Vous êtes sur la page 1sur 8

RAPPORT DE LA COMMISSION DE REFLEXION DES JEUNES

CADRES ET ÉTUDIANTS RESSORTISSANTS DE LA COMMUNE


DE DASSA-ZOUMÉ SUR LE PROJET DE LOI PORTANT
MODIFICATION DE LA CONSTITUTION DU 11 DECEMBRE 1990

INTRODUCTION

Le samedi 1er avril 2017 a eu lieu dans la salle de conférence du centre Ste
Annouarite à Abomey-Calavi, une réunion de réflexions des jeunes cadres et
étudiants ressortissants de la commune de Dassa-Zoumé sur le projet de loi
portant modification de la constitution du 11 décembre 1990.

Trois thématiques différentes ont permis d'orienter les débats en ateliers et


d'harmoniser les points de vue en plénière.

1- LES INSTITUTIONS, LEURS ATTRIBUTIONS, ORGANISATIONS ET

FONCTIONNEMENT ;

2- LA REFORME DU SYSTEME PARTISAN, LE FINANCEMENT DES


PARTIS POLITIQUES ET LE MANDAT UNIQUE ;

3- LES POUVOIRS CONFERES AU CHEF DE L'ETAT.

L'objectif visé s’inscrit dans une démarche pédagogique allant dans le sens
d’une consultation en vue de recueillir les avis et les propositions
d’amendement au regard du principe de la séparation et de l’équilibre des
pouvoirs.

1
A cet effet, trois ateliers ont été constitué afin de mener une réflexion
approfondie autour des thématiques ci-dessus exposées.

I- LES INSTITUTIONS, LEURS ATTRIBUTIONS,


ORGANISATIONS ET FONCTIONNEMENT

En dehors des institutions prévues dans la constitution du 11 décembre 1990,


de nouvelles institutions font leur entrée dans le projet de loi portant
modification de la constitution. Il s'agit : de la Cour des comptes, du Conseil
national de sécurité et le Conseil national de renseignement.

- La Cour Constitutionnelle

La Cour Constitutionnelle en l'état actuel des choses ne pose pas de


problème. Ainsi, il faudra maintenir l'effectif actuel avec une redistribution
de la désignation des membres de la cour. Le Président de la République
n'aura désormais qu'à désigner un des sept membres. La question relative à
l’âge et au nombre d’année d’expérience devront impérativement être revu

- La Cour Suprême et la Cour des Comptes

Elles constituent des instances de juridiction supérieure et importante dans


l'ordre judiciaire du Bénin. Leur indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif
proviendra du fait que la désignation de leurs membres soit laissée à la
charge du Conseil supérieur de la magistrature. Le Président de la
République peut nommer un magistrat (parmi les membres des deux
cours) qui va siéger en tant que représentant du gouvernement.

Le Conseil supérieur de la magistrature doit rester un organe autonome et


indépendant mais qui donnerait des avis consultatifs sur toutes questions qui
relèvent de sa compétence. Les représentants du Gouvernement ne doivent

2
pas siéger en matière disciplinaire afin de réduire leurs interférences ou
influences sur la justice.

La Cour des comptes doit être animée par des magistrats financiers
expérimentés. Ce corps doit être créé et les spécialistes doivent être formés.
Ils doivent être appuyés par des administrateurs des services financiers, des
contrôleurs budgétaires et des experts comptables au niveau des différentes
chambres de la juridiction.

-Le Conseil Économique et Social

Il regroupe les représentants d'importantes organisations sociales et


économiques. Ses attributions doivent être renforcées et la visibilité de ses
actions assurées par un mécanisme de consultation et de reddition de compte
qui doit être rendu public. Il convient donc de conserver l’article 139 de
l’actuelle constitution avec la réécriture de l’alinéa 2 ainsi qu’il suit : «  les
projets de loi de programme et propositions de loi à caractère économique
et social lui sont obligatoirement soumis pour avis conforme ».

- La Haute Cour de Justice

Elle ne doit pas faire l'objet d'une juridiction ad hoc. Sa procédure et son
mécanisme de mise en accusation doivent être revus de même que sa
composition. La possibilité d'une auto-saisine peut lui être attribuée.

- La Haute Autorité de l'Audiovisuelle et de la Communication

Sa composition actuelle ne pose pas un problème de fonctionnement.


Cependant, le fonctionnement de cette institution doit être établi de sorte que
son président ne soit pas le membre proposé par le Président de la
République. L'effectif actuel peut être maintenu pour permettre à cette

3
institution d'avoir les ressources humaines nécessaires pour faire son travail
de contrôle et de censure. Ses décisions pourraient faire objet de recours
devant le juge de la chambre administrative de la cour suprême.

- Le Conseil National de Sécurité et le Conseil National de


Renseignement

Au regard des membres proposés, il a été retenu que ces deux institutions
soient fusionnées pour devenir le Conseil National de Renseignement et de
Sécurité en vue d'alléger le budget de fonctionnement. Au regard de
l’importance de cette institution, il convient qu’une loi organique vienne
préciser sa composition et son fonctionnement pour éviter le risque de
l’arbitraire.

- L'Assemblée nationale et les collectivités locales

Le mandat des députés et celui des conseillers locaux et communaux


peuvent être maintenus conformément aux durées actuellement en vigueur.
Toutefois, la question de l'alignement des mandats reste une préoccupation
majeure. Elle peut être réglée en agissant sur la durée des mandats en
augmentant ou en diminuant l'un ou l'autre dans la limite des cinq ans
renouvelables.

La suppléance de la fonction de députés permet le renouvellement par


l'admission de nouveaux membres à l'Assemblée nationale. Au regard de ce
fait, il a été proposé qu'elle soit tenue jusqu'à la fin du mandat comme c'est
le cas actuellement.

4
Les conditions de levée de l'immunité parlementaire renforcent l'impunité
des députés. Ainsi, elles doivent être allégées ou au pire des cas, le statu quo
peut être maintenu.

Pour toutes les institutions de la République, il a été retenu que la


désignation des membres respecte la configuration politique de l'Assemblée
Nationale et le statut de l'opposition. Le mandat de leurs membres en
vigueur dans la constitution du 11 décembre 1990 ne souffrant d'aucune
insuffisance notable, il peut être maintenu. Le mandat de cinq ans
renouvelable (une fois pour les institutions) est une option judicieuse qui ne
saurait être modifiée.

Pour ce qui relève des nouvelles institutions créées, il a été proposé que le
projet stipule qu'une loi organique précise leurs attributions, organisation et
fonctionnement ainsi que la composition de leurs membres afin d'éviter tout
risque qui appellerait de nouvelles révisions dans le futur.

II- LA REFORME DU SYSTEME PARTISAN, LE FINANCEMENT


DES PARTIS POLITIQUES ET LE MANDAT UNIQUE

Pour ce qui concerne la réforme du système partisan, les conditions


d'éligibilité aux fonctions de députés, de conseillers locaux et communaux et
de Président de la République doivent prévoir que les candidatures soient
portées par des partis politiques. Il faut tenir compte des considérations
ethniques et sociologiques de sorte à éviter que cette réforme ne balance le
pays, les années à venir, dans des regroupements politiques tendant fragiliser
l'unité nationale.

Les conditions de financements des partis telles que proposées sont ardues
quant au nombre de sièges à obtenir et le nombre de circonscriptions
5
électorales à réunir. Elles doivent être revues. Aussi, faut-il noter que la
question de transhumance politique doit être prise en compte à cette
occasion.

Le mandat unique est rejeté en raison du fait qu'il ne garantirait pas la


stabilité politique. Le mandat renouvelable offre au peuple l'occasion
d'apprécier le bilan de la gestion du Président de la République. De même,
par cohérence avec la jurisprudence de la cour constitutionnelle, le mandat
de cinq ans renouvelable une fois n'est pas susceptible de modification. Il
faudra prévoir outre la procédure devant l'Assemblée nationale, un
mécanisme de cadrage et d'évaluation des actions du Président de la
République au regard de son projet de société et des grandes priorités de
développement économique et social en tant compte des différentes
politiques nationales qui doivent servir de boussole.

III-LES POUVOIRS CONFERES AU CHEF DE L'ETAT

Le projet de révision de la constitution confère des pouvoirs au Président de


la République tout en renforçant l'impunité à son niveau et dans son
entourage. À travers la ratification des accords de prêts et de financements
sans une autorisation préalable du parlement, les attributions du Président de
la République se trouvent renforcées. De même en tant que président des
Conseils nationaux de renseignement et de sécurité, les décisions risquent
d'être subjectives, tendancieuses voire arbitraires. De ce fait, cela menacera
les libertés individuelles et publiques. A cet effet, il a été proposé que ces
institutions soient indépendantes donc soustraites à l'emprise du Président de
la République.

6
De même, les conditions de mise en accusation du Chef de l'État et des
membres du gouvernement ne garantissent pas l'application de la justice
pour des fautes commises au à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions.

Par ailleurs, il s’avère indispensable de revoir l’article 68 de l’actuelle


constitution en intégrant un nouvel alinéa qui empêche la prise des
ordonnances des lois de finances. « Les pouvoirs exceptionnels du chef de
l’État ne concerne pas les lois de Finances ».

CONCLUSION

La constitution du 11 décembre 1990 a été suffisamment éprouvée et laisse


percevoir des lacunes, comme en témoignent les rapports des commissions
de réflexion. Sa révision doit impérativement prendre en compte les
insuffisances relevées par celles-ci. Nous souhaitons à travers ce rapport
qu'ils soient objectivement orientés vers la stabilité et l'équilibre des
pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire tout en garantissant l'indépendance
et l'autonomie de gestion des institutions de la République. La désignation
des membres de ces institutions doit respecter non seulement la
configuration politique au sein de la représentation nationale mais aussi faire
une place à l'opposition, laquelle est passée sous silence dans le présent
projet de révision. Sa présence dans les institutions de contre pouvoir doit
être favorisée dans les dispositions stipulant leur composition. Le projet de
révision de la constitution a également occulté les questions de la
constitutionnalisation de la CENA et du médiateur de la République.
Néanmoins, les nouvelles institutions que ce projet admet sont d'une
importance non négligeable. Nous exhortons à l'observance de la prudence

7
quant aux propositions concernant leurs attributions et compositions en vue
de préparer leur mise en place et de garantir leur fonctionnement sans failles.

Au regard des débats, nous pouvons noter l'envie d'aller à une révision qui
garantisse le développement économique et social et combatte l'impunité.

Les Rapporteurs