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limons et lœss

par J. LEPLAT
Géologue
Chef de la Section Géologie
au Laboratoire Régional de Lille.

Exposé présenté aux Journées de la Géologie Appliquée aux


problèmes des Ponts et Chaussées, organisées à Rouen les
12,13,14 mai 1965 par le Laboratoire Régional de Rouen et
le Laboratoire Central des Ponts et Chaussées

RÉSUMÉ A L'INTENTION DES PRATICIENS

Les limons se définissent essentiellement Les limons alluviaux sont essentiellement


comme des formations continentales aériennes représentés par les limons éoliens. Parmi ces
et subaériennes. Mais le même terme désigne derniers, les loess, accumulations de poussiè-
également les dépôts fins de crues fluviátiles res transportées par le vent sous conditions
(limons d'inondation) et, en géotechnique no- climatiques particulières, font l'objet d'un para-
tamment, la fraction granulométrique intermé- graphe spécial.
diaire entre sable et argile.

La recherche d'une classification valable du Le terme de loess a été donné par les habi-
point de vue de la géologie conduit à éliminer tants de la vallée du Rhin à un limon jaune
successivement les critères stratigraphique et pâle, calcarifère, doux au toucher, pulvérulent
pétrographique pour ne retenir que le critère mats assez cohérent pour tenir en parois ver-
génétique et distinguer, avec G. Dubois, des ticales. Le genèse de ces dépôts et des dépôts
limons éluviaux, colluviaux ét alluviaux. similaires connus un peu partout en France,
fut d'abord très discutée, et ce n'est que vers
Lès limons éluviaux résultent d'une < altéra- 1870 que V o n Richthofen émit l'hypothèse
tion sur place, avec remaniement nul ou fai- d'une origine éolienne, maintenant acceptée
ble » par les eaux météoriques chargées de par tous.
gaz carbonique et d'oxygène. De ce type sont
les rougeons, les limons panachés, les agaizes, Ainsi défini, le loess typique est un loess
les arènes, les lehms. massif, non stratifié, essentiellement constitué,
du point de vue minéralogique, d'une pous-
Les limons colluviaux résultent d'un entraî- sière de grains de quartz de 10 à 50 />, accom-
nement des matériaux meubles sur les pentes, pagnée de carbonate de chaux et de minéraux
sous l'effet du ruissellement ou de la soli- argileux.
fluxion.

2-1

Bull. Liaison Labo. Routiers P. e t C h . n ° 2 9 - Janv.-Fév. 1968 - Réf. 392


La genèse des loess est intimement liée Au point de vue chantier, les facteurs teneur
aux glaciations quaternaires ; les périodes gla- en eau naturelle et climat sont essentiels car
ciaires offraient en effet des conditions émi- la sensibilité à l'eau de ce type de sol est
nemment favorables à l'érosion et à la sédi- grande.
mentation éoliennes. Ainsi s'explique la répar-
tition géographique de ces formations, suivant Les terrassements par beau temps ne posent
deux bandes orientées Est-Ouest s'allongeant que peu de problèmes. Les limons loessiques
en bordure des fronts d'avancée extrême des sont en effet susceptibles d'un séchage rela-
glaciers alpin et Scandinave. tivement aisé, qu'il suffit de faciliter (par exem-
ple en travaillant en couches minces) pour
atteindre la plage des teneurs en eau compa-
* tible avec un bon compactage ; dans ces
** conditions ces sols sont parfaitement utilisa-
bles en remblais.
Deux remarques s'imposent avant d'aborder
l'étude géotechnique de deux types de limons Malheureusement, une grosse averse suffit
du Nord de la France : à rendre le chantier impraticable aux engins
— Le mot limon n'a pas pour le géotechnicien de terrassement, surtout si le drainage de la
le même sens que pour le géologue. Il plate-forme n'est pas assuré pendant les tra-
désigne en effet une fraction granulomé- vaux (par exemple grâce à un profil en toit).
trique intermédiaire entre sable et argile, et L'engin le mieux adapté au compactage des
par extension une famille de sols où cette limons semble être le rouleau à pieds de
fraction prédomine. mouton.
— Les limons au sens géologique du terme
peuvent se répartir en deux grands grou- Un traitement à la chaux vive permettrait
pes. Le premier comprend les limons élu- vraisemblablement de résoudre tous ces pro-
viaux et colluviaux, formations le plus sou- blèmes de terrassements, et notamment de
vent hétérogènes et irrégulièrement distri- réduire considérablement les arrêts de chan-
buées ; au second appartiennent les limons tier.
loessiques, dépôts relativement homogènes *
et susceptibles d'une distribution régulière
dans le cadre d'une région.
Les limons colluviaux dérivés de l'argile des
* Flandres se placent également dans la caté-
gorie des argiles peu plastiques de la classi-
** fication, mais à la limite des limons très plas-
Les essais d'identification classiques (teneurs tiques. Ces sols, beaucoup plus argileux que
en eau naturelles, analyses granulométriques, les précédents, peuvent être considérés comme
limites d'Atterberg) placent les limons loessi- inutilisables.
ques dans les argiles peu plastiques de la
classification L.P.C. ( W 27 à 36 % - Ip 9 à
*
**
L

15). Les courbes de compactage se regroupent


en un fuseau serré, la teneur en eau optimale La conclusion, axée sur les problèmes de
Proctor Normal variant de 14 à 16 % pour une terminologie, propose de généraliser l'emploi
densité sèche de 1,75 à 1,80 g / c m . L'indice
3
des termes génétiques et de rendre au mot
portant s'annule pratiquement pour une teneur limon son sens originel par l'introduction de
en eau de 20 % ; il est toujours inférieur à 5 termes essentiellement granulométriques tels
aux teneurs en eau naturelles dans nos que sablon, silt, poussière et poudre.
régions.
J. L.
On donne le nom de dépôts superficiels à toutes les formations issues de
l'altération en milieu continental de roches préexistantes, cette altération pouvant
ou non s'accompagner d'un phénomène de transport.

Au sein de ces dépôts de couverture, limons et loess occupent une place


importante, tant par leur extension à la surface du globe que par l'intérêt qu'ils
suscitent dans un certain nombre de domaines. En effet, si pour beaucoup de géo-
logues ce manteau superficiel, masquant le substratum, constitue plutôt une gêne,
il préoccupe en revanche les géotechniciens, les géographes, les pédologues... sans
oublier les préhistoriens.

LES TROIS SENS D U M O T LIMON Il - LIMONS D'INONDATION

Le terme de limon est également attribué à des


dépôts fins actuels, tels que les limons du fond
1 - LIMONS « STRICTO SENSU » des étangs et surtout les limons d'inondation ou de
crues fluviátiles.
Pour L. Cayeux, « on désigne couramment sous
le nom de limons, en donnant à ce terme son accep- Ces limons s'apparenteraient plutôt aux boues et
tion la plus compréhensive, des dépôts meubles accu- aux vases fluviátiles.
mulés à l'époque pleistocène dans certains grands
bassins fluviátiles, sous des influences encore sujettes
à discussion ».
III - LIMONS - SILTS
G. Dubois précise : « roches plus ou moins meu-
bles et friables, tantôt cohérentes, tantôt pulvéru- Ce terme exprime enfin, d'une façon très générale,
lentes, faisant parfois pâte avec l'eau, pouvant une fraction granulométrique, mise en évidence par
contenir des graviers, des cailloux roulés, des analyse mécanique, et très variable suivant les au-
concrétions, et recouvrant d'un manteau plus ou teurs, mais dont les bornes extrêmes sont 1 et 100 ^
moins continu, sur les plateaux et sur les pentes, (2 à 20 /x pour la classification employée par les
les roches de différents âges ». Et, considérant, que Laboratoires des Ponts et Chaussées).
d'une part l'accumulation de ces limons est en
relation avec les glaciations quaternaires, que d'autre Par extension, on donne le nom de « limon » à tout
part leur faune se compose surtout de gastéropodes dépôt montrant une prédominance de cette fraction
et de mammifères terrestres, il les définit comme « limoneuse ».
des « formations continentales aériennes et sub-
Dans ce sens, le « limon » doit être rapproché
aériennes ».
du silt anglo-saxon.

Ces formations groupent :

— des éluvions,
(1) Nous en excluons les alluvions fluviátiles ou limons
— des colluvions,
d'inondation, en raison de leurs caractères très particuliers :
— des alluvions (1). localisation dans les vallées, sédimentation dans l'eau.

2-3
CHOIX D'UN CRITÈRE Cette classification, tout en restant valable dans
un cadre local, n'était pas susceptible de générali-
DE CLASSIFICATION sation. Nous verrons en effet dans le cours de cet
exposé qu'une succession stratigraphique de ce
genre caractérise un type de limon bien particulier.

I - CRITERE STRATIGRAPHIQUE Il • CRITERE PETROGRAPHIQUE

Vers 1880, J. Ladrière, à l'issue d'observations Par la suite, d'autres savants firent appel à des
effectuées dans le Nord de la France, établissait considérations minéralogiques et physico-chimiques.
une stratigraphie détaillée des terrains pleistocenes. Signalons dans ce domaine les recherches de
Nous reproduisons dans le Tableau I sa classifica- L. Cayeux, V. Malycheff, V. Agafonoff et A. Demolon,
tion, ainsi qu'une coupe relevée par lui-même dans pour ne citer que les auteurs les plus récents, sur
les environs de Bavai. différents limons du Bassin Parisien.

L. Cayeux, examinant au microscope des coupes


d'ergeron, y reconnaît essentiellement une poussière
de quartz, accompagné de calcite, d'argile et d'hy-
droxyde de fer. Les minéraux lourds représentés
sont le zircon, la muscovite, la magnétite, la tour-
TABLEAU I maline, le rutile, la glauconie, l'anatase et l'amphibole
hornblende.

Il note aussi une totale absence de classement se


COUPE relevée dans traduisant pour les grains de quartz par des varia-
une tranchée des tions de dimensions de 1 à 500.
environs de Bavai Ces caractères se retrouvent, avec de nombreuses
variantes dans le détail, chez les autres limons,
excluant l'idée d'une classification lithologique.
Limon supérieur limon feuilleté brun-
(terre à briques) rougeâtre
-a
Q. Limon sableux limon jaune d'ocre fin, Ill - CRITERE GENETIQUE
(Ergeron ou limon sableux
3 ,

•I
I f
bariolé) C'est pourquoi, finalement, nous retiendrons com-
me critère de classification le mode de formation
GRAVIER SUPÉRIEUR
de ces dépôts ; et avec G. Dubois nous envisa-
gerons successivement les limons éluviaux, les
Limon gris-cendré limon blanchâtre à limons de ruissellement, les limons de solifluxion
à succinées et manganèse et les limons éoliens.
nodules d'oxyde
de Mn

Limon fendillé limon fendillé, plus 0

(schistoîde) argileux, plus foncé "~


•a
Limon sableux limon jaune clair, «,
doux à points sableux, très doux -i
noirs CLASSIFICATION DES LIMONS

panaché limon panaché

GRAVIER MOYEN Nous adopterons le schéma suivant :

1 - Limons formés par altération sur place du sub-


Tourbe limon tourbeux stratum = limons éluviaux.
Glaise limon gris-bleuâtre,
très argileux, très 2 - Limons formés par entraînement d'éléments sur
c
plastique une pente = limons colluviaux.
a) par l'eau courante : limons de ruissellement
'5 I Diluvium et sable
a» ( = limons de lavage)
< b) par la gravité : limons de solifluxion.

2-4
»1
H : haute terrasse,
M
M, M : moyennes terrasses,
B : basse terrasse, M

A : plaine alluviale actuelle,


a , a*, a , a , a
1 3 4 5
: dépôts successifs d'alluvions
au cours du creusement de la vallée,
I 1
: limons anciens,
I 3
: limons loessiques récents (ergerons lehmifiés en surface),
r : limons de ruissellement postérieur à la formation des limons loessiques récents

Fig. 1 - Coupe schématique du flanc d'une vallée du Nord de la France, montrant la répartition la plus fréquente des limons
d'après G. Dubois.

3 - Limons formés par accumulation d'éléments gris panachés de roux. La panachure résulterait
transportés par un fluide en mouvement = d'une rubéfaction plus rapide des zones plus per-
limons alluviaux méables (en fonction de la granulometrie ou des
par l'air : limons éoliens diaclases).

(pour mémoire : par l'eau : limons d'inondation) Dans le Nord de la France on retrouve ce type
dans les limons très argileux gris et roux, produits
d'altération de l'argile des Flandres yprésienne et
les limons sablo-argileux gris-vert ét roux, produits
I - LIMONS ELUVIAUX d'altération du grès-tuffeau landénien (fig. 2-3-4
<'t 5)-
Ils sont le résultat d'une « altération sur place,
avec remaniement nul ou faible ».

Cette altération procède essentiellement de phé-


nomènes chimiques : dissolution (calcaires) et oxy- c) Agaizes
dation (sels de fer) par les eaux météoriques char-
Les plateaux primaires de l'Ardenne sont couverts
gées de gaz carbonique et d'oxygène. Elle est en
d'un dépôt limoneux qui porte le nom d'agaize. Ce
général préparée par des agents physiques (chan-
gements de température, de teneur en eau, de volu- limon est formé sur place par altération de schistes
me de l'eau) et biologiques (racines) qui assurent et quartzites.
la désagrégation de la roche-mère. Il contient, principalement à la base, des débris,
anguleux et de dimensions variables, de la roche-
G. Dubois, qui a surtout envisagé la France sep-
mère (éclats de schiste, cailloux de quartzite), à
tentrionale, y distingue, d'après leur aspect, les
laquelle il passe progressivement.
rougeons, les panachés, les agaizes, les arènes.

a) Rougeons (2)
Ils représentent le produit d'altération des roches d) Arènes
calcaires : dissolution du calcaire et oxydation des Ce terme désigne généralement un sable grossier
sels de fer entraînant la rubéfaction. issu de l'altération sur place des roches cristallines ;
le type en est l'arène granitique, que l'on rencontre
De teinte brune à rousse, plutôt argileux, ils se
couramment en Bretagne.
rencontrent sur les plateaux calcaires parisien, nor-
mand, picard, etc. et portent les dénominations Pour G. Dubois « l'arène granitique est un limon
locale de rougeon, rouget, argile rouge à silex, bief, panaché à grain très gros ».
bief à silex...

b) Limons panachés
(2) D'après des études récentes, il semble que ces rou-
L'altération, accompagnée d'un faible transport, geons doivent rentrer dans la catégorie des colluvions —
des roches dépourvues de calcaire engendre des seule l'argile noire des poches de dissolution est stricte-
limons généralement hétérogènes, argilo-sableux, ment eluviale.

2-5
Fig. 2 - Carrière Bar-Flines-les-Roches.

Le marteau ~ 50 cm — est planté à la limite limons-argile,

en haut : limons argilo-sableux panachés gris-vert et r o u i l l e ;

en bas : argile des Flandres gris-bleu (Yprésien).

Fig. 3 - Carrière de la Société Nouvelle


des Briqueteries du N o r d , à Templeuve.
Limons-argilo-sableux panachés verdâtre et
rouille reposant sur les sables landéniens
à la limite d'extraction de l'argile des Flan-
dres yprésienne. Ces limons sont utilisés
comme terre à briques.
(la spatule mesure 0,22 m)

Fig. 4 - Fouilles de la Cité Scientifique d'Annappes


Superposition « limon brun »
« limon vert » sur tuffeau landénien.

2-6
Fig. 5 - Carrière de la briqueterie à An-
nappes.
Limon sur tuffeau. Limon peu épais d'ori-
gine eluviale dérivé du tuffeau landénien
sous-jacent. La spatule marque la limite
approximative limon-tuffeau (le ruban
est un mètre).

« Lehm -

Fig. 6 - Ancienne carrière près de Saint-


Quentin - Remarquer le débit prismatique
de ce type de limon.

fcr
Fig. 7 - Exploitation de « terre à briques •
Autoroute A1
Echangeur de Seclin.

2-7
e) Lehms a) Limons de ruissellement
Les lehms sont des limons éluviaux particuliers, De tels limons se constituent à partir de limons
résultant de l'altération sur place de limons calcaires préexistants (limons éluviaux, limons de solifluxion,
d'origine éolienne appelé loess (ces deux termes, loess) ou de roches meubles.
indissociables, seront précisés ultérieurement)
Un caractère distinctif de ces dépôts est leur stra-
(fig. 6).
tification. Au- fond des vallées, ils peuvent alimenter
Le calcaire, entraîné en dissolution par les eaux la plaine alluviale, et passer latéralement aux allu-
d'infiltration, s'accumule dans les horizons sous- vions d'inondation.
jacents sous forme de concrétions. Cette décalcifi-
L'entraînement de matières organiques arrachées
cation s'accompagne d'une rubéfaction par oxydation
aux sols de végétation se traduit souvent par la
des sels de fer.
présence de lits noirâtres, ainsi que par une teinte
Les limons « s u p é r i e u r » (terre à briques) (fig. y) grise obtenue par réduction des oxydes.
et « fendillé » de Ladrière sont de bons exemples de
Les limons de ruissellement peuvent avoir tous
lehm.
les âges : ils se forment encore actuellement lors
Il faut remarquer que I" « éluvial » pur est très de violents orages. Cependant, certaines périodes
rare ; il évolue naturellement vers le « colluvial ». climatiques très humides ont dû se montrer plus
favorables à leur accumulation (périodes intergla-
ciaires ou postglaciaires).

Il - LIMONS COLLUVIAUX Certaines coulées argileuses de la Flandre, les


coulées sableuses descendues des dunes, sont bien
représentatives de ce genre de limon.
Sur les pentes, l'entraînement des matériaux meu-
bles, par les eaux de ruissellement seules ou par
gravité, donne naissance aux limons de ruissellement b) Limons de solifluxion
et de solifluxion (fig. 8).
Sur les pentes des vallées crayeuses de Picardie
s'observent des formations éboullques crayeuses,
mimant parfois une véritable craie, auxquelles on
donne le nom de presle (Commont). Des coulées
d'argile à silex, de dépôts caillouteux s'y rencontrent
également, que le ruissellement seul ne peut expli-
quer, mais qui par contre s'interprètent très facile-
ment à la lumière des phénomènes de solifluxion.

Dans les régions très froides, mais dépourvues


de glaciers, le sous-sol reste constamment gelé
Fig. 8 - Grande carrière du M o n t des (pergélisol, ou tjàle en Scandinavie). Pendant la
Cats. saison chaude, le dégel affecte la partie superfi-
Limops sableux, d'origine colluviale re- cielle qui, si le sol est incliné, peut couler sur le
couvrant les pentes du M o n t des Cats. substratum imperméable, et donner naissance à des
coulées de boues ou de pierres.

Certains auteurs voient dans les cailloutls des


loess des témoins de solifluxion, le matériel soliflué
ayant pu être par la suite débarrassé de ses élé-
ments fins^ par les eaux de ruissellement.

III - LIMONS EOLIENS


Dans certains cas bien particuliers, le vent est un
agent d'érosion et de transport très important.

Actuellement son action, quoique spectaculaire,


est très localisée (plages de sable (3), déserts).

Les accumulations importantes de limons éoliens,


que nous allons maintenant étudier dans un chapitre
particulier, relèvent de conditions climatiques spé-
ciales, propres à certaines époques de l'ère quater-
naire.

(3) Pour G. Dubois, le sable de dunes est un limon éolien


typique.

2-8
LE LŒSS

I - GENERALITES

a) Origine du terme de loess - Caractères du


loess rhénan
Les habitants de la vallée du Rhin ont donné le
nom de loess (4) à un limon jaune clair calcarifère
doux au toucher, pulvérulent et cependant assez
cohérent pour se maintenir en parois verticales.

De fins canalicules traversent la masse du loess ;


ce sont les vides laissés par d'anciennes racines
de plantes herbacées. Le carbonate de chaux peut
en tapisser les parois et se présenter alors sous la
forme de petits tubes.

Il est également susceptible de constituer des


concrétions plus volumineuses appelées poupées de
loess (lôss kindel). Enfin, le loess est souvent fos-
silifère ; on y découvre une faune de gastéropodes
terrestres parmi lesquels les genres Hélix, Pupa,
Succinca (fig. p) sont les plus fréquemment repré-
sentés.

b) Mode de formation et définition du loess


En France, des limons identiques au loess rhénan
sont connus depuis très longtemps ; ils portent des
noms locaux, fauvet en Normandie (fig. w et n),
ergeron dans le Nord de la France, qui sont restés
dans le langage géologique.

Vers 1840, d'Archiac se servait déjà du terme de


loess pour qualifier les limons du Nord de la France
et du Bassin Rhodanien ; mais l'origine de ces for-
mations était alors très discutée : dépôts marins ou
lacustres, dépôts fluviátiles d'inondation, etc. Fig. 9 - Sondages de reconnaissance - Autoroute A 25 -
S-601. Fossiles de Loess (grandeur nature). Gastéropodes
C'est à Von Richthofen, en 1870, que revint le terrestres appartenant aux genres Pupa, Succinea, Hélix.
mérite d'en donner une explication satisfaisante. A
la suite de recherches sur la « terre jaune » de
Chine, il la considéra comme une accumulation en
pays de steppes de poussières transportées par le
vent, et en fit l'homologue du loess rhénan. Cette Il - CARACTERES DES LOESS
hypothèse, acceptée depuis lors par la majorité des
géologues, contribua largement à vulgariser le terme a) Notion de loess typique
de loess et à lui donner sa signification actuelle de
On appelle loess typique un loess massif, non
Limon Eolien.
stratifié, dont la majorité des grains de quartz cons-
titutifs se répartissent dans la fraction granulomé-
c) Limons loessiques - Complexes loessiques trique 1 0 - 5 0 /x. La proportion de carbonate de
chaux varie de 10 à 30 % .
Une formation loessique n'est jamais parfaitement
homogène ; elle révèle des lits sableux, caillouteux,
argileux, des zones décalcifiées et rubéfiées, qui b) Constitution minéralogique
marquent un arrêt dans l'accumulation loessique, et
b.i - Quarts
s'expliquent par les phénomènes de ruissellement,
de solifluxion et d'altération sur place. La fraction fine, de loin la plus importante, com-
porte presque exclusivement des grains non usés,
C'est pourquoi certains auteurs ont introduit les
anguleux, très souvent aplatis (éclats).
notions plus générales de « limons loessiques », ou
de « complexes loessiques », pour évoquer les for- Dans la fraction plus grossière, sableuse, les
mations limoneuses à dominante loessique. grains à angles émoussés prédominent.

(4) Ce terme, tiré de l'allemand lose, exprime le carac- Les grains bien arrondis, dépolis, caractéristiques
tère friable de ce dépôt. d'une intervention éolienne, sont exceptionnels.

2-9
2-10
b.2. - Carbonate de chaux

Le carbonate de chaux est représenté par :


— des éléments détritiques : débris de craie, de
calcaires...
— de la calcite, détritique ou de néoformation,
sous forme de petits grains, de rhomboèdres.
— des concrétions.

Les concrétions sont de deux types :

• en tubes, formés par accumulation du carbonate


de chaux autour des racines de plantes herba-
cées (5). Certains atteignent plusieurs cm de lon-
gueur pour un diamètre de quelques mm. L'examen
de ces tubes en lame mince montre des grains de
quartz cimentés par la calcite.
Fig. 12 - Concrétion calcaire des limons du sondage S1
' • en « poupées du loess » (figures 12, I J et 14) de la carrière de la tuilerie de Beuvry.
(en allemand lôss kindel). Beaucoup plus grosses
(jusqu'à 10 cm dans leur plus grande dimension),
elles prennent les formes les plus diverses. Leur
constitution en lame mince est identique à celle des
tubes.

6.3. - Argile

Du point de vue de l'analyse granulométrique, on


a coutume de définir l'argile des loess comme la
fraction inférieure à une certaine limite (2 ^ pour la
classification adoptée par les Laboratoires des Ponts
et Chaussées). Cette fraction fine contient certaine-
ment la plus grande partie des minéraux argileux,
mais elle recèle aussi, dans le cas des loess, de
minuscules grains de quartz, de calcite, ...

• Les minéraux argileux des loess européens

En Europe, les minéraux argileux des loess sont


essentiellement représentés par l'illite et la chlorite.
Pour G. Millot, leur origine serait « purement méca- Fig. 13 - Concrétion calcaire des limons de la carrière de
nique ». la tuilerie de Beuvry - la cassure laisse voir les fentes de
retrait.
Caillère et Malycheff (1957), analysant une série
de loess du Bassin de Paris, y reconnaissent l'illite
dominante, associée à la kaolinite et un peu de
montmorillonite.
Millot, Camez et Wernert (1957), Camez et Roth
(1957), Camez (1962), montrent la présence dans les
loess d'Alsace de l'illite et de la chlorite en parties
égales.

Schroeder (1955) trouve dans les loess du Hano-


vre de l'illite et des interstratifiés illite-montmorillo-
nite.

' • Altération des loess en lehms

En Alsace, l'altération des loess se traduit par une


dégradation de la chlorite, entraînant des variations
de la composition argileuse : l'illite devient domi-
nante. Un stade d'altération plus poussé conduirait

Fig. 14 - Concrétions calcaires des limons du sondage S 1 -


(5) Ou dans les vides qu'elles ont laissés. à Wattrelos.

2-11
TABLEAU II

(1) Environs de Cambrai Plateau de


Hohnheim
Villejuif Loess de
environs
(1) carrière
de Strasbourg Chihli (3)
Lafontaine
loess décalcifié loess (2) Loess
Loess

• Si0 2 72,92 66,38 59,46 54,36 55,70

Aua 9,47 8,32 7,54 8,05 13,27

Fe 0 2 2 5,29 2,71 2,42 2,34 5,10

FeO 0,71 0,40 0,71 0,78 —

MnO 0,09 0,08 0,07 — —

MgO 0,83 0,77 0,96 3,55 2,37

CaO 0,82 7,66 12,52 14,41 7,15

Na 0 2 0,92 1,52 1,16 1,68 1,51

K 0
2 1,80 1,65 1,63 1,97 —

Ti0 2 0,98 0,58 0,78 — 0,60

P 0
2 5 0,16 0,07 0,12 — 0,18

C0 2 0, 5,26 8,58 12,03 8,20

2,70 1,45 1,80 1,55


H 0
2 3,20
3,62 3,02 2,26 —

100,31 99,87 100,01 100,72 97,28

(1) Agafonoff (2) Meigen et Schering (3) Lee

au remplacement de l'illite par la vermiculite, pour L'étude de ces associations donne des indications
finalement aboutir à la montmorlllonite (loess du précieuses sur la provenance des loess.
W i s c o n s i n - U.S.A.).

b.4. - Eléments accessoires


• Fragments de roches
Ils consistent en un certain nombre de minéraux
(autres que le quartz et la calcite) et débris de ro- Les fragments de roches, généralement absents
ches ; l'intérêt qu'ils suscitent s'explique par leur des loess typiques, se rencontrent surtout dans la
origine incontestablement détritique. fraction grossière des limons loessiques.
— Leur origine est souvent locale : débris de
• Minéraux accessoires craie et éclats de silex en pays crayeux, fragments
de meulière (Brie) ou de calcaire (Beauce), sable
Leurs associations sont souvent caractéristiques grossier d'origine vosgienne en Alsace...
d'une région donnée. Dans l'ergeron du Bassin Pa-
risien, Cayeux reconnaît le zircon en cristaux et en — Cependant, certains éléments peuvent se ré-
grains, la muscovite, la magnétite, la tourmaline, le clamer d'une origine plus lointaine. C'est le cas des
rutile (cristaux et grains), la glauconie, l'anatase, foraminifères remaniés mis en évidence dans les
l'amphibole hornblende. loess du Bassin Parisien. Cayeux cite les genres
fissurina, orbulina, et plus rarement, rotalia, globige-
Les loess du bassin rhodanien contiennent, en plus rina et textularia ; il les rapporte à une craie turo-
de ces minéraux, l'épidote, la glaucophane, l'augite, nienne ou même cénomanienne qui n'affleure pas
le corindon, le grenat, la biotite, et des feldspaths... dans ces régions.

2-12
4

c) Composition chimique A u maximum de son extension, l'immense calotte


glaciaire S c a n d i n a v e recouvrait une grande partie
Dans le tableau II figurent les résultats d'analyses de la Russie et de la Pologne, toute l'Allemagne du
chimiques empruntées à Agafonoff, Meigen et Sche- Nord, la Hollande, et l'Est de l'Angleterre. Les géo-
ring, Lee, et qui se rapportent à des loess du logues de ces pays admettent généralement l'exis-
Bassin Parisien, de la plaine rhénane et de Chine. tence de trois glaciations, dénommées Elster, Saale
Ces analyses font apparaître un certain nombre de et Vistule (fig. 15J.
caractères communs :
Quant aux glaces alpines, elles s'étendaient sur
• une prédominance de la silice : 60 % en le Bas-Dauphiné, la région lyonnaise jusqu'au pied
moyenne, du Massif Central, le plateau suisse et la majeure
• un fort pourcentage en chaux et alumine, partie de la plaine bavaroise. Dans les Alpes bava-
• la présence du fer et des métaux alcalins. roises et souabes, Penck et Brùckner ont reconnu
les traces de quatre glaciations : Gùnz, Mindel, Riss
Parallèlement, l'importance comparée de ces élé- et Wurm).
ments prédominants semble liée à la distribution
géographique. Ainsi, les loess du Bassin Parisien
seraient les plus siliceux, ceux de Chine les plus b) Conditions de formation des loess
alumineux, et ceux d'Alsace les plus riches en
( C a - M g ) 0. 6.1. - On ne peut concevoir la formation du loess
que sous un climat froid et sec, propre à l'implan-
L'altération des loss en lehms, sous l'influence tation d'une steppe herbeuse où peuvent s'accumuler
des eaux d'infiltration, se traduit par un enrichisse- et se fixer les poussières transportées par le vent.
ment en alumine et en fer, et par un appauvrisse- Quant à l'origine de ces poussières, il faut la
ment en (Ca - Mg) 0. rechercher dans les régions dénudées, favorables à
l'érosion éolienne.

Ces conditions étaient réalisées au cours des


périodes glaciaires. Les dépôts périglaciaires, sables,
limons fluvio-glaciaires..., non recouverts par la végé-
tation et soumis à l'action de vents violents, se
prêtaient alors parfaitement à l'érosion éolienne et
alimentaient les steppes à loess.
III - LE LOESS ET LES GLACIATIONS
QUATERNAIRES L'examen de la faune des loess vient à l'appui
de ces idées. En effet, les mammifères y sont es-
a) Les bases de la stratigraphie quaternaire sentiellement représentés par des rongeurs de step-
(tableau III) pes : spermophile, gerboise (Alactaga), lièvre sif-
fleur (Lagomys), marmotte (Arctomys marmotta, A.
Il est impossible d'évoquer le mode de formation bobac) ou de toundras : lièvre des neiges (Lepus
des loess sans rappeler les notions élémentaires de variabilis), lemming (Myodes torquatus).
la stratigraphie quaternaire.
A ces rongeurs s'ajoutent le mammouth (Elephas
pnmigenius), le rhinocéros laineux, à « narines cloi-
a.i. - La coupure tertiaire-quaternaire
sonnées » (Rhinocéros tichorhinus), ainsi que le
Deux faits essentiels la motivent : renne (Rangifer tarandus).
— l'apparition de l'homme,
b.2. - Là où les zones rubéfiées intercalées dans
— un refroidissement général du globe (6) ayant la masse d u loss, et qui sont en tous points iden-
engendré à l'aube du quaternaire le développement tiques au lehm d'altération superficiel, marquent une
de glaciers géants. interruption dans la sédimentation loessique. Elles
traduisent les phénomènes d'altération qui se déve-
a.2. - Périodicité du phénomène glaciaire loppent sous un climat plus chaud, humide, plus
ou moins analogue au climat actuel dans nos ré-
A u cours du quaternaire, le développement des gions.
glaciers a été périodique (en liaison avec les oscil-
lations climatiques). On distingue en effet un certain Ce type climatique caractérisait les périodes inter-
nombre de phases d'extension ou « glaciaires », glaciaires. Aux toundras à dryas, aux steppes à gra-
correspondant à un climat froid, séparées par des minées avalent succédé des forêts de hêtres et de
phases de retrait ou « interglaciaires », consécutives chênes, et sous cette couverture végétale (évoquée
à l'installation d'un climat chaud. dans de nombreux cas par l'existence d'un « sol de
végétation fossile ») progressait la lehmification.
0.3. - Les glaciers européens
(6) En Europe Centrale, ce refroidissement, amorcé dès
En ce qui concerne l'Europe, les grands glaciers l'Eocène, parait s'être accentué progressivement pendant
ont pris naissance d'une part dans les Monts Scan- l'Ere tertiaire, pour atteindre un seuil critique au début du
dinaves, d'autre part dans les Alpes... quaternaire.

2-13
TABLEAU STRATÏGRAPHIQUE DES PRINCIPAUX DEPOTS QUATERNAIRES

Extrait du manuel de STRATIGRAPHIE N. THEODALD et A. GAMA (1959)


(les données préhistoriques ont été surajoutées)
T A B L E A U III

Alluvions du Rhin
Faunes Glaciers Loess Glaciers Dépôts Terrasse Données
continentales alpins L. N. européens marins de la Somme M é d i t e r r a n é e ! préhistoriques
supérieur inférieur

Mer à
+ 5-6 rn
Littorines
Post glaciaire lac à Ancylus .NÉOLITHIQUE
mer à Yoldia
FLANDRIEN

A
MAGDALÉNIEN
I
L. Basse Nieder Loess
4* glaciation W i KM VISTILE 100 m
récents terrasse terrasse récents
oc
I
T _ AURICNACIEN
A EEMIEN M o i STERIEN
couches à + 15-20 m
Couches Basse
Tapes
de München terrasse
Gladbach senecens et
Turritel les

I
L. Haute Mittel Loess AcilEl'l.EEN
3 e
glaciation Riss SAALE 130 — 200 m
moyens terrasse terrasse anciens Ifini

te.
Mer du TYKKIIENIENI
E Couche de Holstein à Moyenne 35-40 m
V co Couches de
Neede à
A*
a Krefeld Cardium terrasse
Paludines edule

Ar.IIEl'LEEN
Graviers de
L. Haut- (début)
2 e
glaciation MlNDEl. Couverture Kl.STER
anciens terrasse
récents
ABBEVII.IEN

to ra
Sables Argiles Mer à Yoldia
e2 de de 55-60 m
o d' <u
artica
O Mauer Tegelen
, • - ¿
U- I C C

Graviers de
L. Graviers
1 * r
glaciation GUNZ Couverture
anciens anciens
anciens

+ 90-100 m
Cailloutis du Couches de Reuver
Sundgau
massifs montagneux de plus de 500 m d'altitude,

glaciers actuels,

I limite de l'extension maximum (moraines externes),

III limite des moraines internes (3 e


glaciation dite de la
vistule),

F grandes moraines Scandinaves et « salpausselka » de


Finlande : début de l'époque < fini-glaciale » des géo-
logues Scandinaves,

P début de l'époque « post-glaciale » : le glacier Scan-


dinave s'est divisé en deux calottes émanées des
deux centres où subsistent encore des glaciers
actuels.

Fig. 15 - Carte des extensions successives du glacier Scandinave (d'après De Geer, Wahnschaffe, Woldstedt).

c) Répartition géographique des loess européens A la bande Sud se rattachent les loess du Bassin
Rhodanien, du plateau suisse, de la vallée du Rhin,
A la lumière des glaciations quaternaires, on du bassin du Danube... (fig. 16).
comprend mieux la répartition géographique du loess
en Europe. Les dépôts loessiques sont en effet
disposés suivant deux bandes, orientées Est-Ouest,
s'allongeant en bordure des fronts d'avancée ex-
trême des glaciers alpin et Scandinave, et se rejoi- d) Age des loess - Intégration dans la chronologie
gnant en Russie. glaciaire
A la bande Nord appartiennent les loess de la Partant du principe que chaque dépôt de loess
Bretagne du Nord, du Bassin Parisien et du Nord représente une période glaciaire, et que chaque zone
de la France, de Belgique, de Hollande, d'Allema- lehmifiée correspond à une période interglaciaire, il
gne... devrait être possible de reconstituer, à travers les

2-15
Fig. 16 - Carte de la répartition
du loess dans le Bassin rhénan
(d'après R. Grahmann)

MIHI régions loessiques,


limite méridionale de la plus
grande glaciation.

séries loessiques, toute l'histoire climatique du Qua- Cependant on reconnaît généralement l'existence,
ternaire. Mais ceci suppose l'existence de coupes tout au moins en France et en Allemagne, d'un
complètes, donc l'absence de lacunes de sédimen- * complexe loessique ancien >, rapporté aux glacia-
tation ou d'érosion. tions anciennes, très profondément altéré au cours
d'une longue période interglaciaire, et d'un « loess
En fait, le raccordement des différentes coupes récent » (ergeron du Nord de la France) peu altéré,
de loess entre elles, et surtout l'intégration de ces que l'on synchronise avec la dernière glaciation (de
dépôts de loess dans la chronologie glaciaire, posent W u r m dans les Alpes, de la Vistule en Allemagne du
aux stratigraphes des problèmes difficiles à résoudre. Nord).

2-16
nlt
Solutréen

Aurignacien supérieur
P Aurignâcien inférieur

C Moustérien supérieur

P
Fig. 17 - Coupe réelle du quaternaire à Saint-Acheul,
c' Moustérien supérieur
deuxième terrasse de la Somme ; ait. 55 m. Le dernier lit
quaternaire du fleuve est à l'ait. 13 m (d'après Commont).
C z
Moustérien inférieur

Acheuléen supérieur
A, A 1
limon de lavage.
B, B \ B* ergeron B,
D lehm d'altération.
E loess ancien (limon doux à points noirs),
F limon sableux,

Acheuleen K sables fluviátiles.


L graviers de la deuxième terrasse,
Acheuléen P \
C )
c 1
/
C*Acheuléen \ niveaux caillouteux.
Chelléen
Pp ]
C 1
Pre-chelleen

Fig. 18 - Schéma des relations entre les loess, les terrasses fluviátiles de la Somme et les faunes fossiles d'après
F. Bordes.

Loesslehem ancien

Renne

2-17
T A B L E A U IV

terrasse de HANGENBIETEN - A C H E N H E I M

Industries
Glaciations Coupe Stratigraphique Faune Climat Loess
humaines

3 e
grand ravinement

Postglaciaire lehm

loess récent supérieur Renne


El. primigenius Aurignacien
lehm Rh. tichorhinus Loess
WURM petits Mollusques récents
Hélix hispida
loess récent inférieur Succinea oblonga moustérien
Pupa muscorum

2« grand ravinement

humifère et noirâtre au
sommet
lehm brun-rouge — 5 m moustérien
forte solifluxion

Renne
loess ancien supérieur froid Levalloisien
El. trogontheri
lehm El. antiquus tempéré chaud Loess
RISS moustéroïde anciens
loess ancien moyen

lehm pebble-culture
loess ancien inférieur

1 " grand ravinement

lehm rouge 1 à 4 m Mollusques tempéré


pebble-culture
poches de cryoturbation El. antiquus forestier

Sables rouges d'origine


vosgiennes rares Mollusques Loess
MINDEL intercalations de loess froid sableux
sableux anciens Renne anciens
Solifluxion-cryoturbation

Interglaciaire Alluvions grises nombreux Mollusques


GUNZ d'origine rhénane Hippopotamus amphibius tempéré chaud
MINDEL Rhinocéros etruscus

Ainsi, en Allemagne, le loess récent recouvre les e) Un bel exemple stratigraphique : Hangenbieten-
moraines de la glaciation de la Saale, mais non Achenheim
celles de la Vistule. De même, dans les vallées du
En France, le plus bel exemple stratigraphique est
N o r d de la France, les loess anciens ne recouvrent
sans doute celui d'Achenheim, près de Strasbourg.
que les moyenne et haute terrasses, alors que les
loess récents s'étendent également sur la basse Le complexe loessique, qui atteint dans ces ré-
terrasse. Les terrasses de la S o m m e nous fournis- gions 18 m de puissance, se subdivise d'après
sent un très bel exemple de cette disposition (fig. ij P. W e r n e r t en trois séries de loess reposant sur
et 18). des alluvions rhénanes. (Coupe fig. ip et tableau IV).

2-18
Fv, E : alluvions vosgiennes et dépôts postglacières,
GR 3 : troisième grand ravinement,
Lrs, LRi : loess et lehms récents supérieurs et inférieurs : dernière période froide (Wurm),
le : limon de culture,
GR 2 : deuxième grand ravinement,
Las, Lam, Lai : loess et lehms anciens supérieurs, moyens et inférieurs,
GR1 : premier grand ravinement,
lr : limon rouge : interglacière (Mindel-Riss),
Ls : loess et lehms sableux et alluvions vosgiennes : antépénultième période froide (Mindel),
Fr : sables et cailloutis d'origine rhénane.

Fig. 19 - Coupe schématique des dépôts quaternaires de Hangenbieten-Achenheim près de Strasbourg (d'après P. Wernert).

En conséquence, le géotechnicien pourra confon-


PROPRIÉTÉS GÉOTECHNIQUES
dre sous la même dénomination une alluvion fluvia-
tile « limoneuse » et un loess par exemple. Inverse-
DE DEUX TYPES DE LIMONS
ment, le géologue pourra appeler limon tel sol très
argileux ou très sableux que le géotechnicien quali-
DU NORD DE LA FRANCE
fiera d'argile ou de sable.

I - REMARQUES PRELIMINAIRES b) la seconde explique le plan adopté pour ce


chapitre géotechnique, ainsi que la part très impor-
tante réservée dans ce travail aux limons loessiques.
Avant d'aborder la partie purement géotechnique Du point de vue d'une éventuelle utilisation, on
de cet exposé, deux remarques s'imposent : peut en effet répartir les limons en deux groupes :
— le premier groupe comprend les limons
a) la première évoque une difficulté d'ordre ter- éluviaux et colluviaux (auxquels on pourrait ajouter
minologique. Le mot limon n'a pas pour le géotech- les limons d'inondation). Ces formations, de consti-
nicien la même signification que pour le géologue ; tution souvent hétérogène, sont très irrégulières
il désigne, indépendamment de toute considération quant à leur extension.
d'origine, une fraction granulométrique intermédiaire
entre sable et argile, et par extension une famille Elles peuvent avoir des caractéristiques géotech-
de sols où cette fraction prédomine, et à laquelle se niques excellentes (certaines coulées sableuses par
rattachent un certain nombre de propriétés physiques exemple), mais sont inutilisables dans la plupart
et mécaniques. des cas.

2-19
ANALYSES GRANULOMETRIQUES teneurs en eau naturelles : 18 à 25 %
granulométries
100 [
plus gros éléments : 0,2 mm
90 I
passant à 80 microns : de 90 %
SO
70 I passant à 2 microns : de 20 à 30 %
60 I
50 Limites d'Atterberg
40 I
30 I Limites de Liquidité : 28 à 36 %
20 Limites de Plasticité : 17 à 21 %
1 0 Indices de Plasticité : 10 à 15 %
0 I
200 100 50 20 10 5 2 1 0,5 0,2 0,1 0,05 0.02 qOl S " 2 " 1 " 0,5" 0,2"
H zones des granulométries des sols drainants
Ouverture intérieure d e s mailles des Diamètre équivalent
tamis ( Tamisage) ( S é d i m e n t omet rie)

C O U R B E S DE C O M P A C T A G E
Teneur en eau Densité sèche
Energie de compactage optimum maximum

2.10 PROCTOR
2.00 normal 14 à 16 % 1,75 à 1,80
V90
PROCTOR
1,60
modifié 10 à 13 % 1,91 à 1,96
1,70
1,60
\\\\Ys Energie PROCTOR normal
to 15 20 25
Energie PROCTOR modifié
Teneur en eau

INDICE PORTANT APRES 4 JOURS D'IMMERSION


C O U R B E S DE P ORTANC E Indice portant Indice portant
Energie de compactage
maximum moyen maximum

20 PROCTOR
normal ~ 6 10
1 0
PROCTOR
0 modifié ~ 15 60
10 20 25
T e n e u r en e a u INDICE PORTANT Inférieur à 3 après 8 jours d'immersion

Fig. 20 - L I M O N S

— A u second groupe appartiennent les loess, La grande majorité des limons loessiques de la
dépôts généralement homogènes et susceptibles, région, que nous allons maintenant étudier en détail,
dans une région donnée, d'une distribution relative- s'inscrivent dans ce tableau.
ment régulière. Sous certaines conditions, ils peuvent
faire l'objet d'une utilisation. (Voir chapitre b - appli-
cation aux problèmes de terrassement.)
a) Essais d'identification

Nous retiendrons surtout les essais suivants.


Il - CARACTERISTIQUES GEOTECHNIQUES DES * La teneur en eau naturelle W n a t
LIMONS LOESSIQUES loess lehm : 20 à 23 %
loess : 15 à 20 %
Il y a quelque temps, la Section « Sols » du
Laboratoire Régional de Lille avait défini, sur la base Cette teneur en eau peut tomber exceptionnelle-
de nombreux résultats d'essais, un « limon-type » ment à 12 % (cas d'échantillons très sableux) ; par
dont les principales caractéristiques sont résumées contre la présence d'une nappe aquifère la fait
dans le tableau « Limons » (fig. 20). s'élever à 25 % et plus.

2-20
Fig. 21 - Analyse granule-métrique. Limons loessiques (Autoroute A2 - 3 Section). Sondages pour Ouvrages e
d'Art.

Fig. 22 - Analyse granulométrique. Limons loessiques (Autoroute A2 - 3 Section). Sondages pour Ouvrages e
d'Art.

100 CAILLOUX GRAVIERS GROS S A B L E S A B L E FIN L MON ARGILE


ZT. k
! S
90
1 \ \
4!1
t/>
UJ
¿ »0 \
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Z n
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Z
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1 s
J¿ 20
1 —
o
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0
• 200 100 50 20 10 0,* 0,2 0.1 50/J 20/J 10/J 5>J lp 0,5 p 0.2p
O 250 125 63 25 12,5 . 6,3 2,5 1.25 0,5(mro) Diamètres équivalents (JJ)

mm
module
AFNOR fwi r^l R«I f*7i' fiai fâTir^iiTTi

S 7 - 5 , 9 0 a 6 , 1 0 m - I.p ; 8 .- S 5 - 3,20 i 3,50 m - t. p. 9 S 5 - 5,60 * 6,90 m - I . p : 10

- S 7 - 2 , 6 0 a 2,90 m-I_p.l2 S 6 -1.00 à 1,20m - I . p : 14

2-21
Fig. 23 - Place des limons étudiés dans la Classification
de Laboratoire des sols fins - diagramme de plasticité.

LA limons très argileux dérivés de l'argile des FIlan-


Fig. 25 - Terrassement dans les limons Autoroute A1
dres.
Section Roye-Bapaume.
LL : limons loessiques.
LLS : limons loessiques sableux.
• Les limites d'Atterberg (fig. 23)
loess lehm W L 31 à 36 Ip 12 à 15
Le poids spécifique du sol humide (y) et sec (yd) loess W L 27 à 32 Ip 9 à 13
y : 1,8 à 1,9 g / c m 3

Pour les échantillons les plus sableux, la limite de


•yd : 1,5 à 1,6 g / c m 3

liquidité ( W ) peut descendre à 24 et l'indice de


L

L'analyse granulométrique et sédimentométrique plasticité (Ip) à 7.


(fig. 21 Ct 22)
Plus gros éléments : 0,5 à 1 mm Place de ces sols dans la classification L.P.C. *
passant à 0,080 mm : 85 à 95 %
Tous ces sols sont des « argiles peu plastiques »
passant à 0,002 mm : 15 à 30 % (Ap) (fig. 23).
(généralement plus de 20 % pour le loess lehm)
fraction prédominante : 0,05 à 0,02 ou 0,01 mm.
b) Application aux problèmes de terrassement
(fig. 24 et 25)

Fig. 24 - Terrassement dans les limons b.i. - Compactage et portance


- Autoroute A1 à Fampoux. On, aperçoit,
en bas et à droite de la photo, le Nous nous contenterons de commenter les résul-
substratum de craie blanche. tats consignés dans le tableau « limons » (fig. 26).

Dans la gamme d'indices de plasticité ( 9 - 1 5 ) , on


obtient des courbes de compactage très compara-
bles qu'il est possible de grouper en fuseaux. Pour
chaque fuseau, la courbe supérieure (yd 1,80 - W .
PN 16 % ) correspondrait plutôt à un indice de plas-
ticité voisin de 15 (loess lehm), et la courbe infé-
rieure (yd 1,75 - W . PN 14 % ) à un indice de plas-
ticité voisin de 10 (fig. 27).

Dans certains cas de limons très sableux, la den-


sité sèche obtenue peut être beaucoup plus forte :
y d 1,89 - W . PN 11,5 % dans l'exemple choisi
(fig. 28).

L'indice portant s'annule pour une teneur en eau


de 20 % . Aux teneurs en eau naturelles dans nos
régions, il est pratiquement toujours inférieur à 5,
et très souvent inférieur à 2.

* Classification des Laboratoires des Ponts et Chaussées,


dérivée de la classification U.S.C.S.

2-22
COMPACTAGE PROCTOR

T e n e u r e n eau Densité' sèche


Categorie du compactage max i mum
optimum

Proctor normal 11,50 1,89

2,00

1,90

1,80

1,70

1,60

L
2,0
Teneur een e a u
W nat. -V-
Fig. 26 - Fouilles de la Cité Scientifique à Annappes.
INDICE PORTANT CB.R.
Après une averse, l'eau stagne sur les limons.

20

10

0
Fig. 27 - Limons loessiques (Autoroute A2 - 3 e
Section). 20
Teneur en e a u

COMPACTAGE PROCTOR
Fig. 28 - Limons sableux.
Teneur en eau D ensi'te sèc h e
Catégorie d u compactage
optimum maxi mum
Proctor norm al 15,20

Proctor m o d if ie 14,00 1,92

6.2. - Utilisation en remblais


2 00
L'utilisation en remblais est fonction uniquement
» 1 90 de la teneur en eau naturelle, laquelle devra faire
.c "•s
l'objet d'un grand nombre de mesures dans la zone
•« 1 80
intéressée ; ainsi le loess lehm ( W t . > 20 % ) est
na

]~ 1 7 0
très difficile à mettre en œuvre.
£ 1 60
Le loess par contre pourra généralement être
employé en remblais, mais en tenant compte du
10 15 20 climat humide de nos régions. En effet, la sensibilité
Í Teneur en e au à l'eau de ces sols est très grande, et voudrait que
L___ w nat. —
les terrassements se déroulent en période sèche.
Cependant, si au cours de l'exécution des travaux
le drainage de la plate-forme est parfaitement assuré
INDICE PORTANT C B . R . (profil en toit), cette dernière, après compactage,
pourra subir quelques averses sans grand dom-
mage.

On peut d'ailleurs signaler qu'un compactage peu


poussé (par exemple rouleau à pneus - faible pres-
sion de gonflage) est souvent mieux adapté aux
2 0
conditions habituelles de chantier.
1 0
Une amélioration peut être apportée à ces limons
0 par un traitement à la chaux, aux fins d'utilisation
10 15 20
T e n e u r en eau en remblai ou en couche de forme de chaussée.

2-23
Fig. 31 - Essai consolidé, non draîné, à l'appareil triaxial.
Echantillon cylindrique H = 8 cm - 0 = 3,6 cm - Vitesse
de cisaillement : 1,25 mm/mn (Autoroute A2 - 3 Section -
e

sondages pour ouvrages d'art).

Fig. 29 - C D - 5 0 - Près de Jeulain - D'après une étude sommaire effectuée par le


Talus subvertical, taillé dans les limons Laboratoire de Lille, 3 % de chaux vive permet-
loessiques. traient d'élever l'indice portant de 1 à 18 (énergie
Proctor Normal), la teneur en eau passant de 23
à 21 % .

b.¡. - Talus de déblais

Le loess est assez cohérent pour tenir en parois


verticales... lorsqu'il est sec (fig. 20) (les chemins
Fig. 30 - Carrière de la Tuilerie à Pre- creux très encaissés sont caractéristiques des pays
mesques - Les limons, reposant sur de loess). Mais s'il repose sur une formation imper-
l'argile des Flandres imperméable méable (argile des Flandres par exemple), il contient
contiennent une nappe aquifère. Les évidemment une nappe aquifère et les talus que l'on
talus qui y sont taillés sont sujets à y taille sans précaution sont sujets à glissements
glissements, les limons s'écoulant com-
(fig- 30).
me de la boue.
En pratique, on peut admettre des pentes de talus
de 1/1 dans un loess sec (teneur en eau naturelle
inférieure à 18 % ) de 2/1 dans un loess humide ou
un loess lehm (teneur en eau naturelle comprise
entre 20 et 23 % ) . Lorsqu'elles sont saturées, ces
mêmes formations ne tolèrent bien entendu que des
pentes beaucoup plus douces, à moins qu'un sys-
tème de drainage ne soit mis en place.

c) Essais relatifs aux problèmes de fondations

c i . - Détermination de la cohésion C et de l'angle


de frottement interne ç

— Boîte de cisaillement (7) :


C = 0,100 à 0,200 bar
9 = 20 à 30°, avec
beaucoup de valeurs comprises entre 22 et 25°.
— Appareil triaxial (fig. 31 et 32).

(7) Essais rapides, non consolidés.

2-24
III - CARACTERISTIQUES GEOTECHNIQUES DES
I I I
Limons lœssiq
LIMONS ARGILEUX COLLUVIAUX, DERIVES DE
p a s s é e , a r g i l e sise L'ARGILE DES FLANDRES
<f = 13°
z * C = 0,600 Les limons que nous allons maintenant examiner
Ç E du point de vue géotechnique reposent sur l'argile
1,600 des Flandres yprésiennes ; ils en dérivent vraisem-
1,200 blablement par ruissellement.
,— f s.

7
0,800
0,400 H
...
/ \ \ a) Essais d'identification

A
f.—
zpc \
0 /
0,250 0,800 (.400 1850
\
2,780 . 3,740 4,640
• la teneur en eau naturelle W t. na : 22 à 30 %.
Contraintes normales(en bars)
• l'analyse granulométrique et sédimentométrique
(fig- 35)
Fig. 32 - Essai consolidé, non drainé, à l'appareil triaxiai.
Echantillon cylindrique H = 8 cm - 0 = 3,6 cm - Vitesse
plus gros éléments 0,2 à 0,5 mm
de cisaillement : 1,25 mm/mn (Autoroute A2 - 3 section - e
passant à 0,080 mm 87 à 95 %
sondages pour ouvrages d'art).
passant à 0,002 mm 30 à 40 %
• les limites d'Atterberg (fig. 23)
W L 45 à 50

Le petit nombre de résultats obtenus jusqu'à pré- Ip 17 à 24


sent ne nous permet pas de présenter une « four-
chette » valable.
b) Application aux problèmes de terrassement
c . 2 . - Essais in situ : pénétromètrc (fig. 33 et 34)
L'indice portant est généralement nul aux teneurs
On constate un accroissement sensiblement li- en eau naturelles et la mise en œuvre quasi impos-
néaire (0,7 t/m) de l'effort latéral. sible dans ces conditions (fig. 36).
La résistance en pointe est de 40 à 60 bars, par- Ces sols peuvent être considérés comme inutili-
fois davantage. sables.

2-25
Profondeur C r a i e Lim on
glauconieuse
d e c a r b o n a t e

Fig. 34 - Sondages : P 1 1 - Vallée de l'Escaut à Rouvignes A2 - 3 8


section.

Fig. 35 - Analyse granulométrique - Limons argileux - Autoroute A. 25 - 6 e


section
(sondages de reconnaissance)

100
Cl \ LLOUX GRAVIERS GROS SABLE SABLE FIN LIMON ARGILE

N
3
70 V
s
\
^—
60 \
Ns -
. <
50 1
s * «

«0 s —•

30

20

10

20 0/2 50/J 20/1 10/J 5H Ip 0,5 p 0.2p


125 63 •»
25 12,5 6J 2,5 1,25 0,5(mm) Diamètres, equivalents (u)
module
AFNOR rènr^Ti r^i r*ri liai r^iirn rm [2Z] rrn

5.9.-0,70 à 1,00 m - I . p . - 1 7 S . 1 8 - 0.70 a 1.00 m-Lp : 19 S . 4 - 0 , 7 0 a 1,00 m , l.p 2 2

S 1 6 - 0 , 7 0 à 1,00 m - I . p - , 2 2 S 19 e t 2 0 - 0 , 7 0 à 1,00 m - I . p : 24

2-26
COMPACTAGE PROCTOR
CONCLUSIONS
Teneur en eau Densité sèche
C a t e g o r i e du compactage
o p t i m u m maximum

Proctor normal 18,70 1,70

Proctor modifie 1 3,30 1,91

1. - L e s d i v e r s e s c a t é g o r i e s d e l i m o n s d i s t i n g u é e s
par les g é o l o g u e s peuvent, d u point d e v u e des géo-
techniciens, se r e g r o u p e r en deux g r a n d e s classes :
d'une part les loess, et d'autre part un e n s e m b l e
essentiellement hétérogène comprenant tous les
autres limons.

2. - O n n e s a u r a i t t r o p i n s i s t e r s u r la n é c e s s i t é
d'une mise au point quant à l'emploi du mot limon.
D a n s cette optique, on pourrait envisager, en géo-
20
logie : 30'/.
Teneur en eau

2.1. - O u b i e n d e m a i n t e n i r l e m o t l i m o n , m a i s u n i -
q u e m e n t dans un sens très général.
INDICE PORTANT CB.R.
O u b i e n d e le s u p p r i m e r p u r e m e n t e t s i m p l e m e n t ,
ou tout au moins de revenir à sa signification origi-
nelle de dépôt d'inondation.
<Q

2.2. - D e g é n é r a l i s e r l e s t e r m e s génétiques de O
Q.
loess, éluvion et colluvion.
ï 20

La d e s c r i p t i o n g r a n u l o m é t r i q u e d e c e s f o r m a t i o n s , f 10-
q u i r e l è v e p l u t ô t d e la g é o t e c h n i q u e , p o u r r a i t f a i r e
ol—I—I—I i l t I f I I I "1 r
appel, par exemple, aux termes de sablon (grains de 10 15 20
2 0 à 100 jj. - B o u r c a r t ) d e s i l t ( p a r t i c u l e s d e 4 à Teneur en eau
6 4 ,u, - M o o r h o u s e , P e t t i j o h n , T w e n h o f e l , e t c . ) , d e
p o u d r e ( p a r t i c u l e s d e 1 à 20 ^ - B o u r c a r t ) et d e p o u s - Fig. 36 - Limons argileux (autoroute A. 25 - 6 e
section
s i è r e ( p a r t i c u l e s i n f é r i e u r e s à 5 0 p. - C a y e u x ) . sondages de reconnaissance).

L e s deux articles ci-dessus :

• Limons et Loess ;

* Essais de traitement des limons à la chaux vive dans le département du


Nord,
précèdent très probablement une série d'études sur les limons qui seront
également publiées dans le B u l l e t i n de L i a i s o n au f u r et à mesure de
leur mise au point.
Ces articles p o u r r o n t être regroupés plus t a r d dans un Numéro
Spécial dont i l est difficile de préciser dès à présent le contenu et
la date.
j . B.

2-27
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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l'étude des terrains quaternaires du Nord de la France Nord.
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A n n a l e s Société Géologique de B e l g i q u e .
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[11] M A L T E R R E H . — Contribution à l'étude des limons qua-
ternaires du Bassin de Paris - Thèse.
[3] C A I L L E U X A . et TRICART J.— Initiation à l'étude des
sables et des galets.
C e n t r e de D o c u m e n t a t i o n U n i v e r s i t a i r e . [12] M A L Y C H E F F V . — Le loess.

Revue Géographie Physique et G é o l o g i e Dynamique.


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Les roches siliceuses.
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[5] D E R R U A U M . — Précis de géomorphologie.


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Société Belge de G é o l o g i e - t. L X I I I - fasc. 3 (1964).
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E x t r a i t de l a R e v u e Scientifique.
T15] P I N C H E M E L P . •— Les plaines de craie du Nord-Ouest
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et leurs bordures.
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Thèse - Armand Colin.

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de l'ingénieur.
[16] THEOBALD N . et G A M A A. — Stratigraphie • Géologie
Masson. générale et pétrographie. D o i n .

2-28
Résumé de la discussion qui a suivi l'Exposé de J . Le p l a t
aux journées de la Géologie - Rouen 1965 — — —

par J. LEPLAT

Avant d'entrer dans le vif de la discussion, M . D U R R I E U voudrait connaître le sens


exact du mot « silt » dans les pays anglo-saxons et notamment en Amérique.

M. ARNOULD précise que le silt exprime une dimension de particule comprise entre 4
et 64 microns.

M . S C H O N confirme cette réponse. Les Américains désignent par silt une fraction granu-
lométrique. Quant aux Allemands, ils ont tourné la difficulté en employant les termes de
schluff ( = limon) et de schluffcorn ( = grain de limon), ce dernier étant seul employé sur
les feuilles d'analyse granulométrique.

M . E L H A I remarque que la confusion née de l'emploi du mot limon tantôt au sens


des géologues tantôt au sens des géotechniciens a été signalée depuis longtemps. Un mot fran-
çais très évocateur, le mot « poudre », a même été proposé par M . B O U R C A R T .

M . B E R T H I F . R propose pour la suite de la discussion d'appeler « silt » une fraction


granulométrique déterminée, correspondant au« schluffcorn » allemand, et de garder au mot
limon son sens géologique très général. De Fêtude de M. Leplat, il retient essentiellement
qu'une grande partie du Nord de la France est recouverte par des sols, qui semble-t-il, ont
une origine commune, des caractéristiques minéralogiques voisines, et surtout un comportement
géotechnique très analogue comme le montre le schéma proposé par le Laboratoire de Lille.
En France, peu de matériaux présentent simultanément une telle homogénéité et une telle
importance économique. Les limons intéressent en effet tous les tronçons d'autoroute prévus
dans le Nord de la France. Et surtout, ils posent aux maîtres d'oeuvre de très gros problèmes
d'utilisation, à tel point qu'un certain nombre d'entre eux ont envisagé, soit de les remplacer
par des matériaux de meilleure qualité, soit de les traiter à la chaux, toutes opérations extrê-
mement coûteuses.

Au point de vue du comportement des limons au terrassement, il souhaiterait connaître


Favis de ceux qui ont eu à les manipuler, et en particulier de MM. Vivier et Vallemont.

M . V I V I E R ne fait pas de différence entre les diverses catégories de limons distinguées


dans F exposé car, pour la plupart de ces sols, la teneur en eau est en général telle qu'on ne
peut les compacter que très difficilement. Sur le tronçon d'autoroute Lille-Armentières on a
pu les utiliser en les compactant « au minimum », pour obtenir une densité en place de
l'ordre de 9 5 % du Proctor normal.

2-29
Tous ces limons devraient pouvoir être traités à la chaux, mais aucune expérience n'a été
faite dans le Nord (1).

M . D U R R I E U demande si l'on peut se contenter d'un certain résultat, obtenu immédia-


tement sans trop compacter, ou s'il faut penser aux tassements ultérieurs. Des constatations
ont-elles été faites dans ce domaine ?

M. VIVIER déplore le manque de constatations.

Pour M . B E R T H I E R , ne pas trop compacter est une solution qui évite certes d'engendrer
des phénomènes comme le « coussin de caoutchouc » mais qui risque de provoquer des tas-
sements à plus ou moins longue échéance. Et à ce propos, des constatations sont absolument
nécessaires,

M. V A L L E M O N T tire son expérience du compactage des limons de l'autoroute Paris-Lille,


et plus précisément de la section comprise entre la limite de l'Oise et Roye (département de
la Somme), ou de grandes quantités de limons ont été mises en œuvre en 1964.

Les études de Laboratoire avaient laissé supposer que ces sols, dont la teneur en eau
naturelle dépassait 20 % , ne pourraient être réutilisés en remblais, même dans des conditions
de temps favorables. En fait, le temps exceptionnellement beau, allié à la méthode décrite
ci-après, a permis une mise en œuvre très satisfaisante.

Les scrapers répandaient le limon en couches extrêmement minces, de manière à en


faciliter le séchage. Les limons, en effet, par opposition aux argiles, sont susceptibles de sécher
rapidement, sous réserve bien sûr que le soleil soit de la partie. Dans ces conditions, la mise
en œuvre a pu se faire sans aléa, avec des densités en place correspondant à l'optimum Proc-
tor Modifié obtenu en Laboratoire.

M . D U R R I E U pense qu'il faut faire la part de Tannée exceptionnelle 1964 et ne pas en


conclure que l'on va pouvoir recommencer. Cependant, il est très important de savoir que,
dans de semblables conditions, il suffit de travailler en couches minces pour obtenir un bon
compactage.

M . V A L L E M O N T abonde dans ce sens : sur ce même chantier de Vautoroute A 1, le travail


des limons a été pratiquement impossible au cours des deux derniers mois. Même un traite-
ment à la chaux pose des problèmes car Veau stagne dans les ornières laissées par les engins
de terrassement.

M. L A C R O I X apporte quelques précisions aux données fournies par M . V A L L E M O N T .


Toutes les coupes exécutées dans les déblais ont montré l'existence d'un lehm épais d'environ
1,50 m surmontant un loess typique. Le lehm est toujours humide, sa teneur en eau naturelle
variant de 18 à 20 % . Le loess par contre est beaucoup plus sec, sa teneur en eau naturelle
pouvant s'abaisser à 12 % .

Au point de vue des fondations d'ouvrages, cette notion de loess et de lehm est égale-
ment importante : des essais de chargement ont en effet montré que les loess admettaient des
taux de travail double de ceux des lehms.

En conclusion, il insiste sur Vutilité de ces distinctions d'ordre géologique dans la


conduite des études. Il rappelle également Vimportance que peut présenter la connaissance
de la genèse d'un dépôt. Ainsi les limons argileux panachés, que l'on trouve sur les pentes
de certaines collines et qui proviennent du remaniement des argiles tertiaires, montrent-ils une
stratification inclinée très nette, liée à leur mode de dépôt. De tels plans de stratification
sont autant de surfaces de glissement potentielles.

(1) Des essais ont été effectués depuis lors ainsi qu'en témoigne l'article du Laboratoire Régional de Lille
dans le présent Bulletin.

2-30
M . D U R R I E U , à propos des différences de teneurs en eau entre lehm et loess, demande si
celles-ci se reproduisent d'une saison à Vautre, d'une année à l'autre. Les observations faites
ne portent-elles que sur une seule campagne ?

M . L A C R O I X répond que les chiffres avancés par lui ont été fournis par le Laboratoire
cTArras à Fissue de trois campagnes de teneurs en eau dans les déblais, effectuées au cours
de trois années consécutives.

Il explique les fortes teneurs en eau naturelles du lehm (par rapport à celles du loess)
par la porosité et l'enrichissement en argile de celui-ci.

Il précise enfin que F enrichissement en argile et la décalcification ne se superposent


pas obligatoirement ; très souvent, sous la zone enrichie en argile, de couleur brun ocre, les
cinquante premiers centimètres de loess ocre jaune sont décalcifiés mais non enrichis.

Pour M . A R N O U L D , Veffort de clarification réalisé dans cette conférence porte immédia-


tement ses fruits. On peut en effet distinguer, d'une part les loess et leurs dérivés les lehms,
et d'autre part un « fourre-tout » contenant essentiellement les limons de pente.

Le comportement le plus typique de ces deux catégories de limons est sans doute la
tenue de leurs talus de déblais. Les limons de ruissellement et de solifluxion donneront des
talus sujets à glissements tandis que les loess typiques tiennent effectivement en parois verti-
cales. En Iran, par exemple, des parois verticales de plus de 15 m ont été taillées dans du
loess.

Dans ces conditions, on conçoit qu'une identification fine permette par la suite de traiter
les limons différemment, suivant que Fon se trouve en présence de loess ou de limons de
pente.

A propos des teneurs en eau, M . D E R A G U E N E L attire l'attention sur l'épaisseur de la


formation loessique. Pour lui, la constance des teneurs en eau en profondeur n'est réalisée
que pour une forte épaisseur de loess. De plus, la présence d'un substratum imperméable peut
déterminer l'existence dans ces dépôts d'une nappe temporaire.

M . M U L L E R , qui a étudié ce problème de nappe dans la région lyonnaise, affirme que,


dans le cas d'un substratum imperméable, les circulations d'eau à la base du loess sus-jacent y
ont engendré un second lehm.

Il signale d'autre part que Fon peut trouver plusieurs loess et lehms superposés, tout au
moins dans le Sud de l'Allemagne et le Sud-Est de la France, régions bien connues de lui. Ces
superpositions peuvent présenter une certaine importance pour les fondations d'ouvrages.

En ce qui concerne le Nord de la France, M. LEPLAT rappelle qu'il a parlé de deux


séries loessiques superposées.

M. BONTÉ remarque que dans la région de Lille l'épaisseur du lehm peut atteindre 2,5
à 3 m.
En outre, ce lehm, de couleur brune, se distingue très facilement du loess sous-jacent,
verdâtre. Quant aux lehms anciens, ils ne devraient pas poser de problème au point de vue
géotechnique car ils ont été compactés par la surimposition d'un loess récent.

M . P O U S S E est très surpris que Fon renonce systématiquement à un type de sol trouvé
en quantité considérable, sous prétexte que sa teneur en eau élevée en interdit la manipula-
tion. D'après lui, il existe certainement des moyens de correction qui permettraient d'aban-
donner cette attitude passive. A l'appui de ses dires, il cite F exemple, vécu par lui, de la
confection d'un noyau étanche pour barrage au moyen d'un limon argileux. L'entreprise se
heurtait aux difficultés relatées ci-dessus (teneur en eau élevée • forte pluviosité). Le lieu
d'emprunt étant obligatoire, le problème fut résolu en creusant au scraper des tranchées drai-
nantes parallèles, profondes de 1 à 2 m et espacées d'une dizaine de mètres environ. Chaque
bande de limon, préalablement profilée en toit pour l'écoulement des eaux de pluie, put
alors être exploitée à une teneur en eau acceptable.

2-31
Le traitement à la chaux est sans doute un autre moyen valable de correction.

M. ARNOTJLD rappelle le traitement possible des loess et lehm par sondages thermiques.
L'expérimentation en aurait été réalisée avec succès en Hongrie. Cette méthode pourrait se
révéler précieuse pour la consolidation des talus de lehm.

Pour M . D U R R I E U , Fexemple des limons et loess montre qu'il faut, dans certains cas,
laisser une grande place à l'appréciation du géologue, à condition que ce dernier ait toujours
présent à F esprit la notion des travaux à exécuter. Cependant, d'autres critères sont également
indispensables pour éviter tout risque cFerreur. Autrement dit, il faut à chaque instant recou-
per la géologie par la géotechnique, la géotechnique par la géologie ; seul un véritable travail
en commun du géologue, du géotechnicien et de l'ingénieur constructeur pourra porter ses
fruits.

Les conclusions de la discussion sont alors dégagées par M . BERTHIER :

Sous Fapparente simplicité qu'évoque l'appellation générale de limon, se cachent en


réalité un certain nombre de catégories de matériaux. Il serait donc souhaitable, en premier
lieu, de mettre en évidence les différences de propriétés géotechniques, de comportement sur
le chantier entre ces différentes catégories. En ce qui concerne la prévision du comportement
du matériau, la méthode la plus sûre pour l'instant est celle des chantiers expérimentaux ;
cette méthode implique bien entendu une participation active des maîtres d'œuvres.

L'étude des différentes catégories de limons relève pour une part du domaine de la
pédologie. Dans cette optique, une collaboration étroite avec les pédologues et les agronomes
serait profitable, notamment en ce qui concerne Févolution des limons dans leur partie super-
ficielle.

Enfin, un grave défaut des limons n'a pas été évoqué : la gêlivité. Entre autres, le
gel a certainement une influence énorme sur l'évolution des talus de limon. L'étude de Finsen-
sibilisation au gel de ces matériaux serait sans doute très utile.

rédigé en mai 1967

2-32

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