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ANNEXE VIII Jean NICOD, La géométrie dans le monde sensible, Paris, PUF, 1962, p.81-92. CHAPITRE PREMIER SUCCESSION ET RESSEMBLANCE GLOBALE (données d'un sens externe quelconque) Limitons-nous Gabord au cas d'une géométrie ré duite aux. propriétés ordre d'une ligne. Cest 1a reprendre, mais dans un esprit tout différent, un petit probleme’ dont M. Bergson formule Ténoncé en ces termes: <...Imaginons une ligne droite indéfinie et sur cette ligne un point matériel A qui se déplace. Si ce point prenait conscience de lui-meme, il se sentiait Changer puisqu'll se meut il apercevrait une succes: sion ; mais cette succession revetiraitlle pour lui la Forme d'une ligne? » (Données immédiates, p.78). Qu’est-ce que «1a forme d'une 2 question, en effet, n'est pas la meme pour ‘MM, Bergson et pour nous. Qu'est-ce pour nous que la «forme d'une’ ligne »? Cest une. propristé aussi abstraite que complexe, Nous nommons ligne une classe de termes lis par une relation obéissant aux axiomes de Tanalysis. sinus linéaire. Quels termes, 4quelles relations vont satisfaire cette definition, nous wen avons aucune idée ; ou du moins, si Ton ne veut feindre une ignorance aussi complete, si l'on ne consent pas & oublier une certaine image qui vient @elle-méme devant esprit lorsqu’on parle de ligne, cette image nestle qu'un premier exemple de ce ‘quion cherche, auguel les autres, sil y en a, ne sont jas tenus de’ ressembler. Nous ne saurions done miter en aucune manitre la nature des éléments et des relations qui forment une ligne au sens de Vanalyse ; dans la nature sensible, nous recherchons Tobéissance aux axiomes de lordre linéaire, et non ppas un certain aspect qui seul conviendrait une Tigne. "M, Bergson, au contraire, ne recherche que cela. Ine dit pas ce qu'il appelle ligne, mais sa réponse A la question quill s'est posée montre assez le. sens Gquil Iui donnait. Llexpétience du mobile revétirait, Gieil, Ie forme dune ligne « & condition qu'il pat Sélever en quelque sorte au-dessus de la ligne quill parcourt et en apercevoit simultanément plusieurs points juxtaposés». Dou vient cette assertion? De fe que M. Bergson se forme une image tyrannique de Tair que doit avoir une ligne. Il se représente un ensemble d'éléments simultanés offrant. uncertain, ordre original quil nomme juxtaposition ; et voyant que c'est bien 1a une ligne satisfalsant le géometre, il fe songe pas quill peut encore en exister de toutes différentes, formées d'autres éléments et d'autres rapports. La forme dune ligne, c'est pour Tui cette apparence particuliere. S'étant demande si la succes- ton qu'éprouve son mobile conscient revetirait pour lui Ia forme d'une ligne, il se répond alors : oui, sans joute, 4 la condition qu’elle ait cet aspect ou quelle ‘assume grice & quelque illusion. Mais c'est aban- donner la pensée pour limagination ; c'est tomber dans Tarbitraire, Ea forme d'une ligne, ce sera seulement pour nous les lois d'une ligne: et si comme on le verra, ces lois peuvent se rencontrer dans Tordre intuit d'une apprchension instantanée, elles se retrouvent aussi dans d'autres aspects de Texpérience. M. Bergson estime, il est vrai, que ces lois, ot quielles se présentent, ne peuvent éire pensées que ar instrument de cette image particuliére d'une fmulsplicité simultanée quiil nomme V'idée de Tes- pace ; et il parait considerer qu’inversement, un etre uni de cette idée et s'en servant dans ses’ pensées comme d'une espece de tableau noir ne peut manquer de transporter ordre intuitif quelle lui présente a tout ce quill pense par son moyen. Ainsi, lapplica- tion de Ta géométrie a la nature serait contenue en entier dans’ cette seule représentation. Mais la pre~ imisre de ces theses ne concerne pas les lois sensi- bles, mais seulement les moyens mentaux nécessai- res ‘pour les penser. Quant a la. seconde, selon Taguelle Temploi de ces moyens déterminerait ces, lois elles-memes, nous verrons quelle nest pas soutenable (III® Partie, chap. V). Revenons A notze probleme, pris dans le sens général qui vient dre precise. Le mobile qu décrt fe "Groite Ase Sent-changer puisqu'il se. meut Mais cela peat se faire eat motos ols fagons. Le Cheval qui sans tien voir, dre une voiture se sent Changer'en ce quil ¢prouve les deformations de ss membres se cocher autre pars e sent changer 6m gull éprouve la ite continue du paysage enfin, ie voyageur qui jee de temps b autre un Soup der {Nis orate se’sene changer en ce embrae hag fois um nouveau specacle. Leqel de ces trois modes dexperience da dplacementallons-nous hoist Lexperience eu cheval ext formée de don- Ger interns” dont nous falsons aintenan sbsiac- thon, Dautre pat, Texpérience de. voyageur. faite impressions fepues en'des Heax qui Wont ene eux fet en syetomatigue de voisiage, est Uae ma itie wop_décousue Torsgu'on ne veut ten comple Ge des relations de succession et de fessemblanee ovate Posons done une experience du type de celle Gs cocker, dans laquelle Te déplacement se adit Sans Iacune par une suite de_données exteres et pulsgue nous nous bomons ici sux deux relations de Succession et de ressemblance global, fsisonschols, pout fixer les sass, dt sens Telativementiniren- Be ae Taucition, Ligne ouverte et simple. — Imaginons donc un auditeur transporté sans nulle autre sensation le long une ligne divisée en petites sections telles quia chaque passage sur une section quelconque (soit A), lun son dune qualité particuliére @ se fasse entendre. (On exclut par li existence de deux sections indis- cernables par les sons gui les marguent : cette Simplification est commode, mais on verra quelle lest pas essentielle comme on pourrait le croire). Cette trajectoire est comparable & un clavier dorgue dont notre sujet, en passant sur elles, ferait jouer les touches. ‘Au sujet des sons produits, qui composent toute ssa perception (nous entendrons toujours par un son un Son individuel, et non pas une qualité de son), il 367 8 a 85 ANNEXE VII ne congoit, supposons-nows, que deux questions: Le Ton y Juli apres le son x? Le son y fil semblable gon x? Cherchons si le monde sensible. ainsi és ades ois ily", pour ce sujet, une physique. Cate physique ne peut contenit que deux no- tions, & savoir les deux relations de succession et de ressemblance. (Par ressemblance, nous entendrons fessemblance. globule. parfaite, et par succession, Succession enter). Leur tame est tout Tordre de univers. Mais avant les lois qut les. combines, chacune des deux a ses Toi propres Tes lois de la succession sont trois 1) Le son y suit fe son x-excut le son x suit le omy 2) Le son Y'5ui fe son sat fe sont but fe son y entratnent fe Jon 2 suit fe son X: 3) Ou bien le son J suit Te son xou bien fe son x suit le sony. La. logique kprimerat “ces fois en disant que Ia Succession des Sons est une relation asymetrique, transitive et con neetée (connected), ou en un seul mot une serie Or Ia seme ext ene des deux formes gui denis sent ordre dune ligne ouverte et simple a sucees- Sion des sons est done ine ligne ouverte et simple. Mais ce n'est Ia que fa science de Ta succession des sons, non pas encore de leurs ressemblances: de ia fite des choses, nom de leurs retours, Rien encore ny tradut le. fait que ia-mélodie qui forme cet Shivers stale nie Ge gue a0 applons a placement, bien moins un déplacement. le tong Nine trajectoire d'une certine sorte. Cette traduc: tion exiatestelle? Cala depend du voyage que nous faisons fai aur mobile, Tant que novs nen renver- Sons pas Te sens, les sons entendus sont Tout iff Tents, Lordre observable est reduit la. tame monotone que tisee la succession. Le fait que les Sons gut se muccedent refletent ce gue nous appelons tin progres & travers Tespace est encore sans aucune xpression Mais forsque nous feisons rebrousser chemin au mobile, sa science s'augmente. de deux nouvelles Branches. A edte de Ia succctsion parait en effet une Seconde” ature. simple, la. ressemblance. Elle Gomme Lutze, ses lois propres, gui en font une relation symetrique, transitive et nom sonnectée. A Ta cience de la succession sajote ainsi la science de in ressemblance. Mais, en eute, une nouvelle com: Plenite se trouve cree Tia succession range tous les sons en une série unique: la ressemblance. forme, saute part des Classes de sons semblables entre eux et differents de fous ies autres. Or cee classes de sons semblables Ont leurs membres dspersés dans Yordre du temps Ie double eructare guts iniroduit de ce ft est pet fire te trait te. pus. fondamental deta. manure Sensible, Ce mélange ded successions st des ressem- Biances forme toute Ie physique, Dans Tnivers de fotre sujet il admet ‘ube Tol fort simple. Voyons Grabord ce quelle est pour nous, puis ce quelle est pour it Des eis sections queleonges due lene ouvete ct simple, il en est une qol se trouve entre les deux suites et gue Ton est obligé de taverser chaque fois fue Ton Se rend de Tune a Tautre de celletci. Or tous les passages du mobile travers une meme Section sont marques par des sons. semblables, Si done. b ete désignent trois classesde. sons Semblables, ii est une de ces classes qui compte un fon dans toute serie de sons venant apfes un son de in"seconde et avant un son dela. toisieme. ou inversement veils le principe de. Yentrelacement dey successions et des ressemblances dans Tunivers de notre suet. Ce principe est lairement tout fait mpirique pour lus sang ombre d'evidence inns Aue ou de necessité. Mais voyons au juste comment (), ch B. Russel, Phitosophy. chap. IV. Introduction to Mathematical 368 i se présente dans Texpérience et quelles notions complexes sa formule met en évidence. ‘Crest en premier lieu le rapport dun son deux utes sons dont Tun T'a précédé et dont Vautre T'a suivi: disons quil les sépare. Crest ensuite la classe de tous les sons semblables Aun certain son appelons cette classe la nore de ce son. C'est enfin le rapport dune note b a deux autres notes a et ¢ qui consiste dans Ie fait que tout son de a et tout son de f sont séparés par quelque son de b: disons que la rote die 15 notes et principe s‘énonce alors ainsi : de trols notes quclegngue I en ext une gut dis ies deus ures, 'e principe épuise le contenu propre de la science des combinaisons de la succession et de Ja ressem- blance dans Tunivers de sons considéré. Toutes ses autres lois se déduisent de ce principe et des proprietés de Ia succession et de la resemblance, de méme que les théoremes de la mécanique ov de optique se déduisent des principes de ces sciences ct des propristés attribuées & Vespace et au temps. (Or Ges lois attibuent a la relation de division des notes les propriétés qui définissent a relation de coupure, ou relation entre, deuxieme forme de Tor fre linéaire. Les deux formes sont dailleurs équiva- lentes, et inséparables au sens précisé dans la I Partie. En effet, & partir d'une relation & deux termes (ay) obéissant “aux axiomes de la série, on. peut composer logiquement une relation trols termes (Geys) obéissant aux axiomes de la coupure : il suffit de poser Alyse (xy) et ou Cy) et OW) Taversement 4 pat dune relation de coupe (ya) on bet complet Logunemen, en que dune {egon n"peu ola simple une ylation‘ se, sere 5)" Lev Sex formes sont done bien deux dn. {Bs Gb mene ove Ce ora de a ign covet Sipe dane scr dsin aspects iseparabes ese SCE coupmes ilasne Gabord dint a susesion Ses sont naviduels pois maintenant dant Is ive ea B ciie Ue Sb semblance u notes "Sfobsrson. toutes quer Pos fet sont, st spe ei, pou es foc au one, aspect ae upure qu et ep “mpl En efit ia Soostlon del sons ui Gxt ane ration ripe’ et She rela de bic! our vai une tla ae oupuer fat composer mes lle selon a forole S'RMcaton a lpurion ds deux sons par th ffoisames Par conte Tord” inca des notes Seapine 1e"plus siaplemest_pur in kon de GhiWlon ga eb un relaon de Coupe Ain det eur syidmes istpraes Sanat sie tine tondes Tun surane tlavon tive ddr dng ute’ surane ‘elaon ernaie” do coupore ic promer Zapp pls simplement ta Sone des Bons ie send ise det noe Par rire 22h Tonvevaion de le Doe sur le carats Testi de ta snp entinseque det systmcr de Some Da cet univers de données sonore, Is gfomé- trie ee, Heat va A ovore dune ligne ouverte Sx imply vite done deus fos dans ordre des Sn Ps dans cele'des noes bien souvent Ia fntue"brode ain piueur fois le nce desi Bhe'se pat {iter dans ame sensi’ un heme’ pe Gordie dune’ fagon dabort simple ule COmplese dans es sobs leur sucesso immesarement sis pul dant dat claset sons ete rapport de dvbion ents des ease, Tapport Wogriensment assemble par leaps, Ses snalogies par ogules Le composts aye botisent "avec les sings, est aise dees Sect comme de Tats limes, Qui ext tntant SORT Geko quelque tain common dan Ts fru on dans Toop Copendan mobs 46 | | 7 88 4. NICOD philosophant, pensaitentrevoir dans les ordres ant Fogues des sons et des notes deux expressions d'un meme fait fondamental objectif ow subjectif, ne 32 tromperait-il pas? L'ordre des sons exprime une Propnct genrale du temps. sensible ordre es Hotes une proprdie particule de 1a wajectoire, ‘vil nous serat facile de modifier ou de detruie, Si TEs notes, comme les sons, forment une ligne ouverte et simple, c'est une pure’contingence. non Texpres- Sion de quelque unite, Peureire en estat de meme dans notte. monde plus compligué ; peut les tlliples aspects de son ordre geomérique sontils plusieurs fate distinct dont Tunite nest apparente 4quaux yeux dune spéculation iavalide La suite des sensations externes. simples d'un mobile ‘conseient que Ton déplace le long d'une droite dans un univers invariable refléte done quel- 4ques-unes des. propriétés géomeétriques de la droite, Ses propriétés ordre linéaire, par un ordre linéaire des classes de sensations semblables. Mais la pro- priété plus particuliere de courbure mulle qui fixe la forme de la droite et la ‘distingue de la parabole ou ‘du zigzag n'a aucune entrée dans cette experience fin de nous faire une idée plus nette du genre de propriétés. géométriques rudimentaires qui. peuvent Sy loger et de la constitution des termes! et des relations qui les illustrent, considérons encore brie vement ce qui se passerait si la trajectoire cessait, non dire droite, ce qui ne changerait rien, mais @étre ouverte et simple Ligne quelconque. — Si nous fsisons_gtisser ote personage sur une courbe fermée comme un © ou ramifige comme un Y il west plus val que de trois sections quelcongues, il yen ait une que Yon foitobligé de traverse pour aller dela sesonde hla tolsibme. Par li le prinipe de division des notes ait: le syste anteieur des lois replant Te ge des successions et des resemblances. des fone se wouve dst ‘Mais un autre, plus complexe Ii secede. Car i et un principe gui permet a geomet de decompo fer methodigusment une ligne. queleongue en th Centsin nombre. de_ fragments ouverts ct simples, donnant en méme temps Ia formule de sa consti: tion Ce principe consate brevrancher des sections de cewte “iene Si, dun. cerele, fe retranche. ome Section quelcongue, il reste une Tighe ouverte et Simple ‘tlle ett ia formule de Ia ligne ferme Simple. Pour une ligne ramifige comme wn Y ov th 8, es nceesnire de couper Ia courbe en ses pints multiples cestacdire de fetrancher, pour chacun de es point, a section qui le coment (aous simpli font exposé en excluant Texstence de pomnts Singuliers tugs la ftonttre dune section et de Sections multiples adjacentes), Toutes ces sections ont pour caractre distincif due adjacentes & plus de deux autres sections appelont-let sections mule tples. Celleschretranchées, les sections ordinates forment un certain nombre de branches ouverts et Simples, Chacune de ces branches pevt comprendre, foil une seule soit deux sections adjacentes & ne fection multigi, et ces deux sestons peuvent encore ttre adjacentes 2 des sections mulples diffeente, ou bien ala méme. Dans le premier eas, on a une anche isolee partant dun cfelsement, tele que le pied de la lowe Ps dans je second, une branche tele que la bare dela lettre H: dans le toisieme, tne’ Boucle partnt dun croisement ety revenan, tele que Ta partie fermée de la Tete P” Une gnc ‘complexe est caractenice par Ia formule énumérant Ser branches avee Tes secons multiples auxguelles slice touchent. Par exemple, un ¥ ou un T a. pout formule trois branches solees touchant ne section miulple un Pou un 6, une branche sole et une boucle, touchant une section multiple ; un A ou un R, deux branches imtérieures et deux branches iso- des, touchant chacune Tune de” deux. sections multiples ; un 8 enfin, deux boucles que sépare tne Section. multiple Notre sujet retranche au lieu dune section une note, Cest-dire une classe de sons semblables il Emadie les suites de sons ne comprenant auctm son dune certaine note. Si nous. donnons "pour trajectoire une courbe fermée simple, le gue de la Joi dans le mélange des successions et des Tessem- blances de son experience s'exprime par ce principe Dans les sutres de sons qui ne comprennent pas de ‘tom dune certaine note, quelle que soit cette note st une de trols notes queleongues gui divise les ews autres. Faisons-i maintenant décrire tne tt Jectoireramifige. I met alors part les notes qui ont plus de deux notes pour voisines (en. appelant Foisines deux notes. dont des” sons. se sont suis, Immédistement) il les nomme notes multiples ‘Appelant les notes non multiples notes ordinaires, ii znet ensemble toutes celles de ces notes dont les sons Se sont une fois succédé sans etre separés par le son aucune note multiple, formant ainst des classes de notes ordinaires quil appelle séquences. Dans joute fuite de sont appartenant aux notes dime tnéme Séquence, il est ine de trols notes quelconques qui divise les deux autres. Ainsl reparait, limite. ux notes d'une méme sequence, ordre qui tout & Theure embrassait Tensemble des notes, De plus, chague Sequence comprend, soit une, soit deux notes voisi- net dune note multiple, laquelle peut exe diferente pour chacune des devs, ou bien étre au contaire la Inéme. Cela donne tois genres de séquences "il les omme séguences isolées, séguences. interiewres, Sequences closes. Supposons que sa trajectoire soit tne courbe en H. Nous disons quelle se compose de {deux sections multiples ‘tunies par tne branche inté= fleure et donaant origine chacune ’ deux branches olees. Notre personaage nest pts moins savant mais ii stexprime autrement tne parle. pas des rmémes choses. L'univers, dit, est fait de sons; Jes sons, par leurs ressembiances, forment les classes aque jappelle notes ; et ensemble des notes se Compose de deux notes multiples eliges par une Sequence ‘intérieure, et voisines chacune de. deux sGiuences isolges, ‘Une experience exteme marquant un déplace- tment le long dune tajectoire quelcongque et ne contenant que les deux rapports de succession et de ressomblance.globale. offriralt ainsi “un principe séneral dordre’et une forme de la constitution de Funivers refletant avec fidelté la propricte générale des lignes et la formule particuligre de sa trajectoire, telles qu'un trite dianalysis situs les énoncersit Individus, espices et choses. — Il est, toutefois, tune différence importante entre sa fagon de voir et Ia dure. Pour nous, la forme de sa trajectoire est un fait individuel ; mais pour tui, la formule qui Vex- prime énonce un ensemble de lois. Pour nous, en effet, les sections dela ligne & laquelle il’ est assujett sont des étre individuels. Mais pour Tui, I notes qui les traduisent sont des espéces. Les ports des notes sont done les rapports des especes de son univers, et la classification de ces notes en notes ‘multiples et en séquences ne doit pas étre comparée A une géographie, mais 2 un tableau systématique des especes naturelles tel qulen établissent les chi- ‘mistes, sans oublier, cela va de soi, Vextréme simpli- Gite de ces especes’ dans le cas présent, Il vaut 1a peine, en effet, de considérer que cet univers ne contient que des termes sensibles indivi- duels et des especes, des sons éphémeres dont l'units réside dans la seule continuité dexistence, et qui ne peuvent sans périr faire place & dautres sons, et des hhotes dont, au contraire, les membres n’ont entre eux 369 ° d'aute relation que la ressemblance, Dans tout cela ‘Hen ne repond encore au type dentté_que nous appelons ‘une chose physique. A ‘une meme chose Physique peuvent appartenr en effet deux termes fensibles Sepa. dag la dunce; et, autre part i aiest pour cela ni nécesssre ni suffisant que ces sux Grmes solent semblables. La relation en vert de laquelle ous es rangeons parm les apparen- es » de la meme chose physique est ene complica. tion en verte considerable, Cette relation n'8.pas meme encore commence de. sinodwire dans ce preiier schema dun monde sensible nous avons Pre soi de Ta ramener’ relation simple de Teapbee, en excluantpréciement le eas difficile de Geox «choses» indicernables par la qualité terme sensible qu les manifeste."Aussl Ia chose et Tespece sont-elles jusqua present confondues ‘Admission d!indiscernables. — Essayons davancer de quelques pas hors de ta protection de ce postulat Teibnizien, Renongons 8 waduire toujours Ia divesite des sections traversées par la diversité des tons entendus, Ne permettons pas cependant que des sons Semblables solentassocié® 4 deux section si proches ‘quil ny en ait quuune autre entre elles" cat Ia un iminium de discernabilté aurdessous @uguel. tout Grdre général disparatt dans univers. considers Mais admettons que certaines sections. séparces par deux sections aut moins fassent entendre” des. sons Dareils Torsqwon Tes traverse, ‘Nous nexaminerons que le cas fondamental d'une trajectoire ouverte et simple Six au cours dune promenade, je vois un poteau de téiggraphe, et si, um peu plus tard, je vois de nouveau un poteau de tégraphe, la ressemblance des deux termes sensibles ne suffit pas pour massu- ter que ces deux termes sont Jeux « apparences » dy meme poteau il faudrat, par exemple. que Jans Fiervaite je sols revenu sur mes pas, Or aeatce aque reveni sur ses’pas, dun point de vue sommaire ui faitabstaction’ des. sensations kinesthesiques, comme aussi de tout changement de Tunivers et de bien Gautres complications? Cest revoir lee memes paysages dans Tordre temporel inverse. Cela donne T'felaton complexe qui va se. substtuer ala Fessemblance dans la definition des classes de tons marquant les passages dans une meme section ‘Brtvement, cette definition est la suivante. Appe- tons syirique simple toute suite de sons répartie de part et dure d'un ton central de manitre que let sons Su le prectdent ex les sons qui le suivent du méme Hombre de sons solent semblables, Appelons génerale- iment symétrique toute suite de” sons telle quen y negligeant tous les sons, sauf le premier, des suites fymétriques simples quelle peut content, le résidu forme une suite symettique simple, Des sons sem bles séparés par des suites symetigues marqueat les passages. successifs de Tobservateur sur la méme fection. Appelons une telle clase de sons une wité. [Le principe dordre qui jusquici groupait les sons par notes lee. groupe maiitenant par unites, Il de- Mient® de trois unites quelconques, lem ext une gu dive tes deus autres. Lordve linéaire subsist done, formellement identique & Iui-méme, mais sattachant 3 des termes beaucoup plus complexes. Cest ce qul nous arrivera souvent — chaque fois quaprés avoir isi Tordre dun univers presque infiniment simple, fous nous rapprocherons dun degré de Ta realte en hargeant Vesquisse dun ouvest tral, fatal a Tor. fre amtérieur, mals €lément d'un ordre pus complexe Alon! le premier ne parat plus quiun cas particulier. 370 ‘Observons encore, en effet, qu'd moins que toute note ne soit commune & plusieurs sections de la trajectoire, certaines notes ‘seront aussi des unités Cest ce qui avait lieu pour toutes les notes dans Vhypothése excluant les indiscernables, et c'est ‘pourquoi la notion plus complexe d'unité ne se dégageait pas de la notion de note, N'étant nécessaire & aucune Loi, elle n'avait nulle occasion dapparaitre derritre 1a notion simple de nore qui Ia recouvrait exactement Maintenant encore, il se peut que la concomi tance des deux notions reste la rgle, quill n'y ait méme qu'une seule nore qui se partage en plusieurs unités. Mais il n'importe = toute Ia valeur, et pour ainsi dire tout le poids, de la notion de note, toute Son importance comme articulation de Tunivers a passé sans retour & la notion plus complexe d'unité, Les lois de Vexpérience qui tout 2 Theure sat chaient aux notes se sont degradées en regles vulgai Fes qui connaissent Texception = les lois exactes Sattachent maintenant a Tunité, dont 1a note nest plus.a cet égard qu'un insuffisant 2-peu-pres Cette notion dunité dessine un premier schéma de ce que nous appelons une chose. Elle fait toucher du doigt que la forme la plus simpie de la chose est sans comparaison plus complexe que la forme le plus simple de Tespéce sensible. Elle donne en outre une premiere idée de la fagon dont cette complication Influe sur Tordre sensible observable par chacun de nous. Tant que cet ordre sfattache aux especes sensibles élémentaires, 1a réunion de deux données dans la méme classe ordonnatrice se fait en vertu de Ia seule ressemblance apercue entre elles, sans quil ait besoin de tenir compte de ce qui a eu lieu dans TFintervalle de temps qui les isole, Aw contraire, lorsque la fonction d'ordre passe des notes, qui sont dde-pures especes, aux unites, qui ont déja quelque analogie avec des choses, le classement de deux sons dans la méme unité ne résulte plus de leurs seules qualités respectives, mais encore du contenu tout fentier de'la durée sensible qui les sépare. Surface ou région. — Jusquici, Tunivers sensi- ble étudie ne traduit que Vordre des éléments dune ligne : non pas d'une surface ow d'un espace. Mais, promenons ce méme observateur sur une surface Givisée en cases, dans un espace divisé en cellules, dont chacune iui fait éprouver une qualité sensible Gifférente de celles de ses voisines : la structure de cette surface, de cet espace, se reflete dans son experience, Car sur une surface et dans un espace comme le iong dune ligne, bien qu’avec plus d'alter- natives, ily a des classes déléments. (cases, ou cellules) qui coupent tous ies chemins reliant. deux Sléments doanés. Or les. proprigigs de ce genre se traduisent dans Texpérience que nous considérons par des proprigtés de division des classes “'impres- sions semblables. Ainsi, non seulement ordre d'une ligne, mais encore Tordre d'une surface et de Tes pace méme peuvent stexprimer dans les seuls rap- Ports de succession et de resemblance globale de Honnées externes. Une telle expérience suffit done & illustrer Tanalysis situs dans son entier. Par contre, la géométrie plus particuliére de la droite et de la distance n'y a pas dentrée : si la différence dune Groite et dun cercle, d'un carré et dune croix s'y tiaduit, 1a différence d'une droite et d'une helice, dun angle et dune courbe ne s'y taduit pas — ce qui prouve incidemment, contre les doutes d'une ertaine philosophic, innocence de notre méthode @analyse, bien impuissante & introduire, par une espéce de prestidigitation, une. géométrie complete Gans a’imparte quelle multiplices ot on an