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LES OUTILS DU PIA

CONSACRÉS
À LA VALORISATION
DE LA RECHERCHE
PUBLIQUE
Une forte ambition stratégique,
des réalisations en retrait

Rapport public thématique


Les outils du programme d’investissements d’avenir (PIA) consacrés à la valorisation de la recherche publique - mars 2018
Cour des comptes - www.ccomptes.fr - @Courdescomptes
Sommaire

Délibéré ...........................................................................................................7
Introduction....................................................................................................9
Chapitre I La création de nouvelles structures de valorisation, un
pari risqué du PIA .......................................................................................13
I - Des ambitions fortes autour d’une stratégie de rupture .............................14
A - Le constat des pouvoirs publics : une valorisation de la recherche qui
ne progresse pas.....................................................................................................14
B - Le choix de créer des structures nouvelles pour pallier les retards et les
insuffisances antérieures ........................................................................................19
II - Des handicaps initiaux difficiles à surmonter ..........................................27
A - Les implications de l’existence d’un écosystème antérieur largement
sous-estimées .........................................................................................................28
B - Des injonctions contradictoires entre les ambitions d’excellence et les
préoccupations de maillage territorial ....................................................................30
C - Les difficultés de définition et de mise en place d’un pilotage efficace ...........32
Chapitre II Des résultats inégaux et, jusqu’ici, décevants .......................41
I - Les premières réalisations contrastées et en retrait des nouvelles
structures de valorisation du PIA ...................................................................41
A - Les SATT : des résultats inégaux et en deçà des prévisions ...........................41
B - Un bilan contrasté entre IRT............................................................................45
C - Des doutes sérieux sur la viabilité des CVT ....................................................49
D - Le rôle du PIA difficile à apprécier dans l’évolution de la position
française ................................................................................................................51
II - Une insertion trop partielle de ces nouvelles structures dans
l’écosystème de la valorisation ......................................................................57
A - Une concentration largement inachevée des services de valorisation ..............59
B - Les difficultés liées à la création de structures nouvelles : des enjeux
juridiques mal mesurés ..........................................................................................65
III - La soutenabilité incertaine de leur modèle économique .........................69
A - Des résultats financiers et une performance économique qui restent
négatifs ..................................................................................................................69
Chapitre III Resserrer le périmètre des outils du PIA, améliorer
les conditions de la valorisation de la recherche publique........................75
I - Rationaliser le dispositif des structures de valorisation du PIA et
redéfinir leur modèle ......................................................................................76
A - Tirer sans tarder les conséquences du développement inégal des SATT .........78

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4 COUR DES COMPTES

B - Des paris risqués concernant le modèle économique des structures ...............87


C - Resserrer le dispositif des IRT autour d’un modèle économique viable .........89
D - Les CVT, des dispositifs à supprimer ..............................................................93
E - France Brevets : un modèle à redéfinir ............................................................94
F - Introduire des indicateurs d’impact socio-économiques pour évaluer les
dispositifs ..............................................................................................................95
II - Lever certains freins à la valorisation pour optimiser l’efficacité
des outils du PIA ............................................................................................97
A - Fluidifier les relations entre la recherche publique et les entreprises en
matière de propriété intellectuelle..........................................................................98
B - Renforcer les incitations à la mobilité des chercheurs et à leur
investissement dans la valorisation ......................................................................101
Conclusion générale ...................................................................................109
Recommandations ......................................................................................113
Glossaire et lexique ....................................................................................115
Annexes .......................................................................................................119
Réponses des administrations et des organismes concernés ...................183

Les outils du programme d’investissements d’avenir (PIA) consacrés à la valorisation de la recherche publique - mars 2018
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Les rapports publics de la Cour des comptes

- Élaboration et publication -

La Cour des comptes publie, chaque année, un rapport public annuel et


des rapports publics thématiques.
Le présent rapport est un rapport public thématique.
Les rapports publics de la Cour s’appuient sur les contrôles et les
enquêtes conduits par la Cour des comptes ou les chambres régionales des
comptes et, pour certains, conjointement entre la Cour et les chambres
régionales ou entre les chambres. En tant que de besoin, il est fait appel au
concours d’experts extérieurs, et des consultations et des auditions sont
organisées pour bénéficier d’éclairages larges et variés.
Au sein de la Cour, ces travaux et leurs suites, notamment la préparation
des projets de texte destinés à un rapport public, sont réalisés par l’une des six
chambres que comprend la Cour ou par une formation associant plusieurs
chambres.
Trois principes fondamentaux gouvernent l’organisation et l’activité de
la Cour des comptes, ainsi que des chambres régionales et territoriales des
comptes, et donc aussi bien l’exécution de leurs contrôles et enquêtes que
l’élaboration des rapports publics : l’indépendance, la contradiction et la
collégialité.
L’indépendance institutionnelle des juridictions financières et
statutaire de leurs membres garantit que les contrôles effectués et les
conclusions tirées le sont en toute liberté d’appréciation.
La contradiction implique que toutes les constatations et appréciations
ressortant d’un contrôle ou d’une enquête, de même que toutes les observations
et recommandations formulées ensuite, sont systématiquement soumises aux
responsables des administrations ou organismes concernés ; elles ne peuvent
être rendues définitives qu’après prise en compte des réponses reçues et, s’il y
a lieu, après audition des responsables concernés.
La publication d’un rapport public est nécessairement précédée par la
communication du projet de texte que la Cour se propose de publier aux
ministres et aux responsables des organismes concernés, ainsi qu’aux autres
personnes morales ou physiques directement intéressées. Dans le rapport
publié, leurs réponses accompagnent toujours le texte de la Cour.
La collégialité intervient pour conclure les principales étapes des
procédures de contrôle et de publication.

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6 COUR DES COMPTES

Tout contrôle ou enquête est confié à un ou plusieurs rapporteurs. Leur


rapport d’instruction, comme leurs projets ultérieurs d’observations et de
recommandations, provisoires et définitives, sont examinés et délibérés de
façon collégiale, par une chambre ou une autre formation comprenant au moins
trois magistrats, dont l’un assure le rôle de contre-rapporteur, chargé
notamment de veiller à la qualité des contrôles. Il en va de même pour les
projets de rapports publics.
Le contenu des projets de rapport public est défini, et leur élaboration
est suivie, par le comité du rapport public et des programmes, constitué du
Premier président, du Procureur général et des présidents de chambre de la
Cour, dont l’un exerce la fonction de rapporteur général.
Enfin, les projets de rapport public sont soumis, pour adoption, à la
chambre du conseil où siègent en formation plénière ou ordinaire, sous la
présidence du Premier président et en présence du Procureur général, les
présidents de chambre de la Cour, les conseillers maîtres et les conseillers
maîtres en service extraordinaire.
Ne prennent pas part aux délibérations des formations collégiales,
quelles qu’elles soient, les magistrats tenus de s’abstenir en raison des
fonctions qu’ils exercent ou ont exercées, ou pour tout autre motif
déontologique.
*
Les rapports publics de la Cour des comptes sont accessibles en ligne
sur le site internet de la Cour des comptes et des chambres régionales et
territoriales des comptes : www.ccomptes.fr
Ils sont diffusés par La Documentation Française.

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Délibéré
La Cour des comptes, délibérant en chambre du conseil en
formation ordinaire, a adopté le présent rapport intitulé Les outils du
programme d’investissements d’avenir (PIA) consacrés à la valorisation de
la recherche publique, une forte ambition stratégique, des réalisations en
retrait.
Le rapport a été arrêté au vu du projet communiqué au préalable aux
administrations et organismes concernés et des réponses adressées en
retour à la Cour.
Les réponses sont publiées à la suite du rapport. Elles engagent la
seule responsabilité de leur auteur.
Ont participé au délibéré : M. Migaud, Premier président,
MM. Briet, Vachia, Paul, Duchadeuil, Mme Moati, M. Morin, Mme de
Kersauson, présidents de chambre, M. Durrleman, Mme Ratte, M. Piolé,
présidents de chambre maintenus en activité, Mme Françoise Saliou,
MM. Barbé, Charpy, Maistre, Martin, Mme Trupin, MM. de Gaulle,
Uguen, Guédon, Ory-Lavollée, Mousson, Aulin, Basset, Fulachier,
Soubeyran, Allain, Fialon, Bouvard, Mme Lemmet-Severino, M. Vallet,
conseillers maîtres, M. Blanchard-Dignac, Mme Revel, M. Corbin de
Mangoux, conseillers maîtres en service extraordinaire.
Ont été entendus :
- en sa présentation, Mme Moati, présidente de la formation chargée des
travaux sur lesquels le rapport est fondé et de la préparation du projet
de rapport ;
- en son rapport, M. Paul, rapporteur général, rapporteur du projet
devant la chambre du conseil, assisté de M. Clément, rapporteur
général de la formation, Mme Julien-Hiebel, conseillère référendaire
et de M. Renucci, rapporteur extérieur, rapporteurs devant la
formation chargée de le préparer ;
- en ses conclusions, sans avoir pris part au délibéré, M. Johanet,
Procureur général, accompagné de M. Guérin, avocat général.

Mme Berbach, secrétaire générale adjointe, assurait le secrétariat de


la chambre du conseil.

Fait à la Cour, le 20 mars 2018.

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8 COUR DES COMPTES

Le projet de rapport soumis à la chambre du conseil a été préparé,


puis délibéré le 19 décembre 2017, par la formation interchambres,
présidée par Mme Moati, présidente de chambre, et composée de
MM. Ory-Lavollée, Delaporte, Tersen, conseillers maîtres, Mme Revel,
conseillère maître en service extraordinaire, ainsi que, en tant que
rapporteurs, M. Clément, conseiller maître, rapporteur général de la
formation interchambres, Mme Julien-Hiebel, conseillère référendaire,
Mme Iline, auditrice, MM. Pellé, Renucci, rapporteurs extérieurs et
Mme Cornu, vérificatrice, et, en tant que contre-rapporteure,
Mme Monique Saliou, présidente de section, conseillère maître.
Le projet de rapport a été examiné et approuvé, le 31 janvier 2018,
par le comité du rapport public et des programmes de la Cour des comptes,
composé de M. Migaud, Premier président, MM. Briet, Vachia, Paul,
rapporteur général du comité, Duchadeuil, Mme Moati, M. Morin,
Mme de Kersauson, présidents de chambre, et M. Johanet, Procureur
général, entendu en ses avis.

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Introduction

Dans son rapport de novembre 2009 intitulé « Investir pour


l’avenir : priorités stratégiques d’investissement et emprunt national », la
commission présidée par MM. Alain Juppé et Michel Rocard soulignait
l’importance des investissements en matière de recherche et de formation
pour développer l’innovation et « engager la transition vers un modèle de
développement plus durable ». Le rapport précisait toutefois, eu égard à la
place moyenne de la France dans les classements et indicateurs
internationaux en termes d’impact économique de ses travaux de
recherche, que « miser sur la recherche ne suffit pas. Il faut aussi savoir en
valoriser les résultats et développer une recherche orientée vers le
développement industriel ».
Dans un contexte de développement de l’innovation ouverte (open
innovation1), la mise en concurrence des organismes de recherche se trouve
fortement accrue, de même que la possibilité pour les entreprises de se
tourner vers les écosystèmes les plus favorables aux coopérations avec les
laboratoires. L’enjeu d’une valorisation efficace pour attirer et conserver
des entreprises innovantes devient donc crucial.

La valorisation de la recherche publique


La valorisation désigne la façon dont les connaissances produites par
la recherche publique sont utilisées par les entreprises – ou les chercheurs
eux-mêmes – afin de produire de la valeur économique et sociale. Le présent
rapport distingue, pour la clarté de l’exposé, trois modalités de valorisation
de la recherche publique, même si, en pratique, celles-ci sont souvent
interpénétrées et complémentaires :

1 Le terme « open innovation », apparu en 2003 dans un livre publié par Henry
Chesbrough, désigne des pratiques de l’innovation s’appuyant délibérément sur
l’extérieur de l’entreprise, pour en améliorer l’efficacité ou pour mieux valoriser les
efforts d’innovation fournis en interne.

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10 COUR DES COMPTES

- la recherche partenariale entre laboratoires publics et entreprises, qui est


la modalité la plus répandue de valorisation des résultats de la recherche
publique. Elle mobilise ainsi les financements les plus importants, tant en
terme de soutien public que de financement privé de la dépense de
recherche. Elle prend trois formes principales, selon le niveau d’intensité
ou d’intégration du partenariat, qui peut s’inscrire dans une relation de
plus ou moins long terme et inclure un nombre plus ou moins grand de
partenaires : les contrats de recherche signés par les laboratoires publics
avec des entreprises ; les consortiums publics/privés engagés dans des
collaborations souvent financées par des appels à projets compétitifs ; la
constitution de laboratoires de recherche mixtes publics/privés cofinancés
par des fonds publics académiques et des entreprises ;
- le transfert de technologie, qui recouvre l’exploitation commerciale par
les entreprises, sous forme de contrat de licence ou de création
d’entreprise, de la propriété intellectuelle ou du savoir-faire développés
par les laboratoires de recherche. Il existe d’autres modes de valorisation
de la recherche, tels que les normes et les standards, qui sont de plus en
plus utilisés mais qui ne sont pas traités en détails dans le cadre du présent
rapport2 ;
- la mobilité des chercheurs entre les secteurs public et privé et les autres
types de liens que peuvent entretenir la sphère de la recherche publique et
la sphère privée.

À la suite du rapport de 2009, les pouvoirs publics ont élaboré un


programme d’investissements d’avenir (PIA). Dans le cadre de ce
programme (PIA1), de nouveaux dispositifs destinés à améliorer la
valorisation de la recherche publique ont été créés : les sociétés
d’accélération du transfert de technologies (SATT), les consortiums de
valorisation thématique (CVT), les instituts de recherche technologique
(IRT)3, les instituts hospitalo-universitaires (IHU), les instituts pour la
transition énergétique (ITE) et France Brevets.

2 Voir annexe n° 11.


3 L’objectif des IRT ne se limite pas à la valorisation de la recherche publique. Leur
mission principale est de réaliser de la recherche technologique en réponse aux besoins
industriels dans une logique de structuration inter ou intra-filières (voir infra).

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INTRODUCTION 11

Schéma n° 1 : les nouveaux outils de valorisation du PIA

Source : Cour des comptes sur la base de données CGI

Outre la création de nouvelles structures, le programme


d’investissements d’avenir a mis en place des financements massifs et de
nouvelles règles d’organisation. Les nouveaux outils de valorisation du
PIA ont été dotés, sur dix ans, d’une enveloppe de dotations consommables
et non consommables4 de 5,4 Md€, correspondant à des ressources de près
de 3 Md€ à fin 20165.
Les crédits du PIA 1 n’ont été, jusqu’à présent, que partiellement
décaissés (1,4 Md€ à fin juin 2017), en raison d’une surestimation initiale
des besoins et des difficultés de montée en charge. Le PIA 3, qui constitue
désormais un axe du grand plan d’investissement annoncé par le Premier

4 Les dotations non consommables, dont la gestion a été confiée exclusivement à


l’ANR, sont bloquées sur des comptes spécifiques du Trésor et ne peuvent faire l’objet
de décaissements. Seuls les intérêts produits par ces dotations sont directement
utilisables pour financer les projets.
5 Cela représente la somme des dotations consommables et des intérêts des dotations

non consommables à fin 2016.

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12 COUR DES COMPTES

ministre le 25 septembre 2017, prévoit la poursuite du financement de


certaines de ces nouvelles structures de valorisation6.
L’objet dans ce contexte, du présent rapport est de dresser un
premier bilan de leur fonctionnement, afin d’analyser leur efficacité par
rapport aux moyens qui leur sont consacrés, ainsi que leur capacité à
améliorer le continuum recherche-innovation. Il reprend, en les appliquant
à la thématique de la valorisation, certaines des appréciations que la Cour
avait portées, plus largement, sur la gestion et la gouvernance du PIA, dans
un rapport public thématique en date de décembre 20157.

Méthodologie de l’enquête
Le bilan des actions du PIA consacrées à la valorisation de la
recherche publique, établi par la Cour, a reposé sur les contrôles des
organismes suivants : la SATT Conectus Alsace, la SATT Lutech, la SATT
Toulouse Tech Transfer, l’IRT BioAster, l’IRT Jules Verne, l’Institut
Pasteur, France Brevets, les pôles de compétitivité, la recherche civile du
CEA, l’Institut français de pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN),
Bpifrance. Des entretiens, accompagnés de questionnaires, ont, par ailleurs,
été conduits au sein de différentes entités jouant un rôle dans la valorisation
ou participant à leur suivi et leur évaluation (CNRS, Inserm, CVT, ANRT,
ANR, CGI8, ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de
l’innovation), ainsi qu’auprès des parties prenantes (entreprises). L’équipe
des rapporteurs de la Cour a mené plus d’une centaine d’entretiens, dont la
liste figure en annexe.

Le rapport commence par analyser de quelle manière les nouvelles


structures de valorisation issues du PIA se sont mises en place (chapitre I).
Il présente ensuite les résultats obtenus à ce stade (chapitre II) et propose
enfin des pistes d’évolution (chapitre III).

6 Le PIA 3 s’élève à 10 Md€, ouverts seulement en autorisations d’engagement en 2017.


Les crédits de paiement seront ouverts progressivement : 1,1 Md€ en 2018, 1,1 Md€ en
2019 et 1,9 Md€ en 2020.
7 Cour des comptes, Rapport public thématique : Le programme des investissements

d’avenir, une démarche exceptionnelle, des dérives à corriger. La Documentation


française, décembre 2015, 187 p., disponible sur www.ccomptes.fr
8 Le secrétaire général pour l’investissement (SGI) a remplacé le commissaire général

à l’investissement (CGI) à compter du 20 décembre 2017 (décret n° 2017-1706 du


18 décembre 2017). Dans la mesure où le présent rapport porte, pour l’essentiel, sur la
période précédente, le terme de CGI y est conservé.

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Chapitre I

La création de nouvelles structures

de valorisation, un pari risqué du PIA

Pour pallier les retards persistants en matière de valorisation de la


recherche publique française, les pouvoirs publics ont fait le choix, dans le
cadre du programme d’investissements d’avenir (PIA 1), de créer ex nihilo
des structures nouvelles, au lieu de s’appuyer sur des structures existantes
ayant fait la preuve de leur efficacité et de renforcer leur action. Les
ambitions fortes assignées à ces nouveaux outils, à savoir créer des pôles
de valorisation d’excellence à travers la mise en place d’outils innovants
présentés comme une rupture avec les pratiques antérieures, se sont, dès le
départ, heurtées à un certain nombre de handicaps qui s’avèreront difficiles
à surmonter. En particulier, les difficultés d’articulation entre ces nouvelles
structures et l’écosystème existant de la valorisation, fruit des diverses
initiatives publiques antérieures au PIA9, ont été largement sous-estimées
par le commissariat général à l’investissement (CGI).

9 Ces initiatives publiques sont décrites à l’annexe n° 11.

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14 COUR DES COMPTES

I - Des ambitions fortes


autour d’une stratégie de rupture

A - Le constat des pouvoirs publics :


une valorisation de la recherche qui ne progresse pas
La réflexion des pouvoirs publics s’est appuyée sur le triple constat
d’une performance insuffisante de la France dans le domaine de la
valorisation, d’un éparpillement inefficient des structures et de l’existence
« d’angles morts » auxquels il fallait remédier.

1 - Une stagnation persistante face aux pays comparables

L’un des premiers objectifs des actions du PIA en faveur de la


valorisation de la recherche était d’améliorer les performances de la France
dans ce domaine, y compris au regard des classements et indicateurs
internationaux.
En effet, le constat établi, en janvier 2007, dans un rapport conjoint
de deux inspections générales10, était qu’en dépit des mesures prises depuis
la loi sur l’innovation et la recherche de 1999, la valorisation de la
recherche ne progressait pas en France depuis quinze ans, cette stagnation
concernant les multiples formes de la valorisation de la recherche
(recherche en partenariat entre laboratoires publics et entreprises,
valorisation de la propriété intellectuelle, mobilité des chercheurs entre les
secteurs publics et privés).
Le rapport soulignait, par ailleurs, que les progrès accomplis depuis
1999 dans le sens d’une meilleure sensibilisation des organismes et des
chercheurs aux opportunités offertes par le développement de
collaborations plus étroites avec les entreprises se révélaient insuffisants à
l’aune des comparaisons internationales. Il constatait un retard de la
majorité des établissements français par rapport à leurs équivalents
étrangers les plus avancés dans le domaine de la valorisation.
C’est l’ensemble de ces constats qui ont motivé la recommandation,
formulée dans le rapport « Investir pour l’avenir » de la commission
présidée par MM. Juppé et Rocard en 2009, d’accroître les moyens

10 Rapport sur la valorisation de la recherche, inspection générale des finances et


inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche,
Janvier 2007.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 15

permettant de protéger et valoriser les résultats de la recherche publique, et


de favoriser la recherche partenariale dans un cadre européen.

La grappe de brevets « CMS OGU » de l’INRA : un exemple de


valorisation réussie des résultats de la recherche partenariale
La grappe de brevets « CMS OGU » de l’INRA protège des
technologies permettant la production d’hybrides de colza. L’invention à
l’origine des titres de propriété industrielle sur ces technologies est le
produit d’une collaboration de recherche à long terme, débutée en 1974,
entre l’INRA et un partenaire industriel, puis un ensemble de partenaires
socioéconomiques (le GIE Colza, regroupant les principaux semenciers
français). Cette grappe illustre la forte rentabilité que peut parfois revêtir,
pour un organisme de recherche, un ensemble de titres de propriété
industrielle s’intégrant à la production d’un bien dont la demande est élevée.
CMS OGU représentait ainsi plusieurs millions d’euros de recettes
annuelles pour le budget de l’INRA entre 2009 et 2014, issues des revenus
de licences d’exploitation de cet ensemble de brevets. Cette réussite
économique et financière tient autant à l’excellence scientifique des travaux
à l’origine des inventions protégées qu’à une stratégie de valorisation
d’ensemble, combinant une recherche partenariale et une gestion de la
propriété intellectuelle audacieuse et pragmatique, qui a consisté pour
l’INRA à racheter des brevets étrangers concurrents pour protéger son
invention d’hybride de colza. Cette grappe de brevets illustre également les
limites, pour un organisme de recherche, des revenus tirés de la propriété
intellectuelle, du fait de la rareté de ce type de titres rémunérateurs et des
inventions qui les sous-tendent mais aussi de la durée nécessairement
limitée des périodes durant lesquelles un brevet peut engendrer des revenus,
dans la mesure où le brevet confère un droit de propriété sur l’invention
pendant une durée limitée à 20 ans.

2 - Une prise en charge du sujet de la valorisation inégale


et éparpillée entre de multiples acteurs

Les actions du PIA en faveur de la valorisation de la recherche


publique visaient également à rationaliser et professionnaliser les
structures de valorisation, notamment celles des établissements
d’enseignement supérieur (universités et grandes écoles).
En effet, le foisonnement des services de valorisation était devenu
excessif. La Cour avait dénombré, dans un rapport de 2005, près de
quatre-vingts organisations chargées du transfert de technologies dans la

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16 COUR DES COMPTES

région Bourgogne11. Le nombre d’universités ayant mis en place une


structure de valorisation avait fortement augmenté depuis 1999. Cette
tendance, qui se conjuguait avec l’intervention croissante des collectivités
territoriales et avec le morcellement administratif de la recherche entre
universités, organismes de recherche et grandes écoles, engendrait des
redondances entre services de valorisation de ces différents établissements,
dont peu disposait d’une masse critique suffisante, une dispersion des
moyens et une faible lisibilité à l’extérieur.
La redondance entre structures était manifeste notamment pour les
unités mixtes de recherche12 entre universités et organismes de recherche,
qui peuvent faire gérer leur activité de valorisation par chacune de leurs
tutelles (universités, CNRS, etc.). Une forme de « concurrence
administrative » pouvait ainsi s’instaurer entre établissements, dans la
mesure où se voir confier la gestion des contrats permet d’engendrer des
ressources propres pour l’établissement via un prélèvement sur les contrats
gérés et de nouer des contacts avec les industriels.

11 Cour des comptes, Rapport public thématique : La gestion de la recherche dans les
universités. La Documentation française, octobre 2005, 200 p., disponible sur
www.ccomptes.fr, p. 99 et suivantes. Dans ce rapport, la notion de transfert de
technologies est entendue au sens large et comprend notamment des instruments tels
que les incubateurs.
12 Les unités mixtes de recherche (UMR) sont des unités de recherche dans lesquelles

travaillent des enseignants-chercheurs universitaires et des chercheurs d'organismes de


recherche. Ces UMR représentent plus de 50 % de la recherche effectuée par les équipes
relevant d'une université.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 17

Schéma n° 2 : panorama des acteurs de la recherche,


de la valorisation et de l’innovation avant le PIA

Source : Cour des comptes.


Acronymes : ETI : entreprises de taille intermédiaire ; AAP ADEME : appels à projets de l’agence de
l'environnement et de la maîtrise de l'énergie ; ANR : agence nationale de la recherche ; AAP CNES : appels à
projets du centre national d’études spatiales ; AAP DGAC : appels à projets de la direction générale de l’aviation
civile ; CIFRE : conventions industrielles de formation par la recherche ; CPER : contrat de projets État-Régions ;
FIST : société anonyme France Innovation Scientifique et Transfert ; PRCE : projet de recherche collaborative
entreprise (programme de l’ANR) ; Labcom : programme de financement de laboratoires mixtes de l’ANR ; PRES :
pôles de recherche et d’enseignement supérieur créés par la loi de programme pour la recherche de 2006 ; SAIC :
services d’activités industrielles et commerciales des universités ; ITC ECSEL : Initiative technologique conjointe
ITC puis ECSEL ; RAPID : régime d’appui à l’innovation duale, compris dans le fonds de compétitivité des
entreprises (FCE) hors FUI ; Nano : programme national sur les technologies de production les plus avancées de
nanoélectronique, compris dans le FCE hors FUI ;A350XWB : soutien au développement de l’aéronef Airbus
A350XWB de ligne long-courrier et gros porteur ; MAA : ministère de l’agriculture et de l’alimentation ; MTES :
ministère de la transition écologique et solidaire.

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18 COUR DES COMPTES

La création des sociétés d’accélération du transfert de technologies


(SATT) dans le cadre du PIA 1 avait donc notamment comme objectif de
mettre fin au morcellement, en concentrant dans une unique structure les
moyens et l’expertise de la valorisation de la recherche sur un territoire. Il
en était attendu des gains d’efficience, une meilleure professionnalisation,
mais également une plus grande proximité entre les acteurs de la
valorisation et les laboratoires de recherche, en particulier des universités.

3 - Des lacunes à combler

Les structures de valorisation créées dans le cadre du PIA tendaient


enfin à combler certains « angles morts » dans la valorisation de la
recherche publique. Ainsi, les SATT visaient à répondre au constat,
formulé dans plusieurs rapports13, d’un financement insuffisant de la
maturation14 et de la « preuve de concept » des inventions, faute
d’investisseurs privés suffisamment spécialisés ou dotés de moyens
importants, les projets de recherche ne parvenant pas à un niveau de
maturité suffisant pour être « valorisables » par les entreprises.

La maturation aux États-Unis : les « Proof of concept centers »


Aux États-Unis, le développement de structures consacrées à la
valorisation de la recherche conduite dans les centres universitaires date des
années 1980 et a été relancé sous l’administration Obama. Les enjeux de
maturation sont traités par une trentaine de Proof of concept centers
rattachés à une ou plusieurs universités. Leur financement est varié et peut
provenir des universités elles-mêmes, de dotations fédérales et locales ou de
fondations privées. Ils interviennent à toutes les étapes de la maturation, du
financement de la pré-maturation à l’étude de marché, et incluent parfois
des incubateurs pour accompagner les nouvelles entreprises.

La justification de la création de France Brevets, en tant que


structure publique, reposait, quant à elle, sur l’hypothèse théorique de
l’existence d’une défaillance de marché liée à l’absence, en France et en
Europe, de structures d’investissement dans les brevets : il s’agissait de
constituer les infrastructures d’une nouvelle économie de la propriété
intellectuelle.

13 Par exemple : rapport d’information n° 341 (2005-2006) du Sénat « La valorisation


de la recherche dans les universités : une ambition nécessaire » ; rapport sur la
valorisation de la recherche, IGF/IGAENR, janvier 2007.
14 Phase d’étude ayant pour objectif de valider le potentiel de l’invention.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 19

B - Le choix de créer des structures nouvelles


pour pallier les retards et les insuffisances antérieures
Alors que le rapport précité des inspections préconisait de s’appuyer
sur des structures existantes ayant fait la preuve de leur efficacité et de
renforcer et d’étendre leur action15, le PIA a été conçu comme un outil de
rupture, à travers la création ex nihilo de structures nouvelles,
généreusement dotées16.

1 - Le choix de créer ex nihilo des outils nouveaux,


à la structure souvent originale

Deux grands types d’actions ont ainsi été lancés, répondant à deux
faiblesses identifiées : le soutien à la recherche partenariale et la
valorisation des innovations issues de la recherche publique.

a) Le soutien à la recherche partenariale publique-privée

Il a pris la forme de la création de huit instituts de recherche


technologique (IRT), instituts mixtes de recherche technologique
thématiques et interdisciplinaires, intégrant dans leur gouvernance
entreprises et établissements publics, ainsi que de la création d’instituts
pour la transition énergétique (ITE), proches des IRT dans leurs objectifs,
mais consacrés aux enjeux spécifiques du développement durable. Ces
instituts sont fondés sur des partenariats de long terme entre les entreprises
et les établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Alors que
les IRT17 ont pris la forme de fondations de coopération scientifique (FCS),

15 En matière de transfert de technologies par exemple, le rapport recommandait de faire

émerger des services de valorisation « leader » en matière de gestion de la propriété


intellectuelle et d’aide à la création d’entreprise, gérés par des établissements existants
ayant fait la preuve de leur compétence en la matière, et qui seraient mandatés pour
valoriser les brevets d’un ensemble d’établissements sur un site géographique donné.
16 Parmi ces nouvelles structures, les instituts hospitalo-universitaires (IHU), qui

incluent un volet consacré à la valorisation, ont été exclus du champ du présent rapport
dans la mesure où ils font l’objet de développements spécifiques dans une
communication de la Cour des comptes à la commission des affaires sociales du Sénat
sur le rôle des centres hospitaliers universitaires dans l’enseignement supérieur et la
recherche médicale, décembre 2017, 246 p., disponible sur www.ccomptes.fr
17 À l’exception de l’IRT Nanoelec, non doté de la personnalité juridique et intégré au

CEA.

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20 COUR DES COMPTES

la plupart des ITE ont un statut de sociétés par actions simplifiées (SAS)18.
Le PIA a financé également, mais dans une mesure plus modeste, certains
projets des instituts Carnot19, dispositifs antérieurs au PIA de labellisation
des laboratoires engagés dans la recherche partenariale, dont l’effet
d’incitation et de consolidation est généralement reconnu.
Comme pour les autres volets du PIA, le Commissariat général à
l’investissement (CGI) a donc, pour l’essentiel, fait le choix de créer de
nouvelles structures, qui devaient, à l’origine, respecter les principes de
sélectivité et d’excellence. Certaines de ces structures se sont inspirées de
dispositifs en vigueur à l’étranger, mais elles reposent souvent sur un
modèle original sans véritable équivalent en France et à l’étranger. C’est le
cas, par exemple, des IRT.

Les IRT : un modèle original


Les structures communes de recherche (SCR) entre laboratoires
publics et entreprises étaient déjà nombreuses avant le PIA, mais
principalement bilatérales, c’est-à-dire associant uniquement un laboratoire
public et une entreprise. L’une des originalités du modèle mis en place par
le PIA est de favoriser un modèle à la fois intégré, mutualisé et
multipartenarial, plutôt rare dans les SCR antérieures (cf. schéma ci-après).
Ainsi, en 2006, le CNRS comptait seulement 17 laboratoires communs avec
plusieurs entreprises, contre 57 laboratoires communs avec un seul
industriel. Des organismes relativement comparables aux IRT existent en
Allemagne (instituts Fraunhofer), en Grande-Bretagne (centres Catapult)
ou aux États-Unis (instituts Manufacturing USA), sans toutefois présenter
une stricte homologie entre eux. Peuvent également être cités le Centre de
collaboration MiQro Innovation (C2MI) au Canada et l’Advance
Manufacturing Initiative (AMI) lancée aux États-Unis entre 2012 et 2015,
même si les centres AMI ainsi établis se positionnent probablement plus en
aval de la chaîne d’innovation que les IRT.

18 Voir annexe n° 3.
19 Créé en 2006, le label « institut Carnot », attribué pour une durée de cinq ans
renouvelable, par le ministère chargé de la recherche et de l’innovation, vise à
encourager les instituts (structures regroupant des unités de recherche relevant d’une ou
plusieurs tutelles établissements d’enseignement supérieur et de recherche) à
développer leur recherche contractuelle. Ils bénéficient à ce titre d’un abondement
financier annuel versé par l’Agence nationale de la recherche et calculé en fonction
notamment du volume des recettes tirées des contrats de recherche bilatéraux.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 21

Les Fraunhofer, réseau de 67 instituts de recherche fédérés au sein


de la « société Fraunhofer pour le soutien à la recherche appliquée »,
servent souvent de référence pour la recherche partenariale. Leur
financement est assuré pour un peu moins d’un tiers par des subventions
publiques (État fédéral et Länder), le reste se répartissant également entre
fonds compétitifs nationaux et internationaux, ainsi que fonds privés. Il
s’agit de structures à gouvernance le plus souvent publique, ce qui les
différencie des IRT : ceux-ci comptent à leur conseil d’administration au
moins autant de membres privés qu’académiques.
Les centres Catapult britanniques, répartis sur une dizaine de
thématiques et pilotés par l’agence Innovate UK, sont destinés à apporter
aux entreprises une expertise et l’accès à des équipements technologiques
(plateformes, démonstrateurs) ainsi mutualisés. Leur financement combine
une subvention de l’agence Innovate UK, de l’ordre de 40 M£ par an sur la
période 2011-2015, des recettes tirées de contrats de prestations de R&D
avec les entreprises et les ressources tirées de tiers financeurs (privés comme
publics - notamment européens mais également britanniques à travers les
Research councils, équivalents de l’Agence nationale de la recherche en
France), le plus souvent sur appels à projets compétitifs, pour des
collaborations de R&D.

Schéma n° 3 : montage juridique, financements


et processus à l’œuvre dans les IRT

Source : Cour des comptes

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22 COUR DES COMPTES

Au-delà des actions mentionnées supra, il convient de signaler


l’importance des crédits du PIA affectés à divers appels à projets de
recherche thématiques relevant en tout ou en partie de la recherche
partenariale entre laboratoires publics et privé20, ainsi qu’à d’autres actions
en faveur de la recherche partenariale21, et qui ne sont pas analysés dans le
cadre du présent rapport.

b) La valorisation des travaux issus de la recherche publique

La valorisation des innovations et le transfert de technologie de la


recherche publique vers les entreprises ont suscité la création de 14 sociétés
d’accélération du transfert de technologies (SATT), recouvrant la quasi-
totalité du territoire métropolitain, à l’exception de la Normandie et de
certaines universités parisiennes. Sur les 14 SATT créées, neuf sont issues,
au moins en partie, d’un dispositif mutualisé de transfert de technologies
(DMTT)22, auxquelles elles se sont substituées en amplifiant leurs
missions.
Les SATT sont responsables de la valorisation des travaux issus de
plus de 2 300 laboratoires, soit 63 % de l’ensemble, et disposent de
conventions avec la plupart d’entre eux. Elles ont été dotées de 857 M€ sur
10 ans, les enveloppes étant accordées à chaque entité tous les trois ans sur
la base d’une évaluation.

20 On peut estimer, en faisant certains choix de périmètre, à près de 2,5 Md€ le montant

des enveloppes consacrées aux appels à projets relevant de la recherche partenariale sur
une période de dix ans, soit un financement annuel de l’ordre de 250 M€ (voir détails
en annexe n° 6.
21 On peut citer, par exemple, l’action « démonstrateurs de la transition écologique et

énergétique ».
22 En 2005, le ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche a

organisé, avec le concours de l’ANR, un programme de mutualisation du transfert de


technologies et de maturation des projets innovants. Quatorze DMTT ont été
sélectionnés sur appel à projets. Ces structures mutualisées de valorisation sont venues
renforcer les services de valorisation déjà existants afin de renforcer la visibilité de
l’innovation académique et d’en favoriser le transfert en direction des entreprises.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 23

La gouvernance interne des SATT


L’appel à projets rédigé par l’ANR et lancé le 30 juillet 2010, avec
une date limite de réponse fixé au 15 décembre 2010 pour la première
vague, précise les missions des SATT ainsi que les modalités de leur
gouvernance en fournissant un cadre méthodologique commun.
L’actionnariat des SATT est composé pour deux-tiers des
établissements de recherche locaux et nationaux, en particulier le CNRS,
actionnaire de toutes les SATT, et l’INSERM, initialement présent au
capital de la moitié d’entre elles. Ils forment le collège « A ». Le contrôle
de l’État s’effectue via une participation d’un tiers, portée par la Caisse des
dépôts et consignations (collège « B »). Le président de la SATT dispose de
pouvoirs importants dans l’animation des équipes comme dans la définition
du modèle économique. Il est assisté, pour le choix des projets, par un
comité d’investissement composé majoritairement de personnes issues du
secteur privé, qui analyse les propositions venant des laboratoires et émet
un avis sur le potentiel commercial de l’invention. Enfin, un dernier comité,
généralement dénommé « propriété intellectuelle et valorisation », sert dans
la plupart des cas à déterminer l’organe le plus à même de mener la
valorisation, SATT ou EPST.

Les SATT ont pour mission principale de sélectionner, au sein des


laboratoires de recherche, les avancées scientifiques pouvant déboucher sur
une activité économique, de s’assurer de leur protection juridique et de
financer les premières étapes qui mènent de la recherche fondamentale à
un produit ou à une idée exploitable en termes économiques, sous forme
de licence concédée à une entreprise ou de création de start-up par les
chercheurs.

Schéma n° 4 : la place des SATT dans le processus de valorisation

Source : Cour des comptes

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24 COUR DES COMPTES

France Brevets a, par ailleurs, été créée pour acquérir les droits sur les
brevets issus de la recherche publique ou privée et les regrouper en « grappes
technologiques » pour en accroître et en sécuriser les revenus d’exploitation.
L’ambition était de développer et de défendre la propriété intellectuelle
française et européenne. France Brevets est une entité originale sans
équivalent en Europe. Elle a été constituée sous la forme d’une société par
actions simplifiée, à capitaux publics, et ne correspond ni à un fonds
d’investissement, ni à une société de capital-risque. Selon ses promoteurs,
elle devrait être considérée comme une start-up dans le domaine de la
valorisation de la recherche, dont la mission est expérimentale.

Les exemples étrangers de fonds de brevets


À l’étranger, il existe plusieurs fonds et structures qui interviennent
sur le marché de la propriété intellectuelle. La plupart sont des fonds privés.
Parmi eux, les plus puissants, d’origine américaine et parfois dotés de
milliards de dollars, sont des entités aux modèles variés qui ne se fondent
pas toujours sur la possession de brevets en propre et ne sont pas
systématiquement adossées à des activités de recherche et développement.
Certains de ces fonds peuvent être considérés comme des « patent trolls »
c’est-à-dire des « chasseurs de brevets », qui cherchent à acquérir toutes
sortes de brevets pour les monnayer par le biais de licences en menaçant de
contentieux leurs utilisateurs, action qui peut s’avérer coûteuse et
préjudiciable pour l’entreprise attaquée. Ces fonds sont réputés engendrer
des externalités négatives sur l’innovation car la menace financière qu’ils
représentent décourage les inventeurs. Il existe également des fonds à
capitaux publics, ce modèle étant développé exclusivement en Asie. Ils sont
généralement adossés aux grandes industries innovantes des pays concernés
avec un objectif de protection de leurs actifs immatériels. Si France Brevets
n’a pas d’équivalent en Europe, il est considéré comme le cinquième fonds
de brevets à capitaux publics dans le monde après ceux du Japon, de la
Corée du sud, de Taïwan et de la Chine23.

Enfin, six consortiums de valorisation thématique (CVT) ont été mis


en place pour coordonner les actions de valorisation sur des champs
disciplinaires spécifiques (sciences de la vie, sciences humaines et sociales,
etc.) en proposant des services mutualisés à forte valeur ajoutée, en
particulier des études de marché, aux structures de valorisation de site,
notamment les SATT. Cinq d’entre eux sont adossés aux alliances
thématiques de recherche créées depuis 2009 pour coordonner l’action des
organismes par domaine.

23 Voir le Rapport de l’OCDE, “Commercialising public research, new trends and


strategies”, p. 104, 2013.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 25

En faisant le pari de créer, en nombre élevé, de nouvelles structures


de valorisation, l’objectif du PIA était de mettre en place un système de
valorisation autonome, qui mutualiserait les moyens des différents
opérateurs de recherche ou entre les organismes de recherche publique et
les entreprises, et dépasserait ainsi les lignes de cloisonnement
traditionnelles. Il s’agissait d’un objectif particulièrement ambitieux
compte tenu de la complexité et de la spécificité de l’organisation de la
recherche publique française, au sein de laquelle les organismes publics de
recherche jouent un rôle prépondérant en termes de financement et de
conduite de la recherche.

L’organisation de la recherche publique française


En France, l’organisation de la recherche publique est duale. Elle
comprend, d’une part, les universités, et d’autre part, les organismes
nationaux de recherche, dont le principal est le centre national de la
recherche scientifique (CNRS). Cette dualité existe à des degrés divers dans
d’autres pays. Le rôle des organismes n’en a pas moins été historiquement
prépondérant en France dans le financement et la conduite de la recherche.
Dans beaucoup de pays, au contraire, les grandes universités sont le lieu
naturel d’intégration de la recherche et sont propriétaires de leurs
laboratoires. En France, les moyens affectés par les organismes de recherche
aux universités le sont dans le cadre d’unités mixtes de recherche, au sein
desquelles chaque partie prenante, l’université, ainsi que le ou les
organismes qui y sont associés, conservent la gestion de leurs crédits et de
leur personnel, selon des règles budgétaires et comptables distinctes. Cette
particularité contribue en partie à expliquer la complexité du système
français de financement et de valorisation de la recherche publique.

2 - Des financements significatifs

L’État a fait le choix d’effectuer un investissement important dans


les nouveaux outils de valorisation afin de marquer une rupture. Comme la
Cour le relevait déjà, en 2013, dans son rapport public thématique sur le
financement public de la recherche24, la mise en place de ces nouveaux
instruments comportait pourtant des risques intrinsèques liés à leur
originalité et aux fortes ambitions dont ils étaient porteurs au sein d’un
écosystème français de la recherche déjà complexe (voir supra).

24 Cour des comptes, Rapport public thématique : Le financement public de la


recherche, un enjeu national. La Documentation française, juin 2013, 283 p.,
disponible sur www.ccomptes.fr

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26 COUR DES COMPTES

Ces nouveaux dispositifs ont été dotés, sur dix ans, d’une enveloppe
de dotations consommables et non consommables de 5,4 Md€. Cette
enveloppe correspondait, à fin 2016, à des ressources de près de 3 Md€25,
et avait été décaissée, à fin juin 2017, à hauteur de 1,4 Md€ seulement. Au-
delà des crédits du PIA, ces nouvelles structures de valorisation ont, par
ailleurs, bénéficié d’autres financements publics qu’il n’est pas possible de
retracer précisément, en provenance des collectivités territoriales, ou à
travers la dépense fiscale associée au crédit d’impôt en faveur de la
recherche (CIR).

Tableau n° 1 : état de consommation des crédits du PIA


en faveur de la valorisation de la recherche (en M€)
France Instituts
Actions PIA IRT ITE IHU SATT CVT Total
Brevets Carnot
Opérateur ANR ANR ANR ANR CDC ANR ANR -
Enveloppe 1 975 889 870 857 150 49 600 5 390
Ressources 920 382 387 857 150 49 173 2 918
Engagements
1 973 876 870 505 150 27 533 4 934
cumulés
Contractualisation 1 973 840 870 485 50 27 532 4 777
Décaissements 325 161 301 471 50 17 69 1 394
Source : CGI26

Les financements du PIA avaient vocation à représenter, en moyenne,


sur dix ans, une ressource annuelle d’environ 300 M€, soit un montant
proche de la moitié des crédits du budget de l’État en faveur du soutien à la
valorisation en 2016 (686 M€ d’autorisations d’engagements en 2016)27. Au
sein de la valorisation, les crédits du PIA ont donc représenté un financement
complémentaire substantiel qui s’est concentré sur le développement du
transfert de technologies, à travers notamment les SATT, et sur la création
de structures intégrées en partenariat public-privé, à travers notamment les
IRT et, dans une moindre proportion, les ITE et IHU.

25 Cela représente la somme des dotations consommables et des intérêts des dotations

non consommables à fin 2016.


26 Les engagements portent sur une durée de dix ans : les sommes sont donc versées

progressivement par tranche aux bénéficiaires. Une phase de contractualisation entre


l’opérateur et le bénéficiaire suit la décision d’engagement de l’État.
27 Le montant total de ces financements publics en faveur de la valorisation (environ

980 M€), sur un périmètre certes restrictif, peut être mis au regard de la dépense intérieure
de recherche et développement des administrations, qui s’élevait à 18,1 Md€ en 2015.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 27

Graphique n° 1 : évolution des crédits annuels de soutien


à la valorisation de la recherche (en M€)

Source : Cour des comptes sur la base des lois de règlement des comptes pour
2010 et 2016, de données du CGI et du MESRI.
Note : Le chiffrage détaillé des composantes de chaque catégorie figure dans
l’annexe « Estimation du soutien public aux actions de valorisation de la
recherche ».

II - Des handicaps initiaux difficiles à surmonter

Les ambitions portées par le PIA de créer des pôles de valorisation


d’excellence, à travers la mise en place d’outils innovants de rupture, se
sont cependant, dès le départ, heurtées à un certain nombre de handicaps
qui s’avèreront difficiles à surmonter. Les implications de l’existence d’un
écosystème antérieur de la valorisation ont été largement sous-estimées par
le CGI. Des enjeux de maillage du territoire ont conduit à généraliser des
dispositifs censément sélectifs. Enfin, les pouvoirs publics se sont trouvés
confrontés à des difficultés pour identifier le bon pilotage de ces nouvelles
structures.

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28 COUR DES COMPTES

A - Les implications de l’existence d’un écosystème


antérieur largement sous-estimées
La mise en place des nouveaux outils s’est écartée des modalités et
notamment du degré d’exigence initialement prévus pour tenir compte de
situations antérieures et des demandes des acteurs concernés.

1 - Le contournement des procédures de sélection


pour répondre aux demandes de certains acteurs

Les préoccupations propres aux universités et plus largement celles


des organismes de recherche, ont conduit le CGI à s’éloigner de la logique
de sélectivité par appel à projets pour répondre à leurs attentes. Dès le
lancement du PIA, les acteurs les plus engagés dans la valorisation avaient
d’ailleurs exprimé leurs inquiétudes face à une abondance de moyens peu
propice à la sélectivité.
La sélection des CVT a ainsi finalement reposé non pas sur un appel
à projet compétitif, comme envisagé initialement par le CGI, mais sur une
procédure de gré à gré qui a conduit à retenir cinq CVT, correspondant aux
cinq alliances thématiques de recherche28, auxquels a été ajouté un sixième
consortium consacré à la valorisation en direction des pays du Sud, projet
candidat mais non éligible à l’appel à projets « SATT ».
De même, des IRT ont vu le jour à partir de 2012, en nombre plus
élevé qu’initialement prévu. La convention de 2010 entre l’État et l’ANR
envisageait la sélection de quatre à six IRT. À la suite de l’appel à projets
et de la sélection des meilleurs dossiers par le jury international, il a été
décidé, à l’initiative notamment des ministères chargés de la recherche et
de l’industrie, de porter à huit le nombre des IRT labellisés, afin notamment
de couvrir la thématique du numérique (IRT b<>com et SystemX). Un tel
élargissement, qui déroge aux principes initialement affichés de sélectivité
peut être justifié par la nécessité de couvrir un domaine thématique
stratégique non spontanément sélectionné par le jury. Ces deux IRT n’ont,
d’ailleurs, pas fait l’objet de réserves majeures aux termes de leur
évaluation triennale.

28 Les alliances thématiques de recherche, créées en 2009, sont des groupes de

concertation chargés de réunir les principales institutions de la recherche publique dans


le but de coordonner, dans certains secteurs identifiés, les priorités de la recherche et
du développement en lien avec le ministère chargé de la recherche et l’agence nationale
de la recherche.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 29

2 - Sur la gestion de la propriété intellectuelle, l’opposition


entre les règles mises en place et les pratiques
de certains organismes de recherche

a) Des principes initiaux strictement définis

L’ambition du gouvernement était, à l’origine, de mettre en place un


système de valorisation autonome, mutualisant les moyens des différents
opérateurs de recherche. Le CGI a donc imposé des règles d’organisation
contraignantes et structurantes, notamment s’agissant de la gestion de la
propriété intellectuelle.
Ainsi, par exemple, s’agissant des IRT, la propriété intellectuelle
issue de la recherche propre des IRT doit appartenir à 100 % à l’IRT.
Le modèle économique des SATT est pour sa part fondé sur
l’exclusivité de la gestion et de la valorisation de la propriété intellectuelle
issue des laboratoires de recherche. L’ensemble des actionnaires des SATT
- universités, grandes écoles et établissements nationaux (CNRS,
INSERM, etc.) - ont pris l’engagement de recourir à ces structures, pour
leur activité de valorisation. Cette concentration s’inscrivait dans la logique
de « guichet unique » qu’incarnent les SATT, et fait partie des éléments
structurants du modèle. Celui-ci doit permettre non seulement de
professionnaliser le processus de valorisation sur un territoire, mais
autoriser également une forme de mutualisation, les revenus issus des
travaux des laboratoires les plus proches du marché pouvant permettre de
financer des actions plus amont ou présentant plus de risques.

b) Une pratique qui s’est éloignée du schéma initial

Le modèle de l’exclusivité de la gestion de la propriété intellectuelle


des IRT et des SATT a cependant, au fil du temps, connu une application
parfois éloignée dans certains territoires. Il est, en effet, apparu comme un
point de friction majeur avec certains organismes de recherche (CNRS,
INSERM, CEA, etc.).
Le modèle intégré de valorisation du CEA, très efficace pour
mobiliser les financements historiques consacrés à la valorisation (instituts
Carnot, incubateurs, pôles de compétitivité), a été remis en cause par les
nouveaux outils issus du PIA (IRT, SATT), qui reposent sur une
appropriation de la propriété intellectuelle issue des travaux qu’ils ont
financés.

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30 COUR DES COMPTES

Ont été créées, dans le cadre de la vague C, des SATT explicitement


dérogatoires au principe de l’exclusivité. Afin de compter le CEA dans son
actionnariat, la SATT Linksium de Grenoble a ainsi accepté de renoncer à
l’exclusivité de la gestion de la propriété intellectuelle sur les laboratoires
du CEA. La dernière SATT à avoir été créée, celle de Paris-Saclay, ne
dispose plus d’aucune exclusivité sur les laboratoires. D’autres formes
d’affaiblissement ont pu être relevées : le retrait de certains laboratoires du
champ de la SATT par les universités ou la négociation par INSERM
Transfert, filiale de valorisation de l’INSERM, de conventions
particulières revenant à un « partage du territoire » avec les SATT29.
De même, pour bénéficier des financements du PIA, le CEA a pesé afin
d’instaurer un IRT « dérogatoire », Nanoelec, qui n’est pas doté de la
personnalité juridique et est simplement isolé comptablement au sein du CEA.

B - Des injonctions contradictoires entre les ambitions


d’excellence et les préoccupations de maillage territorial
La recherche de l’excellence, revendiquée par le PIA, repose sur
l’utilisation de procédures d’appels à projets ou à manifestations d’intérêt
dont les résultats sont examinés par des jurys d’experts indépendants, qui
associent systématiquement des personnalités étrangères. Comme l’avait
déjà relevé la Cour dans son rapport public de 2015 sur le programme
d’investissements d’avenir, les décisions prises in fine par le Premier
ministre ne sont cependant pas toujours celles proposées par les jurys.
Dans le domaine de la valorisation de la recherche, cela a été le cas
notamment pour les SATT. Initialement, dix structures devaient être
créées, sélectionnées par un jury international sur la base des projets soumis
par les actionnaires locaux, universités et établissements nationaux. En plus
des objectifs d’excellence, la sélection visait à encourager les
regroupements et la collaboration entre centres universitaires, afin
d’atteindre une masse critique.

29 L’INSERM est actionnaire depuis l’origine de sept SATT sur quatorze. La question

de l’exclusivité accordée aux SATT constitue un point de blocage récurrent pour la


filiale, qui revendique ses bons résultats et son expertise en matière de transfert.
L’INSERM n’a donc signé une convention prévoyant l’exclusivité qu’avec la seule
SATT Conectus, avant de reconsidérer sa stratégie. Elle s’est retirée de la SATT Ouest
Valorisation en 2016, et a procédé avec cinq SATT à la signature de conventions qui
reviennent à se partager les laboratoires avec la SATT, sans exclure la possibilité
d’interventions croisées.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 31

Quatorze SATT ont finalement été retenues. Le choix de sélectionner


in fine un nombre de SATT plus important que prévu se comprend en partie
par la volonté de mailler l’ensemble du territoire métropolitain.

Carte n° 1 : les 14 SATT

Source : association des SATT

Cet affaiblissement progressif de la logique initiale d’excellence a


cependant eu pour conséquence d’accorder des crédits à des projets qui
n’avaient en réalité été améliorés que marginalement lors du processus de
sélection, et dont les difficultés à convaincre s’expliquent largement par
des raisons structurelles. Ainsi, deux SATT de la vague C, Grand-Est et
Grand Centre, recouvrent des territoires très vastes et sans réelle cohérence.
La SATT Grand Centre a pour actionnaire deux communautés
d’universités et établissements (COMUE)30 et une association
d’établissements, et s’étend sur quatre anciennes régions.

30 Les COMUE sont des établissements publics regroupant des établissements

d'enseignement supérieur et de recherche d'un même territoire académique ou inter


académique.

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32 COUR DES COMPTES

Cette couverture quasiment exhaustive du territoire ignore, par


ailleurs, avec la notable exception de la région Ile de France, les différences
de potentiel entre régions. Or, pour se développer, la valorisation doit
pouvoir s’appuyer sur des niveaux suffisants en matière de recherche et
développement tant publique que privée (voir Annexe n° 8 :). Les résultats
en deçà des attentes des SATT de la vague C justifient a posteriori les
réserves émises par le jury international (voir chapitres II et III), même si
la date récente de leur création rend pour l’heure difficile toute appréciation
définitive.

Modalités de sélection des SATT


Quatorze dossiers ont été déposés entre 2010 et 2011. Seuls cinq ont
été retenus à l’issue du premier examen, constituant la « vague A ». Ces
SATT ont été conventionnées entre le 1er décembre 2011 (SATT Conectus)
et le 1er janvier 2012 (SATT Lutech). Les projets non retenus à l’issue de
cette première sélection ont été invités à tenir compte des remarques du jury
et à affiner leur proposition. Finalement, ce sont deux autres « vagues » qui
ont pu bénéficier des financements du Fonds national de valorisation31 : la
vague B (SATT Aquitaine Science Transfert, Ouest Valorisation, Nord et
AXLR), dont le conventionnement s’étale entre le 1er juillet et le 1er août
2012, puis la vague C avec les SATT Grand Centre, Grand-Est, Pulsalys,
Linksium et Paris-Saclay (1er avril 2013-1er juillet 2014).

C - Les difficultés de définition et de mise en place


d’un pilotage efficace
1 - Des objectifs mal adaptés
Les objectifs initiaux fixés aux outils du PIA consacrés à la
valorisation de la recherche ont été souvent mal calibrés, ce qui n’a pas
facilité le pilotage des structures. Ces objectifs étaient parfois flous, comme
dans le cas des CVT ou de France Brevets, parfois trop nombreux, comme
dans le cas des IRT, voire parfois contradictoires s’agissant des objectifs
d’équilibre financier fixés par exemple aux SATT.

31 Le fonds national de valorisation (FNV) est un instrument de financement du PIA. Il a


été créé par le programme 327 - Pôle d’excellence ouvert en loi de finances rectificative
pour 2010. Doté de 1 Md€, il couvre le financement des subventions destinées aux SATT
(900 M€) et aux CVT (50 M€), ainsi que celui de l’apport en capitaux propres par la Caisse
des dépôts et consignations (CDC) pour le compte de l’État dans le fonds France Brevets,
étant précisé que la CDC investit également 50 M€ pour compte propre.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 33

Les IRT, structures de recherche technologique multipartenariale se


sont ainsi vu confier des objectifs multiples : « piloter des programmes de
recherche couplés à des plates-formes technologiques et des formations,
effectuer des travaux de recherche fondamentale, de recherche appliquée
et de développement expérimental et veiller à leur valorisation32 ».
L’objectif d’ingénierie de la formation, en particulier, s’est révélé difficile
à atteindre dans plusieurs IRT, s’agissant de structures nouvelles, insérées
dans des écosystèmes complexes. Certains projets, particulièrement
ambitieux33, ont dû être revus et différés. Quand des formations ont été
mises en œuvre, elles ont parfois peiné à trouver leur public et à proposer
une réelle valeur ajoutée, dans un contexte d’offre de formation souvent
abondante. Par ailleurs, le PIA ne finançant que l’ingénierie de la
formation, des doutes ont pu être exprimés, à l’issue des évaluations, quant
à l’éligibilité des premières actions conduites, ce qui traduit la difficulté
des instituts à s’inscrire dans un tel modèle.
Trois objectifs principaux ont été assignés aux SATT : mettre fin au
morcellement des structures de valorisation de la recherche publique,
contribuer à la valorisation de la recherche en lien direct avec les entreprises
et développer un modèle économique réaliste, avec un équilibre financier à
dix ans à atteindre. Or, la poursuite simultanée de ces trois objectifs peut
s’avérer contradictoire. Ainsi, la recherche de la rentabilité peut conduire à
privilégier les projets de court terme au détriment d’investissements plus
longs, ou à licencier dans d’autres pays des technologies, qui dès lors ne
bénéficient pas directement à l’économie nationale.
Les objectifs mal calibrés des nouvelles structures de valorisation,
couplés à l’existence de financements publics importants non soumis à une
régulation budgétaire annuelle en raison de la gestion extrabudgétaire du
PIA34, critiquée par la Cour dans son rapport public de 2015 sur le
programme d’investissements d’avenir, a pu conduire les pouvoirs publics
à faire perdurer certaines de ces structures alors même que les difficultés

32 Convention du 30 juillet 2010 entre l’État et l’ANR relative à l’action « valorisation,

constitution de campus d’innovation technologique de dimension mondiale, instituts de


recherche technologique » (IRT).
33 C’est le cas, par exemple, du projet « Jules Verne manufacturing academy », porté

par l’IRT Jules Verne, qui supposait un investissement initial de 37 M€, en


cofinancement PIA/région Pays de la Loire/Union des industries métallurgiques et
minières (UIMM).
34 Pour mener la politique ambitieuse portée par le PIA, il a été décidé de mettre en

place un mode de gestion spécifique, adapté au caractère exceptionnel de la démarche.


Il repose sur le transfert des crédits des PIA 1 et 2 à des opérateurs de l’État l’année du
lancement de chaque programme (2010 et 2014), les opérations étant ensuite
progressivement réalisées par ces derniers : cela conduit à contourner la règle de
l’annualité budgétaire et à ne pas soumettre le PIA à la régulation budgétaire annuelle.

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34 COUR DES COMPTES

qu’elles rencontraient pouvaient faire douter de leur viabilité


(voir chapitres II et III).

2 - Une gouvernance complexe

Au-delà des difficultés soulevées par la gouvernance originale du


PIA, en termes de positionnement des ministères et plus globalement de
partage des rôles entre les trois parties prenantes (CGI, opérateurs,
ministères), déjà relevées par la Cour dans son rapport public de 2015, et
qu’elle a pu constater, de nouveau, dans les actions du PIA relatives à la
valorisation de la recherche publique, les nouvelles structures de
valorisation ont également été confrontées à une gouvernance interne
complexe.
C’est le cas, par exemple, de France Brevets, qui a été doté de
100 M€, à parité entre la Caisse des dépôts et consignations (CDC) agissant
pour son propre compte (50 M€) et la Caisse de dépôts agissant pour le
compte de l’État dans le cadre de la valorisation des investissements
d’avenir (50 M€). À l’occasion de l’examen de la gouvernance de France
Brevets, la Cour a relevé un manque de visibilité dans l’évaluation des
orientations stratégiques de la société et dans l’appréciation des résultats
obtenus grâce aux dotations publiques en capital accordées au titre du PIA.

La gouvernance complexe de France Brevets


Le double rôle de gestionnaire de la Caisse des dépôts et
consignations, pour son compte propre et pour le compte de l’État, lui
confère une responsabilité de premier plan dans la gouvernance de France
Brevets. Le conseil d’administration, paritaire entre l’État et la Caisse, est
le véritable organe de direction de la société. Jusqu’à fin 2016, la présidence
du conseil d’administration revenait de droit à un responsable de la CDC.
Début 2017, elle a été confiée à une personnalité qualifiée, issue de monde
de la recherche publique. Si le conseil d’administration est le lieu naturel où
se discutent les orientations stratégiques et où sont approuvés les aspects
relatifs à la gestion de France Brevets, la Cour relève un certain manque de
visibilité dans l’évaluation de ces orientations et l’appréciation des résultats
obtenus grâce aux dotations publiques en capital accordées au titre du PIA.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 35

Le comité de pilotage du Fonds national de valorisation35 qui aurait vocation


à être l’instance interministérielle d’évaluation de l’action de France
Brevets ne joue en pratique pas ce rôle. Depuis la fin de la période dite de
validation de l’initiative France Brevets, qui correspond à sa première année
d’activité, le comité de pilotage s’est réuni principalement pour donner un
avis sur les augmentations de capital. Son rôle stratégique et d’évaluation
périodique de l’organisme est limité. Les comptes rendus que la Caisse
fournit périodiquement au comité de pilotage ne donnent pas lieu à de
véritables échanges.

Les textes fondateurs des SATT avaient prévu des règles de


fonctionnement précisément définies, acceptées par les actionnaires qui ont
soumissionné à l’appel à projets de l’ANR. Pour autant, trois séries de
difficultés sont apparues qui ont conduit, dans certaines SATT, à une quasi
paralysie :
- certains actionnaires locaux du collège « A » (SATT Grand Centre
plus particulièrement) n’ont pas su engager une dynamique suffisante
et démontrer leur volonté de donner les meilleures chances de succès
à la SATT ;
- la présence des organismes de recherche nationaux au conseil
d’administration des SATT a également entrainé d’importes
difficultés, conjoncturelles ou plus structurelles. Ainsi, dans la SATT
Linksium, le CEA n’a finalement signé la convention cadre qu’en
septembre 2017, soit plus de trois ans après la création de la société.
L’INSERM a, pour sa part, choisi de se retirer du capital de la SATT
Ouest Valorisation en 2017, après plusieurs années de négociation ;

35 Comité présidé́ par le ministre chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche

ou son représentant et constitué́ des membres suivants : le directeur général de la


recherche et l’innovation ou son représentant ; le directeur général de l’enseignement
supérieur et de l’insertion professionnelle ou son représentant ; le directeur des affaires
financières au secrétariat général des ministères de l’éducation nationale et de
l’enseignement supérieur et de la recherche ou son représentant ; le directeur général
pour la compétitivité́ , l’industrie, et les services ou son représentant. Le directeur
général du Trésor, ou son représentant, est systématiquement invité. Le directeur
général et le directeur de département chargés des investissements d’avenir de l’Agence
nationale de la recherche, un représentant de la Caisse des dépôts et consignations et un
membre du CGI y assistent de droit sans pouvoir décisionnel. Le secrétariat du comité́
de pilotage est assuré par l’ANR.

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36 COUR DES COMPTES

- en dépit de sa représentation au conseil d’administration, l’État n’a pas


été en mesure d’exercer une action modératrice ou stratégique. Le
droit de veto dont il dispose sur les décisions n’a été utilisé qu’à une
seule reprise. Face aux débats entre actionnaires locaux et nationaux,
il a tardé à intervenir pour préciser le cadre.

L’implantation d’une plateforme régionale de transfert


technologique (PRTT) du CEA à Toulouse :
un exemple d’incohérence de l’État
Le CEA a développé des antennes délocalisées, les plateformes
régionales de transfert technologique (PRTT), visant à promouvoir le transfert
de la recherche fondamentale vers l’industrie. Il en existe six en 2017. En
janvier 2013, à la demande de l’État, le CEA implante une PRTT à Toulouse
avec le soutien de la Région, concomitamment avec l’implantation de la
SATT Toulouse Tech Transfer. Conformément aux objectifs qui lui ont été
assignés, le CEA a collaboré avec les principaux laboratoires au travers de
doctorats ou de post-doctorats financés par la Région.
Cependant les contraintes de la convention CEA-État instituant les
PRTT ne permettaient pas de dialogue réellement constructif entre le CEA
et la SATT, les PRTT ne pouvant bénéficier de financement public. Cette
séparation entre deux structures aux objectifs proches a pu contribuer à
brouiller l’image de la SATT auprès des entreprises et des laboratoires,
confrontés à deux acteurs locaux revendiquant un rôle prépondérant en
matière de valorisation.

Enfin, les IRT, du fait de leur ambition de pérenniser des partenariats


stratégiques dans une logique de co-investissements publics-privés, se sont
construits sur un modèle de gouvernance impliquant une forme de
co-administration entre membres académiques, pôles de compétitivité36 et
entreprises membres. La difficulté à construire et adopter, au sein de conseils
d’administration parfois nombreux, une stratégie commune à un ensemble
aussi hétérogène d’acteurs, dont les cœurs de métier et objectifs divergent
parfois, a pu expliquer un certain nombre de difficultés constatées à l’issue
des premières évaluations triennales.

36 Un pôle de compétitivité rassemble sur un territoire bien identifié et sur une


thématique ciblée, des entreprises, des laboratoires de recherche et des établissements
de formation.

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 37

3 - L’Agence nationale de la recherche (ANR),


un opérateur sous tension

L’ANR est l’opérateur chargé de la contractualisation, du suivi et de


l’évaluation des dispositifs de valorisation créés par le PIA37. L’agence
procède à une évaluation régulière des dispositifs, à travers une première
évaluation triennale de chaque structure, suivie d’évaluations annuelles. Elle
participe aux instances de coordination et de suivi des dispositifs (comité de
gestion des SATT, comité de pilotage et comité technique des IRT, etc.).
Cette procédure régulière d’évaluation et de suivi fait peser une
charge lourde sur l’ANR, censée être compensée par un rehaussement de
son plafond d’emplois38 et un remboursement « à prix coûtant », sur
présentation, par l'opérateur, d’un état détaillé des frais exposés pour la
gestion administrative, comptable et financière des actions PIA. Une partie
de cette enveloppe financière est réservée à l’évaluation a posteriori des
structures39. L’agence semble néanmoins avoir éprouvé des difficultés à
effectuer elle-même et dans les délais requis par la volonté de lancer
rapidement les structures, la totalité et la variété des tâches induites par sa
fonction d’opérateur des actions du PIA40.

37 À cette fin, les missions de l’ANR ont été élargies par un décret du 24 mars 2014.
38 En 2015, au sein du plafond d’emplois de l’agence financé par l’État, 39 équivalents
temps plein travaillé (ETPT) – portés à 44 ETPT dans le cadre de la convention
financière État/ANR du 14 juillet 2016 – sont ainsi réservés afin d'assurer la
coordination et la gestion des actions du PIA. La masse salariale correspondant à ces
emplois est financée par la subvention pour charges de service public (SCSP) de l’ANR.
À ce jour, seulement 9 ETPT sont affectés au suivi et à l’évaluation des actions portant
sur la valorisation (7,4 ETPT au sein de la direction chargée de la gestion du PIA et 1,6
ETPT relevant des fonctions support de l’ANR).
39 S’agissant par exemple des IRT, la convention modifiée du 27 juillet 2010 prévoit

que l’ANR devra « consacrer 0,20 % des crédits issus de l’emprunt national à
l’évaluation a posteriori des projets financés ».
40 Il s’agit notamment de la participation aux comités de pilotage, de la formalisation et

mise en ligne des appels à projets et de leur instruction pratique (recueil des propositions
de projets provenant des soumissionnaires, convocations, organisation, préparation des
dossiers pour les membres des jurys, secrétariat des jurys et transmission des
évaluations au commissariat général à l'investissement et aux comités de pilotage), de
l’adaptation des règlements relatifs aux modalités d'attribution des aides, du
conventionnement avec les bénéficiaires, du suivi administratif, financier, comptable,
scientifique et de l’évaluation (y compris évaluation ex post) des différentes actions
gérées dans le cadre du PIA, enfin des audits financiers et comptables des bénéficiaires
financés.

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38 COUR DES COMPTES

S’agissant par exemple des IRT, le conventionnement impliquait


l’examen de questions juridiques complexes relatives aux aides d’État, ce
qui a mobilisé des expertises internes à l’agence, le concours de la direction
générale des entreprises (DGE), voire le recours à des expertises juridiques
externes.
S’agissant des évaluations dites triennales, intervenant au terme des
premières tranches de financement, compte tenu du manque de ressources
au sein de l’ANR et des enjeux majeurs liés à ces évaluations, l’État a fait
appel, pour les SATT comme pour les IRT, avec des résultats contrastés, à
plusieurs prestataires privés, chargés de réaliser une partie du travail
d’évaluation. Ces évaluations externalisées ne permettent pas toujours un
suivi satisfaisant des structures41.
Les évaluations d’impact, réalisées annuellement par l’ANR et
adressées au CGI, reposent, en outre, sur des indicateurs qui n’apparaissent
pas toujours pertinents. Ainsi, en dépit de l’abondance de données
collectées, le comité de pilotage de l’action IRT relevait, en décembre
2016, le besoin de disposer « d’un tableau de bord utilisable par l’État,
aussi bien en termes d’outil de pilotage que d’outil de communication,
comprenant un nombre très limité d’indicateurs clés directement
exploitables ». À cet égard, la Cour a développé, dans le cadre du présent
rapport, une sélection d’indicateurs susceptibles d’éclairer sur le bilan de
l’action des IRT, comme des SATT (voir chapitre II).

Des indicateurs incomplets


Les évaluations reposent aujourd’hui, pour l’essentiel, sur des
indicateurs de réalisation42 (par exemple, nombre de brevets déposés par
une SATT, nombre et types de projets développés au sein d’un IRT) ou de
résultats43 (par exemple, nombre de start-up créées à l’issue de la maturation
dans le cadre d’une SATT, nombre d’articles publiés par un IRT dans une
revue à comité de lecture), dont la collecte peut d’ailleurs soulever des

41 Les résultats des évaluations ont parfois laissé dans l’incertitude certaines questions
essentielles. C’est le cas, s’agissant des IRT, de l’évaluation du respect des ratios de
financement public/privé, le prestataire privé n’ayant pas toujours été en mesure de
contre-expertiser les éléments fournis par les structures, sur la base d’une analyse de
leurs commissaires aux comptes.
42 Les indicateurs de réalisation sont définis par l’ANR comme les « produits des

actions (ce que l’on a fait avec les ressources qui ont été consommées) ».
43 Les indicateurs de résultats correspondent à « l’avantage immédiat généré par l’action

pour le bénéficiaire ».

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LA CRÉATION DE NOUVELLES STRUCTURES DE VALORISATION,
UN PARI RISQUÉ DU PIA 39

difficultés. Pour certains indicateurs, une analyse détaillée montre par


exemple que les IRT comprennent différemment l’information attendue.
Ainsi, le nombre de partenaires impliqués dans des projets avec un IRT,
utile pour déterminer le caractère effectivement multi-partenarial des
travaux conduits, suscite une compréhension parfois ambigüe : certaines
données retracent le nombre d’entreprises entrant en relation avec l’IRT,
fût-ce sur plusieurs projets ; tandis que d’autres comptent un même
partenaire autant de fois qu’il apparaît dans différents projets, ce qui peut en
effet permettre d’établir un nombre moyen de partenaires par projets. De
même des différences de périmètre ont été identifiées par la Cour s’agissant
des données RH ou encore des cofinancements et subventions obtenus de
diverses entités tierces. Malgré un travail régulier de l’ANR pour
harmoniser les définitions et la compréhension du reporting attendu, des
marges d’amélioration persistent. Par ailleurs, les évaluations ne
comprennent pas, à ce stade, de véritable analyse de l’impact socio-
économique des dispositifs en termes notamment de croissance et de
créations d’emplois. La perspective d’approfondir ce volet de l’évaluation
est régulièrement évoquée44, mais les indicateurs d’impact restent
aujourd’hui peu développés, l’attention étant très majoritairement portée sur
les indicateurs de réalisation et de résultats.

______________________ CONCLUSION ______________________

Les pouvoirs publics auraient pu choisir de s’appuyer sur les


structures de valorisation existantes qui avaient fait la preuve de leur
efficacité pour renforcer, prolonger et étendre leur action. Ils ont fait le
pari, dans le cadre du PIA 1, de financer en nombre de nouvelles structures
créées ex nihilo, en faisant le pari qu’elles feraient la démonstration de
leur efficacité et de leur viabilité, au prix d’un investissement massif
d’argent public.
L’objectif initial du PIA était de mettre en place un système de
valorisation autonome, qui mutualiserait les moyens des différents
opérateurs de recherche ou entre les organismes de recherche publique et
les entreprises. Il s’agissait d’un objectif particulièrement ambitieux au
regard de la complexité et de la spécificité de l’organisation de la

44Dans le rapport d’évaluation des SATT en 2015, l’ANR écrit ainsi : « après une
période significative, il faudrait pouvoir réussir à estimer pleinement l’impact socio-
économique des SATT en réfléchissant à d’autres indicateurs d’impact pour mieux
mesurer la création de valeur économique ».

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40 COUR DES COMPTES

recherche publique française, au sein de laquelle les organismes publics


de recherche jouent un rôle prépondérant.
L’ambition d’excellence et de rupture du PIA s’est heurtée, dès le
départ, à une série de handicaps difficiles à surmonter.
La mise en place des nouvelles structures de valorisation a été à
l’origine d’effets de redondance et de concurrence avec certaines
structures existantes, notamment les structures de valorisation des
organismes de recherche, des écoles et des universités. Ces phénomènes
de friction, en particulier avec les organismes de recherche, ont conduit,
dès le départ, le CGI, pour tenir compte des attentes de ces organismes, à
s’éloigner de la logique de sélectivité par appel à projets sur certaines
actions, comme par exemple les CVT, et à adapter les principes initiaux
d’organisation des nouvelles structures en matière de gestion de la
propriété intellectuelle.
Des préoccupations de maillage du territoire ont conduit à
généraliser des dispositifs censément sélectifs. Cet affaiblissement
progressif de la logique initiale a eu pour conséquence, pour les SATT par
exemple, d’accorder des crédits à des projets qui étaient confrontés à des
difficultés structurelles.
Alors même que ces nouvelles structures bénéficiaient de
financements publics importants, non soumis à une régulation budgétaire
annuelle en raison de la gestion extrabudgétaire du PIA, les pouvoirs
publics se sont heurtés à des difficultés pour définir et mettre en place un
pilotage efficace. Les objectifs fixés se sont révélés souvent mal adaptés et
ont pu conduire les pouvoirs publics à faire perdurer certaines de ces
structures alors même que les difficultés qu’elles rencontraient pouvaient
faire douter de leur viabilité. La gouvernance interne de ces structures est
complexe, rassemblant des acteurs souvent nombreux et hétérogènes, dont
les cœurs de métier et objectifs divergent parfois. Enfin, l’ANR a rencontré
des difficultés à remplir sa fonction d’opérateur des actions du PIA, et ne
s’est pas mise en mesure, en dépit d’un important appareil d’indicateurs,
au demeurant peu pertinent, d’exploiter ou de rendre compte utilement aux
diverses tutelles du suivi de l’activité et de la situation des structures
nouvelles.

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Chapitre II

Des résultats inégaux

et, jusqu’ici, décevants

Face à des objectifs initiaux larges et ambitieux, les réalisations des


nouvelles structures de valorisation créées par le PIA sont contrastées et
souvent en retrait (I). L’insertion de ces structures dans l’écosystème de la
valorisation et la recherche, condition de leur réussite, demeure encore trop
partielle (II). Leur modèle économique présente par ailleurs des fragilités
intrinsèques (III).

I - Les premières réalisations contrastées


et en retrait des nouvelles structures
de valorisation du PIA

A - Les SATT : des résultats inégaux


et en deçà des prévisions

1 - Des prévisions initiales exagérément optimistes

Le modèle économique des SATT repose sur le pari d’investissements


massifs dans des projets scientifiques, destinés au bout de plusieurs années à
produire des revenus qui doivent servir à rembourser la SATT, lui garantir
une fraction du profit pour reconstituer sa capacité à investir, et abonder les
comptes des établissements partenaires et les primes d’intéressement des
chercheurs.

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42 COUR DES COMPTES

Le financement a été étalé sur 10 ans, avec pour objectif d’afficher,


une fois passé ce délai, au moins un équilibre financier permettant de
poursuivre l’activité. Dès l’origine, la rentabilité s’inscrit donc dans une
perspective de moyen terme. S’il est donc encore trop tôt pour juger de la
pertinence économique du modèle, plusieurs enseignements peuvent être
tirés des premières années.
Toutes les SATT ont connu un lancement plus difficile qu’escompté,
très largement dû à des problèmes entre les actionnaires, à la mise en place
de structures nouvelles, à des interrogations sur le modèle et au temps
nécessaire pour assurer une bonne insertion dans le tissu universitaire.
De ce point de vue, on ne peut que relever que les projections de
résultats dans les dossiers de candidature se sont avérées exagérément
optimistes. En particulier, au cours des trois premières années d’exercice45,
les prévisions n’ont été atteintes par aucune SATT pour les quatre indicateurs
suivants : déclarations d’inventions, brevets prioritaires, licences signées et
revenus issus du transfert.

Tableau n° 2 : comparaison entre les plans d’affaires initiaux


des 14 SATT et les réalisations sur les trois premiers exercices

Revenus
Déclarations Licences
Brevets issus
d’inventions signées
du transfert
Prévisions 3 593 2 260 487 17,5 M€
Réalisations 3 066 1 082 237 4,7 M€

Écart - 14 % - 52 % - 51 % - 73 %
Source : Cour des comptes

2 - Une activité et des dépenses en phase de stabilisation


après une forte progression

L’activité des SATT, au niveau agrégé, a augmenté rapidement entre


2012 et 2015, avant de progresser à un rythme plus modeste, voire de
marquer un repli, selon certains indicateurs en 2016 et 2017.

45 Soit les exercices 2012-2014 pour les cinq SATT de la vague A, 2013-2015 pour les

quatre SATT de la vague B et 2014-2016 pour les cinq SATT de la vague C.

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 43

Leurs dépenses de maturation ont progressé de manière continue,


passant de 978 000 € en 2012 à 47 M€ en 2016, et 53 M€46 en 201747. Les
SATT remplissent, globalement, la mission principale qui leur a été fixée, à
savoir le financement et l’accompagnement de projets en phase de
maturation. Les revenus tirés par les SATT de leur activité de maturation48,
qui constituent la quasi-totalité de leurs ressources, ont progressé également
très rapidement, passant de 221 000 € en 2012 (avec cinq SATT) à 13,2 M€
en 201749. Il en va de même du nombre de licences50 signées
(de 3 à 174), même si le rythme de progression s’est ralenti au cours des deux
derniers exercices. Les SATT ont contribué à la création de 231 start-up, soit,
pour les années 2016 et 2017, plus d’une cinquantaine par an. Le chapitre III
montre cependant que ces résultats positifs dissimulent de fortes différences
entre les SATT.
Certains indicateurs semblent néanmoins témoigner, au niveau
agrégé, d’une stabilisation de l’activité des SATT. Le nombre de projets
maturés, après avoir progressé de 65 en 2012 à 407 en 2015, s’est replié en
2017 à 381. Les déclarations d’invention déposées par les laboratoires auprès
des SATT ont suivi une évolution similaire (forte progression jusqu’en 2015,
avant un repli en 2016 et 2017). Les engagements en maturation des SATT
ont également enregistré un léger repli en 2017, passant de 72 M€ en 2016 à
67 M€ en 2017 (- 6 %). Ce tassement présent dans certains indicateurs
d’activité des SATT peut relever de la conjonction de plusieurs facteurs, dont
il est difficile de déterminer la part respective. Il peut refléter une meilleure
gestion des risques par les SATT, à l’origine d’une politique
d’investissement plus sélective. Il peut aussi traduire le fait qu’après une
phase de mise en place, durant laquelle les SATT ont pu bénéficier des
projets proposés par leurs actionnaires, leur activité est en phase de
stabilisation, avec un enjeu d’animation régulière des laboratoires afin
d’assurer le renouvellement de leur vivier de projets à maturer. Enfin, les
incertitudes affectant le financement des SATT à moyen terme a pu
également peser sur les décisions d’investissement de ces structures.

46 Hors SATT Lutech.


47 Les données 2017 figurant dans le présent rapport ont été collectées auprès des SATT
au début de janvier 2018. Ces données ne sont, pour certaines, pas encore entièrement
définitives.
48 Ce sont principalement les revenus tirés des licences d’exploitation de brevets issus de

l’activité de maturation de la SATT.


49 La progression annuelle est cependant plus faible en 2017 (+ 46 %), contre + 76 % en

2015 et 2016.
50 Voir la définition dans le glossaire.

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44 COUR DES COMPTES

Des stratégies économiques différenciées


Les présidents de SATT disposent de la maitrise de leur stratégie
économique. Elle s’observe en particulier autour de deux axes :
- D’une part, les SATT peuvent choisir d’investir de manière massive sur peu
de projets, ou bien à l’inverse soutenir plus d’inventions, mais pour des
montants moindres. Ainsi, l’engagement moyen sur les 1841 projets
financés entre 2012 et 2017 s’établit à environ 154 000 €. Elle varie
cependant fortement : de plus de 500 000 € pour Saclay, de plus de
300 000 € pour Conectus, à environ 60 000 € pour Lutech.
- D’autre part, privilégier les licences à des entreprises existantes, ou bien
encourager la création de start-up. Ce choix présente un caractère
stratégique. L’investissement dans une start-up, sous forme d’une entrée au
capital, constitue un risque pour la SATT, qui peut s’avérer extrêmement
rentable en cas de succès, mais également entrainer la perte totale de
l’investissement en cas d’échec. Les SATT Lutech, Linksium et Pulsalys
ont axé leur stratégie sur la création de start-up, alors que Toulouse Tech
Tranfer privilégie les PME.

L’analyse des numéros SIRET des entreprises titulaires d’une licence


de brevet concédée par une SATT illustre une forte prédominance
d’entreprises situées dans la région de la SATT (68 %) et de très petites
entreprises (64 %), ce qui s’inscrit dans une logique de développement du
tissu économique local.

Graphique n° 2 : implantation des entreprises titulaires d’une licence


de brevet concédée par une SATT (2012-2016)

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 45

Source : Cour des comptes, d’après les données SIRET fournies par les 14 SATT (la SATT
Linksium n’a signé aucune licence sur la période)

B - Un bilan contrasté entre IRT


Les objectifs initiaux des IRT étaient particulièrement ambitieux et
nombreux. Il s’agissait de « constituer un nombre restreint de campus
d’innovation technologique de dimension mondiale regroupant des
établissements de formation, des laboratoires de recherche appliquée publics
et privés, des moyens de prototypage et de démonstration industrielle, et des
acteurs industriels pour l’essentiel sur un même site, renforçant ainsi les
écosystèmes constitués par les pôles de compétitivité51 ». Une volonté
« d’atteindre l’excellence dans des secteurs clés d’avenir et de se doter de
filières économiques (industrielles et de services) parmi les plus
compétitives au niveau mondial pour créer de la valeur et de l’emploi52 »
était explicitement affichée.
Une appréciation synthétique du degré de réussite des huit IRT est
rendue difficile par les différences de positionnement observées selon
l’objectif considéré53. Un IRT peut sembler en difficulté pour mobiliser des
engagements de cofinancement industriel de ses membres, mais au contraire
montrer une attractivité relativement plus forte à l’extérieur de son périmètre
de fondateurs, se montrer mieux en capacité d’attirer des financements
européens ou encore attirer plus de mises à disposition de personnels
académiques. Face à cette hétérogénéité, deux IRT constituent des cas
particuliers. Pour les six autres IRT, des points de fragilité comme de réussite
peuvent être mis en exergue et forment un bilan contrasté. La Cour s’est
attachée à traduire, pour ces différentes dimensions de réussite, les résultats
obtenus par les IRT depuis 2015, en les rapportant le plus souvent aux
charges d’investissement et de fonctionnement correspondant au
financement de l’activité. Ces éléments d’analyse figurent en annexe n° 3 et
appuient les constats formulés ci-après.
De façon générale, la jeunesse de ces instituts et le temps de cycle
parfois long des investissements en R&D sur certaines thématiques54
obligent à considérer ces premiers résultats avec prudence. Les éléments

51 Exposé préalable de la convention entre l’État et l’ANR du 27 juillet 2010 relative à

l’action « valorisation, constitution de campus d’innovation technologique de dimension


mondiale, instituts de recherche technologique » (IRT) du PIA.
52 Idem.
53 Notamment obtenir des cofinancements privés significatifs, des financements publics

complémentaires auprès d’autres partenaires publics que l’État, et disposer d’une


visibilité internationale.
54 Le domaine pharmaceutique se caractérise ainsi par des temps de cycle longs, de l’ordre

de 10 à 12 ans pour mettre au point une molécule, par opposition au numérique, dont les
temps de retours sur investissement sont plus courts.

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46 COUR DES COMPTES

complémentaires transmis à la Cour début 2018 esquissent ainsi une


tendance, qui devra être confirmée par des données définitives, à
l’augmentation de l’activité des instituts en 2017, notamment en termes de
cofinancements de projets et d’obtention de crédits compétitifs européens.

1 - Les cas particuliers des IRT Nanoelec et Railenium

L’IRT Nanoelec, dérogatoire dans ses modalités (voir le chapitre I),


présente, globalement, les meilleurs niveaux de réussite. Cet IRT est
cependant un héritage de l’histoire. Il jouit d’un adossement au CEA, à
travers son laboratoire d’électronique et de technologie de l’information
(Leti)55, et bénéficie de la relation privilégiée de long terme entre le CEA et
ST Microelectronics.
À l’inverse, l’IRT Railenium montrait jusqu’à fin 2016 des signes de
fragilité, ce qui pouvait traduire les difficultés rencontrées par cet institut
depuis son lancement, notamment dans la définition de sa feuille de route et
l’implication de l’ensemble des acteurs du transport ferroviaire. Initialement
centrée sur les infrastructures ferroviaires et construite autour d’un projet de
centre d’essais de grande ampleur, la stratégie de l’IRT a dû, à la suite de
l’abandon de ce projet, être redéfinie en 2015 pour s’ouvrir à l’ensemble de la
filière ferroviaire (infrastructures et transport). L’IRT a été placé en période
probatoire au printemps 2017 par le comité de pilotage de l’action IRT (copil)
et l’institut a pu présenter devant le copil, en novembre 2017, les dispositions
et engagements de ses membres, avec pour objectif de fédérer les acteurs de la
filière ferroviaire autour d’une feuille de route renouvelée. Les éléments ainsi
présentés à l’État laissaient augurer, début 2018, une décision de sortie de
période probatoire et de déblocage de la deuxième tranche de financement, le
copil de novembre 2017 ayant émis à cet égard un avis favorable.

2 - Le bilan contrasté des six autres IRT

Les résultats des six autres IRT forment un bilan contrasté au regard des
différents indicateurs retenus par la Cour et mesurés à fin 2017. La prise en
compte des valeurs 2017 montre une tendance haussière de l’activité anticipée,
ne paraissant toutefois pas devoir remettre en cause ce constat général.
Ainsi, le modèle multipartenarial de R&D spécifique aux IRT apparaît
respecté dans l’ensemble. Les IRT mobilisent en moyenne cinq partenaires
par projet de recherche et les entreprises semblent s’y inscrire dans une
logique d’innovation partagée, dans la mesure où environ deux tiers des
projets impliquent plusieurs entreprises. En revanche, la place des PME dans

55 Centre de recherche et technologie spécialisé dans les micro et nanotechnologies.

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 47

les projets des IRT reste relativement faible (de l’ordre d’un quart) et,
surtout, très inégale entre IRT.
Deux points d’attention forts paraissent devoir être mis en facteur
commun, s’agissant de la capacité des IRT à se rendre progressivement
moins dépendants des ressources du PIA.
En premier lieu, il convient, pour inscrire leur action dans la durée et
permettre leur viabilité, qu’ils puissent compter sur un engagement
important et durable de leurs membres fondateurs privés. Or, une tendance
de ces derniers à concentrer, à l’avenir, leurs apports sur des projets bien
ciblés auxquels ils participent plus qu’à soutenir le budget général des
fondations, semble se dessiner, traduisant le risque d’un effet d’aubaine.
La capacité à pallier cet effet par l’obtention d’engagements de
cofinancements sur projets au-delà du cercle des fondateurs est par ailleurs
très inégale. Les IRT apparaissent ainsi, à l’exception de Nanoelec et
BioAster, relativement dépendants de leurs fondateurs. De même, seuls ces
deux IRT, qui revendiquent un statut communautaire d’organisme de
recherche, parviennent à obtenir un niveau significatif de cofinancements
privés à l’international.
Dans ce contexte, ces instituts sont confrontés à d’importants coûts
fixes, induits notamment par le nécessaire recrutement de personnels d’appui
à la recherche et l’entretien de plateformes technologiques à l’état de l’art.
Les indicateurs de réalisation disponibles témoignent d’ailleurs de niveaux
de personnels plus élevés qu’initialement prévu.
Tableau n° 3 : indicateurs de réalisation des IRT

Valeur
Cible Valeur Taux d’atteinte
Indicateur 2017
2016 2016 de la cible 2016
(*)
Personnel propre de l’IRT 284 606 601,28 213 %
Personnel mis à disposition
252 407 243 162 %
au sein de l’IRT
Nombre d'équipements/plates-
67 56 66 84 %
formes en service
Valorisation des plates-
ND 6 12,6 NA
formes/équipements (M€)
Nombre de projets de recherche
59 57 110 97 %
nouveaux engagés
Montant des projets de recherche
503,2 714 876,9 142 %
engagés (M€) - cumul
Source : Cour des comptes d’après des données des IRT et de l’ANR. Note : (*) Valeur 2017 hors
Nanoelec dont les données sont non disponibles.

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Le poids des coûts de structures est par conséquent élevé et son


amortissement encore en cours.

Les coûts fixes induits par la personnalité juridique


donnée aux IRT
Le fait d’attribuer aux IRT, à l’exception de Nanoelec, une
personnalité juridique propre, se justifiait par la volonté d’introduire un acteur
nouveau dans le paysage de la recherche appliquée, capable de conduire en
autonomie une stratégie propre de recrutement, d’investissement, de
recherche et de valorisation. Un tel choix emporte néanmoins des coûts fixes
(liés aux fonctions de direction56 ou de valorisation). Sur l’exercice social
2016, les coûts de structure (hors plateformes de recherche) sont estimés par
l’ANR à environ 36,5 M€, soit environ 30 % du total des charges des 7 IRT
sous forme de FCS.

56 Le recrutement de certains directeurs d’IRT présente ainsi un profil de très haut niveau

d’expertise scientifique et industrielle, justifiant des niveaux de rémunération


particulièrement élevés.

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 49

En second lieu, une part significative des ressources devrait pouvoir


être couverte, à terme, par des financements publics compétitifs, notamment
sur crédits européens. Or, ces derniers ne couvraient en 2017 que 2 %
environ des charges des IRT57, ce qui, bien qu’en augmentation rapide par
rapport à 201658, paraît insuffisant au regard de l’objectif, d’un budget
couvert, à hauteur d’un tiers environ, par les crédits issus de tels appels à
projets lancés principalement par l’ANR, Bpifrance, ou l’Union européenne
(principalement au titre du PCRD59 et du FEDER60).
La capacité à progresser sur ces deux volets (engagement durable des
fondateurs privés et accès à des financements publics compétitifs) d’ici 2019
sera déterminante pour apprécier la soutenabilité d’un modèle économique
impliquant un soutien prolongé de l’État.

C - Des doutes sérieux sur la viabilité des CVT


Le démarrage des CVT a été beaucoup plus lent que prévu : 15,7 M€
ont été décaissés les trois premières années sur une dotation totale allouée de
20,7 M€. Plus inquiétant, le cumul des recettes s’élève sur cette période à
272 000 € alors que les plans d’affaires prévoyaient des recettes de 8,2 M€,
à la suite des difficultés à vendre les études et prestations proposées. Cette
première phase, conclue par l’évaluation triennale conduite fin 2015-début
2016, a néanmoins vu une progression régulière des décaissements,
interrompue par la période d’incertitude de l’année 2016.

57 Hors Nanoelec. En incluant ce dernier, cette proportion est de 3,8 %.


58 Cette proportion était alors de seulement 1 %, quasi-stable par rapport à l’année précédente.
59 Le programme cadre de recherche et développement (PCRD) est le principal instrument

communautaire de financement de la recherche.


60 Fonds européen de développement régional.

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Graphique n° 3 : dépenses annuelles exécutées par les CVT (en €)

Source : comptes des CVT

L’évaluation triennale a, en effet, réorienté l’action CVT à la suite du


constat de la difficulté à faire décoller ce programme. Le rapport
d’évaluation à mi-parcours réalisé par France Stratégie en mars 2016
préconisait d’ailleurs l’arrêt total du financement de ce programme.
Finalement, un CVT (CVSTENE) a été arrêté en septembre 2016 à la suite
du constat d’une incapacité à faire émerger des véritables mutualisations
entre ses membres. Pour les autres, le principe d’une évaluation annuelle a
été adopté de manière à vérifier à brève échéance leur viabilité et leur
efficacité. Au vu de l’altération du modèle économique induit par la
suppression de la possibilité (de fait peu utilisée) de vendre des prestations
aux structures financées par le PIA, seule la preuve d’une véritable valeur
ajoutée par rapport aux outils existants (organismes, alliances, SATT, France
Brevets) pourra justifier la poursuite d’un financement. Le cas de
Valorisation Sud (voir encadré ci-après) est à part et demandera un
traitement spécifique.

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 51

Le CVT Valorisation Sud, un cas à part


Ce CVT se distingue des cinq autres à plusieurs égards : non adossé à
une alliance, il a été ajouté à la liste initiale des CVT retenus, son objet n’est
pas disciplinaire mais lié à un débouché spécifique, celui des pays du Sud, et
son modèle économique ne repose pas sur la réalisation et la vente de
prestations (hors « études-flash » pouvant être commercialisées auprès des
non-membres) mais sur la maturation et le transfert de brevets confiés par ses
membres. En cela, il a pu être qualifié de « mini-SATT ». Cependant, comme
les autres CVT, il ne dispose pas de personnalité juridique, sa gestion
financière étant assurée par l’IRD, un des membres fondateurs, avec le
CIRAD, l’Institut Pasteur et quatre universités ultramarines.
Ne disposant pas d’exclusivité sur les brevets développés par ses
membres, le CVT doit convaincre de sa valeur ajoutée, notamment sa capacité
à trouver des débouchés pour des brevets difficiles à valoriser. L’enjeu est
complexe : l’Institut Pasteur a ainsi longtemps tardé à confier des brevets au
CVT, tandis que l’IRD annonçait en juillet 2017 le lancement d’une réflexion
pour développer la valorisation de ses brevets en direction des pays du Sud,
sans sembler prendre en compte la place du CVT.
Afin de renforcer sa position auprès de ses partenaires et de démontrer
sa viabilité économique, le CVT s’est efforcé de diversifier son périmètre,
notamment en direction des SATT. Il cherche aussi à développer ses
ressources propres et vise en particulier la création d’un fonds de maturation
cofinancé par des bailleurs français et internationaux. Le CGI a conditionné
la poursuite du financement par le PIA à la réussite de ce projet, qui
démontrerait l’existence d’un véritable marché. Pour convaincre d’éventuels
financeurs, le CVT devra faire évoluer sa structure juridique et obtenir la
personnalité morale sous la forme de société de droit privé, comme une
SATT. La visibilité et les moyens supplémentaires ainsi obtenus pourront
permettre à ce CVT très spécifique de s’insérer plus efficacement dans
l’écosystème de la valorisation.

D - Le rôle du PIA difficile à apprécier


dans l’évolution de la position française
Si la place de la France dans les classements et indicateurs
internationaux a enregistré une progression récente, il est impossible
d’identifier la part prise par les différents dispositifs dans cette progression
globale ; le PIA peut y avoir sa part, parmi d’autres facteurs.
De fait, la place de la France dans la compétition internationale peut
sembler progresser, même si les statistiques manquent sur les années les plus
récentes. Depuis 2016, le tableau de bord de l’Union de l’innovation, établi
par la Commission européenne et qui compile différents indicateurs, classe

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52 COUR DES COMPTES

ainsi la France dans le groupe des « forts innovateurs », ce qui constitue un


progrès après plusieurs années où la France était considérée comme un pays
« suiveur ». La France demeure néanmoins exclue du groupe de tête des
« champions de l’innovation » dont font partie l’Allemagne, les Pays-Bas, la
Finlande et le Danemark, et se situe à peine au-dessus de la moyenne des
États membres.
La part de la R&D publique financée par les entreprises, qui résulte
de l’intensité des contrats industriels, a progressé en France entre 2005 et
2014 ; la France reste néanmoins en deçà de la moyenne des pays de
l’OCDE.

Graphique n° 4 : évolution de la part de R&D publique (État


et enseignement supérieur) financée par les entreprises (en %)

Source : OCDE.

À un niveau plus détaillé, certains indicateurs sur la valorisation font


apparaître des progrès. En matière de brevets, le nombre de dépôts par les
personnes publiques a très fortement augmenté en France (doublement entre
2004 et 2014), bien que les dernières années marquent plutôt une
stabilisation voire un repli, à la suite du constat du coût élevé d’entretien des
portefeuilles : au CNRS, le nombre de brevets déposés annuellement a ainsi
augmenté de 38 % entre 2010 et 2014 avant de diminuer de 5 % entre 2014
et 2016. Dans le classement de l’Office européen des brevets, l’Inserm a
accédé, pour la première fois, en 2016, à la première position de déposant
européen dans la catégorie pharmaceutique et à la seconde position dans la
catégorie biotechnologique.

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 53

En revanche, les redevances perçues par les organismes publics sur


leurs titres de propriété intellectuelle stagnent depuis 2011.

Graphique n° 5 : redevances sur titres de propriété intellectuelle


perçues par les organismes publics (en milliers d’euros)

Source : MESRI (SIES). Les données 2015 sont semi-définitives.

Parmi les différents aspects de la valorisation, seule la recherche


partenariale apparaît en forte hausse. La recherche contractuelle constitue la
relation la plus classique et la plus simple entre les laboratoires publics et le
secteur privé. Elle prend la forme de contrats de recherche ou de prestations
de service par lesquels, pendant une durée déterminée, le laboratoire
collabore avec l’entreprise sur un sujet de recherche.
Les contrats de recherche financés par les entreprises forment, d’après
les données disponibles61, une ressource pour les entités de recherche
publiques d’environ 1 Md€ par an, soit l’un des principaux postes de
valorisation monétaire de la recherche publique. Cette ressource n’a que
lentement progressé au cours de la décennie 2000-2010, sa part dans la
DIRDA (dépense de R&D des administrations) tendant même à reculer. Une
accélération de la progression est cependant observée depuis 2010, la part
des recettes de contrats industriels dans la DIRDA passant de 4,7 % à 5,5 %.

61 Il s’agit d'une part de l’enquête R&D menée par le service statistique (SIES) du MESRI

auprès des institutions publiques et des entreprises localisées en France, à laquelle il


convient d’ajouter les dossiers budgétaires fournis par certaines institutions publiques ;
d’autre part de la base de données des déclarations CIR gérée par le MESRI (base
GECIR).

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54 COUR DES COMPTES

Graphique n° 6 : évolution et répartition des ressources pour travaux


de R&D en provenance des entreprises (en M€)

Source : Cour des comptes d’après des données du MESRI (enquêtes R&D du SIES). Note : sont ici
pris en compte les contrats de recherche avec les entreprises françaises et étrangères. Les données
en histogramme empilé sont en euros courants. Une évolution globale en euros constants (calculée
sur la base de l’évolution de l’indice des prix à la consommation, base 100 = 2015) est restituée sur
la courbe en trait continu. La part des recettes de contrats dans la DIRDA se lit sur l’échelle de
droite.

Les recettes de contrats de recherche demeurent très concentrées sur


les organismes nationaux de recherche prenant la forme d’établissements
publics à caractère industriel et commercial (EPIC) - très principalement le
CEA -, qui encaissent plus de la moitié des recettes. Ainsi que la Cour l’a
déjà relevé62, le positionnement atypique du CEA repose sur une longue
tradition de valorisation, et reflète une stratégie volontaire de cet organisme
pour tisser des liens forts et pérennes avec les industriels. À l’inverse, on
note le faible montant des recettes contractuelles du CNRS, au regard de la
taille de cet établissement.

62Cour des comptes, Rapport particulier, La valorisation de la recherche civile du CEA,


juin 2017, 68 p., disponible sur www.ccomptes.fr

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 55

La valorisation au CEA
Le CEA a mis en place un modèle original et intégré de valorisation
des résultats de sa recherche civile, tenant une place importante dans son
équilibre financier. CEA Sciences63, positionné sur la recherche
fondamentale, obtient par exemple un montant de contrats industriels quatre
fois plus important que le CNRS, proportionnellement à son budget.
Au CEA, une prospection active des entreprises vise notamment des
PME et s’appuie sur un portefeuille étendu de brevets. Ce modèle de
croissance par les contrats industriels fait cependant porter le risque, identifié
en particulier pour CEA Tech64, d’un insuffisant ressourcement scientifique65.
La conjonction d’une croissance importante des financements sur projet ou
industriels, sans croissance associée de la subvention de l’État et de
l’abondement au titre de ses instituts Carnot rend en effet difficile le maintien
d’une recherche autonome qui permette de conserver l’avance technologique
du CEA. En parallèle, le coût important des brevets n’est pas couvert par les
redevances associées : le dimensionnement du portefeuille de brevets doit être
régulièrement ajusté pour ne couvrir que les titres susceptibles d’application
par les partenaires potentiels du CEA.

La progression des recettes de contrats industriels, notamment au


cours de la première moitié de la décennie en cours, est concomitante du
lancement du PIA. Ce dernier n’a pu cependant avoir un impact direct que
limité, dans la mesure où ses crédits n’ont que peu visé le développement de
cette forme de recherche partenariale. En revanche, un effet d’entraînement
général a pu jouer, en renforçant une évolution des mentalités dans les
institutions publiques de recherche, en faveur de relations plus soutenues
avec les partenaires privés.

63 CEA Sciences est l’appellation de la direction de la recherche fondamentale (DRF) du

CEA.
64 CEA Tech est l’appellation de la direction de la recherche technologique (DRT) du

CEA.
65 C’est-à-dire d’une capacité à reconstituer un stock, prenant le cas échéant la forme de

titres de PI, de savoirs et savoir-faire originaux, résultant d’inventions rendues possibles


par des travaux de recherche fondamentale ou appliquée, mais dépourvus de finalité et
d’application industrielle immédiates.

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56 COUR DES COMPTES

Cette évolution a été rendue possible par un pilotage des opérateurs


mettant l’accent sur le développement des ressources propres, ainsi que par
une politique de labellisation à fort effet de levier, via le dispositif des
instituts Carnot66. Elle a été facilitée également par le doublement de
l’assiette des dépenses éligibles au crédit d’impôt recherche (CIR), lorsque
celles-ci relèvent d’une sous-traitance auprès de laboratoires publics.
La progression modérée des subventions pour charges de service
public allouées aux opérateurs de recherche de l’État a, en effet, incité au
développement des ressources propres tirées de contrats tant auprès de
l’ANR et de l’Union européenne, qu’auprès des partenaires privés. Cette
évolution a pu jouer un rôle d’aiguillon, contraignant les organismes à se
doter d’une stratégie propre afin d’attirer des ressources.
Le dispositif Carnot, lancé en 2006, d’un coût budgétaire annuel
limité à environ 70 M€ en agrégeant les crédits du budget de l’État et ceux
du PIA, a, par ailleurs, permis un effet de levier important sur les contrats
signés avec des partenaires industriels. Le volume des contrats de recherche
portés par les instituts Carnot, de l’ordre de 400 M€, représente ainsi environ
40 % du volume annuel national total de recettes tirées de contrats
industriels, cette part ayant régulièrement augmenté pour doubler en dix ans.
Enfin, les entreprises profitent, depuis 2004 avec des mesures
d’extension de périmètre en 2008 et 2009, d’un doublement de l’assiette des
dépenses de recherche éligibles au crédit d’impôt, lorsque celles-ci relèvent
d’une sous-traitance auprès de laboratoires publics67. Avec un taux de
30 %68, cela revient à une prise en charge pour plus de moitié, par les fonds
publics, des dépenses externalisées (plafonnées) de R&D des entreprises.
Les données agrégées disponibles confirment l’importance financière du
CIR, qui couvre une part croissante du financement, par les entreprises
privées, de la recherche publique. Une forte augmentation des montants
sous-traités est observée depuis 2009.

66 Voir annexe n° 9.
67 Sous forme d’exécution de prestations de recherche et dans la limite globale de 12 M€
à la condition qu’il n’existe pas de liens de dépendance entre l’entreprise donneur d’ordre
et le prestataire. Dans le cas contraire, les dépenses de R&D externalisées sont retenues
pour le montant réel et dans la limite globale de 2 M€.
68 Jusqu’à 100 M€ de dépenses annuelles, 5 % au-delà.

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Graphique n° 7 : évolution des dépenses de R&D des entreprises


externalisées auprès d’entités publiques (en M€)

Source : Cour des comptes d’après des données du MESRI (base GECIR).

II - Une insertion trop partielle de ces nouvelles


structures dans l’écosystème de la valorisation

L’une des conditions d’une bonne valorisation est que les différents
outils et intervenants de l’écosystème de la valorisation collaborent entre eux
et interagissent69. Le choix du PIA de créer ex nihilo de nouvelles structures
de valorisation constituait, à cet égard, un facteur de complexité initial (voir
chapitre I). Ce choix a soulevé des questions juridiques et fiscales
complexes, mal anticipées par le CGI et donc insuffisamment résolues au
moment du lancement des structures, qui ont fragilisé leur fonctionnement.
À ce stade, on constate, par ailleurs, une insertion trop partielle de ces
nouvelles structures dans l’écosystème de la valorisation et de la recherche,
avec une appropriation inégale de ces structures par les établissements
publics de recherche et des collaborations encore minces entre ces nouvelles
structures. Cette interaction insuffisante des nouvelles structures avec
l’écosystème de la valorisation a pu alimenter le sentiment exprimé par
différentes parties prenantes, lors des entretiens menés par la Cour, d’un
foisonnement peu lisible des dispositifs en faveur de la valorisation de la
recherche70.

69Voir annexe n° 11.


70Voir également Cour des comptes, Rapport public thématique : Le financement public
de la recherche, un enjeu national. La Documentation française, juin 2013, 283 p.,
disponible sur www.ccomptes.fr

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Schéma n° 5 : panorama des acteurs de la recherche, de la valorisation


et de l’innovation après le PIA

Source : Cour des comptes.


Acronymes : ETI : entreprises de taille intermédiaire ; AAP ADEME : appels à projets de l’agence de l'environnement et de
la maîtrise de l'énergie ; ANR : agence nationale de la recherche ; AAP CNES : appels à projets du centre national d’études
spatiales ; AAP DGAC : appels à projets de la direction générale de l’aviation civile ; CIFRE : conventions industrielles de
formation par la recherche ; CPER : contrats de projets État-Régions ;FIST : société anonyme France Innovation
Scientifique et Transfert ; PRCE : projet de recherche collaborative entreprise (programme de l’ANR) ; Labcom : programme
de financement de laboratoires mixtes de l’ANR ; COMUE : communautés d'universités et établissements créées par la loi
du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche ; SAIC : services d’activités industrielles et
commerciales des universités ; ITC ECSEL : Initiative technologique conjointe ITC puis ECSEL ; RAPID : régime d’appui à
l’innovation duale, compris dans le fonds de compétitivité des entreprises (FCE) hors FUI ; Nano : programme national sur
les technologies de production les plus avancées de nanoélectronique, compris dans le FCE hors FUI ; A350XWB : soutien
au développement de l’aéronef Airbus A350XWB de ligne long-courrier et gros porteur ; MAA : ministère de l’agriculture et
de l’alimentation ; MTES : ministère de la transition écologique et solidaire ; Labcom : programme LabCom de l’ANR ;
PRCE : projets de recherche collaborative entreprise (PRCE), programme de l’ANR ; IHU : Instituts hospitalo-
universitaires ; IRT : Instituts de recherche technologique ; ITE : Instituts pour la transition énergétique ; PAAA : « projets
agricoles et agroalimentaires d’avenir » ; RSN : « Recherche en matière de sûreté nucléaire » ; Réacteur ASTRID : réacteur
de 4ème génération - Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration ; Santé biotech : « santé et
biotechnologie » (tous volets hors infrastructures) ; SATT : sociétés d’accélération du transfert de technologies ; Frontier
venture, action du PIA 3 destinée à financer un fonds consacré au préamorçage, étape suivant la maturation lorsque des
créations d’entreprises en résultent ;TIGA : « territoires d’innovation de grande ambition », action du PIA3 visant à soutenir
financièrement des territoires d’intérêt national en innovation.

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A - Une concentration largement inachevée


des services de valorisation

1 - Le maintien de dispositifs de valorisation


dans les universités et les organismes de recherche

L’insertion, dans l’écosystème local de la recherche, des SATT,


sociétés extérieures aux universités et aux établissements publics à caractère
scientifique et technologique (EPST) n’a pas été sans poser de difficultés.
L’importance des fonds qui leur ont été alloués, sans commune mesure avec
ce qui existait préalablement, et qui a entrainé la création d’emplois
rémunérés sur les grilles du secteur privé, a parfois été mal acceptée dans le
milieu de la recherche. Les universités, au bénéfice desquelles les SATT sont
supposées agir en priorité, ont pu se sentir dépossédées de leurs
compétences. Le CNRS, actionnaire des 14 SATT et l’INSERM, de la moitié
à l’origine, ont dû chercher une bonne articulation avec ces nouvelles
sociétés, alors même qu’ils n’ont pas bénéficié des fonds du PIA au-delà de
la couverture de leur participation au capital des SATT et des prestations
attendues d’elles. Cela a pu se traduire par une forme de défiance qui s’est
matérialisée localement par des oppositions en conseil d’administration et
par des délais anormaux pour parapher les conventions d’actionnaire.
Ces réticences se sont traduites par la persistance, voire le
développement, de structures de valorisation propres aux actionnaires des
SATT, tant au niveau local qu’au niveau national.
Au niveau local, 168 personnes, chargées de fonctions de valorisation
au sein des universités, ont été transférées aux SATT, représentant environ
23 % de leur effectif en 2016. Ces transferts ont cependant été réalisés de
manière très inégale selon les SATT. Deux SATT (Paris Saclay et Idf Innov)
n’ont ainsi accueilli aucun agent issu des universités. Un mouvement de
transfert de services de valorisation d’ampleur n’a été constaté que pour les
SATT Grand-Est (60 personnes, soit la très grande majorité des agents en
poste), AST (21 personnes), Ouest Valorisation (18 personnes), Conectus et
Sud-Est (14 personnes chacune), Nord et Pulsalys (13 personnes chacune).
Ces sept SATT, soit la moitié d’entre elles, représentent plus de 90 % de
l’ensemble des transferts – et 35 % pour la SATT Grand-Est.

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Transferts de personnel : trois cas de figure


Une analyse plus détaillée permet de dégager trois grands cas de figure
dans les structures locales :
- un transfert quasi-total des services de valorisation, l’université ne
conservant que des services de taille très réduite. Ainsi, l’université de
Strasbourg a transféré à la SATT 14 des 17 personnels affectés à l’ancien
dispositif mutualisé de transfert de technologies (DMTT), qui ont accepté
de la rejoindre. L’université ne conserve que trois agents, dont un chargé
des relations avec la SATT. Le cas est identique avec la SATT AST, les
universités ayant transféré 21 personnes, mais ayant conservé cinq postes
pour assurer l’interface avec la SATT ;
- la création ex-nihilo avec la SATT de compétences qui n’existaient que de
manière résiduelle. Les universités du Languedoc-Roussillon ne disposaient
dans l’ensemble que d’une personne chargée du transfert, qui a intégré la SATT.
La création de cette nouvelle structure s’est donc traduite par un flux net
d’embauches qui a permis de remplir une fonction très peu développée. À
l’opposé, comme les universités ont conservé leurs compétences en matière de
contrats de recherche, les effectifs n’ont pas évolué ;
- la persistance de service de valorisation ou le redéploiement des
personnels. Dans le cas de la SATT Grand Centre, le premier président de
la SATT n’a pas souhaité accueillir les anciens agents des services de
valorisation – ce qui a pu par ailleurs contribuer au démarrage hésitant de la
SATT. Les établissements ont donc réaffecté les personnels en interne et
conservé certaines fonctions de valorisation.

Les organismes publics de recherche n’ont pas connu de contraction


de leurs personnels chargés de la valorisation. Les effectifs de la filiale de
valorisation du CNRS, FIST, sont restés stables autour de 47 ETPT, ceux de
Inserm Transfert ont progressé, passant de 77 en 2012 à 88 en 2016. Il faut
cependant souligner que ces deux entités doivent assurer la coordination avec
les SATT, et gèrent de surcroit la politique de recherche partenariale.
L’INSERM oppose par ailleurs son modèle, spécialisé sur le secteur de la
santé et tourné vers le long terme, aux SATT, généralistes sur le segment de
la maturation et tentées de privilégier le court terme pour satisfaire leur
contrainte de rentabilité. Ces différences d’approche sont avancées pour
justifier le maintien d’une capacité autonome de valorisation.
La création des SATT n’a donc pas entraîné de réorganisation des
services de manière uniforme, et ce d’autant plus que les universités ont
conservé pour la plupart des compétences en lien avec la valorisation. Ainsi,
seules trois SATT gèrent les contrats de recherche partenariale, quatre
apportent leur soutien à la négociation. Si les universités actionnaires des
SATT n’étaient pas tenues de leur transférer l’ensemble des fonctions en lien
avec la valorisation, la persistance de prestations assurées en interne
constitue cependant le signe d’une mutualisation, inachevée, qui n’est pas
allée au bout de la logique du PIA.

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 61

2 - D’insuffisantes interactions des IRT


avec leur environnement académique
L’implication des établissements publics de recherche dans la
gouvernance et l’apport de compétences aux IRT étaient une originalité et
une condition de réussite du modèle initial. Mettre en place une « maison
commune » associant, autour d’une feuille de route technologique conjointe,
des équipements, des moyens financiers et des compétences, suppose en effet
de favoriser les échanges opérationnels, autour de projets concrets, entre
équipes des laboratoires publics et des services de R&D des entreprises71.
Les académiques présents dans la gouvernance des IRT ont cependant
parfois éprouvé des difficultés à se reconnaître dans les projets retenus et à y
déléguer par conséquent une partie de leurs ressources scientifiques. En
raisonnant hors le cas particulier de Nanoelec, dont le modèle d’IRT
internalisé implique un bien meilleur niveau de participation72, on relève
ainsi une proportion de personnel académique au sein des IRT globalement
faible (de l’ordre de 5 % en 2015) et en baisse (3,3 % en 2017). Cette
moyenne recouvre toutefois des disparités, certains IRT semblant trouver des
solutions pour attirer ces personnels.

Graphique n° 8 : part du personnel (ETP) mis à disposition (MAD)


par le public dans le total du personnel de l'IRT (propre et MAD)

Source : Cour des comptes d’après des données des IRT. Les données 2017 disponibles sont provisoires.
On raisonne ici hors Nanoelec, dans la mesure où le modèle dérogatoire de ce dernier implique que la
notion de mise à disposition de personnel ne doit pas être entendue avec les implications juridiques et
comptables qu’elle recouvre usuellement, mais comme la participation aux programmes de l’IRT de
personnels académiques (à hauteur d’environ 70 % des ETP) ou d’origine privée.

71 De tels échanges contribuent à constituer un continuum de la recherche amont vers la

recherche avale favorisant, par leur association étroite avec des laboratoires publics, le
ressourcement scientifique et technologique des entreprises, qu’elles soient membres ou
non de la fondation.
72 De l’ordre de 70 % des personnels (ETP) de l’IRT.

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62 COUR DES COMPTES

Une première explication de ce constat, dans l’ensemble


insatisfaisant, peut tenir aux règles financières fixées en matière de mises à
disposition73. Les fondateurs académiques doivent reverser, à titre de
participation financière à l’IRT, une quote-part74 du remboursement encaissé
au titre de la mise à disposition de leurs personnels au sein des fondations.
Une telle clause, présentée comme destinée à témoigner de l’implication des
fondateurs publics dans un accompagnement de long terme des IRT, a pu
constituer un frein d’ordre budgétaire, dans un contexte de faible progression
des subventions pour charges de service public allouées aux organismes de
recherche pendant la première moitié de la décennie. Il est à noter que les
ITE, créés en même temps que les IRT, ne pratiquent pas un tel reversement.
Au-delà de cette question financière, ce phénomène illustre, plus
largement, la difficulté des organismes, notamment les EPST qui se
consacrent à la recherche « en amont », à collaborer avec les IRT, perçus
comme des structures pilotés par des fondateurs privés75, chargées de
répondre à des besoins industriels et conduites de ce fait à privilégier des
retours sur investissement rapides alors que la recherche « amont » se situe
dans un horizon temporel long. S’agissant des organismes publics davantage
orientés vers la recherche appliquée, la mise en place des IRT a pu donner
lieu à des phénomènes de concurrence parfois conflictuels. Ce fut le cas, par
exemple, entre l’IRT Jules Verne et l’un de ses fondateurs, l’école centrale
de Nantes, dont un tiers des ressources provenait des entreprises dans le
cadre de projets de recherche technologique et qui s’est retrouvée en
situation de concurrence pour attirer ces financements privés, cette

73 Voir la note méthodologique relative aux IRT, adoptée au niveau interministériel fin 2011.

Si la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la


fonction publique de l'État, pose le principe selon lequel « la mise à disposition donne lieu
à remboursement », il peut toutefois être dérogé à cette règle lorsque le fonctionnaire est mis
à disposition auprès d’un groupement d'intérêt public (GIP), d’après la circulaire du 5 août
2008 relative à la réforme du régime de la mise à disposition des fonctionnaires de l’État (ce
raisonnement pouvant être appliqué au cas des fondations de coopérations scientifiques). En
tout état de cause, il est nécessaire de formaliser et retracer cet apport dans les états financiers
de la fondation. Cela étant, le guide méthodologique sur les IRT validé en réunions
interministérielles des 16 et 20 décembre en 2011, se réfère au principe d’un remboursement
systématique. Dans l’hypothèse où un fondateur académique souhaite contribuer au
financement de la fondation, l’application du schéma préconisé par le guide
méthodologique, qui sur ce point mériterait toutefois d’être simplifié, est préférable en ce
qu’il permet de mieux formaliser et retracer cet apport dans les comptes de l’IRT.
74 Fixée a minima à 30 %.
75 Les modalités de financement des projets des IRT qualifiés d’entreprises, qui reposent

sur un engagement préalable de cofinancement privé des projets, renforcent l’initiative


privée dans la définition de la stratégie à suivre par la fondation.

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concurrence étant jugée déloyale par l’école, en raison de l’aide du PIA qui
finance 50 % du coût des projets validés des IRT.

3 - France Brevets : une insertion trop partielle dans l’écosystème


de la valorisation de la recherche publique

France Brevets devait mener une politique active de partenariat en


particulier avec les SATT ou les filiales de valorisation des organismes de
recherche, pour les aider à la constitution de « grappes » pertinentes de
brevets (activité dite de « fabrique de brevets ») susceptibles de constituer
les technologies de rupture et de devenir les « pépites » industrielles de
demain.

Les missions initiales de France Brevets au sein du monde


de la valorisation : un spectre large et complexe
France Brevets est censée intervenir en appui aux détenteurs de brevets
– PME, grands groupes industriels et organismes de recherche publics – pour
conduire à leur profit des campagnes auprès des contrefacteurs internationaux
qui utilisent la technologie protégée par ces brevets. Ces campagnes, qui
peuvent trouver un aboutissement contentieux, visent à obtenir la
rémunération de l’utilisation des brevets selon la pratique dite de la
concession de licence ex post et ainsi, à obtenir en retour des flux de revenus
pour les inventeurs, publics ou privés. Outre cette activité contentieuse,
France Brevets a développé une activité dite de « fabrique de brevets »
consistant à construire des relations avec les détenteurs de brevets, afin de les
aider à constituer des « grappes » pertinentes qui pourront, par la suite, être
commercialisées et « licenciées » auprès des industriels. Sa mission consiste
également à protéger les activités industrielles nationales et européennes
contre les attaques de concurrents internationaux, par le biais de diverses
modalités telles que l’acquisition défensive de brevets, le
co-investissement défensif aux côtés d’acteurs industriels ou la création d’une
banque de brevets en déshérence.

En réalité, France Brevets n’est, jusqu’à présent, pas parvenue à


s’insérer dans l’écosystème de la recherche publique, encore complexifié
depuis la mise en place du PIA. Ses relations avec cet écosystème sont quasi
inexistantes, se résumant à un projet avec une SATT dans le secteur
numérique. La création simultanée des SATT et de France Brevets crée une
certaine confusion dans cette chaîne de valeur et à tout le moins demande un
temps plus long que prévu pour que l’ensemble puisse former un tout
cohérent et optimal.

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Par ailleurs, des frottements concurrentiels existent avec les grands


organismes de la recherche publique, ces derniers ayant le plus souvent les
moyens d’assurer eux-mêmes la fonction de valorisation des brevets.
L’hyperspécialisation dans les télécoms de France Brevets, qui peut se
justifier du fait de la nature particulièrement transversale des technologies de
l’information et de la communication, réduit le champ potentiel de
collaboration76. Enfin, ses interventions majoritairement tournées vers le
contentieux peuvent dissuader les grands organismes souhaitant maintenir
de bonnes relations avec les partenaires industriels susceptibles de
développer commercialement leurs brevets.

4 - Les CVT : une insertion problématique


dans le paysage de la valorisation

Les CVT avaient vocation à financer des services à forte valeur


ajoutée dans leur domaine thématique de manière à faire bénéficier de leur
expertise les structures de valorisation généralistes. Leur réussite dépendait
d’une triple intégration : au sein du réseau des membres des consortiums,
auprès des entreprises destinataires in fine du transfert de propriété
intellectuelle dans les thématiques concernées et auprès des structures de
valorisation « clientes ».
Sur le premier point, l’engagement des membres apparaît inégal selon
les CVT. Certains ont pu bénéficier de l’action antérieure des alliances
auxquelles ils ont été adossés et ont réussi à développer des actions
mutualisées. D’autres ont pâti de relations insuffisantes avec les alliances
(Athéna) ou de la difficulté à mobiliser tous les membres (CVSTENE,
Valorisation Sud). L’évaluation de l’ensemble des CVT, conduite fin 2015,
a ainsi souligné la faible appropriation des résultats par les organismes de
recherche ; dans cette évaluation, aucun CVT n’avait obtenu une note
supérieure à « B » sur le critère de la mutualisation et de l’affectio societatis.
La mobilisation des entreprises était également essentielle à la réussite
du dispositif : celui-ci supposait, en effet, un besoin d’études techniques
spécialisées pour améliorer la chaîne du transfert et mieux répondre aux
besoins des industriels (« market pull »). Si la concertation en amont avec
les entreprises pour définir les sujets d’études pertinents semble avoir été
correctement mise en place, l’appropriation par les entreprises apparaît
globalement insuffisante.

76 Un programme développé dans ce domaine constitue la seule action au chiffre


d’affaires significatif que France Brevets soit parvenue à développer en cinq ans.

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 65

Enfin, les CVT avaient vocation à fournir études et prestations aux


structures généralistes de valorisation, en particulier (mais pas
exclusivement) celles créées par le PIA. À l’exception du CVT Valorisation
Sud, opérateur direct du transfert via la gestion de portefeuilles de brevets
confiés par ses membres, le modèle économique initial des cinq autres CVT
reposait ainsi sur leur capacité à vendre leurs services, en particulier aux
SATT. Or celles-ci, contraintes par leur propre modèle économique et
manifestement peu convaincues par l’apport des CVT à leurs propres
stratégies de transfert, se sont montrées réticentes à acheter études et
prestations. Au vu des faibles résultats constatés dans ce domaine à
l’occasion de l’évaluation triennale achevée en 2016, le modèle a dû
évoluer : désormais, les CVT, structures financées par le PIA, ne peuvent
vendre de prestation à une autre structure créée du PIA (en particulier les
SATT), afin d’éviter des mouvements financiers « internes » jugés
contradictoires avec l’effet de transformation attendu des dispositifs. Les
CVT proposent donc désormais études et prestations (essentiellement des
formations) à titre gracieux ; cette évolution doit favoriser l’insertion dans
l’écosystème de la valorisation mais nécessite une revue du modèle
économique initial.

B - Les difficultés liées à la création de structures


nouvelles : des enjeux juridiques mal mesurés

1 - Un statut juridique et fiscal peu adapté : l’exemple des IRT

Plusieurs incertitudes ont fragilisé le modèle de fonctionnement des


IRT au cours des premières années, concernant notamment leur statut
juridique et fiscal, faute d’une réflexion suffisante de la part de l’État sur la
nature des activités de ces structures.
À l’exception de Nanoelec, l’ensemble des IRT a choisi de se
constituer sous forme de fondation de coopération scientifique (FCS)77, le
cas échéant dotée d’une filiale sous forme de société par actions simplifiée
(SAS). Ce choix tient largement aux avantages du statut de FCS, familier des
membres académiques, garant d’accès à un CIR doublé pour les entreprises

77Les FCS sont des personnes morales de droit privé à but non lucratif, créées par la loi
de programme pour la recherche du 18 avril 2006, ayant pour objet exclusif de conduire
des activités définies par le code de la recherche, au cas particulier des IRT « le
développement et le progrès de la recherche, la valorisation des résultats de la
recherche ».

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66 COUR DES COMPTES

clientes de l’IRT78, mais aussi facteur de préservation des intérêts matériels


publics en cas de dissolution de la fondation79. Les IRT soulignent également
le fait que le statut de FCS favorise la neutralité de l’organisation, recherchée
notamment dans sa logique de mutualisation. Un tel statut, qui repose sur le
principe de désintéressement des fondateurs, inhérent à toute fondation
soumise aux règles relatives aux fondations reconnues d’utilité publique,
paraît toutefois contradictoire avec l’objet même des IRT, qui sont des
structures destinées à favoriser l’innovation et l’impact économique de la
recherche. Interrogée en 2010 par le CGI, la direction des affaires juridiques
du ministère de l’économie et des finances a souligné à cet égard que : « la
société commerciale semble être la structure la plus adaptée au regard des
prérequis liés à la création des IRT »80. Compte tenu de la nécessité pour les
IRT de tirer de plus en plus de bénéfices de leurs activités, la société
commerciale dont c’est l’objet premier et qui est le statut choisi par plusieurs
ITE, comparables aux IRT quant à leurs principes et à leurs objectifs, peut
paraître, en effet, appropriée. Le passage du statut de FCS à celui de société
commerciale supprimerait, par ailleurs, le doublement du CIR pour les
dépenses de R&D externalisées par des entreprises auprès des IRT,
entraînant un gain fiscal pour l’État. Cela étant, un tel changement statutaire
présenterait sans doute des difficultés pratiques, notamment pour contraindre
des acteurs réticents à ce stade. Cette question pourrait donc être réexaminée
lors de la prochaine évaluation des IRT en 2019.
D’autres incertitudes juridiques ont fragilisé le modèle de
fonctionnement des IRT au cours des premières années, notamment en
matière fiscale. Le statut de FCS emporte en effet des conséquences parfois
défavorables81 en la matière, qui n’ont été précisées que fin 2016, à la faveur
d’une analyse de la direction de la législation fiscale (DLF). On peut
également signaler les problématiques complexes de respect des règles
européennes en matière d’aides d’État, qui peuvent concerner les IRT ainsi
que les entreprises avec lesquelles ils conduisent des projets de recherche.

78 Dans le cadre d’opérations de recherche réalisées par l’IRT pour le compte

d’entreprises privées donneuses d’ordre, celles-ci peuvent retenir les dépenses exposées
pour le double de leur montant, dans la limite de 12 M€. Ce doublement d’assiette n’est
cependant pas applicable lorsque les opérations de recherche sont réalisées par les
membres pour le compte de l’IRT ou lorsqu’il s’agit de projets menés en collaboration.
Un crédit d’impôt est alors possible à concurrence des montants dépensés en interne pour
des opérations de recherche.
79 Les fondateurs publics seraient, dans le cas des IRT, récipiendaires de leur actif net.
80 Note n° 2010-12722 COJU du 21 décembre 2010.
81 Les apports des fondateurs sous forme de dotation n’ouvrent pas droit au régime fiscal

du mécénat, les IRT étant considérés par l’administration fiscale comme des organismes
lucratifs. Par ailleurs, les IRT ne peuvent prétendre au statut de « jeune entreprise
innovante » qui bénéficie d’avantages fiscaux et d’exonérations de cotisations sociales.

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 67

Les IRT et le respect des règles européennes


en matière d’aides d’État
Le modèle mis en place distingue le cas des IRT qualifiés d’entreprises
et celui des IRT ayant le statut d’organisme de recherche (au sens du droit
européen). Pour ces derniers (Nanoelec et BioAster), une présomption
d’inscription dans le régime d’exemption communautaire prévaut, sous
réserve du respect des critères permettant de définir un tel organisme. Dans
ces conditions, des versements de tranches de financement complets ont pu
être opérés, laissant aux organismes d’importantes marges de manœuvre
financières pour lancer les projets et avancer les dépenses nécessaires.
S’agissant des IRT entreprises, un processus d’examen projet par projet a été
mis en place, mobilisant dans un premier temps les expertises de l’ANR, de
la direction générale de la recherche et de l’innovation (DGRI) et de la
direction générale des entreprises (DGE), afin de vérifier le respect des seuils
d’exonération, analyser l’indépendance des différents projets présentés et
classer les travaux envisagés selon les catégories82 retenues par la
réglementation européenne pour définir les intensités d’aides admissibles. Cet
examen a été effectué préalablement à la validation de chacun des projets par
le comité de pilotage et au déblocage des versements de PIA (effectués projet
par projet). En pratique, très peu de projets indépendants étaient susceptibles
de nécessiter une notification à la Commission européenne83.

2 - Les difficultés liées à la question du partage


de la propriété intellectuelle

Le modèle économique des SATT est fondé sur l’investissement en


maturation dans des projets de recherche menés par les laboratoires. Les
conventions passées avec les actionnaires prévoient la répartition des
revenus en cas de succès. Le schéma le plus courant consiste pour la SATT
à prélever l’intégralité des revenus à concurrence de son investissement
initial, puis à répartir entre elle et les actionnaires le surplus. Neuf SATT sur
14 attendent ainsi d’avoir récupéré leur investissement avant d’intéresser les
actionnaires, les autres prévoyant une rémunération limitée dès le premier
euro.

82 Notamment, au cas particulier, les catégories suivantes : recherche fondamentale (RF),

recherche industrielle (RI) et développement expérimental (DE).


83 Il est à noter que la méthode suivie pour traiter la problématique des aides d’État a

différé entre IRT et ITE. Pour ces derniers, en effet, le choix a été fait d’informer et de
notifier à la Commission plusieurs projets préalablement à leur financement et leur
démarrage, ce qui, compte tenu des délais de montage des dossiers et d’instruction par la
Commission, a fortement ralenti le démarrage de l’activité des ITE.

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68 COUR DES COMPTES

Schéma n° 6 : exemple de répartition du produit


de la propriété intellectuelle

Source : Cour des comptes

Or, le code de la propriété intellectuelle assoit l’intéressement des


chercheurs sur les revenus perçus par les établissements au titre de
l’invention, sans prévoir de remboursement des frais de maturation. En
conséquence, il existe une ambiguïté sur la base qui doit servir au calcul de
la fraction reversée à l’inventeur : les revenus bruts, interprétation en
particulier du CNRS et de l’INSERM, ou les revenus une fois déduits les
frais de maturation, interprétation plus favorable aux SATT.
Cette situation aboutit à un traitement différencié des chercheurs,
selon que le projet a été soutenu ou non par une SATT. Le CNRS, en lien
avec l’Inserm, a conduit une étude interne en 2016 concluant que 45 % des
chercheurs ayant perçu un intéressement les quatre années précédentes n’en
auraient pas bénéficié s’il avait fallu soustraire à l’assiette les frais de
maturation, fixés par hypothèse à 150 000 € - somme supérieure à la
moyenne réelle des projets de maturation. Ce sujet a déjà créé des tensions
au sein des organismes et entre les organismes et les SATT et pourrait avoir
un effet désincitatif dans l’implication des chercheurs. Il conviendrait donc
de lever rapidement cette difficulté d’interprétation, qui deviendra d’autant
plus importante que les projets « maturés » par les SATT commencent à
dégager des revenus, sans que les chercheurs y soient pour l’heure toujours
associés dès l’origine (voir chapitre III).

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 69

III - La soutenabilité incertaine


de leur modèle économique

Le modèle économique des nouvelles structures de valorisation créées


par le PIA comporte des fragilités intrinsèques, qui semblent avoir été
sous-estimées lors de leur mise en place. La plupart d’entre elles présentent,
depuis leur création, des résultats financiers constamment négatifs.

A - Des résultats financiers et une performance


économique qui restent négatifs

1 - Les résultats fortement déficitaires de l’ensemble des SATT

Le résultat d’exploitation de toutes les SATT est fortement négatif


depuis l’origine84. Entre 2014, première année d’exercice des 14 SATT, et
2016, il est passé, en cumulé, de – 23 M€ à – 55 M€, l’année 2017 se soldant
par un résultat déficitaire d’au moins 36 M€85. Peu de SATT, y compris de
la vague A, peuvent indiquer avec certitude qu’elles pourront atteindre
l’équilibre dans le délai prévu. De ce point de vue, les activités de prestations
de service au bénéfice des actionnaires86, si elles constituent un apport
intéressant en termes de trésorerie comme d’insertion dans le milieu
universitaire, ne représentent pour les SATT que des revenus marginaux,
comparés aux besoins de la maturation. Ainsi, la SATT Toulouse Tech
Transfer, qui a choisi de développer très fortement cette activité, ne dégage
qu’un produit de 78 000 € à ce titre en 2016, son compte de résultat affichant
un déficit d’exploitation de 3,6 M€.
La question de la possibilité pour les SATT d’atteindre un niveau
proche de l’équilibre est donc posée de manière aigüe, et repose entièrement
sur la qualité de leurs investissements et les revenus qu’elles peuvent en
attendre dans les années à venir.
L’essentiel des charges d’exploitation des SATT provient de leur
masse salariale. Cette dernière a fortement progressé, passant de 5,3 M€ en

84 Les dossiers de candidature réalisés au moment du premier appel à projet en 2011 ont,

de ce point de vue, fait état de prévisions extrêmement optimistes qui, en apparence,


garantissaient à toutes ces sociétés des résultats excédentaires avant le terme.
85 Hors SATT Lutech et Pulsalys pour lesquelles ces données n’ont pas été communiquées

à la Cour.
86 Ces activités de prestations de service peuvent prendre différentes formes : gestion de

contrats de recherche, gestion de plateformes technologiques, établissement de


cartographies de l’offre de recherche, etc.

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70 COUR DES COMPTES

2012, avec quatre SATT, à 36,78 M€ en 2017 avec 14 SATT. Les personnels
ont été recrutés suivant les grilles en vigueur pour ce type de fonction, dans
les domaines scientifiques et juridiques, soit un niveau supérieur à celui
constaté dans le secteur public. Les contrôles organiques menés sur trois
SATT de la vague A n’ont pas révélé de dérives dans la gestion des
structures, mais font état d’une montée en puissance rapide des dispositifs,
calibrés pour traiter un important flux de projets. Il est dès lors primordial
que les SATT les plus anciennes, parvenues au format souhaité, surveillent
leurs charges d’exploitation.
Les SATT ont vocation à exercer des missions de maturation qui
étaient, jusqu’à présent, peu ou pas remplies par les établissements. Leur
création s’est donc traduite par un flux net d’embauches, qui n’avaient pas
vocation à être compensées par des suppressions d’emplois d’un niveau
équivalent, même si on pouvait espérer des rationalisations au niveau local
et national. L’effectif des SATT s’établissait, fin 2017, à 701,1 ETPT, pour
une masse salariale globale de 36,78 M€. Dans la mesure où une partie de
ces personnels (168 environ) ont été transférés des universités aux SATT
(voir infra), on peut estimer que la création des SATT a entrainé une création
nette d’un peu moins de 535 emplois. Ces créations comprennent, pour
environ un tiers, les ingénieurs de valorisation embauchés en CDD et
directement affectés aux projets dans les laboratoires. On peut estimer la
masse salariale supplémentaire globale à environ 28 M€ par an.

2 - Un modèle de long terme encore à définir pour les IRT

Le retour sur investissement envisagé pour l’action IRT ne reposait


pas sur un objectif explicite d’équilibre comptable comme pour les SATT,
mais sur la notion de « rentabilité socio-économique des travaux de
recherche générés, […] les investissements et les actifs immatériels liés à ces
travaux de recherche venant augmenter le patrimoine des opérateurs de
l’État87 ». Le modèle économique initial partait du principe que le PIA
cesserait de les financer en 2020 et que les contributions des membres ainsi
que les ressources propres issues de la constitution d’actifs devraient se
substituer au financement de l’État. Pour favoriser cette transition, des règles
de partage de la propriété intellectuelle favorables aux IRT avaient été
prévues, en leur réservant 100 % de celle-ci s’agissant des travaux relevant
de leur recherche propre88. L’objectif était bien de doter les IRT d’actifs

87Convention État-ANR relative à l’action IRT (article 3).


88La recherche propre vise les programmes de recherche constituant la feuille de route
de l’IRT, réalisés par lui avec ses propres moyens et cofinancés par ses partenaires
membres publics ou privés, le PIA et d’autres subventions.

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 71

immatériels générateurs de revenus à moyen terme, susceptibles d’équilibrer


en partie leur résultat comptable. Or, à fin 2017, le portefeuille de titres
constitué et, surtout, les revenus de licence disponibles dans les IRT, ne
permettaient pas d’envisager une couverture significative de leurs charges.

Graphique n° 9 : portefeuille de titres de PI (logiciels propriétaires


et brevets) des IRT à fin 2017, et contrats d’exploitation associés

250
201
200

150
89
100 67
50
6
0
Nombre de dépôts Nombre de Dépôts de brevet Licences
de logiciels licences accordées accordées sur des
propriétaires sur des logiciels brevets

b<>com BioAster Jules Verne M2P


Nanoelec Railenium Saint-Exupery SystemX

Source : Cour des comptes d’après des données de l’ANR (cumul 2012-2017). Le total tous IRT
figure en étiquette au-dessus de chaque barre verticale.

Le nombre de titres de PI reste limité et très concentré sur trois IRT


(b<>com s’agissant des logiciels, Nanoelec ainsi que b<>com et Jules Verne
s’agissant des brevets). Surtout, le nombre de contrats de licences
d’exploitation de cette PI reste faible et peu porteur de ressources propres
liées à la valorisation des résultats de projets de recherche. En tout état de
cause, il semble irréaliste, sauf exceptions89, d’asseoir ainsi une part
significative du financement à terme de ces structures, sur des recettes de
licences accordées à des exploitants industriels.

89L’IRT b<>com semble avoir développé un portefeuille de PI significatif et doté d’un


potentiel de valorisation ayant conduit les fondateurs à créer une filiale de valorisation.

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72 COUR DES COMPTES

L’équilibre économique du modèle IRT ne semble pas compromis


avant la fin des conventions de financement avec l’ANR, dans la mesure où
le PIA garantit par construction un cofinancement à hauteur de moitié, au
plus, des dépenses exposées par les structures. Au-delà de mi-2020
cependant, se pose la question de la soutenabilité du modèle de financement
des projets des IRT, sans la poursuite d’un apport du PIA.
Devant cette incertitude et la faiblesse anticipée des ressources de
licences accordées sur titres de PI, différentes possibilités sont explorées par
les instituts, au risque de s’éloigner du modèle initial et d’engendrer des
effets non désirés. En particulier, la volonté de développer des ressources
propres pour pallier la diminution programmée des crédits du PIA, pourrait
conduire certains instituts à s’orienter vers des prestations de recherche
contractuelle les apparentant, pour les fondations ayant le statut d’organisme
de recherche, à un institut Carnot à gouvernance mixte, et pour les IRT
qualifiés d’entreprises, à un prestataire de services exploitant une plateforme
technologique et des compétences originales. Un tel développement de
prestations de marché90 aurait l’inconvénient de renforcer les phénomènes
de concurrence entre les IRT et leurs membres. Certaines structures
conçoivent également des modalités de cofinancement alternatives, pour
anticiper l’arrêt programmé des apports du PIA et renforcer la part de
dépenses couverte par des fonds privés. La direction d’un IRT envisage ainsi
d’introduire, dans les conventions de partenariat conclues pour des projets
de recherche collaboratifs, un bonus payable par le partenaire en cas de
réussite d’un projet achevé. Ce bonus (« success fee ») couvrirait les frais de
R&D engagés par l’IRT, portant à 100 % la quote-part des coûts du projet
supportée par le partenaire, et contribuant ainsi à équilibrer les comptes de
l’institut. Une telle modalité ne pourrait financer les IRT qu’en cas
d’excellence avérée et les éléments de comparaison disponibles sur le
financement des centres de recherche technologiques, montrent la rareté des
cas où les financements privés couvrent plus de la moitié des dépenses, une
proportion de l’ordre d’un tiers paraissant bien plus réaliste.
Ainsi que la Cour l’a déjà signalé lors du lancement de ces structures,
l’équilibre de long terme du modèle économique des IRT passerait plus
valablement par l’accès, pour une part significative de leurs charges, à des
financements sur appels à projets, notamment européens. Les résultats à fin 2017
(voir supra) ne donnent cependant que peu de garanties à cet égard et il n’est pas
à exclure que le succès des IRT dans des appels à projets de l’ANR ou de
programmes de financements européens ne renforce une situation de concurrence
avec les laboratoires académiques. Au demeurant, aucun modèle économique de
long terme réaliste et exempt d’effets pervers pour l’écosystème des partenaires de
l’IRT, ne semble réellement se dégager à ce stade.

90 Limitées réglementairement à 20 % de leur activité pour les deux IRT revendiquant un


statut d’organisme de recherche.

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DES RÉSULTATS INÉGAUX ET, JUSQU’ICI, DÉCEVANTS 73

______________________ CONCLUSION ______________________

Face à des objectifs initiaux larges et ambitieux, les premières


réalisations des nouvelles structures de valorisation créées par le PIA
apparaissent très hétérogènes, souvent en retrait par rapport aux prévisions
initiales, et dans l’ensemble, encore décevantes par rapport aux moyens
financiers importants engagés.
La création de ces nouvelles structures de valorisation a reposé sur
un certain nombre de paris, qui constituaient autant d’aléas susceptibles
d’entraver leur bon fonctionnement. Le principal d’entre eux tenait à
l’appropriation par les établissements publics de recherche de ces nouvelles
structures. Or, cette appropriation a été très inégale, d’où une insertion
encore trop partielle des nouvelles structures dans l’écosystème de la
valorisation, qui a conduit à laisser perdurer des doublons et n’a pas
toujours permis aux économies d’échelle envisagées de se matérialiser.
Alors même que les nouvelles structures de valorisation créées par le
PIA avaient vocation à développer des collaborations et des interactions
fructueuses entre elles, que ce soit entre France Brevets, les CVT, les IRT et
les SATT, leurs relations sont aujourd’hui quasi-inexistantes. La création
simultanée de ces nouvelles structures a induit une certaine confusion dans
la chaîne de valorisation de la recherche publique et, à tout le moins, un
temps plus long que prévu est nécessaire pour que l’ensemble puisse former
un tout cohérent et optimal. Par ailleurs, le modèle économique sur lequel
devaient reposer certaines de ces collaborations, à savoir la vente de
prestations entre les nouvelles structures de valorisation, outre qu’il était
critiquable dans son principe puisqu’il conduisait à organiser un circuit de
financement fermé entre outils du PIA, s’est avéré ne pas fonctionner en
pratique. Le CGI y a d’ailleurs mis un terme s’agissant des CVT.
Le modèle économique de ces structures présente, enfin, des fragilités
intrinsèques, qui semblent avoir été sous-estimées à l’origine et qui
pourraient impliquer, pour un certain nombre d’entre elles, la poursuite de
financements publics au-delà même du PIA.

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Chapitre III

Resserrer le périmètre des outils du PIA,

améliorer les conditions de la valorisation

de la recherche publique

Les contraintes intrinsèques qui pèsent sur le modèle économique


des structures de valorisation créées par le PIA imposent de redéfinir ce
modèle avec une hypothèse qui n’exclut pas la nécessité d’un financement
public au-delà de la période initiale de dix ans (voir chapitre II). Cette
orientation, si elle prend acte de la difficulté à obtenir une rentabilité
significative sur ce type d’activité, ne doit néanmoins pas se traduire,
s’agissant de fonds publics, par l’abandon de l’exigence de l’équilibre
financier à moyen terme. Elle implique, parallèlement, de cibler les
financements publics sur les outils présentant une véritable valeur ajoutée
par rapport à l’écosystème de la valorisation de la recherche publique, que
ces outils aient été créés dans le cadre du PIA ou qu’ils lui aient préexisté
sous une autre forme.
Les nouvelles structures de valorisation créées par le PIA sont certes
des organismes récents et l’effet des dispositifs de soutien à la valorisation
ne peut s’apprécier que sur une période suffisamment longue91. Il reste qu’à
ce stade, même dans le cadre d’une action innovante et d’un investissement
d’avenir, les résultats obtenus par certaines structures, très en retrait par
rapport aux prévisions initiales, doivent conduire les pouvoirs publics à
resserrer rapidement le champ et le financement de ces nouveaux outils. Ce

91 Voir annexe n° 11.

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76 COUR DES COMPTES

resserrement, qui peut s’avérer plus complexe à mettre en œuvre s’agissant


d’entités juridiques autonomes et non de simples lignes de financement,
devrait permettre, dans certaines conditions, de conserver celles des
structures qui ont fait la preuve de leur efficacité ou qui réunissent les
conditions minimales de succès et de viabilité (I). Optimiser l’efficacité des
outils du PIA suppose, par ailleurs, de lever certains freins plus généraux à
la valorisation de la recherche publique, et en particulier de poursuivre les
efforts de rapprochement entre les chercheurs et les entreprises (II). La
valorisation de la recherche publique en France doit, en effet, tenir compte
des spécificités du système de recherche français, qui constituent autant de
handicaps structurels. En particulier, la valorisation de la recherche est
aujourd’hui limitée par la faiblesse de la R&D privée (voir infra).

I - Rationaliser le dispositif des structures


de valorisation du PIA et redéfinir leur modèle

Les crédits du PIA 1 et 2 en faveur des nouvelles structures de


valorisation, qui représentaient une ressource de près de 3 Md€ à fin
201692, n’ont été que partiellement versés (voir chapitre I) : les
décaissements, qui s’élevaient à 1,4 Md€ à fin juin 2017, représentent un
peu moins de la moitié de ces ressources (48 %), ce qui témoigne
d’enveloppes initiales parfois surcalibrées et des difficultés de montée en
charge de la plupart des nouvelles structures de valorisation.

92 Ce montant représente la somme des enveloppes de dotations consommables


affectées aux IRT, IHU, ITE, SATT, CVT, instituts Carnot et France Brevets, et des
intérêts de dotations non consommables affectées à certains de ces dispositifs.

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Graphique n° 10 : état de consommation des crédits des PIA 1 et 2


en faveur de la valorisation de la recherche au 30 juin 2017

Source : Cour des comptes à partir de données du CGI

Le PIA 393, qui constitue désormais un axe du grand plan


d’investissement annoncé par le Premier ministre le 25 septembre 2017,
prévoit, en outre, la poursuite du financement de ces structures, que ce soit
directement ou indirectement.

Actions en faveur de la valorisation de la recherche


au sein du PIA 3
Ainsi, au sein du PIA 3, figurent les actions suivantes, correspondant
à une enveloppe de 1 130 M€ en subventions et fonds propres :
- la poursuite du financement des SATT pour une nouvelle période à
compter de 2021 pour celles qui seront évaluées positivement et seront
capable de s’autofinancer à terme (200 M€) ;
- la création de nouvelles structures dans le champ de la recherche
hospitalo-universitaire (200 M€) ;

93Le PIA 3 s’élève à 10 Md€, ouverts seulement en autorisations d’engagement en


2017. Les crédits de paiement seront ouverts selon le calendrier suivant : 1,1 Md€ en
2018, 1,1 Md€ en 2019 et 1,9 Md€ en 2020.

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78 COUR DES COMPTES

- la réalisation d’expérimentations en faveur de la valorisation de la


recherche, sur des territoires (outre-mer) ou structures de recherche non
couverts par les SATT actuelles (30 M€) ;
- l’accompagnement de l’intégration, au sein des SATT, des structures
d’incubation et d’accélération mises en place notamment au niveau
régional (50 M€) ;
- le soutien à l’essor d’un nombre limité de « territoires d’innovation de
grande ambition » (500 M€) ;
- la mise en place d’un fonds post-maturation dit « frontier venture »
destiné à accompagner le financement de la création d’entreprises à la
sortie d’une SATT, d’un IRT, d’un ITE ou de toute autres structure de
valorisation publique ou privée (500 M€) ;
- le soutien à la commercialisation de projets de recherche développés au
sein des IRT et ITE, ou d’autres structures de valorisation (150 M€).

Dans la mesure où les performances des nouvelles structures de


valorisation sont hétérogènes, et que certaines d’entre elles peinent à faire
la preuve de leur valeur ajoutée dans l’écosystème de la valorisation de la
recherche publique, les pouvoirs publics devront rapidement en tirer les
conséquences afin de cibler rigoureusement l’utilisation des reliquats des
crédits des PIA 1 et 2. L’objectif devrait être d’organiser la fermeture des
structures les moins efficaces, ce qui devrait permettre, dans certaines
conditions, de resserrer le dispositif autour des structures les plus
performantes.

A - Tirer sans tarder les conséquences du


développement inégal des SATT

1 - Des écarts importants entre les SATT

La réussite d’une SATT suppose la conjonction d’un ensemble de


facteurs, au premier rang desquels l’implication des actionnaires
académiques, la qualité du management et l’insertion dans le tissu
économique local. Par ailleurs, les investissements en maturation peuvent
mettre plusieurs années avant de déboucher sur une innovation à même de
produire des revenus. Cependant, en croisant les facteurs, on peut établir
une typologie des SATT en fonction de leurs résultats, que ce soit en termes
de revenus tirés de la propriété intellectuelle, de maturation ou d’adhésion
des actionnaires au projet.

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DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE PUBLIQUE 79

a) Le premier groupe : des paris en passe d’être réussis ?

Un premier groupe de SATT, dont les performances sont bonnes ou


encourageantes, se distingue. Celles-ci, qui relèvent exclusivement des
vagues A et B, concentrent l’essentiel des revenus bruts de licence versés à
l’ensemble des SATT. Ainsi, en 201694, sur 9 M€ de revenus bruts de licence
perçus par l’ensemble des SATT95, deux SATT, Conectus et Aquitaine
Science Transfert, représentaient un tiers du résultat, et 80 % en incluant les
SATT Toulouse Tech Transfer, Ouest valorisation, Sud-Est et Lutech96. En
2017, sur 13,1 M€ de revenus bruts de licence perçus par l’ensemble des
SATT, ces six SATT représentent également 80 % du résultat.
Les SATT Conectus et Aquitaine Science Transfert semblent
présenter l’ensemble des facteurs favorables permettant d’envisager le
succès : forte adhésion des actionnaires, indicateurs de revenus, de
maturation et de détection en croissance très soutenue et stabilité du
management. Elles pourraient parvenir, dans les délais fixés, à un niveau
proche de l’équilibre financier.
Les SATT Sud-Est, Ouest Valorisation, Lutech et Toulouse Tech
Transfer, qui ont pu connaitre des difficultés dans les premières années,
paraissent avoir trouvé un modus operandi efficace qui pourrait permettre
d’assurer leur viabilité. Les différents indicateurs démontrent une
progression satisfaisante, et l’implication des actionnaires est réelle.
Ces SATT, comme toutes celles des vagues A et B, vont faire l’objet
d’une évaluation extérieure indépendante au premier semestre 2018, en vue
du déblocage éventuel de la troisième et dernière tranche des crédits du
PIA 197. Les pouvoirs publics ont, par ailleurs, prévu, dans le cadre du
PIA 3, la poursuite du financement – à hauteur de 200 M€ – d’un nombre
réduit de SATT, qui seront évaluées positivement en 2020 et seront
capables de s’autofinancer à terme.

94 En 2016, les SATT de la vague A exerçaient leur activité depuis cinq ans, celles de

la vague B depuis quatre ans et celles de la vague C depuis trois ans.


95 Le constat est sensiblement équivalent si on compare les résultats obtenus par les

SATT sur leur troisième année d’exercice, soit l’année 2014 pour la vague A, 2015 pour
la vague B et 2016 pour la vague C, mais il peut être nuancé : les résultats de la SATT
Lutech au bout de trois ans étaient par exemple inférieurs à ceux obtenus sur la même
période par les SATT Pulsalys et Grand-Est.
96 Les SATT Conectus, Toulouse Tech Transfer, Sud-Est et Lutech relèvent de la vague

A ; les SATT Aquitaine Science Transfert et Ouest Valorisation de la vague B.


97 La SATT Conectus, a d’ores et déjà perçu sur les deux premières tranches l’intégralité

de sa dotation.

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b) Le second groupe : des incertitudes persistantes

Les SATT Idf Innov (Vague A), Nord et AXLR, (vague B) ainsi que
toutes les SATT de la vague C (Pulsalys, Linsksium, Grand-Est, et Paris
Saclay) présentent, à des degrés divers, des difficultés qui semblent
contraindre leur développement, qu’il s’agisse d’un manque d’adhésion
des actionnaires universitaires ou nationaux, d’un management instable98
ou d’un modèle éloigné du schéma initial, avec l’exemple de Paris-Saclay.
Elles disposent cependant toutes d’atouts qui ne sont pas encore assez
exploités : centres scientifiques de niveau mondial à Saclay, Lyon, Paris et
Grenoble, management efficace pour la SATT AXLR ou récemment
rénové dans un sens positif pour la SATT Grand-Est.

c) Le cas particulier de la SATT Grand Centre

Enfin, la SATT Grand Centre cumule les facteurs de complexité :


éclatement géographique, moindre adhésion des actionnaires
universitaires, qui se traduit par la faiblesse persistante des déclarations
d’inventions et des revenus, management erratique dans le passé. À ce
stade, il parait difficile d’envisager qu’elle puisse rattraper le retard
accumulé et s’imposer comme un interlocuteur reconnu auprès des
laboratoires et des entreprises.

d) Un premier bilan

À la lumière de cette réalité contrastée, trois constats s’imposent.


D’une part, on ne peut que souligner les carences dans la circulation
d’information entre les SATT. Les SATT de la vague C n’ont ainsi, en rien,
bénéficié de l’expérience acquise par les premières, et ont été confrontées,
à deux ans d’intervalle, à des problèmes très similaires dans la structuration
des services, dans les relations avec les actionnaires, ou dans la définition
d’un modèle économique viable.

98 Parmi les six SATT du premier groupe, quatre n’ont pas changé de président depuis
l’origine, alors que parmi les huit SATT du second groupe, six en ont changé.

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DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE PUBLIQUE 81

D’autre part, les retards accumulés par les SATT de la vague C, dont
aucune ne présente à ce jour un bilan suffisamment convaincant, justifient
a posteriori les réserves émises en 2011 par le jury international, et
montrent que la création des dernières structures s’inscrivait bien dans une
logique plus marquée par la volonté de mailler le territoire que par
l’excellence. En témoigne le cas de la SATT Grand Centre, qui couvre un
périmètre géographique disproportionné et sans cohérence.
Enfin, les SATT qui paraissent avoir le mieux réussi présentent des
modèles de développement différents, ce qui rend impossible de
déterminer a priori les facteurs de succès. Pour autant, l’adhésion forte des
actionnaires académiques et la qualité du management semblent constituer
des conditions indispensables à la réussite. De manière générale, le succès
des SATT semble pour partie corrélé au degré d’intégration des sites
universitaires. Ainsi, les SATT de Strasbourg (Conectus), Bordeaux (AST)
et Aix-Marseille (Sud-Est) bénéficient d’une gouvernance structurée
reconnue par l’obtention du label IDEX99 au titre du premier PIA. A
contrario, les difficultés rencontrées par les SATT de Lyon et de Grenoble
sont le reflet d’un contexte local moins apaisé, ce dont témoigne la
labellisation IDEX plus tardive de ces sites au titre du PIA 2.

2 - Une clause de rendez-vous nécessaire à brève échéance


pour les SATT en difficulté

a) Organiser la fermeture des SATT les moins performantes

L’enveloppe prévue pour le dispositif relatif aux SATT s’établit à


857 M€. À mi-2017, 57 % des crédits ont fait l’objet d’une
contractualisation. Le solde est destiné à être versé aux SATT sous réserve
d’une évaluation triennale positive. S’agissant des SATT identifiées
comme présentant des difficultés, 211 M€ restent à verser.
En ce qui concerne la SATT Grand Centre, à laquelle 40 M€ doivent
encore être versés, il est nécessaire d’organiser sans délai sa mise en
extinction, compte tenu des faibles promesses qu’elle semble porter pour

99 Les initiatives d’excellence (Idex), portées par des regroupement d’universités, de

grandes écoles et d’organismes de recherche, ont été sélectionnées, dans le cadre du


PIA, selon des critères d’excellence, de vision stratégique et de gouvernance intégrée,
avec pour ambition de rivaliser avec les meilleures universités mondiales.

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82 COUR DES COMPTES

l’avenir. La décision récente des pouvoirs publics de changer de modèle va


dans ce sens100.
Les autres SATT en difficulté doivent faire l’objet d’une
surveillance attentive afin de déterminer si leur modèle de développement
peut leur permettre de remplir leurs missions, ce qui, pour l’heure, n’est
pas avéré. De ce point de vue, les tendances des années 2017 et 2018
devront être analysées afin de prendre rapidement les décisions qui
s’imposent. La Cour recommande donc que ces SATT continuent de faire
l’objet d’un suivi rapproché, avec une clause de rendez-vous en 2018 afin
de déterminer si les trajectoires d’amélioration prévues au sein de ces
structures se sont effectivement concrétisées et si l’État poursuit son
soutien financier101. Il est, en effet, souhaitable de mettre fin rapidement à
ces sociétés, lorsqu’elles ne fonctionnent pas, sans nécessairement attendre
la fin de la période des dix ans initialement prévue pour la mise en place
des SATT.
Sans préjuger les résultats des évaluations, il parait aujourd’hui
urgent de ne pas engager plus avant l’État dans des dispositifs qui n’ont
manifestement pas réussi leur insertion dans le dispositif d’ensemble de la
valorisation et dont les résultats sont très éloignés des prévisions ayant
justifié le versement de sommes importantes. Il faut donc envisager la
fermeture des SATT les moins performantes, ce qui permettrait
d’économiser un reliquat très substantiel sur la première enveloppe du PIA.

b) Réfléchir à de nouveaux modes de valorisation

La période devrait, par ailleurs, être mise à profit pour conduire un


processus institutionnel de réflexion sur la définition des solutions

100 L’ANR a été autorisée à financer, en 2018, le projet SATT Grand Centre pour une
seconde et dernière tranche au titre du PIA (2,835 M€ de crédits consommables), afin
de reconstituer les fonds propres de la SATT (décision n°2018-FNV-01 du 27 février
2018). La Caisse des dépôts et consignations conservera un tiers du capital par
incorporation de créances au capital de la société. Dans un délai d’un an maximum, les
établissements actionnaires de la SATT Grand Centre doivent proposer un modèle
alternatif au modèle SATT.
101 Les SATT de la vague C ont fait l’objet d’une évaluation extérieure indépendante

en 2017, en vue du déblocage de la deuxième tranche de crédits du PIA 1. Il a, d’ores


et déjà, été acté, sur cette base, que les SATT Grand Est et Pulsalys bénéficieraient de
la deuxième tranche. Pour les trois autres SATT de cette vague, les décisions
éventuelles de déblocage des crédits devraient intervenir d’ici la fin du premier
trimestre 2018. Les SATT des vagues A et B vont, quant à elles, faire l’objet d’une
évaluation extérieure indépendante au premier semestre 2018, en vue du déblocage
éventuel de la troisième et dernière tranche des crédits du PIA 1.

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DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE PUBLIQUE 83

alternatives appropriées. Ces solutions de remplacement devraient


privilégier des dispositifs de valorisation plus modestes, dont les moyens
financiers seraient ajustés aux ambitions réduites des actionnaires, et qui
seraient réintégrés au niveau des sites universitaires, ce qui permettrait de
favoriser une plus grande appropriation de la thématique de la valorisation.
La poursuite du soutien financier de l’État à ces solutions devrait être
conditionnée à la cohérence des stratégies de sites en matière de
valorisation, telle qu’illustrée par un regroupement fonctionnel des équipes
de valorisation de l’ensemble des établissements du site (universités et
organismes de recherche) et la gestion par ces équipes non seulement de
l’activité de maturation mais aussi des contrats de recherche.

Deux exemples de dispositif alternatif :


PSL et Normandie Valorisation
PSL valorisation
Le regroupement Paris Sciences et Lettres (Comue PSL) dispose
parmi ses membres fondateurs de plusieurs établissements détenant une
forte expertise en matière de valorisation de la recherche, en particulier
l’école supérieure de physique et de chimie industrielle de Paris (ESPCI),
qui a accueilli les Prix Nobel Pierre et Marie Curie, Pierre-Gilles de Gennes
et Georges Charpak ainsi que Paul Langevin, inventeur du sonar. Sa
direction scientifique a longtemps été assurée par Jacques Lewiner, premier
déposant privé de brevets français.
PSL n’a pas cependant pas souhaité adhérer au dispositif des SATT,
alors qu’une entrée au capital de Lutech était envisagée, et a préféré créer
dans le cadre des IDEX une direction de la valorisation, PSL valorisation.
Les axes privilégiés par PSL sont, bien davantage que l’octroi de licences,
l’investissement dans les start up, avec un modèle axé sur
l’accompagnement des chercheurs et la prise de risque : le groupement
privilégie une entrée au capital, de l’ordre de 5 %, sans limite temporelle
fixée pour la revente. 9,7 M€ de crédits ont été affectés à la valorisation sur
4 ans, auxquels il convient d’ajouter 1 M€ du PIA. Dans le cadre de
l’évaluation de l’IDEX, porté par la Comue, l’ensemble de ces actions a été
jugé très satisfaisant par le jury international. On peut cependant relever que,
sur le périmètre de PSL, le programme de valorisation de l’IDEX vient
s’ajouter aux filiales des EPST et aux SATT d’Île-de-France, et qu’il est
financé lui aussi sur des fonds du programme d’investissements d’avenir.

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84 COUR DES COMPTES

Normandie Valorisation
La région normande n’avait pas candidaté en 2010 pour accueillir
une SATT. Des doutes sur le modèle avaient alors été exprimés, et les
différents centres universitaires ne souhaitaient alors pas s’engager dans une
politique de valorisation commune. La création de la COMUE Normandie
Université a cependant conduit les acteurs locaux à réfléchir à la meilleure
politique de valorisation au niveau du site, attendu qu’il n’était plus possible
à ce stade de bénéficier des crédits du PIA 1. C’est dans ce contexte qu’un
service de valorisation, Normandie Valorisation, a été créé au sein de la
COMUE. Normandie Valorisation compte une vingtaine de personnes.
Cette approche a été facilitée par l’intégration poussée du site, qui
regroupe l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur de la région
Normandie, à l’exclusion des EPST qui ne sont pas membres fondateurs.
S’il présente des similitudes dans ses finalités avec les SATT, Normandie
Valorisation s’en éloigne cependant sur plusieurs points.
Tout d’abord, le choix a été fait de ne pas externaliser la valorisation,
mais de la maintenir au sein des établissements. La structure n’a pas
vocation à se substituer complètement aux cellules de valorisation des
universités et ne gère pas les contrats de recherche. Ensuite, elle ne dispose
pas de l’exclusivité sur les travaux de recherche des laboratoires, mais d’un
droit de « premier regard », à charge pour elle de sélectionner ceux pour
lesquels son intervention serait la plus utile. Le partage des tâches avec les
EPST, en particulier l’INSERM, n’a pas encore été finalisé, mais semble
s’orienter vers un partage des fonctions de mandataire unique des UMR fixé
par convention. Enfin, Normandie Valorisation ne dispose pas d’un fonds
de maturation abondé par les crédits PIA, et exerce donc une activité plus
modeste.
Ce modèle original fait depuis juin 2016 l’objet d’une
expérimentation financée par le PIA. La structure a été dotée de 2 M€ sur
deux ans pour réaliser des investissements de maturation, et pourrait
bénéficier des crédits du prochain PIA si l’expérience s’avérait concluante.
Le CGI lui a cependant fixé comme objectif de rembourser en priorité ce
fonds de maturation, comme pour les SATT, sans fixer de délai. Si elle
constitue une alternative possible au modèle des SATT, il est encore trop
tôt pour tirer toutes les conclusions de cette expérimentation.

Il ne semble, en revanche, pas pertinent, pour les SATT qui ne


feraient pas la preuve de leur efficacité de les rattacher à d’autres SATT
plus opérationnelles. En effet, l’un des enseignements qui peut être tiré de
la mise en place de ces structures a trait à l’importance de leur périmètre
géographique d’intervention, et à la nécessité d’une cohérence entre le
périmètre du site de recherche et celui du dispositif de valorisation. Il est,

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en effet, particulièrement difficile d’animer une SATT qui recouvre deux


à trois grands sites de recherche.

3 - Concentrer les financements sur les SATT


les plus performantes

Les exemples étrangers ont montré que la rentabilité dans le secteur


de la valorisation était possible, mais peu fréquente. Le discours de l’État
a varié sur ce point. Alors que la rentabilité à dix ans était à l’origine
présentée comme un impératif, elle est, au fil du temps, apparue comme un
objectif simplement souhaitable. Ainsi, en 2016, les pouvoirs publics ont
décidé d’assouplir les contraintes de rentabilité des SATT102. Cette
annonce n’a cependant pas permis de répondre à la question de
l’épuisement des fonds du PIA 1 à horizon 2022. Les 200 M€ prévus pour
les SATT dans le cadre du PIA 3 sont, pour l’heure, destinés aux quelques
sociétés les plus performantes soit, par définition, celles qui seront les plus
proches de l’équilibre, voire de la rentabilité.
Au vu des premiers résultats constatés, il semble peu probable que
plus d’une ou deux SATT parviennent à l’équilibre financier dans les
10 ans prévus. En outre, il n’est pas certain que les SATT ayant atteint
l’équilibre financier puissent maintenir cet équilibre dans la durée, leurs
revenus étant susceptibles de varier dans le temps.
L’État devrait donc resserrer rapidement le dispositif sur les SATT
les plus performantes, qui auront démontré leur capacité à apporter une
réelle plus-value à la fois en termes de revenus, mais également d’apport
socio-économique, sur la base d’indicateurs tels que ceux proposés par la
Cour dans le présent rapport (voir infra). Pour ces SATT, l’État devrait
calibrer leur format en fonction de leurs résultats et de leurs potentiels. Les
financements complémentaires éventuellement nécessaires à la poursuite
de leur activité pourraient être dégagés sur une partie des reliquats du PIA
1, rendue disponible par la mise en extinction des sociétés les moins
performantes.
Dans le même temps, les mutualisations de moyens et de
compétences entre SATT doivent être encouragées et les échanges de
bonne pratique renforcés, ce qui n’a pas été suffisamment le cas par le
passé. Enfin, les SATT doivent veiller à tenir compte des contraintes des

102Parmi les dix mesures annoncées par le précédent gouvernement le 8 juin 2016 pour
« valoriser mieux, valoriser plus », figure l’assouplissement pour les SATT de
l’obligation d’être rentable au bout de 10 ans, cette échéance étant repoussée selon les
SATT pour leur permettre d’investir dans des projets à plus long terme.

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entreprises et affiner leur connaissance du tissu économique, y compris au-


delà de leurs zones géographiques.

La co-conception : l’exemple de la SATT Conectus


Conectus-Alsace est la plus petite des SATT. Elle rassemble
100 laboratoires pour 4 900 chercheurs, soit une base scientifique très
inférieure à celle des autres SATT, par exemple IDF Innov, qui s’appuie sur
17 000 chercheurs et 340 laboratoires.
Comme a pu le montrer le contrôle mené par la Cour, elle affiche
cependant des résultats extrêmement prometteurs, avec des revenus de
licence de 2,36 M€ en 2017, soit près de 18 % de l’ensemble des SATT.
Parmi les raisons de son succès, en plus d’une intégration très aboutie et
ancienne à l’écosystème alsacien, la société pratique de manière très
intensive la co-conception des projets.
La co-conception avec option de licence est un accord de maturation
et de gestion de la PI entre diverses parties :
- l’industriel est associé très tôt à la construction du projet. Ainsi, en
contrepartie d’une contribution « temps homme » limitée pour appuyer la
définition du « cahier des charges » du programme de maturation, il
sécurise l’accès à une technologie potentiellement porteuse d’avantages
concurrentiels sans prendre de risque financier ou technique ;
- l’industriel bénéficie d’une option sur licence exclusive sur toute la durée
du programme et reste libre de lever l’option au terme du programme, en
regard des résultats obtenus.
Près de la moitié des projets financés par Conectus fait l’objet d’un
accord de co-conception. Selon les industriels rencontrés par la Cour, cette
méthode permet de limiter le risque d’inventions trop éloignées du marché,
et qui ne trouvent pas de débouchés à l’issue de la période de maturation.

4 - Des équilibres existants à préserver entre les SATT


et les organismes de recherche

L’articulation entre les SATT et certains organismes nationaux reste


problématique. INSERM Transfert, en particulier, qui est parvenu à
l’équilibre économique, oppose son modèle spécialisé et de long terme, au
modèle généraliste et davantage à court terme des SATT. Pour autant,
toutes les SATT ont la faculté de négocier avec un de leurs actionnaires
nationaux pour assurer le financement d’une maturation, et lui confier le
travail de valorisation. Cette faculté qui, quand l’exclusivité est respectée,

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DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE PUBLIQUE 87

appartient au seul président de la SATT, est utilisée de manière très


différenciée. Ainsi, depuis 2012, une cinquantaine (dont 21 sur la seule
année 2017) de projets ont été financés par une SATT et valorisés par un
EPST, soit environ 2,5 % des cas. 21 projets relèvent de trois SATT
(AXLR, Conectus, Grand Centre). Les relations sur ce sujet ont pu être plus
tendues avec d’autres SATT, comme Toulouse Tech Transfert, qui a eu
dans les premières années une lecture très stricte du principe d’exclusivité,
mais qui a pu faire ainsi valoriser deux projets en 2017.
On constate que les SATT les plus performantes ont su tisser des
relations de confiance avec les EPST, sous des modes d’ailleurs différents.
Compte tenu des délais qui ont été nécessaires pour mettre en place des
relations de coopération, parfois longs de plusieurs années, il ne parait pas
opportun de redéfinir un cadre plus strict ou plus précis. La bonne
collaboration entre SATT et EPST étant une condition nécessaire de leur
succès, tout retard supplémentaire ou opposition pourrait entrainer l’échec
de la SATT, sa fermeture, et donc potentiellement la perte d’une source de
financement. Il paraît donc préférable, en la matière, de préserver les
équilibres existants et de privilégier une logique de résultat.

B - Des paris risqués concernant


le modèle économique des structures
Les crédits du PIA n’avaient, à l’origine, pas vocation à financer les
nouvelles structures de valorisation au-delà d’une durée fixée à dix ans.
Passé ce délai, il était prévu que les SATT soient en mesure de
s’autofinancer et de reconstituer leurs capacités d’investissement avec les
revenus issus de leurs investissements passés, tout en augmentant de
manière significative les ressources de leurs établissements actionnaires. À
tout le moins, les SATT devaient parvenir à un niveau proche de l’équilibre
financier. S’agissant des IRT, les conventions financières initiales avaient
fixé au 30 juin 2020 l’échéance de jouissance des intérêts des dotations non
consommables et d’utilisation des dotations consommables, laissant sans
réponse explicite la question du financement des IRT au-delà du terme des
conventions avec l’ANR.
Les revenus de ces nouvelles structures devaient reposer, en tout ou
partie, sur les revenus de la propriété intellectuelle issue des projets maturés
ou développés en leur sein. Or, la rentabilité que la valorisation des brevets
est susceptible de produire s’avère, en réalité, incertaine. Un débat existe
d’ailleurs entre les spécialistes de l’innovation publique sur l’existence
d’une telle rentabilité. Certains remettent aujourd’hui en cause l’idée que
l’activité de valorisation de brevets puisse être équilibrée financièrement,

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88 COUR DES COMPTES

voire dégager une rentabilité. Ils insistent également sur la durée des liens
à créer pour engendrer de la valeur.

Le débat sur la valorisation des brevets


Des chercheurs ont examiné les revenus produits par les activités de
valorisation de grandes universités américaines103. Ils en ont conclu qu’il est
très improbable que ces revenus constituent à terme une « source de revenus
majeur » sauf cas très particulier d’une découverte majeure, d’une « pépite »,
apportant des revenus massifs, mais ceci sur une durée forcément limitée dans
le temps compte tenu du cycle de vie des brevets (vingt ans au plus)104.
Le transfert de technologie présente en effet un caractère aléatoire.
Une recherche prometteuse et scientifiquement riche peut ainsi ne jamais
déboucher sur une application pratique. A contrario, des travaux de recherche
fondamentale en apparence très éloignés de l’industrie peuvent se révéler d’un
grand intérêt économique. Les exemples étrangers montrent que la
valorisation des brevets, à travers notamment la concession de licences, est
rarement rentable pour les structures en charge d’une telle activité, sauf dans
certains cas, comme pour l’université de Stanford en Californie, qui dispose
de plusieurs « blockbusters » dans son portefeuille – dont une participation
dans Google. L’analyse des portefeuilles de brevets du CNRS et de
l’INSERM souligne de plus l’extrême concentration des revenus, plus de la
moitié des recettes provenant des quatre premières licences, soit moins d’1 %
du portefeuille. Le transfert nécessite en outre un délai parfois long entre la
recherche fondamentale et son application pratique. À titre d’exemple, il a
fallu plus de 10 ans entre la découverte de la magnétorésistance géante par le
physicien français Albert Fert105, elle-même issue de réflexions théoriques
datant de 1975, et les premières applications pratiques pour les têtes de lecture
des disques durs. En France, l’exemple le plus communément cité est celui du
Taxotère et de la Navelbine, médicaments anticancéreux développés dans les
années 1980, qui ont produit à eux seuls 1,7 Md€ de chiffre d’affaires et ont
représenté 90 % des redevances de brevets du CNRS. Hormis ces réussites
hors norme, seuls 16 % des bureaux de concession de licence parviennent à
s’auto-financer106.

103 Le Technology licensing office du MIT, Harvard.


104 Source: rapport de Susan Berger, « Reform in the French industrial ecosystem ».
105 Prix Nobel 2007 pour cette découverte, formalisée dans un article de 1988.
106 Source: rapport de Susan Berger, « Reform in the French industrial ecosystem ».

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C - Resserrer le dispositif des IRT


autour d’un modèle économique viable

1 - Définir, d’ici à 2020, un modèle économique soutenable


pour les IRT

Les IRT présentent des fragilités et des tensions inhérentes au


dispositif lui-même, liées en particulier au risque d’effet d’aubaine pour les
grandes entreprises. La viabilité du modèle économique des IRT sur le long
terme reste à confirmer. Les IRT doivent notamment améliorer
l’engagement financier durable de leurs fondateurs privés et la
diversification de leurs ressources, sans toutefois s’éloigner de leur cœur
de métier et entrer en concurrence avec les structures existantes.
Lors de la prochaine évaluation triennale de 2019, les pouvoirs
publics devront apprécier la soutenabilité du modèle économique et
financier des IRT au regard de leur capacité à progresser sur ces deux
volets. La poursuite d’un soutien public ne pourra être envisagée qu’à la
condition d’un engagement financier durable et accru des fondateurs privés
de l’IRT.
Compte tenu des performances aujourd’hui hétérogènes des IRT et
des doutes que l’on peut avoir sur la viabilité de certains d’entre eux, en
lien parfois avec l’existence de phénomènes de concurrence entre IRT et
certains membres fondateurs, l’évaluation triennale de 2019 devra
permettre d’identifier, en vue d’un accompagnement complémentaire de
l’État, les instituts les plus performants en termes d’excellence scientifique,
de valeur ajoutée, d’impact économique, de renommée internationale et
d’aptitude à réduire leur dépendance vis-à-vis des financements du PIA.
Au regard de l’expérience allemande des instituts Fraunhofer, la
question d’un financement récurrent des IRT par le budget de l’État est
soulevée par certains observateurs. Elle ne devrait cependant se poser au
plus tôt qu’en 2024 ou 2025, après consommation éventuelle de la totalité
des reliquats de crédits du PIA. Les années de financement complémentaire
éventuellement assurées par le PIA après 2020107 doivent donc permettre
d’évaluer l’opportunité d’une telle décision. À cet égard, une nécessaire
prudence doit prévaloir pour éviter toute dérive budgétaire, en privilégiant

107 Les conventions financières en cours doivent s’achever en juin 2020.

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90 COUR DES COMPTES

dès 2020 les IRT qui auraient fait la preuve d’une capacité réelle et durable
de financement majoritaire de leurs projets sur ressources propres108.
Le choix du périmètre et du niveau de soutien à apporter par le PIA
au-delà de 2020, devra, en effet, être effectué par l’État à l’issue des
prochaines évaluations triennales, sur la base de critères intégrant, entre
autres, les « perspectives de l’IRT, les engagements des partenaires privés
et le plan d’affaires109 ». Les crédits du PIA devraient alors être concentrés
sur le financement des projets des IRT dont les ressources propres sont les
plus assurées et présentant, de ce fait, le modèle d’ensemble le plus
soutenable. La capacité à intégrer à leurs projets des PME et à bénéficier
d’un soutien durable de leurs fondateurs privés sera, à cet égard,
déterminante.
Les reliquats de crédits non engagés du PIA 1 dont le Premier
ministre pourrait décider la réattribution aux IRT prolongés représentent
environ 202 M€110 selon une estimation du secrétariat général pour
l’investissement (SGPI).
L’État a néanmoins fait le choix de prolonger111, du 1er juillet 2020
au 30 juin 2025, en plus de ce reliquat de 202 M€ de crédits non engagés
du PIA1, le droit au versement d’intérêts issus de 80 % des enveloppes de
dotations non consommables (DNC) attribuées aux IRT, ce qui aboutirait
à un surcroît de près de 205 M€ de versements complémentaires sur cinq
ans. En additionnant ces deux enveloppes (202 M€ et 205 M€), ce sont
environ 407 M€ de financements qui pourraient être sollicités au-delà de la
fin de validité des conventions financières en cours.
Or, les seuls crédits non engagés (202 M€), devraient permettre de
couvrir une part substantielle du budget des instituts sur cinq ans. Dans ces
conditions, il n’apparaît pas opportun de prolonger, au-delà de 2020, le
droit au versement d’intérêts issus des DNC attribuées aux IRT.

108 Celles-ci émanant d’apports privés, de financements sur appels à projets publics ou
privés et, dans une proportion limitée afin de ne pas dévoyer le modèle initial et original
des IRT, de recettes sur prestations de R&D.
109 Avenant n° 2 du 25 avril 2017 à la convention modifiée du 27 juillet 2010 entre

l’État et l’ANR relative à l’action IRT.


110 Ce montant comprend les reliquats de crédits consommables non engagés du PIA 1

ainsi que les intérêts de DNC produits jusqu’au 30 juin 2020 et non utilisés.
111 Par l’avenant du 25 avril 2017 précité, qui prévoit ainsi « l’attribution entre les IRT

des dotations consommables et des intérêts des dotations non consommables [à hauteur
de 80 % maximum de la DNC attribuée à chaque IRT au 31 décembre 2019] non
engagés par l’ANR au 30 juin 2020, afin d’assurer le caractère progressif de la
diminution du soutien financier apporté par le PIA ».

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RESSERRER LE PÉRIMÈTRE DES OUTILS DU PIA, AMÉLIORER LES CONDITIONS
DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE PUBLIQUE 91

La Cour est, en outre, défavorable à la prorogation du mécanisme


des DNC, initialement limitées à une durée de dix ans et qui induisent des
décaissements ne se différenciant que formellement de ceux issus des
dotations consommables. Outre la faible lisibilité du niveau réel global de
ressources décaissables, le recours à une telle solution pourrait induire des
effets pervers, en particulier la tentation de maintenir le bénéfice des
intérêts de DNC sans limitation de durée, à l’instar des regroupements
universitaires lauréats de l’action « Initiatives d’excellence » (IDEX) ayant
franchi avec succès l’étape de la période probatoire. Dans un précédent
rapport, la Cour avait déjà souligné les risques inhérents au « montage
complexe et largement virtuel imaginé autour des dotations non
consommables112 ».
La Cour recommande donc, à ce stade, de concentrer le financement
des IRT par les crédits du PIA, entre 2020 et 2025, sur les projets des
structures jugées les plus performantes et prometteuses, et de renoncer ainsi
à prolonger l’utilisation des dotations non consommables au-delà de 2020.

2 - La nécessité d’assouplir les modalités


de fonctionnement des IRT

Les rigidités des règles méthodologiques adoptées dans le modèle


initial des IRT ont été relevées, par une partie des acteurs de ces projets,
comme pouvant expliquer certaines des difficultés rencontrées dans la
montée en charge de ces structures nouvelles et dans leur insertion durable
au sein de leurs écosystèmes d’innovation. Ces règles se sont ajoutées à la
complexité intrinsèque de l’environnement juridique des IRT (statutaire,
fiscal, communautaire), produisant des contradictions internes au
modèle113, qui portent en gésine de sérieuses hypothèques sur sa durabilité.
Deux règles du guide méthodologique ont particulièrement suscité des
frictions entre instituts, fondateurs et partenaires. Bien que leur évolution

112 Cour des comptes, Rapport public thématique : Le programme d’investissements


d’avenir, une démarche exceptionnelle, des dérives à corriger, p. 68. La Documentation
française, décembre 2015, 187 p., disponible sur www.ccomptes.fr
113 Attirer des fondateurs désintéressés, mais garantir un juste retour aux apporteurs de

projets ; trouver un équilibre économique par la vente d’actifs valorisables mais rester
une fondation reconnue d’utilité publique ; préserver les intérêts financiers publics,
mais confier à une filiale commerciale le soin de valoriser, en partenariat avec les
fondateurs, les titres de PI porteurs de recette ; revendiquer un statut d’organisme public
de recherche, mais s’assujettir volontairement à l’impôt sur les sociétés contre le dire
même de l’administration fiscale.

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92 COUR DES COMPTES

puisse se traduire, à court terme, par des pertes de recettes pour les IRT, la
Cour recommande, au regard des effets positifs attendus sur leur activité,
d’assouplir ces règles de fonctionnement.
Il s’agit, en premier lieu, de la règle de reversement partiel aux IRT,
des sommes remboursées aux fondateurs académiques mettant à
disposition une partie de leur personnel. Bien qu’avantageuse, en un sens,
aux organismes de recherche114, cette contrainte, dans un contexte d’une
part de rareté croissante des ressources en personnel statutaire de recherche
et, d’autre part, de difficulté, pour certains organismes, à trouver leur juste
positionnement dans la stratégie de R&D des IRT, a pu objectivement
constituer un frein à la mobilité des personnels concernés. La Cour
recommande d’abandonner dès 2018 l’obligation de reversement partiel
des montants remboursés sur mises à disposition de personnel académique.
Augmenter les interactions entre IRT et partenaires académiques pour
favoriser l’appropriation de ces instituts par leurs fondateurs publics, est en
effet l’une des conditions essentielles de viabilité des instituts, qui doivent
éviter de se trouver en position de concurrence avec leurs partenaires. Par
ailleurs, supprimer cette obligation n’empêcherait nullement les fondateurs
et partenaires académiques de reverser tout ou partie des sommes
remboursées par l’IRT : soit à l’institut lui-même selon des modalités
librement négociées ; soit, à défaut, aux unités de recherche ayant mis à
disposition de l’IRT leurs personnels, aux fins de ressourcement. En tout
état de cause, le niveau d’implication des partenaires académiques dans
l’IRT devrait être l’un des critères d’évaluation de leur réussite et de leur
pérennité à la fin des conventions financières en cours.
En second lieu, la règle selon laquelle la propriété intellectuelle
issue de la recherche propre115 des IRT doit leur appartenir à 100 %,
explicitement destinée à favoriser un financement plus autonome, à long
terme, de ces structures, en contribuant à les doter d’un portefeuille de titres
rémunérateur, n’a pas porté, sauf exception, les résultats attendus (voir
chapitre II). On peut même émettre des doutes sur la pertinence intrinsèque
d’une telle stratégie, compte tenu de l’incertitude des modèles
économiques reposant sur l’exploitation d’un portefeuille de titres de PI,
avant tout facteur de coûts d’entretien et de défense élevés. Par ailleurs,
certains industriels fondateurs d’IRT considèrent parfois que cette règle les
pénalise, dans la mesure où ils sont tenus, s’ils veulent acquérir tout ou

114 Le CGI considère ainsi que ce dispositif devrait être jugé comme très incitatif dans
la mesure où les coûts du personnel mis à disposition sont couverts à 70 %, niveau plus
élevé que celui observé dans les autres dispositifs incitatifs, qui généralement ne
couvrent que les frais marginaux pour le personnel sous statut public.
115 La recherche propre vise les programmes de recherche réalisés par l’IRT avec ses

propres moyens et cofinancés par ses membres, le PIA et d’autres subventions.

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partie de cette PI ou ses droits d’exploitation, de payer un prix de marché,


alors même qu’ils ont contribué au financement de ces travaux, à une
certaine hauteur, par leurs apports au fonds de dotation, leurs dons en
nature à la fondation et leurs contributions scientifiques, matérielles ou
financières à l’exécution des projets. Les partenaires académiques, ayant
des objectifs propres en matière de PI formalisés dans leurs contrats avec
les tutelles, peuvent également juger ce modèle peu incitatif. Certains IRT
eux-mêmes ne semblent pas tenir cette règle pour une condition efficace
d’équilibre de leur modèle économique. Enfin, la complexité des règles de
partage et d’exploitation de la PI, qui distinguent trois cas de figure
(assortis de règles spécifiques et de possibilités de dérogations) pouvant
parfois se combiner au sein d’un même programme de R&D, apparaît
excessive. Dans les faits, des solutions pragmatiques ont pu être trouvées
entre acteurs, afin de dégager des conditions favorables à la signature des
projets, par exemple en donnant aux partenaires sur projets des IRT, une
visibilité sur le coût complet de leur participation à ces projets, ce coût
incluant non seulement la conduite des travaux de R&D, mais aussi
l’acquisition, à prix de marché, des droits éventuels futurs d’exploitation
des résultats prenant la forme de titres de PI.
Au demeurant, des évolutions concertées devraient pouvoir être
engagées rapidement pour l’ensemble de l’action des IRT, sur la base des
résultats des groupes de travail créés entre l’État et les instituts et dans le
respect des obligations communautaires en matière d’encadrement des
aides d’État à la R&D et à l’innovation, afin d’augmenter l’intérêt des
co-financeurs en prenant en compte, dans les cessions éventuelles à leur
profit, leur apport en industrie au projet ayant permis d’engendrer un actif
valorisable. Cette clarification des conditions de gestion de la PI issue des
travaux de recherche des IRT devrait pouvoir intervenir, comme pour les
règles visant les remboursements reçus sur mises à disposition, avant la fin
de l’année 2018.

D - Les CVT, des dispositifs à supprimer


La prochaine évaluation annuelle des CVT (hors CVT Valorisation
Sud évalué précocement en 2017) aura lieu au premier trimestre 2018. Ce
moment doit être l’occasion d’un état des lieux décisif pour des structures
qui n’ont pas démontré jusqu’ici leur réelle valeur ajoutée, faute d’un
positionnement visible et d’un engagement suffisant de leurs membres.
Sauf retournement visible de cette tendance, les alertes successives doivent
désormais conduire à un arrêt de ce dispositif mal calibré dès l’origine.

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94 COUR DES COMPTES

Le constat de départ sur le besoin d’expertise disciplinaire


complémentaire de l’action transversale des SATT reste valable. La forme des
CVT n’ayant pas su fédérer les organismes membres des consortiums, un
transfert total ou partiel des moyens prévus pour les CVT vers des appels à
projets en direction des alliances semble plus pertinent : ce format permettrait
de s’appuyer sur des dynamiques déjà existantes et serait moins coûteux en
frais de structure. Par exemple, l’alliance Allistene a pris en charge une partie
importante des activités du CVT CVTSENE après l’arrêt de celui-ci.
Il conviendra d’être attentif à ce que le rattachement du CVT Athéna
à l’alliance n’interrompe pas le développement de la valorisation dans le
domaine des sciences humaines et sociales (SHS), pour lequel il faudra
trouver un outil d’accompagnement adapté. En effet, malgré l’importance
quantitative des SHS en France (55,3 % des maîtres de conférences et
professeurs des universités116), le champ de la valorisation de cette
discipline reste encore largement sous-exploité117.
Concernant le CVT Valorisation Sud, dans le cas de la réussite du
projet de financement d’un fonds de maturation, une « expérimentation
complémentaire des SATT », sur le modèle de ce qui a été mis en place
dans l’avenant n° 4 du 2 janvier 2017 à la convention du 29 juillet 2010
entre l’État et l’ANR relative à l’action de valorisation du PIA118, devrait
être envisagée. En cas d’échec de ce projet, l’arrêt du CVT devra suivre.

E - France Brevets : un modèle à redéfinir


Le modèle économique de France Brevets se heurte à plusieurs limites
qui sont inhérentes au domaine même de la valorisation des brevets. Ainsi,
la taille de la société est relativement modeste par rapport à des fonds
internationaux publics et privés qui ont une capacité d’intervention
financière beaucoup plus significative. De même, l’insertion de France
Brevets comme un maillon utile au sein de la chaîne de valorisation de la
recherche publique n’est pas encore vraiment démontrée. Enfin, compte tenu
de la rentabilité incertaine que la valorisation des brevets est susceptible de
produire en elle-même, il serait plus réaliste de considérer l’activité de
France Brevets comme plus proche d’une activité d’intérêt général, ce qui ne
l’exonère pas de la nécessité d’atteindre l’équilibre financier.

116Données de l’année universitaire 2014-2015, MENESR.


117Moindre participation des chercheurs en SHS aux projets collaboratifs européens par
rapport à leurs homologues étrangers ; emploi de chercheurs en SHS au sein des
entreprises très minoritaire (2 % de l’ensemble des effectifs de R&D).
118 Cet avenant prévoit la possibilité d’un nombre très limité d'expérimentations

complémentaires des SATT pour assurer une couverture plus large du territoire national.

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Dans cette optique, le plan de moyen terme (PMT) pour 2017-2026,


approuvé par le conseil d’administration le 1er juin 2017, tente de stabiliser
le modèle de la société d’ici 2020. Le redressement de la situation
financière de France Brevets repose cependant sur un certain nombre de
paris concernant les activités, en particulier le développement de nouvelles
activités rentables en direction des entreprises. La situation financière de la
société implique l’engagement, courant 2018, d’une partie des ressources
du PIA 2 afin de soutenir le PMT adopté.
La Cour recommande que les actionnaires s’engagent sur une clause
de rendez-vous dès 2019 afin d’évaluer si la trajectoire d’amélioration
financière prévue dans le PMT s’est effectivement concrétisée. Plus
globalement, en raison du caractère isolé de la société et de son orientation
plus affirmée vers une intervention au profit de l’innovation en entreprise,
ainsi que de la perspective de la dilution actionnariale de la Caisse des
dépôts, un adossement de France Brevets à Bpifrance devrait être, dès à
présent, envisagé. Bpifrance concentre, en effet, des missions et des
compétences importantes en matière de financement de l’innovation des
entreprises119.

F - Introduire des indicateurs d’impact


socio-économiques pour évaluer les dispositifs
Comme souligné plus haut, l’évaluation actuelle des structures de
valorisation financées par le PIA n’inclut pas d’indicateurs mesurant leur
impact socio-économique (sur le nombre de créations d’entreprises, sur
l’emploi, l’évolution du chiffre d’affaires, etc.), en dépit de l’importance
du sujet. Ces externalités pour la sphère économique sont pourtant la
justification in fine des démarches de valorisation de la recherche publique.
La difficulté consiste à disposer de données pertinentes pour une telle
évaluation. En effet, le nombre d’entreprises bénéficiaires des nouveaux
dispositifs de valorisation est restreint, ces entreprises opèrent dans des
champs d’activité très différents et sont de taille variable, ce qui rend
difficiles les comparaisons avec un groupe d’entreprises dit « témoin » qui
n’a pas bénéficié des nouveaux dispositifs120.

119 Article 1 de la loi du 31 décembre 2012 relative à la création de la banque publique

d’investissement : « (…) En vue de soutenir la croissance durable, l’emploi et la


compétitivité de l’économie, elle favorise l’innovation, l’amorçage, le développement,
l’internationalisation, la mutation et la transmission des entreprises, en contribuant à
leur financement en prêts et en fonds propres. (…) ».
120 Voir le rapport final de l’évaluation économétrique intermédiaire du régime d’aides

de l’ADEME, mai 2017 (institut des politiques publiques).

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96 COUR DES COMPTES

Au-delà de la sélection d’indicateurs développés dans le cadre du


présent rapport afin d’éclairer sur le bilan de l’action des IRT et des
SATT121, la Cour a développé une méthodologie pour tenter d’évaluer
l’impact socio-économique de ces nouveaux outils, en analysant
l’évolution du chiffre d’affaires des entreprises aidées et en le comparant
avec celui des entreprises du même secteur d’activité. Cette méthode a été
appliquée à un groupe de 11 PME associées à l’IRT Jules Verne et à un
groupe de 15 entreprises ayant conclu un accord de licence avec une SATT
avant 2014. L’objectif était de déterminer si l’appartenance d’une
entreprise à l’IRT ou la conclusion d’un accord de licence avec la SATT
peut être corrélée à une amélioration du chiffre d’affaires de l’entreprise
considérée par rapport au chiffre d’affaires de l’ensemble des entreprises
du même code NAF (Nomenclature d’activités françaises). Le détail de
cette méthodologie et de ses résultats est exposé en annexe du présent
rapport (voir annexe n° 7). En dépit d’un échantillon limité de bénéficiaires
et d’une profondeur temporelle réduite, compte tenu de la mise en place
récente des SATT et des IRT, et sans méconnaître les éventuels biais de
sélection des bénéficiaires122, cette méthode permet d’ores et déjà de
constater que la conclusion d’une licence de brevet avec une SATT est
corrélée avec une amélioration du chiffre d’affaires de l’entreprise
concernée au moins égale à 4 % à court terme. Les résultats de cette analyse
pour les IRT ne sont, en revanche, pas significatifs au plan statistique
compte tenu de données à ce stade trop restreintes.
Les pouvoirs publics devraient développer et affiner ce type
d’analyses statistiques, notamment en recueillant davantage de données, en
vue des prochaines évaluations des structures de valorisation. La Cour
recommande ainsi de développer des indicateurs adaptés à la mesure de
l’impact socio-économique de ces structures.

121Voir annexe n° 3 pour les IRT. S’agissant des SATT, les critères pourraient prendre
en compte les effets du soutien des SATT sur les PME : nombre d’entreprises créées,
augmentation moyenne du chiffre d’affaire et/ou des effectifs, développement
particulier d’un secteur d’activité lié à une thématique scientifique particulièrement
investie par la SATT ; etc.
122 Dans une étude statistique, le terme biais de sélection désigne une erreur

systématique faite lors de la sélection des sujets à étudier. Dans le cas présent, le biais
de sélection joue cependant dans un sens indéterminé. En effet, on peut faire
l’hypothèse que les PME associées à un IRT ou les entreprises ayant conclu un accord
de licence avec une SATT sont, par nature, plus dynamiques que l’ensemble des
entreprises du même code NAF, ce qui expliquerait l’amélioration du chiffre d’affaires
constatée dans le cadre de l’analyse de la Cour. On peut aussi faire l’hypothèse inverse
selon laquelle sont concernées des entreprises moins dynamiques ou dotées de capacités
de R&D propres moins développées qui ont besoin de s’appuyer sur les nouveaux
dispositifs de valorisation pour développer leur activité.

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II - Lever certains freins à la valorisation


pour optimiser l’efficacité des outils du PIA

Au-delà des nouvelles structures créées par le PIA, des obstacles


restent à lever afin de favoriser le développement de la valorisation de la
recherche en France, en facilitant davantage les relations entre les
entreprises et la recherche publique en matière de propriété intellectuelle,
et en poursuivant les efforts de rapprochement entre les chercheurs et les
entreprises. La levée de ces freins devrait d’ailleurs contribuer à maximiser
l’efficacité des outils du PIA. En effet, la valorisation de la recherche est
aujourd’hui limitée par la faiblesse de la R&D privée.
La France se situe dans la moyenne basse des pays membres de
l’OCDE pour la part de la recherche et développement dans le produit
intérieur brut (PIB)123, et notamment à une place sensiblement inférieure à
celle des États-Unis, du Japon et de l’Allemagne. Ce moindre niveau
général s’explique principalement par la faiblesse de la R&D des
entreprises, dont la part est, en France, très inférieure à celle de nos
principaux partenaires.

Graphique n° 11 : financement de la dépense intérieure


de R&D (2014)

100 %
80 %
60 % 55,7% 54,8% 65,8% 61,3% 61,7%
48,0% 77,3%
40 %
37,1%
20 % 34,6% 32,6% 28,9% 28,4% 27,4% 26,2% 16,0% 12,5%
0%

État Industrie Autres sources nationales Étranger

Source : OCDE, données 2014 sauf (1), données 2013

123En 2015 (dernières données disponibles), la France consacrait 2,23 % de son PIB à
la recherche et développement (R&D), ce qui la place au-dessus de la moyenne de
l’Union européenne (1,95 %) mais en-dessous de celle des pays de l’OCDE (2,4 %).

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98 COUR DES COMPTES

Cette spécificité française, que la Cour attribue – dans son rapport


précité de 2013 sur le financement public de la recherche – à la structure
économique nationale124, a une influence sur la valorisation de la recherche
publique, car la production de connaissances ne peut engendrer une
augmentation de l’innovation, de la croissance et de l’emploi que si les
entreprises sont capables d’exploiter les inventions issues de la recherche
publique. À cet égard, la faiblesse du nombre de chercheurs dans les
entreprises françaises limite leur capacité d’absorption des inventions et
constitue un frein structurel au développement des relations entre la
recherche publique et l’industrie.

A - Fluidifier les relations entre la recherche publique


et les entreprises en matière de propriété intellectuelle
Dans leurs relations avec les établissements publics de recherche,
beaucoup d’entreprises déplorent un temps excessif de négociation. Il peut
être difficile, en premier lieu, d’identifier le bon interlocuteur, notamment
dans le cas de laboratoires mixtes, soumis à plusieurs tutelles. L’institution
d’un mandataire unique visait à répondre à cette difficulté. La négociation
des conditions d’exploitation des brevets concédés peut également s’avérer
compliquée, notamment pour les start-ups, dans la mesure où les pratiques
constatées en la matière du côté des structures de valorisation diffèrent
notablement.

1 - Mettre en place le mandataire unique

L’ordonnance du 17 février 2014 a prévu la désignation d’un


mandataire unique pour gérer les relations entre les entreprises et les unités
mixtes de recherche, afin de permettre d’accélérer la signature de contrats
sur la propriété intellectuelle125. Un décret126 est venu préciser les missions
et le mode de désignation du mandataire, notamment dans le cas où aucun
accord ne serait trouvé entre les personnes publiques.

124 Le recul de la valeur ajoutée de l’industrie, particulièrement intense en R&D, dans


l’économie française a contribué négativement à la croissance de l’effort en R&D de
l’ensemble des entreprises.
125 Le cinquième alinéa de l’article L. 533-1 du code de la recherche, relatif à la

valorisation des brevets publics, dispose : « Afin de simplifier et d'accélérer le transfert


d'un titre de propriété industrielle (…), en cas de copropriété publique constatée au
dépôt de l'invention, un mandataire unique chargé de la gestion, de l'exploitation et de
la négociation du titre est désigné par les déposants avant sa publication ».
126 Décret n° 2014-1518 du 16 décembre 2014 relatif au mode de désignation et aux

missions du mandataire prévu à l'article L. 533-1 du code de la recherche.

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DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE PUBLIQUE 99

Ce dispositif répondait à la nécessité de simplifier la gestion des


brevets en copropriété qui, du fait des cotutelles régissant les laboratoires,
constituent la majorité des brevets issus de la recherche publique. En
particulier, la concentration du pouvoir de négociation devait faciliter les
relations avec les entreprises intéressées par l’obtention d’une licence
d’exploitation.
L’application de ce dispositif reste cependant incomplète. De
nombreux laboratoires n’ont pas encore désigné de mandataire unique ; la
capacité à exercer réellement les compétences déléguées n’est pas toujours
présente, les copropriétaires tenant à un droit de regard sur l’exploitation
du brevet. À la suite du constat de ce retard, une circulaire ministérielle du
21 juillet 2016 a préconisé d’inclure la désignation d’un mandataire unique
dans les accords contractuels régissant les structures mixtes (convention
d'unité mixte de recherche, convention de site, etc.). Cette insertion est
bienvenue mais conditionnée au rythme de renouvellement de ces accords.
Une mise en œuvre plus rapide est nécessaire pour simplifier et accélérer
les transferts.

2 - Harmoniser les conditions de création d’entreprises


à partir de brevets publics

À côté de la concession de licence à une entreprise existante, la


création d’une entreprise nouvelle à partir de brevets publics est un des
modes de valorisation importants de la propriété intellectuelle. Certaines
structures créées par le PIA, en particulier les SATT Linksium et Pulsalys,
ont privilégié la création de start-ups comme débouché des brevets dont
elles assurent la gestion. Cette stratégie procède du constat de la capacité
de développement rapide et de gestion offensive des brevets dans les
start-ups, mais peut également comporter des risques, tel le cas de start-ups
« coquilles vides » permettant d’employer de jeunes chercheurs sans réel
plan d’affaires.
Les start-ups créées peuvent l’être directement par des chercheurs
publics dans le cadre de dispositifs juridiques spécifiques (voir infra) ou
par des entrepreneurs extérieurs. Des dispositifs publics, tels que les
incubateurs dits « Allègre », ou privés (« start-ups studios »)
accompagnent ces jeunes entreprises aux premières étapes de leur
développement. À ce stade, la négociation des conditions d’exploitation
des brevets concédés constitue un enjeu crucial ; or, les pratiques
constatées en la matière du côté des structures de valorisation diffèrent
notablement et peuvent freiner le démarrage des start-ups.

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100 COUR DES COMPTES

Quelques principes communs ont néanmoins été définis pour


encadrer les relations entre les SATT et les start-ups : à l’exception de la
SATT Linksium, qui a reçu une dérogation pour ce faire, les SATT ne
peuvent ainsi pas investir en numéraire dans le capital des entreprises. Le
comité de gestion des SATT a, par ailleurs, préconisé qu’elles
n’interviennent pas dans la stratégie de ces start-ups. Au-delà de ces
quelques principes, chaque SATT, et au-delà chaque acteur de la
valorisation, a sa propre politique vis-à-vis des start-ups.
Pressées par le besoin de dégager des recettes à brève échéance,
certaines SATT ont pu imposer des conditions jugées excessives, en
particulier concernant le remboursement des frais engagés pour la
maturation des brevets, transformés en une dette initiale lourde à supporter.
Les pratiques ont évolué pour éviter d’étouffer les jeunes pousses, mais
elles restent diverses. Par exemple, la SATT Conectus utilise trois leviers :
les frais de maturation ne sont récupérés que lors des levées de fonds (5 %
des fonds levés, à concurrence des sommes dépensées), la signature du
contrat de licence est différée jusqu’au premier tour de table, le montant de
la redevance dépend de la valorisation de l’entreprise et n’est exigible que
lors d’un événement de liquidité. Ce dispositif est porteur de risques en cas
d’échec de la start-up mais garantit un retour financier important en cas de
succès.
Afin de fluidifier les relations entre les laboratoires et les jeunes
entreprises, une harmonisation est souhaitable. Cela pourrait se faire à
l’échelle des SATT par une diffusion de bonnes pratiques par le comité de
gestion127 ; plus largement, une circulaire ministérielle complétant la
circulaire du 21 juillet 2016 sur le mandataire unique pourrait fixer une
trame commune, des délais de négociation voire des fourchettes chiffrées
pour faciliter et accélérer les négociations.

127 Le comité de gestion du fonds d’investissement dans les SATT comprend des
représentants des administrations concernées au sein du ministère en charge de
l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR) et du ministère de l’économie avec
la direction générale des entreprises (DGE). Il comprend également des représentants
du commissariat général à l’investissement (CGI), de l’Agence nationale de la
recherche (ANR), de Bpifrance et de la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Il se
réunit toutes les six semaines environ pour suivre les rapports envoyés par les SATT et
pour fixer un cadre de bonnes pratiques à un certain nombre de leurs problématiques
communes.

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DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE PUBLIQUE 101

La normalisation, un autre outil de valorisation


de la propriété intellectuelle
La normalisation peut se définir comme tout procédé visant à établir
un référentiel commun et documenté, destiné à harmoniser l’activité d’un
secteur. Ces normes peuvent être fixées par des organismes
gouvernementaux ou par des organismes privés encadrant un secteur
d’activité. La densification normative récente est notable : le nombre de
normes a plus que doublé depuis le début des années 2000, pour atteindre
35 000 en 2017128.
Normes et brevets peuvent être liés au sein du processus
d’innovation. Ainsi, certains brevets sont dits « essentiels » quand il n’est
pas possible techniquement de fabriquer un équipement qui respecte une
norme sans enfreindre ce brevet. Toutefois, la normalisation peut
également, en dehors de tout brevet, constituer un véritable vecteur de
valorisation à elle seule. En effet, sur un marché, le fait d’être le premier à
standardiser une découverte revient à contraindre ses concurrents à
s’adapter à cette procédure, s’ils veulent continuer à exister sur ce marché.
La norme a également l’avantage de ne pas constituer un centre de
coûts, comme cela peut être le cas pour un portefeuille de brevets. Toutefois,
les activités de normalisation irriguent encore trop peu les programmes
français de recherche, contrairement par exemple à l’Allemagne.
À titre d’exemple, l’IRT b<>COM, spécialisé dans le numérique, a
fait de la standardisation un axe majeur de son développement. Ainsi, entre
2013 et 2015, l’IRT est devenu membre de huit organismes internationaux
de normalisation, témoignant de la nécessité de développer une influence en
amont sur le processus de normalisation, avant d’entreprendre toute activité
de valorisation.

B - Renforcer les incitations à la mobilité des chercheurs


et à leur investissement dans la valorisation
La réussite de la valorisation repose sur la circulation des
compétences entre recherche publique et secteur privé. Il est donc
indispensable que les chercheurs disposent de la possibilité d’assurer ou
d’accompagner le transfert de leurs découvertes vers le monde socio-
économique. Les incitations individuelles à la valorisation doivent donc
être renforcées.

128Rapport d’information du Sénat, « Où va la normalisation ? En quête d'une stratégie


de compétitivité respectueuse de l'intérêt général », Élisabeth Lamure et Jean-Claude
Lenoir, juillet 2017, p. 7.

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102 COUR DES COMPTES

1 - Inciter les chercheurs à s’engager dans la valorisation

L’incitation des chercheurs à se préoccuper des enjeux de


valorisation est un enjeu essentiel pour stimuler les interactions. Pour ce
faire, l’État a privilégié l’outil de l’intéressement et l’a rendu de plus en
plus favorable au fil du temps. Néanmoins, d’autres outils non financiers
pourraient être mis en place pour lever les freins à l’implication des
chercheurs publics dans la valorisation.

a) Un système d’intéressement favorable aux chercheurs publics


français, à mieux articuler avec les principes des SATT

Le dispositif d’intéressement des chercheurs publics français est


particulièrement favorable (voir annexe n° 10). Il se heurte cependant,
comme indiqué dans le chapitre II, aux règles des SATT. Même si la
maturation réalisée grâce aux SATT permet de faire aboutir des projets de
valorisation qui n’auraient pas existé sans elles, il apparaît nécessaire de
lever les ambiguïtés de manière à associer les chercheurs aux revenus de
transfert dès le départ. Une manière de le faire serait d’étendre l’assiette de
l’intéressement à l’ensemble des revenus provenant de l’invention, et non
uniquement aux revenus perçus par la personne publique qui les emploie,
de manière à prendre en compte l’arrivée des SATT dans le dispositif de
valorisation. D’autres options sont envisageables de manière à préserver
les intérêts respectifs des SATT et des chercheurs. Toute évolution
nécessitera un décret en Conseil d’État modifiant le décret n° 96-858 du
2 octobre 1996.

b) La nécessité de développer les dispositifs de reconnaissance


des chercheurs impliqués dans la valorisation

Outre l’intéressement, d’autres mesures sont à consolider et


développer pour inciter les chercheurs à s’engager dans la valorisation. La
reconnaissance symbolique que constitue la médaille de l’innovation du
CNRS, créée en 2011, n’est ainsi pas négligeable ; une diffusion de ce type
de distinction à d’autres niveaux (échelons régionaux des EPST,
universités) pourrait être utile pour tempérer une reconnaissance
institutionnelle exclusivement liée aux publications. Ces distinctions sont,
en outre, le plus souvent assorties de bourses permettant de développer le
potentiel d’une découverte en finançant de la pré-maturation.
En termes d’évaluation des chercheurs et enseignants-chercheurs, la
valorisation apparaît désormais davantage dans les dossiers d’évaluation,

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DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE PUBLIQUE 103

mais elle demeure marginale dans les critères de promotion dans les corps
supérieurs. La valorisation des résultats de la recherche constitue l’un des
objectifs de la politique nationale de la recherche, qui a été récemment
précisé par la loi du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur et à
la recherche pour y introduire la mission de transfert de technologie129. Le
ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation
devrait veiller à une meilleure prise en compte de cette dimension, au sein
du monde académique, dans le déroulement de la carrière des chercheurs
et enseignants-chercheurs. Il serait notamment souhaitable de faire évoluer
les pratiques au niveau du Conseil national des universités, qui apprécie
essentiellement les critères de qualité de la recherche pour examiner les
promotions dans le corps de professeur des universités.
Au niveau des organismes, l’exemple du CEA pourrait être diffusé.
Le statut des collaborateurs du CEA, régi par l’accord du
16 décembre 2003, comprend ainsi une filière « expert » permettant de
promouvoir des profils techniques et non uniquement académiques,
positionnés notamment sur les fonctions de valorisation. Sur les
169 promotions au niveau E5 (équivalent de professeur des universités)
intervenues entre 2013 et 2015, 72 concernaient des ingénieurs-chercheurs,
et 63 des experts ou des experts seniors, ce qui témoigne des perspectives
de carrière offertes aux profils non exclusivement académiques.

2 - Lever les freins à la mobilité

La circulation des chercheurs entre sphères publique et privée est


centrale pour le transfert de connaissances, le chercheur pouvant être
lui-même un acteur efficace de valorisation de ses propres recherches.
Malgré des dispositifs spécifiques permettant de compléter les possibilités
offertes par le statut de la fonction publique, la mobilité des chercheurs
reste insuffisante, ce qui doit conduire à lever les sources de blocage
identifiées.

129 Voir l’article L. 111-1 du code de la recherche : « La politique nationale de la


recherche et du développement technologique vise à : (…) valoriser les résultats de la
recherche au service de la société. À cet effet, elle s'attache au développement de
l'innovation, du transfert de technologie lorsque celui-ci est possible, de la capacité
d'expertise et d'appui aux associations et fondations, reconnues d'utilité publique, et aux
politiques publiques menées pour répondre aux défis sociétaux, aux besoins sociaux,
économiques et du développement durable ».

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104 COUR DES COMPTES

a) Des possibilités juridiques trop peu utilisées


à simplifier et à harmoniser

De nombreux aménagements et dispositifs spécifiques existent pour


favoriser la mobilité des chercheurs, notamment depuis la loi n° 99-587 du
12 juillet 1999 sur l'innovation et la recherche, dite loi Allègre
(voir annexe n° 10). Pourtant, la mobilité des chercheurs publics vers le
privé ne concerne que des effectifs limités. En particulier, le recours aux
outils créés par cette loi est très marginal au regard du périmètre concerné.
Les données de la Commission de déontologie de la fonction publique le
confirment.

Graphique n° 12 : nombre de saisines de la commission


de déontologie de la fonction publique (2011-2015)

140

120 0 3 0

100 2

80
109 107 3 112
60
94
40 55
20
12 12 12 10 7
0
2011 2012 2013 2014 2015
Création d'entreprise Concours scientifique
Participation à un organe dirigeant

Source : Cour des comptes d’après données de la CDFP.

On constate la forte proportion (88 %) des saisines liées à une


autorisation de concours scientifique, qui ne constitue pas une mobilité au
sens propre. En 2015, plus de 95 % des saisines de la CDFP ont reçu un
avis favorable ou favorable sous réserve. La très grande majorité des avis
favorables sous réserve est liée à la nécessite de conclure une convention
de concours scientifique entre l’entreprise et la personne publique.
Peu de données sont disponibles pour rapporter la situation française
à celle de pays comparables. Au niveau de l’Union Européenne, le projet
« Mobility and Career Paths of EU Researchers » portant sur un
échantillon de 10 000 chercheurs européens a conclu dans son étude de

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RESSERRER LE PÉRIMÈTRE DES OUTILS DU PIA, AMÉLIORER LES CONDITIONS
DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE PUBLIQUE 105

2013 que « 23 % des chercheurs en doctorat et 30 % des chercheurs au


stade post-doctorat ont été mobiles » entre secteurs public et privé. S’il
n’existe pas de ventilation par pays, la France semble éloignée de ces
proportions.
Confronté au constat de ce recours très faible aux dispositifs
existants, le ministère s’efforce de sensibiliser davantage les chercheurs par
une importante communication, notamment à travers l’actualisation
régulière d’un vade-mecum sur ce sujet. Les structures de valorisation
développent également des outils de sensibilisation, tel le service de
valorisation de l’Institut polytechnique de Grenoble (Grenoble INP), dont
la vidéo pédagogique sur les dispositions de la loi Allègre a remporté le
« Trophée Curie » en 2017 décerné par le Réseau Curie, association qui
fédère les organismes consacrés au transfert.
Un rapport, remis au secrétaire d’État à l’enseignement supérieur et
à la recherche en février 2017, envisage des mesures de simplification et
de modernisation de la loi Allègre. Plusieurs axes d’amélioration ont été
identifiés pour augmenter le taux de recours aux dispositifs existants en les
simplifiant et en fluidifiant en particulier la possibilité de passage de l’un à
l’autre (création d’entreprise, concours scientifique, participation aux
instances de gouvernance). Une actualisation de la loi Allègre dans le sens
préconisé par ce rapport est nécessaire.

b) Des obstacles structurels à la mobilité à réduire

Le principal obstacle entravant une mobilité fluide des chercheurs


relève de la gestion de leur carrière : le retour dans la fonction publique,
après un passage dans le secteur privé, est préjudiciable à un déroulé
normal de carrière du chercheur (diminution du nombre de publications,
reconstitution partielle de carrière pendant le passage dans le privé). En
outre, la mise en œuvre de la mobilité souffre d’une mauvaise connaissance
entre les acteurs, due à l’organisation spécifique de l’enseignement
supérieur et de la recherche en France : la séparation entre écoles et
universités ne favorise ainsi pas la connaissance des laboratoires de
recherche par les entreprises, où les cadres dirigeants ne sont souvent pas
passés par l’université. Le doctorat est ainsi moins valorisé en France que
dans d’autres pays, en particulier l’Allemagne, pour accéder aux fonctions
de responsabilité en R&D ; la situation évolue néanmoins, du fait de
l’internationalisation des groupes qui offre davantage de perspectives et de
reconnaissance aux docteurs. Du côté des chercheurs, la valorisation et les
interactions avec les entreprises figurent peu dans les cursus de formation.

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106 COUR DES COMPTES

Ainsi, trois améliorations principales paraissent possibles : s’inspirer


de la formation des docteurs et ingénieurs allemands en incitant, au niveau
du doctorat et/ou du « master recherche », à intégrer une expérience au sein
de la recherche dans le secteur privé130 ; permettre une reconstitution pleine
de la carrière après un passage dans le secteur privé dans le cadre des
dispositifs créés par la loi Allègre131 ; intégrer, dans le volet « valorisation de
la recherche » de l’évaluation des chercheurs, la mobilité dans le secteur
privé comme un véritable critère d’avancement de carrière.

3 - Les CIFRE : un dispositif efficace, un objectif


de diversification à introduire

Créées en 1981, les conventions industrielles de formation par la


recherche (CIFRE) visent à renforcer les échanges entre les laboratoires de
recherche publique et les milieux socio-économiques, favoriser l'emploi
des docteurs dans les entreprises et contribuer au processus d'innovation
des entreprises françaises, à travers l’accueil de doctorants au sein des
entreprises. Depuis 2006, les associations, les collectivités territoriales et
les chambres consulaires agissant dans le cadre d’une action publique et
sociétale sont également éligibles au dispositif. Chaque contrat CIFRE
donne lieu à une subvention de 14 000 €, versés à l’entreprise qui emploie
le doctorant sous forme de contrat à durée déterminée ou indéterminée. Le
dispositif CIFRE est mis en œuvre par l’Association nationale de la
recherche et de la technologie (ANRT) sous le contrôle du ministère chargé
de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Après une période de croissance ininterrompue, le nombre de
CIFRE plafonne depuis une dizaine d’années (1377 CIFRE conclues en
2016, 1271 en 2008) et correspond à l’enveloppe disponible. Les CIFRE
représentent ainsi plus de 9 % de l’ensemble des doctorats financés et
6,5 % de l’ensemble des doctorants en première année. Sur la même
période, le nombre de dossiers a dépassé ce plafond (1661 dossiers déposés
en 2016), ce qui témoigne de l’attractivité du dispositif. Le devenir
professionnel des doctorants CIFRE témoigne d’un fort taux d’insertion au
sein des entreprises : deux tiers des « anciens Cifre » font une carrière en

130 Cour des comptes, Référé, L’insertion professionnelle des jeunes docteurs. 5 janvier
2016, 6p., disponible sur www.ccomptes.fr. Cette préconisation avait déjà fait l’objet
d’une recommandation dans le de la Cour sur, en date du 5 janvier 2016.
131 En particulier la création d’entreprises, prévue par les art. L. 531-1 à L 531-7 du

code de la recherche.

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RESSERRER LE PÉRIMÈTRE DES OUTILS DU PIA, AMÉLIORER LES CONDITIONS
DE LA VALORISATION DE LA RECHERCHE PUBLIQUE 107

entreprise alors que cette proportion est d’à peine plus d’un tiers pour
l’ensemble des docteurs diplômés en France132.
La répartition des CIFRE par discipline et par secteur d’activité des
entreprises témoigne d’une concentration sur les domaines les plus actifs
en matière d’interactions public-privé. Ainsi, 25 % seulement des
doctorants relèvent des sciences humaines et sociales ; près du tiers des
entreprises d’accueil relèvent de l’industrie manufacturière. En ce qui
concerne la taille des entreprises d’accueil, plus des deux tiers d’entre elles
étaient des PME (moins de 250 salariés) en 2016, et seulement 13,6 % des
grands groupes. Néanmoins, les dix entreprises ayant accueilli le plus de
doctorants CIFRE (toutes de grands groupes133) représentent près de 25 %
de l’ensemble des subventions, ce qui témoigne d’une forte concentration.
Cette concentration est également géographique : environ un tiers des
laboratoires dont relèvent les doctorants CIFRE sont situés en
Île-de-France134 et un autre tiers dans trois autres régions135, toutes les
autres se répartissant le dernier tiers. Enfin, près de la moitié des doctorants
CIFRE sont ingénieurs : le dispositif se concentre donc sur un public déjà
largement disposé à intégrer le monde de l’entreprise.
Ce dispositif désormais bien connu et apprécié des entreprises
constitue un outil de valorisation efficace et peu coûteux pour les finances
publiques. Au-delà d’une éventuelle extension du dispositif, qui porterait
le risque d’une moindre sélectivité et donc d’une moindre qualité des thèses
CIFRE, un objectif de diversification pourrait être assigné à l’ANRT par le
ministère afin de développer la part des disciplines jusqu’ici peu couvertes,
telles les sciences humaines et sociales, ainsi qu’une répartition plus
harmonieuse des CIFRE sur le territoire national et l’accueil d’étudiants
dans les start-ups et les PME. Sur ce dernier point, la simplification des
procédures de dépôt de dossiers devra être poursuivie afin d’encourager le
recours à ce dispositif par les petites entreprises. La possibilité de créer des
consortiums associant plusieurs start-ups ou PME pourrait également
permettre de compenser le risque que représente pour les petites entreprises
l’engagement triennal exigé par la conclusion d’une CIFRE.

132 Étude réalisée en 2016 par l’ANRT auprès de docteurs ayant soutenu leur doctorat
CIFRE en 2010 et 2014.
133 Safran, Orange, EDF, STMicroelectronics, EADS/Airbus, Peugeot, Renault, Thalès,

Sanofi, GIE AIFOR (regroupant les entreprises Bayer Cropscience, Merial, Rhodia
Recherches et Technologies et Sanofi-Aventis).
134 La proportion est encore plus importante si on considère la localisation de

l’entreprise (45,8 %), mais l’effet de siège rend cette donnée moins fiable.
135 Dans l’ordre décroissant du nombre de CIFRE : Rhône-Alpes-Auvergne, Occitanie,

Nouvelle-Aquitaine.

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108 COUR DES COMPTES

______________________ CONCLUSION ______________________

La plupart des nouvelles structures de valorisation créées par le PIA


sont aujourd’hui à un moment charnière, en particulier dans la perspective
des prochaines évaluations pour l’utilisation des reliquats de crédits des
PIA 1 et 2, et la mobilisation éventuelle des crédits du PIA 3. Si certaines
de ces structures semblent en situation de faire la preuve, à moyen terme,
de leur valeur ajoutée au sein de l’écosystème de la valorisation de la
recherche publique, d’autres montrent d’ores et déjà de telles fragilités
intrinsèques ou systémiques qu’il convient de procéder sans délai à leur
mise en extinction. Il y a lieu, par ailleurs, de revenir plus radicalement
sur un dispositif, les CVT, qui n’ont pas démontré jusqu’ici leur réelle
valeur ajoutée, faute d’un positionnement visible et d’un engagement
suffisant de leurs membres.
Pour celles des structures créées par le PIA qui justifieraient une
prolongation du soutien public au-delà du terme initialement prévu, les
pouvoirs publics devront asseoir l’évaluation de leur valeur ajoutée sur
des indicateurs d’impact socio-économique robustes et exploitables, tant
par leurs instances de gouvernance que par les tutelles.
En tout état de cause, pour produire tous leurs effets attendus, ces
nouveaux outils du PIA exigent, au-delà d’un environnement réglementaire
favorable, une implication suffisante des entreprises.
Au vu de ces constats, la Cour formule des recommandations qui
sont récapitulées à la suite de la conclusion générale du présent rapport.

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Conclusion générale

Si le présent rapport distingue, pour la clarté de l’exposé, les outils


en faveur de la recherche partenariale et ceux en faveur du transfert de
technologies, ces modalités de valorisation sont, en pratique, souvent
interpénétrées et complémentaires sur un même projet de recherche, et
s’inscrivent en outre dans l’écosystème large et mouvant des transferts de
connaissances, où prennent une part importante, à côté des structures et des
dispositifs organisés, les réseaux informels et les échanges humains.
L’enjeu, pour les pouvoirs publics, consiste bien à mettre en place une
stratégie d’ensemble articulée et cohérente entre les divers outils de
valorisation à la disposition des établissements de recherche et des
entreprises.
Face aux retards persistants en matière de valorisation de la
recherche publique française, les pouvoirs publics n’ont pas souhaité
réformer et simplifier le dispositif existant. Ils ont fait le choix, dans le
cadre du PIA, de créer ex nihilo de nouvelles structures, généreusement
dotées sur une durée fixée initialement à dix ans. Ces structures s’ajoutant
à l’existant, la mise en œuvre du PIA a conduit à une sédimentation des
différents dispositifs en faveur de la valorisation. Les ambitions fortes
assignées aux nouveaux instruments, à savoir créer des pôles de
valorisation d’excellence à travers la mise en place d’outils innovants,
présentés comme une rupture avec le passé, se sont, dès le départ, heurtées
à un certain nombre de handicaps structurels tenant notamment à leur
articulation avec les établissements académiques. Alors même que ces
incertitudes auraient dû conduire les pouvoirs publics à privilégier, au
moins dans un premier temps, un dispositif resserré, à l’inverse, le nombre
de structures créées par le PIA a été plus élevé que prévu initialement,
notamment dans le cas des SATT, pour prendre en compte des
préoccupations de maillage territorial et ménager l’ensemble des parties
prenantes.
La logique d’innovation, qui a présidé aux investissements d’avenir,
s’est, de fait, accompagnée, dans le domaine de la valorisation de la
recherche publique, d’une approche de « sélection naturelle », consistant à
financer en nombre des nouvelles structures, pour distinguer celles qui
feraient la démonstration de leur efficacité et de leur viabilité, au prix d’un
investissement massif et peu sélectif des fonds publics.

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110 COUR DES COMPTES

La mise en œuvre des investissements d’avenir dans le domaine de


la valorisation confirme donc les risques déjà évoqués par la Cour dans son
rapport public thématique de décembre 2015 consacré au PIA136 : la
création de dispositifs originaux, souvent en dehors du droit commun, et
l’abondance de financements sans réelle contrainte budgétaire ont
notamment conduit à une prolifération de structures, à l’encontre de
l’objectif initial d’excellence et de sélectivité. Par ailleurs, la gouvernance
particulière du PIA a entraîné des difficultés dans le pilotage du programme
et le partage des rôles entres les différentes parties prenantes : CGI,
ministères et opérateurs. La mise en œuvre du grand plan d’investissement,
dont le financement est assuré par l’ouverture de crédits budgétaires et dont
la coordination est assurée par le secrétariat général pour l’investissement,
pourrait être de nature à améliorer le pilotage et devrait être l’occasion de
renouer avec des objectifs d’efficience.
Face à des objectifs initiaux larges et ambitieux, les premières
réalisations des nouvelles structures de valorisation créées par le PIA
apparaissent, en effet, à ce stade, hétérogènes, souvent en retrait par rapport
aux prévisions initiales, et dans l’ensemble, décevantes par rapport aux
moyens financiers importants engagés. L’appropriation de ces nouvelles
structures par les établissements publics, comme par les acteurs privés, a
été très inégale, avec une insertion encore trop partielle des nouvelles
structures dans l’écosystème de la valorisation, qui a conduit à laisser
perdurer des doublons et n’a pas toujours permis aux économies d’échelle
envisagées de se matérialiser. Enfin, le modèle économique de ces
structures présente des fragilités intrinsèques, qui semblent avoir été sous-
estimées à l’origine.
Ces contraintes intrinsèques imposent aujourd’hui de redéfinir le
modèle économique des structures de valorisation avec une hypothèse qui
n’exclut pas la nécessité d’un financement public au-delà de la période
initiale de dix ans. Cette orientation, si elle prend acte de la difficulté à
obtenir une rentabilité significative sur ce type d’activité, ne doit
néanmoins pas se traduire, s’agissant de fonds publics, par l’abandon de
l’exigence d’équilibre financier à moyen terme. Elle implique, par ailleurs,
de cibler les financements publics sur les outils présentant une véritable
valeur ajoutée par rapport à l’écosystème de la valorisation de la recherche
publique. Les nouvelles structures de valorisation créées par le PIA sont
certes des organismes récents et l’effet des dispositifs de soutien à la
valorisation ne peut s’apprécier que sur une période suffisamment longue.

136 Cour des comptes, rapport public thématique : Le programme d’investissements


d’avenir, une démarche exceptionnelle, des dérives à corriger. La documentation
française, décembre 2015.

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CONCLUSION GÉNÉRALE 111

Il reste qu’à ce stade, même dans le cadre d’une action innovante et d’un
investissement d’avenir, les résultats obtenus par certaines structures, très
en retrait par rapport aux prévisions initiales, doivent conduire les pouvoirs
publics à resserrer rapidement le champ et le financement de ces nouveaux
outils. Ce resserrement devrait permettre, dans certaines conditions, de
conserver celles des structures qui ont fait la preuve de leur efficacité ou
qui réunissent les conditions minimales de succès et de viabilité.
Les pouvoirs publics doivent, à cet égard, être attentifs à évaluer
rigoureusement l’impact, y compris socio-économique, des dispositifs de
valorisation mis en place dans le cadre du PIA. Or, pour l’instant,
l’évaluation de ces dispositifs n’inclut pas d’indicateurs mesurant l’impact
socio-économique de leur action (par exemple, en termes d’emplois créés,
d’évolution du chiffre d’affaires des entreprises bénéficiaires de ces
dispositifs).
Le facteur humain individuel est également un élément clé dans les
transferts de connaissances entre les secteurs public et privé. L’une des
formes du transfert de technologies est la mobilité des chercheurs vers les
entreprises, qui doit être encouragée.
En tout état de cause, la mise en place d’instruments en faveur de la
valorisation de la recherche publique ne doit pas occulter le fait que celle-ci
est aujourd’hui limitée par la faiblesse de la R&D privée. Pour produire
pleinement les effets attendus, ces outils, qui s’ajoutent à d’autres
dispositifs publics tels que le crédit impôt recherche, supposent donc
également une implication suffisante des entreprises. La politique de
valorisation de la recherche publique, et plus largement la politique de la
recherche, ne disposent pas de toutes les clés pour faire évoluer une
situation qui relève de politiques économiques et industrielles plus larges
comme de l’engagement des entreprises privées.

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Recommandations

La Cour formule les recommandations suivantes qui visent à :


- resserrer le périmètre des dispositifs de valorisation du PIA ;
- renforcer l’insertion de ces nouvelles structures dans l’écosystème de
l’innovation ;
- mesurer leur impact socio-économique ;
- renforcer la circulation des compétences entre la recherche publique
et le secteur privé.

Sur le resserrement des dispositifs de valorisation

1. mettre en extinction la SATT Grand Centre et la remplacer par des


dispositifs de valorisation plus modestes (État, ANR, actionnaires de
la SATT) ;
2. tirer les conséquences en 2018 des évaluations menées, afin
d’apprécier la viabilité des SATT Nord, AXLR, IdF Innov, Paris-
Saclay, Grand-Est, Pulsalys et Linksium et mettre en extinction celles
qui ne parviendraient pas à développer efficacement leur activité (État,
ANR, actionnaires des SATT) ;
3. concentrer le financement des IRT par les crédits du PIA, entre 2020
et 2025, sur les projets des structures jugées les plus performantes et
prometteuses, et renoncer ainsi à prolonger l’utilisation des dotations
non consommables au-delà de 2020 (État) ;
4. prévoir une clause de rendez-vous en 2019 afin d’évaluer la réalisation
par France Brevets de la trajectoire financière prévue dans le PMT
2017-2026 et étudier son adossement à Bpifrance (Caisse des dépôts
et consignations, État) ;
5. arrêter le dispositif des CVT (hors CVT valorisation sud) (État).

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114 COUR DES COMPTES

Sur le renforcement de l’insertion des nouvelles structures dans


l’écosystème de l’innovation

6. abandonner, dès 2018, l’obligation de reversement partiel des


remboursements sur mises à disposition de personnels académiques au
sein des IRT (État) ;
7. clarifier en 2018 les conditions de gestion de la propriété intellectuelle
issue des travaux de recherche des IRT (État) ;
8. assurer la mise en œuvre effective du mandataire unique à échéance
fin 2018 (État).

Sur la mesure de leur impact socio-économique

9. développer des indicateurs adaptés à la mesure de l’impact socio-


économique des outils de soutien à la valorisation de la recherche créés
par le PIA (État).

Sur le décloisonnement des compétences entre la recherche


publique et le secteur privé

10. étendre aux activités de valorisation les critères pris en compte pour le
déroulement de carrière des chercheurs et enseignants chercheurs
(État, CNU, CPU, HCERES) ;
11. renforcer les CIFRE, notamment en diversifiant leur répartition par
discipline et par catégories d’entreprises (ANRT, État).

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Glossaire et lexique

ANR ............. Agence nationale de la recherche


ANRT ........... Association nationale de la recherche et de la technologie
ANVAR ....... Agence nationale de valorisation de la recherche
CEA.............. Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives
CDFP............ Commission de déontologie de la fonction publique
CGI ............... Commissaire général à l’investissement
CIFRE .......... Convention industrielle de formation par la recherche
CIR ............... Crédit d’impôt recherche
CNRS ........... Centre national de la recherche scientifique
COMUE ....... Communauté d’universités et établissements
CVT.............. Consortium de valorisation thématique
DIRDA ......... Dépense intérieure de recherche et de développement des
administrations
DIRDE ......... Dépense intérieure de recherche et de développement des
entreprises
DMTT .......... Dispositif mutualisé de transfert de technologies
EPST ............ Établissement public à caractère scientifique et technologique
FIST ............. France Innovation Scientifique et Transfert
FNV.............. Fonds national de valorisation
FRT .............. Fonds de la recherche technologique
FUI ............... Fonds unique interministériel
IHU .............. Institut hospitalo-universitaire
INSERM ...... Institut national de la santé et de la recherche médicale
IRT ............... Institut de recherche technologique
ITE ............... Institut pour la transition écologique
JEI ................ Jeune entreprise innovante
PI .................. Propriété intellectuelle
PIA ............... Programme d’investissements d’avenir
SATT............ Société d’accélération du transfert de technologies
SCSP ............ Subvention pour charge de service public

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116 COUR DES COMPTES

Grappe de brevets : les procédés industriels comportent le plus


souvent une multitude de brevets dans leur fabrication, si bien qu’il est plus
pertinent, pour construire une position brevets forte sur le marché des
contrefacteurs de disposer d’un ensemble de brevets dénommée grappe.
Licence : activité de concession de licence d’exploitation de brevet
Il en existe plusieurs variantes :
- concession de licence à un tiers : lorsqu’une entité - le donneur de
licence - concède (ou « donne ») une licence à une tierce personne.
- concession de licence pour soi ou prise de licence : lorsqu’une entité
– le licencié - prend (ou « achète ») une licence, pour elle- ou lui-
même et pour ses propres besoins, licence qui est mise à disposition
par un donneur de licence. Un fonds de brevet peut dans cette activité
défendre une entreprise attaquée en propriété intellectuelle et en
contrefaçon pour lui éviter d’avoir à payer des redevances et de
prendre une licence ;
- concession de licence ex post : programme de licence en aval ou après
adaptation (c’est à dire après adaptation de la technologie brevetée par
l’industrie). Programme où le titulaire des brevets se rend compte que
la technologie brevetée a été largement utilisée par un marché ou une
industrie, sans son autorisation, et qu’il cherche à être rémunéré en
arguant de la réparation de son préjudice. Ce type de programme est
souvent de nature contentieuse car les industriels qui ont adopté cette
technologie refusent de payer pour leur utilisation illicite de cette
technologie, arguant qu’ils ont utilisé ces solutions brevetées sans
connaissance de leur caractère breveté et sans se rendre compte que
ces solutions étaient protégées par un brevet.
- concession de licence ex ante : programme de licence en amont ou
avant adaptation. Programme plus collaboratif où un laboratoire de
recherche propose des licences des brevets très en amont dans le
temps, c’est-à-dire bien avant que la technologie ne soit adoptée et
utilisée par les industriels. Ce type de programme est bien moins sujet
à contentieux, puisqu’il laisse aux industriels le temps de décider s’ils
veulent ou non adopter la technologie et leur offre la faculté de
négocier les termes de la licence (et son prix), notamment son
caractère exclusif. Les industriels perçoivent ce type de programme
comme leur donnant un possible avantage compétitif, alors qu’ils
voient le « licensing ex post » comme une activité nuisible qui grève
leur marge inutilement.

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GLOSSAIRE ET LEXIQUE 117

Fabrique de brevets (ou usine de brevets). Il s’agit pour l’entreprise


de construire des partenariats avec des laboratoires de recherche ou des
entreprises qui pratiquent de la recherche et développement pour les aider
à développer des grappes brevets pertinentes en vue à terme de développer
un éventuel programme de concession de licence.
Patent troll : fonds vautour en propriété intellectuelle. Dans le
langage de l’informatique, un troll est un être malfaisant et inefficace qui
pollue par sa présence l’enchaînement des valeurs ajoutées réelles. Dans le
monde du brevet, les trolls sont des fonds qui ne pratiquent pas de R&D
(non practising entities) et dont l’activité vise exclusivement à se
rémunérer par des actions contentieuses contre des contrefacteurs de
brevets que le fonds a pris en licence. Ces trolls sont mal considérés dans
le monde de l’innovation car ils sont réputés être nocifs aux inventeurs et
aux entreprises innovantes qui n’ont pas les moyens de se défendre contre
eux. Ces trolls agissent souvent pour le compte d’entreprises qui ne
souhaitent pas apparaître dans les contentieux qu’ils mènent pour leur
compte.

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Annexes

Annexe n° 1 : liste des personnes rencontrées .............................................120


Annexe n° 2 : les 14 sociétés d’accélération de transfert de
technologies (SATT) ....................................................................................126
Annexe n° 3 : les instituts de recherche technologique (IRT) et les
instituts pour la transition énergétique (ITE) ...............................................127
Annexe n° 4 : France Brevets ......................................................................142
Annexe n° 5 : les CVT .................................................................................143
Annexe n° 6 : estimation du soutien public aux actions de valorisation
de la recherche .............................................................................................145
Annexe n° 7 : méthodologie employée pour les indicateurs d’impact
socio-économique proposés .........................................................................154
Annexe n° 8 : répartition des dépenses de recherche et développement
sur le territoire national ................................................................................163
Annexe n° 9 : les instituts Carnot.................................................................165
Annexe n° 10 : les dispositifs d’intéressement et de mobilité des
chercheurs publics........................................................................................168
Annexe n° 11 : contexte historique et doctrinal des politiques et
problématiques du transfert et de la valorisation des résultats de la
recherche publique .......................................................................................173

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120 COUR DES COMPTES

Annexe n° 1 : liste des personnes rencontrées

Gouvernance
Claude GIRARD, directeur du programme « Valorisation de la
recherche », Commissariat général à l’investissement.
Ivan FAUCHEUX, directeur de programme « Énergie, économie
circulaire », Commissariat général à l’investissement.
Arnaud TORRES, directeur investissements d’avenir et compétitivité,
Agence nationale de la recherche.
Pierre MOLLER, responsable du programme IRT, Agence nationale de la
recherche.
Jean-Luc MOULLET, directeur de programme administrateur de France
Brevets, Commissariat général à l’investissement.
François JAMET, chef du Service de l'innovation, du transfert de
technologie et de l'action régionale (SITTAR), Direction générale de la
recherche et de l’innovation (DGRI), ministère de l’enseignement
supérieur, de la recherche et de l’innovation (MESRI).
Emmanuel WEISENBURGER, département des outils d'aide à la décision,
MESRI.
Christine COSTES, chargée du suivi du Crédit impôt recherche, SITTAR.
Frédéric RAVEL, directeur scientifique, secteur énergie développement
durable, DGRI.
Géraldine SEROUSSI, chef du département des études statistiques de la
recherche, MESRI.
Alain SCHMITT, adjoint au directeur général, direction générale des
entreprises, ministère de l’économie et des finances.
Catherine MAYENOBE, secrétaire générale du Groupe Caisse des dépôts
et consignations
Jean-Marc MORIN, directeur juridique et fiscal et des services associés du
Groupe Caisse des dépôts et consignations
Laurence FERAL, responsable des affaires générales et des services
associés de la direction juridique et fiscale et des services associés, Groupe
Caisse des dépôts et consignations

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ANNEXES 121

Philippe CAILA, directeur « senior projects transformation numérique »,


président et administrateur de France Brevets, Groupe Caisse des dépôts et
consignations
Géraldine LACROIX, directrice du département économie et cohésion
sociale de la direction des investissements et du développement local
(DIDL), Groupe Caisse des dépôts et consignations
Philippe ROSSINOT, responsable du pôle économie de la connaissance du
département économie et cohésion sociale de la direction des
investissements et du développement local (DIDL), Groupe Caisse des
dépôts et consignations
Nada VILLERMAIN-LECOLIER, directrice adjointe de la mission PIA,
Groupe Caisse des dépôts et consignations
Christel SANGUINEDE, secrétaire générale de la mission PIA, Groupe
Caisse des dépôts et consignations

Recherche et enseignement supérieur


Universités et grandes écoles
Pierre MUTZENHARDT, président de la Conférence des Présidents
d’universités.
Georges DALLEAU, vice-président de l’université de La Réunion.
Michel MANCIS, directeur de Protis Valor, Aix-Marseille-Université.
Christine CANET, directrice de Normandie Valorisation, Normandie
Université.
Patricia RENAUD, directrice d’ARMINES, École des Mines.
Jacques LEWINER, directeur scientifique honoraire de l'ESPCI, doyen de
l’innovation et de l’entrepreneuriat, PSL.
Jean-François JOANNY, directeur général de l’ESPCI.

Organismes de recherche
Pascale AUGE, présidente du directoire Inserm Transfert.
Nicolas CASTOLDI, directeur de la valorisation du CNRS .
Vincent BERGER, directeur de la recherche fondamentale au CEA.

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122 COUR DES COMPTES

Structures de valorisation
Réseaux
Nicolas CARBONI, président du réseau Curie, président de la SATT
Conectus Alsace.
Marie-Noëlle SEMERIA , présidente du réseau des instituts Carnot,
directrice du LETI (CEA).
Alain DUPREY, directeur général de l’Association des Instituts Carnot.
Jean RIVENC et Eric PAPON, président et directeur de l’Association pour
le Développement de l’Enseignement et de la Recherche auprès des
universités, des centres de recherche et des entreprises d’Aquitaine
(ADERA).
Vincent MARCATTE, président de l’association des IRT, French institutes
of technology (FIT) et président de l’IRT b<>com.

SATT
Maylis CHUSSEAU, présidente de la SATT Aquitaine Science Transfert.
Norbert BENAMOU, président de la SATT Nord.
Béatrice LLIRBAT, présidente de la SATT IDF Innov.
Xavier APOLINARSKI, président de la SATT Paris Saclay.
Vincent LAMANDE, président de la SATT Ouest-Valorisation.
Daniel BURTIN, président de la SATT Grand Centre.
Jean-François Gérard, directeur général adjoint assurant l’intérim de la
SATT Pulsalys .
Gilles TALBOTIER, président de la SATT Linksium.
Philippe NERIN, président de la SATT AXLR.
Laurent BALY, président de la SATT Sud-Est.
Catherine Guillemin, présidente de la SATT Grand-Est.

IRT
Bertrand GUILBAUD, directeur de l’IRT b<>COM.
Gilbert CASAMATTA, président de l’IRT Saint-Exupéry et vice-président
de l’association FIT.
Christophe MILLIERE, directeur général de l’IRT M2P.

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ANNEXES 123

Éric PERRIN-PELLETIER, directeur général de l’IRT System X.


Jean-Marc DELION, délégué général de l’IRT Railenium.

France Brevets
Jean-Charles HOURCADE, ex-directeur général de France Brevets
Agnès BEGOIN-GRENARD, secrétaire générale
Jean-Philippe CODET, directeur financier
Didier PATRY, directeur général
Philippe BRAIDY, ex-président fondateur de France Brevets

CVT
Stéphane RAUD et Sylvain ROBERT, directeur et responsable du
développement du CVT Valorisation Sud.
Hervé ZWIRN, directeur exécutif du CVT Athéna.

Démonstrateur préindustriel
François ROMAGNE et Hervé BRAILLY, directeur scientifique et
membre du comité de pilotage de Mi-mAbs.

Chercheurs
Eric VIVIER, directeur du centre d’immunologie de Marseille-Luminy,
coordinateur de Marseille Immunopôle.
David BIKARD, chercheur en biologie, co-créateur de la start-up Eligo
Biosciences.
Xavier DEPORTET, chercheur en biologie, co-créateur de la start-up Eligo
Biosciences et de la plateforme Hello Tomorrow.
Patrick BOUCHERON, historien, professeur au Collège de France.
Pascale LESAGE, directrice de recherche au CNRS (pathologie et
virologie moléculaire).
Christophe DEJOURS, enseignant-chercheur en psychologie du travail au
Conservatoire national des arts et métiers.

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124 COUR DES COMPTES

Entreprises
Sylvain ALLANO, ancien chercheur, entrepreneur, ancien directeur de la
recherche de PSA.
Bertrand DEMOTES-MAINARD, responsable de la R&D hardware,
Thalès.
Didier ROUX, directeur de la R&D, Saint-Gobain.
Bertrand PENNEC, responsable R&D Schaeffler (Allemagne).
Jean-François MORIZUR, créateur de la start-up CAILabs.
Christophe FOURTET, directeur scientifique, Sigfox.
Pierre LE BLAINVAUX, créateur du start-up studio Technofounders.
Olivier PALLUAULT Membre de la SCOP Ellyx (valorisation en SHS).
Louis Michel GOMES, responsable de la gestion du plan d’innovation
moyen terme, PSA
Bernard SAHUT, responsable des OpenLab, PSA
François BROWN DE COLSTOUN, président de Lingua et Machina
Gilbert PETIG, Head of the Global R&D Controlling and IT team in Metz
site & French Research Tax Credits Coordinator, Arcelor Mittal
Philippe VALERY, VP, strategy & partnerships, Thales
Patrick SEGA, Directeur des Projets Transversaux, Valéo
Eric VACARESSE, Directeur Initiatives et relations scientifiques
(Europe), Hub R&D France, Sanofi

Organismes divers
Frédérique SACHWALD, directrice de l’Observatoire des sciences et des
techniques, Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de
l’enseignement supérieur.
Guillaume KPODAR et Daniel KER, département Sciences, technologie,
innovation de l’OCDE.
Clarisse ANGELIER, déléguée générale de l’Association nationale pour la
recherche et la technologie.
Alexandre AULAS et Patrick BERTRAND, fonds d’investissement ICMI.
Jonathan LASCAR, directeur d’investissements French Tech Accélération,
Bpifrance.

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ANNEXES 125

Cendrine CRUZILLE, directrice Recherche et Transferts de Technologie à


la région Île-de-France.
Céline SOULIERS, directrice de l’incubateur Belle de mai, Marseille.
Maxime DEFOUS, directeur de l’incubateur « Impulse », Marseille.
Côme SALAMIDA, chargé de mission « innovation » au sein du pôle de
compétitivité Eurobiomed.
Vincent MIGNOTTE, directeur de l’association Bernard Grégory
(insertion des docteurs dans l’entreprise).

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126 COUR DES COMPTES

Annexe n° 2 : les 14 sociétés d’accélération


de transfert de technologies (SATT)

Dotation
contractualisée
Dotation au
Vague SATT Conventionnement Région
décennale
30 septembre
2017

Conectus
1er décembre 2011 Alsace(Grand-Est) 36,8 M€ 36,8 M€
(Strasbourg)

Sud-Est
1er décembre 2011 PACA 78 M€ 49,2 M€
(Marseille)
A Toulouse Tech
1er décembre 2011 Occitanie 70 M€ 49,5 M€
Transfer (Toulouse)
Idfinnov
1er janvier 2012 Île-de-France 68 M€ 40,6 M€
(Paris)
Lutech Île-de-France, Picardie
1er janvier 2012 78 M€ 41,1 M€
(Paris) (Hauts- de-France)
AST
1er juillet 2012 Nouvelle-Aquitaine 48 M€ 35,9 M€
(Bordeaux)
Ouest Valorisation Bretagne, Pays de
1er juillet 2012 70 M€ 48,4 M€
(Rennes) Loire
Nord-Pas-de-Calais,
B Nord Picardie (Hauts-de-
1er juillet 2012 63 M€ 41,9 M€
(Lille) France) et Champagne-
Ardenne (Grand-Est)
AXLR 1er août 2012 Languedoc-Roussillon
45 M€ 33,4 M€
(Montpellier) (Occitanie)
Auvergne, Centre,
Poitou-Charentes,
Grand Centre
1er avril 2013 Limousin (Auvergne- 60 M€ 19,7 M€
(Clermont-Ferrand)
Rhône-Alpes,
Nouvelle-Aquitaine)
Bourgogne, Franche-
Grand-Est Comté, Lorraine
C 1er novembre 2013 60 M€ 34,6 M€
(Dijon) (Bourgogne-Franche-
Comté, Grand-Est
Rhônes-Alpes
Pulsalys
1er décembre 2013 (Auvergne-Rhône- 57 M€ 35,6 M€
(Lyon)
Alpes)
Rhônes-Alpes
Linksium
1er juillet 2014 (Auvergne-Rhône- 57 M€ 37,26 M€
(Grenoble)
Alpes)
Paris-Saclay 1er juillet 2014 Île-de-France 66 M€ 21,9 M€

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ANNEXES 127

Annexe n° 3 : les instituts de recherche


technologique (IRT) et les instituts pour la
transition énergétique (ITE)
Création
Huit IRT ont été créés et fait l’objet d’une convention avec l’ANR
entre le printemps 2012 (IRT Jules Verne, Nanoelec) et l’automne 2013
(IRT Saint-Exupéry), dans le cadre de l’action « valorisation, constitution
de campus d’innovation technologique de dimension mondiale, instituts de
recherche technologique (IRT) » du premier programme d’investissements
d’avenir (PIA). Cette action a fait l’objet d’une convention entre l’État et
l’ANR du 27 juillet 2010, deux fois modifiée par avenant.
Les IRT conduisent des travaux de R&D selon une stratégie propre,
définie et approuvée par un conseil d’administration au sein duquel siègent
des fondateurs publics et privés. Les fondateurs peuvent accéder aux
résultats des projets conduits (qui peuvent se matérialiser par des titres de
PI sur des procédés et technologies) sous réserve d’en faire l’acquisition à
prix de marché.

Carte n° 2 : nom et localisation des huit IRT

Source : IRT M2P et association French institutes of technology (FIT)

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128 COUR DES COMPTES

Tableau n° 4 : caractéristiques des huit IRT (montants en M€)

Montant Augmentation
Première Deuxième
IRT Objet Conventionnement alloué de la 1ère
tranche tranche
(*) tranche

Réseaux et
infrastructures
B<>com 16/10/2012 60 16 4,2 39,9
numériques (pôle
Images et réseaux)

Infectiologie (pôle
Lyonbiopôle,
BioAster partenaires Biomérieux, 05/07/2012 179,8 45 10 41
Sanofi, Danone, Institut
Pasteur)
Matériaux composites
(pôle EMC2, partenaires
Airbus, STX, Naval
Jules Verne 11/04/2012 114,6 44 35
Group, Alstom,
Segula…). Redéfini en
« Manufacturing »
Nano-électronique (pôle
Minalogic ,
NanoElec 11/04/2012 160,5 73 87,5
STmicroelectronics,
Soitec…) et applications

Sous-total première vague contractuelle 514,9 178 14,2 203,4

Matériaux, métallurgie
et procédés (pôles
Matéralia, Véhicule du
IRT M2P futur, Microtechniques, 17/06/2012 50,3 27 23,3 (+10)
Fibres, Saint-Gobain,
Arcelor-Mittal, PSA…)
étendu aux composites
Infrastructures
ferroviaires (pôle I-
IRT Trans partenaires RFF, à
24/05/2013 79,7 7,1 10
Railenium Alstom, SNCF…) déterminer
étendu à toute la filière
ferroviaire
Aéronautique, espace et
systèmes embarqués
IRT Saint- (pôle Aérospace Valley,
06/09/2013 145 58 55 (+10)
Éxupéry partenaires Airbus,
Astrium, Safran,
Latecoere…)
Ingénierie numérique
SystemX des systèmes (pôle 31/10/2012 130 46,5 45(+10)
Systematic)
Sous-total deuxième vague contractuelle 405 138,6 10 123,3

Total 919,9 316,6 24,2 326,7

Source : Cour des comptes d’après des données de l’ANR à fin 2017. (*) Ressources décaissables
(dotation consommable et intérêts de dotation non consommable).

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ANNEXES 129

Une douzaine de projets d’instituts d’excellence sur les énergies


décarbonées (IEED) ont été sélectionnés, à l’issue de deux appels à projets
successifs en 2010 et 2011. Début 2016, douze instituts, renommés instituts
pour la transition énergétique (ITE), avaient été conventionnés, après une
phase d’instruction allongée par rapport aux IRT, pour des raisons
essentiellement communautaires.
Tableau n° 5 : conventions des ITE signées fin 2015
Notification à
Plafond
Première Signature la
Nom PIA Décision PM
tranche convention Commission
(M€)
européenne
PIVERT 63,9 25,6 27/11/2011 06/06/2013 Oui, acceptée

IDEEL 40,2 13,6 04/05/2012 13/06/2013 Information

Efficacity 15 10,5 18/10/2013 29/10/2013 Non

Inef4 7 4 18/10/2014 29/10/2013 Non

IPVF 18,6 7,3 04/05/2012 29/10/2013 Information

PS2E 19 9,2 10/10/2014 29/10/2013 Information

INES2 39 26 16/12/2013 18/12/2013 Non

IFMAS 30,7 12,1 04/05/2012 18/12/2013 Oui, acceptée

VeDeCoM 54,4 26,9 04/05/2012 11/02/2014 Non

5 (*) 16/12/2014 16/12/2014


Supergrid 72,7 Oui, acceptée
20,7 (**) 04/05/2012 06/07/2015
France énergies
marines (FEM) À définir 04/05/2012 10/07/2015 Abandonnée
(***)
SEMREV 34,8
2,8 04/05/2012 16/02/2015 Non
(****)
SEENEOH
0,632 04/05/2012 06/09/2016 Non
(****)
Geodenergies 15,8 NA 22/06/2015 04/04/2016 Non

Total 411,1 164,33

Source : ANR, rapport évaluation d’impact 2016 de l’action ITE.


Notes : (*) Montant du préfinancement de l’ITE SUPERGRID.
(**) Comprend le montant du préfinancement de 5 M€.
(***) Une convention cadre a été signée entre FEM et l’ANR. Une tranche de 4M€ a été définie
afin de financer des projets de R&D dans le cadre du 1er AAP EMR lancé en 2015.
(****) La décision du Premier ministre du 4 mai 2012 pour l’ITE FEM laisse la possibilité de
financer avec l’enveloppe de cet ITE les sites d’essais partenaires FEM, tels que SEMREV et
SEENEOH. (*****) Une convention cadre a été signée entre le BRGM, agissant au nom et pour
le compte du GIS GEODENERGIES et l’ANR. Aucune tranche n’a été définie, le financement des
projets de R&D sur une période triennale sera effectué en fonction des projets présentés et retenus
par l’État.

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130 COUR DES COMPTES

Structure juridique
Les IRT ont pris la forme de fondations de coopération scientifique
(FCS) à l’exception de l’IRT Nanoelec, non doté de la personnalité
juridique et intégré au CEA.
Les formes juridiques prises par les ITE sont plus variées : le plus
souvent des sociétés par actions simplifiées (SAS), mais aussi deux
fondations et un GIP.
Financement
L’action IRT est dotée de dotations consommables et non
consommables donnant droit à intérêts jusqu’au 30 juin 2020 pour les IRT
labellisés, soit une ressource totale (DC + iDNC) d’environ 920 M€
décaissables à fin 2016. Cette ressource a donné lieu à des décaissements
retracés dans le tableau suivant, qui inclut également les données relatives
aux ITE.

Tableau n° 6 : ressources et décaissements des actions IRT et ITE


fin 2016

Décisions
Ressource Décisions Total % Décaissements
PM Conventionné
DC + PM Décaissements Décaissements moyens sur
DC + DC + iDNC
iDNC DNC hors DNC / Ressource 2012-2016
iDNC
IRT 922,34 1 500,00 919,95 919,95 299,91 36, 9 % 68,15
ITE 381,54 611,95 367,33 316,62 130,26 34,1 % 26,05
Total 1 303,88 2 111,95 1 287,28 1 236,58 471,01 36,1 % 94,20
Source : Cour des comptes d’après des données du MESRI

Objectifs des IRT


Aux termes de la convention du 27 juillet 2010 modifiée entre l’État
et l’ANR, relative à l’action IRT, il s’agit de constituer un nombre restreint
de campus d’innovation technologique de dimension mondiale, de
permettre à la France d’atteindre l’excellence dans des secteurs clés
d’avenir et de se doter de filières économiques (industrielles et de services)
parmi les plus compétitives au niveau mondial pour créer de la valeur et de
l’emploi.

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ANNEXES 131

Les objectifs initiaux des IRT


Divers objectifs ont été fixés plus précisément aux IRT, parmi
lesquels :
- viser une position dans le peloton de tête mondial dans leur champ, avec
une finalité de développement industriel et/ou de services ;obtenir des
cofinancements privés significatifs ;
- rechercher, sans renoncer à l’objectif précédent et dans la perspective de
la consolidation du modèle économique des structures au-delà de la durée
du PIA, des financements complémentaires apportés par d’autres
partenaires publics (collectivités locales, Commission européenne...) ;
- permettre que l’ensemble du processus d’innovation soit couvert, y
compris la démonstration, le prototypage industriel et l’ingénierie de
formation ;
- mobiliser, sur un même lieu physique, une taille critique suffisante de
moyens et de compétences d’excellence pour notamment disposer d’une
visibilité internationale.

Objectifs des ITE


À l’instar des IRT, l’action ITE (ex-instituts d’excellence en
énergies décarbonées (IEED)), est couverte par une convention entre l’État
et l’ANR du 27 juillet 2010, précisant notamment les objectifs de cette
action. Ces derniers, centrés sur la maîtrise de l’énergie et les énergies
renouvelables, sont voisins de ceux des IRT, dans leur formulation comme
sur le fond.

Réalisations des IRT


Les IRT, qui ont achevé cinq à six exercices comptables à fin 2017,
ont mis en place un ensemble d’infrastructures de recherche et lancé des
projets de R&D dont le nombre global était, à fin 2016 d’après le rapport
d’évaluation d’impact de l’action établi par l’ANR, en ligne avec les
objectifs fixés.

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132 COUR DES COMPTES

Tableau n° 7 : indicateurs de réalisation en terme de projets des IRT (2017)

Projets de recherche-
développement-innovation - Nouveaux En cours fin Cumul Nouveaux Cumul
Hors projets 2016 2016* 2012-2016 2017 2012-2017
Easytech/Nanoelec
Projets avec financement PIA° 48 161 318 89,00 407,00
Projets avec aides sans
9 9 24 21,00 45,00
financement PIA*
Total 57 170 342 110,00 452,00
Montant engagé des projets
avec financement PIA (total 194 - 714 162,90 876,90
charges) (M€)
Source : Cour des comptes d’après des données des IRT et de l’ANR.
Notes : ° Hors projets terminés au 31/12/2016, avec nouveaux projets débutés en 2016
* Presque exclusivement des projets financés à 100 % par l’Europe.

Les autres indicateurs de réalisation concernant le recrutement de


personnels et la constitution de plates-formes sont en revanche supérieurs
aux prévisions (voir chapitre II).
Des indicateurs dits de résultat sont également établis par l’ANR et
repris ci-dessous en synthèse. Ils recouvrent, sans cible explicite, les
résultats scientifiques obtenus (nombre de publications des instituts), leur
valorisation économique (contrats de recherche signés, titres de PI et
licences concédées) et l’activité de formation.

Tableau n° 8 : indicateurs de résultat de l’action IRT

Diffusions – publications
Nouveaux Cumul Nouveaux Cumul
Indicateur
2016 2012-2016 2017 2012-2017
Revues à comité de lecture 156 346 122 468
Revues sans comité de lecture 149 534 4 538
Ouvrages et communications 50 88 151 239
Nombre de visites du site Web
263 754 - 237 683 -
de l’IRT
Nombre d'abonnés à la
7 017 - 6 164 -
newsletter
Nombre de documents
891 - 5 315 -
téléchargés
Nombre de
followers/contacts/amis sur les 13 608 - 13 815 -
réseaux sociaux

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ANNEXES 133

Valorisation - logiciels et brevets


Nouveaux Cumul Nouveaux Cumul
Indicateur
2016 2012-2016 2017 2012-2017
Dépôts de logiciels propriétaires 19 55 34 89
Logiciels diffusés en "Open 5 11 1 12
source"
Licences accordées sur des 24 35 32 67
logiciels**
Cessions de droits sur des 4 4 1 5
logiciels**
Nombre d’entreprises 4 4 1 14
concernées par les cessions
Nombre de logiciels par million Sans objet 0,12 Sans objet Nd
d’euros de dépenses
Nombre de logiciels par million Sans objet 0,46 Sans objet Nd
d’euros de financement PIA
(**) : Données agrégées auparavant avec les licences sur les brevets.
Nd : non disponible

Nouveaux Cumul Nouveaux Cumul


Indicateur
2016 2012-2016 2017 2012-2017
Dépôts de brevets 73 179 22 201
Brevets acceptés 16 26 15 41
Demande extension internationale 46 84 23 107
(PCT)
Licences accordées sur des 2 5 1 6
brevets*
Nombre d’entreprises concernées 1 5 1 6
par les licences
Cessions de droits sur des brevets 0 1 - 1
Nombre d’entreprises concernées 1 1 - 1
par les cessions*
Nombre de brevets par million Nd
Sans objet 0,31 Sans objet
d’euros de dépenses
Nombre de brevets par million Nd
Sans objet 1,24 Sans objet
d’euros de financement PIA
(**) Données agrégées auparavant avec les licences sur les logiciels
Nd : non disponible

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134 COUR DES COMPTES

Ingénierie de formation - Projets dédiés, hors diffusion intégrée dans les


projets de recherche

Nouveaux Cumul Nouveaux Cumul


Indicateur
2016 2012-2016 2017 2012-2017
Projets avec financement PIA 2 29 - 29
Projets avec aides sans
0 4 1 5
financement PIA
Formations initiales adossées aux
53 196 7 203
IRT
Formations continues adossées
28 84 2 86
aux IRT
Source : Cour des comptes d’après des données des IRT et de l’ANR. Pour 2017, les données de l’IRT
Nanoelec sont non disponibles.

Enfin, des indicateurs dits d’impact visent à mesurer les créations


d’entreprise et le devenir des jeunes chercheurs passés par l’IRT.

Tableau n° 9 : indicateurs d’impact mesurés par l’ANR


pour l’action IRT

Indicateur d’impact – création Nouveaux Cumul Nouveaux Cumul


d’entreprises 2016 2012-2016 2017 2012-2017
Création d'entreprises avec
participation de personnel de 1 1 0 1
l'IRT
Autres créations d’entreprises en
0 3 0 3
lien avec l’IRT*

Indicateur d’impact – devenir Nouveaux Cumul Nouveaux Cumul


des chercheurs de l’IRT 2016 2012-2016 2017 2012-2017
Doctorant ou post-doctorant ayant
rejoint un fondateur ou partenaire 15 19 24 43
de l’IRT
Doctorant ou post-doctorant ayant
rejoint un fondateur une entreprise 13 15 20 35
en France
Source : Cour des comptes d’après des données des IRT et de l’ANR. Pour 2017, les données de l’IRT
Nanoelec sont non disponibles.

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ANNEXES 135

Au-delà de ces résultats, la Cour a développé une analyse propre en


s’appuyant sur les données de l’ANR ainsi que des données collectées
auprès des IRT, de manière à apprécier les résultats de ces structures et leur
degré de réussite à fin 2017.
L’appréciation de la réussite des IRT relève d’une analyse autant
qualitative (notamment au regard de la capacité des membres à s’entendre
sur une feuille de route technologique conjointe et démontrer une forme
d’affectio societatis) que quantitative, à travers une batterie d’indicateurs
relatifs aux cofinancements obtenus sur projets ainsi qu’aux ressources
financières complémentaires collectées auprès d’autres partenaires
institutionnels que l’État. L’analyse qui suit consiste à identifier un nombre
limité de mesures, permettant de construire quelques indicateurs de
réussite, de manière à répondre aux questions suivantes :
 Les IRT sont-ils réellement une maison commune des académiques
et des entreprises, capable de fédérer compétences et équipements
autour de projets communs ?
 Les IRT font-ils la preuve d’un engagement fort de leurs membres
pour accompagner sur le long terme la fondation ?
 Les IRT font-ils par ailleurs la preuve de leur excellence et de leur
attractivité, en obtenant d’entreprises non membres des
engagements de cofinancements de projets significatifs ?
 Les IRT sont-ils en mesure d’obtenir des financements publics, sur
appels à projets compétitifs (notamment européens), de manière à
équilibrer durablement leur modèle économique par un apport de
tels fonds à hauteur, à terme, d’environ un tiers de leurs dépenses ?
 Les IRT parviennent-ils à acquérir une visibilité internationale et
susciter des cofinancements de projets par des entreprises
étrangères, éloignées de leur écosystème d’implantation ?
Les données collectées et les résultats des indicateurs de réussite
construits pour l’analyse de la Cour sont présentés ci-après.
Un modèle multi-partenarial de R&D respecté dans l’ensemble,
malgré une faiblesse concernant les PME
L’analyse du nombre de partenaires dans les projets des IRT permet
de confirmer, pour la plupart d’entre eux, la capacité à mettre en œuvre un
modèle de recherche partenariale plurilatéral. Les IRT mobilisent ainsi, en
moyenne, entre quatre et cinq partenaires par projet en 2017, nombre stable
par rapport à l’année précédente. Ceci recouvre des situations variant
d’environ deux à sept partenaires par projet. Concernant la capacité à
convaincre les entreprises de s’inscrire dans une logique d’innovation
ouverte et de partager leur effort de R&D, on relève des résultats plutôt
satisfaisants : plus des deux tiers des projets impliquent des collaborations
de recherche entre plusieurs entreprises.

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136 COUR DES COMPTES

Graphique n° 13 : proportion de projets impliquant au moins


deux entreprises et part des PME dans les partenaires
sur projets de l’IRT (2017)

100 % 8
Nombre moyen
90 % 7 de partenaires
80 %
6
70 %
60 % 5
50 % 4
Proportion de
40 % 3 projets
30 % impliquant au
2
20 % moins deux
10 % 1
entreprises
0% -
Part des PME

Source : Cour des comptes d’après des données des IRT.


Note : Les barres correspondant, pour chaque année, à la proportion de projets impliquant au
moins deux entreprises permettent d’apprécier le respect d’un modèle original de recherche
multipartenariale, ayant pour intérêt notamment de faire collaborer des entreprises dans leur
processus d’innovation. Le nombre moyen de partenaires par projet de recherche en cours se lit
sur l’échelle de droite. Pour M2P, l’exercice 2017 court du 01/07/2017 au 30/06/2018 et les
données 2017 sont donc prévisionnelles. Pour l’IRT b<>com, le nombre moyen de partenaires et
la part des PME sont ceux de 2016.

En revanche, la place des PME dans les projets des IRT reste
relativement faible (de l’ordre d’un quart) et, surtout, très inégale entre
IRT, certains d’entre eux ayant éprouvé des difficultés à les intégrer à leurs
programmes. Plusieurs éléments d’explication peuvent être avancés : faible
capacité des PME à apporter les moyens financiers ou les équipements
nécessaires à l’engagement de telles collaborations, et spécificités des
filières industrielles présentes dans les IRT. Les efforts pour inscrire
l’évolution de cette part dans une dynamique positive devront être pris en
considération dans l’évaluation des IRT au terme des conventions
financières en cours.
Des engagements de niveau et de composition variable, en matière
de cofinancements privés des projets de RDI
Dans le cadre de l’un de ses contrôles organiques, la Cour a identifié,
malgré une volonté affichée de soutenir l’IRT dont elles sont membres, une
tendance à la réduction des apports financiers envisagés par les entreprises
sous forme de contribution au fonds de dotation. Les réserves du fonds de

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ANNEXES 137

dotation étaient même mises fortement à contribution en 2016 pour


financer l’activité courante, réduisant ainsi de moitié le niveau des fonds
propres. Une telle situation révèle parfois la volonté de certains membres
industriels fondateurs de recentrer leur contribution financière sur les
projets de recherche collaboratifs cofinancés auxquels ils participent.
L’État doit toutefois veiller à s’assurer, dans la perspective des prochaines
évaluations et des décisions qui en découleraient, de la volonté réelle des
industriels d’accompagner le financement des IRT sur le long terme, au-
delà des seuls apports de projets cofinancés. Pris dans leur ensemble, les
engagements de cofinancements privés émanant d’entreprises membres de
l’IRT représentent, sur les exercices 2015 à 2017, une proportion variable
des charges des instituts. Des variations sensibles sont observées d’une
année sur l’autre, le cycle d’engagement de nouveaux projets étant
pluriannuel (de l’ordre de deux à trois ans).

Graphique n° 14 : engagements de cofinancements privés


d'entreprises membres de l'IRT rapportés au budget de l'IRT

1,20
1,00
0,80
0,60
0,40 2017
0,20 Moyenne 2015-2017
-

Source : Cour des comptes d’après des données des IRT.


Note : sont ici visés les engagements financiers contractualisés durant l'exercice, des entreprises
membres de l'IRT (donations non fléchées, cofinancements d'investissements et de projets,
prestations à conditions de marché et autres contrats, licence ou cession de PI sous formes
d'engagements d'apports en nature et d'acquisition). Le budget de chaque IRT est estimé à partir
de ses charges d'investissement et d'exploitation.

Une capacité inégale à attirer des partenaires privés au-delà des


membres fondateurs
Les engagements de cofinancements privés des entreprises non
membres sont, sauf exception, d’un niveau inférieur à celui des entreprises
membres. On relève une capacité inégale des IRT à se montrer attractifs en
dehors de leur cercle étroit de fondateurs.

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138 COUR DES COMPTES

Les IRT Nanoelec et surtout BioAster se distinguent à cet égard.


Pour ce dernier, le recrutement, deux ans après le lancement de l’IRT,
d’une directrice générale à fort rayonnement international, issue du secteur
pharmaceutique et ayant réussi à fédérer les acteurs de la gouvernance
autour d’une feuille de route stratégique conjointe, est de nature à expliquer
la forte progression de l’attractivité de l’IRT. D’autres IRT, en revanche,
semblent fortement dépendants de leurs fondateurs industriels et sont
confrontés à la difficulté d’élargir le champ de leurs coopérations.

Graphique n° 15 : engagements de cofinancements privés


d'entreprises non-membres de l'IRT rapportés au budget de l'IRT

0,60
0,50
0,40
0,30
0,20 2017
0,10 Moyenne 2015-2017
-

Source : Cour des comptes d’après des données des IRT. Le résultat de BioAster pour 2017
correspond en pratique à l’année 2016, aucun engagement nouveau n’étant enregistré en 2017.
Note : sont ici visés les engagements financiers contractualisés durant l'exercice, des entreprises
non-membres de l'IRT (donations non fléchées, cofinancements d'investissements et de projets,
prestations à conditions de marché et autres contrats, licence ou cession de PI sous formes
d'engagements d'apports en nature et d'acquisition). Le budget de chaque IRT est estimé à partir
de ses charges d'investissement et d'exploitation.

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ANNEXES 139

Des engagements de cofinancement industriel global également


inégaux

Graphique n° 16 : engagements de cofinancements privés


d'entreprises membres et non-membres rapportés au budget de l'IRT

1,20
1,00
0,80
0,60
0,40 2017
0,20
Moyenne 2015-2017
-

Source : Cour des comptes d’après des données des IRT.


Note : sont ici visés les engagements financiers contractualisés durant l'exercice, des
entreprises membres et non-membres de l'IRT (donations non fléchées, cofinancements
d'investissements et de projets, prestations à conditions de marché et autres contrats, licence
ou cession de PI sous formes d'engagements d'apports en nature et d'acquisition). Le budget
de chaque IRT est estimé à partir de ses charges d'investissement et d'exploitation.

Peu d’IRT rayonnent au-delà des frontières nationales


De manière convergente, seuls les IRT BioAster et Nanoelec, tous
deux porteurs d’un statut d’organisme de recherche, semblent être en
mesure de susciter des cofinancements privés internationaux à un niveau
significatif.

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140 COUR DES COMPTES

Graphique n° 17 : engagements de cofinancements privés


à l’international rapportés au budget de l'IRT

0,35
0,3
0,25
0,2
0,15 2016
0,1
0,05 2017
0 Moyenne 2015-2017

Source : Cour des comptes d’après des données des IRT.


Note : On vise ici les engagements financiers contractualisés durant l'exercice à l'international -
entreprises et contrats commerciaux (donations non fléchées, cofinancements d'investissements et
de projets, prestations à conditions de marché et autres contrats, licence ou cession de PI sous
forme d'engagements d'apports en nature et d'acquisition). Le budget de chaque IRT est estimé à
partir de ses charges d'investissement et d'exploitation.

La faiblesse relative des ressources obtenues sur appels à projets


européens
Dans la perspective d’un modèle économique durable encore à
définir, mais qui devrait, conformément à l’ambition initiale, pouvoir
s’appuyer sur des financements publics complémentaires à ceux de l’État,
notamment émanant de l’Union européenne, il est intéressant de noter la
capacité de certains IRT à candidater, avec un relatif succès, à des appels à
projets européens. Dans le cas de l’IRT Railenium, la convergence du
projet d’IRT avec le programme européen Shift2Rail137, explique le niveau
de succès observé et, au-delà des versements effectués, les financements
importants obtenus par ce canal.

137 Inscrit dans le cadre plus vaste de constitution d’un espace ferroviaire unique
européen, le projet vise à rendre l’industrie ferroviaire plus compétitive et faciliter le
transfert d’une partie du volume de transport de la route vers le rail. Il est financé sur
crédits du 8ème programme cadre pour la recherche et le développement (PCRD) de
l’Union européenne : Horizon 2020.

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ANNEXES 141

Cela étant, les versements obtenus de l’Union européenne ne


couvrent qu’une très faible partie des charges des IRT en 2017138, ce qui
laisse une forte marge de progression et nécessite une vigilance particulière
lors des futures évaluations.

Graphique n° 18 : versements obtenus de l'Union européenne (€)


et taux de succès sur appels à projets européens

16 000 000 50 %
14 000 000 45 %
40 % 2016
12 000 000
35 %
10 000 000 30 %
8 000 000 25 % 2017
6 000 000 20 %
15 %
4 000 000 Cumul 2015-
10 %
2 000 000 5% 2017
0 0%
Taux de succès
BioAster
B<>com

Jules Verne

Nanoelec
Railenium

SystemX
M2P

Saint-Exupéry

Hors Nanoelec
Total

2017

Taux de
couverture des
charges

Source : Cour des comptes d’après des données des IRT.


Note : sont restitués ici les montants reçus durant l'exercice de la Commission Européenne (UE)
sous forme de subventions d'investissement ou d'exploitation (affectées à un projet ou non fléchées-
aides diverses). Les taux de succès et de couverture des charges se lisent sur l’échelle de droite.

138De l’ordre de 2 %, hormis le cas de Nanoelec qui parvient à couvrir environ 8 % de


ses charges de fonctionnement et d’investissement par des versements de l’Union
européenne.

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142 COUR DES COMPTES

Annexe n° 4 : France Brevets

Date de création :
Mars 2011

Structure juridique :
Société par actions simplifiée (SAS)

Financement :
France Brevets a été dotée de 100 M€ de capital initial, à parité entre
l’État, au titre des investissements d’avenir, et la Caisse des dépôts et
consignations (CDC), sur son compte propre. La dotation accordée par
l’État provient de l’action « Fonds national de valorisation » du programme
budgétaire « pôles d’excellence », ouvert lors du premier programme
d’investissements d’avenir PIA.
Les modalités de gestion de France Brevets sont fixées dans la
convention du 2 septembre 2010 entre l’État, l’Agence nationale de la
recherche (ANR) et la Caisse des dépôts. La présidence de la société
revenait, jusqu’à début 2017, à un responsable du groupe CDC.
Fin 2015, l’État a décidé l’octroi d’une dotation complémentaire de
100 M€ à France Brevets au titre du deuxième PIA. La CDC a fait
connaître son intention de ne pas participer à cette augmentation de capital,
ce qui diluera sa participation au fur et à mesure de la libération de cette
nouvelle enveloppe.

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ANNEXES 143

Annexe n° 5 : les CVT

Date de création :
Conventions signées avec l’ANR entre décembre 2012 et juin 2013.

Structure juridique :
Pas de structure juridique. Le financement des CVT prend la forme
de lignes budgétaires isolées au sein des budgets des organismes qui
assurent leur gestion (CNRS, INSERM, INRA, INRIA, IRD, CEA).

Tableau n° 10 : les consortiums de valorisation thématique

Thématique
Nom Organisme coordinateur
concernée
Institut national de recherche
AllEnvi Environnement
agronomique (Inra)
ANCRE Énergie CEA
Sciences humaines et
ATHENA CNRS
sociales
Sciences de la vie et
Aviesan Inserm
de la santé
Institut national de recherche
CVSTENE139 Numérique en informatique et en
automatique (Inria)
Institut de recherche pour le
Valorisation Sud Développement
développement (IRD)
Source : Cour des comptes.

Cinq CVT (hors Valorisation Sud) sont adossés aux alliances


thématiques de recherche créées depuis 2009 pour coordonner l’action des
organismes par domaine, dont ils portent généralement le nom.

139 Le CVT CVSTENE est adossé à l’alliance ALLISTENE.

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144 COUR DES COMPTES

Financement :
Une enveloppe de 50 M€ sur dix ans était prévue pour les CVT,
chaque CVT devant recevoir une dotation maximale de 9 M€, à l’exception
du CVT Athéna doté d’un maximum de 5,4 M€. La dotation accordée par
l’État provient de l’action « Fonds national de valorisation » du programme
budgétaire « pôles d’excellence », ouvert lors du premier programme
d’investissements d’avenir PIA.
Les modalités générales de gestion des crédits consacrés aux CVT
sont fixées dans la convention État-ANR du 29 juillet 2010 relative à
l’action « Fonds national de valorisation » et dans son avenant n° 1 du
9 mai 2012. Des conventions ont été ensuite signées entre l’ANR et chaque
CVT.
Objectifs et réalisations :
Les CVT ont été créés pour assurer des services à forte valeur
ajoutée liés à l’optimisation des portefeuilles de brevets liés à leur champ
disciplinaire :
- Expertise ;
- Conseil et assistance auprès des SATT et des organismes de
recherche ;
- Constitution de grappes de droits de propriété intellectuelle ;
- Entretien et défense de titres de propriété intellectuelle ;
- Veille technologique et industrielle à l’international ;
- Prospection à l’international.
Dans les faits, les cinq CVT (hors Valorisation Sud) se sont
concentrés sur la production d’études et la fourniture de formations à
destination en particulier des SATT.
Le CVT Valorisation Sud s’est spécialisé sur le transfert de propriété
intellectuelle à travers l’identification de partenaires dans le secteur du
développement susceptibles d’exploiter des brevets publics.

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ANNEXES 145

Annexe n° 6 : estimation du soutien public


aux actions de valorisation de la recherche

Dispositifs de soutien à la valorisation financés


par le budget de l’État
Principe de l'analyse
Concernant les crédits du budget de l’État finançant le soutien à la
valorisation de la recherche publique, la Cour s’est attachée à comparer
l’exécution 2016 à l’exécution 2010, de manière à apprécier l’évolution des
moyens depuis le lancement du premier PIA.
L’analyse a porté principalement sur la mission interministérielle
Recherche et enseignement supérieur. Dans le cas particulier du soutien
aux instituts techniques agricoles, une partie des financements, consolidée
dans le volet opérateurs du programme 142 – enseignement supérieur et
recherche agricoles de la MIRES, provient du compte d’affectation
spéciale Développement agricole et rural (CASDAR). En ce qui concerne
les opérateurs de recherche, des données collectées par la Cour à la faveur
de questionnaires et de contrôles organiques permettent d’estimer le niveau
des dépenses consacrées par ces établissements à la gestion de leur
portefeuille de titre de propriété industrielle (dépôt, entretien). On fait ici
l’hypothèse que ces dépenses sont financées par les subventions pour
charges de service public (SCSP) de ces opérateurs.

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146 COUR DES COMPTES

Chiffrage

Tableau n° 11 : crédits du budget de l’État (MIRES) soutenant


les activités de valorisation de la recherche publique
(appels à projets, recherche contractuelle, structures intégrées,
transfert de technologies, mobilité des chercheurs) – 2010-2016

Moyens budgétaires Moyens budgétaires et


Dispositif
2010 extrabudgétaires 2016
Appels à projets
589,45 361,86
collaboratifs compétitifs
ADEME 53,54 28,60
Astrid 2,18 6,70
Astrid mat - 3,80
Clusters Eurêka 81,70 14,68
CNES 25,96 23,70
DGAC amont 123,83 63,60
FCE - autres 11,10 -
FUI 227,60 81,09
ITC ECSEL 8,80 11,88
MTES 25,24 -
PRCE - 77,80
RAPID 29,50 50,00
Mobilité des chercheurs
CIFRE 53,95 52,57
Recherche contractuelle 269,50 322,50
Carnot 58,50 57,00
CIR 211,00 265,50
Structure intégrée en
149,58 292,39
partenariat public/privé
Chaires industrielles - 3,31
FCE - Nano 28,90 92,60
ITA(I) 10,68 9,72
Labcom - 6,75
SCR 110,00 180,00
Transfert de
95,51 82,81
technologies
CCE-iLab 16,81 11,63
CPER-TT 10,10 9,39
DMTT 4,03 -
Incubateurs 7,16 4,30

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ANNEXES 147

Moyens budgétaires Moyens budgétaires et


Dispositif
2010 extrabudgétaires 2016
CNRS 23,80 14,54
EPIC140 25,29 32,73
INRA 2,15 1,93
INSERM 6,17 8,29
Total général 1 158,00 1 112,12
Source : Cour des comptes d’après diverses données d’exécution du budget de l’État.
Notes : Les données d’autorisations d’engagement (AE) de la MIRES en lois de règlement 2010
et 2016 ont été privilégiées pour le budget de l’État (MIRES). À défaut d’étude d’ensemble
disponible et pour ne pas négliger ce pan important de collaborations entre laboratoires publics
et privés, le chiffrage des crédits consacrés au financement de structures communes mixtes de
recherche en partenariat public privé (SCR), est une estimation de la Cour fondée sur les
hypothèses et informations suivantes.
En 2009-2010, le MESRI avait recensé 155 structures SCR, dont 55 au CNRS. D’autre part, une
étude du CNRS publiée en 2017 permet de retenir, sur le périmètre de cet établissement, un budget
annuel moyen d’une SCR de 1,39 M€. Il s’agit de la moyenne pondérée observée au CNRS entre
les 110 laboratoires communs (dont 35 Labcom ANR) (budget moyen de 1,09M€) et les 16 unités
mixtes de recherche (budget moyen de 3,12M€). Ce budget, divisé par deux (0,7 M€) en faisant
l’hypothèse d’un investissement paritaire public/privé, est ainsi appliqué par convention de
chiffrage et en approximation :
- en 2010, aux 155 SCR dénombrées par le ministère, soit environ 110 M€ de crédits de l’État
(subventions pour charges de service public des opérateurs) utilisés pour financer ces structures ;
- en 2016, à une extrapolation de 155 * 91/55 = 256 structures (en partant du dénombrement des
91 SCR du CNRS en 2016 - hors Labcom financés sur programme d’intervention de l’ANR), soit
environ 180 M€ de crédits de l’État mobilisés par les laboratoires publics dans ce type de
structures.
Acronymes utilisés :
ADEME : appels à projets de recherche de l'ADEME
Astrid : accompagnement spécifique des travaux de recherche et d'innovation duale)
Astrid mat : Astrid maturation
Carnot : instituts Carnot (IC) (dispositif originel ANR)
CCE-iLab : Concours de création d'entreprises
Chaires indus : Chaires industrielles (ANR)
CIFRE : conventions industrielles de formation par la recherche (CIFRE)
CIR : crédit d’impôt en faveur de la recherche (CIR) doublé en cas de sous-traitance de
prestations de R&D auprès de laboratoires publics
Clusters Eurêka : fonds de compétitivité des entreprises (FCE) hors fonds unique interministériel
(FUI) - Clusters Eurêka
CNES : crédits d’appels à projets du centre national d’études spatiales (CNES)
CPER-TT : "Transfert de technologie contrats de projets
État-région (CPER) "
DGAC amont : appels à projets en recherche amont de l'aéronautique civile pilotés par la DGAC
(hors A350)
DMTT : structures mutualisées de valorisation - DMTT
FCE – autres : FCE hors FUI - autres (éco-industries, jeu vidéo, plan de relance en 2010)
FCE – Nano : FCE - Nano (2012, 2017)
FUI : Fonds unique interministériel (FUI)
Incubateurs : Soutien aux incubateurs
ITA(I) : Instituts techniques agricoles (ITA) et Instituts techniques agro-industriels (ITAI)

140 Dont notamment le CEA.

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148 COUR DES COMPTES

ITC ECSEL : FCE hors FUI - Initiative technologique conjointe ITC puis ECSEL
Labcom : programme LabCom de l’ANR
MTES : crédits du Ministère de la transition écologique et solidaire - programmes incitatifs de
recherche (190-13-T3)
Crédits du Ministère de la transition écologique et solidaire - programmes incitatifs de recherche
(190-13-T6)
PRCE : projet de recherche collaborative entreprise (PRCE)
RAPID : FCE hors FUI - régime d'appui à l'innovation duale (RAPID)
SCR : structures communes de recherche (hors Labcom)
CNRS : crédits du CNRS consacrés à l’action de gestion de la propriété industrielle (GPI)
EPIC : établissements publics de recherche à caractère industriel et commercial (EPIC) -
dépenses de GPI
INRA : crédits de l'INRA - GPI
INSERM : crédits de l'INSERM - GPI

Actions du PIA soutenant la valorisation

Les actions suivantes sont retenues dans le chiffrage du soutien


apporté par le PIA à la valorisation, en distinguant les catégories utilisées
ci-dessus pour les crédits de l’État (appels à projets de recherche
partenariale, mobilité des chercheurs, structure intégrée en partenariat
public/privé, transfert de technologies). Pour chaque dispositif et par
convention, les moyens extrabudgétaires en 2016 ont été calculés en
retenant 10 % de l’enveloppe de ressources décaissables allouée à l’action
(dotations consommables + intérêts des dotations non consommables). Le
montant de soutien public annuel est donc estimé sous l’hypothèse
réductrice d’un financement décennal des actions.
En ce qui concerne l’action « Santé Biotechnologies », l’ensemble
des sous-actions est retenu, à l’exception du volet infrastructures. Pour
retenir dès lors les sous-actions « bioinformatique », « bioressources »,
« cohortes », « démonstrateurs » et « nanobiotechnologies », on applique à
l’enveloppe globale de l’action une clé de 33,2%, calculée à partir des
décaissements constatés à mi-2016 sur cette sous-action, par rapport au
total des décaissements observés sur l’action.

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ANNEXES 149

D’autres actions du PIA, que la Cour n’a pu expertiser en détail, sont


écartées du chiffrage dans la mesure où la part des financements allouée à
des projets de recherche partenariale apparaît, en première analyse, très
difficile à estimer (cas notamment des actions « Soutien au développement
d’aéronefs (notamment l'A350) et d’équipements aéronautiques »,
« Recherche dans le domaine aéronautique » et « Véhicule du futur »).

Tableau n° 12 : actions du PIA relevant de la valorisation


au sens large – financements théoriques en M€

Enveloppe de
ressources
Moyens décaissables au titre
Dispositif
extrabudgétaires 2016 du PIA fin 2016
(DC + iDNC)
Appels à projets collaboratifs
247,70 2477,03
compétitifs
FSN 14,31 143,10
KETs 2,40 24,00
PAAA 12,00 120,00
PIAVE 96,50 965,00
PSPC 57,90 579,00
RHU 25,00 250,00
RSN 5,00 50,00
Santé biotech 27,09 270,93
TSDN 7,50 75,00
Recherche contractuelle
Carnot PIA 17,29 172,88
Soutien ciblé à la recherche
industrielle
Réacteur ASTRID 62,50 625,00
Structure intégrée en
283,28 2 832,79
partenariat public/privé
DERD 86,70 867,00
IHU 38,69 386,91
IRT 92,23 922,34
ITE 38,15 381,54

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150 COUR DES COMPTES

Enveloppe de
ressources
Moyens décaissables au titre
Dispositif
extrabudgétaires 2016 du PIA fin 2016
(DC + iDNC)
PFMI 2,70 27,00
RJH 24,80 248,00
Transfert de technologies 108,05 1 080,53
CVT 5,00 49,98
FB 15,00 150,00
FNI-CE 2,00 20,00
SATT 86,06 860,55
Total général 718,82 7 188,22
Hors soutien ciblé à la
656,32 6 563,22
recherche industrielle
Source : Cour des comptes à partir de données du CGI et du MESRI.
Note : l’enveloppe PIA correspond, à fin 2016, à la somme des dotations consommables (DC) et
intérêts de dotations non consommables (iDNC). Dans le périmètre d’analyse du présent rapport,
certaines actions du PIA ne sont pas prises en compte bien que recensées ci-dessus comme pouvant
faire partie de la valorisation. Par exemple, s’agissant des SCR, les dispositifs DERD, PFMI et RJH
ne sont pas pris en compte dans les tableaux et graphes figurant au chapitre I (point I.B.2., « Des
financements significatifs »).
Acronymes utilisés :
Carnot PIA : Instituts Carnot - soutien complémentaire du PIA
CVT : Fonds national de valorisation – consortium de valorisation thématique (CVT)
DERD : « démonstrateur d’énergies renouvelables et décarbonées »
FB : France Brevets
FNI-CE : Fonds national d'innovation-Culture de l'entrepreneuriat
FSN : « Soutien aux usages, services et contenus numériques innovants » - hors Smartgrids ie FSN
volet projets
IHU : Institut hospitalo-universitaire (IHU)
IRT : Instituts de recherche technologique (IRT)
ITE : Institut pour la transition énergétique (ITE)
KETs : « KETS (soutien aux technologies génériques) »
PAAA : « projets agricoles et agroalimentaires d’avenir »
PFMI : « Plateformes mutualisées d'innovation des pôles de compétitivité »
PIAVE : « PIAVE (projets industriels d’avenir) »
PSPC : projets de R&D structurants pour la compétitivité (PSPC)
Réacteur ASTRID : réacteur de 4ème génération - Advanced Sodium Technological Reactor for
Industrial Demonstration
RHU Recherche hospitalo-universitaire en santé (RHU) hors Fonds accélération biotech santé (FABS)
RJH : réacteur Jules Horowitz
RSN : « Recherche en matière de sûreté nucléaire »
Santé biotech : « santé et biotechnologie » (tous volets hors infrastructures)
SATT : Fonds national de valorisation FNV - SATT
TSDN : « Recherche en matière de traitement et de stockage des déchets nucléaires »

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ANNEXES 151

Crédits européens
Méthode d’estimation au titre du programme cadre pour la
recherche et le développement (PCRD) : 7ème PCRD et Horizon 2020
Les appels à projets du 7ème PCRD et, plus encore, ceux d’Horizon
2020, posent de plus en plus fréquemment une condition d’éligibilité au
financement, consistant à mettre en place une collaboration public/privé
sous forme de consortium de recherche mixte impliquant entreprises et
laboratoires publics.
À partir de la base de données e-corda, une estimation des montants
annuels moyens du PCRD alloués à des projets de recherche partenariale
peut être effectuée. Les éléments restitués ci-après émanent du MESRI.
Méthode d’estimation au titre du Fonds européen de développement
régional (FEDER)
Une estimation des fonds FEDER européens alloués à la recherche
partenariale, a été effectuée à partir des données consolidées concernant le
financement de la recherche et de l’innovation (objectif thématique 1
(OT1)) en s’appuyant sur l’exécution définitive de la programmation
2007-2013, et sur l’avancement des programmes en cours au titre de la
période 2014-2020141.
Le FEDER finance de la recherche partenariale en apportant un co-
financement variant de 50 % à 85 % des projets, selon le niveau de revenu
par habitant des régions d’Europe considérées. Le reste du budget est
apporté par des entités publiques (organismes publics de recherche,
collectivités locales) ou des partenaires privés. Le FEDER peut cofinancer
l'investissement dans des matériels mais aussi des projets de recherche et
d’innovation.
Pour la période de programmation 2007-2013, sur la base d’une
analyse de l’exécution effectuée par le MESRI, bien qu’il soit difficile
d’isoler avec précision ce qui relève de la recherche partenariale stricto
sensu, il est possible d’en estimer les montants en retenant l’ensemble des
thématiques du FEDER, à l’exception des catégories « production dans les
PME », « autres investissements dans les entreprises » (pépinières...),
« investissement dans les entreprises liées à la recherche et l’innovation »,
« service d'appui aux entreprises » et « transfert ».

141 Les données d’avancement sont publiées sur le site http://www.europe-en-


france.gouv.fr/Des-programmes-pour-qui-pour-quoi/Avancement-des-programmes.

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152 COUR DES COMPTES

Sous ces hypothèses, on peut donc estimer les cofinancements


émanant, au titre du FEDER, de l’Union européenne, des États membres,
des régions, des départements et du secteur privé. Les données de synthèse
relatives aux fonds d’origine européenne sont présentées dans le tableau
ci-après.
Pour la période de programmation en cours, qui couvre donc les
années 2015-2016, il convient en premier lieu d’apporter les précisions
suivantes sur l'origine des données utilisées pour le chiffrage.
1 - Le FEDER est administré au niveau régional. Les données
d'exécution, établies par les autorités de gestion régionales sont donc
agrégées au niveau national par le Conseil général de l’économie, de
l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGEIET) pour établir une
synthèse destinée notamment à la Commission, et donnant lieu à
l'établissement des données restituées publiquement.
2 - Une obligation de concentration thématique des fonds structurels
régionaux est faite aux autorités de gestion. Cette concentration vise, sur
les 11 thématiques de la Commission, les quatre thématiques prioritaires
suivantes : recherche et innovation (R&I), numérique, PME et transition
énergétique.
3 - Le niveau de concentration requis croît avec la richesse par
habitant observée (PIB/hab) dans les différentes régions autorités de
gestion, avec trois catégories de concentration (50, 60 ou 80 %). Ainsi, par
exemple, la région Ile-de-France, dont le PIB/hab est l'un des plus élevés
de l'UE, se voit imposer une concentration des fonds FEDER à hauteur de
80 % sur les quatre thématiques précitées.
Pour le chiffrage au titre de la programmation 2014-2020, la Cour a
tenté de retenir un périmètre équivalent à celui du chiffrage sur la
programmation précédente, en appliquant la méthode suivante :
1 - estimation de la proportion des fonds programmés au titre de
l’OT1 et relevant de la recherche partenariale (fonds de l’Union
européenne + contrepartie nationale) ;
2 - estimation de la part de fonds programmés d’origine européenne
sur le total programmé ;
3 - application du produit des deux proportions précédentes à la
maquette totale, pour estimer ce qui pourrait in fine avoir été programmé
sur de la recherche partenariale sur fonds d'origine européenne, soit un total
de 798,76 M€ ;

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ANNEXES 153

4 - estimation d’un montant annuel moyen de fonds FEDER


européens alloués à la recherche partenariale en divisant le montant
précédent par sept années, soit 114,11 M€.
Il ressort de cette approximation une prévision d’augmentation
d’environ 14 % des fonds FEDER affectés à la recherche partenariale entre
la programmation 2007-2013 et la programmation en cours. Cette
évolution, qui méritera d’être confirmée une fois la programmation
achevée, paraît toutefois cohérente avec l’accent mis, dans des régions
d’Europe à PIB/hab élevé, sur les quatre thématiques prioritaires dont fait
partie la R&I.

Tableau n° 13 : estimation des financements européens alloués à des


projets de recherche partenariale en France (en M€)

Décaissements
Décaissements
Programme de financement moyens 2015-
moyens 2010-2011
2016
PCRD - Horizon 2020 492,00 478,00

FEDER - recherche partenariale 100,14 114,11


Total 592,14 592,11
Source : Cour des comptes à partir de données du MESRI et du CGEIET.

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154 COUR DES COMPTES

Annexe n° 7 : méthodologie employée


pour les indicateurs d’impact socio-économique
proposés
Les méthodes économétriques classiques pour évaluer l’impact
d’une politique publique sur ses bénéficiaires consiste à effectuer une
analyse dite en « double différence » avec un groupe témoin.
Après avoir rappelé le fonctionnement de la méthode des doubles
différences et ses limites, une méthode alternative basée sur la comparaison
de chaque entreprise dans son champ d’activité sera présentée, et appliquée
au cas des IRT et des SATT. Un effet positif, statistiquement significatif,
est obtenu dans le cas des SATT.

La méthode de « double différence » avec un groupe témoin


Principe de l’analyse
La méthode de la double différence repose sur la comparaison des
évolutions d’un indicateur, par exemple le chiffres d’affaires des
entreprises affectées par la politique publique, aux évolutions observées
avant la mise en place de la politique, mais aussi aux évolutions observées
pour des entreprises « témoins », non affectées par la mise en place de la
politique. Le groupe des entreprises « témoins » est dit groupe de contrôle.
Cette méthode permet ainsi de mesurer un effet de type
« avant/après », corrigé des variations indépendantes de la politique
publique, qui affectent de la même manière le groupe de contrôle comme
le groupe affecté par la politique publique. La variation de l’indicateur du
groupe affecté, retraitée de la variation de l’indicateur pour le groupe de
contrôle, permet d’estimer l’effet de la politique publique.
Cette méthode est préférable à une méthode de type « avant/après »,
c’est-à-dire mesurant uniquement la variation de l’indicateur entre avant et
après l’application de la politique publique, puisqu’elle permet de prendre
en compte les différents facteurs exogènes à la politique publique qui
peuvent avoir un effet sur les niveaux de chiffres d’affaires et donc de
mieux isoler l’effet spécifique à la politique publique.
Néanmoins, pour être valable, le choix du groupe de contrôle est
fondamental.

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ANNEXES 155

Schéma n° 7 : illustration du principe de la méthode de la double


différence

Source : Cour des comptes.

La méthode de la double différence estime les effets suivants :


 un effet moyen sur le groupe affecté, représenté par la différence #1.
Cet effet est équivalent à celui obtenu par une méthode de simple
différence « avant/après ». Il représente l’écart moyen entre le niveau
de chiffre d’affaires du groupe affecté de la période contrefactuelle et
le niveau de chiffre d’affaires du groupe affecté durant la période
affectée ;
 un effet temporel sur le groupe de contrôle non affecté par la politique,
représenté par la différence #2. Cet effet correspond à la différence
entre le chiffre d’affaires moyen du groupe de contrôle après et avant
la mise en place de la politique dans le cas d’espèce. Cette différence
correspond à l’évolution temporelle « normale » de chiffres d’affaires,
compte tenu des facteurs explicatifs exogènes intervenus avant et après
la mise en place de la politique. Dans la mesure où elle concerne le
groupe de contrôle, cette évolution n’a pas pu être affectée par la mise
en place de la politique publique. C’est l’évolution temporelle normale
du marché ;
 l’effet de la politique est alors estimé par la différence entre la
différence #1 et la différence #2. L’effet de la politique est ainsi défini
par l’évolution globale du niveau de prix du groupe affecté corrigée de
l’effet temporel issu des autres facteurs explicatifs.

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156 COUR DES COMPTES

Mode opératoire
Selon l’hypothèse qu’il convient de tester, la spécification
économétrique suivante peut être utilisée :

Contrôle

où :
 est le chiffre d’affaire de l’entreprise i durant la période t ;
 est une indicatrice égale à 1 si t est pendant la période affectée et
0 sinon ;
 est une indicatrice égale à 1 si l’entreprise i appartient au groupe
affecté par la politique et 0 sinon ;
 Contrôle est un ensemble de variables explicatives dites « de
contrôle », qui inclut une constante ainsi que les facteurs économiques
extérieurs à la politique qui ont néanmoins pu influencer l’évolution
des chiffres d’affaires au cours du temps ;
 est un terme d'erreur correspondant à la partie inexpliquée du
modèle.
L’augmentation ou la diminution du chiffre d’affaire imputable à la
politique publique est égal à γ en valeur absolue.
Hypothèse
La méthode des doubles différences repose sur l’hypothèse
fondamentale des « tendances communes » selon laquelle les niveaux de
chiffre d’affaires observés sur le marché affecté et le marché témoin non
affecté doivent être comparables et suivre les mêmes tendances
temporelles.
Visuellement, il est possible d’observer que les tendances des chiffre
d’affaires des deux groupes considérés ne divergent pas durant la période
contrefactuelle. Si les chiffre d’affaires n’évoluent pas conjointement,
l’hypothèse des tendances communes n’est pas respectée et les estimations
conduisent à des résultats biaisés.
Données nécessaires
Temporalité : Les données doivent couvrir le plus grand nombre de
points de comparaison possible, en intégrant le maximum d’observations
avant et après la mise en place de la politique publique. Pour que la qualité
des résultats soit satisfaisante, l’intervalle de temps ne doit pas être trop
inégalement réparti entre les deux périodes.

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ANNEXES 157

Choix du groupe de contrôle : la fiabilité de cette méthode repose


sur l’identification d’un groupe de contrôle adéquat, qui satisfait la double
condition d’être similaire aux entreprises affectées par la politique publique
et de ne pas être affecté par celle-ci. Si les données ne permettent pas
d’avoir un groupe de contrôle similaire au groupe traité, il est possible de
comparer les groupes sur plusieurs caractéristiques et de choisir un sous-
groupe qui ressemble au groupe traité (système du matching).
Variables de contrôle : afin d’isoler l’impact de la politique
publique, il est nécessaire d’introduire dans les estimations tous les facteurs
indépendants identifiés comme pouvant influencer les chiffre d’affaires
observés sur les deux groupes considérés au cours de l’ensemble de la
période retenue.

Limites
La principale difficulté relative à la méthode de la double différence
est à nouveau liée à l’absence de données suffisantes pour neutraliser de
manière exhaustive l’intégralité des facteurs exogènes à la politique
susceptibles d’affecter les niveaux de chiffre d’affaires.
Une autre difficulté propre à cette méthode réside dans le choix du
groupe de contrôle. En effet, le groupe témoin retenu peut être considéré
comme trop éloigné du groupe affecté par la politique, en raison
d’éventuelles spécificités structurelles propres à chaque groupe et qui ne
seraient pas neutralisées et seraient donc incluses dans l’effet imputable à
la politique.
À l’inverse, une trop grande proximité entre les deux groupes est
susceptible d’invalider les résultats issus de cette méthode en raison de
l’existence de potentielles interactions entre les deux groupes qui
conduiraient à soupçonner la politique d’avoir affecté en parallèle les deux
groupes, faussant par conséquent l’estimation de l’effet de cette politique.
Lors de l’utilisation de cette méthode, l’écart entre les chiffres
d’affaires des deux groupes est supposé constant en l’absence de la mise
en place de politique, et ce durant l’intégralité de la période étudiée. Par
conséquent, la combinaison des limites relatives au choix du groupe de
contrôle et de la temporalité avec laquelle les niveaux de prix sont amenés
à fluctuer, remettant en cause le choix de la période contrefactuelle,
représente une autre limite susceptible d’être avancée.

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158 COUR DES COMPTES

La méthode de comparaison individuelle à l’ensemble NAF

Principe de l’analyse
La méthodologie de la double différence présentée ci-dessous
nécessite de créer un groupe de contrôle comparable en tous points au
groupe traité, mais n’ayant pas bénéficié de la politique publique. Il faut de
surcroît une profondeur temporelle similaire entre avant et après la mise en
œuvre de la politique publique : deux ou trois années après la mise en
œuvre de la politique sont un minimum. Cela repousse d’autant l’analyse
dans le temps.
Dans le cas des données recueillies pour les SATT ou les IRT, le
financement public bénéficie à quelques entreprises opérant dans des
champs concurrentiels très différents et de taille variable. Isoler sur un
territoire similaire, dans des domaines semblables des entreprises ayant des
caractéristiques socio-économiques proches est très difficile.
Une autre approche a été développée dans le cadre de cette enquête
pour exploiter autant que possible les données disponibles : l’analyse pour
une entreprise ne permet pas d’obtenir des données statistiquement
robustes et l’analyse pour le groupe d’entreprise se heurte à l’absence d’un
groupe de contrôle qui n’a pas bénéficié de l’aide publique.
Deux hypothèses ont été posées pour cette méthode :
 Chaque entreprise est comparée au groupe d’entreprise du même code
NAF142. Cela signifie que sans financement public, on suppose que
l’entreprise se comporte en moyenne comme l’ensemble des autres
entreprises opérant dans le même secteur d’activité. L’effet de la taille
de l’entreprise ou sa localisation géographique ne sont pas pris en
compte.
 L’effet du financement public pour une entreprise individuelle est
assimilé à une variable aléatoire : chaque entreprise peut avoir un effet
différent, positif ou négatif. L’objectif est d’estimer la valeur moyenne
de cet effet pour vérifier qu’elle est positive.

142 Le code NAF (pour Nomenclature d'activités française) est un code attribué par
l'Insee à chacun des secteurs d'activités économiques. Le niveau NAF retenu est le plus
fin disponible dans la base de données Esane de l’INSEE, avec des populations
d’entreprises de l’ordre de 2 000 entreprises au moins pour chaque catégorie.

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ANNEXES 159

Il convient de préciser que cette analyse ne permet pas la


démonstration d’une relation causale entre le financement public et
l’augmentation du chiffre d’affaires, mais uniquement une corrélation
statistiquement significative.

Mode opératoire
Le modèle a été appliqué au chiffre d’affaires des entreprises : le
chiffre d’affaires des entreprises est connu par leurs déclarations fiscales
pour les années avant l’intervention publique et au moins une année après,
le chiffre d’affaires moyen du groupe d’entreprises de même code NAF est
donné par l’INSEE (base ESANE). Le chiffre d’affaire d’une entreprise
donnée est ainsi décret par l’équation suivante :

1 〈 〉

CA(n) est le chiffre d’affaires de l’entreprise considérée pour


l’année n, <CA>NAF(n) est le chiffre d’affaires moyen des entreprises de
même code NAF, k permet de prendre en compte le fait que l’entreprise
considérée est plus ou moins grande que l’entreprise « moyenne » du
groupe NAF. La fonction de Heaviside H(tpub) indique que l’impact b n’est
recherché qu’après l’intervention publique qui a lieu au temps tpub : cette
fonction vaut 0 avant tpub et 1 après.
Dans cette équation, k et b sont des variables aléatoires, qui
dépendent de l’année et de l’entreprise : elles intègrent ainsi le bruit.
L’objectif de l’analyse est de vérifier qu’en moyenne, l’effet b est positif.

Schéma n° 8 : illustration du principe de la méthode


de la comparaison individuelle à l’ensemble NAF

Source : Cour des comptes.

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160 COUR DES COMPTES

À la différence de la méthode des doubles différences, la moyenne


pour les entreprises du groupe est effectuée après le calcul de la double
différence, et non avant. Ici, l’estimation de b est effectuée entreprise par
entreprise, puis moyennée pour l’ensemble du groupe, tandis que dans la
méthode usuelle, les chiffres d’affaires sont sommés et l’estimation de la
double différence s’effectue sur cette somme de chiffre d’affaires. Cela
permet notamment de contrôler la distribution de b afin de vérifier que les
tests statistiques, qui supposent une distribution gaussienne, peuvent
valablement être appliqués.
En pratique, la valeur de k est déterminée, pour chaque entreprise,
sur plusieurs années avant l’intervention publique, puis la valeur de
(1 + b) est calculée après l’intervention publique en divisant k (1 + b) par
la valeur de k précédemment obtenue.
Les différentes valeurs de la variable aléatoire b obtenues pour
chaque entreprise forment un échantillon dont la valeur moyenne est
calculée : si cette valeur moyenne est positive (de façon statistiquement
significative), une corrélation positive existe entre le chiffre d’affaires et
l’intervention publique.
Le test statistique de significativité de la valeur moyenne de b est un
test t de Student. Ce test consiste à supposer une valeur moyenne
déterminée x0, puis à calculer pour l’échantillon de n valeurs de b, de
moyenne <b> et d’écart-type sb, la statistique suivante :
〈 〉


Cette statistique suit une distribution de Student à n-1 degrés de
liberté : si la valeur de t obtenue excède celle de la distribution au seuil de
x %, alors la moyenne supposée pour l’échantillon ne peut être rejetée au
seuil de x %.
Le test t de Student suppose que la distribution de la variable
aléatoire b est une distribution normale. L’échantillon est ainsi
préalablement traité avec un test de normalité pour vérifier que cette
hypothèse ne peut être rejetée au seuil de x %.
Le test de Jarque-Bera peut rapidement être effectué avec un tableur :
le coefficient d’asymétrie (S), c’est-à-dire le moment réduit d’ordre 3 de
l’échantillon, et la kurtosis (K), moment réduit d’ordre 4 de l’échantillon,
sont calculés, afin d’en déduire la statistique JB. Cette dernière suit
asymptotiquement une loi du χ2 à deux degrés de liberté. Dans le principe,
pour une distribution gaussienne (loi normale), S = 0 et K = 3 : plus les
coefficients calculés pour l’échantillon s’éloignent de ces valeurs, moins il
est probable que la distribution de la variable aléatoire soit gaussienne.

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ANNEXES 161

3
6 4
Le test de normalité est important car il permet d’écarter les valeurs
« exotiques » qui peuvent fausser la moyenne calculée et s’expliquent
souvent par un comportement très différent du groupe de contrôle (création
d’entreprise en particulier).

Application au cas des IRT et des SATT


Pour les IRT, dans le cas de l’IRT Jules Verne, un ensemble de
15 PME associées à l’IRT a été étudié. Parmi ces 15 entreprises, 11 ont été
retenues dans l’échantillon final, trois ont été écartées faute de données
avant ou après leur association à l’IRT et une pour des valeurs
« exotiques » après le test de normalité (création un an avant de rejoindre
l’IRT).
Pour ce groupe d’entreprise, la valeur moyenne de b, c’est-à-dire la
valeur moyenne de l’amélioration du chiffre d’affaires de l’entreprise
considérée par rapport au chiffre d’affaires de l’ensemble des entreprises
de même code NAF, est de 2 % au seuil de 90 %.
Exprimé autrement, cela signifie que l’on peut considérer, avec une
probabilité de 90 % au moins, que l’appartenance à l’IRT est corrélée avec
une amélioration du chiffre d’affaire de l’entreprise considérée en moyenne
au moins égale à 2 % du chiffre d’affaires d’une entreprise moyenne de
même code NAF.
Cette valeur n’est cependant pas significative au seuil de 95 % : le
jeu de données est trop restreint pour que le résultat soit statistiquement
significatif au sens usuel.
Concernant les SATT, l’échantillon retenu est celui des entreprises
ayant conclu un accord de licence avec la SATT avant 2014, date retenue
afin d’avoir des données fiscales après la conclusion de l’accord. Sur les
21 entreprises initialement identifiées, 15 ont été retenues après le test de
normalité. Ont été écartés les cas de cessation d’activité, de création
d’entreprise et de données lacunaires.
Pour ce groupe d’entreprise, la valeur moyenne de b, c’est-à-dire la
valeur moyenne de l’amélioration du chiffre d’affaires de l’entreprise
considérée par rapport au chiffre d’affaires de l’ensemble des entreprises
de même code NAF, atteint au moins 4 % au seuil de 95 %.
Comme précédemment, cela signifie que l’on peut considérer, avec
une probabilité de 95 % au moins, que la conclusion d’une licence de brevet
avec une SATT est corrélée avec une amélioration du chiffre d’affaires de

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162 COUR DES COMPTES

l’entreprise considérée en moyenne au moins égale à 4 % au chiffre


d’affaires d’une entreprise moyenne de même code NAF. Ce chiffre de 4 %
n’est pas la valeur moyenne de l’amélioration du chiffre d’affaires pour le
groupe considéré, mais la valeur minimale que l’on peut donner avec une
confiance de 95 % à la moyenne de la distribution de b, à partir d’un
échantillon limité et avec une variance importante.
Cet effet est désormais statistiquement significatif au seuil de 95 %.
Il ne permet pas d’affirmer que la conclusion de la licence de brevet conduit
à une augmentation du chiffre d’affaires, mais que les deux évènements
sont corrélés dans le temps.

Intérêt de la méthode d’analyse


Les méthodes usuelles d’analyse économétriques ne sont pas
toujours adaptées au cas des interventions publiques dans le domaine de la
valorisation de la recherche : absence de groupe contrefactuel, peu de
profondeur temporelle des jeux de données, entreprises très variées.
La méthode développée ci-dessus permet d’exploiter les données
disponibles, quoique disparates, afin d’en extraire des informations
statistiquement fiables. Au lieu de rechercher un effet robuste pour un
groupe donné en accumulant des données sur de longues périodes
temporelles, l’idée consiste à renverser le problème et à accumuler des
données sur plusieurs groupes différents (un par entreprise) sur des
périodes temporelles plus courtes.
Dans les deux approches, l’accumulation de données cherche à
réduire le « bruit », c’est-à-dire les variations de chiffres d’affaires qui ne
s’expliquent pas avec les données explicatives disponibles.
L’accumulation sur des entreprises différentes revient à multiplier la même
expérience pour chaque entreprise sur un temps court au lieu d’avoir une
seule expérience sur un temps plus long : il s’agit d’un cas d’application de
l’hypothèse ergodique, à savoir l’équivalence entre une moyenne sur un
grand nombre de particules à un temps t donné et une moyenne sur une
seule particule pour des mesures effectuées fréquemment sur une longue
période de temps.
L’implémentation de ce type d’analyse sur plus long terme
permettrait de vérifier que l’effet observé sur un échantillon de
15 entreprises dans le cas des SATT persiste au-delà des premières années,
et qu’il reste observé dans le cas d’un échantillon plus large d’entreprises.

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ANNEXES 163

Annexe n° 8 : répartition des dépenses


de recherche et développement
sur le territoire national

Carte n° 3 : dépenses de R&D déclarées par les entreprises (en €)


dans le cadre du crédit impôt-recherche pour l’année 2014

Source : carte réalisée avec l’outil Géoclip© (IGN GéoFla), données Cour des comptes d’après
les données fiscales du CIR (DGRI).
Note : les dépenses d’une entreprise sont affectées au département du siège social.

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164 COUR DES COMPTES

Carte n° 4 : dépense intérieure de R&D exécutée par les


administrations en 2014, ventilée par région (ancien format)

Source : carte réalisée avec l’outil Géoclip© (IGN GéoFla), données Cour des comptes d’après
les données du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (SIES).
Note : les dépenses correspondent à celles exécutées par les administrations (Universités, EPST,
EPIC…) indépendamment de la source de financement.

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ANNEXES 165

Annexe n° 9 : les instituts Carnot

Les instituts Carnot


Le dispositif, lancé en 2006, vise à développer la recherche
contractuelle entre les structures publiques de recherche et les entreprises,
via l’octroi de financements complémentaires aux structures publiques
s’engageant dans cette démarche. Les instituts Carnot bénéficient d’un
abondement financier annuel versé par l’ANR et calculé en fonction
notamment du volume des recettes tirées des contrats de recherche
bilatéraux. Cet abondement est financé à titre principal sur les crédits de la
mission interministérielle Recherche et enseignement supérieur (dotation
d’intervention de l’ANR d’environ 57 M€ en 2017), complétés par les
crédits du PIA 1 et 2 (décaissements annuels moyens d’environ 12,5 M€)
pour financer des actions spécifiques, destinées notamment au
développement de l’action internationale des Carnot, de l’accompagnement
des TPE, PME et ETI en relation avec les instituts Carnot, à favoriser la
structuration d’une offre de services des laboratoires labellisés, en réponse
aux besoins des filières économiques et enfin à assurer le financement des
instituts dits « Tremplins Carnot »). Au terme du troisième appels à projets,
29 instituts sont labellisés en 2017143, auxquels on peut ajouter 9 Tremplins
Carnot. Ils représentent un budget consolidé d’environ 2,2 Md€ et
emploient 27 000 personnels ETP (dont 8 000 doctorants), soit 15 % des
effectifs de la recherche publique.

D’un coût budgétaire relativement modéré (environ 70 M€ en


agrégeant les crédits du budget de l’État et ceux du PIA), le dispositif
Carnot permet un effet de levier important sur les contrats signés avec des
partenaires industriels. Le volume des contrats de recherche portés par les
instituts Carnot, de l’ordre de 400 M€, représente ainsi environ 40 % du
volume annuel national total de recettes tirées de contrats industriels, cette
part ayant régulièrement augmenté pour doubler en dix ans.
L’effet de levier du dispositif est également d’ordre qualitatif : une
transformation durable des stratégies, mentalités et pratiques est observée
dans la relation des institutions publiques de recherche avec les entreprises.
À cet égard, le label a pu appuyer les efforts entrepris depuis une dizaine
d’années par les directions générales de certains organismes de recherche,
dans la formalisation et la mise en œuvre d’une stratégie de développement
des ressources propres contractuelles. Pour les entreprises clientes, la
labellisation constitue un gage de qualité et de structuration de l’offre, ce
qui peut jouer un rôle de facilitateur d’accès aux laboratoires publics.

143 Contre 34 au titre de la période précédente, échue en 2015.

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166 COUR DES COMPTES

L’intérêt du dispositif Carnot, qui a bénéficié d’un appui ponctuel


du PIA, repose sur sa simplicité et sa flexibilité. Le dispositif n’implique
pas la création de structures juridiques nouvelles. Il n’y a pas d’immixtion
de la tutelle dans le pilotage et la gestion des instituts, ce qui contribue à
responsabiliser les acteurs qui bénéficient du versement a posteriori, sur
résultats constatés, d’un abondement capé. L’attribution du label vise les
unités de recherche indépendamment de leur tutelle, ce qui offre une
capacité à dépasser les frontières institutionnelles des tutelles. La flexibilité
du dispositif Carnot facilite en outre son pilotage par le ministère en charge
de la recherche. Les labels attribués144 peuvent ainsi être retirés à chaque
nouvelle vague de labellisation, ce qui a été par deux fois le cas depuis
2006, notamment à l’issue de la première vague 2006-2010 (huit sorties et
neuf entrées dans le label).
Les instituts labellisés ont connu une très forte croissance de leurs
volumes de contrats de recherche, ce qui se heurte progressivement à la
stabilité de l’enveloppe budgétaire. Cette situation conduit ainsi à raboter
chaque année l’abondement théorique auquel auraient droit les instituts selon
leur performance. Le taux d’abondement moyen145 des instituts s’est ainsi
régulièrement érodé depuis l’origine du dispositif, notamment depuis le
début de la décennie actuelle, passant de 23,8 % en 2011 à 12,7 % en 2015.

144 Les labels sont attribués pour une durée de cinq ans renouvelable, par le ministère
chargé de la recherche et de l’innovation.
145 Le taux d’abondement est le rapport entre l’abondement effectivement versé aux

instituts et leur assiette d’abondement (volume des contrats de recherche sommant les
recettes tirées des contrats industriels ainsi que les redevances de titre de PI).

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ANNEXES 167

Graphique n° 19 : évolution des résultats et dotations du dispositif


instituts Carnot

600 60 %

400 40 %

200 20 %

0 0%
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017

Volume des contrats de recherche (M€)


Abondement ajusté (M€)
Taux d'abondement (%)
Poids des Carnot dans les recettes industrielles des laboratoires publics

Source : Cour des comptes d’après des données du MESRI et de l’ANR. Note : le taux
d’abondement est le rapport entre l’abondement effectivement versé aux instituts et leur assiette
d’abondement (volume des contrats de recherche sommant les recettes tirées des contrats
industriels ainsi que les redevances de titre de PI). Le taux d’abondement et la part des Carnot
dans le total des recettes tirées, par les laboratoires publics, de contrats avec des entreprises, se
lisent sur l’échelle de droite.

La réfaction sur l’abondement théorique des instituts, outre un


potentiel risque d’essoufflement du dispositif par désincitation des
détenteurs du label à faire progresser les recettes entrant dans l’assiette, a
l’inconvénient d’accroître les phénomènes de concurrence entre instituts,
au détriment des nécessaires logiques de coopération et coordination
qu’implique la lisibilité de l’offre à destination des entreprises.
Le projet de loi de finances pour 2018 prévoit, à cet égard, une
augmentation de 5 M€ du budget consacré aux instituts Carnot par rapport
à 2017. Sur la base des données d’exécution du dispositif Carnot en 2017,
un tel relèvement à 62 M€ de l’enveloppe financière des Carnot, aurait
permis de couvrir près de 16 % de l’assiette des recettes prises en compte
pour calculer l’abondement.

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168 COUR DES COMPTES

Annexe n° 10 : les dispositifs d’intéressement


et de mobilité des chercheurs publics

Les dispositifs d’intéressement


Deux dispositifs ont été créés pour inciter les chercheurs à
s’impliquer dans le transfert. Les chercheurs bénéficient d’une prime
d’intéressement aux produits tirés de leur invention à hauteur de 50 %146
(depuis 2001) du produit hors taxes des revenus perçus chaque année au
titre de l’invention par l’organisme, après déduction des frais directs
supportés par celui-ci. En outre, une prime au brevet d’invention a été créée
par le décret n° 2005-1217 du 26 septembre 2005 : un montant forfaitaire
(3000 €) est touché par le ou les déposant(s) d’un brevet en deux fois : 20 %
après le dépôt du brevet et le restant lors de la signature d’un contrat de
licence d’exploitation ou de cession.

Graphique n° 20 : primes d’intéressement versées par le CNRS


et par l’Inserm

350 4 500 000 €


300 4 000 000 €
3 500 000 €
250
3 000 000 €
200 2 500 000 €
150 2 000 000 €
1 500 000 €
100
1 000 000 €
50 500 000 €
0 - €
2012 2013 2014 2015 2016

CNRS - Nb de chercheurs INSERM - Nb de chercheurs


CNRS - intéressement en € INSERM - intéressement en €

Source : CNRS et Inserm.

146Décret n° 96-858 du 2 octobre 1996 modifié par le décret n° 2001-141 du 13 février


2001 puis par le décret n° 2009-645 du 9 juin 2009. Ce taux passe à 25 % au-delà du
2e chevron du groupe hors échelle D (68 659,62 €).

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ANNEXES 169

En ce qui concerne la recherche partenariale, les chercheurs


concernés peuvent également bénéficier d’une prime d’intéressement147,
qui ne peut être versée que dans le cadre d’une opération achevée qui a
dégagé un reliquat disponible ; au-delà de ce principe, les règles
d’attribution sont laissées à la libre appréciation de chaque établissement.
Ces dispositifs créent un environnement particulièrement favorable
aux chercheurs publics français. En ce qui concerne la prime
d’intéressement de 50 %, ce taux est ainsi de 30 % en Allemagne, de
28,3 % aux États-Unis et de 40 % en Israël. Les chercheurs du secteur privé
disposent de régimes très divers, mais le plus souvent moins favorables
qu’aux chercheurs publics148 ; à titre d’exemple, l’Institut Pasteur,
fondation privée, ne rémunère ses chercheurs qu’à hauteur de 15 % de la
redevance perçue, et ce montant est plafonné à 40 000 € annuels. Il ne
semble donc pas nécessaire de renforcer ces dispositifs déjà très favorables.
Leur mise en œuvre pose davantage de difficultés en raison de la
complexité des dispositifs, en particulier en ce qui concerne la prime au
brevet d’invention. D’un montant relativement faible (surtout en cas de
répartition entre plusieurs inventeurs), elle est versée en deux fois, ce qui
nécessite un suivi administratif lourd pour des montants modestes. Les
organismes n’ont pas tous mis en œuvre ce dispositif en raison de l’absence
de ressources supplémentaires venues abonder leur subvention de service
public ; c’est le cas de l’Inserm et du CNRS. Le versement de la première
partie de la prime (au moment du dépôt du brevet) en 2016 aurait ainsi
correspondu à environ 450 000 € par an pour le CNRS ces dernières années
et autour de 100 000 € pour l’Inserm149.
Un rapport récent remis au secrétaire d’État à l’enseignement
supérieur et à la recherche préconisait une simplification de ce dispositif
en termes d’échelonnement du versement et du périmètre des personnels
concernés, ainsi qu’une revalorisation des montants accordés150. Au vu du
caractère déjà très favorable des dispositifs d’intéressement, cette dernière
préconisation n’apparaît pas justifiée. En revanche, un versement unique,
de préférence au moment de la signature d’un contrat de licence ou de
cession, serait souhaitable ; cette échéance semble plus pertinente que celle
du dépôt de brevet, en ce qu’elle créera une incitation à déposer des brevets
valorisables et réduira la charge pesant sur les organismes.

147 Décret n° 2010-619 du 7 juin 2010, qui a assoupli les conditions initialement fixées
par le décret n° 85-618 du 13 juin 1985.
148 Institut National de la Propriété Intellectuelle, La rémunération des inventions des

salariés. Pratiques en vigueur en France, octobre 2016.


149 Le CNRS a publié entre 680 et 766 brevets par an entre 2012 et 2016.
150 Propositions de modernisation de la loi Allègre et de simplification de

l’intéressement (Beylat-Tambourin, 2017).

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170 COUR DES COMPTES

Un modèle original d’intéressement intégral : l’ESPCI


Membre fondateur de la Comue Paris Sciences et Lettres (PSL),
l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris
(ESPCI ParisTech) développe depuis ses origines des liens importants avec
le monde industriel et a vu naître en son sein de nombreuses découvertes
majeures (éléments chimiques dont le radium et le polonium par Pierre et
Marie Curie, sonar, tube néon, etc.). Malgré les évolutions intervenues en
matière de propriété des brevets déposés par les chercheurs publics puis
d’intéressement des chercheurs, l’ESPCI a maintenu son modèle initial,
profondément original.
En effet, les chercheurs de l’ESPCI sont les uniques propriétaires des
brevets qu’ils déposent : ils en supportent seuls les risques et les coûts (le
dépôt et l’entretien des brevets sont à leur charge) et en perçoivent seuls les
éventuels revenus. Cette stratégie vise à responsabiliser les chercheurs qui
sont ainsi incités à déposer des brevets valorisables et à trouver rapidement
des voies de valorisation (licences, création d’entreprises).
Ce modèle a donné lieu à de très importantes réussites, en particulier
autour de Jacques Lewiner, plus important détenteur français de brevets,
désormais directeur scientifique de l’ESPCI et doyen de l’innovation et de
l’entreprenariat à PSL. Reposant sur un tropisme ancien vers l’innovation
et difficilement reproductible ailleurs, cette stratégie obtient ainsi des
résultats très positifs : avec une cinquantaine de brevets déposés par an,
l’ESPCI occupe le premier rang des écoles d’ingénieurs. De nombreuses
start-ups ont été créées, dont certaines ont connu d’importants succès
(Echosens, Vision Objects, Capsum, etc.).
L’ESPCI abandonne ainsi les revenus des brevets produits par ses
chercheurs.

Les dispositifs favorisant la mobilité des chercheurs


Des dispositions communes aux agents de la fonction publique
permettent aux chercheurs et enseignants-chercheurs qui le souhaitent de
se consacrer temporairement à une activité de valorisation. Certaines
d’entre elles ont d’ailleurs été envisagées dès l’origine pour encourager,
entre autres enjeux, la valorisation de la recherche publique. Le
détachement151 permet ainsi au fonctionnaire d’être placé hors de son corps
d’origine tout en bénéficiant de ses droits à l’avancement et à la retraite.
Parmi les situations permettant le recours au détachement est mentionnée
la possibilité pour les chercheurs d’exercer des fonctions « auprès d'une
entreprise privée, d'un organisme privé ou d'un groupement d'intérêt public

151Art. 45 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires


relatives à la fonction publique de l'État.

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ANNEXES 171

pour y exécuter des travaux de recherche d'intérêt national (…) ou pour


assurer le développement dans le domaine industriel et commercial, de
recherches de même nature ; un tel détachement ne peut être prononcé que
si l'intéressé n'a pas eu, au cours des cinq dernières années, soit à exercer
un contrôle sur l'entreprise, soit à participer à l'élaboration ou à la passation
de marchés avec elle »152.
La mise en disponibilité153 désigne la position dans laquelle se
trouve un fonctionnaire placé hors de son administration et qui cesse de
bénéficier de ses droits à l’avancement et à la retraite. La mise en
disponibilité est prononcée pour une durée de trois années renouvelables,
dans la limite de dix années sur l’ensemble de la carrière. Le recours à la
mise à disposition154, par laquelle l’agent public demeure dans son corps
d'origine, est réputé occuper son emploi, continue à percevoir la
rémunération correspondante, mais exerce des fonctions hors du service où
il a vocation à servir, n’est pas pertinent en matière de valorisation, ce
dispositif ne permettant pas d’exercer une activité dans le secteur privé,
hors mission de service public.
Des dispositifs ont été très tôt développés pour compléter ces
possibilités de droit commun et faciliter spécifiquement la mobilité des
chercheurs et enseignants-chercheurs. Dès 1983155, les fonctionnaires des
EPST ont pu bénéficier d’un élargissement des conditions de la mise à
disposition, leur permettant d’exercer dans des entreprises concourant à
l’un des objectifs fixés par l’article 14 de la loi n° 82-610 du 15 juillet 1982
d’orientation et de programmation pour la recherche et le développement
technologique de la France (dite loi Chevènement), où figure la
valorisation de la recherche publique. Le statut des enseignants-chercheurs
a introduit les mêmes facilités en 1984, à travers le dispositif de la
délégation156, qui désigne cette forme de mise à disposition élargie. La
délégation, comme la mise à disposition élargie des chercheurs, doit donner
lieu à une compensation financière versée à l’organisme employeur ; celle-
ci doit être versée au-delà d’un délai de six mois pour la mise à disposition
des chercheurs, et au-delà d'un an pour la délégation des enseignants-

152 Art. 14 du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de


certaines positions des fonctionnaires de l'État, à la mise à disposition, à l'intégration et
à la cessation définitive de fonctions.
153 Art. 51 de la loi n° 84-16 précitée.
154 Art. 41 de la loi n° 84-16 précitée.
155 Art. 244 et 245 du décret n° 83-1260 du 30 décembre 1983 fixant les dispositions

statutaires communes aux corps de fonctionnaires des établissements publics


scientifiques et technologiques.
156 Art. 11 et suivants du décret n° 84-431 du 6 juin 1984 fixant les dispositions

statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut


particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de
conférences.

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172 COUR DES COMPTES

chercheurs, sauf si le conseil d'administration de l'établissement d'origine


décide d'en dispenser totalement ou partiellement l'entreprise après
l'expiration de ce délai.
Jugés insuffisants, ces dispositifs ont été complétés dans la loi
n° 99-587 du 12 juillet 1999 sur l'innovation et la recherche, dite loi
Allègre. Par son art. 1, celle-ci a introduit de nouveaux articles dans la loi
de 1982 correspondant à des dispositifs dérogatoires beaucoup plus ciblés
que les possibilités existant antérieurement : création d’entreprise pour
valoriser ses travaux de recherche (art. 25-1, codifié dans les art. L. 531-1
à L 531-7 du code de la recherche), concours scientifique apporté à une
entreprise (art. 25-2, L. 531-8 à L. 531-11), participation à un conseil
d'administration ou à un conseil de surveillance (art. 25-3, L 531-12 à
L. 531-14). Ces nouvelles possibilités offertes aux agents prenaient place
au sein d’un ensemble de mesures visant à stimuler la valorisation au sein
des organismes de recherche et d’établissement supérieur.
Mobilité et déontologie
Dans sa formation compétente pour l’ensemble des agents publics,
la Commission de déontologie de la fonction publique est chargée de donner
un avis sur les déclarations des agents qui quittent le secteur public pour
exercer une activité privée lucrative, ainsi que sur les cas de cumul pour
création ou reprise d’entreprise, ou pour poursuite d’activité en qualité de
dirigeant d’entreprise.
Dans sa formation compétente pour les dispositions du code de la
recherche, la Commission est chargée de donner son avis sur les
autorisations demandées par les personnels de la recherche en application
des articles L. 531-1, L. 531-8 et L. 531-12 du code de la recherche. Cet avis
obligatoire doit être donné dans un délai de deux mois. Il s’appuie sur la
vérification de trois critères d’autorisation :
- conformité de la demande au champ d’application de la loi, en particulier
existence d’un contrat ou d’un projet de contrat de valorisation ;
- absence de conflit d’intérêt (contrôle pénal) ;
- non-applicabilité des motifs limitativement énumérés par la loi : préjudice
au fonctionnement normal du service public, atteinte à la dignité des
fonctions précédentes de l’agent, risque de compromettre ou de mettre en
cause l’indépendance ou la neutralité du service et la mission d’expertise
exercée par le service auprès des pouvoirs publics, atteinte aux intérêts
matériels et moraux du service public de la recherche. Ce dernier motif
conduit à vérifier que les clauses du contrat de valorisation sont
satisfaisantes en termes de contreparties financières et de propriété
intellectuelle.

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ANNEXES 173

Annexe n° 11 : contexte historique et doctrinal


des politiques et problématiques du transfert
et de la valorisation des résultats
de la recherche publique
Cette annexe vise à resituer le présent rapport dans la perspective
plus large du contexte historique et doctrinal du transfert de technologies
et de la valorisation de la recherche publique. Elle a été établie par la Cour
après une série d’entretiens avec des représentants de l’administration, des
experts et des entreprises. Elle se fonde également sur des rapports français
et étrangers portant sur ce thème157.
Évolution des doctrines et des politiques de valorisation
de la recherche publique depuis la période d’après-guerre
Des années 1950 à 1980, la domination de la doctrine dite
« linéaire »
Selon cette doctrine, la valorisation est l’avant-dernière phase d’un
processus qui débute dans la recherche fondamentale, pour passer à la
recherche appliquée puis à la production, ce qui suppose que les connaissances
scientifiques sont transférées par phases successives. Les entreprises (le
marché) vont naturellement s’intéresser aux dernières phases pour produire des
offres nouvelles. Parallèlement les travaux de J.A. Schumpeter montraient,
dans un premier temps, que les petites entreprises sont la source principale de
l’innovation puis dans un deuxième, suggéraient qu’innovation et monopole
ont une relation positive et que les grandes entreprises sont,
proportionnellement, plus innovantes que les petites.
C’est de cette époque que date le premier manuel de Frascati (1963),
catégorisant trois phases de la recherche vers l’industrie et largement utilisé
pour déterminer, par exemple, les intensités admissibles d’aide d’État à la
R&D : la recherche fondamentale (basic research), qui recherche la
connaissance sans objectif a priori d’utilisation future ; la recherche
appliquée (industrial research ou applied research selon les époques), dont
le but est aussi d’acquérir de nouvelles connaissances mais avec un objet
initial spécifique et pratique ; et le développement expérimental
(experimental development), destiné à produire de nouveaux matériaux,
outils, processus, systèmes, services ou à considérablement améliorer ceux
existants.

157 La liste de ces rapports est détaillée à la fin de la présente annexe.

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174 COUR DES COMPTES

L’optique linéaire assortie des thèses de Schumpeter et autres


économistes classiques, a conduit les États, depuis 1945, d’une part à
investir dans la recherche fondamentale et technologique pour qu’in fine
les grandes entreprises la valorisent techniquement et commercialement, et
d’autre part, à soutenir directement leur industrie pour former de grands
groupes.
En France, les IVème (1962-1965) et Vème plans (1966-1970) sont
axés sur la recherche fondamentale, les grands projets et la constitution de
groupes industriels. De nombreuses procédures d’aides à la recherche et à
l’innovation industrielle sont peu à peu mises en place, gérées de manière
séparée par les administrations et organismes. Trois institutions sont alors
chargées de la coordination du secteur de la recherche : le Comité
interministériel de la recherche, scientifique et technique (CIRST) en 1958,
le Comité consultatif à la recherche scientifique et technique (CCRST) la
même année et la Délégation générale à la recherche scientifique et
technique (DGRST), en 1961. Le CNRS est réformé, le CEA et l’INRA se
constituent respectivement en 1945 et 1946. Les VIème et VIIème plans
(1971-1980) s’orientent vers plus d’applications de la recherche dans les
secteurs industriels.
Cela étant, dès la fin des années 1960, des doutes ont surgi sur la
réalité des retombées économiques « naturelles » et sur le type
d’entreprises qui innove le plus. Afin d’encourager les coopérations
public/privé et le transfert de technologies, des instruments spécifiques
sont créés dès cette époque, notamment le Fonds de la recherche
technologique (FRT) et l’agence nationale de valorisation de la recherche
(ANVAR). Le FRT, créé en 1959 subsiste, sous des noms changeants (le
dernier est, en 1999, « Fonds de la recherche technologique »), jusqu’à la
création de l’ANR en 2005. Il gère des financements également évolutifs
(aide et pré-aide au développement, grands programmes de recherche
industriels, partie française d’initiatives européennes comme Eurêka…),
finance des projets de recherche en amont où collaborent des structures
publiques et des entreprises. Ces dernières peuvent être éligibles comme
pilotes ou comme co-contractants. L’ANVAR, inspirée de modèles
étrangers, a notamment pour ambition d’être un « guichet unique » auprès
des organismes publics de recherche, afin de favoriser le transfert et
l’utilisation industrielle des brevets, au-delà d’une simple conception
défensive de ces derniers. Elle s’oriente ensuite vers des missions
complémentaires, notamment les aides à l’innovation dans les entreprises.

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ANNEXES 175

Depuis les années 1980, une évolution des approches et de la doctrine


Une approche systémique et interactive de l’innovation émerge dès
la fin des années 1970, mettant l’accent sur les interactions nécessaires
d’une multitude d’acteurs agissant en environnement de rationalité limitée.
L’innovation est, dans cette conception, un processus particulièrement
complexe, marqué par des phénomènes mixtes de coopération et de
concurrence, ainsi que par des avancées et retours en arrière, nécessaires à
la levée des verrous technologiques qu’implique le processus qui part de
l’invention conceptuelle, pour aboutir à la mise au point d’un produit ou
procédé innovant. Cette doctrine met l’accent sur l’importance des
phénomènes de réseaux, que forme et dans lesquels s’inscrit avec plus ou
moins de succès toute organisation porteuse d’innovation.
Les théories institutionnelles, dans les années 1980, insistent quant
à elles sur la dimension territoriale de l’innovation et soutiennent l’idée de
constituer de véritables écosystèmes d’innovation, autours de clusters (de
la « vallée du silicone » aux plus récents pôles de compétitivité).
En même temps que les théories liées au systémique et au
transversal, le développement des recherches en management des
connaissances conduit à mettre en lumière le facteur humain individuel
dans les transferts de connaissances entre les secteurs public et privé, dont
une des formes est la mobilité des chercheurs vers les entreprises,
l’importance de la médiation entre science et société étant particulièrement
soulignée comme facteur de diffusion des connaissances, elle-même
condition du transfert de technologies.
Une préoccupation croissante de protection et de rentabilité
économique domestique de la propriété intellectuelle d’origine publique
La mondialisation des échanges entraîne des politiques de sécurité
économique qui se traduisent, notamment, par une volonté de protection et
de rentabilité domestique de l’exploitation de la PI d’origine publique,
produite sur un territoire donné. Est ainsi adoptée aux États-Unis, dès 1980,
la loi sur les brevets et marques commerciales158, destinée à favoriser la
fabrication d’un produit issu de l’exploitation d’une invention publique,

158 Patent and Trademark Law Amendments Act, dit Bayh-Dole Act du 12 décembre
1980, permettant aux établissements de recherche publique de conserver la propriété
des inventions développées grâce aux financements fédéraux aux conditions suivantes :
faire une demande de brevet pour les inventions qu’ils choisissent de posséder ; préférer
les petites et moyennes entreprises pour l’exploitation des licences ; laisser au
gouvernement fédéral une licence non-exclusive pour utiliser l’invention aux
États-Unis et à travers le monde. Le gouvernement conserve « un droit de retrait » si la
technologie n’est pas correctement utilisée.

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176 COUR DES COMPTES

prioritairement sur le sol américain et, à défaut, à garantir la préservation


des intérêts technologiques et scientifiques nationaux. La Chine, en 2007,
ou la France, en 2013, se dotent de lois inspirées par les mêmes
préoccupations, avec une démarche plus ou moins incitative.
Au niveau européen, l’émergence d’une préoccupation d’innovation
favorisée par les coopérations transnationales et interentreprises conduisent
à adopter des réglementations plus accommodantes à l’endroit des aides
d’État à la R&D et l’innovation avec, notamment, l’adoption en 2014 d’un
nouveau régime d’exemption relevant les seuils et intensités d’aides
admissibles. De même, les fonds européens d’aides à la R&D, au sein du
programme cadre pluriannuel en faveur de la recherche et du
développement technologique (PCRD) favorisent, pour la constitution de
consortia éligibles aux financements, notamment dans le cadre du huitième
programme en cours159, les coopérations public/privé et les degrés de
maturité technologiques plus élevés.
Les politiques et initiatives françaises des années 1980-2013
(hors PIA)
Les années 1980 voient la mise en place d’instruments encore au
cœur du soutien public à la valorisation
La prévalence du modèle linéaire en France pendant les années
1980, a retardé la mise en place de mesures de soutien aux écosystèmes,
alors en vogue dans les pays occidentaux. Cela étant, nombre d’instruments
encore au cœur du soutien public à la valorisation de la recherche publique
et depuis renforcés, sont mis en place au début des années 1980 : crédit
d’impôt en faveur de la recherche (CIR) par la loi de finances pour 1983,
création des conventions industrielles de formation par la recherche
(CIFRE) en 1981, création des premiers incubateurs (Sophia-Antipolis) et
pépinières d’entreprises (pôles d'innovation de l'artisanat en 1991, centres
relais innovation (CRI) en 1995). Une forme de régionalisation de la
politique de transfert s’esquisse également, dans un contexte de
décentralisation politique : les directions régionales de l'industrie, de la
recherche et de l’environnement (DRIRE) ou le Fonds régional d'aide au
transfert de technologies (FRATT) voient le jour à partir de 1983, tandis
que les premières initiatives des collectivités territoriales se sédimentent.
Les grands projets innovants (GPI) du ministère chargé de la recherche sont
enfin lancés en 1989, dans une logique interministérielle destinée à
promouvoir l’offre de technologies auprès des entreprises.

159 Dit « Horizon 2020 », sur la période 2014-2020.

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ANNEXES 177

Années 1990 : de la réforme de l’ANVAR aux assises de l’innovation


La première moitié de la décennie est marquée par la réorientation
de l’ANVAR sur le financement du transfert de technologies, par soutien
direct aux PME et par le financement de sociétés de recherche sous contrat
(SRC), en abondant à parité des cofinancements privés. En 1999, l’agence
propose à ses tutelles de se spécialiser sur le conseil et le capital-risque. En
parallèle, elle est à l’origine de la création de la société France Innovation
Scientifique et Transfert (FIST), codétenue avec le CNRS.
La fin de la décennie est surtout marquée par une réflexion
d’envergure sur l’efficacité du dispositif français en faveur du
développement technologique. Une mission d’évaluation de l’ancien
président de l’ANVAR constate ainsi, déjà, le décalage entre l’excellence
de la recherche française et son statut de pays suiveur en terme
d’innovation, ainsi que la redondance et la complexité des instruments
incitatifs. Sur cette base, des assises de l’innovation se tiennent en mai
1998 et la loi dite « Allègre »160 est promulguée un an plus tard. Elle permet
aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche de se doter
de services d’activités industrielles et commerciales (SAIC) et de créer des
incubateurs
Une troisième vague de réforme, au milieu de la décennie 2000,
tente de simplifier le paysage des aides publiques à l’innovation et de tenir
compte des problématiques d’écosystèmes
La création des pôles de compétitivité signe la prise en compte de
l’approche systémique de la valorisation par les pouvoirs publics, devant
l’émergence croissante des technopôles et clusters d’innovation. Par
ailleurs, une nouvelle inflexion est apportée à l’ANVAR, fusionnée avec la
banque de développement des PME au sein du groupe OSEO la même
année, actant l’orientation majoritaire de cette structure nouvelle vers
l’activité bancaire et la recherche d’un retour financier. Dans un rapport
rédigé à la demande de la commission des finances du Sénat161, la Cour
notait alors la variété des dispositifs d’aides opérés par l’ANVAR,
l’évolution de leur dotation tenant plus à des impératifs budgétaires qu'à
une évaluation de leur efficacité et, tout en notant qu'une telle variété
permet de s'adapter aux différents besoins des entreprises, s’interrogeait
quant au risque de dilution de l'action de l'agence.

160Loi n° 99-587 du 12 juillet 1999 sur l'innovation et la recherche.


161Cour des comptes, Le fonctionnement de l’ANVAR, acteur important de l’innovation
dans les PME, et sa transformation en OSEO ANVAR, communication à la commission
des finances du Sénat, octobre 2006.

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178 COUR DES COMPTES

La décennie est surtout marquée par loi de programme n° 2006-450


du 18 avril 2006 pour la recherche, qui contribue à rationaliser la dispersion
des dispositifs existants, en créant le Fonds unique interministériel (FUI)
et l’agence nationale de la recherche (ANR) substituée aux dispositifs
ministériels préexistants de financement incitatif, le fonds national pour la
science (FNS) et le fonds pour la recherche technologique (FRT).
Parallèlement, un programme de mutualisation du transfert de technologies
et de la maturation de projets innovants est lancé par le ministère chargé de
la recherche et l’ANR, donnant naissance à 14 dispositifs mutualisés de
transfert de technologies (DMTT)162 au sein des universités, sélectionnés
sur appel à projets et financés pour un montant annuel total de l’ordre de
4 M€. Sur les 14 DMTT créés, 7 sont devenus des services de valorisation
de pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) et 2 étaient en
passe de le devenir en 2010, quand sont lancés les appels à projets du PIA
pour la constitution des SATT. Dans un bilan daté de 2010, la DGRI
estimait que ces « structures mutualisées de valorisation sont venues
renforcer les services de valorisation déjà existants afin d’accroître la
visibilité de l’innovation académique et d’en favoriser le transfert en
direction des entreprises au bénéfice de la société. Elles assurent le relais
entre les laboratoires de recherche et le monde socio-économique ».
La formalisation du nouveau cadre stratégique, par la loi
n° 2013-660 du 22 juillet 2013 relative à l'enseignement supérieur et à la
recherche
Les évolutions de doctrine progressivement intégrées depuis une
vingtaine d’années, trouvent une expression et une consolidation dans la
loi de juillet 2013 précitée, qui met en place une stratégie nationale de la
recherche révisée tous les cinq ans, crée les pôles étudiants pour
l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat (PEPITE), précise le contenu
de la mission de valorisation des organismes publics et instaure l’obligation
d’un mandataire unique pour la gestion de la propriété intellectuelle.

162AQUITAINE VALO GRAVIT (Grenoble), AUVERGNE VALO, LILLE NORD


DE FRANCE VALO, BRETAGNE VALO, LYON SCIENCE TRANSFERT, CERES
(Lorraine), PARINOV, CONECTUS (Alsace), SYNERJINOV (Bourgogne),
DIGITEO (Saclay), TOULOUSE VALORISATION, FRANCHE-COMTE
MATURATION et VALOR PACA.

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ANNEXES 179

La loi introduit également, à l’instar du Bayh Dole Act américain, la


notion d’utilité des résultats de la science pour le territoire domestique163.

Quelques facteurs identifiés comme conditions d’une bonne


valorisation

L’efficacité des dispositifs de soutien à la valorisation ne peut


s’apprécier que sur plusieurs décennies, ainsi qu’en témoigne l’analyse de
la réussite de l’écosystème constitué en Californie dans la région de Palo
Alto (Silicon Valley) qui s’appuie sur des investisseurs en capital-risque,
une tradition ancienne d’étroite collaboration entre l’industrie de San
Francisco et la recherche universitaire, une stratégie des pouvoirs publics
fédéraux et territoriaux d’investissement en capital matériel et immatériel
et une confiance continue entre ces divers intervenants. On peut également
relever aux États-Unis le lent déploiement des effets du Bayh Dole Act,
l’allongement de la durée des PCRD de l’Union européenne, portée à sept
ans depuis le programme lancé en 2007, ou encore le constat de la Cour
selon lequel les SATT les plus performantes sont celles qui s’appuient sur
un DMTT antérieur.
La capacité d’absorption des résultats de la recherche publique par
le secteur privé constitue un deuxième facteur fondamental de réussite des
politiques de valorisation. Une insuffisante capacité d’absorption peut, en
effet, représenter un obstacle au transfert de connaissances aussi important
que la qualité de la recherche et de sa valorisation. Ainsi la France (comme
l’Union européenne) exporte-t-elle plus de droits de PI qu’elle n’en
importe. Cette différence montre que son tissu industriel n’a pas les
capacités d’absorber l’ensemble de la production intellectuelle nationale et
transformer les résultats de la recherche en innovation de marché. Cet enjeu
est rendu particulièrement fort avec le développement des industries du
numérique, de l’intelligence artificielle, de l’exploitation des données, de
la robotique, des biotechnologies, tous domaines où la France dispose
d’une recherche de très haut niveau et d’une exploitation industrielle
encore faible.

163En prévoyant, en son article 97 modifiant l’article L. 329-7 du code de la recherche,


que les organismes publics de recherche valorisent leurs inventions protégées
prioritairement « auprès d’entreprises qui prévoient une exploitation de l'invention au
moins en partie sous la forme d'une production industrielle ou de la création de
services, de préférence sur le territoire de l'Union européenne et, parmi ces entreprises,
de préférence auprès des petites et moyennes entreprises et industries et des entreprises
de taille intermédiaire ».

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180 COUR DES COMPTES

Peuvent également être mentionnés :


- la qualité des services de transfert de technologie (qui est corrélée en
partie à leur taille et à l’ancienneté de leur expérience), susceptible
d’expliquer certaines des différences de résultats observées entre la
France et d’autres pays plus dynamiques en terme de valorisation
économique des résultats de leur recherche publique ;
- et l’importance du franchissement des barrières institutionnelles et
humaines entre secteurs public et privé, de manière notamment à
encourager les personnels académiques à consacrer du temps au
transfert de connaissances vers les entreprises. À cet égard, un point
d’équilibre est nécessaire à trouver dans les politiques d’incitation
suivies, de manière à éviter la survenue de certains effets pervers
identifiés aux États-Unis, avec plus de recul historique sur l’incitation
à la valorisation économique de la recherche au sein des universités :
baisse de la qualité des brevets au profit de leur quantité, effet
d’éviction au détriment de la recherche fondamentale et fuite de
certains chercheurs publics vers l’industrie.

Quelques pistes d’évolution des modèles d’analyse stratégique


pour les politiques de valorisation en Europe

Le modèle linéaire de valorisation semble de plus en plus constituer


un cadre d’analyse obsolète, ainsi qu’en témoignent les réflexions
conduites au niveau européen. L’approche traditionnelle fondée sur une
aide publique à la R&D est jugée d’autant moins admissible qu’on
s’approche du marché et des phases de développement expérimental, y
semble être de plus en plus remise en question. Cette approche dégressive
s’analyse en effet comme un facteur des difficultés particulières que
rencontrent les entreprises européennes et françaises, pour traverser la
période critique, dite « vallée de la mort », située entre un résultat
scientifique et la construction d’un premier modèle économique. Cela
laisse ainsi ouvertes les réflexions sur les perspectives d’un financement
égal des dernières phases de maturité technologique, phases où chute une
majorité des start-ups dépourvues de soutien financier institutionnel.
Le développement de l’économie immatérielle et de la connaissance
amène également les réflexions sur la valorisation à considérer, de manière
plus générale, que ses finalités pourraient dépasser la seule production de
ressources financières additionnelles pour les laboratoires publics. À cet
égard, la capacité de diffusion de la connaissance et de création de milieux
« scientophiles », l’existence d’écosystèmes attractifs, voire
l’accumulation de propriété intellectuelle même encore non exploitée,
pourraient être considérées comme de la richesse immatérielle issue de la

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ANNEXES 181

recherche scientifique publique. On constate, par ailleurs, la montée en


puissance d’autre types de valorisation que par la propriété intellectuelle.
La valorisation passe ainsi également par les normes et standards, le cas
échéant couplés avec des titres de propriété industrielle, mais aussi, dans
un contexte d’innovation de plus en plus ouverte et de montée de
l’intelligence artificielle, par la licence de savoir-faire technique secret,
particulièrement adaptée aux contraintes temporelles du secteur
numérique. Dans ces conditions, l’enjeu pourrait être, au moins autant de
passer par la protection juridique d’une invention, que de construire et
maintenir des positions de référence et d’expertise, permettant d’être en
situation dominante dans les applications industrielles de briques
logicielles de plus en plus souvent gratuites.
Sources documentaires :
- L'Agence nationale de valorisation de la recherche (ANVAR) : une
gestion à l'envers, Blin Maurice, Rapport d'information n° 220
(2006-2007) fait au nom de la Commission des Finances, du contrôle
budgétaire et des comptes économiques de la Nation, Sénat.
- Communication de la Cour des comptes sur l’ANVAR à la
Commission des Finances du Sénat, article 58-2° de la loi organique
du 1er août 2001 relative aux lois de finances article L. 132-4 du code
des juridictions financières, octobre 2006.
- The Economic Impact of Licensed Commercialized Inventions
Originating in University Research, 1996-2007, Final Report to the
Biotechnology Industry Organization, September 3, 2009.
- Les marchés de brevets dans l’économie de la connaissance, Rapport
de Dominique Guellec, Thierry Madiès et Jean-Claude Prager,
Conseil d’Analyse économique, 2010.
- L'évolution des politiques du soutien l'innovation dans les PME en
France : le cas de l'Anvar, CNAM, École doctorale, Doctorat en
sciences économiques, Zeting LIU, thèse soutenue le 18 octobre 2011.
- Formes de l'agir stratégique et la théorie des parties prenantes, Maria
Bonnafous, 2007 et 2014.
- Examens de l’OCDE des politiques d’innovation – France 2014
(ch. V, les transferts entre la recherche publique et les entreprises).
- Les relations entre les entreprises et la recherche publique, Rapport
conjoint du MESR et du MEIN - Octobre 2015.

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182 COUR DES COMPTES

- Transfert et valorisation dans le PIA, quelques éléments de


comparaison – Rapport au CGI – Bruno Rostand –
Juillet–octobre 2016.
- Proposition d’un cadre conceptuel et méthodologique pour
l’évaluation de la performance des sociétés d’accélération de
transfert de technologie (SATT), B. DREVETON, O. COUSSI,
R. JARDAT & J. MERIC - Actes du 5ème congrès de l’AIRMAP,
Poitiers, 2-3 juin 2016.
- Synthèse du rapport Stratégie France I.A., pour le développement des
technologies d'intelligence artificielle, Une stratégie pour la France en
matière d’intelligence artificielle, 22 mars 2017, issu de 17 groupes de
travail réunis par le Gouvernement (MESR, ministère de l’Économie).
- Rapport du 30 novembre 2015 sur les aides d’État en UE et au dehors
en matière de recherche et d’innovation, rendu à la Commission
européenne par Bird & Bird le 30 novembre 2015, publié par la
Commission le 9 avril 2017.

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Réponses des administrations et des
organismes concernés

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Sommaire

Réponse du Premier ministre .................................................................. 189


Réponse du directeur général de la Caisse des dépôts et consignations . 191
Réponse du président directeur général de l’Agence nationale de la
recherche (ANR)..................................................................................... 194
Réponse commune du directeur général de l’Institut national de recherche
agronomique (INRA) et du président du Consortium de valorisation
thématique (CVT) AllEnvi ..................................................................... 195
Réponse du président directeur général de l’Institut national de la santé et
de la recherche médicale (INSERM) ...................................................... 197
Réponse du président directeur général de Bpifrance ............................. 202
Réponse du président de la conférence des présidents d’université........ 204
Réponse du président du comité de coordination du Consortium de
valorisation thématique (CVT) de l’alliance nationale de coordination de
la recherche pour l’énergie (Ancre) ........................................................ 206
Réponse du directeur exécutif du Consortium de valorisation thématique
(CVT) Athéna ......................................................................................... 209
Réponse du président du comité de pilotage du Consortium de valorisation
thématique (CVT) Valorisation sud ........................................................ 213
Réponse du président et du vice-président de l’association French
institutes technology (FIT) ..................................................................... 214
Réponse de la présidente de la Société d’accélération du transfert de
technologies (SATT) Aquitaine science transfert ................................... 216
Réponse du président de la Société d’accélération du transfert de
technologies (SATT) AXLR................................................................... 221
Réponse du président de la Société d’accélération du transfert de
technologies (SATT) Grand Centre ........................................................ 225
Réponse du président de la Société d’accélération du transfert de
technologies (SATT) Ouest valorisation ................................................ 227

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186 COUR DES COMPTES

Destinataires n’ayant pas d’observations

Administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA)


Président et directeur général de l’Institut de recherche technologique (IRT)
B-COM
Président et directeur généal de l’Institut de recherche technologique (IRT)
M2P
Directeur général de l’Institut de recherche technologique (IRT) NanoElec
Président et directeur général de l’Institut de recherche technologique (IRT)
SystemX
Président et directeur général de l’Institut de recherche technologique (IRT)
Railenium
Président et directeur général de l’Institut de recherche technologique (IRT)
Jules Verne
Président de la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT)
Linksium
Président de la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT)
Nord
Présidente de la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT)
Pulsalys
Président de la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT)
Sud-Est

Destinataires n’ayant pas répondu


Déléguée générale de l’Association nationale de la recherche et de la
technologie (ANRT)
Président directeur général du Centre national de la recherche scientifique
(CNRS)
Président directeur général de l’Institut de recherche pour le développement
(IRD)
Président directeur général de l’Institut national de recherche en
informatique et en automatique (INRIA)
Président et directeur général de France Brevets

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 187

Directeur exécutif du Consortium de valorisation thématique (CVT) Allenvi


Directeur du Consortium de valorisation thématique (CVT) Aviesan
Président et directeur général de l’Institut de recherche technologique (IRT)
BioAster
Président et directeur général de l’Institut de recherche technologique (IRT)
Antoine de Saint-Exupéry
Président de la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT)
Conectus
Présidente de la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT)
Grand Est
Présidente de la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT)
Île-de-France Innov
Présidente de la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT)
Lutech
Président de la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT)
Paris-Saclay
Président de la Société d’accélération du transfert de technologies (SATT)
Toulouse Tech Transfert

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RÉPONSE DU PREMIER MINISTRE

Après avoir procédé à une enquête sur les outils du PIA consacrés
à la valorisation de la recherche, la Cour a établi un rapport public
thématique que vous m’avez transmis le 7 février dernier.
Celui-ci appelle de ma part les remarques suivantes.
Je partage l’essentiel des observations de la Cour et souscris à la
plupart des recommandations, dont certaines ont été anticipées et d’autres
pourraient être mises en œuvre sous certaines réserves.
S’il est indiscutable que les résultats de ces outils sont inégaux et
apparaissent en retrait par rapport à l’objectif initial d’arrêt des
financements publics à l’horizon 2020, il me semble excessif toutefois de
les considérer comme décevants.
Leur démarrage a, pour certains, pu être retardé en raison d’une
sous-estimation par les porteurs de projet des délais entre leur conception
et leur mise en œuvre opérationnelle. Cela concerne, en particulier, le
temps nécessaire pour que les différentes parties prenantes partagent le
même niveau d’ambition, et que les différents niveaux hiérarchiques
intervenant dans les processus de décision s’approprient pleinement ces
outils. Cette analyse vaut également pour les services de l’État.
Pour autant, les outils dédiés à la valorisation soutenus par le PIA
sont, pour l’essentiel d’entre eux, sortis d’une période de démarrage dite
« probatoire » et ont montré des premiers signes de consolidation dès
2017.
Comme le souligne la Cour, les performances en matière de
valorisation et de transfert de technologies se mesurent dans la durée. Une
politique efficace doit s’inscrire dans une temporalité longue, en donnant
aux acteurs industriels et académiques des signes positifs quant à la
continuité de l’action publique, ce qui nécessite la mobilisation de moyens
adéquats pour réaliser des investissements conséquents. Il me semble donc
indispensable de poursuivre cette action dont les effets de transformation
tant pour les écosystèmes, les laboratoires publics ou privés que pour les
chercheurs sont déjà perceptibles.
Une stabilisation du paysage des outils de la valorisation de la
recherche est attendue par l’ensemble des acteurs. À tous les échelons, la
prise en considération des enjeux de la valorisation est devenue plus forte
ce qui s’avère favorable à la réussite de la conduite du changement
engagé. Ce contexte appelle à une grande prudence dans les éventuels

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190 COUR DES COMPTES

réajustements afin de ne pas nuire à la dynamique constatée, ni aux


retombées socioéconomiques attendues.
Cependant, il me paraît souhaitable que certaines améliorations
soient apportées, notamment au travers d’une meilleure maîtrise des
charges de fonctionnement des structures concernées.
S’agissant de la société d’accélération du transfert de technologies
SATT Grand Centre, il me paraît utile de vous signaler que des évolutions
rejoignant la recommandation de la Cour seront prochainement engagées.
En outre, en 2018, toutes les SATT des vagues A et B seront évaluées au
regard de leur capacité à renforcer l’efficacité du transfert des résultats
de la recherche au monde économique. En fonction de leurs performances
il conviendra d’ajuster les moyens investis en prenant en compte leurs
potentiels de maturation et les résultats constatés, voire d’en supprimer
certaines.
En parallèle, les conditions de viabilité de leur modèle économique
à l’échéance du PIA devront être précisées dans le cadre d’une réflexion
interministérielle. L’étude de modalités de financement des SATT sera
donc inscrite à l’agenda des travaux du Comité de gestion des SATT dès
2018 afin de permettre à l’État et aux opérateurs de préparer l’extinction
progressive des crédits du PIA et les alternatives à mettre en place pour
les SATT qui n’ont pas démontré leur adéquation au modèle initial.
Pour les huit instituts de recherche technologique (IRT), tous
aujourd’hui sortis de la période probatoire, il convient de ne pas préjuger,
à ce stade, du niveau de mobilisation des moyens supplémentaires apportés
par la prolongation de 2020 à 2025 de la production d’intérêts par la
dotation non consommable (DNC). Les IRT seront évalués en 2019 par un
cabinet indépendant et par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche
et de l’enseignement supérieur (HCERES), spécifiquement sur les aspects
scientifiques et technologiques.
En fonction de ces évaluations, de la capacité des IRT à renforcer
les liens avec la recherche publique et des engagements de leurs
partenaires industriels et privés, je déciderai du soutien financier que
l’État leur apportera, au cas par cas, en mobilisant éventuellement des
financements supplémentaires liés à la prolongation des DNC. Par
ailleurs, comme le suggère la Cour, il sera mis fin à l’obligation de
reversement partiel des remboursements sur mises à disposition de
personnel académique afin de renforcer l’attractivité des IRT dans le cadre
des engagements contractuels de chacun.

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 191

Enfin, l’amélioration des conditions d’exploitation de la propriété


intellectuelle fera l’objet d’une analyse dans le cadre des travaux des IRT
dans les mois à venir.
Concernant France Brevets, des décisions rectificatives seront
prises, dès 2019 et si besoin, au regard de la conformité de la trajectoire
avec le PMLT 2017-2026 et de l’évaluation qui sera faite du dispositif.
L’adossement à un opérateur de l’État non dédié, comme Bpifrance, ne
semble pas, à ce stade, devoir être retenu afin d’éviter une gouvernance
trop complexe.
Je souligne également que chaque consortium de valorisation
thématique (CVT) sera dorénavant évalué chaque année et il n’est pas
exclu d’interrompre, dès 2018, le financement des consortiums les moins
performants.
Les recommandations 8, 9 et 10 n’appellent pas de commentaires
particuliers de ma part. Enfin, le renforcement qualitatif des conventions
industrielles de formation par la recherche (CIFRE) sera engagé,
notamment par leur diversification sans préjuger d’une évolution
budgétaire à ce stade.
La politique du Gouvernement en matière d’innovation est
ambitieuse. Elle s’inscrit dans la continuité de l’action de l’État depuis
plusieurs décennies tant elle nécessite de profondes évolutions
structurelles et culturelles. Des résultats positifs sont déjà enregistrés en
raison de la mobilisation tant de la recherche publique que privée.

RÉPONSE DU DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA CAISSE


DES DÉPÔTS ET CONSIGNATIONS

Ce document appelle de ma part les principaux commentaires


ci-dessous.
1 - Concernant les Sociétés d’Accélération de Transfert de
Technologies (« SATT »), il s’agit de l’une des actions les plus complexes
menées par le PIA dont la difficulté, identifiée dès l’origine au regard de
la diversité des situations des structures préexistantes en charge de
valorisation, et le niveau élevé de l’ambition initiale, ont conduit l’État à
mobiliser les compétences de la Caisse des Dépôts en appui de ce
programme dont l’ANR est l’opérateur. C’est à ce titre que la Caisse des
Dépôts est actionnaire de ces sociétés pour le compte de l’État.

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192 COUR DES COMPTES

Le constat de leur forte diversité d’un point de vue économique et


structurel dressé par la Cour doit aller de pair avec une analyse précise
de leur situation au regard des facteurs clé de réussite que constituent
notamment leur insertion dans leur écosystème local d’innovation, la
création de liens de confiance dans la durée à l’égard des chercheurs
travaillant dans leur périmètre d’intervention ou la gestion des risques liés
aux transferts des technologies.
Le rapport souligne ainsi à juste titre les spécificités de chaque
SATT qui démontrent une certaine souplesse dans le modèle de « guichet
unique ».
Ainsi, certains établissements publics de recherche actionnaires ont
été plus audacieux que d’autres dans l’adaptation de leur filiale à leur
propre stratégie de valorisation (Conectus, Linksium par exemple).
De même, les retards généralisés et d’ampleur plus ou moins
importante des SATT dans la réalisation de leurs plans d’affaires initiaux,
tels que signalés dans le rapport, trouvent des explications souvent de
natures différentes selon les structures. Certaines mériteraient une étude
spécifique plus poussée pour mettre en valeur des éléments d’explication
tangibles. Ce travail devrait idéalement être effectué en vue de la clause
de rendez-vous en 2018 préconisée par la Cour.
Hormis la SATT Grand Centre pour laquelle des solutions
structurelles sont à l’étude, je partage la prudence de la Cour qui ne dresse
pas un bilan global des SATT qui serait prématuré compte tenu des cycles
longs de retour sur investissements inhérents aux activités de licensing et
de gestion d’un portefeuille de participations dans des start-ups.
Concernant le développement de la SATT Paris Saclay, il nous
semble globalement en ligne avec ses projections initiales. Cette SATT a
réussi le pari de la confiance avec ses chercheurs et les entités
d’enseignement et de recherche du plateau, sans doute catalysé par le
caractère non exclusif de ses liens avec les laboratoires comme le
remarque la Cour.
Les difficultés rencontrées par ces entités pour relever le pari initial
assigné par le PIA rendent d’autant plus important le rôle de la Caisse des
Dépôts dans l’exercice de son mandat confié par l’État, au sein des
organes de gouvernance des SATT (Conseil d’administration, assemblée
générale) et nationaux (Comité de pilotage FNV et Comité de gestion). La
Caisse des Dépôts déploie ainsi ses meilleurs efforts pour harmoniser les
pratiques entre les SATT, qu’elles soient comptables, opérationnelles,
juridiques, financières (avec la gestion des portefeuilles de participation
des start-ups) d’une part ou qu’elles concernent l’important sujet de

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 193

l’intéressement au bénéfice des chercheurs d’autre part. La Caisse des


Dépôts s’emploie également à mutualiser au niveau des SATT certaines
activités supports dans une logique de performance et de réduction de
coûts. La création du réseau des SATT et le soutien financier que lui
apporte la Caisse des Dépôts sont cohérents avec cette logique.
2 – Pour ce qui concerne France Brevets, je partage l’avis de la
Cour sur la complexité de son modèle économique et sur le temps
nécessairement long pour émettre un jugement pertinent sur cette action
du PIA. En effet, les missions de France Brevets lui confèrent un caractère
expérimental qui nécessite d’ajuster régulièrement le plan stratégique.
Cette capacité d’ajustement qui est l’un des points forts de la structure, a
toujours fait l’objet d’une grande attention de la part de la Caisse des
Dépôts. La réactualisation du plan moyen terme adopté en juin 2017 par
le conseil d’administration de France Brevets comprend les dernières
évolutions d’ordre stratégique à date. Elles sont de nature à répondre aux
inquiétudes de la Cour sur la concentration sectorielle de l’action de
France Brevets.
Ce plan capitalise sur la crédibilité acquise de France Brevets
comme acteur du licensing en France et à l’étranger, et repose sur la
diversification des activités et des ressources financières. Cette nouvelle
orientation est stratégique du point de vue de la Caisse des Dépôts
puisqu’elle permet de rééquilibrer le profil d’investissement de France
Brevets, de lisser les cycles de revenus, de diversifier le risque associé aux
investissements de France Brevets, et de corriger l’activité précédente trop
largement centrée sur le programme de licensing NFC.
France Brevets est en phase de stabilisation puisque ses équipes ont
conçu une offre de produits et de services qui visent à satisfaire le plus
grand nombre d’acteurs sur le territoire. En particulier, l’action de France
Brevets au bénéfice du secteur public de la recherche devrait s’intensifier
sous l’impulsion de son Directeur général et de son Président, ancien
président d’un établissement public.
La Caisse des Dépôts partage la recommandation de la Cour de
réaliser une évaluation d’étape de la réalisation du PMT 2017-2026.
3 – Pour ce qui concerne la recommandation relative à
l’adossement de France Brevets à Bpifrance, ce sujet n’a pas fait à ce jour
l’objet de discussions entre actionnaires CDC-ETAT. Lors de la création
de Bpifrance, la Caisse des Dépôts a décidé de conserver cet actif qui
s’insère dans sa stratégie et constitue un élément important de la chaîne
de valeur de l’innovation en amont des actions de Bpifrance. Cette décision
n’a à ce jour pas fait l’objet d’un réexamen.

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194 COUR DES COMPTES

L’intérêt de la Caisse des Dépôts pour France Brevets est profond


et s’inscrit dans les actions qu’elle a initiées depuis une dizaine d’années
dans le champ de l’économie de la connaissance (sur fonds propres et pour
compte de tiers via les SATT et les ITE) conformément à son rôle de
catalyseur de solutions innovantes au service de l’intérêt général.
En outre, le renforcement des actions de France Brevets vers les
établissements d’enseignement supérieur et de recherche souhaité par la
Cour peut s’appuyer utilement sur les actions de la Caisse des Dépôts en
raison de ses relations de longue date avec ces derniers, en particulier
dans le domaine du transfert de technologie. La Caisse des Dépôts
encourage pleinement les relations d’affaires entre ses deux filiales France
Brevets et Bpifrance qui se développent harmonieusement, par exemple
pour l’intégration de prestations de France Brevets dans le « pass
FrenchTech », ou pour l’identification d’entreprises, allant de la start-up
à l’ETI, pouvant bénéficier d’actions de France Brevets comme levier de
compétitivité et de levée de fonds auprès des investisseurs.

RÉPONSE DU PRÉSIDENT DIRECTEUR GÉNÉRAL


DE L’AGENCE NATIONALE DE LA RECHERCHE (ANR)

La Cour estime (3. L’agence nationale de la recherche, un opérateur


sous tension) que les évaluations externalisées ne permettent pas toujours
un suivi des structures. Il convient de préciser que les évaluations menées
par les cabinets de consultants s’intègrent dans un processus plus large et
sont complétées par le suivi réalisé par l’ANR sur ces projets ainsi que par
les auditions des bénéficiaires menées par l’État et son opérateur.
L’ensemble de ces éléments a permis à l’État de prendre les décisions
relatives à la suite des projets. Il apparait à la lecture du rapport que ses
principales recommandations rejoignent les conclusions de l’État sur les
projets évalués.
Concernant les indicateurs, l’État a fixé pour chaque action du PIA
une liste d’indicateurs à suivre annuellement durant la vie des projets. La
collecte d’informations a été difficile à mettre en œuvre dans un premier
temps. En effet, les indicateurs n’étaient pas clairement définis et les
structures n’ayant pas toute la même interprétation, il a été difficile de
mettre en place un suivi permettant une fiabilisation et un rendu de qualité.
Un travail de mise en cohérence des indicateurs et de leur définition avec
l’État a permis tant pour les SATT que pour les IRT d’obtenir des chiffres
consolidés et exploitables.

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 195

Le nombre d’indicateurs d’impact est aujourd’hui effectivement


faible, ce qui n’a rien d’anormal à ce stade d’avancement des projets. Il
est effectivement nécessaire de les enrichir en vue des prochaines
évaluations triennales. Une réflexion État/bénéficiaires/opérateur est à
mener prochainement en ce sens.
La Cour estime (I- Rationaliser le dispositif des structures de
valorisation du PIA et redéfinir leur modèle) que les décaissements réalisés
à fin juin 2017 (1,4 Md€), ne représentant que 48 % des ressources
reflètent des enveloppes initiales parfois sur-calibrées et des difficultés de
montée en charge des nouvelles structures. L’ANR tient à préciser les
points suivants :
- les enveloppes initiales prévues pour chaque action ont quasi
intégralement été engagées ;
- le montant décaissé apparait cohérent au regard d’une part, des dates
de début des projets et de leur durée (démarrage entre 2011 et 2012)
et d’autre part, des délais de contractualisation post évaluations
triennales.

RÉPONSE COMMUNE DU DIRECTEUR GÉNÉRAL DE


L’INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE AGRONOMIQUE
(INRA) ET DU PRÉSIDENT DU CONSORTIUM DE
VALORISATION THÉMATIQUE (CVT) ALLENVI

Dans ses conclusions, au titre du resserrement du dispositif d’aide


à la valorisation, la Cour préconise l’arrêt des consortiums de valorisation
thématique (CVT), « faute d’un positionnement visible et d’un engagement
suffisant de ses membres ».
En réponse à cette préconisation, l’Alliance AllEnvi souhaite
rappeler l’engagement de ses membres pour faire vivre le CVT, préciser le
positionnement de ce dernier et sa valeur ajoutée.
Concernant l’engagement des membres d’AllEnvi, celui-ci
s’exprime au travers d’un fort investissement des équipes concernées. Avec
un comité de pilotage mensuel réunissant 14 responsables de valorisation
des organismes et les nombreuses études, toutes réalisées grâce à
l’expertise des chercheurs, les organismes d’AllEnvi ont investi pendant
cinq ans beaucoup de temps et d’énergie dans le CVT AllEnvi, conscients
que l’investissement du PIA porterait des fruits sur le long terme. Des
résultats notables ont été acquis et l’arrêt du CVT AllEnvi mettrait à mal

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196 COUR DES COMPTES

ces efforts, voire découragerait les futures initiatives dans un domaine


important.
Le comité de valorisation de l’Alliance se réunit chaque mois à
l’occasion du comité de pilotage du CVT pour identifier de nouveaux
thèmes d’études et accompagner leur réalisation, prendre connaissance
des résultats, et décider d’actions conjointes.
Un des objectifs du CVT AllEnvi était la mutualisation entre les
organismes, le partage de bonnes pratiques, et l’identification de
thématiques communes. Les 14 responsables de valorisation des
organismes fondateurs d’AllEnvi, présents chaque mois autour du CVT
témoignent d’avancées significatives vers cet objectif.
Le CVT AllEnvi s’appuie massivement sur l’expertise des
chercheurs des organismes membre de l’Alliance et cette expertise est
garantie de qualité, mais surtout par la diversité des approches et des
disciplines, elle est source de neutralité des études.
Par ailleurs, la Cour mentionne le manque de visibilité des CVT. Il
faut souligner qu’à la différence d’autres outils, les CVT sont thématiques.
Il est donc naturel que leur positionnement diffère selon le secteur auquel
ils sont attachés.
S’agissant du CVT AllEnvi, dédié à l’environnement, le secteur est
composite, fragmenté ; la valorisation y rencontre des obstacles
spécifiques. Dans ce contexte, l’efficacité des transferts passe par l’appui
d’un centre de ressource dédié, mutualisé, avec une expertise neutre sur
les marchés et les acteurs socio-économiques, rôle que joue le CVT.
Le CVT a réalisé en 2017, à la lumière des expériences du premier
triennal, un travail de positionnement sur trois piliers :
- produire des études ;
- organiser des rencontres public-privé pour favoriser l’interaction
entre les parties prenantes et les chercheurs ou leurs services de
valorisation ;
- réaliser des prestations de services sur mesure incluant la mise en
relation (prospection pour le transfert, identification de compétence,
identification de futurs partenaires), l’expertise sectorielle et la
formation.
Le CVT AllEnvi conduit donc d’ores et déjà les actions de
mutualisation de moyens et de compétences prônées par le rapport pour
les Satt, de même que la vision élargie des contraintes des entreprises. Ces
dernières sont certes bénéficiaires des études, mais profitent également des

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 197

contacts avec les chercheurs fournis par le CVT AllEnvi. À la fin du second
triennal, ce seront ainsi 400 entreprises qui auront pu identifier des
partenaires académiques pour leurs projets par l’intermédiaire du CVT
AllEnvi.
Enfin, s’agissant de la valeur ajoutée du CVT, elle se traduit par les
effets directs et induits des actions du CVT AllEnvi :
- diffusion des études pour une valeur globale d’1 million d’euros par
an ;
- réalisation de prestations de service (environ 100 d’une valeur
individuelle de plusieurs milliers d’euros) ;
Les effets induits sont l’accélération des projets de maturation et des
transferts (ou leur abandon à temps), les centaines mises en relation
directes dont un grand nombre conduit à l’émergence de projets qui
n’auraient pas vu le jour, la concertation entre les organismes en matière
de valorisation.
Ainsi, l’Alliance AllEnvi appelle à ne pas interrompre sans
transition le soutien à une démarche déjà riche de résultats et de
l’accompagner dans la transition vers d’autres sources de financement qui
ne mettront pas en péril les missions du CVT AllEnvi au service de tous. À
cet effet, AllEnvi va engager avec ses membres une réflexion en vue de
l’échéance 2020.

RÉPONSE DU PRÉSIDENT DIRECTEUR GÉNÉRAL DE


L’INSTITUT NATIONAL DE LA SANTÉ ET DE LA RECHERCHE
MÉDICALE (INSERM)

L’Inserm soumet à la Cour des comptes par la présente note, d'une


part des observations générales sur le diagnostic et les orientations
proposées, et d'autre part des commentaires sur des éléments précis du
texte.
Observations générales
L'Inserm salue la qualité de ce rapport, la clarté de l'analyse et la
pertinence des recommandations. Les observations suivantes sont
formulées pour renforcer ou parfois pour nuancer certains propos.

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198 COUR DES COMPTES

Le constat des pouvoirs publics sur la valorisation de la recherche


française
Le rapport fait état du retard de la majorité des établissements
français par rapport à leurs équivalents étrangers dans le domaine de la
valorisation.
L'Inserm souhaite rappeler que l’Inserm et sa filiale Inserm
Transfert se sont illustrés ces dernières années par leurs résultats en
termes de dépôt de brevets et progressent encore dans les différents
classements.
Le classement de l’Office Européen des Brevet (Figure 1) confirme
la place de « leader » de l’Inserm en tant que 1er déposant européen dans
la catégorie pharmaceutique pour la 1ère fois (104 demandes en 2016) et
2ème déposant dans la catégorie biotechnologie (111 demandes), ce qui
représente deux places gagnées par rapport à 2016 sur ces deux secteurs.

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 199

Dans ce même classement, l’Inserm conserve sa place de 1er


organisme académique européen en recherche biomédicale et gagne deux
places dans le classement français par rapport au classement 2015 et se
positionne 6ème cette année toutes organisations (publiques et privées) et
tous secteurs confondus.
Par ailleurs, l’Inserm se classe 9ème dans le classement des « Top 25
Global Innovators – Government » publié par Reuters / Clarivate, qui
évalue la capacité d’innovation des institutions publiques en fonction de
l’impact de leur production scientifique et de leurs brevets.
Ces résultats ne remettent pas en cause la nécessité au niveau
national de renforcer l'ensemble de la chaîne de valorisation de la
recherche. En revanche ils confortent la conviction de l'Inserm en son
expertise et en celle de sa filiale dans le domaine de la valorisation des
recherches en sciences de la vie et de la santé et l'engagent à défendre sa
place parmi les acteurs de la valorisation en France au bénéfice des
chercheurs et de la société. C'est ainsi qu'au regard des missions de
l'organisme « de contribuer, dans les conditions déterminées par le code
de la recherche, à la valorisation des résultats des recherches qu'il mène
ou qu'il organise » et de la compétence développée, l'Inserm ne peut qu'être
réticent à une application du principe d'exclusivité.
La place de l'Inserm dans l'actionnariat des SATT
L'Inserm partage les interrogations de la Cour sur la gouvernance
des SATT et la participation de l'Inserm à leur actionnariat. Il est fait
référence à différents chapitres du rapport de « points de blocage », de
présence des organismes aux conseils d'administration des SATT générant
des difficultés « conjoncturelles ou plus structurelles », « une forme de
défiance matérialisée par des oppositions en conseil d'administration et
par des délais anormaux pour parapher les conventions d'actionnaire ».
L'Inserm s'interroge en effet sur sa capacité à jouer son rôle d'actionnaire
tout en remplissant ses missions définies dans ses propres statuts. Il
revendique s'il est actionnaire de pouvoir assumer pleinement cette
responsabilité importante et donc de pouvoir voter pour ou contre
certaines résolutions sans que cela nuise à ses partenariats sur les sites.
Un point originel de tension est l'application du principe
d'exclusivité. Comme le souligne la Cour dans son rapport, la création ex
nihilo de nouveaux outils de valorisation n’a pas permis de capitaliser sur
les expertises et les savoir-faire existants. Ainsi l'Inserm considère une
application stricte du principe comme une perte de chance pour les
laboratoires et les établissements.

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200 COUR DES COMPTES

Qu'il soit actionnaire ou non, il est nécessaire que l'Inserm, Inserm


Transfert et les SATT concluent des accords de partenariat en particulier
pour définir les modalités de collaboration entre les structures de
valorisation, pour le financement de projets de maturation issus de
laboratoires de recherche communs entre l’Inserm et les universités.
Ce sont les modalités de collaboration qui sont les plus importantes
à définir aux yeux de l'Inserm. Ainsi sur la base du constat partagé par
l'Inserm des difficultés identifiées par la Cour et avec une expérience de
plusieurs années, l'Inserm a aujourd'hui engagé une réflexion sur le
maintien de son actionnariat au sein des SATT au bénéfice de partenariats
opérationnels et équilibrés entre des acteurs qui sont complémentaires
dans leurs compétences et leur positionnement dans la chaîne de
valorisation.
L'application du mandataire unique
L'Inserm s'inscrit totalement dans la mise en place du mandataire
unique au travers des conventions de mixité, non pas dans un esprit de
"partage du territoire" comme écrit dans le rapport mais de définir avec le
partenaire de mixité les mandats selon deux principaux critères :
 l’expertise des structures valorisatrices sur les domaines de recherche
des unités ;
 l’historique du partenariat entre les tutelles des unités sur les sujets de
valorisation et de contrats industriels et l'historique d'accompagnement
des chercheurs qui a permis une relation de confiance et le
développement d'une expertise et des relations avec le monde industriel
spécifiques aux travaux de chacun ;
 la portée régionale, nationale ou internationale des contrats et
débouchés industriels visés. La position nationale de l'Inserm et
d'Inserm Transfert offre une masse critique auprès des industriels
internationaux couvrant l'ensemble du territoire et est à même, grâce à
cette offre diversifiée et nationale, d'accompagner la croissance des
entreprises, notamment des ETI, sur le long terme et accélérer l’accès
pour les patients aux innovations
L'évaluation et la mobilité des chercheurs
Les activités de valorisation sont effectivement recensées dans les
dossiers d'évaluation des chercheurs Inserm et prises en compte.
Concernant les mobilités public/privé des chercheurs, les dispositifs
existent et sont mis en place à l'Inserm.

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 201

Commentaires sur des éléments précis


La note de bas de page 28 désigne des centres à fort potentiel tel le
Centre d’Immunologie de Marseille Luminy qui auraient été "retirés" par
l'université Aix Marseille de la convention avec la SATT Sud Est "pour
privilégier Inserm Transfert". Il s'agit en réalité d'une avancée majeure
dans le cadre d'un accord avec la SATT Sud Sud signé le 01 mars 2015.
Cette avancée validée par le CGI réside dans un assouplissement du
principe d’exclusivité au profit d’un comité tripartite (Université, Inserm,
CNRS) définissant le meilleur valorisateur par unité, voire par projet en
fonction des expertises de chacun et en respectant une codécision de tous
les partis. Aussi, il conviendrait que la formulation du rapport puisse
refléter cette réalité avec plus de précision et notamment quant aux efforts
de collaboration entre les différentes structures pour fluidifier les
processus de valorisation. Il ne s'agit pas d'une mesure privilégiant
InsermTransfert mais d'un accord voulu par les acteurs du site. Une
structure de valorisation de territoire se doit de s'adapter à son éco-
système.
Le 17 Novembre 2017, l’Inserm, Inserm Transfert et la SATT
Toulouse Tech Transfert ont signé un accord de partenariat ouvrant de
grandes perspectives de collaboration entre les structures de valorisation,
Inserm Transfert et TTT, pour le financement de projets de maturation
issus de laboratoires de recherche communs entre l’Inserm et l’Université
Toulouse III - Paul Sabatier. Cet accord est également visé par l’Université
Toulouse III - Paul Sabatier. Cet accord est une première depuis la
création des Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies (SATT).
En effet, c’est la première fois que l’Inserm signe un accord de partenariat
sans être actionnaire de la SATT. Cette démarche montre une véritable
volonté de la part des trois entités de collaborer ensemble et de mettre en
commun leurs compétences pour créer de la valeur sur des projets en santé
humaine. La signature de cet accord intervient dans un contexte favorable,
puisqu’un accord de mixité entre l’Université Toulouse III - Paul Sabatier
et l’Inserm était, en parallèle, en cours de renouvellement et est
aujourd’hui signé. Cet accord définit l’attribution des mandats pour les
unités mixtes du périmètre. L’accord signé avec la SATT TTT permet à
toutes les unités mixtes d’avoir dorénavant accès à l’enveloppe de
maturation de la SATT ou de l’Inserm, ce quel que soit le mandataire défini
par la convention de mixité, dans le respect des droits et des modèles
économiques de chacun (inventeurs, copropriétaires, structures de
valorisation).

Les outils du programme d’investissements d’avenir (PIA) consacrés à la valorisation de la recherche publique - mars 2018
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202 COUR DES COMPTES

La Cour compare FIST SA, filiale du CNRS et Inserm Transfert,


filiale de l’Inserm, quant à leurs effectifs en charge de la valorisation.
Il convient de rappeler qu’Inserm Transfert et FIST SA n’ont pas le
même périmètre d’action. En effet la délégation de service public a permis
à l’Inserm de confier à Inserm Transfert les missions suivantes :
 activités relatives à la propriété intellectuelle ;
 activités relatives aux contrats ;
 activités relatives à la maturation ;
 autres activités diverses.
Ceci implique une activité de gestion des contrats de collaboration
industrielle au niveau national et international de l’Inserm entièrement
opérée par Inserm Transfert mais inclus aussi, dans les activités diverses,
les activités d’aide au montage et de pilotage de projets collaboratifs
Européens par exemple qui représente une équipe de 20 à 25 personnes en
fonction des années (hors métiers classiques de valorisation). Pour
terminer la comparaison avec le CNRS, il convient de rappeler que ce
dernier dispose d’une « Direction de l'Innovation et des relations avec les
entreprises » en son siège ce qui n'est pas le cas de l'Inserm.
Enfin, ceci est surtout à mettre en regard de l'effectif global des
SATT qui s'élève fin 2016 à 716 ETPT sur des missions essentiellement de
maturation et sur des périmètres territoriaux. Le poids de la masse
salariale dans les SATT mobilise d'ailleurs pour certaines une partie très
importante de leur budget. On rappellera en miroir la couverture nationale
d'Inserm Transfert pour l'ensemble des missions citées
ci-dessus.

RÉPONSE DU PRÉSIDENT DIRECTEUR GÉNÉRAL


DE BPIFRANCE

La Cour souligne les enjeux de simplification, de rationalisation et


de concentration des différents outils de valorisation de la recherche
publique. Concentré sur le financement et l’accompagnement des
entreprises innovantes dont l’objectif est tout avant d’assurer le passage
au marché des nouveaux produits, Bpifrance n’est, historiquement, que
marginalement présent sur le segment plus amont de l’innovation que
constitue la valorisation de la recherche publique.

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 203

Ceci dit, Bpifrance est aujourd’hui confronté à deux tendances qui


l’amènent à s’interroger sur son positionnement stratégique dans ce
domaine :
- la croissance et le dynamisme de l’écosystème des entreprises
innovantes, notamment sous l’égide de la French Tech ;
- le renforcement de la concurrence mondiale entre États pour créer et
entretenir sur leur territoire un environnement favorable à
l’innovation technologique, facteur de compétitivité hors coût.
C’est dans cette logique de renforcement de son positionnement sur
les stades amont de l’innovation que Bpifrance assure la gestion depuis le
début de l’année 2018 le fonds « Frontier Venture » créé dans le cadre du
PIA3. Ce fonds a pour vocation de contribuer au financement des
entreprises créées en sortie de l’écosystème de maturation de la recherche
publique.
Pour aller au-delà de cette première action et dans le contexte de la
mise en place en 2018 du fonds pour l’innovation de rupture annoncée par
le Gouvernement en janvier 2018, Bpifrance est prêt à étudier, en lien avec
les acteurs de la valorisation de la recherche, un renforcement de son rôle
dans ce domaine, en s’appuyant sur son expertise en matière de
financement et d’accompagnement des entreprises innovantes.
Enfin, concernant plus spécifiquement France Brevets, le
changement de direction et de stratégie de la société crée l'occasion d'une
remise à plat de ses interactions avec Bpifrance. Une articulation plus
étroite entre les deux sociétés pour accompagner les entreprises PME et
les ETI sur leur stratégie de propriété intellectuelle constitue une piste de
collaboration assez naturelle, notamment au moment où Bpifrance
souhaite intensifier ses investissements dans les domaines de la deep tech.
Je prends note de la recommandation de la Cour en vue « de prévoir
une clause de rendez-vous en 2019 afin d’évaluer la réalisation par France
Brevets de la trajectoire financière prévue dans le PMT 2017-2026 et
d’étudier son adossement à Bpifrance ». Je suis ouvert à l’idée de
participer, si l’État et la Caisse des Dépôts le décidaient, à une étude
approfondie des synergies potentielles entre les deux sociétés, sachant que
je comprends à la lecture du RPT que France Brevets n’a pas encore
trouvé de modèle d’affaires équilibré. Dans cette hypothèse, je serais donc
particulièrement attentif à ce qu’un éventuel rapprochement repose sur un
projet économiquement viable.

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204 COUR DES COMPTES

RÉPONSE DU PRÉSIDENT DE LA CONFÉRENCE DES


PRÉSIDENTS D’UNIVERSITÉ

La Conférence des présidents d’université (CPU) avait souhaité être


destinataire du pré-rapport relatif à l’évolution des dispositifs dédiés à
l’innovation, soucieuse d’apporter le point de vue des universités aux
recommandations provisoires formulées par la Cour.
La transmission du pré-rapport lui a permis d’apporter un certain
nombre d’observations lors de la phase contradictoire mais force est de
constater qu’aucune n’a été retenue.
Si les analyses portées par la Cour sont étayées, on aurait attendu
de la part de la Cour des recommandations moins définitives sur des
dispositifs récemment mis en place, notamment concernant les SATT et,
dans une moindre mesure, les consortia de valorisation thématique (CVT).
Comme nous l’avons écrit, il est prématuré de tirer des conclusions
irrévocables. Il est fait trop peu de cas des efforts que les universités ont
engagés depuis huit ans. La culture de l’innovation en France est récente.
L’évolution culturelle a commencé et elle est perceptible sur le terrain ;
elle requiert encore du temps pour être pérennisée en lien avec une prise
en compte de cet aspect dans la carrière des enseignants-chercheurs, que
la révision annoncée de la loi Allègre devrait permettre en partie en
allégeant certaines modalités.
En concluant que pour certaines SATT, « qui accusent de telles
fragilités intrinsèques ou systémiques, il convient de procéder sans délai à
leur mise en extinction », les magistrats de la Cour laissent entendre que
le système académique n’aurait pas pris la mesure des enjeux qui se posent
à lui. Or, la réussite des SATT, dont les universités sont toutes actionnaires,
est une de leurs préoccupations fortes.
S’il reste assurément beaucoup à faire et si des progrès sont encore
possibles, l’urgence est bien de consolider l’ensemble de ces structures
pour leur permettre de se développer dans les meilleures conditions. La
durée et la confiance sont essentielles pour la réussite de tels projets qui
demandent plutôt des efforts de cohésion et de mise cohérence, auxquels
peuvent contribuer une amélioration de la gouvernance et l’implication
renforcée des actionnaires. Ce travail est engagé dans les SATT des
dernières vagues depuis plus d’un an à la suite des évaluations et
diagnostics établis par différentes instances et le comité national de
gestion des SATT.

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 205

Enfin, c’est la relation forte et stable construite entre les personnels


des laboratoires et des SATT et inscrite dans le temps qui permet
« l’acculturation ».
C’est la raison pour laquelle il est primordial de ne pas arrêter
aujourd’hui le développement des SATT, même celles qui paraissent
fragilisées, mais bien de les renforcer. L’arrêt envisagé renforcerait un
phénomène classique du monde social qui est la tendance au cumul des
avantages, avec pour effet l’exclusion de certains territoires qui serait
dramatique et doit être évitée par une approche adaptée des
investissements publics.
En ce qui concerne les consortia de valorisation thématique (CVT),
qui ne se substituent pas aux organes existants de valorisation des
établissements ou des territoires, la CPU s’interroge sur le modèle. Ces
consortia ont su générer des expertises en engageant des études de
prospective technologique, d’aides à l’identification des résultats de
recherche sur une thématique donnée et des programmes ou projets de
recherche coordonnés à fort potentiel de valorisation sur la recherche
publique dans l’ensemble des disciplines. Il conviendrait de mieux les
intégrer à la direction des alliances, notamment le CVT Athena dans le
domaine des SHS, secteur scientifique pour lequel un instrument de
valorisation dédié est particulièrement nécessaire, et plus largement de
parvenir à mieux articuler les résultats de leurs études aux réflexions des
autres outils, comme prévu initialement.
La CPU est convaincue que, tant au niveau régional qu’au niveau
des filières thématiques (IRT, ITE), l’optimisation des effets du PIA, et plus
largement des différentes politiques publiques menées en faveur de
l’innovation, passe par la mise en place d’instances de pilotage au niveau
des sites au sein desquelles l’ensemble des acteurs impliqués peuvent
définir des orientations stratégiques communes, partager des informations
d’intérêt général et développer un meilleur continuum entre formation,
recherche et entreprise.

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206 COUR DES COMPTES

RÉPONSE DU PRÉSIDENT DU COMITÉ DE COORDINATION DU


CONSORTIUM DE VALORISATION THÉMATIQUE (CVT) DE
L’ALLIANCE NATIONALE DE COORDINATION DE LA
RECHERCHE POUR L’ÉNERGIE (ANCRE)

Comme rappelé par la Cour des comptes, les consortia de


valorisation thématique (CVT) ont été créés afin d’assurer des services à
forte valeur ajoutée liés à l’optimisation des portefeuilles de brevets dans
leur champ disciplinaire. Ainsi, le CVT de l’Alliance Ancre s’est focalisé sur
la conduite d’études stratégiques sur des sujets d’intérêt pour les Groupes
Programmatiques de l’Alliance Ancre en mutualisant les potentiels
d’analyse stratégique, d’expertise scientifique et d’intelligence économique
de ses membres afin d’identifier des opportunités et de formuler des
recommandations sur les filières technologiques à promouvoir dans le
domaine de l’énergie164. Constituées de cartographies de brevets,

164
Liste des 18 études stratégiques
 Solaire thermique et thermique concentré
 Optimisation énergétique des sites industriels – OptiSites
 Organisation des filières d’approvisionnement en biomasse
 Biomasse micro-algale pour l’énergie
 Bâtiment H2020
 Nouvelles Energies, Nouveaux services pour les Mobilités – 2NEMO
 Filières de la valorisation énergétique du sous-sol profond
 Cogénération nucléaire basse température pour l’industrie
 Benchmark d’initiatives internationales dans le domaine de l’énergie
 Energie et centres informatiques : évolution des systèmes et des technologies de
refroidissement
 Potentiel technologique et économique des filières photovoltaïque à haut rendement
 Raccordement au réseau et connectique sous-marine des parcs de convertisseurs
d’énergies marines
 La production de bio-huiles
 Analyse de la prise en compte des Sciences de Base dans les politiques de recherche
sur l’Energie
 Analyse des scenarios de pénétrations fortes des énergies renouvelables variables sur
les réseaux électriques : méthodologies et conséquences industrielles
 Transformation biologiques alternatives à la méthanisation (Hydrogène et produits
fermentaires)
 Quel potentiel du sous-sol dans le stockage d’énergie dans le cadre de la loi de
transition énergétique ?
 Les combustibles solides de récupération (CSR).

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 207

d’enquêtes de terrain auprès d’industriels français et étrangers, et


d’analyses de marché, les études mutualisées du CVT ont une forte valeur
ajoutée qui réside dans les synergies développées entre experts scientifiques
de l’Ancre et les analystes en intelligence économique et stratégie des
établissements contributeurs. Cette production de connaissance contribue à
améliorer la valorisation de la recherche publique en créant toujours plus
de passerelles entre les membres de l’alliance Ancre en bonne cohésion avec
la Stratégie nationale de recherche en énergie, mais également vers
l'écosystème de l'innovation et les acteurs économiques dans leur ensemble.
Au-delà de la réalisation de ces études stratégiques, le CVT Ancre a
aussi largement porté ses efforts sur la diffusion et la valorisation de ses
travaux ainsi que sur la mutualisation et la capitalisation. Ainsi, de
nombreux colloques ont été organisés en collaboration avec les ministères,
les pôles de compétitivité, les industriels et les universités notamment afin de
restituer les résultats des études; les résultats sont également présentés au
Comité de coordination de l’alliance Ancre, organe de gouvernance du CVT
auquel participent des représentants des membres fondateurs et associés,
mais également des représentants des ministères en charge de la recherche,
de l’énergie et de l’industrie, ainsi que des représentants des agences
nationales de financement, ADEME et ANR. En ce qui concerne le lien avec
les SATT, outre l’accès libre aux études, il a été convenu de les impliquer
dans les rédactions des cahiers des charges des études d’intérêt commun.
Par ailleurs, un espace collaboratif du CVT Ancre a été mis en place pour
améliorer le partage et la capitalisation de ses travaux.
Concernant la valorisation économique directe de ces études, le
Comité de coordination du CVT Ancre souscrit à l’analyse de la Cour des
comptes quant à une réalisation en-deçà du plan d’affaire initial, le modèle
économique ayant été altéré en partie par la suppression de la possibilité de
vendre des prestations aux structures financées par le PIA. Cependant,
au-delà des recettes générées directement par l’achat d’études par les
industriels, le CVT de l’Ancre a joué un rôle fondamental pour maintenir la
qualité des échanges et des travaux de ses groupes programmatiques via les
regards et expertises croisés sur des questions de politique publique
transverses. Le CVT de l’Ancre a également permis de renforcer les liens
entre les PME et les organismes de recherche via l’organisation de

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208 COUR DES COMPTES

colloques165 où ils ont pu échanger. Soulignons également que l’étude sur


« les filières de la valorisation du sous-sol profond », seule étude en
pilotage directif « top-down » issue d’une commande des ministères (DGE,
DGEC), a permis, outre les 95 000 € de recettes générées, la création en
lien avec les recommandations du CVT Ancre du Programme d’Echanges
pour la Promotion et les Synergies (PEPS). Cette initiative des
associations françaises travaillant dans le secteur des hydrocarbures et
des ressources énergétiques, leur permet de se concerter et de coordonner
leurs actions, promotionnelles ou autres, à l’échelon national et
international, d’optimiser les moyens disponibles dans la recherche et la
mise en œuvre des synergies et des actions concertées et de préparer une
représentativité collective.
Le Comité de coordination du CVT Ancre convient d’un modèle
initial de CVT inadapté, mais qui a généré de la valeur, notamment via la
co-construction d’un consortium d’expertise sur la recherche publique en
énergie en appui aux politiques publiques. L’Alliance recommande donc
de continuer à financer ces actions via un mécanisme différent, un
« Consortium d’appui aux politiques publiques (CAP²) », qui permettrait
de continuer à fédérer l’expertise des différents organismes de recherche
publique en énergie pour une diffusion aux différents acteurs de
l’innovation dans le domaine de l’énergie, via des études dont la part de
pilotage directif « top-down » par des commandes des différents
ministères, agences de financement ou industriels pourraient augmenter
par rapport aux études actuelles en pilotage participatif « bottom-up ».
Enfin, le Comité de coordination du CVT Ancre remercie la Cour
d’avoir souligné la pertinence des alliances en indiquant que les moyens
prévus pour les CVT pourraient être transférés vers des appels à projets
en direction des alliances.

165 Colloques organisés par le CVT Ancre : « Les facteurs de succès et les leviers de
l’innovation dans le bâtiment », « La chaleur dans la transition énergétique : les défis et
priorités pour la recherche », « Micro-algues : une nouvelle filière industrielle »,
« Efficacité énergétique dans l’Industrie », « Les facteurs de succès et les leviers de
l’innovation dans le bâtiment », « Organisation des filières biomasse pour l’énergie »
quelles perspectives pour les acteurs économiques ? Le cas de la biomasse forestière »
« Valorisation énergétique du sous-sol profond », « Agriculture et efficacité
énergétique : quels défis pour la recherche et l’innovation ? »

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RÉPONSE DU DIRECTEUR EXÉCUTIF DU CONSORTIUM


DE VALORISATION THÉMATIQUE (CVT) ATHÉNA

Une remarque générale en guise de préambule : le CVT Athéna


s’est dès le début distingué des autres CVT en raison du fait que c’est le
seul CVT qui a été créé dans un champ disciplinaire dans lequel n’existait
auparavant aucune structure de valorisation. Les autres CVT sont nés dans
des champs disciplinaires dans lesquels, soit les organismes nationaux de
recherche faisaient déjà de la valorisation en interne, soit des structures
spécifiques étaient déjà consacrées à la valorisation. C’est la raison pour
laquelle le CVT Athéna a été délibérément créé avec des objectifs
opérationnels de terrain et non pas dans le but de réaliser des études. Il
représente une opportunité historique pour les Sciences Humaines et
Sociales (SHS) de développer leur politique de valorisation et de transfert
car contrairement aux autres thématiques, le champ de la valorisation en
SHS reste encore largement sous-exploité et aucune autre structure que le
CVT Athéna ne lui est spécifiquement consacrée.
Les remarques qui suivent sont en réponse à certaines affirmations
présentes dans le rapport :
- il est indiqué que les CVT ont été mis en place « pour coordonner les
actions de valorisation sur des champs disciplinaires spécifiques en
proposant des services mutualisés à forte valeur ajoutée, en
particulier des études de marché, aux structures de valorisation de
site, notamment les SATT ». Comme on l’a rappelé en préambule, cela
est inexact en ce qui concerne le CVT Athéna. Celui-ci a été créé avec
pour mission de mettre en place des actions opérationnelles de terrain
en vue de faciliter le rapprochement effectif entre les laboratoires de
recherche en Sciences Humaines et Sociales et le monde socio-
économique (entreprises, associations, collectivités territoriales). La
réalisation d’études (à destination des SATT ou d’autres organismes)
n’a jamais figurée dans ses objectifs et ce n’est que de manière tout à
fait exceptionnelle que le CVT Athéna a réalisé une étude particulière
sur le véhicule autonome en 2017 suite à une demande spéciale du
CGI ;
- il est indiqué que « les pouvoirs publics auraient pu choisir de
s’appuyer sur les structures de valorisation existantes qui avaient fait
la preuve de leur efficacité pour renforcer, prolonger et étendre leur
action. » Il n’appartient pas au CVT Athéna d’exprimer un avis sur la
pertinence de cette préconisation en ce qui concerne les autres
champs disciplinaires que les SHS. Néanmoins, en ce qui concerne les
SHS, il est de son rôle que de signaler que cette préconisation n’aurait

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210 COUR DES COMPTES

pas pu être appliquée dans la mesure où, comme il a été dit


précédemment, il n’existait pas de structures de valorisation
focalisées sur les SHS et que les structures de valorisation plus
générales considéraient les SHS comme un ensemble de disciplines
difficilement valorisables (voire non valorisables) avec comme
conséquence, une tendance marquée à ne pas s’intéresser à leur
valorisation. Le CVT Athéna a été la première structure de
valorisation consacrée aux SHS et il a su faire la preuve (en
collaboration avec l’InSHS du CNRS) que les recherches dans ces
disciplines sont tout aussi capables d’apporter des solutions concrètes
au monde socio-économique que les recherches dans les disciplines
dites « plus dures ». Pour preuve de cela et sans reprendre la liste
exhaustive des (plusieurs centaines de) projets présentés aux trois
salons Innovatives SHS (organisés par le CVT Athéna en partenariat
avec l’InSHS du CNRS), il suffit de consulter le rapport annuel 2017
du CVT Athéna dans lequel la liste d’actions réalisées par le CVT
permet de se rendre compte du nombre et de la diversité des projets
qui ont été concernés par ces actions.
- il est indiqué que « au vu de l’altération du modèle économique [….]
seule la preuve d’une véritable valeur ajoutée par rapport aux outils
existants (organismes, alliances, SATT, France Brevets) pourra
justifier la poursuite d’un financement. » Au risque de répéter ce qui
a été dit ci-dessus, il convient de rappeler que, au contraire de celle
des autres disciplines, la valorisation des Sciences Humaines et
Sociales n’est pas véritablement prise en compte par les structures
existantes. Pour des raisons compréhensibles compte tenu de leur
modèle économique, la priorité est mise par les SATT sur la
valorisation des sciences dures, plus facilement productrices de
brevets. Les services de valorisation des Universités et du CNRS sont
également essentiellement focalisés sur les sciences dures. L’alliance
Athéna (sur le fonctionnement de laquelle le CVT évitera ici de se
prononcer) n’a jamais eu la volonté ni les compétences pour s’investir
dans le domaine de la valorisation. En revanche, c’est en
collaboration étroite avec l’InSHS du CNRS (ainsi qu’avec certains
services de valorisation des Universités) que le CVT Athéna agit pour
développer la valorisation des SHS (voir en particulier les 3 salons
Innovatives SHS 2013, 20915 et 2017, co-organisés par le CNRS et le
CVT Athéna, qui ont fait émerger des centaines de projets innovants
en provenance des Sciences Humaines et Sociales). Le CVT Athéna
est toujours aujourd’hui la seule structure existante (sur laquelle
s’appuie le CNRS) pour développer la valorisation des SHS. Dans ces
disciplines, il ne s’agit donc pas pour le CVT Athéna de prouver une

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 211

simple valeur ajoutée par rapport aux outils existants, il s’agit de faire
prendre conscience que sans son existence, la valorisation des SHS,
subirait une diminution radicale ;
- il est indiqué que le CVT Athéna aurait eu des relations distendues
avec l’alliance Athéna, ce qui est exact, et qu’il en a pâti, ce qui est
inexact. Les relations distendues avec l’alliance n’ont été à aucun
moment un frein ou une difficulté pour le CVT qui a parfaitement
réussi à accomplir ses missions non pas avec la collaboration de
l’alliance en tant que telle mais avec l’aide et le soutien des
organismes qui constituent l’alliance (principalement le CNRS et les
Universités). L’alliance en tant que telle n’a joué aucun rôle mais les
membres de l’alliance ont été des partenaires importants et efficaces
dans l’action du CVT, et seul cela importe ;
- il est indiqué que les CVT avaient pour vocation de fournir études et
prestations aux autres structures de valorisation, en particulier à
celles créées par le PIA. Comme il a été rappelé ci-dessus, cela est
inexact en ce qui concerne le CVT Athéna pour ce qui est des études.
En revanche, le CVT Athéna a fourni des prestations pour le compte
des SATT à travers la réalisation de 3 appels à projets successifs. Le
premier pour les 2 SATT d’Île-de-France (Paris Saclay n’existait pas
encore), le deuxième pour les 3 SATT d’Île-de-France et le dernier
pour 6 SATT (les 3 d’Île-de-France, ainsi que les SATT Nord, Sud Est
et Toulouse Tech Transfer). Ces appels à projet étaient destinés à
inciter les SATT à s’intéresser plus activement à la valorisation des
SHS et il a permis à 25 projets d’être identifiés. Le CVT Athéna a donc
parfaitement joué son rôle de catalyseur dans ce domaine. Il a
également fourni des prestations de formation (plus de 130 personnes
formées) à destination du personnel des SATT et des différents
services de valorisation. Il a aussi organisé des événements (petits
déjeuners et rencontres) en partenariat direct avec certaines SATT.
Il est indiqué plus loin que le modèle économique des CVT n’a pas
été un succès et cela est exact. La raison en est d’évidence que ce modèle
économique initial était utopique. Le CVT Athéna souscrit donc à la
préconisation, indiquée en conclusion de ce paragraphe, de revoir ce
modèle économique.
- il est proposé de supprimer les CVT et de les remplacer par un
transfert des moyens financiers vers des appels à projets en direction
des alliances. En ce qui concerne les Sciences Humaines et Sociales,
cette décision aurait des conséquences catastrophiques tant en ce qui
concerne la croissance (initiée il y a peu) du nombre et de la qualité
des projets valorisés, qu’en termes de signal donné aux chercheurs

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212 COUR DES COMPTES

d’un milieu qui, il y a encore peu de temps étaient fort peu ouverts aux
applications de leurs recherches et qui, sous l’influence des actions
menées par le CVT avec ses partenaires (CNRS et services de
valorisation des Universités), commencent à prendre en compte le fait
que le monde socio-économique peut bénéficier de leurs recherches.
Il faut souligner le fait que catalyser la valorisation des recherches en
SHS est une tâche qui est très loin de se limiter à lancer quelques
appels à projets. Elle consiste également en des actions d’incitation
auprès des chercheurs et des entreprises, à des mises en relation, à
des contacts suivis et guidés, à des plans de communication, à des
organisations d’évènements, etc… toutes choses que l’alliance
Athéna, même dotée de moyens financiers consacrés à un appel à
projets, serait dans l’incapacité totale de mener, faute de bénéficier
de l’expérience et de la compétence que quatre années de travail du
CVT ont permis de constituer. La fermeture du CVT Athéna ou son
rattachement à l’alliance Athéna serait perçue comme un retour à
l’ancienne attitude des Sciences Humaines et Sociales repliées sur
elles-mêmes, tout à la fois ignorantes du monde des entreprises et
ignorées par lui.
En conclusion, le CVT Athéna, qui, il est important malgré tout de
le souligner, est de loin le moins couteux des CVT, a joué son rôle de
catalyseur et d’accélérateur dans la valorisation des Sciences Humaines
et Sociales. Sans vouloir lui conférer des mérites excessifs, on peut
attribuer au CVT Athéna une partie non négligeable des progrès constatés
depuis quatre ans en nombre et en qualité des projets valorisés en SHS. Il
faut aussi rappeler qu’il a contribué à progressivement inciter les SATT à
s’intéresser aux SHS, d’une part à travers les appels à projets qu’il a
réalisés pour leur compte et d’autre part, en ayant joué un rôle dans la
motivation des SATT à recruter des chargés de mission SHS, avec lesquels
le CVT collabore aujourd’hui activement et qui, il y a quatre ans étaient
inexistants dans la plupart des SATT.
Un résumé synthétique en quelques chiffres des actions du CVT
Athéna donnera ici la mesure du travail réalisé :
- Plus de 130 personnes formées (personnel des SATT, des services de
valorisation du CNRS et des Universités).
- 3 appels à projets réalisés pour le compte des SATT (25 projets
identifiés) ;
- 1 appel à projets réalisé pour le réseau des MSH (8 projets
identifiés) ;
- 2 appels à projets généraux (53 projets identifiés) ;

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 213

- 6 salons régionaux de la valorisation organisés en région (80 projets


présentés) ;
- 3 salons nationaux Innovatives SHS organisés avec le CNRS (plus de
250 projets au total) ;
- plus de 50 événements (rencontres, petits déjeuners, journées
thématiques) organisés ou co-organisés sur le terrain.
- plus de 50 partenaires dans l’éco système (pôle de compétitivité,
structures régionales etc…) ;
- plus de 200 entreprises contactées.
Ne pas pérenniser le CVT Athéna serait donc aujourd’hui une
erreur qui pénaliserait lourdement la valorisation des SHS, en
développement prometteur mais encore jeune et fragile.

RÉPONSE DU PRÉSIDENT DU COMITÉ DE PILOTAGE


DU CONSORTIUM DE VALORISATION THÉMATIQUE
(CVT) VALORISATION SUD

Depuis l’audition, le CVT Valorisation Sud poursuit le


développement de ses activités et obtient ses premiers résultats
significatifs. Tous les membres fondateurs confient des mandats de
valorisation au CVT (dont une dizaine de nouveaux mandats de l’Institut
Pasteur). Notre offre de services nous a permis de diversifier notre
portefeuille d’inventions, en élargissant le cercle de nos mandataires aux
SAIT, EPST et autres organismes mais également aux universités d'Outre-
Mer qui bénéficient d’un appui spécifique. Les « études- flash » proposent
une « qualification » des technologies mandatées en moins de 100 jours,
sur la base de commentaires personnalisés des acteurs socio-économiques.
Ce retour rapide facilite la décision des établissements qui souhaitent
limiter leurs investissements et rationaliser leur stratégie en matière de
propriété intellectuelle.
La signature de contrats de transfert (licences d’exploitation) se
concrétise par des royalties après quelques années de développement
industriel. Conformément à nos prévisions et dans la même dynamique que
les SATT, les revenus significatifs ne sont pas attendus avant 5 années
d’activité.
En 2017, le CVT Valorisation Sud a globalement atteint les objectifs
qui lui ont été fixés. Il s'inscrit pleinement dans l'écosystème de
l’innovation en France puisqu’il reçoit des mandats et interagit avec plus
de 25 structures de valorisation qui apprécient la spécificité de ses

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214 COUR DES COMPTES

compétences : la valorisation des inventions adaptées et destinées aux pays


du Sud. Unique dans le paysage national, le CVT Valorisation Sud exerce
un métier proche de celui des SATT, sur une niche qui représente 7 % du
potentiel de la recherche publique, en réponse aux enjeux d’un
développement durable des pays du Sud.
Je prends note de votre recommandation qui nous invite à finaliser
la levée de fonds pour la création d’un fonds de maturation et la création
d’une « plateforme d’accélération du transfert des technologies pour le
Sud » (PATTS). Comme vous le suggérez dans le rapport, le projet PATTS
est « une expérimentation complémentaire des SATT ».
La décision NJ 2017-FNV-07 du 1er Ministre du 31 octobre 2017 et
la publication de votre rapport étaient attendues avant de poursuivre et
conclure ce projet. En tant que président du Comité de Pilotage du CVT
Valorisation Sud, j’ai engagé les démarches qui permettront aux hauts
responsables des établissements et aux bailleurs pressentis de se
positionner, avant l'été, concernant le projet de PATIS.

RÉPONSE DU PRÉSIDENT ET DU VICE-PRÉSIDENT


DE L’ASSOCIATION FRENCH INSTITUTES TECHNOLOGY (FIT)

Nous vous remercions de nous donner l'opportunité de commenter


le rapport public thématique. Cette réponse est une réponse collective des
IRT qui n'ont de ce fait pas répondu individuellement sauf point très
spécifique.
Nous voulons réitérer une remarque fondamentale quant au
positionnement des IRT : comme votre note en bas de la page 6 le
mentionne, les IRT ne sont pas des outils limités à la valorisation de la
recherche publique en direct mais ils ont pour objectif principal de réaliser
de la recherche technologique en mode multi-partenarial intégré - ce qui
en fait des outils uniques - en réponse aux besoins industriels dans une
logique de structuration inter ou intra-filières. Ils sont donc
complémentaires des autres acteurs de la recherche technologique, en
particulier avec les Instituts Carnot - qui sont positionnés sur la
coopération bi-partenariale, les pôles de compétitivité - animateurs
d'écosystèmes où sont nés les IRT, les SATT - en charge de la maturation
de technologies issues des laboratoires académiques. Ce facteur de
différentiation nous paraît extrêmement important et ce modèle fonctionne
: les réalisations des IRT ne sont pas en retrait, elles sont au contraire très
solides avec une montée en puissance forte en 2017 et un impact

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 215

économique évident. Nous avons en effet doublé le nombre de transferts


technologiques (201 contre 104 fin 2016) et déposé 236 brevets sur la base
de plus de 140 projets qui s'appuient sur 60 plateformes.
Nous avons également une forte croissance de nos membres
industriels (521 contre 459 fin 2016) dont plus de 250 PME qui travaillent
avec les 8 IRT alors qu'elles n'étaient que 200 fin 2016.
Les IRT n'auraient cependant pas réussi leur mission s'ils n'étaient
pas aussi une maison commune pour l'excellence académique et 113
partenaires académiques, plus de 150 doctorants et près de 1200
publications scientifiques attestent de notre réussite (moins de 900 fin
2016).
La visibilité et l'action internationale des IRT ne sont pas en reste
avec des participations dans 45 projets européens (contre 25 fin 2016) et
des succès sur la scène internationale avec notamment un « Technology
Innovation Award » au NAB de Las Vegas, un partenariat fort avec la
« Nanyan Technology University » et l'ouverture d'un site à Singapour ou
bien encore le pilotage d'une initiative européenne sur la réalité augmentée
à laquelle des laboratoires Fraunhofer sont venus se joindre.
La dynamique est créée, les résultats sont prometteurs et il est
important de ne pas freiner la montée en puissance des IRT alors que ceux-
ci bénéficient d'un fort soutien financier des industriels. C'est en effet à
notre connaissance le seul dispositif de cette ampleur qui se caractérise
par une contribution de l'État limitée à 50% des dépenses.
Concernant la structure la mieux adaptée à l'exercice de ses
missions, le choix, fait par les membres et notamment par les membres
académiques, de constituer les IRT sous forme de fondation de coopération
scientifique répond bien à la volonté d'avoir une organisation neutre au
pilotage agile et focalisé, tournée vers l'action en renforçant le partage et
la mutualisation pour créer de la valeur au bénéfice de notre pays. Dans
le cas d'une valorisation spécifique sur des résultats propres à un IRT, la
structure d'une SAS peut être considérée comme filiale de la F CS pour
piloter la valorisation ciblée et gérer les contrats commerciaux.
Enfin, il semble que les chiffres que vous mentionnez quant aux
besoins de financement des IRT au-delà de 2020 reposent uniquement sur
le constat des décaissements de l'ANR et non sur les engagements liés aux
projets en cours dans les IRT. Cela conduit à sous-estimer d'environ
200 M€ les besoins réels. Dans ces conditions et conformément aux
décisions de l'État (Avenant n° 2 du 25 avril 2017 à la convention du
27 juillet 2010 entre l'État et l'Agence nationale de la recherche relative
au Programme d'investissements d'avenir), il est nécessaire de ne pas

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216 COUR DES COMPTES

limiter la prolongation du PIA1 aux seules dotations consommables mais


d'y inclure les intérêts des dotations non consommables sur la période
2020-2025.
Seul un accompagnement sur la durée et une décroissance
progressive du soutien de l'État permettra aux IRT de mettre en place le
modèle quasi universel basé sur 1/3 de financement public, 1/3 de
financement privé, 1/3 de financement compétitif et de valorisation de la
propriété intellectuelle à l'horizon 2025-2030.

RÉPONSE DE LA PRÉSIDENTE DE LA SOCIÉTÉ


D’ACCÉLÉRATION DU TRANSFERT DE TECHNOLOGIES
(SATT) AQUITAINE SCIENCE TRANSFERT

Le rapport public que vous m’avez adressé, met en perspective


l’ensemble de la démarche de la Cour pour produire une analyse détaillée
concernant les SATT, les IRT, les CVT, France Brevet et dans une moindre
mesure les ITE et le volet thématique des Instituts Carnot. Il est à noter que
les IHU, qui font partie intégrante de la politique du PIA en matière de
valorisation de la recherche, ont été exclus du champ de l’analyse de la
Cour pour ce rapport.
La qualité du travail accompli par les différentes chambres de la
Cour pour mettre en perspective la valorisation de la recherche et son
impact économique pour la compétitivité de la France est à relever. Les
choix méthodologiques sont clairement exprimés et le document comprend
de nombreuses références qui font sens pour appréhender la complexité du
métier de la valorisation de la recherche publique sous ses différentes
formes. Les analyses pour produire l’opinion sur certains outils du PIA
consacrés à cette valorisation sont à la fois détaillées et nuancées pour
tenir compte de cette complexité. L’annexe sur l’historique et le
dimensionnement des politiques publiques de l’État permet de comprendre
l’évolution constante inhérente au secteur de l’innovation. Aussi, les
recommandations de la Cour visant à poursuivre la professionnalisation
des outils, à introduire des indicateurs d’impacts socio-économiques et à
lever certains freins comme ceux concernant le mandat unique, la mobilité
et la carrière des chercheurs sont cohérentes et les bienvenues.
Je remercie particulièrement la Cour pour son analyse concernant
Aquitaine Science Transfert. Au-delà de la satisfaction sur les éléments qui
sont reportés quant à ses performances, je partage les choix de fonder
l’analyse sur les critères de gouvernance, de management du métier et de

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 217

résultats. En effet, j’y vois le reflet des 3 piliers de plus de 10 ans


d’engagement à la fois des gouvernances des établissements, mais aussi
celui de mes collaborateurs, qui sont encore nombreux issus du Dispositif
de Mutualisation du Transfert de Technologie Aquitain, sans oublier toute
la communauté universitaire qui apporte un soutien au quotidien. Cet
engagement dans la durée est toujours mis au profit de la
professionnalisation de la valorisation, pour un service de qualité rendu
aux chercheurs et aux entreprises. La forte motivation des Présidents et
Directeurs des Établissements couverts par Aquitaine Sciences Transfert
doit être soulignée. Les réalisations de la SATT Aquitaine sont ainsi
rendues possibles grâce à une ambition globale portée par les
établissements au service de leur communauté et de leurs missions, en
partenariat avec les organismes nationaux de recherche présents en
aquitaine. C’est également par leur volonté de transformation profonde
que les résultats aux différents appels à projets du PIA ont abouti à la
labellisation IdEx de l’université de Bordeaux en 2010 et confirmée en
2016, et à celle de l’I-site de l’université de Pau et des Pays de l’Adour en
2017, marquant ainsi une cohérence sur le territoire couvert.
En regard de ces propos liminaires, il m’appartient de formuler
quelques remarques sur le rapport. Aussi, les propos formulés ci-après ont
vocation à apporter une exemplification, par les acquis d’Aquitaine
Science Transfert, du rôle des SATT et des principes généraux du transfert
de technologie.
Un outil au plus proche des chercheurs : les innovations de rupture
naissent dans les laboratoires de recherche publique. Sur le terrain, les
chercheurs exigent un service de proximité, professionnel, à l’écoute,
réactif, pour répondre à leurs demandes, organiser le flux inventif, le
partager et l’articuler, entre tous les copropriétaires et toutes les autres
formes de valorisation. Le mandataire unique vise à simplifier l’opération
juridique pour procurer un avantage concurrentiel « sans faille juridique
» face à la complexité de la multipropriété. Aquitaine Science Transfert les
protège ainsi de cette complexité et apporte le management qui s’y associe.
La recommandation d’assurer la mise en œuvre du mandataire unique à
échéance fin 2018 produira pleinement ses effets juridiques si elle est
accompagnée d’une simplification des actes juridiques au profit d’un
management partagé des projets pendant leur cycle de vie dans la sphère
publique, élément indispensable pour sécuriser l’éclosion de toute forme
de valeur, principalement économique, qui pourra y être associée.
Un impact pédagogique, valeur d’entraînement et de cooptation par
la communauté : en Aquitaine, les chercheurs sont sensibilisés aux enjeux
de la valorisation sans occulter la difficulté inhérente à la création de

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218 COUR DES COMPTES

valeur économique. Une communauté de chercheurs et de directeurs


d’unités de recherche, leaders d’opinion, ont aujourd’hui compris qu’il
était nécessaire d’intégrer, dans un travail de recherche, toutes les
dimensions, qu’elles soient purement académiques ou liées à des enjeux de
propriété intellectuelle. Cette communauté maîtrise ses choix de
valorisation et dissémine cette culture à leurs pairs. Le premier cercle
vertueux attendu d’une SATT est acquis en Aquitaine, grâce notamment à
la partie du FNV versée en subvention et dont les établissements se sont
emparés pour des actions ciblées en lien avec leur propre stratégie de
valorisation et en s’appuyant sur les services professionnels de la SATT.
La recommandation sur la prise en compte des activités de « valorisation »
dans la carrière des enseignants-chercheurs et chercheurs est essentielle
pour pérenniser cet acquis.
Le fonds de maturation, une attractivité pour les chercheurs, un
pilotage des opportunités économiques des projets pour la valorisation :
un véhicule financier qui n’existait pas pour l’enseignement supérieur et
la recherche. Face à la pluralité des profils de projets de transfert de
technologie, ce fonds permet de qualifier les résultats de la recherche,
réaliser des preuves de concept, des scale-up, pour rendre plus robustes
les découvertes et renforcer la propriété intellectuelle. Aquitaine Science
Transfert assure un pilotage des opportunités par la maîtrise des risques
sur tous les champs du management économique d’un projet innovant
(technique, marché, économique, humain, juridique, réglementaire et PI),
un acquis indispensable rendu possible grâce au fonds de maturation dont
l’effet de levier est indéniable en Aquitaine.
La rencontre avec le marché pour une concrétisation de valeur
partagée : en s’appuyant sur les besoins du marché qu’il adresse, un projet
de valorisation issu de la recherche publique augmente ses chances de
réussite. Aquitaine Science Transfert et les chercheurs ont façonné des
histoires qui ont atteint leur marché. En 6 ans, les entreprises licenciées
ont mis plus de 15 produits ou services sur le marché. La qualité de l’offre
du chercheur a rendu possible son exploitation et des utilisateurs finaux
achètent le produit ou le service qui contient l’invention. L’accélération du
transfert est acquise en privilégiant le placement des inventions sur des
marchés existants ou en développement, économiquement viable. La mise
en place d’indicateurs d’impacts socio-économiques permettra
effectivement de mesurer l’efficacité des SATT et d’adapter leur modèle
économique.
La négociation des contrats de recherche partenariale, un service
de qualité à coût et délais maîtrisés : Aquitaine Science Transfert réalise
la négociation des contrats de recherche partenariale pour l’université de

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 219

Bordeaux et Bordeaux INP, un service qui existait au sein même de ces


établissements et existe encore à l’UPPA, au CNRS et à l’Inserm. Le lien
client-fournisseur s’est professionnalisé par une prestation payée à l’acte
hors fonds du PIA, un service aujourd’hui certifié ISO9001 qui s’inscrit
dans la dynamique régionale portée par l’ensemble des établissements
régionaux au service de la relation gagnant-gagnant entre client public et
privé.
Une gouvernance portée par les équipes présidentielles et les
directions des établissements : impliqués tant au conseil d’administration
que dans le quotidien plus opérationnel par leur présence à divers comités,
les établissements jouent un rôle clé. La SATT leur permet de déployer leur
stratégie de transfert de technologie en cohérence avec leurs autres modes
de valorisation et d’innovation : du licensing pour la création de start-up,
du licensing pour le territoire et y compris du licensing hors du territoire
capable de ramener des revenus sur celui-ci. L’interface avec les services
des établissements est ainsi mieux organisée : Aquitaine Science Transfert
est devenue une extension naturelle qui fédère autour d’un affecto
societatis fort.
IdEx de Bordeaux et I-site de Pau, une opportunité exigeante pour
la SATT Aquitaine : terrain d’expérimentations pour servir la stratégie de
développement des établissements, l’IdEx et l’I-site mettent en œuvre de
nouvelles formes « de faire » de la recherche ou de la formation en rupture
avec les schémas classiques. Ces productions de créations originales,
qu’elles proviennent d’étudiants, d’enseignants ou d’enseignants-
chercheurs et chercheurs, sont autant d’opportunités nouvelles de
valorisation économique. En veillant à adapter ses propres modes de
maturation et de transfert de technologie pour répondre à l’ambition de
ses actionnaires, Aquitaine Science Transfert est en phase avec les
nouvelles attentes du marché de l’innovation, arborant une approche agile
et exigeante au service d’une société en pleine mutation.
Difficultés récurrentes pour trouver le meilleur interfaçage avec les
autres outils du PIA : la montée en charge simultanée de l’ensemble des
outils du PIA consacrés à la valorisation se traduit inévitablement par des
préoccupations individualistes de performances internes avant de se
tourner vers de la cooptation avec les pairs. L’articulation avec les IRT ou
les ITE nécessite du temps car ces instituts sont avant tout des outils de
recherche partenariale, qui produisent de la connaissance ou des
technologies avant d’être des outils de valorisation et de transfert. Par
ailleurs, l’implication forte des industriels impose des règles de PI trop
contraintes pour en partager aujourd’hui toute la puissance au service de
l’économie. Néanmoins, en 2017, Aquitaine Science Transfert a

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220 COUR DES COMPTES

matérialisé le premier transfert d’un résultat de recherche vers l’ITE


INEF4. Un modèle gagnant-gagnant a trouvé sa place plus rapidement
avec l’IHU Liryc basé sur la reconnaissance mutuelle des apports de
chacun en termes de recherche partenariale, développement, maturation
et transfert de technologie, au service des chercheurs et des entreprises.
Aquitaine Science Transfert, une juste place dans un écosystème
foisonnant : fort d’une dynamique plurielle pour stimuler l’innovation sur
son territoire, déjà soutenue par le Conseil Régional de la
Nouvelle-Aquitaine, l’écosystème apprécie la SATT aquitaine à sa juste
place. Profitant d’un meilleur positionnement des universités sur l’échelle
de la maturation et dans ses relations avec le monde socio-économique,
elle a su elle aussi se positionner sur l’échelle de valorisation en créant
des liens entre l’amont (innovation et recherche des universités) et l’aval
(pôles de compétitivité, agences d’innovation et de développement,
technopoles, incubateurs, centres techniques). En apportant son service
aux acteurs qui ont de la copropriété avec les établissements actionnaires,
Aquitaine Science Transfert sécurise la création de valeur économique au-
delà de la sphère de la recherche publique.
En conclusion, je tiens à souligner l’apport du Programme des
Investissements d’Avenir. En effet, si l’ambition forte portée par les
établissements autour de la valorisation au sens large est un prérequis
nécessaire pour la réussite d’Aquitaine Science Transfert, la conduite du
changement et la démonstration par le résultat sont possibles grâce à
l’effet de levier structurant et financier du cadre imposé par le PIA. Il
permet également de diffuser la notion de valorisation des résultats de
recherche à un plus grand nombre de chercheurs comme jamais cela n’a
été réalisé. Les établissements imaginent aujourd’hui des approches de
plus en plus originales pour relever les défis sociétaux de demain. Dans
une société en pleine mutation, les interactions peuvent être désormais
abordées plus sereinement et avec de plus en plus de professionnalisme.
Cela impose un management de la propriété intellectuelle et du transfert
de technologie, expert, agile et de proximité, soutenable grâce à une
stratégie de valorisation partagée et en cohérence avec son territoire.
Ainsi, Aquitaine Science Transfert est capable de s’adapter à tout type de
valorisation, existante ou à venir, en s’articulant avec les services de
valorisation ou les filiales de transfert des organismes actionnaires pour
adresser les ambitions de transfert de technologies consolidées à l’échelle
nationale.

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 221

RÉPONSE DU PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ D’ACCÉLÉRATION


DU TRANSFERT DE TECHNOLOGIES (SATT) AXLR

Je vous remercie pour m’avoir adressé ce rapport et profite de cette


occasion pour féliciter les rédacteurs de ce document pour sa qualité et sa
consistance.
Sur le dispositif SATT
Le modèle économique des SATT a été initialement calé sur la durée
du PIA 1, soient 10 années. Il s’agissait de donner une visibilité budgétaire
suffisante au dispositif et non, me semble-t-il, une fin programmée de
l’engagement de l’État en faveur de l’innovation issue de la recherche
publique.
À ce sujet vous pourrez lire ma publication dans la Dépêche
n° 532073 de la revue AEF datant du 19/02/2016 : « Dans un écosystème
de l’innovation ultra-simplifié comme il peut l’être dans le milieu de
l’entreprise, il faut entre 5 et 10 ans pour passer de l’idée au produit
commercialisé. Dans une SATT, il est fort probable que cela sera plus long.
Les gens qui pensent que l’équilibre des SATT se fera avant dix ans sous-
estiment les délais des cycles d’innovation qui doivent aussi intégrer des
phases industrielles et de commercialisation.
Au départ, beaucoup pensaient que c’était possible mais
aujourd’hui il y a une prise de conscience collective que l’équilibre
économique des SATT sera différé dans le temps. La France se classe en
5ème position pour la qualité de sa recherche mais dépasse la 20ème place
en matière d’innovation… Cela prouve bien qu’il y a une méconnaissance
des processus d’innovation en France, et cela ne se réglera pas en
quelques années. Il faudra du temps aux SATT pour obtenir des résultats
tangibles en termes de commercialisation et de retour sur investissement.
En outre, si on ajoute des contraintes comme la priorité de commercialiser
sur le territoire national par exemple, il y a peu de doutes sur le fait que
les SATT ne seront pas à l’équilibre dans dix ans ».
Les résultats des SATT, présentés dans votre rapport, ne sont pas
mis en corrélation avec l’effort de recherche des entreprises ni le produit
intérieur brut de l’écosystème d’une SATT. On peut en effet établir que le
chiffre d’affaires d’une SATT est corrélé à son tissu économique immédiat.
Or le tissu économique de la région Occitanie Est est parmi les plus faibles
de France, toutefois, la croissance du PIB y est parmi les plus fortes de
France et la région où l’emploi a progressé le plus dans les dernières
années notamment dans le secteur de l’industrie où l’innovation est un
facteur de compétitivité déterminant.

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222 COUR DES COMPTES

Sur la SATT AxLR


Vous mentionnez dans votre rapport qu’une création « ex-nihilo »
ne serait pas un point positif pour la viabilité de la SATT AxLR. L’exemple
de la SATT AxLR démontre, au contraire, qu’une création « ex-nihilo »,
dans un écosystème de l’innovation qui était dépourvu d’un DMTT
(Dispositif Mutualisé de Transfert de Technologie), n’a pas été un
handicap à la création mais un avantage. L’arrivée de la SATT a permis
une fédération extrêmement importante des acteurs de la recherche dès son
démarrage. La SATT AxLR a été créée par la volonté de 10 actionnaires et
sa gouvernance a permis de gagner la confiance de tous les autres
acteurs : le CHU de Montpellier, l’École des Mines d’Ales, l’INRA, le
CIRAD…
Dès les premiers mois de sa création, la SATT AxLR a aussi
conventionné avec des structures de transfert telles que INRA Transfert et
INSERM Transfert.
La SATT AxLR a contribué au renforcement de compétences pour
créer un continuum efficace en matière de création d’entreprise à fort
contenu technologique.
Vous mentionnez la co-conception sans mentionner la
co-maturation alors qu’il s’agit d’une pratique courante de la SATT
AxLR : 70 % des investissements se font en faveur d’entreprises qui
apportent des ressources au projet.
AxLR a un positionnement en phase avec les politiques des
collectivités territoriales qui vont entrer au capital de la SATT AxLR en
2018 : Montpellier Méditerranée Métropole et la Région Occitanie.
À ce sujet, je vous invite à lire les déclarations des élus dans la
dépêche n° 576142 datant du 29/11/2017 :
« Nadia Pellefigue, Vice-présidente de la Région Occitanie, en
charge du Développement économique, de la recherche, de l’innovation et
de l’enseignement supérieur, affirme également la volonté de la région
"d’entrer au capital de la Satt" (1). "Nous travaillons depuis plusieurs mois
avec le CGI et la CDC pour voir les meilleures modalités d’entrée au
capital d’AxLR", assure-t-elle. "Nous voulons démontrer la capacité de
produire un modèle qui pourrait être inspirant. C’est un acte de foi, dans
une période de défiance de l’action publique, de montrer que nous pouvons
produire de l’innovation au service de nos territoires et de l’humain",
poursuit la vice-présidente ».
« Chantal Marion, vice-présidente de Montpellier Méditerranée
métropole, annonce également l’entrée prochaine de la métropole de

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 223

Montpellier au capital de la Satt. "Nous souhaitons être un partenaire de


tout premier ordre d’AxLR et je crois que nous serons la première
métropole de France à s’engager dans cette voie", se félicite-t-elle. "Je ne
suis pas surpris que cette métropole et cette région soient les premières
collectivités avec lesquelles nous allons acter cette première entrée au
capital d’une Satt", salue Mehdi Gmar, Directeur adjoint du programme
valorisation de la recherche. "On ne peut que se réjouir que la métropole
et la région continuent à soutenir la Satt, cela prouve la pertinence du
modèle", fait-il observer. "La prochaine entrée de la région et de la
métropole au capital d’AxLR est un signe très positif. Quand la région et
la métropole s’entendent et convergent, cela va évidemment dans le bon
sens", note quant à lui Pierre Pouëssel, Préfet de l’Hérault. »
Une stratégie cohérente du gouvernement de la France
Un fond d’investissement permettant de soutenir l’innovation de
rupture vient d’être créé sous l’impulsion du Président de la République,
Emmanuel Macron. Les SATT seront en première ligne pour proposer des
innovations de rupture permettant de faire émerger des leaders et non des
suiveurs de l’innovation. La mise en place de ce fonds d’investissement
renforce la cohérence du dispositif d’innovation et l’intervention de la
puissance publique.
Je considère que les Satt sont une expérimentation unique dans le
monde qui suscite beaucoup d’espoir car le développement économique de
la France dépend de sa capacité à produire des innovations et à les porter
sur le marché.
La SATT AxLR a deux ambitions :
 Augmenter la compétitivité des entreprises nationales et régionales à
travers des opérations de transfert.
 Promouvoir la création de nouvelles entreprises capables d’apporter
des innovations sur des nouveaux marchés compensant ainsi la
disparition des vieilles industries.
Concernant le premier point il est extrêmement important de
souligner que la SATT est soucieuse de couvrir un échelon régional et
national et que la stratégie de la SATT est de s’appuyer sur les réseaux
(pôles de compétitivité) et les agences régionales de l’innovation.
Je souhaite mentionner que l’incubateur régional LRI (Languedoc-
Roussillon Incubation) a été intégré dans la SATT AxLR au 1er janvier
2018, renforçant ainsi notre stratégie de création et d’accompagnement
des start-up jusqu’à la première levée de fonds.

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224 COUR DES COMPTES

Je souhaiterais aussi porter à votre connaissance que le site de


Montpellier a obtenu un I-Site qui permet de fédérer les acteurs autour
d’un projet et une stratégie commune.
L’I-Site MUSE « Montpellier Université d’Excellence » mobilise les
forces de 19 institutions vers une ambition commune : faire émerger à
Montpellier une université thématique de recherche intensive,
internationalement reconnue pour son impact dans les domaines liés à
l’agriculture, l’environnement et la santé, susceptible de devenir pour tous
les membres du consortium un partenaire académique auquel ils seront
fortement liés et dont ils pourront se prévaloir.
Avec une importante concentration scientifique dans les domaines
de l’agriculture, de l’environnement et de la santé sur le territoire
montpelliérain, MUSE fédère une communauté scientifique,
institutionnelle et économique pour répondre à trois défis majeurs et
interdépendants, alignés avec l’Agenda 2030 des Nations Unies sur les
objectifs du développement durable et l’accord de Paris sur le changement
climatique.
Le PIA a permis d’entreprendre et de créer des outils en parfaite
cohérence avec la volonté des acteurs du périmètre de la SATT AxLR. Il
existe à ce jour une mobilisation collective afin que la SATT AxLR puisse
relever des défis de développement économique et de structuration du site
qui vont bien au-delà de son équilibre comptable à 10 ans ; cela prendra
du temps, mais la volonté collective est bien présente pour surmonter étape
par étape les difficultés suscitées par le changement de modèle.
Il eut été intéressant d’approfondir l’impact socio-économique des
SATT et de la SATT AxLR.
Une analyse au 31/12/2017 permet de calculer que les SATT ont
créé plus de 1 000 nouveaux emplois dans les start-ups issues de la
maturation de projet. Le suivi de la croissance et de l’emploi de ces
nouvelles entreprises est un élément extrêmement important pour évaluer
l’apport des SATT sur le territoire national.
Sur l’ensemble des ingénieurs de maturation recrutés par les SATT,
qui se trouvaient dans une situation de non emploi avant leur entrée dans
l’une des 14 SATT, le taux de reclassement moyen est de 70 %. Il s’agit
d’une main d’œuvre hautement qualifiée qui retrouve un emploi dans des
secteurs à forte valeur ajoutée, on décompte à ce jour plusieurs centaines
de recrutement post CCD au sein de la SATT. L’expérience de ces cadres,
acquise au sein d’une SATT, est perçue positivement par les entreprises
permettant une insertion rapide (90 % des ingénieurs maturation trouvent

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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 225

un emploi en moins de 3 mois) de ces profils au sein d’entreprises


innovantes (PME principalement).
Il eut été intéressant de quantifier la part des investissements
profitant à des entreprises du territoire national qui, au travers de la
commande publique, ont acquis de nouvelles compétences ou de nouveaux
marchés.
Le transfert, aux SATT, des charges de la propriété intellectuelle des
établissements actionnaires est aussi un point qui n’a pas été indiqué dans
votre rapport alors qu’il représente une économie substantielle au sein des
établissements actionnaires.
Le rapport publié en 2007, sous l’égide de l’inspection générale des
finances et de l’inspection générale de l’administration générale de
l’administration de l’éducation nationale et de la recherche « Rapport sur
la valorisation de la recherche » pointait les faiblesses du système de
valorisation en France.
Monsieur Emmanuel Macron, alors inspecteur des finances, était
associé à ce bilan. Plusieurs propositions y étaient formulées dont la
plupart ont été inscrites dans les feuilles de route des SATT. Votre rapport
est totalement muet à ce sujet alors qu’il aurait permis d’établir un
comparatif des progrès réalisés avant et après l’arrivée des SATT.
L’analyse aurait porté sur une période de 10 ans ce qui est une durée
adéquate pour évaluer l’évolution de la valorisation de la recherche en
France.

RÉPONSE DU PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ D’ACCÉLÉRATION


DU TRANSFERT DE TECHNOLOGIES (SATT) GRAND CENTRE

I - Éléments généraux sur la SATT Grand Centre


La SATT Grand Centre a été créée en mai 2013. L’évaluation
réalisée à la demande de l’État dont les résultats n’ont pas été rendus
publics a mis en évidence un certain nombre de points faibles. À la
demande du Commissariat Général à l'Investissement, un plan de
redressement a été co-construit par les actionnaires à partir du printemps
2017.
Dans le contexte d’une nécessaire transformation en profondeur de
la SATT, les administrateurs, tout en reconnaissant la qualité du travail
réalisé par le président, Daniel Burtin, dont le mandat arrivait à échéance,
ont décidé lors du CA du 30 mai 2017 de ne pas procéder à la reconduction

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226 COUR DES COMPTES

de son mandat. Ils m'ont désigné président et demandé de poursuivre le


pilotage de l’élaboration du plan de redressement de la SATT.
Ce plan d'action pour la SATT Grand Centre, sur un périmètre
territorial inchangé, a été présenté en Comité de Gestion SATT le
27 octobre 2017. Il reposait sur plusieurs idées fortes dont les principales
consistent en :
- une mutualisation fonctionnelle des équipes valo/transfert de la SATT
et des établissements dans le cadre de Business Units ;
- la mise en place d'un management intermédiaire piloté depuis le siège
de la SATT avec une centralisation de l'exécution des dépenses et des
décisions d'investissement ;
- une stratégie d'investissement intégrant la dimension « marchés » dès
la constitution des dossiers et coordonnée par une direction dédiée ;
- une mise en synergie avec l’ensemble de acteurs de l'écosystème
d'innovation du territoire de la SATT (c'est-à-dire les collectivités
avec en première place les Régions avec leur structuration de
l’innovation, les organismes de recherche non actionnaires de la
SATT, les directions régionales d’acteurs nationaux, les pôles de
compétitivité) ;
- un dialogue renouvelé ou créé avec les exécutifs des Régions
d’implantation de la SATT.
L'analyse de l’État actionnaire s'est poursuivie jusqu’à une prise de
position énoncée lors du Conseil d'Administration de la SATT du 6 février
2018. Les conclusions de l'évaluation de 2016 ont pointé des résultats
insuffisants, dus notamment au manque d’appropriation par les
actionnaires académiques et à son étalement géographique et thématique.
Le plan de redressement proposé à l'automne 2017 par les
établissements actionnaires ne répondait pas à l'ensemble des attentes et
des recommandations formulées par l’État. Néanmoins, il faisait
apparaitre une dynamique positive de mutualisation de la maturation et
l’État a souligné la qualité du travail réalisé par les établissements
actionnaires sous votre coordination.
Après une analyse du potentiel de valorisation sur le périmètre
couvert actuellement par la SATT, il est apparu qu’un soutien à la
valorisation doit y être maintenu mais selon un ou des modèles alternatifs
à celui d’une SATT, telle que définie lors de l’appel à projet initial. En
particulier, les structures juridiques porteuses qui devront être en

Les outils du programme d’investissements d’avenir (PIA) consacrés à la valorisation de la recherche publique - mars 2018
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RÉPONSES DES ADMINISTRATIONS ET DES ORGANISMES CONCERNÉS 227

adéquation avec les ambitions des nouveaux périmètres d’intervention ne


seront pas nécessairement des sociétés par actions simplifiées.
L'initiative de cette évolution aux actionnaires académiques qui
prendront en compte les spécificités locales en matière d'innovation, que
celles-ci résultent de l’organisation territoriale ou de connexions
thématiques et historiques entre acteurs de l'enseignement supérieur et de
la recherche. Des scenarii vertueux en termes de soutien aux salariés et de
gestion prévisionnelle des emplois et des compétences seront recherchés,
ainsi qu'une logique de mutualisation des moyens de valorisation entre
plusieurs établissements.
Dans ces conditions, l'année 2018 sera une année de transition et
d'évolution de la SATT Grand Centre en plusieurs structures de
valorisation de moindre étendue géographique, et de plus forte densité
académique et thématique.

RÉPONSE DU PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ D’ACCÉLÉRATION


DU TRANSFERT DE TECHNOLOGIES (SATT) OUEST
VALORISATION

Après autorisation expresse obtenue auprès de vos services, par


échange de courriel en date du 12 février, le Président de la SATT Ouest
Valorisation a adressé aux administrateurs de la SATT le rapport public.
Réunis ce jour en séance de travail ces derniers ont souhaité adresser à la
Cour une réponse relative aux éléments concernant la SATT Ouest
Valorisation.
En préalable, les administrateurs, ont été particulièrement sensibles
à la qualité du travail accompli par la Cour mettant en perspective la
valorisation de la recherche et son rôle pour la compétitivité de la France.
Dans le rapport, vous avez bien voulu relever que la SATT Ouest
Valorisation a connu une progression satisfaisante et trouvé un modus
operandi efficace et susceptible, comme le souhaite l’ensemble de ses
actionnaires, d’en assurer la viabilité. À cet égard, les administrateurs
souhaiteraient faire état de trois points particulièrement éclairants sur la
trajectoire de développement de la société de valorisation.
En premier lieu, affirmée dès la création de la SATT Ouest
Valorisation, l’implication de ses actionnaires s’inscrit dans la durée. À
cet égard, plus de cinq ans après le lancement de la SATT, les
administrateurs considèrent que le financement PIA1-SATT FNV constitue
un levier financier majeur pour la valorisation des résultats de la

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recherche française, ainsi qu’un outil de transformation des métiers ce qui


permet d’impliquer toujours plus de chercheurs dans la mission de
valorisation de la recherche, et ce dans une vision renouvelée.
La Cour a mis en exergue le rôle central de l’affectio societatis
comme critère de succès d’une SATT. En l’occurrence les administrateurs
souscrivent à cette analyse et voient dans l’adhésion des actionnaires de
Ouest Valorisation un gage de robustesse et de pérennité de cette dernière.
Deuxièmement, le périmètre d’activité de la SATT Ouest
Valorisation répond pleinement à la définition de la valorisation de la
recherche publique telle que proposée par la Cour.
Le choix initial d’un périmètre d’activité embrassant les
partenariats industriels et le transfert de technologies s’est fondé sur
l’expérience du Dispositif Mutualisé du Transfert de Technologie
préexistant. L’ambition était de capitaliser sur ce dispositif de
mutualisation à l’échelle régionale pour construire une SATT à l’échelle
bi-régionale.
Ouest Valorisation déploie donc son activité sur l’ensemble de la
chaine de valorisation (négociation des projets de recherche et transfert
de technologies), tout en mobilisant ses capacités d’investissements pour
renforcer le portefeuille de propriété intellectuelle et financer les étapes de
maturation des projets.
Enfin, la SATT Ouest Valorisation porte une ambition partagée qui
a permis de disposer d’une politique de valorisation bi-régionale robuste.
Les administrateurs soulignent également le travail complet mené par la
SATT pour s’insérer dans ses écosystèmes. Cela s’est traduit par des
conventionnements opérationnels avec les principaux partenaires de
l’innovation.

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