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Désobéir à la loi peut-il être légitime 

?
Intro :
Les lois sont des règles établies conventionnellement en vue de réguler la coexistence
des individus. Elles ont pour fin le bien de la communauté. Si l’on met en place le droit,
ensemble de lois, c’est parce que de fait, les hommes ne peuvent spontanément s’entendre.
Bien que les hommes aient du mal à vivre ensemble, ils ont cependant besoin les uns des
autres. Or, si les lois sont à l’origine de nos libertés, il semble alors paradoxal que certaines
de nos libertés soient entravées par une loi injuste. A première vue donc, dès lors qu’il y a
des lois, il apparaît nécessaire de les respecter pour le bien de tous et de les appliquer. En
effet, dans la vie en société, la loi est faite pour règlementer ce que nous pouvons faire ou
non, sans entraver la liberté des autres. Cependant, la réalité prouve que certaines lois sont
préjudiciables, voir abusives. De plus, l’individu peut se trouver menacé dans sa dignité ou
ses libertés fondamentales. Ces éléments rendent alors la réflexion plus complexe : si à
première vue, la loi semble garantir notre liberté individuelle, il semble également qu’elle
puisse les entraver.
Nous nous demanderons donc si obéir à la loi est la règle absolue ou si bien au
contraire désobéir à la loi peut s’avérer légitime dans certaines circonstances.
Pour répondre à cela, nous verrons, dans un premier temps, qu’il est nécessaire
d’obéir à la loi, car elle est garante de nos libertés. Cependant, il est légitime de s’opposer à
la loi, quand celle-ci est jugée trop préjudiciable ou abusive. Nous verrons dans un deuxième
temps, qu’obéir à une loi aboutit à un sentiment de frustration, d’injustice et donc d’une
envie de rébellion, ce qui va à l’encontre des principes d’une vie en société. Cela est
problématique car tout individu restreint dans ses libertés individuelles, peut toujours
remettre en cause la loi, sous principe qu’il la juge personnellement injuste. Nous verrons
alors dans une troisième partie que, pour déterminer si nous devons obéir à la loi, il faut
savoir reconnaître ce qui est une « bonne loi » de ce qui en est une « injuste », et ainsi
déterminer s’il est légitime d’y désobéir.

Nous allons voir que si le droit a établi des lois, c’est qu’il est nécessaire de les
respecter. Car la loi permet de maintenir l’ordre, de garantir nos droits et libertés tant
individuelles que collectives.
La loi permet de fixer les limites de ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire,
sans porter préjudice aux autres, ainsi que les sanctions appliquées en cas de non-respect.
La société a mis en place des sanctions pour toute entrave à la loi, pour éviter toute mise en
danger des autres et de notre propre personne. Elles peuvent être morales, juridiques ou
encore pénales. Le respect des règles et des lois est donc la norme de vigueur, et nous les
appliquons, car nous avons peur des sanctions. Tout individu qui commet un délit, par
exemple, un vol, est soumis d’abord à son examen de conscience, et est susceptible d’être
puni, s’il est pris en train de commettre cet acte. Mais pourquoi la restriction de nos actes
est-elle nécessaire à la vie en société ? A quoi sert la loi ? Ces raisons nous permettront
d’affirmer que d’établir des lois permet l’application du « bien vivre ensemble ».
Tout d’abord, cela repose sur la définition même de la loi, c’est-à-dire, une règle
établie en vue de réguler la coexistence des individus. Elles sont nécessaires à la vie en
société, pour le bien de tous, il convient donc de les respecter. L’homme va donc faire en
sorte de se conforter le plus possible à la loi, il va en trouver une satisfaction morale et
ressentir un bien-être. En effet, obéir est un principe éducatif auquel il est habitué. Pour
pouvoir vivre ensemble, un peuple doit se donner à lui-même les lois auxquelles il acceptera
de se soumettre. C’est ce qu’explique Rousseau dans son « contrat social », lorsqu’il
déclare que les individus s’unissent en mettant en commun leur force et leur volonté, de
sorte à ce que « la volonté générale du peuple décide des lois nécessaires au bien
commun, dont les individus seront tout à la fois, alors les auteurs et les sujets ». Si chacun
fait ce que bon lui semble, quand bon lui semble, il apparaît effectivement difficile de ne pas
entraver la liberté d’autrui. Donc il est nécessaire d’imposer des règles et des lois, afin que
chacun puisse vivre en harmonie dans la société. Pour autant, faut-il obéir aveuglement à la
loi ?
Cependant, obéir à une loi établie par une autorité que l’on juge légitime, ne peut
se concevoir que si l’individu a l’ultime conviction qu’elle est juste. En effet, l’homme s’en
remet à l’autorité de manière naturelle et en toute confiance, dès lors que cette autorité
émane de son supérieur ou de celui qu’elle identifie comme leader. C’est ce que
l’expérience psychologique de Stanley Milgram a prouvé. Son objectif était de mesurer le
degré d’obéissance d’une personne face à une autorité estimée comme légitime. Il a
évalué le niveau d’obéissance d’une personne quand on lui demande de commettre un
acte qui lui semble moralement condamnable. Cela prouve qu’une personne, placée sous
l’autorité d’une autre, établissant la loi à laquelle elle doit se soumettre, peut choisir d’obéir
aveuglement ou au contraire légitimer sa désobéissance à cette dernière. De plus, si la
personne qui détient l’autorité a un statut reconnu, comme dans l’exemple de Milgram, un
scientifique, cette dernière exerce alors plus facilement son autorité sur les autres qui
légitiment ses décisions.
Obéir à la loi permet donc d’être libre parce que l’on est assuré que nos droits sont
préservés. Nous sommes responsables de nos actes, et nous acceptons qu’il puisse y avoir
des sanctions, si nous enfreignons la loi. Cependant cette façon de penser n’est-elle
valable, que si nous n’avons pas le sentiment qu’elle est injuste ou qu’elle va à l’encontre
de nos libertés fondamentales ? Nous allons donc voir que désobéir à la loi peut s’avérer
nécessaire dans certaines situations, et que nous avons alors, le devoir légitime de nous
dresser contre elle.

Dans certaines circonstances, la désobéissance peut s’avérer nécessaire, car quand


la loi semble injuste, préjudiciable, abusive, voire impossible à appliquer, il est de notre
devoir de nous opposer à elle.
Dans sa conscience, l’homme s’il se sent menacé par la loi, soit dans sa dignité ou
dans ses valeurs morales, il est naturel qu’il refuse de l’appliquer.
Selon l’article.2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « le but de toute
association politique est la conservation des droits naturels. Ces droits sont la liberté, la
propriété, la sûreté ». L’homme possède donc des droits qu’il peut revendiquer s’il trouve
certaines lois injustes pour sa personne. Prenons l’exemple d’Antigone, qui va décider de
désobéir à son oncle le roi Créon qui représente le droit positif, il punit lorsque les personnes
sont dans l’illégalité. Selon lui, « le représentant de la loi », décide de ce qui est juste ou non
et de ce qui peut être fait ou ne pas être fait ». Antigone représente le droit naturel, c’est un
droit universel qui ferait partie de la nature humaine, il est légitime, il représente un idéal de
justice. Elle possède une vision instinctive du juste et de l’injuste, elle va donc désobéir aux
lois de son oncle, en revendiquant ses droits naturels. Mais peut-on désobéir aux lois
impunément ? Quand cette désobéissance devient-elle légitime ? Ces raisons nous
permettront d’affirmer que dans certaines circonstances, désobéir à la loi permet
l’application de nos libertés.
Tout d’abord, si une loi est injuste, car elle sert des intérêts particuliers, alors il est
nécessaire de la combattre. Ce qui affirme que lorsque l’on respecte une loi injuste, on
participe à l’injustice, donc il est mieux d’y désobéir. C’est ce que Thoreau, considéré
comme le « père » de la « Désobéissance civile », en refusant de payer ses impôts, explique :
« Si la machine gouvernementale veut faire de nous l’instrument de l’injustice, alors je vous
le dis, enfreignez la loi ». Donc, il est envisageable de désobéir à la loi lorsqu’elle entrave nos
libertés. Le but de la désobéissance civile est de faire changer la loi de manière non-violente,
elle est consciente et intentionnelle, relève d’un acte public et est accompli par l’intérêt
général.
Cependant, comme dans l’objection de conscience, cette désobéissance en dernier
recours, sera guidée par l’intime conviction de ce qui est juste ou injuste. La loi est une
contrainte qui permet d’être garante de nos libertés, mais elle ne doit pas être là pour
nous faire souffrir. En effet, si les lois sont mises en place, c’est dans le but de l’intérêt
commun, pour nous faciliter la vie et nous permettre de vivre plus aisément ensemble en
société. C’est ce que Rousseau explique quand il parle de sentiment naturel qui peut être
définit par l’amour de soi, la compassion, l’empathie, lorsqu’il nous dit : « quand une
souffrance n’est pas juste, il naît un sentiment d’injustice ». Donc, il exprime ici le fait que la
notion d’injustice se détermine en fonction de nos convictions et relève de notre jugement
propre.
Désobéir à la loi permet donc de ne pas subir une injustice lorsque la loi menace
notre dignité ou nos libertés fondamentales. La désobéissance est cependant le dernier
recours guidé par l’intime conviction que désobéir à la loi est ce qui est juste, mais alors
est-ce à la loi de décider ce qui est juste ?

Pour déterminer si nous devons obéir à la loi, il faut savoir reconnaître ce qui est
une « bonne loi » de ce qui en est une « mauvaise ».
La loi est temporelle, elle est amenée à évoluer au fil du temps, et parfois elle
devient caduque, puisque les moeurs, les sociétés évoluent, et avec eux, le droit. Le
législateur a donc ce pouvoir de supprimer ou de faire évoluer une loi en fonction des
évènements, des décisions de justice. Ainsi, en est-il du droit des femmes après le procès
Bobigny en 1972 : la loi qui interdisait l’avortement est devenue obsolète en 1975 avec la loi
Veil légalisant l’avortement. Auparavant, les femmes n’avaient pas de droit de disposer
d’elles-mêmes, elles étaient soumises à l’autorité des hommes, et considérées comme des
criminelles lorsqu’elles interrompaient leurs grossesses. Mais cependant, tous les pays
n’appliquent pas de la même façon les lois, et ne les font pas toutes évoluer de la même
manière. Nous en avons un parfait exemple avec l’Argentine, qui vient seulement de
légaliser l’avortement, 45 ans après la France. Donc, le fait qu’une même loi ne s’impose pas
partout de la même manière, implique t’il que le droit soit le même pour tous ?
Tout d’abord dans les textes, la loi s’applique d’autorité à tous, de la même
manière, sans distinction sociale ou raciale. La loi aurait donc une universalité. En effet, le
principe d’égalité est universel dans tous les pays démocratiques qui suivent la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme. Mais dans la réalité, beaucoup de pays n’appliquent pas
les lois de la même manière. Ainsi aux Etats-Unis, pendant de nombreuses décennies, les
« noirs » n’avaient pas les mêmes droits que les « blancs ». De par le monde, les voix se sont
de tout temps élevés pour faire évoluer le droit, nous pouvons citer l’exemple de Martin
Luther King, un pasteur qui a milité de manière pacifique pour le mouvement des droits
civiques des noirs-américains aux Etats-Unis et a largement contribué à faire valoir leur
égalité. De nos jours, même si les mentalités ont évolué et le droit reconnu aux différentes
ethnies, dans l’application, il subsiste encore des différences. Ainsi, des lois viennent
renforcer d’autres lois pour garantir cette impartialité de la justice. Donc, c’est à la loi de
décider si elle est « bonne » ou « mauvaise » et d’apporter les modifications nécessaires.
Cependant, ce n’est pas toujours à la loi de déterminer si elle est « bonne ou
mauvaise », car l’exigence de justice peut entraîner des révoltes contre les lois jugées
injustes de la part de ceux qui les subissent. En effet, la résistance à l’oppression est le
dernier des quatre droits naturels et imprescriptibles garantis par la Déclaration des droits
de l’homme et du citoyen de 1789. Les manifestions syndicales sont en effet, un exemple de
réaction de défense des administrés contre les excès commis par leurs représentants et en
général une défense contre la tyrannie. C’est ce que Arendt explique lorsqu’elle dit que dans
les situations dans lesquelles la vie et la dignité humaine sont en jeu, il y a nécessité de
violence afin de retrouver des conditions de vie digne. Cela traduit le fait que lors des
manifestations des « gilets jaunes » par exemple, il y ait eu des violences urbaines, des
destructions de vitrines, des destructions de mobiliers urbains ou de voitures… La révolte et
la violence ne sont donc pas toujours condamnables, car elles sont aussi la revendication
d’une justice plus « juste ».

Pour conclure, nous pouvons donc affirmer que si le droit a établi des lois, c’est
qu’il est nécessaire de les respecter. En effet, la loi permet de maintenir l’ordre, de garantir
nos droits et libertés tant individuelles que collectives et de « bien vivre ensemble ».
Cependant dans certaines circonstances, quand la loi semble injuste, préjudiciable,
abusive, voire impossible à appliquer, la désobéissance s’impose, car, il est de notre devoir
de lutter contre une loi qui atteint notre dignité ou nos libertés fondamentales. Mais alors
comment déterminer qu’une loi est bonne ou mauvaise pour nous ?
L’homme et la société ont besoin de la loi pour le bien de tous, et même si elle est
contraignante, elle doit rester la règle applicable par tous. La société évolue avec la loi,
celle-ci fait l’objet d’une attention particulière, elle peut être remise en cause, amandée ou
supprimée. En somme, désobéir à la loi est légitime si elle nous porte atteinte à nos droits
naturels et imprescriptibles.