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LA LOI PENALE DANS L’ESPACE

- mars 2006 -

CAS PRATIQUE
Alfred est suisse et vit à Genève. Il vient d’épouser Sophie, de nationalité belge, mais le
couple ne s’entend pas fort bien et Alfred est un homme violent.
Lors d’une dispute, il étrangle Sophie jusqu’à l’étouffement.
Avant de s’enfuir, Alfred se dit qu’il lui faudra des fonds importants pour couvrir sa fuite et sa
vie clandestine future ; il profite de la nuit tombée pour pénétrer par effraction chez son voisin
pakistanais et le voler ; ce dernier se réveille et le découvre, et Alfred lui casse un vase sur la
tête avant de descendre les escaliers au galop.
Il fonce à l’aéroport et s’envole pour la Thaïlande.
Sur place, en toute liberté, il fréquente régulièrement les bars à prostituées, toutes mineures
bien sûr.
Après quelques semaines, las de ce style de vie et de cette débauche sexuelle, il décide de
revenir en Europe et choisit la Belgique, connue pour son accueil chaleureux des étrangers et
sa discrétion sur leurs activités passées.
Au volant de sa toute nouvelle Porsche, Alfred sillonne les campagnes, tantôt en Belgique,
tantôt aux Pays-Bas, à une vitesse vertigineuse, une Leffe blonde à la main ; il se fait
malheureusement intercepter par un policier belge à quelques kilomètres de la frontière lors
d’un de ses retours des Pays-Bas.
Celui-ci dresse un procès-verbal pour excès de vitesse et conduite en état d’ivresse, puis est
interpellé par le discours incohérent d’Alfred qui, un peu saoul, lui affirme : « J’ai déjà fait
bien plus grave comme infraction par le passé sans jamais être puni, alors vous n’allez pas
m’embêter pour si peu ! ».
Le policier l’arrête et une enquête est ouverte par le Parquet qui découvre avec étonnement
toutes et chacune des infractions commises par Alfred.

Lorsque Alfred est définitivement remis en liberté (après un long passage par la case
« prison »), il décide de s’installer à Paris pour y mener la belle vie. N’ayant pas digéré son
emprisonnement en Belgique, et sachant que toutes les condamnations judiciaires s’exécutent
« au nom du Roi des Belges », Alfred décide d’organiser un attentat contre Albert II, avec
l’aide de trois amis Corses installées en Pologne.
Son plan est minutieusement préparé et totalement prêt, mais avant même tout passage à
l’acte, un policier parisien qui a découvert ce qu’Alfred manigance l’arrête et le livre aux
autorités belges, en même temps que ses trois amis corses.

Parmi toutes les infractions commises durant la courte vie d’Alfred, quelles sont celles qui
pourront être poursuivies en Belgique ? Selon quelles dispositions du Code d’instruction
criminelle ?

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SOLUTIONS
Dans l’ordre des infractions commises :

- meurtre de Sophie = infraction commise hors du territoire par un étranger sur un


ressortissant belge : peut être jugée en Belgique selon le droit belge à la condition que
le fait soit punissable selon la législation du pays où il a été commis d’une peine dont
le maximum dépasse cinq ans de privation de liberté (article 10, 5° du Code
d’instruction criminelle) et à la condition que l’inculpé soit trouvé en Belgique (article
12, alinéa 1 du Code d’instruction criminelle OK ici
- vol avec effraction, violence et de nuit chez les voisins : infraction commise hors du
territoire par un étranger sur un ressortissant étranger : ne peut être jugée en Belgique
selon le droit pénal belge que si l’auteur est belge ou résident belge et si le fait est puni
par le législateur du pays où le crime ou le délit a été commis (= principe de la double
incrimination – article 7 §1 du Code d’instruction criminelle) et si l’inculpé est trouvé
en Belgique (article 12, alinéa 1 du Code d’instruction criminelle)  PAS OK ici car
l’auteur, Alfred, n’est pas belge
Egalement, une infraction commise hors du territoire sur un ressortissant belge peut
être jugée en Belgique selon le droit pénal belge à la condition que le fait soit
punissable selon la législation du pays où il a été commis d’une peine dont le
maximum dépasse 5 ans de prison et si l’inculpé est trouvé en Belgique (articles 10, 5°
et 12, alinéa 1 du Code d’instruction criminelle) PAS OK ici car les victimes, les
voisins pakistanais, ne sont pas belges

- recours à la prostitution en Thaïlande : infraction commise à l’étranger par un étranger


sur des étrangers : peut être jugée en Belgique selon le droit pénal belge en vertu de
l’article 10ter, 1° et 2° du Code d’instruction criminelle à la condition que l’inculpé
soit trouvé en Belgique (article 12, alinéa 1 du Code d’instruction criminelle)  OK
ici

- excès de vitesse et conduite en état d’ivresse en Belgique : infraction commise en


Belgique par un étranger : peut être jugée en Belgique selon le droit pénal belge en
vertu du principe de la territorialité de la loi pénale belge à savoir que la loi belge
s’applique à toutes les infractions commises sur le territoire belge, quelle que soit la
nationalité du délinquant (article 3 du Code pénal)  OK ici

- excès de vitesse et conduite en état d’ivresse aux Pays-Bas : infraction commise à


l’étranger par un étranger : ne peut être jugée en Belgique selon la loi belge car la loi
belge s’applique en principe uniquement aux infractions commises sur le territoire
belge (sauf les exceptions strictement définies par le Cicr – voir syllabus pour
quelques exemples)  PAS OK car pas sur le territoire belge

- tentative d’assassinat d’Albert II : infraction contre la sûreté de l’Etat commise à


l’étranger par un étranger : peut être jugée en Belgique selon la loi belge car souci de
protéger l’Etat belge (article 10,1° du Code d’instruction criminelle), et ce même si
l’inculpé n’est pas trouvé en Belgique (article 12, alinéa 1 du Code d’instruction
criminelle)  OK ici
remarque : idem pour les trois amis corses !