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BOUGHT FROM THE BEQUEST OF

CHARLES SUMNER, LL .D .,
OF BOSTON ,
(Class of 1830 .)

“ For Books relating to Politics and


Fine Arts."
L ’Année

Coloniale
PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE MM .

Ch . MOUREY Louis BRUNEL


Charge du service de la statistique Docteur en droit
à l'Office colonial

PREMIÈRE ANNÉE
11899)
AVEC LA COLLABORATION DE :

MM . LE GÉNÉRAL GALLIENI, PICQUIE ET TEISSIER

PARIS
LIBRAIRIE CHARLES TALLANDIER
197 , BOULEVARD SAINT-GERMAIN

Maison à Lille, 11 - 13 , rue Faidherbe


L 'Année Coloniale

PREMIÈRE ANNÉE
L 'Année

Coloniale

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE MM .

Ch. MOUREY Louis BRUNEL


Chargé du service de la statistique Docteur en droit
à l'Office colonial

PREMIÈRE ANNÉE
(1899)
AVEC LA COLLABORATION DE :

MM . le Général GALLIENI, PICQUIÉ TEISSIER

PARIS
LIBRAIRIE CHARLES TALLANDIER
197 , BOULEVARD SAINT-GERMAIN

Maison à Lille, 11- 13 , rue Faidherbe


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Buol .)
INTRODUCTION

En fondant l'Année coloniale , nous avons eu pour but


de combler une lacune que beaucoup de gens s'occu
pant de questions coloniales avaient eu à regretter avec
nous.
Etant donné la multiplicité des ouvrages , des revues
et des journaux coloniaux , la recherche d 'un fait, d 'un
chiffre, d 'un acte administratif intéressant une colonie ,
estdevenue aujourd 'hui une occupation longue et diffi
cile .
Nous avons coordonné ces renseignements épars, pui
sés aux sources les plus sérieuses, et nous présentons
au public · l'histoire politique et économique des colo
nies françaises pendant l'année 1899 . Mais qu 'on ne
s'attende pas à trouver sous notre plume de l'histoire
proprement dite , c'est-à -dire une critique raisonnée des
événements ; nos aspirations ne sont pas si lointaines,
un simple exposé des faits , aussi précis que possible :
voilà ce que nous avons entendu faire. Dans la partie
économique, nous évitons soigneusement ces théories
d 'ordre général, qui représentent les colonies comme
VI INTRODUCTION

des terres essentiellement fortunées sur lesquelles


poussent sans soin les cultures les plus diverses. Nous
nous sommes attachés à montrer les essais tentés, les
résultats obtenus, et, lorsque c' était nécessaire, les
déboires essuyés .
Notretravail sera de cette façon le complément annuel
de l'histoire coloniale de notre pays.
On sera peut-être élonné de ne pas voir figurer l'Al
gérie dans la nomenclature des colonies françaises : c'est
qu'avant les tout récents événements qui ont porté l'in
fluence française dans les oasis lointaines du Sahara, l'Al
gérie ne pouvait être considérée que commeune annexe
de la métropole , ayant le même régime administratif
commercial et militaire. Avec l'Algérie nouvelle , une
ère féconde commence ; nous en retracerons l'histoire
dans notre prochain volume.
Il nous reste une tâche agréable à remplir , celle
d 'adresser nos remerciements aux coloniaux dis
tingués qui ont bien voulu nous prêter l'aide de leur
plume autorisée. Nos lecteurs sauront apprécier à leur
haute valeur les articles qu 'ont bien voulu nous donner
MM . le Général Gallieni, Picquié et Teissier .
Qu 'il nous soit permis également d 'adresser l'expres
sion de notre gratitude à M . l'Inspecteur Kermorgant,
chef du service de santé des colonies; Dybowski, Inspec
teur général de l'Agriculture coloniale, directeur du
Jardin colonialde Nogent,Auricoste , directeur de l'Office
colonial et à tous ceux qui ont bien voulu nous com
muniquer les documents originaux dont ils pouvaient
disposer.
INTRODUCTION VII

Nous serions heureux, d 'autre part, que nos lecteurs


voulussent bien rester en communication avec nous et
nous faire part des observations qu 'auront pu leur ins
pirer la méthode et la lecture de notre ouvrage ; nous
nous efforcerons, pour l'avenir , d 'en tenir compte dans
la mesure du possible .
PREMIÈRE PARTIE
L 'ANNÉE COLONIALE
(PREMIÈRE ANNÉE )

MADAGASCAR

CHEMINS DE FER , ROUTES ET SENTIERS

Les esprits impartiaux qui ont suivi avec attention les


affaires de Madagascar durant ces dernières années ont
dû reconnaître que, pendant cette période, le gouvernement
de la colonie a poursuivi deux objectifs principaux : pacifier
le pays et y imposer partout la suprématie française; ensuite,
mettre en valeur notre conquète, en faire une colonie dans
le sens le plus complet du mot, c'est -à -dire une terre
capable, par ses productions naturelles judicieusement
exploitées, d 'assurer à nos nationaux immigrants l'aisance
et, dans certains cas, la richesse.
Les opérations militaires n 'ont de raison d 'être mention
nées ici que pour rappeler la nécessité impérieuse où l'on
s'est trouvé au début, non seulement d 'y recourir , mais
encore de leur attribuer une prépondérance que justifiaient
malheureusement trop les événements d 'alors .
C'est ainsi que, vers la fin de 1896 et dans les premiers
mois de 1897, Madagascar a pu apparaitre comme un pays
en état de guerre . Et en effet nous avions alors à affermir
dans les régions centrales une conquête compromise et,
partout ailleurs, à faire, pour la première fois, acte de sou
veraineté .
Ces débuts eurent leurs vicissitudes, mais les tristesses et
2 L 'ANNÉE COLONIALE
lesmisères de cette époque furent,dans la limite du possible,
atténuées par les instructions données aux chefs militaires
pour l'accomplissement de leur mission . En principe, ils
avaient l'ordre d'éviter les opérations à grand rayon , les
colonnes qui appauvrissent les pays traversés; enfin il leur
était recommandéde respecter les villages, les cultures, les
traditions locales. Leur méthode d 'occupation devait être
patiente , progressive, faite, non pas de coups d'éclat et
d 'actions décisives, mais d 'efforts continus, ajoutant chaque
jour un résultat à ceux précédemment acquis . Ils devaient
aussi assurer la reconstitution économique du pays et pour
cela se concilier les sympathies des populations nouvelle
ment soumises, faire reprendre les travaux agricoles, rou
vrir les marchés et les écoles , en un mot, rendre aux contrées
occupées leur vie normale trop longtemps troublée par
l'insurrection .
C 'est ainsi que l'oeuvre militaire a été, malgré la contra
diction apparente des mots, une cuvre pacifique et que
l'action de nos officiers et de nos soldats s'est trouvée, dès
le début, comme elle l'a été depuis, intimement liée à l'action
civilisatrice et à la mise en valeur du pays. Il suffit pour
s 'en convaincre de comparer les riches villages actuels de
l’Emyrne avec les ruines incendiées et désertes que nous
avons trouvées partout à notre première montée sur le plateau
central.
La sécurité rétablie, la question de la colonisation passait
au premier plan , avec cette entrée en matière indispensable,
d 'assurer avant tout le service des transports, dont le fonc
tionnement exerce une influence décisive sur la marche des
affaires d 'un pays et sur sa situation générale.

Avant l'occupation française , il n'existait dans toute


MADAGASCAR

l'étendue de Madagascar aucune route praticable, permettant


les transports autrement qu'à dos d 'homme.
Ce fait n 'aurait eu rien d 'anormal s'il s'était agi unique
ment de régions habitées par des peuplades sauvages, de
pur sang nègre , telles que les Sakalaves de l'ouest, les
Baras et les Antandroy du sud. Mais on peut s'étonner au
premier abord qu'il en ait été de même chez les Hovas, race
relativement civilisée, qui possédait un gouvernement quasi
régulier, une organisation administrative assez complète et
s'attachait, avec un certain succès même, à démarquer les
institutions des peuples civilisés.
On serait tenté d 'attribuer cette absence de routes dans
les pays d'influence hova à l'indifférence habituelle de la
cour d 'Emyrne pour tout ce qui concernait le bien -être et
l'intérêt général de ses sujets. Dans l'espèce , cependant, la
raison était tout autre . Cette inertie pour tout ce qui tou
chait aux travaux publics et principalement à la construc
tion des routes était le résultat d 'un calcul, assez adroit il
faut en convenir, de la part des hommes qui dirigeaient la
politique malgache.
Tous ces personnages s'évertuaient bien à imiter les
Européens, à s'assimiler leurs mæurs et leurs coutumes, à
copier leurs modes. C 'était une satisfaction d 'amour-propre ,
mais aussi un moyen d'augmenter leur prestige vis -à -vis
des autres indigènes et de creuser davantage encore le
fossé qui séparait l'aristocratie des masses profondes du
peuple . D ' ailleurs, le port des vêtements européens était
formellement réservé aux classes privilégiées, nobles et
fonctionnaires.
Mais, s'il entrait dans les vues de cette oligarchie ambi
tieuse et égoïste d'acquérir un vernis d'élégance et de dis
tinction, elle entendait bien conserver pour elle seule
l'avantage de cette métamorphose. Aussi répugnait-elle à
l'idée que les Européens vinssent s'établir à demeure à
Madagascar , y prospérer et étendre , non plus à une seule
L 'ANNÉE COLONIALE
caste ,mais à l'ensemble des peuples de l'île , les lumières et
les bienfaits de la civilisation . Peut-être même redoutait -elle
qu'instruits par ce contact les opprimés n 'eussent quelque
jour l'idée de demander des comptes et de secouer le joug
dont ils pâtissaient.
De là , une mesure répondant bien à cet état d'esprit des
gouvernants malgaches. Dans ce pays , où la nature a accu
mulé, comme à plaisir , les obstacles qui peuvent entraver
les communications, il fut interdit de construire aucune
route, aucun ouvrage d 'art pouvant aplanir les difficultés
du trajet , et par suite faciliter aux étrangers l'accès du
royaume d 'Emyrne.

Il est assez difficile de donner dans une description une


idée très exacte de ce que sont les voyages à Madagascar
et de ce qu 'ils resteront dans les régions privées de voies
de communication.
Sans entrer dans le détail des mille incidents de la route
et des obstacles innombrables que toutes les régions de l'île
offrent aux touristes, on peut affirmer que rien n 'estmoins
confortable et moins pratique que le mode traditionnel de
locomotion auquel on doit avoir recours. Il va sans dire,
d 'ailleurs, que cette appréciation est d'ordre général et
qu'elle ne concerne, par exemple , ni le soldat, ni l'explora
teur qui, par profession ou par goût, vont à la découverte ,
marchant de l'avant , jetant des coups de sonde dans les
régions inconnues, tirant parti des ressources limitées dont
ils disposent et sachant s'en contenter .
Les conditions doivent être tout autres pour le colon,
pour le commerçant. Engagés dans la lutte économique où
le temps est un facteur essentiel, ils ont un intérêt immédiat,
un intérêt d'affaires à voyager vite , à bon marché et, si pos
MADAGASCAR

sible , dans des conditions de confortable qui leur permettent


d 'éviter les fatigues et de ménager leurs forces.
A ces divers points de vue, les transports par bourjanes
sont d 'une insuffisance et d'une incommodité notoires. Un
Européen en route n 'a pas le loisir de songer à ses affaires ;
les soucis et les aléas du voyage suffisent à ses préoccupa
tions. Chaquematin , avant l'aube, il faut plier bagage pré
cipitamment, s'assurer par soi-même que rien ne reste en
arrière ; ensuite , c'est le rassemblement des porteurs, source
de kabarys et de discussions interminables sur l'arrimage
et la répartition des charges. Sur la route, des chocs et des
heurts continuels dus aux fauxmouvements, ou simplement
à l'allure désordonnée des porteurs ; puis la poussière
du chemin , ou bien, une pluie torrentielle , dont aucun arti
fice ne permet de se protéger complètement en filanzane,
malgré tous les perfectionnements qui ont été essayés.
Vers onze heures, on s'arrête pour le repas du matin .
Les provisions sont déballées, toutes meurtries des cahots
de la route . La cuisine, expédiée à la hâte , est d 'assez mau
vaise qualité, échauffante , et l'on s'estime heureux lors
qu'on trouve à quelque rivière voisine, une eau claire et
fraîche, faisantpasser le reste .
Après le repas, même précipitation pour repartir. La
course du matin recommence ; les porteurs se frayent un
passage dans la brousse , traversent les gués , gravissent les
pentes et les descendent à toute allure , longeant quelque
fois des crevasses à pic dont l'ạil ose à peine sonder la pro
fondeur. Il peut arriver même qu 'au passage d 'une rivière
quelque porteur disparaisse, entraîné par un caïman .
Le soir on s'arrête à la nuit tombante , harassé, les
reins meurtris par les trépidations du filanzane. On aspire
à une nuit de repos, mais on arrive à quelque mauvais gîte
- lorsqu'on en trouve un – d 'où la propreté est bannie et
où les insectes de toute nature vous disputent le sommeil
que vous espériez goûter.
L 'ANNÉE COLONIALE
Ainsi voyageaient les Européens à Madagascar avant
l'occupation française et aujourd'hui, à part l'amélioration
des principales routes et la création de caravansérails rela
tivement confortables dans les gîtes d 'étapes, les autres
conditions sont restées sensiblement les mêmes.
Il est vrai d 'ajouter que certaines catégories de voya
geurs touristes ou autres, étrangers aux affaires, peuvent
trouver , dans ces voyages en plein air, les satisfactions que
donnent les spectacles de la nature : des panoramas d 'une
imposante grandeur, des sites où l'oeil se délecte dans la
contemplation d 'une végétation luxuriante et enfin l'éclatant
soleil qui déverse sur cette terre tropicale ses chauds et
et fécondants rayons.
A titre d'exemple , on peut citer le parcours, si souvent
décrit, de Tamatave à Andevorante, et qui s'accomplit dans
un continuel enchantement des yeux . C 'est l'illusion d 'un
coin d'Eden que donne la profusion des arbres aux fûts
puissants, aux frondaisons touffues , des lianes aux enlace
ments gracieux et bizarres, des fleurs aux mille nuances
discrètes ou éclatantes, des orchidées aux formes délicates
et imprévues.
A quelques kilomètres de Tamatave , après avoir franchi
l'Ivondro , on s'enfonce sous cette voûte de feuillage pour
n 'en sortir qu'aux abords d 'Andevorante . De temps à autre ,
cependant, on débouche dans quelque clairière où s'étalent ,
en vert tendre, de magnifiques pelouses ; de grands arbres
les encadrent et, au fond, l'ail cherche en vain quelque
villa élégante qui compléterait le décor.
Quelquefois le rideau de verdure s'éclaircit et s'entr 'ouvre,
le chemin s'infléchit et descend sur la plage où la mer
déferle avec bruit, baignant de ses flots les pieds des por
teurs. Et aussi, pendant tout ce trajet, des oiseaux cachés
dans le feuillage offrent au voyageur un concert inin
terrompu qui n 'est pas l'un des moindres charmes du
voyage.
MADAGASCAR
Dans un autre genre, il est des panoramas qu'on ne sau
rait oublier lorsqu'on les a vus une fois.
Tel est celui qui apparaît des hauteurs mêmes de Tanana
rive .
A ses pieds, on découvre toute la basse ville avec ses cons
tructions aux toits rouges et aux larges vérandahs, Maha
masina, la place sacrée, la riche plaine de Betsimilatra qui
entoure la ville d 'un immense tapis de verdure et alimente
en riz la plupart des localités environnantes ; au loin , vers
le nord, Babay, perché sur un nid d'aigle ; Ambohidratrimo
enfouie dans un bouquet d 'arbres; à l'ouest, Arivonimamo
et, aux limites de l'horizon , le sombre massif de l’Ankara
tra, ancien repaire de fabavalos, qui découpe sur le ciel son
profil abrupt et sauvage. Vers l'est, les hauteurs d 'Ambohi
malaza, gros bourg, où , d 'après la légende, le type des
femmes andrianas (nobles) s'est conservé le plus pur ; plus
près, l'observatoire en reconstruction d'Ambohidempona, le
coquet village d'Andraisora sur la route de Tamatave, et
enfin le fort Duchesne, qui couronne le mamelon d ’Andrai
narivo. C 'est ce panorama, reproduit avec une saisissante
exactitude par M . Tinayre , que les visiteurs de l'Exposition
peuvent admirer au pavillon de Madagascar.
Enfin , si incommode que soit le mode de transport en
usage à Madagascar, on ne saurait trop faire l'éloge des
utiles et modestes auxiliaires qui s'y emploient, les bour
janes, race honnête , courageuse, dont le concours a été des
plus précieux pour la cause française pendant la période de
l'insurrection et continuera à l'être jusqu'au jour, encore
assez éloigné, où un réseau complet de routes couvrira
toute la surface de l'île.
Le bourjane est serviable , prévenant, gai de caractère.
Par ses saillies , ses éclats de rire , qu 'un rien suffit à pro
voquer, il se console des fatigues de son dur métier et rem
plit de sa belle humeur la monotonie de la route.
Quoi qu'il en soit, si le côté pittoresque des voyages à
L'ANNÉE COLONIALE
Madagascar peut séduire les touristes à la recherche d 'im
pressions d 'art, il ne saurait suſfire à ceux de nos compa
triotes qui s 'expatrientpour faire fructifier leurs capitaux et
développer dans notre nouvelle colonie l'industrie et le com
merce.
C 'est à ces derniers surtout, – car ils sont le nombre,
– que le gouvernement de la colonie doit songer . Et, en
réalité , ils ont droit à des satisfactions positives, qui
sont la facilité et la rapidité des déplacements et la perspec
tive, après une journée consacrée aux affaires, de trouver
une couchette plus moelleuse que le lit de camp de l'explo
rateur ou du soldat.
*
*

Avant de relater ce qui a été fait et ce qu'on se propose


de faire pour organiser des services réguliers de transport
dans la colonie , rappelons très brièvement les principales
conditions climatériques et géographiques dans lesquelles
Madagascar se trouve placée.
La grande superficie de l'île explique qu 'on y rencontre les
climats les plus variés : chaleur et humidité dans l'est,
climat tempéré sur le plateau central, sécheresse plus ou
moins accentuée dans l'ouest et dans le sud.
Cependant,parmiles causes qui produisentces différences,
l'une des principales est peut-être la configuration orogra
phique. L 'immense soulèvement qui court du nord au sud
parallèlement à la mer et, dans la partie centrale, les rides
intermédiaires entre les hauts plateaux et le littoral, forment
autant d ’écrans qui contrarient les courants atmosphériques
et tendent à influencer le régime des pluies et des sai
sons .
Sur le versant est, le climat est chaud ethumide; les cours
d'eau à faible parcours (à l'exception du Mangoro) coulent
MADAGASCAR

dans des vallées en général assez encaissées . Le sol se prête


à la culture des plantes tropicales , de nombreuses exploita
tions y sont déjà en rapport, et, sur la côte, la plupart des
ports sont le siège d 'un important trafic commercial.
A 150 kilomètres environ de la mer , commence le plateau
central, enserré comme dans une immense muraille par la
chaîne de l'Angavo . On connaît sa climatologie toute spé
ciale : région saine et tempérée, saisons bien tranchées, sol
propre à certaines cultures spéciales , mais cependant
assez pauvre en éléments fertilisants pour qu 'on ne puisse
songerà y acclimater sans amendements nos céréales euro
péennes .
Au delà, dans toutes les régions de l'ouest, de larges
vallées très arrosées qui vont en s'épanouissant vers la mer .
Le régime des saisons y procède de celuide l'Emyrne, c'est
à -dire que l'année se partage en saison sèche et saison des
pluies ; cependant, au fur et à mesure que la latitude aug
mente, la sécheresse s'accentue, et dans l'extrême sud les
pluies sont très peu fréquentes.
Dans toutes les régions de l'ile , les parties planes d 'une
grande étendue pouvant se prêter à la culture sont relative
ment rares. On en rencontre cependant, et on peut citer à
titre d 'exemple : la vallée du Mangoro, les plaines lacustres
particulièrement fertiles qui entourent le lac Alaotra dans le
pays sihanaka, la plaine de Betsimitatra au pied même de
Tananarive, celles de la rive gauche de la Betsiboka au sud
d 'Ankirihitra, celles du Milanja au nord -ouest de l'ile , de la
Demoka dans la région de Maintirano , et enfin celles de la
vallée de la Tsiribihina.
Dans toutes ces contrées, le parti qu’on tire des ressources
naturelles du sol est à peu près nul actuellement. La faute
en est à l'impraticabilité des transports , et, par suite , des
échanges. Aussi faut-il proclamer que le problème des com
munications, résolu pour la côte est par la construction de
la route et du chemin de fer, se pose dès maintenant pour
10 L 'ANNÉE COLONIALE
ces régions et que, de sa solution , dépendra leur mise en
valeur et leur prospérité.
Le tracé des routes devra y être choisi en tenant compte
des centres indigènes actuels ; mais, si les emplacements de
ces localités peuvent être une indication utile , il importera
d 'avoir égard aussi à d 'autres considérations telles que :
facilité d 'adduction des produits du pays, longueurs de
trajet, commodité d 'emploi des eaux pour l'irrigation , etc .
Cette dernière partie du programme aura son importance
dans toutes les régions de l'ouest et principalement dans
l'extrême sud, où, pendant une très courte saison des pluies,
les fleuves roulent en une course folle vers la mer et laissent
le pays à sec pendant le reste de l'année.
Ces travaux de colonisation et de mise en valeur ne sont
pas d'une réalisation difficile ; les indigènes, intelligemment
encadrés et dirigés, les exécuteront et y prendront goût
lorsqu'ils en verront les résultats et les avantages.Mais une
direction , étroite au début, plus large par la suite , est indis
pensable.
Cette sorte de tutelle qui suit la conquête n 'est pas d'ins
titution récente ; les Romains la pratiquaient et la définis
saient par cette périphrase expressive : regere imperio
populos. C 'est en appliquant cette maxime qu 'ils se sont
créé un immense empire colonial et qu 'ils ont fait surgir de
terre, en Gaule , en Asie, en Afrique, ces villes, ces monu
ments gigantesques, dont les ruines grandioses imposent
encore aujourd 'hui l'admiration .
Profitons de cette expérience et invitons les Malgaches à
travailler pour la prospérité de notre domaine, qui est aussi
le leur, à s'employer pour y construire des routes, des
canaux , des chemins de fer . Et ce n 'est point, — comme on
l'a dit et imprimé, – obéir à des préjugés d 'un autre âge
que d'imposer le travail à des peuples en enfance.Ne l'ayant
jamais pratiqué, ils ne peuvent en apprécier les bienfaits .
C 'est notre devoir et notre intérêt de les leur enseigner,
MADAGASCAR 11
d 'élever ainsi peu à peu leur niveau intellectuel et moral et
enfin de les rendre dignes de cette qualité d 'hommes libres
que leur a apportée la conquête.

Jetons un rapide coup d'oeilsur les travaux déjà faits en


matière de construction de voies de communication et sur
ceux , beaucoup plus considérables , qui restent à accomplir.
S 'il n 'existait pas de chemins praticables à Madagascar
avant l'occupation française , l'ile était en revanche sillonnée
d 'innombrables sentiers, dont aucune déclivité , aucun escar
pement n 'arrêtaient le tracé. Les indigènes seuls pouvaient,
par une sorte d'atavisme professionnel et grâce à un entraî
nement commencé dès l'enfance, aborder, chargés de far
deaux , ces itinéraires, et effectuer tant bien que mal les
transports vers l'intérieur.
C 'était peu que ces pistes primitives et ces moyens rudi
mentaires pour ravitailler au lendemain de la conquête le
corps d 'occupation et la colonie européenne du plateau
central. Il fallut aviser et choisir entre diverses solutions
qui rencontraient chacune leurs partisans.
La construction immédiate d 'un chemin de fer eût résolu
à coup sûr toutes les difficultés. Mais le gros inconvénient
de cette solution était précisément son impossibilité d 'être
immédiate. Or les circonstances devenaient critiques et les
chefs insurgés comptaient autant sur la famine que sur la
force de leurs bandes pour venir à bout du corps d'occu
pation .
On opta donc pour une route , et on posa en principe
qu 'elle devait être construite et fournir le rendement qu'on
en attendait dans le minimum de temps possible .
Ces conditions imposaient le type à adopter.
Il eût été contraire à toute logique de songer, dès l'abord,
L'ANNÉE COLONIALE
à une chaussée de France, carrossable , avec empierrement,
bas-côtés, égouts et caniveaux. D 'ailleurs , à cette époque,
la colonie ne possédait aucun véhicule et, en dehors des
bourjanes, les mulets — en assez grand nombre - étaient
son unique moyen de transport.
Le bon sens indiquait d 'approprier l'outil aux moyens
dont on disposait pour le mettre en cuvre, c'est-à -dire —
puisqu 'on avait des mulets — de construire d 'abord une
piste muletière.
C 'est à cette solution d 'attente qu 'on s'arrêta .
En outre, on résolut de faire vite, quitte à s'affranchir des
règles de métier, dont on réservait l'application correcte
pour le réseau définitif.
Cependant, toutes les fois qu'on le put sans de trop
longues recherches, on encadra, en quelque sorte, dans ce
tracé provisoire, des tronçons qu 'on se réservait en principe
d 'utiliser pour la route carrossable ultérieure.
Le temps manquant pour les études, les appréciations
faites à ce sujet ne furent que des pronostics ; mais, en
réalité , ceux-ci se vériſièrent presque toujours par la suite,
résultat tout à l'honneur des officiers qui ont, en quelque
sorte, deviné ces tracés et montré ainsi une remarquable
intelligence du terrain .
Le sentier muletier fut établi seulement entre Mahatsara
et Tananarive, soit sur 240 kilomètres. Pour le surplus du
parcours , on emprunta l’laroka, puis la piste du littoral
d 'Andevorante à Tamatave, en terrain complètement hori
zontal et praticable en tüute saison .
La route muletière, ainsi comprise, fut terminée dans le
courant de 1897 , ayant rendu, même avant son achèvement,
les plus grands services et préservé d 'une famine certaine
la population européenne, militaire et civile , des régions
centrales.
D 'ailleurs , au moment où on y mettait la dernière main ,
nos troupes venaient d 'en finir en Emyrne avec les résis
MADAGASCAR 13

tances suprêmes de l'insurrection . La pacification était un


fait accompli. Des deux côtés, sur la route comme sur le
terrain des opérations, on venait de traverser une période
de crise , nécessitant des mesures radicales, mais tempo
raires, et des deux côtés le but avait été atteint. On allait
maintenant passer de la période de guerre à la période
d'organisation et de mise en valeur et, en matière de com
munications, de la route muletière à une route carrossable
définitive.
Il fut décidé qu 'on ferait une ouvre solide, durable , mais
cependant qu 'on s'abstiendrait d 'un programme trop
luxueux, entraînant à des travaux chers, d 'un entretien
difficile et non proportionnés aux ressources de la colonie.
Cette nécessité de faire bien et solide dès le début était, sur
la route de l'est tout particulièrement, imposée par le
climat. Avec les pluies torrentielles de cette contrée, c'eût
été courir à un échec certain que de pratiquer la méthode
dite des améliorations successives. Dans certains cas, on
peut bien se contenter de ce minimum : rechercher rapi
dement un tracé, décaper le sol, livrer cette chaussée pri
mitive à la circulation , puis réaliser la route définitive en
exécutant peu à peu les travaux neufs et en réparant les
dégâts causés par la circulation courante . Ce moyen peut
être employé avantageusement dans les contrées où les
pluies sont rares et peu abondantes, dans le sud de l'ile par
exemple et, à la rigueur, dans l'ouest et le nord -ouest. Sur
le versant est, il doit être proscrit d 'une façon absolue .
Aussi s'est-on astreint à donner immédiatement à la route
carrossable de Tananarive à Tamatave toute la résistance
désirable et à la construire d 'après des données, conformes
sans doute à la théorie , mais que la pratique a aussi
consacrées.
Comment s 'étonner alors que l'exécution des travaux n 'ait
pu être terminée en une et même en deux campagnes ? Des
critiques ont été formulées à cet égard. On a tiré argument,
L'ANNÉE COLONIALE

en particulier , des progrès de la route de Majunga, qui, dès


1897 , ont permis de faire monter à Tananarive un convoi de
voitures légères. Le fait est exact, mais il comporte quelques
explications.
Sur la route de Majunga, un effort considérable , auquel
on ne saurait trop rendre hommage, a été également fourni.
Mais , par suite des conditions climatériques et aussi du but
poursuivi, il a été orienté différemment. Cette région du
nord -ouest offre des saisons alternées, et la durée des pluies
y est même sensiblement moindre que celle de la période
sèche. Le sol, brûlé par le soleil pendant huit mois de
l'année , acquiert ainsi une résistance que les eaux entament
ensuite plus difficilement.
Ceci explique que les voitures légères aient pu circuler
sur la route de Majunga, après quelques travaux d 'aména
gement, et que, mêmependant la saison des pluies, le sol,
avec ses réserves de sécheresse , se soit comporté d 'une
façon satisfaisante . Ces conditions favorables, dues à la fois
au terrain et aux travaux exécutés , ont eu les conséquences
les plus heureuses pour les transports , puisqu 'elles ont
assuré certains d 'entre eux que l' état de la route de Tama
tave n 'aurait pas permis d'effectuer. Mais il est à considérer
que, si cette route deMajunga non empierrée est accessible
aux voitures légères, elle ne saurait supporter le roulage
intensif de véhicules lourdement chargés. Or c'est préci
sément cette circulation intensive qui sera possible d'ici
quelques mois sur la route de Tamatave, lorsque le der
nier tronçon actuellement en cours d'exécution sera ter
miné.
En réalité, la route de Majunga aura fait à celle de Tama
tave une avance que celle -ci lui rendra pendant tout le temps
que prendra l'empierrementde la chaussée entre Tananarive
et Mévétanana, où commence la navigation fluviale. Les deux
grandes artères de la colonie se seront donc complétées
l'une l'autre, et, des rivalités courtoises auxquelles leur
MADAGASCAR 15

construction aura donné lieu, il restera seulement le sou


venir d 'une émulation profitable à l'intérêt général.
La route de Tananarive à la côte est s'arrête à Mahatsara,
gros village situé sur le bord de l'Iaroka, à 20 kilomètres
environ d’Andevorante. Mahatsara possède aujourd 'hui une
population indigène assez nombreuse, quelques installations
européennes, des magasins des divers services administra
tifs et militaires . Ce gros bourg , dont l'importance comme
point de transit augmente de jour en jour, a été entièrement
construit depuis l'occupation française. Les travaux, très
pénibles au début, ont été commencés à la fin de 1896 . Pour
tirer parti de cet emplacement, il a fallu remuer des masses
de terre considérables, exécuter des remblais, combler des
marécages, et cela dans un pays où les conditions climate
riques naturelles étaient assez défavorables. Cette cuvre a
été cependant menée à bien . Il ne serait pas exact de dire
queMahatsara est aujourd 'hui un lieu de délices, mais l'insa
lubrité y est beaucoup moindre qu 'autrefois, les fièvres y
sont plus rares et les Européens qui observent des règles
d'hygiène peuvent s'y maintenir en bonne santé .
Au-delà de Mahatsara, la route sera prolongée d 'abord par
l'Iaroka , ensuite par le canaldes pangalanes, dont la compa
gnie concessionnaire terminera le percement — il faut l'espé
rer dumoins — dans le courant de l'année 1900 .
On sait dans quelles conditions naturelles, particulière
ment avantageuses, la construction de ce canal a été entre
prise.
Sur une grande partie de la côte est, et principalement
entre Tamatave et Farafangana, règne une succession de
lagunes qu ’une dune littorale sépare de la mer et entre les
quelles s'interposent des seuils minces et de faible relief,
les pangalanes, qui interrompent seuls la continuité.
La suppression de ces seuils réunira les différents biefs
et créera une véritable voie fluviale côtière dont le dévelop
pement pourra atteindre 600 kilomètres.
16 L 'ANNÉE COLONIAL
E
La partie la plus intéressante pour le moment est celle
comprise entre Andevorante et Tamatave. L 'entreprise y
est déjà très avancée. La longueur totale des seuils à per
cer s'élevant à 2 .500 mètres, les travaux sont à moitié envi
ron et le percement du premier pangalane, celui de Tani
fotsy, a déjà permis de livrer 60 0 /0 du parcours à la navi
gation fluviale.
Il n 'est pas à craindre, d 'ailleurs , que la différence de
niveau entre les biefs successifs produise des perturbations
pouvant gêner la navigation . La mer, avec laquelle les
lagunes communiquentplus ou moins, fera l'office de régu
lateur. Au surplus, l'expérience vient d 'être faite , et elle est
concluante . L 'ouverture du pangalane de Tanifotsy a donné
lieu à un courant de 3 næuds, qui est allé en s'affaiblissant
progressivement. Au bout de quinze jours, il avait à peu
près disparu , et un équilibre très suffisant s'était établi entre
les deux biefs voisins.
Il reste actuellement à achever le percement commencé
du pangalane d 'Ampantomaïzina et à percer entièrement
le pangalane d ’Andavakamenarana. Il faudra pratiquer
aussi quelques draguages dans les lagunes et élargir sur
un faible parcours le lit d 'une rivière, étroite mais pro
fonde, le Ranomainty, qui terminera le canal du côté d'An
devorante. Ces travaux achevés, la ligne d 'eau sera entière
ment ouverte d 'Ivondro à Mahatsara , où commence la route
de Tananarive .
Du côté opposé, entre Ivondro et Tamatave, qui sont dis
tants de 12 kilomètres, une voie ferrée déjà en exploitation
assure le trafic .
Tels ont été les principaux résultats des études entre
prises et des projets mis à exécution depuis 1896 , pour
relier Tananarive , à la côte est d'une part, à la côte nord
ouest de l'autre, par des routes carrossables et des voies
fluviales.
Mais là ne se sont pas bornés les travaux, et d 'autres
MADAGASCAR 17

routes, venant en seconde urgence, ont été aussi construites


ou amorcées. Les plus avancées sont :
La route de Tananarive à Fianarantsoa, qui est appelée à
prendre une importance commerciale considérable. De la
capitale du Betsileo , cette route se prolongera jusqu'à lhosy,
qui se trouve à environ 200 kilomètres au sud - ouest. En ce
dernier point, elle se dédoublera en deux grands rameaux
qui se dirigeront, l'un au sud-ouest vers Tulléar, l'autre au
sud -est vers Fort-Dauphin ;
La route de Tananarive à Ambatondrazaka, qui continuera
d'ici peu jusqu'à Mandritsara et sera poussée ensuite jusqu'à
Diégo-Suarez ;
La route de l'ouest par Arivonimamo, qui reliera Tana
narive à Morondava par Inanatonana et le Betsiriry ;
La route à péage dont le projet a été établi par la Société
auxiliaire de colonisation à Madagascar et quidoit – si le
projet est suivi d'exécution — relier Fianarantsoa à l'em
bouchure du Faraony sur la côte est.
Enfin il faut indiquer aussi une seconde route de Majunga,
autrefois assez fréquentée par les indigènes et qui, par l'iti
néraire Vohilena-Antsatrana, venait rejoindre la première
à Marovoay .

Quelle que soit l'utilité des routes et les services qu'elles


doivent rendre, ce serait une utopie d'admettre qu'à notre
époque et dans un pays aussi grand et présentant autant de
ressources que Madagascar, elles pourront suffire à assurer
au commerce un trafic rémunérateur avec les divers mar
chés du monde.
Laissant de côté la question de rapidité, il faut considérer
surtout que, pour les gros trafics, les transports sur route
resteront toujours à des tarifs plus élevés que ceux auxquels
un chemin de fer peut descendre. C 'est là un fait indiscu
18 L 'ANNÉE COLONI
ALE
table, d 'ordre économique, dont aucune combinaison , même
celle souvent proposée des transports par Decauville , ne
pourra atténuer la portée. Dans l'évacuation des produits
d 'un pays, à partir d 'une certaine densité de transport, il
est avantageux de faire la dépense d 'une voie ferrée, de
même qu'aux échelons inférieurs, à partir d 'autres densités
moindres, il y a intérêt à substituer la piste muletière au
sentier bourjane, puis la route carrossable à la piste mu
letière .
D 'ailleurs, ce n 'est pas par une transformation successive
qu'on pourra, sans changer de tracé, passer d 'un système à
l'autre. Les données de l'expérience, dont on ne saurait
s 'écarter sans aller au -devant de graves mécomptes, sont, à
ce sujet, bien précises. Il est admis que le porteur indigène
peut gravir des rampes de 30 0 /0 , qu'on ne doit pas dépas
ser 15 0 /0 pour le mulet, qu'une route carrossable a pour
pente-limite 8 0 /0, et que les déclivités d'une voie ferrée ne
peuvent que très exceptionnellement atteindre 3 0/0 . Les
mêmes considérations s'appliquent aux rayons des courbes,
dont le minimum est 50 mètres pour une voie ferrée ,
10 mètres pour une route carrossable et zéro pour les
chemins muletiers où les courbes peuvent être remplacées
par des points de rebroussement.
On peut conclure de ce qui précède que, dans un pays
comme Madagascar, il y aura place pour les différents sys
tèmes de voies de communication : chemins de fer et routes
carrossables dans les parties les plus peuplées et les plus
productives, cheminsmuletiers et sentiers de bourjanes pour
les contrées dans lesquelles le mouvement commercial et
industriel sera encore peu prononcé. En un mot, chaque
voie de communication devra être construite d 'après le tracé
qui convient à l'usage auquel on la destine .
On objectera peut-être que ce raisonnement pèche par
la base , puisque la création de routes et de chemins de
fer sera le meilleur moyen de faire entrer dans le mouve
MADAGASCAR 19

ment général les régions qui y sont encore étrangères.


L 'argument n 'a rien qui puisse embarrasser, car ce sera
précisément l'un des devoirs du gouvernement de la colonie
de déterminer, d'après la situation économique de chaque
contrée, d'après les tendances que les Européens auront à
s'y porter , s'il convient d 'y faire la dépense d 'une route car
rossable ou d 'un chemin de fer . Il est établi, par exemple ,
qu'un chemin de fer est avantageux lorsqu 'on est certain de
lui assurer un trafic annuel de 5 .000 francs par kilomètre.
S'ensuit-il qu'il faille avoir la certitude de ce rapport immé
diat pour entreprendre la construction d'une voie ferrée ?
Evidemment non . Il suffira , suivant les circonstances , de
pouvoir compter sur 3 .000, 2.000 et même 1.000 francs au
début pour commencer utilement les travaux. L 'essentiel
sera de savoir où l'on va et de tenir compte , dans les calculs ,
de toutes les circonstances qui peuvent influer sur le déve
loppement ultérieur de l'exploitation .
C 'est d 'après ces considérations, et à la suite d 'enquêtes
approfondies, que l'on a arrêté le programme de la cons
truction des deux routes carrossablesde Tananarive à Tama
tave et à Majunga, et du chemin de fer de Tananarive à la
côte orientale .
La construction des autres routes carrossables énumérées
plus haut est devenue aussi, pour la plupart d'entre elles,
une nécessité urgente ; enfin , un peu plus tard , lorsque
l'augmentation du trafic et des ressources de la colonie le
permettra , le moment sera venu de doter d 'un chemin de
fer chacune des cinq ou six grandes régions, presque déter
minées dès maintenant, dans lesquelles se concentrera le
commerce de Madagascar .
A cet égard , on peut admettre que le mouvement normal
des affaires dans l'ile définitivement mise en valeur compor
tera, outre la ligne de Tamatave, des voies ferrées partant
des grands centres de production de l'intérieur et se diri
geant vers les ports des régions de Majunga, Maintirano,
E NIALE
20 L 'ANNÉ COLO

Morondava, Tulléar, Fort-Dauphin , Mananjary . Une ligne


s 'imposera aussi pour relier avec l'intérieur Diégo-Suarez
le grand portmilitaire de la colonie.
Perpendiculairement au tracé de ces lignes, se créeront
d 'autres artères de pénétration, qui, semblables aux affluents
d 'un fleuve, amèneront à la voie principale les produits des
contrées plus éloignées. Et ces chemins de fer , ces routes,
résoudront non seulement la question si vitale des trans
ports, mais encore celles non moins intéressantes du peuple
mentdes régions traversées, de la colonisation , de l' éduca
tion morale et pratique des indigènes, de l'assainissement.
La première des lignes ferrées régionales sera celle de
Tananarive à Tamatave.
La solution à laquelle on s'est arrêté, sanctionnée aujour
d 'hui par le vote des Chambres, a été motivée par deux
considérations principales.
On a admis tout d 'abord que le terminus de l'intérieur
devait être Tananarive, capitale de la province qui possède
la population la plus nombreuse, la plus intelligente et la
plus commerçante de Madagascar . Le choix de Tamatave
comme origine a été déterminé par ce fait que, sur la côte
est, ce port est le seul accessible en tout temps aux navires;
d 'autre part, l'éloignement plus grand des ports de l'ouest
devait, pour des raisons budgétaires, faire donner la préfé
rence au versant oriental. Il est à remarquer, en outre,
que le mouvement du port de Tamatave représente à lui
seul50 0 /0 du commerce de la colonie.
D 'ailleurs la décision prise n 'infirme en rien les considé
rations qu'on a fait valoir en faveur de l'utilité des autres
lignes. Elles auront leur tour dès que les finances de la
colonie pourront y suffire ; enfin , d 'après les études déjà
faites , les premières à construire semblent devoir être celles
de Tananarive à Majunga et de Fianarantsoa à la mer.
MADAGASCAR 21

En principe, lamain -d 'æuvre étrangère devra être employée


de préférence pour l'exécution des travaux publics actuel
lement en projet à Madagascar. L 'expérience a montré
cependant que les travailleurs malgaches peuvent, s'ils sont
bien traités, fournir une main -d 'ouvre économique et assez
productive. Mais il est préférable de la réserver autant que
possible pour nos colons, surtout pour les colons s'occupant
d'entreprises agricoles.
A la fin de 1896 et dans les premiers mois de 1897, le
service du génie avait utilisé pour les travaux de la route de
Tamatave des coolies chinois recrutés à Saïgon . Cet essai
n 'a pas donné de bons résultats. Dans les deux convois
d 'Asiatiques qui se sont succédé sur les chantiers, l'état
sanitaire a laissé à désirer , le rendement a été médiocre ,
l'esprit des travailleurs mauvais . Le contrat ne fut pas
renouvelé, d'autant qu'après des pourparlers assez labo
rieux on avait réussi à engager des travailleurs Antaimoros,
appartenant à la tribu de ce nom qui habite la province de
Farafangana au sud -est de l'île.
Ces Antaimoros, robustes, laborieux et économes, sont
excellents pour tous les travaux qui nécessitentune certaine
vigueur physique. Ils ont rendu , à bon marché, de très réels
services, et on n 'aurait qu'à se féliciter de la main -d 'ouvre
qu'ils fournissent si leur instabilité et leur fantaisie de
caractère ne créaient quelquefois des embarras à ceux qui les
emploient. L 'Antaimoro est capricieux, lunatique, incapable
d'observer avec exactitude un contrat de travail. Il arrive
souvent que, sansmotif explicable, par pureboutade,tout un
chantier déserte , même la veille de la paye, pour aller offrir
ses services ailleurs ou rentrer au pays. Au début, ces
grèves d 'un genre spécial avaient gêné la marche des tra
vaux de la route , mais, de ce côté aussi, des progrès sen
sibles ont été réalisés . Grâce à son contact prolongé avec
le personnel européen et aux bons traitements qu'on ne lui
a pas marchandés, l'Antaimoro est devenu moins volage, et
22 L 'ANNÉE COLONIALE
il observe aujourd 'hui plus fidèlement ses engagements.
Qu'il fasse quelques progrès encore, et, par sa continence, sa
probité , sa ténacité au travail, il méritera plus complète
ment encore cette appellation dont on l'a déjà gratifié : l'Au
vergnat de Madagascar.
D 'autres races ont fourni aussi d 'importants contingents
de travailleurs aux chantiers des routes de Tamatave et
de Majunga. Ce sont principalement des bourjanes de la
région très peuplée d'Arivonimamo, quelques Sakalaves
et Antankares, et même des Betsimisarakas, dont on a
commencé, depuis la création du territoire des Betsimisa
rakas du sud , à secouer la torpeur et la répugnance au
travail. Ces différentes ressources ont permis , en 1899,
d 'employer 600 .000 journées aux travaux de la route de
Tamatave et la inoitié environ à ceux de la route de
Majunga.
Sur la route de Tamatave, où les conditions climatériques
exigent des travaux exceptionnellement solides, les chantiers
ont été organisés d 'une façon très méthodique et répartis en
principe en quatre groupes : chantiers de reconnaissance et
de défrichement, chantiers de terrassement, chantiers d 'em
pierrement, chantiers de réparations et d 'entretien . Le
chantier est une sorte d 'organisation indigène complète
ayant ses chefs, son administration et comprenant même
quelquefois les femmes etles enfarfts.
Le service sanitaire est assuré par des médecins français ,
quidonnent des consultations, passentdes visites régulières ,
distribuent des médicaments et veillent à ce que les règles
de l'hygiène soient observées sur les travaux et dans les
campements. Ils sont assistés demédecins malgaches placés
sous leurs ordres , qui donnent surtout des soins aux indi
gènes et font l'office d'infirmiers. Depuis que ces mesures
d 'ensemble ont été prises, l'état sanitaire est devenu très
satisfaisant; la mortalité relativement élevée qu 'on avait
observée chez les travailleurs chinois est beaucoup moindre
MADAGASCAR 23

chez les travailleurs malgaches et se rapproche très sensi


blement de la moyenne générale.
L 'installation de certains groupes a été, en raison de la
longueur et de la difficulté des travaux, l'objet d 'une solli
citude toute particulière.
Rien de pittoresque par exemple comme les chantiers de
la route de la Mandraka, où règnent, avec une animation
extraordinaire, une discipline et un ordre parfaits . A proxi
mité de l'un d'eux, sur un mamelon d 'où l'on découvre à
ses pieds une mer de verdure, se trouve le principal cam
pement des travailleurs. C 'est un véritable bourg, que les
femmes et les enfants sont venus habiter et où s'est trans
portée toute la vie du village natalmomentanément déplacé.
On y voit des cantines pour les Européens, des boutiques à
l'usage de tous, des autorités locales, un embryon de voirie
avec des places et des rues suffisamment alignées, un
marché, un parc à bouſs. Le dimanche, le travail est
suspendu et, comme les salaires assez élevés ont permis à
tous d'amasser un petit pécule , on voit ce jour -là les travail
leurs et leurs femmes se draper dans des lambas immaculés,
dont la blancheur tranche sur le vert des arbres ou sur le
fond bleu du ciel.
Les Malgaches employés aux travaux publics sont donc
traités avec bienveillance et humanité. D 'ailleurs, ils four
nissent volontiers les efforts qu'on leur demande, et même
ils en tirent vanité lorsqu'ils en constatent les résultats
utiles et qu'ils en profitent personnellement.
C 'est ainsi que la place Jean -Laborde, à Tananarive,
véritable cloaque lorsqu 'elle n'était encore que la place
d'Andohalo et construite par les prestataires de 1897, est
devenue aujourd 'hui l'endroit « fashionable » de la capitale.
Les indigènes des deux sexes, tantôt habillés à l'euro
péenne, tantôt revêtus du costume national, viennent s'y
montrer les jours de concert, heureux de voir et d'être vus,
mais fiers surtout de l'ouvre accomplie.
L 'ANNÉE COLONIALE

C 'est donc par l'éducation et le travail des indigènes, par


le développement des voies de communication, que notre
nouvelle colonie s'acheminera vers ses destinées définitives
et prendra une place chaque jour plus large dans le patri
moine de la France .
La ténacité des efforts finira par vaincre les difficultés de
la nature. Nos routes, nos chemins de fer escaladeront les
crêtes, traverseront les marais, franchiront les rivières et
les torrents. Au fur et à mesure de leurs progrès, les ter
rains seront mis en culture . Et ces travaux , qui feront recu
ler la barbarie, feront aussi, par l'assainissement du pays,
reculer la fièvre , cet autre ennemi, l'un des plus dangereux
que nous ayons rencontrés à Madagascar et dont la cam
pagne de 1895 nous laisse le souvenir douloureux.
Les Européens pourront alors créer des établissements,
des exploitations de toute nature et la facilité d 'apport des
machines, des engrais, des produits divers pour le commerce
et pour l'industrie , leur assureront des frais généraux peu
élevés , des rendements rémunérateurs et, par suite , une
prospérité rapide et durable.
Les indigènes, soumis par nous à la salutaire loidu travail
et initiés à ses féconds résultats , ne seront pas les derniers à
se réjouir de l’quvre qu'ils auront accomplie ; ils auront cet
orgueil d 'avoir été les artisans des progrès réalisés et
s 'appliqueront à en profiter largement. A cet égard, le
choix actuel de leurs itinéraires estun symptôme significatif.
Restés fidèles pendant quelque temps à leurs anciens sen
tiers, ils les ont peu à peu abandonnés et ne s'écartent plus
maintenant de nos routes carrossables et de nos pistes
muletières. Nul doute qu'ils ne marquent la même faveur
aux moyens de locomotion nouveaux etmodernes que nous
créerons. Au vélodrome de Tananarive, ils se sont révélés
MADAGASCAR 25

déjà comme cyclistes amateurs ; bientôt on les verra


assiéger nos diligences et nos wagons de chemins de fer;
et cela , dans un but essentiellement utilitaire , celui de
gagner du temps et de conduire plus rondement leurs
affaires. Nombre d 'entre eux auront voitures et chevaux, et
ce sera même l'occasion d 'un nouveau débouché pour la
métropole. Aujourd'hui que la locomotion se transforme
dans toutes nos grandes villes, que le tramway électrique et
l'automobile relèguent au second plan la traction animale ,
nombre de véhicules se trouvent démodés, quoique encore
utilisables, et pourront aller achever honorablement leur car
rière sur les routes de notre colonie.
Enfin ce développement du réseau des voies de commu
nication à Madagascar a déjà eu et aura par la suite une
importance politique considérable . Les idées circuleront
comme les produits , et leur échange continuel, d'un bout à
l'autre de l'île et de l'île à la métropole , affermira et resser
rera les liens - liens consacrés par le sang de nos soldats —
qui unissent la France à sa colonie australe.
GÉNÉRAL Gallieni,
Correspondant de l'Institut.
LES BUDGETS LOCAUX
DES COLONIES '

Depuis quelques années, l'opinion publique, devenue


plus attentive aux choses coloniales, paraît s'être émue de
la progression constante des dépenses que les colonies
imposent au budget général de l'Etat, et de l'accroissement
de charges qui en résulte pour les contribuables métropo
litains.
Bon nombre de publicistes et d 'hommes politiques ont
signalé ce qu'une pareille situation présente d 'anormal et
de dangereux.
Ils ont demandé que les colonies, maîtresses de tous leurs
revenus, soient mises en demeure de se suffire à elles
mêmes, de manière à ne plus nécessiter, que dans des cas
tout à fait exceptionnels , l'intervention financière de l'État.
Le Parlement n 'a pas échappé à ces préoccupations. On
les trouve exprimées avec une insistance significative dans
les rapports faits au Sénat et à la Chambre des députés sur
tous les budgets des colonies votés au cours des dernières
législatures.
Se rendant à ces sollicitations, et reprenant l'æuvre d 'un
de ses prédécesseurs, M . le Ministre des Colonies, par déci
1 . Rapport adressé au Ministre des Colonies, au nom de la Commission des
budgets locaux , par M . Picquié , inspecteur général des Colonies.
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 27
sion du 30 janvier dernier, a institué une Commission spé
ciale chargée « d'examiner les budgets locaux des colonies ,
tant au point de vue financier qu 'au point de vue des ques
tions organiques qui s'y rattachent, afin d'amener, par des
économies ou par un meilleur emploi des ressources locales,
la réduction des subventions de la métropole » .
Cette Commission vient de terminer la tâche qui lui a été
confiée .
Elle a été obligée de reconnaître que la matière traitée
était singulièrement délicate et qu'une étude sur place, dans
chacune des colonies intéressées, en lui permettant de se
rendre un compte plus exact de l'organisation et du fonc
tionnement des services, des ressources et des besoins des
populations, aurait donné à ses conclusions à la fois plus de
précision et plus d 'autorité.
Elle estime cependant que les indications qui vont
suivre permettront, malgré leur généralité , de réaliser
d'importantes économies, et qu 'ainsi sera atteint le but pro
posé par les Chambres et poursuivi par M . le Ministre.

L'ensemble des budgets locaux pour l'exercice 1898 s'est


élevé à 146 . 214.185 francs. Répartie sur une population que
les statistiques, encore peu certaines, évaluent généralement
à 32 millions d 'individus, cette charge totale fait ressortir,
par habitant, une moyenne qui ne dépasse pas 3 fr. 55.
On sait que l'habitant de la France continentale est
moins favorisé. Sa part contributive dans les dépenses
publiques (dépenses départementales et dépenses commu
nales déduites) est, en effet, de 90 francs.
C'est que le contribuable métropolitain doit subvenir non
seulement à tous les besoins de la métropole , mais acquitter
28 L'ANNÉE COLON
IALE
encore, et par surcroît, 44 0 /0 des dépenses occasionnées
par les colonies; tandis que le contribuable colonial, quoique
ne participant en rien aux dépenses de la métropole, n 'est
astreint à payer que 56 0 / 0 de ses propres dépenses .
Le système administratif et financier qui autorise une
semblable inégalité, bien qu'il ait pour lui la consécration
des sénatus-consultes de 1854 et de 1866, ne paraît pas
devoir être maintenu .
Une colonie peut être considérée soit comme un dépar
tement d 'outre-mer, soit comme une sorte d 'État autonome.
Il est malaisé de concevoir qu'elle puisse être à la fois l'un
et l'autre. C 'est cependant à cette conception bâtarde que
s'est arrêtée l'Administration coloniale . Aujourd'hui nos
colonies font acte d 'État quand il s'agit d 'établir et de perce
voir les impôts de toute nature, et d 'utiliser leurs recettes à
leur usage exclusif ; elles redeviennent des départements
pour laisser à la charge de la métropole leurs dépenses
d 'État.
Ceci n 'est point pour apprendre l'économie aux pouvoirs
locaux , non plus que pour leur donner le sentiment de leur
responsabilité. L 'unique résultat de pareils errements a été
de grever indéfiniment les budgets de la République, sans
profit pour les finances locales ou pour l'ouvre coloni
satrice.
La loi de finances du 28 avril 1893 pratiqua une première
brèche dans cette législation , en posant le principe de la
contribution obligatoire des colonies aux charges générales
de l'État, et en déterminant le chiffre de la contribution à
verser au budget général. Le chiffre ainsi fixé était quelque
peu arbitraire. Il ne reposait pas sur une appréciation assez
exacte des facultés de chaque colonie. La réforme cependant
fut accueillie avec faveur. Elle ne procurait, il est vrai,
qu 'une très minime économie , mais elle se présentaitcomme
une affirmation de l'égalité de tous devant l'impôt; elle
accusait une tendance assimilatrice et constituait un hom
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES
mage à ses idées de généralisation et d'unité si chères à
l'esprit français. En réalité elle apportait au régime des
sénatus-consultes unenouvelle complication peu justifiée par
la médiocrité des résultats obtenus. Elle apparaît aujour
d 'hui comme insuffisante.
Or il ne semble pas qu 'on puisse réaliser des progrès plus
considérables, si l'on n'abandonne résolument et défini
tivement la doctrine de l'assimilation. Nous concevons habi
tuellement les colonies, quelles que soient leur situation
géographique et leur population , comme un prolongement
de la mère patrie. Nous avons hâte de les initier à notre
vie sociale et compliquée; nous ne leur faisons grâce
d'aucun rouage. Nous importons chez elles notre organisme
administratif si complexe et notre réglementation fiscale ,
notre coûteuse justice et notre enseignement classique
suranné, nos armées de fonctionnaires, et aussi l'argent de
nos contribuables.
Ce concept est celui des peuples latins. Il a le tort grave
de ne tenir compte ni de la diversité des milieux ni de la
mentalité différente des races.
Pour l'Anglo -Saxon, au contraire , chaque colonie est
une collectivité distincte ayant des ressources propres et
des intérêts particuliers, s 'organisant au fur et à mesure
qu'elle se développe, subventionnée éventuellement par la
métropole, mais soucieuse avant tout de créer ses finances
et son crédit, jusqu'au moment où elle arrive au « self
supporting », c'est-à -dire à une situation telle qu'elle peut
subvenir à tous ses besoins. La tutelle du pouvoir métro
politain diminue d' ailleurs en raison de la puissance finan
cière de la colonie . Un peu plus de liberté est la récom
pense normale d 'une habile administration .
Cette politique explique l'admirable développement et la
prospérité des colonies anglaises. Depuis que, sur l'heu
reuse initiative de M . le sous-secrétaire d 'État Étienne, elle
a été appliquée à la Guinée française, à la Côte d 'Ivoire et
E
ÉE OLON IAL
30 L 'ANN C
au Dahomey, ces colonies n 'ont reçu du budget de l'État
aucune sorte de subside sous quelque forme que ce soit .
Leur vitalité cependant s'affirmede jour en jour davantage,
et leur importance commerciale s 'accroît dans de telles pro
portions que l'expérience peut être considérée comme déci
sive .
C 'est pourquoi la Commission pense que cet exemple doit
être suivi et que le premier principe dont l'adoption s'impose
à l'Administration coloniale est celui- ci : « Les colonies dis
posent de tous leurs revenus ; elles supportent toutes leurs
dépenses. »
Remarquons immédiatement qu'une très grande partie des
dépenses militaires à l'extérieur sont faites non dans un
intérêt purement colonial, mais dans un intérêt national
incontestable . Les dépenses qui ont ce dernier caractère ne
sauraient équitablement incomber aux colonies, et, de ce
chef, un départ est nécessaire. Il serait délicat et risquerait
de provoquer des récriminations. Son utilité , au surplus,
n 'est pas immédiate, car la situation financière de nos éta
blissements d 'outre-mer ne leur permettra pas d 'acquitter,
dès à présent, l'ensemble de leurs dépenses civiles, y com
pris celles de la gendarmerie , chargée de la police intérieure,
et des subventions seront réclamées pendant quelques
années au Trésor public .
Dans ces conditions, il a paru préférable de laisser les
dépenses à la charge de l'État, qui dirige et entretient les
troupes, sauf à demander, le cas échéant, aux colonies des
contingents représentatifs des dépenses militaires effectuées
pour leur compte.
La Commission a été ainsi amenée à adopter la formule
suivante :
1. — Toutes les dépenses civiles et de la gendarmerie sont
supportées , en principe, par les budgets des colonies.
Des subventions peuvent être accordées aux colonies sur
le budget de l'État.
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 31
Des contingents peuvent être imposés à chaque colonie
jusqu'à concurrence du montant des dépenses militaires qui
y sont effectuées.
Ces dispositions font disparaître la catégorie desdépenses
dites « de souveraineté » ; elles modifient profondément les
sénatus-consultes, et, pour ce motif,elles doivent être sanc
tionnées par une loi.

Examinons maintenant quelle peut être, au point de vue


financier, la portée d 'une pareille réforme. Le budget du
Ministère des colonies pour l'exercice 1899 prévoit une dé
pense totale de 83 millions en somme ronde. Sur ce chiffre ,
9.300.000 francs concernent les services pénitentiaires , ser
vices d'État ; 58 millions sont destinés aux servicesmilitaires;
enfin 7. 500. 000 francs se rapportent aux dépenses de l’Ad
ministration centrale , encouragements et subvention à des
entreprises d 'intérêt public, telles que chemins de fer et
câbles sous-marins.
Les dépenses réellement imputables aux colonies et sus
ceptibles d 'être incorporées dans les budgets locaux ne dé
passent donc guère 9 millions, à savoir :
Dépenses civiles. . . 7 . 770 .000
. . .. . . . . . . . . .
Dépenses de gendarmerie ... .... 2 . 206 . 000
Le total de.. 9 .976 .000

représente , toutes réserves faites au sujet des dépenses


militaires, le maximum des économies réalisables , quand la
réforme produira son plein effet . Mais ce résultat ne peut
pas être atteint immédiatement.
Les budgets des colonies n 'ont pas une élasticité suffisante ;
les finances locales manquent, en général, de solidité, et il
est indispensable de procéder avec ménagements .
La Commission ne s'est pas arrêtée aux budgets de la
Guinée, de la Côte d 'Ivoire et du Dahomey. Ces colonies,
L'ANNÉE COLONIALE
comme on l'a déjà dit, acquittent toutesleurs dépenses et ne
demandent rien au budget de l'État.
L 'administration et la comptabilité de la Côte des Somalis
ont jusqu'à présent laissé à désirer, au point que ni les bud
gets ni les comptes de cette possession n 'ont pu être repré
sentés. La subvention annuelle de la métropole paraît avoir
alimenté presqu'exclusivement le budget local. Grâce à des
mesures d 'ordre prises récemment, une gestion financière
plus correcte est assurée . La subvention , ramenée à
40.000 francs pour l'exercice 1899, sera progressivement
réduite, de manière à être supprimée dans une période de
cinq ans. La Côte de Somalis devra alors équilibrer ses
recettes et ses dépenses.
La Commission n 'a pas examiné non plus les budgets
locaux des différents États de l'union indo -chinoise, ceux
du Soudan, du Congo et de Madagascar. L 'Indo- Chine
acquitte toutes ses dépenses civiles , à l'exception d'une
somme de 27.505 francs, prévue au budget général pour le
service du Trésor en Cochinchine ,et qui peut être facilement
incorporée au budget local de cette colonie. L 'Indo-Chine
pourvoit, en outre, à une portion de ses dépenses militaires.
Peut-être une étude détaillée des budgets locaux aurait
elle permis de rendre cette participation plus large.Mais la
création d'un budget général de l'Indo -Chine, la réorganisa
tion des principaux services, entreprise par le gouverneur
général, l'institution d 'une caisse des retraites, et la prépa
ration de grands travaux publics , placent notre Empire
d 'Extrême-Orient dans une situation exceptionnelle et
inaugurent, pour ainsi dire, une seconde période d 'essais . Il
paraît sage d'attendre les résultats de cette nouvelle expé
rience et d'accorder encore quelque crédit à l'administration
locale.
Le Soudan est une sorte de marche militaire aux confins
du Sénégal et des autres colonies françaises de la côte occi
dentale d 'Afrique. Ses limites ne semblentpas définitivement
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 33
fixées. Il est probable que l'extension des colonies côtières
vers l'intérieur se fera aux dépens des territoires soudanais,
donton peutmême prévoir l'absorption à peu près complète .
Quoi qu'il en soit de l'avenir réservé à cette possession , son
organisation actuelle est trop rudimentaire pour que son
budget soit susceptible d 'être examiné avec fruit.
Il en est de même du Congo et de Madagascar, colonies
naissantes , insuffisamment reconnues, organisées à peine, et
au sujet desquelles les critiques seraient prématurées et les
marchandages périlleux.
D 'ailleurs la haute administration de ces pays est entre
les mains du Ministre des Colonies , qui a pleine liberté
d'orienter leurmarche dans la voie qu'il aura choisie, et de
donner à ses agents les indications qu 'il juge les plus profi
tables et les plus fécondes , sans être gêné, dans son initia
tive, par l'intervention de pouvoirs locaux indépendants.
Nous n 'aurons donc sur ce point qu 'un vou à exprimer :
c'est que M . le Ministre veuille bien , sans prendre souci des
formules et des tendances assimilatrices, organiser ces éta
blissements nouveaux suivant les besoins et les intérêts de
chacun, les mettre à même de subvenir à leurs dépenses le
plus rapidement possible , et les inviter à poursuivre leur
développement rationnel au moyen de leurs ressources
propres ou de leur crédit.
En raison des considérations quiviennent d 'être exposées,
le travail de la Commission s 'est trouvé réduit à l'examen de
dix budgets locaux. Les dix colonies intéressées sont, au
point de vue économique et financier, qui doit nous toucher
plus particulièrement, dans des situations différentes . Si,
chez quelques -unes , des gestions relativement prudentes et
économes ont créé des finances prospères, la plupart n 'ont
su donner à leurs budgets qu 'un précaire équilibre et se
débattent au milieu de difficultés que des crises agricoles et
commerciales réelles expliquent insuffisamment.Chez toutes,
l'abus des dépenses improductives ou parasitaires absorbe
34 L'ANNÉE COLONIALE
le plus clair des revenus, et le déplacement des responsabi
lités qui, en définitive, retombent sur le budget métropoli
tain , a fait naître la plus fâcheuse des imprévoyances.
La Commission aurait désiré trouver dans les budgets
qu 'elle a étudiés des renseignements précis sur l'exécution des
budgets précédents .Les comptes administratifs des exercices,
malgré les prescriptions de l'article 107 du décret du 20 no
vembre 1882, sont produits tardivement, et l'on ne peut guère
comparer les prévisions de l'exercice 1899 qu'avec les résul
tats de l'exercice 1893. Le règlement des exercices intermé
diaires a cependant donnénaissance à des déficits qu'il serait
sage de combler ou à des excédents précieux à utiliser. Les
uns et les autres nous échappent.
Grâce à ce système, les caisses deréserve quidoivent s'ali
menter exclusivement au moyen des excédents de recettes
peuvent posséder un actif, alors que la colonie est grevée
d 'un passif considérable . Un exemple de ce genre est fourni
par la Guadeloupe, qui possédait, en 1898 , 76 .887 francs à
sa caisse de réserve, tandis qu'elle avait une dette arriérée
de plus de 1. 200.000 francs.
Afin de remédier à de tels inconvénients, il serait désirable
que les budgets locaux fussent reliés les uns aux autres au
moyen d 'un budget additionnel ou d 'un budget rectificatif,
comme le sont, en France, les budgets des communes ou
ceux des départements. Les résultats des gestions se trans
mettraient ainsi d'exercice en exercice, et la situation finan
cière des colonies apparaîtrait avec plus de précision .
Mais c'est là une question de comptabilité sur laquelle la
commission a cru devoir se borner à exprimer un væu. Elle
prie M . le Ministre de vouloir bien le transmettre, pour une
étude plus approfondie, à la Commission spéciale instituée,
au ministère des colonies, sous la présidence de M . Hérault.
Au surplus, l'insuffisance de renseignements signalée , si
regrettable qu'elle soit, n 'a pas empêché la Commission de
conclure.
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 35

Tenant compte de tous les intérêts en cause, elle a divisé


les colonies en deux groupes : celles qui peuvent, dès à pré
sent, subvenir à toutes leurs dépenses civiles et celles qui
le pourront seulement dans un avenir plus ou moins éloigné.

PREMIER GROUPE
Sénégal, Guyane, Réunion
1° SÉNÉGAL
La colonie du Sénégal a pris la louable initiative de déga
ger le budget de l'État d 'une partie des charges qu 'elle
occasionne. Elle acquitte déjà les dépenses du gouverne
ment général et celles de la gendarmerie . Abstraction faite
des dépenses militaires et de la garantie d 'intérêt à servir à
la Compagnie du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis, elle
ne figure plus au budget général que pour 181.736 francs de
dépenses civiles. Si on déduit de cette somme le contingent
de 47.085 francs, payé au Trésor public, on dégage une
dépense nette de 134.651 francs , que la colonie peut dès
maintenant prendre à sa charge, sauf à réaliser une égale
somme d 'économies.
La situation financière du Sénégal est bonne. Sa caisse
de réserve possède 1 .108. 206 francs . Le budget de 1899 ,
supérieur au budgetmoyen des dix dernières années, s'élève
à 4.378 .865 francs. Le service des intérêts et de l'amortisse
ment de la dette publique exige une prévision annuelle de
392.328 francs, soit environ 9 0 /0 du revenu .
Les ressources provenant de l'impôt proprement dit
atteignent 3 .500.000 francs. Si l'on évalue la population à
1.170. 000 âmes, la contribution de chaque habitant ressort à
un peu moins de 3 francs . Même en admettant que les trois
quarts des indigènes échappent à l'impôt, ce qui paraît
exagéré, la part de chaqueimposé n 'atteindraitpas 12 francs ,
et serait susceptible d'un relèvement, en cas de nécessité.
36 L 'ANNÉE COLONIALE

Enfin les budgets régionaux qui participent déjà aux


dépenses du service local peuvent être appelés à y partici
per dans une plus large mesure.

2° GUYANE

Indépendamment de ses dépenses militaires, la Guyane


demande au budget général 247.652 francs de dépenses
civiles et 215.616 francs de dépenses de gendarmerie,
Au total. 463. 274
Elle verse au Trésor à titre de contingent.. . . . . . . . . 70 .075
La différence à incorporer au budget local est de. . 393.199
La colonie pourrait supporter aisément cette charge nou
velle : mais il faut considérer que la Guyane ayant été choi
sie comme lieu de transportation et de relégation , les
dépenses de gendarmerie nécessitées par la présence de
l'élément pénal, doivent, en partie, incomber à l'État. Nous
proposons d 'inscrire immédiatement l'ensemble desdépenses
au budget de la colonie en lui allouant une subvention de
190 .000 francs. La charge supplémentaire qui lui incombe
s' élèvera par suite, à 203.199 francs.
Les finances locales sont en excellent état. L 'avoir de la
caisse de réserve dépasse le maximum réglementaire , fixé à
1 million , et les excédents de recette , constatés en fin du
dernier exercice , se sont ajoutés aux recettes ordinaires de
l'exercice courant. Il n 'y a pas de dette publique. Le budget
de 1899 est arrêté à 3.026 .749 francs, chiffre supérieur à la
moyenne des dix derniers budgets. Les dépenses faculta
tives, toujours grossissantes, s'élèvent à plus du double des
dépenses obligatoires. Ces dernières mêmes présentent des
majorations de 30 et 40 0/0 sur les chiffres fixés par le pou
voir métropolitain . L 'impôt est demandé principalement à
l'industrie aurifère, aux douanes et aux taxes de consomma
tion. Celles-ci frappent lourdement l'administration péniten
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 37

tiaire, qui est un des plus grands consommateurs de la colo


nie . Il n 'était pas sans intérêt de faire cette remarque avant
de constater que la répartition des impôts sur une population
de 26 .000 habitants fait ressortir une charge moyenne de
85 francs par tête.

3° RÉUNION

La colonie de la Réunion n 'a pas de dette publique . Sa


caisse de réserve contenait, à la fin de l'année 1898 ,
2 .320 .898 francs, chiffre supérieur au maximum fixé par le
décret du 29 novembre 1882. Sa seule obligation consiste en
une subvention annuelle de 160.000 francs au chemin de fer
et au port.
Elle a pu , l'an passé, consentir à la banque locale une
libéralité de 1.500 .000 francs, payable en 15 annuités ; elle
prête sans intérêt, à la ville de Saint-Denis, des sommes
qui excèderont un demi-million. Elle n 'a pas songé à dégre
ver l'État des charges cependant considérables qu 'elle lui
impose .
Mêmeen négligeant la garantie d'intérêt payée au chemin
de fer et au port et les dépenses militaires, la colonie de la
Réunion est inscrite au budget général pour 513.565 fran cs
de dépenses civiles et 371.270 francs de dépenses de gendar
merie , soit 888.835 francs au total. Elle verse au Trésor
145.576 francs, ce qui réduit à 743.259 francs les dépenses à
imputer au budget local.
Les cinq derniers budgets s 'étant réglés par des excé
dents des recettes dont la moyenne n 'est pas inférieure à
500.000 francs, la colonie paraît en mesure de supporter une
charge supplémentaire de 400. 259 francs et n'aura besoin
que d'une subvention de 343.000 francs pour suffire à la
totalité des dépenses incorporées à son budget.
Le taux de ses impôts est seulement de 20 fr. 60 par habi
tant.
L 'ANNÉE COLONIALE

DEUXIÈME GROUPE

Mayotte, Inde,Martinique, Guadeloupe, Saint-Pierre


et Miquelon , Taïti, Nouvelle -Calédonie
4° MAYOTTE

A la suite du cyclone et des inondations qui ont éprouvé


Mayotte dans le courant de l'année 1898, l'État a consenti à
la colonie une avance de 500 .000 francs, remboursable sans
intérêts et par annuités de 25 .000 francs à partir de 1903 .
N ’était une pareille obligation , fort lourde pour un budget
de 240 .000 francs , encore mal équilibré, la colonie aurait pu,
en s'organisant plus économiquement, supporter une grande
partie , sinon la totalité des dépenses qu'elle occasionne à
l'État.
Celles -ci, prévues au budget général de 1899, pour
39.983 francs (y compris 5. 380 francs de dépenses dites
militaires : personnel comptable et matériel des hôpitaux)
sont ramenées à 32.463 francs par déduction du contingent
de 7 .520 francs versé au Trésor public par la colonie .
La somme de 39, 993 francs devant rester à la charge du
budget local, nous proposons d 'allouer à Mayotte une sub
vention de 30 .000 francs. Cette subvention , réductible chaque
année de 5 .000 francs, devrait disparaître dans un délai de
six ans.
Les impôts perçus à Mayotte sont de 18 fr. 25 par habi
tant.
° INDE

Les recettes des établissements français de l'Inde dé


croissent d 'année en année . Le budget des dépenses est
cependant plus élevé qu'il n 'était il y a dix ans. Il atteint,
pour 1899, 1.800 .000 francs environ.
Le service de la dette exige annuellement 100 .722 francs.
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 39

L 'impôt est de 5 fr. 34 par habitant. On sait que, dans


· l'Inde anglaise, il varie pour les indigènes de 7 fr . 50 à
15 francs.
Malgré les économies qui pourraient être réalisées dans
les différents services, la colonie de l'Inde est dans une situa
tion financière et commerciale qui ne lui permet pas , avec
ses ressources actuelles, de prendre à sa charge les dépenses
civiles inscrites pour son compte au budget de l'Etat et qui
s 'élèvent à 266 .793 francs, somme réduite à 232.583 francs
par le versement d 'un contingent de 34.212 francs.
La Commission est d 'avis qu 'il serait équitable de restituer
aux établissements français de l'Inde la rente de 426 .000 rou
pies servie par le Gouvernement britannique et perçue jus
qu 'à ce jour par le Trésor public , et d'imposer en retour au
budget local le payement des dépenses de toute nature occa
sionnées par la colonie .
La Commission n'a pas cru devoir s'arrêter aux objections
de pure forme présentées plusieurs fois par le département
des finances et renouvelées récemment dans une dépêche
adressée, le 27 mars dernier, par M . Peytral à son collègue
des colonies. Elle estime que, si la colonie de l'Inde n' a pas
été partie contractante dans les traités de 1815, elle a été
partie intéressée , et que c'est en son nom que le Gouverne
ment français a stipulé. Une rente de 426 .000 roupies ne
peut pas être sérieusement envisagée comme un dédomma
gement de la perte de l'empire français des Indes, tandis
qu'elle se justifie tout naturellement, si on la considère
commeune compensation accordée en échange de la renon
ciation au commerce du sel. Cette renonciation a été faite
pour le compte des établissements de l'Inde. C 'est la colonie
qui a souffert et qui souffre de cette entraveapportée à son
commerce. C 'est elle qui doit bénéficier du prix dont on a
payé l'abandon d'un de ses droits.
L'ANNÉE COLONIALE

6º MARTINIQUE

LaMartinique figure au budget de l'État pour 509.240 francs


de dépenses civiles et pour 430 .900 francs de dépenses de
gendarmerie . Le total de 940 .149 francs est ramené à
793.067 francs,après déduction du contingent de 145.082 fr.
payé par la colonie au Trésor public.
Le budget local de 1899 atteint 6 .320 .700 francs. Il com
prend une prévision de 1 .300 .000 francs de travaux extraor
dinaires à exécuter au moyen d'un emprunt d'égale
somme.
Le budget ordinaire de 5.020 .700 francs est sensiblement
égal aux budgets moyens des dix dernières années, dont
les résultats ont été satisfaisants et qui ont légué à la caisse
de réserve un avoir de 447. 157 francs.
Le service de la dette publique exige une dépense annuelle
de 322. 304 francs , qui sera portée à 363.038 francs, après
réalisation de l'emprunt de 1 .300 .000 francs projeté. Elle
représentera environ 7 0 /0 des revenus locaux .
La part d 'impôt payée par chaquehabitant n'est pas supé
rieure à 23 fr. 20 .
Il est possible, au moyen de sérieuses économies, de pro
curer au budget local de la Martinique des disponibilités
qui lui permettent d 'acquitter les dépenses civiles aujour
d'huià la charge de l'État. Pour réaliser ces économies, on
devra apporter, dans l'organisation des services et dans les
méthodes administratives des réformes qui ne sauraient être
l'ouvre d'un jour, d'où la nécessité de ne faire appel que
progressivement aux finances locales . Pendant la première
année la Martinique, exonérée, comme d'ailleurs toutes les
autres colonies , des contingents qu'elle verse au Trésor,
recevrait une subvention de 600 .000 francs, moyennant quoi
elle assumerait la charge desdépensesciviles et des dépenses
de gendarmerie. La subvention serait ensuite graduellement
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 41
diminuée jusqu 'à suppression complète . Le prochain budget
local se trouverait ainsi grevé d'une dépense nouvelle qui ne
dépasserait pas 195.067 francs.
7° GUADELOUPE

Les mêmes tempéraments s'imposent avec plus de force


encore à la Guadeloupe. Des économies analogues et tout
aussi considérables y peuvent être obtenues; mais ce
malheureux pays traverse une crise économique et sociale si
douloureuse , ses finances, imprudemment gérées , sont en si
mauvais état, qu'on ne saurait user de trop de ména
gements .
Lebudget localde l'exercice 1899 , arrêté à 6 .699. 259francs ,
est grevé d 'une dette de 1.227.317 francs , reliquat des exer
cices antérieurs, et il est pourvu à son équilibre au moyen
de trois emprunts s'élevant ensemble à 1 .470.000 francs.
Cette liquidation permettra de ramener les budgets suivants
à la moyenne normale de 5. 300 .000 francs environ . La dette
publique sera, il est vrai, augmentée ; mais l'amortissement
ne nécessitera qu’une annuité de 390.939 francs, représen
tant 7 fr. 37 0 /0 du revenu .
L'impôt, d'ailleurs, ne pèse pas trop lourdement sur le
contribuable ; il est de 27 fr. 82 par habitant.
Lorsque le malaise actuel sera dissipé, la colonie de la
Guadeloupe, si elle veut entrer dans la voie des économies
pourra sans grande difficulté supporter l'ensemble des
dépenses civiles inscrites au budget général. La métropole
acquitte présentement 581.417 francs de dépenses civiles et
469.605 francs de dépenses de gendarmerie , soit un total
de 1.031.017 francs atténué par un contingent de
152.000 francs.
Le transport d'une pareille charge du budget de l'État au
budget local nécessitera, pour le prochain exercice, une
subvention de 800.000 francs , à diminuer d'année en année,
comme il a été dit à l'ocasion de la Martinique.
L'ANNÉE COLONIALE
Par suite de ces dispositions transitoires, le budget local
de la Guadeloupe, pour l'exercice 1900, dégrevé du contin
gent ancien , comporterait une dépense nouvelle de
99 .017 francs seulement.

8° SAINT- PIERRE ET MIQUELON

Les dépenses de l'État aux îles Saint-Pierre et Miquelon


comprennent, indépendamment des dépenses militaires,
63.323 francs de dépenses civiles et 59.120 francs de
dépenses de gendarmerie . Le total de 128 .443 francs se
ramène à 114.571 francs, si l'on tient compte du contingent
de 13.872 francs versé au Trésor public .
La colonie n 'a pas de dette publique. Sa caisse de réserve
possède 117. 484 francs . Les dépenses locales diminuent
dans des proportions assez appréciables. Il est possible
d 'aller plus loin encore dans la voie de l'économie . La part
d'impôt incombant à chaque habitant s'élève, il est vrai,
à 62 fr. 46 ; mais il ne faut pas perdre de vue que l'impôt
demandé presque exclusivement aux taxes de consomma
tion est supporté en réalité par la nombreuse population
flottante qui fréquente les lieux de pêche à la saison d 'été .
Mais , quelque satisfaisante que paraisse la situation de la
colonie , il n 'est pas possible de mettre immédiatement à sa
charge la totalité des dépenses civiles et de gendarmerie
supportées par le budget général. Leur incorporation au
budget local nécessistera, pour le prochain exercice, une
subvention de 100.000 francs, susceptible , comme d 'ailleurs
toutes les subventions, de réductions successives. Dès la
mise en vigueur du régime nouveau, la colonie sera tenue
à une dépense supplémentaire de 14 .571 francs.

9° NOUVELLE - CALÉDONIE

La Nouvelle -Calédonie est une colonie en voie de forma


tion et une colonie pénitentiaire. Si, d 'un côté , elle est
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 43

obligée de consacrer toutes ses ressources, encore mimines,


à la constitution de son outillage économique, au recrute
ment de ses colons et au soutien de ses municipalités
naissantes, l'Etat est tenu, d 'autre part, d 'assurer la sécurité
de l'île contre les éléments pervers qu'il y a accumulés. Les
dépenses de la gendarmerie incombent donc équitablement
au budget général. Elles s'élèvent à 524.740 francs. Les
dépenses civiles (déduction faite de la garantie payée à la
Compagnie des Câbles français) atteignent 312.904 francs .
Le total de 837.644 francs doit être incorporé au budget
local par application du principe adopté par la Commission .
Mais, en face de ces charges nouvelles, il convient demettre
comme recette correspondante, une subvention de
770.000 francs . En tenant compte de la suppression du
contingent de 60.400 francs, la dépense supportée par le
budget local n 'est pas supérieure à 7.244 francs .
L'état des finances de la colonie ne permet pas d 'aller au
delà .
Le budget, arrêté, en 1899, à 2.779.800 francs, comprend
pour l'amortissement de la dette publique une annuité de
230.000 francs soit 8 , 25 0, 0 des revenus. Cette proportion
s'aggravera encore s'il estdonné suite à l'emprunt projeté
de 10 millions. L 'impôt est de 34 fr. 46 par habitant.
La Nouvelle -Calédonie qui a , jusqu'ici, péniblement équi
libré ses budgets, subi le krack financier de sa première
banque locale , et dont l'industrie minière a traversé de
pénibles épreuves, est aujourd 'hui en voie de relèvement. Il
convient de lui accorder quelque crédit. Débarrassée de la
transportation , elle diminuera ses frais de police et d'occu
pation et ne tardera pas à prendre à sa charge les dépenses
qu'elle occasionne aujourd 'hui à la métropole .
L 'ANNÉE COLONIALE

10° ÉTABLISSEMENTS DE L 'OCÉANIE


La valeur de ces établissements ne justifie pas, aux yeu x
de la Commission , les sacrifices relativement considérables
demandés aux contribuables français. Le budget général
prévoit, en effet (indépendamment des dépenses militaires) ,
212.065 francs de dépenses civiles et 135.654 francs de
dépenses de gendarmerie, au total 347.719 francs, chiffre
qui est ramené à 315 .038 francs, par déduction du con
tingent de 32.681 francs versé par la colonie au Trésor
public .
Malheureusement la situation financière des établisse
ments de l'Océanie , malgré une légère tendance à l'amélio
ration , est mauvaise. La colonie a une dette de 151.626 francs
envers la métropole , reliquat d 'exercices antérieurs en
déficit. L 'équilibre des budgets est précaire ; les dépenses
locales ont légèrement augmenté depuis dix ans.
La répartition de l'impôt donne 42 fr. 40 par habitant. Il
est donc indispensable de rechercher toutes les économies
possibles. Elles ne sauraient, en dépit des bonnes volontés ,
atteindre, pour la première année, un chiffre bien élevé.
Le budget local ayant à supporter, dorénavant,
347.717 francs de dépenses civiles et de gendarmerie , nous
proposons de lui accorder une subvention de 250. 000 francs .
Comme il sera , en outre, exonéré du contingent, c'est une
charge supplémentaire de 65.038 francs quiva lui incomber.
Ce dernier chiffre n 'a, d'ailleurs, dans la pensée de la
Commission , que le caractère d 'une simple indication . Elle
espère qu'il s'accroîtra d 'année en année.

III

Voici la récapitulation des économies que nos propo


sitions permettent de réaliser. La colonie de l'Inde, qui
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 45

soulève une question préjudicielle, n 'est pas comprise dans


ce calcul :

Dépenses civiles et de la gendarmerie inscrites au budget


général . . . . . . 4.878 .860
A déduire :
1° Dépenses maintenues à titre de sub
ventions . . . . . . . . . . . . . . .. . 3 . 075 .000
2º Contingents supprimés entraînant une dimi
nution de recette . . . 674 . 291
TOTAL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3. 739. 291 3 .739 .291
Différence constituant l'économie nette . . . . . . 1 . 139 .569

La somme est modeste, sans doute ; mais le principe est


affirmé, et son application soutenue ne peut manquer
d 'amener des résultats plus appréciables.
On ne saurait reproduire à cette place les détails de
l'examen auquel la Commission s'est livrée sur les dif
férents budgets locaux. Elle emporte de ce travail la con
viction bien arrêtée que les ressources de nos colonies ne
sont pas judicieusement utilisées, que les dépenses impro
ductives sont les plus nombreuses, que les dotations des
principaux services sont exagérées et les libéralités de
toute nature abusives. Il lui eût été facile de citer des
exemples et des chiffres. Elle se bornera à indiquer les
grandes lignes des réformes qu'elle juge nécessaires , ne
voulant pas se substituer à l'administration dont la tâche
est précisément de corriger les abus, de redresser les
erreurs , de mettre fin aux traditions dangereuses.
L 'utilité, l'urgence même de mesures réformatrices ne
sont plus guère contestées.
Il y a plusieurs années déjà qu'un rapporteur du budget
colonial à la Chambre constatait que les frais d'adminis
tration atteignent, aux colonies, 1 fr. 13, par habitant,
alors qu 'elles ne dépassent pas 23 centimes en France.
Les publicistes coloniaux et les hommes politiques ont
fait, depuis, d 'autres constatations tout aussi suggestives .
46 L 'ANNÉE COLONIALE
Dans un rapport récemment publié, la Chambre d'agri
culture de la Pointe-à -Pitre s'exprime ainsi : « Notre bud
get colonial est de 5 millions, celui des communes de
2 millions et demi, ce qui fait un total de 7 millions et
demi, qui se dépensent et se gaspillent en dépenses admi
nistratives, et la production de la colonie est à peine de
15 millions, 16millions dans les années les plus favorables.
Nos dépenses administratives s'élèventdonc à 50 0 /0 de notre
production . C 'est là une énormité . »
L 'énormité, hélas ! n 'est pas à la Guadeloupe. Si cette
colonie a 1 .152 fonctionnaires pour une superficie de
160 .262 hectares ,
La Martinique possède 973 fonctionnaires pour 98.782 hec
tares ;
La Réunion possède 904 fonctionnaires pour 260.000 hec
tares ;
L 'Inde possède 481 fonctionnaires pour 50 .800 hectares ;
Mayotte possède 147 fonctionnaires pour 37.000 hec
tares ;
Saint-Pierre et Miquelon possède 107 fonctionnaires pour
24.500 hectares;
Taïti possède 235 fonctionnaires pour 104.200 hectares ;
Aussi ne faut-il pas s'étonner que les frais de régie
absorbent une grande partie du rendement des impôts.
Le service de l'enregistrement coûte :
P . 100 des recettes .

A la Guyane .. . . . 14
A Mayotte . . . . . .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
A la Martinique . . . 23 , 40
A la Nouvelle -Calédonie le . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 ,50
A la Réunion . .. .. ..
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 ,68
A la Guadeloupe . . . . 32, 85
A Taïti . . . 37 ,50
Au Sénégal !. . . . . . 39

1 . L 'abaissement du taux des remises et l'attribution aux percepteurs, agents


actifs du recouvrement des amendes, confié aux receveurs de l'enregistrement,
agents sédentaires, paraissent devoir remédier à cette situation . La seconde
mesure autoriserait la suppression de quelques bureaux .
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 47

Le service des douanes est un peu moins dispendieux.


A Taïti, à Saint-Pierre et Miquelon, à la Nouvelle -Calé
donie, au Sénégal, à Mayotte, les frais n 'atteignent pas
10 0, 0 du revenu . Mais ils sont :
P . 100 .
A la Guyane, de . . . . . . .. 15 , 50
A la Guadeloupe, de. . ., 21, 90
A la Martinique , de . . .. 23 ,50
A la Réunion , de . . . .. 39, 50

Dansles colonies où le service des contributions indi


rectes n 'a pas été fusionné avec le service des douanes,
les dépenses de cette régie sont tout aussi élevées. Elles
atteignent :
P . 100 .
A la Réunion . . . .. 12, 35
A la Guadeloupe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 , 73
A la Martinique . . . . . . 27 ,60

On est en droit de se demander pour quels motifs , dans


ces trois colonies, les douanes et les contributions ne
forment pas un service unique.
Au lieu de faire appel aux initiatives privées ou de venir
en aide aux industriels déjà établis , la plupart des Gouver
nements coloniaux entretiennent des imprimeries spéciales.
Ces établissements , pourvus d 'un nombreux personnel,
mal surveillés , tant au point de vue technique qu'au point
de vue administratif et financier , accusent tous les ans,
dans leurs comptes d 'exploitation , des excédents de
depenses assez considérables. Sans doute l'écart entre la
depense et la recette représente le prix des impressions
olncielles ; mais ne trouvera- t-on pas ces prix exagérés ?
Ils sont de :
francs
A Saint-Pierre et Miquelon . . . . 10 .000
Dans l'Inde . . .. . . . . . . .. . . . .. . . . . . . .. . . .. . . . 18 . 000
A Taïti . . . . . . . . . . 35 . 000
En Guyane . . . . . . . . . 57 . 000
Au Sénégal et à la Guadeloupe . .. . .. 60 .000
A la Martinique . . . . . 63 .000
E
48 L 'ANNÉE COLONIAL
On peut dire sans hésitation ou qu'il y a abus d 'impres
sions, ou que les prix de revient sont exorbitants . Les
colonies qui ont supprimé leurs imprimeries et confié leurs
travaux à l'industrie privée ont réalisé des économies.
C 'est un exemple à suivre partout où il sera possible de le
faire .
Le service de la poste et des télégraphes est un de ceux qui
exigent les plus grands sacrifices. Les dépenses excèdent
toujours les revenus; elles sont trois fois, quatre fois , cinq
fois et jusqu'à douze fois plus fortes.
Assurément il faut tenir compte des difficultés des com
munications, surtout pour les colonies comme Taïti et la
Guadeloupe, qui ont de nombreuses dépendances. Mais,
en réservant même une part assez large aux subventions
accordées aux entreprises de transport, le service postal
pourrait être assuré à moindre frais. Il est inutile , par
exemple, d 'installer dans les plus petits bourgs des bureaux
gérés par des receveurs. Sauf dans trois ou quatre centres
par colonie, des facteurs-receveurs ou des facteurs-boîtiers
seraient partout suffisants .
D 'une manière générale, s'il y a exagération dans le
nombre des fonctionnaires et dans la proportion des
emplois supérieurs par rapport aux emplois subalternes, il
y a également exagération dans les traitements qui leur
sont alloués et surtout dans les suppléments, indemnités,
frais deservice, de logement, de bureau et de gratifications
de toute nature qui sont distribués sans nécessité bien évi
dente , avec une générosité que n 'arrêtent point les plus
graves embarras budgétaires . Il conviendrait de procéder
sur ce point à une sévère revision, non pour supprimer les
allocations justifiées ou pour enlever aux fonctionnaires un
émolument légitime, mais simplement pour mettre fin aux
abus.
On avait pu penser que les dépenses si lourdes occa
sionnées par le personnel seraient sensiblement réduites , si
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES
le recrutement des fonctionnaires locaux s'effectuait, dans
la plus large mesure, parmi les natifs des colonies . Mais
les fonctionnaires de cette catégorie ont droit aux mêmes
appointements et aux mêmes allocations supplémentaires
que le personnel envoyé d'Europe. La Commission estime
que cette égalité de traitement n 'est pas justifiée . On con
çoit que le fonctionnaire venu d'Europe ou d 'une autre
colonie française reçoive, en considération de son dépla
cement et de son expatriation, un avantage pécuniaire qui
s'appelle, dans le cas particulier dont nous nous occupons,
le supplément colonial. Ce supplément l'aidera , en outre , à
se procurer le confortable nécessaire dans un pays nouveau
pour lui,et où il sera obligé de modifier parfois du tout au
tout son genre d 'existence . Ces raisons n 'existent pas pour
les natifs, quin 'abandonnent ni leur famille, ni leurs usages,
ni le genre de vie auquel ils sont habitués et qui, par suite ,
semblent devoir se suffire avec une rétribution inférieure .
Nous sommes d 'avis, en conséquence , et nous proposons à
M . le Ministre de décider que les fonctionnaires des ser
vices locaux recrutés sur place et servant dans leur colonie
d 'origine ne doivent recevoir que le traitement dit d 'Europe
attribué à l'emploi dont ils sont titulaires, le supplément
colonial étant réservé aux fonctionnaires envoyés de France
ou d 'une colonie française .
Il faut signaler enfin parmi les charges principales du plus
grand nombre des budgets locaux : l'instruction publique,
les subventions aux communes et les bourses, secours ou
subventions diverses .
Le droit de tous à l'instruction est sacré, et la diffusion de
Tenseignement est peut-être la plus grave et la plus délicate
des obligations qui s'imposent à l'Administration coloniale.
Il serait donc mauvais de marchander, en cette matière, les
sacrificesnécessaires.Mais il semble quel'instruction publique
n'est point partout très judicieusement organisée, que les
depenses sont peu en rapport avec les résultats obtenus et
50 L 'ANNÉE COLONIALE
que les éducateurs coloniaux visent plus à préparer des fonc
tionnaires qu'à former des colons. Une réorganisation de
cet important service aurait son utilité tant au point de vue
de l'enseignementlui-mêmequ'au pointde vue financier. Mais
elle ne doit être entreprise qu'à bon escient et après une
enquête générale ouverte dans les colonies et dirigée par des
spécialistes.
Une des questions qui se poseront aux enquêteurs sera
celle de savoir dans quelle proportion les communes doivent
participer aux dépenses de l'instruction primaire. Un décret
du 26 septembre 1890 a donné une solution sur ce point par
ticulier ; mais les prescriptions qu'il contient ne sont pas
complètement observées , et quelques budgets locaux con
tinuent à supporter les charges rejetées par les municipa
lités.
Celles-ci, d 'ailleurs, peu ménagères deleurs revenus, mul
tiplient les dépenses de personnel et, n 'ayant plus ensuite
les ressources nécessaires pour faire face à leurs obligations
normales , font appel à la générosité des autorités locales, de
qui elles sollicitent des subventions. Cette méthode à peu
près générale est des plus fâcheuses. En principe, et sauf
circonstances exceptionnelles, les communes doivent se suf
fire à elles-mêmes. Que si leurs revenus sontmédiocres, elles
n 'ont qu'à s'organiser modestement et à limiter leur person
nel au strict indispensable . De leur côté, les gouverneurs ne
sauraient exercer une trop grande surveillance sur l'établis
sement et l'exécution des budgets communaux. Il importe
que ces budgets s'équilibrent d 'eux -mêmes, les déficits étant
comblés non par des secours , mais par un emprunt ou par
une surélévation des taxes communales. Là est la responsabi
lité naturelle des municipalités.
Les résultats de la mauvaise gestion des communes ne
doivent pas plus retomber à la charge des colonies que les
résultats de la mauvaise gestion des colonies ne doivent
retomber à la charge de l'État.
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 51
Les libéralités consenties aux communes ne sont pas les
seules qui figurent sur les budgets locaux. On y trouve
encore, et la somme en est respectable, quantité de bourses,
secours et subventions accordée à des personnes ou à
des associations. Les dépenses de cette nature ne sont
pas toutes justifiées. Il serait peu équitable cependant
de les proscrire d 'une manière absolue . Elles ont leur
place légitime dans un budget bien ordonné. C 'est sur
tout une question de mesure , et la mesure, par malheur, n'a
pas toujours été observée. Les abus maintes fois signalés
tendent néanmoins à disparaître ; mais on pourrait encore
citer tel budget de l'exercice 1899 où ces dépenses sont supé
rieures à 330 000 francs et atteignent 5 0 / 0 de l'ensemble des
dépenses ordinaires .
La nécessité de pourvoir aux dépenses nouvelles reportées
du budgetde l'État obligera les autorités locales à renoncer
à leurs errements anciens et à se montrer moins prodigues .
Elles trouveront au chapitre des subventions, bourses et
secours, une mine précieuse d 'économies.
Hàtons-nous d'ajouter que, même résolues à faire des
reformes budgétaires et à diminuer les dépenses locales, les
colonies ne pourront aboutir, si elles n 'ont l'appui du Gou
vernement. Le pouvoir central règle, en effet, le chiffre des
dépenses civiles imputées au budget général et celui de
quelques dépenses inscrites aux budgets locaux : Secréta
riat général et douanes, par exemple .
Or de sérieuses réductions peuvent être opérées sur les
unes et les autres. Il est à désirer que les fixations nouvelles
soient arrêtées après entente entre les Conseils généraux et
les gouverneurs , d 'une part, et l'administration centrale,
d'autre part. La mise à la charge des colonies de dépenses
aujourd'hui supportées par l'État entraîne, comme consé
quence, le droit pour ces colonies de discuter l'étendue, et,
jusqu'à un certain point, l'utilitédes charges supplémentaires
qu'on leur impose. L 'intérêt bien compris de la métropole
52 L 'ANNÉE COLONIALE
lui fait un devoir de se prêter à cette discussion , d 'écouter
toutes les doléances et d 'accepter toutes les économies com
patibles avec la bonne marche des services. Une pareille col
laboration ne peut qu'amener d 'heureux résultats.
Sans prétendre apporter une solution préinaturée aux
questions qui ne manqueront pas de s 'agiter à ce sujet, la
Commission croit devoir donner quelques indications
relatives aux services du Trésor, de la Justice et des
Cultes .
· A ) Trésor . — Le budget général ne contribue que pour
une part assez faible (les traitements fixes des trésoriers
payeurs )aux dépenses des trésoreries coloniales.Les remises,
les frais de service et de transports de fonds incombent aux
budgets locaux. Cette dernière obligation a quelque impor
tance . Variable selon les colonies, elle représente au mini
mum 1 ,31 0 /0 des dépenses, 8 ,43 0 /0 au maximum et 3 0 /0
en moyenne. S 'inspirantdes mesures prises en France pour
ramener à des proportions plus équitables les émoluments
des trésoriers généraux, les autorités locales pourront entre
prendre utilement un travail de revision du taux des remises
attribuées à leurs comptables , et solliciter ,en outre, la réduc
tion des frais de service .
Elles parviendront ainsi, sans accroître la somme de leurs
dépenses et en réalisant même des économies , à prendre
à leur charge les traitements fixes de leurs trésoriers
payeurs .
La Commission ne peut s'empêcher de remarquer que,
seul des services financiersaux colonies, le service du Trésor
échappe à l'autorité légitime du Ministre des Colonies pour
être placé dans les attributions du Ministre des Finances.
Cette situation paraît de nature à perpétuer les abus. Elle .
est susceptible d'entraver bien des réformes, l'administration
des finances, étrangère aux questions coloniales, se
préoccupant surtout d'instituer une réglementation uni
forme, laquelle, adaptée aux besoins de la France
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 53

continentale , ne répond pas toujours aux besoins des


colonies .
Mais les modifications en pareille matière devant être
mûrement étudiées, nous nous bornerons à signaler l'intérêt
que présente cette question, et nous prions M . le Ministre
de vouloir bien la soumettre à la Commission spéciale de
comptabilité .
B ) Justice. — Les critiques dirigées depuis un certain
nombre d'années contre la composition des tribunaux colo
niaux ont été adressées principalement aux juridictions de
la Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion . Dans ces
colonies, dotées chacune d'une cour d 'appel à sept magistrats
etde deux tribunaux de première instance à trois juges,
le nombre des affaires diminue de jour en jour. Les dernières
statistiques judiciaires accusent, pour la cour de la Réunion,
51 arrêts rendus en matière civile ; 41 pour la cour de la
Martinique , et 21 pour la cour de la Guadeloupe. Dans
cette dernière cour, le nombre des arrêts rendus pendant
certaines années n 'a pas dépassé 12.
Si, à une époque déjà ancienne, la prospérité des colonies
productrices du sucre et l'augmentation du nombre des affaires
ontmotivé la promulgation du décret du 16 août 1852, qui
abandonnait le principe de l'unicité de juge et créait l'or
ganisation actuelle, les raisons inverses, c'est - à-dire la
déchéance économique des colonies et la diminution du
chiffre des affaires, ne doivent-elles pas amener un résultat
opposé et justifier le retour aux tribunaux composés d 'un juge
unique ?
Nilors de l'expérience antérieure à 1854, ni actuellement
dans les colonies ,où le principedu jugeunique est appliqué,
cette organisation ne paraît avoir donné lieu à des plaintes
sérieuses . Les jugements rendus le sont aussi rapidement
que devant les tribunaux à trois magistrats , avec un égal
souci des intérêts en cause et avec une égale science juri
dique. Il est même vraisemblable que le sentiment des
L 'ANNÉE COLONIALE
responsabilités se développe plus rapidement chez le juge
livré à ses seules lumières .
Le désir d'assimiler quand même et de doter les colonies
d 'une organisation judiciaire faite pour la métropole n 'est
pas une raison suffisante pour nous faire renoncer à l'unicité
de juge. Cependant, si les dispositions nouvelles qui inter
disent au juge chargé d 'une instruction de prendre part au
jugement sont rendues applicables aux colonies, le principe
que nous défendons sera susceptible d 'un temperament, et
les tribunaux de première instance devront comprendre un
juge président et un juge d 'instruction .
Sous cette réserve, la Commission demande dans toutes
les colonies la substitution de tribunaux de première instance
à juge unique aux tribunaux composés de trois juges .
On a exprimé la crainte que, dans des pays où les compé
titions et les luttes politiques sont ardentes, le juge unique
soit plus accessible aux influences extérieures. Rien n 'auto
rise pareille suspicion . Mais il est possible de fortifier
l'indépendance du juge en ne l'appelant pas à servir dans la
colonie dont il est originaire ou en édictant telle autre
mesure que le gouverneur jugera utile .
Le nombre même des tribunaux paraît susceptible de di
minutions, et l'Administration ne se refusera certainement
pas à rechercher s'il ne serait pas possible de supprimer les
juridictions de Saint-Pierre (Martinique) et Saint-Pierre
(Réunion ), sauf à les remplacer par des juges de paix à
compétence étendue.
En ce qui concerne les Cours d 'appel, la Commission ,
après mûr examen , reconnaît que , dans les colonies autres
que l'Indo- Chine etMadagascar, elles auront toutes facilités
de remplir leur mission avec quatre conseillers au maximum ,
dont trois sur le siège et un faisant l'office de Chambre des
mises en accusation .
Cependant la proximité de la Martinique et de la
Guadeloupe, ainsi que la similitude de la législation dans
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 55

les deux colonies, permettent de supprimer l'une des


deux cours actuellement existantes et de réunir les deux
ressorts en un ressort unique. Si cette proposition est
accueillie, la Cour d 'appel qui sera maintenue, devant
assurer le service des assises dans deux colonies, conser
verait le nombre desmagistrats qu'elle possède aujourd'hui.
Toutes ces réformes supposent au préalable l'abrogation de
la loi du 15 avril 1890 .
C ) Cultes. - - La Martinique et la Guadeloupe, de même
qu'elles peuvent être réunies en un ressort judiciaire unique,
pourraient ne former qu 'un seul diocèse ecclésiastique,
pour faire l'économie d 'un évêché. Mais les évêchés des
Antilles et de la Réunion , institués après entente avec la
Cour pontificale , ont été placés dans la même situation que
les évêchés concordataires de la métropole .La suppression de
l'un d 'eux ne saurait donc être prononcée qu'avec le consen
tement des deux parties contractantes. Le Gouvernement
appréciera s'il convient d 'ouvrir, à ce sujet, une conversation
diplomatique avec le Vatican .
Le personnel des cultes dans les colonies où il est rétribué
ou subventionné par l'Etat a déjà subi des réductions succes
sives. Ilne paraît pas qu'il puisse être diminué à nouveau .
Les colonies qui vont prendre cette dépense à leur charge
demeureront à l'avenir juges de leurs besoins et règleront
les effectifs de leur clergé local d 'accord avec le Ministre
des Colonies, sauf à se conformer aux conventions interna
tionales.
Au cours des observations qui précèdent, il n'a pas été fait
mention d'une catégorie de dépenses occasionnées par les
colonies ,mais ne figurant ni au budget colonial, ni aux
budgets locaux : ce sont les pensions. La Commission ,
résolue à dégager complètement le budget de l'Etat des
charges résultant pour lui des services civils aux colonies,
ne pouvait se désintéresser d'une question si importante .
Elle pense que, s'il convient de respecter tous les droits
56 L 'ANNÉE COLONIALE
acquis , il estindispensable de réserver formellement l'avenir ,
et elle émet le veu que, soit par la création de caisses
locales semblables à celle qui vient d 'être instituée en Indo
Chine, soit par un système d 'assurances privées, soit par
tout autre moyen à déterminer, le Gouvernement organise
le service des retraites du personnel local en dehors et sans
la participation du budget général. Les fonctionnaires
empruntés à des services métropolitains continueraient à
être régis, en ce qui concerne la retraite, par les lois et
règlements en vigueur dans les services auxquels ils appar
tiennent.

IV

Il nous reste maintenant à tracer les voies d'exécution et


à indiquer par quels moyens on fera rentrer dans la législa
tion le principe soutien de toute la réforme, à savoir : que
les colonies doivent se suffire à elles-mêmes.
Pour Saint-Pierre et Miquelon et Mayotte , qui n 'ont pas
de conseils élus, il suffira d 'inviter les gouverneurs à ins
crire désormais dans leurs budgets les dépenses qui doivent
y trouver place.
Dans les colonies qui sont dotées d'une représentation
locale , les seules dépenses susceptibles d 'être imposées
sont les dépenses obligatoires, et celles-ci sont limitative
ment énumérées soit dans les décrets constitutifs des
Conseils généraux, soit dans le sénatus-consulte du 4 juil
let 1866 . Or ni les dépenses du Gouvernement, du Trésor,
de la Justice et des Cultes, ni les dépenses de gendarmerie ,
ne figurent danscette énumération . Il est donc indispensable
de modifier sur ce point non seulement les décrets concer
nant les différentes colonies, mais encore le sénatus-consulte
de 1866 . C 'est pourquoi une disposition législative est
nécessaire.
On avait pensé tout d 'abord à saisir périodiquement le
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES
Parlement et à comprendre dans la loi annuelle de finances
la nomenclature et le maximum des dépenses obligatoires
de chaque colonie . C 'était mettre en mouvement, pour des
intérêts en somme peu importants , l'appareil législatif.
C 'était aussi s 'exposer à de sérieux inconvénients en cas de
vote tardif du budget général. Il a paru que l'intervention
du Conseil d'État agissant en vertu d 'une délégation per
manente présentait, pour les colonies ,une garantie suffisante
et constituait à la fois une procédure plus rapide. La nomen
clature et le maximum des dépenses obligatoires étant
arrêtés par décret rendu après consultation de la haute
Assemblée, le quantum de ces dépenses à inscrire à chaque
budget local serait voté par le Conseil général intéressé. Au
cas où les Conseils généraux et les gouverneurs ne tombe
raient pas d 'accord sur la somme nécessaire pour assurer
la bonne marche des services, cette somme serait fixée par
le Ministre, mais dans la limite du maximum déterminé par
décret.
Tel est l'objet de la deuxième formule que nous avons
l'honneur de proposer à M . le Ministre et qui est ainsi
conçue :
II.Les dépenses inscrites au budget des colonies pourvues
de Conseils généraux sont divisées en dépenses obligatoires
etdépenses facultatives.
La nomenclature et le maximum des dépenses obligatoires
sont fixés, pour chaque colonie, par décret en Conseil d 'État .
- Le montant des dépenses obligatoires est fixé, s'il y a
lieu , par l'Administration .
Il n'est pas dérogé aux règles actuelles en ce qui con
cerne les dépenses facultatives .
Par cela même que les colonies seront astreintes désor
mais à supporter toutes leurs dépenses, il est juste qu'elles
disposent de tous leurs revenus, et c'est pourquoi elles
doivent être exonérées des contingents qu'elles versent au
Trésor public .
L 'ANNÉE COLONIALE
Comme par le passé, les Conseils généraux auront à
déterminer les voies et moyens de l'exercice ; ils choisiront
la matière imposable et délibéreront sur l'assiette et les
règles de perception de l'impôt.
Seront seules exceptées les taxes douanières pour les
quelles la loi du 11 janvier 1892 a établi des règles de
compétence spéciale .
Les délibérations des Conseils généraux devront être
approuvées par décrets en Conseil d 'État.
Les Conseils généraux voteront les tarifs. Mais ici une
restriction a été jugée nécessaire. De graves abus ont été
commis dans la fixation des taxes perçues aux colonies .
Les assemblées locales n'ont pas toujours tenu compte des
forces contributives du pays, et les tarifs sont devenus, en
de certaines mains, une arme de guerre employée contre
toute une catégorie d 'industriels . On a vu récemment,
grâce à une surélévation de droits, une colonie récupérer à
son profit les avantages que la métropole accorde à l'in
dustrie sucrière coloniale pour la protéger, et mettre
ainsi la loi en échec.
Ces faits revêtent, au point de vue social, une gravité
exceptionnelle. Aussi pensons-nous qué le Conseil d 'Etat,
qui a mission d 'approuver les délibérations relatives à l'as
siette et aux règles de perception de l' impôt, devrait natu
rellement être appelé à fixer un tarif maximum . Dans cette
limite , les Conseils généraux conserveraient la faculté de
voter les tarifs à percevoir . Ils auraient donc et l'initiative
et la liberté nécessaire, et pourraient d 'ailleurs ,dans des cir
constances exceptionnelles, demander au Conseil d 'Etat l'au
torisation d'excéder les tarifsmaxima primitivement établis .
Ces règles nouvelles et la disposition transitoire qu'elles
comportent ont été résumées dans la formule suivante, qui
devra, comme les précédentes, être soumise aux Chambres,
et pourrait être incorporée avec elles dans la prochaine loi
de finances.
BUDGETS LOCAUX DES COLONIES 59

III. Les Conseils généraux des colonies délibèrent sur le


mode d'assiette et les règles de perception des contribu
tions et taxes autres que les droits de douane, qui restent
soumis aux dispositions de la loi du 11 janvier 1892.
Ces délibérations sont approuvées par les décrets en
Conseil d'Etat, qui fixent un tarif maximum des contri
butions et taxes.
Dans les limites de ce maximum , les Conseils généraux
statuent sur les tarifs .
Les tarifs actuels des taxes seront considérés comme des
maxima, si un décret en Conseil d 'État, rendu après avis du
Conseil général, n 'intervient pas pour en modifier les taux.
La réforme dont nous venons d'exposer les détails essen
tiels estmodeste. Elle n 'est pas cependant sans importance,
en ce sens qu'elle marque l'abandon des vieilles méthodes
officielles et l'adhésion à la doctrine de l'autonomie. Les
colonies n 'en verront peut-être que le côté financier et le
supplément de dépenses qu'elle occasionne. Mais leur
patriotisme ne se refusera pas, même au prix de quelques
sacrifices, à prendre une part équitable dans les charges si
lourdes qui pèsent sur la mère patrie . Elles trouveront dans
la législation nouvelle un encouragement à développer leur
personnalité et à consolider leurs finances . Lorsque, par leur
sagesse administrative et par leur habileté financière, elles
aurontmontré qu 'elles sont aptes à vivre sous un contrôle
moins étroit, le Gouvernement de la République saura , de
lui-même, se relâcher de sa tutelle et faciliter le plein épa
nouissement des libertés locales .
PicQuill,
Inspecteur général des colonies.
LA MISE EN VALEUR
DU CONGO FRANÇAIS

Constitués à l'origine par les anciens comptoirs du Gabon


créés à partir de 1843, nos établissements du Congo se sont
rapidement agrandis à la suite des voyages de de Brazza
et de ses collaborateurs, qui étendirent l'influence de la
France jusqu 'au grand fleuve '. Les conventions de 1885 et
de 1887, la première avec l'Allemagne, la seconde avec
l'Etat du Congo qui venait de naître consacrèrent les
résultats obtenus par nos explorateurs, et nous laissèrent
toute liberté d 'action au nord et au nord-est. Crampel,
Dybowski, Maistre, se lancent alors hardiment dans la direc
tion du Tchad, tandis que de Brazza lui-même, Cholet,
Fourneau, Ponel, explorent la Haute -Sangha et la conven
tion de 1894 avec l'Allemagne détermine la frontière entre
le Cameroun et le Congo.
La même année voit se clore une longue série de litiges avec
l'État indépendant,etla convention du 14 août 1894 fait faire
un nouveau pas à la formation territoriale du Congo français .
Il ne reste plus qu'à assurer son extension au nord -est, sur
le cours supérieur des affluents de droite du Congo et vers
1. remier voyage de MM . de Brazza et Bellay date de 1875 .
LA MISE EN VALEUR DU CONGO

le Bahr-el-Ghazal. Ce sera l'oeuvrede Liotard et de Marchand


complétant les travaux de Gaillard, de Decazes. Enfin Gentil
nous acquiert par le Chari et le Baguirmi l'accès du
Tchad .
La Convention du 21 mars 1899 entre la France et l'An
gleterre , en déterminant la frontière entre les territoires
du Soudan égyptien et notre colonie, achève de fixer les
contours de notre empire congolais , qui s'étend dorénavant
sur des territoires d 'une étendue de plus de 3 millions de kilo
mètres carrés , tous, ou presque tous, fertiles, et pouvant
donner lieu à un trafic considérable . Et ce n 'étaient point
seulement nos acquisitions récentes qui étaient susceptibles
d 'une rapide mise en valeur. Déjà Stanley, dans son
volume, Cinq années au Congo, écrivait : « La France est
«« maintenantmaîtresse,dans l'Ouest africain , d 'un territoire
« de vastes dimensions, riche en ressources végétales et
« minérales, et dont l'avenir commercial promet d'être des
« plus brillants. Ce territoire couvre une superficie de plus
« de 413.000 kilomètres carrés, c'est-à -dire qu'il égale la
« France et l'Angleterre réunies (nous savons combien il
« s'est encore accru depuis lors); il a accès,par l'est, à plus
« de 2.000 kilomètres de voies navigables ; à l'ouest , il pos
« sède une ligne côtière de 1. 300 kilomètres, baignée par
« l'Océan Atlantique ; huit spacieux bassins fluviaux y sont
« renfermés. Etde ces 90 millions d 'hectares il n 'en est pas
« un seul qui soit sans valeur. »
Cependant, en 1897, rien, ou presque rien n'avait encore
été fait pour tirer parti de ces immenses et riches posses
sions. Bien plus , le peu de commerce que nous y faisions
tendaitmême à diminuer ,et nos exportations, qui s'élevaient
à 1.443 010 francs en 1894 ,tombaient,en 1896 , à 628 .315 francs
et étaient seulement de 835.487 en 1897.
Pendant ce temps-là , l'État indépendant du Congo, dont
l'existence remontait seulement à la Conférence de Berlin
du 26 février 1885, prenait un rapide essor. Sous l'impul
L' ANNÉE COLONIALE
sion énergique du roi souverain Léopold , le nouvel État se
fait lui-même cultivateur et commerçant. Il exploite les
immenses richesses forestières, les lianes à caoutchouc sur
tout, et il plante les essences utiles. En même temps de
puissantes Sociétés se fondent à Bruxelles et à Anvers pour
la mise en valeur du pays. Les résultats ne se font pas
longtemps attendre. En 1887, l'exportation du Congo belge
est déjà de 1.680.441 fr. 45. En 1890, elle arrive à
8 . 242.119 francs. Elle passe à 10 .943.019 francs en 1895 et à
15 .146. 976 en 1897. A ce moment a lieu l'ouverture du che
min de Matadi au Stanley-Pool et, brusquement, les exporta
tions montent à 22. 163.481 francs et, en 1899, elles atteignent
le chiffre respectable de 36 .067. 969 fr. 25. Les importations
suivent la même marche ascendante et, de 4 .984.455 francs,
en 1892, elles s'élèvent rapidement au chiffre de 23 millions
en 1898 et 1899.
De 1887 à 1896 la production du caoutchouc importée
du Congo belge à Anvers passe de 30 .050 kilogrammes à
1.106 .395. En même temps toutes les Sociétés congolaises
prennent un énorme développement, et leurs actions sont
l'objet d 'une hausse formidable.
Les Belges, gens d 'affaires avisés, voyant que nous ne
faisions rien dans notre colonie du Congo, que d 'y assurer
une sécurité relative et de supporter les frais généraux
de son administration, songèrent à retirer de ce pays les
bénéfices que nous nous obstinions à négliger , et, vers 1897,
certaines des principales personnalités du Congo belge
songèrent à fonder une vaste Société franco -belge pour
laquelle ils demandèrentune concession de 25 millions d 'hec
tares dans l'Oubangui.
Les capitalistes français, quijusqu'alors étaient demeurés
dans une absolue réserve, se décidèrent enfin à en sortir
lorsqu'ils virent les financiers belges disposés à continuer,
dans notre Congo, les opérations qui leur avaient si bien
réussi dans l'Etat indépendant. Ils comprirent, en voyant
LA MISE EN VALEUR DU CONGO 63
l'appétit de nos voisins, que nous avions sans doute au
Congo de grandes richesses inexploitées qu'ils n 'avaient pas
soupçonnées, et tout à coup un nombre considérable de
demandes en concession affluèrentau Pavillon de Flore . Le
Ministre d'alors -- l'honorable M . Trouillot – se trouva dans
un grand embarras pour choisir entre les nombreux concur
rents qui, s 'ils ne présentaient pas tous d 'égales compé
tences coloniales, disposaient, du moins pour la plupart, de
capitaux considérables.
Pour faciliter son choix, il créa une Commission qu'il
chargea de faire un tri entre les différents demandeurs.
Telle est l'origine de la Commission des concessions du
Ministère des Colonies qui, sous la présidence de M . le
conseiller d 'Etat Cotelle , a donné,dans ces dernières années,
une somme de travail considérable et rendu un service
très réel à la cause coloniale .

Les choses étaient en cet état lorsque le cabinet Dupuy


succéda, à la date du 1er novembre 1898 , au cabinet Brisson.
Le nouveau Ministre des Colonies, l'honorable M . Guillain ,
était très au courant des opérations poursuivies par les
Belges dans l'État indépendant. Aussi, dès son arrivée aux
affaires, se préoccupa-t-il très activement de la mise en
valeur du Congo français . Mais, il pensa qu’en toute
chose il faut commencer par le commencement, et qu'il
était impossible , à peine de se lancer dans des diffi
cultés inextricables , de donner des concessions dans un
pays où il n 'y avait ni organisation du domaine public, ce
qui aurait eu pour effet, quand on l'aurait établi, de faire
payer par l'Etat ou la colonie le prix des terrains préalable
ment concédés ; ni régime forestier, ce qui devait amener la
IALE
64 L 'ANNÉE COLON
ruine rapide de toutes les richesses naturelles du Congo ; ni
régime foncier , ce qui rendait impossible ou tout au moins
singulièrement incertain l'établissement de la propriété
privée après la mise en valeur des terrains concédés. Le
Ministre estima donc qu'il fallait, avant tout, tirer le Congo
de l'état inorganique dans lequel il se trouvait et le doter
d 'une législation pratique et précisepermettant son dévelop
pement économique.
Il importaittout d 'abord, avant d 'octroyer des concessions,
de déterminer les parties du territoire congolais qui pou
vaientdevenir propriétés privées et celles quidevaient cons
tituer le domaine public indispensable à l'outillage du pays.
Il était nécessaire , en même temps , de régler les servitudes
qu'il y avait lieu d 'imposer, dans l'intérêt général, aux pro
priétés privées qui allaient se constituer en grand nombre.
Tel fut l'objet du décret du 8 février 1899 .
Le domaine public est constitué dans des conditions assez
analogues à celles de la métropole et denos autres colonies ;
mais , étantdonné le rôle important que les fleuves et rivières
allaient avoir à jouer dans la mise en valeur du Congo , étant
donné qu'il importait que les bateaux, dans une région privée
jusqu'à ce jour de houille, pussent s'approvisionner facile
ment en bois de chauffage, le décret classe dans le domaine
public non seulement les cours d 'eau navigables et flottables,
mais encore une zone de passage de 28 mètres de large sur
chaque rive .
Il fallait empêcher , d'autre part, l'anéantissement rapide
des richesses forestières, et le décret du 28 mars 1899 y a
pourvu . Il pose les règles et les conditions auxquelles sont
autorisées les exploitations forestières et, dans les forêts où
il existe des essences de grande valeur , il oblige l'exploitant
à faire planter chaque année , à ses frais, un nombre de
plantes de même essence ou d 'une essence aussi riche, au
moins double de celui des arbres abattus dans le cours de
l'année. En même temps il exige que l'exploitant plante
LA MISE EN VALEUR DU CONGO 65
annuellementun nombre d 'arbres ou de lianes à latex , qui
ne peut être inférieur à 150 pieds par tonne de caoutchouc
ou de gutta -percha récoltée dans l'année.
Toutes les forêts , sauf celles acquises par des particuliers
font, comme toutes les terres vacantes et sansmaîtres,partie
du domaine privéde l'État,et un second décret du 28mars 1899
détermine très exactement la condition de ces terres doma
niales, leurmode d 'aliénation et l'affectation à donner aux
ressources provenant de leur abandon , soit en toute pro
priété, soit en jouissance temporaire .
L 'Etat, qui se réserve ainsi la propriété d 'un vaste domaine
privé au Congo, n 'entend point du moins conserver pour lui
les produits domaniaux qu'il en doit retirer , et il les attribue
au budget local à titre de subvention pour les dépenses de
colonisation qu'il prend soin d 'énumérer. Comme on nepou
vait songer, ainsi que l'avait fait l'État indépendant, à entre
prendre une exploitation directe par l'État et ses agents des
richesses de colonie , le décret régle les modes d'aliénation
de ces vastes territoires.
Aux termes de ce décret, les terres domaniales du Congo
peuvent être aliénées : 1° par adjudication publique; 20 de
gré à gré, par lots de moinsde 1 .000 hectares, à titre gratuit
ou à titre onéreux, suivant les conditions résultantde règle
ments arrêtés par le commissaire général du Gouvernement
en Conseil d 'administration et approuvés par le Ministre
des Colonies; 3° à titre gratuit, au profit de l'exploitant
d 'une concession de jouissance temporaire , en ce qui concerne
les parcelles qu'il aura mises en valeur, dans les conditions
spécifiées par l'acte de concession .
L 'article 5 du décret du 28 Mars 1899 indique dans quelles
conditions les concessions de jouissance temporaire d 'une
terre domaniale peuvent être accordées. Des concessions de
cet ordre, y lisons nous, sont données : « 1° lorsque la super
ficie de la concession ne dépasse pas 10 .000 hectares, par le
commissaire général du Gouvernement en Conseil d 'admi
L 'ANNÉE COLONIALE
nistration, suivant les conditions du règlement général
approuvé par le Ministre des Colonies, après avis de la
Commission des concessions coloniales , instituée par le
décret du 16 juillet 1898 ; yo lorsque la superficie dépasse
10.000 hectares, par un décret, avec cahier des charges, sur
le rapport du Ministre des Colonies, après avis de la Com
mission des concessions coloniales.
Enfin , puisque la propriété privée allait se constituer par
la mise en valeur de terres concédées, il fallait luidonner
une base solide, assurer d 'une manière absolue la sécurité
destransactionsimmobilières ,toutes choses indispensables au
développement économique du pays. En mêmetemps il fallait,
dans une colonie aussi dépourvue d'organisation administra
tive réduire les formalités légales au strictminimum . Tel a été
l'objet d 'un très important décret, qui porte, lui aussi, la date
du 28 mars 1899, et qui constitue le véritable Code foncier du
Congo. S 'inspirant du régime qui régit les colonies austra
liennes et dont l'application avait déjà donné de bons résul
tats en Tunisie et à Madagascar, tenant compte des défec
tuosités signalées par l'expérience dans ces deux colonies, le
décret organise uneprocéduretrès simple d'immatriculation.
Cette immatriculation donne à l'immeuble immatriculé une
personnalité propre; la qualité et le droit de propriétaire
ne peuvent laisser place à aucune ambiguité. Après l'imma
triculation, la condition juridique de l'immeuble est très
claire . Aucune charge nepeut, à l'insu des tiers , venir grever
l'immeuble; toute menace d 'hypothèque occulte est écartée .
Le propriétaire ,sûrde son titre après l'immatriculation , sera
à l'abri de toute revendication imprévue, et les tiers n 'auront
jamais à redouter aucune surprise en ce qui touche l'étendue
de leurs droits . Ajoutez une simplification aussi complète que
possible des formalités requises pour la transmission des
droits immobiliers ce qui aura pour résultat de multiplier
les transactions immobilières et d 'assurer le crédit agricole ,
si nécessaire dans un pays neuf. L'exposé des motifs du
LA MISE EN VALEUR DU CONGO 67
décret laisse enfin entrevoir pour l'avenir des mesures plus
radicales encore .
« L 'expérience démontrera, disait le Ministre dans son rap
port au Présidentde la République, s'il est utile de dévelop
per encore l'importance de ce crédit, d 'arriver à une véri
table mobilisation du sol, soit par des procédés analogues à
ceux que certaines lois australiennes ont déjà prévus, soit
par la création de bons hypothécaires transmissibles par
voie d 'endossement. En l'état actuel des choses, toute insti
tution de ce genre , ajoutait M . Guillain , serait certainement
prématurée , rencontrerait sans doute de très grandes diffi
cultés d 'application et ne répondrait pas à des nécessités
manifestes. »

III

Ainsi le domaine public et le domaine privé de l'État


étaientconstitués ; les conditions demise en valeur et d'exploi
tation de ce domaine privé étaient posées, l'établissement
et la transmission de la propriété privée étaient dorénavant
assurés, et l'oeuvre de mise en valeur du Congo français, si
longtemps retardée, pouvait être entreprise. C 'estalors,mais
alors seulement, qu'il devenait possible d'examiner sérieu
sementles innombrables demandes de concessions parvenues
au Ministère des Colonies.
Mais d'abord fallait-il donner des concessions ? La seule
comparaison deschiffres du commerce spécialdu Congobelge,
(chiffres quenous avons donnés plus haut) et deceux du Congo
français , aurait suffi, à défaut d 'autres raisons, pour prou
ver que le régime des concessions s'imposait dans ces pays
trop grands et trop neufs pour que la seule initiative indivi
duelle pût les mettre en valeur. Il fallait, dans ces vastes
territoires inexploités où on ne pouvait songer, à cause du
climat, à organiser la colonisation de peuplement, amener de
gros capitaux et, par conséquent,créer de puissantes Sociétés
L 'ANNÉE COLONIALE
pouvant attendre, pendant un certain temps, la rémunération
des avances faites.
Pour les Français qui, comme l'étaient les Belges, sont
encore fort timorés dans leurs opérations coloniales, il
importait, pour que ces Sociétés consentissent à se former et
pour que les capitaux s'intéressassentaux affaires congolaises
- que des privilèges et, pour trancher le mot, – que des
monopoles territoriaux leur fussent concédés. Sans doute ,
quelques rares Compagnies de colonisation et de commerce
colonial, fondées sans privilèges et sans concessions territo
riales, avaient assez brillamment réussi dans quelques-unes
de nos colonies de la côte d 'Afrique ; mais elles n 'avaient
opéré que dans celles de nos possessions où elles jouissaient
d 'un régime douanier protecteur, qui leur donnait un avan
tage considérable sur les concurrents étrangers . D 'autre
part, elles avaient presque toutes limité leurs opérations à la
traite dans des comptoirs de la côte, sans se préoccuper
réellement de la mise en valeur agricole du pays où elles
s 'étaient établies. Les mêmes causes de succès ne se pré
sentaient pas pour elles au Congo. Tout d'abord la partie
côtière n 'était point la seule riche, car la région qui com
.
mence au Stanley-Pool et qui s'étend tout le long du Congo
et de ses affluents navigables jusqu'au bassin du Nil,
.constitue un vaste réservoir d'ivoire , de caoutchouc
et d'essences précieuses . D 'autre part, au Congo, – le
Gabon excepté, – on ne pouvait compter sur aucun droit
protecteur, l'acte général de la Conférence de Berlin , du
26 février 1885, stipulant, que le commerce de toutes
les nations jouirait d'une complète liberté et que les mar
chandises importées resteraient affranchies de droits
d 'entrée et de transit dans tout le bassin conventionnel
du Congo. Plus récemment la convention du 21 mars 1899,
intervenue entre la France et l'Angleterre pour fixer les
limites nord-est de notre colonie du Congo français , avait
assuré aux Anglais , pendant trente années, le même trai
.
-
--

LA MISE EN VALEUR DU CONGO 69


- - -

tement qu 'à nos nationaux, en ce qui concerne la naviga


tion fluviale , le commerce, le régime douanier et fiscal et les
taxes de toute nature dans les territoires situés au sud
du 14° 20 ' de latitude nord et au nord du ģ° de latitude
nord , entre le 14° 20 ' de lo ngitude est de Greenwich
(12°est deParis ) et le cours du Haut Nil. On ne pouvait, par
conséquent,attirer les entreprises françaises par l'appåt d'un
régimedifférentiel. Si done on n 'établissait pas un systèmede
concessions privilégiées, étant donnée la timidité qu'avaient
montré jusqu'alors les capitaux français ,ilétait manifeste que
notre Congo continuerait à végéter ou qu'il ne serait exploité
que par nos voisins belges, dans la partie haute , et par les
Anglais et les Hollandais , qui commençaient à faire quelques
affaires dans la région maritime.
On pouvait se demander si, en présence des termes des
conventions internationales que nous venons de rappeler , il
était possible de constituer, en faveur de nos nationaux, des
privilèges sous forme de concessions demonopole du com
merce,danstelle régiondéterminée .Mais les Belges, soumis ,
comme nous, aux obligations de l'acte de Berlin , avaient
trouvé la solution du problème en se plaçant sur un terrain
juridique indiscutable .
Au Congo belge, comme au Congo français, en effet ,
dans ces pays fétichistes, à population indigène peu agglo
mérée la propriété individuelle ou même collective n 'existe
pas. Des étendues immenses sont absolument dépourvues
de population , et ces vastes territoires, terres vacantes et
sans maîtres, doivent être considérés comme appartenant à
t. Celui- ci, qui peut les exploiter directement à l'exclu
de quiconque, peut également les vendre , les donner
à bail ou le
ou les concéder à qui bon lui semble. Sur ces terri
TEtat ou ses ayants droits sont maîtres et peuvent
wier, à l'exclusion de tout particulier , à toutes opéra
agricoles ou commerciales qu'ils jugent utiles .
ait donc possible, à condition,bien entendu, d'instituer
70 L' ANNÉE COLONIALE

des réserves indigènes suffisantes et des zones de commerce


libre, d 'octroyer,dans le Congo français, de grandes conces
sions territoriales. Ce point résolu , une question subsidiaire
se posait : les concessions devaient- elles ètre gratuites ou à
titre onéreux? En principe, dans les pays neufs , toute fisca
lité estmauvaise; il importe de mettre le moins d 'entrave
possible aux initiatives privées et d 'imposer aux capitaux
engagés dans ces affaires, toujours aléatoires, un minimum de
charges. L 'intérêt de l'État est d 'ailleurs sauvegardé, même
en cas de concessions gratuites, car il récupère toujours lar
gement par des droits à l' entrée ou à la sortie , droits dont le
produit s 'accroît rapidement, par suite du développement
plus intense des opérations commerciales, ce qu'il manque à
gagner sous forme de fermages, de subventions ou de rede
vances. Cependant la situation budgétaire du Congo fran
çais était telle qu'ilfallait songer à luiassurer des ressources.
Le Parlement, en 1897, avait hien voté des crédits destinés à
liquider l'arriéré ; mais il avait formulé d 'assez dures obser
vations, desquelles il résultait qu'il ne fallait plus compter
sur sa générosité dans l'avenir .
Et pourtant l'outillage économique de ce pays était nul;
les ports et les phares étaient insuffisants ; peu ou pas de
routes , de rares lignes télégraphiques et, dans un pays pré
sentant de grands bassins fluviaux navigables, pas un bateau
pour assurer la surveillance de la colonie , le ravitaillement
des postes et les transports de toute nature.
Enfin , avec le développement quene pouvaientmanquer de
prendre les affaires à la suite des concessions, on devait évi
demment être amené à créer de nombreux postes dedouanes
et augmenter considérablement la milice indispensable pour
assurer la sécurité dans les concessions; or, pour réaliser
tout ce vaste programme, il n 'y avait pas le moindre crédit
au budget local. Il fallait donc, et c 'était le problème à
résoudre, ne pas imposer trop de charges aux futurs con
cessionnaires et néanmoins assurer à la colonie des res
LA MISE EN VALEUR DU CONGO
sources suffisantes pour organiser rapidement son outillage
économique, sans lequel aucun concessionnaire sérieux ne
pouvait s'installer. C 'est en s'inspirant de cette double
nécessité que M . Guillain rédigea le décret et le cahier des
charges type des grandes concessions du Congo,
IV

L'importance de ces documents, appelés à servir de


chartes constitutives aux grandes sociétés congolaises est
telle qu 'il est indispensable que nous en fassions connaître
les dispositions essentielles. On pourra ainsi se rendre
compte de l'étendue des droits concédés aux nombreuses
Sociétés qui se sont constituées récemment des charges qui
leur sont imposées .
Tout d'abord la concession octroyée ne devient définitive
que lorsque les concessionnaires se seront valablement
substitué une Société anonyme, constituée suivant la loi fran
çaise et dont le décret de concession détermine le capital.
Ce dernier a été calculé de façon à pouvoir assurer une mise
en valeur effective. Le décret prend ensuite toute une série
de précautions pour éviter les spéculations et l'agiotage sur
les titres, qui s'étaient produits dans certains pays voisins.
Les concessionnaires resteront pendant trois ans, à dater de
la constitution de la Société dont nous venons de parler,
solidairement responsables avec elle des engagements qu 'elle
aura pris. Les concessionnaires ou les fondateurs de la Société
n 'aurontdroit qu'au remboursement de leurs avances dont
le compte aura été admis par l'Assemblée générale des
actionnaires. Toutefois , les statuts pourront réserver aux
concessionnaires ou aux fondateurs une part dans les béné
nices à distribuer après que le capital- action aura reçu une
remunération de cinq pour cent. Le décret va plus loin , il
upule que les parts bénéficiaires devront rester nomina
es, tant qu'il ne leur aura pas été fait au moins deux répar
L 'ANNÉE COLONIALE
titions annuelles consécutives, à la suite du règlement de
chaque exercice, et, durant cette période, ces parts bénéfi
ciaires ne serontpas négociables. Viennent ensuite certaines
dispositions relatives au délai dans lequel la Société devra
être formée , et à la possibilité d 'émettre des obligations.
Celles- ci ne peuvent être émises pour une somme supérieure
au double du montant du capital-action . Enfin l'article 5
exigeque les trois quarts desmembres du Conseil d 'adminis
tration, dont le président et les vice -présidents, soient Fran
çais, et que le siège social soit établi en territoire français .
Une fois la société constituée sur les bases que nous
venons d 'indiquer, comment fonctionnera-t -elle, quelles sont
les conditions qu'elle doit remplir , les charges qu'elle doit
supporter ?
Il convenait avant tout de sauvegarder les droits existants
sur le territoire de la concession et d 'assurer aux personnes
qui s'y étaient déjà installées ou qui y avaient entrepris des
des opérations commerciales, les résultats de leurs efforts .
Aussi le décret- type stipule- t-il la réserve : 1° des obliga
tions résultant pour les concessionnaires des dispositions
des actes généraux de Berlin et de Bruxelles de 1885 et
de 1890 ; 2° des droits acquis par des tiers au jour de la pro
mulgation dans la colonie , du décret de concession .
Pour assurer le respect des situations acquises et aussi
peur permettre le développement des agglomérations exis
tantes et l'établissement dans toutes les régions de trafi
quants et de petits colons des réserves dont l'étendue varie
suivant les régions ont été imposées à presque tous les con
cessionnaires. Certaines de ces enclaves ont une superficie
de plusieurs milliers d'hectares.
Il fallait ensuite préserver les indigènes contre des spolia
tions toujours possibles,et l'article 10 y a pourvu , en stipulant
que les concessionnaires ne pourront exercer les droits de
jouissance et d 'exploitation qui leur sont dévolus par le
décret de concession qu'en dehors des villages occupés par
LA MISE EN VALEUR DU CONGO 73

les indigènes et des terrains de cultures, de pâturages ou


forestiers qui leur sont reconnus ; et une clause fort sage
stipule que les droits ainsi réservés ne pourront être cédés
par les indigènes qu'avec l'autorisation du gouverneur de
la colonie , qui aura ainsi les moyens de prévenir les
abus qui, sans cette restriction, auraient pu se produire.
Au reste, dans son ensemble, la législation établie par
les actes dontnous nous occupons, est inspirée par un esprit
de large sollicitude à l'égard des populations installées sur le
sol de la colonie . Le Gouvernement français n 'a pas voulu
que l'on eût à regretter, sur le territoire de notre Congo des
actes de spoliation de la nature de ceux qui ont eu pour
théâtre certains autres pays tropicaux.
Enfin , par mesure d 'ordre public, le commerce des armes
à feu et des munitions est formellement interdit à la Société
ou à ses agents sauf autorisation du gouverneur. Ce dernier ,
ou un agent, délégué par lui, sera chargé, en qualité de com
missaire du Gouvernement, de surveiller la bonne exécution
du cahier des charges.
Ces conditions supposées remplies, et ces clauses exécu
tées , quelles charges l'Etat va -t- il imposer à la Société, en
échange des droits qu 'il lui concède ?
Pour prix de la concession, la Société doit payer une
redevance fixe annuelle proportionnelle à sa superficie . Cette
redevance , qui n 'est due complètement qu 'à partir de la
onzième année ,est réduite à un tiers pour les cinq premières
années et aux deux tiers pour les cinq années suivantes. La
Société paiera, en outre, 15 0 / 0 de son revenu net, revenu
dont le cahier des charges précise , avec une rigoureuse
exactitude, la composition et le mode de calcul.
Tous les comptes seront contrôlés par un délégué du
ministre des Colonies,qui a les mêmes pouvoirs que le com
missaire des comptes et qui doit être convoqué à toutes les
assemblées des actionnaires.
Le concessionnaire est tenu de concourir, pour une somme
L 'ANNÉE COLONIALE
déterminée par chaque décret, à l'établissement des postes
de douanes, rendus nécessaires par ses opérations com
merciales et, en outre, au logement du personnel et des
milices chargées d'assurer l'action administrative et la sécu
rité sur le territoire concédé. Il était de la plus urgente
nécessité , avons-nous dit, de créer, sur le réseau fluvial de
la colonie , la flottille indispensable pour assurer les commu
nications ; le cahier des charges exige donc que chaque
société mette en circulation un certain nombre de bateaux à
vapeur de modèles déterminés, et lui impose l'obligation de
se charger, sous certaines conditions et suivant un tarif
prévu , des transports de matériel et de personnel pour le
compte de l'État.
Enfin , dans le but de prévenir les inconvénients qui résul
teraient d 'une exploitation excessive des lianes à caoutchouc,
il a été stipulé que les concessionnaires seraient tenus de
planter et de maintenir jusqu'à la fin de la concession , en
remplaçant ceux qui viendraientà disparaître pour une cause
quelconque, au moins cent cinquante nouveaux pieds de
plantes à caoutchouc par tonne de caoutchouc exporté .
Une fois la concession devenue définitive, la Société con
cessionnaire n'est pas, ipso facto, propriétaire des terrains
concédés.Elle n 'acquiert le droitde propriété, en échange du
droit de jouissance et d 'exploitation que lui confère le décret
type, que sur les terres mises par elle en valeur. Le cahier
des charges indique très nettement ce que l'on doit
entendre par ces mots « mises en valeur » , et fait disparaître
tout risque d 'ambiguité : aux termes des articles 7 et 8 ,
seront considérées comme mises en valeur :
1° Les terres occupées sur au moins un dixième de leur
surface par des constructions;
2° Les terres plantées sur le vingtième au moins de leur
surface en cultures riches, telles que cacao , café, caoutchouc,
vanille, indigo, tabac, etc . ;
3º Les terres cultivées sur le dixième au moins de leur
LA MISE EN VALEUR DU CONGO 75

surface en cultures vivrières, telles que riz ,mil, manioc, etc. ;


4° Les pâturages sur lesquels seront entretenus pendant
au moins cinq ans des bestiaux à l'élève et à l'engrais, à rai
son de deux têtes de gros bétail ou de quatre têtes de petit
bétail par 10 hectares ;
jº Les parties de forêts , d 'une superficie d 'au moins cent
hectares d 'un seul tenant, dans lesquelles le caoutchouc
aura été récolté régulièrement depuis au moins cinq ans, à
raison de vingt pieds au moins d 'arbres ou de lianes en
moyenne par hectare , étant entendu que,même après l'attri
bution de la propriété au concessionnaire, le nombre minimum
de vingt pieds sera maintenu par la conservation des arbres
ou des lianes existants ou par leur remplacement en jeunes
plants, sous peine de retour à l'Etat de ladite propriété .
La domestication et l'entretien des éléphants donneront
également lieu à l'attribution, en toute propriété, de terres
choisies par le concessionnaire , à raison de 100 hectares par
tête d'éléphant. De la sorte on intéresse les concessionnaires
à la conservation de cette intéressante espèce d'animaux.
Nous avons vu la Société se constituer, naitre en quelque
sorte ; nous l'avons vue poursuivant ses opérations, et nous
avons indiqué quelles conditions et quelles charges lui
étaient imposées. Il nous reste à examiner comment la con
cession s 'éteint, comment elle prend fin .
Trois modes d 'extinction , soit totale, soit partielle , ont été
prévus : le rachat, la déchéance et le retrait : Le rachat
total ou partiel pourra être prononcé , à toute époque, pour un
motif d'intérêt public, par un décret rendu en Conseil d'État,
le concessionnaire entendu ". Mais les terres qui seront
devenues la propriété du concessionnaire ou de ses ayants
droit en seront exclues, dit l'article 30 du cahier des charges ,
qui règle en outre minutieusement la procédure à suivre
pour la fraction du prix du rachat, soit total, soit partiel.
1. Art. 16 du décret.
76 L 'ANNÉE COLONIALE

La déchéance, mesure qui s 'applique à l'ensemble des terres


de la concession , exception faite (la même réserve reparaît)
des terres devenues la propriété du concessionnaire, si ce
dernier ne se conforme pas aux conditions du décret de con
cession , ou du cahier des charges, et notamment :
« Si, dans un délai de deux ans, à dater de la signature
du décret de concession , il n 'a pas effectivement commencé
la mise en exploitation des terres concédées... ou s'il recourt
pour l'exploitation de sa concession , et notamment pour se
procurer de l'ivoire ou du caoutchouc, à la violence ou à des
actes ayant causé l'exode ou la révolte des indigènes, et,
d 'une manière générale , s'il viole ou enfreint les règles conte
nues dans le cahier des charges ou le décret, relativement à
l'exploitation du sol et au paiement des redevances dues à
l'État. »
Dans le cas où la déchéance viendrait à être prononcée , il
serait pourvu à l'exécution des engagements valablement pris
par le concessionnaire au moyen d 'une adjudication dont la
procédure est déterminée par le cahier des charges (art. 31).
Le retrait, enfin , est prononcé lorsque le concessionnaire
ne peut justifier qu 'il s'est conformé aux prescriptions du
décret en ce qui concerne les plantations de caoutchouc à
faire pour compenser l'apauvrissement résultant de l'exploi
tation de ce produit ; dans ce cas, il sera retranché de la
concession une surface de terre calculée à raison de 40 hec
tares par 1.000 pieds, marquant, proportionnellement à la
différence entre le nombre des nouveaux pieds de caoutchouc
que le concessionnaire aurait dû planter et maintenir en
exécution dudit article , et le nombrede pieds qu'il justifiera
avoir effectivement plantés et maintenus. La superficie qui
sera retranchée de la concession sera mesurée, autant que
possible , d 'un seul tenant et au choix du Gouvernement,
parmiles terres qui ne seront pas en exploitation . Les limites
en seront définies dans le décret prononçant le retrait partiel
de la concession.
LA MISE EN VALEUR DU CONGO 77

· On a critiqué commeexcessives les conditions, les charges


et les clauses de déchéance que nous venons d'indiquer .
L 'État concédant, a -t-on dit, exerce sur le concessionnaire un
contrôle trop étroit, et il est à craindre que ses représentants
n'abusent parfois des pouvoirs très étendus que le décret et le
cahier des charges type leur confèrent ?
Nous ne pensons pas que ces craintes soient fondées ;
il n'était pas possible, croyons-nous, d'affranchir de toute
tutelle , dans un pays neuf,encore inexploité, des entreprises
mettant en ouvre des capitaux importants et groupant autour
d 'elles des intérêts si variés. Au surplus, il dépend surtout
des fonctionnaires que leur situation mettra en rapport avec
les Sociétés concessionnaires, d'apporter à l'application des
contrats et des décrets de concession un esprit de large tolé
rance et de sage libéralisme. Il suffit pour cela qu'ils sachent
s'inspirer des instructions que M . Guillain leur adressait,
lors de l'attribution des premières concessions.
« Avant d'examiner ces dispositions dans une étude plus
particulière, disait M . le Ministre en faisant allusion aux
conditions des décrets de concessions, il convient de faire
ressortir l'esprit général dans lequel mon département les a
conçues et dans lequel vous aurez à en assurer l'observa
tion . Elles ont été librement consenties entre deux parties
ayant l'une et l'autre à défendre des intérêts distincts,mais
en réalité solidaires , entre l'Administration coloniale, dési
reuse de mettre en valeur nos possessions du Congo, et des
particuliers prêts à tenter les aléas d 'entreprises toujours
incertaines,dans l'espérance légitime de faire fructifier leurs
capitaux. Il ne faut pas que, dans l'exécution des conven
tions intervenues, les deux parties contractantes apportent
une méfiance réciproque, ni surtout un sentiment inexpli
cable de rivalité secrète, toujours prêt à se manifester par
une attitude inquiète, tracassière et processive.
« Il importe que l'Administration ne néglige rien pour
faciliter cette réussite, non seulement par l'observation
L 'ANNÉE COLONIALE
franche et loyale de ses engagements (ce qui ne serait qu 'un
concours passif), mais encore en donnant aux entreprises
toutes les facilités compatibles avec les intérêts publics dont
elle a la garde, en traitant les agents de ces entreprises
comme des collaborateurs qu 'elle a le devoir d 'aider dans
leur tâche, en veillant constamment à ce que ses propres
agents apportent, dans leurs rapports quotidiens avec les
représentants et agents des concessionnaires, non seulement
une courtoisie parfaite, mais encore la plus grande bienveil
lance et un désir sincère de contribuer, autant qu'il sera
possible, au succès de leurs efforts... »

Conformément aux termes du décret et du cahier des


charges type que nous venons d 'analyser , quarante grandes
concessions ont été octroyées dans le courant de l'année
1899. Chacune de ces concessions comprend, autant que pos
sible , le bassin entier d'un fleuve ou d 'une rivière, afin d 'assu
rer le transport des produits et des marchandises. Le par
tage par bassins a , en outre, l'avantage très appréciable de
faciliter les délimitations et d 'éviter les difficultés entre
concessionnaires limitrophes.
Des Sociétés anonymes, constituées conformément à la loi
française, se sont substituées aux concessionnaires primitifs
dans les conditions prévues par le décret. Le capital consacré
par ces diverses Sociétés à la mise en valeur de la colonie
s'élève à 50 millions environ . D 'autre part, le budget local,
indépendamment des 15 0 /0 sur les bénéfices de chaque
Société , touchera, à titre de redevance, 275 .000 francs pendant
les cinq premières années, plus de 325.000 pendant les cinq
années suivantes, enfin près de 600.000 à partir de la
onzième année jusqu'à la fin des concessions. Les Sociétés
concessionnaires participeront, en outre, à l'établissementdes
postes de douanes pour une somme totale de 900 .000 francs
LA MISE EN VALEUR DU CONGO .

environ . Elles assureront le logement des administrateurs


etablis sur la concession et des miliciens chargés de veiller à
la sécurité des transactions. Certaines Sociétés se sontmême
engagées à construire des lignes télégraphiques . Enfin le
Service des transports sera assuré par dix -huit bateaux de
grand modèle et quarante -cinq de moindre importance. Le
cahier des charges, pour éviter une déperdition des capitaux,
parfaitement inutiles, avait prévu que les concessionnaires
pourraient s'affranchir des obligationsqui leur étaient impo
sées au point de vue de la navigation , en rétrocédant à des
Sociétés spéciales les obligations et avantages résultant de
ce service. Le Ministre espérait arriver à grouper en une ou
plusieurs Sociétés puissantes les divers concessionnaires
-
-

d 'une mêmerégion , intéressés au bon fonctionnementdu ser


-

vice des transports. Sur ce point encore, le plan du Ministre


a abouti à des résultats satisfaisants . Un certain nombre de
Compagnies de navigation françaises se sont créées récem
inent ou sont actuellement en voie de formation . Nous cite
rons, par exemple, les Messageries fluviales du Congo,asso
ciation syndicale formée entre divers concessionnaires du
bas Congo et de la Sangha, l'Union des Chargeurs du Congo,
qui a groupé dix Sociétés sur l'initiative des Compagnies fran
çaisesdu Congo ; c'est encore la Compagnie de naviyation et
Transports Congo -Oubanghui, etc .
En même temps qu'il assurait le fonctionnement des
grandes entreprises, le Ministre faisait unelarge place, dans
son plan général de la mise en valeur du Congo français, à
la moyenne et à la petite colonisation , compléments indis
pensables de la grande, et se prêtant facilement à la culture
et à l'élevage. Il la prévoyait tout ensemble sous forme de
tiliales des grandes concessions et sous forme de concessions
directes octroyées sur le territoire même des grandes con
cessions,dans les enclaves commeilest dit ci-dessus, ou dans
des régions spécialement réservées près de la côte ou des
agglomérations déjà existantes. Nous avons vu que le décreti
LE
80 L 'ANNÉE COLONIA
sur le régime des concessions, en date du 28 mars 1899, lais
sait au gouverneur de la colonie le soin de régler les condi
tions dans lesquelles les concessions de moins de 10 .000 hec
tares, dont l'attribution dépend de lui seul, pouvaient être
accordées. Un arrêté en date du 4 avril 1899 y a pourvu .
Déjà de nombreuses concessions de ce genre existent,
qui commencent à prospérer : les plantations de café , de
cacao et de vanille se multiplient, et avant longtemps, grâce
à l'avantage de la détaxe douanière accordée par la loi
de 1892 aux denrées coloniales en provenance des colonies
françaises, nous verrons arriver bientôt, sur les marchés
français, tous ces produits,que nous importons de l'Étranger
pour la plus grosse partie.
Du chef de ces concessions encore , une somme assez
importante entrera dans les caisses du budget local, faisant
de ce budget une sorte de budget d 'offres de concours, au
moyen desquelles il assurera le fonctionnement des services
publics et la sécurité du pays, en attendant que la colonie ,
devenant associée effective des Compagnies par sa partici
pation à leurs bénéfices,puisse employer ces ressources nou
velles, et les plus-values douanières résultant de l'accrois
sement des transactions commerciales , à l'établissementde
l'outillage perfectionné, qui ne tardera pas à devenir indis
pensable .
Ainsi se trouve en bonne voie d 'exécution le plan général
conçu par M .Guillain pour la mise en valeur du Congo fran
çais. Il aura abouti à jeter dans la colonie plus de 60 mil
lions, si l'on ajoute aux capitaux des grandes concessions
les sommes engagées dans la colonisation moyenne , à y
créer un service de navigation intérieure bien organisé .
Enfin il procure à la colonie des ressources importantes,
sans engager pour un centime le budget métropolitain .
Nous avons la ferme confiance que les résultats ne se
feront pas longtemps attendre. Déjà les postes de traite se
créent dans tout le pays. Brazzaville se développe avec
LA MISE EN VALEUR DU CONGO 81 .

rapidité et tend à devenir la vraie capitale du pays.Siquelques


hésitations, si quelques à -coups se produisaient durant les
premiers temps de l'installation , de la mise en valeur, il ne
faudrait point s'en étonner. Les entreprises de cette impor
tance entraînent toujours avec elles, dans leurs débuts , cer
taines difficultés que l'expérience aura vite fait disparaître ,
et l'immense empire que la France possède dans l'Afrique
equatoriale ne peutmanquer de devenir avant longtemps une
de ses plus belles colonies. Nous semblions avoir perdu les
traditions qui contribuèrent si puissamment pendant les
deux derniers siècles , à la grandeur et à la prospérité de
la France. L'essor merveilleux qui entraîne les capitaux et
les initiatives vers le Congo est une très intéressante
manifestation de la renaissance de cet esprit colonisateur
quifit jadis notre fortune et notre gloire.

Georges Teissier,
Maitre des requêtes au Conseil d 'État.
Ancien Secrétaire Général du Ministère des Colonies.
LA MARCHE VERS LE TCHAD

Une première fois atteint par Gentil au cours de sa mis


sion de 1895- 98 dans le bassin du Chari, le lac mystérieux sur
la route duquelCrampel, Cazemajou , et bien d'autresontpéri,
a vu s 'opérer, à la fin de 1899, non loin de ses bords, la jonc
tion de trois missions françaises, venues par trois routes
différentes. De l'Algérie , à travers le Sahara, s'étaient ache
minés, au prix de grandes difficultés, M . Foureau et le com
mandant Lamy ; du Soudan s'étaient avancés Voulet et Cha
noine, que remplacerent, après le drame de Tessaoua où
périt le colonel Klobb, les lieutenants Joalland et Meynier,
tandis que, par le sud, Gentil progressait lentement, chas
sant devant lui les bandes du sultan Rabah .
Nous racontons ci-dessous, au chapitre relatif au Congo
français, les opérations effectuées contre ces dernières par
M . Gentil, commissaire du Gouvernement au Chari, et le
capitaine Rebillot. Nous voudrions ici relater les princi
paux incidents de la marche qui conduisit au but qui leur
avait été assigné, d'une part, la mission Joalland-Meynier ,
de l'autre , la mission Foureau-Lamy, et en attendant que
LA MARCHE VERS LE TCHAD 83

nous possédions sur ces deux voyages des renseignements


plus complets , en marquer les principales étapes.
Mission Joalland -Meynier (Voulet-Chanoine)'. - Le
récit des débuts de la mission qui, sous le commandement
des capitaines Voulet et Chanoine,avait été chargée , en 1898 ,
d'atteindre le lac Tchad en partant du Soudan , et de recon
naitre la nouvelle frontière déterminée par la convention
franco-anglaise du 14 juin 1898 , le récit de la première par
tie de ce voyage, disons-nous, n 'entre pas dans le cadre de
cet ouvrage. Rappelons seulement quelques faits et quelques
dates.
Partie de France en août 1898, la mission comprenait,
outre les deux capitaines placés à sa tête : trois lieutenants,
MM . Joalland, Pallier, Peteau ; un médecin -major, le
D ' Henric, et trois sous-officiers français. Son personnel très
nombreux et son matériel considérable furent dirigés sur
Say, point désigné pour la concentration, par deux voies
différentes , le personnel suivant la voie terrestre sous les
ordres du capitaine Chanoine , tandis que les bagages, sous la
conduite du capitaine Voulet, prenaient la voie du Niger sur
un convoi de chalands. La concentration était effectuée à
Sansan -Aoussa le 2 janvier. Sitôt après avoir quitté le Niger ,
la mission eut à se défendre contre les Djerma et les Toua
regs, qui voulaient lui barrer la route 2. Au cours de l'un des
combats, parfois assez vifs, qu'il fallut livrer pour s'ouvrir
un passage, à la prise de Dioundiou (14 février), le capi
taine Voulet eut la cuisse traversée par une flèche. Malgré
les difficultés causées par la rareté de l'eau 3, difficultés

1. Nous nous sommes servis, pour le récit de la mission Voulet-Chanoine et


notamment pour l'exposé des événements tragiques de Tessaoua , des documents
ples, telegrammes , rapports , etc . ) publiés par le Ministère des Colonies à
diverses reprises et reproduits , pour la plupart, par le B . A . F . Bien des points
étant jusqu ' à ce jour demeurés obscurs dans cette malheureuse affaire , nous
avons dù nous borner à faire connaître la version généralement admise , en
attendant que le retour de la totalité des membres de la mission permette de
faire la lumière coinplète sur les causes, les antécédents et les suites immediates
du drame de Tessaoua .
2. Sur les débuts de la mission , voir B . A . F ., juillet 1999.
3. Les indigènes bouchaient les puits à l'approche dela mission .
84 : L'ANNÉE COLONIALE
qui avaient obligé le chef de la mission à adopter un ordre
demarcheparticulier ; le 15 avril, celle-ci était à Beri-Baripar
13° 50' latitude nord et 2°40' longitude est, et expédiait de ce
pointun télégramme rassurant; on reçut encore des nou
velles datées de Tougarra , dans l'Adar, 24 avril.
A ce moment, un rapport de l'officier supérieur com
mandant la région de Say, étant venu lever tout doute sur la
réalité des faits graves imputés à la mission, ct sur les pro
cédés dont elle usait vis -à -vis des indigènes, – faits qui
venaient d 'être signalés par plusieurs correspondances du
Soudan où ils avaient produit une vive émotion, -- le Gou
vernement chargea le lieutenant-gouverneur du Soudan de
désigner un officier supérieur pour procéder à une enquête
sur les faits reprochés à Voulet et à Chanoine. Le lieute
nant-colonel Klobb, de l'artillerie de marine, qui se trouvait
alors à Kayes , sur le point de rentrer en France, reçut
en conséquence l'ordre de se mettre à la recherche de la
mission, etdans tous les cas, après l'avoir rejointe et avoir
fait l'enquête prescrite, d'en prendre le commandement.
Le colonelKlobb se mit aussitôten route avec le lieutenant
Meynier, en vue de remplir la tâche délicate qui lui était con
fiée. Il quitta Kayes vers le 18 avril à la tête d'une légère
escorte ; le 11 juin , il partaitde Say ; le 16 juin , il passait au
poste de Dosso, et,le 10 juillet, il entrait en communication
avec la colonne Voulet. Il commença par prévenir le capi
tainede son arrivée;mais celui-ci lui répondit que, s'il conti
nuait à avancer, il serait reçu à coups de fusils. Quelques
jours se passèrent en pourparlers , conduits à deux journées
demarche dedistance . Sans s'arrêter devant ces menaces, le
colonel Klobb poursuivit sa course ; mais, le 14 juillet, il
était attaqué vers huit heures du matin , à Diankori, près de
Tessaoua, par un détachement placé, a -t-on raconté, sous
les ordres directs de Voulet. Ayant interdit à ses hommes
de riposter, il fut tué à la deuxième décharge, ainsi que
plusieurs de ses tirailleurs ; le lieutenantMeynier, que l'on
LA MARCHE VERS LE TCHAD 85

avait cru mort et dont on annonça un moment le décès en


France, n 'était heureusement que blessé. Le soir du même
jour, Voulet rejoignit le gros de sa colonne, mit les Euro
péens de la mission au courant de ce qu 'il avait fait et leur
fit part de son intention de poursuivre la rébellion com
mencée et de rompre toutes relations avec la France. Les
autres officiers de la mission décidèrent de se séparer de lui,
Chanoine seul résolut de partager son sort; mais ils ne tar
dèrent pas à être l'un et l'autre tués par leurs hommes.
Le commandement de l'expédition revenait au lieutenant
Pallier qui, jugeant que les forces restées à sa disposition
étaient assez considérables pour permettre la poursuite du
but indiqué à la mission, songea aussitôt à reprendre vers
l'est et vers le Tchad la marche interrompue; mais il fallait
auparavant donner à la colonne une base solide où elle pût
se reformer et la débarrasser des éléments plus que médiocres
dont elle s'était accrue depuis le départ du Niger . A la pre
mière des tâches, on pourvut par la prise de Zinder, qui
fut occupée le 29 juillet. C 'est près de Zinder qu'avait été
assassiné le capitaine de génie Cazemajou et l'adjudant
Olive, son compagnon. On put mettre en fuite le chef qui
etait l'auteur de leur mort et faire exécuter ceux qui avaient
accompli le crime.
Une fois Zinder prise et la mort du capitaine Cazemajou
vengée, le lieutenant Pallier, s 'en remettant à ses camarades
Joalland et Meynier du soin de mettre à complète exécution
le plan primitif et de rejoindre la mission Foureau-Lamy
dont il savait l'approche, se chargea de ramener au Soudan ,
de rapatrier en quelque sorte, les auxiliaires recrutés au
hasard par Voulet et Chanoine, et dont la fidélité était très
douteuse. La séparation se fit le 4 septembre, et, tandis que
les lieutenants Meynier et Joalland demeuraient à Zinder,
avec 200 hommes et des vivres pour six mois , le lieutenant
Pallier se mettait en route vers Dosso et le Niger avec le
docteur Henric, deux sous-officiers, 300 ou 400 fusils, une
86 L 'ANNÉE COLONIALE
centaine de cavaliers et un nombre incalculable de femmes
et d 'enfants . Tamaski, Libatam , Kouara, Matankari, furent
les principales étapes de cette retraite, que rendirent parti
culièrement difficile le caractère des bandes que l'on rame
nait en arrière aussi bien que l'hostilité des populations dont
on traversait les territoires. En octobre, la colonne attei
gnait enfin les postes français du Soudan , où on s 'occupa
sans retard de désarmer les auxiliaires et de les disperser
dans les divers cercles de la région.
Le 3 octobre , les lieutenants Joalland et Meynier quittaient
à leur tour Zinder, se dirigeant vers le Kanem et le Tchad .
On n 'a pas encore de détails sur les incidents de leur
voyage ; on sait seulement, par des dépêches venues par la
voie du Congo , qu'ils ont réussi à atteindre le Tchad
le 23 octobre, et le Chari le 9 décembre. Le 11, le lieutenant
Joalland occupa sans coup férir Goulfeï sur le Chari, localité
autrefois occupée par Rabah , prouvant ainsi que le combat
de Kouno avait réussi à débarrasser la région des troupes
du sultan , et le lieutenant Meynier, envoyé avec une simple
escorte pour se mettre en communication avec le corps
d 'occupation du Chari, put également sans résistance , en
remontant par la voie de terre la rive droite du fleuve sur
plus de 300 kilomètres, atteindre le fort Archambault et
rejoindre le capitaine Rebillot (J . 0 . C ., 15 avril 1900 ) .
Ainsi était conduite à bonne fin et dans des conditions par
ticulièrement difficiles (étant donné les tristes événements
qui s'étaient produits quelques mois auparavant), une
@ uvre importante entre toutes pour le développement de
notre influence dans l'Afrique centrale : l’union par le Tchad
des possessions françaises du Soudan et du Congo. Quelques
semaines plus tard, la même route de Zinder au Chari était
suivie par la mission Foureau-Lamy, dont il nous reste à
retracer le long voyage.
Mission Foureau - Lamy. – Organisée dans le but d 'opé
rer la reconnaissance du Sahara oriental, entre les 30 et
LA MARCHE VERS LE TCHAD 87
7° de longitude est, et de rejoindre ainsi l'Algérie à
nos possessions de l'Afrique centrale, la mission Foureau
Lamy fut concentrée à Biskra en septembre 1898 . C 'est
grâce à un legs fait au profit de la Société deGéographie de
Paris par M . Renoust des Orgeries, en 1896 , et qui, aux
termes du testament du défunt, était destiné à une mission
devant aller du Sud algérien au Soudan, que put être mis à
exécution un projet déjà ancien et dans la réalisation duquel
plusieurs explorateurs avaient échoué, victimes de l'hosti
lité des indigènes et du manque de ressources du pays à tra
verser .
A la tête de la mission nouvelle se trouvait placé M . Fou
reau et le commandant Lamy. Déjà connu par une longue
série d 'explorations, poursuivies durant vingt ans dans
l'extrême Sud algérien, M . Foureau possédait une grande
expérience des affaires sahariennes . Quant au commandant
Lamy, il avait séjourné durant plusieurs années dans les
postes les plusméridionaux de l'Algérie et s'était distingué
notamment dans le commandement du poste d 'El-Goléah
et l'organisation de la première section des méharistes
sahariens.
On leur adjoignit quatre civils : MM . Charles Dorian ,
ingénieur, député de la Loire, Louis Leroy, Villate, du
bureau météorologique d'Alger et de Passage; ce dernier
quitta la mission, à Aïn -el-Hadjadj, pour rentrer en France .
L 'élément militaire était représenté , en outre du comman
dant Lamy, par le capitaine Reibell (depuis chef de batail
lon ), les lieutenants de Chambrun , Mesoro, Verlet, Hanus et
des médecins. L 'escorte , qu 'il fallait assez importante pour
imposer le respect aux Touareg fut composée de tirailleurs
algériens et sahariens, de spahis, au total de 300 hommes
environ ; deux pièces de montagne complétèrent l'armement
de la mission.
C 'est de Ouargla que la mission partit au grand complet,
le 22 octobre 1898, emmenant avec elle près de 1 .200 bêtes
LE
88 L 'ANNÉE COLONIA

de somme. Le 31 octobre , elle était à Aïn - Taba ; le 10 no


vembre , à El-Biodh ; le 18 , elle atteignait Timassanine. Elle
demeura jusqu'au 25 novembre en ce point, où un petit fort
venait d 'être construit par les officiers du corps d 'armée
d 'Algérie pour donner à la mission une base d 'appui solide.
Le 4 décembre, MM . Foureau et Lamy arrivaient à Aïn -el
Hadjadj, à 400 kilomètres de Air- Taba et à 900 kilomètres
à vol d 'oiseau de Biskra , ayant ainsi fait environ 30 kilo
mètres par jour de marche.
Cette allure relativement rapide ne pouvait être conservée
plus longtemps. Peu après Aïn -el-Hadjadj, la mission ren
contrait le plateau rocheux que l'on appelle le Tassili des
Azdjer, dont la traversée prit un mois environ (du 7 dé
cembre au 8 ou 10 janvier).
Le 17 janvier , on campait au puits Tadent, après avoir
franchi un second massifmontagneux, le massif de l'Anahef,
et marché dix jours sans trouver d 'eau. Pendant le séjour
que le gros de la mission fit à Tadent, du 17 au 26 janvier.
MM . Foureau et Lamy poussèrent une pointe à 140 kilo
mètre au nord-ouest, jusqu'au puits où Flatters et ses com
pagnons furent massacrés.
Partie de Tadent, le 26 janvier , la mission perdit 140 cha
meaux durant les sept jours de marche, à travers une région
désolée , sans eau et sans végétation, qui séparent Tadent de
Assiou ; ce dernier point d 'eau étant insuffisant pour assurer
le ravitaillement de la colonne, on s'arrêta à quelques kilo
mètres de là , au puits d'In -Azaoua.
C'est deIn-Azaoua que sont datées les dernières nouvelles
reçues de la mission par le nord. Jusqu'alors le contact avec
l'Algérie avait été , écrivait M . Foureau, admirablement
assuré par le capitaine Pein , commandant le bureau arabe
de Ouargla, qui s'avança jusqu'à Afara , et par le lieutenant
de Thezillat, qui, avec ses spahis à mehara, atteignit In
Azaoua avec un convoi de ravitaillement. Depuis , aucun
message expédié parla voie nord n'est parvenu à destination .
LA MARCHE VERS LE TCHAD 89

Durant l'été de 1899,à plusieurs reprises, courut le bruit


du massacre de la mission par les Touareg ; ce n 'étaient
heureusement que de fausses rumeurs. Toute inquiétude fut
dissipée lorsqu 'on apprit que M . Foureau et le commandant
Lamy étaient arrivés à Zinder, en novembre 1899, et y
avaient opéré leur jonction avec le détachement laissé dans
la ville par les lieutenants Joalland et Meynier. Peu après
on annonçait le retour en France, par le Dahomey, de
M . Charles Dorian, qui avait quitté la mission à Zinder.
C'est par lui que l'on a connu les incidents de la marche de
la colonne entre In -Azaoua et Zinder. Grâce aux renseigne
ments qu'il a fournis, on en sait aujourd'hui les principaux
épisodes.
La mission était, nous l'avons vu , arrivée à In -Azaoua ,
épuisée par la traversée des montagnes du Tadjemout.
Après avoir laissé à In -Azaoua, dans un petit réduit gardé
par quelques tirailleurs, une partie des approvisionnements ,
avec l'intention de revenir les chercher, MM . Foureau et
Lamy semirent en route dans la direction de l'Aïr. Réunie
au grand complet à Trazar, la colonne y passa trois mois
entiers, retenue par la perte d 'une grande quantité de cha
meaux et l'impossibilité de transporter le matériel considé
rable de la mission , il fallut se résigner à en abandonner
une partie , et l'on brûla , avant de quitter Trazar , toutes les
marchandises d 'échange ainsi qu'une année de vivres. A Aga
dès, où l'on arriva à la fin de juillet , on ne trouva pas les
ressources qu'on espérait ; après quinze jours de repos , on
se remit en route pour le Sud ;mais bientôt, faute de guides
sûrs (il fallut, après enquête , fusiller l'un d 'eux), l'on dut
revenir à Agadès. « On y vivait au jour le jour, raconte
M . Charles Dorian ', sans l'assurance de pouvoir partir
bientôt pour le Sud .
« Après plusieurs semaines où l'on patienta , on dut recou

1. Le Temps, 14 juin 1900.


90 L'ANNÉE COLONIALE
rir à des moyens de rigueur. Le commandant Lamy fit
occuper militairement les puits d 'Agadès et une source située
à 3 kilomètres, disant qu 'il ne laisserait prendre de l'eau
que si on lui apportait des animaux de bât.
« Au bout de plusieurs jours, les habitants amenèrent
quelques ânes et quelques chameaux. Peu à peu , en ne don.
nant de l'eau qu'en échange d'animaux, la mission finit par
se procurer une petite troupe de 80 chameaux et d'une cen
taine de bourricots. C 'est avec cela qu'on se remit en route
pour Zinder, la capitale du Damergou , à la date du
16 octobre 1899. On avait séjourné ainsi trois mois dans
Agadès .» Le 2 novembre , la mission entrait à Zinder , où elle
retrouvait le sergent Bouthel et les tirailleurs laissés par les
lieutenants Meynier et Joalland .
Pour effectuer la traversée du Sahara , entre Ouargla et
Zinder, la mission avait employé douze grands mois. Au
cours de ce long voyage, grâce à l’escorte militaire dont
elle disposait,elle ne fut attaquée qu'une seule fois , à Trazar.
Les Touareg semblaient faire le vide devant la mission et il
est probable que les mesures de prudence que M . Foureau
et le commandant Lamy avaient adoptées ne furent pas sans
contribuer pour une grande part à assurer à la colonne la
tranquillité relative dont elle jouit .
Les précautions les plus minutieuses étaient prises pour
prévenir ou repousser une attaque des Touareg . Un ordre
de marche particulier avait été prescrit par les chefs de la
mission . Le convoi, durant les étapes, était gardé par des
tirailleurs armés ; le soir, ceux-ci dormaient avec leur cara
bine à leur côté, sans jamais former les faisceaux.
Les Touareg attaquant volontiers l'ennemi à l'aube, pen
dant que les chameliers sont occupés au chargement des
animaux, à l'heure du réveil les sentinelles étaient dou
blées, et deux spahis tournaient autour du camp en sens
inverse jusqu'à ce que le convoi fût prêt.
A Zinder, on apprit que les lieutenants Joalland et Meynier
LA MARCHE VERS LE TCHAD 91

étaient,depuis le 3 octobre, partis dans la direction du Tchad.


Gråce à une petite expédition contre les gens de Tessaoua,
entreprise à la demande du chef de Zinder, expédition qui
dura six semaines , le commandant Lamy put trouver
200 chameaux et reprendre la marche vers le Congo ; quit
tant Zinder le 25 décembre, la mission était, au commence
ment de la présente année, à M 'Guigmi, au nord -ouest du
Tchad , et poursuivait sans encombre sa route vers le
Kanem .
A l'heure où nous écrivons, MM . Foureau et Lamy ont
très probablement rejoint les postes français du Chari.
Ainsise trouve réalisé le rêve de Crampel, et la jonction de
nos possessions de l'Algérie , du Soudan et du Congo peut
être considérée comme un fait accompli. Sans doute il fau
dra peut- être bien des années avant que notre autorité
puisse s'exercer régulièrement dans une région que nos
explorateurs n 'ont pu que parcourir ; il n'en demeure pas
moins que les voyages de Foureau-Lamy, de Joalland-Mey
nier, et les opérations de Gentil et du capitaine Rebillot,
poursuivis au prix d 'efforts considérables et dans des
conditions parfois très dramatiques, ont fait faire un grand
pas à la connaissance de notre empire africain et forment
un des chapitres les plus glorieux, en tout cas un épisode
des plus importants, de l'histoire de l'expansion coloniale de
la France
LE JARDIN COLONIAL
DE NOGENT -SUR -MARNE

Au mois d 'octobre 1898 avait été constituée une Commission ,


chargée d'étudier la question de la création de jardins d 'essais
dans les colonies et d 'un établissement métropolitain chargé de
relier entre eux les jardins coloniaux .
Cette Commission eut à examiner les documents qui lui furent
produits et eut à se prononcer entre les projets divers qui furent
soumis à son examen . Elle adopta des résolutions tendant à créer
près de Paris un établissement spécial, ne relevant que du Minis
tère des Colonies, lequel serait chargé d 'étudier toutes les ques
tions agricoles et d 'aider à la dissémination dans les colonies des
graines ou des plantes, dont la culture pouvait concourir utile
ment au développement de leur richesse agricole .
Le rapporteur fut chargé de présenter au Ministre des Colo
nies un projet qui pourrait servir de base à l'organisation de
cette nouvelle création . Les conclusions de ce rapport furent
adoptées.
Un décret en date du 28 janvier 1899 rendu sur la proposition
de M . Guillain , alors ministre des colonies, donnait satisfaction
au veu de la commission et fondait à Nogent, sous le nom de
« Jardin d'essais colonial », un service ayantpour objet de fournir
aux jardins d 'essais des possessions françaises les produits
culturaux dont ils pourraient avoir besoin , et de réunir tous les
renseignements les intéressant. Plus tard un nouveau décret
LE JARDIN COLONIAL DE NOGENT 93
régla d 'une façon précise les attributions de l'établissement de
Nogent et modifia son titre en le désignant sous l'appellation plus
exacte de : Jardin colonial.
M . Dybowski, directeur de l'agriculture et du commerce en
Tunisie , actuellement inspecteur général de l'Agriculture colɔ
niale, était placé à la tête du nouvel établissement. Le directeur
du Jardin colonial est assisté dans ses fonctions d 'un Conseil
d 'administration de cinq membres . En outre, par arrêté du 29 jan
vier, il est institué, auprès du Ministre des Colonies, un Conseil
de perfectionnementdes jardins d 'essais coloniaux '.
Ainsique l'ont déterminé, d 'une façon précise, un décret et un
arrêté réglant définitivement le titre et les attributions du Jardin
colonial l'établissement de Nogent a un triple objet auquel
répondent les trois services qui le comportent :
1° Le Service des renseignements comprend la centralisation des
renseignements concernant les cultures, les productions et les
industries agricoles; enquêtes sur les productions agricoles et
leurs applications ; études des questions d 'élevage (apiculture ,
sériciculture , pisciculture) ; études des questions forestières ;
relations avec les Jardins d 'essais des colonies françaises ; rela
tions avec les servicesbotaniques et agricoles de l'étranger ; rela
tions avec l'Office colonial et les Chambres d 'agriculture ; rensei
gnements fournis au public.
2° Le Service des laboratoires comprend l'étude des produits
coloniaux ; détermination de leur valeur et deleurs emplois com
merciaux et industriels ; analyses des matières premières ; études
des falsifications des denrées et produits coloniaux ; détermina
tion et essais de semences; analyses des terres et engrais ; études
des maladies des plantes.
30 Le Service des cultures comprend l'introduction et la propa
gation des espèces ayant des applications agricoles, commer
ciales et industrielles ; introduction et dissémination des espèces
nouvelles ; production des variétés nouvelles; envois des plantes
et semences dans les colonies ; culture des végétaux utiles des
colonies, comme spécimens d ’ étude ; instruction donnée au per
sonnel agricole destiné aux colonies.
Comme on le voit, le Jardin colonial ne se contente pas seu
lement de distribuer des graines et des plantes aux jardins d 'es
sais des colonies. Il est, avant tout, un établissement de recherches

1. Voir le Journal officiel de la République, numéro du 31 janvier 1899 .


L 'ANNÉE COLONIALE
et d 'études. Dans ses laboratoires sont étudiées toutes les
matières premières provenant du sol des colonies en vue d 'en
déterminer les emplois ou d 'en indiquer une utilisation meilleure.
Par les renseignements qu'il donne au public , par les indica
tions qu 'il fournit aux colons, cet établissement peut donner
une rapide impulsion au développement de la colonisation agri
cole .

Bien que de création récente , les résultats obtenus par le Jar


din colonial sont appréciables. Nous ne pouvonsmieux faire,
pour les constater, que de citer des passages entiers du rapport
du distingué directeur du jardin de Nogent.
Par un accord intervenu entre le Ministre de l'Instruction
publique et le Ministre des Colonies, il fut décidé qu 'un terrain
d 'une contenance d 'environ 17 hectares, situé avenue de la Belle
Gabrielle , à Nogent- sur-Marne , serait mis à la disposition du
Ministre des Colonies, en vue d 'y créer les services du Jardin
colonial.
Le terrain destiné à recevoir cette affectation nouvelle appar
tenait en effet à l'État. La loi du 24 juillet 1860, qui donnait à la
Ville de Paris les terrains formant aujourd 'hui le bois de Vin
cennes, faisait réserve d 'une parcelle de 17 hectares environ .
Dès la publication du décret, des pourparlers furent engagés
entre le Ministre des Colonies et la Ville de Paris. Cependant ce
n 'est que le 1er juillet que la remise du terrain fut obtenue.
Pendant le temps qui précéda la remise du terrain , les plans
préparés par l'architecte furent examinés par le Conseil d'admi
nistration du Jardin colonial et approuvé dans les séances du
24 février (serres) et du 30 avril (laboratoire et bâtiments de ser
vice ), si bien que, dès le jour de la remise du terrain , avis fut
donné aux entrepreneurs d 'avoir à prendre possession des chan
tiers . Les travaux furentcommencés le 10 juillet et, dès le 1er sep
tembre , les serres étaient en état de recevoir les plantes.
Il n 'est pas inutile de rappeler que le Jardin colonial, étant le
premier établissement de ce genre créé en France, n 'eut à recueil
lir la succession d 'aucune organisation analogue. Il lui fallut donc
chercher à constituer rapidement des collections de documents
d 'étude qui pussent le mettre à mème d 'exercer une action utile
dans le plus bref délai possible. Une lettre circulaire (document
LE JARDIN COLONIAL DE NOGENT

n° 1) fut adressée aux principaux établissements publics ainsi


qu'aux horticulteurs.Les réponses favorables furent nombreuses.
Un grand nombre d ' établissements publics ou privés témoignèrent
de leur bienveillance , en adressant au Jardin colonial des envois
de plantes , de graines ou de documents divers. M . le Ministre des
Colonies voulut bien adresser des remerciements à tous ces
généreux donateurs .
Ces dons permirent au Jardin colonial d 'entreprendre des cul .
tures et de procéder, dès les premiers mois de son existence, à
des envois dans les colonies .
Ces envois forment, dans leur ensemble , 22.411 plantes ou
graines germées , répartis en 47 envois.
En mêmetemps que le service des cultures s'organisait, le Jar
din avait à répondre à de nombreuses lettres de renseignements
qui lui étaient adressées, principalement par les colons et les
commerçants des colonies françaises, aussi bien que par les com
missionnaires ou les négociants de la métropole .
Cette correspondance comprend :

Lettres reçues jusqu 'au 31 décembre. . . . . . . . . 1 . 039


Lettres écrites .. 1 . 312

Les rapports réguliers furent, dès le début, établis avec les gou
verneurs des colonies françaises et les consuls résidant dans les
colonies étrangères ; des enquètes furent ouvertes tant sur les
productions des colonies françaises pouvant recevoir des appli
cations nouvelles que sur les matières premières qui, produites
jusqu'à ce jour dans les colonies étrangères, peuvent être obte
nues dans les possessions francaises . Citons, parmi les principaux
produits qui firent l'objet de ces enquêtes : les fibres textiles,
les cotons, les caoutchouc, les guttas, les cafés, les poivres, les
vanilles, les ricins, etc .
Une circulaire fournissant des indications sommaires sur les
procédés à suivre pour faire les récoltes et pratiquer les envois
fut tirée à 10.000 exemplaires et répandue dans toutes nos colo
nies. Les bons effets de cette circulaire ne tardèrent pas à se
faire sentir et les envois répondant à ces demandes sont deve
nus aujourd 'hui très nombreux .
Dans les laboratoires qui, dès les premiers jours de novembre,
purent être occupés , une série de recherches furent entre
prises . La plupart d 'entre elles sont complexes et nécessitent des
96 L 'ANNÉE COLONIALE
études longues et patientes. Elles sont poursuivies avecméthode ;
cependant certains résultats sont dès maintenant acquis ; nous
citerons en particulier :
Étude d 'une nouvelle plante à gutta (Eucommia Ulmoides oliver).
Les documents de cette étude ont été généreusement offerts,
malgré leur haute valeur, par MM . de Vilmorin .
En dehors de l'étude scientifique qui fit l'objet d 'une note
présentée à l'Académie des Sciences, des expériences furent
entreprises en vue de déterminer le mode de multiplication de
cette plante précieuse.
Ces essais obtinrent un plein succès, et le Jardin colonial
possède , dès maintenant, de nombreux représentants de l'Eu
commia Ulmoides, qui lui permettront de faire des essais de
culture dans les colonies .
Étude d 'une plante de Chine , recommandée comme spécifique
contre la dysenterie (Brucca Sumatrana Roxbi). Des études très
complètes ont pu déterminer aussi bien l'espèce botanique à
laquelle doit être raltachée
untils
cette graine que son action physio
logique et ses effets curatiſs.
Étude des caoutchoucs, des écorces. Un procédé nouveau de
l'extraction du caoutchouc des écorces fut trouvé. De nom
breux envois reçus des colonies ont permis de déterminer la
valeur de ces écorces et de préciser le mode d 'extraction , lequel
est basé sur la combinaison de l'action mécanique et de l'action
chimique exercée par la soude sur les matières intercellulaires
lorsque l'on porte la masse en autoclave à une température
de 130º.
Étude de la valeur industrielle des cotons, de leur sélection . Ces
recherches ont fait l'objet de longs et minutieux travaux qui sont
loin d 'être terminés; mais dès maintenant il est aisé de prévoir
tout l'avantage qui pourra en être retiré au point de vue de la
propagation de cette culture dansles colonies françaises .
Ces divers énoncés sont simplement destinés à montrer la
nature des travaux et des recherches auxquels se livrent les
laboratoires du Jardin colonial.
Des sujets aussi nombreux que divers sont l'objet d 'études sui
vies. Celles-ci sont entreprises aussi bien sur les matériaux que
possède déjà le Jardin colonial qu'en utilisant le concours des
Jardin d 'essais des colonies dont les agents sont dès maintenant
en rapport avec le service de la métropole .
L 'OFFICE COLONIAL

En même temps que le Palais de l'Industrie tombait sous la


pioche des démolisseurs, disparaissait l'Exposition permanente
desColonies, créée le 23 octobre 1855 .
Déjà au mois de février 1896 , le service des renseignements
avait été détaché de l'Exposition et incorporé au Ministère en
tant que service spécial. Mais le décret de mai 1896 , qui réorga
nisait l'Administration centrale , ayantsupprimé ce bureau , il en
résulta qu'à cette époque il n 'existait plus ni Exposition perma
nente , ni service de renseignements ; et cela au moment même
où les États voisins perfectionnaient leurs services commerciaux
et leurs services de renseignements coloniaux. Londres voyait
en effet prospérer son « Imperial Institute » ; Bruxelles, Berlin ,
Hambourg , Brême et Leipzig créaient des musées commerciaux
dont les négociants apprenaient rapidement le chemin . La
France ne pouvait rester en arrière, et un décret du 14 mai 1899,
rendu sur la proposition de M . Guillain , Ministre des colonies,
créait à la Galerie d'Orléans (Palais Royal l'Office colonial.
Celte institution a pour objet de centraliser et de mettre à la
disposition du public les renseignements de toute nature con
cernant l'agriculture, le commerce et l'industrie des colonies
françaises et d 'assurer le fonctionnementd 'uneexposition perma
nente du commerce colonial. Le personnel se composait primi
tivement d 'un directeur, d 'un fonctionnaire de l'Administration
centrale adjoint au directeur et spécialement chargé du service
de la colonisation et de l'exposition permanente , et d 'agents
auxiliaires .
Au commencement d 'avril, l'Office colonial prenait la place de
98 L 'ANNÉE COLONIALE
l'Office de l'Indo -Chine, que M . Doumer avait créé à la Galerie
d 'Orléans. On ne tarda pas à reconnaître l'insuffisance de cette
installation et de cette organisation rudimentaires, et le Conseil
d 'Administration, dans une de ses premières séances, décida que
l'Office s 'agrandirait à mesure que des vacances se produiraient
dans la Galerie d 'Orléans. En outre, un arrêté ministériel du
18 juin divisait les attributions de l'Office colonial en deux sec
tions : la section de colonisation et la section commerciale ; il
créait un emploi de bibliothécaire et rattachait à l'Office le ser
vice de la statistique. De sorte qu'à l'heure actuelle l'Office colo
nial comprend quatre services principaux : 1° La section de co
lonisation et d 'émigration ; 2º la section commerciale et des
expositions temporaires; 3° le service de la statistique ; 4º la
bibliothèque. Si l'on examine les travaux accomplis dans l'espace
d 'une année d'organisation et de début, on constate que l'Office
a reçu et envoyé près de 10.000 lettres, qu 'il a constitué
3 .400 dossiers catalogués avec un système de fiches qui permet
de retrouver immédiatementle renseignement demandé. Lorsque
les renseignements ne se trouvent pas dans les archives, l'Office
les demande aux Chambres de commerce et d'agriculture des
colonies , ou aux gouverneurs .
Les notices coloniales destinées à servir de guides aux émi
grants ont été rééditées et mises à jour. Ces notices sont non
seulement délivrées à tous ceux qui veulent faire une étude de
la colonie dans laquelle ils ont l'intention de se rendre , mais
encore à un grand nombre d 'instituteurs qui font des conférences
coloniales aux adultes.
Les résultats obtenus par le système d 'information employé
sont déjà très appréciables. Pendant l'année 1899 , l'Office a pu
faire partir gratuitement ou avec réduction de prix 211 familles
ou célibataires, qui sont allés s'établir dans nos colonies. Les
émigrants doivent avoir un emploi assuré dans le commerce, ou
un capital suffisant pour parer aux premiers besoins pendant la
période d 'installation . Le capital minimum exigé des futurs colons
est de 5 .000 francs 1.
La section commerciale a fourni de nombreuses et importantes
consultations sur le commerce, le régime douanier, les tarifs
d 'octroidemer, le fret, les matières exportées ; elle a transmis aux

1. Voir dans le Monde économique, nº du 17 février 1900 : « L 'émigration offi


cielle dans les colonies françaises. »
L 'OFFICE COLONIAL 99

colonies de nombreuses circulaires de maisons françaises ; elle a


fait analyser et connaître aux intéressés divers produits colo
niaux; elle prépare la Feuille de Renseignements qui se publie
tous les mois. Cette Feuille assure une publicité périodique
aux informations d 'intérêt général que l'Office est en mesure de
fournir à la presse, aux Chambres de commerce, aux Sociétés
coloniales et de géographie , et aux particuliers ; elle permet de
porter à la connaissance du public les résultats des statistiques
coloniales , au fur et à mesure qu 'elles arrivent au Ministère .
Enfin cette publication a rendu de très grands services en met
tant en relations les producteurs et les consommateurs métro
politains et coloniaux . Plusieurs industriels de la métropole ont
pu au moyen de la Feuille de Renseignements , faire connaître leurs
produits aux colonies et recevoir des commandes. Le service de
la statistique a commencé à fonctionner le 1er juillet. Le premier
soin de son chef a été de rassembler et de faire publier les sta
tistiques commerciales des colonies pour les années 1897 et 1898 .
(Le précédent volume comprenait des statistiques de 1896 .)
Les tableaux de 1897 ont paru et ceux de 1898 sont livrés à
l'imprimeur. On finira par arriver à publier les statistiques
pendant l'année qui suit celle à laquelle elles s'appliquent, re
tombant ainsi dans la vraie méthode, celle qui rendra de réels
services à ceux qui s'occupent des questions d'économie colo
niale. Le service de la statistique a l'intention de ne pas se bor
ner aux statistiques commerciales, mais bien de faire, pour les
colonies, des statistiques plus générales portant sur la démogra
phie, la navigation , l'industrie , les mines, la main - d 'æuvre, l'im
migration, etc . Le Conseil supérieur des statistiques a arrêté des
tableaux questionnaires sur ces diverses branches de l'activité
coloniale , qui seront livrés à l'impression lorsqu'ils auront été
remplis par les administrateurs locaux. La bibliothèque a été
organisée avec les restes de la Bibliothèque de l'ancienne exposi
tion permanente . Elle comprend un choix important de livres de
fonds et reçoit un grand nombre de revues et de journaux colo
niaux . Elle possède également des dossiers spéciaux sur les
produits coloniaux, régulièrement tenus à jour. L'accès à la bi
bliothèque est public,moyennant une carte délivrée gratuitement
par le directeur de l'Office colonial.
Telle est l'æuvre accomplie par l'Office jusqu'à ce jour ; mais
ses aspirations sont plus hautes; après avoir bien fait, il peut
encore mieux faire. Le programme de l'avenir est tracé dans le
100 L 'ANNÉE COLONIALE
décret de création : assurer le fonctionnement d'une Exposition
permanente du commerce colonial. Les éléments de cette expo
sition existent; ils sontrépandus en divers locaux .Reprendre ces
objets , ces échantillons, les classer, compléter les collections
existantes pour qu'elles soient bien à jour et tenues en rapport
constant avec tous les progrès économiques de nos colonies, tel
est le but à atteindre. Le manque de place a été jusqu'à présent
le principal obstacle à sa réalisation . Le jour où la Galerie d 'Or
léans tout entière appartiendrait à l'Office colonial, celui-ci ins
talleraitdans un de ses côtés l'Exposition permanente du com
merce colonial. Chaque colonie de chaque groupe aurait son
exposition permanente séparée de ses voisines ; ce serait comme
une juxtaposition demusées commerciaux. A côté on placerait le
musée ethnographique et scientifique, susceptible d 'attirer le
public et de l'instruire. Le hall central de la galerie serait
aménagé à cet effet.
Si ces projets se réalisent, l'Office Colonial, encore peu connu du
public , auquel il est appelé à rendre de très importants services,
verra croître sa prospérité de jour en jour '.
1 . La plupart des renseignements relatifs à l'Office colonial nous ont été
fournis par le rapport présenté par le directeur, au Conseil de perfectionnement
Séance du 7 avril 1900).
“ L 'ALLIANCE FRANCAISE ”
ET LES COLONIES EN 1899

L 'Alliance française, fondée en juillet 1883, compte aujourd 'hui


plus de 30 .000 adhérents dans le monde entier . Son programme
se résume, suivant l'expression de M . Subé, dans le titre qui s'at
tache à son nom : propager le français en dehors pour étendre
aussi le domaine de la langue, l'influence de la patrie , sa puis
sance politique et morale , nous ménager partout des sympathies
précieuses, conquérir pacifiquement, par le bienfait d 'une civili
sation supérieure, tous ceux que peut atteindre l'action morale
de la France dans nos colonies et dans les colonies étrangères.
En ce qui concerne nos colonies, l'Alliance se propose de faire
connaitre et aimer notre langue , car c 'est là peut-être le meilleur
moyen de conquérir les indigènes, de faciliter avec eux les rela
tions sociales et les rapports commerciaux, de prolonger au -delà
des mers, par des annexions pacifiques, la race française qui s 'ac
croît trop lentement sur le continent.
Voyons comment a été remplice programme pendant
l'année 1899.
Le champ d 'action de l'Alliance a englobé l'Algérie, la Tunisie , le
Sénégal, le Congo, Madagascar, l'Inde et l'Indo -Chine. L 'Algéric
continue à faire à l'association l'accueil le plus sympathique : dix
Comités fonctionnent dansles principales villes, et les résultats
obtenus sont des plus appréciables. Les cours d 'adultes paraissent
être, dans cette région , l'unique souci de l'Alliance francaise . A
Alger, les cours d 'adultes indigènes sont toujours florissants :
102 L 'ANNÉE COLONIALE
pour la période scolaire du 17 octobre 1898 au 17 mars 1899,
255 élèves s'étaient fait inscrire à l'école de la rue Montpensier. Il
y a eu 101 leçons, et la moyennedes présences était de 134 audi
leurs.Les indigènesse sontmontrés assidus et appliqués.On sent,
ditle directeur, M . Sarrouy, dans son rapport, qu 'ils éprouventle be
soin de s 'instruire . Les cours d 'adolescents musulmans, dirigés
du 10 octobre 1898 au 15 mars 1899 ont réuni, 133 auditeurs.
A Tlemcen , le Comité a décidé de reporter tout son intérêt sur
les cours d 'adultes. Tandis que les cours de travail manuel, orga
nisés pour les jeunes filles indigènes, ne donnaient que peu de
résultats , les auditeurs arabes des cours d 'adultes y montraient
un véritable désir de s 'instruire . Pour l'exercice 1899 -1900 , les
auditeurs sont partagés en deux divisions.
Les cours créés par le Comité de Bûne ont commencé le
jer novembre 1898 et pris fin le jer mai 1899. Deux cours com
prenant 41 et 53 auditeurs ont été ouverts . Les auditeurs du pre
mier cours sont arrivés à lire assez convenablement lesmorceaux
de prose et de vers (lectures de Da Costa et Francinet Bruno). Les
exercices, dans cette matière, ont porté sur la lecture, la pronon
ciation et l'explication des textes. Le calcul, l'écriture, l'ortho
graphe et les lecons de choses n 'ont pas été négligés. Les élèves
du second cours, quoique illettrés pour la plupart, savent tous
compler ; ils connaissent la valeur des nombres et montrent une
aptitude particulière pour cette branche de l'enseignement. Les
résultats acquis sonttrès satisfaisants. Les élèves d 'origine berbère
(Kabyles etMozabiles) ont un goût plus prononcé pour l'étude de
notre langue que les Arabes . Leur attention est plus soutenue et
leur désir d 'apprendre plus grand . Enfin les rapports envoyés au
siège central par le commandant du xixe corps d 'armée sur le
fonctionnementdes cours de langue française dans les régiments
placés sous ses ordres, dénotent d 'incontestables progrès. Un
capitaine, transporté subitement de la métropole au 2e régiment
de tirailleurs , par exemple, n 'aura rien à changer à sa langue ; il
est immédiatement compris de tous dans sa compagnie . Inverse
ment, les hommes d 'une compagnie detirailleurs envoyés en France
se feront comprendre partout. Malgré les nombreux travaux exé
cutés par le 3e tirailleurs , 150 élèves ont suivi, à Bône , les cours
organisés du fer novembre 1898 au 25 janvier 1899; sur ce nombre ,
94 tirailleurs parlentle français ;15 le parlentetlelisent; 13 parlent,
lisent et écrivent notre langue. Des classes sont faites,en outre, aux
enfants des spahis par les smalas de Chahba et de Medjahed ; elles
L 'ALLIANCE FRANÇAISE 103

sont dirigées par de jeunes spahis indigènes sortis de nos écoles


normales primaires. Au 34 spahis, ces cours ont lieu deux fois
par jour et sont suivis tant à Bou -Hadjar, qu 'à Aïn -Guettar par
120 jeunes gens ou enfants .
En Tunisie , l'Alliance francaise a conservé tout le terrain
qu'elle avait acquis. Le Comité de Tunis voit les cours d 'adultes
qu 'il a organisés suivis jar de nombreux auditeurs . Le Comité de
Bizerte , de son côté , a décidé la création d 'une cantine scolaire.
Le Comité régional du Séniyal assure la prospérité des écoles
des Sæurs de Saint-Joseph de Cluny et des Missions évangéliques
dans la colonie .
En 1894,seize petits enfants de chefs avaient été placés à l'école
de Setté-Cama (Congo français ; aujourd 'hui l'un des enfants ,
Joseph Souza , est installé instituteur au grand village de Mama
mina ; un autre , un pahouin , est au fond de la lagune Somya ; un
troisième, M 'Goulon -Mami, fait la classe aux commençants , à la
mission même.
Sur Madagascar se sont portés surtout les efforts du siège cen
tral et de nombreux Comités de propagande. Déjà M . le général
Gallieni, dans le « Rapport d 'ensemble » , rendait hommage
au bienveillant concours qu 'avait fourni l'Alliance à l'extension
de la langue française à Madagascar. Actuellement, quatre Comi
tés fonctionnent dans la grande ile , à Tananarive, Tamatave, Fia
narantsoa et Majunga. Ces Comités ont devant eux un vaste
champ d 'action ouvert à leur activité , et on ne saurait trop encou
rager leur initiative . Le Comité d 'action de la Réunion a voté trois
bourses à l'École normale de Tamatave . Dans l' Inde, M . Ferrier,
chef du service de l'Enseignement, et président du Comité de
Pondichéry, a pu réorganiser les écoles primaires, grâce aux
subventions importantes que lui a envoyées l'Alliance française .
Sept écoles, où 12 instituteurs instruisent 649 enfants , sont à
la charge du Comité de l' Alliance française , qui subventionne ,
en outre, cinq instituteurs brevetés, qui vont donner des leçons
de francais dans 14 écoles privées, où la langue indigène seule
était enseignée ; ces écoles comptent 723 élèves (situation de
Touvre au 1er septembre). Le 5 septembre, était inaugurée une
école destinée aux jeunes filles musulmanes de Pondichéry .
L'Indo-Chine n 'est pas restée en retard sur la colonie voisine.
Pendant l'exercice 1898 -1899, le Comité de Saïgon a dépensé
1.747 fr. 20 . A Hanoï, le Comité a créé de nombreuses écoles et
en ouvre chaque jour de nouvelles. Il a fondé également des
104 L 'ANNÉE COLONIALE
cours de français pour les soldats des régiments de tirailleurs .
M . Plantié , délégué du Comité d 'Hanoï, a créé, à Ban - Yen -Nhan ,
une école française. Nous lisons à ce sujet, dans une lettre qu 'il
a adressée au Président de l'Alliance française, le 4 août :
« C 'est décidément un succès auquel j'étais loin de m 'attendre
que cette création d 'une école à Yen-Nhan .
« Le premier jour, 28 juillet, 34 élèves se faisaient inscrire ; le
lendemain , leur nombre était porté à 68, et aujourd 'hui, hui
tième jour, les inscriptions atteignent le chiffre fantastique de
104. Lemalheureux interprète ne sait plus où donner de la tête ,
et, si cela continue, je me verrai forcé ou de clore la liste ou de
vous demander un moniteur auxiliaire, car le mien n 'y suffirait
pas. Je compte , d 'ailleurs, procéder sous peu à une petite élimi
nation , en me basant sur les aptitudes et la conduite des élèves .
« Dans ce nombre de 104 , tous les âges sont représentés ou à
peu près. On y voit depuis des gamins de huit ans jusqu 'à des
ly- truong etdes notables de quarante ans, et le chef de canton
de Yen - Nhan lui-même, qui n 'est plus un jeune homme, la suit
fort assidûment.
« Hier soir, rentrant tard d 'une tournée en sampan , dans les
malheureux villages inondés ,mon attention a été appelée par des
cris bizarres ne ressemblant en rien à ceux que les Annamites
ont coutume de proférer. Ces cris partaient d 'un groupe d 'indi
vidus dans l'obscurité , qui permettait à peine de distinguer la
masse confuse, pataugeantdans les champs noyés. Mon sampan
s 'étant rapproché, je perçus distinctement les premières articu
lations de la méthode Machuel, R - a - ra R -i - ri, etc. C 'était, en effet,
une bande de gamins regagnant péniblement leur village avec de
l'eau jusqu 'aux aisselles, et qui, sans souci des trous nides plon
geons, se remémoraient la leçon apprise sur un ton de gaieté
bruyante contrastant singulièrement avec la désolation des
champs inondés à perte de vue .
« Le spectacle de ces bons petits nha-qué (prononcez : gna
koué, paysans), bravant l'inondation etparcourant de longues dis
tances avec de l'eau jusqu 'au cou , parfois mêmeobligés de nager,
ce spectacle , dis- je, est bien fait pour donner une idée de leur
zèle et démontrer que les sacrifices que le Comité central vou
dra bien s'imposer pour eux ne seront pas perdus.
« En attendant un local suffisant, j'ai logé tout ce monde dans
la salle à manger de ma nouvelle habitation , encore inoccupée ;
les deux pièces n 'en font qu 'une, non seulement assez vaste pour
L ' ALLIANCE FRANÇAISE 105

contenir tous les élèves , mais encore disposée de façon à per


mettre à chacun , malgré le nombre, de suivre au tableau les
indications du maître. Cet envahissement demamaison n 'est pas,
vous vous en doutez, sans quelques inconvénients. Mais je m 'en
console aisément, en songeant aux excellents résultats qui se
préparent et compensent largement peine et petits ennuis .
« Tandis que je vous écris, l'interprète enregistre encore de
nouveaux adeptes, et leur nombre s 'élève en cemoment à 119 exac
tement. Encore quelques-uns, et je medéciderai, à grand regret,
à n 'en plus recevoir . Prière de vouloir bien m 'envoyer encore
des alphabets en aussi grand nombre que possible et aussi des
livres de lecture et cahiers d 'écriture.
« L 'interprète Nguyen - Tri-Roa , lequel ne manifestait guère
d 'enthousiasme avant l'organisation du cours, fait preuve d 'un
zèle et d 'une bonne volonté au - dessus de tout éloge. Il s 'est très
vite rendu compte du mécanisme de la méthode Machuel et
témoigne, en l'appliquant, d 'une intelligence très vive. Grâce à
son dévouement, à sa patience avec les élèves (et ilen faut, élant
donné le nombre ), nous arriverons, j' en suis sûr, sous peu à des
résultats appréciables. »
Depuis cette lettre, le canton de Ban - Yên -Thảm a construit une
école à ses frais .
Pendant le dernier exercice, les Comités ont dispensé , pour
l'ensemble de l'auvre de l'Alliance française :

francs
Comité central. . . . . . . . . . . 103 . 858 , 71
Comités de propagande . . . . . . 17 .813 , 33
Comités d 'action à l'étranger . . 11.2 . 239, 21
TOTAL . . . . . . . .
233. 911 , 25

Le Comité central et les Comités de France ont réparti leurs


subsides dans les colonies francaises ainsi quül suit : Algérie ,
5 .603 francs ; Tunisie , 2.992 fr . 85 ; Sénégal, 400 francs ; Madagas
car , 11.021 francs ; Indo -Chine, 500 francs ; Inde, 2.000 francs ;
Congo, 1 .066 francs ; Djibouti, 200 francs.
Il faut remarquer que les sommesdonnées à l'ouvre parles comi
tés étrangers et les Comités des colonies (autres que l'Algérie et
la Tunisie ) ne figurent pas dans ces chiffres. En outre ,de nom
breux dons en livres, matériel classique et médailles, ont été
envoyés aux écoles des colonies .
106 L 'ANNÉE COLONIALE
L ' Alliance française a donc bien rempli sa tâche en 1899 ; et
suivant l'expression de M . Carré, elle devient de plus en plus un
lien indissoluble entre les Français de la métropole et leurs frères
des colonies, un centre de rattachement entre la vieille France
et les nouvelles France .
DEUXIÈME PARTIE
TUNISIE

1. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRALX

Sur les bords de la Méditerranée, faisant suite à notre colonie


d'Algérie, s'étend la Tunisie , entre les 330 et 37e degrés de latitude
nord , et les ſe et ge degrés de longitude est .
La Tunisie est reliée à la France par les bateaux de la Compagnie
generale transatlantique, qui effectuent de Marseille trois départs
par semaine, par les lignes de Marseille - Alger - Tunis ; Marseille
Bizerte -Tunis ; Malte -Marseille - Tunis - Sfax - Sousse ; les prix du
passage sont les suivants : pour Tunis et Bizerte ; fre classe,
100 francs ; 2e classe, 70 francs ; 3e classe, 30 francs; 4° classe ,
18 francs ; pour Sfax et Sousse : 1re classe , 140 francs ; 2e classe ,
98 francs ; 3e classe, 48 francs; 4e classe , 30 francs. La durée
moyenne de la traversée de Marseille à Tunis est de trente à
trente - trois heures. Dans les prix des passages ci-dessus ne sont
pas compris les droits d 'embarquement et de débarquement, qui
varient entre 1 franc et 4 francs, suivant les ports et la classe .
En outre, la Compagnie délivre des billets circulaires, valables
pour quatre- vingt -dix jours .
La Compagnie de Navigation mixte a un départ par semaine (le
mercredi à midi), à destination de la Régence.
Une Compagnie italienne, la Navigazione generale italiana, a un
service hebdomadaire de Gênes à Tunis et à Tripoli, et un de
Palerme à Tunis ; enfin la Prince Line conduit les voyageurs de
Manchester, Londres et Gibraltar à Tunis.
Au point de vue politique, le régime du protectorat que nous
appliquons à la Tunisie laisse subsister l'autorité du bey et celle
110 L' ANNÉE COLONIALE
des fonctionnaires tunisiens, mais les place sous le contrôle du
Résident général, qui est en même temps le Ministre des Affaires
étrangères et des contrôleurs civils . Il n 'y a pas de représentation
au Parlement ni de Conseil général. Une simple Commission con
sultative exerce une grande influence sur la marche des affaires,
bien qu 'elle ne puisse émettre que des væux .

II. – PERSONNEL
RÉSIDENT GÉNÉRAL : M . Millet.
ADJOINT AU RÉSIDENT GÉNÉRAL : N *** .
CHEFS DE SERVICE :
MM . Machuel, inspecteur général, directeur de l'Enseignement
public ; Roy, secrétaire général du Gouvernement Tunisien ; Du
croquet , directeur général des Finances ; Pavillier, directeur
général des Travaux publics ;Hugon , directeur de l'Agriculture et
du Commerce ; Jacques, directeur de l'Office postal et télégra
phique ; général Sermet, commandant la division d ’occupation ;
capitainede vaisseau Merleaux-Ponty , commandantde la Marine.

III. – SITUATION POLITIQUE


Sécurité publique . — Quelques assassinats , rares heureuse
ment, suivis de vols de bestiaux, ont fait, au commencement de
l'année, proclamer l'insécurité de la Tunisie par des journaux
métropolitains. La vérité est qu 'on se trouvait le plus souvent en
présence de vengeances privées et que la criminalité est moindre
en Tunisie qu 'en France. La conférence consultative, dans sa
séance du 5 mai, a constaté que les colons avaient obtenu de
sérieuses satisfactions, au point de vue de la criminalité italienne,
qui a sensiblement baissé depuis le décret sur la surveillance
des étrangers, et, dans la même journée, le Résident général a
déclaré qu 'il s'engageait à procéder aux améliorations deman
dées au sujet des gardes champêtres, et qui seraient réalisables.
Défense de la colonie. — Lors des incidents de Fachoda,
qui ont pu , un moment, faire croire à l'imminence d 'un conflit,
les travaux de défense du port de Bizerte ont été poussés active
ment, et de nombreux renforts de troupes envoyés dans la
Régence . En outre , un décret a placé sous le commandement de
l'officier supérieur commandant la division navale de Tunisie ,
toutes les troupes de la Marine établies dans la Régence . :
TUNISIE 111

Voyage ministériel. – Le 23 avril, MM . le ministre Krantz , et


les sous-secrétaires d 'Etat, Jules Legrand , et Mougeot,débarquaient
à Bizerte. Ils venaient inaugurer la statue de Jules Ferry à Tunis,
le port de Sousse, le chemin de fer de Gafsa et visiter la Tuni
sie. A Jules Ferry , la Régence qui lui doit, suivant l'expression
de M . Krantz , sa splendeur renaissante , a élevé un monument du
plus grand effet.
« Il est dû au sculpteur Mercié et à l'architecte Resplandy. Il
se compose d 'une statue, qui est la reproduction exacte de celle
de Saint-Dié. Jules Ferry est représenté debout, tête nue, en
redingote, les bras croisés derrière le dos, dans cette attitude qui
lui était familière. La statue est d 'une hauteur de 2m ,50.
« Sur le devant du soubassement sont deux statues , dont l'une
représente un colon et l'autre une femme tunisienne offrant des
fleurs à Jules Ferry ; du côté opposé, un enfant francais apprend
à lire à un enfant indigène. Un buste de Barthélemy-Saint-Hi
laire , qui, comme Ministre des Afaires étrangères, signa le traité
de protectorat, surmonte ce groupe. Toutes ces figures sont en
bronze. Le soubassement et le socle sont en pierre veinée de
rouge du Djebel-Oust et qui imite le marbret. »
C 'est le 25 avril que le port de Sousse, ouvert en 1896 , recevait
pour la première fois des bateaux à son quai.
Le 29 janvier avait eu lieu , dans la cathédrale de Carthage, la
cérémonie inaugurale du monument du cardinal Lavigerie , qui,
en dépit de son grand âge, organisa la lutte contre l'esclavage et
put, avant de mourir , saluer le résultat obtenu par le pacte de
Bruxelles , qui porte dans ses flancs la fin de l'esclavage et sera
l'honneur de cette fin de siècle .
Travaux publics . - Durant l'année 1898 , la dernière sur
laquelle ait été publié le rapport du directeur des travaux publics,
s 'est terminé un ouvrage considérable , le Pont transbordeur du
port de Bizerte , qui sert à assurer la communication entre les
deux rives du canal sans entraver la navigation . Il se compose
essentiellement d 'un pont suspendu de 100 mètres de long, dont
le tablier placé à 44 mètres au -dessus des hautes mers, sert de
porte -rail au transbordeur. Les quais du port de Tunis ont été
mis en service , et le port de Sousse terminé au commencement
de l'année 1899. Il faut également signaler , pendant cette dernière
année, la mise en exploitation de la ligne de chemin de fer de

1. La Politique coloniale , numéro du 26 avril.


112 L 'ANNÉE COLONIALE
Gafsa à Sfax ; au mois de mai, quelques centaines de tonnes de
phosphates provenant de Gafsa entraient en gare de Sfax. La
pose de la voie s'est faite à une vitesse moyenne de 1 kilomètre
par jour, et la longueur totale de la ligne atteint 242 kilomètres .
Les aménagements d'eau ont été poussés avec vigueur, Tunis ,
Gabès et Sfax furent particulièrement favorisées à cet égard . C ' est
là un point important pour la prospérité de la Tunisie ; aussi
le programme des travaux de 1899, comprenait outre l'achève
ment des forages en cours à Tozeur, Oudref, M 'Nara l'exécution
d 'un forage près deKairouan et la continuation à la Manouba d 'un
sondage commencé par un colon .
Instruction publique. – Pendant l'année scolaire 1898 -1899,
le nombre des établissements d 'instruction était de 120 , dont
107 publics et 13 privés . 96 étaient laïques et 24 congréganistes.
Il existait 7 écoles de garçons, 32 écoles de filles et 13 écoles
mixtes. La population scolaire se répartissait ainsi :

Garcons, établissements publics . . . . . . . 8 . 913 élèves


privés . . . . . . . . 1 . 792 -
Total .. . . . . . . . . . . . . . 10 .705

dont 1.576 Français ; 1 .696 Italiens; 783 Maltais ; 4 .400 Musul


mans et 2 .424 Israëlites.

Filles, établissements publics . . . . . . . . . 3 .764 élèves


privés . . . . . . . . . . 1 . 772 -
Total . . . . . . . . . . . . . . . 5 .536 -

dont 1 .239 Françaises, 1. 362 Italiennes, 609 Maltaises, 31 Mu


sulmanes et 2 .098 Israëlites.
Cinq écoles laïques nouvelles ont été ouvertes, ainsi que deux
écoles primaires supérieures, à Sfax.
Il faut également signaler la création de l'École professionnelle
de Tunis .
Le lycée Carnot avait, au 1er janvier 1899, une population sco
laire de 595 élèves; l'école secondaire de filles recevait536 élèves ;
et l'Ecole normale , 117 élèves. Les Commissions d'examen ont
délivré 361 certificats d 'études primaires, 35 brevets élémentaires,
5 brevets supérieurs et 33 baccalauréats divers. .
Conférence facultative. – La conférence réunie dans les
mois de mai et de novembre a eu à s'occuper de plusieurs veux
TUNISIE - 113

projets d 'ordre économique, qu'il serait trop long d 'examiner , et


dontnous verrons certains dans le cours de cette étude. Le Bud
get a été l'occasion de réclamations de la part de certains colons,
qui voudraient le voir discuter par la conférence consultative .
M . Berthelot, dans son rapport sur le budget de la Tunisie ( J . 0 . ,
Documents parlementaires. Annexe 603, séance du 12 janvier 1899 ),
fait raisonnablement justice de ces préventions, en remarquant
qu 'on ne devait pas considérer les colons comme identiques à la
France entière , et qu 'ils ne pouvaient, eux qui sont une minorité ,
imposer leur volonté et leurs impôts à la grande majorité de
Tunisiens qui n 'auraient pas voix au chapitre.
Le budget pour 1900 comporte 84 articles en recettes et
154 articles en dépenses (J. 0 . T ., 30 décembre). Les opérations
sur ressources ordinaires seront couvertes désormais par le report
d'exercice en exercice, jusqu 'à ce qu'elles soient atteintes par la
déchéance. Les ressources extraordinaires rentrent dans le
budget et comprennent des services nouveaux comme celui de
l'Assistance publique.
Les prévisions du budget s'élèvent à :

En recettes. . . . . . . . . . . . . .. . . . 26 . 089 . 300 francs


En dépenses . . . . . .. . . .. . .. . . 25 . 988 .215,40

d 'où un excédent de recettes de 101.084 fr. 60.


Les impôts sont évalués à : impôts directs : 7 . 944 .400 francs ;
indirects : 3 .759.700 francs ; monopoles et exploitations indus
trielles de l'État : 6 .084 .300 francs ; postes et télégraphes :
1.065.600 francs ; produits et revenus du domaine de l'État :
1.275.400 . Les recettes affectées aux dépenses des exercices clos
non périmés atteignent 1. 992.500 francs, dont 1. 932.000 francs ;
les arriérés de la dette tunisienne . Sur le fonds des excédents
disponibles sera prélevée une somme de 3.661.600 francs.
· Les dépenses sur les ressources ordinaires se répartissent ainsi :
finances: 13.460 .445 francs ; postes et télégraphes : 1 . 346 .515 francs ;
administration générale : 3 .615 .410 francs ; agriculture et com
merce : 1.022 .270 francs ; enseignement public : 1 .011.500 francs ;
armée tunisienne : 630 .475 fr . 40 ;travaux publics : 4 .541.900 francs ;
dépenses imprévues : 300.000 francs ; au total 25.988.215 fr . 40.
Sur les ressources exceptionnelles (8 . 334.212 fr. 64), il sera dé
pensé 6 .233.940 fr . 88 pour les travaux publics .
Faisons remarquer que les dépenses contributives de la France
114 L 'ANNÉE COLONIALE
au budget tunisien sont de : 50 .000 francs pour le traitement du
Résident général; 11.591.420 francs pour les dépenses non rem
boursées de la guerre (en 1899) ; 517.250 francs pour les dépenses
de la défense mobile, et 2 .200.000 francs pour la garantie d 'inté
rêt à la partie tunisienne de la ligne Bone-Guelma,

IV. – SITUATION ÉCONOMIQUE

Agriculture. – Les semailles précoces avaient été favorisées


par les pluies tombées en septembre-octobre 1898 ; mais la séche
resse survenue ensuite fit périr beaucoup de plantes, et les
champs se trouvaient clairsemés. Des semailles tardives faites en
février et mars, laissaient espérer une récolte moyenne ; mais les
blés, semés tardivement, n 'ont pu résister à la sécheresse. « En
somme, ce sont les semailles précoces qui ontdonné lesmeilleurs
résultats ; mais , comme elles n 'avaient été effectuées que sur une
élendue relativement restreinle , la quantité de grain qu 'elles
ont fourni est faible , et on peut considérer la récolte comme
mauvaise . Il est à remarquer que ce sont les régions produc
trices de blés qui ont été les plus éprouvées. Les contrôles de
Tunis, Bizerte , Souk -el-Arba, Thala , le Kef, ont une récolte
médiocre ; quelques régions du contrôle de Sousse ont une
récolte satisfaisante ; les contrôles de Kairouan , Gafsa , Gabès et
les territoires militaires ont une récolte passable , ce qui est dû
à quelques averses qui se sont produites en avril etmai '. » En
somme les résultats de la culture du blé ont été peu satisfaisants ;
la paille est en faible quantité, et les grains, peu nombreux et
petits, ne donnent qu'un médiocre rendement en farine. Le prix
du blé s'est maintenu entre 22 fr. 50 et 23 francs le quintal ; le
prix de la paille reste à 5 fr. 50 les 100 kilogrammes.
Oliviers . - Au commencement de l'année , la récolte des
olives, très abondante , s 'est prolongée fort tard. Dans la région
de Sfax, cette opération n 'était pas terminée en mars.
Les oliviers , chargés de fleurs au printemps, n 'ont pas donné
une récolte aussi abondante que l'année précédente . La plupart

1 . Bulletin de la direction de l'Agriculture et du Commerce, n° 12, p . 18.


La plupart des renseignements agricoles sur la Tunisie sont extraits de cette
publication .
TUNISIE 115

des fleurs ont coulé, par suite du manque d 'humidité .La produc
tion ,médiocre presque partout, n 'a donné des résultats suffisants
quedans les olivettes de Sfax et les régions du sud ,où les arbres,
déjà vieux, ont mieux résisté à la sécheresse.
Du reste , à une bonne récolte d 'huile succède presque toujours
une récolte à peine moyenne. Le prix des kaffis d'huile a consi
dérablement augmenté ; il est passé de 75 francs en moyenne à
110 et 115 francs.
Le service chargé de la surveillance et de la conservation des
olivettes du nord de la Régence s'est occupé d 'une façon active
de l'amélioration des oliviers ; à la date du 17 février la superfi
cie totale des terres sialines s 'élevait à 50.630 hectares.
Vigne. - Un abaissement considérable de température , sur
venu en mars, a causé de nombreux dégâts sur quelques points ;
à Souk -el-Kmis , les gelées du 26 mars et du 22 avril ont enlevé
le quart de la récolte ; à Laghouan , elles en ont détruit les deux
tiers ; en outre, en juillet, le sirocco ajouté à la sécheresse prolon
gée , a causé beaucoup de tort. On a pu remarquer que « les vignes
plantées sur un sol défoncé, fumé et ayant reçu de nombreuses
façons culturales, se défendent contre la sécheresse ' . » Dans la
région située à l'est de Tunis, les rendements ont été plus élevés
qu 'ailleurs. La récolte totale s 'est tenue entre 200 et 210 .000 hec
tolitres,et les prix, assez élevés, ont compensé , dans une certaine
mesure , la faiblesse relative de la récolte.
Le 31 mai, le phylloxera a été constaté à Souk -Ahras 2, en
Algérie, point situé sur la frontière tunisienne. Une zone de
protection a été établie , et le point de dépérissement immédiate
ment détruit.
Dattiers . – Dans toutes les oasis du sud , les dattiers ont
donné un haut rendement; les prix seront conservés très élevés,
les négociants d 'Algérie étant venus s'approvisionner à Tozeur
et à Mefta .
Pâturages . – Pendant un certain temps les pâturages ont
fait défaut dans les régions déjà éprouvées par la pénurie des
céréales, notamment à Bizerte et dans les environs de Tunis. La
faible résistance du bétail, déjà fortement atteint par les priva
tions, aux pluies froides et au brusque changementde nourriture,
a élevé la mortalité de 10 à 15 0 / 0 .

1. Bulletin de l’ Agriculture et du Commerce, n° 12, p . 18.


2 . Ibid ., n° 12, p . 19.
116 . L 'ANNÉE COLONIALE
- Le centre et le sud , grâce à un peu de pluie dans le mois de
septembre, ont beaucoup moins souffert .
· Sauterelles . — Deux vols de criquets pèlerins, venus d 'Algérie ,
se sont abattus sur la Tunisie . La première invasion , entrée en
avril par la vallée de l'Oued-Kebir, a été détruite avant d 'avoir
pu atteindre les régions viticoles, les débris de ce vol ont dis
paru dans la Kroumirie . La deuxième invasion , venue en juin par
les hauts plateaux de Tébessa , s 'est ensuite cantonnée dans les
massifs , montagneux de Thala et de Mactar ; dans le premier
massif la destruction complète s 'est effectuée par des corvées
indigènes, sous la direction des contrôleurs civils et la surveil
lance des agents locaux .
· Terrains pour la colonisation . – Pendant l'année 1900,
4 .412 hectares de biens publics pourront être échangés en argent
par le domaine de l'État ou par son intermédiaire .
Concours généraux. — Durant l'année 1899, les agriculteurs
tunisiens ont exposé leurs produits dans les concours généraux
agricoles d 'Alger et de Paris. Le palmarès du concours d 'Alger
décerne aux viticulteurs tunisiensdeux médailles d 'or (MM . Ange
lini et Desplats) ; une médaille d 'argent (M . Fraysse), et quatre
médailles de bronze . Unemédaille d 'or, la plus haute récompense
pour l'Algérie et la Tunisie , a été, en outre, décernée à MM . Epi
nat et Novah pour leurs huiles ; M . Pilter s'est vu attribuer une
médaille d 'argent pour son exposition de miel et de cire. Il est
à regretter que les exposants tunisiens aient été si peu nombreux ;
malgré leur petit nombre, les produits exposés ont démontré les
rapides progrès faits par l'agriculture en Tunisie .
Au Concours général de Paris , le jury décernait aux vins de
Tunisie trois médailles d 'or (MM . Prouvost, Ridel, Creté et Cie),
quatre médailles d 'argent et une mention honorable.
Les produits divers qui comprennent les huiles, se sont vus
attribuer trois médailles d 'or, cinq d 'argent et deux de bronze.
Mesures administratives. – Certaines mesures administra
tives ont été prises, qui donneront un nouvel essor aux cultures
tunisiennes . C 'est ainsi que, par un décret paru à l'Officiel fran
çais, le 3 juillet,on a fixé à 30.000 quintaux métriques l'admission
en franchise , en France, des fèves, dont la culture,autrefois floris
sante en Tunisie , va prendre un nouvel essor. Les vins mutés et
les vins de liqueur tunisiens se sont vus appliquer le régime de

1. Bulletin de la Direction de l' Agriculture et du Commerce, n° 14 , p . 88 .


TUNISIE 117

la loi du 19 juillet 1890 , par suite d 'une décision du Ministre des


Finances, en date du 12 juillet 1899. Le régime de faveur, soit un
droit de o fr . 60 par hectolitre de liquide sur les onze premiers
degrés et 0 fr . 70 par degré sur les degrés excédant 11 degrés , leur
est appliqué sous la condition qu'ils soient pris en charge pour
la fabrication des vermouths et des vins de liqueur. Enfin la
Conférence Consultative , dans sa session de mai, émit le veu que
l'estagnon en fer pu et rond soit admis comme colis-postal, afin
de diminuer le prix du transport de l'huile à destination de la
France. L 'Administration tient, en outre, à la disposition des
colons certains produits utiles aux perfectionnements agricoles,
telles que d 'excellentes levures de vin sélectionnées, lesquelles
sont admises en franchise en Tunisie . Le Ministre de l'Agricul
ture a fait mettre à la disposition du Gouvernement du protecto
rat quinze nouveaux béliers mérinos de Rambouillet, qui seront
prétés gratuitement, pendant une ou plusieurs années , aux éle
veurs qui en feront la demande.
Service des forêts. — La mise en valeur des forêts de chênes
liège et leur protection contre l'incendie , qui constitue le pro
gramme du Service des forêts , ont été continués. Pendant l'année
les recettes du Service se sont élevées à la somme totale de
529.015 fr . 93, comprenant 491 .831 fr. 13 pour les produits prin
cipaux ( écorces à tan , coupes de bois ) et 37. 184 fr . 80 pour les
produits accidentels . Enfin la Commission instituée en vue de
préparer un projet de loi forestière spéciale à la Régence a
commencé ses travaux. Dans sa séance du 2 mars, cette Com -
mission , après avoir reconnu l'impossibilité de donner du mot
forêt une définition ne prêtant pas à des difficultés d 'interpré
tation , s 'est ralliée à l'idée d 'une reconnaissance administrative
des terrains forestiers domaniaux partout où l'état du boisement
pouvait rendre douteuse l'appréciation du caractère forestier
du sol.
Petite colonisation . – Société des Fermes françaises de Tunisie.
- M . Saurin , fondateur de cette Société, après avoir réuni les
capitaux, a acheté la terre et alloti la superficie en petites fermes
de 30 à 90 hectares, qu 'il donne en métayage à des cultivateurs
choisis en France. L 'un de ces métayers, M . Gousseau, employé
par M . Saurin depuis 1896 , a reçu 90 hectares, 3 vaches, 1 tau
rillon , 1 génisse et 2 chevaux. Il avait un léger pécule et four
nissait son matériel et son cheptel. Son contrat lui assure un
minimum de recettes de 2 .000 francs ; il prélève 5 hectolitres de
118 L 'ANNÉE COLONIALE
blé pour lui et partage le reste avec M . Saurin , ainsi que le croît
du troupeau. Malgré la mauvaise campagne agricole de 1898 -1899 ,
M . Gousseau vient de renouveler son contrat pour trois ans, ce
qui démontre bien que l'affaire n 'était pas mauvaise pour lui; et
cependant il a dû s'installer sur un sol absolument nu , où il n 'a
trouvé aucun assolement'. Un autre exemple de petite colo
nisation nous est fourni par une famille Pinard, composée de
sept personnes , dont deux vieillards et possédant un capital de
10 . 000 francs. Etablie en 1892, à une heure de Tunis , sur une conces
sion de 23 hectares,du prix de 2 .400 francs, elle a fait construire
une barraque de 4 .000 francs et acheté quelques ustensiles agri
coles, une voiture à toute fin , 3 chevaux et 6 chèvres. A l'heure
actuelle , cette famille possède 12 hectares et demide vigne plantés,
dont 5 hectares ont six ans ; la moyenne à l'hectare obtenue sur
les vignes à plein rendement atteint 60 hectolitres. Ce vignoble
vaut actuellement 30 .000 francs; et les 12 hectares restant sont
expertisés à 6 .000 francs. En présence de ces résultats , dus à un
sage mélange des cultures et à un travail uniquement personnel
( M . Pinard s 'étant toujours passé demain - d 'æuvre étrangère ) , cette
famille vient d 'acheter au domaine 156 hectares à 35 francs, à Bir
Mecherga , dont elle a payé la moitié comptant. Un Comité a été
récemment fondé sous le nom de « Comité du peuplement
français » ; il vientde remettre à la Résidence Générale , pour être
transmis au Ministre des Affaires étrangères, le veu que tous les
soldats de la division d 'occupation de Tunisie bénéficient de
l'exemption de deux années de service militaire , à la condition
de s'engager à rester dix ans en Tunisie , et de justifier qu'ils
ont trouvé un emploi ou une occupation , ou qu'ils disposent des
ressources nécessaires pour s'établir comme colons.
Ferme d 'expériences de l'Ecole coloniale d 'Agriculture . –
Cette ferme, récemment rattachée à l'École coloniale d 'Agricul
ture dont nous parlerons plus loin , sert à expérimenter toutes les
cultures qui présentent de l'intérêt pour la Tunisie .
Des essais ont été entrepris , en 1899, sur les betteraves. Six
variétés, dont quatre fourragères et deux sucrières, ont été culti
vées comparativement sur un sol bien préparé et fumé(40.000 kilo
grammes de fumier de ferme par hectare ). Jusqu 'au 20 mars, on
put espérer obtenir une belle récolte ; mais , à partir du 10 avril ,
l'absence de pluie fit sentir sa désastreuse influence ; les feuilles

1 . Quinzaine coloniale, 23 décembre 1899, p . 762.


TUNISIE 119
se séchèrent, et le développement des racines se trouva arrêté.
En outre , la casside nebuleuse attaqua les feuilles, qui disparurent
presque entièrement. Le 8 mai, commença l'arrachage , et on
préleva des échantillons qui furent analysés au laboratoire de
l'Ecole. Voici les résultats de ces déterminations ' :

REN DENSITÉ MATIÈRE MATIÈRE


VARIÉTÉS DEMENT SÈCHE
A L HECTARE DU JUS SÈCHE à l'heclare

kilogr . 0 / 0 racine kilogr.


Sucre amélioré Vilmorin . . 5 . 100 1 . 081 22, 6 1 . 152
Blanche demi-sucrière . . .. . 8 . 200 1 .062 17, 3 1 . 418
Géante Mammouths. . . . . . . 13 . 280 1 .055 15 , 3 2 .031
Jaune ovoïde des Barres .. . 11 . 500 1 .050 14 , 0 1 610
Globe à petites feuilles . . .. . ! 15 . 160 1 .049 13, 7 2 . 070
Géante de Vauriac . . . . . . . . . 20 . 570 1 . 032 2 . 982

La variété géante de Vauriac a montré, malgré les résultats


peu satisfaisants, dus, pour la plus grande part, aux conditions
climatériques défavorables, une grande supériorité . Ces expé
riences seront reprises en modifiant les conditions de la culture ;
le sol qui doit porter les betteraves, après un labour d 'été , a été
profondément ameubli en automne, plus largement fumé, et a
reçu la semence à une époque moins tardive.
Jardin d 'essais . — Parmi les cultures pratiquées au jardin
d 'essais , il faut noter les artichauts violets de Malte, qui, arrosés dès
le commencement d 'août, ont donné leurs produits en décembre ;
les asperges hâtives d 'Argentcuil, cueillies, dès le 10 mars, dans un
terrain argileux ; dans un sol léger, meuble , substantiel, profond ,
à exposition chaude et abritée, elles auraient produit quinze ou
vingt jours plus tôt. Plusieurs variétés de pois hatifs semées, le
2 novembre, dans un endroit abrité, ont donné une récolte bonne
à cueillir dès les premiers jours de mars. On peut hater la récolte
en pinçant sur un plus ou moins grand nombre de bouquets de
fleurs, suivant la vigueur de la plante 2. Les haricots variétés
nain noir de Belgique et d 'Alger, merveille de Paris, ont fourni,
comme les années précédentes, d 'excellentes récoltes. Le haricot
rert sans fil, envoyé l'année dernière de Philadelphie , a encore
1 . Bulletin de la Direction de l'Amiculture et du Commerce , n° 12 , p . 26 .
2 . Bulletin de la Direction de l' Agriculture et du Commerce , nº 11.
120 L 'ANNÉE COLONIALE
donné, cette année, de bons résultats . Des semences de cette
variété sontmises à la disposition des colons qui veulent essayer
cette culture 1.
Le 30 mai s'est faite la cueillette des amandes; le 10 juin , la
récolte des pêches a commencé par la variété Amsden . Un arbre
de six ans,demoyenne force , produit environ 356,200 de beaux et
bons fruits, indemnes de maladies et d'insectes.
Ecolecoloniale d 'Agriculture. - Ouverteen octobre 1898, l'école
de Tunis donne à ses élèves de sérieuses connaissances générales
et techniques , et évite aux nouveaux arrivants le rude apprentis
sage et les mécomptes qui attendaient naguère les premiers
colons. En outre de l'agriculture tunisienne, l' école s 'occupe des
cultures des autres colonies africaines, telles que celles du dattier,
du bananier , du henné, celles du coton , du manioc, de l'arachide,
de la canne à sucre ; elle donne même des notions sur l'origine
et la culture du café, du thé ou du caoutchouc. Des champs
d 'application , dans lesquels les élèves se livrent eux -mêmes aux
travaux agricoles, sont joints à l'Ecole . En outre, par ses rapports
avec les propriétaires déjà établis, l'Ecole facilite à ses élèves
leur établissement ou des stages utiles et fructueux . Sur 34 élèves
présents à la fin de la première année, un seul a fait connaître
qu 'il ne continuerait pas ses études jusqu 'au bout. Cette année ,
plus de soixante-dix candidats de France et d ’Algérie ont demandé
à subir le concours d 'admission , après avoir été informés que la
Tunisie ne leur accorderait pas de bourses. Trente- cinq élèves
ont été admis à entrer à l'Ecole .
Commerce 2. — Le commerce général pour l'année 1898 s 'est
élevé à la somme de 97.717.980 francs, dont :

Importations. . . . . . . 53.521 .152 francs


Exportations . . 44 . 196 . 837 -

Soit une augmentation totale de 7. 166 .448 francs sur l'exer


cice précédent, et qui porte entièrement sur les exportations
(7.465. 966 francs). Cette augmentation est le résultat de la cam
pagne agricole 1897 -1898 , qui a été meilleure que les précédentes.
Exportations : céréales , 20 . 375 .596 francs dont 13.427 .540 francs
pour le blé; 6 .189.762 francs pour l'orge ; 727.272 francs pour

1 . Bulletin de la Direction de l’Ayriculture et du Commerce, n° 12.


2 . Ibid . , nº 14 .
TUNISIE 121
l'avoine. Les céréales exportées en 1898 représententun poids de
120 à 125.000 tonnes.
La Régence a exporté pour 3.044.723 francs d 'huile d 'olive, d 'un
poids total de 4.350 tonnes. Les produits de la viticulture ont
donné, à l'exportation , 1 . 566 .922 francs, représentant 85 .500 hec
tolitres .
L'exportation des produits de la pêche s'élève à 3.320 .518 en
diminution de 760.000 francs environ sur 1897. Cette diminution
porte sur les articles suivants :

MATIÈRES 1897 1898

francs francs
Thons et boutargues . . . . . 1 . 311 . 966 452 . 336
Poissons préparés . . . . . . . . 526 .412 449 . 889
Poissons frais . . . . . . . . . . . 374 . 319 301 . 358
Poulpes . . . . . . . . . . . . . . . 63 . 943 53.577
Divers . . . . . . . . . . . . . . . . 130 . 901 17 . 141

En revanche, les éponges lavées exportées atteignent le chiffre


de 2.034.192 francs contre 1.674.060 francs en 1897.
Les principaux autres produitsexportés sont: l'alfa : 2 .444. 250 fr.
les écorces à tan :1.541 .038 francs; les minerais de zinc: 2.984.630 fr .
les minerais de plomb : 156 .536 francs.
Au point de vue des pays de destination , les exportations se
sont réparties ainsi :
France et Algérie , 68 0 / 0 ; Angleterre et Malte, 16 ,5 0 / 0 envi
ron ; Italie, 8,83 0 , 0 .
L 'exportation à destination de l'Etranger tend à augmenter au
détriment de l'exportation à destination de la France et de
l'Algérie, parce que la Tunisie , dont l'exportation vers la métro
pole est limitéeparle tarif douanier, se crée peu à peu de nouveaux
débouchés en Europe ; ainsi l'Angleterre achète de plus en plus
en Tunisie les orges de brasserie .
D 'autre part, il faut noter la diminution de l'exportation vers
l'Italie et l'augmentation de l'exportation vers l'Angleterre et
Malte , laquelle a plus que doublée. En 1898, l'Angleterre a acheté
en Tunisie pour 2 .428 . 150 francs d ' orge ; 2.578.520 francs d 'alfa
et 1.468 .600 francs de minerai de zinc. Les autres pays étrangers
ontreçu en marchandises tunisiennes : la Belgique, 929 .673 francs,
122 L 'ANNÉE COLONIALE
l'Autriche, 231.280 fr. ; l'Espagne, 80 .458 ; la Hollande, 60.688 fr .
Parmi les marchandises exportées, il faut noter les éponges, qui
prennentde plus en plus le chemin de l'Etranger.Aussibien tandis
qu'elles sont frappées d 'un droit d 'entrée de 0 fr. 35 par kilo
gramme,en France, elles rentrent en franchise en Italie et en Bel
gique, en outre le fret de Sfax à Marseille est de 10 francs par
quintal ; de Sfax à Gênes de 8 francs ; et de Sfax à Anvers de
10 francs. Ces différences mettent les acheteurs français dans un
état d 'infériorité vis - à -vis des acheteurs étrangers.
Importations :
Francs
Céréales , farines et semoules. . . . . . . . . . . . . 12 . 525 ,532
Tissus . . . . . . . . . . . .
8 . 722 .498
dont 6 .951 457 pour les tissus de coton .
Machines et mécaniques . . . . . 1 . 589 . 393
Fers et aciers . . . . . . . . 2 .549 . 457
Cuirs et ouvrages en cuir . . . . . . . . 1 . 442 . 306
Vins (au lieu de 1 . 060 . 024 en 1897) . . 672 .038
Soies grèges. . . . . . . . . 851.629
Lingerie et confections. . . 739 . 823
Tabacs . 725 . 267
Papier. . . 434 . 292

Au point de vue des pays de provenance les importations se


répartissent ainsi :

PAYS 1898 1897

p . 100 p . 100
France et Algérie environ . . 59 5 , 8 56 7
18/2
Angleterre et Malte 1/3 11
Russie . . . . . . .. 14 9 12
>企u

Italie . . . . . . . . . . 3 4 10 5 /8
‫دده‬
‫حرا‬

Belgique . . . . .. . 7 /8 4 12
Autriche . . . . . 1 /2 3 3 /4
Autres pays . . . 3 1 /4

Il faut constater la décroissance continue et considérable des


importations d 'Italie , l'augmentation sensible des importations
d 'Angleterre, et la faible augmentation des importations de
France.Les sacrifices que s'est imposé le trésor tunisien en exo
nérantde droits d 'entrée un très grand nombre d 'articles de pro
venance française ( ilécret du 2 mai 1898 ) ne semblent pas avoir eu
TUNISIE 123
jusqu'ici pour résultat d 'ouvrir de grands débouchés à l'industrie
métropolitaine.
Industrie. – L 'exploitation des phosphates de Gafsa a com
mencé en 1899. L 'importance du gisement paraît dépasser
30 millionsde tonnes. La voie ferrée, ouverte en avril, amène les
phosphates au port d 'embarquement de Sfax . Une réserve suffi
sante extraite des galeries permet une exploitation ininterrompue.
La Compagnie concessionnaire espère porter l'exportation à
500.000 tonnes .
L 'industrie des conserves a fait de grands progrès pendant
l'année. A Bizerte s'est fondée l'usine Prevot et Cie, quine travaillait
primitivement que les légumes etqui s 'estmise à traiter la viande .
Les colons, éleveurs et agriculteurs, sont invités à faire des offres
pour la fourniture des bæuſs , vaches ou taureaux de cinq à
huit ans, pesant 300 kilogrammes et donnant au minimum
150 kilogrammes aux quatre quartiers. L 'usine peut accepter
100 bètes par mois .
La société de Tabarka s 'estdéfinitivement constituée. Elle cons
truit deux usines importantes, à Tabarka et Hammamet. La pre
mière , plus spécialement destinée à la fabrication des conserves
de poisson à l'huile , et à l'industrie des salaisons de viande de
porc, utilisera également tous les produits de la région , le gibier,
les primeurs et les fruits. L 'usine d 'Hammamet, sans parler de
l'expédition du poisson frais , fabriquera spécialementla conserve
culinairet.
MM . Griflini, Russo et Caravita ont créé, à Gauteronville , une
industrie nouvelle de corderie et de chaussures. Une brasserie
s'est installée dans la banlieue de Sfax. La minoterie a pris une
nouvelle extension , par la construction d 'une minoterie construite
hors de Bab - Abdesselem .
De plus la minoterie Couyotopoulo a été vendue à la fin de
l'année .Les nouveaux propriétaires se proposentde l'agrandir et
de renouveler son matériel.
A signaler égalementla création ,à Tunis, d 'une laverie de laines,
établie d 'après les procédés les plus modernes, et la création d 'une
boyauderie .

1. Politique coloniale,numéro du 14 mars.


124 L'ANNÉE COLONIALE

V . — PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS


Les dates sontcelles des numéros du Journal officiel tunisien
4 février. – Décret du. 26 janvier déterminant les conditions
d 'admission à l'entrepôt fictif des diverses catégories demarchan
dises.
11 février. — Décretdu 3 février affranchissant du droit de con
sommation sur l'alcool, les médicaments, produits chimiques et
autres produits obtenus au moyen de la dénaturation de l'alcool
importé dans la Régence.
15 mars. - Décret du 28 juillet sur la naturalisation en
Tunisie .
20 mai. — Décret beycal du 18 mai modifiant les droits de fabri
cation et de douane à l'importation sur les savons.
3 juin . — Décret beycal du 28 mai réglementantl'exercice dela
médecine vétérinaire.
10 juin . - Décret beycal relatif à l'établissement des magasins
généraux, à Tunis .
21 juin . – Décret beycal sur le régimefiscal du bétail.
8 juillet. — Port de Bizerte. Tarif des taxes locales et spéciales
à appliquer à partir du 1er octobre 1899 .
26 juillet. — Décret beycal du 13 juillet réglantlemodede recou
vrementdes impôts directs .

VI . – JOURNAUX TUNISIENS

Journal officieltunisien . Journaux quotidiens: La Dépêche tuni


sienne ; la Petite Tunisie ; l'Unione (Italien ); la Dépêche sfaxienne;
Journaux hebdomadaires : la Tunisie française ; le Courrier de
Bizerte ; Sfax- Journal; l'Avenir de Sousse ; Le Progrès du sud ; El
Havira ; le Journal des Tribunaux français en Tunisie (mensuel).
AFRIQUE OCCIDENTALE FRANCAISE

(Sénégal, Soudan , Guinée, Côte d 'Ivoire, Dahomey)

GOUVERNEUR GÉNÉRAL : M . CHAUDIE

COMMANDANT SUPÉRIEUR DES TROUPES : le général COMBES


SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Le Gouvernement du Sénégal, qui constitue, avec le Soudan


français , la Guinée, la Côte d 'Ivoire et le Dahomey, le Gouverne
ment général de l'Afrique occidentale francaise , comprend dans
ses limites le littoral de l'Atlantique , depuis le cap Blanc jusqu'à
la crique Jinnak (au nord de la Gambie ) et depuis l'embouchure
du San - Pedro (au sud de l'estuaire de la Gambie) jusqu 'à la fron
tiere Nord de la Guinée portugaise. A l'est, il s'étend jusqu'au
cercle de Kayes ; à partir de Bountou et jusqu'au Fouta -Djallon ,
le cours de la Falémé lui sert de limites ' .
Le territoire du Sénégal se trouve ainsi divisé , par l'enclave
de la Gambie anglaise , en deux groupes très distincts, le Sénégal
proprement dit et la Casamance , à laquelle il est relié par la
Haute-Gambie .
La colonie est divisée administrativement en :
1° Communes constituées : Saint-Louis , Gorée , Dakar et Ru
fisque, 39 . 069 habitants ;
2º Territoires d 'administration directe non constitués en com
munes et représentés au Conseil général. Ces territoires sont très
restreints .
Population , 61.727 habitants ;
Les pays de protectorat immédiat, liés à la France par des
es, se composent : le long du fleuve, du Oualo , Dimar , Toro,
av , Bosséa, Irlabé, Ebiabé, Damga et Boundou ; entre Saini

1 . Avant le décret du 17 octobre 1899.


128 L 'ANNÉE COLONIALE
Louis et la Gambie , du Gandiolais , N 'Guik -Merina, N 'Diambour ,
Cayor, Djoloff, Baol, provinces Serrères, Sine, Saloum , Nioro ,
Rip, Sandial, Niani, Kalonkadougou , Ouli, Tenda et Gamon ; et
relevant de la Casamance : le Firdou , le Fouladougou et nombre
de petites agglomérations peu connues.
Population environ 951.556 habitants ;
4° Les pays de protectorat purement politique comprennent
les territoires occupés par les tribus maures de la rive droite du
Sénégal qui ont reconnu notre suzeraineté, comme les Trarza ,
Brakna et Dowiches. Popul. 80.000 habitants '.
Le Sénégal est administré directement par le Gouverneur
général, assisté d 'un Conseil général composé de vingtmembres.
La colonie est représentée au Parlement par un député .
Moyens de communication . — Le Sénégal est desservi par
un très grand nombre de lignes de navigation , la situation de
Dakar en faisant une escale naturelle pour les paquebots qui
vont d 'Europe dans l'Amérique du Sud et en Afrique. Le tableau
suivant indique,avec les prix de passage, les nomsdes principales
Compagnies de navigation auxquelles on peut s 'adresser :

FRET
PASSAGES
LIEUX
ARMATEURS MOYENNE
DE DÉPART lire classe 2e classe 3e classe d'duaffrètement
tonneau

Messageries maritimes Bordeaux 700 500 250


Havre et
Chargeurs Reunis
Chargeurs Réunis...
. . . . .. Bordeaux 685 570 240 20 à 23
Cie Fraissinet. . . . . . . .. Marseille 685
Société générale de
transports maritimes. 500
Maurel et Prom . .. . . . . Bordeaux 350
Buhan et Teisseire . . . 20
Maurel frères . . . . . 15 à 20
Cie (rancaise de l'Afri
que occidentale . . . . .. Marseille 350

Le fret de retour de Dakar à Bordeaux , Dunkerque ou le


Havre varie de 17 fr. 50 à 50 francs, suivant la nature des mar
chandises.
. Dakar est relié à Saint-Louis, le chef-lieu de la colonie, par

1. Total général, 1.132.332 hab.


SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES 129

une voie ferrée de 263 kil. (Trajet en 10 h . 20 m .). Les voyageurs


payent 0 fr. 120 par kil., en 1re classe, et 0 fr . 080 en 2e classe .
Les marchandises payent de 20 à 40 francs la tonne à l'im
portation , suivant la classe à laquelle elles appartiennent
(3e classe) et les quantités expédiées; à l'exportation , la gomme
paye de 20 à 25 francs et le caoutchouc de 35 à 40 francs la
tonne ( Tarifmis en vigueur le 11 avril 1899).
Sur le Sénégal, il existe un service de Messageries fluviales
reliant Saint- Louis aux principales escales du fleuve et à Kayes
(Voir Soudan , I).
Le prix de passage est de 23 francs pour Podor en 1re et
12 fr. 0 en 3e classe , non compris la nourriture, obligatoire
pour les tres (10 francs par jour), et facultative pour les 3es
(2 fr. 50 par jour). Le prix de transport de la tonne est de
10 francs de ou pour Podor, au départ de Saint-Louis.
Télégraphes. — Le Sénégal est relié télégraphiquement à
l'Europe par le câble Saint- Louis , Ténériffe, Cadix .
1 fr. 50 le mot de treize lettres pour la France, 1 fr. 85 via Malte .
1 fr.60 le mot de treize lettres pour l’Algérie et la Tunisie .
Saint-Louis , Dakar et Rufisque sontdesservis par le téléphone.
Gorée est relié à Dakar par un câble sous-marin .
La colonie est reliée, en outre,aux autrespossessions françaises
de l'Afrique occidentale par des lignes télégraphiques terrestres
établies depuis peu et dont certaines ont été terminées en 1899 .
Le prix du mot a été fixé à 0 fr . 20 avec perception minima de
1 franc par télégramme. (Arr . 12 décembre, J. 0 . A . 0 ., 21 dé
cembre.)
II . – PERSONNEL

DÉPUTÉ : M . le comte d 'Agoult.


GOUVERNEUR (le Sénégal est placé sous l'autorité immédiate du
gouverneur général de l'Afrique occidentale ; - décret du 16 juin
1895 ) ;
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M . Bergès ;
DIRECTEUR DES AFFAIRES INDIGÈNES : M . Aubry -Lecomte ;
CHEF DU SERVICE JUDICIAIRE : M . Cnapelynck (Georges), procu
reur général ;
CHEF DU SERVICE ADMINISTRATIF : M . Tournié, commissaire ;
CHEF DU SERVICE DE SANTÉ : M . Lecorre, médecin en chef de
Are classe ;
TRÉSORIER -PAYEUR : M . Frappier .
130 L 'ANNÉE COLONIALE

III. — SITUATION POLITIQUE

Les territoires du Sénégal et dépendances ont joui, durant


toute l'année 1899, d 'une parfaite tranquillité. Sur aucun point
de la colonie l'ordre n 'a été troublé.
Dans le désert, la paix a été rétablie entre les Trarzas et les
Braknas et le cheik Sidia ; le commerce d 'une région qui avait
été , jusqu 'à ce jour, si profondément troublée, ne peut que pro
fiter de l'apaisement qui s'est effectué.
Les relations entre protégés anglais et français qui, dans le
cercle de Nioro, limitrophe de la Gambie anglaise ,avaient eu der
nièrement un certain caractère d 'animosité , se sont améliorées
considérablement, grâce à l'esprit de justice et d'impartialité qui
a présidé au règlement des différends entre protégés des deux
nations tant de la part de l'administration anglaise que de la
part de nos fonctionnaires.
Sessions du Conseil général. – La session ordinaire du
Conseil général, qui avait lieu auparavant en décembre , se tiendra
dorénavant, suivant le désir exprimé par l'assemblée elle
même, dans le courant de mai. Conformément à ces disposi
tions, la session ordinaire de 1899 s'est ouverte le 15 mai. Elle
a duré jusqu 'au 13 juin .
Au coursde cette session , une des plus importantes que l'assem
blée ait tenues depuis plusieurs années, les conseillers ont eu à
examiner, indépendamment du budget de 1900, les questions des
travaux publics et de l'emprunt, qui leur avaient été déjà soumises
en décembre 1898, mais dont ils avaient alors ajourné l'examen
approfondi au printemps suivant. Conformémentaux propositions
de gouverneur général, le Conseil a voté l'emprunt par la colonie
l'une somme de 14 . 000 .000 de francs sur lesquels 3 .454 . 270 doivent
servir à racheter le solde du précédentemprunt, et 10. 545 .730 francs
à l'exécution d 'un programme de travaux publics dont on
retrouve l'exposé ci-après . Cetemprunt, dont l'arnortissement aura
lieu en cinquante annuités devait être effectué dans un délai assez
court; mais , par suite de la cherté du loyer de l'argent et des con
ditions que proposaient à la colonie la Caisse des dépôts et consi
gnations aussi bien que la Caisse des retraites, le Conseil général
a ultérieurement, et dans une session extraordinaire tenue en
décembre, décidé d 'en ajourner la réalisation , afin d 'obtenir
CONSTANTIN
TE

VAGASI TIRIS
N H

Cl. HOSTALIER .
Une des grandes rues de Saint-Louis .

Cl. HOSTALIER.
Le Cercle des Négociants à Rufisque.
Gravures extraites de “ Mission au Sénégal et au Soudan " , par E . Lagrillière-Beauclerc.
Librairie Ch . Tallandier) .
- - --
SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES 133

autantque possible le taux d 'intérêt de 3 ,50 0 /0 . Il a cependant,


pour le cas où ces conditions ne seraient pas réalisables, autorisé
l'acceptation de taux de 3 ,80 0 / 0 ( J . 0 . A . 0 ., 21 décembre ).
Le Conseil, revenant sur la question du chemin de fer du
Baol', si intéressante pour l'avenir économique de la colonie , s'est
rallié au projet du Ministre des Colonies, qui a modifié le tracé
primitif en le faisant passer plus au nord , dans les régions de
M 'Bayar et de Sembé ; mais la contribution de la colonie dans les
dépenses du chemin de fer n 'a été consentie que sous la condi
tion expresse du remboursement simultané avec l'Etat et au pro
rata des avances de chacun , aussitôt que les excédents de recettes
seront constatés et aussi par le versement annuel au budget local,
offert d'ailleurs par le gouverneur général, de 40.000 francs,
pendant50 années, par le budget des pays de protectorat, indé
pendamment de la sommede 50.000 francs que ce mêmebudget
doit directement verser annuellement à la Compagnie du chemin
de fer. (Discours de M . Germain d 'Erneville , président du Conseil
général dans la séance de clôture, J. (). A . (). 22 juin ).
Au cours d 'une autre session extraordinaire , tenue quelques
jours auparavant; le Conseil avait eu à statuer sur une proposition
de l'Administration ayant pour but de compléter,au point de vue
économique, le décret du 17 octobre qui réorganise l'Afrique oc
cidentale . Il a semblé qu 'il était opportun de modifier , sur certains
points de détail, la législation douanière du Sénégal et de la Gui
née française . Les marchandises d 'Europe entraient en franchise
en Guinée, tandis qu 'au Sénégal elles étaient imposées ; par
ailleurs , les produits sortant librement du Sénégal étaient soul
mis , en Guinée, à un droit d 'exportation de 700 ad valorem . Il
en serait résulté , à brève échéance et avec la facilité croissante
des communications, que les marchandises à destination du
Niger auraient emprunté la voie de la Guinée , voie absolument
libre à l'importation , et que les produits des mêmes régions
auraient, pour l'exportation , emprunté la voie du Sénégal, libre
à la sortie . Afin de prévenir les inconvénients qui en seraient
résultés , le Conseil a voté , après entente survenue entre le
gouverneur général et M . Ballay, gouverneur de la Guinée,
l'établissement d 'un droit de sortie de 5 0 /0 ad valorem sur le
caoutchouc exporté du Sénégal (le statu quo étant maintenu
pour la Casamance, qui paie 70/0 ). De son côté , la Guinée frap
. 1. Voir , sur le chemin de fer du Baol. B . A . F . 1898 , p .233 , et supplément, p . 157,
et le compte rendu de la session extraordinaire du Conseil général du Séné
gal des 3 et 6 juin 1898 au J . 0 . 0 . 0 . , 1898 .
134 L 'ANNÉE COLONIALE
pera les marchandises importées chez elle d 'un droit de 50 /0 .
Les droits de sortie perçus à Kayes ' sont supprimés .
Finances. — Au 1er mai 1899, la Caisse de réserve du Sénéga
contenait, tanten rentes 31/20/ 0 qu 'en numéraire, 1 .109.416 francs
auxquels il faut ajouter un disponible dans le compte courant de
la colonie au Trésor de 358 .602, soit au total un avoir créditeur
de 1 .468.218 francs .
Le budget de 1900 , voté par le Conseil général, s 'élève à
4 .454 .611 francs en recettes et en dépenses. Au compte des re
cettes, les contributions directes figurent pour 292. 250 francs; les
contributions indirectes et divers produits, pour 4 . 162. 361 francs;
parmi les dépenses les plus intéressantes, nous citerons les
chiffres suivants : Dettes exigibles : 854.464 fr . 50 ; travaux publics :
661.441 fr. 80 ; instruction publique : 355.976 francs ; agriculture:
56 .200 francs ; enfin les dépenses d'administration s'élèvent à
601.430 francs ; les services financiers, à $ 14 .737 fr. 88 ; etc.
Les budgets des cercles ne sont pas compris dans les chiffres
ci- dessus, nous croyons devoir le rappeler : pour 1900, ils s 'élèvent,
réunis , à un total de 2 .320.863 fr. 25. Quant au budget des
recettes et dépenses communes des pays de protectorat, il a été
arrêté pour le même exercice à la somme de 364.128 fr. 18 .
Les quelques chiffres qui ont été publiés touchant les recettes
de l'exercice 1899, indiquent une situation financière en pro
gression constante et prospère ; c'est ainsi que les recettes
effectuées par le service des douanes se sont élevées, pour
l'année 1899, à 3.807.272 fr. 58, en augmentation de 438.175 fr. 64
sur les recettes de l'exercice 1898 et de 687.985 fr . 38 sur les
prévisions budgétaires.
Travaux publics. — Leprogrammede travaux publicsvoté parle
Conseil général et dont l'exécution a été différée pour les motifs
expliqués ci-dessus, comprend les principaux articles suivants :
Les dépenses à effectuer dans les ports de la colonie repré
sentent 6.010 .000 francs, dont 2 .250.000 pour la construction , à
Saint-Louis, d 'un wharf au moyen duquel on espère suppléer aux
inconvénients de la barre de Sénégal, et 1 .260.000 francs pour le
port de commerce de Dakar, devenu tout à fait insuffisant, etpour
l'aménagement duquel 5 .000 .000 francs seraient nécessaires ; les
2 .500 .000 francs restant seront consacrés à la construction d 'une
digue à Rufisque où , actuellement, il n 'existe pas de port. En

1. En vertu du décret du 4 janvier 1899 (Voir Soudan).


SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES 135
outre la colonie participera pour 1.000.000 francs dans les
dépenses occasionnées pour la construction du port militaire de
Dakar. Les distributions d 'eau dans les villes de Saint-Louis
(1.000.000), Dakar (335.000 ), Rufisque (120.000) entraîneront une
dépense totale de 1 .455.000 francs. Enfin des travaux de grande
voirie, exécutés à Saint-Louis età Dakar, coûteront 345.730 francs.
Divisions administratives . - Le territoire de la colonie s'est
considérablement accru , en 1899, par suite de la dislocation du
Soudan (Voir plus haut, Afrique occidentale , et la carte , p . 147).
Nous ne parlons ici que pour mémoire de cette modification im
portante à la géographie administrative du Sénégal.
Quelques semaines plus tard , il a paru nécessaire de modifier
l'organisation de la Casamance. Par un arrêté en date des 21 sep
tembre (J. 0 . A . 0 ., 28 septembre), le district de la Casamance
a été divisé en deux circonscriptions administratives distinctes :
1° le cercle de Sedhiou , ayant pour annexes les résidences du
Balantacounda , du Fogny et du Firdou ; 2° le cercle de la Basse
Casamance .

IV . – SITUATION ÉCONOMIQUE

Arachides. — Les arachides sont, on le sait, l'élément princi


pal des exportations du Sénégal. Leur traite s'effectue de
novembre en mai et est particulièrement active pendant les
mois de janvier, février el mars. La campagne de 1898-1899
(récolte fin 1898) avait été particulièrement favorable ; la récolte
de 1899 paraît avoir donné des résultats un peu inférieurs. Très
abondante dans toutes les provinces du cercle de Thiès, où les
graines se sont vendues, en décembre , 15 francs les 100 kilo
grammes, elle a très bien réussi, grâce aux pluies de l'hivernage,
dans le cercle de Nioro . Dans le cercle de Sine - Saloum , d 'après les
renseignements fournis par les chefs et les cultivateurs, elle a
dépassé d'un tiers au moins celle de l'année dernière, abondante
aussi dans les cercles de Louga et de Cayor, et dans la partie
du cercle du Matam où cette culture est pratiquée .
Lemaïs , quiest cultivésurtoutdansles terrains situés surles bords
du haut fleuve et qui sont inondés pendant l'hivernage, n 'a pas
réussi dans les cercles de Bakel et de Matam , par suite de la
sécheresse qui a caractérisé le dernier hivernage.
1. Malgré ces nouvelles locales satisfaisantes, l'exportation des arachides ne
s'est élevée en 1899 qu ' à 85 .433.050 tonnes.
136 L 'ANNÉE COLONIALE
Le petit mil est venu en abondance sur le haut fleuve, dans les
cercles de Bakel et de Matam , de Podor, de Dagaria , malgré
l'apparition des sauterelles. Par contre il n 'a pas réussi dans la
région sud de la colonie , notamment dans le cercle de Nioro,par
suite de l'abondance des pluies. Dans le Saloun , la récolte a été
satisfaisante ; mais , dans la Sine, un champignon est apparu,
qui, se développant sur les épis et les détruisant, a causé de
grands dégâts et a rendu médiocre une récolte qui s'annonçait
abondante.
La gomme. — Le cercle de Louga et la pénétration dans le
Djoloff. – Depuis quelques années le prix de la gomme a con
sidérablement diminué : de 3 francs le kilogramme il est tombé à
A franc et même à 0 fr . 90, et encore, dit un rapport du chef du
service agricole , en date du 24 juillet (J. 0 . A . ( ., 10 août),
n 'achète -t-on à ce prix que la meilleure qualité , celle de l'aca
cia « vereck » ; celles que produisent les « sourours » et
« gonakiers » étant sans valeur marchande. Aussi a -t-il fallu
songer à étendre le champ d 'opérations de la traite . Peu à peu
s'ouvrent à ce commerce des régions nouvelles. Le Djoloff a été
jusqu'à ce jour peu exploité par les commerçants, et il renferme
pourtant de grandes richesses en gomme. Un traitant, établi à
Yang- Yang, pendant la campagne de 1898 -1899, a acheté 23 tonnes.
« La région gommifère, écrit l'administrateur de Louga , est
immense dans l'est et le sud-est du cercle . La forêt de gommiers
couvre' à peu près tout le territoire du Djoloff ; elle s'étend au loin
vers l'est, gagne le sud . Il est facile de mettre en valeur ce pays
et d 'en faire une des sources les plus productives du commerce
sénégalais. Jusqu'à ce jour, les récolteurs de gomme se sont ren
contrés parmi quelques porteurs peulhs, ramassant entre temps
sur les arbres les masses gommifères qui s 'y étaient formées par
des blessures naturelles et qu'ils trouvaient à portée de leurs
mains. On en comptait beaucoup encore parmi les chasseurs
maures, qui, ayant passé le fleuve, venaient jusqu'au fond du
Djoloff, au milieu des populations sédentaires du pays, cueillir
sous leurs yeux le produit que les indigènes négligeaient par
paresse ou par ignorance . » ( J . 0 . A . 0 ., 29 mars 1900 1. ).
Il est question , afin de faciliter la mise en valeur de cette
région , d 'y construire un chemin de fer de pénétration à voie

1. L 'exportation de la gomme s'est élevée en 1899 à 4 .218.035 kilogramme


valant 3. 524 . 200 francs.
SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES 137

étroite .Le gouverneur générala fait inscrire, au budget du cercle


de Longa de 1900, 10.000 francs pour l'étude du tracé de cette voie .
La situation du cercle est, du reste, considérée dans son
ensemble , des plus florissantes. « Les commerçants européens
ou indigènes tenant une opération , n 'étaient dans le cercle de
Louga , que sept en 1885 ; en 1895 , on en comptait 32 ; en 1897 ,
ils étaient 40 ; en 1899, il en existait 49 . » (Rapport précité. )
Afin de faciliter l'extension du commerce, le creusement de
nombreux puits a été poursuivi ou entrepris , au cours de l'année .
Le puits de Haffe (Djoloff) a été terminé dans le courant demars ;
il mesure 57 mètres de profondeur ; d 'autres ont été commencés
à Djevol, à Toucongneul, à l'extrémité du Djoloff, à 170 kilo
mètres de Louga . En même temps l'administration construit des
gites d 'étapes sur les principales routes de cercle (Voir pour les
détails J . 0 . A . 0 ., 29 mars 1900 ).
La Casamance . – La région de la Casamance est en progrès
constants. Le caoutchouc du Fogny, du kian, et du kabada , qui
autrefois était porté à Bathurst , par la route de kansala , prend
maintenant le chemin de la Casamance. Quelques chiffres indi
queront le changement survenu. Exportation de caoutchouc
en 1897 : de la Gambie anglaise 300 tonnes, de la Casamance
200 tonnes; exportation en 1898 : Gambie 177 tonnes, Casamance
297 tonnes. L 'année 1899 a vu s 'accentuer ce mouvement. Rien
que pour le mois d 'octobre, il a été exporté de la Basse -Casa
mance pour 193. 350 francs de caoutchouc, contre 88 .830 pour
la période correspondante de 1898 , soit une augmentation de
104.520 francs en faveur de 1899 . Les exportations de l'ensemble
de l'année 1898 avaient présenté sur l'exercice 1897 une augmen
tation de 493 .323 francs. L 'écart constaté entre les années 1898 et
1899 est encore plus considérable 1. Cette plus- value résulte pour
la plus grande partie des progrès du commerce de caoutchouc
que nous signalions ci-dessus. Les maisons de commerce , entre
lesquelles la concurrence se fait de plus en plus sentir , se sont
décidées, afin d 'améliorer la qualité du produit, à ne plus acheter
aux indigènes que le caoutchouc de bonne qualité , et ce moyen
paraît réussir.
Le prix du caoutchouc a augmenté dans de fortes proportions :
les qualités qui se vendaient, en 1898, 3 fr. 50, se sont payées,
en 1899, 4 francs et 5 francs le kilogramme ( J. (). A . ( ., 10 août) .

1 . Total des exportations de la Casamance en 1899 : 2 .037 .000 francs .


138 L ' ANNÉE COLONIALE
La ville de Ziguinchor continue à se développer très rapi
dement; de toutes parts les constructions s'élèvent, lesmaisons
de commerce s 'installent convenablement, créant magasins,
entrepôts et comptoirs. Le dernier recensement des boutiques
de traite donnait le chiffre remarquable de 63. La multiplicité
des affaires crée en ce coin de la Casamance , écrivait l'admi
nistrateur du cercle de Sedhiou , une animation très grande. Dans
la partie basse de la ville, les petites affaires se traitent avec les
indigènes ; mais les maisons de gros, tenues par les Européens,
occupent le plateau situé à l'est de la ville , qui est beaucoup plus
sain et où des rues régulières et bien alignées ont été tracées
( J. 0 . A . O ., 15 mars 1900 ) .
En traversant la forêt qui couvre tout le pays situé entre la
Casamance et le Songrougou , le capitaine Seguin , administrateur
supérieur de la Casamance, a recherché les endroits les plus
riches en lianes à caoutchouc : « Ce sont, dit-il, les parties com
prises entre Diendé, Bassosou , Diatouma, Salekenié, puis de
Takou jusqu'à Tambounda, sur le Songrougou ( J. 0 . A . 0 .,
2 mars).
Le caoutchouc. – Nous venons de voir les rapides progrès
que fait le commerce du caoutchouc dans la Casamance. Il nous
reste à rendre compte des tentatives faites pour acclimater dans
cette dernière région et dans le reste de la colonie les espèces
exotiques, telles que le ceara (manihot glaziovii), dont la culture,
jointe à l'exploitation des lianes existantdéjà dans le pays, le tol
(Landolphia ), le dob (Ficusvogelii) constituerait pour le Sénégal
une source de richesse nouvelle .
Dans la pépinière de Sedhiou, située à 35 mètres au -dessus
du fleuve et dans des terres de qualité médiocre, le ceara
pousse merveilleusement. Voici quel était, en octobre dernier,
l'état des plantations effectuées depuis 1895 : 38 arbres plantés
en 1893 avaient un diamètre de 10 à 15 centimètres ; 16 arbres,
plantés en 1896 , avaient un diamètre de 7 à 12 ; 538 plants ou bou
tures, plantés en 1897, avaient un diamètre variant de 5 à 10 cen
timètres. Quant aux plants mis en terre en 1898, ils avaient,
toujours à la même époque, un diamètre de 3 à 6 centimètres.
En 1899, de nouvelles plantations ont été faites, 1 . 150 plants et
4 . 208 boutures ont été mis en terre . De plus, 300 boutures ont

1. On consultera avec fruit deux articles parus dans les Q . D . C ., numéros


du 1er septembre 1899 et 1er mars 1900, sur le commerce dans la Casamance,
le pays Bayotte et le Balantacounda .
SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES 139

été mises dans la forêt, où elles paraissent bien se comporter.


Dans les pépinières des postes de Matam et de Podor, sur le
Haut Sénégal, les caoutchoucs paraissent bien venir.La pépinière
de Podor contient 500 cearas en place et en ligne à 4 mètres. Les
graines , plantées le 14 septembre, ont commencé à lever le 22 du
mêmemois ; la proportion des plants sortis de terre a été de
23 0 0 ; le 21 février, certains atteignaient 1mètre, et avaient déjà
plusieurs branches.
M . Gardette, de Saint-Louis, en opérant très soigneusement
J. 0 . A . 0 . , 13 avril) , a obtenu de bons résultats avec les cearas . Il
avait semé, le 18 février , 50 graines fraîches de Manihot Glaziovii,
le 9 mars suivant, soit dix -neuf jours plus tard, de jeunes plants
commencèrent à sortir de terre, et la levée se continue jusqu'au
Jer avril, donnant une réussite de 80 0 /0 de graines germées.
Ces résultats justifient l'opinion que le chef du service agricole
émettait dans une note sur le Manicoba . « Il trouvera au Sénégal,
disait- il, selon toute probabilité, les conditions convenables pour
la réussite de sa culture. Dans cette colonie , les deux saisons,
sèche et pluvieuse, sont nettement tranchées ; les sols légers et
sablonneux couvrent de vastes étendues, dans lesquels cette
plante prospère bien . » ( J . 0 . A . 0 . , 13 avril) . Au cours de 1899 ,
le service de l'agriculture a distribué entre les cercles, les
résidences, les champs d 'essai, les colons, plus de 25 .000 graines
de ceara, en faisant suivre les envois d 'instructionsdétaillées sur
les procédés à employer et les précautions à observer, afin
d 'obtenir une germination aussi régulière et aussi rapide que
possible ; en outre, des graines de Mangabeira , en provenance du
Brésil, ont été l'objet de semblables distributions.
Essais agricoles . — Depuis plusieurs années, de grands efforts
sont faits au Sénégal pour développer l'agriculture et prévenir les
dangers que peuvent faire courir à la colonie la diminution
constante du prix des arachides et des gommes, qui sont ses
deux principales productions. Des essais intéressants ont été
faits dans cet ordre d 'idées en 1899. Nous allons les passer rapi
dement en revue, et nous indiquerons ensuite les principales
tentatives effectuées dans les champs d 'essais et les fermes de
la colonie .
La création d 'un jardin d 'essais, à Sor, près de Saint-Louis, a

1. Il a été exporté du Sénégal, en 1899, 437.305 kil. de caoutchouc, représen


tantune valeur de 2.221 .444 francs : soit 96 .000 kil. et 1.029.595 francs de plus
qu'en 1898 .
140 L 'ANNÉE COLONIALE
été décidée. Il comprend une superficie de 7 hectares; les
ensemencements et les essais ont eu lieu trop tard pour que l'on
puisse en connaître déjà les résultats. Une station culturale de
25 hectares a été installée à Tivaouane , pour remplacer la ferme
de M 'Baba . Dans le Baol,'à la ferme de Bambay, située à 60 kilo
mètres de Thiès, au milieu des populations agricoles sérères,
14 hectares de terrain étaient défrichés au printemps de 1899 ;
à la ferme de Kaolack , 4 hectares et demi sont consacrés à des
essais variés.
Dans le cercle de Nioro , des champs d'essais ont été ensemencés
en blé , avoine , orge et sarrazin .
Dans le cercle de Matam ,on a fait des essais avecdu sésame, qui
paraît réussir ; par contre, le pavot a manqué complètement, et
le maïs de France, qui avait été semé dans un endroit particu
lièrement propre à cette culture, s'est desséché faute de pluie.
A Sedhiou ,le champ d 'expériences a été divisé en quatre parties:
1° arachides semées à Om ,10 de profondeur ; 2° maïs ; 3° gros mil ;
4° petit mil. En outre le service de l'agriculture a distribué, dans
les divers cercles, des semences de coton à longue soie , et notam
ment50 kilogrammes de graines de coton d'Amérique, d 'Egypte :
des semences d 'indigo, de pavot à aillette ; de betteraves, de four
rages, de légumes , etc .
En divers points de la colonie, des expériences démonstratives
d 'instruments aratoires européens ont été faites devant les indi
gènes. En Casamance , à Sedhiou , M . Purcetti , agent des travaux
et cultures, dans deux séances de trois heures, a montré aux
Mandingues, émerveillés de voir le sillon profond laissé par le
fer, la manière de se servir de la charrue.
Dans le cercle de Nioro, le labourage à la charrue a pris, en
1899, une extension marquée sur l'année précédente. « C'est par
ticulièrement pour la culture des arachides que les indigènes se
montrent satisfaits de cette innovation ; les résultats obtenus
sous leurs yeux en 1898 les ont convaincus de la grande supério
rité de ce mode de culture » ( J. 0 . A . 0 ., 20 juillet).
Enfin une circulaire du 24 juillet ( J. 0 . A . 0 ., 3 août) a orga
nisé le nouveau service de l'agriculture et a déterminé la conduite
que doivent tenir ces agents techniques pour assurer son bon
fonctionnement. Les agents de culture, placés sous la haute
direction de l'inspecteur de l'agriculture, devront faire, dans des
champs d'essais, des expériences nombreuses en vue d 'améliorer
les cultures indigènes et d'acclimater les plantes exotiques utiles;
SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES 141

dans des champs de démonstration , ils montreront aux indigènes


« l'avantage d 'une bonne préparation du sol, de la sélection des
semences, de l'emploi des fumures et d 'instruments aratoires
perfectionnés » . Ils devront, en outre, réunir chaque année les
éléments de deux enquêtes, qui seront publiées au J. 0 . A . 0 .
« La première, relative aux ensemencements d ’hivernage, don
nera la situation des cultures au 1er octobre et leur rendement
probable; l'autre se rapportera à l'appréciation du mouvement
commercial au 1er mai ; ils recueilleront encore tous les rensei
gnements statistiques sur les cultures, les productions agricoles,
les animaux de ferme etc ., pouvant permettre de dresser un
tableau complet du mouvement économique de la colonie » . .

MOUVEMENT GÉNÉRAL DU COMMERCE EN 1898

Importations . . 33 .155 .550 dont 18 .485.823 de France et des colonies


Exportations . . 29 .189 .659 dont 23 .176 . 309 pour la France et colonie

PRINCIPALES IMPORTATIONS
Quantités Valeurs
Marchandises Provenance en
francs
France. . . . . . . . . . .. . . 12 .636 . 091 2 .653.579
Colonies françaises . 29. 500 6 . 195
Riz :
France, march , étr . . 571 . 705 120 . 058
16 .476 .727 kilogr. Angleterre . . . . . . . . . . 263 . 783 55 . 3953
3 .460 . 112 francs. Allemagne. . . . .. . . . . . 613.496
2 . 921. 386
| Autres pays. . . . . . . . . 54. 250 11 . 389
Goureaux : Colonies francaises . . 1 . 236 6 . 180
232 .775 kilogr . 231. 489
- anglaises. . 1 . 157 .445
1 . 163.625 francs.
Colonies françaises..
Tabac en feuilles : France, march . étr . . 197 .880 366 .078
1 .104 . 941 kilogr. Colonies anglaises . . 237 . 166 438 . 757
2 .044 , 222 francs . | Etats-Unis . . . 669 . 851 1 . 239 . 224
| Autres pays.. . . . . . . . 40 156
Vins en futailles : France . . . . . . . . . . . . .
... 1 . 378. 125 765.521
1 .378 .350 litres. 22:52 12 )
765 .646 francs . Colonies françaises .
Toutes boissons ( vins ( France , colon . franç.
> 1 . 468 . 359
en futailles compris ) :
» 191. 361
1 .659.726 francs . : Etranger. . ..
Houille :
France .. . . . . . . . . . . . . 52. 994 2 . 120
33 .813.499 kilogr . 1 .430 .420
| Angleterre . . .... .... 35 . 760. 50.9
1.432 . 540 francs .
142 L'ANNÉE COLONIALE

Marchandises Provenance Quantités Francs


Fils , cordages de coton ( France . . . . . . . . . . . . . . 634 .982
Angleterre . . . 98 .828
de soie et de chanvre : Allemagne . . . 5 .990
743 , 400 francs .
Autres pays . . . . . . . . 5 . 600
France, march . fr . . . 117. 922 766 .493
Tissus dits Guinées : France, march . étr. , 61.080 458 . 100
Inde française . . . . . . 371 .680 2 . 230 . 080
741 .442 pièces de 15m . Angleterre . . . . . . . . . . 5.1 . 820
7 . 443
6 .885 , 372 francs . Hollande. . . . . . . . . . . . 98 . 528 738 .962
Belgique . . . . . . . . . . . 84 .789 633. 917
France , march . fr . . . 266 . 931k 287 .865
Tissus de coton en
France, march . étr . . 628 . 886 549 . 444
pièces teintes : Angleterre . . . . . . . . . . 1 . 176 . 722
2 .694 .684
3 .615 .605 kilogr. Allemagne. . . . . . . . . . 12 .684 29 . 772
2 .658 .639 francs. 12 . 420
| Autres pays. . . . .. . .. 614 .556
Tissus de coton en France , march . fr .. . 141 . 237k 146 .508
pièces blancs : France, march . étr. . 316 717 151 .683
1 .658. 142 kilogr. Angleterre . . . . . . . . . . 1 . 174 .017 591 . 116
898 .583 francs . Autres pays. . . . . . . . . . 26 .151 9 . 276
France, march . fr .. . 2 . 187 . 277
France, march . étr .. 1 . 388 .032
Colonies francaises . 2 . 230 . 774
Tissus totaux :
10 .659 .473 francs . Angleterre . . . . . . . . . . 3 . 333 . 720
Hollande. . .. . . . . .. 740 . 766
Belgique . . . . . . . . . . . . 646 . 714
Autres pays. . . . . . . . . 132 . 190
France , march . fr. . 3 . 654 .501
Ouvrages et métaux : France , march . étr. . 14 .054
3 .815 .629 francs. Angleterre . . . . . . . . . . 121 . 765
Autres pays . . . . . . . . 25 . 309
France, march . fr . . . 716 .584
Armes, poudres et 62 .707
munitions :
France, march . étr . .
Allemagne . . . . . . . . . . 102 .489
946 . 718 francs .
| Autres pays . . . . . . . . 64 . 938

PRINCIPALES EXPORTATIONS
(Denrées etmarchandises du cru de la colonie)
Marchandises Destination Kilogrammes Francs
France . . . . . . . . . . . . 73 .297. 463k 10 . 292.943
Angleterre . . . . . . . . . 930 . 881 139.632
Arachides en coques : Allemagne. . . . . . . . . . 4 . 967 . 152 745 .073
Belgique . . . 1 . 831 . 000 274.650
95.555 .098 kilogr. Hollande .. . . . . . . . . . 9 . 184 . 186 1 . 377.628
13 .626 .059 francs.
Colonies anglaises
de la côte . . . . . . . . 387 , 105 42.536
Autres pays . . . . . . . 4 . 957. 311 743.593
SÉNÉGAL ET DÉPENDANCES 143

Marchandises Destination Kilogrammes Francs

Gommes dures : ( France . . . . . . . . 4 . 897 . 771 4 . 142. 712


5 . 173 .092 kilogr. Angleterre . . . . . . . . . 161. 267 145 . 140
4 . 380 . 233 francs. Hollande . . . . . 114 . 054 92 . 381
Caoutchouc : | France. . . . . . . . 150 . 262 525 .917
340 .628 kilogr. Angleterre. . . . 161. 172 565 . 992
1 . 191 .849 francs. | Autres pays. . 29 . 194 99 . 940
Or brut de Galam : France . . . 127 ,726 383 . 178
12845,866 , 1 , 440 3 .420
Hollande . . .
386 .598 francs .

V . – PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS


16 février. - Arrêté portant création d 'une agence de la
Banque du Sénégal à Rutisque (J . 0 . A . 0 ., 23 février).
10 juin . --- Arrété ministériel portant création d 'une direction
des Travaux publics au Sénégal et à Madagascar (J . 0 . A . 0 . ,
24 août).
6 juillet. – Rapport au Président de la République suivi d 'un
décret réglementant la recherche et l'exploitation des mines dans
les colonies et pays de protectorat de l'Afrique continentale
autres que l'Algérie et la Tunisie ( J . O . , 29 juillet).
11 août. — Décret réorganisant le service de la justice au
Sénégal (J. O ., 17 août).
23 octobre. — Rapport au Président de la République suivi
d'un décret portant création au Sénégal de receveurs régionaux
( J. O ., 27 octobre) . Agents purement locaux , les receveurs régio
naux seront,dans les cercles, chargés des fonctions de comptables,
qui étaient remplies jusqu 'à ce jour par les administrateurs. Un
arrêté du gouverneur général, en date du 1 décembre ( J . 0 . A . 0 . ,
7 décembre), a organisé le personnel des receveurs régionaux et
déterminé leur solde .
12 décembre . – Arrêté portant organisation du personnel des
agents de culture du Sénégal ( J. 0 . A . 0 ., 21 décembre).
27 décembre. – Arrêté établissant un droit à la sortie du
Sénégal de 5 0 / 0 sur les caoutchoucs ( J . 0 . A . 0 ., 4 janvier 1900 ).

VI. - PUBLICATIONS PÉRIODIQUES


Le seul journal publié dans la colonie est le Journal officiel de
l'Afrique occidentale française (hebdomadaire), paraissant à Saint
Louis .
SOUDAN FRANÇAIS

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Le Soudan français ', compris entre Kayes à l'ouest, Say sur le


Niger à l’est, le Sahara au nord et, au sud, les possessions
françaises ou étrangères du golfe de Guinée, avait une superficie
évaluée à 1.200 .000 kilomètres carrés. La population s'élevait à
2.700 .000 habitants environ ; ces chiffres, le dernier surtout, sont
de simples indications approximatives. Le chef-lieu était à Kayes.
On peut diviser un voyage de France aux territoires de l'ancien
Soudan en trois sections distinctes : 1º De France à Dakar et Saint
Louis; 2° de Saint-Louis à Kayes ; 3º de Kayes au point où l'on
désire se rendre .
1° Pour les conditions de transport de France à Dakar et Saint
Louis , voir ci-dessus Sénégal I ; 2º De Saint- Louis à Kayes, par le
fleuve Sénégal. Les Messageries fluviales (Devès et Chaumet)
sont concessionnaires du service. Prix de Saint-Louis à Bakel,
50 francs, àKayes 60 francs (avecnourriture obligatoire de 10 francs
par jour). Les grands bateaux ne peuvent remonter jusqu'à ce
dernier point qu 'au moment des grandes eaux , c'est-à -dire
durant trois mois environ . Le reste de l'année, ils déposent les
passagers aux escales intermédiaires, à Bakel, Matam , Saldé,
Podor,suivant les époques. De ces différentesstations,les voyageurs
peuvent gagner Kayes par voie de terre et porteurs, mais on
1. Les renseignements qui suivent concernent l'ancien Soudan , tel qu'il
existait avant que le décret du 17 octobre 1899 n 'en ait effectué la dislocation
(voir page 135) ; ayant à retracer l'histoire du Soudan en 1899, et la nouvelle
organisation n 'étant entrée en vigueur que le 1er janvier 1900 nous avons cru
devoir conserver l'ancienne division . -- --
SOUDAN FRANÇAIS 145

emploie plus généralement des chalands de commerce, loués à


raison de 5 francs par jour, plus la solde et la nourriture de
l'équipage. Au total, environ 10 francs par jour . Aux basses eaux ,
pour aller de Podor à Kayes, il faut en chaland 30 jours environ ;
3º de Kayes aux différents points de la colonie , on peut em
prunter la voie ferrée jusqu'à 41 kilomètres de Oualia . Au delà
on est obligé d 'avoir recours aux voitures Lefèvre, prêtées par
l'administration (services réguliers jusqu'à Koulikoro, sur le Niger)
ou à des porteurs. Sur le Niger il existe un service de chalands,
qui, de Bamako, remontent le fleuve jusqu'à Kouroussa ( 360 kilo
mètres de Bamako), et le descendent de Koulikoro à Kabara,
port de Tombouctou (825 kilomètres). Pour le prix de fret de
France au Sénégal, voir plus haut: Sénégal. De Saint-Louis à
Bakel, le fret est de 30 francs la tonne ; il est de 35 francs pour
Kayes à la montée ; il est de 15 francs, à la descente , pour les
poids supérieurs à 20 tonnes . Sur le chemin de fer, le prix de
transport des marchandises a été fixé à 0 fr . 50 la tonne kilo
métrique à l'aller, et O fr. 07 au retour. Du terminus du chemin de
fer au Niger, les marchandises peuvent utiliser les convois de
voitures Lefèvre organisés par l'administration, et, sur le fleuve,
les chalands du service local. Le prix du transport de la tonne
effectué dans ces conditions revient ainsi aux prix suivants :
De Saint-Louis à : francs
Médine. e . . . . . . . . . 36 >>
Dioubeba . . . . 109, 50
Kita . . . . . . . . . . . 234,45
Bammako . . . . . . 392, 72
Koulikoro0 .. .. .. . . . . . . . . . . . . . . . 442 ,70
Tombouctou . . 566 , 45
Seguiri 424 , 22
Kankan . . . . . . . . 445 , 22
Kouroussa . . . . . 446 , 72

pour le retour , les prix sont moins élevés demoitié environ ' .

II. – PERSONNEL 2
Lieutenant-gouverneur : le général de Trentinian ; lieutenant
gouverneur par intérim : le colonel Vimard ; chef du service
1. Suivant des renseignements parvenus à notre connaissance , pendant que
l'Année Coloniale était sous presse , l'Administration n 'accorderait plus au commerce
l'autorisation d 'utiliser les convois de voitures Lefèvre organisés pour le service
de la colonie .
2 . En 1899 .
10
146 L'ANNÉE COLONIALE
administratif : M . de Ricaudy ; chef du service de santé :
Dr Ræaucar .

III. — SITUATION POLITIQUE


La dislocation du Soudan français '. - - Au point de vue
administratif, l'événement le plus important qui se soit accompli
dans l'Afrique occidentale française, au cours de 1899, est, sans
contredit, la dislocation de l'ancien Soudan français et la répar
tition de la majeure partie de son territoire entre les colonies
du Sénégal , de la Guinée, de la côte d 'Ivoire, du Dahomey (Décret
du 17 octobre ). Au Sénégal, ont été attribués les cercles de Kayes,
de Bafoulabé, de Kita ,de Satadougou , de Bammako, de Ségou, de
Djenné, de Nioro , de Goumba, de Sokolo et Bougouni. A la Guinée
reviennent les cercles de Dinguiray , Siguiri, Kouroussa , Kankan ,
Kissidougou et Beyla . Les cercles ou résidences de Odjenné, de
Kong et de Bouna sont rattachés à la côte d'Ivoire. Enfin le terri
toire du Dahomey s'accroît des cantons de Kouala ou Nebba, au
sud de Liptako et le territoire de Say. Quant aux cercles ou
résidences de la circonscription dite « Région nord et nord -est du
Soudan français » , et à ceux de la circonscription dite « région
Volta » , ils formeront, à l'avenir, deux territoires militaires rele
vant du gouverneur général et placés sous la direction de deux
commandants militaires.
Le même décret a déterminé, en outre,les pouvoirs du gouver
neur général de l'Afrique occidentale française et l'étendue de
son action . Chargé de la haute direction politique et militaire de
tous les territoires dépendant du Sénégal, de la Guinée , de la
côte d 'Ivoire et du Dahomey, il a auprès de lui un commandant
supérieur des troupes (officier général ou supérieur) dont l'au
torité s'étend sur les mêmes territoires que celle du gouverneur
général,mais sous la haute direction de ce dernier.
Progrès de la pacification et de l'influence française. ---
L 'année 1899 a vu se compléter, au Soudan, l'æuvre de pacifi
cation et d 'extension progressives entreprise durant ces dernières
années, et à laquelle la prise de Sikasso et la capture de Samory
avaient, en 1898 , fait faire de si grands progrès. L 'activité de nos
voyageurs et de nos officiers s 'est exercée, au cours de l'année
dernière, à peu près sur toutes les frontières de la colonie. Nous
1. Voir la carte ci-contre.
10 Paris

Kilometres
Tombouctou
Se 1.Facuibine .1oo
40
no
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ommuaise
SOUDAN FRANÇAIS 149

nous bornerons à indiquer les principales opérations effectuées


et les principaux résultats obtenus.
Dans le Sahel, notre influence s'est considérablementaccrue, et
par desmoyens tout pacifiques. Une mission , accomplie dans le
pays des Maures par M . Coppolani a permis de couronner
l'æuvre entreprise depuis longtemps par les officiers comman
dant dans la région . M . Coppolani a pu, ce qui indique un état
politique satisfaisant, se rendre de Nioro à Tombouctou avec une
faible escorte sans être attaqué, et obtenir des Maures rebelles
Meschdouf l'acceptation des conditions imposées au chef de la
tribu Sellou . Au mois de février, les Allouch , à leur tour, faisaient
leur soumission ; afin de favoriser encore l'apaisement auquel la
création , à Nioro ,Goumba et Sokolo ,depostes de gardes-frontières
à pied et à cheval avait sans doute contribué pour une large
part, le lieutenant-gouverneur par intérim a jugé qu'en atten
dant qu'il nous soit possible d 'assurer la tranquillité dans l'inté
rieur des tribus, il convenait d 'accorder la paix à tous lesMaures
placés dans la zone d 'influence du Soudan français. Un arrêté
du 24 juillet a donc proclamé la paix . Il a été décidé en même
temps que les Maures qui viendraient sur notre territoire seraient
astreints à payer un droit de pacage de 1 40 sur les moutons,
1 /60 sur les beufs, les ânes, les chevaux , et 1 /100 sur les cha
meaux . Ils seront également soumis au droit de l'oussourou , droit
de passage, et aux droits de place sur les marchés.
Dans la région nord (sud Saharien et aux environs de Tom
bouctou , la situation s'est également améliorée . Après s 'être
rendu dans le pays de Bamba , ou plusieurs tribus firent leur
soumission et où il put entrer en relations avec le chef des
Oulliminden , M . Coppolani se dirigea au nord de Tombouctou et
réussit à atteindre, le premier francais depuis René Caillé, la
ville d 'Arrouan . Arrouan , næud important de routes, à 250 kilo
mètres environ au nord de Tombouctou , est le principal entre
pôtdes mines de sel de Taoudeni. Les caravanes allant du Maroc
au Soudan ne manquent jamais de s'y arrêter après la traversée
du désert.
Comme indice des heureux résultats obtenus dans la région
nord du Soudan , il faut signaler les essais de correspondance
avec l’Algérie , à travers le Sahara , entrepris en 1899 par des offi
ciers de la région nord . Le commandant Dagneaud a pu faire par
venir ainsi une carte de bons souhaits au général commandant à
Aïn -Sefra. De son côté le Comité de l'Afrique française a reçu , le
150 L'ANNÉE COLONIALE
5 octobre, une carte de visite expédiée par un officier de Tom
bouctou . Datée du 31 mars 1899, elle est parvenue par la voie du
Touat, le 28 septembre , soit au bout de six mois , au bureau de
poste d 'Aïn-Sefra, d 'où elle fut réexpédiée à Paris .
En même temps se poursuivait l'occupation de la partie sep
tentrionale de la boucle du Niger , comprise entre le cours du fleuve
au nord et la ligne Aribinda, Dori, Say, au sud .Les opérations en
treprises par les colonnes du colonel Klobb au nord (escorte du
convoi de la mission Voulet descendant le Niger ) et du comman
dant Crave au sud , se terminèrent durant les premiers mois
de 1899. Des postes furent créés sur le Niger , en aval de Tom
bouctou , à Bamba, Gao , Ansongo, Tosaye. Ils protègent les popu
lations sédentaires établies le longdu fleuve contre les incursions
des Touareg insoumis de la rive gauche, ou de ceux que nous y
avons rejetés. M . Baillaud, chargé de mission , a pu, à la suite de
ces opérations, descendre, seul Européen , le Niger de Tombouc
tou à Say (21 février- 19 mars ), sans avoir subi lamoindre attaque
de la part des nomades.
Peu après, cependant, une petite insurrection , vite réprimée par
une colonne sous les ordres du capitaine Mengrand , comman
dant du poste de Zinder, se produisit à Kentadgi, un peu en
aval de Dounzou (inai). L'ouvre de « nettoyage » de la boucle du
Niger fut complétée en septembre par le colonel Septans, com
mandant de la région Nord, qui réussit à obtenir la soumission
de plusieurs tribus Touareg. L 'année 1899 marque ainsi une
étape importante de notre politique saharienne au Soudan et de
nos relations avec les Maures de la rive gauche du Niger , Les
principes de cette politique sont indiqués dans les instructions
adressées par le lieutenant-gouverneur par intérim aux officiers
chargés de ces opérations; et dont nous extrayons le passage
suivant :
« Vous voudrez bien faire comprendre aux cheſs de groupe en
opérations, disait le colonel Vimard , qu'ils ont à faire acte poli
tique en même temps que militaire , qu 'ils doivent s 'efforcer
toujours d 'obtenir les soumissions pacifiquement avant de faire
emploi de la force, et laisser aux gens le temps matériel de faire
amende honorable , s'ils en ont réellement le désir ; nous n 'avons
aucun intérêt à anéantir, par principe, des nomades, qui, seuls,
donnent une valeur économique aux terrains qu 'ils parcourent. »
Dans le Soudan méridional, quelques opérations ont éténéces
saires . En mars, le capitaineMarchaise dutchůtier quelques villages
SOUDAN FRANÇAIS 151

du Niénègue qui s'étaient soulevés . Dans le Kipirzi, le capitaine


Amman résident du Mossi, poussa une reconnaissance, au cours
de laquelle fut tué le lieutenant Grivart ( 14 février) ; enfin , au
Yatenga, le capitaine Boutiq exécuta une tournée pour rétablir
l'ordre dans le sud et l'est du pays (21 avril- 23 mai).
Mission Woelfel-Mangin . – La région qui avoisine les con
fins de la république du Liberia , du Soudan et de la Côte d 'Ivoire,
demeurée à peu près impénétrable jusqu 'à l'année dernière,
a été explorée en 1899 par deux missions françaises, l'une
venant du nord, la mission des lieutenants Woelfel et Mangin ,
l'autre venant du sud , la mission Hostains- d 'Olonnel. Orga
nisée après que la capture de Samory eut ouvert le Soudan
méridional à notre action , la mission Woelfel-Mangin devait cher
cher à gagner la Côte d'Ivoire en prolongeant l'itinéraire du lieute
nant Blondiaux, arrêté , on le sait, en 1897, à Man , par l'hostilité
des populations, Partis de Beyla , en mars 1899,avec un sous-offi
cier européen et 100 tirailleurs , les deux officiers rencontrèrent
une résistance très vive de la part des indigènes; attaqués à plu
sieurs reprises (le lieutenant Mangin fut blessé deux fois et, en
mai, il fallut combattre presque sans interruption pendant onze
jours), ils purent cependant, après bien des efforts et de nouveaux
combats, fonder un poste à Nonantogloui pour passer l'hivernage.
Dans toutes les pointes qu'ils poussèrent aux environs du poste ,
ils furent attaqués par les noirs. Ils étaient à Guékangoue, lors
qu 'ils apprirentqu 'unemission francaise, partie de le Côte d 'Ivoire ,
s'avançait à leur rencontre et avait déjà atteintGranko . L 'hiver
nage terminé, le lieutenant Woelfelcomptait reprendre sa marche
en avant, mais il reçut (en septembre , devant la crainte d 'un
désastre, l'ordre de rebrousser chemin vers le Soudan . Rentrés à
Beyla , ils y étaient, le 14 décembre, rejoints par MM . Hostains et
d 'Olonne (Voir Côte d 'Ivoire , p. 175).
Le Chemin de fer. – La construction du Chemin de fer du
Soudan (Sénégal au Niger) est entrée , en 1899, dans une période
particulièrement active et l'on peut en prévoir l'achèvement
dans un délai assez rapproché. C'est le 1er janvier 1899 qu'est
entrée en vigueur la convention du 10 février 1898, passée entre
la colonie et l'État, et dont il est nécessaire que nous rappelions
les dispositions principales. Aux termes de cette Convention ,
1. La mission Hostains-d 'Olonne a réussi à atteindre le Soudan . Nous ren
dons compte du beau voyage qu'elle a etfectué au chapitre relatif à la Cole
Ivoire
d .
152 L 'ANNÉE COLONIALE
l'État et la colonie se sont engagés à contribuer par moitié à l'achè
vement de la voie ferrée pour une somme totale de 24 millions.
Chaque année, chacune des deux parties contractantes versera
au chemin de fer 300 .0GO francs. Le million ainsi obtenu servira
à gager une série d 'emprunts qu'effectuera la colonie jusqu'à
l'entière exécution des travaux, et qui, convenablement éche
lonnés, permettront, suivant toute vraisemblance , de terminer
la ligne en 1905 . Conformément à ces arrangements, la colonie a
emprunté, en 1899, à la Caisse des dépôts et consignations une
somme de 3 .200 .000 francs à 3,800/ 0 (décret du 7 juin , J. 0 .,
16 juin ), qui a permis de pousser la voie jusqu'à la rivière de
Kéguéko , soit à 217 kilomètres de Kayes, et de préparer la cam
pagne de 1900 (notammentun pont de 350 mètres sur le Bakhoy).
En 1900 , on compte poser 31 kilomètres de voie ; pour les années
suivantes, le programme adopté, le 15 avril 1899, par le Comité
des travaux publics des colonies , prévoit la construction :

En 1901 de 80 kilomètres
En 1902 de 83
En 1903 de 84 -
En 1904 de 63

Si ce plan de travaux est réalisé, on aura construit, de 1899


à 1904 inclus, 382 kilomètres de voie, tandis qu 'il avait fallu dix
sept ans (1881-1898) pour construire les 160 premiers kilomètres.
Enfin , tandis que, jusqu 'à l'année dernière, les travaux du
chemin de fer se poursuivaient par un seul chantier, alimenté par
le moyen de la voie déjà construite, dorénavant la voie sera en
construction sur plusieurs chantiers à la fois, ce qui håtera
encore la marche des travaux .
Budgets de 1899 et de 1900 . — Le budget de 1899 avait été
arrêté par le lieutenant-gouverneur à la somme de 3. 263.500 francs
pour les recettes. Pour l'exercice 1900, les prévisions budgétaires
avaient été fixées à 4 .122.500 francs pour les recettes ordinaires.
Mais la colonie ayant été disloquée, ce budget ne sera jamais
appliqué, et nous ne donnons ce chiffre que pour indiquer la
progression des recettes prévues pour l'exercice courant, prévi
sions qui n 'avaient, semble -t-il,rien d 'exagéré.
En 1899, la ligne télégraphique de Bammako à Sompé a été
prolongée jusqu'à Tombouctou, qui se trouve ainsi relié par fil
avec le reste du monde.
SOUDAN FRANÇAIS 153

IV . – SITUATION ÉCONOMIQUE

La mission d 'études. - Le caoutchouc . – La mission


d'études, organisée par le général de Trentinian , et qui avait
quitté la France à la fin de 1898 , a poursuivi ses recherches,
au cours de 1899. Nous avons vu les résultats politiques obte
nus par M . Coppolani, l'un de ses membres, dans la région
du Sahel et au nord de Tombouctou. Il nous reste à mentionner
quelques-unes des conclusions auxquelles les autres membres de
la mission sont arrivés en ce qui concerne les ressources
économiques du Soudan , et à faire connaitre les résultats princi
paux des enquêtes qu'ils ont conduites.Ces dernières, jointes aux
études déjà effectuées par les officiers chefs de cercles ou chefs
de postes, constituentun ensemble de documents fort intéressants ,
qui, une fois complètement publiés, formeront comme une
sorte d 'inventaire économique du Soudan . Nous nous bornerons
à résumer les principaux des rapports dont il a été déjà donné
communication .
MM . Chevalier et Hamet, spécialement chargés de l' étude du
caoutchouc, ont pu faire la détermination botanique exacte de la
liane gohine, qui pousse spontanément dans plusieurs parties du
Soudan et qui est de beaucoup la plus répandue des lianes caout
chouquifères. Ils ont reconnu que ce n 'est autre que la Landol
phia Hendelotii, ainsi désignée du nom d 'Hendelot qui le rapporta
le premier en Europe. Les recherches de MM . Chevalier et Hamet,
jointes à celles effectuées précédemment, ont permis de tracer
les limites approximatives de la zone de dispersion de la liane
gohine au Soudan . Surtout abondante entre les 9° 30 ' et 11° 30 '
de latitude nord , elle se rencontre assez fréquemment plus au
nord et plus au sud . Elle croît en abondance dans les cercles de
Kankan , Siguiri, Kouroussa : dans toute la partie du cercle de
Touba comprise entre Odienné, Kero, Kani, Seguela , Bafélétou ,
Tombougou , dans le sud-ouest du cercle de Bougouni ; on la
trouve, mais disséminée, dans les cercles de Beyla et de Kissi
dougou .
« Dans la région Volta, la distribution de la liane est assez
irrégulière. Le pays le plus riche est le plateau situé à quelques
jours au sud - est de Sikasso et où prennent naissance le Banifing,
la Comoé et la Volta .
154 L 'ANNÉE COLONIALE
« Entre Sikasso et Bolo -Dioulasso, les lianes sont assez com
munes, de belle taille et inexploitées. Autour de Bolo-Dioulasso ,
il existe quelques plateaux où elles abondent. Il en est de même
à San et Sono.
« Le Gourounsi produit aussi du caoutchouc, ainsi que la Haute
Bandama, aux environs de Kong.
« Dans la région Niger et Quest , on trouve encore des lianes,
( cercles de Bamako , Kita , Satadougou ), mais déjà plus rares et
moins belles. » Ges indications résument l'état actuel des connais
sances en ce qui concerne la répartition géographique de la liane
gohine, en attendant qu 'elles soient complétées par des recherches
ultérieures. Quant à la densité à l'hectare, elle varie naturelle
ment suivant les régions. Mais, en certains points , elle atteint le
chiffre considérable , et du reste assez exceptionnel, de 500 pieds à
l'hectare (environs de Sikasso).
Les caoutchoucs du Soudan , dit M . Hamet, peuvent être placés
en parallèle, d 'une façon avantageuse, non seulementà côté des
produits américains, mais encore à côté des produits du Congo
belge, qu'ils égalent pour la pureté , l'élasticité et le nerf. Ils ont
en outre une résistance beaucoup plus grande à la chaleur : « Une
analyse faite par le Museum , sur la demande de l'Office colonial,
a donné les résultats suivants :

Eau (humidité ) . . . ., 9 , 00
Matières minérales . .. .. . . . . . . . . . . . . . . . .
Matières organiques insolubles dans le
sulfure . . . .. 7,65
Caoutchouc .. . . . . . . . . 83, 25
Résine néant

100 , 10

Mais MM . Chevalier et Hamet ne se sont pas contentés de recher


cher l'habitat de la liane, ils ont pu déterminer expérimentale
ment les meilleurs procédés de récolte du latex , ceux qu'il con
vient d 'employer pour obtenir un produit pur, régulièrement
coagulé et non fermentescible. Les indications contenues dans
les rapports de MM . Chevalier et Hamet ont été communiquées
aux commandants des cercles où se rencontre la liane gohine,
afin de les mettre en mesure de guider les indigènes et d 'amé
liorer leurs procédés de récolte . Les instructions du lieutenant
SOUDAN FRANÇAIS 155

gouverneur par intérim , qui portent la date du 29 août 1899 ',


entrent dans des détails minutieux sur la forme des incisions à
faire, la place où il convientde les faire, la récolte , la coagulation
du latex ; elles permettront aux agents de l'administration de com
pléter l'æuvre d ' éducation entreprise à l'école de Kouroussa , créée
par le commandant de Lartigue, et où les indigènes viennent
apprendre, attirés par des primes d 'encouragement, à cultiver la
lianeà caoutchouc et à en recueillir les produits 2 . L 'exportation du
caoutchouc du Soudan prend du reste un développementimportant.
En 1898 , elle avait été de 108 ,577 kilogrammes ; les statistiques
établies pour les premiers trimestres de 1899 accusent une
augmentation considérable sur la période correspondante de
l'année précédente 3.
Des essais sont en même temps poursuivis pour l'acclimatement
au Soudan des grands arbres à caoutchouc du Brésil. Des plants
Ceara (Manihot Glaziovii), semés à Kouroussa en 1898 et repic
qués en septembre de cette même année, avaient atteint plus de
2 mètres de hauteur en avril 1899 .
Indigo . – L 'indigo pousse facilement au Soudan , mais il n 'a
pas encore fait l'objet d 'une exploitation rationnelle et indus
trielle . Afin d 'étudier l'avenir de cette culture dans la colonie ,
il convenait de procéder à des essais. Un spécialiste les a tentés à
Kati. Les premières tentatives d 'extraction de la matière colorante
ne furent pas très heureuses, par suite , si l'on en croit le rapport
adressé au lieutenant- gouverneur, d 'un excés d 'oxyde métallique
que les eaux employées auraient renfermé en suspension , et pour
tant on aurait tort de considérer ces premiers essais, poursuivis
dans des conditions assez défectueuses avec un outillage insuffisant,
comme un échec définitif . En effet des résultats plus encourageants
semblent avoir été d'autre part, obtenus par M . Sarrazin , vétéri
naire militaire, qui a étudié sur place, depuis plusieurs années,
la question de l'indigo au Soudan , et dont la R . C .du 7 juillet 1899,
a publié un article sur ce sujet. En ce qui concerne la culture de.
l'indigo, M . Sarrazin est arrivé aux conclusions suivantes : « Il
faut cultiver l'indigo dans des terrains plats, à fond humide,
riches en humus, non susceptibles d 'être inondés. » On peut

1. Publiées in ertenso dans le B . A . F . (supplémentau numéro de novembre 1899 .)


?. En 1899 , plus de 2.000 indigènes ont fréquenté l' école de Kouroussa dont la
création fait le plus grand honneur à l'initiative du commandant de Lartigue .
3 . Exportation du caoutchouc en 1896 : 15 .583 kilogrammes ; en 1897 : 27 . 343 ki
logrammes.
156 L'ANNÉE COLONIALE
faire les semis dansles premiers jours de juillet et,trois semaines
après, on a des plants suffisamment grands pour être trans
plantés; on les repique en les espaçant de 11 , 20 à 1m ,50 . « En fin
octobre et novembre , la floraison est terminée ; les gousses sont
formées, et on peut faire la première récolte de feuilles : c 'est la
plus fructueuse . » Elle a donné à M . Sarrazin 1 .200 à 1 .500 grammes
d 'indigotine pour 100 kilogrammes de feuilles ; la seconde , qui
produit pour la même quantité de feuilles 800 à 900 grammes, et
· la troisième (production 700 à 800 grammes ) ont lieu respective
ment en décembre et en janvier . » Ajoutons que, avec les moyens
imaginés par M . Sarrazin et dont il donne le détail dansl'article
ci-dessus, un homme seulpeut travailler 200 litres de liquide issu
de la fermentation de l'indigo et fournir ainsi une moyenne de
2 à 3 kilogrammes d ' indigotine par jour.
Café . — M . Rossignol avait été spécialement chargé d 'étudier
la question du café dans le Kissi. Cette dernière région serait ,
aux termes du rapport qu'il a adressé au gouvernement de la
colonie, une terre d 'élection pour le caféier, car la chaleur y est
mitigée par l'altitude, excellente condition pour la culture des
cafés fins : « La zone propice au caféier est, dit-il, parfaitement
limitée. Tout ce qui est forêt dense avec une altitude moyenne
de 500 à 600 mètres, c 'est -à -dire la majeure partie du cercle de
Kissidougou ,à l'exception de la province du Kouranko nord -ouest.
Par contre,tout les plateaux ferrugineux des cercles de Kankan ,
Kouroussa et Siguiri, sur les rebords desquels se développe très
bien la liane gohine, sont impropres au caféier, à cause de la
dureté des conglomérats ferrugineux qui forment ces plateaux et
de la quantité relativement faible de terre végétale . » Les essais
entrepris par M . Rossignol dans le Kissi, avec le café deBourbon,
paraissent avoir réussi.
Coton . – L 'administration du Soudan a effectué, en 1899, des
essais d 'exportation de coton qui méritent d'être signalés, car,
s 'ils ne sont pas absolument probants , ils ont fournicependant de
fort utiles indications, qui seront complétées en 1900 par des
essais nouveaux, sur l'avenir que peut présenter la culture de ce
textile au Soudan .
L 'administration avait fait appel pour ces essais au concours
d 'un courtier en coton du Havre, M . Fossat. Celui-ci ne pouvant,
faute de temps, se transporter sur tous les lieux de production , il
futdécidé qu'il effectuerait ses achats sur échantillons recueillis
par les soins des commandants de cercles, et soumis à son exa
SOUDAN FRANÇAIS 157
men . Sur 224 échantillons présentés, M . Fossat en accepta 120 .
La quantité de coton non égrené achetée par ce procédé fut de
106 .084 kilogrammes, ce qui, au prix moyen de 0 fr . 2395 , repré
senta une dépense de 25.412 francs. On avait commandé, en vue
de l'égrenage, quatre machines ; par suite de la baisse des eaux
du Sénégal, elles ne purent être réparties comme on en avait
l'intention et l'on dut les mettre toutes en service à Kayes. Mais
elles convenaient mal à la qualité du coton du Soudan , dont la
graine est très résistante ; elles ne donnèrent, par suite , qu 'un
rendement médiocre, et comme, d 'autre part, les difficultés de
transport empêchaient de concentrer à Kayes tout le coton acheté
en temps utile , l'administration ne put donner à l'expérience
toute l'extension qu'elle aurait désiré. On est cependant arrivé
aux conclusions suivantes : Le coton du Soudan est de bonne
qualité ; ses soies, de longueur moyenne, ont 27 à 28 milli
mètres ; elles sont assez fines, nerveuses, résistantes, d 'un blanc
plus ou moins brillant. Il n 'existe au Soudan qu 'une seule et
même variété, mais dont les produits diffèrent parfois comme
qualité , par suite des différences de terrains et des soins donnés
par les cultivateurs.
En octobre dernier , 2. 500 kilogrammes de coton, recueillis par
les procédés que nous venons de résumer, ont été mis en vente
au Havre ; le prix obtenu a été de 43 francs les 100 kilogrammes.
Le coton a été , en général, trouvé de bonne qualité.
Il reste cependant à améliorer les procédés de culture employés
par les indigènes, afin d'obtenir une matière encore supérieure
et à développer la production . L'administration de la colonie a
tenté, en ce sens, des efforts très louables, au cours de 1899.
« Dès le commencement de l'année , les commandants de cercles
ont reçu une note sur la culture du cotonnier , rédigée par
M . Jacquey ; ils ont dû la faire traduire et publier dans tous les
villages. Le 13 avril, une circulaire leur a prescrit d ’employer
touté leur influence pour accroître la culture du coton ; ils ont
fait savoir aux noirs qu'en 1900 le coton serait reçu pour le
paiement de l'impôt, et que l'administration achètera tout ce qui
sera de bonne qualité . Enfin on a commencé, en juillet, à recruter
et à dresser le personnel noir qui sera chargé, dans la campagne
de 1900 , de faire les achats dans les villages ; on espère ainsi
éviter les inconvénients nombreux des achats sur échantillons
qu 'on avait été contraint d 'effectuer en 1899 .
Industrie . -- L 'industrie est, à l'heure actuelle , à peu près
158 L'ANNÉE COLONIALE
nulle au Soudan , l'industrie européenne bien entendu . Consulté
par l'Office colonial, le lieutenant-gouverneur a fourni les rensei
gnements suivants sur les entreprises qui lui paraissaient avoir
le plus de chances de succès.
1º Industrie du coton , filature et tissage ;
20 Fabrication d 'alcools industriels pour l'exportation , alcool de
vins notamment;
3º Fabrication d 'huiles végétales diverses, en particulier d 'huile
d 'arachides et d 'huile de coton . L ' arachide coûtant moitié moins
cher à Kayes qu'à Saint-Louis , on a tout intérêt à la traiter sur
place .
Une des principales difficultés que pourrait rencontrer l'in
dustrie européenne au Soudan étant l'absence de force motrice,
car le charbon importé d 'Europe revient à un prix très élevé, un
ingénieur, M . Roques, membre de la mission d 'études, a été
chargé d 'étudier la possibilité d'utilisation des chutes d 'eau de la
colonie pour la production de l'électricité . On n 'a pas encore
communiqué les conclusions de son rapport.
Commerce ( 1898). – Les statistiques établies par la colonie
divisent les importations et les exportations en trois groupes :
Marchandises importées et exportées par le fleuve Sénégal, mar
chandises importées ou exportées par les frontières sahariennes,
marchandises importées ou exportées par les frontières du Sud
(Guinée , Sierra -Leone, Liberia ). Il y a lieu de faire observer
qu 'en ce qui concerne ces deux derniers groupes, les chiffres
fournis, pour les exportations principalement,ne sauraient pré
senter un caractère d 'exactitude bien certain , par suite des diffi.
cultés qu'a présentée jusqu'à ce jour l'organisation du service de
statistique ; c 'est ce qui explique notamment l'écart considérable
qui existe , en 1898, entre les importations et les exportations.
Importations..
uportations.. .. .. .. .. . . . . . . . . . . . . . 10 . 729 . 7081
Exportations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3.626 .603

PRINCIPALES IMPORTATIONS

Par le Par les fron Par les fron


fleuve Sénégal tières sahariennes tières du sud
Marchandises
francs francs francs
Sel :
57. 630 2 .076 .726 62 . 983
2 . 197 . 339 francs.

1 . Y compris 2.699.578 francs pour les services de la colonie et les troupes.


.
.
SOUDAN FRANÇAIS 159
Marchandises francs francs francs
Tissus :
3. 507.591 francs. 3 . 107 . 340 67 . 839 332 ,412
Ouvrages en métaux :
737 .587 1 . 322
738. 909 francs.
Boissons :
387. 587
387.587 francs.
Kolas : 401 . 261
401.261 francs.
Animaux vivants : 333. 838 80 . 154
413.992 francs.
Gommes : 269 .6101
209 .610 francs .

PRINCIPALES EXPORTATIONS
Gommes :
1 . 371. 922 francs . { 1 . 371 .922
Caoutchouc :
277.291 255 .295
542.586 francs.
Or brut : 2 .084
286 .679 francs. 286 .679
Riz , mil : 72. 203 280.630 1 . 424
354 .257 francs.
Sel :
348. 980 francs.

V . – PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS


31 janvier. -- Décret portant réorganisation du Conseil d 'ad
ministration du Soudan ( J . 0 . A . 0 . , 27 avril) .
28 mars. — Décret faisant entrer au Conseil d 'administration
de la colonie le chef de service commercial et agricole ( J . 0 . A . 0 .,
1er juin).
18 avril. – Décret établissant un droit d 'exportation de 5 0 /0
ad valorem sur l'or, l'ivoire et le caoutchouc, exportés de la colonie
( J. 0 . A . 0 ., 1er juin ) .
17 octobre. — Décret portant réorganisation de l Afrique occi
dentale française (J. O ., 18 octobre ).

1. Chiffre probablement trop faible de moitié.


GUINÉE FRANÇAISE

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

La Guinée française est comprise entre la Guinée portugaise, le


Sénégal, le Soudan et la colonie anglaise de Sierra -Leone. D 'une
superficie approximative de 200 .000 kilomètres carrés, elle ren
ferme environ 1 .500. 000 habitants '.
La Guinée française est administrée par un gouverneur, assisté
d 'un Conseil d 'administration .
Les communications avec la France sont assurées par deux
Compagnies subventionnées : la Compagnie des Chargeurs Réunis
et la Compagnie Fraissinet. Le premier effectue un départ du
Havre, et de Bordeaux , le 15 de chaque mois. Prix du pas
sage : 800 francs en première; 680 francs en deuxième; 320 francs
en troisième. De Bordeaux mêmeprix que la Compagnie Fraissi
net ( Voir ci-dessous). Cette dernière expédie un paquebot de
Marseille, le 25 , de chaque mois . Prix du passage , 750 francs en
première ; 630 francs en deuxième; 250 francs en troisième.
En outre, plusieurs lignes étrangères, relient la colonie à Liver
pool, Anvers, Hambourg (British and African Steam Navigation
Cº et African Steamship ) . ; (Warmann Linie .)
La Guinée est reliée télégraphiquement au réseau internatio
nal par un câble anglais appartenant à la West African Télé
graphe Cy. (Prix du mot pour la France, 5 fr. 85.) ; et au réseau
français de l'Afrique occidentale par des lignes télégraphiques
terrestres (Prix du mot, 0 fr . 20 ).
1 . En 1899.
GUINÉE FRANÇAISE 161

IJ . — PERSONNEL

GOUVERNEUR : M . Ballay ;
SecrétaIRE GÉNÉRAL : M . Couturier ;
CHEF DU SERVICE DE SANTÉ : M .Marquehose, médecin de première
classe ;
TRÉSORIER - PAYEUR : M . Roux ;
CHEMIN DE FER : M . le capitaine Salesses , ingénieur principal de
deuxième classe, directeur du chemin de fer.

III. – SITUATION POLITIQUE

Au cours de l'année 1899, il ne s 'est produit dans la Guinée fran


çaise aucun événement notable , au point de vue purement poli
tique. L 'accroissement du territoire de la colonie à la suite de la
dislocation du Soudan (Voir Soudan ) et l' emprunt relatif au
chemin de fer de Conakry au Niger, tels sont les deux faits les
plus importants de l'année.
La ville de Conakry ne cesse de se développer avec rapidité
De toutes parts les constructions s'élèvent et les statistiques du
commerce pour 1899 en témoignent suffisamment. L 'île où est
bâti le chef-lieu de la colonie sera bientôt insuffisante . Les
caravanes l'encombraient à tel point que l'on a dù établir un
caravansérail sur la terre ferme et leur interdire l'accès de l'île .
Il était à craindre en outre , que , par suite de l'affluence des
indigènes, les puits d 'où Conakry tire son eau d 'alimentation ne
finissent par être contaminés.
Chemin de fer de Conakry au Niger. — Le chemin de fer pro
jeté entre Conakry et le Niger navigable est entré , au cours de
1899, dans la période de réalisation . Le tracé primitif, établi par
le capitaine du génie Salesses, au cours des deux missions d ' étude
qu'il accomplit dans la Guinée en 1895 - 1896 et en 1897-1898, a été
modifié par la mission de l'adjointdu génie Naudé(nov. 1898-juil
let 1899 ). Celui-ci a étudié surle terrain deux variantes importantes.
La première quitte le tracé primitif à Friguiagbe et le rejoint
vers le Bafing, après avoir emprunté les vallées de l'Oua -dua , du
Menian -Kouré etde Haut- Konkouré. Elle entraine un allongement
de 30 kilomètres environ , mais exige des travaux de roctage moins
11
162 L'ANNÉE COLONIALE
importants que l'ancien itinéraire et, longeant constamment les
rivières et les cols, nécessite des pentesmoins fortes. Aussi a-t-elle
été adoptée dès le retour de la mission Naudé. En outre, elle fait
passer la voie à proximité des importants marchésdeKébalé,Demo
konduina et des provinces populeuses de la région du Konkouré.
Passant plus au nord que le tracé primitif , la deuxième va
riante emprunte dans la dernière section du chemin de fer ,
entre Souarella et le Niger navigable , la vallée du Tinkisso, con
tourne habilement les cascades de ce fleuve, hautes de 50 mètres,
qui se trouvent à 6 kilomètres en aval de Souarella , puis par
Kankaïa , Banko et Komaïa, atteint le Niger à Kouroussà , le prin
cipal marché du Soudan méridional. Elle évite la descente du col
de Berendé près de Simbacounian , une des principales difficultés
de l'ancien tracé. En mêmetemps M . Naudé et ses collaborateurs
étudiaient un embranchement sur Timbo , capitale du Fouta -Dia
lon , non loin de laquelle passe la voie principale , et quelques
autres points de détail.
Pendant que se poursuivait la mission Naudé, le capitaine
Salesses mettait la dernière main au plan à l'échelle de 1 /5000
du tracé levé en 1897 et 1898 ; restait à trouver les ressources
nécessaires à l'exécution de cette voie ferrée qui, suivant l'expres
sion employée par le Ministre des Colonies dans un rapport au
Président de la République , est, pour la colonie, « la condition
nécesssaire du maintien de sa prospérité actuelle et de son déve
loppement futur. » Un décret, en date du 14 avril, rendu après avis
du Conseil d'Etat, y a pourvu en autorisantla Guinée à emprunter à
la Caisse nationale des Retraites , à un taux quine pourra dépasser
4 , 10 0 / 0 , une somme de 8 millions. Cet emprunt, dont l'amor
tissement se fera en quarante annuités au payement desquelles
sera affecté le produit des droits perçus à l'exportation de la
colonie , permettra d 'exécuter les 120 premiers kilomètres environ
de la voie ferrée . Une mission composée d 'officiers, de sous-offi
ciers et de sapeurs du génie , placée sous le commandement du
capitaine Salesses, surveillera les travaux. Elle s'est embarquée , à
la fin de décembre pour Conakry ', où seront centralisés les ser
vices du chemin de fer 2 .

1. Sur le chemin deferdeConakry au Niger , voir les études du capitaine Salesses


B . A . F . suppl. déc. 1898 , et R . C . , janvier 1899, le compte rendu de la mission
Naudé . R . C . nov . 1899 et le B . S . G ., 4 . trim . 1899 .
2 . L 'adiudication des travaux a eu lieu le 15 février 1900 . en deux lots . Le
capitaine Salesses s 'est embarqué à Marseille, en avril, pour aller prendre la
direction de la construction .
GUINÉE FRANÇAISE 163
L 'année 1899 a vu s'opérer la jonction du réseau télégraphique
de la Guinée à celui du Sénégal par un fil passant à Kankelefa
dansl'hinterland de la Guinée portugaise. La colonie a ainsi cons
truit, en trois ans, 900 kilomètres de fil.
Conseil d 'administration . – Par suite du développement
pris par le territoire de la Guinée, de la Côte d 'Ivoire, du Daho
mey, du Congo et de la côte des Somalis , et eu égard aux progrès
économiques réalisés par ces colonies, il a paru qu'il convenait
de modifier la composition de leur Conseil d'Administration . Un
décret du 11 octobre a réorganisé ces assemblées en y faisant
entrer un habitantnotable de plus. Désormais elles comprendront
ainsi, en dehors de gouverneur président, trois membres choisis
parmi les fonctionnaires, et trois membres parmi les habitants
notables, désignés par le gouverneur pour une période de deux
années.

IV. – SITUATION ÉCONOMIQUE

Sous l'influence des rapports chaque jour plus fréquents que


les progrès de notre action politique et du commerce de la colo
nie créent entre les Européens et les indigènes, ces derniers ont
peu à peu contracté des habitudes et pris des besoins qu 'ils ne
connaissaient pas, il y a une dizaine d 'années. Aujourd'hui,
« dans toute la région côtière , il n 'y a pas une case d 'homme
aisé où l'on ne trouve des lits en fer, des miroirs et des lampes
à pétrole, parfois même des suspensions de salle à manger. Ces
objets et mille autres analogues, destinés aux besoins secondaires
de la vie , prennent, d 'année en année , une importance plus grande,
et les boutiques , dont l'assortiment se composait autrefois de
quelques tissus, de tabac , de poudre et de perles , doivent aujour
d'hui contenir des articles aussi variés que nos bazars d 'Europe,
sous peine de se voir abandonnées par les caravanes 1. »
Bétail. — On sait que l'élevage est une des principales indus
tries du Fouta . Les bæufs qui proviennentde ce pays sontexpédiés
dans les colonies voisines de la côte d 'Afrique , dont ils assurent
l'alimentation . Ce commerce, ayantpris une extension inquiétante

1 . Rapport du chef du service des douanes.


164 L 'ANNÉE COLONIALE
pour l'avenir des réserves en bestiaux de la Guinée, il a fallu ,
en avril, prendre des mesures pour le restreindre . Un arrêté
du gouverneur a élevé de 80 à 300 francs l'estimation des bæufs
à la mercuriale officielle, ce qui a porté les droits de sortie de
5 fr . 60 à 21 francs. Ces mesures ont réussi à faire tomber l'expor
tation de 6 .400 têtes, en 1898 , à 3 .400 en 1899 .
Produits divers. — Les arachides, qui avaient presque disparu
du commerce de la colonie de 1892 à 1897, et qui n 'avaient fait
leur réapparition sur le marché qu 'en 1898 , avec une valeur de
65.699 francs, figurent cette année, dans les exportations, pour
133.474 francs. La récolte, qui avait été de 600 tonnes en 1898 ,
s'est élevée , en 1899, à 1 . 200 tonnes. C 'est, dit un rapport officiel,
la conséquence de l'initiative intelligente prise par une Compa
gnie privée importante 1. Celle-ci, qui possède des comptoirs au
Nunez, remarquant que la région était à peu près complètement
épuisée, sous le rapport des lianes à caoutchouc qu 'une exploi
tation abusive a fini par détruire, fit venir du Sénégal, en 1897,
des semences d 'arachides,une dizaine de tonnes, qu 'elle distribua
aux indigènes en leur promettant d'acheter la récolte aux meil
leurs prix possibles. Les résultats ne se firent pas attendre ; on a
vu plus haut ce qu'ils ont été en peu de temps. L 'élan est donné
maintenant, et l'on peut supposer que cette culture, revenant en
faveur, procurera à la colonie des ressources pouvant en partie
compenser l'appauvrissement de certaines régions à caout
chouc.
« La raison qui a facilité au Nunez l'extension de la culture
des arachides, dit le document auquel nous empruntons ces ren
seignements , fait se maintenir etmême augmenter l'exportation
des palmistes, dont de véritables forêts existent dans les terres
basses qui avoisinent la mer. Ils ont figuré, en 1899, pour
2 . 700 tonnes; mais les sésames, la gomme et la cire sont de plus
en plus abandonnés . Les Soussous ne reviendront à ces exploi
tations que lorsque le caoutchouc aura complètement disparu des
forêts de leur pays et mêmedu Fouta ; mais il leur semblera dur
de reprendre la pioche, à eux, qui, depuis silongtemps, n 'ont fait
que le travail peu fatigant qui consiste à saigner les lianes et à
aller, vêtus de leurs beaux habits ,revendre aux blancs les boules
qu 'ils ont récoltées, ou plutôtachetées dans les villages de l'in
térieur. »

1 . La Compagnie française de l'Afrique occidentale.


GUINÉE FRANÇAISE 165

En attendant, le commerce du caoutchouc continue de pro


gresser . De 5 . 939.186 francs, en 1898, l'exportation de ce produit
est passée à 6 . 993.577 francs, en 1899, soit une augmentation de
1.054.391 francs. Et encore ces chiffres, comme du reste tous
les chiffres des exportations, ne représentent-ils que la valeur
établie d 'après les mercuriales officielles. Or celles -ci fixent des
prix sensiblement inférieurs aux cours de la place de Conakry .
En ce qui concerne le caoutchouc , la mercuriale le compte à
5 francs le kilogramme, alors que sa valeur moyenne est de
6 fr . 50 à Conakry même.
Variétés . — Le miel et la cire en Guinée. - Le commerce de
la cire est un de ceux qui ont eu le plus à souffrir des progrès du
caoutchouc. Il y a une trentaine d 'années, dit un rapport de
M .Famechon ,chef du servicedesdouanes,en date du 14 juin 1899 ',
la production de la cire venait en troisième ordre, après les ara
chides et la gomme copal, dans la nomenclature des produits
exportés ; aujourd 'hui la colonie exporte , en moyenne, pour 30 à
40.000 francs de cire (37. 106 francs, en 1898 ; 42.541 francs, en 1899) .
Et cependant il y aurait en Guinée, si nous en croyons M . Fame
chon , les éléments d 'un commerce de cire important.
« L 'abeille existe à l'état sauvage et fait ses ruches dans les
troncs d 'arbres creux . Les indigènes, qui sont friands de miel,
chassent les mouches en faisant du feu et détruisent, par consé
quent, la ruche. Ils jettent tout pêle -mêle , écorce d 'arbres, miel,
cire et mouches dans une marmite ; font égoutter le miel qu'ils
mangent en guise de sucre , puis font chauffer le résidu et en
retirent par fusion la cire dont ils font les boules qu 'ils vont
revendre dans les maisons de commerce . Ce produit a besoin
d 'être refondu ; mais, tel quel, il vaut environ 1 fr . 80 à ? francs le
kilogramme sur place.
! Les noirs savent, dans certains pays, installer des ruches. J'ai
vu , dans le Fouta et les pays Diallonkés, des ruches en forme de
long tambour faites de paille tressée ; malheureusement la
récolte du produit est mal faite et cause la mort des essaims.
« Les noirs de ces pays ignoraient même que la cire eût une
valeurmarchande, et lorsque je leur ai affirmé qu'ils pourraient
tirer 2 francs le kilogramme, à Conakry, de leur cire , ils m 'ont
promis d 'augmenter le nombre de leurs ruches et d 'en apporter
dans les factoreries .

1. Voir Feuille de Renseignements de l' Office colonial, nº 2 .


166 L 'ANNÉE COLONIALE

« Ils ne se livrent à l'élevage des abeilles (Koumi) que pouravoir


du miel qui remplace le sucre dans ces pays éloignés de la côte ,
où les marchandises d'Europe sont rares et coûteuses.
« Je ne crois pas que l'exploitation du miel puisse donner de
gros chiffres . Les noirs sont friands de cette denrée, etils n 'auraient
aucun avantage à la vendre pour acheter du sucre , qui coûte
1 franc le kilogramme à la côte. En revanche, je crois beaucoup à
l'extension du commerce de la cire, surtout quand le chemin de
fer sera construit, car 2 kilogrammes 1/ 2 de cire représentent la
valeur d 'un estagnon de pétrole de 16 litres , matière d 'une puis
sance éclairante bien supérieure aux bougies fabriquées avec le
coton et la cire du pays. De plus, l'installation des ruches et la
récolte de la cire n 'est pas un travail pénible .
« Il y a dans toute la colonie , et particulièrement dans les par
ties rocheuses et arides, un arbre qui pousse en quantités consi
dérables : c'est le nėri (nom du pays), qui donne des graines
grosses comme des pois dangole , contenues dans une gousse qui
renfermeautour des graines une sorte de fécule jaune et sucrée
dont les indigènes se nourrissent quand le riz fait défaut. Les
abeilles se trouvent toujours autour de ces arbres, et j'en crois
le nombre suffisant pour donner la nourriture à mille fois plus
de ruches qu 'il n ' y en a actuellement.
« J'ai traversé certains pays pauvres, tels que l'est du Bema, le
Tamioso, le Kokuania où le fond de la végétation est le néri. Les
habitants se plaignent de leur pauvreté , et l'élevage des abeilles
serait pour eux une ressource certaine, ainsi que cela fut autre
fois pour les Soussous de la côte.
« La production de la cire pourra , après la construction du che
min de fer, et si le caoutchouc vient à diminuer, atteindre
un millier de tonnes, tant le pays est riche en nėris et en menés,
dont les graines et fleurs contiennent des matières sucrées. Le
manquede voies de communication est le principal obstacle au
développementde ce commerce . La cire , quise paie à la côte , nous
l'avons dit, de 1 fr. 50 à 2 francs le kilogramme, est fondue dans
des marmites et coulée dans des moules en fer -blanc, générale
ment des estagnons de pétrole vides.
« Elle est ensuite enveloppée d 'une toile à sac, et envoyée ainsi
en Europe. Le fret est d 'environ 30 francs la tonne. »
Taxes de consommation . — Comme conséquence de l'accord
intervenu entre le Sénégal et la Guinée, relativement aux modi
fications à apporter au régime des taxes ou droits d 'exportation
GUINÉE FRANÇAISE 167

dans ces deux colonies ', un arrêté du gouverneur de la Guinée en


date du 18 décembre, fixe de la manière suivante le tarif des
droits de consommation à percevoir , à dater du 15 janvier 1900,
dans la colonie :

Francs
A. – Tabacs en feuilles et fabriqués (les 100 kilogr. net). 60
Sel brut et raffiné (les 100 kilogrammes brut) . . . . . . . .

OP
Vins, bières, cidres | En cercles (l'hectolitre) . . . . .
et poires ; | En bouteilles (l'hectolitre) . . .
Boissons alcooliques de toute nature (l'hectolitre d 'alcool
pur contenu) . . . .
Pétrole (l'hectolitre ). . . . . . . . . . . . . . . . . .
Poudres et munitions (les 100 kilogrammes net). .
Capsules (le mille ) . . .
Fusils à pierre (la pièce) . .. . .. .
Armes à feu . . . . . . . . - à piston -
| Autres fusils ... ..
10
B . 5 0 / 0 ad valorem pour les marchandises suivantes , dont les prix
sont fixés semestriellement par la Commission des mercuriales :
Viande salée de beuf,saindoux, beurre , morue, poissons secs, farine
de froment, biscuit de mer, riz , sucres bruts et raffinés, girofle , savons
autres que de parfumerie , acide stéarique ouvré : bougies.
C . 5 0 / 0 ad valorem sans fixation de mercuriale pour les marchan
dises comprises sous les rubriques suivantes, celles dont la tarification
a été indiquée précédemment étant exceptées :
Produits et dépouilles d 'animaux, pêches, substances propres à la
médecine et à la pharmacie , farineux alimentaires, denrées coloniales.

Il convient, en terminant ce rapide exposé de la situation écono


mique de la Guinée française en 1899, de signaler les progrès
accomplis par les Belges dans le commerce de la colonie . Installés
depuis peu à Conakry, ils ont déjà créé une ligne de navigation par
tant d 'Anvers ; et bien que leurs navires ne fréquentent la colo
nie que depuis six mois environ , ils ontdéjà reçu de Belgique
des chargements de bois , de ciment, d 'armes , de tissus, de quin
caillerie. C'est ainsi que, sur les 224 .000 francs qui,aux importa
tions de 1899, figurent dans la colonne « Provenance de divers
pays» , on peut évaluer à 200 .000 francs environ la valeur des
importations effectuées par le commerce belge.

1. Voir ci-dessus, Sénégal, p . 133.


168 L'ANNÉE COLONIALE

Statistiques commerciales ( 1898 )

MOUVEMENT GÉNÉRAL DU COMMERCE


(Valeurs en francs)
francs
Importations. 9 .019 .871 dont 1 . 485 . 551 de la France et de ses colonies
Exportations . 7 .799 . 968 - 554 . 509 pour la France et ses colonies

PRINCIPALES IMPORTATIONS
Marchandises Provenance Valeurs
en francs
| France . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74. 978
Tissus : Angleterre et Sierra -Leone. . . . 3 .630 .256
3 . 845 . 053 francs. Allemagne.
e .. . . . .. . .. . . 138 .633
Autres pays. . . . 887
France et colonies . . 133. 327
Riz en grains : Angleterre et Sierra -Leo 264 .602
579 .428 francs. Allemagne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178 . 899
Autres pays . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 .600
Monnaies d 'or et d 'ar- í France et colonies . . . . . . . . . 137. 000
gent : Angleterre et Sierra -Leone . 648 . 236
805 .236 francs . Allemagne. . . . . . . . 20 . 000
Autres ouvrages et í France . . . . . . . . . . . . 132 .431
métaux : Angleterre et Sierre -Leone . . . . 174 .345
Allemagnee . . . . . . 39 .683
450 . 024 francs.
Autres pays . . . . 3 .565
France et colonjes. . 11 .476
Tabacs fabriqués en Etats - Unis . . . . . . . 141 .796
feuilles : Angleterre et Sierra -Leone . . . . 139. 385
344 . 239 francs . Allemagne. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
51. 330
| Autres pays . . . . . . . . . . . . . . . . . . 252
Sel : France et colonies . . . . . . . 2 .423
363. 938 francs. Angleterre et Sierra -Leon one . . . . 337 . 140
Allemagne . . . . . . . . . . 24 .375
France et colonies . 35 . 995
Alcools d 'eaux -de -vie : ) Allemagne. . . 225 . 900
29:5 . 587 francs . Angleterre et Sierra -Leone . . . . 16 . 114
Autres pays . . 17 .578

PRINCIPALES EXPORTATIONS

francs
Caoutchouc : | Angleterre et Sierra -Leone . . . . 4 . 902. 374
Allemagne. . . . . . . . 877 . 153
5 . 939 . 186 francs .
! France et colonies .. . . . . . . . . . . 159 .659
GUINÉE FRANÇAISE 169

Marchandises Provenance Francs

( Sierra-Leone.. . . . 482 . 210


Beufs du pays :
Colonies françaises. . . . . . . . 21 .680
513 .440 francs.
! Autres pays . . . . 9 .520
| Angleterre et Sierra -Leone , . . . 144 . 288
Amandes de palme : Allemagne . . . . . 151 . 226
398 .749 francs. France . . . . . . . . . . 37 . 239
| Autres pays . . . .. 65 . 996
| Angleterre et Sierra -Leone . . . . . 257. 763
Gomme copal : Allemagne .. . . . . 5 . 478
267. 716 francs
Trancs .. ! France . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 . 475
Sésames : 82 . 953 francs. - Dents d ' éléphants : 33 . 315 francs. –
Kolas : 37.631 francs. – Huile de palme : 47.683 francs., etc .

LE COMMERCE DE LA GUINÉE EN 1899

Les statistiques de commerce de la Guinée pour 1899 étant


arrivées pendant que l'Année coloniale était sous presse , nous
pourrons donner ici quelques chiffres, permettant de comparer
entre eux les deux exercices . L 'année 1899 marque un progrès
sensible sur 1898 ; il suffira de jeter un regard sur les chiffres
suivants pour s 'en convaincre .

francs
Importations. 15 . 141. 710 dont 4 .125 . 897 de la France et de ses colonies
Exportations . 9 . 461.496 - 961.848 pour la France et ses colonies

Les principales marchandises importées sont : les tissus :


6 .323 .643 francs (augmentation sur 1898 : 2 .478 .590 francs ' ; les
monnaies d 'or et d 'argent : 1 . 933.067 francs Angu : 1 .127.831 fr . ;
les ouvrages en métaux : 919.939 ( + 469. 915 francs) ; le riz en
grains : 787.850 ( + 208 .422 francs ; les bois : 314.728 francs
+ 224 .636 francs); les tabacs : 379.195 ( + 34.956 francs); les
produits et dépouilles d'animaux, conserves : 139 .805 francs
( + 106 . 161 francs) ; les farines : 113.120 ( + 83. 860 francs) ; chaux ,
briques, ciments et huiles : 304.730 ( + 176 .676 francs).
Aux exportations, nous relevons les chiffres qui suivent :
caoutchouc : 6 . 993.577 ( + 1.054.391) ; baufs du pays : 866 . 330
3:52 .890 francs ') ; peaux brutes de beufs : 209 .662 ( - 24 .076 fr.) ;
amandes de palme : 413. 337 ( + 14.588 francs) ; gomme copal :
255. 288 ( - - 12 .428 francs ) ; etc .

1. On a vu plus haut la raison de celte augmentation .


170 L 'ANNÉE COLONIALE

V . – PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS

11 octobre. – Décret réorganisant le Conseil d 'administration


de la colonie (J. O ., 15 octobre).
6 juillet. – Rapport au Président de la République suivi du
décret réglementant la recherche et l'exploitation des mines
dans les colonies et pays de protectorat de l'Afrique continentale
autres que l'Algérie et la Tunisie (J. O ., 29 juillet).
VI. – PÉRIODIQUES

Il n 'existe pas dans la colonie de journal officiel, et il ne se


publie à Conakry aucun périodique en dehors du Bulletin
administratif .
COTE D 'IVOIRE

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Comprise entre la République de Liberia , à l'ouest , et la colo


nie anglaise de la Gold -Coast, à l'est, la Côte d 'Ivoire s'étend
sur le littoral du golfe de Guinée , sur une longueur d 'environ
500 kilomètres . D 'une superficie que l'on évaluait, avant le décret
du 17 octobre 1899 , à 250 .000 kilomètres carrés, elle contenait, à
la même époque , environ 2 .250 . 000 habitants. La colonie est
adıninistrée par un gouverneur assisté d 'un conseil d 'adminis
tration. Le chef-lieu est à Grand -Bassam '.
La Côte d'Ivoire est reliée à la France par les mêmes services
maritimes ( « Chargeurs - Réunis » et « Compagnie Fraissinet » que
la Guinée. Le prix du passage est un peu plus élevé. 900 francs
en première , 700 francs en deuxième, 330 francs en troisième,
au départde Bordeaux ou de Marseille indistinctement. La Com
pagnie « Bristish and African steam Navigation and African ,
Steamship » , touche , en outre, à Grand-Bassam (départ de Liver
pool).
Le prix des correspondances télégraphiques pourGrand - Bassam
est de 6 fr. 11 le mot.

II. — PERSONNEL
GOUVERNEUR : M . Roberdeau ;
SecréTAIRE GÉNÉRAL : M . Clozel ;
CHEF DE SERVICE DE SANTÉ : M . Mondon , médecin principal.
1. Voir ci-dessous : Mission Houdaille .
172 L 'ANNÉE COLONIALE

III. - SITUATION POLITIQUE

Administration . – Un décret du 11 octobre a modifié le Con


seil d 'administration de la colonie en y faisant entrer un habitant
notable de plus (Voir ci-dessus : Guinée).
Finances. — Le budget de la colonie, pour 1899, avait été
arrêté , en recettes et en dépenses, à la somme de 1 .290.000 francs.
Aux recettes, les contributions indirectes figuraient pour
1 . 242.000 francs dont 175 .000 francs de droits de douane à l'im
portation , 1 .022.000 de taxes de consommation et 45 .000 de droits
de sortie sur les bois. Aux dépenses, les dépenses d ' administra
tion comptaient pour 495 .117 francs, les travaux publics pour
240.000 francs, etc .
Les recettes réalisées au cours de l'année se sont élevées à
1 .770.604 fr. 21 dépassant ainsi les prévisions de plus de
480.000 francs et de 330.000 francs environ , si l'on défalque des
recettes, 150. 000 francs prélevés sur la Caisse de réserve de la
Colonie . Quant aux dépenses effectuées en 1899, elles ont été de
1 .798.521,25. Il convient de faire observer que l'excédent des
dépenses sur les recettes n 'est que fictif et provient d 'avances
remboursables consenties à divers services.
Le budget prévu pour 1900 présente sur le précédent quelques
augmentations. Le total est de 1.403.000 francs. Aux recettes , les
contributions indirectes figurent pour 1.355.500 francs. Aux
dépenses, le chapitre relatif à l'Administration a quelque peu
diminué, 438 .028 francs ; il en est de même pour les travaux
publics, 218.408 francs, mais les frais de perception et de régie
s'élèvent à 307. 900 francs (245 . 381 en 1899).
État sanitaire. — Une cruelle épidémie de fièvre jaune s'est
abattue sur Grand -Bassam vers la fin d 'avril, et a fait de nom
breux ravages dans la population européenne. Bien que le chef
lieu de la colonie ait été évacué, il n 'y a pas eu cependantmoins
de vingt-quatre décès à déplorer. La situation s'améliora dans le
courant de juin , et, le 22 de ce mois, l'Administration pouvait
recommencer à délivrer des patentes nettes; mais l'état sanitaire
n 'est devenu vraiment tout à fait satisfaisant qu'en septembre
dernier, et c 'est à cette époque seulement que les navires ont
recommencé à fréquenter le port deGrand-Bassam .
Troubles du Cavally et du Baculé. -- Durant les premiers
COTE D'IVOIRE 173

mois de l'année , des troubles se produisirent dans la région du


Cavally . Les Tepos, mécontents et inquiets des travaux que nous
avions fait entreprendre pour la construction d 'une route entre
Tabou et Grabo , avaient commencé des hostilités contre les tribus
qui nous avaient prêté assistance pour ce travail. Le lieutenant
Boutard se mit alors en marche contre les Tepos et, le 3 avril, il
prenait l'un de leurs villages : Bidoula . Le 22 avril, le capitaine
Kolb , qui avait pris le commandement d 'une petite colonne expé
ditionnaire, formée à la hâte , enlevait le gros village d 'Olodio .
Au cours des opérations contre ce dernier centre,où les rebelles
s'étaient retranchés, le Dr Létinois fut malheureusement sur
pris par un groupe de Tepos, et massacré.
La prise d 'Olodio , bien qu 'ayant produit dans toute la région
une très vive impression et amené la soumission des Dabos,
alliés des Tepos, ne marqua pourtant pas la fin des opérations
entreprises par la colonne expéditionnaire du Cavally . Celles-cine
se terminèrent qu 'après la prise de Grabo , capitale de la tribu des
Tepos, par une compagnie sous les ordres du capitaine Dumas
(13 juin ). Grâce à la construction de postes fortifiés en plusieurs
points du territoire insurgé, et notamment à Grabo , Olodio , Tate,
on peut supposer que la région du bas Cavally , si riche à tous
égards, est définitivement pacifiée, et qu 'elle pourra s'ouvrir
bientôtau commerce.
Enfin , en septembre, des troubles assez graves ont éclaté dans
le Baoulé où plusieurs chefs , que l'administrateur de la région
avait voulu obliger à restituer des marchandises volées à des
caravanes, se mirent en rébellion contre l'autorité française .
Les communications entre Grand - Bassam et nos postes de Tou
modi et de Ouasso furent interceptées pendant quelque temps.
La garnison du poste de Bouaké réussit, par une marche au sud ,
à débloquer Toumodi, tandis qu'un détachement de tirailleurs se
portait de l'Indénié par Attakrou sur Toumodi.
Le chemin de fer. - - Mission Houdaille . — C 'est dans les
derniers mois de 1898 que fut décidé l'envoi d 'une mission pour
étudier le tracé d 'une voie ferrée de pénétration à établir dans la
Côte d 'Ivoire . Placée sous la direction du capitaine de génie Hou
daille, et composée,en plus de celui-ci, de 5 officiers, 7 sous-offi
ciers , 8 caporaux et sapeurs de la même arme, appartenant
tous au régiment des chemins de fer, la mission débarqua , le
16 décembre, à Grand -Bassam . A Dakar, elle avait recruté 25 Séné
galais et, à Conakry, 84 porteurs. En présence de la divergence
174 L'ANNÉE COLONIALE
des opinions qui régnait sur le tracé le plus avantageux pour
l'établissement de la voie , le capitaine Houdaille résolut de faire
procéder, par des groupes distincts, à des reconnaissances préli
minaires. Il voulait, en outre, profiter de son séjour dans la
colonie pour recueillir , en dehors de l'étude du chemin de fer,
les documents de tout ordre pouvant intéresser l'avenir de la
Côte d 'Ivoire et, dans ce but, il chargea chacun de ses collabora
teurs d 'un travail spécial.
On se mit à l'ouvre sans retard . Pendant que le capitaine
Crosson -Duplessis étudiait la possibilité de la construction d 'un
port dans les environs de Petit- Bassam , suivant un ancien projet
de M . Binger, premier gouverneur de la colonie, et que le lieu
tenant Macaire faisait une étude approfondie des sources d ' éner
gie que pouvait fournir la Comoé, le capitaine Houdaille remontait
jusqu'à Mopé, où il faisait un poste et piquetait la voie entre ce
dernier point et Alepé (17 mars- 3 avril). En même temps le capi
taine Crosson-Duplessis étudiait un embranchement de 100 kilo
mètres de Mopé vers le Morenou ,dans la direction de Kong, et le
capitaine Thomasset un embranchement, allant de Mopé jusqu 'au
Nzi, dans le Baoulé . Le détachement du capitaine Thomasset
parcourut 300 kilomètres en quatorze jours, sans arrêt et après
avoir eu à triompher de l'hostilité des Agnis , peu avant d 'atteindre
le Nzi. L 'adjointdu génie Bomereconnut la section Grand -Bassam
Alépé. Un sous-officier releva le cours de la Comoé, d 'Alépé à
Bettié . A la fin de mai, la mission avait terminé ses travaux, mais
elle dut rester quelque temps encore dans la colonie , retardée par
l'épidémie de fièvre jaune qui sévissait à Grand-Bassam , et qui
avait décidé le Gouverneur à diriger sur Jacqueville le capitaine
Houdaille et ses collaborateurs. Le 26 juin , ils prenaient passage
à bord d 'un paquebot etils débarquaient à Marseille, le 15 juillet.
L 'auvre accomplie par la mission Houdaille est considérable .
On peut la diviser en deux parties : l'une comprend les travaux
effectués à l'occasion de la future voie ferrée ; l'autre, les études
faites par les membres de la mission , sur l'ensemble des ques
tions intéressant la colonie .
Pour les études de la voie ferrée , la mission a fait 720 kilo
mètres de levés au 1 /10000. D 'une longueur totale d 'environ
300 kilomètres,le tracé adopté par le Comité des Travaux publics
du Ministère des Colonies part de la baie d 'Abidjean , rejoint
Grand -Alépé et Mommien se dirigeantdroit vers l'est.Un embran
chement reliera Mommi à Petit-Alépé sur la Comoé ; de Mommi
COTE D 'IVOIRE 175

il s'oriente au nord, et à Boupé, s'infléchit au nord-ouest pour


atteindre la rivière Nzi, à Golieso .
Nous venons de dire que la voie partirait du port d 'Abidjean .
La baie d 'Abidjean est située à 8 kilomètres de la mer et à 40 kilo
mètres environ à l'ouest de Grand-Bassam , sur la lagune de Petit
Bassam . Les travaux du capitaine Crosson -Duplessis ont permis
d 'établir un projet qui consisterait à transporter à Abidjean les
services et le chef-lieu de la colonie ; on y fonderait, pour rem
placer Grand - Bassam , dont l'insalubrité est reconnue et dont
l'abandon est irrévocablement décidé, une ville que l'on appel
lerait Bingerville , sur une colline qui domine la lagune de
30 mètres environ . Il suffira de creuser, dans la langue de sable
qui sépare la mer de la lagune, un canal de 800 mètres de lon
gueur et, dans la lagune, de draguer un chenal de 2 kilomètres de
long, pour permettre aux navires de 3.000 tonneaux d'arriver
jusqu'au nouveau chef-lieu (Voir le plan du port, avec les sondes
en mètres dans B . A . F ., numéro précité).
Le wharf de Grand- Bassam . - Le 4 février, a eu lieu à Grand
Bassam , l'inauguration des travaux proprement dits du wharf
que construit la maison Daydé et Pillé . La construction devait
être très rapidement poursuivie . Malheureusement un violent
raz de marée a détruit, en mai, le wharf sur une longueur
de 20 mètres, causant ainsi un certain retard à l'ensemble du
travail.
Mission Hostains-d 'Olonne. — L 'année 1899 a vu s'opérer la
jonction de la Côte d ' Ivoire et du Soudan francais par une région
qui n 'avait point encore été traversée par des Européens : par le
haut bassin du Cavally et le pays situé dans le nord - ouest de la
colonie , sur les confins de la république de Liberia . Deux mis
sions avaient été mises en route dans le même but, à la fin de
1898 , la mission Walfel-Mangin , devait opérer par le Soudan en
descendant vers la côte 2 , et la mission Hostains- d 'Olonne devait
prendre le littoral pour point de départ. Cette dernière seule
put exécuter jusqu'au bout le programme de ses travaux , les
lieutenants Wæljel et Mangin , ayant été arrêtés dans leur marche
dans les circonstances que nous avons indiquées.
M . Hostains, administrateur des colonies , accompagné du
lieutenant d'Olonne, et de M . Bruneau , commis des affaires
indigènes (remplacé, par la suite , par M . Fabre), quitta Grand
1. Voir la carte publiée dans B . A . F ., février 1900 .
2. Voir , ci-dessus, Soudan , p . 151 .
176 L 'ANNÉE COLONIALE
Bassam , le 14 février. Un mois plus tard, il atteignait le Cavally
à Beleto , près du 6e degré de latitude nord , au confluent du
Cavally et du Hanna, après avoir contourné le pays des Tepos ,
alors en pleine insurrection . Afin de se créer une base solide et
de préparer la traversée de la région absolument inconnue qui
se présentait à eux, MM . Hostains et d 'Olonne construisirent,
près de Beleto, un poste qu 'ils baptisèrent Fort-Binger et où ils
séjournèrent, tout en rayonnant et en faisant la reconnaissance
des pays environnants , jusqu'au mois d'août. Ils repartaient de
Fort-Binger , le 27 août, guidés par des indigènes appartenant à
une tribu avec laquelle ils avaient réussi à entrer en relations.
Passant d 'un territoire à l'autre, la mission parvint à Paoulo ,
centre principal des Sapos (où elle demeura quarante -cing
jours).
En novembre commencèrent les plus grandes difficultés.
MM . Hostains et d 'Olonne ayant pénétré sur des territoires dont
les habitants, jusqu 'alors inconnus, ne comprenaient plus les
interprètes . « C 'étaient les tribus anthropophages de la grande
forêt qui avaientarrêté , quelques années auparavant, le lieutenant
Blondiaux , et qui tenaient tête , au même moment, à la mission
Woelfel. » Pour franchir les pays habités par ces tribus, il fallut,
en six jours, enlever d'assaut quarante -quatre villages.
Pendant ce temps l'ordrede revenir en arrière avait été envoyé
à la mission . Mais nous avons vu qu'il ne lui parvint pas. Conti
nuant sa marche au nord , elle atteignait bientôt N ’zo (7 dé
cembre), et le 14 décembre, elle arrivait au poste de Beyla ,où elle
était rejointe , trois jours après, par le lieutenant Woelfel.
Les résultats géographiques de ce voyage sont très importants.
Nous ne saurions en indiquer le détail. Disons seulement que
MM . Hostains et d 'Olonne ont relevé et déterminé la plus grande
partie du cours du Cavally et de quatre de ses principaux affluents,
et que leurs travaux permettront d ' établir la carte de la région
comprise entre le Sassandra et la rivière Saint-Paul '.
Géographie administrative. – En dehors de la modification
importante que le décret du 17 octobre a fait subir à la géogra
phie administrative de la colonie en lui adjoignant une partie
des territoires de l'ancien Soudan , il n 'y a à signaler, en 1899 ,
dans cet ordre d 'idées, que deux mesures secondaires. Un arrêté
du 28 avril (J. 0 . C . I., 1er mai) avait créé le cercle de Zaranou
1. On consultera utilement, en attendant les comptes rendus des membres de
la mission eux -mêmes , un article de M . Vasco dans la R . F . E . C ., mai 1900 .
COTE D ' IVOIRE

avec la portion sud du cercle de l'Indénié . Un arrêté du 7 no


vembre (J. 0 . A . 0 ., 15 novembre) rapporte l'arrêté précité et
supprime la nouvelle circonscription administrative. Enfin , par
un arrêté du 4 septembre (J. 0 . C . I., 15 septembre), le cercle de
Bondoukou a cessé d 'être placé sous la direction supérieure de
l'administrateur de l'Indénié et Bondoukou .

IV. – SITUATION ÉCONOMIQUE

Le caoutchouc. – L 'école de Siguilo . — A la Côte d 'Ivoire ,


comme dans les autres colonies, l'Administration s 'efforce de
répandre chez les indigènes la connaissance des procédés
rationnels de récolte de caoutchouc. L 'obligation imposée aux
indigènes de payer une partie de l'impôt en caoutchouc a secoué
leur apathie naturelle, écrit le commandant du cercle de Touba ,
etleur a fait voir les avantages que peut leur procurer l'exploi
tation de ce produit. En imitation de l' essai tenté à Kouroussa ',
il a été créé en 1899 , à Siguilo (cercle de Touba ), une école de
caoutchouc où les indigènes des provinces du cercle viennent
apprendre sur place la récolte et le traitement du latex . Ils
séjournent vingt jours dans le pays et retournent ensuite chez
eux vulgariser l'instruction reçue à Siguilo . La première série
d 'élèves a recu l'instruction du 1er au 20 décembre . A Theure
où nous écrivons, on n 'a pas encore fait connaître les résultats
obtenus dans cette période. La nouvelle école fonctionne dans
des conditions très économiques, et son organisation paraît
fort bien comprise . « Elle ne coute pas un centime au service
local, lisons-nous dans le rapport auquel nous empruntons ces
détails, car les élèves se nourissent eux -mêmes pendant l'aller
et le retour, et Dabakoué (le chef de la province de Naoulou
dont Siguilo est le chef-lieu ) s 'est chargé de leur nourriture
pendant leur séjour à Siguilo et aux environs » . Le caoutchouc
récolté par les élèves est vendu aux enchères aux commerçants
dela région sud ,qui ont été prévenus, ou à défaut, achetés au prix
de 2 francs le kilogramme par le service local, qui y trouve
encore du bénéfice .
Le prix du caoutchouc ainsi vendu est réparti séance tenante
moitié à Dabakoué, moitié aux élèves, qui en s 'en retournant

1 . Voir ci-dessus : Soudan , p . 155.


12
178 L'ANNÉE COLONIALE

chez eux, emportent ainsi la preuve palpable des bénéfices qu'ils


peuvent réaliser.
Durant la campagne 1898-1899,le cercle de Toula a produit, pour
l'impôt du caoutchouc, 3 tonnes ; mais le chef de bataillon
Donnat, commandant du cercle , espère faire rentrer 10 tonnes
en 1900 (J. 0 . C . L . 1ermars 1900).
Sur le San Pedro, l'activité n 'est pasmoindre. « Les Kroumen
établis non loin du poste se sont mis à récolter le caoutchouc.
D 'après les renseignements recueillis par le chef du poste, il y
aurait,dans le pays,une grandeabondance de caoutchouc,et deux
qualités seraient exploitées par les indigènes... » (J. 0 . A . 0 ,
15 mars).
L 'exploitation du caoutchouc, écrit M . l'administrateur Nebout,
commandant du Baoulé à la date du 1er février, se répand peu à
peu dans le cercle . Toute la région Sud et la rive gauche du Ban
dama jusqu 'à Kokombo est exploitée. Cette industrie s'étendra
sans aucun doute vers le nord et surtout vers l'ouest dans les
forêts des Gouros. Les réfugiés Djimmins vont acheter le caout
chouc dans les villages les plus éloignés et contribuent ainsi
puissamment à augmenter l'exploitation. » (J. 0 . C . I., 15 février.)
Celle - ci augmenterait encore davantage, écrivait-on , à la date du
1er juin ( J . 0 . C . 1., 1er juillet), si les factoreries de Tiassalé étaient
mieux approvisionnées : « Il arrive, en effet, souvent qu 'elles
manquent des articles de traite les plus usuels. D 'autre part, les
indigènes n 'y trouvent pas plusieurs articles, qui sont très
demandés, entre autres le pantalon Mandé ou Koursi, qui serait
d 'un très bon placement chez les Dyoulas. » .
Variétés. - - Au dire de l'Administrateur du Baoulé, le pays des
Agbas, dans lequel il est passé au cours d 'une tournée , offrirait
au commerce un champ d 'action intéressant. La population y
est très nombreuse et n 'a , pour ainsi dire, pas encore eu de rap
ports avec les traitants blancs. « Je n 'ai aperçu chez les Agbas, écrit
M . Delafosse , en fait d 'articles européens, que quelques fusils et
coupe- coupe , et de très rares perles . Ces gens paraissent jouir
d 'une certaine aisance ; ils ont des moutons et des chèvres en
abondance et cultivent sur une assez grande échelle le coton et
le tabac. De plus, ils fabriquent une grande quantité de savon à
l'aide des fruits du carapa. Quant aux Atoutous de la région
d 'Abigni, ils forment un groupement très dense et très prospère.
Le seul village d 'Abigni compte plus de 1 .200 habitants ; à un
autre village, j'ai compté un troupeau de bæufs de 62 têtes, le
COTE D 'IVOIRE 179

tout de belles bêtes, basses sur pattes, bien plus riches en viandes
que les bæufs dits de Conakry ( J. 0 . C . 1., 1er juillet). Le prix
d 'un bæuf varie entre deux et trois barils de poudre (48 à
72 francs, plus 5 francs pour le portage de la poudre.
L'administrateur du Baoulé , M . Delafosse, a signalé l'existence ,
dans différentes régions du pays placé sous son autorité , d 'une
liane à poivre, exactement semblable à la liane de l'Inde et dont
les grappes nombreuses et bien fournies donnent le poivre gris du
commerce. Le nom de la plante est aessynsyin en Baoulé; elle n 'a
pas encore été exploitée.
Dansle Indénié , le café paraît devoir réussiradmirablement, écrit
l'administrateur du cercle ; « on trouve des caféiers sauvages sur
les bords de l’ Yfou et du M 'Basso. Les graines en sont très petites;
grillées, elles sont très aromatiques. L'infusion de ce café est
délicieuse » ( J . 0 . C . I., 1er octobrel.

Mouvement général du commerce en 1898

francs francs

Importations . . . .. 5 .598. 742, dont 1 .053 . 953, France et ses colonies


Exportations . . . . . 5 .047 .156 , dont 935 .591 ,

PRINCIPALES IMPORTATIONS

Marchandises Provenance Francs

Tabac en feuilles : Etats -Unis . . 120 . 467 240 . 934


Genièvre, 250 à 49° : ( Angleterre . . . . 4 .0181 2 .612
716 .679 litres Allemagne. . . . 164 . 3901 106 . 854
465.842 francs | Hollande . .. . . 543 . 271 356 . 376
| France . . . . 193 . 994
A

Totaux des boissons : ) Angleterre . . . . . 73 . 182


A

| Allemagne. . . . . 129 . 374


760 .512 francs
A

Etats-Unis . . . . . 362 . 262


Autres pays. . . . 1 . 700
í France . . . . . . . 11 . 936
Tissus de coton :
Angleterre . . . . 825. 280
861 .452 francs 24 .236
Autres pays. .
Monnaie d 'or : | Angleterre . . . . .. 522 . 377
A

551.677 francs | Autres pays. .. 32 .100


180 L 'ANNÉE COLONIALE
Marchandises Provenance Kilogrammes Francs
France . . . . .. 13 . 312
' ' er
Outils : Angleterre . . . . . . . 71 .178
248 . 871 francs Allemagne . . . 163.721
| Autres pays . . . . 660
Fusils à silex : Angleterre .. . .. . 19 . 577 234 . 924
20.179 pièc., 242. 148 fr. | Allemagne .. . 602 7.224
í France . . . . . . . . . . | 12 . 484 12 .484
Poudre de traite : Angleterre . . . . . . . . . 164.685
164.685
180 .034 francs
! Autres pays. . . . . . . 2 . 865 2 .865

PRINCIPALES EXPORTATIONS

Produits du cru de la colonie


Marchandises Destination Kilogrammes Francs
Amandes de palme : ( France . . . . 1 . 255 .522 213 , 439
2 . 266 .498 kilogr. Angleterre . . . 1 .070 . 748 168 . 936
385. 305 francs ! Allemagne . . . . . . 17 . 233 2 . 930
Huile de palme : 3 .575 .929 1 . 153 . 756
4 . 331.222 kilogr. Angleterre . . 754.450 591.695
1 .745 . 788 francs | Autres pays . . 843 337
Caoutchouc brut : ( France . 27 . 416 123. 372
289 .826 kilogr. Angleterre. . . . . 249. 312 1 . 121 . 904
1 . 304 . 217 francs Autres pays. . .. . 13 .098 58 . 941
Acajou : ( France
ce . . . . . . . . . . . . 11 .664
. . 257 149. 783
12 .696 . 324 kilogr. Angleterre . . . . . .. . . 10 . 998 . 802 989 .838
1 . 142.615 francs ! Allemagne . . . . . . . . . 35 . 265 2 .994
Café en fèves : France . . . . . . . . . . . 40 . 946 102. 365
41. 371 kil., 103 .428 fr . | Angleterre . . . . . . . . . 425 1 . 063
Poudre d 'or : France . . . . . . . . . . . . 61 191 623
101 kil., 313. 152 fr . l Angleterre. . . . . . . . . 29 121 . 529

Le commerce de la Côte d'Ivoire en 1899 . – On connaît, au


moment où nous mettons sous presse, les résultats généraux de
l'exercice 1899, pour le commerce de la Côte d ' Ivoire. Ils sont
représentés par les chiffres ci-après :
francs francs
Importations . . . . 6 . 389. 886 , soit 791. 144 de plus qu 'en 1898
Exportations.. . . 5 .863.255 , soit 816 .099 de plus qu 'en 1898

Il est à croire que, sans la fièvre jaune qui a considérablement


gêné le commerce, les excédents constatés eussent été plus con
sidérables.
COTE D 'IVOIRE 181

Aux importations, ils portent sur les tabacs : 125 .775 kilo
grammes (5 .308 kil. de plus qu 'en 1898) ; sur le genièvre :
739.343 litres (22.664 de plus qu'en 1899), et généralement sur
les boissons (pour le total des boissons, 141.114 litres de plus
qu'en 1898) ; par contre, il a été importé , en 18 99 , dans la Côte
d 'Ivoire, 6 .586 fusils de traite demoins qu 'en 1898 ; sur les tissus
autres que les tissus de soie, la diminution est considérable ,
433.656 francs contre 861.432 en 1898 (soit 427.796 francs de
moins ), etc .
Aux exportations, les amandes de palme figurent pour
1.972 tonnes et 335.346 francs ( - 49.959 francs par rapport à
1898) ; les huiles de palme pour 4 .571 tonnes et 1.828 . 405 francs
( + 82.617 francs ) ; le café figure pour 61.778 francs ( - 41.650) ;
l'exportation de l'acajou a diminué de près de 50 0 /0 : il n 'a été
en effet exporté , en 1899 , que 6 . 705 tonnes valant 603.485 francs
(12.696 tonnes et 1 .142 .615 francs en 1898) ; seul le caoutchouc
présente une augmentation considérable de plus de 50 0 / 0 ;
il est sorti de la colonie , en 1899, 633.435 kil. de ce produit,
estimés 2 .850 .461 francs ( + 344 .609 kil. et + 1.707. 846 francs) .
DAHOMEY ET DÉPENDANCES

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Situé sur la même longitude que la région de Paris (le méridien


de Paris coupe la colonie en deux portions presque égales ), le
Dahomey est compris entre le Togo allemand à l'ouest, le Lagos
anglais à l'est, le Soudan français au nord .
D 'une superficie d 'environ 369.000 kilomètres carrés ', la colo
nie contient 550 .000 habitants. Un gouverneur l'administre,
assisté d 'un Conseil d 'administration , et réside à Porto - Novo .
Le Dahomey est relié à la France par les mêmes services mari
times que la Côte d 'Ivoire et la Guinée (Chargeurs-Réunis et
Cie Fraissinet). Le prix du passage de Bordeaux à Cotonou est de
1 .050 francs en première , 900 francs en deuxième, 380 francs en
troisième classe ; de Marseille, il est inférieur de 50 francs en .
deuxième et 20 francs en troisième. La ligne Weermann (départ
de Hambourg) dessert Ouidah et Cotonou ; la British and African
steam Nav. Cº dessert Ouidah , Cotonou et Grand-Popo.
Le prix des correspondances télégraphiques (West African
Telegraph Cº) est de 7 fr .61 le mot.

II. – PERSONNEL
GOUVERNEUR : M . Ballot ;
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M . Pascal;
RÉSIDENT SUPÉRIEUR DU HAUT-DAHOMEY : M . Dusser, capitaine
d'artillerie ;
CHEF DU SERVICE DE SANTÉ : M . Gouzien ,médecin principal.

1. Avant le décret du 17 octobre, voir ci-dessus : Soudan , p. 116.


DAHOMEY 183

III. – SITUATION POLITIQUE


L'année 1899 n 'a vu se produire, au Dahomey, aucun événe
ment politique important. Au point de vue administratif, il n 'y a
guère à signaler que la légère modification apportée à la compo
sition du Conseil d 'administration de la colonie (Voir ci-dessus,
Guinée), le rattachement du cercle de Carnotville au cercle de
Boyon ( J. O . D ., 1er août), entin la décision qui a donné le nom de
cercle de Porto -Novo à la région délimitée par la rivière de So à
l'ouest, la frontière anglaise à l'est , la rivière Quété au nord , la
lagune de Porto -Novo, à l'exception toutefois de la ville de Porto
Novo ( J. 0 . D ., 15 octobre ).
Nous n 'indiquons ici que pour mémoire le décret du 17 octobre,
qui a attribué à la colonie une partie des territoires de l'ancien
Soudan et dont nous avons analysé ci-dessus les principales
dispositions .
La délimitation entre le Dahomey et le Togo . -- Au cours
de l'année se sont terminés les travaux de la Commission franco
allemande chargée de procéder, en exécution de la convention
du 12 juillet 1897 , à la délimitation de la frontière entre le Togo et
le Dahomey . Commencés en 1898, ils avaient été suspendus au
mois de décembre de cette même année, à la suite d 'un différend
survenu entre le commandant Plé , chefde la mission française et
le baron de Massow , chef de la mission allemande. Repris en
mai 1899, ils furent de nouveau interrompus peu de temps après,
par la mort du baron de Massow , quisuccomba , à la fin de juillet, à
Kirikri, à un accès de fièvre hématurique. Pour ne pas prolonger
outre mesure la situation resultant de ce décès, le Gouvernement
allemand désigna , comme chef de la mission , le Dr Preil, qui
en faisait déjà partie . En septembre, des obstacles d 'un nouveau
genre vinrent gêner l'ouvre commune . Il fallut recourir à la
force pour vaincre l'hostilité des indigènes et livrer, dans la
région de Soumba, deux combats , au cours desquels se distingua
le lieutenant de vaisseau Brisson , second du coinmandant Plé , et
qui réunirent, sous les ordres de ce dernier , le personnel des
deux missions .
Au commencement d’octobre on atteignit, Sansanné Mango ,
après une série d 'opérations que la nature du sol et la rigueur
du climat rendaient particulièrement pénibles ; en novembre ,
la dislocation s'effectuait à Gandon et,le 13 décembre, le comman
184 L 'ANNÉE COLONIALE

dant Plé et ses compagnons arrivaient à Porto -Novo, après plus


de deux années detravaux , au cours desquels ils s' étaient trouvés
aux prises avec des difficultés d 'ordres très divers , ayant pourtant
réussi à mener à bonne fin l'æuvre délicate dont ils avaient été
chargés .
Finances. — Pour le budget de l'exercice 1900, les prévisions
s'élèvent à 2. 200.000 francs. Aux recettes, les contributions indi
rectes figurent pour 1 .806 .000 francs et l'impôt indigène pour
350.000. Parmi les principales dépenses, nous citerons : les
travaux publics, flottille , ports et rades, 539.220 ; l'occupation
du haut Dahomey, 483.238 ; les troupes indigènes et la police ,
227. 153. Enfin les dépenses occasionnées par les services admi
nistratifs , en comprenant sous cette rubrique les services admi
nistratifs proprement dits , les services financiers, les affaires
politiques et indigènes, le service de santé et divers services,
s'élèvent à 784.739. L 'année 1899 a été excellente au point de vue
financier ; on a pu constater, en effet, que les recettes s'étaient
élevées à 2 . 765 .850 francs, dépassant ainsi les prévisions budgé
taires de 865 .850 francs. La colonie se trouve donc, sous ce
rapport , dans une bonne situation .
Mission d 'études du chemin de fer . — Placée sous la direc
tion du commandant Guyon , chef de bataillon du génie, et com
prenant, outre ce dernier, les capitaines du génie Fillonneau,
Cambier, Bachellery , le Dr Faucheraud et quelques sous-officiers ,
la mission chargée d' étudier le chemin de fer de pénétration du
Dahomey quitta la France le 25 février. Arrivée à Cotonou le
19 mars , elle se mettait à l'æuvre dès la fin du mêmemois. Tandis
que le capitaine Cambier effectuait une série de reconnaissances
ayant pour but d ' étudier rapidement les régions par lesquelles
pouvait passer la voie ferrée et en indiquer les ressources, le capi
taine Fillonneau et les autres membres de la mission opéraientles
levers de détail ; ces travaux, rendus parfois très pénibles par
l'obligation dans laquelle on se trouvait de débroussailler la
route à coups de coupe -coupe, durèrent jusqu 'au 17 juillet. A cette
date, on avait atteint Dan (au nord d 'Abomey ), à 142 kilomètres
du point de départ. Pendant ce temps, le commandant Guyon
parcourait le pays jusqu'à Carnotville et Tchaourou , afin d 'étudier
la possibilité du prolongement du premier tronçon vers le haut
Dahomey et le Niger . Le 14 septembre , la mission avait entière
ment terminé ses travaux ; mais il ne restait de valide que deux
officiers, le commandantGuyon et le capitaine Bachellery.
DAHOMEY 185

La ligne doit partir de Cotonou . Cette ville a été choisie parce


qu'elle est la seule , parmi les villes de la côte , à posséder un
wharf permettant à la fois le débarquement desmatériaux et de
l'outillage de chemin de fer, et l'embarquement des marchan
dises. En outre , Cotonou communique directement avec Porto
Novo ,le chef-lieu et le centre le plus important de la colonie , par
le lac Nokoué. De Cotonou , la ligne se dirigera vers Paon où la
rejoindra un embranchement parti de Ouidah , puis par Allada,
Toffo, les marais de Lama, atteindra le royaume d'Abomey, dont
elle laissera, à l'ouest, la capitale bien déchue ,se rapprochant,par
Dan et Setto , de la rivière Zou , qu 'un pont lui fera franchir à la
hauteur d 'Alchéribé. Au Zou s'arrête le tracé étudié dans tous
ses détails ; mais , au delà , des reconnaissances étendues et assez
approfondies ont permis de déterminer l'itinéraire que devrait
suivre la ligne prolongée. Elle passerait par Paouignan , Agena
gor, Savé, Agbo, Tchaourou, pour être conduite , après des études
ultérieures, jusqu 'à Parakou et jusqu 'au Niger, à 700 kilomètres
de Cotonou .
Lesmembres de la mission n 'ont pas borné leurs efforts à la
reconnaissance du tracé ; ils ont en outre essayé de se rendre
compte des ressources des pays traversés, de rechercher les
bases sur lesquelles pourrait être établi le tarif des transports et,
par suite, les recettes possibles du railway . Ils estiment, à la
suite de calculs minutieux, que le prix de la tonne kilométrique
pourrait atteindre, sur la section très étudiée de Tchaourou à
Cotonou , o fr . 70, sans cesser pour cela d ’être bien inférieur au
prix du transportpar porteur, qui est usité actuellement; d 'autre
part, le prix de 0 fr . 40 la tonne kilométrique étant rémunéra
teur pour l'entreprise , on pourrait peut-être l'adopter afin d 'ac
croître encore les avantages du commerce . Quant à la recette
kilométrique probable , elle serait de 12 à 14 .000 francs avec le
tarif de 0 fr. 70 et de 8 à 9 . 000 avec le tarif de 0 fr . 40 . Si l'on en
déduit les frais d 'exploitation , soit 5 .000 francs par kilomètre au
maximum , on trouve , pour la recette nette , toujours sur la sec
tion en question , 8.000 ou 3. 000 francs, suivant le cas.
Quant au prix de revient de la voie complètement achevée, il
s'élèverait, suivant l'estimation du Comité des Travaux publics, à
65 .000 francs environ le kilomètre , sur lesquels 8 .000 représen
teraient les frais occasionnés par l'établissement de l'infrastruc
ture. La voie aura 1 mètre de large .
En ce qui concerne le mode de construction , le commandant
186 L 'ANNÉE COLONIALE

Guyon a proposé au Comité des Travaux publics, qui l'a adopté ,


le procédé suivant : Des corvées , fournies par les chefs indigènes ,
construiraient facilement, sous la surveillance et aux frais de la
colonie qui les rétribuerait, une route , qu 'utiliseraient aussitôt
les voitures et les pousse -pousse, en attendant que l'on y pose
la voie ferrée. Pour l'exécution de cette deuxième partie du
travail et l'édification des accessoires qu 'elle comporte, gares,
ateliers, bâtiments, ouvrages d 'art, on a le choix entre deux
systèmes. La colonie peut, en gageant un emprunt avec les
plus-values relativement importantes que présente son bud
get, s'en charger pour son propre compte . Dans ce cas, une
combinaison financière, exposée par le commandant Guyon
permettrait d 'atteindre le Niger en seize années et d 'amortir
l'emprunt en vingt années, en faisant servir l'excédent des re
cettes de l'exploitation des premières sections à l'achèvement de
la voie .
Malgré les avantages qu 'il pourrait présenter, ce procédé n 'a
pas les préférences du chef de la mission , qui préconise la cons
truction par une Compagnie concessionnaire. Afin que cette
dernière soit en mesure de poursuivre les travaux dont lemontant
s' élèverait à 40 millions environ , sans que la colonie soit obligée
de fournir une garantie d 'intérêts , il faudrait lui accorder des
concessions de terrains assez étendues pour qu 'elle puisse trouver
dans leur mise en valeur des bénéfices compensant les déficits de
l'exploitation de la voie durant les premières années. Moyennant
quoi, on imposerait à la Compagnie le tarif, très avantageux pour
le commerce, de ù fr. 40 par kilomètre. Le commandant Guyon
est entré, sur l'exécution de ce projet, dans des détails très inté
ressants , calculant, suivant la région , le revenu probable, à
l'hectare , des terres que l'on concéderait, la superficie qu'il
conviendrait de leur donner en tel ou tel point. Il a fait ainsi de
son rapport un travail très complet, qui permet de se faire une
idée nette non seulement du projet de chemin de fer qu 'il était
chargé d ' étudier, mais encore des ressources du pays que celui-ci
doit traverser et des moyens les plus propres à en faciliter la
construction dans le moindre laps de temps.
Ajoutons que le Comité des Travaux publics des colonies,
après avoir entendu le gouverneur de la colonie , M . Ballot, et le
commandant Guyon , a , dans sa séance du 16 décembre, adopté
les conclusions du mémoire présenté par le chef de la mission
d 'études et s 'est décidé pour le mode de construction qu'il pré
DAHOMEY 187

conise et dont nous avons indiqué ci-dessus les principales carac


téristiques.
Le Comité du Dahomey . - Durant le séjour, en France, de
M . Ballot, il a été fondé à Paris, sous la présidence d 'honneur de
celui-ci et sous le nom de Comité du Dahomey, une association
ayant pour objet la mise en valeur de la colonie et la francisa
tion de son commerce . Le Comité se propose de rechercher, en
sections professionnelles et régionales de ses membres actifs , les
mesures et moyens propres à développer l'agriculture et l'indus
trie agricole du Dahomey, l'importation par la métropole des
denrées de la colonie et la consommation par cette dernière des
produits nationaux. Il poursuivra, en outre, tous membres réu
nis, la mise en vigueur de ces mesures par l'action sur les pou
voirs publics ; il tâchera d 'organiser une propagande en ce sens
et de faciliter, au profit de ses membres actifs, les relations entre
la France et la colonie (Voir Q . C., 10 septembre).

IV. – SITUATION ÉCONOMIQUE

La situation économique du Dahomey a été particulièrement


satisfaisante en 1899 : les amandes et l'huile de palme, qui cons
tituent le produit principal du bas pays, ont pu , grâce à une
récolte abondante, être exportées à quantités plus considérables
que l'année précédente '. Le royaume de Porto - Novo, dont le
territoire est fort bien cultivé et où le palmier à huile est mieux
soigné que partout ailleurs, a recueilli une bonne part des
avantages résultant d 'une bonne récolte .
Les essais de culture riche ( café , cacao , caoutchouc), entrepris
dans la banlieue même de Porto - Novo, par quelques créoles
brésiliens ou portugais, fixés depuis longtemps dansle pays, n 'ont
pas encore produit de résultats appréciables ; mais ils se pour
suivent dans de bonnes conditions. On a de même des nouvelles
favorables des plantations de café du cercle du Ouidah et de
Petit -Popo . Cependant on constate chez les colons une certaine
méfiance vis - à - vis de la culture de cet arbuste, les soins qu'il
demande , les conditions de terrain qu 'il requiert supposant des
moyens d 'action que l'on rencontre rarement, dit un rapport
officiel (R . C ., juillet), chez les planteurs de la colonie .

1. Voir , ci-après, le commerce en 1899 .


188 L 'ANNÉE COLONIALE
En ce qui concerne le caoutchouc, il faut signaler les tenta
tives de culture de grands arbres par les planteurs de Ouidah.
« Autrefois on ne connaissait guère au Dahomey que deux sortes
de lianes indigènes, à peine ou simal exploitées que les résul
tats obtenus par les premiers exportateurs ont failli amener la
destruction complète de cette plante . Depuis , diverses autres
espèces de ficus ont été reconnues au Dahomey ; mais la diffi
culté pratique d 'en apprécier la valeur et le peu de soins apporté
à leur culture n 'ont donné qu 'un rendement médiocre. »
Le caoutchouc ceara , au contraire , semble devoir donner
d 'excellents résultats. En effet il pousse bien dansles terrains qui
conviennentaux cultures alimentaires, qui sont très répandues.
Il demande peu de soins, tient peu de place, se multiplie de lui
même, et donne , au bout de cinq ans, un produit riche et
abondant. De plus, il ne nuit en rien à la culture du palmier et
peut être planté dans son voisinage. C 'est donc vers la culture du
ceara, que le syndicat agricole de Ouidah a tourné ses principaux
efforts . Il existe déjà un grand nombre d 'arbres, une quantité de
graines ou de jeunes plants a été mise en pépinière, et comme
cette variété donne des graines , dès la première année , il est
permis d 'espérer que, dans trois ans, 200.000 arbres auront pu
être plantés ( R . C ., novembre).
En attendant que ces prévisions se réalisent, la production de
caoutchoue, pour l'ensemble de la colonie , ne s 'est pas accrue,
en 1899, dans de notables proportions. L 'exportation de ce
produit, qui avait été de 58 kilogrammes en 1896, 2 .602 en 1897, et
qui était montée à 13.717 kilogrammes en 1898 , ne s 'est élevée,
l'année dernière, qu'à 14 .455 kilogrammes, représentant, sur
l'exercice précédent, un accroissement de 736 kilogrammes
seulement.
Il convient de signaler les progrès de l'exportation des cocos et
coprah qui, bien que les cocotiers ne fassent pas encore l'objet
d 'une exploitation régulière, s'estaccrue, en 1899,de près de600, 0 .
En résumé, le Dahomey est en progrès constants sous le rapport
de la production agricole , et il n 'est pas douteux que le chemin
de fer , en abaissant, pour des produits pauvres, le coût du trans
port, ne facilite considérablement le développement de la culture
du palmier à huile et la mise en valeur des régions qui sont
actuellement trop éloignées de la côte pour que certaines entre
prises agricoles y puissent être menées avec chances de succès
et avec la perspective de débouchés faciles.
AKSE

.)Cliché
BENARD
Goc
Dr
le
par
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. zemuniqué
-Novo
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Marché
DAHOMEY 191

La main -d ' oeuvre. - Parmi les principales difficultés que


pourra rencontrer l'initiative européenne au Dabomey, il faut
ranger la main -d 'œuvre. C'est une des questions quipréoccupent
le plus vivement l'Administration locale . « La population estassez
dense ,dit le rapport auquel nous avonsemprunté quelques-uns des
renseignements qui précèdent ; mais l'indigène est paresseux et
versatile ; il n 'a jamais eu jusqu 'ici, dans ce pays , l'habitude de
travailler par instinct ou par devoir ; la force seule a pu , au
temps des rois de Dahomey, l'obliger à produire d'une manière
suivie. Le noir ne cultive que ce qui lui est absolumentnécessaire
pour vivre ; c 'est tout au plus s'il consent à récolter de temps en
temps les produits du palmier, travail qui n 'exige aucune peine.
Il ne faut cependant pas désespérer de l'avenir. Depuis la con
quête, les indigènes ont pris des habitudes nouvelles . Un certain
nombre d 'entre eux qui, aussitôt après la suppression de l'escla
vage étaient retournés dans leurs villages, n 'y ont pas trouvé, par
suite de changements de personne ou de situation , l'accueil qu 'ils
espéraient. Plusieurs sont revenus à la côte, où le bien - être est
plus grand , et ils commencent à s 'intéresser aux essais de cul
tures nouvelles .
« Le travailleur est payé de 10 à 15 francs par mois , plus une
parcelle de terrain ou une petite part dans les récoltes de plantes
alimentaires. Dès maintenant ce salaire est composé par les
récoltes de maïs, manioc , haricots , patates, etc. C 'est de cette
manière seulement que la question de la main - d ' @ uvre pourra
être résolue. Dès que les premières cultures de caoutchouc auront
donné des résultats, les autres cultures (cacaoyer, cocotier, canne
à sucre, vanille , etc .) suivront tout naturellement, » ( R . C ., no
vembre .)
La situation monétaire en 1899 . – Bien que la balance du com
merce soit en faveur de la colonie et qu 'on y importe continuel
lement des espèces , la situation monétaire n 'a pas laissé d ' être
assez embarrassée , au Dahomey, en 1899, et la situation délicate
qui en est résultée persiste encore.
Une correspondance adressée à la Dépêche coloniale ',par M .Albert
Ramot, attribue cet état de choses, d 'une part, à la rareté relative
des espèces monnayées françaises en circulation et, de l'autre, à la
présence, dans la colonie , d 'un grand nombre d ' espècesanglaises.
M . Ramot, donne, à ce sujet les explications suivantes :

1. Numéro du 17 mai 1900 .


192 L 'ANNÉE COLONIALE
« 1º Insuffisance des espèces en circulation .
« Le Dahomey est un pays relativement neuf, où les espèces
monnayées n 'ont commencé à être importées d 'une manière
sérieuse qu'au moment de la campagne de 1892. Jusqu'à cette
époque, le commerce se faisait par troc ou avec des cauris que
les maisons Fabre ou Regis , les deux plus anciennes factoreries
de la colonie , importaient par chargement entier de la côte du
Mozambique.
« Depuis 1893 cet état de choses s'est modifié ; il a été dépensé
dans le pays plusieurs millions au moment de la campagne et
pendant les années qui ont suivi ; mais ces sommes ont été insuf
fisantes pour « imbiber » d 'espèces un pays aussi peuplé et où
règne une activité commerciale aussi grande que dans le bas
Dahomey. Le fonctionnement financier de la colonie a encore
diminué les espèces en circulation . Les sommes déposées au Tré
sor en compensation des paiements de mandats - postes ou des
dépenses incombant en France à la colonie , et avancées par la
métropole, ont retiré chaque année de la circulation des sommes
importantes. Le compte pourrait en être établi ainsi pour
l'année 1898 :

1° Mandats- poste. . . . . . . . . . 300 . 000 francs


2° Remboursements des avances faites par la Métro
pole pour paiement des dépenses engagées en
France . . . . . . . ...... .. ... 350. 000 -
3° Sommes importées en billets ou en espèces par
des commercants, fonctionnaires, soldats ou
krowmen .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 250 .000
4° Versement à la caisse de réserve des excédents
de l'exercice 1899 .. .. .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 800 .000
Total . . . . . . . . . . . . . . 1 .600 .000 -

« A ces chiffres, qui ne sont qu 'approximatifs, mais ne doivent


pasètre très éloignés de la vérité, on peut ajouter les envois de
fonds faits dans le haut Dahomey (environ 200.000 francs en 1899),
qui, bien que n 'étant pas perdus pour la colonie , sont enlevés
momentanément de la circulation , le hautpays ne participant pas
encore au mouvement commercial.
« 20 Monnaies anglaises.
« L 'activité commerciale ne s'étant jamais ralentie , les fondsqui
disparaissaient ont été remplacés, mais par des espèces anglaises
au lieu d 'argent français. Voici pourquoi :
DAHOMEY 193

« a ) Les indigènes de Porto -Novo, qui, depuis delongues années,


commercent avec Lagos, préfèrent la monnaie anglaise avec
laquelle ils sont habitués à compter et, entre deux acheteurs, ils
préfèreront toujours celui qui les paiera en shillings, même
s'il lui donne un prix moins élevé ;
« b) La monnaie envoyée par la banque de Lagos est toujours
neuve et frappée à la même effigie, choses auxquelles l'indigène
est très sensible . Nos monnaies sont vieilles et les déroutent par
leur diversité. Lesnouvelles pièces de Roty, notamment, sont impi
toyablementrefusées ;
« c) Les maisons de commerce anglaises qui importent des
espèces ne font venir que de la monnaie divisionnaire, shillings
six ou three pence , qui circulent immédiatement. Les maisons
françaises, au contraire, ne font venir que des billets de banque
dont le transport ne revient qu 'à 0 ,05 0 /0 , alors que celui de
l'argentmonnayé reviendrait à 20/ 0 , qui servent à payer desdroits
de douane au Trésor, mais n 'entrent pas dans la circulation .
« Il en résulte , dans la pratique, que les maisons de commerce
francaises manquent d 'argent français pour commercer avec les
indigènes et que les maisons étrangèresmanquent d 'espèces fran
çaises pour acquitter les droits de douane.
« En outre, il n 'y a pas de monnaies divisionnaires françaises,
alors que la colonie peut en absorber pour plusieurs millions, et
il en résulte que ,malgré un droit d 'entrée de 5 0 / 0 qui, en y ajou
tant les 2 0 / 0 que prend la banque de Lagos, met son prix de
revient à Porto -Novo , à 700, il est entré pour plus de 2 millions
d 'argent anglais dans la colonie , en 1899. »
Pour remédier à cette situation , il conviendrait, suivant
M . Ramot, dedoubler les droitssur l'argent anglais et, afin que cette
mesure ne gênât pas le commerce, il faudrait créer en même
temps une banque destinée à fournir des espèces françaises
aux lieu et place des espèces anglaises fournies par la banque
de Lagos. Il croit qu 'une société privée qui s'installerait à Coto
nou serait certaine de faire de beaux bénéfices, si elle était bien
administrée.

Mouvement général du commerce en 1898


francs francs
Importations.. ... . 9.994 . 567, dont 1 . 923.781 France et sescolonies
Exportations . . . . . . 7 .538 .758, dont 2 .187 .034
13
194 L'ANNÉE COLONIALE

PRINCIPALES IMPORTATIONS

Marchandises Provenance Kilogrammes Francs

France . . 36 .247 81.555


Tabac en feuilles : Angleterre . . . . 28 . 182 63.409
361.339 kilogr. Allemagne. . . . . . . . . . . 28 . 044 63.099
827 . 394 francs . États -Unis . . . . . . . . . .. 251. 137 573. 961
17 . 729 45 . 370
Autres pays . . . . . . . . .
France . . . . .. . 1 . 145 .055 950. 371
Alcools et liqueurs : Allemagne. . . 2 .534 .558 2 .335.806
4 .719.484 litres . į États-Unis . . . . 571 , 157 457.433
3 .881. 752 francs.
Autres pays. . 168 . 714 138 .142
Tissus de coton teints / France . . . . . . .. 14 . 915 6 .709
ou imprimés : Angleterre . . . . . 1 .400 . 664 627 .409
2 .247.474 mètres . Lagos . . . . . . . . . 728 . 272 327.722
1 .008.558 francs . Autres pays . . 103 .623 46 .718
France . . . . . . . 8 . 177
Totaux des tissus Angleterre . . . . . 991.737
Allemagne.. .. . . . 71 .639
de coton :
1 .873.373 kilogr . Lagos . . . . . . . . . 771. 223
Autres pays . . . . 30 .597
Monnaies d 'orí Francee . . .. 50 .000
et d 'argent : Lagos . . . . . . . . . . . . . . . 447. 287
536.590 francs. l Autres pays . . . .. . . .. 39. 303

PRINCIPALES EXPORTATIONS

Produits du cru de la colonie


Provenance Kilogrammes Francs
Marchandises
. . | France . . . . . . . . . . . . . 3 . 480 . 922 818.016
Amandes de palme: | Allemagne . . . . . 4 . 169. 825 979 . 908
18 .090 .482 kilogr. Lagos. . . . . . . . . . 10 .436 . 733 2 . 452.656
4 . 251.481 francs . 3 .002 901
Autres pays . . . .
France . . . . . . . . . 2 . 923 . 301 1 . 313.480
Huile de palme : Allemagne .. . . . . 548 . 981 247 .052
6 . 059 .539 kilogr. 2 . 573 .657 1 . 158 .148
Lagos . . . . . . . . . .
2 . 726 . 798 francs.
| Autres pays . . . . . . . . 13 .600 6 .121
Caoutchouc : 13.719 kg. / Allemagne.. . . . . . .. 10 .618 29. 731
38 .413 francs. Autres pays . . . .. . . . 3 . 101 8.682

Ces chiffres représentent, à l'importation , une augmentation


de 1.851.095 fr . 20 et, à l'exportation , de 1.776 .347 fr. 61 sur les
chiffres de l'année 1897. L 'augmentation porte , à l'importation :
sur les tissus, le sel, les alcools, les monnaies ; à l'exportation ,
principalement sur les amandes et l'huile de palme.
Le commerce du Dahomey en 1899. — Le mouvement géné
DAHOMEY 195

ral du commerce de la colonie , suivant les derniers renseigne


ments publiés, s'est élevé, en 1899, à 25 .068 . 159 francs se décom
posant de la manière suivante : Importations, 12.348. 970 francs ;
exportations, 12. 719. 189 . Ces chiffres, comparés à ceux de 1898 ,
représentent un très notable accroissement de l'activité commer
ciale du pays.
Aux importations, les augmentations portentprincipalement sur
les monnaies ', 1 .711.193 francs ( + 1.174 .603), les boissons,
4 .553.980 ( + 672 .228 ) ; la poudre , 142.515 kilogrammes contre
71.036 en 1898 ; les verres et cristaux ; par contre, les tabacs
411.912 kilogrammes, en 1899 , contre 418.540, en 1898) , et les
tissus ( 1.933. 396 francs, en 1899, contre 2 .077.326 en 1898 ) sont
en légère diminution .
Aux exportations, tous les produits du cru sont en augmenta
tion : + 3.750 tonnes pour lesamandes de palme ; + 3 .590 tonnes
pour les huiles de palme; + 736 kilogrammes pour le caout
chouc ; enfin il a été exporté 60 .608 kilogrammes de noix de
coco et de coprah , contre 17.343 kilogrammes en 1898 , soit une
augmentation de 43. 265 francs.

V . – PUBLICATION
Un seul journal, le Journal officiel du Dahomey, paraît dans la
colonie (le fer de chaque mois ).
1. Voir ci-dessus : Situation monétaire .
CONGO FRANÇAIS

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Le Congo français est compris entre les 6° et 27° 40' de longi


tude est de Paris et entre les 50 latitude sud et 10° latitude nord .
Sa superfice est évaluée à 3.000.000 de kilomètres carrés environ ,
soitde 5 à 6 fois celle de la France , et sa population 10 .000.000 d'ha
bitants.
La colonie est administrée par un commissaire général du Gou
vernement, qui a sous ses ordres un lieutenant gouverneur du
Congo et un lieutenant gouverneur de l'Oubangui. L 'administra
teur de la région du Chari porte le titre de commissaire du
Gouvernement. Le siège du Gouvernement est à Libreville. Un
Conseil d'administration assiste le commissaire général.
Le Congo est relié à la France par les mêmes services mari
times que le Dahomey , la Côte d ' Ivoire et la Guinée (Chargeurs
Réunis et Cie Fraissinet). Le prix du passage est , au départ de Bor
deaux ou de Marseille, 1 .100 , 900, 410 francs pour Libreville, et1.200 ,
980, 410 francs pour Loango . Le British and African Steam Navig.
C° et African Steamship C° (départ de Liverpool toutes les quatre
semaines) a un service sur la côte deGuinée et le Congo ; de Liver
pool à Libreville , 750 francs en première, durée du trajet 1 mois
environ . La Compagnie Woerman de Hambourg expédie chaque
mois un vapeur au Congo, même prix que la précédente . Enfin
on peututiliser, pourse rendre au Congo, les vapeurs portugais et
belges (1 départ de Lisbonne par mois pour San - Thomé) (2 départs
CONGO FRANÇAIS 197

par mois d'Anvers). D 'Anvers à Matadi, 800 francs en première,


600 francs en seconde. Le prix de fret du Havre ou de Marseille
à Libreville est de 45 francs la tonne ; de Hambourg et de
Liverpool, le prix varie entre 37 fr. 50 et 61 francs le mètre cube,
suivant la nature des marchandises. En général, les prix de la
Compagnie allemande sont légèrement inférieurs à ceux deman
dés par les autres Compagnies.
Le Congo est relié au réseau télégraphique international par un
câble de la West African Telegraph C , 8 fr . 21 le mot, de France à
Libreville .

II. — PERSONNEL

COMMISSAIRE GÉNÉRAL DU GOUVERNEMENT : M . de Lamothe, au


Congo.
LIEUTENANT-GOUVERNEUR : M . Lemaire ;
LIEUTENANT-GOUVERNEUR DE L'OUBANGUT : M . Liotard ;
COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT AU Chari: M . Gentil ;
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M . Cor.

III. — SITUATION POLITIQUE

L 'occupation de Chari, la défaite de Rabah et la jonction , aux


environsdu Tchad , desmissions Joalland -Meynier, Foureau -Lamy,
etde M . Gentil, sont, avec la convention du 21mars 1899, les prin
cipaux événements de l'année . Au point de vue économique, une
série d 'actes officiels de la plus haute importance ont préparé la
mise en valeur de la colonie , en déterminant le régimedes terres
domaniales , de la propriéte foncière, le régime forestier, etc. On
trouvera indiqué le but que se sont proposés les auteurs de cette
législation et les principales dispositions auxquelles ils se sont
arrêtés dans l'article de M . Teissier , qui figure en tête de cet
ouvrage. Dans le cours de la présente étude, nous donnons la
liste complète des concessions territoriales qui ont été accordées
dans la colonie,au cours de cettemême année 1899, quimarquera ,
pour le Congo , le début des entreprises d 'exploitation rationnelle .
La convention du 21 mars 1899 . — Simple déclaration addi
tionnelle à la convention du 14 juin 1898 , relative au règlement
198 L 'ANNÉE COLONIALE
des affaires du Niger , l'accord conclu entre la France et l'Angle
terre, au printemps de l'année dernière, et qui est généralement
connu sous le nom de convention franco -anglaise du 21mars 1899,
détermine la frontière entre les possessions anglo-égyptiennes
du Soudan et du Haut-Nil, et le Congo français . Notre empire
africain est désormais complètement délimité, sauf sur les con
fins de l'Algérie et du Maroc. On trouvera en appendice le texte
de cette convention , dont les dispositions principales sont, en
outre,parfaitement visibles sur la carte ci-contre. Rappelons seu
lement ici que , conclue à la suite de l'affaire de Fachoda , elle est
inspirée naturellement par l'attitude que le Gouvernement fran
çais avait prise dès l'automne de 1898 , après que l'on eut appris,
en Europe , la rencontre du sirdar Kitchener et du commandant
Marchand . Consacrant une situation de fait et survenant quelques
mois après le conflit qui avait éclaté entre la France et l'Angle
terre , la nouvelle de la signature de la convention du 21 mars 1899
ne semble pas avoir produit grande impression sur les deux rives
du détroit. (Voir la carte ci-contre).
L 'occupation du Chari. -- La mort de M . Bretonnet et le
combat de Kouno. — Au cours de la mission qu 'il dirigea si
brillamment, de 1895 à 1898 , M . Emile Gentil avait , on s 'en sou
vient, réussi à conduire jusqu'au Tchad , par la vallée de Chari,
et à faire naviguer sur les eaux du lac fameux le petit vapeur
Léon -Blot. Il était en même temps entré en relations avecGaoura ,
sultan du Baguirmi, et lui avait fait signer un traité de protec
torat. Lorsque, à la fin de 1898 , le Gouvernement eut décidé de
faire procéder à l'occupation des régions qu 'avait ouvertes à notre
action la mission Gentil, c 'est au chef de cette dernière que l'on
songea tout naturellement pour mener à bien cette tâche déli
cate . Au commencement de 1899, il était nommé commissaire
du Gouvernement dans le Chari. Il ne s'agissait point d 'une
nouvelle mission, il s'agissait bien plutôt d 'une prise de posses
sion effective de territoires sur lesquels nous avons tout intérêt
à nous installer avant que Rabah , le sultan de l'Afrique centrale,
en ait opéré la dévastation et décimé les habitants .
On adjoignit à M . Gentil les capitaines Rebillot et de Cointet,
le médecin militaire Sibut', les administrateurs Bruel et Rousset,
le chef d 'exploration de Moutséjouls.
L'administrateur Bretonnet, désigné pour seconder le nouveau

1 . Décédé à Loango , peu après son arrivée .


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Kilometres
o 100 200 308 doo soo 600 700 doo
La Convention franco -anglaise du 21 mars 1899.
(Communiqué par le Comité de l'Afrique française.)
el
CONGO FRANÇAIS 201

Commissaire du Gouvernement dans ses opérations, se trouvait


déjà au Chari ' avec le lieutenant d 'artillerie de marine Braun et
quelques Sénégalais. Le 12 mars, il était encore au poste de Nana ,
impatient de recevoir le matériel qui devait lui permettre d 'en
treprendre sa marche vers le nord ; en mai, il était à N 'Délé ,
espérant à dénouer, à force d 'habileté et de tact, la situation
délicate en présence de laquelle il se trouvait. Le mois de
juin le vit à Kouno, en plein pays Baguirmien , à proximité des
bandes de Rabah , et n 'ayant avec lui que quelques hommes. Pré
venu de l'arrivée prochaine du sultan , M . Bretonnet se retira
à 20 kilomètres au sud , au village de Togbao , où il fut attaqué,
le 19 juillet, par des forces considérables et, après une défense
héroïque de huit heures, massacré, ainsi que ses compagnons
européens et dix - sept tirailleurs sénégalais (sur les 30 de son
escorte ).Un sergent sénégalais , échappé par hasard ,porta la nou
velle du désastre à M . Gentil, qu 'il rejoignit à Gaoura (90 20') ,
le 16 août. Désireux de venger ses camarades et de contrebalan
cer le plus rapidement possible l'impression que la nouvelle de
notre échec ne pouvait manquer de produire sur toutes les
populations de la région , le commissaire du Gouvernement s'oc
cupait aussitôt de concentrer les forces placées sous son auto
rité . Leur réunion s'opéra à Fort- Archambault , camp retranché
bâti par nos troupes par 9° 15 ' de latitude nord environ , sur la
rive droite du Chari. « La marche en avant fut préparée du 17 au
23 octobre, et le commandement supérieur des troupes confié
au capitaine Rebillot. Après une marche de plusieurs jours ,
la flottille , quiavait descendu le fleuve et dont la colonne en avait
longé les rives, arrivait sous les murs de Kouno. L 'attaque
eut lieu , le 29 octobre. Défendue par 12.000 hommes et plusieurs
canons, ces derniers fort bien servis par les artilleurs du sultan ,
la ville, soigneusement fortifiée , résista durant la journée entière.
A quatre heures du soir seulement, le combat cessa . Nous avions
mis en fuite Rabah et ses bandes ; mais le succès n 'était acquis
qu'au prix de pertes nombreuses. Sur 366 combattants nous
eûmes 1 sous-officier européen , le maréchal des logis Possel, et
40 indigènes tués , 4 Européens et 106 tirailleurs blessés .
A ces pertes il convient d 'ajouter le lieutenant Durant-Autier et

1 . M . Bretonnet avait quitté la France, en septembre 1898 .


2 . Voir des lettres inédites de Bretonnet et les rapports officiels dans B . A . F .,
mai 1900 .
202 L 'ANNÉE COLONIALE

l'agent du Congo Pouret, qui sont morts , isolés de leurs compa


triotes, dans des circonstances encore mal connues '. Fait pri
sonnier par Rabah, auprès duquel il s'était rendu , il est à
craindre que l'explorateur de Béhagle n 'ait péri, lui aussi, dans
des circonstances tragiques. On n 'est pas encore fixé définitive
ment sur son sort.
Vers la fin de l'année, M .Gentil s'est rendu à Bangui, où ils'est
rencontré, le 10 décembre, avec M . de Lamothe, au cours de la
longuetournée d 'inspection ,que celui-ci effectuait dans l'Oubangui.
Évacuation de Bahr-el-Ghazal. – Dans le Bahr- el-Ghazal,
dont avait pris possession la mission Marchand, il a fallu
assurer l'évacuation des postes occupés par nos troupes au -delà
de la ligne de partage des eaux des bassins du Congo et du Nil,
c ' est à -dire de la frontière fixée par l'accord anglo -français du
21 mars 1899 . De longs mois s 'étant écoulés avant que l'ordre de
se retirer fût parvenu aux officiers commandant dans la région ,
notre action fut étendue jusqu'au Nil, sur les bords duquel le
capitaine Roulet et le lieutenant de Tonquédec occupèrent le
poste de Gaba Schambé. C 'est le point extrême atteint vers
l'est par l'extension du Congo français 2. Quelques incidents se
produisirent, au cours de l'année, dans le Bahr-el-Ghazal. En
juin , un parti de Dzingues attaqua le poste de Meschra -el-Rek,
et, au cours de l'engagement que nos troupes eurent avec les
rebelles, le lieutenant de Tonquédec fut blessé à la hanche, assez
grièvement, d 'un coup de sagaie ; finalement le poste fut dégagé,
mais plusieurs tirailleurs avaient reçu des blessures assez
sérieuses.
Voyages du commissaire général. -- Le commissaire général
du Gouvernement au Congo français. M . de Lamothe, de retour
de France , où il avait fait un séjour de six mois, nécessité par la
préparation des importantes mesures administratives destinées
à faciliter la mise en valeur de la colonie , a débarqué à Libreville ,
le 1er avril.
Il en repartait, le 5 du mêmemois, pour Brazzaville , où il se
rendit par Matadi, et le chemin de fer du Congo belge ; il y
assistait le 24 au lancementde vapeur Brazzaville , appartenant à
la Compagnie française du Congo et des Compagnies africaines, et le
6 mai, il était de retour au chef-lieu de la colonie .
1 . Voir un article de M . Duchêne dans G . D . C ( 15 avril 1900) .
2. Rencontres au sud de Gbelain , par le major Peake, le lieutenant de Ton
quédec et les Sénégalais qui l'accompagnaient sont rentrés en France par
Omdurman et le Caire. Ils ont débarqué à Marseille le 13 février 1900.
CONGO FRANÇAIS 203

Vers la fin de l'année, M . de Lamothe, désireux de présider en


personne à la réorganisation du Haut-Congo, a entrepris un long
voyage dans l'Oubangui. Parti de Libreville , le 12 octobre, il
était à Brazzaville , le 24, et en repartait, le 30, pour Bangui, qu'il
atteignait le 23 novembre. Après avoir reçu M . Gentil, vers le
milieu de décembre, il s'occupa de la réorganisation du haut
Oubangui, pour laquelle ilavait reçu pleins pouvoirs du ministre.
Le cercle de Bangui, séparé du haut Oubangui, mais considé
rablement étendu au sud , fut organisé en région. L 'ancienne
région civile du Haut-Oubangui, devenait de même une région
dont le commandementa été confié à M . l'administrateur Bobichon
avec le titre et les attributions de délégué du commissaire général.
Le 24 janvier, M . de Lamothe reprenait le chemin de Brazzaville
et de la côte 1 .
Le développement de Brazzaville. - Au cours de ces
déplacements , M .de Lamothe a pu constater de visu les progrès
rapides de Brazzaville , où commence à se manifester l'activité
des nouveaux concessionnaires du Congo . « Les terrains qui
longent le fleuve sur une longueur de plus de 3 kilomètres , ont
tous été achetés par les nouvelles sociétés ; de tous côtés des
maisons s'élèvent, des magasins s 'installent, des vapeurs sont en
construction ; le commissaire général a pu s'entretenir à plusieurs
reprises avec les représentants des sociétés et s'enquérir de leurs
desiderata . Aussitôt que Brazzaville aura des ressources propres,
on lui donnera un commencement d 'organisation inunicipale,
analogue à celle des anciennes communes mixtes d ’Algérie. Du
reste , ce qui est d 'un bon augure pour la prospérité de la
ville , il résulte des palabres tenus par le commissaire général
avec les chefs des environs que le principe de l'impòt sera bien
tôt admis sous une forme quelconque, dans un rayon assez
étendu pour procurer des revenus très appréciables.
En attendant, il a fallu prévenir le déboisement, que n 'aurait
pas manqué d 'amener, autour de Brazzaville, les coupes de bois
que l'on y exécutait pour les nouvelles constructions; un décret
ya pourvu , en interdisant les coupes de futaies du village N 'Bama
au village N 'Pile, sur 4 kilomètres de profondeur.
La mission Fourneau - Fondère. – La mission , qui fut, en
juillet 1898 , placée sous la direction des administrateurs Fourneau

1 M . de Lamothe est rentré à Libreville, le 26 mars, après cinq mois et demi


d 'absence .
204 L 'ANNÉE COLONIALE
et Fondère, auxquels on avait adjoint le lieutenant Fourneau et
le Dr Spire, avait pour but l'étude d 'une voie de communication
entre l'estuaire du Gabon et un point, navigable en toute saison,
du bassin de la Sangha . Concentrée, le 12 février 1899, à Ouesso,
sur cette dernière rivière, par 1° 37' de latitude nord , elle se mit
en route , le 14 du mêmemois, dans la direction de l'ouest. Consi
dérablement gênés dans leur marche par la végétation du pays
traversé , MM . Fourneau et Fondère eurent à triompher , en outre,
dans les premiers jours de mars , des difficultés inquiétantes
causées par le manque de vivres. Arrivé sur les rives de l'Obombé,
le 2 avril, la mission se partagea en deux groupes. Pendant que
le gros de la mission , sous les ordres de Fourneau , prenait la
voie de terre, M . Fondère et le lieutenantFourneau empruntaient
le cours de l'Obombé d 'abord , de l'Ivondo ensuite , reconnaissaient
la non - navigabilité de cette rivière entre Kandjama et l'Ogooué et,
après avoir atteint le poste de Booué, remontaient vers lenord pour
rejoindre, le 7 mai, le chef de la mission au village de M 'Lona,
dans le bassin du haut Okano . A partir de ce dernier point,
MM . Fourneau et Fondère suivirent à peu près la route suivie par le
premier d'entre eux en 1889-1890, et le centième jour après leur
départ de Ouesso , ils arrivaient à Jogobefang, sur le haut Bokoué,
n 'ayant perdu , durant ce difficile voyage, que deux miliciens
sénégalais,noyés paraccidentaupassage d 'une rivière. M .Fourneau
était, le 6 juin , à Libreville , où il retrouvait M . Fondère, quiavait
atteint, dès le 29 mai, le chef- lieu de la colonie en descendant la
Bokoué.
Indépendamment de 2.000 kilomètres de levés et d 'observations
météorologiques quotidiennes, la mission a rapporté , avec de
nombreux échantillons géologiques, une collection botanique
d 'un grand intérêt, réunie par le Dr Spire. Il est intéressant
d 'indiquer les principales conclusions du rapport adressé par son
chef au Ministre des Colonies .
L ' établissement d 'une voie ferrée entre le Gabon et le Sangha
paraît très possible à M . Fourneau. Il conviendrait de la faire
partir non pas de Libreville , dont les abords immédiats offriraient
de nombreux obstacles et où , du reste , il n 'y a pas de port,mais
de Djogobefame ou d 'Elun 'do, dans le cas où l'on voudrait utiliser
le Bokoué, dont il serait facile de débarrasser le lit des arbres et
des épaves qui l'encombrent. Il serait peut- être encore préfé
rable de placer la gare principale en un point de la crique de la
Maga, qui est profonde et facilement accessible aux bateaux de
CONGO FRANÇAIS 205

fort tonnage. « A la rigueur même, ajoute M . Fourneau , il serait


préférable que la ligne partit du village de Denis, vis-à -vis de
Libreville, et où les gros bateaux accostent presque directement
à la berge. » M . Fourneau estime, sur ses impressions d 'ensemble ,
que la construction de la voie coûterait de 80 .000 à 100 .000 francs
le kilomètre. Trouverait -on sur place la main -d 'ouvre nécessaire
pour de pareils travaux ? C'est là une question très délicate et à
laquelle M . Fourneau , après en avoir exposé les divers éléments
se refuse de répondre catégoriquement ; mais il ne considère
cependant pas le problème comme insoluble .
La rivière Ofouė. – Parmiles reconnaissances géographiques
exécutées au cours de 1899, il convient de mentionner l'explo
ration que M . Armand Chaussé, agent de la Société du Haut
Ogooué, a eu l'occasion de faire du cours de la rivière Ofoué.
L 'Ofoué, qui se jette dans l'Ogooué, en venant du sud , par environ
9° 30' longitude est, est, parait-il, une jolie rivière dont la largeur
varie de 50 à 100 mètres, et dont l'utilisation , comme voie de com
munication, est parfaitement possible . Obstruée, près de son
embouchure, par un rapide difficile à franchir en pirogue , elle
devient navigable pour un petit vapeur à partir du rapide Bandja ,
situé à environ 25 kilomètres du confluent avec l'Ogooué. A 40 kilo
mètres environ de ce dernier point, le pays, jusque-là très plat,
devient plus accidenté et, du haut du mont Mikongo , on aperçoit
très bien , avec une jumelle, le mont Otombi, situé en amont
de la rivière Okasso , près de N 'Djolé.
Sur les 80 kilomètres qui suivent, les rives de l'Ofoué sont
inhabitées, après quoi l'on arrive chez les Bakalas, puis les
Cimbas, dont le territoire a paru riche à M . Chaussé. Les vivres
y abondent, et des tribus du voisinage viennent s'y approvisionner
en poules et moutons.
Administration . - Réorganisation du Conseil d 'administra
tion . - Par décret du 11 oct. (J. 0 . 15 oct.; la composition du Con
seil d 'administration de la colonie a été modifiée légèrement, sur
les mêmes bases que les conseils de la Guinée, de la Côte d 'Ivoire
et du Dahomey ( Voir, ci-dessus, Guinée ).
Réorganisation du service judiciaire. – Depuis 1898 , le soin de
rendre la justice était confié à des fonctionnaires désignés par
le commissaire du Gouvernement, et aucun magistrat de carrière
n 'exerçait de juridiction dans la colonie . Cet état de choses a
paru inconciliable avec les progrès économiques qui sont sur le
point de s'accomplir au Congo, et l'importance, facile à prévoir ,
206 L 'ANNÉE COLONIALE
des litiges que la mise en valeur d 'un aussi vaste pays ne peut
manquer de soulever. Un décret en date du 23 novembre (J . O.,
26 nov.) a décidé que le Conseil d 'appel siégeant à Libreville serait
à l'avenir présidé par un magistrat nommé par décret, lequel
remplira, en même temps, les fonctions de chef du service judi
ciaire ; en outre un greffier de carrière sera adjoint au Conseil
d 'appel. Enfin la justice de paix à compétence étendue de Brazza
ville sera dorénavant confiée à un magistrat.
Budget de 1900. — Le budget de 1900 a été fixé, en recettes et
en dépenses, à la somme de 5 .576 .000 francs. Parmi les princi
pales recettes nous citerons : la subvention de la métropole, qui
s'élève à 2.176 .000 francs ; les contributions indirectes, 1 . 350. 000 ;
enfin les produits des concessions territoriales, 566.600 francs.
Aux dépenses, les dépenses d 'administration figurent pour
1.367.823 fr . 50 ; l'occupation du Chari pour 1.000 .000 ; la recons
truction de la ligne télégraphique de Loango à Brazzaville entraî
nera , pour l'exercice , une dépense de 400.000 francs ; pour les
travaux publics, il est prévu un crédit de 441.010 francs.

IV . — SITUATION ÉCONOMIQUE

Caoutchouc. — Nous ne pouvons songer à faire ici un inven


taire des richesses en caoutchouc du Congo français. Nous nous
bornons, fidèles au plan de cetouvrage, à faire connaître des do
cuments , rapports , notes, nouvelles , etc ., relatifs à la question et
communiqués au cours de l'année.
Dans la Sangha , le caoutchouc a paru à M . Bonnassiès , adminis
trateur de la région , constituer la véritable richesse du pays. Il
abonde partout. « Jusqu 'ici les indigènes avaient une répulsion
bien marquée pour sa fabrication , et cela tenait à leur façon de la
préparer, très douloureuse et très longue,puisqu 'ils s 'enduisaient
le corps de latex et le laissaient sécher ainsi pour l'arracher
ensuite .» M . Bonnassiès, dit le JournalOfficiel du 1erdécembre, leur
a enseigné que le latex se coagulaitparfaitementdans l'eau chaude
et, depuis lors, tous les indigènes ont commencé à se mettre
sérieusement au travail en utilisant ce système, qui, en dépit de
son caractère primitif, constitue néanmoins un progrès réel sur
l'ancien mode de fabrication .
On trouvera quelquesrenseignements intéressants sur le caout
chouc au Congo , dans la note ci-après, adressée à l'Office natio
CONGO FRANÇAIS 207

nal du Commerce extérieur, par M . Joliet, conseiller du commerce


extérieur. Nous la reproduisons in extenso .
« Aucun essai de culture d 'arbre de liane à latex n 'a été fait au
Congo français par des particuliers ". Le Gouvernement local a
un jardin , à Libreville, où l'on a déjà cultivé plusieurs espèces
d 'arbres et de lianes à latex avec un certain succès. Le lan :lol
phia , ou liane à caoutchouc, existe dans la plus grande partie du
Congo français et produit un latex de première qualité . Il existe
aussi des ficus à latex ; mais la gomme élastique qui en est tirée
est chargée de matières résineuses,et ce produit, quimanque de
nervosité , est poisseux et cassant.
« L 'exploitation des caoutchoucs se fait par les indigènes, qui,
malheureusement, détruisent les lianes au lieu de les saigner,
comme cela se fait au Para et dans toute l'Amérique du Sud.
C'estpour cette raison qu'aujourd'hui il faut aller dans la haute
région du Congo, pour trouver ce produit naturel des forêts
d 'Afrique .
« On estime que le rendement actuel en caoutchouc du Congo
français est d 'environ 1 .200 tonnes, et il n 'y a pas plus d 'un
dixièmede territoire congolais en exploitation .
« Les principaux points à exploitation sont : l'Ogooué, le Setté
Kama, Mayumba , Nyanga, Louango, N 'djolé et Fernan -Vaz,au sud
de l'Equateur ; Gabon , rivière Mouni, Benito , Batah au nord de
l'Equateur .
« Il est de croyance courante que le caoutchouc de Para, quiest
supérieur à toutes les espèces de l'Afrique, doit cette supériorité
au latex de l'hevea , qui serait demeilleure qualité que le latex de
la landolphia . C 'est une erreur ; cette supériorité provient uni.
quement du mode de coagulation ; au Para elle s'opère par la
fumée produite par certaines graines oléagineuses, fumée
qui contient de l'acide nitrique et de la créosote . La gomme
élastique qui s'obtient de cette façon est absolument pure. Tandis
que la coagulation de latex de la landolphia , qui se fait
par le sel, le jus de citron , ou l'alun , laisse beaucoup à désirer ;
à préparation égale , le produitde la Landolphia ,est p !us nerveux et
plus résistant que celui de l'Hevea . »
L 'exportation du caoutchouc, en 1899 , présente , sur l'exercice
précédent, une augmentation considérable , tandis , en effet,
qu 'en 1898, il était sorti de la colonie 578. 201 kilogrammes de
1 . Suivant des informations parvenues à l' Union Coloniale , des essais de cul
tures de lianes à caoutchouc ont été faits par la Société Agricole du Bas-Ogooué.
208 L 'ANNÉE COLONIALE
ce produit, il en est sorti, l'année dernière, 894.466, ce qui
représente un accroissement de 316 .265 kilogrammes.
L 'ivoire dans la Sangha . - Le rapport de M . Bonnassiès,
administrateur de la Sangha, auquel nous avons emprunté un
passage relatif au caoutchouc, contient quelques renseignements
sur la question de l'ivoire , dans la région que ce fonctionnaire
administre . M . Bonnassiès, exprime des craintes sérieuses au
sujet de la production de cette marchandise. « On tue, dit-il, des
éléphants dans la région , au moment de la saison sèche, en
mettant le feu aux hautes herbes. Les chasses donnent, pour
toute la région où elles se font, c'est- à -dire pour tout le long
de la Kadéï, environ 200 éléphants , petits et gros. Il faut compter,
en outre, les éléphants tués dans la forêtdu côté de Bania etsur
tout sur la Kadéï rive droite où nous sommes peu connus. » Il
est à craindre, qu'avec cette exploitation abusive, il n 'y ait,
d 'ici peu d 'années, une diminution considérable , si l'on ne prend
de sérieuses mesures pour ralentir cette auvre de destruction.
Au reste , l'exportation de l'ivoire du Congo français paraît être
stationnaire ; l'année 1899 présente même, sur l'exercice précé
dent,une légère diminution , 101.297 kil. au lieu de 102.407 kil.
en 1898 ( 96 .733 en 1896 et 86.056 en 1897).
Les grandes concessions. — Le régime institué par les
décrets des 8 février et 28 mars 1899 et parlesdécrets et cahierdes
charges types , a été exposé par M . Teissier , dans l'article sur
la mise en valeur du Congo francais, qui figure en tête de ce
volume. Nous n 'y reviendrons donc pas ; mais nous donnons ci
après une liste détaillée et mise à jour, à la date de mai 1900,
des grandes concessions attribuées en 1899 .
LISTE

DES CONCESSIONNAIRES DU CONGO FRANCAIS

114
PERFICIE
.carrés
kilom
SU
en
NOMS SITUATION DATE NOM DE LA SOCIÉTÉ
des

des du et

)1jours
|inois
CONCESSIONNAIRES ET ASSOCIÉS TERRITOIRE CONCÉDÉ SIÈGE SOCIAL

Ritaine-Descamps. . . . . . . . Sanga R . G . entre


N 'Daki et Mobaka . 9 . 350 Société de l'Afrique Franç., 24 , r. des
Petites-Ecuries .
Tréchot frères . ..... .. . . Liknala Mossaka. 36 . 000 | Cie Française du Haut- Congo, 13, rue

wo wo
Grange- Batelière .
Guinnig et Campagne . . . . Gokoula et N ' Daki. 5 .400 | Cie de la Sangha , 41 bis, r . Châteaudun.
Mesta yer . . . . . . . . . . . . Sangha R . G . 9 . 650 | Cie des Produits de la Sangha, 11, r.
Laffite .
Guynet.. . .. . .. . . . Sangha R . G . 5 .040 Soc. de l'Ekela -Sangha, 20 , r. Saint

wo
| Georges .
Nouzaret. . . . . . ... . . . Mamberė R . D . 6 .500 Soc. Coloniale et Agric. de la Kadei
Sangha, 84 , r . Lauriston .
Nicol. Bernain .. . Lobai N 'Ghié . w 33.850 Société de l'Afrique Equatoriale,
| 54 , rue des Petites -Ecuries.
w
Cauvez . . . . . . . ... . Lobai. 32. 400 | Cie des Caoutchoucs et Produits de la
Lobai, 4 , rue Le Peletier .
-

Durand . . . . . . . . . . . . Mamberé R . D . etKadei.|15 | 4 || 13. 050 Société de la Haute- Sangha, 17, rue
Saint-Marc.
Gazengel (1).. .......... Sangha R . D. 15 | 41 12 . 900 Société de la Kadei Sangha, 4 , rue
Le Peletier,
Gazengel (?)... ....... .. Ogooué R . G . 3 . 350 Société de l'Ogooué et N 'Gounié, 4 , rue
| Le Peletier .
Faure et Boutelleau , Des Likuala -aux-Herbes. 55. 1001Cie Française du Congo, 54, rue des
brières . Petites- Ecuries.
Ja ti-Decourcelle . . . . .. . Alima R . D . 15 | 41 20 . 200 ]Société Agricole et Commerciale de
| l'Alima, 6 , rue de Hanorre.
David . . . ... .... ... Entre Lobai et Ibenga . 115 41 3 . 600 Soc. du Baniem bé, 6 , r . de Hanovre.
Siegfried . . . . . . . . . . . . . . . Ibenga . 14 . 200 Soc. de l'Ibenga , 23 , r . Taitbout.
Delineau . . . . Moyen - Sangha. R . D . 3 .600 / Soc. franco - congolaise de la Sangha,
21, rue de Trévise .
Gratry . . . . . . . . . . . . . . . . M 'Poko. 13 . 900 Soc.desEtablissements Gratry M 'Poko,
11 , rue de Pas , à Lille .
‫ܗ‬

Collas . . . ... . . . . . Basse -Sangha. 5 . 100 Société de la Sangha Equatoriale ,


87 , rue Taitbout.
Cousin .. .. .. ..
Cousin . . . . . . . . .
Alima R . D. 8 . 300 /Soc. de l'Alimaienne, 8 , r .Mogada .
Izambert . (Arrêté de substi
tution non encore pris ! . Fernan Vaz . 16 . 500 | Cie Générale du Fernan Vaz , 46 , boul.
Haussmann .
Romaire . . . . .. N 'Kemé et N 'Keni. 1 . 200 Soc. de la N 'Keni et N 'Kémé, 51, rue
des Petites - Ecuries.
‫ܫ‬

Deves . . . . . . . . . . . . . . . . Sette Kama. 23 . 400 Société de la Settékama, 3 , rue des


Moulins .
Vergnes , Linde boom et Cie
et Duvigneau deLanneau . Nyanga . | 26 51 20 . 2001Cie Française du Congo Occidental,
43, rue du Louvre .
Leplus. . . .. . . . .. . . . . .. . Haute N 'Gounie. 1 . 100 | Cie de la Haute - N 'Gounié , ?, rue
| Pasquier.
‫ܗ‬

Monthaye . . . . . . . . . Basse N 'Gounié. 4 . 200 Société des Factoreries de N 'Djole,


55 , r . Auguste - Comte , le Havre.
‫ܗ‬

Cie Française du Congo et Nana Poundé. Cie Commerciale de Colonis. du Congo


des Colonies Africaines . Français, 10 , r . d 'Argenteuil.
Jobet . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ongomo . . 8 . 200 Soc .de l'Ongomo, 80 , r . Taitbout. Paris .
Martin Emile . . . . . . . . . . Mobaye . 8 . 000 |Cie de la Mobaye, 17, r . Tronchet, Paris.
‫ܗܙܢ‬

Remy - Martin , Boule !


Mahieu et Génestal. . . Kotto R . D . 37 . 000 | Cie de la Kotto , 23, rue Taitbout.
De Montserrat , Seguin
et de Brancion . . . . . Kouango R . D . 15 . 300 | Cie du Kouango, R . D ., 2 , r. Pasquier.
La Revelière . . . . .. Kouango R . G . 15 .000 Cie du Kouango, R . G .. ? , r. Pasquier.
Normandin . . . . . . Hante Mambéré . 5 .600 Société non encore constituée.
Bouvier . . . . . . . . . . . . Lefini R . G . 13 . 700 Cie de la Lefini, 54, r . Petites -Ecuries.
Société du Bas Ogooué
(Carimantrand ) . . . . . . . . Bas Ogooué. 161 71 2 .200 Cie Coloniale du Gabon (en formation .
(Décret modificatif du 8 février 1900 ).
Bazenet . . Lagune M 'Banio . 122| 71 Société du Bavili M 'Banio .
OP

Paquier ,Mimerel etkunkler Lagune N 'Goko . Cie de la N 'Goko Ouesso , 11, r . Laffite .
Couvreux, Bouchart, etc . Sultanats . 140 .000| Cie des Sultanats du Haut-Oubangui,
7 , rue de Surène.
Laroche et Robin . . .. . . . Ombella R . D . 612 Cie de l'Oubangui Ombella, 54, rue
des Petites - Ecuries .
De Kergariou . .. . . . . .. . . Ombella R . G . Soc. Bretonne du Congo (en formation :
1900
Flachan (mandataire de Riv . Ocaluné et Nana. |21| 2 Société en formation (Cie de l'Ouahme
De Behagle ) Guinard , et de la Nana) .
Mainard et Ranchet. . . !
CONTRIBUTION
CAUTIONNEM

DOUANE
POSTES
DE
REDEVANCES BATEAUX

aux
CAPITAL OBSERVATIONS
de 1 de 6 de 11 Grand | Petit
à 5 ans à 10 ans à 30 ans modèle modèle

1.000 . 000 4 . 000 6 . 000 9 .000 25 . 000 25 .000

0
2 .000. 000 15 .000 29 . 000 30 . 000 50. 000 30 . 000

0
800.000 3 .000 4 .500 0 .000 20 .000 25 .000
1.500. 000 5 .000 7 .500 10 .000 25 . 000 25 .000
Chaloupes
700 .000 2 .500 3. 200 5 . 000 18 .000 12.500
600 . 000 3.500 5 . 000 7 .000 15.000 15 .000
1.200.000 6 .000 9 .000 12. 000 30 .000 15 .000
2.000 . 000 15 .000 22. 000 30.000 30 . 000 30.000
1.200.000 6 . 000 9 .000 12.000 30.000 20 .000
1.000 .000 7 .500 | 11 . 250 15 .000 25. 000 20 .000
300 .000 2.500 3. 750 5 .000 12.500 »
3. 000 . 000 25 .000 35.000 50 .000 60.000 80 . 000
800 .000 4 .000 6 .000 8 . 000 20.000 15 .000
700 . 000 2 . 000 3 . 000 4 . 0001 18 . 000 15 . 000
1.500.000 5 .000 10 . 000 15 .000 30 .000 15 .000
600.000 3.000 4 .500 6 .000 15.000 15 . 000
1. 200.000 7.500 10 .000 15 .000 30 .000 15 .000
800 .000 4.000 6 . 000 8 . 000 20 .000 20.000
800. 000 4 .000 6 .600 8 . 000 20 .000 15 .000

1. 500 . 000 10 .000 15.000 20.000 20 .000 20 .000


700. 000 2.000 3 . 000 4 .000 20.000 24 .000
1.200. 00 6 .000 9. 000 12.000 20 . 000 20 . 000
2 canots
1.800. 000 11. 000 16 .500 22.500 45.000| 45. 000 à vapeur
900 .000 3 .600 5 . 000 7. 200 11.500 22. 500 6 pirogues à vapeur
600. 000 3 .000 4 .500 6 .000 15 .000 10 .000
1.000 .000 6 .000 9 . 000 12.000 15 .000 12.000
800 . 000 4 . 000 6 . 000 8 . 000 20 . 000 20 . 000
1 .000 .000 5 .000 7 .500 10.000 25 .000 25 .000 10 .000 T.
(télégraphes)
2. 500 .000 19 .000 28 .000 38 .000 60.000 62.500 25 .000 T.
12 . 500 T .
1.175.000] 4 .500 8 . 000 11. 000 27 .500 27 .500
1 . 125 . 000 4 . 500 8 . 000 11.000 27 . 500 27 . 500 12. 500 T.
600 . 000 3 . 000 4 . 500 6 . 000 15 .000 15.000
800 .000 3 .000 4 . 500 6 .000 20 .000 20 .000
300.000 500 1 .500 15 .000 15 .000
400.000 2 .000 3 . 000 4 .000 10 .000 10 .000
1. 250 .000 6 .500 | 9. 500 | 13 .000 ] 28 .000 25 .000 200 .000 T .
11 à 10 ans 11 à 20 ans 21 à 30 ans 3 pirogues 4 canots
9. 000 .000 50 .000 | 100 .000 150 .000 100 .000 50 . 000 en acier de barre
800 .000 1 . 150 2 .500 3.500 10 .000 10 .000
300 000 1. 200 7 .800 2.400 8 .000 8 .000

2.000.000 6 . 000 9 .000 11.000 30 .000 25.000


212 L 'ANNÉE COLONIALE

La colonisation moyenne. — Le décret du 28 mars , relatif au


régime des concessionsduCongo français, laissait au commissaire
général le droit d 'accorder les concessions dont l'étendue serait
inférieure à 10 .000 hectares. Les conditions dans lesquelles le
commissaire général pourra user de ce droit ont été déterminées
par un arrêté en date du 4 avril (1 . 0 . C ., 1er septembre).
Les concessionsont été diviséesen deux catégories (concessions
de terrains propres aux cultures industrielles : cacao, café, caout
chouc, etc., et en concessions de terrains propres à l' élevage et
à l'exploitation des produits naturels du sol – et deux zones
(région côtière : Libreville, Bas Ogooué, Loango ; et région de
l'intérieur : Brazzaville ). L'arrêté détermine le montantdes capi
taux dont chaque demandeur devra justifier ; les charges, clauses
de déchéance, etc.
Les plantations. - Les plantationsde café etde cacao continuent
à se développer; les secondes surtout, le cacao paraissantdonner
des résultats supérieurs à ceux obtenus par le café . Il existait
au 1er janvier 1899, dans la colonie , 300.000 caféiers , 200.000 ca
caoyers, 12.000 caoutchoutiers et 5 .000 pieds de vanille . Voici la
liste des plantations en exploitation à la même date ; nous l'em
pruntons à la notice sur le Congo, qui vient d ' être publiée sous
la direction de M .MarcelGuillemot, commissaire -adjointdu Congo
à l'Exposition universelle de 1900.
Région de Libreville . — Plantation « Armor » à M . H . Jeans
selme, 30 hectares en exploitation , cacao et vanille . Plantation de
Ponta-Mina, à MM . de Balincourt et Sajoux. 10 hectares en exploi
tation , cacao. — Plantation de la Mission catholique : 10 hec
tares en exploitation , cacao , café et vanille . — Plantation de la
« Batavia » à M . Duhard , 4 hectares en exploitation : cacao et
vanille . - Plantation du Lazaret à MM . F . Brandon et Dagot ;
5 hectares en exploitation , cacao et café.
Région de l'Ogooué. – Plantation d 'Achouka, à la Société
agricole et commerciale du bas Ogooué, 100 hectares en exploita
tion , café, cacao et vanille . - Plantations de N 'Djolé , à la Société
de l'Ogooué- N 'Gounié , 40 hectares en exploitation , café et cacao.
Région du Fernan - Vaz . – Plantation de la mission catho
lique : 40 hectares en exploitation (cacao et café).
Région de Mayumba . — Plantation de la Compagnie française
du Congo occidental : 60 hectares en exploitation : cacao , café ,
caoutchouc, etc . — Plantation de la mission catholique, 10 hec
tares en exploitation : café , cacao, caoutchouc et vanille .
CONGO FRANÇAIS 213

Région du Kouilou . – Plantation de la maison Ancel -


Seitz à Touba et à Kakamoëka : 150 hectares en exploitation ;
café et cacao . – Plantation de la N . A . H . V . , à Kakamoëka et à
Touba, 150 hectares en exploitation , café et cacao. — Plantation
de la Société du Kouilou - Viari, à Kakamoëka et à Mangi : 50 hec
tares en exploitation , cacao , café et caoutchouc. - Plantation de
la maison Sargos frères, à Mayamatali, 70 hectares en exploitation ,
café, cacao .
Région du Loango. — Plantation de la V . A . H . V . au Cayo
près de Loango : 150 hectares en exploitation : café, cacao
et caoutchouc.
Région du Nord . — Bata , Benito et Campo. Les indigènes du
Nord de la colonie sont les seuls chez qui un effort sérieux a été
tenté pour la culture du cacao ; le nombre de cacaoyers existant
dans les divers villages de la région du Nord peut être évalué à
5 .000 pieds.
Lo Comité du Commerce et de l'Agriculture . - l ' n arrêté
du 2 mars a institué, à Libreville , un Comité du Commerce et de
l'Agriculture. Ce Comité donnera son avis sur les questions qui
lui seront soumises par l'Administration ; il pourra émettre, de sa
propre initiative , des vaux sur les changements à apporter dans
la législation , en tout ce qui touche aux intérêts agricoles et
commerciaux , sur les moyens de faciliter les transactions par
l'ouverture de voies de pénétration et de communication , enfin ,
d 'unemanière générale, sur tout ce quiconcerne le développement
économique de la colonie . Cette institution n 'est pas nouvelle au
Congo ; on l'avait déjà créée en 1884 ; mais elle était tombée en
désuétude. L 'arrêté du 2 mars lui a donné une vie nouvelle .

Mouvement général du commerce en 1898


francs
Importations. . 4 .844 . 234 dont 1 . 282.500 de la France et ses colonies
Exportations.. 5 .695 .304 - 1.490 .734 pour la France et ses colonies

PRINCIPALES IMPORTATIONS

Les principales importations, d'après les statistiques de 1898 ,


214 L'ANNÉE COLONIALE
portent sur les denrées et marchandises suivantes, classées par
ordre d 'importance :

TOTAUX
MARCHANDISES FRANÇAISES ÉTRANGÈRES
GÉNÉRAUX

francs francs francs

Fils et tissus. . . . 205 .932 1 .691.412 1 .897 344


Ouvrages en métaux. . . . . . . . . . . 231. 789 316 . 078 547 . 894
Boissons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211 . 050 253 . 478 464 . 528
Armes, poudres et munitions. . .. 165 . 943 225 . 317 391. 267
Produits et dépouilles d 'animaux . . .. 79 . 160 140 . 037 242 . 135
Farineux alimentaires . . . . . . . . . . . . . . 63 . 807 111 . 252 189 . 255
Denrées coloniales de consommation . 37 . 485 127 . 709 174 .891
Métaux . . . . . . 7 .195 112 . 215 120 .042
Ouvrages en matières diverses . 41 .675 69 . 063 110 . 738
Produits chimiques . . . . . . . . 15 .877 89 .419 105 . 296
Marbres, pierres, terres, combustibles
irinéraux . . 37. 369 102 .926

Les autres denrées et marchandises, qui concourent à former


le total des importations, sont introduites en valeurs inférieures
å 100 .000 francs .

PRINCIPALES EXPORTATIONS

Produits du cru de la colonie


Pays de destination Quantité , Valeur
kilogrammes francs

Caoutchouc : Angleterre. . . . . . . . . 316 .602 1 . 519 .690


578 . 201 kil. France . . . . . . . . . 155 . 004 744. 028
2 . 275 . 364 francs Allemagne. . . . . . 79 . 993 383. 966
Ivoire : Angleterre . . . .. 20 .132 301. 980
102 . 507 kil , France . . . . . . . . 19 . 625 294 . 375
1 . 536 . 105 francs Allemagne.. .. . . 18 . 211 273 , 165
Ébène :
France . . . . . . . . 1 .047. 433 209 . 486
1 . 396 .556 kil.
Étranger . . . . . . . . . . 349 . 123 69.825
279 . 311 francs
Bois de teinture : I France . . . . . . . . 24 . 362 4 . 142
748 . 148 kil. Étranger . . . . . . . . . . 123 . 044
723. 786
127.186 francs
Noix de palme : 1 . 177
914 .551 kil.
France . . . . . . . . . . . 5 . 346
Etranger . . . . . . . . . . 909 . 205 200. 024
201 .201 francs
CONGO FRANÇAIS 215
Marchandises Provenance Kilogrammes Francs
Café :
57 .660 kil .
| France . . . . . . . . . . . . .. 11 . 744 28 . 772
141 . 267 francs Etranger . . . . . . . . . . 45 .916 112 . 495

Huile de palme : Étranger . .. . .. . .. . 145 . 395 58 . 158


Cacao : France . . . . . . . . . . . ... 4 .794 7 . 048
15 . 569 kil . 10 . 775 15 .838
22 . 886 francs . . . . . . . . .. . .

V . – PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS


8 février. — Rapport au Président de la République, suivi d 'un
décret portant fixation et organisation du domaine public et des
servitudes d 'utilité publique au Congo français ( J. 0 ., 9 février).
28 mars. -- Rapport au Président de la République, suivi d 'un
décret relatif au régime forestier du Congo francais ( J . O . , 2 avril) .
28 mars. — Rapport au Président de la République, suivi d 'un
décret relatif au régime de la propriété foncière au Congo fran
çais ( J. O . , 2 avril).
28 mars. --- Rapport au Président de la République suivi d 'un
décret relatif au régime des terres domaniales au Congo français
( J. O ., 2 avril).
4 avril. — Arrêté du commissaire général relatif au régime des
concessions de terrains domaniaux , d 'une étendue inférieure à
10.000 hectares ( J. 0 . C ., fer septembre).
9 septembre. — Décret complétant le décret du 28 mars relatif
au régime forestier (J. 0 .).

VI. – JOURNAL DE LA COLONIE


Il n 'est publié qu 'un seul journal dans la colonie : Le Journal
officieldu Congo français, qui paraît une fois parmois, à Libreville.
COTE FRANÇAISE DES SOMALIS

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Bornée au nord par le ras Doumeirah sur la mer Rouge et la


Raheita , au sud par le ras Ali, la colonie est située entre
11°58' 04" de latitude nord et 40° 59'54” de longitude est. La
superficie atteint environ 120 .000 kilomètres carrés, et la popu
lation est estimée à 200.000 habitants.
Trois ou quatre courriers par moisappartenant aux Messageries
maritimes, à la Compagnic harraise peninsulaire et à la Compagnie
nationale , unissent Djibouti à la France . Les paquebots mettent
onze jours pour faire les 5 .335 kilomètres qui séparent Djibouti
de Marseille . Les prix de passage varient entre 310 francs et
875 francs, suivant la classe . Djibouti communique télégraphi
quement avec la métropole par le câble d 'Aden , relié lui-même
à la colonie .
La Côle des Somalis est administrée par un gouverneur assisté
d 'un conseil d 'administration dont la composition a été modifiée
par décret (J. O ., 15 octobre). Il est formé actuellement par le
gouverneur, trois fonctionnaires et trois habitants notables.

II. – PERSONNEL
GOUVERNEUR : M . Martineau ;
SECRÉTJIRE GÉNÉRAL : M . Angoulvant.
COTE FRANÇAISE DES SOMALIS 217

III. — SITUATION POLITIQUE


Troubles. — Au commencementde l'année ,la situation politique
de la colonie a paru un moment troublée . Les fer et 4 février, trois
ouvriers italiens étaient massacrés par des Somalis , et par retour
une vingtaine de chameaux et un millier de brebis et de chèvres
razziés et mis en vente permettaient de donner une indemnité
aux parents des malheureuses victimes. Le 22 février , une bande
de guerriers pillards appartenant à la tribu des Issas et composée
de 200 personnes environ , attaqua le camp du kilomètre 62 de
la ligne ; sept Européens furent tués. A cette nouvelle, M . Favard
partit immédiatement avec des renforts importants et organisa
des battues le long de la voie en construction . L 'émoi fut grand
à Djibouti, où chacun s'attendait à être attaqué, d 'autant plus
que les Somalis quittaient en masse leurs paillottes d 'Ambouli.
La répression , peut- être un peu irréfléchie de la partde certains
Européens ( Jugement du tribunal criminel spécial, Journal Dji
bouti, 15 juin ) et surtout de rapides mesures de précaution , ont
rétabli le calme. Les postes du 52 et du 37 kilomètres sont soli
dement armés ; d 'autres postes s 'établissent aux kilomètres 27 ,
.35 , 41 et 46, 300, en même temps que l'administration construit
au 35 un fort et fait débarquer une troupe de 60 hommes de
marine et 150 haoussas. Le 8 avril, le Journal Djibouti publiait une
lettre disant que la ville avait repris sa physionomie habituelle ;
la confiance est revenue . Tout est à l'apaisement aussi dans la
brousse .
Changement de Gouverneur. — Ces événements s'étaient
passés en l'absence de M . le gouverneur Lagarde, retenu à Addis
Ababa par ses fonctions de ministre plénipotentiaire auprès de
l'empereur Ménélick . Ces doubles occupations se nuisaient
réciproquement, et déjà la Commission du budget, par l'organe
de son rapporteur M . Doumergue, l'avait constaté en proposant
de réduire de 150.000 francs le crédit proposé pour la colonie ,
afin que le crédit restant soit exclusivement affecté aux dépenses
nécessitées par la défense , l'organisation et la mise en valeur de
la Côte des Somalis . M . Lagarde conserva donc ses fonctions en
Ethiopie , et le lieutenantMizon futnommégouverneur ; mais son
brusque décès , survenu le 22 mars, laissait le poste vacant une
fois de plus, et le 28 mars, M .Martineau , ancien député de Paris,
Secrétaire général des colonies , était promu gouverneur; le
218 L'ANNÉE COLONIALE
31 avril, il débarquait à Djibouti. Il arrivait juste à point pour
recevoir la mission Marchand , qui, après avoir entièrement ter
miné sa glorieuse traversée de l'Afrique , entrait, le 16 mai, à
Djibouti, où le d ’Assas, qui l'attendait depuis un mois devait la
prendre pour la conduire en France.
L 'administration de M . Martineau , bien que n 'étant pasancienne,
a déjà donné des résultats remarquables. La ville de Djibouti est
formée de divers quartiers que séparaient, il y a peu de temps,
les eaux des marées montantes, les plateaux de Djibouti, du Ser
pent et du Marabout, le village indigène de Boulaos et les
jardins d ’Ambouli ; le 22 septembre, était inaugurée la route entre
le Marabout et le Serpent. Après deux mois de travail, un pont
franchissant le chenal de marée, sur la route conduisant de
Djibouti au plateau du Serpent, était terminé et inauguré le
26 novembre, et, à la fin de l'année, on commençait la route entre
Djibouti et les jardins d 'Ambouli. L 'approvisionnement d 'eau pour
la ville est une des importantes préoccupations du gouverneur.
Au mois d 'octobre a commencé la construction du bâtiment où
doivent être installées, à 7 kilomètres de Djibouti, les machines
élévatoires du service des eaux . La Société industrielle de Djibouti
a construit les puits et réservoirs qui doiventamener l'eau à Djibouti
par un aqueduc souterrain dont la majeure partie est achevée.
Sanatorium . – La peste qui sévissait en Égypte a obligé le gou
verneur local à prendre lesmesures de quarantaine ; mais,comme
aucun bâtiment n 'était disposé à cet effet, la construction d 'un
lazaret a été entreprise sur les plages de Mascali, une des îles
Mouchah. En même temps, préoccupéde la santé des Européens
habitant Djibouti, M . Martineau a arrêté,au kilomètre 90 de la ligne,
l'emplacement d 'une construction qui sera édifiée au commen
cement de 1900 pour servir de sanatorium . Sur cette colline de
900 mètres d'altitude souffle constamment un air pur et vivitiant,
indispensable aux poumons fatigués par la persistante chaleur.
Enfin il faut signaler la construction d 'une nouvelle prison près
du port, à l'entrée de la petite presqu 'île où s' élève l'hôtel du
gouverneur .
Chemin de fer . – Les travaux du chemin de fer, quelque peu
interrompus par les troubles, ont repris avec activité . Un wagon
poseur, installé en juillet, permet deposer mécaniquement 1 kilo
mètre de rails par jour. Les locomotives peuvent atteindre aujour
d 'hui le 526 kilomètre, et les terrassements , au 31 décembre,
étaient presque entièrement achevés jusqu 'au kilomètre 108 ; en
COTE FRANÇAISE DES SOMALIS 219

même temps la mission d 'études pénétrait dans le Harrar pour


reconnaître la voie jusqu'à Addis -Ababa, et le pont du Hol-Holl,
qui doit avoir 148 mètres de long sur une hauteur de pile de
28 mètres , est en voie de construction . Le pont du Chebelé, d 'une
ouverture totale de 156 mètres, qui sert au chemin de fer et aux
piétons, est terminé. Les travailleurs somalis et arabes partent
le lundi matin pour se rendre sur les chantiers . Le Djibouti
(15 avril) donne l'intéressant tableau d 'un de ces départs .
« Les colis à charger pour le ravitaillement des cantines en
combraient les deux côtés de la voie . Pour comble d 'embarras,
des tas de pierres déchargées s’amoncelaientdepuis les bâtiments
en construction jusqu 'au passage à niveau .
« Commentles Somalis et les Arabes parviendront-ils à se hisser
et à se cramponner , par centaines, sur les plates-formes surchar
gées à la hâte de colis de toutes sortes ? On se le demande, avant
le coup de sifflet de la locomotive.
« Mais , dès que le train se met en marche , on constate avec
surprise que tout ce monde- là s 'est serré et s'est assis , on ne sait
comment et on ne sait où .
« Les voyageurs ne sont pas difficiles; ils se contentent de la
moindre place , n 'importe où ; plusieurs enfourchent les tonneaux
vides, rangés les uns sur les autres pour le service des eaux. »
Les fondations de la gare sont terminées, et déjà s'élèvent les
piliers et les autres soutiens métalliques. La question des points
d'eau ne saurait être négligée le long de la route . Aussi, au kilo
mètre 98, un puits a été creusé par les soins du Gouvernement.
Si l'on veut savoir quelles sont les sources de profit pour le che
min de fer, il suffira de dire qu 'en outre du trafic des marchan
dises, la Compagnie, possède, sur les territoires de Ménélik , une
bande de terre large de 1 kilomètre de chaque côté de la voie ;
de plus elle a le monopole du transport de toutes les mar
chandises transitées par la douane de Harrar avec le droit de
prélever une taxe de 10 0 /0 sur la valeur des marchandises qu 'elle
transporte d 'El-Bak à Djibouti. Or la valeur du trafic qui transite
par la douane de Harrar atteint 50 millions.
En attendant l'inauguration du chemin de fer, il était bon de
rendre plus rapides les communications entre Djibouti et Harrar;
la cavalerie de meharis, affectée à ce service , coûtait fort cher et
donnait des résultats peu appréciables; aussi un arrêté du gou
verneur, inséré au Djibouti le 27 mai, a - t-il créé un service de
coureurs à pied, qui a lieu toutes les semaines entre Djibouti
220 L 'ANNÉE COLONIALE
et Harrar et vice versa pour le transport des correspondances. Le
départ de Djibouti est fixé au mardi matin , cinq heures.
Budget. — Le budget pour 1900 , discuté en décembre par le
Conseil d'Administration , a été fixé à 581.500 francs. Le chapitre
des affaires indigènes, par suite de la sécurité de la colonie, a pu

-
- -
être ramené de 240.000 à 130.000 francs ; le chapitre des travaux
publics, par contre , a été porté de 190 .000 francs à 202.000 francs.
Un arrêté du 1er mai a fixé les impôts qui, s 'ajoutant à la subven
tion métropolitaine de 300.000 francs, servent à équilibrer le
budget.

IV . — SITUATION ÉCONOMIQUE

Industrie . – Au point de vue industriel, une minoterie, des


fours à chaux, et une briqueterie ont été édifiés; la Société des
Huîtres et Nacres de la baie de Tadjourah a commencé des
recherches au Goubet-Kharab et aux îles Mouchah , et dans l'in
térieur du pays une mission spéciale explore les richesses
minières qui peuvent s 'y rencontrer.
Caravanes . – De nombreuses caravanes réunissent l'Abys
sinie à Djibouti. Pendant les six derniers mois de l'année,
3 .951 chameaux chargés de marchandises sont partis de cette
dernière ville à destination de Harrar et de Addis-Ababa. Le
15 août, est arrivée à Djibouti la première caravane envoyée par
la mission russe en Ethiopie ; elle se composait de 208 chameaux
portant, entre autres marchandises, 18 . 000 kilogrammes d 'ivoire
brut et 6 .000 kilogrammes de café abyssin .

Cours commerciaux du marché de Djibouti (décembre)


(Thaler : 2 fr. 40. – Roupie : 1 fr . 75 )
Cafés : thaler
Abyssin : la frazla (12h5,700) . . . . . . . . . . . .. 4 et 1 / 2 à 5
Harari 6 et 1 / 2 à 7
Moka - - ... .... 8 et 1 / 2 à 9
Riz : roupies
1 ro qualité : le sac de 75 kilogrammes . . . . . . . 11 et 1 / 2
2e . . .. .. 11 >>
30 - 10 »
Dourah :
Bombay : les 60 kilogrammes 10 »
Dattes :
les 60 kilogrammes . . . . . .... 8 et 1/ 2
COTE FRANÇAISE DES SOMALIS 221

Farine :
roupies
Francaise , les 100 kilogrammes. . .. . . .. . 20 >>
Bombay, les 86 -5,500 .. .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 et 1, 4
Peaux :
Moutons ville : la corgua de 20 pièces.. . .. .. 31 »
Chèvres . . . . .. . . . 31 »
Bouf la frazla de 1245 ,700. . . .. . . .. . . . 7 et 1/ 2 à 8

Mouvement commercial. – Les statistiques commerciales


pour l'année 1899 partent du mois de mai. C 'est seulement à cette
époque que le service de la statistique a commencé à fonctionner
à la Côte des Somalis.
Importations.
O N S . .
. .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 .024 .493 francs
Exportations . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 . 391 . 080 -

Total . . . . . . 4 .415 .573 francs

Importations : Les principaux pays importateurs sont la


France : 1.332 .584 francs ; Aden : 1. 146 .055 francs ; l'Angleterre :
179 .191 francs , et Zeilah -Berberah : 133.123 francs.
francs
Beurre indigène : I d 'Aden . 76 .564
156 . 718 francs i de Zeilah . . . . . . . . . . . 53 . 122
Dourah , 130 .423 francs, d 'Aden . 128 . 865
Farine de froment : 1 de France . . . . 49 . 868
183.103 francs i d 'Aden . .. . .. . . 133 . 237
Riz : 163. 254 francs : venant d 'Aden . . . . . 161. 765
Tissus de coton écrus : , d 'Angleterre . . . 89 . 174
175 . 346 francs i d 'Aden . . 75 . 283
Tissus de coton impri í de France . . . .. 24 . 371
d ' Angleterre . . . . . . . . . . . 56 . 580
més : 141. 160 francs i a d Ad
... 52 .554

Exportations :
Peaux (moutons et chèvres) 60.455 francs ; pour Aden . ... . 49 .610
Civette : l pour la France . . . . . . . . . ..... 66 . 050

286 5, 3 107.650 fr . l pour Aden . . . . 40 .600


Café : 1 pour la France . . . . . . . . 58 . 423
48.002 kg . 67 .327 fr. l pour Aden . . . . . 4 .977
Dents d 'éléphants : i pour la Belgique. . . . . 251 .000
15 .732 kilogr. pour Aden .. . . . 100 .575
393. 300 francs pour la France. . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 .975
Cire brute animale : 11.849 kg valant pour la France . . . .. 23 .670
Or, 31 .682 francs dont pour la France .
Ce . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22 . 010
222 L'ANNÉE COLONIALE
Navigation . – Il est entré dans la rade de Djibouti 107 navires
jaugeant 181. 262 tonneaux ; ces bâtiments se répartissent ainsi
suivant les nationalités :

Français , 79 navires jaugeant 155 .657 tonneaux


Anglais , 27 23 .778
Autrichiens, 1 - - 1 .827

en outre 909 boutres se sont arrêtés à Djibouti, dont:


414 venant de Zeilah
196 - d 'Aden
187 - de Moka

V . – PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS

1er mai. — Établissement des impôts (Djibouti, 13 mai).


9 mai. – Création d 'un Comité consultatif des Travaux publics
(Djibouti, 13 mai).
3 mai. — Création d 'un comité consultatif du commerce (Dji
bouti, 13mai).
13 novembre. – Arrêté, décidant qu 'il n 'y aura plus de con
cessions gratuites à Djibouti (Djibouti, 18 novembre).
29 décembre. — Arrêté , fixant le régime des concessions dans
la colonie (Djibouti, 30 décembre). Il édicte que les terrains con
cédés pour constructions, industries ou cultures, reviendrontà
la colonie après une occupation de cinq, dix , trente ou cin
quante ans, suivant les catégories. Les délais d 'occupation expi
rés, le colon aura la faculté de conserver son domaine en payant
seulement le prix du terrain .

VI. – JOURNAL
Il n 'existe dans la colonie qu 'un seul journal fondé en 1899,
le Djibouti. Nous avons souvent à citer cette feuille , qui ne parle
que des choses concernant la colonie , et qu 'il est nécessaire de
suivre pour se tenir au courant des progrès accomplis à la Côte
des Somalis.
LA RÉUNION

1. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Comprise dans l'archipel des Mascareignes, l'île de la Réunion ,


possession française depuis 1638, est située entre 52°55' et 53° 12
de longitude est et 20° 50 ' et 21° 20 ' de latitude nord . A Saint
Denis, l'heure avance donc de 3h 31'40" sur celle de Paris. Les
terres les plus proches sont l'île de Madagascar, à 71 kilomètres.
environ à l'ouest , et l'île Maurice, à 184 kilomètres au nord - est.
La forme de l'île est une ellipse dont le grand axe, qui a 740 kilo
mètres de la pointe d'Ango à celle des Gallets , va du nord -ouest
au sud -est ; le petit axe de Saint-Pierre à Sainte -Suzanne a
50 kilomètres. La superficie totale est d 'environ 260.000 kilo
mètres carrés, et la population atteint 169.900 habitants.
La colonie est divisée en deux arrondissements : l'arrondisse
ment du Vent, comprenant neuf communes, a pour chef-lieu
Saint-Denis , quiest en même temps la capitale de l'île (30.000 habi
tants ), et l'arrondissement Sous- le - Vent, chef-lieu Saint-Pierre,
qui est formé de onze communes.
Administrée par un gouverneur, la colonie en voie au Parlement
un sénateur et deux députés. Un Conseil général élu exerce les
pouvoirs qui lui sont dévolus par les sénatus - consultes des
3 mai 1854 et 4 juillet 1866 . Enfin une commission coloniale ,
analogue à nos commissions départementales, fonctionne pendant
les intersessions. Les municipalités des vingt communes de la
Réunion sont régies par la loi municipale française.
La Réunion communique avec la France par deux lignes de
navigation : les Messageries maritimes et la Compagnie havraise
224 L 'ANNÉE COLONIALE

peninsulaire de navigation à vapeur. La première a un départ de


Marseille les 10 et 20 de chaque mois ; les départs de la Réunion
ont lieu le 1er et le 17. Le voyage dure environ 28 jours. Le prix
du voyage est de 1 .100 francs en 1re classe , 770 francs en 2° et
415 francs en 3e. En outre, des billets d'aller et retour, valables
pour 9 ou 12 mois , sont délivrés aux prix suivants :

Pour 9 mois, 1re classee .. .. .. . . . . . . . . . . .. .. . 1 .850 francs


200
1 . 300
- - 700
ว-

Pour 12 mois, i re 1 .935


. . . . . .. . . . . . . . 1 . 355
— 3 - 730

La Compagnie havraise péninsulaire effectue un départ par mois,


du Havre, le 255, et, le 8 , de Marseille . Les passagers s 'embarquent
dans cette dernière ville . Le retour a lieu à des dates irrégu
lières. Les prix de passage de Marseille à la Réunion sont de
950 francs en 1re classe, et de 700 francs, en 24 classe, nourriture
comprise dans les deux classes. La Réunion est, en outre , reliée
à Calcutta par la British India Steam Navigation Cº ; les départs
ont lieu toutes les quatre semaines. L 'époque habituelle des
affrètements pour l'Europe est de janvier à septembre .
Une belle route de ceinture fait tout le tour de l'île et réunit
entre elles les villes situées sur le bord de la mer ; d 'autres routes
coloniales et communales font communiquer entre elles les com
munes de l'intérieur.
Une voie ferrée, de 1 mètre de large et de 127 kilomètres de
long, joint les villes de Saint-Denis, de Saint- Pierre et de Saint
Benoît. Enfin un télégraphe, appartenant à une compagnie pri
vée , relie les mêmes communes.
La Réunion se trouve mal partagée en ce qui concerne ses
communications télégraphiques avec l'extérieur, par suite de
l'absence d 'un câble la reliant au réseau général; la question a
été résolue, en 1899, en faveur de la pose d 'un câble sous-marin.

II. – PERSONNEL

REPRÉSENTATION AU PARLEMENT :
SÉNATEUR : M . Drouhet.
Députés : MM . Brunet etde Mahy.
LA RÉUNION 225
GOUVERNEUR : M . Beauchamp.
SecrétaIRE GÉNÉRAL : M . Campenon, secrétaire général par
intérim depuis le 17 mai.
Cuers DE SERVICE : MM . Madre, procureur général (service judi
ciaire); Mange, commissaire-adjoint (service administratif) ; Mer
veilleux,médecin principal (service de santé ); Soinoury, trésorier
payeur; Chenagon , chef de bataillon , commandant des troupes ;
Peyron , inspecteur de fre classe (enregistrement) ; Crémazy , ins
pecteur de fre classe (douanes) ; Bédier, inspecteur de 1re classe
(contributions directes) ; Armanet (postes et télégraphes); Naturel
(ponts et chaussées ) ; Kerourio , sous- inspecteur (eaux et forêts ) ;
Mounier , proviseur du Lycée (instruction publique) ; Mer Fabre,
évêque ; Le Boucher (immigration ).

III. – SITUATION POLITIQUE

Changement de gouverneur. — Il convient tout d 'abord de


signaler le départ de l'île de M . le gouverneur Beauchamp, qui
est rentré en France. Ce départ a créé dans l'administration de
la Réunion une situation provisoire . En effet M . Édouard Petit,
secrétaire général, a exercé depuis le 17mai les fonctions de
gouverneur par intérim , et M . Campenon , celles de secrétaire
général par intérim ' .
Modifications territoriales. -- Un des derniers actes admi
nistratifs de M . Beauchamp avait été de promulguer, le 10 avril,
la loi du 20 février, érigeant en communes de plein exercice les
districts de Salazie et de la Plaine des Palmistes.
Conseil général. - En outre de la session ordinaire de juillet, le
Conseil général a tenu deux sessions extraordinaires, le 26 mars
et le 11 novembre. Nous allons prendre ces trois sessions par
ordre chronologique . L 'arrêté de convocation du 14 mars fixait
ainsi l'ordre du jour de la première assemblée : 1° demandes de
crédits supplémentaires pour travaux de réfection et pour sub
vention et secours nécessités par le cyclone du 6 mars ; 2° régle
mentation du régime des spiritueux et des tabacs, transport des
mélasses; 3º modifications au tarif d 'octroi de mer ; 4° demande
de subvention pour création d 'un jardin métropolitain de cul
tures coloniales ; 5° attribution du legs Bellier.
A la suite d 'une difficulté de formes, survenue entre le Prési

1. M . Beauchamp est retourné à la Réunion au commencement de l'année 1900 .


15
226 L 'ANNÉE COLONIALE

dent du Conseil général et le Gouverneur, le Conseil vota une


proposition de M . de Rolland affirmant l'existence du Bureau
pendant les intersessions. La question fut ensuite portée devant
le Conseil d 'État, après annulation de la délibération par le Gou
verneur, le 10 avril.
Le Conseil général a adopté à une forte majorité le projet de
réglementation sur les tabacs, présenté par l'administration, ainsi
que le projet dedécret portant coordination de la législation des
sirops, mélasses et sucres de basse qualité. Il a ensuite voté à
nouveau le projet de réglementation des spiritueux, déjà adopté à
la session d 'août 1898 , en modifiant les trop rigoureuses sanc
tions pénales qu'il contenait primitivement, et abaissé à zéro les
droits d 'octroi de mer sur les liqueurs et les tabacs fabriqués.
Cette première session s'est close le 30 mars.
La session ordinaire du 22 juillet, en partie consacrée à l'exa
men et au vote du budget pour 1900, a établi ce budget par des
recettes et des dépenses égales de 5 .430.300 francs ; parmiles
dépenses, figurent, pour 145.576 francs, les contingents de la
Réunion aux dépenses de la Métropole , fixés par la loi definances.
Le total des recettes propres au service local a été évalué à la
somme de 4 .048.700 francs, toutes réserves faites par le Secré
taire général.
La discussion du budget a permis de constater que tous les tra
vaux publics , prévus au plan decampagne pour 1899 n 'avaientpu
être exécutés par suite de la pénurie de main -d 'ouvre. Le manque
d 'ouvriers résulte principalement de l'exode de réunionais qui a
lieu sur Madagascar, à un tel point que des bâtiments en cons
truction appartenant à la colonie ne peuvent être achevés faute
d 'ouvriers.
Le Conseil général a également discuté et approuvé le cahier
des charges du chemin de fer du Brulé et délibéré sur un projet
de décret établissant un nouveau mode d 'assiette de perception
des patentes.
Dans la session extraordinaire, ouverte le 11 novembre, le Con
seil a discuté les questions qui lui étaient soumises par l'arrêté
de convocation : 1°demandes de crédits supplémentaires pour les
dépenses sanitaires (120.000 francs); 2° subvention pour la pose
d 'un câble reliant la colonie au réseau général télégraphique
(75 .000 francs) ; 3º modifications à apporteraux projets dedécrets
concernant le régime des spiritueux et l'octroi de mer; cette
dernière partie déjà votée par le conseil général dans la session
LA RÉUNION 227
demars n 'ayant pas été complètement approuvée par le Dépar
tement.
Travaux publics . – Pendant l'année , et malgré le manque
de main -d 'ouvre, les travaux publics ont reçu une vigoureuse
impulsion . Voici comment s'exprime, à ce sujet, le Journal de
l' Ile de la Réunion dans son numéro du 13 avril :
« L 'estacade de Saint-Paul est déjà en voie d 'exécution. Elle
aura pour résultat de maintenir à son niveau normal les eaux de
l'Etang et de rendre aux riverains des terres fertilisées par les
limons ou autres détritus végétaux. Concurremment à l'estacade
de l'Étang, le service des Ponts et Chaussées entreprend la
réfection des ponts et des routes plus ou moins endommagés
par le cyclone du 6 mars.
« L 'école professionnelle est sur le point d 'être achevée . Il n 'a
pas fallu moins d 'une année pour la terminer. Enfin nous espé
rons voir commencer dans ce trimestre les travaux du nouvel
hôpital colonial du Camp-Ozoux. En dernier lieu , il faut s'at
tendre , dans un avenir très prochain , à voir également com
mencer les travaux de la canalisation , pour lesquels il vient
d 'être voté la somme rondelette de 350 .000 francs. Cette somme
servira , comme on le sait, à l'amenée de l'eau au moyen d 'un
tunnel jusqu 'au plateau du Camp-Ozoux, pour de là être distri
buée, par les soins et aux frais de la municipalité , au moyen
d 'une seconde canalisation .
- « Voilà donc beaucoup de travaux en perspective. Il n 'est pas
douteux qu 'ils n 'amènent au sein de la population ouvrière une
aisance relative ; c'est un point de vue que nous sommes très
heureux de constater. »
En outre de ces divers travaux , on a commencé la construction
d 'un pavillon d'isolement au lazaret de la Grande-Chaloupe, et de
deux ponts métalliques sur les ravines de Manapany et du Grand
Etang, pour remplacer deux ponts en bois . Deux rectifications
importantes de routes nationales ont été continuées, ainsi que la
construction d 'une station sanitaire à la pointe des Gallets , pour
la désinfection des provenancesdes pays contaminés ou suspects ;
enfin on a commencé les études d 'un projet de route carrossable
pour relier Saint-Louis aux Eaux thermales de Cilaos. Quant à
l'hôpital colonial dont parle le Journal de la Réunion, le 13 mai
ont eu lieu les adjudications des matériaux et objets nécessaires
à sa construction ; le 20 mai, les terrains étaient expropriés.
Chemin de fer. – Le chemin de fer a transporté , en 1898,
228 L 'ANNÉE COLONIALE
281.339 voyageurs. Le mouvement du trafic , qui comprend les
bagages, les colis de grande et de petite vitesse, les marchandises
d 'importation et d 'exportation , s'est élevé à 54.866 tonnes, soit un
produit total de 1 .173. 486 francs.
· Les Marines. — Au sujet du Chemin de fer, continue à se
poser la question des Marines, c 'est-à -dire de ces établissements
de débarquement et de magasins privés, installés sur le domaine
public maritime, et qui ont formé, jusqu 'à la construction du
chemin de fer et du port de la Réunion , le seul outillage dont
disposait le commerce maritime de l'île pour ses transactions
commerciales. M . Le Hérissé, dans son rapport du budgei annexe
du Chemin de fer et du Port de la Réunion pour 1900, propose le
rachat des Marines, afin de supprimer leur concurrence dange
reuse et d 'augmenter ainsi le chiffre des recettes de cette insti
tution ; le budget métropolitain se dégrèverait ainsi peu à peu de
la subvention de 2 .500 .000 francs environ , qu 'il consacre , chaque
année, à assurer le service des obligations du Chemin de fer et
du Port.
Postes. — Les relations postales avec la Métropole et les
autres colonies françaises ont été rendues moins onéreuses par
le décret du 26 décembre 1898, qui leur applique le tarif postal
métropolitain , à partir du 1er janvier 1899.
Ranavalo . — Enfin signalons, parmiles événements politiques
intéressants, le départ de la Réunion ,pour Marseille et Alger , de
l'ex- reine de Madagascar, Ranavalo , qui s 'est embarquée,le 2 fé
vrier, sur le Yang-Tsé .

IV . – SITUATION ÉCONOMIQUE

Deux fléaux, un cyclone et la peste, qui, durant l'année 1899,


se sont abattus sur l'île , ont singulièrement diminué l'essor éco
nomique de la colonie.
Cyclone. — Le 6 mars, un cyclone d 'une grande violence dé
vastait une partie de l'île . A Saint-Denis , de dix heures du matin
à sept heures du soir , le vent ne cessa de souffler en rafales,
accompagnées d 'une pluie diluvienne; dans la ville , quelques mai
sons furent renversées par le choc du vent, tandis qu'un éboulis
brisait le canal qui alimente Saint- Denis d 'eau douce. La capitale
a été, somme toute , épargnée ; mais, par contre, certains quar
tiers de l'ile ont bien souffert. A Sainte -Rose , les vanilleries ont
LA RÉUNION 229

été horriblement maltraitées, beaucoup de cases renversées, les


cannes à sucre, les arbres déracinés ; à la Ravine -Glissante, l'usine
à sucre a été en partie détruite , ainsi que les cases des immi
grants; dans les Plaines des Palmistes, plusieurs personnes, en
fuyant, ont trouvé la mort.
Les ravages causés par cet ouragan ont nécessité , le 8 avril,
l'ouverture à l'administration locale d 'un crédit supplémentaire
de 234 .260 francs pour réparer les dégâts commis aux édifices
coloniaux et municipaux ; sur cette somme, 44 .670 francs ont été
distribués comme secours aux victimes les plus nécessiteuses.
Conséquences du cyclone. – Depuis 18 ans, la Réunion
n 'avait pas été visitée par une pareille bourrasque ; aussi, en outre
des ruines nombreuses accumulées par elle, il en est résulté de
déplorables conséquences économiques, qui ont lourdement pesé
sur la masse. Le prix des provisions de bouche s'est élevé à un
chiffre jusqu 'alors inconnu. Le Journal de la Réunion du 19mars
se fait l'écho des plaintes des consommateurs. « La viande de
porc est devenue inabordable , et celle de beuf est toujours à
quatre -vingts centimes la livre. Les haricots rouges se vendent
quarante centimes la livre au lieu de 0 fr . 20 ou 0 fr . 25 , comme
auparavant ; les lentilles 0 fr . 25 au lieu de 0 fr. 10 .. . On n 'obtient
que trois tomates pour cinq centimes; le reste est à l'avenant. »
Les agriculteurs se plaignent, eux aussi, des conséquences du
cyclone, et une lettre adressée de Saint-Denis résume les do
léances de l'agriculture ' : « Les récoltes se ressentiront toutes
du cyclone. Les appréhensions qu 'on avait eues en première
heure se confirment malheureusement presque toutes. La récolte
du café a été gravement compromise ; ce n 'est pas la seule ; on
cite celle de la vanille, qui est bien réduite aussi ; il n 'y a pas
jusqu'au manioc qui subit, au champ et à l'usine, un grand défi
cit. Quant à la canne, on avait pensé que les pluies suivies et la
chaleur tardive auraient réparé en grande partie les dégâts du
cyclone ; mais il paraît que ces pluies et cette chaleur, en entre
tenant la végétation , ont retardé la maturité , et les vesoux, dans
les usines qui ont commencé leur coupe, sont d 'une bien mé
diocre densité , de même que le rendement au champ n 'est pas
des plus beaux . Par contre, les plantations de maïs et d 'autres
plantes vivrières, faites après le cyclone, promettent des récoltes
magnifiques . »

1. Quinzaine coloniale, 10 septembre 1899, p .544.


230 L 'ANNÉE COLONIALE
Cependant les plaintes ont peut-être été un peu exagérées, si
l'on compare les résultats de la campagne sucrière de 1898 -1899
à ceux de la période correspondante en 1897- 1898 .
Production du sucre. — Le total des exportations de la cam
pagne 1898- 1899 s'élevait , au 31 juillet, à 39.485 .292 kilogrammes,
dont 39.401.350 à destination de Marseille, et 83.942 kilogrammes
à destination de Madagascar. L 'année 1897 n 'avait donné que
35.239.464 kilogrammes à l'exportation , dont 35.198 .262 kilo
grammes pour Marseille.
Cannes à sucre . - Trente mille hectares sont cultivés en
cannes à sucre, et les planteurs essaient d 'obtenir des cannes plus
riches et, par conséquent, d 'un rendement plus élevé à l'usine.
Tabacs. – Les tabacs sont surtout consommés dans le pays;
de sérieux efforts sont tentés pour améliorer les espèces et les
faire accepter par la Régie française. Les tabacs de la Réunion ,
préparés sous des formes diverses, figurent à l'Exposition .
Cafés . — Les cafés Liberia et le café Leroy se restreignentde
jour en jour ; ils sont remplacés par le café d 'Arabie, le nombre
de plants de ce dernier distribués au Jardin d 'Essai augmente
dans une forte proportion ; 50.000 plants de cette variété ont été
délivrés aux planteurs en 1898. Enfin des semences nouvelles
venant de Ceylan, de la Nouvelle -Calédonie et d 'Abyssinie ont été
introduites pour régénérer les caféières. Les dernières semblent
donner les meilleurs résultats .
Ramie. – La ramie, introduite à la Réunion par M . Richard ,
directeur du Jardin botanique de Saint-Denis , est surtout cultivée
à la plaine des Affouches (1 .250 mètres d 'altitude ).
La ramie , laissée à elle-même, se développe rapidement et
devientun arbuste qui, dans ces conditions, ne fournit que très
peu de tiges propres à l'extraction de la fibre . Pour obtenir des
tiges susceptibles de fournir des fibres longues et soyeuses, il
faut absolument soumettre le végétal à une taille raisonnée, de
façon à forcer la souche à émettre des drageons en très grand
nombre . La taille de la ramie doit se faire au ras du sol. Au bout
d 'un an , une plantation de bouture de 10 centimètres de long
est susceptible de fournir des tiges pouvant être travaillées. Les
résidus de la plante constituent également un excellent engrais.
Ainsi cultivée, la ramie peut donner un rendement lucratif en
fibres pendant une dizaine d 'années. Dans de bons sols , arrosés
fréquemment par des pluies, ou pouvant être irrigués, on peut
facilement compter sur quatre et même cinq coupes par an . Pour
LA RÉUNION 231

obtenir de bons rendements, il faut couper les tiges à une époque


déterminée .
La seule machine que l'on ait employée à la Réunion pour
décortiquer la ramie à l'état sec est la machine Rolland ; mais
malheureusement elle n 'a pas donné les résultats qu 'on atten
dait. Le rendement en fibres était trop faible pour qu 'on pût
continuer à s 'adonner à l'exploitation de la ramie. Cependant
quelques échantillons de fibres préparées ont été expédiés en
Europe et reconnus d 'excellente qualité. La culture de la ramie
est pourtant très rémunératrice , car non seulement la plante
fournit des fibres de première qualité, mais aussi les feuilles
constituent un excellent fourrage pour les bovides et les
ovidés. M . Régnaud , pharmacien en chef de la Marine, qui s'est
occupé de la culture de la ramie , affirme qu 'il a obtenu un ren
dement de deux kilos et demide fibres blanches et imitant la soie ,
par cent kilos de tiges,munies, bien entendu , de leurs feuilles.
En somme, si, comme l'annoncait tout dernièrement la Revue
des Cultures coloniales, on trouvait le moyen pratique de décorti
quer la ramie à l' état vert, ce serait, pour les colonies françaises
et particulièrement pour la Réunion , où la ramie croît sans soins,
une bonne fortune 1.
Production nouvelle. - Une nouvelle production textile ,
peut-être destinée à devenir la rivale de la paille chou -chou , a
fait cette année son apparition dans la colonie ; M . J. Delon a
réussi, en effet, à extraire de la partie médiane des feuilles de la
canne à sucre, une paille légère, souple ,solide, d 'un blanc brillant
et velouté, que l'on a déjà utilisé pour la fabrication des chapeaux .
Les cultures à Cilaos. — Le Journal de l’lle de la Réunion va
nous donner l'état des cultures dans la région des plateaux, à
Cilaos, où se trouve une station thermale appartenant à la colo
nie 2. « Les terres qui forment le sol arable de Cilaos sont d 'une
fertilité extrême. Formées par les débris des roches du massif
ancien de l'île , leur teneur en potasse est en général très consi
dérable , et c'est à cet élément qu'elles doivent en grande partie
leur supériorité bien reconnue. Un autre élément doit encore
contribuer à leur fertilité, c 'est le minerai connu sous le nom
d'apatite , qui n 'est autre chose que du phosphate de chaux qui
se rencontre dans les laves anciennes aussi bien que dans les

1. Feuille de Renseignements de l'Office Colonial, 1er janvier 1900 .


2. Journal de l'le de la Réunion , nº des 26 et 27 mars.
232 L 'ANNÉE COLONIALE
modernes . Le sous- sol est composé de conglomérats et de brèches
variées, comprenant des fragments de toutes les roches basal
tiques en voie de décomposition . Exposées à l'action des agents
atmosphériques, ces roches décomposent très vite .
Dans cette terre de promission , où les mauvaises herbes qui
encombrent les champs du littoral ne poussent même pas, en
raison de la grande altitude du lieu , le travail de la terre est des
plus élémentaires. La terre, préparée à la pioche et à la gratte,
reçoit la semence ; le propriétaire du sol n 'a qu'à donner deux
coups de gratte pour le maïs, un pour les haricots , et il peut
ensuite attendre la récolte . Jadis on disait qu 'une livre de len
tilles et une de haricots rendaient le centuple .
Les cultures les plus répandues sont : la culture des lentilles,
du maïs, des haricots rouges, blancs et noirs, des petits pois, des
pommes de terre, du tabac, des patates douces, du café. Les
lentilles se sément en avril et se récoltent en septembre . Le maïs ,
semé en août, est récolté en janvier et février. Les haricots
donnent deux récoltes par an ; on les sème, en mars et en sep
tembre , dans le maïs . Les petits pois se sément à partir du mois
de janvier jusqu'en juillet; une partie est consommée sur le
plateau , l'autre exportée à l'élat de petits pois secs.
Parmi les produits naturels du sol qui sont utilisés, il faut
citer : les chouchoutes que l'on trouve partout, les songes, qui ne
poussent que dans les nouveaux défrichés. Les pommes de terre
produisent à l'état sauvage dans l'île des Salazes et donnent
deux récoltes par an . Les patates douces sont aussi cultivées
avec succès.
Autrefois ces cultures rendaient cent pour un ; mais aujour
d 'hui les temps sont bien changés ; l'épuisement du sol, auquel
on ne restitue jamais sous forme de fumier ou d 'engrais les élé
ments qu'on lui emprunte, s'accentue tous les jours. Les plus
riches propriétaires, qui ont des terres en quantité suffisante ,
les laissent reposer et les couvrent avec l'antaque ; ils emploient
aussi quelque peu de fumier, fourni par les bæufs qu'ils pos
sèdent ; mais les petits propriétaires, en plus grand nombre ,
cultivent leur lopin de terre à suivie, et en retirent bon an , mal
an ,ce qu'ils peuvent. Ne nous étonnons donc pas, si, aujourd'hui,
l'on nous dit que, depuis deux ans, grâce à la sécheresse, aux
oiseaux granivores, aux chenilles noires , on n 'a fait que des
récoltes insignifiantes, et si les lentilles et les haricots de Cilaos,
très appréciés par les habitants du littoral, ne se présentent
LA RÉUNION 233

plus qu 'en quantité minimesur le marché. En 1881, le cirque avait


encore exporté 25.000 kilogrammes de lentilles et40.000 deharicots.
L 'îlêt à Corde est l'un des plus fertiles du district ; on y cite
une propriété de 72.000 gaulettes (soit 170 hectares), qui donne
annuellement un bénéfice net de 12.000 francs à son heureux
propriétaire : on y cultive le tabac et le café. L 'îlêt à Calebasse
donne aussi de beaux revenus.
Le maïs est la base de la nourriture des habitants et sert aussi
à élever les animaux . La récolte en est aujourd'hui insuffisante ;
peu de propriétaires font leur consommation , et un plus petit
nombre encore en ont assez pour en céder. On y supplée par
l'importation du riz, généralement préféré d 'ailleurs comme base
de l'alimentation , mais qui coûte cher. Le transport d 'une balle
de riz grève cette denrée de 9 francs par balle.
Le tabac était autrefois cultivé dans tout le cirque ; mais,aujour
d 'hui, on ne cultive cette plante pour l'exportation que dans
l'îlêt à Corde.
Le café a été cultivé par les premiers occupants du Cirque ; on
voit encore, à la Mare sèche,des pieds de café Leroy qui ont plus
de soixante -quinze ans, au dire des connaisseurs. Cette culture,
très répandue , donna de beaux résultats ; mais l'hémiléïa est
venu détruire les principales caféries; on n 'en trouve plus au
jourd'hui que dans les îlets de Saint-Paul, à l'îlêt à Corde, à l'îlet
à Calebasse, et c'est à peine à 25 balles que l'on peut fixer la
production totale du Cirque.
Les fruits sont rares. Les bibasses viennent bien à la Mare; les
bibassiers croissent en abondance dans les îlêts. Sur le plateau , on
trouve des fraises en abondance , une sorte de mûre qualifiée de
framboise. On y a introduit l'abricotier, le pommier, le poirier ;
ces arbres donnent des fruits de médiocre qualité. Le cognassier
produit beaucoup .
Tous les légumes d 'Europe peuvent être cultivés et donnent de
beaux rendements ; cependant la chenille noire leur fait beau
coup de mal et aussi une mouche qui pique les citrouilles et les
chouchoutes. Le cresson abonde dans les rivières.
On ne trouve dans le Cirque, en fait de bestiaux , que des bæufs
dont le nombre peut être évalué à 500 environ . La plupart sont
nés dans le pays ; ces bæufs sont petits et robustes . Entraînés
dès leur bas âge, ils font d 'excellents porteurs pouvant transpor
ter 100 à 200 livres de marchandises, à raison de 0 fr . 06 la livre .
Les cabris sont rares, les moutons le sont davantage encore.
234 L 'ANNÉE COLONIALE
Les porcs sont très abondants . Leur chair est généralementde
bonne qualité ; cependant il n 'est pas rare d 'en trouver qui soient
ladres ; leur viande est mangée volontiers par le plus grand
nombre,après avoir été cuite .
Pas de gibier, si ce n 'est quelques poules d 'eau dans les étangs
du plateau. Les volailles sont en très grande quantité : une petite
volaille coûte i franc; une poule mère, i fr. 25 à 1 fr . 50 ; un
beau dindon , de 5 à 6 francs; un canard , 1 fr . 50 à 1 fr . 75 ; un
euf de poule 0 fr. 10. Cilaos fournit beaucoup de volailles pour
l'exportation . »
Miel. – La Réunion a produit, en 1899, environ 12.000 litres
d 'un miel d 'excellente qualité ; mais peu de soins sont donnés
aux abeilles ; aussi un tiers de miel doit - il être considéré comme
perdu . Sur les 8 .000 litres restant, 2 .000 proviennent d 'abeilles
domestiques ; le reste est enlevé aux abeilles sauvages par des
procédés barbares. Le miel se vend entre 1 franc et 2 francs le
litre ; la cire varie entre 2 francs et 3 francs le kilogramme.
Station agronomique . - Signalons enfin le vote par le Conseil
général, dans sa séance du 18 août, d 'une somme de 14.000 francs
accordée à la Chambre d 'agriculture pour la création d 'une sta
tion agronomique. Le jardin d 'essai sera établi à la Providence
dont le terrain a déjà servi à des essais agricoles.
Peste . — Les annales de la Réunion pour 1899 sont remplies
par la crainte de la peste. Cette terrible maladie exerçait, depuis
plusieurs mois déjà , ses ravages dans l'Inde anglaise, lorsqu'elle
vint s 'abattre sur l'île Maurice et, le 2 février, un arrêté était
promulgué portant prohibition des provenances de Maurice,
Faussepointe , Calcutta et le littoral intermédiaire de ces deux
derniers ports déclarés contaminés ; une quarantaine de vingt
jours était imposée aux navires en provenant. Les conséquences
de cet état de choses se firent rapidement sentir , et, le 4 février,
le vapeur Irénée, qui alimentait la colonie de beufs , deux fois par
mois , fut obligé de repartir sans avoir pu débarquer son charge
ment. Par contre, les entraves mises aux relations entre la Réu
nion et Madagascar étaient supprimées par l'arrêté du 30 mars,
rapportant ceux du 31 novembre et du 7 décembre 1898, qui
déclaraient suspects Madagascar et ses dépendances.
La peste était pendant ce temps en recrudescence à l'île Mau
rice , et la situation de la colonie anglaise devenaitmenaçante ; en
outre, le décret du 31 mars 1897 portant règlementde police sani
laire maritime dans les colonies françaises se trouvait insuffisant,
LA RÉUNION 235

car il ne comprend pas les grains parmi les niarchandises sus


ceptibles de transmettre les maladies contagieuses. Aussi, le
20 mai, le gouverneur, M . Petit, interdisait l'entrée de toutes les
marchandises de l'île Maurice, sauf les pièces de machines désin
fectées. L 'épidémie ne devait pas moins faire son apparition à la
Réunion et, le 18 juillet, le premier cas suivi de décès était cons
taté à Saint-Denis . Le Dr Thiroux , directeur du laboratoire bacté
riologique de Tananarive, avait déjà conclu « à l'existence d 'une
peste endémique dont la rigueur se trouverait singulièrement
atténuée par le long espace de temps (soixante ans environ ) qui
se serait écoulé depuis son introduction dans l'île ' ».
Aussi un arrêté du 19 juillet prescrivait des mesures d 'isole
ment pour les malades, les habitants de la maison , les voisins
immédiats et ceux qui les auraient soignés ou qui auraient com
muniqué avec eux. Le Journal officiel du 21 juillet indiquait les
mesures prophylactiques à prendre contre le fléau .
Le 19 septembre, le port de Tamatave était déclaré contaminé
et, par retour, le gouverneur de Madagascar faisant savoir , le
18 octobre, que les marchandises de la Réunion à destination de
la grande île devraient être accompagnées de certificats officiels
de désinfection . Les marchandises susceptibles étaient prohibées
(drilles, chiffons, literie, vieux habits , effets à usage, cuir vert,
peaux , graines pour semences, légumes secs) .
Comme conséquence de la peste , à Maurice, le gouverneur de
cette colonie, pour couvrir les dépenses occasionnées par cette
épidémie , a augmenté tous les droits perçus à l'importation par
la douane de Port-Louis de 10 0 / 0 pendant l'année 1899 ; cette
augmentation fut portée à 20 0 /0 par ordonnance du 12 juillet.
Ce n 'est que dans les tableaux statistiques pour 1899 que l'on
pourra s'apercevoir du trouble apporté aux relations commer
ciales de la colonie avec l'extérieur.
Statistiques commerciales. — Les statistiques commerciales
pour 1898 font ressortir les chiffres suivants :

France Colonies françaises Etranger Totaux

francs francs francs francs


Importations . . . . . . 10 . 147 . 720 2 . 720 .468 6 . 897.080 19 . 763. 268
Exportations . . .. . . 18 .090 . 838 578 .676 378 .313 19 .027.859
Totaux . . . . . . 28 . 238 .558 3 . 299. 144 7 . 255.423 38 . 793 .125

1 . Journal officiel de la Réunion, 28 juillet.


236
L 'ANNÉE COLONIALE
IMPORTATIONS
Marchandises Provenance Quantite Valeurs

kilogrammes francs
Riz :
| Colonies françaises. 8 .120 . 809 2. 271 . 215
22 . 163.206 kilogr.
Etranger . . . . . . . . . . . . 042 ..397
14 .042 397 3 . 931.616
6 . 202 .831 francs .
Saindoux : Etranger . . . . . . . . . . . 558 .839 1 . 117.679
760 . 772 kilogr . France . . . . . . . . . . . . . 199 . 283 398,567
1 .521 .546 francs Colonies françaises . 2 .650 5 .300
Morue : France . . . 982 .469 594 ,611
Farine de froment :
| France . . . . . . . . . 310 .427 151 .764
1 .032. 948 kilogr. 348. 399
500 . 163 francs Autres pays . . . . . . . . 722 . 521
Beufs vivants : Colonies françaises. 3 .430 343 .000
Grains : Etranger . . . . . . . . . . . 1 . 316 . 970 464. 837
Vin ordinaire : France . . . . . .. . . . . . . 2 . 563. 4044 1 . 281 .733
Bière : France . . . . 232. 2401 232 .240
Tissus de coton : France . . . . . . . . . . . . 1 . 337 . 461
1 . 349 . 976 francs Autres pays À 12.515
Engrais chimiques : France . . . . . . . .. . . . . 555 . 764
Ouvrages en fer : ( France 380 .428
381.817 francs Etranger . . . . . . . . . 1 .389
Machines : France
ce . . . . . . . . . . . . . 155. 233
í Etranger . . . . . . . . . . .
À

259 . 702 francs 104 .461


Houille : Fra ce . . . . . . . . . . . . . 4 . 321 . 355 216 .067

EXPORTATIONS

Marchandises Destination Kilogrammes Francs

Sucre : France 31. 305 . 556 8 .816 .522


31. 418 . 913 kilogr . Colonies françaises . 113 . 308 34 .720
Etranger . . . . . . . . . . . .
IIII!

8 .851 .254 francs 49 12


Vanille , 1rº qualité France . . . . . . . . . . . . . 78. 801 3 . 468. 219
- 2º — 24 . 895 903 . 903
- 30 - . . . .. . . .. . . 24 . 076 678 . 971
Vanillon , 1ro qualité . . . . . . . . . . . 20 . 263 682 .330
- 20 - 16 . 083 371 .146
Vanille fend fro qual. 12 . 133 446 .916
- 2º — 10 .157 269.275
Vanille et vanill. rebut 14 . 100 72.999
200 .508 kilogr.
6 .883 . 799 francs
1 . 320 . 3661 660 . 183
Rhum :
Colonies francaises.. 603. 304" 301.652
1 . 924.647 litres 9201 460
962 . 324 francs ( Maurice .
Autres pays . . . . . . . . 571 29
Essences de géranium )
et autres : France . . . . . . . . . . . .. 16 .139 609 .504
16 . 337 kilogr. Autres pays . . . . . . . 198 5 . 940
615 .444 francs
LA RÉUNION 237

Marchandises Destination Kilogrammes Francs


Tapioca et fécules :
j France .. 604. 293 604. 293
604 . 318 kilogr . 25 25
604 . 318 francs Colonies françaises .
Cafés : France . . . . . . . 96 .928 236 . 233
103 . 130 kilogr . Colonies françaises. 5 . 955 15 . 094
231. 880 francs Maurice . . . . . . . . . . .. 247 553
France . . . . . . . . . . . . . 704 3 .520
Tabac haché :
45 .498 kilogr.
Colonies francaises . 9.571 47 .605
Maurice . . . . 34 . 753 173. 765
227 . 240 francs ! Autres pays . 470 2 . 350

Navigation . - Pendant l'année 1898, le mouvement de la


navigation dans les divers ports de l'île a été le suivant:

VAPEURS TOXXAGE | VOILIERS TOXXAGE TOTAL' X TOTAUX

Pointe-des-Galets . 88 166 .650 13 .007 124 179.657


Saint-Denis . . . . . . 33 42. 156 7 .341 56 49. 497
Saint-Pierre . . . . . . 13 817 136 13 13. 9:53
Saint-Paul. . . . . 13 19 . 265 4 . 989 21 24 .254

TotalX . .. . . . . 143 241.888 71 | 25 .473 214 267. 361

Les nationalités des navires se répartissent ainsi :


Français, 114 vapeurs , 27 voiliers; Anglais, 20 vapeurs, 32 voi
liers; Autrichiens, 7 vapeurs ; Norvégiens, 1 vapeur, 5 voiliers ;
Allemands, 6 voiliers , Italiens, 1 voilier.
Le cabotage est représenté par : 2 caboteurs à la Pointe -des
Galets ; 19 caboteurs à Saint-Denis et 23 caboteurs à Saint- Pierre.
Soit un total de 44 caboteurs contre 78 en 1897. Si la peste a pu
être cause d 'une partie de cette diminution dans le cabotage, il
n 'en faut pas moins constater un abaissement important de cette
branche de l'industrie des transports.
Immigration . - - La question de l'immigration n 'a pas encore
reçu de solution définitive, bien que sa nécessité soit des plus
urgentes.
L'Angleterre ayant interrompu, depuis 1888, tout envoi de
coolies dans les colonies françaises, sous prétexte d 'inexécution
des clauses des contrats d 'engagement, la Réunion s'est adressée
aux Comores pour obtenir des travailleurs ; cette source étant
238 L' ANNÉE COLONIALE
insuffisante , un essai d 'introduction de 200 coolies annamites a
été fait par le syndicat des propriétaires de la Réunion . Cette
tentative n 'a pas donné les résultats qu'on était en droit d'en
attendre . « Certains planteurs réclament à cor et à cri la reprise
de l'immigration indienne, qui offre à leurs yeux des avantages
incomparables. Les chambres d'agriculture et de commerce
joignent leurs sollicitations à celles du Conseil général ^. »
Il faut toutefois noter un exode important de Réunionais à
Madagascar et å l’lle Maurice, où ils arrivent le plus souvent sans
ressources et sont en proie à la plus horrible misère.
Des travailleurs sont venus de la côte d 'Afrique et de Madagas
car et au 1er janvier 1899, 25.067 engagés vivaient à la Réunion,qui
sont soumis à une juridiction spéciale et dont les engagements
sont obligatoires.
Banque. — Enfin la situation de la Banque de la Réunion s'est
considérablement améliorée, et l'on peut considérer cet établisse
ment comme hors de danger.
Un nouveau directeur, M . Deproge, a été installé le 25 février,
et, le 17 août, était promulgué dans la colonie le décret du 5 juil
let, qui réduisait à 3 millions le capital de la banque autrefois
porté à 4 millions.
Le bilan de cet établissement, au 31 décembre, se balançait,
à l'actif et au passif, par 17.786 .836 fr. 67. Il avait en caisse
4 .218 .774 fr . 52 de numéraire et avait mis en circulation pour
10.660.225 francs de billets ; les obligations garanties par récoltes
pendantes s' élevaient à 532.533 fr . 55 ; les obligations garanties
par marchandises en dépôt atteignaient 2. 395.033 fr. 20 ; il était
mis au passif une somme de 35.825 francs pour dividende courant.

V . – PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS

Plusieurs actes administratifs dont nous avons parlé sont rela


tifs à la peste. Voir, notamment, le Journal officiel de la Réunion
des 3 février, 31 mars, 20 mai.
Arrêté réorganisant le service des postes (J . O . R . du 14 février).
Cet arrêté , dans le but de diminuer les frais de ce service, réduit
le nombre des bureaux de postes.

1. La Politique coloniale, 9 février 1899.


LA RÉUNION 239

Arrété portant application de la réglementation des tabacs


votée par le Conseil général ( J. O . R ., 7 avril).
Arrêté promulguant la loi du 15 février 1899, qui érige en com
mune les districts de Salazie et de la plaine des Palmistes ( J. 0 .
R ., 4 avril) .
Arrété promulguant, à la Réunion , le décret du 19 février 1899,
relatif à l'incorporation des classes 1896 - 1897 du contingent de la
Réunion ( J. 0 . R ., 29 août).
Arrêté promulguant dans la colonie la loi du 1er février 1899,
modifiant le régime douanier des vins, des raisins secs, et des
autres liaisons non dénommées ( J. O . R ., 15 septembre).
Arrêté promulguant dans la colonie la loi du 28 février 1899
modifiant le tarif des tissus de soie ( J. 0 . R ., 19 septembre).
Arrêté promulguant le décret du 10 août 1899 , fixant les primes
qui seront allouées aux sucres indigènes ou coloniaux déclarés
à partir du 1er septembre 1899 pour l'exportation ( J. 0 . R ., 22 jan
vier).
Arrêté rendant provisoirement exécutoire, à partir du 1er jan
vier 1900, le projet de décret réglant à nouveau le mode d 'assiette
et de perception de la contribution des patentes (J. O . R ., 26 sep
tembre). D 'après ce projet de décret, la patente se compose d 'un
droit fixe, établi suivant l'importance et la nature des com
merces, industries et professions auxquels il s'applique et suivant
les ressources qu 'offrent les localités . Un grand nombre de pro
fessions échappent à la patente, tels que les propriétaires d 'usines,
pour la manipulation et la vente des récoltes et fruits provenant
de biens fonds,les docteurs en médecine, les pêcheurs,marchands
de rue, éditeurs de journaux, avocats , les entrepreneurs de sa
lines, les brasseurs, les fondeurs en métaux, les distillateurs
d 'essences , d 'eaux parfumées, et de liqueurs fabriquées avec des
plantes indigènes, les couturières, blanchisseuses et repasseuses.
Arrêtépromulguant, à la Réunion , le décretdu 1er septembre 1899
réglementant la pêche maritime ( J. O . de la République, 30 sep
tembre 1899; – J. O . R ., 21 novembre).

VI. — JOURNAUX DE LA RÉUNION


Journal officiel; le Journal de l'ile de la Réunion ; le Ralliement ;
L'Indépendance créole ; le Petit Journal de l'ile de la Réunion ; le
Sport colonial.
MADAGASCAR

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Madagascar, vestige probable d 'un grand continent disparu,


se trouve comprise entre 120 et 25° 39' de latitude sud et entre
40° 55 ' et 48° 7' de longitude est. La superficie totale de l'île est
d 'environ 600.000 kilomètres carrés; la plus grande largeur atteint
450 kilomètres et la plus grande longeur 1 .650 kilomètres, du
cap d 'Ambre au cap Sainte -Marie . L ' étendue de l'île correspond
à peu près à celle de la France, de la Belgique et de la Hollande
réunies. A l'ouest, elle se trouve séparée du continent africain
par le canal de Mozambique, dont la largeur est d 'environ 400 ki
lomètres; à l'est , elle est baignée par la mer des Indes.
La population de l'île est évaluée généralement à 3 à 4 millions
d 'âmes, dont près de la moitié comprenant les Hovas et les Bet
siléo , est réunie dans la région centrale.
Les services de paquebots reliant Madagascar à la France sont
les suivants : 1° Messageries maritimes : deux départs par mois (le
10 et le 25 ) de Marseille . Un navire annexe, la Gironde, en station à
Diégo, se rend mensuellement à Mozambique, Beïra et Lourenço
Marquez. LeMpanjaka, correspond, à Nossi-Bé, avec le paquebot de
la ligne principale de l'Océan Indien , partant,le 10 de chaque mois,
de Marseille ; ildessert les ports de Nossi-Bé,Majunga,Maintirano,
Morondava , Ambohibé et Nossi-Vey ; 2° Compagnie havraise pénin
sulaire : départ du Havre, le 25 de chaque mois, avec escales à
MADAGASCAR 241

Saint-Nazaire le 5, à Bordeaux (Pauillac) le 8 , et à Marseille le 20 ,


pour Majunga , Diégo -Suarez, Tamatave ; 3° La The castle mail
packets Company a établi un service direct entre Londres et Mada
gascar , viâ Cape - Town , venant tous les vingt-huit jours des divers
ports du Cap de Bonne- Espérance ; les paquebots vont directe
ment à Tamatave sans toucher les ports de la côte Est de Mada
gascar ; 4° La Société française de commerce et de navigation à
Madagascar a organisé un service régulier à vapeur sur la côte
Est. Elle a affrété à cet effet le vapeur la Ville d 'Alger , lequel
quitte Diégo -Suarez le 15 de chaque mois et fait escale dans les
principaux ports de la côte Est.
Les prix du fret varient selon les escales ; celui pratiqué habi
tuellement entre Tamatave et Marseille est, selon la nature des
marchandises, de 50 à 60 francs par 1 . 000 kilogrammes ou mètre
cube. Le fret de certaines marchandises dites « riches » est un
peu plus élevé. Les marchandises et colis postaux sont toujours
embarqués sur les bateaux partant de France, le 10 , de chaque
mois.
l'n câble télégraphique, atterrissant à Majunga, vid Mozam
bique, relie Madagascar à la France. Prix des télégrammes : le
mot, 7 fr. 10 . Des lignes télégraphiques terrestres existent entre
Majunga et Tananarive, entre Tananarive et Tamatave, entre
Tamatave et Mananjary, entre Tananarive et Fianarantsoa . Tana
narive est relié aux centres principaux de l'intérieur par des
courriers postaux, et avec Tamatave par un service bi- hebdoma
daire .

II . – PERSONNEL

GOUVERNEUR : M . le général Gallieni. .


GOUVERNEUR p . i. : M . le général Pennequin .
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M . Lepreux .
CHEFS DE SERVICE :
MM . Duchesne, procureur général (service judiciaire); Li
nard , commissaire (service administratif ) ; de Custine, tréso
rier-payeur ; Crayssac, directeur du contrôle financier ; Bartho
lomé (enregistrement, domaines) ; Huard (douanes) ; Robertie
(postes et télégraphes) ; Roques, lieutenant-colonel (travaux pu.
blics); Prudhomme(agriculture) ;Gautier (enseignement); Mör Ca
zet, évêque de Madagascar septentrional; Vernier, pasteur de la
16
242 L'ANNÉE COLONIALE
Société des Missions Evangéliques de Paris ; Vaysse ,médecin en
chef des colonies (service de santé ).

III. – SITUATION POLITIQUE

PROGRÈS DE LA PACIFICATION

Au moment où le général Gallieni écrivait son remarquable


« Rapport d 'ensemble sur la situation générale de Madagascar » ,
la colonie pouvait être divisée en quatre zones, au point de vue
de la pacification : 1° zone complètement pacifiée comprenant
la côte est ; l'île de Nossi-Bé et la province de Majunga, ainsi
qu'une grande partie de Betsiléo ; 2° zone pacifiée où subsistaient
encore des ferments de révolte, c'est- à -dire l'Imerina,les cercles
d 'Analalava , de la Grande- Terre et de Fort- Dauphin ; 3° zone dont
la pacification n 'était pas achevée : cercles de Morondava , des
Bara , de Tulear, une partie des cercles de Maintirano et de la
Mahavavy ; enfin 4º le pays Mahafaly , dans lequel nous n 'avions
fait aucune pénétration .
1re zone. -- Au début de l'année, la situation dans la province
de Majunga n 'était pas aussi satisfaisante que dans les derniers
mois de l'année précédente ; les événements du nord-ouest
avaient eu une répercussion sur cette contrée, et une bande de
80 pillards, armés de fusils à tir rapide, faisait irruption dans la
province sous le commandement de Rabilitsoa ; l'inspecteur de
milice Vivié s'est immédiatement porté vers la région menacée.
Pour la province de Farafangana, l'administrateur, M .Goujon ,
donne des renseignements satisfaisants ; il n 'y a guère qu'un
chef de bandeRamahavalo , qui tienne encore la campagne après
avoir combattu le garde de Launay ; une amende du double de
l'impôt a été infligée aux habitants des villages antesonjo, qui
avaient aidé le chef indigène dans sa rébellion ( J. 0 . M ., 14 OC
tobre ).
Enfin , au nord-est dans la province de Vohémar, il n 'y a à
signaler qu 'une tentative du chef Zoamilozy qui, avec une cin
quantainedepartisans,attaqua sans succès , le 20 janvier, le poste
d 'Anamborano .
2ezone. – La région du nord -ouest avait été réunie à l'adminis
tration civile, et déjà les colons y affluaient. Lorsque, dans les
derniers jours d 'octobre 1898, une insurrection éclata brusque
MADAGASCAR 243
ment dans la vallée du Sambirano et dans la région de
l'Ankaizinana. Deux gardes de milice, un commis de résidence ,
plusieurs colons furent successivementmassacrés etles plantations
saccagées ; le mouvement était nettement dirigé contre les blancs.
Des troupes régulières, sous les ordresdes commandants Lamolle
et Mondon et du capitaine Laverdure, firent converger leurs efforts
vers le centre de la rébellion .
Les bandes rebelles ne tardèrent pas à se disloquer et à faire
leur soumission . Le chef de bataillon Lamolle fut désigné comme
commandant du cercle militaire d ’Analalava ; le capitaine Laver
dure commanda le cercle annexe de la Grande- Terre . A la fin de
janvier, les habitants s 'étaient remis à la culture de leurs champs,
et le calme revenait rapidement (J. O . M ., 16 mars ). Le recense
mentdela population du cercle d 'Analalava a pu être effectué en
avril et a donné un totalde 32.712 habitants , dont 12.601 Sakalaves.
Dans le cercle annexe de la Grande - Terre une bande de pillards,
sous les ordres de Djaokely qui tombait du reste , entre nos
mains en juillet, a été dispersée , le 16 mars.
Dans l'Emyrne, aucun trouble nes'est produit ; aussi,le 30 juin ,
un arrêté pouvait modifier l'organisation administrative du cercle
de l'Imerina central, qui, réuniau cercle annexe d 'Arivonimamo,
forme la province de Tananarive dirigée par un administrateur.
Sur les rives dela Tsiribihina (IIe territoire militaire, cercle annexe
du Betsiriry) la sécurité de la navigation était assurée,dans le mois
de janvier , par la prise de cing villages sakalaves fortifiés, et le
lieutenant Génie en mission entre le Mangoky et le Tsimandao
trouvait le pays compris entre ces deux rivières habité par une
population sédentaire paisible ,assez dense , se livrant à l'élevage et
à l'agriculture. Quant à la région du Mangoky, à l'ouest, elle est
peuplée de Baras nomades, dont l'unique ressource paraît être le
pillage et contre lesquels devront être dirigés de simples opéra
tions de police.
Le 15 mai, le commandant du secteur d 'Ikongo était prévenu
qu'une révolte était sur le point d 'éclater .
Le lendemain , un petit détachement, envoyé dans un village
voisin , tombait dans une embuscade, et presque tous les hommes
qui le composaient étaient blessés plus ou moins grièvement.
Cette agression devint le signal d 'une révolte générale danstout
le pays d ’Ikongo.
Le 20 au matin , une bande de 2 à 300 Tanala attaqua Fort
Carnot; mais leur aggression fut facilement repoussée, grâce à la
244 L 'ANNÉE COLONIALE
présence d 'un renfort de 50 miliciens, reçu la veille au soir de Fia
narantsoa, à l'insu des agresseurs. Le même jour, à la même
heure, le poste de Sahalanony fut l'objet d 'une attaque analogue,
et sa petite garnison ne réussissait à se maintenir qu'à grand'
peine et après avoir subi des pertes considérables. La nuit sui
vante , le poste de Sahasinaka fut enlevé par les habitants du vil
lage, de complicité avec quelques tirailleurs.
Sans rechercher les causes de cette insurrection , il fautconstater
qu 'elle avait été longuement préparée et bien nettement dirigée
contre notre occupation .
La répression ne se fit pas attendre. La 5e compagnie de légion ,
en route pour le cercle des Bara , arriva , le 19, à Fianarantsoa et fut
immédiatement dirigée sur Fort-Carnot. Son premier soin fut de
rétablir la liaison entre les postes, ce qui eut lieu le 31 mai.
Presque à la même date , arrivait à Fort-Carnot un détachement
de 80 conducteurs sénégalais .
Nos troupes reprirentaussitôt l'offensive et commencèrent, à tra
vers la contrée, une série de reconnaissances quiont duréjusqu 'à la
fin de septembre, et au cours desquelles elles se sont heurtées à
un nombre considérable de positions fortifiées , bien défendues par
les Tanala et dont l'enlèvement nous a, plusieurs fois , coûté des
pertes sérieuses.
L 'arrivée aussi rapide d'effectifs relativement considérables fit
comprendre aux Tanala l'impossibilité d 'échapper à notre auto
rité et amena les moins résolus d 'entre eux à envisager l'idée de
se soumettre à nouveau . Les soumissions commencèrent, en effet,
au 1er juillet, et, à la fin de septembre, la plupart des chefs avaient
déjà réintégré leurs villages. L 'insurrection était à peu près ter
minée ( J. O . M ., 13 décembre ).
3e zone. — Dans le IVe Territoiremilitaire, le capitaine Remond
a poursuivi vigoureusement les bandes du cercled 'Andriamena.La
compagnie Stauber a repris sa marche pacifique en avant
et a reçu , au mois d 'avril,la soumission du chef Ambary , pendant
que le capitaine de Bouvié recevait à merci dans l'Ambougo le chef
Marify . Les deux groupes hostiles et rebelles que commandaient
Marify et Tsimetra, se trouvaient donc soumis , le dernier chef
nous ayantdonnédes gages sérieux, lors de sa nomination ,au grade
de gouverneur. L 'insurrection de ce côté paraît être entièrement
terminée, surtout à la suite de la soumission solennelle à Soalala
de la reine Barera ,mère de Tsimetra (mai). L 'occupation du cercle
de Maintirano est maintenant un fait définitivement accompli.
MADAGASCAR 245

Les opérations de pénétration poursuivies contre les régions


sakalaves du lle Territoire ont amené,presque sur tous les points,
la jonction de nos troupes et la création de nouveaux postes. Au
pied du Bemahara, dans le cercle annexe d 'Ankavandra , des
groupes de rebelles ont été dispersés au mois d'avril, par le lieu
tenant Jouannetaud ; les soumissions continuent dans le Betsi
riry. Sur la Tsiribihina, la population n 'est maintenue que par les
voyages qu'effectue régulièrement une canonnière.
Les mouvements de troupes des mois de juillet et d'août, dans
le cercle de Morondava, entre la Tsiribihina et le Mananbolo , ont
eu pour résultatla reddition des chefs Tsinahy, à Raisoratra , tandis
que les opérationsdu capitaine Collin dans le cercle annexe de
Mahabo provoquaient un mouvement important de soumission .
Les rebelles se sont surtout réfugiés sur la Mandroatsa , et dans la
vallée du Kimanambolo d 'où partaient, en juillet, les pillards qui
allaient inquiéter les villages de l'Andranomena.
La région de Vohingezo , située au sud du Mangoky, a été de
tous temps un repaire de bandits , par suite de sa situation aux
confins du Ile Territoire, du cercle de Tuléar et du cercle
des Bara . La conduite des opérations contre Inapaka fut confiée
au chef de bataillon Toquenne, commandantle cercle de Tuléar.
Le 29 juin , 500 hommes de troupes, répartis en 4 colonnes,
pénétrèrent dans la région et firent leur jonction , le 15 juillet ,
vers les gorges d ' Akohotitsihy, où se trouvait le gros des
rebelles ; ceux-ci furent dispersés et perdirent tous leurs trou
peaux .
4e Zone. — On put croire un moment que la pénétration dans
le pays Mahafaly pourrait se faire, pour ainsi dire, diplomatique
ment. Deux chefs influents occupaient les bords de l'Onilahy,
Refotaka et Tsiverenga . M . Bastard, chef de mission , avait obtenu,
le 4 juin , dans un grand kabary tenu en présence deRefotaka
et de 41 chefs l'abolition de l'ancienne loi Mahafaly , qui fermait à
tous les blancs l'accès du pays (Voir Exploration au sud de l'Oni
lahy . Notes, reconnaissances et exploration , 30 septembre 1899),
et l'établissement d 'un officier francais près du chef pour le con
seiller. Aussi, le 6 octobre, le commandant Toquenne commen
çait son mouvement de pénétration chez les Mahafaly . Un
poste était créé à Betioka. Mais Rafotaka , qui devait se joindre à
nos troupes, a fait subitement défection sousla menace des siens.
Quant à Tsiverenga, il se montra toujours hostile à notre occu
pation . Il a refusé de recevoir M . Bastard et l'a même obligé à
246 L'ANNÉE COLONIALE
rétrograder de son territoire. Toutefois la résistance de ce chef
ne paraît pas devoir être de longue durée.
En résumé, à la fin de l'année 1899, le nord de l'île et l'Emyrne
peuvent être considérés comme pacifiés, ainsi que la côte est.
Il existe encore des éléments de troubles dans les régions de
Maintirano , dans le Menabé, le cercle de Tuléar, et dans le sud
du Betsiléo (Ikongo, pays des Tanalas) ; enfin la pénétration
dans le pays de Mahafaly est commencéel.
Changement de gouverneur. — Le 25 avril, M . le général Gal
lieni quittait Tananarive au milieu d 'une énorme affluence de
population . Il partait en congé pour la France, après avoir remis
le service à son successeur intérimaire, M . le général Pennequin .
(Voir J . O . M ., 26 avril). Le 4 mai, après avoir inauguré le pre
mier chemin de fer de Madagascar, le général s'embarquait pour
la France.
Le général Pennequin , gouverneur général p. i., dès son
arrivée, a entrepris une série de tournées afin de bien connaître la
situation politique et économique de l'île . Le 13 mai, il quittait
Tananarive pour visiter les provinces de Tsiafahy, d 'Ambositra,
de Fianarantsoa , de Betafo, de Miarinarivo et d 'Arivonimamo,
c 'est-à-dire le sud de l'Emyrne (J. O . M ., 27 mai, 17 juin ); le
1er juillet, il entreprenait sur la côte nord -ouest et sur une partie
de la côte est un voyage d'inspection (J. O . M ., 22 juillet, 12 août,
6 septembre).
Chemin defer de Tamatave à Ivondro. — Avantson départ, le
général Gallieni a inauguré la petite ligne de Tamatave à Ivondro,
premier travail accompli par la Compagnie des Messageries fran
çaises de Madagascar, concessionnaire du canal des Pangalanes ;
« c 'est l'amorce de la voie de communication qui doit aboutir à
Tananarive et qui, jusqu 'à Aniverano , empruntera le canal en
cours d 'exécution entre l'Ivondro et l'Iaroka » . En outre du che
min de fer, le pangalane de Tanifotsy a été creusé, et les travaux
sont commencés aux pangalanes d 'Ampatomakiniza .
Le 17 novembre, a eu lieu l'inauguration solennelle du premier
tronçon de chemin de fer que la Compagnie des mines d 'or de
Suberbieville va établir sur le territoire de sa concession .
Travaux publics. — Le pont d 'Ampitantafika, inauguré le

1 . Ceux de nos lecteurs qui voudraient des renseignements plus détaillés surles
progrès de la pacification pendant l'année les trouveront dans les Notes, Recon
naissances et Erplorations, revue trimestrielle , paraissant le dernier de chaque
trimestre .
MADAGASCAR 247

8 juillet, met en communication directe Tananarive avec la riche


région d 'Arivonimamo. Il se trouve sur l'une des artères princi
pales qui réuniront, dans un avenir prochain , l'Imerina aux terri
toires de l'extrême ouest. D 'une longueur totale de 82 mètres, le
pont comporte 2 culées et 8 piles, soit 9 travées ; il a 64 mètres
d 'ouverture .
Les routes ont attiré la sollicitude des gouverneurs. Au 31 dé
cembre 1898, sur les 4 sections de la route de Tamatave à Tana
narive, longue de 244 kilomètres, la quatrième section seule était
terminée d ’Ankéramadinika à Tananarive (51 kilomètres). Afin
d'activer les travaux , des crédits successifs, s 'élevant ensemble à
2.050.000 francs, étaient ouverts au titre de la caisse de réserve,
à celui du budgetextraordinaire (17 mars, 31 mars, 16 septembre ) ;
route de Majunga se voyait dotée de 752.000 francs ; et on
mettait à l' étude le tracé de la route de Tananarive à Fianarantsoa .
En février, on commençait, de Tulear à Bérakéta , la construction
d 'une route charretière, qui sera le meilleur trait d 'union entre
l'intérieur et la côte.
En mêmetemps le gouverneur se préoccupait de la façon dont
étaient construites les routes (Circulaire du 23 juin , J . 0 . M . ,
19 juillet).
Les lignes télégraphiques n 'ont pas été moins bien traitées ; on
les a dotées de deux crédits , s 'élevant ensemble à 250.000 francs .
De nombreux travaux d'utilité publique, trop longs à énumérer
et que l'on pourra retrouver au Journal officiel de Madagascar, ont
été entrepris. Il nous suffira de citer à Tamatave ( 1 . 0 . M . , 4 , 21 fé
vrier, 14 mars , 1er juillet) : l'établissement d 'un phare, l'installa
tion de l'hôpital de Soavinandriana (près de Tananarive) dont
on peut voir les photographies à l'Exposition universelle , et la
création d 'un hôpital indigène à Anjozorobé (2 janvier).
Opérations géodésiques. — Le plan des opérations géodé
siques, pour l'année 1899, comportait l'exécution d 'un réseau
reliant Tananarive à Diégo -Suarez. Les capitaines Dumézie et
Lallemand ont, de leur côté, complété les travaux géodésiques
déjà exécutés dans l'Est, en suivant la reconnaissance faite , en
1892, par le R . P . Colin , de Tananarive à Andévorante ; ils ont
assuré ainsi la liaison du réseau Vohilongo-Vohipoza (près d 'An
devorante) avec l'Imerina .
Enseignement. — Une importante circulaire adressée aux
administrateurs commandants de cercle ou de province, et suivie
d'un arrêté sur l'organisation de l'enseignement à Madagascar, a
248 L 'ANNÉE COLONIALE
paru au J. 0 . M ., du 19 avril. Les écoles sont divisées en trois de
grés . Les écoles primaires rurales, où l'on apprend les langues
malgache et française , la lecture et l'écriture, le calcul et le système
métrique, desnotions d'histoire et de géographie de la France et
de Madagascar dans leurs relations, des leçons de choses appli
quées à l'agriculture, le dessin dans ses rapports avec lesmétiers
manuels et les travaux à l'aiguille; des écoles régionales,
d 'apprentissage industriel et agricole , une dans chaque cercle ou
province; enfin les écoles supérieures de l'enseignement officiel
comprenant : l'école normale Le Myre de Villers , destinée à
former des instituteurs officiels , des employés de commerce et
des diverses administrations, l'école professionnelle ', organisée
par l'arrêté du 30 décembre 1897, et l'école d 'agriculture . Les
programmes généraux d 'enseignement ont été insérés au J. O . M .,
du 26 juillet.
L 'arrêté du 19 avril instituait un certificat d 'aptitude à l'ensei
gnement, dont l'obtention était nécessaire pour pouvoir exercer
les fonctions d 'instituteur ; sur un nombre de 277 candidats , 200
ont été reçus à la session de juillet.
L 'École de médecine a compté, pendant l'année, 73 élèves et
7 élèves sages- femmes. Les examens subis en 1898 ont permis
de délivrer le diplôme de docteur en médecine au titre malgache
à 3 candidats sur 5 , et celui de sages-femmes à 19 candidates
sur 28 .
Exposition universelle . - La préparation de l'Exposition de
Madagascar a attiré tous les soins du gouverneur. Afin de recru
ter dans les meilleures conditions les artisans qui présentent
actuellement à l'Exposition les industries indigènes des diverses
provinces de Madagascar, un Concours général a été ouvert entre
les ouvriers des deux sexes. Sur un nombre important de candi
dats (on a dû , par suite de l'exiguité des locaux où 173 artisans
travaillaient en même temps, procéder à des appels successifs)
cinquante environ ont été choisis .
Tamatave a envoyé des animaux vivants et des arachides, le ser
vice de Tananarive, les objets primés au concours d 'artisans, et
les diverses provinces exposent les ressources de toute nature, que
produisent leur sol. Un musée renfermant des outils primitifs,
des produits de provenance purement indigène, ou obtenus avec

1. On trouvera les résultats obtenus à l'Ecole professionnelle pendant l'année


1898 au J . 0 . M . , 28 février.
.
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MADAGASCAR 251
es perfectionnements introduits par l'école professionnelle ,
parmi lesquels on remarque un ameublement de chambre en
marqueterie , avec lit de milieu dont le baldaquin est tissé en
soie d 'araignée, représentent l'industrie locale . Il nous faut éga
lement signaler des panneaux en couleur et des dessins au lavis
dus à deux artistes malgaches, Rajemisa et Andriatsiferana, ainsi
que des réductions de cases et de tombeaux , et une partie du
musée de Manjakamiadana .
Peste . — Une épidémie de peste éclatait à Tamatave, le 24 no
vembre 1898 ; d 'abord très violente , elle décroissait brusquement
au commencement de l'année, et, sur la proposition du directeur
du service de santé, le 13 février était fixé comme point de départ
officiel de la période d 'observation , à la suite de laquelle la
ville de Tamatave pourrait être déclarée indemne. A partir du
2 mars , la quarantaine était levée, et la patente nette délivrée
aux navires. L 'épidémie a atteint 296 personnes , et 197 ont suc
combé ; dans ces chiffres, les Malgaches entrent respectivement
pour 162 cas et 101 décès, et les Européens pour 5 cas et 1 décès.
L 'assainissement de Tamatave, provoqué par le directeur des tra
vaux publics ( J. O . M ., 11 mars), s 'est poursuivipeu à peu, après la
disparition du fléau , sans parvenir à empêcher la réapparition de
la peste (d 'un caractère plus bénin , du reste), au mois d 'octobre.
En même temps quelques cas étaient constatés à Diégo -Suarez ;
cette dernière ville était rendue à la libre pratique, le 10 novembre .
Du 21 au 29 décembre, aucun cas nouveau ne s'est produit à
Tamatave ; mais , au 15 décembre, sur 51 personnes frappées de
la peste , 41 étaient mortes .
Budget. - Le budget du service local, pour l'exercice 1900, est
arrêté en recettes à 13.772 .000 francs, et en dépenses 13 .771.609 fr .
La métropole donne à la colonie une subvention de 1 .600 .000 francs.
Mais ilfautremarquer qu 'en la situation actuelleMadagascarpour
rait se suffire à elle -même, sauf en ce qui concerne les dépenses
militaires du corps d 'occupation ; aussi bien ces 1 .600 .000 francs
représentent à peu près l'annuité de l'emprunt de 60 millions,
récemment voté par le Parlement ; c 'est donc là une sorte de
garantie d 'intérêt donnée par la métropole.
Parmi les contributions, la taxe personnelle et les livrets
d 'identité donnent 2 . 900. 000 francs, l'impôtfoncier sur les rizières
1 .350 .000 francs; le rachat des prestations, 950.000 francs;
les impôts directs s 'élèvent à 6 .678.000 francs . Les recettes pos
tales et télégraphiques rapportent 375.000 francs,alors que les frais
252 L 'ANNÉE COLONIALE
de transport des dépêches atteignent 302.480 francs; toutefois, pour
avoir le budget de dépenses des postes et télégraphes, il faut
ajouter les frais du personnel, et ceux du matériel, soit un total
de 1.230 .780 francs.
Il est à noter également que, dans les territoires militaires, les
officiers faisant fonction d 'administrateurs sont payés par le bud
get local, dégrevant ainsi les dépenses du corps d 'occupation ,
qui sont imputées sur le budgetmétropolitain .

IV . – SITUATION ÉCONOMIQUE
Principes de colonisation à appliquer à Madagascar. –
Le général Gallieni, dans des instructions données aux adminis
trateurs, commandants de territoires et de cercles, a nettement
indiqué les principes de colonisation à appliquer à Madagascar,
suivant que l'on veut faire de la petite, de la moyenne ou de la
grande culture. On consultera avec fruit ces instructions (J . O . M .,
24 janvier ).
Colonisation militaire. – Pour assurer la colonisation de
peuplement, possible dans l'Emyrne et le Betsileo , il ne faut pas
s 'adresser aux petits agriculteurs, ou aux artisans de France,
avant que les transports n 'aient été assurés dans des conditions
économiques. C 'est à l'aide de la colonisation militaire que l'on
amorcera ce peuplement et cette mise en valeur ( J . O . M ., 24 jan
vier). Les détails d 'application de la colonisation militaire sont
insérés au J. O . M . du 17 mai. Les militaires du corps d 'occupa
tion pourront, dans l'année qui précédera leur libération , obte
nir des concessions gratuites dans l'Emyrne et le Betsiléo.
Les demandes sont transmises par la voie hiérarchique au gou
verneur général, qui statue. Chaque année, un crédit inscrit
au budget local pourvoiera aux frais d 'installation des colons
militaires. Ceux - ci devront, en principe, posséder des res
sources personnelles suffisantes pour subvenir à leurentretien
jusqu 'à la mise en rapport du sol. Les subventions leur
seront uniquement allouées pour l'amélioration du fonds et la
mise en valeur ; elles ne seront accordées que pendantdeux ans,et
nepourront dépasser 3 . 000 francs la première année et 1 .500 francs
la seconde . Pour 1899, une somme de 25 .000 francs a été consacrée
à la colonisation militaire . Le budget de 1900 est doté d 'un crédit
de 30 .000 francs pour le même objet.
MADAGASCAR 253
L'essai de colonisation militaire est encore trop récent pour
avoir donné des résultats complets ; toutefois il faut signaler dans
le cercle d 'Ambatondrazaka ,l'adjudant Pardiac, qui s'est préoccupé
surtout de faire l'élevage des bæufs et des porcs. Il possédait au
mois d 'avril un troupeau de bæufs, qui s 'augmente rapidement et
150 porcs à livrer à la consommation , En outre d 'une bonne
récolte de riz , il a produit 10.000 kilogrammes de pommes de terre
et1.500 kilogrammes de haricots ( J . O . M ., 22 avril ).
Jardins d 'essais . — Pour fournir des exemples aux indigènes et
livrer aux colons certains plants qui leur sont nécessaires, quatre
nouveaux jardins d'essais ont été créés à Majunga, Fort-Dauphin ,
Mananjary et Arivonimamo. Le jardin d 'essai de Tamatave est
presque entièrement défriché, et les pépinières renfermaient, à
la fin de l'année, 22.000 caféiers Liberia et 8 .000 cacaoyers. La sta
tion agronomique de Nahanisana qui, en 1897, avait délivré
2.800 plants, en a cédé 111. 370 aux colons en 1898 (Voir la Revue
des cultures coloniales ; mois de juillet et août). M . Fanchère, chef
jardinier à Nahasinana , a donné mensuellement, dans le Journal
officiel, une chronique ayant trait aux travaux agricoles à effec
tuer en Emyrne, pendant le mois .
Concours agricole de Tananarive. — Pour faire naître chez les
Malgaches le goùt des travaux culturaux et pour les stimuler
dans la voie du progrès, le Gouverneur général a ouvert, à Tana
rive, les 15 , 16 à 17 avril, un concours pourlequelfut prélevé, sur
le chapitrexx du budget, une somme de 13.500 francs.
Les produits de toutes sortes comprenaient environ 3.600 têtes
de bétail, 1 .500 lots de volailles et 4 .070 échantillons divers ; enfin
259 indigènes ont pris part aux épreuves pratiques. « Certains
exposants sont venus de fort loin ; la famille entière a suivi; tel
bæuf gras, tel pied de manioc énorme a été escorté par le village
entier, gouverneur en tête , au son de la musique , » Les colons
européens qui avaient exposé étaient mis hors concours .
De nombreux prix décernés aux Malgaches montrent les soins
qu 'apportent beaucoup d 'entre eux aux travaux de l'élevage et de
T'agriculture ( J . 0 . M . , 16 avril) .
Main d 'euvre. – Afin d 'assurer aux Européens la main - d 'æuvre
qui leur est indispensable , une Commission chargée de sa régle
mentation en Imerina, a été constituée par arrêté du 25 février 1899.
Elle a délibéré un projet dedécret soumis au département ( J. O . M .,
22 avril). Ce projet de décret réglemente les conditions d 'enga
gement, sa durée, qui ne pourra excéder 5 ans, le nombre d 'heures
254 L 'ANNÉE COLONIALE

de travail par jour (de 6 à 10) ; l'engagement stipulera le salaire


journalier minimum . Le contrat dispense les engagés de la moitié
des prestations. Les obligations des employés et des employeurs
sont nettement délimitées, et le livret est obligatoire.
État des cultures. — Dansbien des provincesde Madagascar, les
indigènes ont pu, grâce à la tranquillité, se livrer aux travaux agri
coles ; quelques indigènes parmiles plus entreprenants ont déjà
fait des essais de cultures européennes ; les résultats ne sont pas
encore bien marqués , faute d 'expérience et de pratique ; toutefois
ceux qui ont tenté ces essais ne sont pas découragés, et plusieurs
d 'entre eux les recommencent ( cercle de Mevatanana ).
Quelques exploitations européennesméritent qu 'on s'y arrête.
La ferme d 'Ankazobé (IVe Territoiremilitaire ) se livre aux cultures
locales ;des graines envoyées de France ont donné des résultats
divers ; l'orge, après avoir bien levé, a été noyée par les pluies ;
la luzerne, l'avoine et la betterave sont, au contraire, fort bien
venues.
Ledomaine deMantasoa, autrefois établi par Jean Laborde, sort
de son abandon ; une colonie militaire s'y est installée et le tra
vaille. Les premiers essais de culture du manioc et des plantes
potagères ne réussirent pas, par suite de la sécheresse . Parmiles
pommes de terre, seules les blanches donnerontdebons résultats.
Pendant le mois demars, desterrains ont été préparés pour rece
voir 1 .400 plants de vignes françaises dont on a demandé les bou
tures aux vieux pieds de vigne française, plantés par Laborde ;
ainsi que 4 .500 boutures d 'arbres fruitiers ; la pépinière comptait,
en juin , 50 .000 boutures d 'arbres fruitiers .
Le domaine de la Croix- Vallon, à 80 kilomètres au nord de
Tananarive, couvre une surface de 2 .500 hectares, dont 1 .700 de
forêts ; 10 hectares de rizières sont en culture ; enfin des essais
ont porté principalement sur le coton de Virginie, le trèile et la
luzerne. La principale exploitation de la Croix -Vallon consiste
dans les bois de ses forêts ; la scierie mécanique qui y est ins
tallée pourvoit largement aux besoins des divers services de
Tananarive ; toutefois la question des transports est encore une
cause de préoccupation .
A Sainte -Marie de Madagascar, deux plantations, dont l'une
récente,méritent d 'attirer l'attention ; ce sont celles de MM . Lan
celin et Sabatier. La première, dont les travaux de défrichement
ont commencé en août 1898, possédait, au mois de septembre 1899,
26.000 pieds de vanille ; la seconde, beaucoup plus ancienne, a
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MADAGASCAR 257
5.000 pieds de vanille en plein rapport, le terrain par son humi
dité permanente et sa situation privilégiée convenant très bien à
ce genre de culture . Le giroflier y vient dans de bonnes conditions.
M . Brie , dans le district de Vatomandry -Mahanoro , en outre
d'une très importante exploitation de caféiers, de vanille et de
cacaoyers , a créé une petite plantation de croton , dont les graines
servent à fabriquer l'huile et qui rendent annuellement 1 fr . 25
net par pied .
Riz . -- Le riz constitue la principale culture de la colonie ;
toutefois il ne paraît pas prudent de la recommander exclusive
ment aux colons, sauf,peut-être,dans le Betsiléo ( J. O . M ., 2 février);
la cherté de la main -d 'œuvre la rend en général à peine rémuné
ratrice ; seuls les indigènes, grâce à une sorte d 'assistance mutuelle ,
peuvent s'y livrer avec quelque profit. Le Journal officiel de Mada
gascar donne, dans ses numéros de février et de mars, des ren
seignements sur la récolte du riz dans les différentes provinces
de l'île. Le rendement a été généralement bon , sauf en ce qui
concerne certaines parties de la province de Majunga , où le riz
n 'a pas donné les résultats qu 'on en attendait ; dans la région de
Madirovalo , la précocité des pluies a nui aux semailles et com
promis la récolte . Dans la région de l’Ankaratra (cercle d 'Arivo
nimamo), le riz paraît avoir été atteint d 'une affection particulière
due à la présence d 'un insecte ;l'extrémitédes feuilles se desséche,
et le riz , nouvellement repiqué, prend une couleur jaunâtre.
Dans le cercle de Mevatanana, la récolte a été bonne ; mais il faut
signaler l'échec d 'un essai de rizières tenté à Manerinerina, å
1.650 mètres d 'altitude.
Manioc . – La culture du manioc est, comme celle du riz ,
essentiellement indigène ; sa fécule entrant pour une bonne part,
dans la consommation locale . Son rendement varie avec l'âge de
la plantation ; dans le cercle de Marolaka, le manioc de deux ans
donne des racines du poids de 4 kilogrammes. La Chambre de
commerce de Bordeaux donne les renseignements suivants sur
l'emploi de la fécule de manioc en France :
« Quant au manioc, il serait possible de trouver l'écoulement
de 200 à 300 .000 kilogrammes. Cet article provenant de l'Etranger
vaut à peu près 53 francs les 100 kilogrammes, y compris le droit
de douane, qui est de 11 francs les 100 kilogrammes . Le manioc ,
recu directement de Madagascar , serait alors exempt de droits ;
s'il était possible de l'obtenir à 45 francs, par exemple , nul doute
que les transactions sur ce produit puissent être suivies. »
17
258 L 'ANNÉE COLONIALE
D 'autre part, la Chambre de commerce de Paris a fait parvenir,
à l'Office colonial, des renseignements , d'où nous extrayons le
passage suivant en ce qui concerne la culture du manioc :
« Cette question intéresse au plus haut point l'industrie des
glucoses. Tout d 'abord la fécule de manioc est facilement trans
formable en glucoses . Elle est également fort recherchée pour
les apprêts . L 'écoulement en est donc assuré. Il est indispensable
que des râperies et féculeries soient installéesau milieu des pays
de production et que l'exportation ne se fasse qu 'à l'état de fécule,
ce qui économisera le transport dans une forte proportion , puis
qu 'il doit falloir de 4 à 600 kilogrammes de manioc, pour obtenir
100 kilogrammes de fécule . » (Feuille de Renseignements de l'Office
colonial, 1er septembre 1899 .)
Céréales. — Les résultats de la culture des céréales euro
péennes sont très variables. A Ankazobé et dans la colonie mili
taire d ’Analabé, le blé n 'a rien donné, l'excès d 'humidité lui
ayant été préjudiciable . Seule l'avoine noire fournit des résultats
satisfaisants. Dans le cercle de Tulear, une superficie de 83 mètres
carrés a produit 13k8, 150 de grain d 'orge et 52 kilogrammes de
paille . Des essais importants de culture de blé , d ’orge et d 'avoine
ont été tentés à Miarinarivo ; ils ont tous donné des résultats
médiocres. Le sarrazin seul a fourni deux belles récoltes. De bons
résultats ont couronné les essais de culture dans le cercle de Be
tafo .
Fourrages d 'Europe . - Le sainfoin semé dans le cercle de
Tuléar n 'a pas levé; mais la luzerne,après une belle récolte , semble
pouvoir devenir , pour les éleveurs, une plante fourragère abon
dante et précieuse .
Pommes de terre. – Nous savons que, dans le domaine de
Mantasoa, les pommes de terre blanches seules ont bien réussi.
Un champ de 4 hectares , planté en pommes de terre pour les
besoins de la porcherie modèle de Tsiafakamboa (région de l'Anka
ratra ) a donné une récolte de 200 quintaux de tubercules.
Vigne. – La vigne vient bien dans le Betsiléo . La propriété
des Pères Jésuites, uniquement plantée en arbres et en vignes,
continue de prospérer ; la récolte du vignoble atteint 18 hectolitres
d 'un vin léger, mais agréable . Toutefois il semble indispensable
de substituer des plants français aux plants américains ou de
greffer ces derniers ; à ces seules conditions, on aura un vin
buvable . Les environs d'Anjozorobé paraissent pouvoir être
choisis pour tenter cette culture .
MADAGASCAR 259

Café. – A Nossi- Bé, le café vient très bien , surtout le Libéria ,


qui produit beaucoup; un certain nombre de planteurs lui pré
fèrent le Bourbon , qui est chétif et sujet à la maladie .
Au Betsiléo , le café semble exiger certaines conditions essen
tielles : 1° il doit être complètement abrité des vents froids de
l'est, auxquels il ne résiste pas; 2º il doit avoir une exposition à
l'ouest ou au nord ; 3° il doit être planté en terrain particulière
ment riche et à sous-sol profond et perméable ; 4° il doit en
outre être fumé et sarclé avec le plus grand soin . Il est évident
que, dans ces conditions, bien peu de terrains conviendront au
caféier et qu 'il sera surtout difficile de faire, d 'un seul tenant,
une vaste caféière embrassant des centaines d 'hectares. Pour
donner une évaluation moyenne, la vingtième partie à peine
des terres du Betsiléo peuvent convenir à cette culture, soit un
peu moins de 100 .000 hectares sur un ensemble de 2 millions
d'hectares. Ajoutons que le rendement net moyen de café par
arbre ne sera pas supérieur à 250 ou 300 grammes, année
moyenne . Mais le café du Betsiléo pourra racheter ce faible ren
dement par l'excellence indiscutable de son arôme et par les
cours supérieurs auxquels il sera en droit de prétendre.
Le thé continue à justifier les plus belles espérances; la magni
fique plantation de Mme de Chazal en a fait foi. Le caféier est
une source ancienne de revenus ; à Anjozorobé, des pieds de
10,50 de haut donnent 6 kilogrammes de café.
Vanille . — La vanille, à Sainte -Marie, vient dans d 'excellentes
conditions. Les propriétés de M . Lancelin comptent 25 .000 pieds
de vanille ; les déchets ont été insignifiants , 200 lianes de vanille
à peine ayant dû être remplacées; M . Lancelin comptait por
ter , pour le commencement de l'année 1900, ses plantations à
50.000 pieds.
Dans le district d ’Andevorante , la vanillerie de M . d 'Emmianée
à Maromandia , a donné, cette année,40 kilogrammes de gousses.
Cette propriété compte déjà 10 .000 lianes de vanille .
Eucalyptus. — Dans le but d 'assainir la ville , entourée de mare
cages , des eucalyptus ont été plantés par un colon , à Manambaro .
Demême en ce qui concerne la plaine marécageuse d 'Ankavandra,
des semis d'eucalyptus sont entrepris dans la pépinière de
Marolaka;au bout de troismois, les plants, quiatteignaient ( m , 30 à
0m ,40, ont été distribués aux habitants ettransplantés au moment
de la saison des pluies.
Tabac. — Parmiles divers produits du sol( cercle d ’Analalava –
260 L 'ANNÉE COLONIALE
secteur d 'Andranosamonta), il en est un qui, par l'abondance de
sa récolte , mérite une mention toute spéciale, le tabac. Il vient
très bien sur les bords des cours d ' eau , et les soins à lui donner
sont des plus simples. La circonscription de Maromandia est de
celles qui se prêtent le mieux à cette culture.
Caoutchouc (Voir , pour le caoutchouc, sur la côte Ouest, la
Revue de Madagascar du 10 février 1900). — Dans le cercle de
Tuléar, le caoutchouc constitue le principal produit d 'exportation .
Les quantités expédiées en Europe pendant le troisième trimestre
sont, en juillet, 5 .604 kilogrammes ; en août, 19.674 kilogrammes ;
en septembre, 19.100 kilogrammes, soit un total de 44.378 kilo
grammes. A Ampoza, le caoutchouc, que l'on trouve en grande
quantité dans les hautes vallées de Ranobe et de la Manningoza ,
forme également le principal produit d 'importation chez les
Betsimisarakas du sud (district de Vatomandry) ; certains colons
préparent des plantationsde caoutchouc ; ils paraissent s'attacher
surtout aux havea, para et castilloa.
Cannes à sucre . — La canne à sucre vient très bien dans la
région d ’Andriamena. Elle n 'est guère cultivée que pour être
consommée à l'état naturel ou distillée pour la fabrication du
toaka .
Élevage. — L 'élevage, autrefois source importante de revenus
pour les indigènes , commence à reprendre faveur. Une tentative
d 'élevage de moutons, faite près d ’Imerinandroso (cercle d 'Amba
tondrazaka), dans un milieu très humide, n 'a pas réussi. Dans le
cercle d 'Analalava, quelques colons ont acheté des bæufs pour
faire de l'élevage ; les troupeaux seront reconstitués en quelques
années, si des mesures sont prises pour éviter l'exportation ; la
diminution des troupeaux a fait augmenter le prix du bétail . Un
gros bæuf se vend aujourd'hui 65 francs, une vache 36 francs.
Les plus beaux troupeaux et les plus nombreux se trouvent dans
le sud du cercle des Baras; les pâturages y sont suffisants toute
l'année, la viande du bouf n 'est pas d 'une consommation courante
chez les Baras. Par contre, le porc est presque inconnu . Dans la
vallée du Mangoro (poste de Moramanga ), les bæufs souffraient, en
août et septembre , d 'une épidémie essentiellement chronique, qui
a coïncidé avec le temps particulièrement frais et pluvieux de
cette partie de l'année ;les essais d'importation de bæufs venus du
nord ont donné jusqu 'à ce jour, dans cette région , des résultats
absolument désastreux ( J. O . M ., 25 novembre ). Par contre, dans le
cercle d 'Ankazola , le recensement fait à la fin de l'année
MADAGASCAR 261

accuse un chiffre de 30.687 têtes de bétail, soit une augmentation


de 3.741 têtes en un an et demi. L 'élevage du porc prend aussi
quelque importance. Le nombre de ces pachydermes s 'élève
à 11.967.
Productions agricoles industrielles. — En première ligne, il
convient de citer la production de la soie . Des expériences, des
plus intéressantes , tentées à l'École professionnelle , ontpermis,
par une sélection bien comprise et l'emploi d 'uneméthode rigou
reusement scientifique, de porter , en une seule série de deux
éducations, le poids du cocon indigène de 081, 3 à 181,42, et la
longueur du ver de 60 à 70 millimètres ( J . O . M . 2 mars) . Grâce à
l'appareil inventé par M . Nogué, sous-directeur de l'Ecole profes
sionnelle de Tananarive la production de la soie d 'araignée (halabe)
a fait un pas considérable. Des comparaisons avec la soie du
bombyx ontmontré la supériorité de la soie d 'araignée au point
de vue de la résistance et de la ténacité . On peut voir, à l'Exposi
tion de Madagascar, le baldaquin d 'un lit, tissé par les élèves
de l'École professionnelle . L 'exploitation de l'halabe est appelée
à un avenir certain , au moins à Madagascar (Lire dans les Notes ,
Reconnaissances et Explorations, numéro du 30 septembre, un
article par le lieutenant J. Marois , sur la soie d 'araignée ).
Un établissement de sériculture a été fondé à Itaossy par
M . Salomon ; il est spécialement destiné à initier de jeunes
Malgaches aux procédés perfectionnés de cette industrie . Une
pépinière de 100.000 mùriers sélectionnés a été créée ; la taille
de ces arbres fait l'objet de leçons spéciales données aux élèves;
en même temps l'éducation du vers à soie a donné de ſort bons
résultats ( J. 0 . M ., 25 mars).
Exploitation des bois. – Dans une lettre adressée à un
entrepreneur de la métropole par le général Gallieni, celui- ci
préconise l'installation d 'une scierie sur la Mandraka , à 50 kilo
mètres environ à l'est de Tananarive . Une exploitation de ce
genre nécessiterait un capital de 50.000 francs pour l'installation
d 'une scierie simple débilant des bois en planches, des madriers,
des chevrons ; mais il devrait être porté à 100 .000 francs pour
faire de la grosse menuiserie de bâtiment et exploiter d 'une
façon sérieuse les essences forestières en vue de l'exportation
(J. O . M ., 9 mars).
Industries diverses . --- Un arrêté du 23 février autorise l'ou
verture, à Tananarive , d 'une usine pour la fabrication de la pou
drette . A Diégo-Suarez,les usines d ’Ambatomangoontrecommencé ,
262 L'ANNÉE COLONIALE
dans les premiers jours de mars, la fabrication des conserves de
viande. Elles abattent 60 bæufs par jour. Enfin on pourra con
sulter, sur la production du miel et de la cire, la Feuille de Ren
seignements de l'Office colonial, numéro du 1er septembre 1899 .
Mines. — Il a été délivré , pendant l'année,53 permis d 'exploi
tation ; 114 déclarations de pose de signaux ont été acceptées
et 79 poses de signaux annulées ; on a ouvert 25 périmètres
miniers à l'exploitation , et 10 concessions ont été accordées.
Dans le cercle de Tsiafahy (Ier Territoire militaire) , la Société des
Mines de l'Imerina exploite l'or à Bakoana ; depuis le commence
ment de janvier, 650 indigènes travaillent à cette exploitation. La
Compagnie lyonnaise de Madagascar a obtenu , à la datedu 25mars,
une concession pour l'exploitation de l'or, desmétaux précieux et
des pierres précieuses, dans le district d 'Ambositra . Un décret du
28 mars accorde à la Compagnie coloniale et des mines d 'or de
Suberbieville et de la côte ouest de Madagascar une concession
considérable dans les bassinsde l'Ikopa, de la Betsiboka et de la
Menavara , et un privilège temporaire, jusqu'au 31 décembre 1909,
pour l'exploitation des alluvions aurifères. Les mines d 'or en
filons et d 'autres substances extractives restent soumises au droit
commun ( J . 0 . M . , 27 mai). Les recherches géologiques confiées
au garde d 'artillerie Vuillaume ont porté leurs fruits . Il a décou
vert, dans la région d 'Ambositra , un important gisementdenickel,
concédé, au mois de mars, à M . Muers.

STATISTIQUES DOUANIÈRES
Commerce. — Les statistiques douanières pour l'année 1898
font ressortir les chiffres suivants :
francs
Importations. . . . . . . 21.627 .817, 12
Exportations .. . . . . . 4 ,974 .548,67
Total . . .. . . .. . .. . 26 .602. 365, 79

1º Importations. — Suivant les pays de provenance, les importa


tions s'établissent ainsi :
francs
France . . . . 17. 029 .655 ,40
Angleterre . . 1 . 047.712, 78
Réunion 709 .881, 33
Allemagne 435 . 311, 26
Maurice . . 388 . 334 , 24
Amérique . . . . . . . 345 .066 , 06
MADAGASCAR 263

Il faut remarquer qu 'en 1897les importations de France avaient


atteint seulement le chiffre de 9.583.230 fr. 88, alors que celles
d 'Angleterre s 'élevaient à 4 .481.748 fr . 94 .
Les principaux articles d 'importation sont :
Marchandises Lieux d'origine Valeurs
| France . . . . 6 . 230 .137
Tissus : Angleterre . . . . . . . . . . . . . . . 621 . 972
8 .549 . 166 francs Allemagne . . . . . . . . 116 . 042
Indes anglaises. . . . . . . . . 99 . 329
Boissons : France . . . . . 2 .584 . 994
2 .909 . 700 francs Réunion .. . . .. . . . . . 259 . 955

France . . . . . . . . . . . 990 . 363
Réunion . . . . . . . . . . . •
Farineux alimentaires : •
200 . 771
1 .830 . 235 francs Indes anglaises .. . . 120 .441

Allemagne . . . .. . . . 103 .615


Ouvrages en métaux : ( France . . . . . . . . . . . . . . 1 .463 . 858


1 . 763 . 781 francs Angleterre . . . . . . . . . 70 . 908


Bois : 490 . 322 francs Suède et Norwege. .. . . . 375 . 393


Produits et dépouilles
372.617
d 'animaux : 456 .153 fr . } fra
France . . . .

La suprématie acquise à Madagascar pendant l'année 1898, par


le commerce national, porte surtout sur les tissus.
2° Exportation . — Les exportations figurent pour 4 .974 .548 fr.67
dans l'ensemble du commerce extérieur de l'île, pendant
l'année 1898 ; elles avaient été de 4 .342.432 francs en 1897, et de
3.605. 951 fr. 60 en 1896 . Elles ont donc augmenté, depuis cette
dernière époque, de plus du tiers de leur première importance,
en suivant une progression constante .
En même temps que ses échanges avec la France se déve
loppent, Madagascar accroît ses marchés en Allemagne, à Maurice
et à la Côte orientale d 'Afrique, grâce, en ce qui concerne ces
deux derniers pays, à l'augmentation de ses expéditions de bétail .
Le tableau suivant permet de se rendre compte du mouvement
économique des exportations de la grande ile pendant les trois
dernières années.
264 L 'ANNÉE COLONIALE

EXPORTATIONS

1896 1897 1898

France . . . . . . . . . . . . 736 . 772, 401 1 . 193 . 991 1 . 867 . 301


Allemagne .. . . . . . . . 643,679 , 44 1 . 153 .215 1 .032 ,154
Angleterre . . . . . . . . . 1 . 551 . 756 , 91 1 . 014 . 184 822.511
Maurice . . . . . . . . . . . . 136 .574 , 65 317 . 969 352. 263
La Réunion . . . . . . . . . . . . . . . 418 .001, 40 277 . 341 292 . 058
Côte d 'Afrique . . . 3 . 377 » 63. 769 179 . 118
Colonies anglaises, sauf
Maurice et les Indes . . . . . . 12. 987,90 138 .635
Autres colonies françaises . . 32 , 199 » 48 .601 131 .918

Les principaux produits exportés sont :


Marchandises Pays de destination Valeur

Huiles et sucs végétaux : ( Allemagne .. . ' 495 .683


' '
1 . 313 .436 francs } France . . . . . . . . . . . . . . . 484 . 148
(Caoutchouc 1 . 290 .026 ) | Angleterre.. . . . 326 .102
Produits et dépouilles i France . . . . . . 720.657
d 'animaux : Allemagne . . . . 302 . 797
1 . 338 .874 francs Angleterre
re . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177 .643
i Maurice . . . 236 .932
Animaux vivants :
663.822 francs
Côte orientale d'Afrique. 172.092
| Réunion .. . . 160 .607
Filaments et tiges : ( France . . . . . . . . . . . . . . 254. 388
à ouvrer Angleterre. . . . . . . . . . . . . . . . . 191.720
583 . 307 francs | Allemagne. . . . . . 136 .403

Pour l'année 1899, on possède seulement les chiffres généraux


suivants :
francs
Importations. . 27 . 916 .614
Exportations . . . . . . . . . . .. .. .. . . . . . . . . . . . . . . 8 . 046 . 408
TOTAL . . . . 35 . 963.022

Soit une augmentation de 9.500.000 francs environ sur l'année


précédente .
Navigation . – En 1898 , les ports de la colonie ont été visi
tés par 6 . 265 navires, jaugeant ensemble 887.836 . 748 tonneaux
contre , en 1897, 3 .961 navires jaugeant 827.533. 166 tonneaux.
Parmi les différentes rades de l'île , c'est Majunga qui tient la
tête au point de vue du nombre des navires, 1.079. Tamatave,
au contraire, vient en tête au point de vue de la jauge des na
MADAGASCAR 265
vires ( 210 . 204), de la participation au commerce général et de
l'importance des importations. A Diégo- Suarez, il est entré 107 na
vires jaugeant 157. 217 tonneaux .
Au point de vue des nationalités, les navires se répartissent
ainsi (entrées) :
Pavillons Navires Tonneaux de jauge
Francais . . . . . . . . 3 .544 741 . 847
Anglais .. . . . . . . . .. . 2 . 235 78 .593
Allemand .. .. . . . . . 111 39. 305

Le nombre des passagers embarqués s'est élevé à 20 .929, et ce


lui des passagers débarqués à 24 .014 .

V . - PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS

10 février. - Arrété réglementant l'attribution des terres


domaniales ( J. O . M ., 23 février).
Les terres du domaine peuvent être concédées par voie de
vente , de location ou à titre gratuit. Les concessions gratuites
ne peuventdépasser 100 hectares et sontréservées aux citoyens
français. L'arrêté indique les formalités à remplir pour obtenir
une concession ; le concessionnaire devra former sur son lot un
commencement d 'exploitation dans les six mois, à peine de dé
chéance . L 'arrêté fixe également le prix minimum des conces
sions à titre onéreux ( 2 francs et 5 francs l'hectare , suivant les
régions). Les concessions de 10 .000 hectares feront l'objet de
contrats spéciaux .
31 janvier. - Décret portant réorganisation du personnel
des agents des affaires civiles et du corps des comptables de
Madagascar ( J. 0 . M ., 21 mars ).
2 février. - Décret érigeant en communes les principaux
centres de population de la colonie (J . O . M . , 23 mars) .
16 mars. — Décret rétablissant le Secrétariat général de Mada
gascar ( J . 0 . M . , 3 mai).
1er avril . – Décret relatif aux points d 'appui de la flotte aux
colonies ( J . 0 . M . , 31 mai).
Diégo - Suarez est désigné comme point d 'appui à Madagascar ;
ce décret a eu pour résultat la mise en défense de Diégo - Suarez
et l'envoi dans ce port des troupes de renfort.
A LE
266 L 'ANNÉE COLONI
23 juin . – Arrêtés exonérant des droits de sortie les graisses
et les produits provenant du traitement industriel du bétail et
destinés aux approvisionnements des administrations de la
Guerre, de la Marine et des Colonies (J. O. M ., 12 juillet).
15 juillet. – Arrêté réglementant la pêche dans le Lac Itasy
( J. 0 . M ., 5 août).
28 octobre. - - Arrêté réglementant la chasse des beufs sans
maître ( J. O . M ., 8 novembre).
31 octobre. – Arrété promulguant à Madagascar la loi du
15 juillet 1889 sur le recrutement de l'armée ( J. 0 . M ., 15 no
vembre).
16 octobre. – Arrêté sur la taxe des maisons, à Tananarive
(J. O . M ., 22 novembre ).
20 août. — Décret portant réglementation de la fabrication de
l'alcool ( J. O . M ., 20 décembre ).

IV . – JOURNAUX

Journal officiel de Madagascar et dépendances. — Notes, explora


lions et reconnaissances, revue trimestrielle ; l'Avenir de Diego
Suarez ; l' Avenir de Madagascar ; le Courrier de Madagascar, le
Madagascar (tous trois à Tamatave). Il fautajouter quelques jour
naux en langue malgache appartenant aux missions protestantes.
LES COMORES

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Les îles Comores: Mayotte , la Grande Comore, Anjouan et


Moheli, sont situées entre le N . - O . de Madagascar et la côte
orientale d 'Afrique , à l'entrée du détroit de Mozambique . Leur
superficie totale est de 1 .600 kilomètres carrés environ . L 'île
d 'Anjouan , très pittoresque, très fertile , arrosée par de nombreux
cours d' eau et jouissant d 'une salubrité suffisante , se prêterait à
des essais de petite colonisation , 2 ou 3 hectares de terre
plantés en vanille peuvent arriver à représenter une fortune en
quelques années. La Grande Comore possède un climat meilleur
encore qu'Anjouan ; mais il n 'y a pas d 'eau courante , et le terrain
rocheux ne se prête pas à la culture. Moheli est considérée comme
la plus insalubre des îles de l'Archipel, bien que le séjour n 'en
soit réellement fatigant et malsain que dans les parties basses
de la côte ; à 150 ou 200 mètres d 'altitude, on jouit d 'un air pur,
relativement frais, et à peu près débarrassé de moustiques.
PERSONNEL :
GOUVERNEUR : M . Papinaud ;
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M . Marchal .

II. – SITUATION POLITIQUE

Réorganisation de la colonie . -- La colonie de Mayotte etle


protectorat des Comores avaient été organisés par décret du 6 juil
268 L 'ANNÉE COLONIALE
let 1897 . Aux termes de cet acte, un administrateur résidant à
Dzaoudzi était chargé de toutes les parties du service intéressant
la colonie de Mayotte et exerçait seulement la surveillance poli
tique des protectorats dont l'administration était confiée à des
administrateurs ; le lien quirattachait ces derniers à l'administra
teur de Mayotte était devenu purement nominal.
Pour remédier à cet état de choses, un décret du 9 sep
tembre 1899 a confié l'administration de Mayotte ainsi que celle
des protectorats à un gouverneur, qui est représenté, à la Grande
Comore , à Anjouan et à Moheli par un fonctionnaire du corps des
administrateurs coloniaux , chargé sous son autorité des services
politiques et administratifs .
Le gouverneur est assisté d 'un Secrétaire Général et d 'un Con
seil d 'administration composé du Secrétaire Général, du chef du
service judiciaire et de deux habitants notables.
Chacune des colonies conserve son autonomie budgétaire . Les
budgets sont discutés au Conseil d 'administration ; l'assiette et la
quotité des taxes, autres que les droits de douane nécessaires à
l'acquittement des dépenses de ces colonies sont fixés par décret
après avis du gouverneur en Conseil d'administration (B . 0 .,
n° 9) .

III. – SITUATION ÉCONOMIQUE

Sucre . – Les trois grandes propriétés sucrières de Pomony, de


Bambao et de Patsy ont donnédes résultats avantageux,malgré la
baisse du prix des sucres. Cela tient au bas prix de la main
d 'euvre des engagés. Ces domaines, avec leurs usines, sont des
propriétés du sultanat, qui les donne en location au profitdu bud
get local d 'Anjouan . .
La fabrication du sucre, pour l'année 1899, est de 550 tonnes à
Pomony, de 450 tonnes à Bambao, el 250 tonnes à Patsy .
Vanille. — Cette production est certainement celle qui donne
les plus beaux bénéfices. Les trois domaines dont nous venons
de parler s 'occupent de cette culture. A Pomony , la récolte a
atteint 2 .000 kilogrammes ; à Bambao, 4.000 kilogrammes au lieu
de 800, l'année précédente. M . P ..., propriétaire de la vanillerie
de Sangani, peutêtre donnéen exemple à tous ceux qui,en France,
voudraient tenter la fortune aux Comores avec quelques milliers
de francs . Sa plantation de vanille , entreprise il y a huit ans,
LES COMO RES 269

avec 10 .000 francs environ , lui a donné les résultats suivants :


kilogrammes
En 1896 . . . . . . 1 .800 vanille préparée
En 1897 . . .. . . 2 . 250
En 1898 . . . . . . 900 (année du cyclone)
En 1899. . . . . . 3 .000
100 environ
Les résultats sont magnifiques, si l'on considère que le kilo
gramme de vanille vaut en moyenne 50 francs le kilogramme; une
récolte de 1 .000 kilogrammes,vendue parconséquent 50 .000 francs
ne laisse pas moins de 35 .000 francs de bénéfices nets.
Café . — Les caféières de Pomony , de création récente , possèdent
30.000 plants de Libéria en pleinevégétation . A Bambao,on compte
4 .000 caféiers Libéria et 2 .000 plants de café Bourbon .
Élevage . - L ' élevage paraît convenir surtout à la Grande
Comore , l'élevage en grand, sur de vastes étendues de terre et
dans les prairies établies sous bois . La Compagnie française de la
Grande Comore y est merveilleusement installée pour cela '.
STATISTIQUES COMMERCIALES POCR MAYOTTE

Les déclarations en douane desmarchandises arrivées à Mayotte


en janvier et février, ayant été perdues pendant le cyclone du
28 février, l'étatdes importations parvenues dans la colonie pen
dant ces deux mois n 'a pu être dressé. francs

Importations 392 . 312, 65


Exportations. . . . 845 . 335, 80
Total 1 . 237 .648 , 45
Importations :
francs
Riz décortiqué : France et Colonies. . . . . . . . 56 . 170
143 . 352 francs 1 Etranger . . . . . . . . . . . . . . . . . 87 . 182
Riz en paille : | France et Colonies . . . . . 57 .580
58 .080 francs | Etranger . 500
Tissus : | France et Colonies. .. . 14 . 798, 25
43. 334 fr . 75 | Etranger . . . . . . . . . . . . . . . . . 30 .536 , 50
Vins ordinaires venant de France. . 14 . 359, 25
E .cportations : Provenant de treize expéditeurs
francs
Sucre, 2 .300 tonnes, valant. . . . 690 . 004
Vanille, 2 .7436.632, valant. . . . . . . . . . 137 . 196 , 60
Rhum , 54.588 litres à 09,30 le litre... 16 .375 , 40
1. Les renseignements économiques sont extraits du rapport de M . l'inspec
teur des colonies Hoaran Desruisseaux , en mission dans l'archipel des Comores
(Renseignements de l'Office colonial).
INDE FRANÇAISE

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Les Établissements français de l'Inde occupent une superficie


totale d'environ 51.000 hectares, divisés, au point de vue admi
nistratif, en cinq territoires:Pondichéry, Chandernagor, karikal,
Mahé et Yanaon . Au 1er janvier 1899, leur population atteignait
277. 013 âmes .
Des services réguliers de navigation sont organisés, à Pondi
chéry, par les Messageries maritimes (ligne annexe de Colombo à
Calcutta ) . Prix du passage de Marseille , 1 .225 francs, 815 francs ,
440 francs suivant la classe), et par les Compagnies anglaisesde la
British India etde l'Asiatic. Le paquebot Dupleix ,des Messageries,
fait escale à Pondichéry, deux fois tous les 28 jours (aller et re
tour).
Le service télégraphique est confié aux agents de l'Administra
tion britannique ; tarif des dépêches pour l'Europe par mot ria
Suez ou Téhéran , 3 Roupies ; via Turquie 2 , Rs II Annas (la roupie
valant 1 fr. 67 est subdivisée en 16 annas) .

II. – PERSONNEL
SÉNATEUR : M . Drouhet ;
DÉPUTÉ : Louis Dubuc, dit Louis Henrique.
GOUVERNEUR : M . Rodier.
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ; M . de la Loyère .
INDE FRANÇAISE 271

CHEFS DE SERVICE : MM . Borne, Procureur général ; Dr Rançon


(service de santé ); Violette ( contributions, domaines) ; d 'Encausse
de Ganties (trésorier-payeur); Ferrier (Instruction publique) ;
Mgr Gandy (évêque de Pondichéry).

III. – SITUATION POLITIQUE

Deux événements principaux ont occupé l'année politique : la


suppression de l'enseignement secondaire et la modification de
la loi électorale .
Réorganisation de l'enseignement. – A la suite d 'une
dépêche ministérielle du 27 juillet, le collège colonial de Pondi
chéry a été supprimé par arrêté du 19 août; comme conséquence,
l'enseignement secondaire classique et moderne, ainsi que les
baccalauréats classiques et modernes, et le certificat de gram
maire , sont supprimés (arrêté du 25 août). Le collège Calvé a
reçu une réorganisation complète ; il comprend : 1° une section
française à neuf années d 'études partagées en trois divisions;
2° un cours normal qui se fondra , pour l'enseignement général,
avec la division supérieure ; 3° une section commerciale à deux
années d ' études ; 4° une section industrielle à trois années
d ' études ; 5° enfin une section anglaise préparant à l'examen de
matriculation de l'Université de Madras. A titre transitoire, il est
institué une section exclusivement réservée aux élèves ayant
commencé les études classiques (arrêté du 10 octobre, J. 0 . I. ,
13 octobre). A la fin de leurs études, les élèves reçoivent, suivant
la section dont ils ont suivi les cours, un diplôme de fin d 'études,
un diplôme commercial ou un diplôme technique .
Loi électorale . — L 'expérience du système électoral, institué
par le décret du 26 février 1884, n 'ayant pas donné les résultats
attendus, un décret du 10 septembre 1899 a modifié le mode de
recrutement des électeurs. Le privilège politique si considérable
afférent à la renonciation a complètement dénaturé le caractère
de celle -ci. D 'après les chiffres de 1898, 2 .861 électeurs, sur une
totalité de 60. 309, nommaient la moitié des représentants des
natifs ; leur renonciation au statut personnel avait presque tou
jours été inspirée par des considérations électorales . Le décret du
10 septembre supprime la liste des renonçants . Les élections aux
divers conseils locaux sont faites sur deux listes. La première
comprend les électeurs européens, descendants d'Européens et
272 L'ANNÉE COLONIALE
assimilés ; la deuxième comprend les natifs. Lorsque, dans un
établissement ou une commune, la première liste comprendra
moins de vingt électeurs inscrits, les membres du conseil à élire
seront nommés par l'ensemble des électeurs réunis sur une seule
liste . Lesnatifs ayant renoncé depuis quinze ans à leur statut per
sonnel et qui, en outre, possèdent un diplôme des Facultés de
l'Etat, qui ont occupé pendant cinq ans une fonction adminis
trative ou judiciaire, ou qui ont exercé un mandat électif pendant
cinq ans, sont inscrits sur la première liste ; comme conséquence
de ce décret, les collèges électoraux ont été convoqués pour pro
céder à la nomination des membres du Conseil général et des
conseils locaux les 22 octobre et 5 novembre ( B . O ., nº 9) .

IV. – SITUATION ÉCONOMIQUE

Exposition agricole. — Le 2 mars s'estouverte , à Pondichéry,


la première Exposition agricole organisée par la Chambre d 'Agri
culture (J. 0 . I., des 3, 10 et 17 mars).
Agriculture. – A Pondichéry . – La récolte des arachides
décortiquées a été relevée par les pluies tombées en novembre,
et l'on peut admettre que les plantations d 'arachides du Sénégal
auront eu pour résultat de régénérer cette culture .
Faute de pluies pendant le mois de décembre, la récolte de
nellys paraît devoir être réduite de moitié . Les arrivages dimi
nuaient beaucoup vers la fin de l'année ; et le prix du riz,
« chamba » , s'élevait à 8 Rs, au mois de novembre, et à 9 Rs. 10
la balle de 75 kilogrammes, en décembre. Les ensemencements
d 'indigo , opérés fin décembre, ont également manqué d 'eau . Dans
l'établissement de Karikal, l'année a été désastreuse pour l'agri
culture . Les champs de nellys , successivement endommagés par
la sécheresse, par l'inondation et par un cyclone , ont à peine
donné le quart du rendement annuel. Dans plusieurs aldées, sur
dix parcelles, six ont seulement pu être mises en culture. De
nombreux arbres déracinés, des paillottes renversées, l'hôtel du
gouvernement en partie démoli, telles sont les conséquences de
l' ouragan qui a éclaté, le 12 novembré, sur Karikal.
Arachides. – Devant les superbes résultats donnés par la cul
ture des arachides du Sénégal, le gouverneur a donné l'ordre de
faire venir 60. 000 kilogrammes de semence de Gambie. Les
populations rurales ont été mises à mêmede profiter de cette nou
INDE FRANÇAISE 273

velle importation qui, jointe au rendement de la première intro


duction , leur permet de donner à cette culture une certaire
importance . L 'arachide réclame une terre sablonneuse, convena
blement amendée par des cendres végétales à base de potasse . Il
vaut mieux profiter de la saison sèche pour faire subir aux champs
plusieurs labours, aussi profonds que possible ( J . 0 . I. , 3 mars ).
Industrie et commerce. -- Les quelques usines des établisse
ments de l'Inde sontdans un état satisfaisant. Les teintureries et
les trois filatures de Pondichéry fonctionnent activement, ainsi
que l'huilerie mécanique . Le nombre de cuves en exploitation
dans les teintureries est en augmentation . Une tannerie travaille
les peaux de cabris et de moutons, tandis qu 'une autre tannerie ,
récemment établie, s'occupe des vachettes. Le change pour les
traites documentaires à trois mois de vue sur France a peu varié
dans les environs de 1 fr. 70 . L 'argent, déjà rare , est devenu
encore plus difficile, par suite de l'arrêt des transferts télégra
phiques du Secrétaire d 'État anglais pour l'Inde. Aussi le taux
d 'intérêt de la Banque de l'Indo -Chine est- il passé de 9 0 0 en
novembre à 11 0 / 0 en décembre .
Statistiques commerciales pour l'année 1898 :

PONDICHÉRY

Importations . . . . . . 2 . 072 . 054 fr .


Exportation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 5 . 776 . 192
TOTAL GÉNÉRAL . . . . . . . . . . 7 .848 . 246

Importations :

Les importations se répartissent de la façon suivante :

Marchandises françaises....... 737 . 915


( des entrepôts de France et colo
Marchandises étrangères nies françaises. . . 2 .136 ? 1 .334 . 139
( des pays étrangers . 1 .332. 003 |
TOTAL GÉNÉRAL . . . . 2.072 ,054

La France métropolitaine, avec 709.011. francs, les colonies


anglaises (l'Inde anglaise ) avec 1 .025. 552 francs et, enfin , l' Angle
terre avec 306 .451, forment à peu près le total des impor
274 L 'ANNÉE COLONIALE
tations. Les plus importantes portent sur les articles suivants:

TOTAUX
MARCHANDISES françaises étrangères
GÉNÉRAUX

francs francs francs


Pétrole . . . . 300 . 000 300 .000
Boissons . 198 . 137 169.622 | 267, 759
Denrées coloniales de consommation , 6 . 500 219 . 087 | 225 . 587
Ouvrayes en matières diverses. . . . . .. 107 .072 51 . 990 159.062
Farineux alimentaires . . . 10 . 700 125 969 136 . 669
Bois communs. . 3 . 248 95 .516 98.764
Papier et ses applications.. . . . . . . . 50 . 253 9 . 177 59.430

Les importations directes de l'Angleterre portent presque


exclusivement sur les pétroles (60 .000 caisses représentant une
valeur de 300 .000 francs). Quant aux importations de l'Inde, elles
se décomposent en produits du cru (notamment les farineux
alimentaires et les denrées coloniales de consommation ) et en
réexportation de marchandises fabriquées en Angleterre. Il en
est ainsi notamment pour les tissus de coton .

DE FRANCE DE L ' INDE TOTAUX


TISSUS DE COTON
Quantité Valeur | Quantité Valeur Quantité Valeur

francs francs pièces francs


pièces pièces
Toile blanchie d 'Eu
rope . . . . . . . . . . . . . 3001 4 .500 2 .800 57.000 4 . 100 61. 500
Toile écrue d 'Eu
rope. . . . . . . . . . . . . 17.800 /213 .600 25. 300 303.600 43. 100 517.200
courgo courgo
Toile bleue. . . .. 125 14 .500 » 125 14 .500

Exportations :
francs
Marchandises du cru de la colonie . . . .. . 4 .573.579
Toile bleue i pour la France . . . . . . . . . . . . 2 . 706 . 280
29.625 courgos pour les colonies francaises 329 .440
3 .436 . 500 francs ! pour l'Etranger . . . . . . . . . . . . 400 . 780
Cocos, pour l'Etranger . . . 75 .025
INDE FRANÇAISE 275

Marchandises réexportées :
Tamarin , 10.088 candys , valant 423.696 francs, dont 423.654 francs
pour l'étranger
francs
Indigo ( pour la France .. . . . . . . . . . . . . . 150 .080
en pour les colonies françaises .. 13 .440
163 candys – · 102 .000 fr.
182.560 ". l pour l' Etranger . .. . . . . . . . 19 . 040
Tourteaux de pistaches, pour l'Etranger . .. .. .. .. .. .. .. 367 .252
KARIKAL

Importations. . . . . . . . . . . . . . . . . . 905 .656 fr .


Exportations. . . 2 .059 . 544
TOTAL GÉNÉRAL . . . . . . 2 . 965 . 200

Importations :
Marchandises des colonies françaises . . . . . . . 39. 368 fr .
de l' Etranger . . . . . . .. . . 866 . 288

Exportations :
Colonies
françaises anglaises Totaux
Marchandises du cru de la colonie . . . 2 . 869 1 .941 .648 1 . 944 .517
étrangères réexportées. 3 .048 111. 979 115 . 027

La France continentale n 'intervient pas dans ce commerce


d 'exportations quiporte principalement sur les :
francs
Riz . . . . . . . . . .. . . . . . . . . 1 .580. 530 exportés dans les colonies anglaises
Tissus de coton . . . . . . . 208 . 000
Denrées coloniales de
consommation . . . . . . . 57.339
Les oignons entrent dans ce dernier chiffre pour 37 .176 francs
en 4 .647 balles :

MAHÉ .

Importation .. . . 60 . 892 fr .
Exportation . . . 47 .530

Importations :
Marchandises françaises . 50 . 454 fr .
étrangères . . . . 10 . 438
216 L 'ANNÉE COLONIALE
Au contraire de ce qui a lieu pour Karikal, toutes les marchan
dises françaises importées viennent de la métropole. Les boissons
forment la presque totalité de ce commerce (50.074 francs dont
25. 117 francs pour 1 .530 caisses de vins divers, et 20 . 094 francs
pour 1 .341 caisses de cognac ) .

Exportations :
Colonies anglaises
Marchandises du cru de la colonie . .. . .. . 26 .855 fr.
Marchandises françaises réexportées. . . . . 20 .675

Toutes les exportations se font dans les colonies anglaises;


l'Europe et les colonies françaises ne reçoivent pas de marchan
dises venant de Mahé .
Les poissons secs du pays sont exportés en 1. 281 baths et
donnent un total de 21 .137 francs : 1 .040 caisses de cognac,
venant de France, sont réexportées par Mahé ; leur valeur s'élève
à 20.592 francs.
YANAON

Importations . . . . . 95 . 794 fr .
Exportations . . . ... . . . . . 13 . 200
TOTAL . . . . . . .
108 . 994
Importations :
Toutes les importations sont formées de marchandises étrau
gères et proviennent des colonies anglaises. Le riz entre dans le
total pour 972.000 litres et 29. 460 francs ; les fils de coton pour
2 .000 paquets et 13.440 francs ; l'opium pour 180 kilogs et
8 . 064 francs.
Exportations :
Colonies anglaises
Marchandises du cru de la colonie . . . . . . . . . . . . . 4 .200 fr.
Harchandises étrangères réexportées . . . . . . . . . . 9 . 000

Le commerce de Yanaon se fait donc exclusivement avec l'Inde


anglaise ; il porte , pour les exportations, sur les :
Riz . . . . . . . . . . . . 15 . 000 litres valant 1 .000 fr. (marchandises du cru
Peaux fraiches . 3 .000 peaux - 2 . 403 fr. (marchandises étrang.
Poteriesde terre 3 .500 pièces -- 2 . 200 fr. (marchandises du cru )
INDE FRANÇAISE 277

V . – PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS

23 janvier. – Arrêté réglementant la culture et l'introduction


des tabacs et bétels ( J . 0 . I., 27 janvier ).
Tout individu qui veut se livrer à la culture des tabacs et des
betels , devra en faire la déclaration au bureau des contributions
indirectes, où une licence lui sera délivrée. L 'introduction des
tabacs et bétels ne peut se faire qu 'avec un permis.
23 janvier. – Arrété rendant exécutoire la délibération du
Conseil général, relative au mode d 'exploitation du monopole des
spiritueux à Pondichéry.
30 mai. — Décret relatif à la fabrication , à la vente et à l'intro
duction du sel dans les établissements français de l'Inde (J . 0 . 1.,
28 juillet).
La fabrication du sel est interdite dans l'Inde française, ainsi
que l'introduction de cette denrée dans les établissements de
Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon . La vente du sel ne sera
faite que dans les débits autorisés et par des personnes munies
de licences.

VI. – JOURNAUX ET REVUES

Journal officiel des établissements de l'Inde ; Bulletin commercial


(Pondichéry) ; Bulletin de la station agronomique ; le Progrès ;
l’Union républicaine ; le Petit Bengali (Chandernagor).
INDO -CHINE

I. – RENSEIGNEMENTS GENÉRAUX

L 'Union Indo-Chinoise, composée de la Cochinchine Française,


des protectorats du Cambodge, du Tonkin , de l’Annam et du
Laos, occupe, dans la partie orientale de la péninsule indo
chinoise , une superficie d 'environ 700. 000 kilomètres carrés. La
population peut en être évaluée à 17 . 000 .000 d 'habitants , répartis
très inégalement sur l' ensemble des territoires. Sur ces 17 .000. 000 ,
la Cochinchine en contient 2. 300.000 , le Cambodge 1.700 .000,
l'Annam 5 .000.000, le Tonkin 7.500.000, le Laos 500.000. Un gou
verneur général représente , avec des pouvoirs très étendus
(Décret du 11 avril 1891), le Gouvernement de la République. Il
est assisté d'un Conseil supérieur composé de fonctionnaires et
de quelques membres désignés par le Gouverneur général.
Dans chacun des pays de l'Union , un haut fonctionnaire repré
sente par délégation le Gouverneur général. Il porte, au Cam
bodge , en Annam , au Tonkin et au Laos le titre de résident
supérieur ; en Cochinchine , celui de lieutenant gouverneur.
Dans ce dernier pays il existe un Conseil colonial élu . La Cochin
chine envoie un député au Parlement.
Services maritimes et fluviaux. Télégraphes. - L'Indo
Chine est reliée à la France par deux Compagnies de navigation
françaises. Les paquebots des Messageries Maritimes (lignes du
Japon ) vont de Marseille à Saïgon en vingt-cinq ou trente jours,
un départ tous les deux dimanches. La Compagnie nationale de
navigation expédie de Marseille , le 1er de chaque mois, un paque
bot qui arrive à Saïgon en trente jours environ .
INDO -CHINE 279

Pour aller de Saïgon au Tonkin , il faut : ou bien prendre le


paquebot annexe des Messageries Maritimes, qui part de Saïgon
trois jours après l'arrivée du courrier de France et arrive à Haï
phong en cinq à six jours, après avoir fait escale à Nha - Trang, à
Quin -None et à Tourane (Hué), ou bien le paquebotde la Compagnie
nationale à son passage à Saïgon . Le prix du passage, en partant
de Marseille , est de 1 .550, 1 .030 ou 565 francs, suivant les classes ,
pour Saïgon , et de 1.715 , 1 .200 et 535 pour Haïphong par les Mes
sageries ; il n 'est que de 700 , 400 , 250 pour Saïgon ; 800 , 475 et 300
pour Haïphong par la Compagnie nationale (nourriture comprise
dans les deux cas).
La Compagnie des Messageries Maritimes a , en outre, un ser
vice commercial de Marseille à Saïgon .
Le prix de fret, de Marseille en Indo-Chine, varie entre 50 et
60 francs le mètre cube par les Messageries.
Deux Compagnies locales assurent le service sur les fleuves et
rivières de la colonie . La Compagnie des Messageries fluviales de
Cochinchine relie avec ses vapeurs tous les centres importants de
la Cochinchine et du Cambodge . Elle a en outre un service sur
Bangkok et remonte le Mékong jusqu 'à Luang -Prabang (en
pirogue depuis Vien - Tiane). Au Tonkin , les Messageries fluviales
du Tonkin parcourent le Delta et remontent la rivière Noire jus
qu'à Cho -Bo, la rivière Claire jusqu'à Tuyen -Quang, le fleuve
Rouge jusqu'à Lao-kay, le Binh -Tay jusqu'à Lam .
Un service relie en outre le Tonkin à Pakhoï et à Hong -Kong.
Le prix des correspondances télégraphiques entre la France et
Saïgon est de 5 fr . 07 le mot.

II . - PERSONNEL

GOUVERNEUR GÉNÉRAL : M . Doumer ;


COMMANDANT EN CHEF DES TROUPES : Le général de division Bor
gnis - Desbordes ;
DIRECTEUR DES AFFAIRES CIVILES : M . Broni ;
LIEUTENANT GOUVERNEUR DE LA COCHINCHINE : M . Picanon ;
RÉSIDENT SUPÉRIEUR au Tonkin : M . Fourès ;
en Annam : M . Boulloche ;
au Cambodge : M . Ducos ;
au Laos : colonel Tournier ;
280 L 'ANNÉE COLONIALE
DIRECTEUR DU CONTROLE FINANCIER : M . Rivet;
PROCUREUR GÉNÉRAL , CHEF DE SERVICE JUDICIAIRE : M . Assaud ;
DIRECTEUR DES DOUANES DE RÉGIES : M . Frézouls ;
DIRECTEUR DES TRAVAUX PUBLICS : M . Guillemoto ;
DIRECTEUR DE L 'AGRICULTURE ET DU COMMERCE : M . Capus.

III. – SITUATION POLITIQUE

Au cours de l'année 1899, l'ordre n 'a pas été troublé sur le terri
toire de l'Indo-Chine ; les émeutes qui s' étaientproduites dans l'été
de 1898 au Tonkin ne se sont pas renouvelées.
· Le Gouverneur général, M . Doumer, qui s'était rendu en France
dans les derniers mois de l'année 1898, pour y soutenir, devant
le Parlement, le projet de loi autorisant la Colonie à emprunter
200 millions de francs destinés à l'exécution d 'un réseau de voies
ferrées, a débarqué à Saïgon à la fin du mois de janvier. Il y
recevait, le 14 mars, la visite du Phya - si, secrétaire d 'Etat du
ministère de l'Intérieur du royaume de Siam , venu en qualité
d 'envoyé extraordinaire pour saluer le représentantdu Gouverne
ment français au nom de son souverain . Cette démarche, sur
venant peu après l'incident de frontière qui s'était produit à
Kentao, sur le Haut Mékong, dans les premiers jours de l'année,
fut considérée commel'indice d 'un changementdans l'attitude de la
cour de Bangkok à notre égard. Elle fut suivie , quelques semaines
après, de la visite de M . Doumer à Bangkok . Parti de Saïgon
le 13 avril , le Gouverneur général passa quelques jours à Bang
kok , où de grandes fêtes furent données en son honneur . Le rap
prochement, au dire des dépêches de source anglaise, aurait
été dû au ministre de Russie auprès du roi Chulalongkorn .
En mai, M . Doumer , désireux de juger en personne des condi
tions dans lesquelles il sera possible d 'exécuter l'importante
voie ferrée qui doit relier Lao -Kay, sur le fleuve Rouge, au
Yunnan et nous ouvrir les débouchés de cette vaste région ,
décida de se rendre à Yunnan -Sen . Parti le 20 mai, il attei
gnait cette dernière ville le 6 juin et en repartait le 8 dans
l'après-midi pour rentrer à Hanoï. Durant son séjour dans la
capitale du Yunnan , il nomma une commission chargée de
régler, avec les autorités chinoises de la province, les questions
que soulève la construction du chemin de fer de pénétra
INDO - CHINE 281

tion dont nous venons de parler (Arr. du 7 juin , J. O . A . T .,


Taoût). La tâche de cette Commission sera délicate . Elle aura à
triompher des obstacles que créeront à la marche des travaux les
résistances occultes de l'administration chinoise et l' état d 'esprit
des populations. Celles-ci ne paraissent guère favorables au projet,
si l'on en juge par l'échauffourée qui s'est produite à Mongtsè æu
mois de juin dernier et par l'effervescence que l'on a pu signaler
depuis sur le passage de la mission d ' étude envoyée par le gou
verneur général.
Le Conseil supérieur de l' Indo - Chine s 'est réuni en session
ordinaire à Pnomh- Penh, le 16 octobre, sous la présidence de
M . Doumer, pour examiner le budget général et les budgets locaux
de la colonie et émettre des avis sur certaines questions impor
tantes . Sur la proposition de M . Doumer et après avoir examiné
et accepté le budget de 19001, il a voté la création d 'un corps de
cavalerie indigène, l'organisation de réserves des régiments de
tirailleurs, l'amélioration du port de Saïgon , l'étude d 'un réseau
de chemin de fer complémentaire du réseau dont la construction
est déjà commencée , l'organisation d 'un service forestier en Indo
Chine, enfin la création , aux frais de la colonie , de câbles télégra
phiques sous-marins reliantl'Indo-Chine aux lignes télégraphiques
russes dont le terminus est à Amoy. Au cours des fêtes qui ont
été données dans la capitale du Cambodge à l'occasion de la
réunion du Conseil supérieur, le Gouverneur général a reçu la
visite des rois de Luang -Prabang, venus, sous la conduite du colo
nel Tournier, Résident supérieur du Laos, offrir leurs hommages
au représentant de la France.
Conseil colonial de la Cochinchine. – Au cours de sa
session ordinaire , qui a eu lieu du 16 au 30 septembre , le Conseil
colonial de la Cochinchine n 'a pas eu à prendre de décision
particulièrement importante. Il convient seulement de signaler
le discours prononcé par son président dans la séance d 'ouver
ture. M . Blanchy, élu à l'unanimité des voix du Conseil, a
exprimé les sentiments de regret qu'il éprouve en présence de
la tendance à l'unification de tous les services de l'Indo -Chine,
qui caractérise la politique suivie par le Gouverneur général
actuel . Il s 'est plaint de voir les ressources de la Cochinchine,
dont le budget, naguère de 30 millions de francs, est tombé
aujourd 'hui à 11 millions, servir à des dépenses effectuées hors

1 . Pour le budget de 1900, voir ci-après : Finances.


282 L 'ANNÉE COLONIALE
de la colonie et dont la Cochinchine ne retire aucun bénéfice
immédiat. C 'est, a - t-il fait observer, la conséquence du décret insti
tuant le budget généralde l'Indo-Chine et luiattribuant les reve
nus indirects et taxes assimilées de l'Indo -Chine tout entière
J . 0 . C . C ., 21 sept.) .
Finances . - La situation des finances de la colonie,conséquence
à la fois des réformes opérées par M . Doumer depuis 1897 et des
bonnes récoltes qui ontmarqué les dernières années, continue à
être satisfaisante. Le budget général de l'Indo-Chine pour 1899
avait été fixé en recette à 17.620.000 p. ', et en dépenses à
17.617.500 p. Pour le même exercice, les budgets locaux se pré
sentaient avec les chiffres suivants en dépenses et en recettes :
Annam , 1 .845.835 p . ; Tonkin , 3 .993.638 p . ; Cambodge, 1. 917.600 p .;
Laos, 692.531 p . ; Cochinchine, 4 .582.000 p .
Pour l'exercice 1900 , les prévisions sont les suivantes : Budget
général : recettes, 20.803.000 p . ; dépenses, 20 .796 .000 p .; budget
local de la Cochinchine, 4 .439.500 p . ; budget local de l'Annam ,
2 .120 .016 p .; budget localdu Tonkin , 4 .072.200 p . ; budgetlocal du
Cambodge, 2 .315 .587 p . ; budget local du Laos, 739.000 p . Tous les
budgets présentent donc un certain accroissement sur les précé .
dents. Il peut être intéressant de donner quelques détails sur le
budget général de l'Indo -Chine pour 1900 .
Dans les prévisions de recette dont le total s'élève à 20 .803.000 p .
le produit des douanes figure pour 5 .800.000 p . ; les contributions
indirectes et les régies comptent pour 13.500.000 p . (régie des
alcools indigènes, 2.500.000 p .; régie del'opium ,6 .000 000 p .; régie
des sels , 2 . 200 .000 p . ; taxe à la sortie des riz, 1.800. 000 p .); les
produits de l'enregistrement des domaines et du timbre, des
postes, des télégraphes et des téléphones, de l'exploitation des
chemins de fer, forment le complément du total des recettes.
Les dépenses présentent, sur l'exercice 1899, une augmen
tation de 3.190 .000 p. Cette somme comprend , en premier
lieu , un accroissement de dépenses de 779.000 p . sur les
dépenses militaires, qui sont portées à 4 .050.000 p. Si l'on
tient compte que déjà , en 1899, le budget général avait supporté,
pour l'entretien des troupes, une augmentation de plus de
800.000 p . , on constate qu 'en deux exercices l'Indo-Chine a
déchargé la Métropole de 4 . 000 .000 de francs environ de dé
penses militaires. L 'accroissement prévu pour 1900 s'explique
1 . Le cours officiel de la piastre en 1899 a oscillé entre 2 fr. 50 et 2 fr. 35 .
INDO -CHINE 283

par l'augmentation du nombre des tirailleurs annamites et tonki


nois, la création d 'un corps de tirailleurs cambodgiens et d 'un
corps de cavalerie indigène chasseurs annamites !, l'organisation
d 'un service géographique ; enfin les dépenses de la télé
graphie militaire, du service de la remonte , du service vétéri
naire, de la gendarmerie, etc ., qui incombaientau budgetmétro
politain , seront supportées, en 1900, par le budget général de
l’Indo -Chine. Pour les travaux publics , il est prévu des crédits
s'élevant à 3. 386 .000 p ., lesquels ne sont pas compris les frais
d 'études des chemins de fer ; enfin les dettes remboursables par
annuités figurent au budget des dépenses pour 2 .615 .739 p ., qui
représentent les annuités des emprunts de 80 et de 200 millions
et du chemin de fer de Saïgon à Mytho.
Administration . - Au cours de 1899, plusieurs mesures
importantes ont été prises en vue de compléter l'organisation
administrative de la colonie . Un décret du 20 janvier J. 0 .
26 janvier), a rétabli, sous le nom de Direction des affaires civiles ,
le service qui s'appelait autrefois le Secrétariat général. Le but
de cette création est de décharger le Gouverneur général des
mille petites affaires de pure administration qui se présentent
chaque jour et de lui laisser ainsi tout le temps de s 'occuper des
intérêts généraux de l'Indo-Chine, dont il a plus spécialement
la garde. La réorganisation des services généraux et locaux de
l'Indo -Chine a suivi de près la création de la Direction des
affaires civiles (Arr. 13 février, J . 0 . C . C ., 13 février). Les ser
vices généraux placés sous l'autorité directe du Gouverneur
général comprennent les directions et services suivants : Cabinet
du Gouverneur général ; Services militaires ; Services maritimes ;
Service judiciaire ; Direction des affaires civiles ; Direction du
contrôle financier ; Direction de l'Agriculture et du Commerce ;
Direction des travaux publics ; Administration des douanes et
régies ; Administration des Postes et Télégraphes. Les chefs
de ces services correspondent entre eux et avec le lieutenant
gouverneur de la Cochinchine et les résidents supérieurs du
Cambodge, de l'Annam , du Tonkin et du Laos, pour les affaires
dans lesquelles les services locaux sont intéressés . Ces der
niers, qui relèvent des hauts fonctionnaires que nous venons
d 'énumérer, comprennent dans chacun des cinq pays de
l'Indo-Chine : l'Administration générale ; les Services de
l'assiette et du recouvrement des impôts directs ; la Trésorerie ;
les Directions locales de l'agriculture ; l'Enseignement ; la Justice
284 L 'ANNÉE COLONIALE
indigène ; la Police; les Services médicaux et services d'assis
tance ; le Service pénitentiaire ; le Cadastre.
Le lieutenant-gouverneur et les résidents supérieurs, dans les
pays placés sous leur autorité , ont la haute surveillance du per
sonnel de tous les services et, à l'exception des chefs de province
et d 'arrondissement qui sont désignés par le Gouverneur général,
répartissent le personnel des services locaux suivant les exi
gences de ces services. Enfin ces hauts fonctionnaires exercent,
en matière de concessions domaniales et par délégation perma
nente, les pouvoirs du gouverneur général, pour toutes concessions
ne dépassant pas 500 hectares .
Signalons enfin la création au Cambodge, par arrêté du
26 août ( J. 0 . C . C ., 4 sept.), d 'un Conseil de protectorat.
Circonscriptions administratives. — Quelques modifications
ont été apportées, en 1899, à la géographie administrative de
l'Indo -Chine. Un Arrêté du 6 février ( J. O . C . C ., 13 février ) a réalisé
la fusion du Laos en supprimant les emplois de commandants
supérieurs du Haut et du Bas Laos et en plaçant le pays tout
entier sous l'autorité d 'un Résident supérieur.
Il convient de signaler encore en Annam la création d 'une
nouvelle province , celle du Haut-Donai, comprenant le bassin
supérieur du Donai, limité aux frontières de la Cochinchine et
du Laos. Le siège de la résidence de l'administrateur du HautDonai
sera à Djiring, à proximité du plateau de Lang - Bian . (Arr. du 1er no
vembre, J. 0 . A . T ., 10 novembre) ; au Laos, une nouvelle circons
cription administrative, le commissariat de Darlac a été organisé
(Arr. du 2 novembre, J . 0 . A . T ., 16 novembre) ; au Tonkin , un
arrêté du 29 décembre , ( J. 0 . A . T . , 8 janvier 1900 ) a décidé la
formation d 'une province nouvelle , celle de Vinh - Yèn , formée des
huyens de Bach-Flac, Yên- Lac, Yen- Lang, Lap- Thach, Tam- Duong
et Binh -Xuyen , empruntés à la province de Son - Tay . Enfin il a
été décidé (Arr. du 10 décembre, J . 0 . C . C ., 8 janvier 1900) qu'à
l'avenir , les arrondissements de la Cochinchine prendraientle nom
de provinces .
La vaccination en Indo - Chine . — Au cours de l'année, l'Ins
titut Pasteur de Saïgon , dirigé par le Dr Simond , a délivré
42.812 grands tubes de vaccin et 20 .907 petits , soit un total de
63.719, sur lesquels 28.825 ont été utilisés dans l'Indo-Chine fran
çaise, et 34 .894 ont été consommés dans les autres colonies fran
çaises ou dans les divers pays de l'Extrême-Orient. Pour la
préparation de ces tubes, il a été employé 396 bufflons.
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INDO - CHINE 287

Les provinces de la Cochinchine sont groupées en deux ser


vices de vaccine mobile , que parcourent presque continuellement
des médecins vaccinateurs. Ces derniers ont ainsi, en 1899, pu
vacciner 63.606 personnes et en revacciner 95.007 ; la proportion
des succès (pour les vérifications effectuées) a été de 89 ,5 0 / 0 pour
les vaccinations et de 17 0 /0 pour revaccinations vérifiées. Si l'on
ajoute à ces chiffres les vaccinations effectuées dans les postes,
soit 10. 329 (succès 890 / 0 ), au service de l' immigration ', soit 18 .876 ,
et les vaccinations expérimentales faites au laboratoire de l'Institut,
on arrive à un total de 93.378 vaccinations et 102.463 revaccina
tions pour la Cochinchine en 1899. En 1898, on avait effectué
82.399 vaccinations et 77.703 revaccinations.
Dans les autres pays de l'Indo -Chine , le service de la vaccina
tion ne fonctionne malheureusement pas d 'une manière aussi
satisfaisante . Faute de personnel médical, on n 'a pas pu au
Tonkin , en 1899 tout comme en 1898 , assurer la vaccine mobile
d 'une façon systématique et régulière. Le nombre des tubes con
sommés par le Tonkin a été de 5 .465 contre 5 .225 en 1898 .
En Annam , la situation est plus fàcheuse encore . Ce sont
les médecins des postes qui assurent le service de la vac
cination et, malgré leur dévouement, ils ne peuvent suffire à la
tâche énorme qui leur incombe. Aussi la variole continue- t -elle
ses ravages. En 1899 , plusieurs épidémies très graves ont éclaté
dans les provinces du Quanh -Hoa , de Phû - Yen , du Quang- Nam
et de Vinh .Le nombre de tubes consommés a été de 2 . 760 grands
tubes contre 3 .126 grands et 26 petits en 1898.
Au Cambodge, le service de la vaccine mobile a pu fonction
ner, en 1899, grâce au zèle du corps médical des colonies. Il a
été effectué 115.395 opérations, pour lesquelles on a employé
3 . 365 grands tubes et 510 petits tubes de vaccin . Les chiffres
de 1898 sont de 43.816 opérations. On voit quels énormes progrès
ont été accomplis dans l'espace d 'une année.
Au Laos commeau Cambodge, la vaccination fait des progrès
constants .
Le bas Laos peut être considéré, dit un rapport du Résident
supérieur, comme à peu près complètement à l'abri des épidé
mies de variole . Il est plus difficile de préserver le haut Laos.
Par la voie du Mékong, les tubes de vaccin expédiés par l'Insti

1 Tous les travailleurs asiatiques qui arrivent à Saïgon sont vaccinés d 'office
ayant d 'être admis à circuler en ville .
288 L ’ANNÉE COLONIALE
tut de Saïgon mettaient quatre-vingts jours pour atteindre Luang
Prabang et, par suite de ce long délai,le vaccin , qui ne conserve
ses propriétés que jusqu 'à soixante -dix jours environ , avait, une
fois parvenu à destination , perdu toute efficacité. Aujourd 'hui
l'Institut expédie les tubes par la voie du Tonkin (Rivière- Noire
jusqu 'à Lei-Chau et de Lei-Chau à Luang- Prabang par Tram ), et
le pourcentage des succès obtenu a considérablement augmenté.
Malgré ces incontestables progrès, le service de la vaccina
tion en Indo -Chine n 'est pas encore arrivé à la hauteur des
besoins de la situation . Pour vaincre l'apathie ou l'indifférence
des indigènes, qui cependant commencent à reconnaître les effets
bienfaisants du vaccin , il faudrait , dans les provinces, ne pas
craindre d 'avoir recours à la pression administrative et dans les
grandes villes rendre la vaccination obligatoire. Il faudrait enfin
augmenter de quelques unités le nombre de médecins, de
manière à assurer , sur tout le territoire de la colonie , le service
de la vaccination mobile .
(Résumé d 'après le Rapport sur le fonctionnement de l'Institut
Pasteur de Saïgon , en 1899, par le Dr Simond , directeur .)

IV. – SITUATION ÉCONOMIQUE


AGRICULTURE

Riz . - Au Tonkin est dans le nord de l'Annam , la récolte du


cinquième mois (mai- juin ) a été en général moyenne. Dans les
seules provinces de Nam -Dinh et d 'Ha-Tinh , elle a été très abon
dante . La récolte du dixième mois , de beaucoup la plus impor
tante , a été, dans l'ensemble de l'Indo -Chine, satisfaisante . Au
Tonkin , bien supérieure à la moyenne dans les provinces de
Nam - Dinh et de Phu -Lien (depuis sept ans, au dire des indigènes
de cette dernière province , on n 'avait vu de récolte aussi belle),
elle s'est trouvée, en bien des points , notamment dans le commis
sariat de Van -Bu (Haute Rivière Noire),à Bao-Lac, Cao -Bang, infé
rieure à celle des années précédentes, soit par suite de pluies
tardives, soit par suite de l'apparition d'un parasite dont la nature
n 'a pu être encore reconnue.
« En Cochinchine , la récolte des riz hâtifs, dit unenote publiée
dans le Bulletin économique de l'Indo-Chine (janvier 1900), a donné
des résultats au -dessus de la moyenne dans la moitié environ
des arrondissements . Cependant, dans quelques-uns, des pluies
INDO -CHINE 289

trop tardives (jusqu'au 25 novembre) ont provoqué la verse et


diminué la qualité du grain . » En revanche, en ce qui concerne
le riz de saison , les pronostics favorables des administrateurs se
sont généralement trouvés exacts , les conditions climatériques
ayant été satisfaisantes .
L 'administration poursuit ses efforts dans le but d 'améliorer la
qualité et le rendement des riz de l'Indo - Chine , notamment des
riz de la Cochinchine . M . Capus, directeur de l'Agriculture et du
Commerce, s'est rendu , dans les premiers mois de l'année (Arr.
du 2 mars, J. 0 . C. C., 2 mars), en Birmanie , pour étudier les
méthodes de culture en usage dans ce pays et les mesures prises
par le gouvernement local pour assurer la qualité permanente du
riz. On sait en effet que les riz de Rangoon sont cotés sur les mar
chés européens à un prix bien supérieur à celui qu 'atteignent
les riz de Cochinchine, plus petits et moins réguliers. Au cours de
sa mission , M . Capus a pu constater que cette supériorité n 'est,
en aucune manière, le résultat d 'une action officielle , plus ou
moins directe, mais qu 'elle provient de la nature du sol, de cer
taines différences dans les procédés de culture employés par les
indigènes, enfin et surtout d 'une sélection plus rationnelle des
semences. Sous ce rapport, les observations recueillies par
M . Capus confirment heureusement l'opinion généralement
admise aujourd 'hui en Indo -Chine depuis l'insuccès des essais de
riz de Birmanie ou de Java , qui y avaient été tentés au cours de
ces dernières années.
Afin d 'encourager la culture du riz , la sélection des semences
et, d 'une manière générale, les procédés agricoles des indigènes,
l'administration organise chaque année des concours agricoles.
En 1899, ils ont eu lieu , en Cochinchine, dans les arrondisse
ments de Bentré, Long-Xuyen , Mytho et Thudaumot, en mai et
juin . A Mytho, plus de 250 échantillons de riz, paddy et nêp, pour
la plupart de belle qualité , étaient exposés dans la salle des con
cours. Les autres produits agricoles y étaient peu nombreux, les
cultivateurs ignorant, pour la plupart, qu 'à l'inverse des années
précédentes, où le concours était exclusivement réservé aux riz ,
le concours de 1899 était un concours général.
En Annam , un concours réservé aux riz du royaume a eu lieu
à Hué à la fin du mois d 'août. « Le poids moyen de l'hectolitre
donné par l'ensemble des échantillons, dit une correspondance
adressée à la Quinzaine Coloniale ( nº du 25 décembre), a été de
59k5,055, le plus lourd pesant 66k5,700 et le plus léger 4765,500 .
19
290 L 'ANNÉE COLONIALE
C 'est un riz blanc du Quang-Nam quia été classé au premier rang.
Mais l'examen n 'ayant pu porter que sur des riz dépiqués, un
second concours sera ouvert, après la prochaine récolte, pour
les paddys en gerbes. On pourra juger ainsi de la valeur des
épis. »
Autres cultures d 'alimentation . – Les autres cultures
d'alimentation , pratiquées par les indigènes, maïs, canne à
sucre , manioc, patates , etc ., ont donné généralement d'assez
bonnes récoltes : « Le maïs notamment, dit un rapport du
Gouverneur général, en date de septembre 1899 (Rev. Coloniale ,
janvier 1900), a très bien réussidansles provincesde Thai-Nguyen
et de Hung-Hoa au Tonkin et sur plusieurs points du Haut
Tonkin . Il en a été de même dans les terres hautes de Cochin
chine (arrondissements de Chaudoc et du Cap -Saint-Jacques ,
plateau de Dât-Dô ) et en Annam . Les arachides, au contraire, qui
donnent lieu à une exportation assez importante, les bonnes
années, dans les provinces centrales de l'Annam , n 'ont donné
qu 'un faible rendement cette année. »
Poivre . – La récolte de 1899 a été particulièrement mauvaise
à Ha- Tien , le principal centre producteur de la Cochinchine. Elle
n 'a donné que la moitié de la récolte de 1898 , et les deux tiers
environ d'une récolte moyenne. Exportation de Ha- Tien , pendant
le 1er semestre de 1899 : 604 .384 kil., contre 1 .034. 200 kil . en 1898) ;
médiocre aussi au Cambodge, dans les résidences de Kampot et
de Takéo (Rev . Col., janv. 1900). Fort heureusement, la qualité ,
la densité du grain et la hausse des cours ont compensé la quan
tité du produit.
Bétail . Epizootie . – La peste bovine a continué ses ravages
sur le bétail de la colonie, enlevantaux indigènes et aux planteurs
leur principal instrumentde travail. Particulièrement intense au
Cambodge, où elle a enlevé des milliers de buffles ou bæufs demai
à août, elle paraît avoir été en décroissance depuis cette époque.
En Cochinchine, d 'où elle semblait avoir disparu, elle a fait sa
réapparition dans l'été de 1899, dans l'arrondissement de Bien
Hoa notamment, à Bentré, au Cap-Saint- Jacques (Bull. de la
Chambre d'Agric . de Coch ., sept., et Rev . Col., janv. 1900 ).
En Annam , l'épidémie qui s 'était éteinte en juillet1898 , a éclaté
à nouveau dans le Thanh -Hoa , en juin de l'année dernière. Le
Tonkin a aussitôt interdit l'entrée des bestiaux en provenance de
régions contaminées et a pu préserver ainsi de la contagion les
provinces du delta , mais pour quelques mois seulement. Aux
INDO - CHINE 291

dernières nouvelles, la peste aurait fait son apparition au


Tonkin .
Les essais d'élevage de mouton se poursuivent au Tonkin ,
malgré les insuccès nombreux qui ontmarqué plus d 'une tenta
tive. Si nous en croyons l’Avenir du Tonkin (numéro du 5 mars), des
essais,repris à la ferme de Lang -Dan , par M . Chevalier, vétérinaire
directeur de la ferme, auraient parfaitement réussi et démon
treraient la possibilité d ' élever le mouton , du moins sur les
hauteurs avoisinant la frontière de Chine.
Essais de cultures nouvelles. Jardins d 'essais. Services
de l'Agriculture. — Parmi les tentatives les plus intéressantes
faites pour acclimater, en Indo-Chine, des cultures nouvelles ou y
développer des cultures déjà entreprises par les indigènes , il faut
signaler les essais faits durant les deux dernières années au Ton
kin sur le Pavot à opium et le Blé et dont les résultats ont été
communiqués au cours de 1899. Disons tout d 'abord que, dans les
deux cas, l'insuccès a été presque complet. En ce qui concerne le
pavot à opium ,les essais se sont poursuivis dans plus de quarante
localités différentes, choisies dans la région qui paraissait devoir
le mieux convenir à ce genre de culture ; partout, sauf à Nghin
Lô, dans le cercle de Yen-Bay (où il a été possible de procéder à
des irrigations méthodiques), les essais ont échoué, « même dans
le cercle de Bao -Lac, qui comprend la majeure partie de la région
du Dong- Quan , la seule où la culture du pavot fût jusqu'ici pra
tiquée par les indigènes » . En tenant compte des conditions dans
lesquelles ces essais ont été effectués et des circonstances cli
matériques tout à fait défavorables qui les ont accompagnés, on
est arrivé aux conclusions suivantes :
<< 1° Il est inutile d ' essayer la culture du pavot dans le Bas ni
dans le Moyen Tonkin . Au sud de la ligne Cao -Bang , Lao -Kay , il
lui faudra des altitudes très élevées. Au nord de cette ligne, des
altitudes de 600 à 800 mètres au moins sont indispensables ;
2° Les semailles ne peuvent être retardées au -delà de la pre
mière quinzaine de novembre.. . ;
3º Il ne faut tenter cette culture que sur des terrains fertiles,
riches en humus, et, autant que possible ,déjà travaillés » (Rapp.
du Dir. de l'Agr. du Tonkin , J. 0 . A . T., 19 oct.).
En résumé, « il est dès à présent certain que l'opium , culture
très délicate et aléatoire, qui demande d 'ailleurs un sol très
riche, ne pourra réussir que sur quelques rares points en Indo
Cline » (Rev . Col. , janvier 1900 ).
292 L' ANNÉE COLONIALE
Les essais de culture du blé n'ont guère été plus heureux.
500 kilogrammes de semence originaire de l'Inde avaient été dis
tribués par les soins de la Direction de l'Agriculture du Protec
torat en 1898 (voir J. 0 . A . T., 13 oct. 1898); ils furent répartis
entre quarante -huit stations. Sur ce nombre, bien peu étaient en
état de poursuivre ces expériences d 'une manière scientifique.
Pourtant la lecture du tableau qui les résume et qui a paru , accom
pagné d 'un rapport détaillé du Directeur de l’Agriculture au J. O .
A . T . du 30 novembre, est instructive. Sur quelques points seule
ment, les résultats obtenus ont été encourageants . A Moncay, no
tamment (1er terr.milit.), deux semis auraient, suivant le rapport
du commandant du cercle , rendu quinze fois la semence ; à Ha
Coi (même terr .), le rendement aurait été de vingt. A Tu-Lé
(cercle de Yen -Bay , 4e terr. mil.), le blé a germé en quarante -huit
heures dansune terre de vieille rizière , il a évolué en cent trente
six jours, et la germination a eu lieu dans la proportion de 95 0 /0 ;
la récolte a donné un grain très beau , dense et bien nourri.
Enfin à Bac-Ninh, sur la concession Gobert, à Phu -da-Phuc et au
jardin d 'essai de Hanoï, les tentatives ont été assez heureuses.
Partout ailleurs elles ont été infructueuses et ont échoué com
plètement. L 'Administration , ne les jugeant pas suffisamment
décisives, compte les renouveler dans des conditions meilleures.
« En revanche, les pommes de terre plantées à Yên -Minh (cercle
de Bao -Lac), et au jardin d'essai de Lang -Dam (cercle de Hagiang)
ont donné des résultats satisfaisants » (Rev . Col., janv. 1900 ).
Des essais sont poursuivis actuellement en Cochinchine sur
l'acclimatement du sagoutier . Le jardin botanique de Saïgon a
reçu, au cours de l'année 1899, du directeur du Jardin botanique
de Singapore, un millier de graines de Sagus Rumphii qui ont été
plantées au champ d 'expériences de Ong- Yiêm ( B . E ., XIV,p. 352).
On peut croire que l'Indo -Chine , étantplacée dans des conditions
climatériques analogues à celles de Sarawack et des Moluques, qui
sont les principaux producteurs de sagou , pourrait devenir à
son tour un producteur important.
Jute . - Dans le Haut Tonkin , les essais de jute ont paru
réussir . Dans le cercle de Cao -Bang, en juillet 1899, les tiges
dépassaient 1m ,60 au jardin d 'essai de Trung -Khanh -Phu ; dans
le cercle de Bao -Lac , les semis faits par les indigènes ont réussi,
surtout dans la plaine de Yên -Muih , au jardin de Bac-Me. Semé
dans un fond humide en mai 1898, les tiges atteignaient 3 mètres
de hauteur en août 1899 ; par contre, dans le même cercle , des
INDO - CHINE 293

essais faits à Dong -van , ont échoué complètement, le terrain ,


trop sec , convenantmal à ce genre de culture, qui a besoin d 'un
sol humide et profond ( J . 0 . A . T . , 9 nov .). Nous ne donnons ces
renseignements qu 'à titre indicatif, les essais poursuivis en 1899
ayant été trop peu nombreux pour fournir des résultats con
cluants .
Abaca. – Les essais de culture de l'abaca, entrepris à Tuyen
Quang par M . Remery , ont très bien réussi. M . Remery possédait,
en octobre dernier, une pépinière de 10.000 plants et compte en
avoir 50. 000 en juin 1900. La culture de ce textile est, paraît- il,
facile et rapide. Le décortiquage, qui donne en moyenne
200 grammes de filasse par tige décortiquée , s 'opère au moyen
du couteau manillais ( J . 0 . A . T . , 21 déc . ). Des échantillons de
fibre d 'abaca provenant de la plantation de M . Duchemin , colon
au Tonkin , et adressés à l'Office colonial, ont été trouvés de bonne
qualité .
En Annam , l'Ecole d 'agriculture, fondée en 1898 par le Rési
dent supérieur, a entrepris des études sérieuses sur la culture
du café, avec des Arabica de la race du Quang -Tri, des Liberia et
des Rio Nunez.
Café. – Malgré les progrès réels effectués par la culture du
caféier sur son territoire, l'Indo Chine ne peut pas encore être
rangée parmi l 's pays exportateurs de café ; la production
annuelle ne suffit même pas à la consommation locale. Une note,
parue dans le B . E . (avril 1900 ), donne , pour la statistique des
pieds de caféiers existant en Indo-Chine, à la fin de 1899, les
chiffres suivants :
Cochinchine . . . . . . . 161 .600
Cambodge . . . .. . . . 37 .000
Annam . . . . . . . . . . . . . . .. . 234 . 000
Tonkin . . . . . . . . . . 800 .000
TOTAL .. 1 . 232.000 pieds environ .

L 'Inspecteur de l'Agriculture de la Cochinchine estimait, à la


même date, la production de cette dernière colonie à 27.000 kilo
grammes. Liberia et 2 .500 kilogrammes d ’Arabica . Au Cambodge,
la superficie en production serait de 17 hectares, et 20 hectares
seraient sur le point de produire . Pour l'Annam et le Tonkin ,
les renseignements relatifs à la surface consacrée à la culture de
caféier et à la production annuelle font défaut.
294 L 'ANNÉE COLONIALE
Champ d'essais de Ong iêm (Cochinchine). – A la date du
31 décembre 1899, la superficie approximative du champ était de
48 hectares, sur lesquels 30 hectares environ étaient propres à
la culture. Ces derniers étaient utilisés de la manière suivante :

mètres carrés
Abaca . . . . . . . . . . . . . 7 .000, seuls et en mélange .
Ananas. .. . . . . .
Caféiers .. . . . . . . . . . 13 . 600 , en mélange .
Ananas . . . . . . . . .
Canne à sucre. . . . . 15 .500
Arbres à gutta . . . . . 1 3 . 500
Caféiers greffés. . . . !
Hevea . . . . . .. . . . . . . 43. 750, seuls et en mélange avec des Fourcroya
et des Ilang-Jang .
Poivre . . . . . 3 . 770 .
Rizières . . . . 81 .400 .
Swictenia .. . . . . . . . 2 . 300 .
Tabac. . . . . . . . . . . . . 33 .000 .

Enfin , 5 . 300 mètres carrés étaient consacrés au jardin et


71. 260 n ' étaient pas encore mis en culture ( B . E ., mars 1900 ).
Coton . — Au Cambodge, la Chambre d’Agriculture s'est procuré
des graines de coton de Nankin , qui pousse naturellement jaune,
et les a distribuées pour essais à divers planteurs et au service de
l'agriculture. Enfin la Chambre d'Agriculture de Cochinchine
s'est préoccupée de se procurer des graines de coton d 'Egypte
afin d 'étudier l'avenir qui peut s'offrir en Indo-Chine à la culture
de cet arbuste ( Bull. de la Chambre d 'agric. de Coch ., n° 20 , jan
vier 1900) .
Divers. — Dans sa séance du 14 septembre, le Syndicat des
Planteurs de la Cochinchine a décidé de créer à Saïgon un
magasin de vente réservé uniquement au produit des seules
récoltes des membres du Syndicat. Un vendeur sera spécialement
attaché à ce magasin , qui, pour commencer, sera installé dans
une des pièces du local actuel du Syndicat.
Parmi les mesures administratives de nature à améliorer la
situation économique de l'Indo-Chine, il faut citer, en Cochinchine,
la création d 'une direction de l'Agriculture propre à la colonie
(mars) ; au Tonkin , la création d 'un laboratoire d 'analyses et de
recherches agricoles et industrielles. Le nouveau service fonc
tionnera à Hanoï, sous l'autorité du directeur de l'Agriculture du
Tonkin (Arr . du 20 septembre, J. 0 . A . T., 20 octobre).
INDO -CHINE 295

Enfin , dans le but de soustraire la population à l'exploitation de


certains trafiquants chinois habiles à profiter de l'incertitude de
contenance desmesures de capacité indigènes, on a substitué à ces
dernières dans les arrondissements de Cochinchine, les mesures
de capacité françaises, dont l'usage est obligatoire depuis le
1er novembre dernier .
Caoutchouc. — Parmiles produits naturels dont l'exploitation
paraît appeler à contribuer dans une très large mesure à la pros
| périté de l'Indo -Chine, le caoutchouc occupe une des pre
mières places . Un exposé complet de la question du caoutchouc
dans la colonnie , été dressé en août 1899 par M . Capus, directeur
de l'Agriculture et du Commerce. Nous renvoyons à son rapport
(Voir Rev. Colon ., mars 1900) les personnes qui désireraient
connaître le détail des recherches et des essais effectués jusqu 'à
ce jour. Nous nous bornerons à en extraire les renseignements
les plus généraux et les conclusions.
Les plantes à caoutchouc ne paraissent être représentées en
Indo -Chine, à part les ficus, que par des lianes. Parmi ces der
nières, la plus remarquable , celle qui donne le latex le plus
abondant est une liane de genre Parameria , le Parameria glan
dulifera (Beuth ). C 'est la partie occidentale de la province de
Nghé-An , en Annam , et principalement le Phu de Tuong-Duong,
qui est actuellement réputée pour l'abondance de ses lianes à
caoutchouc. Du bassin de Haut Song Ca, l'aire de répartition
géographique des lianes s'étend vers le Tran -Ninh et le Cam
Muon , sur le territoire laotien , et probablement au Tonkin jusque
dans le bassin de la haute Rivière Noire . Mais, tandis que le
Parameria glandulifera est surtout répandu en Cochinchine , au
Cambodge et dans les îles du golfe de Siam , en Annam et au Laos
l'espèce la plus commune est sans doute une espèce d 'apocynacée
botaniquement indéterminée encore. L'une et l'autre, ajoute
M . Capus, sont répandues en quantités telles que nous pouvons
en espérer une véritable source de richesse pour la colonie ,
Seules jusqu'à présent les lianes de la seconde espèce sont exploi
tées. Dans le Nghé-An et dans certaines régions de l'intérieur
avoisinant cette province, soit entre 18° et 20° de latitude nord,
« l'exploitation des caoutchoucs de la chaîne annamitique, par
suite des efforts combinés de quelques négociants et de l'admi
nistration , est sortie de la période des essais timides et se trouve
à la veille de prendre une importance réelle » . Les chiffres que
M . Capus cite à l'appui de son affirmation sont particulièrement
296 L'ANNÉE COLONIALE
instructifs. Tandis que les statistiques douanières indiquent
en 1898, pour l'exportation du Tonkin (où le caoutchouc de
Nghé - An estporté par caboteurs), un totalde 2 . 164 kilogrammes de
caoutchouc valant 2 . 967 francs et que les statistiques antérieures
à 1898 ne mentionnentmême pas ce produit, pour le seul fer tri
mestre de 1899 , ce mêmechapitre s 'est élevé à 14 . 894 kilogrammes
d 'une valeur de 43 . 227 francs ' . .
Pendant que se poursuivait la mise en exploitation des res
sources naturelles et des produits forestiers, plusieurs colons cher
chaient à acclimater des espèces exotiques. En Cochinchine, des
essais tentés récemment par M . Josselme avec des graines de
Manihot Glaziovii, connu sous le nom de « caoutchoutier de Ceara » ,
paraissent marcher à souhait. Ils vont être complétés par des
essais de culture en grand d 'Hevea Brasiliensis. En Annam , le
Dr Yersin , dans ses plantations de Suoï-giao , près de Nha -Trang,
possédait, au mois d'août, 1 hectare planté en Hevea , qui, âgés de
vingt et un mois atteignaient déjà une hauteur de 4 mètres; tout à
côté , une quarantaine de pieds de Ceara demêmeâge atteignaient
à peu près la même hauteur.
L 'administration , de son côté , a poursuivi, au champ d 'essai de
Ong - Yêm (arrondissement de Thudaumot), en Cochinchine, des
essais avec des Ceara et des Hevea . Mille jeunes Hevea Guyanensis
s'y développent vigoureusement, bien que le sol ne paraisse pas
leur convenir parfaitement2.
En résumé, conclut M . Capus, le nombre des espèces indigènes
est au moins de trois : le Parameria glandulifera dans le sud ,une
espèce encore indéterminée dans le nord et, un peu partout, le
Ficus elastica . En ce qui concerne les lianes, nous avons tout
intérêt à développper la culture et l'exploitation des lianes indi
gènes. En ce qui concerne les arbres, on a tout intérêt à joindre
au Ficus elastica , en plantations, des espèces exotiques, et parmi
celles, nombreuses, qui peuvent réussir en Indo-Chine, ce sont
les Hevea dont la culture doit être particulièrement recom
mandée.
État de la colonisation . — Poursuivant ses recherches en vue
dedresser le tableau aussi complet que possible de la situation
économique de l'Indo -Chine et des ressources que la colonie peut

1. Pour toute l'Indo-Chine , l'exportation du caoutchouc est passée de 9 tonnes


en 1898 à 51 tonnes en 1899.
2 . Voir ci -dessus.
INDO - CHINE 297

offrir à l'activité de la métropole , la Direction de l'Agriculture et du


Commerce a établi, pour chacun des pays de l'Union Indo -Chinoise,
les statistiques des concessions occupées par des Européens. Ces
documents, présentés sous forme de tableaux , nous donnent,
l'état de la colonisation en 1899 . Il convient de noter les données
principales qu 'ils fournissent.
En Cochinchine, on comptait, au 1er mars 1899, 187 concessions
occupées par des Européens, dont 107 avaient été concédées gra
tuitement par l'administration et 80 acquises par voies d 'achat.
La superficie totale de ces 187 domaines s 'élevait, à la même date,
à 62.404hectares, sur lesquels 13. 968 hectares, soit moins du quart,
étaient en culture. Il peut être intéressant de savoir comment
se répartissent, sur ces 13.968 hectares, les cultures pratiquées
par les colons ; 11.936 sont des rizières ; 127 sont cultivés en
poivriers, 169 en caféiers ; le manioc occupe 20 hectares, la canne
à sucre 16 , le tabac 13, le ricin 12,les cacaoyers 7 , les fourrages et
prairies 28 ; enfin les cultures diverses comprennent 1 .040 hec
tares .
En ce qui concerne le Cambodge,les statistiques sont établies au
30 septembre 1899. A cette date , les Européens occupaient au
Cambodge 14 propriétés, dont 2 en instance , 8 accordées et 4 ac
quises par voie d 'achat. D 'une superficie totale de 2 .239 hec
tares, ces concessions ne comptaient que 236 hectares en valeur.
Sur l'une de ces concessions, située dans la résidence de Kratié ,
on compte 2 .000 caféiers Liberia en place, 6 .000 pépinières,
1 .000 cacaoyers, 7. 000 cocotiers , aréquiers ou bananiers, occu
pant ensemble une superficie de 60 hectares.
Au 31 mars 1899, on comptait au Tonkin 22 concessions accor
dées à titre définitif (superficie , 29.418 hectares), 237 concessions
à titre provisoire (superficie , 186 .813 hectares) et 29 concessions
en instance (56 .221 hectares ). C 'était, à la même date , la province
de Hung-Hoa qui renfermait le plus grand nombre de conces
sions accordées à titre définitif ( 7 et 22.681 hectares) ; quant aux
concessions accordées à titre provisoire, elles étaient surtout
nombreuses dans les provincesde Thaï- Nguyen (13 et 78.629 hec
tares), de Bac -Ninh ( 9 et 23. +49 hectares ), de Bac-Giang (15 et
21.224 hectares), dans le premier territoire militaire (46 et
10.038 hectares ). Depuis , le mouvement ne paraît pas s'être
ralenti. Du 1er avril à la fin septembre, dix -huit demandes de
concession représentant 21. 263 hectares ont été demandées à l'ad
ministration .
298 L 'ANNÉE COLONIALE
Les statistiques de la colonisation européenne en Annam ont
été établies au 30 septembre 1899. A cette date , on comptait dans
le royaume 26 conccesionsaccordées et 9 concessionsen instance,
au total 35 concessions représentant une superficie totale de
30 . 008 hectares, sans compter 3 concessions dont la contenance
n 'a pu être donnée ; 1 .325 étaientmis en culture , ce dernier chiffre
représente un minimum , donné à titre de simple indication , les
renseignements ayant fait défaut pour les concessions des pro
vinces de Than -Hoa et de Quang- Binh . Ces réserves faites, ces
1 . 325 hectares de culture se répartissaientde la manière suivante :
340 hectares de rizières ; 165 hectares de tabac ; 234 hectares de
caféiers ; 46 hectares de maïs et haricots ; 34 hectares de fourrages
et prairies ; 95 hectares de canne à sucre ; 5 hectares étaient plan
tés en manioc, 5 en ricin , 33 en poivriers, 71 en thé, 1 en coton ,
152 en aréquiers, 1 en cacaoyers, i en arbres fruitiers ; plus
40.000 caféïers, 8 .000 ·théïers, 3.500 aréquiers, 300 cacaoyers,
200 poivriers , et les cultures pour lesquelles les indications
manquent. Ces chiffres indiquent assez clairement le sens des
efforts tentés par les colons européens établis en Annam .
Parallèlement à la colonisation européenne, la mise en valeur
par des indigènes des terres incultes ou abandonnées se poursuit
d 'un mouvement régulier. En Cochinchine, plus de 25.000 hec
tares ont été concédés , au coursde l'année, à des Annamites. Au
Tonkin , ce mouvement, favorisé par certains planteurs européens,
s 'estmanifesté principalement dans les provinces de Hung-Hoa ,
de Thaï-Nguyen et dans le Yen - Thé.

INDUSTRIE

Surla situation de l'industrie en Indo-Chine, pendant l'année 1899,


un rapport du Gouverneur général au Ministre des Colonies, daté
du mois de septembre , nous donne des renseignements très inté
ressants que nous complèterons par les nouvelles reçues depuis
cette époque.
Mines. – Les travaux étaient, en septembre, toujours sus
pendus aux mines d 'or d ’Altopeu et aux mines d 'étain de Pak - hin
Boun, au Laos. Au Tonkin , les travaux sont toujours suspendus
aux mines de charbon de Kebao. A Hongay, au contraire, l'acti
vité est très grande. Durant les mois de mai, juin , juillet et
août, il a été extrait 99.600 tonnes de houille , sur lesquelles
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INDO - CHINE 301
64.968 ontété exportées et vendues sur place. On trouvera dans
le B . E . (n° 15 ) des renseignements sur la statistique minière
du Tonkin et notamment des indications sur le nombre des
périmètres inscrits au service des mines au 15 avril 1899 , classés
par provinces et par nature des substances, recherchées ou
exploitées.
En Annam , la Société des Magasins généraux et houillères de
Tourane, au capital de 3 millions et demide francs constituée en
mai, se propose d 'établir des appontements dans l'ilôt de l'Obser
vatoire , près de Tourane, et d ' exploiter les mines de charbon de
Nong-Son .
Au Tonkin , deux sociétés distinctes, bien que rattachées l'une
à l'autre par leurs conseils d 'administration , se sont installées
dans le courant de 1899. L 'une, la Société cotonnière Indo-Chinoise ,
fait construire à Haïphong une filature de 20 .000 broches, dont
la première pierre a été posée avec quelque solennité au mois
d 'avril; l'autre, qui a pris le nom de Société des ciments de
Portland artificiels de l' Indo - Chine, et dont les statuts ont été pu
bliés dans le J. 0 . A . T . du 31 août, s'est constituée au capital
de 1.500 .000 francs, pour la fabrication des ciments , chaux et
produits analogues. Elle a envoyé reconnaître des gisements
de coquillages agglomérés aux environs de Phu -Dien , au nord
de Vinh , qui doivent lui fournir des calcaires dépourvus de
magnésie propres à la fabrication du ciment. Elle se propose de
passer des contrats avec les villages pour la fourniture de ces
coquillages (Rev . Col., janvier 1900).
A signaler encore l' état florissant de la Société forestière de
Vinh (Annam ), qui a inauguré l'exportation de ses produits en
France par voiliers, ainsi que de l'usine d 'albumine de Nam -Dinh
( Tonkin ), qui occupe une cinquantaine d 'ouvriers.
L 'école professionnelle d 'Hanoï. -- L'ne dépêche du gouver :
neur général, en date du 30 juillet, a donné sur l'école profession
nelle d 'Hanoï, récemment établie , des renseignements intéres
sants que nous croyons devoir reproduire :
« L 'École professionnelle de Hanoï a été instituée à l'effet,
d 'une part, de former des chefs d 'atelier ou des maîtres ouvriers
indigènes aptes à seconder les Européens dans les travaux de
l'industrie , la construction des bâtiments , les entreprises de
travaux publics, etc . ; d 'autre part, à concourir au maintien et au
développement de l'art industriel indigène dans ses différentes
créations, et enfin à préparer la production des objets , aujour
302 L' ANNÉE COLONIALE
d 'hui d'importation étrangère, qui peuvent être fabriqués dans
le pays, en devenant pour lui une nouvelle source de richesses.
« L 'école fonctionne avec un crédit initial de 5 .000 piastres
auquels 'ajoute , cette année, une subvention de 800 piastres dont
500 données par le Gouvernement général et 300 par le Conseil
municipal de Hanoï.
« L'enseignementcomprend deux parties distinctes : la première
a pour butde former des ouvriers exercés dans les différents
métiers tels quemenuisiers ,maçons, serruriers, mécaniciens,etc.
Les cours, professés à cette catégorie d 'élèves, sont essentielle
ment pratiques ; ils ont néanmoins pour base fondamentale le
dessin . A l'atelier, le dessin est appliqué à tous les genres de
travaux qui le permettent. L 'école, forcée, au début, de limiter
son enseignement à un cours de mécanique, doit embrasser,
dans son développement ultérieur, toutes les professions dont
l'exercice pourra contribuer au développement industriel du
pays : filature, tissage, tannerie , teinturerie, typographie , gra
vure , etc .
« La seconde partie de l'enseignement a en vue les élèves qui se
destinent à l'industrie d'art. Le cours de dessin d'ornement pré
pare les ouvriers spéciaux qui voudront s'adonner au travail
artistique de la porcelaine, de la laque, du bronze, de l' étain , de
la broderie , de l'incrustation . La méthode d 'enseignement com
prend l'esquisse, le dessin et l'exécution .
« Un cours d 'agriculture, professé à l'école , réunit un assez
grand nombre d 'élèves, qui suivent avec un grand intérêt les
conférences et surtout les leçons pratiques du dimanche
matin .
« Le directeur de l'école a introduit dans cet enseignement une
innovation qu 'il se propose d'appliquer, autant que possible , aux
autres cours ; au lieu de faire prendre des notes par les élèves,
chose assez difficile , il leur distribue des feuilles autographiées
contenant le résumé de chaque leçon ; il fait également traduire
ces résumés en langue annamite , afin d 'en faciliter la compré
hension à ceux qui ne seraient pas suffisamment familiarisés avec
la langue française .
« Un certain nombre d 'élèves ont demandé également la créa
tion d 'un cours de comptabilité.
« Avant de donner suite à ce væu, le Conseil de l'école estime
qu 'il convient d 'abord d 'organiser complètement les ateliers pour
le travail du bois et du fer , ensuite les ateliers d'art industriel,
INDO - CHINE 303

l'école devant être avant tout un établissement pour l'enseigne


ment du travail manuel et de l'art industriel.
« Au 1er mars 1899, le nombre des élèves inscrits était de 205,
chiffre qui était monté à 270 à la date du 1ermai dernier. Depuis ,
les demandes d'inscription viennent chaque jour.
« Toutefois , faute de place, une centaine d ' élèves seulement
ont pu être admis à suivre les cours . La direction se préoccupe
d'avoir un local plus vaste , permettant l'admission des autres
inscrits .
« Aujourd'hui les cours de dessin linéaire, de dessin d 'ornement
et d 'agriculture fonctionnent régulièrement.
« L 'assiduité et la bonne volonté des élèves sont remarquables,
et les progrès réalisés sont réels . La collection des modèles du
cours de construction s'accroît chaque jour de types exécutés par
les élèves eux -mêmes. En présence de ce succès, le possible sera
fait pour que les travaux d'aménagement complet des ateliers
soient rapidement exécutés.
« Il y aura lieu d 'organiser ensuite , dès le début de la deuxième
année scolaire, s'il est possible, quelques parties de la section
d 'arts industriels, à laquelle nous devons nous intéresser d 'au
tant plus que le nombre d 'élèves inscrits pour le cours de dessin
d 'ornement estde beaucoup le plus élevé.
« La direction de l'école estime qu'il serait utile d 'attacher à
l'établissement quelques artistes chinois ou japonais . Il sera
donné satisfaction à ce veu quand les ressources de l'école le
permettront.
« En résumé, les débuts de l'école professionnelle de Hanoï ont
répondu à l'espoir de ceux qui pensaient que les jeunes indi
gènes y viendraient avec empressement, désireux de profiter d 'un
enseignement dont l'utilité a été bien vite reconnue par la labo
rieuse et intelligente population de Hanoï. »

STATISTIQUES DU COMMERCE DE L 'INDO - CHINE


MOUVEMENT GÉNÉRAL DU COMMERCE (1898 ) +
Cochinchine etCambodge Annam Tonkin Totaux

Importations. . .. . 54 . 964 . 222 3 . 771 .998 43 .706 .128 102.444 .341


Exportations . . . . . 108 .010 . 320 3 .075 . 364 16 , 425 .293 127 .510. 977
162 .974 .542 6.847. 262 60.133.421 229.955 .318

1. Nous avons suivi l'ordre adopté par M . Brenier, sous-directeur du com


merce de l' Indo- Chine, dans une étude tres complète parue dans le B . E . (numé.
304 L 'ANNÉE COLONIALE
PRINCIPALES IMPORTATIONS
Tissus : 18 .923 .821 francs
Cochinchine
et Cambodge : de France . . . . . 7 . 052 . 387 francs
13 . 948 . 128 francs I de l' Etranger . . . . 6 .895 . 741 -
Annam : r de France . . . . . . . . 34 . 774 francs
390 . 209 francs I de l' Etranger . . . . . 355 .433 -
Tonkin : i de France . . . . . . 2 .820 .430 francs
4 . 585 . 484 francs i de l'Etranger . . . . . . . . . . . . . . 1 . 765. 054 -

Fils : 9.651. 625 francs


Cochinchine et Cambodge.. ... 1 . 502 .813 francs
Annam . . . . . . . . . 1. 116 . 177 -
Tonkin . . . . . . . .. .. ... .. . .. 7 .033.635 -
Pétrole .
Pétr ole : 4 .218.518 francs
Cochinchine et Cambodge .. . . . 3 . 174 . 912 francs
Tonkin . . 747 . 256
Annam . 296 . 350 -

Ciment à prise lente : 1 .885 . 343


Cochinchine et Cambodge . . 5 .576 .000 kilogrammes : 1.184 000 francs
Annam . . . . . . . . .. .... 263 . 585 23. 961 -
Tonkin . .... ..... .. 5 . 779 . 300 677 . 382 -
Ouvrages et métaux : 6 .683 .878 francs
Cochinchine et Cambodge. . . . . . . . . . 2 . 734.815 francs
Annam . . . . . . . . . . . .. . . 328 .005 -
Tonkin .. . .. . . 3 .520 . 998 -

Métaux : 8 .294 .600 francs


Cochinchine et Cambodge.. 2 . 796 .679 francs
Annam . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99 . 956 -
Tonkin .. . . . . . . . . . . . . . . .. .. .. .. ... .. 5 . 397 . 965 -
Boissons : 7.215 . 442 francs
I Cochinchine et Cambodge.. . 1 . 835 .100 francs
Sucres métropolitains Tonkin ... .. . . . . . . . . . . . . . . .. 337 . 900 -
✓ Cochinchine et Cambodge. . . 2 .449.000 -
Opium Tonkin . . 636 . 000 -
Papiers et ses applications . . . . . . 4 .044 .149 francs
Armes, poudres et munitions . 2 .585 .814 -
Poteries . . . . . . . 2 . 030 . 750 -

ros de septembre et octobre 1899) ; étude à laquelle nous renvoyons ceux de nos
lecteurs qui désireraient posséder des renseignements détaillés sur le commerce
de l'Indo - Chine en 1898 .
INDO -CHINE 305

PRINCIPALES EXPORTATIONS
Riz et ses dérivés : 97 .624 ,127 francs
Cochinchine et Cambodge. . . . . . . . . 717. 447 tonnes : 88 . 555 . 000 francs
Tonkin . . . . . . . . . . . .
... 88 .621 - 8 . 861 . 000 -
Annam . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 640 - 70 . 000 -
Chine ,Hong-Kong et Singapore
Principales ports. . . . . 417 . 1894 47 . 135 . 349 francs
151 . 229 18 . 300 . 200 -
destinationss | France. ..
Japon1 .. . . ... 124 .608 17 . 700 .000 -

Denrées coloniales : 6 .338. 384 francs


Poivre de Cochinchine et du Cambodge .. 2 .325 ,2785 4 .418 .028 francs
Cannelle de l'Annam . 293. 343 1 . 150.000 -
Thé de l'Annam . . . .. 32 .502 46 .942 -
Soies : 190.812 kilogrammes : 2 .376 .000 francs
Soie grége . . . . . . . . 95 . 591kg 1. 204.084 francs
Bourres et déchets de soie . . . . . . . . . 115 . 100
Peaux brutes . . . . 2 . 276 ' 2 .012.000 francs
Charbon de Tonkin . . . . . . . 210 .646 2 .696 .586 -
Coton de Cambodge . . 2 .634 1. 189 .000 -

LE COMMERCE DE L 'INDO -CHINE EN 1899


Les documents récemment publiés indiquent pour les statistiques du
commerce de l'Indo -Chine en 1899 , les chiffres suivants :
Valeurs en francs .
Cochinchine et Cambodge Annam Tonkin
de France. . . . . . . 28 . 939 .136 824 . 458 24.669 .104
Importations des Colonies fr . 485. 825 » 282 . 844
de l'Etranger... . 36 .809 . 047 3 . 349 . 109 20 . 064. 970
66 . 234,008 4 .173. 567 60 . 223 . 126
( pour la France. . . .. 19 . 101 . 860 7 27 .401 2 . 113 . 596
Exportations pour les Colonies fr. 1. 564 . 140 > 39 .586
l pour l'Etranger. .. . 90 . 338. 950 5 .810 .090 18 . 211.665
111. 004 .950 6 .567. 191 20 . 364 .817

V . – PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS


10 GOUVERNEMENT GÉNÉRAL
9 janvier. — Décret plaçant sous la juridiction de la Cour des
Comptes les comptes des payeurs chefs des services de trésore
rie en Indo-Chine ( J. 0 ., 10 janvier).
306 L ’ANNÉE COLONIALE
Aux termes de ce décret, toutes les opérations effectuées par
les services de trésorerie de l'Indo - Chine, qui étaient vérifiés par
une Commission spéciale , instituée en octobre 1890 et compo
sée de membres du Conseil d 'État, de la Cour des Comptes, d 'Ins
pecteurs des Finances et des Colonies, seront, à l'avenir, soumis
au contrôle plus rigoureux de la Cour des Comptes. C 'est l'exten
sion , à nos possessions d 'Extrême- Orient, des règles financières
en usage dans la métropole .
18 janvier. – Arrêté modifiant partiellement l'article 1er de
l'arrêté du 4 octobre 1898, relatifaux nominations à l'emploi d 'ins
pecteurs de la garde indigènede l'Indo-Chine. A partir du 1er jan
vier 1900 aucun garde principal de la garde indigène de l'Indo
Chine ne pourra être nommé à un emploi d 'inspecteur, s'il ne
justifie d 'une connaissance suffisante de l'une des langues par
lées, annamite , chinoise, cambodgienne, laotienne ou thai ( J.
0 . A . T., 23 janvier).
7 février. - Arrêté déterminant le tarif de la taxe représen
tative de l'impôt foncier établie à la sortie des riz de l'Indo
Chine ( J. 0 . C . C ., 9 février ).
7 février. – Arrêté concernant le régime des allumettes chi
miques en Indo-Chine (J. 0 . C . C ., 9 février).
7 février. — Arrêté concernant le régime de l'opium en Indo
Chine (J. 0 . C . C ., 13 février).
10 février. — Arrêté portant désignation des ports et villes de
l'Indo-Chine ouverts aux opérations de douane (J . 0 . C . C .,
17 février).
1er mars. — Arrêté fixant l'organisation et les attributions de la
Direction de l'agriculture et du commerce de l'Indo -Chine (J . O .
C. C., 2 mars ).
4 août. — Arrété réglant la formation des compagnies de tirail
leurs chinois dans les territoires militaires du Tonkin , tableaux
(J . 0 . A . T ., 21 août).
16 septembre. - - Décret organisant le personnel des services
de l'Indo -Chine (J . 0 ., 23 septembre) et — 21 décembre, Arrêtė
réglementant l'avancement ( J. 0 . A . T ., 25 décembre ). Le
décret, fusionne en un corps unique, pour tout le territoire
de l'Indo- Chine, le personneldes services ci-après, qui jusqu'alors
formaient autant de cadres distincts : Service des affaires
indigènes de la Cochinchine ; Service du secrétariat général
de la Cochinchine ; Service des résidences de l'Annam , du
Tonkin et du Cambodge, Service des comptables de l'Annam
INDO -CHINE 307

et du Tonkin ; Service des comptables du Cambodge ; commis


sariats du Laos .
21 octobre . – Arrété portant organisation des réserves mili
taires indigènes en Indo-Chine ( J. 0 . C . C ., 26 oct.).
Les réserves comprennent : 1° les hommesde troupe indigènes
retraités pour ancienneté de service ; 2° les hommes de troupe
indigènes qui ont terminé leur temps de service actif dans
l'armée . La durée du service dans la réserve est de cinq ans pour
les militaires de la première catégorie et de huit ans pour les
autres. Les réservistes sont exemptés de l'impôt personnel et
jouissentde quelques autres avantages.
22 décembre. – Arrêté portantdéfinition et réglementation du
domaine en Indo -Chine ( J . 0 . A . T . , 28 déc . ).

20 CochinCHINE ET CAMBODGE
26 août. – Arrété réglant les conditions dans lesquelles les
Français pourront obtenir des concessions de terrain au Cam
bodge ( J. 0 . C . C ., 7 septembre ).
Les dispositions de cet arrêté ne font que reproduire, sauf en
quelques points de détail, les dispositions de l'arrêté du 28 avril
réglant les conditions dans lesquelles les Français peuvent obte
nir des concessions de terrains en Annam (Voir ci -après,
30 Annam et Tonkin .) Se reporter à ce dernier pour tout ce
qui concerne les formalités à effectuer.
3° ANNAM ET TONKIN
3 mai. — Circulaire au sujet des demandes de concessions.
Modèles de demandes et de récépissé ( J. 0 . A . T ., 11 mai).
28 avril. – Arrété déterminant les conditions dans lesquelles
des concessions de terrains domaniaux pourront être accordées
en Annam ( J . O . A . T ,, 18 mai).
Des concessionsde terrainsdomaniaux incultes, situés hors des
centres urbains, pourront être accordées aux Français qui en
feront la demande. La concession ainsi accordée est provisoire.
Elle ne devient définitive que si le concessionnaire assure, dans
des délais et des conditions soigneusement déterminées par l'ar
rêté, la mise en valeur d 'une partie ' de la concession . En règle
générale , les concessions ne peuvent comprendre plus de
500 hectares ; mais une superficie égale peut être réservée dans
les environs immédiats de la concession , suivant le désir du con
cessionnaire, pour lui être concédée à titre provisoire lorsqu'il
308 L 'ANNÉE COLONIALE
aura rempli, pour la première concession , les conditions exigées
par l'arrêté. – Toutefois des concessions d 'une étendue supé
rieure à 500 hectares pourront être accordées soit à des Sociétés,
soit à des particuliers ayant en vue une exploitation d'un carac
tère exceptionnel ou jouissant de ressources considérables .
Le demandeur en concession doit adresser sa demande (sur
laquelle il indiquera ses noms, prénoms, date et lieu de nais
sance, son domicile), au résident-chef de la province dans
laquelle il veut s 'installer. Il devra , en outre , justifier sa qualité
de Français et faire connaître sur un plan , joint à sa demande, la
situation , les limites générales, la contenance approximative des
terrains dont il sollicite la concession ainsi que l'objet de la
concession .
La concession provisoire sera accordée par arrêté du gouver
neur général, si la concession dépasse 500 hectares, du résident
supérieur dans le cas contraire , après une enquête faite sur les
lieux par l'Administration et un certain délai prescrit pour per
mettre aux tiers de faire, s'il y a lieu , opposition à la demande
formée .
A l'expiration de la cinquième année, à partir de la date de
l'arrêté de concession provisoire et après vérification faite par
une Commission spéciale , les parties de la concession non encore
mises en valeur, feront retour au domaine par le fait d 'une
simple communication , adressée à l'intéressé . Par une décision
du résident-supérieur, le concessionnaire sera en même temps
envoyé en possession définitive des terrains mis par lui en état
de culture ou d 'exploitation .
26 août. — Arrêté fixant les conditions des contrats de travail
du Tonkin , entre patrons européens, et ouvriers ou domestiques
asiatiques ( J. 0 . A . T ., 11 septembre ). Circulaire relative aux pres
criptions de l'arrêté ci-dessus, 15 octobre (J. O . A . T., 25 octobre).
Aux termes de cet arrêté , tout indigène du Tonkin ou asiatique
assimilé , non citoyen français ,majeur, travaillant comme domes
tique ou ouvrier des villes ou des champs pour le compte d 'un
Européen ou assimilé, et suivant un engagement verbal ou écrit,
devra se munir d 'un livret. L 'arrêté ajoute , en outre, au recours
civil que le droit commun assure au patron pour le garantir
contre la mauvaise foi de son engagé, des sanctions pénales
ou corporelles ; ce sont les juges de paix et, dans l'intérieur, les
résidents , qui connaîtront des différends soulevés par l' exécu
tion de l'arrêté.
INDO - CHINE 309

29 novembre. – Arrêté supprimant le cercle militaire du Yên


Thé (J . 0 . A . T., 7 décembre). Toutes les régions du cercle, sauf
le chaû de Binh -Mac et le huyen de Hun -Lung , qui demeurent
dans le premier territoire militaire, sont replacées sous le régime
de l'Administration civile (province de Bac - Giang).
30 décembre . – Arrêté décidant que les dispositions de l'ordon
nance royale du 17 septembre 1897, qui constitue, dans le
royaume d 'Annam , la propriété française, seront étendues au
Tonkin (J . 0 . A . T ., 8 janvier 1900).

VI. — PÉRIODIQUES PUBLIÉS DANS LA COLONIE


PUBLICATIONS OFFICIELLES

Journal officiel de l'Indo-Chine française , 1re partie : Cochinchine


et Cambodge (les documents relatifs au Laos sont publiés dans
la 1re partie) ; Journal officiel de l'Indo-Chine française, 2e partie :
Annam et Tonkin .
Les journaux officiels paraissent simultanément à Saïgon et à
Hanoï, les lundi et jeudi de chaque semaine.
Bulletin Economique de l' Indo-Chine, publié chaque mois par le
Gouvernement général (direction de l'Agriculture et du Com -
merce ).
PUBLICATIONS NON OFFICIELLES

Bulletin de la Chambre d'Agriculture de Cochinchine ; Bulletin de


la Chambre de Commerce de Saïgon ; Procès-Verbaux de la Chambre
consultative mixte de Commerce et d 'Agriculture du Cambodge ;
Bulletin du syndicat des Planteurs du Tonkin ; Procès- Verbaux de
la Chambre de Commerce de Haïphong ; Bulletin de la Chambre de
Commerce d'Hanoï; La Revue Indo-Chinoise (illustrée , hebdomadaire ,
Hanoï).
JOURNAUX
A Saïgon . — Le Mékong ; le Nouvelliste de Saïgon ; le Courrier de
Saïgon , le Courrier Saïgonnais.
A Hanoï. – L'Avenir du Tonkin ; l'Indo-Chine Française ; l'Écho
du Tonkin ; l'Extrême -Orient; l'Indépendance Tonkinoise .
A Haïphong. — Le Courrier d 'Haïphong.
NOUVELLE-CALÉDONIE
ET DÉPENDANCES

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

L 'île de la Nouvelle -Calédonie , grande trois fois comme la


Corse , s 'étend du sud -ouest au nord -ouest entre les 20°10 ' et
22° 26 ' de latitude sud et les 161° et 164° 25'. de longitude est
Elle est entourée d 'un grand nombre d 'ilots dont les plus
importants sont : l'île des Pins, les iles Loyalty , les îles Belep,
les îles Chesterfielii, les îles Huon , les îles Wallis . La population
s'élève à 62.000 habitants environ , et chaque année des émigrants,
venus de France , viennent renforcer ce nombre (en 1899,
235 personnes ont été transportées dans l'île par les soins de
l'Etat. Voir le Monde économique, numéro du 17 février 1900 .
D 'après le dernier recensement effectué le 20 février 1898 , la popu
lation blanche et libre s'élève à 10.695 habitants en compre
nant 1 .231 hommes de troupes.
La Compagnie des Messageries maritimes effectue tous les vingt
huit jours un départde Marseille pour Nouméa. (Prix du passage
suivant la classe : 1.750 francs, 1. 100 francs,575 francs.) La même
Compagnie fait en plus un service local de Sydney à Nouméa
une fois parmois. Des services effectués par d 'autres Compagnies
ont lieu entre ces deux ports, par les vapeurs des maisons Jouve,
Ballande et de la Compagnie : « Australiasian Muted Steam Navi
gation Cº » . Un service postal sur les côtes de la Nouvelle
Calédonie est effectué par trois vapeurs appartenant à la maison
Ballande .
NOUVELLE - CALÉDONIE 311

II. - PERSONNEL

GOUVERNEUR : M . Feillet.
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M . Hibon .
CHEFS DE SERVICE :
MM . Verrier, procureur général; Colardeau , service adminis
tratif ; Primet, service de santé ; Telle , administration péniten
tiaire ; Le Roy, trésorier payeur; Colombeix , enregistrement
domaine ; Trap , douanes et contributions ; de Rouvray, postes et
télégraphes ; Vedel, travaux publics ; Már Fraisse , évèque ; M . Len
gereau, pasteur protestant; Bourgey, commandant des troupes.

III. – SITUATION POLITIQUE

Réorganisation des services administratifs et financiers.


- Des arrêtés importants , pris en conseil privé pendant le mois
d 'octobre , ont réorganisé les services administratifs et financiers
de la colonie . On voit, dans l'ensemble de ces mesures, une ten
dance nettement établie à la décentralisation et à la plus grande
responsabilité de chaque service. Le Secrétaire Général devient, en
outre des attributions qui lui sont dévolues par le décret du
21 mai 1898, une sorte de directeur général des finances, possé
dant un double rôle : il veille à la rentrée des impôts et des con
tributions diverses'; il contrôle , au point de vue financier, les
dépenses de tous les services qui relèvent du budget local, sauf
celles de la colonisation . Le Chef du service du domaine de l'État
est ordonnateur secondaire des dépenses de la colonisation par
délégation du gouverneur. Dans le but de faciliter l'entente entre
les divers services et de provoquer une collaboration active de
chacun d 'eux dans les questions connexes d 'administration , il est
institué un Conseil dle Direction (17 octobre).
Il est institué en outre, un Service de la colonisation etde l'agri
culture , relevant de celui du domaine. Le service a la gestion des
terrains et biens domaniaux de l'Etat, non affectés à des services
publics, il prépare le budget annuel de la colonisation , et dirige
les jardins d 'essais (25 octobre ).
Le Service des affaires indigènes et de l'immigration devient auto
nome et s'occupe de la protection et de la surveillance des indi
312 L'ANNÉE COLONIALE
gènes de la Nouvelle-Calédonie et des travailleurs asiatiques et
océaniens ( 25 octobre) .
Enfin deux arrêtés portant également la date du 25 octobre
organisent un Service des affaires administratives et commerciales
pour l'étude et la réglementation des questions ci-après : pro
mulgation des lois etdécrets, élections, état civil, renseignements
commerciaux et rapports avec les chambres de commerce , assis
tance publique, instruction publique, administration municipale ;
et un Service de travaux publics chargé de l'exécution de l'entretien ,
de la surveillance et de la police de tous les travaux publics exé
cutés parla colonie (Voir J. 0 . N . C ., 28 octobre).
Projet d'emprunt. — Le 7 avril, le gouverneur transmit au dé
partement un projet d 'empruntde10 millions, pour lequel la colo
nie demandait la garantie de l'État. Cette somme sera destinée à
exécuter un programme de travaux, qui comprend : la construc
tion d 'un bassin de radoub à Nouméa ; d 'un wharf avec magasins;
l'achat de dragues, et la construction du premier tronçon de che
min de fer de Nouméa à Bourail. Le Comité des travaux publics
des colonies a été d 'avis d 'admettre le projet de travaux , sauf en ce
qui concerne le chemin de fer. La colonie a été invitée à fournir
les renseignements et justifications complémentaires , notamment
au point de vue de l'importance et de la nature du trafic sur
lequel on peut compter. Le Conseil général a délibéré sur ce
projet d 'emprunt dans sa séance du 13 novembre et décidé de
demander l'autorisation de contracter, avec la Caisse générale des
Retraites ou tout autre établissement financier, un emprunt de
10 millions, à condition que l'annuité, intérêts et amortissements
compris , nedépasse pas 500 .000 francs. Le montant de l'emprunt
sera remboursé en cinquante ou soixante annuités. Les droits
perçus à profit au service local de la Nouvelle - Calédonie, au titre
des « Droits de consommation sur les liquides » , sont, jusqu'à com
plet remboursement, spécialement affectés à la garantie de l'em
prunt à contracter. Les plans et devis ont été ainsi adoptés : cons
truction d 'un bassin de radoub : 3 .500.000 francs ; acquisition
d 'une grande et d 'une petite drague, 400 .000 francs ; construction
du tronçon de chemin de fer, 3 . 000 .000 de francs ; construction
d 'un wharf avec adjonction demagasin , 600.000 francs .
Conseil général. – Les deux sessions tenues par le Conseil
général l'ont été en juin et en novembre . La première , ouverte
le 19 juin , a été consacrée à l'examen de diverses questions inté
ressant la colonie, et dont plusieurs sont analysées au cours de
NOUVELLE CALÉDONIE 313

cette étude (Voir pour les détails : Procès -verbaux du Conseil géné
ral, Nouméa , 1899). Dans la seconde, le Conseil général a étudié
et voté le Budget de la Nouvelle -Calédonie (9 novembre).
Budget . — Le budget établi pour l'année 1900 porte en recettes
et en dépenses une somme égale de 3.407.876 fr. 71. Les contri
butions directes sont prévues pour 437 .000 francs, les droits de
consommation sur les liquides et les sucres raffinés pour
800.000 francs, les droits de douanes pour 370.000 francs et les
droits de consommation sur les tabacs pour 300.000 francs . Il
revient à la ville de Nouméa, aux commissions municipales, sur le
produit de l'octroi de mer 345 .050 francs.
Aux dépenses figurent 26 .800 francs pour le contingent colonial
et 33.619 francs représentant la part contributive de la colonie
dans les dépenses civiles et militaires de l'État. Les autres cha
pitres sont ainsi dotés : postes et télégraphes , 446 .227 francs ;
police , 137. 349 francs ; douanes et contributions, 162.999 francs ;
travaux publics , 688.014 francs; immigration , 102.876 francs ;
colonisation , 252.600 francs (J . 0 . N . C ., 16 décembre).
Ecoles indigènes. - Le Conseil général, dans sa session de
juin , a voté la réorganisation des Ecoles indigènes. Une sorte
d ' école professionnelle a été ouverte à Lifou, où les jeunes gens
sachant déjà lire et écrire , tout en se perfectionnant dans l'étude
de notre langue, sont exercés à des travaux manuels et reçoivent
les notions élémentaires de culture qui font défaut aux indigènes.
En outre, de nouvelles écoles indigènes ont été créées sur les
demandes nombreuses des chefs des villages canaques ; les
moniteurs indigènes reçoivent une solde mensuelle d 'au moins
30 francs. Le budget de l'exercice 1899 a donc été porté, en ce qui
concerne l'enseignement, de 10.000 francs à 11 .250 francs .

IV . – SITUATION ÉCONOMIQUE

Ferme-école . – Permettre aux colons arrivant en Nouvelle


Calédonie de faire un stage comme agriculteurs, avant d 'entre
prendre l'élevage ou les cultures riches pour leur propre compte ,
tel est le butpoursuivi par la création de la ferme-école de Yahoué.
Déjà , dans sa séance du 22 juin , le Conseil général avait admis le
principe de la ferme, tout en renvoyant l'examen approfondi de
la question à la session budgétaire. On trouvait exagéré le chiffre
314 L 'ANNÉE COLONIALE
de 63.000 francs prévu par cette fondation , et l'on ne voulait pas
faire trop grand pour ne pas faire inutile . Le projet, remanié, a
été voté dans la séance du Conseil général du 5 décembre. La
ferme d ’Yahoué sera surtout une ferme d ' élevage, dont les pro
duits serviront à améliorer les races existant dans la colonie . On
y étudiera les plantes fourragères les mieux appropriées au pays,
en même temps qu'un jardin d 'essai annexé à l'école fera des
essais deplantes riches,telles que le café, le caoutchouc et l'indigo.
Les crédits demandés sont ramenés à 32.000 francs, dont 30.000
seront supportés par le budget de la colonisation .
Budget de la colonisation . – Pour l'année 1900, le plan de
campagne de la colonisation comprend un ensemble de travaux
nécessitant une dépense de 135 .000 francs. Le centre de Témala
sera créé, et le centre de Koné recevra une nouvelle extension. Le
budget de la colonisation comporte, en recettes, une sommede
252.600 francs ; une augmentation de recettes de 19.000 francs est
prévue du chef des ventes de terrains domaniaux . Par contre,
le produit des permis de recherches minières a été ramené de
20 .000 à 15 .000 francs.
Main - d ' oeuvre javanaise . -- Grâce à l'initiative du gouverneur
qui a obtenu toutes facilités des autorités hollandaises, le recru
tement de la main - d 'œuvre javanaise est actuellement assuré en
Nouvelle -Calédonie . Les colons peuvent obtenir des Javanais,
moyennant un débours immédiat de 440 francs, dont80 francs à
titre d 'avance à l'engagé, que celui-ci remboursera par une retenue
de 4 francs par mois. Les 440 francs se décomposent ainsi :
250 francs de frais de voyage (aller et rapatriement), 90 francs
de prime au recruteur, 20 francs de droits perçus par le service
de l'immigration , et 80 francs d 'avance à l'engagé. Celui-ci reçoit
un salaire de 24 francs par mois.
Indigo. — Il importe de signaler les essais de culture de l'in
digo, tentés par un colon à la Négropo , et qui peuvent avoir une
influence considérable sur la petite colonisation . L 'indigo donne
en effet une première coupe, environ trois mois après le semis,
et on peut faire de quatre à six coupes par an , de sorte que si
l'indigo réussit, un petit pécule de 2.000 francs suffirait pour
mettre en valeur un domaine en appliquant aux autres cultures
les bénéfices de l'indigo.
Jusqu'à présent, avec un outillage rudimentaire , on a obtenu
des produits cotés 12 francs le kilogramme, chiffre déjà large
ment suffisant pour rendre la culture et la fabrication de l'in
FDN
pe .de
-école
ferme
Néméara
La
NOUVELLE -CALÉDONIE 317

digo très avantageuse. Afin d 'encourager la création de cette


industrie, l'Administration a loué, à Honaïlou , à un colon , un ter
rain sur lequel une usine s'élève, en même temps qu 'un certain
nombre d 'hectares ont été plantés en indigo. Ce sont là les essais
définitifs dont on connaitra bientôt les résultats ( Discours pro
noncé par M . le gouverneur Feillet , à l'ouverture du Conseil
général, 19 juin ).
Café . - La Nouvelle - Calédonie est appelée à devenir la grande
productrice des cafés à destination de la France, surtout si la
Métropole consent à détaxer les cafés venant de ses colonies. La
variété la plus en honneur, pour les dernières plantations, est le
café moka ; cependant on a planté quelques caféiers Leroy, plus
rustiques que le moka . Neuf cents plantations, couvrant environ
2 .800 hectares constituent les caféières de la Nouvelle-Calédonie.
La majeure partie des plantations est située sur des terrains de
vallées basses. Il existe pourtant d 'importantes plantations en
coteaux , à une altitude de 100, 200 etmême 500 mètres. On estime
à 47.000 hectares l'étendue des terres qui pourraient être consa
crées à cette culture. La production du café s'est élevée pendant
l'année à 418 tonnes. Mais ce chiffre est inférieur à ce qu'ildevrant
être, bien des planteurs faisant des réserves , en raison des prix
actuels qui ne rémunèrent pas le colon calédonien . Les cours du
mois de mars établis au marché du Havre, font ressortir les prix
du café à 75 et 93 francs les 50 kilogrammes, alors que celui de
la Réunion valait de 150 à 160 francs. Cette différence s'explique
par une mauvaise préparation , par le défaut de - triage, par le
défaut d 'entente entre les colons, qui emploient des méthodes de
décortication différentes. De sorte que les vendeurs, faisant eux
mêmes le triage , mélangent le bon café avec les produits de
Bourbon et de la Martinique , et ne vendent sous le nom de cafés
calédoniens que les déchets . Les exportations de café de la Nou
velle - Calédonie se sont élevées à 386 tonnes, valant 792.000 francs.
Colonisation minière. – L 'extension prise par l'industrie
minière a nécessité l'emploi d 'un nombre important d 'ouvriers ;
jusqu 'à présent les concessionnaires des mines s'étaient servi de
la main -d 'æuvre pénale, grâce à d 'anciens contrats passés avec
l'Administration ; mais ces contrats devant expirer très prochai
nement, il faut remplacer la main -d 'æuvre pénale , et pour cela
attirer dansla colonie des ouvriers français amenés en Calédonie.
Il s'agit donc de faire naitre et d 'établir un courant régulier
d 'immigration de travailleurs européens. « La possession d 'un petit
318 L'ANNÉE COLONIALE
lot de terre devait être un puissant stimulant pour les familles
françaises disposées à émigrer comme ouvriers mineurs en Nou
velle -Calédonie . Le principe fut admis qu 'un terrain serait pro
mis à toute famille, ou à tout ouvrier qui viendrait en Calédonie,
engagé par une Société minière, présentantdes conditions suffi
santes de solvabilité . » (Discours de M . le gouverneur Feillet,
prononcé à l'ouverture du Conseil général, juin .)
La Société le Nickel a fait, la première , l'expérience de cette
colonisation . Les terrains propres à la culture avoisinant les
mines sont divisés en lots de 5 à 10 hectares, par les soins du
service de la colonisation . La société prend à bail l'ensemble de
ces terrains, et les distribue elle -même à ses ouvriers, en leur
faisant les avances nécessaires pour la construction d 'une mai
son et la mise en valeur de leur concession . Chaque ouvrier
reçoit un titre provisoire portant promesse de concession gra
tuite, dès l'expiration de son engagement avec la Société, et après
résidence de trois ans, construction d 'une maison et mise en
valeur d 'une partie de la concession . Le premier noyau de ce
centre industriel s 'est installé à Kouaoua.
Office du Travail. – Afin d 'établir le courant d 'émigration
nécessaire, l'Union agricole calédonienne a institué un Office du
Travail, destiné à servir d 'intermédiaire entre l'offre et la demande
du travail en Nouvelle -Calédonie, et fonctionnant sous le contrôle
de l'Administration supérieure de la colonie ( Arrêté du 8 dé
cembre, J. 0 . N . C ., 16 décembre). L 'Office du Travail reçoit à
Nouméa, les ouvriers arrivant, et les met en relations directes
avec tous les employeurs demandeurs. Il leur assure l'existence
matérielle dans la limite de quinze jours sous conditions de rem
boursement ultérieur, en attendant qu 'ils aient fait choix d 'un
employeur.
Mines . — La situation ininière s 'est présentée comme très satis
faisante. La Société anglaise, Internationalmining Corporation, est
subdivisée en quatre Sociétés : 1° International corp, chargée de
l'exploitation de la mine de plomb argentifère, la Mérilricen ; 2° la
Fernhill gold mines Society, s 'occupe des mines d 'or ; l'International
nickelcorp exploite lesmassifs nickelifères de Kepeto, du Koniambo
et du Niponi-Monco ; enfin l'International copper corp . Cette der
nière filiale a débuté par l'exploitation des Mines Pilou et As.
Les travaux d 'avancement, bien que n 'étant encore que des tra
cages, ont produit unemoyenne de 4 à 500 tonnes par mois. La
mine Pilou, en pleine exploitation , doit produire annuellement
NOUVELLE -CALÉDONIE • 319
5 à 6 .000 tonnes d 'un minerai de premier ordre (Jean Carol,
Le Temps, 8 et 9 octobre).
Une Société au capital de 750.000 livres sterlings, divisé en
150 .000 actions de 5 livres chacune, ayant pour objet l'exploita
tion des mines de cuivre situées dans la région de Diahat, s'est
fondée à Londres , en juillet ( Journal le Times, 2 août).
L 'exploitation de l'or paraît être entrée dans une phase nou
velle . A la Fern Hill, région du Nord , un puits destiné à rejoindre
les anciens travaux , atteignait à la fin de l'année , 104 mètres de
profondeur,alors que le niveau de la précédente exploitation était
de 129 mètres. D 'autre part, de grands filons d 'or auraient été
découverts, d 'après le Bulletin du commerce, à la surface du sol et
sur une longueur de 5 à 6 kilomètres. Les échantillons prélevés
ont des teneurs de 10 , 15 , 20 grammes d 'une once et plus à la
tonne.
Aux termes d 'un décret du 5 juillet, le service des mines de la
Nouvelle - Calédonie est dirigé par un agent nommé par le Ministre.
L 'exécution des règlements relatifs à la recherche et à l'exploi
tation est contrôlée par les inspecteurs des travaux publics des
colonies .
Les dépenses du personnel et de l'inspection sont classées
parmi les dépenses obligatoires du budget local.
Commerce. — Les statistiques commerciales pour l'année 1898
font ressortir les chiffres suivants :

Importations. . . . . . . . . . . . . . 9 . 752. 288 francs


Exportations. . . . . . . . . . . . .. 6 . 736 .728 -

Importations : de France, 5 .026 .330 francs; des Colonies,


337.013 francs ; de l'Étranger, 4.388.863 francs.
Les principales importations sont, par ordre de valeur, les :
des Colonies de l' Etranger TOTAUX
de France françaises
francs francs francs francs

Boissons 1 . 868 . 230 80 .601 38 .441 1 . 987 .853


Farineux alimentaires 65 . 099 233. 475 1 . 461 .660 1 . 760 . 234
Tissus 559. 786 180 212 . 306 788 . 950
Ouvrages en métaux 490 . 329 281 .611 772 . 960
Denrées coloniales 322 .196 19 . 960 270 . 910 613 . 466
Produits et dépouilles
d 'animaux 91 .434 343 . 557 435 .018
Métaux 208 . 291 162 . 157 370 .655
320 L 'ANNÉE COLONIALE

Exportations :
En France , 3 .497.767 francs, dont 3.475.268 francs de produit
du cru. Aux colonies françaises, 4.284 francs ; à l'Étranger,
3 .234 .677 francs, dont 3.105.814 francs de denrées et marchan
dises de la colonie.
PRINCIPALES EXPORTATIONS
Produits de la colonie
Marchandises Destination Quantités Valeur
kilogrammes francs
Conserves de viandes
en boîtes : France . . . . . . . . . . . . 686 . 180 952.955
470
686 .655 kilogrammes Autres pays . . . . . . . 475
953 .425 francs
Café : France et colonies. 700 . 431
340 . 750
341.689 kilogrammes Autres pays . . . . . . . 939 1 . 382
702 . 316 francs
France . . . . . . . . . .. . 32 . 124 , 147 1 .616 .137
Minerai de nickel : Angleterre . . . . . . . . . 34 .594 . 120 1 . 729. 597
74 .613 . 767 kilogram . Pays-Bas . . . . . . . . 5 . 517 .000 273 .850
3 . 740 . 514 francs Australie . . . . . . . . 118 . 930
2. 378 .500
Coprahs : France . . 336 . 280 67 . 389
1 . 1630 . 883 kilogrammes 794 . 603 170 .856
Australie . . . . . . . . . .
238 .245 francs
Minerais de cobalt France . . . . .. . . . . . . 1 . 891 . 714 96 . 942
Australie . . . . . . . . . 7 .514 . 307 383.686
et de chrome :
10 . 085 . 021 kilogram . Angleterre . . . . . . . . . 528 . 000 26 . 100
515 . 788 francs | Autres pays . . . . . . . 151. 000 9 . 060

Iles Wallis et Futuna. - Les renseignements sont encore


peu nombreux sur ces îles, où le protectorat de la France est
établi. Un fonctionnaire colonial en a donné quelques-uns dans
la Quinzaine coloniale : « Le porc, la poule , l'oie , lesbêtes à cornes,
vivent admirablement dans ces archipels; les chevaux nombreux
et de grande espèce, valent environ 200 francs pièce ; le poisson
y abonde et forme le fond de la nourriture des habitants. Une
pêche de village donne 3 à 4.000 poissons, que l'indigène laisse
perdre en partie , ne sachant pas les saler. Vingt-sept variétés de
bananes pourraient être exportées ; presque tous les légumes y
poussent et, à Futuna , la mission a bu du vin provenant de sa
propre récolte ; l'ananas pousse sans culture ; le tabac, cultivé
par les naturels, se vend de 2 à 3 francs le kilogramme. Aux
Wallis, le gingembre se cultiverait très bien . Les gousses du
NOUVELLE - CALÉDONIE 321

colonnier sont fort belles dans ces dernières iles, qui produisent
abondamment le coprah, lequel se paie sur place de 120 à
150 francs la tonne. Les Wallis produisent deux espèces de
nacre , dont l'une est absolument celle de Tahiti. Les échantil
lons trouvés n 'ontaucune piqûre, et ils atteignent 30 centimètres
sur 25. Une autre espèce se rencontre dans des loges sous
marines et se nomme papillon , à cause de sa forme. Enfin ,
notons que la main - d 'œuvre est aussi chère qu 'en France (Quin
zaine coloniale , 10 juillei 1899 ) .

V . – PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS


17 janvier . - Arrêté réglementant les prestations dans la colo
nie (J. 0 . N . C ., 21 janvier).
9 janvier. — Arrêté portant création d 'une caisse de chemins
de grande communication ( J . 0 . N . C ., 25 février).
Cette caisse a pour objet d 'assurer l'entretien des chemins de
grande communication existant déjà et de permettre l'exécution
d 'un programme de voies nouvelles.
27 mars. – Arrêté réglementant l'introduction du bétail et des
animaux de provenance australienne ( J . 0 . N . C ., 1er avril) .
31 janvier. — Décret concédant à M . Oulės la construction et
l'exploitation d 'un chemin de fer de Mandaï à Bourail (J. 0 . N . C .,
20 mai).
5 février . — Décret relatif à l'octroidemer( 1. 0 . N . C .,20 mai).

VI. -- JOURNAUX
Bulletin officiel de la Nouvelle -Calédonie ; Journal officiel de la
Nouvelle-Calédonie ; Bulletin officiel de la Relegation en Nouvelle
Calédonie ; Bulletin officiel de la Transportation en Nouvelle-Calé
donie ; le Calédonien ( tri -hebd . ) ; l'Echo de la France catholique ;
la France australe ; la Lanterne (hebd .) ; le Radical tri-hebd).
ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS
DE L'OCÉANIE

1. -- RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

Les établissements français de l'Océanie se composentde six


groupes d 'iles : les îles du Vent, Tahiti et Moorea ; les îles Sous
le - Vent ; les îles Tuamotu , au nombre de 79 ; les iles Gambier, 6 ;
les iles Tubuai et les Marquises (11 îles). La population de Tahiti
est d 'environ 11.000 âmes et celle de Moorea de 1.500 habi
tants.
Les relations entre les continents et Tahiti sont assurées de la
facon suivante :
1° Service de voiliers (service postal de San-Francisco à Tahiti.
Départ une fois par mois .Prix du passage, 550 francs et 275 francs.
Durée du trajet, 1 mois ;
2º Service de voiliers de Bordeaux à Tahiti, par des voiliers de
1 . 000 tonneaux environ . Les départs ont lieu trois fois par an .
Prix du passage, 1 . 200 francs . Durée de la traversée, 4 mois
environ ;
3º Service à vapeur entre Auckland et Tahiti par l'Union Steam
ship Cº ofNew -Zcaland. Départ tous les vingt-huit jours d 'Auckland.
l 'n bateau de la Compagnie conduit les voyageurs à Sydney deux
fois par mois . La Compagnie fait coïncider, à chaque voyage ,
l'arrivée de ses bateaux à Sydney avec le départ de ce port pour
l'Europe des bateaux des Messageries maritimes. Prix du passage
de Papeete à Sydney, 517 francs et 277 francs.
ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE L 'OCÉANIE 323
En outre deux services à vapeur et à voiles réunissent entre
eux les différents établissements français de l'Océanie .
La Compagnie des Messageries maritimes assure les connaisse
ments directs pour Pipeete ; elle a fixé un prix à forfait de Mar
seille à Tahiti de 120 francs parmètre cube, y compris les frais
de transit à Sydney et ceux de réexpédition à Auckland .
Les prix du fret sont les suivants :
De San -Francisco à Tabiti, 35 francs le tonneau. De Tahiti à
San-Francisco : nacres etcoprah , 30 francs la tonne de 1.000 kilos ;
vanille , 2 fr.50 la touque de40 kilos; coton , 50 francs la tonne;
fungus, 110 francs la tonne; cocos secs, 50 francs : autres pro
duits , 30 à 40 francs le tonneau .
De France à Tahiti : le fret des marchandises venant directe
ment varie de 90 à 110 francs le tonneau , suivant l'importance
des chargements ; le fret est le même pour les marchandises
venant d 'Allemagne ou d 'Angleterre. Le fret des marchandises
exportées de Tahiti vers la France, l'Allemagne ou l'Angleterre
varie entre 75 et 90 francs le tonneau .
De Tahiti à Valparaiso ou retour, le fret est de 60 francs par
tonneau . De Tahiti en Nouvelle -Zélande ou en Australie , il s'élève
à 50 francs le tonneau .

II. – PERSONNEL

GOUVERNEUR : M . Gallet ;
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M . V. Rey ;
CHEFS DE SERVICE :
MM . Charlier (service judiciaire ; Bertrand ; (Service adminis
tratif) ; Lemoine (service de santé); Coridon (Trésorier payeur);
Miller (Douanes) ; Dauphin , inspecteur primaire.

III. – SITUATION POLITIQUE

Modifications administratives. – Le Conseil général, insti


tué par décret du 28 décembre 1885, comprenait 18 membres,
l'épartis entre les six circonscriptions suivantes : ville de Papeete
(4); le reste de Tahiti et Moorea (6 ) ; îles Marquises ( 2); îles Tua
motu (4 ) ; îles Gambier (1) ; îles Tubuai et Rapa (1 ). Le fonc
tionnement de cette organisation avait donné lieu à de sérieuses
324 L 'ANNÉE COLONIALE
critiques; les archipels ne disposant pas d 'éléments aptes à faire
partie d 'une assemblée élue, leurs représentants étaient le plus
souvent des membres du Conseilmunicipal de Papeete . Il résul
tait de cette situation que la commune de Papeete et l'île de
Tahiti bénéficiaient souvent dans des conditions anormales des
libéralités du Conseil général. C 'est ainsi que les recettes effec
tuées pendant l'exercice 1897 font ressortir à l'actif de Tahiti et de
Moorea une somme de 514 ..450 francs , alors que les Marquises,
les Tuamotu , les Gambier et les Tubuai ont produit 468 .850 francs.
D 'autre part les prévisions de recettes du budget du même exer
cice avaient été ainsi élablies : Tahiti et Moorea , 887.100 francs
les archipels, . 96 .200 francs. L 'inégalité était choquante .
Un décret du 10 août 1899 ( J . 0 . , 11 août) modifie cet état de
choses : les îles Marquises, Tuamotu , Gambier, Tubuai et Rapa,
forment autant d 'établissements distincts, placés sous la haute
autorité du gouverneurde Tahiti, et sous la direction d 'administra
teurs . Chaque archipelpossède son autonomiebudgétaire ses taxes
et contributions publiques, sauf en ce qui concerne les droits de
douane et d 'octroi de mer, qui sont soumis à la réglementation
en vigueur à Tahiti. Le montant de ces derniers droits est réparti,
chaque année entre les divers budgets des archipels.
Ces derniers, en conquérant leur autonomie administrative et
budgétaire , perdent leurs représentants au Conseil général.
Un second décret du 10 aoûtmodifie en effet la composition de
cette assemblée . Elle se compose de onze membres élus répar
tis entre les deux circonscriptions suivantes : 7 conseillers pour
Papeete , et 7 conseillers pour le reste de Tahiti etMoorea ( J . 0 . 0 .,
12 octobre).
Conseil général. – Cette assemblée s 'est réunie trois fois
dans le courant de l'année, deux fois en sessions ordinaires, une
fois en session extraordinaire .
I. Session ordinaire des 8 et 13mars. — Après avoir voté quelques
crédits supplémentaires, le Conseil s'est occupédes propositions de
MM. Hecht frères , tendant à l'établissement d 'une ligne à vapeur
pour relier Tahiti à Nouméa, et pour mettre les Établissements
en communication avec les paquebots qui font le service entre
San -Francisco et Auckland , le toul moyennant une subvention
de 150.000 francs. Les offres de MM . Hecht n 'ont pas paru accep
tables au Conseil, qui a adopté une proposition de son président.
LeConseil abandonnerait au budget colonial les 80 .000 francs de
subvention que ce dernier lui accorde ; en échange, la métropole
ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE L 'OCÉANIE 325

ferait les frais de telle ligne qu 'elle voudrait pour relier à elle
ses établissements de l'Océanie . Le Conseil se chargerait avec ses
propres moyens d 'assurer le service à l' intérieur de la colonie , en
s'engageant en outre à donner, à l'expiration du contrat actuel de
l'Union Steam Ship Cº, à la Compagnie française qui prendrait le
service du dehors , les 63 .000 francs qu 'il consacre aujourd 'hui
aux archipels.
II. Session extraordinaire de septembre (21- 25 septembre ). – Le
fait saillant de cette session a été le refus opposé par le Conseil
général à l'élection d 'un conseiller général comme membre du
Comité directeur de la Caisse agricole , conformément à l'arrêté
du 18 septembre. Le Conseil a estimé que cet arrêté pris sans lui
avoir demandé son avis constitue une méconnaissance absolue
du droit de contrôle que doit exercer le Conseil sur les opérations
de la Caisse agricole ( J . 0 . 0 ., 28 septembre).
Session ordinaire (16 décembre). — Plus spécialement consacrée
à l'examen du budget de Tahiti et de Moorea, cette session a été
ouverte par un discours du gouverneur, dans lequel ce dernier
énumère les réformes qu 'il a l'intention de réaliser : établisse
ment d 'une ligne de bateaux à vapeur ; création d 'un bassin de
radoub , amélioration et perfectionnement des moyens de trans
ports autour de Tabiti.
Budgets. — Les budgets ont été rendus exécutoires par des
arrêtés du 28 décembre , qui les ont fixés aux chiffres suivants :
Tahiti et Moorea . — Recettes ordinaires, 670 . 390 francs ; dépenses
ordinaires, 670.390 francs. Surcette dernière somme, 97.343 francs
sont prévus pour les travaux publics.
lles Marquises. – Recettes et dépenses, chiffre égal de
119.826 francs .
Iles Tuamotu . — Recettes, 363.139 francs;dépenses, 342.247fr. 27.
IlesGambier,Tubuaï. — Recettes etdépenses égales à 84.101francs.
Iles Sous-le- Vent-- Recettes ,71. 160 francs ;dépenses , 70 .080francs.

IV . – SITUATION ÉCONOMIQUE
Caisse agricole . —- Cet établissement, qui était loin de rendre
les services qu 'on pouvait en attendre , a été réorganisé par un
arrêté du 18 septembre ( J. 0 . 0 . , 21 septembre ). Il était nécessaire
d 'enlever la direction de la caisse aux membres des assemblées
électives ; ceux -ci, étant pour la plupart agriculteurs, avaient des
3 6 L'ANNÉE COLONIALE

intérêts dans l'établissement et se trouvaient souvent être ses


débiteurs. Cet état de choses rendait les plus mauvais services à
la caisse agricole. Désormais celle -ci est administrée par un
Comité directeur, composé d 'un membre du Conseil général, élu
par celte assemblée, de quatre membres nommés par le gou
verneur parmi les membres des Chambres de commerce et
d 'agriculture ou les habitants notables. Un censeur, choisi parmi
les fonctionnaires, assiste à toutes les délibérations avec voix
consultative. Les délibérations du Comité directeur sont exécu
toires , si elles n 'ont pas été frappées d 'opposition par le censeur
dans les quarante -huit heures qui suivent l'adoption du procès
verbal.
Caoutchouc. – Sans être entièrement privée de caoutchouc,
l'île de Tahiti n 'est pastrès riche, suivant l'expression de M .Gou
pil, président de la Chambre d 'agriculture. Il conviendrait d 'in
troduire l'Hevea Brasiliensis. On pourrait aussi essayer le Castil
loa dont l'ombrage peut être utilisé pour abriter les cacaoyers
dont la Chambre d 'agriculture recommande la culture.
Coprah . -- Le cocotier, qui couvre la plus grande partie des
terres cultivées, aussi bien à Tahiti que dans les archipels, est,
de toutes les cultures de ces îles, la plus riche et la plus rému
nératrice. L 'année 1899, a vu , en grande partie , disparaitre la
maladie , quisévissaitavec violence sur les cocotiers ; cette maladie
consiste en un parasite (l’Aspidiotus vastatrix ), qui s 'attache aux
feuilles de l'arbre et enraye la production .
Aussi la quantité de coprah récolté s 'est-elle fortement accrue.
En 1897, l'exportation de ce produit était de 3 .430 .209 kilo
grammes; en 1898 , elle atteignait 5 .448.169 kilogrammes; en 1899,
elle s' élevait à 6 .525 .380 kilogrammes, valeur 1 .467.964 francs .
Le coprah n 'est pas la seule forme sous laquelle est expédié le
fruit du cocotier ; les cocos sont transportés aussi en noix à San
Francisco ; ils sont employés là et dans beaucoup de villes de
l'Amérique du Nord , à la fabrication de la farine de coco, très
répandue dans la pâtisserie américaine. En 1899, il a été expédié
de Papeete 443.929 noix de coco, représentant une valeur de
24 .412 fr. 22 .
Vanille . – La culture de la vanille est en progression à
Tahiti, Moorea et dans les îles Sous-le -Vent. Il faut exclure,
commepays producteurs de la vanille , les îles Tuamotou, dont
les terrains calcaires ne conviennent qu 'à la culture du cocotier.
Depuis cinq ans la vanille a quadruplé son étendue de culture,
ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE L 'OCÉANIE 327

par suite de la hausse qui s'est faite sur ce produit. Les chiffres
d ' exportation sontles suivants :

kilogrammes
Année 1897 . . . . 34 . 387
- 1898 .. . . . . 41 866
1899 . . . . . . 59 .010 valant 850 . 957 francs

Coton . — Le coton , celui des Marquises surtout, qui a fait


autrefois la richesse de la colonie, est aujourd'hui en décrois
sance marquée, par suite de la vileté de son prix . Cette déprécia
tion tient à la dégénérescence des espècesdont les pieds trop
vieux n 'ont pas été renouvelés . L' Administration s'est occupée
de l'étude de cette culture, et on a envoyé à Paris, pour les sou
mettre à l'examen de M . le Directeur du Jardin colonial, des
échantillons récoltés dans les iles Sous - le - Vent. Elle attend les
résultats de l'examen de ces cotons pour recommander aux habi
tants de l'archipel Sous-le -Vent, la culture de telle espèce dont la
valeurmarchande et le rendement paraîtrontles plus avantageux.
Sucre. – La culture de la canne à sucre a failli être abandon
née dans la colonie , par suite de la concurrence des sucres étran
gers (Maurice , Fidji, Queensland ), qui avait atteint de telles pro
portions, que les planteurs découragés ne faisaient plus que du
rhum , qui, trop abondant, se vendait fort mal. Les droits d 'octroi
demer et les droits douaniers, en 1892, en protégeant l'industrie
de la fabrication du sucre , l'ont fait sortir du marasme. La pro
duction s 'établit ainsi, de 1896 à 1899 :

Année 1896 . . . . . . 105. 360 kilogrammes de cassonade


1897 .. . . . . 159 .600
1898 . . . ..... 170 . 000
1899. . . . . . 200 . 000

Commerce . — Pour développer la culture des céréales et sur


tout celle du maïs , M . Goupil préconise l'établissement à Papeete
d 'une maison se livrant exclusivement au commerce des céréales
fourrages, charbon , bois à brûler ; ces deux derniers produits
représenteraient à eux seuls une recette d 'environ 60 .000 francs,
en fournissant seulement la moitié de la clientèle de la ville de
Papeete , si l'on ajoute 40.000 francs pour le fourrage, le blé , le
son et l'orge, on atteint le chiffre de 100.000 francs d'affaires
328 L ' ANNÉE COLONIALE
annuellement. Un maître intelligent et deux manœuvres consti
tueraient le personnel nécessaire ; deux chevaux et deux cha
rettes suffiraient pour le matériel. C 'est une affaire quidoit rap
porter annuellement de 12 à 15 .000 francs nets à celui qui
l'entreprendra et quine se découragera pas, parce qu'il n 'atteindra
pas ce résultat la première année de son installation Chambre
d 'agriculture, séance du 26 janvier 1899 ).
Nacre . - Dans sa séance du 20 juillet, la Chambre de com
merce de Papeete a écouté une communication de M . Raoult au
sujet du droit de sortie sur les nacres. Le décret du 12 mars 1898
fixe ce droit à 150 francs par tonne. Ce chiffre paraît insuffi
sant pour empêcher la nacre d 'être dirigée sur les marchés
étrangers au détriment des marchés français. Il faut en outre
considérer que Tahiti étant fort éloignée de la métropole les
expéditions se font plus par les voies étrangères que par les voies
françaises . M . Raoult se demande si, dans ces conditions, un cer
tificat d 'origine délivré dans la colonie suffira pour toutes les
voies indistinctement. Le but à atteindre est que la nacre de
Tahiti puisse arriver en France sans obstacle aucun et qu'on ne
puisse la confondre avec les nacres étrangères. Il faudrait bien
spécifier les colis avec le certificat d 'origine pour ne donner lieu
à aucune erreur. M . Raoult voudrait, en outre, que le droit de
sortie soit porté de 150 à 250 francs par tonne. L 'exportation de
ia nacre s'est élevée à 388. 163kilogr. en 1899, contre437.066kilogr.
en 1898 ; faisons remarquer que c 'est grâce à l'expédition d'une
assez grande quantité de nacre péchée en 1897 que le chiffre des
exportations de 1898 a été aussi élevée .
Statistiques commerciales pour l'année 1898 :

Importations .... .. . .. .. . . . . . . . . . . . . . 2 . 963. 147, 90


Exportations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 960 . 334 ,46
TOTAL GÉNÉRAL . . . . . . . 5 . 923 .482, 36

Il faut ajouter à ce chiffre 34 .000 francs provenantdes impor


tations directes pour les Marquises par les navires étrangers .
En comparant les chiffres avec ceux de 1897, on remarque une
dépression dans les transactions, tant à l'importation qu'à l'ex
portation . La différence totale en moins s 'élève à 993.824 fr. 90
dont 803.491 fr. 13 pour les importations et 190. 333 fr. 17 pour les
exportations.
ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE L 'OCÉANIE 329

İmportations:
1897 1898 Différence en 1898

francs francs francs


Etats -Unis . . . . . . . . 1 . 729 .603, 33 1 . 277.042, 30 452 . 561, 03
France et Colonies . .. . 391 .001,02 709. 918, 82 318 . 917, 80
Nouvelle - Zélande . . . . 689. 719 , 07 441 . 355 , 09 208. 363, 98
Angleterre . . . . . . . . . . . .. 472 . 593, 97 189. 325 , 01 283 . 268 , 96
Allemagne. . . . . .. . . .. . 131. 950,61 38 .876 , 31 95 .074, 30
Autres pays . . . . . . . .. . 328 . 271 , 03 266 .630, 37 - 61. 640 , 66
Importations directes
aux Marquises. .. . . . 55 .500 » 34.000 » - 21. 500 »

On remarque que la France est le seul pays dont les importa


tions soient en croissance à Tahiti sur l'année précédente .
Les principales importations sont :
Francs
Marchandisez Pays de provenance
UMS .. .. .. .. . . .
| Etats -Unis 160 . 218
Tissus :
Angleterre. . . . . .. 126 . 245
399. 359 francs
| France . . . . . . . . . . . . . .. .. 66 . 438

Farine de froment : 1 . 120 . 117 kilogr., valant. . . . . . . . . . . 252 .051


Vins rouges en fûts : ) France . . . . . . . . . . . 140 .810 litres 66 .822
299. 235 litres
120 069 francs ) Etats -Unis . . . . . . . . 157.693 litres 52. 768
Houille : France . . . . . . . . . . . 1 . 850 . 994 kil. 42. 822
5 .073 .600 kilogr .
10:5 .988 francs Nouvelle-Zélande . 1. 118 .606 kil. 47 .011

Les quatre articles sur lesquels la diminution a surtout porté


sont les tissus ( 399 .359 francs, contre 737.607 francs en 1897) ; les
monnaies (114 . 044 francs, contre 267. 127 francs en 1897 ) ; le
coprah (52.237 francs , contre 170 .040 francs en 1897 ) et les con
serves de viandes (69 .074 francs , contre 138.015 francs en 1897 ).
Exportations :
La valeur totale des exportations, en 1898 , à destination de la
France etde l'Étranger, s 'élevait à 2. 360.334 fr. 46,soit unemoins
value de 6 ,04 0 / 0 sur l'année 1897. En voici le classement par
pays de destination et par ordre décroissant pour 1898.

1897 1898 Différences en 1898

francs francs francs


Etats-Unis . . . . . . . . . 1 . 522 015 , 87 1 .022 . 337, 71 - 499 .678 , 16
Nouvelle -Zélande . . . . . 503 . 243 , 27 687. 829, 70 + 184 .586, 43
330 L'ANNÉE COLONIALE
francs francs francs
1Cores . . . . . . . . 371 . 823, 51 + 371. 823, 51
Angleterre . . . 473, 194 ,52 309 , 199, 0 - 163 . 995 , 02
Russie . . . 135 .450 » + 135 .450 >>
France .. . . . . . . . . . . . 311 .035 , 50 102. 190, 56 - 208. 844,94
Allemagne. . . . . . . . 180 .080, 90 95 .454 , 84 - 84 .626 . 06
Autres pays. . . . . .. 161 . 098 , 17 236 . 048,64 t 74. 950,47

Mais ces chiffres portentaussi bien sur les expéditions d 'articles,


provenant de l'importation , sortis de la colonie , que sur les pro
duits du cru. En réalité, l'exportation des seuls produits du pays
ne s 'élève qu 'à 2 .475 .122 fr. 20 .
Les principales exportations sont les suivantes :

Marchandises Pays de destination Francs


Allemagne . . . . . . . . . 414 .108 kgs. 95 . 244
Coprah : Etats- Unis . . . . . . . . . . 2 . 114 . 777 467.139
5 .448 . 169 kilogr. Nouvelle-Zélande . . 245 . 092 54 . 810
1 . 214 .004 francs Autres pays . . . .. . . 1 . 844 . 825 410 . 201
France . . . . . . . . . . . . . 32 . 778 kgs. 65.556
Nacres : Angleterre .. . . . . . . . 129 . 013 268 .892
437 . 066 kilogr. Etats -Unis .. . . . . . . . 57 . 982 122 . 305
909 .438 francs Nouvelle - Zélande . . 210 .875 439.849
France . . . . . . . . . . . . 2 .840 kgs. 36 . 555
Vanille : 3 . 855 39 . 783
Angleterre. . .. . . . . .
41 . 866 kilogr. Etats -Unis.. . . . . . .. 23 .657 296 .628
516 .814 francs | Nouvelle-Zélande .. 11 . 384 140 .620

Mouvement du commerce pour l'année 1899 :


Les importations ont atteint 2 .893.433 fr . 08 , et les exporta
tions, 3.528 .432 fr . 70 , soit un total de 6 .421 .865 fr . 78 .

francs francs
Importations de France . . 329 .081, 81 de l'Étranger. . 2 .564 . 351, 27
Exportations en France . . 432. 229,90 à l'étranger. . . 3 .096 . 202,80
Totaux . ... . 761.311 ,71 5 .660 .554,07

V. – PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS


- -
-- -

12 septembre. – Arrêté réglementant la consommation des


-

boissons alcooliques aux Iles Sous-le - Vent. Par cet acte il est
- -

défendu à toute personne de fournir des boissons alcooliques ou


fermentées aux Océaniens asiatiques. On ne permettra le débar
ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE L 'OCÉANIE 331

quement que de la quantité de boissons prohibées nécessaires


aux Européens ( J. 0 . 0 ., 21 septembre).
30 septembre. – Arrété modifiant les dispositions des lois
codifiées des Iles Sous-le - Vent relatives au divorce, qui ne peut
plus être prononcé que pour sévices, adultère, injure grave ou
abandon pendant plus de deux ans (J. 0 . 0 ., 5 octobre).
28 décembre. -- Arrété supprimant l'impôt dit des routes aux
îles Marquises, Tuamotu , Gambier, Tubuai, Raivane et Rapa, en
le remplaçant par l'impôt de capitation et des prestations en
nature ( J. 0 . 0 ., 28 décembre).
28 décembre . – Arrêté rendant exécutoire le tarif des taxes
locales à percevoir au profit des îles Tahiti et Moorea, pendant
l'année 1900 (J. 0 . 0 ., 28 décembre).
28 décembre. – Arrêté concernant le droit de sortie sur la
nacre des Iles Sous-le -Vent. Seulle droit de 15 francs par 100 kilo
grammes , établis par le décret du 12 mars 1899 continuera à être
appliqué sur les nacres provenant de ces îles et sortant de la
colonie .

VI. – JOURNAUX

Bulletin officiel des Établissements français de l'Océanie ;


Journalofficiel des Établissements français de l'Océanie ; le Messa
ger dle Tahiti (hebd.) ; Te vea ote hau (Messager de la paix ).
SAINT-PIERRE ET MIQUELON

I. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

La colonie est formée par un groupe d 'îles dont les principales


sont Saint-Pierre et Miquelon . Les îles secondaires sont l'île aux
Chiens, de 4 kilomètres de tour, le Grand -Colombier, l'île aux
Vainqueurs, l'île aux Pigeons et l'île Massacre .
Saint-Pierre est située sur le 46° 46 ' 40" de latitude nord et le
50° 30' 30 " de longitude ouest; elle est, en réalité, formée de deux
iles, Langlade et la grande Miquelon , réunies par une langue de
terre de 3 à 900 mètres de long.
Les correspondances pour Saint-Pierre et Miquelon partentdu
Havre chaque samedi par les paquebots de la Compagnie géné
rale transatlantiqué. Elles sontdéposées à New - York et achemi
nées par chemin de fer sur Halifax , pendant la saison d 'hiver , et
sur North -Sydney, en été. Elles sont prises en dernier lieu par le
vapeur colonial Pro Patria , qui exécute un service bimensuel
entre Saint -Pierre, Halifax et North -Sydney.
Indépendamment des lignes de paquebots transatlantiques, il y
a des voiliers qui peuvent amener des passagers. Le prix du pas
sage varie entre 60 et 80 francs.
Le prix du fret pour les marchandises de France adressées à
Saint-Pierre et Miquelon est d 'environ 30 à 35 francs par tonneau .
Des colis postaux du poids de 5 kilos peuvent être échanges
entre la métropole et Saint- Pierre, la taxe à payer est de 4 francs.
Pour l'envoi des lettres à la division navale et aux pêcheurs,
on se sert de la ligne bimensuelle de Liverpool à Saint-Jean de
Terre-Neuve. Pendant le service d 'hiver (janvier, février etmars),
les correspondances pour Terre-Neuve sont acheminées par la
voie du Havre .
SAINT - PIERRE ET MIQUELON 333

Saint-Pierre est relié à l'Europe et au Continent américain par


les câbles de deux Compagnies : l'Anglo -Américain Company et la
Compagnie française des Câbles télégraphiques.Letarif des dépèches
est de 1 fr. 25 par mot.

II. – PERSONNEL

GOUVERNEUR : M . Samary ;
Chefs DE SERVICE : MM . Caperon , procureur de la République,
André , commissaire-adjoint (Service administratif) ; Demalvilain ,
trésorier-payeur; Toché (Service de santé ).

III. -. SITUATION POLITIQUE

Changement de gouverneur. - Par décret en date du


11 novembre, M . Samary, ancien député , a été nommé gouver
neur de 2e classe des colonies et chargé du gouvernement des
îles Saint- Pierre et Miquelon , en remplacement de M . Daclin
Sibour, appelé à d 'autres fonctions.
Budget. - Un arrêté du gouverneur en date du 23 décembre
a rendu provisoirement exécutoire le budget de la colonie pour
l'année 1900 .
Les recettes et les dépenses ordinaires sont évaluées à
417.207 fr. 67 ; les recettes et dépenses d 'ordre atteignent
58.500 francs , soit une balance égale entre les recettes et les
dépenses de 475 .707 fr. 67 .
Le détail des recettes comporte 35 .150 francs pour les contri
butions directes, 348.300 francs pour les contributions indirectes,
dont 178.000 francs produits par les droits perçus à l'entrée des
marchandises et 18 .000 pour les taxes accessoires de consomma
tion .
Les postes, dont le revenu est de 13.000 francs, coulent
89.190 francs. La colonie verse à la métropole , en remplacement
de la retenue de 3 0 / 0 , 5 .880 francs, et elle contribue aux dé
penses civiles et militaires qu 'elle occasionne à l'État pour
7 .992 francs.
Les autres principaux articles du budget des dépenses sont :
l'Instruction publique, 29.120 francs ; les douanes, 29.350 francs ;
les services maritimes, 30.409 francs.
334 L 'ANNÉE COLONIALE
Les boissons alcooliques , trois -six , eau-de- vie , rhum , genièvre,
kirsch , kummel, absinthe,wisky, bitter et autres , sont soumises,
à leur entrée à Saint-Pierre et Miquelon , à un droit de consom
mation de 20 francs l'hectolitre de liquide à 8° et proportion
nellement à leur force alcoolique pour celles des boissons
ci-dessus, mesurant un degré moins élevé ( d . 0 . S . P. M .,
30 décembre).

IV. – SITUATION ÉCONOMIQUE

Pêches . – La première pêche a donné d'excellents résultats,


si l'on songe aux prix obtenus. La moyenne de 518 quintaux par
goëlette était déjà rémunératrice. La hausse s'est manifestée sur
les produits de la pêche, et les cours ont atteint successivement
17 francs , 17 fr . 50, 18, 19 et même 20 francs. La quantité de
morue capturée à la fin du deuxième trimestre, que l'on trouvait
en abondance sur les bancs, principalement sur le banquereau ,
assurait aux armateurs une année exceptionnellement favorable.
Par suite du prix élevé de la morue verte , les opérations de
sécherie ont été inéluctablement abandonnés en partie .
Le tableau ci-après résume les résultats de la pêche des goé
lettes locales pour l'année 1898 et 1899.

GOÉLETTES RÉUNIES
ANNÉES GOELETTES ARMÉES VALEUR TOTALE
QU'ANTITÉ
NOMBRE
de morues rapportées

quintaux
1899 . . 187 184 448 . 735 7 .404. 127
1898 . 192 188 352 . 180 5 .687.707

La moyenne totale par goélette a été de 2.438 quintaux, et le


prix moyen du poisson , 16 fr . 50 .
Il est incontestable que l'armement local a réalisé cette année
des bénéfices considérables et que la dernière campagne de
pêche a été sans contredit la meilleure qu'ait vue la colonie. Les
bénéfices se traduisaient, à la fin de l'année, par une augmenta.
tion très importante de l'armement.
S%.& e

.B
CIANNERMAX .àPde ierre
nse
l'APêcherie
SAINT-PIERRE ET MIQUELON 337

Malheureusement les pêches du homard au French Shore et


aux pêcheries de Langlade et Miquelon , n 'ont représenté qu 'une
année médiocre. A la fin de l'année, il avait été débarqué
2529 caisses de homards contre 2581 caisses pour l'année 1898.
Chaque caisse comprend 48 boites de homard et la boîte
contient environ 500 grammes. Le homard mis en boîte se
paie 5 centimes, et il entre dans chaque boite un ou deux
homards suivant la grosseur.
Le gouvernement de Terre -Neuve a supprimé, depuis 1886 ,
la faculté accordée aux pêcheurs francais d 'aller acheter dans
les ports de la côte sud de l'île de la boëtte , moyennant le paie
ment d 'un droit total de 1 dollar 74 par tonneau de jauge . Aussi
un grand nombre d 'armateurs sont-ils d'avis de ne pas aban
donner le French Shore, afin de pouvoir s 'y approvisionner plus
tard de l'apport nécessaire pour assurer la capture du poisson ,
lorsque le bulot, qui devient assez rare, aura disparu des lieux de
pêche. Les résultats de la campagne ont démontré que le « Bait
Bill » , voté par le parlementde Terre-Neuve et dirigé contrenotre
armement, a entièrement manqué son but ; on peut même dire
qu 'il a été tout à notre avantage sous ce rapport, puisque l'arme
ment local n 'est plus tributaire de l'étranger pour la boëtte .
La petite pêche est très satisfaisante , le poisson abondant dans
lesparages de la colonie.
La surprime de 4 .000 francs accordée de nouveau cette année
par le Ministre de la Marine a contribué à favoriser encore les
engagements pour le French Shore ; 111 marins se sont rendus
à la côte ouest de Terre - Neuve pour y pratiquer leur industrie,
soit 37 inscrits de moins qu 'en 1898. Les résultats obtenus sont
de nature à les engager d ' y retourner .
Sel. – Les importations de sel ont considérablement dimi
nué pendant les deuxième et troisième trimestres. Cela provient
de la constitution d 'un stock de sel non épuisé en 1898, qui a eu
pour effet de ralentir le transport de ce produit .
Vingt-cinq longs courriers, dont vingt venant de Lisbonne, ont
déposé dans la colonie 5 .601.736 kilogrammes de sel seulementen
avril, mai et juin , alors qu 'en 1898, 59 båtiments avaient apporté
12. 144.069 kilogrammes. Pendant le troisième trimestre, 52 na
vires longs courriers ont apporté 11.915 tonneaux de sel. Pendant
les périodes correspondantes de l'année dernière, cemouvement
a été de 55 longs courriers par 12.681 tonneaux de sel.
Les auvres de mer : - - Lá Société des OEuvres de mer,fondée
338 L'ANNÉE COLONIALE
en 1895 , a pour objet de porter les secours matériels, médicaux,
moraux et religieux aux marins français et des autres nationa
lités et plus spécialement à ceux qui se livrent à la grande pêche.
En outre, du navire hôpital, la Société a fondé une maison de
famille à Saint-Pierre ; on y trouve des journaux , des livres, des
jeux divers . Le papier à lettre et les plumes sont fournis à tous
ceux qui le désirent et les directeurs vont jusqu 'à se faire les
secrétaires de ceux qui ne savent pas écrire, c'est là que se cen
tralisent les courriers, soit pour les hommes établis dans l'île ,
soit pour les pêcheurs de banc. On y a distribué plus de
15 .000 lettres en 1899, et pendantles mêmes années, la Maison de
famille a reçu 41.300 visiteurs.
Industrie . – L 'application à la colonie du tarif des douanes de
France , après avoir détourné , au profit de l'industrie métropoli
taine, le courant des relations commerciales de la colonie , a fait
naître , à Saint- Pierremême, quelques industries dont les produits
n 'avaient pas fait l'objet d'un dégrèvement accordé en Conseil
d 'État et qui cependant continuaient, malgré des droits relative
ments élevés, à être achetés à l'Etranger, soit parce qu'il n 'en
existait pas de similaires dans la métropole , soit à cause du
manque de communications directes avec la France, soit aussi
par le crédit que les négociants de la colonie trouvent à Boston
et à Ilalifax, où ils sont connus et qu 'ils ne peuvent obtenir en
France .
Déjà , en 1898, s 'était créée, à Saint-Pierre une manufacture de
biscuits de mer; l'année 1899 a vu l'établissement d 'une manu
ture de « copper paint » , et des capitaux sont réunis pour créer à
Saint-Pierre un atelier de cordonnerie avec moteur à vapeur .
Situation sanitaire'. -- Le nombre desmalades à l'hospice ,pen
dant l'année, s'est élevé à 446 , représentant 8 .727 journées de trai
tement : 378 entrées sont fournies par les bâtiments de com
merce. En évaluant la totalité de ces équipages à 9 .000 hommes,
on a une moyenne de 49,77 malades pour 1 .000 . Ce chiffre
semble peu élevé, étant donné l'existence pénible et le manque
absolu d 'hygiène des marins pêcheurs; mais il faut tenir compte
de la crise marine qu 'ils subissent malgré eux, et qui les pré
serve des maladies infectieuses que pourrait leur attirer l'absence
complète des soins de propreté . Il faut aussi noter les efforts

1 Extrait du rapport du chef de service de santé des iles Saint- Pierre et Mique
Jon pour l'année 1895, qu'a bien voulu nous communiquer M . l'inspecteur géné
ral du service de santé des colonies .
SAINT- PIERRE ET MIQUELON 339

louables, faits par quelques armateurs, pour améliorer le sort de


leurs hommes : beaucoup ont remplacé par des caisses en tôle
les barriques d 'eau douce, sources de tant d 'infections, souvent
même causes d ' épidémies typhoïdes.
Le navire Saint-Pierre , de l'OEuvre des Mers, a fait quatre
voyages, au cours desquels il a transporté une vingtaine de
malades, pour la plupart assez légèrement atteints . Il est douteux
que ce bâtiment puisse jamais rendre de bien grands services
sur le banc,les capitaines tendant plutôt à éviter qu'à rechercher
son aide; ils préfèrent, en cas d 'urgence, s'adresser aux bâti
ments de la division navale . Il serait trop long et inutile de
rechercher les motifs de cet ostracisme, qui combat les effets de
l'quvre, et tant que le service sera fait par un voilier, il sera
difficile d 'en tirer des résultats appréciables. Un vapeur pourrait
seul parcourir avec fruit le banc et éviter, en amenant un homme
à l'hôpital, d 'arriver après le navire de pêche qui lui avait confié
le malade . Le fait s 'est malheureusement produit cette année.
Sur les 446 entrées à l'hôpital, il s 'est produit 21 décès dont
18 fournis par la Marine de commerce .
Le nombre des blessés a été de beaucoup supérieur à celui de
l'année précédente ; 106 au lieu de 72. La plupart de ces bles
sures sont dues à des accidents de bord , chutes, explosions de
pierriers, etc. .. Il est rare de noter des contusions ou des lésions
graves, suite de mauvais traitements . Les factures ont fourni
environ le 1 / 10 des affections chirurgicales .
Il y a eu ,au courant de l'année,de fréquents accidents causés
par le froid ; les rig leurs exceptionnelles de janvier, février, et
du printemps, ont fait entrer à l'hôpiial quelques malades pour
gelures ; l'un d 'eux est mort d 'une péritonite secondaire.
L 'année 1899 se signale , au point de vue médical, par l'absence
complète d 'épidémie . Quelques navires,comme la Sainte-Rose, ont
ou à leur bord quelques cas de fièvre typhoïde, mais sans que
cette affection ait jamais pris un caractère épidémique. La grippe
a été importée de France, au printemps, sur les navires qui
amènent les marins; mais elle a été d'allure très bénigne et n 'a
fait aucune victime.

V . -- PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS

25 janvier. — Arrété établissant des prestations en nature ou


en argent dans la communedeMiquelon ( J. O . S . P . M ., 28 janvier).
340 · L 'ANNÉE COLONIALE
3 janvier . - Décret constituant un service de l'Intérieur aux
îles Saint-Pierre et Miquelon (J. O ., 6 janvier. - J. 0 . S. l'. M .,
11 février).
5 avril. – Arrété promulguant dans la colonie la loi du
21 avril 1898 portant création d 'une caisse de prévoyance entre
les marins français contre les risques et accidents de leur pro
fession (J . O . S. P . M ., 8 avril).
30 mai. – Arrêté complétant par des dispositions nouvelles la
législation relative à la pêche du capelan .
23 décembre. -- Arrêtésrendant provisoirement exécutoires les
délibérations du Conseil d'administration du 12 décembre 1899,
créant de nouvelles patentes et portantmodification au mode de
perception des patentes existantes, et portant augmentation de
la taxe de consommation sur les boissons alcooliques(J. O. S.
P . M ., 30 décembre ).
23 décembre. – Arrêté rendant provisoirement exécutoire la
délibération du Conseil d 'administration du 12 décembre 1899
créant un droit de magasinage et de garde sur les marchandises
entreposées et le magasin de la douane ( J. 0. S. P . M ., 30 de
cembre).
MARTINIQUE

I. -- RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

La Martinique, qui fait partie du groupe des petites Antilles,


est placée entre 14° 23'43" et 14°52'47" de latitude nord et entre
63°6 ' 19" et 63° 31' 34” de longitude ouest du méridien de Paris .
Elle a une superficie de 98.728 hectares, dont plus des deux tiers
sont en montagnes . Sa plus grande longueur est de 64 kilomètres,
et sa largeur moyenne est d 'environ 28 kilomètres.
La Martinique est reliée à l'Europe par les mêmes lignes que
la Guadeloupe (Compagnie générale Transatlantique et lignes
anglaises ).
Fret. - Les prix du fret, au 25 décembre , étaient les suivants :

Pour le Barre Pour Bordeaux


francs francs
Sucre brut, le tonneau de 1. 000 kilogr .. . . . 37, 50 30 >
Rhuin à tafia - de 900 litres 37 ,50 30 >
Café, les 1 .000 kilogr . . . . . . 36 »
Cacao .... .... .... ....... . 36 »
Canne 110 »
Campêche, les 1 .000 kilogr. . . . . . . . 15 >>

II. - PERSONNEL
SÉRATEUR : M . Knight;
DÉPUTÉS : MM . Duquesnay , Guibert ;
342 L 'ANNÉE COLONIALE
GOUVERNEUR : M . Gabrié ;
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M . Merlin .
CHEFS DE SERVICE : MM . Trillard, procureur général; – Gleizes,
commissaire adjoint (service administratif) ; -- Delrieu ( service de
santé) ;* – Lagrosillière, trésorier-payeur ; – Beaudu (enregis
trement, domaine, timbre); – De Solms, directeur des douanes ;
- Dubois ( contributions diverses) ; – Assier de Pompignan (Tra
vaux publics); – Ricci, proviseur du Lycée.

III. – SITUATION POLITIQUE


Election d'un sénateur. — A la suite du décès de M . Allegre,
a eu lieu , le dimanche 13 août, l'élection de son successeur au
Sénat.
Sur 278 électeurs inscrits et 273 votants, M . A . Knight, con
seiller général, a été élu par 197 voix.
Conseil général. - - Cette assemblée s'est réunie en juin et en
novembre. Elle s'est occupée de l'emprunt et du budget, donton
verra plus loin les détails . La partie intéressante de la session de
novembre a consisté dans la lecture du rapport de M . Sévère , fait
en réponse à celui de la commission des budgets locaux . Il semble
que le conseiller se soit surtoutattaché à une question de principes,
ne critiquant pas le droit, pour la métropole , de mettre à la
charge des colonies les dépenses dites autrefois de souveraineté ,
mais attaquant la forme et les conséquences possibles des propo
sitions admises par la Commission . Les dépenses inscrites au budget
des colonies pourvues de Conseils généraux, dit la Commission, sont
divisées en dépenses obligatoires et dépenses facultatives. La nomen
clature et le maximum des dépenses obligatoires sont fixés, pour
chaque colonie, par décret du Conscil d'État . Lemontant des dépenses
obligatoires est fixé, s'il y a lieu , par l'Administration... Les Conseils
généraux des colonies délibèrent sur le mode d 'assiette et les règles
ile perception des contributions et taxes autres que les droits de
douane, qui restent soumis aux dispositions de la loi du 11 jan
vier 1892. Ces délibérations sont approuvées par des décrets du Con
scil d 'Etat qui fixent un tarif maximum des contributions et taxes .
Dans les limites de ce maximum , les Conseils généraux statuent sur
ces tarifs.
A ces propositions M . Sévère répond, approuvé par ses col
lègues, que ces dispositions mettent le budget de la colonie à la
MARTINIQUE 343

merci de l'Exécutif, qui sera maitre de transformer toutes les


dépenses facultatives en dépenses obligatoires ; qu 'elles enlèvent
à la colonie son budget des recettes, car, si « nous conservons
encore le droit de délibérer sur le mode d 'assiette et les règles
de perception des contributions et taxes, nous avons perdu celui
de statuer souverainement sur les tarifs ; qu 'elles suppriment le
principe établi par la loi de finances du 28 avril 1893, de la con
tribution des colonies aux charges générales de l'Etat . Le rappor
leur déclare que la Martinique est prête à augmenter le chiffre de
cette dernière contribution (Voir pour détails 12° séance du Con
seil général, 25 novembre 1899).
Budget. – La Commission des Budgets locaux,réunie dans le
courant de l'année pour étudier les réformes à apporter aux
budgets locaux des diverses colonies, a conclu en ces termes en ce
qui concerne la Martinique (rapport de M . Picquié) : « Il est pos
sible de réduire très sensiblement les dépenses locales sans nuire
à la bonne exécution des différents services ; et la colonie , si
elle est exonérée des contingents et de la contribution qu 'elle
verse au Trésor public , peut prendre à sa charge l'ensemble des
dépenses civiles inscrites au budget général de l'État » . La Com
mission recommande particulièrement : 1° la fusion complète du
service des téléphones et de la poste , qui peuvent être gérés par
le même personnel ; 2° l'attribution aux percepteurs du recou
vrement des amendes, cette réforme ayant pour conséquence
une organisation plus économique du service de l'enregistre
ment; 3° Une enquête approfondie sur la situation de l'enseigne
ment secondaire. Cette enquête relèverait peut- être des abus et
permettrait d 'organiser plus judicieusement et à moins de frais
ce service .
Le budget de l'année 1900 a été définitivement arrêté aux
chiffres ci-après :

Recettes ordinaires . . . 5 .504 .693 francs


Recettes d 'ordre . . . . . 225 . 100 -
Total . 5 . 729. 793 francs

Dépenses ordinaires. . . . ..... . . 5 .504 .693 francs


Dépenses d 'ordre . . . . 225 . 100
Total . . . . . . . . . . .. .. 5 .729 .793 francs

Le budget contient modification de la perception des taxes


344 L' ANNÉE COLONIÁLE
accessoires de navigation (Séance du Conseil général du 23 no
vembre) ; en outre, les cessions de titres ou promesses d 'actions
et d 'obligations dans une Société sont frappées d 'un droit de
0 fr . 50 0 / 0 (Mon . Mart ., 22 décembre).
Emprunt. – Dans ses séances des 17 et 18 janvier et 21 juin ,
le Conseil général avait voté un emprunt de 1.460.000 francs
destiné à permettre : 1° le rapatriement des immigrants hindous
dont l'engagement est expiré ; 2° l'achat d 'appareils nécessaires
au port de Fort-de -France ; 3° l'exécution de travaux ; 4° le paye
ment par anticipation au Crédit foncier colonial de prêts repo
sant sur des propriétés dont la colonie s'est rendue adjudica
taire . L 'emprunt a été consenti par le Crédit Algérien contre
remise des titres 3 , 1/ 2 0 /0 , qui seront ainsipayés 460 francs l'un .
La somme de 1 .400 .000 francs est remboursable en vingt ans. Un
décret du 25 août a approuvé les délibérationsdu Conseil général
et autorisé l'emprunt (Mon . Mart., 29 septembre).

IV . – SITUATION ÉCONOMIQUE

État des récoltes. – Au mois de mars, plus de la moitié


de la récolte avait déjà été enlevée. Le temps, fort beau, rendait
la coupe et la sortie des cannes très facile. Le rendement était
des plus satisfaisants , et les usines fonctionnaient sans relâche .
Au fur et à mesure de l'enlèvement de la récolte, les usiniers
ont établi de nouvelles plantations pour la récolte de 1900, ce
qui a fait, dès les débuts , espérer une récolte supérieure encore
à celles des années précédentes . Pendantlesmois d 'avril et demai,
les jeunes cannes ont souffert extrêmement de la sécheresse anor
male qui sévissait sans discontinuité , depuis près de quatre mois;
dans certaines contrées, ces plantations toutes chétives finissaient
par disparaître sous l'action du soleil. Les cultures vivrièves étaient
de même en mauvais état. Heureusement des pluies survenues au
commencement de juin ont sauvé la récolte. Sur toutes les
habitations, les plantations de cannes, qui étaient en grande
partie toutes rabougries, ont été à nouveau fumées et ont reverdi
à vue d 'ail. En août, les plantations, favorisées par une saison
tout à fait exceptionnelle , grâce aux pluies qui, sans tomber
avec abondance, paraissaient suffisantes, offraient un remar
quable aspect, et, au mois de décembre, les cannes, fort belles,
faisaient prévoir une récolte abondante .
MARTINIQUE 345
En ce qui concerne la culture et la fabrication du sucre, les
anciens procédés n 'ont subi aucune modification , et l'on ne
signale pas d 'améliorations introduites, essayées ou même pro
jetées.
Caoutchouc. – A la fin de l'année 1898, l'administration du
Jardin botanique distribuait gratuitement 600 plantes de Castilloa
clastica . Cette distribution encouragea certains planteurs à diri
ger leurs efforts de ce côté de la sylviculture, dont la doublecon
séquence sera pour le pays le reboisement systématique et assu
ré d 'une partie des hautes terres abandonnées en ce moment et
enfin , pour le propriétaire, le placement de son travail et de ses
capitaux à un taux rémunérateur. Le Castilloa est un arbre à
racines tracantes, excellent pour le maintien des terres légères
en dilution , mais, par contre, n 'ayant précisément, pour cette rai
son , qu'un point d 'appui relativement faible sur le sol appelé à le
nourrir. La conséquence pratique qui s'impose dès lors sera de
rechercher de préférence des terres abritées naturellement par
des replis de terrain , des contreforts voisins ou des massifs de
hautes futaies assez épais pour les mettre à l'abri des vents
régnants les plus forts , en un mot,ce qu 'on fait déjà pour la plan
tation du café et du cacao ( Voir : Rapport de M . Gaston Landes ;
Bulletin agricole de la Martinique, nº 2, p . 60 ; Revue des cultures
coloniales, p . 106 ).
Troupeaux . — Au commencement de l'année , les troupeaux
ont souffert, eux aussi, de la forte sécheresse ; les savanes presque
dépourvues d 'herbes et le manque d 'eau se faisaient sentir sur
les habitations qui ne possèdent pas de rivières. L 'espèce bovine
était en proie à des épizooties dans diverses communes du sud ;
beaucoup de beufs périssaient demaigreur. Les pluies ont com
plètement changé la situation et le rapport sur la situation éco
nomique du mois de juin signale que les troupeaux sont en bon
état, les savanes étant presque toutes pourvues d 'abondantes
herbes. A la fin de l'année, l'élevage se continuait dans des con
ditions satisfaisantes, et aucunes épizooties n 'étaient signalées.
Mercuriales . — La mercuriale dressée pour déterminer la
valeur à la consommation des marchandises et denrées françaises
et étrangères, pendant le mois de décembre 1899, fait ressortir
les principaux chiffres suivants :
francs
Sucre raffiné, les 100 kilogrammes. . . . . . . .. . . . . . . . . . 77 ,50
Cacao , les 100 kilogrammes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 180 »
Café étranger , les 100 kilogrammes .
LU U N . . . . . . . . . . . . . . . . 220 »
346 L'ANNÉE COLONIALE
franes
Poivre , les 100 kilogrammes. . . . . . .. 250 >>
Vanille , le kilogramme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Farine de maïs étrangère, le baril . . . . . . . . . . . . . . 21 >>
Maïs en grain étranger, le sac de 50 kilo gram mes. . . . 8

A
Coton en laine , les 100 kilogrammes . 120 »
Chanvre treillé , ... .... ... .... ... 100 »
Chanvre peigné, 200 »

(Voir Mon . Mart., 19 septembre.)

La farine de froment étrangère valait à la même époque 29 fr . 50


le baril de 88k6 ,100. Quant aux denrées coloniales , leurs prix
étaient les suivants :

francs
Sucre d 'usine, prix moyen , les 100 kilogrammes . . . . . . . . 40 »
I usine . . . . . . . 30 >
Mélasse , 40°, prix moyen , l'hectolitre.. .... . . habitant. . . 38 »
i habitant. . . 48
Rhum et tafia , prix moyenn, l'hoctol
afia prix move itros
tome ....
l'hectolitre . . industriel.. 50 »
Cacao, prix moyen , les 100 kilogrammes.. . .. . .. ... .. .. 160 »

Mouvement commercial

francs
Importations.. . . . . . ... 24 . 368 . 798
Exportations . . . . . . . . 22 . 344 . 810
Total . . . . . . . . 46 .713.608

IMPORTATIONS

francs
Marchandises françaises.... ... 13 . 142 . 798
Marc
Marchand es descolo
handises
is entrepôts de France et
nies françaises.. . . .. . . ? 11. 226 . 000
étrangères ! des 651. 828
des pays étrangers .. . . . . . . . 10.574 .172
TOTAL GÉNÉRAL , 24 . 368 . 798
MARTINIQUE 347

Des 3t chapitres, 10 représentent des totaux supérieurs à un


million de francs . Ce sont, par ordre d'importance :

TOTAUX
MARCHANDISES FRANCAISES ÉTRANGÈRES
GÉNÉRAUX

francs francs francs


Farineux alimentaires . . . . . . . . . . . 769 . 756 3 . 292 . 344 4 . 062 .100
Marbres , pierres. terres , etc . . . . . . . . 246 . 885 2 , 194 . 840 2 441 . 725
Tissus . . . . . . . . 1 . 701. 789 388 . 893 2 .090 .682
Ouvrages en métaux . . . . 11 . 794 . 204 68 . 925 1 . 863 . 119
Boissons
IS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11.508 .562 113 . 0891.621 .651
Denrées coloniales de consommation , 862. 352 755 .622 1 .617 . 974
Pêches . . . . . . . . 419 .427 22 .704 1 .442. 131
Produits et dépouilles d 'animaux . . . 352. 378 1 .064 . 796 1 .417. 174
Armes, poudres , etc . . . . . 306 221 110 | 1 . 306 . 331
Produits chimiques . . . . . 189.612 1 .092.935 | 1 .282.547

Des 24 chapitres restant, 2 seulement présentent des totaux


supérieurs à 500.000 francs. Ce sont les :
Marchandises Totaux
françaises étrangères généraux
Bois . . . . . . .
francs 80 .354 866 . 164 946 .518
Huiles et sucs végétaux . . . . . . . . . . . . . . 207 . 321 464. 881 672 , 202

Vingt-deux autres espèces de denrées et marchandises sont


représentées par des chiffres inférieurs à 500 .000 francs dont les
plus importants correspondent : aux ouvrages en matières diverses
(469.318 francs), compositions diverses (449. 211 francs), ouvrages
en bois, provenant en grande partie des États -Unis ( 288.334 francs)
sur un total de 397. 862 francs, animaux ( 355 . 157 francs) , etc.

RÉSUMÉ COMPARATIF AVEC LES RÉSULTATS DE 1897


francs
Valeur des importations en 1898 . . . 24 . 368 . 798
1897 . . . . . . . . . 21 . 488 . 238

Différence en faveur de 1898 . 2 . 880 . 560


Cette différence se décompose comme suit :
Marchandises francaises. . .. . . .. 2 . 183 . 351
- étrangères . . . . . . .. . . .. 695 . 209

D'où l'augmentation précitée.. ..... . 2 .880 .560


348 L'ANNÉE COLONİALE
La plus-value des marchandises françaises est due à l'introduc
tion , dans la colonie , de 830.000 francs de numéraire français et
d 'une quantité de munitions de guerre qui figurent à la balance
pour une valeur de 1.095.526 francs. Il y a lieu de mentionner
aussi,au chapitre Pêches, un excédent, sur l'année précédente , de
101.647 francs , causé par une importation plus considérable de
morues.
L 'accroissement du chiffre des marchandises étrangères entrécs
dans la colonie résulte d 'une légère augmentation dans l'impor
tation des articles américains, tels que viandes salées de porc et
de beuf, farine de froment, conserves de viandes en boites , etc.
Les tissus en général sont en diminution sur l'année dernière ;
mais la proportion se maintient dans l'importation de l'article
français et celle de l'article étranger, qui continue à céder le pas
aux étoffes nationales.
Les principales marchandises reçues de France sont : les fro
mages, le beurre, les morues, l'avoine, les pommes de terre, les
produits chimiques , les savons autres que ceux de parfumerie, les
vins, les verreries, les tissus, les papiers, les peaux, les ouvrages
de mode .
L 'Angleterre fournit en partie les tissus, la houille (presque en
totalité) et le riz venant de l'Inde.
Les colonies françaises expédient à la Martinique, la mélasse,
le café et la morue.

EXPORTATIONS
1

DESTINATION
.

COLONIES TOTAUX
FRANCE ÉTRANGER
FRANÇAISES GÉNERAUX

Marchandises du cru de la
colonie . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 . 972.460 201 .280 13 .908 19 .187.648
Marchandises étrangères . 803 .609| 348 .855 306 .843 | 1 . 459.307
provenant
de l'importation françaises. | 611 .163)104.293 | 982 399 1 .697.855
Total GÉNÉRAL DES EXPORTATIONS . . . . . . . . . . . . . . . . 22. 344.810
MARTINIQUE 349
Les denrées du cru, qui représentent les plus gros chiffres à
l'exportation , se décomposent ainsi :

FRANCE COLONTES FRANC. ÉTRANCER | TOTAUX GÉNÉRAUX

QUANTITÉ
MARCHANDISES
QUANTITÉ VALEUR QU'AXT . VALEUR QUANTITÉ VALEUR

kilogr . | francs kilogr. francs kilo . fr. kilogr. francs


Sucre d'usine .. . .. . )31.070.13110 .377.3971:343. 797/95.7151» » |1 . 37331. 318 .524 | 10 .474. 250
Cacao en fèves.. . .. ! 635. 234 1. 272. 270] » » » » » » » 635. 254 1. 272.270
litres litros litres
Eaux - de- vie de mé
lasse .... .. .. .. . 14. 923. 272 7 .078 .839 69.692| 35.447 » » » » 15 .003 .102| 7.120 .621|

Les autres denrées du cru réunies représentent moins d 'un


million .

RÉSUMÉ COMPARATIE JVEC LES RÉSULTATS DE L 'ANNÉE 1897


francs
Valeurs des exportations en 1898 . . . . . . . . . 22 . 344 .810
1897 . 19 . 316 .603
Augmentation en 1898 . . . . . . . . . . .. 3 . 028 . 257

Cette augmentation est due au prix rémunérateur du sucre et


du tafia sur les marchés métropolitains pendant l'année 1898 .
Exportation du sucre. – L'exportation du sucre d 'usine
pendant neuf mois de l'année , de février å novembre, a donné
les résultats suivants :
1898 1899

kilogrammes kilogrammes
Février. . . . . . . . 4 . 374 .491 4 . 138 . 908
Mars . . . . . . . 6 .668. 913 9 . 357 . 802
Avril . . . . 8 . 208 . 336 7 . 280 .672
Mai . . . . . . . . 4 . 176 . 067 4 .578 . 296
Juin . . . . . . . . . . . 2 .818 . 461 2 .460 . 807
Juillet . . . 9 . 348 . 7:27 3 . 263 . 693
Août 562 . 702 243 . 111
Septembre .. . . . . 643 . 343 29 .632
Octobre . . . . . . . . 27. 75.3 17. 895
TOTAUX . . . . .. .. 28 . 828 . 79.5 31: 370. 817
350 L' ANNÉE COLONIALE
En ajoutant les chiffres des mois de janvier et de novembre
dont le détail manque, et en rapprochant les produits ainsi obte
nus des onze premiers mois de 1898, on remarque qu'il y a seule
ment une augmentation de 249 .143 kilogrammes de sucre d 'usine.
Régime du travail. -- Pendant la campagne de fabrication
du sucre , les ouvriers et travailleurs de toute catégorie sont géné
ralement employés ou dans les usines ou sur les habitations. Le
salaire s 'élève suivant l'importance du travail à : 1 franc, 1 fr. 25
et 1 fr . 50 . Les petits ateliers composés d ' enfants se paient : 50, 60
et 75 centimes .
Les travaux divers s 'exécutent le plus habituellement à la
tâche, à la journée ou à l'entreprise.
Banque. - La situation de la banque s'est singulièrement
améliorée . Au commencement d 'avril, cet établissement a payé
sa dette au Comptoir d 'Escompte . Le directeur de la banque,
M . Caubère, avait, dès le jour de son arrivée , affirméla volonté de
ne tenir compte, pour fixer le taux de change, que de l'échelle
de la dette au Comptoir . Le change est ainsi tombé à 6 0 / 0 , puis
à 2 0 / 0 , il est actuellement à 10/0 .
Au fer décembre, le bilan de la banque se balançait par
12.497.401 fr. 73. Le numéraire atteignait 2 .453.691 fr.88, alors
que le chiffre des billets en circulation s 'élevait seulement à
5 .410.120 francs.On luidevait une sommede 2.858.824 fr . 97 garan
tie par des récoltes pendantes, et seulement 99.101 fr .60 garantis,
par marchandises. Le total des prêts et escomptes avait une
valeur de 4.373. 356 fr . 71.
Enfin un décret du 28 novembre prorogeait jusqu 'au 1er jan
vier 1901 la durée du privilège de la banque (Mon . Mart., 26 dé
cembre ) .
Crédit colonial. — La banque fournit au commerce de la Mar
tinique les éléments de crédit qui lui sont suffisants ; mais l'agri
culture ayant besoin de termes plus longs ne trouve pas à la
banque et ne peut plus chercher au Crédit foncier colonial le
crédit qui lui est nécessaire pour continuer ses améliorations el.
pouvoir, dans un temps rapproché, être à même de soutenir la
concurrence des pays d 'Europe et des nouvelles colonies. En un
mot, il luimanque le crédit à long terme et le crédit à terme
moyen .
L 'agriculture a besoin :
1° De pouvoir contracter des emprunts hypothécaires à long
ierme ou à termemoyen , et à taux modéré, remboursables par
MARTINIQUE 351

annuités, applicables aux propriétaires des installations agricoles


existantes, en vue de leur permettre l'amélioration ou la trans
formation des cultures actuelles, dans les cas où ces améliora
tions sont nécessaires et où les transformations sont possibles et
avantageuses;
20 De pouvoir contracter des emprunts hypothécaires à long
terme ou à terme moyen et à taux modéré remboursables par
annuités , applicables aux propriétaires dont les habitations sont
grevées de dettes contractées antérieurement à un taux trop
élevé , afin de permettre à ces propriétaires la conversion de ces
dettes antérieures et ruineuses, comme celles contractées vis -à
vis du Crédit foncier colonial.
En raison de la dépréciation générale de la valeur des produits
et de l'abaissement général du taux de l'intérêt, les bénéfices
actuels de la culture permettent difficilement de faire le service
de l'intérêt et de l'amortissement de ces dettes contractées anté
rieurement à un taux trop élevé, en même temps que les amé
liorations agricoles qui seraient nécessaires.
C'est là le cas d 'un grand nombre d'habitants martiniquais qui
font péniblement le service de ces dettes antérieures et sont
continuellement sous la perspective d 'une expropriation , surtout
si une nouvelle crise survenait, qui les empêcherait de faire
face à des engagements trop onéreux et anciens.
Lors de la dernière crise , beaucoup ont succombé de ce chef,
et parmi ceux -là qui l'ont surmontée, la plupart n 'ontpu le faire
qu 'en sacrifiant tout ce qui n 'était pas l'exploitation à laquelle ils
ontdù se limiter.
Une nouvelle crise les abattrait complètement; il ne leur reste
plus de sacrifices à faire , et il en résulterait, pour la colonie, une
plus grande quantité de terres devenues incultivées ou mal cul
tivées, c'est- à -dire presque improductives ;
3º L'agriculture a besoin de pouvoir contracter sur le bétail
d élevage des emprunts à termemoyen et à taux modéré, appli
cables aux habitants soit propriétaires, soit fermiers, sous réserve
des conditions de garantie nécessaires.
Probablement parce qu 'il ne procure aucun crédit, avec les
dispositions actuelles de nos établissements de crédit, l'élevage
du bétail est une branche agricole très négligée à la Martinique.
Nous sommes, à ce point de vue , tributaires de l'étranger, tant
pour les bæufs de travail que pour les boufs de boucherie .
C 'est un gros danger pour une île aussi petite que la nôtre,
352 L 'ANNÉE COLONIALE
qui, en cas de guerre et en raison de sa situation de point d'at
tache de la flotte, pourrait se trouver vite bloquée avec, à l'inté
rieur, une grande quantité de bouches supplémentaires, soldats
et marins, à alimenter de viande ; alors qu'elle en produit déjà
insuffisamment en temps de paix pour sa consommation et celle
des équipages des navires qui viennent s'y ravitailler .
De ce fait que ceux-là qui se livreraient à l'élevage pourraient
trouver, sur leurs troupeaux, un crédit à terme moyen , nous
pensons qu'il en résulterait, pour la Martinique, l'extension des
troupeaux d 'élevage dans une proportion justifiée par les besoins
du pays, et un élevage fait dans de meilleures conditions que
celles appliquées maintenant;
4° Pour faciliter l'extension des cultures secondaires, telles que
cacaos, cafés, vanilles, thés, poivres, etc ., l'agriculture a besoin
de pouvoir contracter des emprunts à long ou à moyen terme,
à taux modéré; et réglés de telle façon que le planteur puisse ne
commencer les remboursements qu'à partir de la produc
tion . .
Dans ce cas, les prêts seraient fait progressivement, au fur et
à mesure des besoins de la culture, après avis d 'expertise spé
ciaux .
Pour ces cultures à longue échéance , les prêts seraient, en
quelque sorte , des prêts à la culture plutôt que des prêts au
planteur ; la culture nouvellement faite viendrait augmenter pro
gressivement le gage du prêteur ; la totalité du crédit à ouvrir
pouvant être supérieure à la valeur réelle du terrain avant le
prêt, mais devant devenir inférieure à la valeur ensemble du ter
rain et des cultures après l'installation de ces cultures .
Tels sont les besoins de notre agriculture . Vous voyez, Mes
sieurs, combien nos établissements de crédit sont peu en rapport
avec ces besoins, qu'il s'agisse d 'opérations à long terme ou à
terme moyen .
C 'est à dessein que nous insistons sur cette définition d 'opé
rations à long terme ou à terme moyen , parce que, d'après
cette définition , nous arrivons aux deux combinaisons que nous
avons l'honneur de vous proposer :
1° Les opérations à long terme se faisant par le moyen d'une
Société générale de crédit colonial, remplaçant le Crédit foncier
colonial;
20 Les opérations à terme moyen pouvant être faites à la fois
par cette Société générale de crédit colonial, et par la Banque de
MARTINIQUE 353

la Martinique, dont les statuts seraient modifiés en consé


quence '.

V. - PRINCIPAUX ACTES ADMINISTRATIFS

11 avril. — Arrété promulguant le décret relatif à la mise en


vigueur du nouveau régime douanier sur les produits italiens
(Mon . Mart. , 14 avril) .
21 avril. --- Arrêté portant promulgation du décret du
18 mars 1898 portantmodification du tableau annexé au décret
du 27 août 1898 relatif aux exceptions au tarif général des
douanes de la Martinique (Mon. Mart., 24 avril). Ce tableau
porte sur les animaux vivants , les produits et dépouilles d 'ani
maux , les farineux alimentaires ( le pain , le froment, les graines,
farines et semoules sont exempts ), les bois et les ouvrages en
bois .
10 juillet. – Arrêté promulguant le décret du 16 mai 1899
approuvant la délibération du Conseil général du 24 décembre 1898
portant diminution des droits d 'octroi de mer sur les cristaux et
verreries (Mon . Mart., 14 juillet).
23 août. – Arrété promulguant le décret du 20 juillet 1899
portantmodification au décret du 31 mars 1897 sur la police
sanitaire maritimedans les colonies et pays de protectorat (Mon.
Mart., 29 août).
22 septembre. – Arrêté promulguant le décret du 10 aoùt 1899
fixant les primes qui seront allouées aux sucres indigènes ou
coloniaux déclarés, à partir du 1er septembre 1899, pour l'expor
tation (Mon . Mart., 26 septembre) .

VI. – JOURNAUX DE LA COLONIE


Moniteur de la Martinique (Journal officiel). - - Bulletin officiel
de la Martinique. – Les Antilles. — Les Colonies. -- L'Union (à
Saint-Pierre ).

1. Extrait du rapport de M . Thierry, rapporteur de la sous-commission chargée


d 'examiner la question de la création d 'etablissements de crédits destinés à venir
en aide à l'agriculture martiniquaise.

23
GUADELOUPE ET DÉPENDANCES

1. – RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

La Guadeloupe, formée de deux îles, la Basse-Terre et la Grande


Terre , possède en outre cinq dépendances : La Désirade,Marie
Galante, les Saintes, Saint-Martin et Saint- Barthélemy. La colonie
a des relations régulières et directes : 1° par les paquebots de la
Compagnie générale transatlantique avec la France, la Marti
nique, la Guyane française; 20 par les bateaux de la Compagnie
anglaise Royal Mail avec la France, l'Angleterre, la Martinique
et les colonies anglaises des Antilles ; un nouveau service régu
lier entre la Guadeloupe , les îles étrangères avoisinanles et la
Martinique, vient d 'être établi par une nouvelle Compagnie
anglaise .
Les prix du fret ne peuvent guère être déterminés que pour
les ports de France et celui de New - York aux États-Unis ; les
navires chargeant pour d 'autres destinations, traitent d'ordinaire
directement avec les affréteurs et leurs conditions restent
ignorées .
Voici par port de France le prix moyen du fret :
Le Havre, le tonneau . . . 39 francs
Bordeaux , 38
Marseille, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Nantes , . 36 -

Pour New -York , le prix du fret est calculé par barrique de


sucre et peut être évalué à 3 dollars et quart la barrique.
GUADELOUPE ET DÉPENDANCES 355

II. - PERSONNEL

SÉNATEUR : M . Cicéron ;
DÉPUTÉS : MM . Gerville -Reache , Légitimus ;
GOUVERNEUR : M . Moracchini ;
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M . François ;
CHEFS DE SERVICE : MM . Girard , procureur général ; Gaveau (ser
vice administratif); Mestayer ( service de santé ) ; de Colomb
trésorier -payeur ; N . .. , douanes ; Le Boucher (enregistrement et
domaines) ; Chapp (contributions diverses) ; Aubin ( travaux
publics) ; Granboulan , proviseur (instruction publique) ; M5" Avon ,
évèque.

III. -- SITUATION POLITIQUE

Incendie de la Pointe- à - Pitre. -- Le 17 avril, un incendie


réduisait en cendres plus de 300 maisons. Ce sinistre a élé
attribué à la malveillance ; mais il faut reconnaître que deux
inculpés traduits devant la cour d 'assises ont été acquittés par
cette juridiction .
Le 29 mai, M . le sénateur Isaac développait , sur la situation de
la Guadeloupe, une interpellation au Sénat (J. 0 . du 30 mai,
séances du Sénat, page 654 ), et cette assemblée votait l'ordre du
jour suivant : « Le Sénat, confiant dans la vigilance du Gouver
nement pour rétablir la sécurité dans la colonie de la Guade
loupe par une politique de justice et de fermeapplication des lois ,
passe à l'ordre du jour. »
De tous côtés arrivaient des secours importants. Le Ministre
des Colonies mettait à la disposition du gouverneur une première
somme de 50 . 000 francs et obtenait des Chambres un secours de
300 .000 francs . Le paquebot Ville -de- Tanger apportait de la
Martinique 2 .000 kilogrammes de farine de manioc, 1.600 kilo
grammes de morue, 3.600 kilogrammes de farine, 500 kilo
grammes de biscuit et 1.500 francs de vêtements, plus le produit
d 'une souscription ouverte par Saint-Pierre et Fort-de-France ;
entin la colonie de la Guyane mettait 5 .000 francs à la disposition
356 L'ANNÉE COLONIALE
de la Guadeloupe. Tous ces secours, ajoutés au produit d 'une
souscription faite dans la colonie même,ont permis de distribuer
des secours importants aux malheureuses victimes de cette
catastrophe.
Cyclone. – Dans la journée du 7 août, un cyclone a ravagé
une partie de la Guadeloupe. L' établissement de la Basse-Terre
est celui qui a le moins souffert : si les plantations café et cacao
ont été dévastées, les maisons des bourgs ont été , en général,
épargnées, et il n 'y a pas eu de victime. Il n 'en est pas de même
dans l'arrondissement de la Pointe- à - Pitre : quarante personnes
ont trouvé la mort dans ce désastre , notamment dans les cantons
du Maule , Port-Louis et Saint-François. A la Guadeloupe pro
prement dite comme à la Grande- Terre, toutes les plantations
ont disparu . Par suite , la récolte prochaine des denrées secon
daires, celle de la canne et des cultures vivrières sont entièrement
compromises . Il en est de même des arbres fruitiers, qui
n 'existent nulle part. Quant aux maisons, il n 'en reste que
quelques -unes dans presque tous les bourgs et les campagnes de
l'arrondissement de la Grande- Terre, où le cyclone a plus parti
culièrement exercé ses ravages. Enfin le matériel agricole appa
raît à l'état embryonnaire ; toutes les usines ont été fortement
endommagées. Les animaux de trait et le bétail de toute espèce
sont décimés (Voir l' Indépendant de la Guadeloupe, numéros
des 10-27 août et 14 septembre).
Election d 'un sénateur. — Le 7 aoûtmourait, à Paris, M . Isaac,
sénateur de la Guadeloupe , qui représentait cette colonie au
Sénat, depuis le 2 mars 1883.
M . Isaac était né à la Pointe - à - Pitre, le 9 janvier 1845 ; il avait
donc cinquante-quatre ans et avait occupé, dans son pays d 'ori
gine, des fonctions administratives diverses avant de devenir son
représentant au Parlement (l'Indépendant de la Guadeloupe,
numéro du 10 août') .
Conseil général. – La session ordinaire du Conseil général
s 'est ouverte en novembre et a duré pendant quinze séances, con
sacrées à l'examen et au vote du budget. Par 17 voix contre 15 ,
cette assemblée a maintenu le droit de sortie sur les sucres à
1 fr . 70 les 100 kilogrammes, et a porté à 3 francs au lieu de

1 . Bien que l'élection de son successeur aiteu lieu seulement le 5 janvier 1900,
nous en donnons les résultats : M . Ad. Cicéron , 186 voix , élu . M . de Monchy.
82 voix ; M . Dufond , 15 voix .
GUADELOUPE ET DÉPENDANCES 357

3 fr . 50 le droit de sortie sur les cafés. Les autres droits de sortie


ont été ainsi établis :

francs
Rhum et tafia , les 100 litres. . 3 >>

Cacao, les 100 kilogrammes.. .. 2 »


Roucou , les 100 kilogrammes . . . . .
Mélasse , les 100 litres : . . .

20
Le Conseil a abaissé les droits de consommation sur les spiri
tueux à 1 fr . 40 le litre ; il a ramené le droit de timbre à l'ancien
taux , c'est- à - dire à O fr. 50 par 100 francs. Le chiffre total des
recettes du budget s 'est enfin trouvé établi à 5 .089.324 fr . 30.
Parmi les dettes exigibles figurent le contingent de la colonie
au profit de l'Etat : 80 .960 francs , et la contribution de la colonie
aux dépenses civiles et militaires et aux charges générales de
l'État : 75.050 francs.
Pour réparer en partie les dégâts commis par le cyclone du
7 août, le Conseil général a sollicité du Département un emprunt
de 3 millions sans intérêt, remboursable dans les mêmes condi
tions que celui accordé à la Martinique dans des circonstances
analogues .
L'assemblée a enfin adopté un væu relatif à certains travaux
d 'intérêt public .
« Le Conseil général de la Guadeloupe et dépendances,
« Considérant la nécessité de la construction d 'un chemin de
fer à la Guadeloupe , la construction d 'un bassin de radoub, le
rapatriement des immigrants indiens qui demandent à rentrer
dans leur foyer ;
« Considérant les avantages matériels qu'il y aurait à tirer de
ces constructions pour la colonie ;
« Émet le væu que l'Administration fasse les démarches
nécessaires pour obtenir un emprunt de 11 millions, destiné à
répondre aux nécessités indiquées ci-dessus.
Budget . — Le gouverneur u 'a pas cru devoir établir le budget
pour l'année 1900 ,tel que l'avait voté le Conseil général.Celui-ci,
suivant l'arrêté du 21 décembre, avait évalué les recettes du droit
de sortie sur les sucres et du droit de consommation sur les spi
ritueux à une somme supérieure au rendement probable ; il y
avait donc lieu de réduire les prévisions de ces recettes et les
crédits dans les mêmes proportions ; en outre les dépenses obli
358 L 'ANNÉE COLONIALE
gatoires diminuées par le Conseil général, devait reprendre leur
ancien taux ( J . 0 . G ., 26 décembre ).
Le budget, rendu provisoirement exécutoire , est arrêté à la
somme de 4 . 968.324 fr . 50 en recettes et en dépenses.
Le gouverneur a rendu , à la même date , un arrêté rendant
exécutoire le tarif des taxes locales pour 1900 , auxquelles il n 'est
pas apporté de modifications.
Emprunt. — Le Conseil général, dans ses séances des 2 juillet
et 17 décembre 1898, avait voté un emprunt de 1. 200.000 francs,
destiné à l'acquittementdes dettes de la colonie et adopté le pro
jet de contratproposé par la Société du Crédit Algérien . Un décret
du 17 mars autorise la colonie à contracter cet emprunt. D 'après
la convention passée avec le Crédit Algérien , cette dernière
Société s 'engage à verser au Trésor, à Paris , 1 .200.000 francs contre
remise des titres 3 1/2 0 /0 ; les titres seront au nombre de 2.492,
remboursables en vingt-cinq ans et produisant chacun & fr. 75
d 'intérêt. A partir de 1907, la colonie aura le droit d'appeler
au remboursement la totalité des obligations restant en circu
lation .
Le montant des sommes nécessaires à assurer semestrielle
ment le payement à Paris des intérêts et du capital des obliga
tions sera prélevé de condition expresse, par préférence à la
colonie et à tous autres, sur le produit des douanes tant à l'entrée
qu 'à la sortie .
Les prélèvements seront faits par le service desdouanes etcelui
des finances avant toute remise de fonds à la colonie , et le
montant en sera adressé directement par le service des finances
au Trésor à Paris (Bulletin officiel de la Guadeloupe , juin 1899.)
Instruction publique. — Le lycée de la Pointe- à -Pitre com
prend 255 élèves. Son budget, pour l'année 1900, s'élève , en
recettes et en dépenses, à la somme de 311.208 francs. Dans cette
somme, se trouve comprise une subvention coloniale de
201. 358 francs.
Un arrêté du 25 mai (J . 0 . G ., 2 juin ) a réuni les cours normaux
de la Pointe - à -Pitre et de la Basse- Terre en un seul coursnormal,
qui sera annexé au lycée Carnot à partir de l'année sco
laire 1899-1900. Ce cours normal a pourbut spécial la préparation ,
au brevet supérieur. La durée des études est de deux ans. Tous
les élèves-maîtres sont tenus de se présenter au brevet supérieur
à la fin de la deuxième année. Le nombre des élèves-maîtres à
admettre annuellement est de huit.
GUADELOUPE ET DÉPENDANCES 359

Au ſer janvier 1900, le personnel de l'enseignement primaire


se compose de : 1 inspecteur primaire .

137 instituteurs enseignant dans 53 écoles avec 6 . 092 élèves


88 institutrices congr. enseignant dans 27 3 . 775
26 - laïques - 21 1 .053

248 institut., institutr. enseignant dans 101 - 10.920 -

Il y a , en outre, 37 instituteurs suppléants , 1