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Héros

Wiener Symphoniker
Lundi 4 juin 2018 – 20h30

GRANDE SALLE PIERRE BOULEZ – PHILHARMONIE


PROGRAMME

Richard Strauss
Don Quichotte

ENTR ACTE

Richard Strauss
Ein Heldenleben (Une vie de héros)

Wiener Symphoniker
Philippe Jordan, direction
Gautier Capuçon, violoncelle
Herbert Müller, alto
Anton Sorokow, Konzertmeister

FIN DU CONCERT VERS 22H30.

Avec le concours des taxis G7


LES ŒUVRES

Richard Strauss (1864-1949)


Don Quichotte, variations fantastiques sur un thème chevaleresque
op. 35

Introduction : « Don Quichotte perd la raison en lisant des romans de chevalerie ; il


décide de partir lui-même en campagne »
Thème : « Don Quichotte, le Chevalier à la Triste Figure, et son écuyer Sancho
Pança »
Variation I : « Sortie à cheval de l’étrange couple sous la bannière de la belle
Dulcinée del Toboso, et aventure avec les moulins à vent »
Variation II : « Combat victorieux contre les armées de l’empereur Alifanfaron (com-
bat contre le troupeau de moutons) »
Variation III : « Dialogue entre le Chevalier et son écuyer : revendications, questions
et proverbes de Sancho ; conseils, apaisements et promesses de Don Quichotte »
Variation IV : « Mésaventure avec une procession de pénitents »
Variation V : « Veillée d’armes de Don Quichotte ; doux épanchements à la pensée
de la lointaine Dulcinée »
Variation VI : « Rencontre avec une paysanne que Sancho décrit à son maître comme
une métamorphose de Dulcinée »
Variation VII : « Chevauchée dans les airs »
Variation VIII : « Malheureuse traversée sur la barque enchantée (rythme de
barcarolle) »
Variation IX : « Combat contre de prétendus magiciens, deux moines bénédictins
montés sur leurs mules »
Variation X : « Grand combat singulier contre le Chevalier de la Blanche Lune. Don
Quichotte, terrassé, fait son adieu aux armes, décidant de devenir berger et de
rentrer chez lui »
Finale : « Revenu à la sagesse, Don Quichotte vit ses derniers jours dans la contem-
plation ; sa mort »

Composition : 1896-1897.
Création : le 8 mars 1898 à Cologne, par l’Orchestre du Gürzenich, sous la direction
de Franz Wüllner, avec Friedrich Grützmacher au violoncelle solo.
Publication : 1898, Joseph Aibl Verlag, Munich.
Effectif : piccolo, 2 flûtes, 2 hautbois, cor anglais, 2 clarinettes, clarinette basse,

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3 bassons, contrebasson – 6 cors, 3 trompettes, 3 trombones, tuba ténor (= eupho-
nium), tuba – timbales, grosse caisse, caisse claire, cymbales, triangle, machine à
vent – harpe – cordes – alto solo, violoncelle solo.
Durée : environ 41 minutes.

Composé peu après Ainsi parlait Zarathoustra, qui tirait son inspira-
tion d’un ouvrage quasi-contemporain, le poème symphonique Don
Quichotte prend pour thème un livre considérablement plus ancien, le
fameux roman de Cervantès L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la
Manche, écrit au tout début du xviie siècle. Le précédent était volontiers
grave, en tous cas sérieux ; celui-ci, comme Till Eulenspiegel, créé en
1895, s’échappe de bon cœur vers la vivacité et l’humour (reflétant ainsi
la veine comique de l’œuvre originelle), sans pour autant évacuer du
tableau un véritable lyrisme et une émotion sincère ; il y joint un théma-
tisme foisonnant dans ses transformations, un sens aigu de l’orchestration
et de ses effets ainsi qu’un langage par moments très novateur. Moins
philosophique que Zarathoustra, cet Opus 35 se réclame dans une
certaine mesure du théâtre, mettant en scène des héros en chair et en
os (comme le faisait déjà Till) : Don Quichotte le fou et Sancho Pança le
paysan essentiellement, mais aussi les personnages qu’ils rencontrent
au cours de leurs pérégrinations.

Soucieux de donner à chacun de ses « sujets » la forme qui leur est la plus
adaptée, Strauss choisit pour Don Quichotte de recourir à la variation :
chacune des aventures du Chevalier à la Triste Figure et de son écuyer
fait ainsi l’objet d’une partie propre. Une vie de héros, que Strauss consi-
dérait comme le pendant de l’Opus 35, adoptera une organisation en
partie comparable au travers de cette idée de la variation de caractère.
Le compositeur réorganise les chapitres qu’il choisit d’extraire du roman
en dix « moments », précédés d’une introduction et d’un thème, et suivis
d’un Finale réconciliateur.

Souriant, le début enchaîne et superpose de petits éléments tout en


mettant en valeur, tour à tour, divers timbres orchestraux ; pensé comme
un « « courant de conscience » prérécapitulatif, une genèse » (Marcel
Chion), il se complexifie et s’anime peu à peu. Il débouche sur le Thème,
qui présente d’abord Don Quichotte, avec ses deux thèmes donnés au

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violoncelle solo, puis Sancho Pança, un peu balourd (clarinette basse et
tuba ténor en une danse parodique) et volontiers bavard (alto solo et flûte
rapides). Ce sont ces éléments que combine la décidée Variation I, en
leur adjoignant un nouveau thème lyrique, noté « ausdrucksvoll » (plein
d’expression) aux flûtes, hautbois et violons.

La Variation II, de forme ABA, entoure d’une écriture énergique, carac-


téristique du Strauss victorieux, un passage très moderne où l’on entend
les bêlements des moutons apeurés et une mélodie d’allure populaire qui
ressemble à un ranz des vaches, le chant traditionnel des vachers suisses.
La Variation III, dialogue entre Don Quichotte et Sancho Pança, s’enivre
de la « vision d’un monde idéal » (comme l’on nomme traditionnellement
ce thème) dans une orchestration chaude de cordes avec des touches
scintillantes de petites cloches et de harpe. Après un accord de fa dièse
majeur commence la Variation IV, sévère et parodiant le style religieux
avec un pseudo-choral aux vents ; la Variation IX, avec son fugato de
bassons dépeignant les moines, lui fera écho.

La cinquième variation chante Dulcinée par la voix du violoncelle plaintif


en récitatif, bientôt bercé du souffle des vents, de la harpe et des vio-
lons ; la sixième est ridicule avec son sautillement paysan, la septième
effrayante et macabre, avec quelques effets orchestraux frappants où
Strauss excelle (Flatterzunge des flûtes, vagues de harpe, élan des vents,
utilisation de l’éoliphone), la huitième voit le naufrage (pizzicati mis à nu)
des héros. La Variation X est d’abord l’occasion d’un énorme tutti sur le
premier thème de Don Quichotte ; puis la timbale vient scander la défaite
contre le Chevalier de la Blanche Lune, et tout se ralentit, pour mener au
Finale, qui envisage la fin dans le calme et le recueillement. Le violoncelle
solo, apaisé, simplifié rythmiquement, exprime le renoncement de Don
Quichotte (qui rejoint par là un certain nombre de héros straussiens, tels
Zarathoustra ou le Héros) ; il finit par véritablement disparaître, juste avant
la cadence finale en ré majeur.

Angèle Leroy

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Ein Heldenleben (Une vie de héros), poème symphonique op. 40

Der Held [Le héros] – Des Helden Widersacher [Les adversaires du héros] – Des


Helden Gefährtin [La compagne du héros] – Des Helden Walstatt [La bataille du
héros] – Des Helden Friedenswerke [Les œuvres de paix du héros] – Des Helden
Weltflucht und Vollendung [La retraite du héros et l’accomplissement].

Composition : 1897-1898.
Création : le 3 mars 1899, à Francfort-sur-le-Main, sous la direction du compositeur.
Effectif : piccolo, 3 flûtes, 4 hautbois (dont cor anglais), clarinette en mi bémol,
2 clarinettes en si bémol, clarinette basse, 3 bassons, contrebasson – 8 cors,
5 trompettes, 3 trombones, tuba ténor, tuba basse – timbales, grosse
caisse, cymbales, petit tambour militaire, grosse caisse roulante, tam-tam,
triangle – 2 harpes – cordes.
Durée : environ 40 minutes.

Avec Une vie de héros, composée quelque dix ans après Don Juan,
Strauss prend congé du poème symphonique (Tondichtung), un sillon qu’il
a creusé avec enthousiasme pendant ces quelques années : voici l’une de
ses dernières « gammes » (mais quelles gammes !) avant d’aborder l’opéra
si désiré, frôlé déjà – mais non étreint – avec Guntram en 1894. Depuis
Don Juan ou Macbeth, l’orchestre s’est étoffé (Une vie de héros, comme
ses deux cadettes symphoniques, la Sinfonia domestica de 1904 et Une
symphonie alpestre en 1915, utilise l’orchestre « par quatre »), les durées
se sont allongées (ici, trois quarts d’heure) ; mais surtout, la polyphonie
s’est développée et certains jeux de mélodies polytonales distendent à
l’extrême l’harmonie fonctionnelle, préfigurant les opéras du début du
siècle (Salomé ou Elektra). Cette « audace harmonique à faire dresser les
cheveux sur la tête » a fortement marqué Dukas, qui note dans la Revue
hebdomadaire en 1900 : « On n’avait rien osé de pareil avant M. Strauss
et M. Strauss lui-même n’avait encore rien écrit de si hardi ».

Une vie de héros : nombre de musicologues, s’appuyant sur les multiples


autocitations de la cinquième partie de l’œuvre (« Les œuvres de paix du
héros »), ont identifié Strauss lui-même au héros, considérant la partition
comme une autobiographie musicale. Cependant, si autobiographie il y a,
celle-ci ne peut être que fictive (contrairement à la Sinfonia domestica, qui

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trace, comme son nom le suggère, « un portrait familial et un autoportrait
symphoniques ») : cette intériorité qui s’exprime dans son combat contre
le monde – l’œuvre devait s’appeler Héros et monde – peut bien prendre
parfois les traits du compositeur, elle n’est pas le compositeur lui-même.
Si Strauss, dans ses notes, parle en général de « héros », il utilise aussi
parfois, de façon symptomatique, le terme bien plus distancié de « force
héroïque ». En fait, en tant qu’expression parfois fantasmatique d’un
« moi », l’œuvre rejoint ce que Liszt nommait « épopée philosophique »
et n’est finalement pas si éloignée, par exemple, des symphonies de
Mahler qui lui sont contemporaines…

Les trois premiers « mouvements » (il s’agit là de mouvements enchaînés,


unis par une profonde communauté thématique) présentent les protago-
nistes, en commençant, comme il se doit, par « le héros » : thème large de
cors et de cordes dans un mi bémol majeur héroïque hérité de Beethoven,
dont la courbe emplie d’élan n’est pas sans rappeler le premier thème
de Don Juan. Deux autres mélodies lui sont bientôt adjointes et leurs
combinaisons forment la matière sonore de cette première partie toute de
vigueur et d’extériorité. Le Scherzo ricanant des « adversaires du héros »
met fin à l’héroïsme : sonorités aigres de flûte, de piccolo ou de hautbois,
grognements des tubas, mélodie hachée de sauts malaisés, polyrythmie
bancale. Le héros d’abord mis à mal (sonorités mineures, contrechant
plaintif) finit par triompher des caquètements ; son thème de fanfare,
issu du mouvement précédent, retentit avant de laisser la place au violon
solo, voix de « la compagne du héros » (inspirée de Pauline, la femme du
compositeur), tour à tour languissante, espiègle, sentimentale, joueuse,
aimable ou frénétique, comme l’indique la partition. À la pyrotechnie
violonistique (accords, polyphonie, balayages, groupes-fusées…) répond
un orchestre à l’éclat plus mat, débarrassé des vents aigus, puis un grand
Adagio lyrique réunit soliste et orchestre dans un écrin sonore chatoyant.

Un lointain rappel du thème des adversaires fait basculer l’œuvre dans sa


seconde partie et une fanfare venant de l’arrière-scène lance « la bataille
du héros », où Strauss fait preuve de tout son génie orchestral : sonorités
colorées (batterie, vents aigus, modes de jeu des cordes), superpositions
rythmiques complexes, thèmes fondus ou au contraire violemment oppo-
sés (on croirait presque, par moments, les collages d’un Stravinski dans

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Petrouchka). Un passage d’un lyrisme exalté mène aux « œuvres de paix
du héros », qui ne sont autres… que les œuvres précédentes de Strauss
lui-même : Don Juan, Macbeth, Zarathoustra, Mort et transfiguration, Don
Quichotte, mais aussi Guntram et le lied Traum durch die Dämmerung
forment les pièces d’un « catalogue » (Antoine Goléa) ultra-savant d’au�-
tocitations. La citation de Mort et transfiguration qui achève les Quatre
Derniers Lieder sera bien plus simple, mais bien plus émouvante aussi.
Quelques brutaux sursauts de violence viennent encore déchirer les der-
nières pages, mais c’est bien vers un apaisement que mène « la retraite
du héros et l’accomplissement » : temps étal, sonorités pures, émotion
profonde. Comme pour bien des héros straussiens, la solution se trouve
dans le renoncement, ici non pas à la vie (c’était le cas de Don Juan, de
Macbeth, de l’homme malade de Mort et transfiguration, de Till ou de
Don Quichotte), mais au monde : comme Zarathoustra s’abandonne à la
nuit, le héros se retire dans le monde du rêve. Trois fins éthérées (Mort et
transfiguration, Ainsi parlait Zarathoustra, Une vie de héros) auxquelles
répondra, un demi-siècle plus tard, celle des Quatre Derniers Lieder, qui
elle aussi murmure avec soulagement la fin de l’errance.

Angèle Leroy

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LE SAVIEZ-VOUS ?

Le poème symphonique

Comme le terme le laisse deviner, le poème symphonique s’inspire d’une


source extra-musicale (picturale, historique, le plus souvent littéraire).
Liszt lui donne une impulsion décisive en inventant le terme de sympho-
nische Dichtung, (« poème symphonique ») en 1848. Dans certains cas, la
musique transpose une action dramatique (Les Djinns de Franck d’après
le poème de Victor Hugo, Till l’espiègle de Strauss). Elle peut aussi sug-
gérer une trajectoire spatiale et temporelle dépourvue d’« intrigue » (les
Fontaines de Rome de Respighi, qui évoquent une journée dans la Ville
éternelle, de l’aube au crépuscule) ou brosser le portrait psychologique
d’un personnage (Hamlet et Orpheus de Liszt). Dans les pays qui luttent
pour leur indépendance, le poème symphonique participe à l’affirmation
de l’identité nationale (Ma vlast de Smetana, les partitions de Sibelius
inspirées par le Kalevala). Toutefois, il est rarement possible d’identifier
son sujet à la seule écoute, sans connaître ni le titre de la partition ni
les intentions du compositeur. Généralement en un seul mouvement de
forme libre, il coïncide exceptionnellement avec une structure prééta-
blie (par exemple, la forme « thème et variations » dans Don Quixote
de Strauss). Dans la musique contemporaine, de nombreuses œuvres
s’inspirent de sources extra-musicales mais n’emploient pas le terme de
poème symphonique, peut-être en raison de sa connotation postroman-
tique. En 1962, Ligeti avait d’ailleurs tourné le genre en dérision, avec
son Poème symphonique pour 100 métronomes !

Hélène Cao

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LE COMPOSITEUR

Richard Strauss héros (1898). Le tournant du siècle


Enfant prodige, fils d’un excellent apporte deux inflexions fondamentales
corniste, Richard Strauss découvre dans la carrière de Richard Strauss : il
la musique par l’étude des classi- délaisse la forme du poème sympho-
ques allemands. Il pratique le piano nique pour se consacrer à l’opéra, et il
à quatre ans, compose ses premières fonde, avec d’autres artistes, la première
œuvres à six, apprend le violon à huit société protégeant les droits d’auteur
et entame avant l’adolescence des des compositeurs allemands. Entre
cours de composition. C’est son père 1903 et 1905, il œuvre à son opéra
qui l’influence le plus durant ses jeunes Salomé, tiré de la pièce de théâtre
années, son conservatisme l’incitant à d’Oscar Wilde, elle-même inspirée par
se plonger dans la musique de Mozart, Gustave Flaubert. Ce chef-d’œuvre
Haydn, Beethoven et Schubert plutôt fait scandale lors de sa création, mais
que dans celle de Wagner. Au cours de son succès dépasse rapidement les
son apprentissage, il se passionne pour frontières allemandes. Dans la foulée,
la musique orchestrale, qu’il complète il écrit Elektra, qu’il achève en 1908 et
avec des études d’histoire de l’art et de présente au public l’année suivante.
philosophie à l’Université de Munich. À Travailleur infatigable, Strauss maîtrise
Meiningen, sous l’influence d’Alexandre parfaitement la forme orchestrale, qu’il
Ritter, il se passionne enfin pour Wagner déploie avec talent. Le Chevalier à la
et Brahms, que son père abhorre. Cette rose (1911), opéra en trois actes, est un
période munichoise est féconde pour autre immense succès, présenté deux
le jeune musicien : il compose dix- mois après sa première dresdoise à
sept Lieder, une Sonate pour violon la Scala de Milan et l’année suivante
(1888) ; ainsi qu’une œuvre sympho- à Londres et New-York. La Femme
nique, Aus Italien (1887), inspirée sans ombre (1919) est considéré par
par un grand voyage en Italie. Tandis le compositeur comme son « dernier
que ses activités de chef d’orchestre opéra romantique » : imaginée en
se multiplient, il compose plusieurs temps de paix, écrite pendant la guerre
poèmes symphoniques qui, peu à et jouée après la signature du traité de
peu, renforcent sa réputation : Mort et Versailles, cette œuvre marque un tour-
transfiguration (1889), Macbeth (1891), nant dans la vie créatrice de Strauss. Il
Till Eulenspiegel (1894-95), Ainsi parlait s’installe à Vienne et prend la direc-
Zarathoustra (d’après Nietzsche, 1896), tion de l’Opéra d’État, qu’il occupe
Don Quichotte (1897) et Une vie de jusqu’en 1924, emmène l’Orchestre

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Philharmonique de Vienne en tournée responsables, ce qui lui permet d’in-
en Amérique du Sud, et dirige des tervenir en faveur de sa belle-fille et de
orchestres aux États-Unis. Ses relations ses petits-enfants lorsque ceux-ci sont
avec le régime nazi ont longtemps été arrêtés. En 1944, du fait de l’intensifi-
source de polémique. Strauss accepte cation de la guerre, la première de son
de présider la Chambre de la musique opéra L’Amour de Danaé est annulée
du Reich (Reichsmusikkammer) en 1933 sur ordre de Goebbels (l’ouvrage ne
ainsi que de composer l’hymne des Jeux sera créé qu’en 1952). Après la guerre,
Olympiques de 1936. Néanmoins, il Strauss comparaît lors des procès de
s’attire les foudres du régime lorsqu’il dénazification ; de nombreux artistes
demande à Stefan Zweig d’écrire le livret témoignent en sa faveur. Strauss est
de son opéra La Femme silencieuse, blanchi de toute collaboration. Dans un
créé à Dresde en 1935 avant d’être retiré dernier élan créatif, il écrit ses Vier letzte
de l’affiche. Son conflit avec les nazis Lieder (« Quatre derniers lieder », 1948)
se renforce lorsque ceux-ci apprennent avant de s’éteindre des suites d’une crise
que sa belle-fille, Alice, est juive. Il garde cardiaque, le 8 septembre 1949.
néanmoins des contacts avec des

LES INTERPRÈTES
Philippe Jordan Scala de Milan, le Bayerische Staatsoper
Directeur musical de l’Opéra national de de Munich, les Festivals de Bayreuth,
Paris depuis 2009 et Directeur musical de Glyndebourne, de Salzbourg, d’Aix-
des Wiener Symphoniker depuis 2014, en-Provence. En concer t, Philippe
Philippe Jordan a été nommé Directeur Jordan a dirigé, entre autres, les
musical du Wiener Staatsoper à partir Berliner Philharmoniker, le Philharmonia
de la saison 2020-2021. Il a été assis- Orchestra de Londres, l’Orchestre de
tant de Daniel Barenboim au Deutsche Chicago, l’Orchestre de Cleveland,
Staatsoper de Berlin et, de 2001 à 2004, l’Orchestre de Philadelphie, le National
Directeur musical de l’Opéra de Graz. Il Symphony de Washington, l’Orchestre
dirige dans les plus importants théâtres Philharmonique de New York, les
et festivals, comme le Semperoper de Wiener Philharmoniker, la Staatskapelle
Dresde, le Royal Opera House Covent de Berlin, le NDR Hamburg, le DSO
Garden de Londres, l’Opéra de Zurich, Berlin, l’Accademia Nazionale di Santa
le Wiener Staatsoper, le Metropolitan Cecilia, l’Orchestre Philharmonique
Opera de New York, le Théâtre de La de Radio France, l’Orchestre Gustav
Monnaie de Bruxelles, le Teatro alla Mahler des Jeunes, le Tonhalle de

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Zurich. Cette saison, il dirige à l’Opéra Muller, puis à Vienne avec Heinrich
national de Paris les nouvelles produc- Schiff. Il reçoit des premiers prix dans
tions de Don Carlos, Benvenuto Cellini, plusieurs concours internationaux,
Parsifal, l’intégrale des symphonies de y compris le premier Grand Prix du
Tchaïkovski, ainsi que Die Meistersinger Concours international André Navarra
von Nürnberg au Festival de Bayreuth. à Toulouse. En 2001, il est élu Nouveau
La saison prochaine, il dirigera Der Talent de l’année par les Victoires de
Ring des Nibelungen au Metropolitan la musique classiques. Durant la saison
Opera de New York. Avec l’Orchestre 2017-2018, Gautier Capuçon se produit
de l’Opéra national de Paris, il a enre- en soliste au cours de nombreuses
gistré Pelléas et Mélisande (DVD Naïve), tournées, en Europe, avec l’Orchestre
Eine Alpensinfonie de Richard Strauss de Chambre de Paris, l’Orchestre
(Naïve Records), le Requiem de Verdi, Symphonique de Vienne (sous la
des extraits symphoniques du Ring des direction de Philippe Jordan) et l’Or-
Nibelungen, un CD Debussy/Stravinski/ chestre des Jeunes Gustav Mahler ; aux
Ravel, Daphnis et Chloé et La Valse de États-Unis, avec le Royal Philharmonic
Ravel (Victoire de la Musique Classique Orchestra (Charles Dutoit) et l’Or-
2016) et un CD Moussorgski/Prokofiev chestre du Centre National des Arts de
chez Erato/Warner Classics, Moses und Pékin ; en Asie, avec le Frankfurt Radio
Aron (DVD BelAir Classics), l’intégrale Symphony (Andrés Orozco-Estrada).
des symphonies de Beethoven et Così Parmi les points forts de sa saison, il
fan tutte (DVD Arthaus Musik). Il a égale- retrouve l’Orchestre du Gewandhaus
ment enregistré les Symphonies no 7 et de Leipzig (Herbert Blomstedt), le
n o 8 de Schubert et les Symphonies Philharmonique de Vienne (Semyon
no 1 et no 3 de Beethoven (début d’une Bychkov), l’Orchestre Symphonique
nouvelle intégrale) avec les Wiener de San Francisco (Stéphane Denève),
Symphoniker. Il a été nommé « Artiste l’O r c he s t r e Sy m p ho ni q ue d e la
de l’année 2013 » par le magazine Ville de Birmingham (CBSO) (Mirga
Classica pour ses enregistrements Gražinytė-Tyla) et le Philharmonia de
avec l’Orchestre de l’Opéra national Londres (Paavo Järvi). Il joue sous la
de Paris et meilleur chef d’orchestre baguette des plus grands chefs, parmi
aux International Opera Awards 2017. lesquels Lionel Bringuier, Myung-Whun
Chung, Gustavo Dudamel, Christoph
Gautier Capuçon Eschenbach, Valery Gergiev, Bernard
Gautier Capuçon commence l’étude du Haitink, Andris Nelsons, Yannick Nézet-
violoncelle à 4 ans et demi, et étudie Séguin, Tugan Sokhiev… Il collabore
avec Annie Zakine-Cochet, Philippe avec de nombreux compositeurs

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d’aujourd’hui. Cette saison, il sera Herbert Müller
en récital à Carnegie Hall avec Daniil Né à Vienne en 1957, Herbert Müller
Trifonov, et en tournée avec son parte- a poursuivi ses études musicales au
naire Jérôme Ducros, à l’occasion de la Conser vatoire de Vienne. Il a été
sortie de leur album Intuition, ainsi qu’au pendant deux ans étudiant en troi-
Festival de Verbier avec Lisa Batiashvili, sième cycle de Siegfried Führlinger à
Christoph Eschenbach, Janine Jansen, la Haute École de musique de Vienne
Leonidas Kavakos, Yuja Wang et Tabea (aujourd’hui Universität für Musik und
Zimmermann. Il a pour partenaires de darstellende Kunst). Depuis 1980, il
musique de chambre Nicholas Angelich, est membre des Wiener Symphoniker,
Martha Argerich, Daniel Barenboim, Yuri formation dont il est le premier alto
Bashmet, Frank Braley, Gérard Caussé, solo depuis 1986. Il s’est produit de
Michel Dalberto, Hélène Grimaud, nombreuses fois en tant que soliste avec
Katia et Marielle Labèque, Angelika l’Orchestre sous la direction de Rafael
Kirchschlager, Gabriela Montero, Frühbeck de Burgos, Leopold Hager,
Viktoria Mullova, Mikhaïl Pletnev, Ulf Schirmer, Peter Gülke, Fabio Luisi et
Stephen Kovacevich, Menahem Pressler, Philippe Jordan. Il a été souvent invité en
Vadim Repin, Jean-Yves Thibaudet, tant que soliste en Pologne (Wieniawski-
Maxim Vengerov, Nikolaj Znaider, les Philharmonie Lublin), en Égypte, en
Quatuors Artemiset Ébène, ainsi que Ukraine, au Portugal (Orchestre de la
son frère Renaud. Gautier Capuçon Fondation Gulbenkian sous la direc-
enregistre en exclusivité pour Erato, tion de Lawrence Foster), en Espagne
et nombre de ses disques ont été (Orquesta de Valencia, Y. Traub) et au
multi-­récompensés et salués par la Japon (Nippon Symphony, T. Nitta). En
critique. Parmi ses dernières parutions, tant que membre du comité d’admi-
citons les concertos de Chostakovitch nistration de l’Orchestre, il a négocié
avec l’Orches­t re Mariinsky et Valery un nouveau contrat de service pour
Gergiev, le Quintette de Schuber t les membres de l’orchestre. Dans le
avec le Quatuor Ébène et l’intégrale domaine de la musique de chambre,
des sonates de Beethoven avec Frank il a travaillé de nombreuses années
Braley, l’album Intuition avec Jérôme avec le Quatuor Glinka-Arenkow et
Ducros, l’Orchestre de Chambre de l’Ensemble Vienna Concertina (avec le
Paris et Douglas Boyd. En 2014, Gautier premier violon Ulf Wallin), en cultivant
Capuçon a créé la classe d’excellence de des effectifs allant du trio à l’octuor.
violoncelle de la Fondation Louis Vuitton Avec cet ensemble, il s’est produit
à Paris. Il joue un Matteo Goffriller dans différents festivals autrichiens et
de 1701. internationaux (Bregenzer Festspiele,

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Engadiner Musikwochen, Wallonie- Oswald Kabasta, George Szell ou
Festival, etc.) et a entrepris des tournées encore Hans Knapper tsbusch qui,
dans de nombreux pays européens et chacun, a laissé sa marque. Par la suite,
aux États-Unis. Depuis plusieurs années, les chefs titulaires Herbert von Karajan
il est régulièrement invité comme cham- (1950-1960) et Wolfgang Sawallisch
briste à Tokyo; c’est dans ce cadre que (1960-1970) ont su façonner plus encore
plusieurs enregistrements CD ont vu la sonorité de l’ensemble. Après un bref
le jour. Depuis 1994, il dirige sa propre retour de Josef Krips, le poste de chef
classe d’alto à l’Université privée de titulaire a été occupé par Carlo Maria
Vienne (MUK). Giulini et Gennadij Roshdestvenskij.
Georges Prêtre a été chef titulaire
Wiener Symphoniker de 1986 à 1991 ; Rafael Frühbeck de
Ambassadeurs culturels de la ville de Burgos, Vladimir Fedoseyev et Fabio
Vienne, les Wiener Symphoniker se Luisi ont ensuite tenu les rênes de l’or-
taillent la part du lion dans l’activité chestre. On n ­ ’oubliera pas le succès
symphonique qui compose la vie musi- de chefs invités aussi prestigieux que
cale de la capitale autrichienne. Doté Leonard Bernstein, Lorin Maazel, Zubin
d’une programmation variée, l’orchestre Mehta, Claudio Abbado et Sergiu
sait favoriser les projets novateurs tout Celibidache. Le jeune chef suisse
en défendant activement les grandes Philippe Jordan a pris les fonctions
traditions musicales viennoises. C’est en de directeur musical de l’orchestre au
octobre 1900 que le tout jeune Wiener début de la saison 2014-2015, ouvrant
Concertverein, tel qu’il s’appelait alors, une nouvelle ère pour les Wiener
offrit son premier concert public au Symphoniker. Sous son impulsion, la
Musikverein de Vienne avec Ferdinand programmation de l’orchestre s’arti-
Löwe à la baguette. Depuis, les Wiener cule autour d’œuvres contemporaines
Symphoniker se sont vu confier la créa- et de grands compositeurs, avec la
tion d’œuvres devenues aujourd’hui des collaboration d’artistes en résidence
incontournables du répertoire comme et avec un engagement fort en matière
la Neuvième Symphonie ­d ’Anton d’éducation musicale. Chaque saison,
Bruckner, les Gurre Lieder d’Arnold les Wiener Symphoniker offrent plus
Schoenberg, le Concerto pour la main de cent cinquante concerts et repré-
gauche de Maurice Ravel ou Le Livre aux sentations d’opéra, la plupart dans
sept sceaux de Franz Schmidt. Au cours le Musikverein et le Konzerthaus, les
de son histoire, l’orchestre a été dirigé deux grandes salles viennoises. À cela
par des personnalités tels Bruno Walter, s’ajoute un calendrier de tournées des
Richard Strauss, Wilhelm Furtwängler, plus fournis. Depuis 1946, l­’orchestre est

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en résidence au Festival de Bregenz, où Violons I
il interprète l’essentiel des programmes Stephan Achenbach
symphoniques et d’opéra. Début 2006, Christian Birnbaum
il a su relever un nouveau défi à l’occa­ Monika Buineviciute
sion de la réouverture du Theater an der Maximilian Dobrovich
Wien dont il s’est vu confier depuis un Roxana Dura
nombre significatif de productions. Franz Michael Fischer
Nicolas Geremus
Peter-Michael Grosch
Christian Kallinger
Directeur musical Dorice Köstenberger
Philippe Jordan Martin Lehnfeld
Nikolay Orininskiy
Chefs honoraires Edwin Prochart
Georges Prêtre † Eva-Maria Reisinger
Wolfgang Sawallisch † Ge Song
Caroline Sigwald
Chef invité permanent Birgit Zalodek
Lahav Shani
Violons II
Permanents
Thorwald Almassy
Konzertmeisters Dominika Falger
Premiers Konzertmeisters
Jan Pospichal Assistants permanents
Anton Sorokow* Libor Meisl
Florian Zwiauer Elżbieta Szymańska-Čonka

Troisième Konzertmeister Ioanna Apostolakos


Guillermo Büchler Christian Blasl
Oliver Breuer
Quatrième Konzertmeister Matthias Honeck
Alexander Burggasser Christian Knaus
Elena Kodin
Alexandra Koll
Helmut Lackinger
Mariam Margaryan

16
Stefan Pöchhacker Maria Grün
Wolfgang Schuchbaur Michael Günther
Maiko Seyama Zsófia Günther-Mészáros
Agata Sikorska Andreas Pokorny
Renate Turon Christian Schulz
Gerald Wilfinger Peter Siakala
Alexandra Ströcker
Altos Romed Wieser
Permanents
Johannes Flieder Contrebasses
Herbert Müller Permanents
Ivan Kitanović
Assistants permanents Ernst Weissensteiner
Roman Bernhart
Vera Reigersberg Assistant permanent
Michael Buchmann Hermann Eisterer
Werner Frank
Gerhard Kanzian Werner Fleischmann
Christian Kaufmann Ivaylo Iordanov
Karl-Heinz Krumpöck Martin Kabas
Christian Ladurner Dragan Lončina
Franz Moschner Christian Roscheck
Wolfgang Prochaska Andreas Sohm
Paul Rabeck Helmut Stockhammer
Roland Roniger Hans-Joachim Tinnefeld
Ulrich Schönauer
Isabella Stepanek Flûtes
Permanent
Violoncelles Erwin Klambauer
E.S. 1-1083294, 1-1041550, 2-1041546, 3-1041547 - Imprimeur : IMPRO

Permanents
Christoph Stradner Assistants permanents
Michael Vogt** Alexandra Uhlig
Esther Gisler-Auch
Assistants permanents Simona Pittau
Attila Székely
Erik Umenhoffer*
György Bognár

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Hautbois Deuxième cor
Permanents Georg Sonnleitner
Ines Galler Gergely Sugár
Paul Kaiser
Troisième cor
Assistant permanent Josef Eder
Stefanie Gansch Markus Obmann

Thomas Machtinger Quatrième cor


Peter Schreiber Elmar Eisner
Eric Kushner
Clarinettes
Permanents Trompettes
Gerald Pachinger Permanents
Reinhard Wieser Andreas Gruber
Rainer Küblböck
Assistant permanent
Alexander Neubauer Assistants permanents
Heinrich Bruckner
Manuel Gangl Christian Löw
Martin Rainer
Trombones
Bassons Permanents
Permanents Otmar Gaiswinkler
Richard Galler Walter Voglmayr
Patrick De Ritis
Assistant permanent
Assistant permanent Martin Riener
Robert Gillinger
Reinhard Hofbauer
Wolfgang Kuttner Wolfgang Pfistermüller
Ryo Yoshimura
Tuba
Cors Franz Winkler
Permanent
Peter Dorfmayr Harpe
Volker Kempf

18
Timbales
Dieter Seiler
Michael Vladar

Percussions
Timbalier assistant
Thomas Schindl

Martin Kerschbaum
Friedrich Philipp-Pesendorfer

Les Wiener Symphoniker tiennent à


remercier les collections suivantes pour
le prêt d’instruments :
* Banque Nationale d’Autriche
** Fondation privée Angelika Prokopp

Partenaire de la Philharmonie de Paris

MET À VOTRE DISPOSITION SES TAXIS POUR FACILITER VOTRE RETOUR


À LA SORTIE DES CONCERTS DU SOIR.
Le montant de la course est établi suivant indication du compteur et selon le tarif préfectoral en vigueur.

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P H I L H A R M O N I E D E PA R I S
SAISON 2018-19

Orchestres
internationaux.
ORCHESTRE DE PARIS / DANIEL HARDING
STAATSKAPELLE BERLIN / DANIEL BARENBOIM
BOSTON SYMPHONY ORCHESTRA / ANDRIS NELSONS
ORCHESTRE DU MARIINSKY / VALERY GERGIEV
LONDON SYMPHONY ORCHESTRA / SIMON RATTLE /
FRANÇOIS -XAVIER ROTH / BERNAND HAITINK
GEWANDHAUSORCHESTER LEIPZIG / ANDRIS NELSONS
FILARMONICA DELLA SCALA / RICCARDO CHAILLY
BERLINER PHILHARMONIKER / YANNICK NÉZET-SÉGUIN
ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL / KENT NAGANO

AVEC LE SOUTIEN DE LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE


Photo : © Ava du Parc

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01 44 84 44 84 - PHILHARMONIEDEPARIS.FR

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