut faire, et logos, discours) est la
science morale qui traite des devoirs à remplir.

2.2.- Code de déontologie des enseignant(e)s :

Comme professionnel de l’éducation, l’enseignant place l’intérêt de l’enfant au centre de ses


préoccupations afin de l’aider à devenir un citoyen autonome et solidaire, responsable de son
avenir.

2.2.1.- L’enseignant respecte les droits fondamentaux de l’enfant

 Il favorise l’épanouissement de la personnalité de l’enfant.

 Il met tout en œuvre pour un développement optimal de l’enfant.

 Il contribue à la socialisation de l’enfant et à son intégration au sein de la classe ; il


associe les élèves à l’élaboration des règles nécessaires à la vie commune.

 Il est à l’écoute de l’enfant et des informations le concernant. Il l’assiste si son


intégrité physique ou morale est menacée.

 Il évite toute forme de discrimination.

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 Il se garde de tout fanatisme et prosélytisme

 Il pratique un esprit de tolérance et s’efforce de le communiquer à ses élèves.

2.3. - L’enseignant agit en professionnel de l’éducation

 Il fait preuve de conscience professionnelle en toute occasion.

 Il se tient au courant de l’évolution des idées pédagogiques ; il veille à développer


constamment ses connaissances et compétences.

 Il respecte le devoir de réserve ou le secret de fonction lié à la profession.

 Il manifeste curiosité intellectuelle et ouverture au monde.

 Il sait se mettre en question ; il pratique son auto-évaluation.

 Il soutient les options pédagogiques de son association professionnelle.

 Il fait preuve de sens critique, d’autonomie, et sait prendre ses responsabilités.

 Il recherche un avis ou une aide extérieure s’il se trouve en difficulté.

 Il intervient auprès d’un collègue qui ne respecterait pas les règles d’éthique ou de
tout autre membre des personnels de l’école qui nuirait aux intérêts de l’enfant. Il
refuse la « loi du silence ».

2.4. - L’enseignant contribue à créer un esprit de collégialité au sein de son


établissement

 Il travaille à la construction d’une collaboration avec les collègues et les autres


intervenants de l’école.

 Il participe à l’élaboration des règles de son établissement et contribue à les faire


respecter.

 Il tient compte avec objectivité des points de vue et des compétences de ses collègues.

 Il respecte le travail de ses collègues et évite de rendre publiques d’éventuelles


divergences.

 Il participe à la défense des collègues injustement accusés.

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 Il soutient les collègues en difficulté ; il participe activement à la recherche de
solutions.

2.5.- L’enseignant collabore le plus étroitement possible avec les parents

 Il se garde de toute forme de discrimination en rapport avec la nationalité,


l’appartenance ethnique, le niveau social, la religion, les opinions politiques,
l’infirmité, la maladie.

 Il seconde les parents dans leur tâche éducative.

 Il est à l’écoute des parents et s’efforce de maintenir le dialogue.

 Il expose clairement ses objectifs pédagogiques et sait au besoin les adapter aux
situations particulières de l’enfant.

 Il n’abuse pas du pouvoir que lui confère sa profession.

2.6.- L’enseignant défend l’école publique en tant qu’institution démocratique

 Il s’efforce de donner une image objective de l’école.

 Il contribue à la mise en valeur de la profession enseignante.

 Il soutient l’élaboration et l’adoption de projets susceptibles d’amener une


amélioration dans l’éducation.

 Il s’efforce de corriger les inégalités de chances de réussite scolaire des élèves.

 L’enseignant s’efforce de respecter le présent Code de déontologie.

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